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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 17:33

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Armé d’une tronçonneuse, le milicien FNSEA hurle : « Ta gueule, salope »

Marine Vlhahovic (Reporterre)

vendredi 6 mars 2015

 

 

 

Des pro-barrages venus de loin et ignorant le dossier. Des injures et des tronçonneuses. Des menaces envers les agriculteurs opposés au barrage. Des gendarmes bien polis avec les miliciens de la FNSEA. Récit de la journée du 5 mars. Bienvenue à Sivens.

Lisle-sur-Tarn (Tarn), reportage

« Votre carte de presse ! » En ce jeudi après-midi, ce n’est pas auprès de gendarmes mobiles mais d’agriculteurs qu’il faut montrer patte blanche pour accéder à la ZAD du Testet. Postés à l’entrée de Barrat, décorée pour l’occasion de drapeau FNSEA, un petit groupe de pro-barrages filtre le passage. Le ton est péremptoire. Moi et mon confrère nous exécutons. « Il faudra penser à changer la couleur du véhicule parce qu’ici ça ne passe pas, ça fait ’baba-cool’ », nous avise-t-on avant de nous laisser filer. Pourquoi ce conseil ? La camionnette de mon collègue photographe a le malheur d’être verte. La route d’accès principale est encombrée de voitures de pro-barrages. Une soixantaine d’entre eux sont rassemblés à quelques mètres seulement des premières barricades de la ZAD, retenus par un cordon de gendarmes mobiles.

 

L’agriculteur est contre le barrage ? Il est menacé

Ce « spectacle », Pierre Lacoste l’observe tous les jours depuis chez lui où il est confiné. Au même titre que les zadistes, l’agriculteur-riverain qui s’est toujours prononcé contre la construction du barrage de Sivens est dans le collimateur des pro-barrages. Son fils de 14 ans a manqué plusieurs jours d’école cette semaine.

Impossible pour ses parents de passer au travers des barrages de la FNSEA : « Les gendarmes ont essayer de négocier avec eux mais ont fini par nous avouer qu’ils ne peuvent pas assurer notre sécurité ». Pierre Lacoste limite ses déplacements au maximum parce qu’il n’a pas l’esprit tranquille : « Ils tournent autour de la maison avec des pioches et en disant des grossièretés. Je ne veux pas prendre le risque qu’on crame mon exploitation agricole. Tout ce qui se passe depuis le début de la semaine c’est de la folie. Ils n’ont pas le droit d’être là et les zadistes n’ont jamais bloqué les accès comme eux le font ».

 


- Depuis la maison de M. et Mme Lacoste -

 

"On ne connait pas le dossier"

Dans le champ où sont rassemblés les pro-barrages, les regards sont suspicieux, voire haineux. Les Jeunes Agriculteurs de Haute-Garonne sont en première ligne. Ils balaient mes questions d’un revers de la main : « On ne connait pas assez bien le dossier, interrogez plutôt quelqu’un du coin, d’ailleurs on va bientôt s’en aller ».

Comme chaque jour, les FDSEA de toute la région Midi-Pyrénées viennent se relayer aux entrées de la ZAD. De l’autre côté, sur la départementale 999, ce sont les agriculteurs du Gers qui tiennent le siège. Un gendarme mobile regarde la scène d’un air amusé : « On fait le tampon ! » s’esclaffe-t-il devant la situation. Des estafettes montent la garde à deux pas des barricades érigées par les occupants il y a quelques mois pour empêcher les forces de l’ordre de passer.

 

 

Sur la ZAD, l’atmosphère est électrique. Deux tirs de pétards viennent de résonner de part et d’autre de la clairière. Accroché au talkie-walkie, Hector donne l’alerte : « Les pro-barrages savent qu’on écoute leurs fréquences, ils utilisent les pétards pour communiquer entre eux. Ces deux tirs, ça veut dire qu’ils sont planqués dans les bois et prêts à attaquer ».

Il quitte la barricade à pas pressés. Direction la Métairie, le seul bâtiment en dur occupé par les zadistes. « Ils vont entrer au milieu », lance-t-il à la volée. Baignée sous un soleil pâle de fin d’après-midi, la ZAD est déserte. Des voitures aux vitres brisées et un chapiteau démonté témoignent du saccage opéré la veille par les pro-barrages lors d’une incursion.

Seul au milieu de l’ex-zone de chantier, Guillaume fait le guet. Son talkie-walkie grésille. « A tous les indicatifs, à tous les indicatifs, les pro-barrages qui sont entrés dans les bois ont été repoussés des deux côtés par les gendarmes mobiles ». Incrédule, Guillaume regarde au loin dans les arbres : « Il y a toujours des petits groupes disséminés. Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, s’ils voulaient nous faire du mal ils l’auraient fait depuis longtemps, ils sont trois fois plus nombreux que nous. Tout ça me semble téléguidé. Ça arrangerait bien les autorités de ne pas avoir à s’occuper de notre expulsion. Ils ne veulent pas d’un deuxième Rémi Fraisse. Ils ne veulent pas d’un deuxième martyr », dit-il couvert du bruit de l’hélicoptère qui survole la zone depuis le matin.

 

"Ta gueule, salope"

Une nouvelle alerte est donnée du côté de la départementale 999. Des zadistes traversent la ZAD au pas de course. Munis de bâtons et de barres de fer, deux-cents agriculteurs ont forcé le cordon des forces de l’ordre à l’entrée du chantier pour se rapprocher au plus près des zadistes. Pro-barrages et occupants se font face à cinquante mètre d’écart, séparés par quelques gendarmes mobiles et de maigres barricades. Ils se regardent en chiens de faïence sous les flashs des photographes.

 

 

Quelques noms d’oiseaux et des invectives fusent. « Ce n’est pas de notre faute, si vous avez des cancers à quarante ans à cause des OGM », lance une jeune zadiste. « Ta gueule salope », répond-on de l’autre côté. Une tronçonneuse rugit. Les agriculteurs ont pris l’initiative de dégager une barricade faite de troncs d’arbres pour laisser passer les camions des forces de l’ordre.

Après quarante-cinq minutes de face-à-face, les pro-barrages se font cordialement repousser mètre par mètre par les gendarmes. « Reculez messieurs s’il vous plaît ». On se pousse un peu, pour le jeu. « Reculez encore un chouïa, messieurs s’il vous plaît. » Collés les uns aux autres, agriculteurs et gendarmes rient aux éclats.

Des pro-barrages foncent vers les chapiteaux où les attendent des verres de Pastis. Les leaders de la FDSEA parlementent à voix basse avec les gendarmes. Un groupe d’irréductibles continue de narguer les zadistes de loin. « On reviendra, on reviendra ! » s’égosillent-ils en arborant des sweats siglés « Soutien aux gendarmes de Sivens »...

