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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 22:43

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Secret des affaires : « La France fait pire que l'Europe »

|  Par martine orange

 

 

Pour le député européen écologiste Pascal Durand, le projet de directive européenne sur le secret des affaires est « indissociable » du traité transatlantique. Le texte français inclus dans le projet de loi Macron lui paraît encore plus dangereux car il institue des sanctions pénales.


 

Le gouvernement a été pris par surprise. Personne n’avait manifestement prévu que l’amendement sur le secret des affaires, déposé dans la plus grande discrétion dans le cadre de la loi Macron, susciterait une réaction aussi rapide et forte de la part de la presse. Une majorité écrasante de sociétés de journalistes de presse écrite, radios et télévisions, d’entreprises de production audiovisuelles, de journalistes indépendants, ont signé la pétition demandant le retrait de ce texte pouvant porter de graves atteintes à la liberté d’information, à la protection des lanceurs d’alerte, et au droit syndical. La pétition (accessible ici) comptait déjà jeudi matin plus de 7 720 signataires.

Tentant de circonscrire l’incendie, le ministre des finances, Michel Sapin, a annoncé mercredi 28 janvier sur RTL que le texte allait être modifié. Dans la foulée, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a essayé de se justifier, assurant « qu’il n’était pas question de réduire en quoi que ce soit la liberté de la presse »« qu’il ne s’agissait pas de mettre en cause ceux qu’on appelle les lanceurs d’alerte ». Il a promis, lui aussi, une réécriture du texte afin d’apporter toutes les garanties.

Il y a encore deux jours, cette demande de garantie paraissait impossible. Alors que plusieurs députés de gauche, dont Karine Berger et Yann Galut, avaient déjà déposé deux amendements en vue de mieux protéger le droit d’information des journalistes et la protection de leurs sources, des concepteurs de cette proposition de loi, présentée en juillet par le président socialiste de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, écartaient toute possibilité de modification. Les garanties les plus larges avaient été données, selon eux. Apporter le moindre changement risquait de bouleverser l’équilibre du texte, affirmaient-ils alors.

Les conditions dans lesquelles cette proposition de loi est apparue subrepticement dans le cadre de la loi Macron, au risque d’être considérée comme un cavalier législatif, restent bien obscures. « Le gouvernement français veut faire comme lors de la loi bancaire, écrire sa loi, aller plus vite et plus loin que la directive européenne sur le secret des affaires, selon le vœu du Medef », pense le député écologique européen Pascal Durand. La directive européenne, pourtant, représente déjà un sujet inquiétant pour la liberté de l’information, la protection des consommateurs, celle des salariés, selon lui. Siégeant à la fois à la commission du marché intérieur et à la commission juridique du parlement européen, chargées d’examiner le projet de directive avant de le soumettre au parlement, il décrypte tous les dangers de ce texte.

Il y a manifestement une concomitance entre la proposition de loi française sur le secret des affaires et le projet de directive européenne, qui, un moment, semblait avoir été oublié. Comment l’expliquez-vous ?

Pascal Durand 
Pascal Durand © Reuters

Le projet de directive sur le secret des affaires n’était pas une priorité de la commission Barroso. Mais le sujet est réapparu sous la présidence italienne dès la rentrée. Il y a manifestement une volonté d’aller vite.

Cette directive sur le secret des affaires est indissociable de la négociation du traité de libre-échange transaltantique (TAFTA). C’est une demande des grands groupes qui veulent verrouiller les choses en Europe, avec d’un côté les clauses d’arbitrage, et de l’autre le blocage des normes. Les promoteurs de ce texte mettent en avant la défense des PME, des petites entreprises. Mais ils avancent masqués. Il s’agit bien de défendre les grands groupes, les Monsanto, les laboratoires pharmaceutiques, les groupes agro-alimentaires, etc. Ce sont eux qui demandent ce texte, qui sont à la pointe de ce combat, relayés par les lobbies patronaux. Si le Medef défendait les PME, cela se saurait.

Comment la directive européenne définit-elle le secret des affaires ?

Le problème est qu’elle ne le définit pas, justement. Elle donne la définition la plus large et la plus floue possible : est protégé tout ce qui n’est pas public. Le champ est illimité. Cela peut concerner aussi bien les brevets, les méthodes commerciales que les pratiques industrielles,  la stratégie concurrentielle, les savoir-faire. La France a déjà une législation sur la protection des savoir-faire mais elle n’existe pas dans d’autres pays. Cela peut permettre une tentative d’harmonisation au niveau européen, sur le sujet. Mais pour le reste ? Les techniques de protection sont-elles concernées, par exemple ? Alors qu’advient-il en cas de délocalisation ? D’autres Fralib pourront-ils voir le jour et reprendre leur usine, si leur maison mère décide de délocaliser ?

La presse française a beaucoup insisté, à juste titre, sur le droit d’information et la protection des lanceurs d’alerte. Mais d’autres problèmes redoutables émergent avec ce texte. D’abord sur la protection des salariés. Le texte européen prévoit des exceptions pour les organes représentatifs du personnel. Mais cela concerne des entreprises déjà importantes, de plus de 50 salariés. Qu’advient-il pour les plus petites structures, pour les salariés isolés ? De même, ce texte ne va-t-il pas porter atteinte au droit social des salariés, par le biais en particulier de la clause de non-concurrence. Celle-ci existe mais elle est très encadrée. Elle doit être justifiée, limitée dans le temps, et donne lieu à compensation pour l’instant. Mais si demain, le secret des affaires est adopté, dans quelle mesure cette clause de non-concurrence ne va pas être élargie, les entreprises invoquant le secret des affaires pour empêcher l’embauche d’un salarié chez un concurrent ?

Le droit des consommateurs est aussi touché par cette directive, par la question des normes. En Europe, le principe de précaution s’applique. Les consommateurs ont le droit de demander ce que les industriels utilisent comme substance. Aux États-Unis, c’est l’inverse. Tout ce qui n’est pas interdit est possible. Cela a des conséquences immenses. Si demain, la fracturation hydraulique est autorisée en Europe, il risque d’être impossible de demander aux exploitants quels produits chimiques ils utilisent, si ceux-ci sont bien conformes, comme on peut le faire aujourd’hui. La charge de la preuve risque d’être inversée. Ce ne seront plus les entreprises qui vont devoir démontrer que leurs produits sont sans danger mais aux associations, aux consommateurs d’apporter la démonstration qu’ils peuvent l’être, sans pouvoir avoir accès à un minimum d’informations pour le prouver.

Ce texte est-il compatible avec le droit européen, qui défend la protection des salariés et des consommateurs, le droit à l’information ?

En fait, nous sommes en train de faire le pire du droit européen, en calquant le droit américain sur notre droit. Mais au moins, aux États-Unis, le secret des affaires est défini. Il est très encadré, il a des limites précises définies par la loi et la jurisprudence. En Europe, rien de tel. Nous risquons d’être soumis à l’arbitraire des tribunaux. Et comme en plus, on institue l’arbitrage comme mode de justice dans les conflits entre les entreprises, entre les entreprises et l’État, nous serons dans l’opacité la plus totale. Le mur du secret dans les entreprises sera impénétrable.

Tout cela est indissociable des grands groupes qui veulent préserver leur situation acquise, n’avoir pas de compte à rendre. Ils vont se servir du secret des affaires pour assurer leur mainmise, empêcher de nouvelles concurrences.

Nous sommes entraînés dans un schéma très dangereux, à l’opposé des valeurs que nous portons. Alors que nous défendons plus de transparence, que nous demandons plus d’informations, plus de contrôle des citoyens, certains cherchent à instaurer un système toujours plus verrouillé et opaque. On se fout de nous. 

Que se passe-t-il au parlement européen ? Comment est discuté ce projet de directive ?

