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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 17:02

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Primaire à gauche

Hamon, Valls, Montebourg, Peillon... qui dit quoi sur le revenu universel ?

 

 

 

Les quatre principaux candidats à la primaire de la gauche se divisent sur un sujet bien précis : le versement d'un éventuel revenu universel à tous les Français.

 

 
Benoît Hamon est parvenu à imposer le thème du revenu universel dans la campagne à gauche. - SIPA

Il est parvenu à incarner une thématique forte lors de cette primaire à gauche : l'un des sept prétendants, Benoît Hamon, porte l'instauration d'un revenu universel, obligeant les autres candidats à se positionner sur cette question. Manuel Valls le premier a dû évoluer sur le sujet afin de se démarquer de son conccurent : lui qui utilisait également le terme de "revenu universel" , a changé de sémantique ce 3 janvier lors de la présention de son programme. Il évoque désormais un "revenu décent" différent de celui de Benoît Hamon. Il faut dire que le sien n'a absolument rien d'universel... A côté, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon ne veulent pas en entendre parler. Tour d'horizon de leurs points de vue.

 

 

 Hamon et son "revenu universel d'existence" à 750 euros

Celui qui souhaite "refonder notre rapport au travail et au temps libre" avec un "travail choisi et non subi", "en finir avec la précarité et doner la possibilité à tous de s'émanciper et de s'engager librement dans l'activité qui répond à ses aspirations", celui qui veut également passer aux 32 heures, propose l'instauration d'un revenu universel d'existence en trois temps, comme décrit ainsi dans son :

 

"Dès 2017, le RSA sera augmenté de 10% à hauteur de 600€. Il sera versé automatiquement à tous les ayant-droits ainsi qu’à tous les jeunes de 18 à 25 ans quel que soit leur niveau de ressources. Ce revenu sera ensuite étendu à l’ensemble de la population. A terme, il atteindra la somme de 750 euros.​"

Hamon convient que cette "révolution" ne pourrait pas se mettre en place du jour au lendemain. Le 2 janvier sur , il expliquait encore : "Ça n’est pas une mesure qui, par ordonnance, fera en sorte qu’en 2018 tout le monde ait le revenu universel du jour au lendemain. Evidemment, ça n’est pas possible à ces conditions-là."

 

 

 Valls dégaine le "revenu décent"

La logique de ce revenu n'est pas le même. Manuel Valls ne veut pas revoir "notre rapport au travail et au temps libre" mais constate que "le monde évolue à toute vitesse, avec des carrières plus mobiles" et "le recul du salariat au profit du travail indépendant". S'il souhaite mettre en place "un revenu décent", c'est pour "accompagner les ruptures, les transitions". Que les individus soient plus libres d'avoir une vie professionnelle remplie de changements. Son revenu de base ne sera pas universel mais sera distribué "sous conditions de ressources". Il remplace les aides sociales déjà existantes, comme expliqué dans son  :

"Les minima sociaux, outils de la solidarité nationale, sont aujourd’hui nombreux, complexes, difficilement lisibles. C’est une source d’inégalités supplémentaire dont pâtissent les plus modestes. Créer un revenu décent issu de la fusion de minimas sociaux qui sera attribué, sous conditions de ressources, à toute personne âgée de plus de 18 ans résidant régulièrement sur le territoire national.

L’accès devra être aussi simple et légitime que de bénéficier d’allocations familiales lorsqu’on a des enfants ou du remboursement de ses soins lorsqu’on est malade." 

 

 Montebourg et le "travail fier"

Pas de revenu décent ou d'existence pour Montebourg. L'ancien ministre du Redressement productif préfère citer Victor Hugo ce 3 janvier au matin sur RTL :
"Je suis un petit peu comme Victor Hugo lorsqu’il exaltait le travail fier. Je crois à la société du travail car c’est l’outil de dignité du citoyen."

S'il ne souhaite pas complètement s'opposer à Benoît Hamon - "il y a des éléments positifs dans ce qu'il propose" - Montebourg juge irréaliste l'idée d'un revenu universel, qu'il décrit volontairement comme "un état social à côté de celui qui existe déjà" et non comme un modèle de substitution :

"Je dirais que c’est une solution pour après-demain car elle est infaisable. Si vous décidez de verser un revenu universel pour tout le monde, de 700 et quelques euros, ça coûte l’équivalent de la totalité du budget de l’Etat. On va pas créer avec 35 points de CSG de prélèvements supplémentaires un état social à côté de celui qui existe déjà, cela me parait irréalisable."

 

Surtout, Arnaud Montebourg juge que le revenu d'existence n'est pas, à ses yeux, "un modèle de société".

 

 

 Peillon "philosophiquement opposé" au revenu universel

A la manière d'un Montebourg, Vincent Peillon, entré le plus tardivement en campagne, évoque la "dignité du travail" pour expliquer son refus d'un tel revenu de base. Invité sur BFMTV le 2 janvier, il développe :
"Je crois à la dignité par le travail et dans le travail. Je veux une solidarité qui inclut, pas qui exclut: 'je te donne de l'argent et tu restes chez toi."
"Philosophiquement opposé" à cette mesure, il considère également que son coût - chiffré à quelque 300 milliards d'euros par Benoît Hamon - le rend "impraticable". Lui se distingue davantage de ses camarades en promettant de ramener le déficit public à 1,5% du PIB d'ici à 2022. On comprend mieux son opposition au versement d'un tel revenu.

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:46

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Spoliation de nos données : ce que la gauche pourrait proposer

 

 

Le chercheur biélorusse Evgeny Morozov propose une alternative de gauche à l’exploitation des données numériques.

 

Initialement publié sur 

 

 

 

Mi-décembre, le chercheur biélorusse Evgueny Morozov publiait sur son blog hébergé par le Monde diplomatique un article qui a le grand mérite d’enjoindre la gauche à réfléchir.

Morozov part d’un constat partagé. Cinq entreprises américaines ont aujourd’hui « extrait, traité et digéré une grande partie des données mondiales » (Amazon, Google, Microsoft, Facebook et IBM).

 

Evgeny Morozov, en septembre 2016, en Italie

Evgeny Morozov, en septembre 2016, en Italie - Leonardo Cendamo/Leemage

Grâce à nos données, ces entreprises ont développé un savoir hors du commun en Intelligence artificielle et une quasi mainmise sur le monde numérique. Et Morozov de faire l’analogie suivante :

« Imaginez que la surface de la terre soit soudain devenue la propriété [...] de cinq gros bonnets du BTP, et que nous autres humains soyons obligés de payer un droit d’utilisation chaque fois que nous posons un pied au sol. »

Ce serait insupportable, c’est pourtant la condition de notre vie numérique. La question est donc : comment réagir ? Comment trouver une réponse équivalent à ce que fut la taxe foncière, dont l’invention vint contrecarrer l’accaparement des terres par une élite aristocratique et financière ?

Morozov distingue deux stratégies.

 

Limiter la taille de ces entreprises

La première, c’est la création d’un modèle alternatif. Par exemple, les chauffeurs d’une ville qui vont s’organiser en coopérative pour contrer Uber. C’est sans doute beaucoup mieux pour les conditions de travail, mais ça ne peut être qu’une solution locale et à court terme.

Aucune coopérative de chauffeurs n’aura les fonds suffisants, et la quantité de données suffisante, pour développer des voitures autonomes par exemple.

L’autre solution est celle prônée par les populistes de gauche du type Bernie Sanders. Elle consiste à limiter la taille de ces géants économiques, pour éviter qu’ils étendent leur mainmise sur trop de secteurs. Mais, au dire de Morozov - et on ne saurait lui donner tort sur ce point -, c’est ne pas comprendre la particularité de cette ressource qu’est la donnée. Et il fait encore une analogie signifiante : à l’inverse du pétrole, qui ne prend pas de valeur quand on augmente les stocks, plus on a de données, plus on peut les analyser finement, plus on est à même de développer des services performants et bon marché.

Limiter la taille des entreprises, garantir la concurrence ne sont plus les conditions d’une politique plus juste.

 

Les données dans le domaine public

Morozov propose donc une autre voie. Ce qu’il faut, dit-il, c’est faire des données un bien qui relève du domaine public. Il faudrait donc inverser le paradigme. Au lieu que ce soit nous qui devions payer pour utiliser des services qui fonctionnent grâce aux données que nous avons fournies gratuitement, nous devrions faire payer les entreprises qui utilisent ces données qui sont notre bien commun (libre ensuite à ces entreprises de nous vendre leurs services si elles le veulent).

Morozov considère cette voie comme le ferment d’un nouveau populisme de gauche, un populisme qui ne prône plus le retour illusoire au plein emploi, un populisme qui n’ait plus la nostalgie d’un « Etat providence hautement interventionniste ».

Un populisme qui ne promette pas seulement ce que nous avons aujourd’hui en un peu amélioré, mais un populisme qui ose affirmer que les données appartiennent au peuple. Il invite donc le camp progressiste à se saisir de cette question, dont il estime qu’elle est un boulevard pour la gauche, la droite n’ayant de rien de nouveau à proposer sur ces questions (du simple fait que l’on vit dans un régime de la donnée de droite).

 

Populisme

Je sais bien que cette question des données peut sembler secondaire par rapport à bien des questions qu’affrontent nos sociétés, et qui divisent la gauche aujourd’hui. Néanmoins, je trouve l’idée de Morozov à creuser (tout comme il faudrait sans doute déterrer le rapport Colin et Collin sur la fiscalité numérique qui contenait des aspects intéressants au sujet de l’exploitation des données).

Parce que les mutations que le numérique fait subir à l’économie apparaissent soudain plus seulement comme des fatalités qui ne font que creuser inéluctablement les inégalités, mais comme l’occasion de penser des politiques économiques qui soient vraiment de gauche.

Reste l’emploi que fait Morozov du mot « populisme », qui peut paraître un peu étrange dans ce contexte. Mon hypothèse est que Morozov l’emploie pour ne pas employer le mot « communisme », un peu trop marqué historiquement, et que ce « populisme » auquel il se réfère n’est pas celui qui flatte le peuple, mais celui qui voit d’abord les intérêts du peuple.

Et il n’est pas faux de considérer aujourd’hui que toutes ces données que nous fournissons aux géants de l’économie numérique par le moindre de nos actes numériques (tout simplement, par exemple en nous déplaçant avec un téléphone géolocalisé), et qui nous sont revendues ensuite sous la forme de services divers, constitue une des spoliations du bien du peuple la plus spectaculaire de l’Histoire.

Retrouvez les podcasts de l’émission via iTunes ou en RSS.

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:32

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

Pas de pause pour les attaques du capital

Des mesures de la Loi Travail sont entrées en application ce 1er janvier

Publié le 2 janvier 2017

 

 

Dimanche 1er janvier rentraient en vigueur de nombreux éléments de la fameuse “Loi Travail”, ayant mobilisé des centaines de milliers de personnes pendant plus de 5 mois. Quelles en sont les conséquences ?