Michel, agriculteur arrivé en bus du Gers le matin même s’est approché de la ZAD « par défi et par curiosité aussi. Mais je suis déçu, on ne voit rien », soupire-t-il. Le cultivateur de céréales et de maïs syndiqué à la FNSEA s’est déplacé par solidarité dit-il avec ses confrères du Tarn. « Je ne comprends pas pourquoi les politiques n’expulsent pas les zadistes, ils sont illégaux ici. C’est aux agriculteurs de faire respecter la loi puisque l’Etat ne le fait pas. »

Un homme en costume fend la foule. Jacques Valax, député socialiste du Tarn et conseiller général est venu rassurer ses ouailles. En aparté avec un vieil homme, il parle de soutenir le projet de barrage à son « emplacement initial » lors de la réunion décisive au Conseil Général qui aura lieu ce vendredi matin. « Et vous demanderez aussi l’expulsion immédiate de la ZAD ! » vocifère l’agriculteur au visage rougi par la colère. « Parce que sinon nous, à 14h on dégage tout ! » Le vieil agriculteur n’est pas le seul à promettre une expulsion rapide. En marge d’une visite en Haute-Vienne ce jeudi, Manuel Valls le premier ministre a déclaré « qu’il faudra très vite évacuer les lieux ».

Zad is the end ? Les trois-cents gendarmes mobiles déployés autour du site et les forces de sécurité en jeep militaires arrivées à Gaillac dans la journée laissent en effet croire que la fin de la ZAD est proche.


ACCUEIL A LA TRONCONNEUSE

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 17:16

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Sivens: un barrage est maintenu, la ZAD est évacuée

05 mars 2015 | Par Jade Lindgaard

 

 

Le conseil général du Tarn a annoncé ce vendredi sa décision de construire un barrage, de taille réduite, sur le site de Sivens. L'expulsion de la Zad par 400 gendarmes s'est achevée dans l'après-midi.

 

Les élus du conseil général du Tarn ont pris leur décision. Par 43 voix sur 46, les élus du département ont voté, vendredi 6 mars, une résolution soumise par le président socialiste du conseil général, Thierry Carcenac, qui propose de procéder à la construction d'une « retenue d'eau redimensionnée » sur la zone du projet initial. Le conseil général opte donc pour la solution la plus proche de sa décision initiale, alors que deux solutions étaient sur la table.

À l’issue de la mission d’expertise commandée par son ministère (lire ici le rapport d’octobre 2014 de Nicolas Forray et Pierre Rathouis), la ministre de l'écologie Ségolène Royal avait en effet annoncé qu'il pourrait y avoir un barrage plus petit sur la même zone, ou bien l'installation de retenues collinaires en aval. La ministre a écrit aux élus départementaux fin février pour leur signifier que le projet initial de barrage devait être « définitivement abandonné » (voir sa lettre publiée par Le Tarn libre) et qu’elle s’engageait à indemniser le département des coûts occasionnés par les travaux (la zone humide du Testet a été déboisée en septembre dernier), en contrepartie de l’abandon « définitif et irrévocable des travaux ».

Vendredi matin, les élus départementaux sont restés délibérément flous. Ils n'ont fixé ni la contenance de l'ouvrage (pas plus de 750 000 m3 selon les experts du ministère), ni son emplacement : à 300 mètres, ou tout près de son tracé initial, là où le jeune Rémi Fraisse est mort en octobre, tué par un gendarme. Ils semblent ainsi se réserver la possibilité de construire un barrage assez semblable à sa version initiale.

 

« Nous verrons où ce redimensionnement se positionnera », a expliqué à l'AFP Thierry Carcenac, le président du conseil général, ajoutant qu'il existait une « marge de manœuvre de plus ou moins 10 % » sur la contenance de l'ouvrage par rapport aux 750 000 m3 évoqués par le ministère de l'écologie. Fidèles à ce que certains conseillers avaient déclaré en réunion les mois précédents (« On ne va quand même pas baisser le pantalon »), le département a lâché le moins possible sur son projet de réservoir.

Dans leur décision, les élus du Tarn ont également exigé l'évacuation sans tarder de la Zad, la zone à défendre tenue par les opposants au barrage. Le ministère de l'intérieur a donné l'ordre, vendredi matin, d'évacuer la zone. Les gendarmes étaient déjà présents sur place dans la matinée, le survol d'un drone était même signalé et des opérations ont déjà commencé. Jointe par Mediapart, la Legal Team de la Zad nous avait indiqué qu'une évacuation volontaire des lieux était exclue en l'état. Une manifestation qui devait se tenir à Albi a été interdite. L'évacuation de l'ensemble de la zone par 400 gendarmes mobilisés pour l'occasion s'est achevée dans l'après-midi.

Le premier ministre Manuel Valls avait promis, dans la matinée de vendredi, une « réponse extrêmement déterminée, extrêmement ferme de l’État » à l'encontre des opposants. « Ceux qui continueraient sur le terrain à s'opposer à la légitimité des élus du territoire, qui ne respecteraient pas l’État de droit, qui ne voudraient pas que les choses s'apaisent, doivent savoir qu'ils trouveront une réponse extrêmement déterminée, extrêmement ferme de l’État, aucune action contre la démocratie ne pourrait être tolérée », a-t-il déclaré. « Les occupants illégaux doivent à présent quitter les lieux. Le dialogue est suffisamment nourri pour que chacun fasse preuve de la plus grande responsabilité », avait insisté le premier ministre

 

Manif de zadistes et de sympathisants devant le Palais de justice à Albi (février 2015) ©JL

Manif de zadistes et de sympathisants devant le Palais de justice à Albi (février 2015) ©JL


Un certain nombre d’élus plaidaient pour la construction d’une version réduite du barrage, tandis que les opposants, dont le collectif pour la défense de la zone humide du Testet, soutenus par un ensemble d’associations, refusaient catégoriquement cette option.

Du côté de la FDSEA, dont des militants, accompagnés de membres des Jeunes Agriculteurs, ont bloqué toute la semaine les accès de la ZAD, empêchant ses occupants d’entrer et sortir pour mettre sous pression l’exécutif tarnais, tout scénario renonçant au projet était impossible. L’occupation du site du barrage était dénoncée par la majorité des élus, locaux mais aussi nationaux – notamment le député socialiste Jacques Valax – qui réclament au préfet, Thierry Gentilhomme, l’expulsion du site. Le représentant de l’État, déjà en place au moment de la mort de Rémi Fraisse, le jeune homme tué par les gendarmes en octobre, était pris entre des injonctions contradictoires : d’un côté, celles du ministère de l’intérieur, qui veut mettre fin à la ZAD ; de l’autre, le ministère de l’écologie, qui veut en finir avec le projet de barrage.

Dans ce contexte extrêmement tendu, les arguments rationnels et les faits se perdent. Ainsi, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, avait déclaré mercredi (sur France Info) qu’il était « pour » un barrage plus petit et qu’« il faut être raisonnable et comprendre les besoins. 90 agriculteurs dans une petite vallée, ça mérite qu'on s'en occupe ».

90 agriculteurs ? C’est beaucoup plus que le nombre de bénéficiaires comptabilisés par les experts missionnés par le ministère de l’écologie. Dans leur rapport d’octobre 2014, ils estiment à 30 le nombre de bénéficiaires se situant « dans une optique de sécurisation/substitution » et à « environ 10 » le nombre d’éventuels nouveaux préleveurs (à lire ici p. 19). Selon les opposants, seules 19 personnes auraient besoin de l’équipement. Même la CACG, la société maître d’ouvrage du barrage, n’estime qu’à 80 le nombre d’exploitants souhaitant utiliser le barrage.