Pour l’instant, le projet de texte est examiné par trois commissions, la commission du marché intérieur, la commission juridique et la commission industrie et recherche. Je siège dans les deux premières. On nous demande de travailler très vite. Nous devons rendre des avis d’ici fin février, début mars.

La rapporteure du texte devant la commission du marché intérieur, Lara Comi, est une libérale. Elle a une compréhension très large du secret des affaires. Dans son avis, la protection des consommateurs n’est même pas mentionnée. L’approche de la commission juridique est beaucoup plus intelligente. Mais il faudra beaucoup de temps encore avant que le texte soit discuté en séance plénière.

Comment expliquez-vous que le gouvernement français fasse passer une loi sur le secret des affaires, sans attendre la directive européenne ?

Le gouvernement agit comme il l’a fait au moment de la loi bancaire. Il avait écrit sa loi avant le texte européen. Cela avait eu pour effet de tuer dans l’œuf toutes les volontés de réformes et de séparation du système bancaire. Il refait la même chose aujourd’hui. Il écrit sa loi pour  aller plus vite et plus loin que la directive européenne sur le secret des affaires, selon le vœu du Medef. C’est d’ailleurs un argument qui nous est souvent opposé : regardez, même en France, les socialistes le font.

Ce gouvernement fait passer toutes les demandes du Medef, qui mène un lobbying intense sur le secret des affaires. Ce n’est pas une capitulation. Il va aux devants des attentes du Medef. Il les précède. La loi Macron en est une parfaite illustration.

En quoi le texte français sur le secret des affaires s’annonce-t-il plus dur que le texte européen ? 

Le texte français est pire que le projet de directive européenne. La proposition de loi prévoit des sanctions pénales, et même des sanctions pénales très lourdes, en cas de violation du secret des affaires, alors qu’à ce stade, l’Europe a refusé toute sanction pénale. Mais qui est visé par ces sanctions, ces peines de prison ? Ce ne sont pas les grands groupes – les responsables n’iront jamais en prison – mais les salariés, les journalistes, les associations. Ce sont eux qui sont visés, qu’on veut faire taire, dissuader de révéler certaines pratiques, certains comportements des entreprises. Tout cela va beaucoup plus loin que le texte européen.

De même, le projet de directive prévoit des exceptions négociées au secret des affaires. Dans la loi Macron, il n’est prévu aucune exception. Le texte rappelle juste que les pratiques illégales ne peuvent pas être couvertes par le secret des affaires. C’est un principe qui doit dater de la Révolution. Quelle avancée ! La loi réaffirme un principe légal.

Enfin, on a beaucoup dénoncé, à juste titre dans ces certains cas, le déni de la démocratie par l’Europe. Mais sur ce texte, ce n’est pas le cas. Au niveau du parlement européen, trois commissions sont chargées d’étudier le projet de directive. Il y a des débats, des discussions, des consultations. Le texte fait l’objet d’amendements, d’amélioration. Il est connu de tous.

En France, ce texte est arrivé comme cela, par le biais d’un amendement. Il n’a fait l’objet d’aucune consultation préalable avec différentes organisations. Il n’a fait l’objet d’aucune discussion en commission. Et les débats risquent d’être expédiés en séance, compte tenu de la teneur de la loi Macron. Pour le coup, c’est bien le gouvernement français qui fait un déni de démocratie.  

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 22:29

 

 

Source :  www.bastamag.net

 

 

ça bouge ! Changement climatique

Sprint final pour soutenir le tour Alternatiba : le coup de pouce, c’est maintenant !

par Collectif 29 janvier 2015

 

 

 

 

Le Tour Alternatiba, c’est le “road-movie climatique” de l’été 2015. L’idée, cheminer sur 5000 kilomètres pour rendre visible les alternatives permettant de limiter le changement climatique. Un vélo quatre places partira de Bayonne le 5 juin, journée mondiale de l’environnement, et arrivera à Paris le 26 septembre pour l’ouverture du village des alternatives de Paris. Des milliers de dossards Alternatiba suivront ce vélo insolite dans son périple, ponctué d’étapes, de vélorutions, d’animations, de rencontres, de réunions publiques. Il ne reste que quelques jours pour participer au financement de l’opération. Basta ! relaie l’appel.

Le Tour Alternatiba, qui parcourra cet été 5000 kilomètres pour le climat sur une quadruplette (un vélo 4 places), a entamé le sprint final de sa campagne de financement participatif.

À la suite des dizaines de villages des alternatives au dérèglement climatique qui se sont lancés en quelques mois après celui de Bayonne, le mouvement Alternatiba prépare à travers ce Tour une mobilisation populaire de grande envergure, dans la perspective de la COP21, le sommet historique de l’Onu sur le climat qui se tiendra à Paris à la fin de l’année 2015. Pourquoi une mobilisation populaire ? Parce que le dérèglement climatique nous concerne directement, et que de nombreuses alternatives existent déjà sur nos territoires, dans tous les domaines de notre vie quotidienne.

Le vélo 4 places d’Alternatiba, symbole de la transition écologique et de la justice sociale, sera le fil conducteur de 188 événements-étapes qui consisteront à montrer toutes ces alternatives, et à montrer en quoi elles construisent un monde meilleur. L’objectif est de sortir du cercle des écologistes convaincus et de toucher le plus largement possible les publics les plus divers.

Ce travail de sensibilisation a déjà commencé, au travers d’une campagne de financement participatif et populaire qui vise à rassembler d’ici le 1er février les 61 340 euros nécessaires aux frais logistiques du Tour Alternatiba. Les deux tiers de la somme ont déjà été récoltés, et d’ici quelques jours, bientôt un millier de personnes auront contribué à rendre possible ce Tour insolite, qui vise à rassembler des dizaines de milliers de personnes cet été. Signe de cet esprit d’ouverture et de cette volonté de toucher au-delà des cercles habituels, Moustic, le célèbre présentateur de Groland, a donné un coup de pouce au mouvement climatique en présentant lui-même le projet du Tour Alternatiba !

 

Pour soutenir le tour Alternatiba, cliquez ici.

 

Tous les articles de Basta ! sur la dynamique Alternatiba.

 


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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 22:20

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Une nouvelle « zone à défendre » aux pieds des Alpes pour sauver une forêt d’un projet immobilier touristique

par Sophie Chapelle 29 janvier 2015

 

Voilà bientôt deux mois qu’une nouvelle zone à défendre se développe entre Grenoble et Lyon. Son objectif : empêcher l’édification d’un village artificiel, un Center Parcs, au cœur d’une zone humide. La justice a pour l’instant suspendu les travaux de construction. Une autre bataille se mène dans les bois et les champs alentour malgré le froid et la neige : installer des cabanes et des barricades pour entraver une éventuelle reprise du chantier. Et convaincre de l’inutilité du projet celles et ceux qui y sont favorables, séduits par les promesses de création d’emplois. Les premières idées de projets alternatifs commencent même à fleurir. Reportage.

Des barricades de branches jalonnent le chemin forestier. Le bruit des tronçonneuses et des pelleteuses a pris fin depuis le 4 décembre dernier, suite au barrage mis en place par les opposants au Center Parcs [1]. Les machines ont laissé derrière elles de larges ornières, des troncs d’arbres abattus et des souches de châtaigniers, sur une quarantaine d’hectares. Les préfabriqués qui servaient de base de vie aux ouvriers du groupe Pierre et Vacances témoignent d’un départ précipité. Le vrombissement des tronçonneuses s’est tu, remplacé par de plus discrets coups de marteaux. Là, nichées dans la forêt des Chambaran en Isère, des cabanes se construisent. « Sauvetage de forêt en cours » indique un panneau de chantier à l’entrée de la zone. Bienvenue dans la « Zone à défendre » de Roybon, troisième du nom après celle s’opposant à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes en Loire Atlantique et celle empêchant l’édification du barrage de Sivens dans le Tarn. La Zad de Roybon se situe à mi-chemin entre Lyon, Grenoble et Valence.