Dylan Leonard

Tout d’abord, la “Loi Travail” signe la fin des 35 heures puisque cette dernière met en avant l’accord d’entreprise sur l’accord de branche. Cela signifie que si un accord majoritaire est trouvé au sein d’une entreprise, celui ci primera sur l’accord de branche. De plus, bien que la durée légale de travail reste techniquement à 35 heures, sur simple accord d’entreprise, ce temps pourra être de 46 heures par semaine pendant 12 semaines, contre 44 avant l’application de cette loi. Pour ce qui est de la majoration des heures supplémentaires, elles est elle aussi fixée par accord d’entreprise (qui prévaut donc, de fait, sur l’accord de branche) et pourra passer de 25 à 10% minimum. En matière de congés payés, si aucun accord d’entreprise n’est trouvé entre les différents acteurs (doit-on cependant rappeler qu’une relation employeur/employé implique, de fait, une relation ou le salarié se trouve de toute façon subordonné ?) alors l’employé se verra contraint de prendre ses congés entre le 1er mai et le 31 octobre.

Autre élément tendancieux mis en place avec cette loi, la médecine du travail se voit vidée de sa substance. Désormais, la visite médicale à l’embauche disparaît pour laisser place à un “suivi individuel du salarié” qui n’aura pas pour but de vérifier l’aptitude du salarié vis-à-vis de son activité, mais qui l’informera des risques inhérents à son emploi. De plus, cela ne sera pas obligatoirement effectué par un médecin du travail, mais par un “professionnel de la santé”.

Il ne s’agit ici que de quelques exemples, non exhaustifs, mais qui permettent de dresser un portrait d’une loi combattue et refusée par une immense majorité de la population - lors des nombreux mois de mobilisation, les sondages annonçaient que plus de 70 % de la population ne voulait pas de cette loi. Pourtant, la réforme qui faisait alors le plus grand bruit et était le plus souvent relayée par les médias traditionnels n’est pas un des exemples ci-dessus, mais concerne l’article 55 du projet de loi : “Le droit à la déconnexion”, qui vise à rendre moins floue la frontière entre la vie privée du salarié et sa vie au sein de son entreprise. Si, sur le papier, cette réforme semble être une avancée pour les droits des travailleurs, il n’en reste pas moins qu’elle ne contrebalance en aucun cas les mesures liberticides et scandaleuses qui font le gros de ce texte, un texte adopté à coups de 49.3 contre l’avis même de la population qui le subit.

Lorsque l’on sait que, dorénavant, Manuel Valls, candidat à la primaire de la gauche, souhaite « Supprimer purement et simplement le 49.3 » après l’avoir utilisé à de multiples reprises pendant la mobilisation contre la Loi Travail et après avoir parlé de « prises d’otages » vis-à-vis des syndicalistes en grève reconductible, il semble évident que, plus que jamais, nous devons lutter pour nos droits et nos acquis sociaux avant qu’ils ne soient détruits et donnés en pâture à un capitalisme toujours plus meurtrier.

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 16:00

 

 

*Note perso:

Analyse pertinente, "NuitDeboutNîmes" continue mais il faut le reconnaître, après l'engouement des premiers mois, le mouvement est beaucoup plus modeste aujourd'hui. S'inventer c'est aussi accepter les maladresses et apprendre de nos erreurs. Ce n'est pas tant le mouvement "NuitDebout" qui a son importance mais bien les idées qu'il draine et qui, elles subsistent !

 

 

 

Source : http://bibliobs.nouvelobs.com

 

 

Pourquoi Nuit debout n’a pas tenu ses promesses : le récit inédit de Patrice Maniglier

 

 

Pourquoi Nuit debout n’a pas tenu ses promesses : le récit inédit de Patrice Maniglier

 

Au printemps dernier, place de la République, le philosophe a participé activement à la commission qui tentait d’organiser les débats. Dans ce texte, écrit pour "les Temps Modernes", il raconte sans fard ce moment marquant de l'année 2016.

 

 

 

Nuit Debout a-t-elle été un échec déprimant par son absence de résultat? Ou une victoire enthousiasmante par le simple fait d’avoir eu lieu? C’est la question qu’aborde frontalement la revue des «Temps Modernes», qui publie un numéro spécial aussi inattendu que passionnant. L’une des pièces de choix est le texte du philosophe Patrice Maniglier, qui a piloté ce numéro: dans un long texte, il raconte en détail son engagement quotidien à Nuit debout, en particulier dans la commission Démocratie. En exclusivité, BibliObs en publie un long extrait (lire ci-dessous).

Le reste du dossier est tout aussi captivant. Démarche originale: au lieu de se contenter de solliciter les chercheurs reconnus ès -«révoltes politiques», l’équipe des «Temps modernes» a lancé un appel à contributions sur les réseaux sociaux, ce qui lui permet de rassembler dans ce numéro des textes d’étudiants ou de militants. Ceux-ci racontent de l’intérieur Nuit debout, les manifestations contre la loi Travail et même ces fameux «cortèges de tête» qui, à l’avant des défilés, allaient à l’affrontement avec les forces de l’ordre dans une logique clairement insurrectionnelle.

Autre innovation : le numéro contient également un cahier de graffitis et de slogans qui captent bien l’esprit de ce printemps électrique: «Une autre fin du monde est possible», «En cendres, tout devient possible», «On s’est radicalisés sur internet», «On fait comme DAB»… 

Eric Aeschimann

Nuit debout : une expérience de pensée

Par Patrice Maniglier

« La Commission « Démocratie » (…) était chargée de l’organisation des assemblées et d’une réflexion plus générale sur le sens du mot «démocratie». J’y suis allé un peu par hasard, pour répondre à la contingence d’un appel: lorsque j’étais venu à l’accueil, le 32 ou le 33 mars, pour demander comment je pouvais me rendre utile, on m’avait demandé ce que je faisais dans la vie. J’avais répondu que cela n’allait pas vraiment nous avancer car, étant professeur de philosophie, ce que je faisais n’avait aucune utilité directe. On m’a cependant opposé que la commission «démocratie» avait justement besoin de philosophes et que j’y serai sans doute utile. Je me suis de bonne grâce soumis à cette suggestion.

Je me suis d’abord livré à des tâches pratiques: j’écoutais, rédigeais des compte-rendu des réunions, participais à la modération des assemblées du soir (et à la formation de celles et ceux qui, toujours différents, devaient chaque jour modérer), aidais à monter et démonter les barnums, trouver les micros, apporter les gaffeurs, j’allais acheter du matériel, l’emportais chez moi à minuit, le rapportais à 16h, etc. – bref je me livrais corps et âme à des tâches d’organisation, qui convenaient à l’idée que je m’étais faite d’une certaine neutralité politique et intellectuelle dans laquelle je devais, du moins dans un premier temps, me tenir, ayant pour ma part d’autres lieux d’expression aisément accessibles. De ce point de vue, j’étais un typique nuitdeboutiste: je m’intéressais à faire vivre le cadre pour lui-même, en déléguant à d’autres le soin de définir les orientations de contenu. Mais je pris néanmoins assez rapidement conscience de la nécessité de sortir de cette réserve.

La commission semblait en effet s’embourber dans une tentative hors-sol pour élaborer ce qui s’était mis à ressembler à une sorte de «constitution idéale» de la Place de République, avec des documents qui ont fait jusqu’à 14 pages. Il s’agissait de régler le fonctionnement des assemblées, les rapports entre les commissions et même jusqu’au fonctionnement de chaque commission en particulier – bref d’imaginer un petit État doté d’honnêtes statuts et réglementant tous les comportements internes des membres. Je considérais ce projet absurde et pédant, mais une étrange dynamique de groupe, mélange de politesse et de mollesse, faisait qu’il semblait brave et honnête d’en discuter puisqu’une personne l’avait proposé.

La difficulté même à le discuter en commission montrait bien cependant combien ce petit délire hyper-formaliste était inadapté. On y retrouvait, comme dans les autres commissions, deux groupes: littéralement et physiquement un premier cercle, composé d’habitués, puis, dans un deuxième cercle, des gens qui s’y agrégeaient, certains s’asseyant, d’autres restant debout, des passants, des curieux, des âmes errantes aussi. Les seconds accusaient facilement les premiers d’avoir déjà pris le pouvoir. De fait, les gens qui étaient là depuis plusieurs jours voulaient discuter de ce qui avait été présenté la veille, ils voulaient avancer, aller plus loin, ne pas sans cesse repartir de zéro. Les autres au contraire protestaient que «démocratie» voulait dire que chacun avait un pouvoir égal, et que ce n’était manifestement pas le cas dans ces conditions, ceux qui venaient d’arriver devant se taire et écouter, étant nécessairement hors-sujet, puisqu’il aurait fallu qu’ils prennent connaissance d’un texte de 14 pages avant même de prendre la parole et que ce texte, d’ailleurs, n’était disponible qu’en un seul exemplaire…

Ceux du premier cercle répondaient parfois, non sans une certaine condescendance, mais souvent avec un sincère désir de prendre en compte les nouveaux venus, que ceux-ci pouvaient écouter aujourd’hui et revenir demain, après avoir lu le texte pour participer aux réunions de manière plus informée. La thèse, en somme, était: le groupe est ouvert, vous pouvez y entrer sans condition – mais pas le bloquer. Le principe me paraissait raisonnable, la question intéressante (comment faire naître une véritable organisation collective sur la place, à partir de rien, assis par terre autour de bouts de carton, et donc dans une temporalité non cumulative?). Mais, outre le manque de bon sens sur le contenu des discussions proposées, je voyais de clairs problèmes d’organisation.

Cette commission, qui semblait pourtant si importante pour l’ensemble du mouvement, puisqu’elle était censée être le lieu où l’on réfléchissait au fonctionnement des assemblées, à mes yeux un moment essentiel de notre vie collective, et qui en plus se croyait chargée d’élaborer une petite constitution collective, paraissait aussi l’une des plus démunies. Il n’y avait pas d’accueil, contrairement à ce qu’on voyait pour d’autres commissions. Les documents dont nous parlions n’étaient pas disponibles, ni sur papier, ni en ligne : certains les avaient reçus par email, mais on ne savait comment, les autres non. J’essayais d’ailleurs de m’inscrire sur des listes d’email, mais sans succès: je ne recevais toujours pas les documents en question.

©Les Temps Modernes

Certains disaient qu’on leur cachait des choses; d’autres invoquaient le «joyeux bordel» qu’était censée être Nuit debout, garantie supposée de son fonctionnement «démocratique». Bref, je pensais avoir trouver là de quoi me rendre utile. Pour cela, il fallait être, semble-t-il, «référent». Les référents étaient des personnes désignées par chaque commission pour faire le lien avec les autres commissions, passer des informations, éventuellement veiller à ces problèmes pratiques. En principe, les référents devaient tourner, avoir un rôle strictement administratif. Dans le cas de la commission «Démocratie», cela n’était pas le cas, pour une raison assez amusante: nous étions si procéduriers, si vigilants envers toute impureté démocratique, qu’il fallut plusieurs semaines pour se mettre d’accord sur la procédure de désignation.