Selon un autre rapport d’experts du ministère, « Mission pour un projet de territoire du bassin du Tescou » (à lire ici, p. 80), le nombre de bénéficiaires du barrage peut même être revu à la baisse. En décembre 2014, ils ont invité à une réunion de travail 80 exploitations agricoles disposant de terres à proximité de la rivière Tescou, et donc susceptibles de demander un volume d’eau. Au moins 120 personnes sont venues, pas tous des agriculteurs. Les experts leur ont remis des questionnaires sur leurs besoins en eau, dont 33 ont été remplis sur place et remis. Les documents sont anonymes. Il en résulte que : seulement 16 personnes disent avoir pompé dans le volume d’eau qu’elles sont autorisées à prélever dans le Tescou. On est, encore une fois, loin des 90 agriculteurs décrits par Stéphane Le Foll.

Parmi les exploitants qui irriguent leur culture à partir de la seule rivière Tescou, seulement huit sont demandeurs de volume supplémentaire. Et quand on leur demande combien ils seraient prêts à payer pour cette eau, les réponses sont instructives : un ne veut rien payer, cinq « le moins cher possible ». Une personne est d’accord pour payer 10 euros par hectare, deux autres pour payer entre 20 et 30 euros par hectare. Or, à titre d’exemple, les volumes d’eau issus du barrage tout proche de Thérondel sont payés 25 euros par hectare pour un volume de 2 000 m3 par hectare. Au total, le nombre d’agriculteurs se disant prêts à payer environ le prix de l’eau qui sortira du barrage de Sivens s’élève donc à onze. On peut imaginer qu’ils soient plus nombreux une fois l’équipement en place.

Mais en plein drame local, aucune solution durable ne pourra être trouvée sans prise en compte rigoureuse et de bonne foi par les décideurs de la réalité du dossier.

 

Boîte noire : Cet article a été initialement mis en ligne jeudi 5 mars. Il a été modifié et complété ce vendredi 6 mars pour intégrer la décision du conseil général du Tarn et l'évacuation par les forces de gendarmerie de la ZAD.

 

Lire aussi

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 16:48

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Mouvement social

Gaz de schiste : les Algériens se mobilisent contre le régime et l’ingérence des multinationales pétrolières

par Olivier Petitjean, Sophie Chapelle 6 mars 2015

 

 

 

 

 

Les mobilisations sociales enflent en Algérie, contre l’exploitation future des gaz de schiste, autorisée par le gouvernement. Ces forages, à proximité des villes et des oasis sahariens, menacent les précieuses ressources en eau. Total, l’État français, et d’autres multinationales, sont accusés d’ingérence, cinquante ans après les essais nucléaires menés par l’ancienne puissance coloniale dans le Sahara algérien. Basta ! et l’Observatoire des multinationales publient aujourd’hui un rapport sur les enjeux de cette mobilisation écologique et le rôle de la multinationale française.

Le groupe français Total, d’autres multinationales pétrolières ainsi que le gouvernement algérien, sont dans la ligne de mire d’une contestation écologique et démocratique inédite en Algérie. Depuis le 31 décembre 2014, un mouvement citoyen opposé à l’exploitation des gaz de schiste secoue le pays (notre précédent article). Parti d’In Salah, une ville de 50 000 habitants au cœur du Sahara, proche des sites de forage, le mouvement accuse la multinationale pétrolière française de recourir à l’utilisation de la fracturation hydraulique sur leur territoire, alors même que cette technique fait l’objet d’une interdiction en France depuis 2011 [1]. Et dénonce l’inconséquence de l’entreprise publique Sonatrach et du gouvernement algérien qui font peser sur la région de graves risques de pollutions. Malgré la répression, le mouvement se poursuit. Pour en éclairer les ressorts et l’importance, et interroger le rôle de Total ainsi que des États algériens et français, Basta ! et l’Observatoire des multinationales rendent public ce 6 mars un rapport sur Total et les gaz de schiste en Algérie (pour télécharger le rapport).

 

 

Tout part de la visite des ministres algériens de l’Énergie et de l’Environnement le 27 décembre 2014, dans le bassin d’Ahnet, dans l’immensité du Sud algérien, à 1200 km au Sud d’Alger. Ils viennent saluer le « succès » du premier forage pilote de gaz de schiste conduit par la Sonatrach, la compagnie nationale, devant un parterre de journalistes [2]. L’exploitation des gaz de schiste est rendue possible en Algérie par une nouvelle loi sur les hydrocarbures promulguée en 2013 [3]. La population d’In Salah se découvre voisine du « premier » site de forage, et prend connaissance du projet d’exploration par voie de presse. Très rapidement, la présence sur le forage de firmes étrangères – notamment Halliburton, Schlumberger et Total – est évoquée sur les réseaux sociaux.

 

Entre opacité et double discours

Total a effectivement remporté le 22 décembre 2009 un appel d’offre pour acquérir près de 49% (la majorité revenant à la compagnie nationale Sonatrach) du permis « d’exploration et d’exploitation Ahnet » [4]. Total espère alors démarrer l’exploitation en 2015 et estime le potentiel du permis à 700 millions de barils équivalent pétrole. Des négociations avec le gouvernement algérien sont entamées en 2011. Mais alors qu’en France, organisations altermondialistes et écologistes s’apprêtent à lancer une campagne demandant à Total de se retirer de la concession et de ne pas recourir à la fracturation hydraulique, c’est la surprise [5]. Fin janvier 2015, pendant que les mobilisations citoyennes d’In Salah gagnent Alger, Total précise ne plus être présent sur la concession d’Ahnet. Pourquoi ce revirement ?

 

 

Un accord sur les conditions fiscales et commerciales de l’exploitation de ce gisement n’aurait pas abouti, explique Total [6]. Or, « les dates ne concordent pas », pointe un observateur algérien. Un permis ayant été accordé fin 2009 pour une durée de cinq ans, il n’aurait dû arriver à expiration qu’à la fin de l’année 2014 et non en juin, comme l’affirme la multinationale. Contactée par Basta ! et l’Observatoire des multinationales, Total n’a pas souhaité répondre à nos demandes de précisions.

 

Inavouable fracturation hydraulique

Fin février, alors que la répression s’accentue à l’encontre des citoyens d’In Salah, l’eurodéputé écologiste José Bové publie une tribune qui met en doute les affirmations du géant français. « Le simple fait que Total songe à exploiter le gaz de schiste dans le désert montre une fois de plus que cette entreprise est criminelle », écrit-il [7]. Le 2 mars, Total dément l’information sur twitter : « Pas de production, d’exploitation, ni de demande de permis pour Total. »

 

 

La compagnie pétrolière assure ne plus être impliquée dans l’exploration de « gaz de schiste » en Algérie. Mais elle ne dit rien sur le « tight gas », un autre gaz non conventionnel, piégé dans des roches très compactes, dont l’exploitation nécessite aussi de recourir à la fracturation hydraulique. Or, c’est bien du « tight gas » qu’était censée receler la concession d’Ahnet. Si Total en était arrivé au point de négocier les conditions commerciales d’exploitation avec l’Algérie, des forages exploratoires ont dû avoir lieu. Sinon, comment estimer les réserves de gaz « probables » enfouies sous les dunes à l’Ouest d’In Salah ? Par ailleurs, même si elle s’est retirée d’Ahnet, l’entreprise détient encore une autre concession de tight gas à l’Ouest de l’Algérie, à Timimoun (37,5 % des parts pour Total, 51 % pour Sonatrach et 11,25 % pour Cepsa, une compagnie espagnole) avec une mise en production fixée en 2017 [8]. Si la filiale de Total en Algérie reconnaît son implication, elle botte en touche lorsque la question du recours à la fracturation hydraulique est évoquée [9].