« Un ptit café ? » Avec le froid matinal qui fait greloter les occupants, Maé, équipée de son thermos, est accueillie chaleureusement. Elle assure la tournée quotidienne de la zone. « C’est un moment pour aller voir chaque occupant, créer du lien, vérifier avec eux le matériel qui leur manque », explique l’étudiante. Venue de Grenoble, Maé avait juste prévu de déposer une amie sur la « Zad », quelques jours avant noël. Originaire d’un village voisin de Roybon, elle a finalement décidé de rester « pour une durée indéterminée ». Comme des dizaines de personnes.

Des cabanes contre les bulldozers

Muni d’un talkie-walkie, Léo lance un appel à clous et à charnières. Il est arrivé le 30 novembre, jour de la manif qui a vu un millier de personnes patauger dans la boue du chantier. C’est ce jour là qu’a débuté l’occupation d’une maison forestière en lisière de la zone – « la MaquiZAD » – considérée comme « la base arrière de la lutte ». Rapidement, Léo s’est attelé à la construction d’une cabane qu’il a baptisée « maison caméléon ». Un autocollant d’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des Landes orne la façade. Tout juste équipé d’un poêle à bois, le jeune homme se dit fier de ce que lui et l’ensemble des occupants réalisent dans ces bois. « L’objectif est de créer un maillage de cabanes au sol et dans les arbres », décrit-il. « Je me bats pour la forêt, contre ce modèle de vacances ». Avant d’ajouter, après un court silence : « Je me bats aussi pour les habitants de Roybon, même s’ils n’y croient pas. »

Les tensions avec une partie de la population locale sont persistantes et les discussions difficiles. Dans le village, panneaux et banderoles favorables au Center Parcs sont visibles au coin des fenêtres ou dans les jardins. Hors des bois, on croit aux emplois promis et on espère une revitalisation économique de la région (lire notre enquête qui nuance les données sur ce sujet). « J’aimerais proposer quelque chose de plus aux habitants, souligne Léo. On commence à discuter entre nous de projets comme des aires d’accrobranches ou un village d’artistes. » « On peut envisager une vie économique pour Roybon sans toucher à cette forêt », appuie Rémi, apiculteur à quelques kilomètres venu en soutien. « Mais en attendant, nous allons continuer à occuper le terrain pour s’assurer que la loi va être respectée. » La décision du tribunal administratif de Grenoble le 23 décembre, s’appuyant sur la Loi sur l’eau, a conduit de facto à la suspension des travaux.

Protéger la forêt, l’eau et les espèces

En dehors de la Zad, la bataille judiciaire se poursuit. Le jugement sur le fond des différents recours devrait avoir lieu d’ici l’été. Bertrand, qui visite régulièrement les « zadistes », fait partie de l’association « Pour les Chambaran Sans Center Parcs » (PCSCP). Gaspillage d’argent public, « orientation manifeste » du débat public, manipulation des chiffres en matière de création d’emplois ou d’hectares de forêts impactés... La liste de ses griefs à l’encontre du projet est longue. D’un tempérament résolument jovial, Bertrand a le visage qui s’assombrit à la vue des ornières laissées par les machines d’abattage. « Regardez ce paysage, il est complètement dévasté, déplore t-il. Comment le groupe Pierre et Vacances peut-il prétendre qu’il pourra compenser jusqu’à 240 hectares de zones humides ? » Son association PCSCP a déposé le 7 janvier un recours en cassation devant le Conseil d’État. L’enjeu : faire reconnaître par le juge des référés l’urgence de stopper l’autorisation préfectorale de destruction des espèces protégées.

Les nappes phréatiques constituent également un aspect fondamental de la bataille. C’est d’ailleurs la question de l’eau qui a conduit Jean-Luc, agriculteur en Isère, à se mobiliser. « Les bras m’en tombent quand je vois le mépris des élus pour l’enquête publique », confie-t-il, après avoir déposé des stocks de haricots pour les provisions de la MaquiZAD. Le futur Center Parcs se situe en tête de bassin versant de deux rivières, l’Herbasse et la Galaure. Jean-Luc redoute en particulier l’aggravation des inondations, conséquences de l’urbanisation d’une trentaine d’hectares. La consommation en eau potable devrait aussi grimper lors des périodes estivales, quand le village vacance sera le plus peuplé. Malgré plusieurs récentes périodes de sécheresse, un nouvel arrêté préfectoral autorise des prélèvements annuels trois fois supérieurs à aujourd’hui, pour une durée illimitée... « Un prélèvement insoutenable » aux yeux de Jean-Luc et de Claire, son épouse.

« Un élan de solidarité »

Au quotidien, la solidarité qui émane de la zad est saisissante. Chaque jour, que la météo soit clémente ou non, des personnes arrivent avec des sacs à dos chargés de victuailles, de matériel de construction, de bricolage... Colette, militante écologiste, a fait deux heures de routes pour leur apporter des vivres. Après s’être réchauffée autour d’une tasse de thé dans la MaquiZAD, elle promet de revenir avec du matériel. D’autres personnes traversent la zad chargés de matelas ou de bombonnes d’eau potable, en vue de les apporter à l’autre bout de la forêt. «  Il faut compter une bonne demie-heure pour traverser la zone, alors on évite de le faire les mains vides », explique un couple croisé sur le chemin.

« C’est tous les jours noël ici », s’enthousiasme Anouchka me montrant un vieux poêle à l’arrière d’une voiture offert par « un gars du coin ». « Nous sommes organisés pour tenir le coup longtemps. » Anouchka a participé à la lutte contre la construction d’un nouveau stade dans la périphérie lyonnaise (notre reportage). « Là bas il n’y avait pas de soutien local. Ici, il y a un élan de solidarité de tous les âges, de tous les horizons ». La détermination à occuper la zone est intacte, bien que les routes d’accès à la MaquiZAD soient bloquées en journée depuis le 27 décembre par la maréchaussée [2]. « Malgré les deux kilomètres à pieds dans le froid, des papis, mamies, parents, enfants arrivent avec le sourire. Comme cette vieille dame qui a franchi le barrage pour nous apporter de la soupe et qui s’est retrouvée avec ses chaussures en toile pleines de boue. On lui a dégoté des chaussures dans notre freeshop et elle est repartie toute émue ». Si la plupart distingue les zadistes « de l’intérieur » (ceux qui vivent sur la zone) et « de l’extérieur » (les gens du coin venant apporter un soutien ponctuel), tous s’accordent sur la complémentarité de ces deux formes de luttes.

Un week-end de construction de barricades

Au sein de la Zad, l’autogestion est le fil conducteur. « Notre projet alternatif ? Nous sommes dedans depuis début décembre, sourit Nils. Certains bossent dans l’associatif, d’autres dans la construction bois, il y a des artistes en tout genre, des gars de la permaculture, des connaisseurs en plantes... Ensemble on crée un mode de vie avec des savoirs faire multiples que l’on rend accessibles ». Il en est convaincu : « Un gamin apprendrait beaucoup plus ici en une semaine qu’en une année à l’école ! », pense-t-il.

« C’est une culture de la vie », renchérit un jeune homme se présentant sous le nom de Camille. Ce qui le motive, « c’est la construction et mettre les copains au chaud ». Ce n’est pas la première fois qu’il participe à une zone à défendre. « J’atterris dans les endroits qui me correspondent et l’endroit où je me sens le plus en sécurité, c’est la Zad. Il n’y a jamais de violence entre nous. » A demi-mots, certains confient que la violence est bien présente mais surgit de l’extérieur.