Je devins malgré tout finalement «référent» à mon tour. Je découvris alors l’existence de Telegram. Cette application pour smartphones permet en somme d’avoir des conversations comme on en trouve sur les forums mais par textos, à travers des «fils» de conversation thématiques. Longtemps, je n’ai pas compris à quoi elle nous servait concrètement, car il faut être invité sur ces fils pour pouvoir y avoir accès et notre référente n’avait pas pensé à m’y inviter…

Finalement je découvris qu’il existait en fait toutes sortes de conversations parallèles à celles qui se trouvaient sur la place. Sur le principe, cela n’a rien de malsain: les niveaux d’échange peuvent se démultiplier sans se nuire. Mais dans les faits, je comprenais pourquoi un certain nombre de gens des commissions, les «insiders», ne ressentaient pas le besoin de venir en Assemblée: ils étaient déjà en contact les uns avec les autres ailleurs et de différentes manières L’Assemblée était faite pour les «outsiders», qui devenait une sorte de «public». Pire: au lieu de les informer correctement des conditions pour passer de la passivité à l’activité, on continuait son affaire entre soi. Je commençais à découvrir ce qui devait devenir, à mes yeux, un des ingrédients principaux de l’échec.

Ma priorité fut dès lors d’essayer de refaire des Assemblées un enjeu important pour le mouvement et de remettre la question du fonctionnement des assemblées quotidiennes au cœur des préoccupations de la commission «Démocratie», dont ça me semblait la vocation. La commission s’était divisée en deux groupes thématiques distincts: l’un s’occupait des «outils de modération», l’autre du «processus de vote». Les vastes projets de «Constitution de la place de la République» avaient été recentrés sur des choses plus raisonnables mais encore très décalées à mes yeux, en l’occurrence mettre en place un «processus de vote» permettant de prendre des décisions au nom de «Nuit Debout République» dans son ensemble.

J’étais plutôt hostile sur le principe à cette démarche. Je trouvais qu’elle ne convenait pas au genre de collectif fragile et éphémère que nous étions: les gens qui venaient un jour en Assemblée ne venaient pas le lendemain; nous n’étions pas sûrs d’être encore là dans quelques semaines; les assemblées se vidaient; la place aussi se vidait; il fallait des mécanismes rapides capables de recréer de la cohésion avant qu’il ne soit trop tard.

En fait, l’affaissement de la capacité de mobilisation du mouvement s’est fait sentir dès les vacances d’avril: peut-être à cause de la pluie, du froid, des vacances, des persécutions policières, de la fatigue des uns et des autres, des premiers désenchantements – je ne sais. Mais il me semblait que pendant qu’on réfléchissait à mettre en place un protocole pour donner de la légitimité à des décisions collectives – c’est-à-dire pour faire que des décisions prises par des gens particuliers valent comme si elles étaient légitimement imposées à tous, autrement dit pour reconstruire un instrument de pouvoir –, pendant qu’on faisait assaut dans cette tâche de prudence et de pureté, nous laissions à l’abandon et à la ruine notre propre maison.

 

Je voyais mes camarades comme un petit groupe de gens fort distingués en train de prendre le thé et de discuter les détails du règlement de la copropriété entre voisins, lentement, avec une bienveillance appuyée et un pointillisme éclatant de vertu, pendant que, tout autour d’eux, leur immeuble s’effondre…

J’étais d’autant plus agacé qu’il y avait, me semblait-il, des solutions pour au moins essayer de faire revivre les assemblées autrement et même inventer un fonctionnement démocratique qui soit adapté à notre contexte. Un débat, en effet, avait très vite divisé passionnément la place: l’Assemblée était-elle souveraine? Pouvait-elle voter? Il y avait d’un côté ceux qui protestaient, généralement pendant les Assemblées, qu’il n’y avait pas d’autre source de pouvoir que les Assemblées, de sorte que ce qui était approuvé ici et maintenant devait valoir comme «loi» ou décision de tous; et, de l’autre, ceux qui rappelaient que les gens assemblés un jour ne représentaient personne, qu’ils ne pouvaient prendre des décisions pour ceux du lendemain, qu’il fallait encore décider collectivement d’un processus de vote.

Je croyais comprendre ce que ces derniers voulaient dire, mais ils avaient des arguments parfois révoltants. Par exemple, ils disaient qu’il fallait éviter ce genre de vote immédiat, parce que (c’était écrit en toute lettre dans le document même que nous utilisions pour expliquer aux nouveaux modérateurs les quelques règles qui avaient été mises au point sur le tas) nous devions éviter les propositions «démagogiques» que ferait voter un bon tribun en manipulant la foule hébétée… Il fallait donc forcer l’assemblée à prendre son temps, à réfléchir à ce qu’on lui propose, à ne pas prendre de décision immédiate.

 

©Les Temps Modernes

On imagine ce que ce genre d’argument peut avoir de déplaisant pour toute personne animée par l’esprit que je croyais être au cœur des motivations potentiellement hégémoniques de Nuit debout, l’esprit de défiance à l’égard des pouvoirs. Car il reproduit de toute évidence l’état de minoration des masses par une minorité supposée savoir mieux qu’elles leur propre bien. Il reconduit parfaitement le sophisme de «l’émancipation» tel que Jacques Rancière l’a joliment analysé. Kant, déjà, avait bien vu ce problème: ce n’est que par l’expérience démocratique qu’un collectif peut faire ses propres progrès. La position défendue devenait ainsi horriblement paternaliste.

Autre argument assuré de susciter la légitime colère des esprits de bonne volonté: il existait des gens mandatés pour s’occuper du processus de vote, ceux qui participent à la commission «Démocratie». Celle-ci avait de fait été mandatée par une Assemblée, un jour, pour réfléchir à mettre au point un processus de vote qui serait proposé à l’Assemblée. Mais le paradoxe de la situation aurait dû sauter aux yeux de tout esprit de bon sens. Pourquoi cette décision d’une assemblée d’un jour aurait-elle dû contraindre celle d’une assemblée d’un autre jour? Et comment allait-on faire accepter ce processus de vote sinon par un mécanisme de légitimation qui n’existait pas de toutes manières? Vieux problème, que les savants connaissent bien: c’est la question du «Premier Législateur», qu’on retrouve notamment chez Rousseau, et plus généralement le problème de la constitution. Je me souvenais de mes lectures de Negri, de Derrida et de bien d’autres et je leur trouvais en l’instance une heureuse utilité…

 

Il y avait encore une autre manière de refuser le vote aux assemblées, qui ne péchait pas tant sur le fond que dans sa formulation, mais qui provoquait les mêmes conflits inutiles. On disait en effet qu’on pouvait voter lors des assemblées du soir, mais que le vote aurait alors une valeur purement consultative. On appelait même cela parfois un sondage. Que des gens emportés dans une tentative pour reconstruire l’activité collective de fabrication du collectif puissent se retrouver à imaginer que leur dispositif majeur de rassemblement soit réduit à un simple sondage, autrement dit à la forme de la séparation du collectif d’avec lui-même la plus caractéristique de notre temps – cela me laissait rêveur… C’est évidemment la preuve de la difficulté immense qu’il y a à être à la hauteur en pensée de ce que l’on invente dans les faits. Comment ne pas sentir que la notion même d’« assemblée consultative » impliquait qu’il y eût, ailleurs, une autre instance, mais devait prendre, elle, les vraies décisions, quand nous ne ferions que la conseiller ? Et ne confirmait-on pas alors une fois de plus que le véritable pouvoir était ailleurs ? Or la plupart des gens assemblés ici l’étaient pour reprendre de la puissance contre les pouvoirs.

Ce genre d’arguments, lorsqu’ils étaient prononcés en assemblée, ne manquaient pas de provoquer de violentes réactions. Quelqu’un lançait une proposition et demandait un vote. La modération l’interrompait. Elle donnait une des «explications» que je viens de rapporter. Des «oppositions radicales» fusaient alors immanquablement. L’équipe de modération ne les prenait guère en compte. On estimait le débat clos. Ceux qui avaient protesté partaient en criant à l’imposture: quelle démocratie était-ce là? Pour ceux qui étaient là et qui venaient peut-être pour la première fois ou qui, comme moi, n’étaient juste pas présents au moment où la décision en question avait été prise, on clôturait autoritairement le débat avec tous les effets désastreux que cela pouvait avoir sur l’esprit même de notre mouvement.

Or je croyais avoir trouvé une solution à ce problème. Grâce, d’ailleurs, à une certaine forme d’intelligence collective. J’entends ce mot en un sens très simple : je veux dire que certains donnent une idée, mais que d’autres la comprennent mieux que les premiers ne la formulent, ou inversement, la formulent mieux que les autres ne la comprennent, et peut-être cela en chaîne, de sorte qu’il apparaît qu’ensemble nous pensons mieux que seuls.

En l’occurrence, l’idée m’était venue d’un homme qui, un jour, avait voulu faire voter en Assemblée une proposition soutenant une pétition demandant à Hollande d’offrir l’asile politique à Snowden. L’Assemblée avait voté pour à l’unanimité. Comme j’étais responsable ce soir-là de coordonner l’équipe de modération et que je voulais être loyal envers ma commission, j’étais intervenu pour expliquer que nous ne pouvions pas prendre de décision au nom de Nuit debout. J’avais donné la seule explication qui me semblât valide: «De même que nous ne voulons pas qu’on prenne des décisions à notre place et que nous n’aurions pas voulu que l’Assemblée d’hier, où nous n’étions pas, prenne une décision qui nous engage, nous, alors que nous n’avons pas participé à la discussion, de même nous ne voulons pas prendre des décisions en leur absence pour ceux d’hier et demain, et encore moins d’ailleurs que la Place de la République se prononce au nom de Nuit debout en général. Car Nuit debout n’est appropriable par personne en particulier.»

Mon explication ne souleva aucune difficulté. Aucune opposition radicale. Aucune insulte. Je sentais les gens un peu déçus, mais guère révoltés. Soudain, l’homme qui avait fait la proposition revint me voir et me dit: «Je n’ai jamais demandé qu’on décide de déclarer que Nuit debout soutient la demande d’asile politique à Snowden. J’ai demandé à cette Assemblée si elle était d’accord pour appuyer cette proposition et la soumettre aux autres assemblées de Nuit debout.»

J’ai trouvé l’idée excellente. C’était tout à fait ce dont nous avions besoin. Nous n’avions pas besoin de créer une entité transcendante appelée «Nuit debout», une sorte de personne morale qui aurait une unité supérieure à la multitude précaire et événementielle qui se retrouvait tous les jours sur la place. Nous pouvions dire que l’ensemble des gens rassemblés sur la place de la République, tel jour, à telle heure, approuvait telle ou telle déclaration, ce qui voulait dire en somme qu’il la soumettait à tous les autres collectifs précaires de Nuit debout (assemblées quotidiennes et commissions). La légitimité d’une position (quel qu’en soit le contenu) viendrait de ce qu’elle serait approuvée non pas seulement une fois, mais chaque fois qu’elle serait présentée – et présentée non seulement dans les Assemblées communes, mais aussi dans plusieurs commissions, et pas seulement place de la République, mais partout où des groupes se rassemblent sous le nom de «Nuit debout».