« Total joue sur les mots et les nuances pour gagner du temps, commente Hacina Zegzeg, engagée dans le mouvement à In Salah. Notre revendication concerne le refus de l’exploitation par fracturation hydraulique » Les activistes algériens voient dans la décision gouvernementale d’ouvrir la voie aux gaz de schiste la marque de l’influence des multinationales pétrolières. La campagne de forages pilotes lancée par la Sonatrach semble avoir pour principal objectif de prouver l’existence de réserves de gaz de schiste, pour mieux amadouer les entreprises étrangères. Une manière d’assumer à leur place les investissements – et donc les risques financiers – de l’exploration [10].

 

L’eau, « plus sacrée que le pétrole »

Problème : le recours à la fracturation hydraulique pose crûment la question des ressources en eau, en plein Sahara. La consommation intensive d’eau et la pollution des nappes souterraines et de surface constituent autant de menaces, qui sont au cœur des préoccupations du mouvement citoyen d’In Salah. Dans cette zone aride, la pollution des eaux est perçue comme « une question de vie ou de mort », relate Hocine Malti, ancien cadre de la Sonatrach. L’agriculture, permise par l’irrigation des palmeraies, est la principale source de revenus de la population.

La demande officielle de moratoire sur le gaz de schiste, cosignée par des experts algériens et adressée le 21 février au président Abdelaziz Bouteflika, met en exergue ces risques environnementaux – pollution de l’eau, de l’air, séismes – et les répercussions sur la santé [11]. « La première revendication est qu’il n’est pas question de faire des investissements qui touchent à l’eau, observe Ghazi Hidouci, ancien ministre de l’Économie et des Finances d’Algérie entre 1989 et 1991 [12]. Les habitants ont bien compris que l’eau est plus sacrée que le pétrole ».

 
Produits chimiques mortels

La Sonatrach assure de son côté maîtriser la technique de fracturation. La compagnie l’aurait initiée à Hassi Messaoud, au Nord-Est d’In Salah dès 1956 pour des gisements pétroliers. Elle aurait fracturé en moyenne 50 puits par an sur ce champ, entre 2006 à 2010. « Ces forages, tout comme le reste des puits conventionnels, ont traversé des nappes aquifères sans pour autant avoir eu un impact sur l’environnement », plaide Said Sahnoun, PDG par intérim de la Sonatrach [13]. La compagnie assure également qu’elle ne lésinera pas sur les mesures de protection de l’environnement. Or, l’expérience prouve qu’il existe toujours une proportion non négligeable de puits défectueux, même aux États-Unis. Guère convaincus par la communication rassurante des autorités algériennes, des habitants d’In Salah décident de pénétrer le 3 février sur le site du forage. Via des photos et vidéos postées sur les réseaux sociaux, ils dénoncent l’absence de traitement des eaux et des boues de forage, désavouant les propos de la compagnie nationale.

 

 

Les activistes découvrent également la présence de produits chimiques, comme l’Ezeflo110, servant à la facturation hydraulique. Ces substances extrêmement dangereuses sont posées sur de simples palettes alors qu’elles devraient être stockées dans des lieux protégés. De quoi mettre en doute la capacité de la Sonatrach à maitriser la gestion des déchets et le stockage de produits chimiques mortels. La présence d’Halliburton sur le site est également confirmée par plusieurs sacs appartenant à la compagnie. Celle-ci interviendrait en appui technique de la fracturation hydraulique, et non directement comme opérateur.

 

 
Le Sahara, terrain de jeu des expérimentations françaises ?

Les craintes des habitants d’In Salah sont d’autant plus fortes que la région n’en est pas à ses premières expérimentations technologiques. Les forages pilotes par fracturation hydraulique rappellent aux populations sahariennes la dramatique période des essais nucléaires français dans le sud du pays, à Reggane, dans les années 1960, dont la population locale souffre encore. « J’en déduis qu’ils expérimentent, témoigne une habitante d’In Salah. Que nous sommes, comme nos concitoyens de Reggane, le terrain de prédilection des expérimentations françaises. » « L’anniversaire de ces essais était jusque-là évoqué dans le silence le plus total, observe Ghazi Hidouci. Cette année, cela a fait grand bruit. Au Sahara les gens ont parlé, se sont montrés, cela a pris une résonance politique. »

Un demi-siècle plus tard, les tensions restent vives en Algérie au sujet d’une éventuelle ingérence de l’ancienne puissance coloniale. De nombreux habitants ont en tête le projet d’accord de partenariat entre le président algérien et le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius, dont la presse s’est faite l’écho en 2012. Cet accord viserait à permettre aux entreprises françaises d’expérimenter des techniques alternatives à la fracturation hydraulique en Algérie [14]. « Il n’existe, à notre connaissance, aucun accord de ce type », indique une source diplomatique française. Le sujet du gaz de schiste « n’est pas discuté dans le cadre de notre dialogue bilatéral avec l’Algérie », assure-t-on. Les récents propos de l’Ambassadeur de France à Alger concernant un « renforcement du partenariat français avec l’Algérie », impliquant les gaz de schiste auraient été déformés [15].

 
Les voix d’In Salah réprimées

Le gouvernement algérien n’a pour l’instant pas répondu à la demande de moratoire envoyée par le mouvement citoyen d’In Salah le 21 février. Ces dernières semaines, les dirigeants ont tenu des propos contradictoires, minimisant dans un premier temps le problème en déclarant qu’il ne s’agissait que de projets pilotes voués à s’arrêter, et que la décision de développer le gaz de schiste n’interviendrait pas avant plusieurs années. D’autres interventions tendent plutôt à présenter le gaz de schiste comme un fait accompli.

A l’occasion des mobilisations nationales contre le gaz de schiste en Algérie le 24 février, Abedelaziz Bouteflika s’est montré plus clair, en affirmant sa volonté de faire « fructifier » et de « tirer profit » de tous les hydrocarbures, dont les gaz de schiste qualifiés de « dons de Dieu ». Le 28 février, au 62e jour de la contestation, le mouvement citoyen d’In Salah est sévèrement réprimé, après avoir alerté sur une possible utilisation de la fracturation hydraulique par la compagnie Halliburton, sur un deuxième puits d’exploration. « Cette répression s’est poursuivie jusqu’au centre-ville par le saccage de la Place de la Résistance, lieu symbolique du mouvement citoyen », dénoncent les collectifs français opposés au pétrole, gaz de schiste et de houille [16].