Début janvier, Anouchka relate l’irruption d’individus, dans une cabane à l’entrée de la zad, armés de lacrymos et de bâtons. Ils n’ont pu être identifiés. « Il y a trois jours, la cabane a été sabotée et les câbles coupés », confie un autre occupant. Sur les réseaux sociaux, un groupe Facebook de soutien au projet de Center Parcs à Roybon multiplie les appels à violence à l’encontre des zadistes. Dans la zone à défendre, les occupants restent soudés et appellent du 7 au 9 février prochain à venir construire des cabanes et des barricades.

Texte et photos : Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle sur twitter

Notes

[1Voir ici

[2Sur arrêté du Conseil général de l’Isère datant du 24 décembre : « considérant que le Département ne peut actuellement entretenir et assurer l’exploitation, notamment la viabilité hivernale d’une section de la RD 20F, en raison des évènements liés à la réalisation du Center Parcs, il y a lieu de réglementer la circulation selon les dispositions indiquées dans les articles suivants. »

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 22:14

 

 

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Débattre Gauche européenne

Grèce : le nouveau gouvernement de Syriza laisse une large place aux activistes et aux chercheurs

par Nikos Smyrnaios 29 janvier 2015

 

 

 

 

 

Le nouveau gouvernement grec vient de prendre ses fonctions. Qui sont et d’où viennent les ministres sur qui pèse la lourde responsabilité de sortir la Grèce de la crise et de montrer qu’une alternative de gauche à l’austérité est possible ? L’alliance de Syriza avec le petit parti souverainiste de droite les Grecs indépendants est-elle contre-nature ? Les femmes sont-elles présentes au gouvernement et dans quelle proportion ? Quelle sera la place de l’écologie alors que tous les regards sont braqués sur la reprise économique ? Voici quelques réponses…

Alexis Tsipras a agi très rapidement pour donner les signes du changement. Premier chef de gouvernement dans l’histoire de la Grèce à refuser de jurer sur la Bible et devant un pope, il a effectué une visite symbolique dans la foulée de sa prise de fonction. Il a ainsi déposé une gerbe de fleurs dans le quartier athénien de Kessariani sur le monument aux 200 héros communistes de la Résistance exécutés par les nazis le 1er mai 1940.

Ce geste se veut symbole de la continuité historique entre les nombreuses générations qui se sont battues au péril de leur vie à travers les décennies – contre la barbarie, pour la démocratie, la justice sociale et l’indépendance nationale – et le nouveau gouvernement. C’est aussi un message aux néonazis de l’Aube dorée qui seront présents de nouveau au Parlement. Enfin, c’est un rappel à l’Allemagne concernant sa dette historique envers la Grèce.

L’alliance avec les Grecs indépendants

Conscient que le moindre vide de pouvoir pourrait avoir des conséquences imprévisibles, Tsipras a réussi à composer une majorité parlementaire avec le petit parti des Grecs indépendants [Syriza, avec 36,3% des voix, compte 149 députés sur 300, le Parti des grecs indépendants, avec 4,7% des voix, compte 13 députés, ndlr]. Bien sûr il s’agit là d’un choix qui pose problème, comme l’écrit justement Stathis Kouvelakis, membre de l’aile gauche de Syriza. Mais les Grecs indépendants ne sont pas un parti xénophobe comme on a pu le lire ici et là. C’est une formation conservatrice sur le plan sociétal, proche de l’Église orthodoxe et patriote à la limite du nationalisme. Elle ressemble donc à un parti de droite chrétienne comme il en existe beaucoup en Europe.

Le discours de son chef Panos Kammenos a parfois des relents complotistes. Mais il n’est en aucune façon un raciste xénophobe avéré, comme l’étaient à coup sûr de nombreux membres du précédent gouvernement. En effet, Il n’a jamais flirté avec l’Aube dorée, comme ont pu le faire régulièrement des collaborateurs proches d’Antonis Samaras [Aube dorée, d’inspiration néonazie, a obtenu 6,28 % des suffrages et 17 députés, ndlr].

C’est également ce qu’écrit Amélie Poinssot, correspondante de Mediapart en Grèce, fondée entre autres sur le témoignage du journaliste Dimitris Psarras, l’un des meilleurs experts de l’extrême droite en Grèce. Celui-ci dit : « Lorsque le parti s’est créé en 2012, il y avait en lui quelques éléments que l’on retrouve traditionnellement dans des partis d’extrême droite, comme le nationalisme, la dimension populiste, le rapport avec l’Église, un agenda anti-immigration. Mais l’identité de ce parti, c’est son positionnement anti-austérité. Dans son mode et son discours, je le caractériserais plutôt comme national-populiste. Il a par ailleurs complètement mis de côté les thèmes qu’il agitait en 2012. »

Concernant la question de l’immigration, le programme officiel des Grecs indépendants adopte certes un discours de « fermeté » mais qui est essentiellement du verbalisme. Dans le fond il ne demande que la reforme des accords européens (Dublin II et III) qui piègent des milliers de demandeurs d’asile dans le premier pays d’entrée à l’Union, en l’occurrence la Grèce.

Par ailleurs, la sous-ministre chargée de l’immigration Tassia Christodoulopoulou, membre de Syriza, est une défenderesse de long date des droits des immigrés. Celle-ci a annoncé très vite après sa prise de fonction son attention de naturaliser les milliers de jeunes d’origine étrangère nés en Grèce qui ne peuvent obtenir la nationalité Grecque ainsi que le remplacement les camps de rétention indignes pour les demandeurs d’asile par des centres d’accueil.

L’économie en priorité (mais sans banquier)

Au niveau économique le parti souverainiste de Kammenos a tenu bon sur sa ligne anti-austeritaire et pro-sociale depuis 2012 malgré les pressions incessantes incluant des tentatives de corruption de ses députes. Étant donné le fait que la relance de l’économie et la négociation de la dette sera la priorité du gouvernement il s’agit donc d’un choix pragmatique et cohérent de la part de Tsipras.

La participation de Kammenos au gouvernement en tant que ministre de la Défense compliquera un certain nombre de reformes importantes comme la séparation de l’Église et de l’État ou le mariage gay pour lequel Syriza est favorable. Mais elle permet à Tsipras de montrer qu’il a su composer un gouvernement d’union qui déborde largement le périmètre de son propre parti et de disposer au sein du gouvernement d’un interlocuteur crédible aux yeux des militaires. C’est aussi le point de vue de Panayotis Grigoriou, ethnologue, historien et chroniqueur infatigable du drame grec.

Sous la houlette de Yannis Dragasakis, vieux sage qui sera vice-premier ministre et coordinateur général, le gouvernement semble à la fois cohérent et équilibré. Les ministères de l’économie et du développement seront entre les mains des professeurs d’économie modérés, respectivement Yannis Varoufakis et Yorgos Stathakis.

Varoufakis a un profil intéressant : blogueur et twitto invétéré, il a été professeur d’économie en Australie et aux États-Unis avant de travailler pour la société des jeux vidéos mondialement connue Valve. Ancien conseiller de George Papandréou, il n’a pas sa langue dans sa poche. Connaisseur de l’establishment financier mondial il aura la charge de mener les négociations avec les créanciers. Ce choix, un peu surprenant, a fâché d’autres économistes plus à gauche comme Yannis Milios et Euclide Tsakalotos, pressentis pour ce ministère. Mais c’est un choix tactique intéressant en vue des négociations sur la dette qui peut s’avérer efficace.

Cohabitation entre productivistes et écologistes

Aux côtés de Varoufakis se retrouve une militante historique de la gauche grecque, Nadia Valavani, qui sera elle chargée de gérer le budget (et éventuellement de contrôler les mouvements du premier) . Une autre femme, Rania Antonopulou, directrice jusqu’à hier du programme Gender Equality and the Economy au Levy Institut de New York, prendra en charge la dure bataille contre le chômage. C’est une technocrate keynésienne plutôt classique qui défend le concept de l’État employeur en dernier ressort. Elle travaillera sous la houlette de Panos Skourletis très proche collaborateur de Tsipras et désormais ministre du travail.