C’était de fait ainsi que les décisions délicates, susceptibles de susciter une forte hostilité de la part de certains, avaient été prises. Ainsi, lorsque la commission «Convergence des luttes», connaissant l’hostilité d’un grand nombre d’entre nous aux syndicats comme aux partis, avait entrepris néanmoins de faire venir des représentants syndicaux sur la place après la manifestation du 14 avril, ils en avaient présenté le projet en Assemblée plusieurs jours de suite, ainsi que dans le plus grand nombre possible de commissions (ils en avaient visité une trentaine, dans mon souvenir). L’initiative ayant été approuvée à chaque fois à l’unanimité, elle avait acquis, de fait, une certaine légitimité.

La légitimité ne devait donc jamais être détachée de la multiplicité des actes de consentement. Elle ne devait pas être non plus considérée comme acquise une fois pour toutes. Elle était affaire non pas de «oui» et de «non», mais de degrés: une décision sera d’autant plus légitime qu’elle a été plus largement approuvée. Mais jamais le débat ne serait en principe clos. Il se trouve seulement que la multitude finit par l’abandonner dans les faits. (…)

 

Cette petite proposition n’avait pas seulement à mes yeux les charmes d’une belle idée philosophique. Elle me semblait aussi riche de promesses concrètes pour notre mouvement, car elle permettait de dissiper bien des faux problèmes. Bien sûr, je ne comptais pas expliquer ma théorie des tropes souverains à mes camarades, mais je vérifiais à l’occasion de plusieurs conversations que cette proposition de «déclarations ponctuelles» arrivait à convaincre et qu’elle rencontrait des intuitions morales et politiques assez solides. Elle fut d’ailleurs introduite dans l’éventail des ressources de modération, même si je doute qu’elle fût souvent utilisée. Elle permettait surtout de redonner des enjeux aux assemblées, puisque quelque chose de la légitimité des propositions y était effectivement éprouvé.

Or, de fait, les assemblées quotidiennes perdaient de plus en plus leur intérêt. Ce point a été remarqué par tous les observateurs et participants. Une succession de prises de parole limitées à deux minutes et jamais suivies de discussion ne pouvait que finir par lasser. Une fois passée la surprise de voir tant de gens se passionner pour leurs propres désirs d’expression, l’absence de tout enjeu devait vider ces rencontres de leur sens même. La règle des deux minutes de tour de parole, qui avait été posée pour conjurer les mécanismes de formation de pouvoir et assurer un égal traitement au plus grand nombre possible d’orateurs, finissait par se retourner contre le sens même de notre présence ici. Nous étions ici pour nous retrouver; la règle nous séparait. Nous étions ici pour conjurer la malédiction de nos solitudes respectives; les assemblées lui donnaient au contraire une visibilité éclatante.

L’assemblée devait être pour moi le lieu où le collectif s’éprouve, se ressent, se tâte, se cherche, et finalement, ne serait-ce que ponctuellement, se déclare. Mais pour cela, il fallait qu’il y eût effectivement des discussions. Or nous ne nous parlions pas; nous parlions les uns après les autres. Le pire de ce que nous cherchions à conjurer sur la Place s’y déployait dans l’incompréhension générale: l’impuissance collective qui confond le spectacle des solitudes assemblées avec l’invention d’un collectif actif. Un orateur s’avance; il fait son discours ; il est formellement applaudi par une assemblée silencieuse et largement amorphe (les signes, d’approbation, d’opposition, d’impatience, étaient de moins en moins utilisés); un autre vient faire son petit tour de piste et ça recommence. Aucune épreuve, aucune interrogation. Un tel format assurait notre échec.

Réintroduire des prises de décisions, même ponctuelles, eût permis de redonner du sens à ces prises de parole. Toutes n’étaient assurément pas obligées de proposer des décisions. Mais il ne fallait pas interdire que certaines se le proposent, et l’obtiennent. Le but de cette procédure de décision n’était donc pas seulement de régler un problème théorique de légitimité, mais bien de refaire de nos rassemblements des lieux d’éclaircissement de notre propre volonté collective, sans rompre avec le mouvement qui nous avait conduits, ici, à savoir notre inquiétude envers toute figure du pouvoir. Il s’agissait en somme d’être fidèle à ce que j’identifiais comme notre raison d’être: répondre à la crise de légitimité des pouvoirs par la mise en place d’un processus de construction d’une puissance qui ne se sépare pas de la multitude ouverte qu’elle exprime et étend sans cesse en même temps.

Je n’eus pas l’occasion de voir si cette proposition avait effectivement les mérites éminents que je lui attribuais. Une petite conjuration de blocages eut finalement raison de ma patience. La référente de notre commission, sans doute dépourvue de toute malveillance intentionnelle, avait un don tout à fait particulier pour décourager avec toutes sortes d’arguties logistiques et procédurales la moindre tentative pour réintroduire un peu d’enjeu dans le fonctionnement des assemblées. Elle faisait partie de ces acteurs de Nuit debout qui ne semblaient pas particulièrement portés par des soucis de contenu, mais qui s’intéressaient à faire vivre le cadre du mouvement pour lui-même. Cependant, à force de mettre en avant les formes, on tuait les contenus. Les assemblées ressemblaient de plus en plus à d’étranges rituels où l’on rendait hommage à une Idée passablement abstraite, celle de l’égalité de toutes les paroles. Mais à quoi bon des paroles égales si on les a au préalable rendues indifférentes à autrui?

Les autres camarades de la commission étaient si occupés à rédiger leur «processus de vote» qu’ils n’étaient guère attentifs à ce qui pouvait concerner le quotidien de nos rassemblements. Ils aboutirent d’ailleurs, après plusieurs semaines, à un document fort bien rédigé, qui prévoyait la procédure suivante. Il devait y avoir trois moments distincts: le premier serait un moment de proposition; le second un moment de discussion des propositions par les membres des commissions structurelles qui, puisqu’elles étaient occupées au moment des grandes assemblées du soir, n’auraient pas pu venir à la première discussion; le troisième serait le moment de la prise de décision.

Entre le premier et le troisième moment, une semaine devait s’écouler. La sélection des propositions examinées se ferait au tirage au sort, de sorte que l’on s’empêchait de se donner des priorités. Et encore n’était-ce qu’un test. Il permettrait de mettre à l’épreuve cette procédure, qui ne deviendrait officielle que bien plus tard, après de nouvelles discussions… Peut-être une procédure de prise de décision avait-elle quelque chance de voir le jour vers l’automne, me disais-je tristement. Je m’étonnais que des gens souvent de qualité, comme l’étaient incontestablement beaucoup de mes camarades, puissent s’aveugler ainsi de concert.

 

©Les Temps Modernes

Bref, la commission «Démocratie» dépensait beaucoup d’énergie pour aggraver l’état de passivation de plus en plus endémique des assemblées. Elle s’arcboutait sur des idéaux formalistes tout à fait déconnectés de la temporalité du mouvement. Au lieu d’essayer de dégager de ce qui se faisait en réalité des formes et des principes, elle tentait d’y plaquer un idéal de pureté qui ne faisait que nous absenter, tous, de notre propre histoire. Je perdis patience, démissionnai de mon rôle de référent, et retournai à mes occupations. Pour moi, ce fut un échec.

Sans doute il serait exagéré d’attribuer à l’impossibilité de donner une force à ces Assemblées quotidiennes la responsabilité de l’échec de Nuit debout. Pourtant, je crois qu’elle y a largement contribué. Car Nuit debout n’avait de sens qu’à s’adresser au grand nombre, c’est-à-dire à s’installer sur le vecteur hégémonique de la contestation de la loi Travail afin de lui permettre de devenir autre chose, de devenir un point de crise généralisée des pouvoirs. Or les Assemblées étaient la première expérience que les curieux, les sympathisants, les âmes en quête de puissance collective, allaient rencontrer. Qu’y trouvaient-ils? Beaucoup d’ennui, une certaine tristesse, un sentiment de vanité.

Combien sont ainsi passés qui ne sont jamais revenus, et pour de bonnes raisons? Je crois qu’une des raisons pour lesquelles Nuit debout n’a pas tenu sa promesse hégémonique est qu’elle n’a pas trouvé le format pour ces moments de réunion de tous que devaient être les Assemblées du soir. Ne mobilisant pas le grand nombre, Nuit debout s’est étiolé, le processus hégémonique s’est épuisé, la lutte a migré vers d’autres lieux, le cortège de tête (qui fut lui aussi un processus hégémonique à sa manière), le blocage des raffineries, les nouvelles formes de manifestation. Nuit debout en tant que tel était fini.

Patrice Maniglier*

(*) Patrice Maniglier est philosophe. Ce texte est composé d'extraits de l’article «Nuit debout: une expérience de pensée», paru dans le numéro 691 des «Temps modernes», entièrement consacré au mouvement du printemps 2016 (258 p, 20 euros).

 

 

Source : http://bibliobs.nouvelobs.com

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 14:33

 

 

Source : http://www.boursorama.com

 

 

En Finlande, le projet pilote du revenu de base à 560 euros lancé le 1er janvier pour 2000 demandeurs d'emploi

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Le Parlement finlandais a donné son feu vert mardi 13 décembre pour tester auprès de 2.000 chômeurs le versement d'un "revenu de base" de 560 euros par mois, allocation qui pourrait être ultérieurement accordée à tout citoyen sans conditions. L'expérimentation débute le 1er janvier avec un budget de 20 millions d'euros.

Les 2.000 élus, choisis au hasard parmi les demandeurs d'emplois finlandais de 25 à 58 ans, vont donc toucher 560 euros, en lieu et place de leurs allocations habituelles, mais leur couverture santé et logement seront maintenues. Le projet faisait partie des promesses électorales du Premier ministre centriste Juha Sipilä, en fonction depuis mai 2015. Le gouvernement espère ainsi "promouvoir l'emploi" et "réduire la bureaucratie et simplifier le système complexe des aides sociales".

Il a été adopté à 143 voix pour, 21 contre et 35 abstentions, à la mi-décembre donc.

Les Finlandais sont près de 70% à être séduits par la proposition du Premier ministre. Le gouvernement finlandais espère ainsi simplifier le "système socio-fiscal", "supprimer les pièges bureaucratiques" et "réduire les dépenses de l'État".

 

UNE MOTIVATION POUR RETROUVER DU TRAVAIL ?

Sur deux ans, en 2017 et 2018, l'État comparera la trajectoire de ces 2.000 chômeurs entre 25 et 58 ans, choisis au hasard et contraints de participer à l'expérience, avec celle d'un "groupe-test" de chômeurs touchant environ ce même montant en prestations sociales.

L'objectif est de savoir si, comme le pense le gouvernement, les chômeurs recevant le revenu de base seront plus motivés à trouver un emploi ou à créer une entreprise sachant qu'ils garderont dans ce cas leur revenu de base.

Le revenu de base, parfois appelé allocation universelle, est une réforme radicale qui a ses partisans aussi bien à gauche, chez ceux qui appellent l'État-providence à assurer à tous un niveau de vie décent, que parmi les libéraux, dont certains défendent une remise à plat de la protection sociale.