 
« On pose les jalons d’une pensée écologique en Algérie »

L’engouement du gouvernement algérien pour les hydrocarbures non conventionnels s’explique par son inquiétude face à l’épuisement progressif des ressources conventionnelles, dont le pays est extrêmement dépendant d’un point de vue économique. Pour beaucoup d’observateurs, la stabilité politique du régime dépend de sa capacité à acheter la paix civique en maintenant des budgets sociaux suffisamment élevés. Paradoxe : le choix d’investir directement dans l’exploration, en assumant tous les risques financiers et environnementaux, intervient à un moment où, ailleurs dans le monde, gaz de schiste et fracturations hydrauliques sont de plus en plus combattus.

« L’avenir énergétique de l’Algérie n’est pas dans les schistes mais dans l’optimisation de nos ressources conventionnelles, le développement des énergies renouvelables, dans le mixte énergétique et dans les économies d’énergies », écrivent les habitants mobilisés d’In Salah au président Bouteflika. Des revendications qui font progressivement tâche d’huile dans le pays, reprises d’un bout à l’autre des provinces sahariennes. « Il y a différents groupes de réflexion sur l’environnement, le développement durable. On est en train de poser les jalons d’une pensée écologique en Algérie », espère une militante. La démocratie verte chassera-t-elle la répression kaki ?

Sophie Chapelle et Olivier Petitjean

 

Photos des mobilisations à In Salah : source

Notes

[1] Conformément à la loi du 13 juillet 2011

[2] Lire cet article

[3] Consulter la loi sur les hydrocarbures en cliquant ici

[4] Voir ici

[5] Total en Algérie est ciblé par la campagne Requins 2015 : voir ici

[6] Lire cet article de Jeune Afrique ; voir aussi MEES, Vol. 58 n. 8, 20 février 2015, p.8.

[7] Lire la tribune de José Bové sur Mediapart.

[8] Voir le site internet de Total

[9] Lire cet article d’Algérie Focus

[10] C’est ce que déclare franchement un cadre de Total interrogé par la revue spécialisée MEES, Vol. 58 n. 8, 20 février 2015, p.8

[11] Télécharger le texte intégral de demande de moratoire en cliquant ici

[12] Entretien réalisé par Basta ! et l’observatoire des multinationales le 19 février 2015.

[13] Lire sa déclaration sur le site de la Sonatrach

[14] Lire cet article

[15] Le site d’information algérien Echoroukonline.com aurait ajouté la mention « gaz de schiste » dans une phrase générale sur les relations franco-algériennes : « Le renforcement du partenariat français avec l’Algérie est l’une des priorités de l’Hexagone pour hisser les relations économiques entre les deux pays » est ainsi devenu « le renforcement du partenariat français avec l’Algérie dans ce domaine [gaz de schiste] est l’une des priorités de l’Hexagone pour hisser les relations économiques entre les deux pays ». En réponse à la question d’un journaliste lors de sa conférence de presse à Tlemcen, l’ambassadeur a tenu les propos suivants : « C’est aux autorités algériennes de prendre leur décision concernant les questions liées au gaz de schiste. Nous, nous avons eu un débat en France très compliqué également, mais les décisions ont été prises. Donc nous respectons naturellement ce qui sera décidé en Algérie. (...) Il n’y a pas d’initiative de la société Total dans le domaine du gaz de schiste qui ne serait pas pleinement demandée et coordonnée avec les autorités algériennes ».

[16] Lire le communiqué

 

 

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 16:34

 

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Echec économique

Alors que le gaz de schiste recule partout, les lobbies français s’obstinent

par Olivier Petitjean 6 mars 2015

 

 

Une fois de plus, les lobbys français du gaz de schiste repartent à la charge. D’un côté, ce sont des amendements sur la loi sur la transition énergétique, introduits par la majorité de droite au Sénat ; de l’autre, c’est la création par le gratin du CAC40 d’un « centre de ressources » destiné à fournir des informations « factuelles » sur les gaz de schiste... à condition qu’elles contribuent à promouvoir leur développement !

 

Le gaz de schiste recule en Europe et aux États-Unis

Pourtant, partout ailleurs, le gaz de schiste semble en plein reflux. En Europe, l’Écosse et le Pays de Galles viennent de s’ajouter à la liste des pays ou des régions ayant interdit la fracturation hydraulique sur leur territoire [1]. Et si le Parlement britannique n’est pas allé jusqu’à voter une interdiction pure et simple, il a limité les zones d’exploitation potentielles du gaz de schiste. D’ailleurs, le boom du gaz de schiste promis par le gouvernement de David Cameron semble bien loin, puisque l’on compte sur les doigts de la main le nombre de forages exploratoires qui pourraient avoir finalement lieu en Grande-Bretagne [2]. Même diagnostic pour la Pologne, l’autre fervent soutien de l’industrie du gaz de schiste au niveau européen : après Total, ExxonMobil et quelques autres, c’est Chevron qui vient d’annoncer son retrait du pays, du fait de tests trop décevants.

Aux États-Unis, l’État de New York a adopté, après des mois de tergiversations, un moratoire définitif sur la fracturation hydraulique. D’autres États comme la Californie ou l’Ohio envisagent de faire de même. Ailleurs dans le pays, des milliers de municipalités et de comtés ont adopté des moratoires sur le fracking [3] Le moratoire mis en place par le Québec, un temps menacé, a été lui aussi confirmé en octobre dernier. Même scénario en Australie, où la campagne Lock the Gate (« Verrouillez la porte »), une alliance inhabituelle entre écologistes et agriculteurs, a limité et remis en cause le développement de l’exploitation du gaz de couche (coal seam gas). Ainsi qu’en Argentine, en Afrique du Sud, en Tunisie et maintenant en Algérie (lire notre enquête).

 

Résistances politiques, échec économique

Aux résistances politiques s’ajoutent désormais les mauvaises conditions économiques. L’exploitation des hydrocarbures non conventionnels est très coûteuse, de sorte que la chute du cours du pétrole et du gaz a entraîné l’annulation ou la suspension de nombreux projets. Cette exploitation nécessite aussi des campagnes de forages très intensives, qui limitent la durée de vie des gisements et ont entraîné des afflux excédentaires de gaz sur le marché. La chute du prix du gaz qui en a résulté aux États-Unis a plongé la plupart des acteurs du secteur dans une crise profonde. Même les juges et les autorités environnementales semblent (enfin) vouloir s’intéresser sérieusement à l’impact environnemental du secteur [4]. Résultat : le nombre de nouveaux puits forés dans le pays est en baisse marquée depuis plusieurs mois [5].

C’est dans ce contexte que les industriels français, jamais en retard d’une bataille d’arrière-garde, ont choisi d’annoncer le lancement de leur « Centre de documentation sur les hydrocarbures non conventionnels », destiné à lever le « blocage français ». Présidé par Jean-Louis Schilansky, président du Medef Paris et ancien président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), ce centre a été créé à l’initiative d’un collectif de grandes entreprises, parmi lesquelles Total, GDF Suez, Vallourec, Technip, Imerys, Air Liquide, Solvay, Arkema ou encore Vinci et Suez environnement. Des entreprises gazières certes, mais surtout des firmes intéressées à vendre leurs divers services et technologies très coûteuses, ou bien à profiter d’un prix du gaz artificiellement tiré vers le bas (lire notre article).

Même si la réalité économique paraît désormais en défaveur du gaz de schiste, il reste toujours l’ultime recours de convaincre des dirigeants politiques français et européens, qui semblent parfois disposés à toutes les concessions.