Le choix d’économistes plutôt libéraux est contrebalancé par la nomination de Panayotis Lafazanis, chef de file de l’aile gauche de Syriza, au super ministère de la relance productive, de l’énergie et de environnement. Lafazanis, plutôt de tendance productiviste, sera flanqué par un sous-ministre de l’environnement membre des Verts, Yannis Tsironis. Ca sera intéressant d’observer si un équilibre sera trouvé ou si des conflits larvés se développeront entre Lafazanis le communiste et Tsironis l’écolo. En tout cas le premier a déjà fait savoir qu’il était hors de question de procéder à la privatisation de DEI, la société publique de production d’énergie, prévue par les accords du précédent gouvernement avec la Troïka.

Des universitaires et des activistes partout

Tsipras a décidé de créer un sous-ministère spécial pour la bataille contre la corruption, signe que c’est aussi une priorité pour son gouvernement. Il y a nommé Panayotis Nikoloudis, un procureur jusqu’à récemment à la tête de l’Autorité contre la corruption. La rude tâche de démocratiser les forces de police a été confiée au professeur de criminologie Yannis Panousis, ancien membre d’une formation qui n’a pas réussi son entrée au Parlement, la Gauche démocratique (DIMAR).

Son supérieur direct, ministre de l’intérieur, sera Nikos Voutsis cadre de Syriza expérimenté et pugnace qui a déjà eu maille à partir avec la police lors de nombreuses manifestation comme dans le cliché ci-dessous retweeté à foison. Le fait que le fils de Voutsis est un anarchiste revendiqué qui vient de sortir de prison rajoute du piment à la situation.

La santé sera confiée à un ancien du Pasok mais qui a tôt pris ses distance avec la politique de l’austérité, le non-voyant Panagiotis Kouroumplis. Nikos Kotzias un intellectuel reconnu d’origine social-démocrate et francophone sera ministre des affaires étrangères. Il incarne une ligne patriote de gauche, compatible avec Kammenos qui pourra permettre enfin à la Grèce de disposer d’une politique autonome et non pas vassalisée.

Le rappel de Tsipras aujourd’hui à Federica Mogherini, commissaire européenne aux affaires étrangères, qu’il ne faut pas oublier de consulter la Grèce avant de faire des déclarations au nom de tous les Etats membres au sujet du conflit Ukranien est surement inspiré par Kotzias. Il faut s’attendre donc à un rééquilibrage de la position grecque par rapport à la Russie, mais aussi Israel avec lequel les précédents gouvernements s’étaient rapprochés en dépit d’une relation historiquement privilégiée de la Grèce avec les pays arabes. Il faut dire aussi que de nombreux militants et proches de Syriza militent pour la cause palestinienne.

Enfin, Nikos Xydakis l’éditorialiste érudit du quotidien conservateur Kathimerini, devient sous-ministre de la Culture et Nikos Paraskevopoulos, professeur engagé depuis longtemps dans la défense des droits de l’homme et militant pour les droits des prisonniers, sera le nouveau ministre de la justice. Le constitutionnaliste Yorgos Katrougalos, personnalité montante de Syriza, quitte quant à lui son poste d’eurodeputé pour s’occuper de la reforme de l’administration, autre front urgent en Grèce.

Six femmes au gouvernement mais d’autres aussi ailleurs

Il y aura six femmes dans le gouvernement, dont au moins quatre ont des postes équivalents à ceux des ministres, même si elles n’en ont pas le titre. La tonitruante juriste et féministe convaincue Zoé Κonstantopoulou présidera elle le Parlement [lire son interview, avant les élections, alors qu’elle était pressentie au ministère de la Justice, ndlr]. C’est encore une première en Grèce. De ce poste elle aura la charge de discipliner les députés néonazis, habitués aux esclandres dans l’Hémicycle, et de mener à bien les diverses investigations parlementaires qui ne manqueront pas de se mettre en route relativement aux scandales du passé. C’est un pied de nez amusant après toutes les brimades que les députés machos de la droite lui avaient infligé ces dernières années (sans qu’elle ne se dégonfle bien entendu).

Zoé Κonstantopoulou et Rena Dourou, déjà présidente de l’immense Région d’Attique, sont les deux femmes les plus puissantes de Syriza, à moins de quarante ans. Le jeune Gabriel Sakellaridis, qui a failli gagner la mairie d’Athènes en juin, sera le porte-parole du gouvernement. C’est un réprésentant talentueux et populaire des trentenaires proches de Tsipras.

En conclusion, il s’agit d’un gouvernement divers et ouvert, dans lequel sont représentées trois formations politiques au-delà de Syriza (les Verts, la Gauche démocratique et les Grecs indépendants). Un gouvernement qui se veut rassurant pour les marchés et les créanciers, mais qui ménage également l’aile gauche de Syriza et récompense des personnes engagées depuis longtemps en faveur des droits sociaux. Les femmes y sont relativement nombreuses par rapport aux usages en Grèce, et à des postes clés. Les universitaires en constituent la colonne vertébrale.

Bien sûr de nombreuses critiques de ce gouvernement peuvent être formulées : les femmes pourraient être plus nombreuses ; la gauche radicale pourrait être plus ou mieux présentée, notamment aux ministères économiques ; Mais ce n’était pas un exercice facile de composer ce gouvernement qui doit s’attaquer très vite à des problèmes graves et urgents. A suivre.

Niκος Smyrnaios, enseignant à l’université de Toulouse et observateur de l’actualité grecque (voir son blog)

Photos :
- Alexis Tsipras lors d’un meeting à Bologne (Italie) en mai 2014 / CC Lorenzo Gaudenzi
- Dépôt d’une gerbe de fleurs, le 26 janvier, dans le quartier athénien de Kessariani sur le monument aux 200 héros communistes de la Résistance exécutés par les nazis le 1er mai 1940 / Source : EPA, Alexandros Beltes
- Zoé Κonstantopoulou est la première femme qui préside le Parlement grec / CC wikimédia
- Gabriel Sakellaridis avec Rena Dourou et Alexis Tsipras / Source : efsyn.gr

 

 

 


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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 22:01

 

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Pour la Grèce, changer l'Europe

Les economistes atterrés
Pour les Economistes atterrés, il faut soutenir la Grèce. "Il est nécessaire, écrivent-ils, d’accorder un moratoire au peuple grec, d’annuler une partie de la dette et de rendre soutenable le reste, en la transformant en dette à très long terme". Ce soutien leur semble d'autant plus évident que "l’expérience grecque illustre les dysfonctionnements structurels de la gouvernance économique de l’Europe et les défis auxquels sont confrontés tous les États membres". Et notamment, "la discipline budgétaire insoutenable imposée par les traités" et "mortifère en temps de crise".
REX/REX/SIPA

Le choix du peuple grec qui, en accordant la victoire à Syriza a marqué sa volonté de rompre avec les politiques d’austérité imposées en Europe, doit être salué.

La dépression dans laquelle la Grèce s’est enfoncée à partir de 2009 traduit certes les limites de son modèle socio-économique, mais surtout le fiasco de la gouvernance économique de l’Europe. Après le choc de la crise financière, l’Europe a refusé d’assurer la solidarité nécessaire aux pays attaqués par la spéculation financière. Pire, elle y a ajouté un choc d’austérité. La Grèce a reçu une aide du FMI, de la BCE, du FESF, mais celle-ci était destinée à lui permettre de continuer à rembourser sa dette pour préserver les banques européennes et américaines de la faillite. L’aide a été conditionnée à des « plans d’ajustement économique » dictés par la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI), autrement dit à une austérité dramatique qui a mené au désastre économique et social.