M. Sipilä, ancien homme d'affaires à la tête d'un gouvernement de centre-droit pro-austérité, est convaincu qu'il inciterait les Finlandais à être plus entreprenants et mobiles, et que la réforme répond aux évolutions du marché du travail, plus instable. Sans être hostile à l'idée, l'opposition a estimé que le test était d'ampleur trop limitée, dans un pays de 5,5 millions d'habitants, pour livrer des enseignements décisifs.

Une allocation mensuelle de 560 euros ne permet de vivre que très chichement en Finlande, où le revenu net disponible moyen dépasse 2.200 euros par personne et par mois selon l'OCDE. Mais le pays est le premier en Europe à tester la mesure au niveau national.

Si l'essai s'avère concluant, il pourrait être étendu à toute la Finlande. Ensuite, ce revenu de base monterait à 800 euros, pour tous les adultes du pays. Le coût de la mesure avoisinerait alors les 46 milliards d'euros pour l'État.

 

Source : http://www.boursorama.com

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 14:23

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/planete

 

 

Comment Lyon a banni les pesticides de ses parcs et jardins

 

Au 1er janvier 2017, l’Etat et les collectivités locales devront se passer de traitements chimiques dans leurs espaces verts, et même sur la voirie. Un objectif que la capitale des Gaules a atteint en 2008.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

 

Le parc de la Tête-d’Or, à Lyon.

Dans son bureau du parc de la Tête-d’Or, Daniel Boulens, directeur chargé des espaces verts de Lyon, sourit en entendant le hennissement d’un cheval de trait. C’est ce dernier qui ramasse désormais poubelles et branches mortes dans le prestigieux jardin romantique. « Au début, les jardiniers ont un peu protesté à l’idée de s’en occuper… », se souvient-il. Mais c’était avant. Avant que la ville ne décide de supprimer tous les produits phytosanitaires de ses trois cents parcs et jardins – soit 430 hectares accessibles au public. Avant de bousculer toutes ses habitudes et de remiser son vieux camion polluant.

 

Lyon a atteint son objectif « zéro phytos » en 2008, au prix de sept ans d’effort. Sa réussite fait des envieux car, au 1er janvier 2017, toutes les collectivités locales, l’Etat et les établissements publics devront se passer de traitements chimiques dans leurs parcs, promenades, forêts et même sur la voirie. Les particuliers devront adopter la même conduite vertueuse dans leur jardin à partir de 2019.

 

Une première loi de 2014, portée par le sénateur écologiste du Morbihan Joël Labbé, fixait des objectifs à plus long terme. Mais, en  2015, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte a fait preuve de plus d’ambition et fixé les actuelles échéances. Selon le ministère de l’environnement, environ quatre mille collectivités locales se sont déjà engagées dans cette voie. Cependant, une bonne partie des petites communes en sont encore à se demander par quel versant aborder l’obstacle.

« Cela demande...

 

L’accès à la totalité de l’article est protégé

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/planete

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 14:13

 

 

Source : http://www.huffingtonpost.fr

 

 

LES BLOGS

Ce que le nouvel étiquetage des produits ne nous dit pas sur la cruauté de la viande

 

Savoir où le bœuf de sa sauce bolognaise a été élevé, abattu et découpé n’indique pas les conditions de vie de l’animal, ni la manière terrifiante et atroce par laquelle il a été tué à l’abattoir.

 

02/01/2017 08:05 CET | Actualisé il y a 7 heures

Anissa Putois Chargée de campagne pour PETA (Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux)

 

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L’étiquetage des produits ne nous apprend rien sur la cruauté de la viande.

 

Depuis le 1er janvier 2017, les étiquettes des produits alimentaires transformés doivent indiquer la provenance de la viande qu'ils contiennent. Mais savoir où le bœuf de sa sauce bolognaise a été élevé, abattu et découpé n'indique pas les conditions de vie de l'animal, ni la manière terrifiante et atroce par laquelle il a été tué à l'abattoir.

 

Annoncée au Journal Officiel en septembre dernier, cette mesure prévoit de nouvelles règles quant à l'étiquetage des produits transformés contenant plus de 8% de viande et plus de 50% de lait. Pour la viande, il doit maintenant être fait mention des lieux de naissance, d'élevage et d'abattage de l'animal, et pour le lait, des lieux de collecte, de transformation ou de conditionnement. Mais ces règles sont si vagues que les nouvelles mentions pourront simplement indiquer "origine: France" ou "origine: Non UE", par exemple, ce qui n'apprend rien aux consommateurs soucieux du bien-être animal.

 

Et le scandale que provoque chaque nouvelle enquête dans un abattoir prouve que les consommateurs veulent savoir d'où proviennent leurs aliments, et pas seulement en termes géographiques. La plupart d'entre nous, bien qu'aimant les animaux, continue à soutenir leur maltraitance par nos choix alimentaires, souvent sans vraiment s'en rendre compte. Mais si on pouvait lire, sur les étiquettes des paquets de viande : "cochon mâle, né dans un élevage intensif, arraché à sa mère à trois semaines d'âge, castré, mutilé (queue et oreilles coupés sans anesthésie) et égorgé à l'âge de 4 mois", plus d'un consommateur reposerait l'emballage, réalisant ce que sont vraiment ces lardons ou ce saucisson – la chair d'un individu avec une personnalité, des émotions et l'envie de vivre.

 

Sur les briques de lait, ou les paquets d'emmental, la mention "origine: France" n'est pas non plus très informative. On devrait plutôt y lire "produit par une vache inséminée par un tube et abattue à quatre ans, lorsque jugé inutile par l'industrie". En effet, combien de consommateurs ignorent que pour produire du lait, les vaches sont inséminées de force et à répétition, et qu'on leur enlève tous leurs veaux, parfois dès la naissance ?

 

Les nouvelles étiquettes ne diront rien non plus sur les risques de santé liés à la consommation de viande et de produits laitiers – qui incluent le diabète, l'ostéoporose, les maladies cardiovasculaires et certains types de cancers.

Ces nouvelles exigences ont été mises en place suite au scandale de la viande de cheval retrouvée dans des lasagnes de "bœuf" il y a trois ans. Alors qu'en terme de sensibilité, d'intelligence et de souffrance il n'y a pas de grande différence entre une vache et un cheval, cette affaire a servi à montrer que l'industrie de la viande est tout sauf transparente. Au contraire, divers stratagèmes sont utilisés pour camoufler l'atroce réalité de la production de chair animale, tel que des images de vaches, cochons et poules en liberté et des labels "plein-air", "bio" ou "bien-être" qui ne sont pas régulés ni vérifiés et cachent les réelles conditions de vies des animaux dans ces élevages. Dans 95% des cas, ces êtres vivent parqués par centaines dans des hangars sombres et insalubres ou confinés à des cages. Ils subissent des mutilations douloureuses, se voient arracher leurs petits en bas âge et ne sortent que pour être emmenés à l'abattoir, suspendus à l'envers et égorgés. Mais ces informations concrètes sur l'origine de la viande ne figurent pas, elles, sur les étiquettes des barquettes de jambon.

Selon le Ministère de l'Agriculture, le but du dispositif est d'assurer "une plus grande transparence" dans la chaîne alimentaire. Mais si la production de la viande et du lait était réellement transparente, les consommateurs seraient au courant de la façon dont les animaux dont provient leur nourriture sont traités, et une grande majorité d'entre eux choisirait de ne plus soutenir ces pratiques cruelles.

Ainsi, l'étiquetage de l'origine de la viande et des produits laitiers n'améliore aucunement le sort des millions d'animaux tués pour la nourriture chaque année, malgré le fait que leur bien-être soit une préoccupation de plus en plus importante. Et alors qu'il est pratiquement impossible d'y voir clair dans une industrie délibérément trouble, la seule solution est de se défaire entièrement de ces produits en faisant la transition vers une alimentation végane.

 

 

 

Source : http://www.huffingtonpost.fr

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 14:00

 

 

*2 Articles du Monde réunis en 1

 

 

Source : http://www.lemonde.fr,

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Smic, prix du gaz, paquet neutre, tiers payant, divorce...... Ce qui change au 1er janvier 2017

 

Des services plus chers, des simplifications administratives… les nouveautés que réserve l’année qui vient.

La nouvelle année annonce l’entrée en vigueur de nouvelles réformes. Précisions sur les mesures les plus importantes de 2017.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

Santé, social, justice, institutions, assurances… Comme chaque année, le 1er janvier apporte son lot de mesures entrant en vigueur ou de changements de tarifs. Pour cette nouvelle année, nombreux sont les domaines concernés. Sélection des principaux changements notables pour le 1er janvier 2017 :

 

 

 

Tabac : le paquet neutre obligatoire

Pour réduire l’attractivité des paquets de cigarettes, le paquet neutre – c’est-à-dire sans aucune indication de marque, de logo ou de couleur et affichant uniquement des images et des textes de prévention – a été commercialisé dès le mois de mai en France. Chez les buralistes, les paquets neutres peuvent coexister, jusqu’au 1er janvier 2017, avec les paquets normaux, afin de permettre l’épuisement des stocks.

A compter de la nouvelle année, cette coexistence sera interdite. Ce dispositif inscrit dans le texte de la loi santé, voté en décembre 2015 et promulgué en janvier 2016, reste minoritaire en Europe ; seuls quelques pays, dont le Royaume-Uni et l’Irlande ayant tenté l’expérience. L’Australie est le premier pays à avoir adopté ce type de loi.

>> Décryptage : La délicate évaluation du « coût social » du tabac

 

 

Santé : le tiers payant chez le médecin étendu

Le tiers payant est un dispositif permettant au patient de ne pas avancer les frais médicaux de consultation chez un médecin. Alors qu’il faut d’abord payer avant de se faire rembourser par l’Assurance-maladie et éventuellement, ensuite, par une complémentaire, le tiers payant assure le paiement de la part prise en charge par la Sécurité sociale directement au médecin. Actuellement, les personnes concernées par le tiers payant étaient principalement les bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), de l’aide médicale d’Etat (AME), ou encore de l’aide pour une complémentaire santé. Ce dispositif sera étendu le 1er janvier 2017 aux patients pris en charge à 100 % par l'Assurance-maladie (femmes enceintes à partir du sixième mois de grossesse et patients atteints d’une affection de longue durée , comme le diabète ou la maladie d’Alzheimer). La généralisation à l'ensemble des patients, prévue pour novembre 2017, pourrait être menacée par une alternance politique.

>> Lire : Qu'est-ce que le tiers payant généralisé chez le médecin ?

 

 

Don d’organe : une inscription sur un registre des refus, pour lever l’incertitude

Un renforcement de la loi Caillavet de 1976, relative au consentement présumé pour le don d’organe, est prévu dans la loi santé adoptée en décembre 2015. La loi réaffirme que chaque personne est un donneur présumé d’organes si elle n’a pas exprimé un refus de son vivant. Elle reprécise également les différentes manières de manifester son refus.

Le moyen principal reste l’inscription sur le registre national automatisé des refus de prélèvement, géré par l’Agence de la biomédecine. A partir du 1er janvier 2017, cette inscription pourra désormais se faire en ligne, elle restera révocable et modifiable à tout moment. Il sera également possible de faire valoir son refus par écrit, avec un document daté et signé donné à un proche, ou bien oralement, en dernier recours, le proche devra alors retranscrire l’expression précise du refus et la signer.