 

Notes

[1] Source.

[2] Voir ici, ici et .

[3] Voir la liste mise à jour par l’ONG Food & Water Watch. Dans plusieurs États, les industriels ont déployé une guérilla judiciaire pour faire invalider ces moratoires par les tribunaux.

[4] Voir ici pour les premiers et ici pour les secondes.

[5] Source.

 

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 22:55

 

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Afghanistan : des hommes défilent en burqa dans les rues de Kaboul

Le Monde.fr | • Mis à jour le


 

 

Des hommes afghans ont défilé dans les rues de Kaboul habillés d'une burqa, jeudi 5 mars, sous le regard médusé des passants. A trois jours de la journée des droits des femmes, ils souhaitent ainsi afficher leur solidarité avec les femmes portant ce vêtement. Imposée à la fin des années 1990 et encore largement portée dans le pays, la burqa est un symbole du régime taliban et constitue à leurs yeux un résidu de leur système répressif. Leur action rappelle celle des Turcs qui, à la fin du mois de février, avaient enfilé des jupes en soutien aux droits des femmes.

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 22:39

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

"On a renfloué la Grèce pour sauver les banques françaises et allemandes" !

 
Emmanuel Lévy
 
 
 
Et c’est un membre du FMI qui le déclare, le Brésilien Paolo Batista, invité de la chaîne grecque Alpha TV.
 
 

Voir la vidéo à partir de 22''. Vous pouvez, si vous le souhaitez, activer les sous-titres de la vidéo disponibles en anglais.

 

C’est la première fois qu’un dirigeant d’une des trois composantes de la Troïka, formée par le FMI, la Commission et la BCE, le dit face caméra. « L’argent a été donné pour sauver les banques françaises et allemandes, pas la Grèce », a déclaré Paulo Batista, l’un des 19 élus parmi les 24 membres du conseil d’administration du Fonds monétaire international.

Du fait de ses fonctions, la parole de Batista est plus libre que celle des membres du Conseil des gouverneurs qui, eux, représentent les gouvernements et les banques centrales. Mais les critiques pour le moins rudes de Paulo Batista tranchent avec le langage d’ordinaire très policé qui règne au sein de l’institution.

Dans cette interview donnée à Alpha TV, une chaîne privée grecque, le Brésilien dénonce les choix imposés à la Grèce par la Commission et la Banque centrale européenne. Il n’épargne pas non plus sa patronne, accusant Christine Lagarde de préserver avant tout les intérêts de l’Union européenne plutôt que celui des Grecs.

Le FMI a cependant évolué. Grâce notamment aux travaux menés par Olivier Blanchard son chef économiste, elle n’est plus le temple des positions ordolibérales, désormais défendues par la BCE et la Commission. Cela n’a d’ailleurs pas échappé à Paulo Batista.

Il invite ainsi la Grèce à venir négocier avec un FMI, plus conciliant, la restructuration de sa dette. Un FMI qui, dit-il, « tout comme les partenaires européens, ne doit pas faire comme si les élections grecques n’avaient pas eu lieu ». Ils enfoncent même le clou en expliquant que les promesses passées n’engagent pas le gouvernement Tsipras.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 22:35

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

La justice confirme que Facebook peut être jugé en France

Le Monde.fr avec AFP | 05.03.2015 à 19h20 • Mis à jour le 05.03.2015 à 20h01

 

 

Le tribunal de grande instance de Paris s'est estimé compétent, jeudi 5 mars, pour juger le réseau social Facebook.

Lire : Cachez (encore et toujours) ces seins que je ne saurais liker

La cour a estimé que les conditions générales d'utilisation, les règles internes de Facebook, qui prévoient que tout litige doit être résolu devant un tribunal américain, étaient « abusives » et ne s'appliquaient pas.

Un internaute dont le compte avait été suspendu après qu'il eut posté L'Origine du monde, avait porté plainte contre le réseau social américain. Facebook interdit la publication de photos de nu, qu'elles soient des œuvres d'art ou non.

Lire : Facebook précise pourquoi, et comment, il censure des photos et messages litigieux

Selon l'avocate de Facebook, Me Caroline Lyannaz, le tribunal français ne devrait pas être compétent dans la mesure où tous les utilisateurs de Facebook ont accepté, en s'inscrivant sur le site, les conditions générales d'utilisation. Toujours selon elle, le réseau social ne devait pas relever du droit de la consommation français, « le service [étant] gratuit ».

« Si je comprends bien et si l'on suit votre logique, aucun des 22 millions d'usagers de Facebook en France ne pourra jamais saisir une juridiction française civile en cas de litige », avait contré l'avocat de l'internaute, Me Stéphane Cottineau.

Interrogé par l'AFP, ce dernier s'est félicité de cette « vraie victoire » :

La cour d'appel de Pau avait déjà jugé illisible par sa complexité, le 23 mars 2012, la clause limitant aux seuls tribunaux de Californie le pouvoir de trancher les litiges concernant le réseau social.


Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 21:38

 

Source : http://cadtm.org

 

CADTM

 

Grèce : Une commission d’audit de la dette sera mise en place par la présidente du parlement grec à la mi-mars 2015

5 mars par Pierre Gottiniaux

 

Dans une conférence de presse donnée hier, mercredi 4 mars, Zoe Konstantopoulou, la présidente du Parlement grec, a annoncé la constitution d’une commission d’audit de la dette publique grecque. Elle confirme ainsi l’annonce faite le 24 février dernier lors de sa rencontre avec le président du Parlement chypriote, Giannakis Omirou.

Lors de cette conférence, transmise à la fois sur la chaîne du Parlement et sur la radio des journalistes licenciés de l’ERT « en signe de solidarité avec leur lutte exemplaire » |1|, la présidente du Parlement a précisé que cette commission serait notamment formée par des personnalités internationales reconnues et expérimentées dans les questions d’audit de la dette. La composition de cette commission sera dévoilée la semaine du 16 mars. Rappelons que la présidente du parlement grec avait rencontré Eric Toussaint, porte-parole du CADTM international, le 16 février 2015 à Athènes afin de préparer la mise en place de cette commission d’audit.

Un audit de la dette n’est pas en contradiction avec la politique du gouvernementCette annonce arrivant peu de temps après la conclusion de l’accord entre la Grèce et l’eurogroupe pour garantir les prêts des « institutions » à la Grèce pendant 4 mois supplémentaires, une question était évidemment sur toutes les lèvres : cette commission a-t-elle l’appui du gouvernement ? Ce à quoi Zoé Konstantopoulou a répondu qu’il s’agissait d’une initiative du Parlement, mais qui n’est pas en contradiction avec la politique du gouvernement. Le travail de la commission sera d’examiner la formation de la dette publique grecque, notamment dans les cas où il pourrait y avoir eu fraude ou corruption manifeste, on pense bien sûr au cas Siemens, ou aux contrats d’armements conclus avec des entreprises françaises et allemandes...