De 2010 à 2014, la baisse du PIB a été de 25%, celle de l’emploi de près de 20%. Le taux de chômage dépasse les 26%. Les salaires ont chuté et la demande intérieure s’est effondrée de plus de 30%. Le taux de pauvreté atteint 36%. Les services publics, les services de santé, les retraites ont été fortement affectés. Quant à la dette souveraine, elle est passée de 103% du PIB en 2007 à 178% aujourd’hui, malgré la décote de 2012. Le remède administré par la troïka a été pire que le mal.

C'est un chemin ambitieux et difficile, mais c'est le seul qui soit porteur d’avenirLe programme économique de Syriza vise à rompre avec ces politiques d’austérité qui ont failli. Face à une situation sociale très dégradée et au développement de la pauvreté, il prévoit une remise à niveau de la protection sociale et des services publics, la création de 300 000 emplois publics ou associatifs, une hausse du salaire minimum, la réduction des impôts des ménages pauvres, la refonte de l’imposition du patrimoine immobilier ainsi qu’un moratoire sur les dettes des ménages surendettés. Il prévoit également de lutter contre l’évasion fiscale, contre la corruption et contre la mauvaise gouvernance.

Au-delà de mesures qui devraient permettre de renouer avec la croissance à court terme, la Grèce est confrontée au défi du développement de ses capacités productives. Elle aura à mettre la politique industrielle, les politiques d’éducation, de formation, d’emploi, au service de cet objectif. Il lui faudra dégager des ressources à long terme, à la fois en interne (via une réforme fiscale) et en mobilisant des financements européens (prêts de la Banque européenne d’investissement notamment). C'est un chemin ambitieux et difficile, qui suppose de lutter contre l'inertie des classes dominantes et de mobiliser la société tout entière, mais c'est le seul qui soit porteur d’avenir.

Lire la suite sur le blog des Economistes atterrés

 

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 21:51

 

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Quand le Nobel français d’économie pète un plomb…

 

Hervé Nathan
Dans une missive envoyée à la secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, le Prix Nobel d’économie 2014, Jean Tirole, dénigre ses collègues universitaires qui n’ont pas la même vision que lui de la discipline. Le but : conserver le monopole des économistes orthodoxes sur l’enseignement universitaire…
WITT/SIPA

On peut être titulaire d’un prix Nobel et avoir un sacré melon : c’est le cas de Jean Tirole, estimable professeur de l’Ecole d’économie de Toulouse et récompensé pour ses travaux l’an dernier par la Banque de Suède. Dans une lettre à la secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche Geneviève Fioraso que nous publions in extenso (voir ci-dessous), Jean Tirole, dont la presse louait la réputation de modestie et de retenue, traite ses collègues « auto-proclamés "hétérodoxes" » de quasi « obscurantistes ». (1) Ceux-ci auraient le tort, selon lui, de refuser de se soumettre au « jugement » de leurs « pairs » au travers de publications dans les revues spécialisées. Ce qui reviendrait à promouvoir, écrit-il, « le relativisme, antichambre de l’obscurantisme ».

Le but de cette missive assassine : disqualifier auprès de Geneviève Fioraso le projet d’une deuxième section d’économie dans les universités françaises baptisée « Institutions, économie, territoire et société », faisant une large place non pas aux mathématiques et aux théories d’équilibre général chers aux « économistes orthodoxes », mais aux sciences sociales et politiques.

« Les orthodoxes
ont colonisé l’enseignement supérieur »

Gaël Giraud.Le ton général de la lettre rejoint les propos du président de la section économie du Conseil national des universités qui avait traité dans le Figaro les hétérodoxes de « gauchistes » mais aussi de « ratés ou frustrés ». Il reflète en tout cas l’âpreté du combat que se livrent les universitaires. Les « orthodoxes », dont Jean Tirole et Philippe Aghion se veulent les porte-drapeaux, dominent totalement la discipline « sciences économiques », au travers de la section numéro 5 du Conseil national des universités, consacrée à l'économie. Ils règnent ainsi sur le recrutement et les carrières des universitaires en France et entendent bien le demeurer. Pour le chercheur Gaël Giraud, c’est simple : les « orthodoxes ont colonisé l’enseignement supérieur ».

Pas question donc de voir naître une section « concurrente » qui permettrait de mettre fin à la véritable épuration idéologique à l’œuvre dans les universités françaises : les « orthodoxes » seront très bientôt les seuls à conduire les recherches et les thèses au détriment non seulement des économistes « de gauche », dit néo-keynésiens, mais aussi des ultralibéraux adeptes de l’école autrichienne de Hayek et Friedman…

Il n’y a pas que la lutte des places pour les budgets et les chaires d’enseignement. Les économistes sont aussi les « conseillers des princes », de droite comme de gauche. Philippe Aghion, avec Gilbert Cette et Elie Cohen sont ainsi « les pères » du « pacte de responsabilité » de François Hollande et Emmanuel Macron. Jean Tirole est « l’inventeur » en France du « contrat de travail unique », le type de réforme « structurelle » en vogue dans les ministères et au Medef...

« Les théoriciens de l'économie industrielle
sont une secte »

Bernard MarisMieux encore, si on lit bien sa lettre, « les régulateurs, organismes internationaux et entreprises » (soit le FMI, la Banque mondiale, la BCE, les banques, les assurances, etc.) s’arracheraient les économistes formés, notamment dans les « centres d’excellence en économie qui ont émergé en France », dont bien sûr la Toulouse School of Economics, bébé de Jean Tirole, qui forme, grâce aux subsides des grands groupes, à « l’économie industrielle »... Une spécialité dont Bernard Maris avait écrit : « Les théoriciens de l'économie industrielle sont une secte, dont l'obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. Il n'est pas difficile de repérer le taliban sous l'expert, et le fou de Dieu sous le fou de l'incitation. »

Dans une tribune publiée dans le Monde, les tenants d’une économie raccrochée aux sciences sociales, emmenés par André Orléan, président de la l’Association française d’économie politique (l’AFEP, regroupant 600 docteurs en économie et sciences sociales) répondent vertement : « Les économiste ont aussi besoin de concurrence ». Et ils rappellent qu’entre 2005 et 2011, sur 120 nominations de professeurs, « seuls 6 appartenaient à des courants minoritaires ». Ils précisent que leur vision de l’économie s’inspire de Fernand Braudel, Karl Marx et John M. Keynes… Qui n’étaient ni obscurs, ni obscurantistes, ni nuls ni même frustrés.

Un ministre au moins pense un peu comme eux : Emmanuel Macron. Questionné par Marianne, le patron de Bercy, rappelle ce que sa formation doit « à l’école du MAUSS » (le Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales animé par le sociologue Alain Caillé, ndlr). Il affirme qu’il est « attaché à ce qu’il n’existe pas qu’une seule approche de l’économie » : « L’économie, explique-t-il, se construit aux frontières de la politique, de la sociologie, de la philosophie. Même si les mathématiques apportent beaucoup, c’est une science sociale et morale. » Hélas, le ministre de l’économie en convient : il ne lui appartient pas de fixer les programmes. Peut-être peut-il tout de même passer un coup de fil à sa collègue Geneviève Fioraso ?

 

ihttp://www.marianne.net/sites/default/files/lettrejeantirole.pdf



(1) L’AFP avait mentionné l’expression de Jean Tirole dans une dépêche du 23 janvier.

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 21:35

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/eurojournaliste

 

 

Le mouvement xénophobe «Pegida» implose

Kathrin Oertel - un regard qui fait froid dans le dos.Kathrin Oertel - un regard qui fait froid dans le dos.

La politique est un métier difficile qui ne peut pas se limiter à des slogans xénophobes. La «Pegida» vient de s’en rendre compe. En implosant.