>> Lire : Don d’organe : quarante ans après la loi sur le consentement présumé, où en est-on ?

 

 

Certains plats cuisinés étiquetés plus précisément

A partir de 2017, les produits qui contiendraient plus de 8 % de viande ou 50 % de lait de provenance étrangère devront indiquer spécifiquement l’origine de leurs produits. Dans le cas de la viande, ils devront préciser le pays de naissance, d’élevage et d’abattage des animaux ; dans le cas du lait, le pays de collecte, de conditionnement et de transformation. Seuls les plats cuisinés avec 100 % de viande française ou de lait français pourront être étiquetés « produit d’origine française ». Cette expérimentation, proposée par le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, devrait durer deux ans, selon la Commission européenne.

 

 

Le divorce par consentement mutuel sans juge

A partir de 2017, une nouvelle possibilité s’offre pour les personnes mariées souhaitant divorcer : plus besoin de juge si les deux parties s’accordent sur les principes et les conséquences de la rupture. La convention de divorce sera rédigée par les époux et les avocats. Ainsi, tout divorce par consentement mutuel se fera obligatoirement sans intervention d’un juge, sauf si au moins un enfant mineur du couple demande à être entendu. Les détracteurs de cette procédure dénoncent le coût plus important d’un divorce, en particulier par l’obligation d’avoir chacun un avocat alors que de nombreux couples choisissent actuellement un avocat commun.

>> Lire : Procédures, enfants, revenus : radioscopie du divorce en France

 

 

Les tarifs de l’énergie en hausse

Les prix du gaz vont progresser de plus de 5 %. A cause, tout d’abord, de la hausse des tarifs réglementés, due à une augmentation des coûts d’approvisionnement d’Engie (ex-GDF Suez), dans le sillage de la remontée des cours du pétrole. A cela s’ajoute le relèvement de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel – ou contribution climat-énergie (taxe carbone) : elle passe de 4,34 euros par mégawattheure à 5,88 euros, ce qui doit déboucher sur un accroissement de 3,5 % de la facture.

S’agissant du fioul domestique, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques connaîtra, elle, une augmentation d’environ 27 euros (pour une commande de 1 000 litres), en vertu d’une disposition de la loi de finances rectificative pour 2015 : en 2017, elle atteindra donc 142,6 euros (pour 1 000 litres), soit plus du double par rapport à 2014.

 

Les frais bancaires flambent

Selon une étude réalisée par le comparateur Meilleurebanque.com pour Le Figaro portant sur 54 établissements, les banques relèvent fortement leurs tarifs pour restaurer leur rentabilité. Les frais de tenue de compte augmenteront en moyenne de 13 % dès le 1er janvier 2017. D’autres frais, comme les retraits dans les distributeurs d’autres banques, coûteront plus cher de 4,5 % en moyenne. Le prix des cartes à débit immédiat grimpera de 3,35 %. Sur les packages des produits d’entrée de gamme, l’accroissement est de 2,61 %.

 

Le prix des timbres s’envole

Les tarifs du courrier augmentent de 3,1 % en moyenne pour, selon La Poste, « assurer la pérennité du service universel dans un contexte de baisse des volumes du courrier ». Le timbre rouge de la lettre prioritaire passera de 0,80 à 0,85 euro, (+ 6,3 %). Le vert augmentera de 0,70 à 0,73 euro, (+ 4,3 %). L’écopli, lui, progresse de 68 à 71 centimes (+ 4,4 %). Un recommandé coûtera désormais 3,95 euros, contre 3,77 euros (+ 4,8 %).

 

Le bulletin de salaire simplifié et dématérialisé

Fin 2014, le gouvernement avait exprimé le souhait de simplifier la fiche de paye. Une première étape est franchie : les entreprises d’au moins 300 personnes devront désormais remettre à leurs personnels le nouveau modèle du bulletin de salaire (les sociétés de taille inférieure y étant tenues à partir du 1er janvier 2018).

L’objectif est de rendre ce document plus lisible et plus pédagogique. Le nombre de lignes sera divisé par deux, avec des libellés qui cherchent à être plus clairs et un regroupement par postes de charges. Cette présentation vise à faire comprendre facilement le montant des cotisations dues par les salariés et par les patrons, en tenant compte des exonérations dont ces derniers peuvent bénéficier. Elle fait aussi apparaître les allégements de cotisations, comme ceux accordés pour les salaires inférieurs ou égaux à 1,6 smic (dans le cadre du pacte de responsabilité). Les lignes de cotisation seront rassemblées par thématiques (assurance-chômage, retraites, complémentaire santé…).

Par ailleurs, les entreprises pourront transmettre à leurs personnels la fiche de paye sous forme électronique, sauf si le salarié souhaite continuer à recevoir un document en papier.

Ces changements s’inspirent de recommandations faites dans un rapport remis en juillet 2015 par Jean-Christophe Sciberras, DRH du groupe de chimie Solvay.

 

Une augmentation mécanique du smic, sans « coup de pouce »

Cette année, le gouvernement ne donnera aucun « coup de pouce » dans la revalorisation du smic pour accroître le pouvoir d’achat. Son augmentation est régie par une formule d’indexation prévue chaque année par les textes. Le salaire minimum de croissance sera donc revalorisé de seulement 0,93 % en 2017, passant de 9,67 euros à 9,76 euros brut de l’heure, pour une augmentation de 11 euros net par mois, à 1 138,48 euros, pour un travail à temps plein (35 heures/semaine).

Concernant les minima sociaux, la demande de revenu de solidarité active (RSA) se fera désormais sur le site Internet de la caisse d’allocations familiales (CAF) afin de simplifier la procédure, avec un ajustement trimestriel du montant.

 

 

Précarité : la garantie jeunes généralisée

Ce dispositif, mis en place par le gouvernement depuis 2013, permet aux 16-25 ans en situation de grande précarité, n’étant ni étudiants ou scolarisés ni salariés ou en formation, et dont les ressources sont inférieures au RSA (524,68 euros) de bénéficier d’une aide financière de l’Etat à hauteur de 461,72 euros par mois et d’un accompagnement. En contrepartie, le bénéficiaire devra suivre des missions locales (stages, formations professionnelles, ateliers, etc.) censés faciliter son entrée dans la vie professionnelle. Cette aide financière sera suspendue s’il ne respecte pas son engagement.

D’abord introduite à titre expérimental dans plusieurs territoires, puis jugée concluante, la garantie jeunes est généralisée sur l’ensemble du territoire français en janvier 2017 par la loi travail.

 

 

Loi travail : création du compte personnel d’activité et du référendum en entreprise

Inscrit dans la loi travail, le compte personnel d’activité (CPA) dont la création a été annoncée par Manuel Valls va entrer en vigueur en 2017. Le CPA a été pensé comme une adaptation à la mobilité croissante du salarié dans le secteur du travail. Il permet donc à un employé de conserver certains droits acquis au sein d’une entreprise même s’il change d’emploi ou de région. Une deuxième mesure phare mais des plus contestées de la loi travail va également être appliqué dès 2017, il s’agit du référendum en entreprise. Afin de contourner des syndicats totalement hostiles à un projet d’entreprise et d’éviter le blocage, cette mesure permettra aux syndicats favorables au projet et représentant au moins 30 % des voix de demander aux salariés de se prononcer sur le sujet par référendum.

 

 

Sécurité routière : l’entreprise doit dénoncer ses salariés contrevenants

La loi du 12 octobre 2016 oblige un employeur, après la réception d’un avis de contravention, à dénoncer son salarié s’il commet une infraction routière avec un véhicule de l’entreprise, au risque d’une amende d’un montant de 90 euros à 1 875 euros. Cette mesure vise à responsabiliser les conducteurs, qui risquent un retrait de points une fois leur nom révélé aux autorités.

>> Lire : Infractions routières : les entreprises devront dénoncer les salariés coupables

 

Un surcroît de taxes sur les contrats d’assurance

La taxe prélevée sur chaque contrat d’assurance (automobile, habitation…) pour indemniser les victimes du terrorisme sera relevée de 4,30 à 5,90 euros. L’assurance habitation connaîtra l’augmentation la plus élevée, de 2,50 % en moyenne, d’après les projections du cabinet d’études Facts & Figures (contre + 2,64 % en 2016). Les contrats d’assurance automobile devraient, en moyenne, grimper de 1,5 %, contre + 0,64 % en 2016.

 

Des complémentaires santé plus onéreuses

Le relèvement des prix pour les contrats individuels devrait être compris entre + 2 % et + 4 % en moyenne, tandis que les contrats collectifs connaîtront une hausse variant entre + 3 % et + 5 %. Ce serait dû à la progression des dépenses de santé et à la généralisation de la complémentaire à tous les salariés depuis janvier 2016.

 

Assurances : la taxe attentat augmentée

La taxe attentat est prélevée sur les contrats d’assurance de biens (principalement assurances habitations et certaines assurances automobile) pour être reversée au Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI), organisme chargé de l’indemnisation des victimes d’attentat. Cette taxe va augmenter de 37 % en 2017, passant de 4,30 euros à 5,90 euros par an. Elle avait déjà augmenté le 1er janvier 2016, de 3,30 euros à 4,30 euros. Ces augmentations successives ont pour but de répondre aux fortes sollicitations du FGTI dues à la multiplication des attaques terroristes en France.

 

 

L’extension de la contrainte pénale à tous les délits

La contrainte pénale est une peine dite de « milieu ouvert », c’est-à-dire une peine purgée en dehors des murs d’une prison. La plus connue de ce type de peine est le « sursis avec mise à l’épreuve », qui est une condamnation à une peine de prison qui ne sera pas mise en exécution si le condamné respecte certaines obligations.

La contrainte pénale, amorcée par Christiane Taubira, ancienne ministre de la justice, se voulait un encadrement renforcé par rapport au sursis, pour prévenir davantage la récidive et assurer une meilleure réinsertion du délinquant. Elle inclut donc un accompagnement pouvant aller jusqu’à cinq ans d’engagements liés à l’indemnisation de la victime, à un stage citoyen ou encore à diverses réunions de soutien…

Appliquée pour l’instant uniquement pour des délits passibles d’une peine de moins de cinq ans, elle sera généralisée à tous les délits à partir du 1er janvier 2017.

>> Lire : La peine de contrainte pénale s’installe lentement en France

 

 

La Cour de cassation contrôlée par une instance du ministère de la justice

La création de l’inspection générale de la justice a été annoncée dans un décret du 5 décembre 2016, pris par Matignon. Cette nouvelle instance exercera la fonction d’inspection sur l’ensemble des juridictions de l’ordre judiciaire. Avant la publication de ce décret, seules les juridictions de première et de deuxième instance étaient placées sous le contrôle du ministère de la justice, et non la Cour de cassation.

Cette décision a suscité de fortes critiques au sein de la Cour, qui a dénoncé une atteinte à l’indépendance de la justice. Ce contrôle concerne la gestion, le fonctionnement et la performance de la cour, mais n’interférera pas dans son activité juridique. Il faut toutefois noter que l’inspecteur général à la tête de cette institution et tous les magistrats chargés de mener le contrôle seront validés par le Conseil supérieur de la magistrature.