La commission d’audit de la dette aura notamment la délicate mission de déterminer l’éventuel caractère odieux, illégal ou illégitime des dettes publiques contractées par le gouvernement grec. On ne sait pas encore l’étendue des dettes concernées, mais rien que sur les 7 dernières années, on devine facilement l’étendue de la tâche et les acteurs impliqués, ce qui laisse à penser que la commission sera sous le feu des projecteurs européens... La présidente du Parlement est pour sa part convaincue que la plus grande partie de la dette publique grecque est odieuse, illégale ou illégitime, mais elle précise bien que ce sera au comité de le prouver. L’objectif affirmé est bien ici de lever le voile sur l’endettement de la Grèce, afin que le peuple sache la vérité, même si les conclusions de l’audit pourront aussi être utilisées dans les négociations sur la dette réclamées par le gouvernement. La présidente du parlement grec avait fait clairement état de ses intentions dès son discours d’investiture |2|.

Par ailleurs, Zoé Konstantopoulou a également confirmé la reconstitution de la commission de revendication des réparations de guerre allemandes. Ces annonces font suite aux déclarations du Premier Ministre Alexis Tsipras au conseil des ministres en fin de semaine dernière, qui prévoit que dans les jours a venir, le gouvernement soumettrait au Parlement 4 projets de loi : des mesures de soutien aux victimes de la crise humanitaire (électricité gratuite pour 300.000 ménages, transport gratuit pour les chômeurs et précaires, etc.) ; interdiction des expulsions de logement ; règlement des dettes des particuliers envers l’État (remboursement en 100 tranches, etc.) ; rétablissement de l’ERT, la radio-télévision publique, avec réembauche de tous ses travailleurs licenciés.

Notes

|1| http://cadtm.org/Le-CADTM-Internati...

|2| voir http://cadtm.org/Discours-prononce-...

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 21:23

 

Source : http://cadtm.org

 

CADTM

 

Le 14 mars contre l’austérité assiégeons la Banque de France !

5 mars par Collectif pour un audit citoyen de la dette publique

 

Chaque semaine apporte un nouveau scandale d’évasion fiscale impliquant les banques. Chaque mois voit un nouveau chiffre record de chômeurs inscrits à Pôle Emploi. Chaque année voit un nouveau record d’émissions de CO2. Les classes dominantes détruisent nos vies et la planète.

En Europe, un peuple s’est dressé contre les politiques désastreuses imposées par la Troïka et l’oligarchie financière. La Grèce a décidé d’en finir avec l’austérité et de taxer les riches pour donner la priorité aux classes populaires. Elle demande un allègement substantiel de sa dette dont le fardeau empêche toute politique alternative.

Mais le nouveau gouvernement grec se heurte au chantage des institutions européennes et de nos gouvernements : « renoncez à votre programme ou nous coupons les crédits ». La Banque centrale européenne menace de laisser tomber les banques grecques, ce qui provoquerait leur faillite et amènerait sans doute la Grèce à sortir de l’euro.

Le combat du peuple grec est le nôtre : il permet d’engager de façon concrète le débat sur la mobilisation pour des politiques alternatives en Europe et en France.

BLOCKUPY BdFLe 18 mars à Francfort, se tient Blockupy Frankfurt : des dizaines de milliers de manifestants venus d’Allemagne et de toute l’Europe manifesteront lors de l’inauguration du nouveau et luxueux siège de la BCE. Nous serons avec eux, pour exiger une autre BCE, qui finance non pas la spéculation des banques mais la transition écologique et sociale. Le 14 mars, en écho anticipé à Blockupy, nous (http://www.audit-citoyen.org/) organisons partout en France Blockupy BdF : des rassemblements citoyens devant les succursales de la Banque de France, membre du Système européen de banques centrales.


Contre l’austérité et le chantage européens

Pour un audit et une restructuration décisive des dettes publiques

Pour le droit du peuple grec et des peuples européens à décider eux-mêmes de leur avenir, un avenir de solidarité et de démocratie.

Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique rassemble assemble des organisations associatives (Attac, CADTM, Fondation Copernic, Amis de la Terre, Économistes atterrés, AC !, ...) et syndicales (CGT, FSU, Solidaires...), voir audit-citoyen.org.

Pour l’animation des rassemblements nous proposons une action symbolique « Détruisons le mur de l’austérité ». Le 14 mars chaque participant-e amène un carton de déménagement où elle-il a inscrit une phrase sur les dégâts de l’austérité. On empile les cartons pour construire un mur devant la succursale de la Banque de France. L’action se termine quand les participant-e-s détruisent le mur en y projetant des ballons où sont inscrites des solutions (« Démocratie », « Annulons les dettes », « Justice sociale », « Égalité », « Sauvons la planète », etc...). N’oubliez pas de prévenir la presse !

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 21:03

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

De la graine 04/03/2015 à 17h28

Tomates sans eau ni pesticide : cette méthode fascine les biologistes

Thibaut Schepman | Journaliste

 

 

Les méthodes de Pascal Poot, loin de l’agriculture moderne, sont aussi hyperproductives que naturelles et peu coûteuses. Des scientifiques pensent y trouver des réponses au changement climatique.

 

Ici, le terrain est si caillouteux et le climat si aride que les chênes vieux de 50 ans sont plus petits que les hommes.

Pourtant, à l’entrée de la ferme de Pascal Poot, sur les hauteurs de Lodève (Hérault), trône une vieille pancarte en carton : « Conservatoire de la tomate ».

 

Les tomates poussent, sans eau et sans tuteur, dans la ferme de Pascal Poot en 2014 (DR)

 

Pourtant, chaque été, les tomates Poire jaune et autres Noires de Crimée poussent ici dans une abondance folle.

Sans arrosage malgré la sécheresse, sans tuteur, sans entretien et bien sûr sans pesticide ni engrais, ses milliers de plants produisent jusqu’à 25 kilos de tomates chacun.

Son secret ? Il tient dans les graines, que Pascal Poot sème devant moi, avec des gestes qui mêlent patience et nonchalance.

 

image

C’est le début de la fin de l’hiver dans la région, le temps est venu pour lui de confier ses graines à la terre. Ce sont ses premiers semis de l’année.

L’homme a 52 ans mais semble sans âge. Ce fils d’agriculteurs, qui a quitté l’école à 7 ans, se dit « complétement autodidacte ». Il a élevé des brebis et cultivé des châtaignes avant de se spécialiser dans les semences. Il dissémine aujourd’hui ses graines sur du terreau, dans des jardinières fatiguées.

Puis il place ses jardinières sur un énorme tas de fumier en décomposition, dont la température atteindra bientôt 70 degrés pendant plusieurs jours, chauffant la serre et permettant la germination des graines.

 

Pascal Poot et sa couche chaude dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

La technique, appelée couche chaude, est très ancienne. C’est elle qui permettait aux maraîchers parisiens du XIXe siècle de récolter des melons en pleine ville dès la fin du printemps. C’est elle qui permet à Pascal Poot de faire germer chaque année des milliers de plants de tomates, aubergines, poivrons... Avant de les planter sur son terrain et de ne plus s’en occuper jusqu’à la récolte.

 

La serre de Pascal Poot, à la fin des semis, en 2014 (DR)

 

Tout en semant ces graines, Pascal me révèle les détails de sa méthode :

« La plupart des plantes qu’on appelle aujourd’hui “mauvaises herbes” étaient des plantes que l’on mangeait au Moyen-Age, comme l’amarante ou le chiendent... Je me suis toujours dit que si elles sont si résistantes aujourd’hui c’est justement parce que personne ne s’en est occupé depuis des générations et des générations.