(KL) – Ils étaient partis pour sauver l’Occident de l’Islam. Pour ce faire, ils avaient choisi un Bundesland où il est franchement difficile de rencontrer des musulmans, car il y en a pas. En Saxe où la communauté musulmane compte pour environ 0,1% de la population, la «Pegida» avait choisi le thème de l'Islam uniquement pour mieux cacher ses objectifs xénophobes et en partie, néonazis. Mais si la «Pegida» avait réussi à mobiliser quelques milliers d’imbéciles pour ses manifestations, elle a surtout réussi à réveiller le mouvement antifasciste. Face au vent, les fondateurs de la «Pegida» ont jeté l’éponge. Tant mieux.

Le premier à raccrocher, était Lutz Bachmann, personnage étrange, qui avait évité une peine de prison en se réfugiant en Afrique du Sud. Mais au lieu d’y apprendre que le statut de réfugié mérite d’être protégé, il y a développé une sorte de xénophobie des plus abjectes. De retour en Allemagne, il avait trouvé des gens qui partagaient ses idées – un mélange explosif d’anciens fonctionnaires de groupes et de groupuscules néonazis qui, face à la critique publique, niait en bloc leur passé néofaciste. Sans pour autant réussir à tromper les Allemands.

Après la publication d’un «selfie» montrant Bachmann déguisé en Hitler, le fondateur de la «Pegida» était obligé d'abdiquer. Pendant quelques jours, c’est un autre personnage qui s’est présenté en première ligne de la «Pegida» – Kathrin Oertel, qui faisait penser à tout ce que l’Allemagne a offert de moche au monde pendant le siècle dernier. Mais elle aussi était visiblement dépassé par la «Pegida» et le rejet massif que ce «mouvement» a recolté partout en Allemagne, sauf à Dresde, fief des ultranationalistes allemands. Chic – elle aussi a jeté l’éponge, en entrainant dans son sillage, trois autres membres fondateurs de la «Pegida» qui du coup, se trouve sans direction. A croire que le néofacisme ne fait pas recette en Allemagne.

La tentative de Lutz Bachmann de revenir au premier plan, en expliquant que sa collègue Oertel avait démissionné parce qu’elle aurait reçu des menaces de mort émanant du mouvement antifasciste, n’est qu’une faible tentative d’auto-stigmatisation. Qui intéresse les Allemands autant que l’annonce d’Oertel de vouloir créer un «mouvement pour la démocratie directe en Europe». Mouais. Ils pourront appeler leurs clubs comme ils le voudront, les Allemands ne sont pas dupes. Les Bachmann, Oertel & Cie. ont montré que les ultranationalistes en Allemagne ne sont pas assez forts pour déclencher un mouvement comme dans les années 30 en Allemagne.

Les Allemands, eux, ont apporté la preuve qu’ils ne risquent pas de retomber dans les travers de l’histoire. 70 ans après la fin de la IIe Guerre Mondiale, ils ont montré au monde entier que le fascisme allemand n'a plus aucune chance de menacer la paix en Europe. Les Pegida auront été un élément fédérateur des antifascistes allemands qui eux, s’en trouvent confirmés et renforcés. Quelle bonne nouvelle pour finir la semaine !

Crédit photo : www.blu-news.org / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/eurojournaliste

 

 


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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 22:55

 

 

Source : www.okeanews.fr

 

 

Arrêt de la privatisation de l'électricité grecque et du port du Pirée



28 janvier 2015 - 127 mots  

dehLe ministre de la restructuration productive, de l'Environnement et de l'Énergie, P. Lafazanis, a annoncé la décision de mettre fin immédiatement à la privatisation de l'organisme public d'électricité DEI.

Il a aussi annoncé un accès gratuit à l'électricité pour les chômeurs de longue durée. "Le but souhaité est de faire baisser le prix de l'électricité pour le public"...

 

*Suite de l'article sur okeanews

 

 

Source : www.okeanews.fr

 

 

 

                                                                               ****************************

 

Source : ,www.express.be

 


La Grèce augmente son salaire minimum et suspend la privatisation du port du Pirée


Dès le second jour de sa mandature, le nouveau gouvernement grec du Premier ministre Alexis Tsipras démontre sa détermination. Lors d'une interview donnée à la télévision grecque, le nouveau ministre du Travail, Panos Skourletis, a annoncé le rétablissement du salaire  minimum à 751 euros avec effet immédiat (soit une augmentation de 10%) « pour atténuer la crise humanitaire dans le pays ». Le sous-ministre de la Réforme administrative, George Katrougalos, a également annoncé le retrait immédiat d’une mesure du précédent gouvernement qui prévoyait le licenciement de plusieurs fonctionnaires. Ce licenciement était une des mesures imposées par la troïka composée de la Commission européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale Européenne, dans le cadre du plan de sauvetage de la Grèce

Ainsi, SYRIZA tient déjà deux promesses de campagne.

Une autre décision remarquable porte sur la suspension de deux grands projets de privatisation, dont celui du port du Pirée à un consortium chinois, qui faisait également partie des accords du plan de sauvetage. Le gouvernement veut réviser l’accord qui avait été signé précédemment « en faveur du peuple grec ».

La privatisation du port de Thessalonique, le second plus grand port du pays, et celle de la compagnie ferroviaire grecque Trainose, ont aussi été suspendues.

 

Source : ,www.express.be

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 22:46

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Ecrivains publics : un service d’utilité sociale pour un meilleur accès aux droits

par Lisa Giachino (L’âge de faire) 27 janvier 2015

 

 

Un dossier administratif à remplir, une lettre compliquée à écrire, un besoin de conseil pour la formulation d’un courrier... Dans le Gard et le Vaucluse, un « écrivain public à vocation sociale » vient en aide à ceux qui ont besoin d’un coup de main. Cet ancien journaliste a convaincu les collectivités locales de financer un service d’écriture publique. Car si l’accès aux droits passe souvent par l’écrit, le droit à l’écrit devrait être garanti pour tous, estime-t-il.

Cet article a initialement été publié dans L’âge de faire.

Ali [1] travaille comme manutentionnaire. Il a deux enfants, est en plein divorce et, même s’il sait écrire, il préfère « ne pas faire de fautes et éviter tous les problèmes » en remplissant son dossier de demande d’aide juridictionnelle. Catherine, elle, n’a aucun mal d’habitude à rédiger un courrier. Mais elle est « si énervée » qu’elle craint que ses mots ne dépassent sa pensée : en arrêt maladie pour burn out (épuisement), elle doit répondre à son employeur qui lui envoie des avertissements.

Il y a autant de raisons de recourir à un écrivain public, que de personnes et de situations administratives différentes. Mais tous ceux qui prennent rendez-vous avec Franck Danger, lors de ses permanences dans le Gard et le Vaucluse, ont un point commun : « Ils ne viennent que s’ils en ont vraiment besoin, la plupart du temps une seule fois dans l’année. L’écriture est quelque chose de personnel, d’intime. On ne va pas se confier à longueur d’année à un étranger », constate cet ancien journaliste, devenu « écrivain public à vocation sociale ».

Instaurer un droit à l’écrit

C’est en menant, pour son propre compte, un recours auprès de l’administration, que Franck Danger a réalisé à quel point il peut être difficile de faire valoir ses droits. « J’y suis arrivé parce que je maîtrisais bien l’écrit, mais je me suis demandé : « Comment font les autres ? » L’écrit est omniprésent dans notre société. Depuis 2002, l’administration est tenue d’indiquer les voies de recours au bas des documents, mais personne n’ira vérifier si les gens sont capables d’user de ce droit. Si l’accès au droit passe par l’écrit, alors il faut instaurer un droit à l’écrit. »

En 2004, il monte un projet de service d’écriture publique qu’il soumet aux collectivités locales de son territoire. Les permanences démarrent en 2007. Aujourd’hui, il est présent une fois par semaine sur les communes de Roquemaure, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit et Orange. Financé par le Conseil général du Gard, une communauté d’agglomération et les communes, le service est gratuit et assuré toute l’année. « Cela me semblerait incongru de faire payer des personnes, qui se trouvent souvent dans une situation de précarité, pour remplir un dossier, précise Franck Danger. La plupart d’entre nous savons écrire grâce à la République, qui nous l’a appris gratuitement. Ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas eu cette chance, doivent pouvoir être aidés. » D’abord sceptiques, les assistantes sociales du secteur orientent désormais certaines familles vers la permanence, ce qui leur permet de se consacrer à d’autres problématiques que les dossiers administratifs.