>> Lire : La Cour de cassation craint de perdre son indépendance

 

 

Et aussi...

Il sera possible de prendre un congé sans solde d’une durée de trois mois pour prendre soin d’un proche malade, âgé ou handicapé, sans devoir justifier d’un lien de parenté.

  • La Poste a annoncé une augmentation des prix à partir du 1er janvier 2017 : le tarif de la lettre prioritaire va augmenter de 6,3 % passant de 0,80 euro à 0,85 euro, tandis que la lettre verte passera de 0,70 euro à 0,73 euro, soit une augmentation de 4,3 %.

  • Le prix des timbres s’envole

Les tarifs du courrier augmentent de 3,1 % en moyenne pour, selon La Poste, « assurer la pérennité du service universel dans un contexte de baisse des volumes du courrier ». Le timbre rouge de la lettre prioritaire passera de 0,80 à 0,85 euro, (+ 6,3 %). Le vert augmentera de 0,70 à 0,73 euro, (+ 4,3 %). L’écopli, lui, progresse de 68 à 71 centimes (+ 4,4 %). Un recommandé coûtera désormais 3,95 euros, contre 3,77 euros (+ 4,8 %).

  • Les sacs plastiques très fins seront désormais interdits dans les rayons fruits et légumes. De nouveaux sacs faits d’un mélange plastique et amidon, en papier, en tissu ou encore en plastique épais viendront les remplacer.

  • Les 5,8 millions de clients d’Engie verront leur facture de gaz augmenter de plus de 5 % suite à une hausse de taxe et des coûts d’approvisionnement du fournisseur.

  • Les fournisseurs d’eau seront désormais contraints d’afficher le prix au litre sur les factures.

 

 

 

Syrine Attia

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 13:32

 

 

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« Que conseilleriez-vous à votre fils ou fille pour trouver sa voie ? » : 35 personnalités répondent

 

Des acteurs innovants du monde entier donnent des pistes à suivre pour choisir son orientation. Leurs témoignages sont à retrouver en vidéo lors d’O21/s’Orienter au 21e siècle, dont les premières rencontres sont prévues vendredi 6 et samedi 7 janvier à Lille.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

 

 

Pour le prospectiviste Joël de Rosnay, il faut tout lire, « des livres philosophiques de grands penseurs à la presse internationale ».

Pour préparer ses événements O21/s’Orienter au 21e siècle, « Le Monde » a interrogé trente-cinq entrepreneurs et penseurs du monde entier sur leur parcours et les enseignements à en tirer pour aider les jeunes à trouver leur voie. Leurs témoignages seront diffusés en vidéo à O21 – vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire gratuitement à O21 Lille, pour participer à une ou plusieurs conférences, vendredi 6 et samedi 7 janvier, en suivant ce lien.

 

« Pour trouver sa voie, il faut être à l’écoute de soi-même », conseille ­depuis le Togo Sénamé Koffi ­Agbodjinou, architecte et anthropologue, conscient néanmoins que l’introspection n’est pas facile quand on a entre 16 et 20 ans. « Ce n’est pas évident d’entendre sa petite voix, ­confirme ­Bertin Nahum, fondateur de Medtech (Zimmer), mais la vie est trop courte pour s’engager dans un chemin qui ne nous correspond pas. » Pour Aimee van Wynsberghe, présidente de la fondation Responsible Robotics aux Pays-Bas, l’idéal est même d’« aimer ce que l’on fait, au point de ne plus avoir l’impression de travailler ». Et d’être ainsi capable de s’investir totalement dans son projet.

 

Lire aussi :   O21 Lille / s’Orienter au 21e siècle : le programme complet des conférences

 

Découvrir sa passion

« Que votre passion relève du domaine sportif, artistique, culturel ou économique, peu ­importe, estime Pierre Dubuc, cofondateur d’OpenClassrooms. On sait que l’on va être bon là où l’on prend du plaisir. Voilà ce qui est ­important : il faut être extrêmement motivé par quelque chose pour devenir excellent dans sa spécialité. L’expertise et la passion sont liées. »

Oui, mais que faire si l’on n’a pas de passion ? « Trouvez-la ! lance Jean-François Ouellet, professeur à HEC Montréal. Tout le monde a une passion, il s’agit simplement de la découvrir, en voyageant, en allant à la rencontre des autres pour comprendre ce qui véritablement nous fait vibrer. » « Il faut le faire, répète l’enseignant, parce que sans passion, il est bien ­­dif­ficile de passer par-dessus les embûches et d’aller jusqu’au bout des choses. »

 

Lire aussi :   « Le meilleur conseil que l’on m’a donné, c’est... » : trente-cinq personnalités témoignent

 

Oser cheminer sans se limiter

L’important est de réussir à ne pas se brider. « Ne pensez pas aux normes de la société, ne vous fixez pas de limite », insiste Ismaël Le Mouël, président de HelloAsso. « Lorsque j’étais en classe préparatoire, raconte-t-il, je ­visais une école d’ingénieurs. Mon professeur de mathématiques m’avait alors dit : “Non, non, ne vise pas celle-là, pense plutôt à celle tout en haut et tu verras bien après.” De fait, cette ­technique a assez bien fonctionné ! » « Il faut faire sauter tous les blocages », poursuit ­Amélie Edoin, directrice du Labo des histoires Ile-de-France-Ouest. Et de marteler : « Les grandes écoles ne sont pas réservées à une élite. Elles sont réservées aux gens qui ont les moyens de réussir intellectuellement et qui se surpassent pour réussir. »

Pour Thomas Schenck, cofondateur de ­Connect’O, le défi est d’être « à la fois ambitieux et humble : il faut être lucide sur ce que l’on est, sur ses qualités comme sur ses défauts. Si vous savez vous remettre en question, alors l’ambition vous permettra d’aller très loin ».

 

Ne pas s’arrêter en cas d’échec

« Oui, certains vont se tromper. Oui, leur ­parcours ne sera pas linéaire, et alors ? lance ­Sébastien Bazin, PDG d’AccorHotels. Oui, on a le droit de connaître enfin son parcours à 27 ans, car ça n’est pas parce qu’on a 22 ans qu’on doit être en mesure d’appréhender le monde de demain. Il y a des gens qui entrent dans le monde du travail à 32 ans et ils sont aussi bons, ça leur a pris cinq ans de plus, ça n’a aucune espèce d’importance. » Ludwine Probst, développeuse et cofon­datrice de ­Ladies of Code ­Paris, renchérit : « Ce n’est pas parce que l’on décide à un moment de suivre une voie que l’on ne pourra pas bifurquer. Quand j’avais 16 ans, je me disais qu’il fallait tout ­réussir tout de suite. En fait, quand on veut aller d’un point A à un point B, on n’est pas obligé d’aller tout droit, on peut tout à fait ­passer par D, C, F… Il existe des passerelles : je rencontre de nombreuses personnes qui changent de métier à 30 ou 35 ans et qui ­apprennent encore. »

Lire aussi :   Découvrez O21, l’orientation nouvelle génération

 

Multiplier les expériences

« Pour apprendre à se connaître, le conseil ­numéro un que je donnerais est de se lancer dans des projets. Le simple fait de réaliser ­quelque chose vous apprend à mieux vous comprendre. Cela vous transforme également », ­estime le mathématicien Cédric ­Villani. Pour Marie ­Ekeland, cofondatrice du fonds d’investis­sement ­Daphni, ces expérimentations permettent de « sortir de sa zone de ­confort et de son environnement habituel ». Il est important d’« aller à la rencontre de dif­férents mondes, poser des questions et ne pas avoir peur de dire “je ne sais pas, expliquez-moi”. Et ce, jusqu’à ce que l’on ait compris », ­note-t-elle.

« Regarder à droite et à gauche, faire des stages dans des entreprises variées pour vraiment savoir ce qui vous plaît et ce qui ne vous plaît pas. Ce travail personnel est indispensable », ­estime Sylvain Kalache, cofondateur de la Holberton School aux Etats-Unis. C’est finalement ce côté « touche à tout, curieux, qui sort des sentiers battus que les start-up valorisent déjà et qui va devenir la norme dans les années à venir », ajoute Philippe Wagner, cofondateur de Captain Contrat. L’avocate Lise Damelet ­encourage également cette curiosité. « Butiner sur des fleurs auxquelles on n’avait pas nécessairement pensé » permet de développer une pensée plus large, transversale, estime-t-elle, une pensée qui permettra d’être plus adapté au monde de demain.

 

Cultiver sa curiosité

Il faut tout lire, affirme le prospectiviste et conseiller de la Cité des sciences Joël de ­Rosnay : « Des livres philosophiques de grands penseurs, pour acquérir les fondamentaux, à la presse internationale, pour se familiariser avec la géopolitique. C’est grâce à cette culture que l’on acquiert des racines nous permettant de construire une vision systémique globale. »

Marita Cheng, fondatrice de 2Mar Robotics, abonde dans ce sens. « Soyez curieux du monde. Apprenez autant que vous pouvez, à l’école et en dehors. » Une ouverture d’esprit que défend aussi le paléoanthropologue Pascal Picq : « Pour être créatif, il faut regarder ce qu’il se passe ailleurs, lire, se documenter, échanger avec les autres. On peut trouver des idées géniales en ­allant voir un match de foot, pourquoi pas. »

Le meilleur conseil est de « ne jamais cesser d’apprendre, ne jamais penser que l’on a fini son développement et qu’on ne peut rien faire ou apprendre de nouveau », conclut, au Kenya, Ory Okolloh, investisseuse au sein de la fondation Omidyar Network. « Je lis toujours beaucoup, j’essaie des choses différentes. Cela me maintient connectée et m’ouvre à de nouvelles opportunités. On n’arrête jamais d’apprendre, et pas seulement de l’école : on apprend aussi des autres, des livres, des magazines, des amis, d’Internet. La connaissance est une quête infinie. »

Tout au long des événements O21 seront diffusées des vidéos de 35 pionniers du XXIe siècle dont des extraits sont publiés ci-dessous. Ils sont responsables académiques comme François Taddei (Centre de recherches interdisciplinaires – Paris 5), John Hennessy (Stanford), Peter Dillenbourg (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne), Jean-François Ouellet (HEC Montréal) ; chefs d’entreprises comme Sébastien Bazin (Accor), Xavier Niel (Free), Frédéric Mazzella (Blablacar) et Bertin Nahum (MedTech-zimmer) ; startuppers comme Pierre Dubuc (OpenClassrooms), Laure Courty (Jestocke.com), Philippe Wagner (Captain Contrat) , Ben Rattray (Change.org), Sename Koffi Agbodjinou (Welab, Togo), Ory Okolloh (Omidyar Network, Kenya) ; entrepreneurs sociaux comme Ismaël Le Mouel (Hello Asso) et Amélie Edoin (Labo des histoires) ; « king coders » comme Paul Duan et Louison Dumont ; scientifiques et penseurscomme Pascal Picq (paléoanthropologue), Cédric Villani (mathématicien), Boris Cyrulnik (psychiatre), Henri Atlan (médecin et philosophe), Joël de Rosnay (prospectiviste), Aimée van Wynsbergh (professeur d’éthique, spécialiste des robots)…

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 13:06

 

 

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Solidarités locales

A Saint-Etienne, une nouvelle forme de pédagogie sociale émancipe les femmes et les enfants d’un quartier pauvre

 

par

 

 

Dans un quartier populaire de Saint-Etienne, des « ateliers de rue » sont proposés régulièrement aux enfants. Leur principe : un accueil libre, inconditionnel et gratuit. Sur cet espace en milieu ouvert, les enfants, parfois accompagnés par leurs parents, sont invités à prendre des initiatives et à coopérer. Ces ateliers s’inspirent d’une pédagogie sociale visant à expérimenter de nouvelles façons de vivre et d’éduquer collectivement, avec tous les âges et à partir de toutes les cultures. Cinq ans après leur mise en place, ces pratiques d’émancipation, qui recréent aussi du lien entre adultes, gagnent du terrain, mais sont peu soutenues par les politiques. Un « café des femmes » a également ouvert. Reportage.

Difficile de trouver l’espace de jeux du quartier de la Tarentaize, bordé par un boulevard urbain d’un côté, abrité par une grande médiathèque de l’autre. A mesure que l’on s’approche, les cris des gamins disputant une partie de foot recouvrent le bruit des voitures ralliant Saint-Étienne. Aux abords du terrain, des enfants affluent pour aider à déplier les tapis de jeux fournis par l’association Terrain d’entente. Des sourires gagnent les visages à la vue des diabolos, jeux de société, slackline (sortes de cordes pour funambules), instruments de jongle et autres coloriages... Depuis cinq ans, l’association propose des ateliers de rue, les mercredi et samedi après midi, tout au long de l’année. Avec un principe clé : l’accueil est libre, inconditionnel et gratuit.

« Les enfants partent et viennent librement, les différents jeux sont à leur disposition », relate Josiane Reymond, fondatrice de l’association. « C’est parti d’une demande des enfants, qui nous disaient qu’il n’y avait rien pour eux. » La Tarentaize, à l’ouest de Saint-Etienne, est considérée comme l’un des quartiers les plus en difficulté de la ville, avec un taux de pauvreté dépassant les 43% [1]. « Beaucoup d’habitants voudraient partir, nous sentons que les enfants souffrent, la vie est dure. Au lieu de regretter que les gens ne se mobilisent plus, nous avons décidé d’aller à leur rencontre. Nous sommes venus avec des tapis et des jeux, au pied des immeubles, en nous demandant : quelle légitimité peut-on avoir en n’étant pas du quartier ? » La réponse, l’association l’a trouvée dans la présence grandissante d’enfants lors de ces ateliers installés dans l’espace public.

Pour les enfants, ces ateliers de rue ne sont pas seulement un moment de jeu, mais aussi un temps pour évoquer leurs préoccupations et leurs envies. « Ils sollicitent notre présence pour certains conflits », observe Josiane. « Nous nous référons aux outils de la pédagogie sociale pour aider les enfants à construire des relations positives, traverser les conflits de façon à ce que chacun trouve sa place au sein du collectif. » Derrière le concept de « pédagogie sociale », on retrouve des figures comme le pédagogue Célestin Freinet [2]. Aller à la rencontre de quartiers délaissés, offrir une présence régulière, favoriser l’émancipation individuelle et collective, c’est l’engagement tenu dans la durée par les pédagogues sociaux. « Nous ne sommes plus dans la distance mais dans la proximité, nous ne sommes plus dans la défiance mais nous construisons au fil du temps des relations de confiance et d’estime réciproques », explique Josiane, qui s’appuie fortement sur les travaux de Laurent Ott, chercheur en travail social.

 

« Chacun possède un petit bout de l’histoire d’un enfant »

L’association Terrain d’entente propose de partir des idées des enfants, et de compter sur tout le monde pour les réaliser. Ce jour-là, Youssef, un jeune adolescent, reparle de son envie d’organiser une chasse au trésor. Saad, stagiaire chez Terrain d’entente, propose de l’aider avec d’autres enfants. « Des projets deviennent possible avec la participation de tous, notre petite équipe, les enfants, les adultes, souligne Josiane. A force de tâtonnements, on trouve peu à peu la meilleure façon de se retrouver collectivement. Nous organisons des « conseils » avec les enfants, pour discuter de la manière dont les choses se passent. » Un « bâton de parole » y circule entre enfants, seul celui qui tient le bâton est autorisé à parler.

A la différence des centres de loisir, le travail mené par l’association Terrain d’entente se mène dehors, sur l’espace public, sans aucune barrière de protection traçant une frontière entre intérieur et extérieur. « Souvent, quand on ne sait plus quoi faire avec un gamin, on le met dehors, observe Josiane. La sanction, nous la dégainons tous, mais ça ne règle rien : les gamins se sentent exclus, abandonnés. Être dans l’espace public nous rend d’une certaine manière plus intelligent. Nous finissons toujours par trouver une solution. » L’équipe organise au moins deux réunions par semaine pour faire le point. « Chacun possède un petit bout de l’histoire d’un enfant. Nous cherchons ensemble l’attitude la plus adaptée face à des gamins parfois très tendus. »

 

« Nous nous sommes efforcés d’entendre, de comprendre »

Josiane évoque l’exemple de Sonia*, une jeune fille de 12 ans, la plupart du temps agressive avec les autres enfants mais aussi avec les adultes. « Notre première intention a été le rappel au cadre, l’exclusion de certains jeux, ce qui a redoublé sa rage. Puis, nous nous sommes efforcés d’entendre, de comprendre. » Sonia s’est peu à peu confiée sur les problèmes de sa famille, sa détresse. « Nous avons partagé sa peine, son sentiment d’injustice, de ne pas se sentir aimée. Et comme la plupart des enfants lorsqu’ils se sentent entendus, pris en compte, elle s’est reconnectée à ses envies. » Sonia voulait construire un atelier coiffure et beauté. « Lors de cette première journée réalisée à son initiative, elle s’est montrée très attentive aux autres, s’efforçant d’intégrer tous ceux qui souhaitaient profiter de ce nouvel espace. Elle a pu manifester une autre et très belle, très touchante part d’elle-même. »

Face à des familles en difficulté, de plus en plus isolées, Josiane estime que l’éducation des enfants « concerne tout le quartier ». « Les parents ne peuvent pas consacrer toute leur énergie à s’occuper des enfants, ils ont plein de choses à tenir pour assurer le quotidien : de nombreuses démarches, des préoccupations, ils sont parfois épuisés. Notre présence auprès des enfants, deux après midis par semaine, constitue un petit relais auprès des parents qui le souhaitent. On se sent concernés et on agit ensemble sur les différents évènements qui traversent ces temps de rencontre. » Ce collectif permet de faire sortir les gens de chez eux, de créer des liens de confiance et de compter sur d’autres. « Certains nous disent que nous rendons les parents démissionnaires. C’est fou ! Personne ne s’inquiète des parents qui confient leurs enfants au centre de loisir. »

Originaire d’Algérie, Samia vient régulièrement avec ses enfants. « Je n’ai pas ma famille ici, et la solitude me pèse. Je restais souvent à la maison. Maintenant, nous nous connaissons avec les autres femmes du quartier, nous partageons nos joies et nos peines. » Une garde des bébés a également été mise en place le mardi après-midi dans le centre social du quartier, avec la possibilité pour les parents d’être présents. L’équipe assure également une présence régulière à la médiathèque de la Tarentaize, apportant notamment une aide aux devoirs. Des sorties nature, théâtre ou cinéma sont aussi organisées.

 

« Il y a beaucoup de cafés pour les hommes, mais rien pour nous »

Depuis 2013, l’association a ouvert un café des femmes, à leur demande, qui se tient le vendredi après-midi dans le centre social. « Il y a beaucoup de cafés pour les hommes dans le quartier, mais il n’y a rien pour nous », témoigne Fiala, son bébé dans les bras. « Ici, nous parlons librement, nous n’avons peur de rien », poursuit son amie qui a déménagé dans un autre quartier, mais qui n’hésite pas à faire trente minutes de trajet en transports en commun pour participer à ce temps d’échange. Ce vendredi, elles sont une dizaine de femmes réunies autour d’un thermos de thé à la menthe et de gâteaux faits maison. Elles reviennent sur leur journée de travail, évoquent des galères administratives, rient à la vue des photos du tournoi de foot en soutien à la Palestine auquel elles ont participé. « On peut tout faire avec le voile, vous voyez ! », plaisantent-elles.

C'est la première fois que Djilalia participe au café des femmes. La voix fébrile, elle explique que son enfant de 13 ans vient d’être mis à pied huit jours par le collège suite à une bagarre. Elle est venue avec les courriers de l’école qu’elle n’a plus la force d’ouvrir, et ne sait pas à qui s’adresser pour l’aider. « Je n’arrive plus à dormir, souffle t-elle, il va passer en conseil de discipline. » Tour à tour, ces femmes qui ne la connaissaient pas une heure avant, lui apportent leurs conseils et tentent de la rassurer. « Toutes seules, on est trop fragiles », constate Josiane. Et parfois, l’espoir de pouvoir offrir un avenir meilleur à leurs enfants est bien ténu. Toutes s’accordent sur la nécessité d’organiser des rencontres avec des enseignants pour évoquer la scolarité, mieux comprendre les difficultés et leur trouver des solutions. Dans ce lieu, l’entraide et la solidarité ne sont pas que des mots, elles se vivent.

 

Peu de moyens, beaucoup d’« inventivité »

Si les idées et les envies ne manquent pas, l’association dispose en revanche de très faibles moyens financiers. A défaut de local, l’équipe investit ponctuellement le centre social ou la médiathèque en cas de pluie, et stocke le matériel dans un garage insalubre. « Le café des femmes est remis en question lors de chaque vacances scolaires car le centre social a besoin de ses locaux. Cela renvoie aux habitants de ces quartiers qu’il n’y a pas grand chose pour eux, seulement les miettes », soupire Josiane. Ne pouvant embaucher de manière pérenne, le turn-over dans l’équipe est fort [3]. Les autres énergies sont bénévoles. Josiane redoute de ne pas arriver à maintenir cette démarche dans la durée. Elle s’accroche cependant : « Avoir peu permet de développer l’ingéniosité, la créativité. C’est possible, si l’on appartient à un collectif. »

Cet usage collectif de l’espace public, tissé de solidarités, n’est pas propre à Saint-Étienne. Des initiatives similaires existent à Paris-Longjumeau avec l’association Intermèdes-Robinson, et dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, avec l’association Mme Ruetabaga (voir la vidéo de présentation ci-dessous). « Il est temps de multiplier ces initiatives, de construire des espaces de rencontre où l’on fait les choses ensemble », reprend Josiane. « C’est par le faire-ensemble qu’on retrouve le commun qui permet de se parler, de rétablir la confiance. »

Sophie Chapelle

Photos : association Terrain d’entente.

*Son prénom a été modifié.

 

 

Notes

[1Le seuil de pauvreté est fixé à 1008 euros par mois pour une personne seule.

[3L’association compte actuellement deux services civiques et deux salariés en contrat aidé.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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