Certains usagers du service sont illettrés. « En milieu rural, beaucoup m’ont expliqué qu’ils étaient allés à l’école quand il n’y avait pas autre chose à faire sur la ferme », souligne Franck Danger. D’autres ne sont pas à l’aise avec les formulaires, et ont besoin d’une aide ponctuelle pour ne pas perdre pied dans une période critique de leur vie : maladie, divorce, perte d’emploi… D’autres encore, comme Catherine, « appartiennent à la classe moyenne et sont tout à fait capables d’écrire. Mais ils se retrouvent, à un moment donné, face à des difficultés qui les empêchent d’exprimer clairement leur situation. Ils ont besoin d’un regard extérieur, neutre et bienveillant ».

« Je propose que l’on fasse ensemble un brouillon »

Ce jour là, dans son petit bureau du centre social de Roquemaure, Franck ne prend son stylo que pour cocher les documents qu’Ali devra ajouter à son dossier. Il le laisse remplir lui-même les différentes rubriques, se bornant à le guider. « Souvent, je propose aux personnes que l’on fasse ensemble un brouillon, qu’elles pourront ensuite recopier et modifier, précise-t-il. Je ne cherche pas à faire à leur place, mais à les aider à renouer avec l’écrit. L’objectif ultime de notre profession est de travailler à notre propre disparition ! »

On en est encore loin. Alors que les administrations ont tendance à limiter l’accueil du public, préférant l’orienter vers internet, les mairies sont régulièrement sollicités par des personnes qui ne savent comment remplir un dossier. Fondateur du réseau Écrivains publics à vocation sociale, Franck Danger milite pour que l’administration crée en son sein des postes d’écrivain public, en permettant à des fonctionnaires volontaires de se former à ce savoir-faire. Il travaille aussi à convaincre les députés de sa région à envisager l’inscription dans la loi d’un droit à l’écrit. « Cette question recoupe largement la préoccupation du non recours aux droits sociaux : c’est en remplissant le dossier retraite de personnes ayant des petits revenus, que je m’aperçois qu’elles sont éligibles à l’aide à la complémentaire santé, et pourraient donc être mieux soignées. »

Lisa Giachino, L’âge de faire

Cet article a été publié dans le numéro de décembre de L’âge de faire, média partenaire de Basta !. Vous retrouverez son sommaire sur cette page.

Photo de Une : CC Lucas

Notes

[1Les prénoms ont été changés


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Source : www.bastamag.net

 

 

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 22:26

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Alternatives

Réparation citoyenne : la parade à l’obsolescence programmée

Lorène Lavocat (Reporterre)

mardi 27 janvier 2015

 

 

 

Le lave-linge qui tombe en panne quelques semaines après la fin de la garantie, les chaussures trouées au bout d’une saison... Que faire face à l’obsolescence programmée des produits ? Faire appel à l’expertise citoyenne ! Damien Ravé a créé Commentréparer.com, un site web participatif pour apprendre à restaurer, dépanner, ou raccommoder nos objets.


Pas bricoleur pour un clou. Damien Ravé n’a ni le bleu de travail, ni les mains calleuses du bidouilleur passionné. Sorti d’une école de marketing, il est plutôt du genre geek. Et il est à l’origine de Comment réparer, un site web participatif pour apprendre à restaurer, dépanner, ou raccommoder nos objets.

« Mon grand-père était un bricoleur de génie, et tout le monde savait trafiquer dans ma famille... sauf moi ! », se rappelle Damien Ravé. Un vilain petit canard qui préfère le clavier au fer à souder. En 2011, il tombe sur un documentaire d’Arte « Prêt à jeter ou l’obsolescence programmée ». Le film montre comment les industriels cherchent à réduire la durée de vie d’un produit ou de ses composants pour accélérer la consommation. Pour notre web-designer, c’est le déclic. Et l’éternelle question : qu’est-ce que je peux faire ?

« J’avais des appareils en panne, et je me suis demandé ce que je ferais si mon grand-père n’était pas là. » Direction la toile. Il surfe sur les forums, épluche le web. À chaque fois, c’est le même constat : « Rien n’est fait pour les débutants, les sites ne sont pas accueillants, trop techniques. Ils prennent un peu de haut ceux qui ne savent pas. »

Lui par contre sait faire des sites internet. Ni une ni deux, il décide de créer un espace pour « répondre aux questions des novices ».

Solidarité et expertise citoyenne

Lancé en 2011, le site Commentreparer.com marche comme un forum. Chacun peut venir poser sa question. Que faire avec un lave-linge qui essore tout le temps ? Pourquoi un tabouret de bar grince-t-il ? Comment rattraper des griffures de chat sur un canapé en cuir ? D’autres particuliers proposent astuces, conseils ou pistes de solutions. Peu de réparateurs professionnels, le forum fonctionne grâce à l’expertise citoyenne.

Chaque mois, près de 300 000 personnes visitent le site. « Il y a un petit noyau dur de contributeurs réguliers, des passionnés du bricolage, mais 99 % viennent juste chercher une réponse », indique Damien Ravé.

Xavier Renard fait partie de ces férus de la réparation. Homme au foyer, il répond tous les jours aux questions des internautes. Bénévolement. « En fonction des demandes, je fais parfois plusieurs heures de recherche, pour des inconnus », dit-il. Vivant en Alsace, il lui arrive de se déplacer dans toute la région pour résoudre un problème ardu.

Cuisiner, ferronnier d’art... Xavier Renard a eu plusieurs vies, avec une constante : il s’est toujours formé sur le tas, en autodidacte. Depuis qu’il a quitté le monde professionnel, animer le forum lui permet « de se créer un réseau, de faire des rencontres ». Surtout, bidouiller est une seconde nature, « une addiction », avoue-t-il.

« Les gens en ont marre d’être pris pour des pigeons »

Des Repair’cafés aux Fab Lab, la réparation a le vent en poupe. Un regain d’intérêt constaté sur le site. Damien Ravé y voit « un effet de la crise et une sensibilisation écologique croissante ». Autre facteur d’après lui, « les gens en ont marre d’être pris pour des pigeons ». Le lave-linge qui tombe en panne quelques semaines après la fin de la garantie, les chaussures trouées au bout d’une saison.

Pour autant, le Do it yourself (fais-le toi-même) reste un phénomène plus que marginal. « Les recherches sur Google concernant le mot réparation ne cessent de diminuer », observe Damien Ravé. Les consommateurs préfèrent acheter que bricoler.

« Avec l’électronique, les appareils se sont complexifiés, personne ne sait plus rien faire aujourd’hui » , estime quant à lui Xavier Renard. « Tout est fait pour nuire à la réparation. »

Informer et former les citoyens contre l’obsolescence programmée

Mais Damien Ravé refuse d’accabler le système de production : « Les entreprises ne sont pas seules responsables de l’obsolescence rapide des produits. » Il souligne que les consommateurs acceptent... et même encouragent « la stratégie commerciale de course aux prix les plus bas ». Autrement dit, en plébiscitant des objets moins chers, en guettant les nouveautés, nous favorisons l’essor de produits peu durables...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
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