Tout le monde essaye de cultiver les légumes en les protégeant le plus possible, moi au contraire j’essaye de les encourager à se défendre eux-mêmes. J’ai commencé à planter des tomates sur ce terrain plein de cailloux il y a une vingtaine d’années, à l’époque il n’y avait pas une goutte d’eau.

Tout le monde pense que si on fait ça toutes les plantes meurent mais ce n’est pas vrai. En fait, presque tous les plants survivent. Par contre on obtient de toutes petites tomates, ridicules. Il faut récolter les graines du fruit et les semer l’année suivante. Là on commence à voir de vraies tomates, on peut en avoir 1 ou 2 kilos par plant.

Et si on attend encore un an ou deux, alors là c’est formidable. Au début on m’a pris pour un fou mais au bout d’un moment, les voisins ont vu que j’avais plus de tomates qu’eux, et jamais de mildiou, en plus, alors les gens ont commencé à parler et des chercheurs sont venus me voir. »

 

Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Parmi ces chercheurs, on compte Bob Brac de la Perrière, biologiste et généticien des plantes et coordinateur de l’association environnementale Bede :

« A la fin des années 90, au moment du combat contre les OGM, on s’est dit qu’il fallait aussi travailler sur les alternatives, et on a commencé à faire l’inventaire des agriculteurs qui faisaient leurs propres semences. On a dû en trouver entre 100 et 150 en France.

Mais le cas de Pascal Poot était unique. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a une grande indépendance d’esprit, il suit ses propres règles et à ma connaissance personne ne fait comme lui. Il sélectionne ses semences dans un contexte de difficulté et de stress pour la plante, ce qui les rend extrêmement tolérantes, améliore leur qualité gustative et fait qu’elles sont plus concentrées en nutriment.

En plus de ça il cultive plusieurs centaines de variétés différentes, peu d’agriculteurs ont une connaissance aussi vaste de l’espèce qu’ils cultivent. »

 

Pascal Poot choisit une étiquette, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Les chercheurs commencent seulement à comprendre les mécanismes biologiques qui expliquent le succès de la méthode de Pascal Poot, assure Véronique Chable, spécialiste du sujet à l’INRA-Sad de Rennes et qui a mené des recherche sur les sélections de Pascal Poot depuis 2004 :

« Son principe de base, c’est de mettre la plante dans les conditions dans lesquelles on a envie qu’elle pousse. On l’a oublié, mais ça a longtemps fait partie du bon sens paysan.

Aujourd’hui, on appelle cela l’hérédité des caractères acquis, en clair il y a une transmission du stress et des caractères positifs des plantes sur plusieurs générations.

Il faut comprendre que l’ADN est un support d’information très plastique, il n’y a pas que la mutation génétique qui entraîne les changements, il y a aussi l’adaptation, avec par exemple des gènes qui sont éteints mais qui peuvent se réveiller.

La plante fait ses graines après avoir vécu son cycle, donc elle conserve certains aspects acquis. Pascal Poot exploite ça extrêmement bien, ses plantes ne sont pas très différentes des autres au niveau génétique mais elles ont une capacité d’adaptation impressionnante ».

 

Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Cette capacité d’adaptation a une valeur commerciale. Pendant ma visite, plusieurs personnes ont appelé Pascal pour commander des semences. L’agriculteur vend ses graines à plusieurs semenciers bio, dont Germinance.

Kevin Sperandio, artisan semencier chez Germinance, nous explique :

 

Des aubergines blanches poussent dans la ferme de Pascal Poot (DR)

 

« Le fait que les semences de Pascal Poot soient adaptées à un terroir difficile fait qu’elles ont une capacité d’adaptation énorme, pour toutes les régions et les climats.

Nous n’avons pas les moyens de faire ce genre de tests mais je suis sûr que si on faisait un test entre une variété hybride, celle de Pascal Poot et une semence bio classique ce serait celles du conservatoire de la tomate qui obtiendraient les meilleurs résultats. »

Une partie de ces graines sont vendues dans l’illégalité, parce qu’elles ne sont pas inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés végétales du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants). Cela énerve beaucoup Pascal Poot, jusque là très calme :

 

« L’une de mes meilleures variétés, c’est la Gregori Altaï. Mais elle n’est pas inscrite au catalogue, peut-être parce qu’elle n’est pas assez régulière pour eux. Beaucoup de variétés sont comme ça. A l’automne dernier, le semencier Graines del Païs a eu un contrôle de la répression des fraudes qui a établi près de 90 infractions dans leur catalogue.

Le principe c’est qu’on ne nous autorise à vendre que les graines qui donnent des fruits qui sont tous pareils et qui donnent les mêmes résultats à chaque endroit. Pour moi, c’est le contraire du vivant, qui repose sur l’adaptation permanente. Cela revient à produire des clones mais on veut en plus que ces clones soient des zombies. »

 

La caisse d’étiquettes de Pascal Poot, le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Interrogé au sujet de ces contrôles, un délégué du GNIS expliquait en mars 2014 :

« Notre objectif est d’apporter une protection à l’utilisateur et au consommateur. Le secteur français des semences est très performant, mais il a besoin d’une organisation qui a fait ses preuves et d’un système de certification. »

 

Les tomates de Pascal Poot, en 2014 (DR)

 

Sauf que l’uniformisation des fruits et des semences se fait souvent au détriment du goût et des qualités nutritives. Et pourrait, à l’avenir, nuire aux agriculteurs, estime Véronique Chable :

« Le travail de sélection des semences montre qu’on peut pousser le végétal vers des conditions impressionnantes. Mais l’agriculture moderne a perdu ça de vue, elle ne repose pas du tout sur la capacité d’adaptation.

Or dans un contexte de changement rapide du climat et de l’environnement c’est quelque chose dont le monde agricole va avoir besoin. Il va falloir préserver non seulement les semences mais aussi les savoir-faire des agriculteurs, les deux vont ensemble. »

Pour partager ce savoir-faire, j’ai demandé à Pascal de m’expliquer comment il sélectionne et récolte ses semences. Voici ses conseils :

 

Les graines de Pascal Poot, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

  • « Il faut prendre le fruit le plus tard possible, si possible juste avant les premières gelées comme ça il aura vécu non seulement à la sécheresse de l’été mais aussi aux pluies de l’automne. »
  • « Les tomates, c’est tout à fait spécial. Quand on ouvre une tomate, les graines sont dans une sorte de gélatine, comme un blanc d’œuf. Cette gélatine empêche les graines de germer à l’intérieur du fruit, qui est chaud et humide. Les graines ne germent pas avant que cette gélatine ait pourri et fermenté. »
  • « Il faut donc faire fermenter les graines. Pour ça il faut ouvrir la tomate, extraire les graines et les laisser plusieurs heures dans leur jus, par exemple dans un saladier. Il va se produire une fermentation lactique. »
  • « Il faut surveiller la fermentation comme le lait sur le feu, ça peut durer entre 6 et 24 heures mais contrairement à ce qu’on dit, il ne faut pas attendre qu’une pellicule de moisissure apparaisse. On prend une graine on la pose sur la main, si on peut la déplacer avec l’index sans que la gélatine ne vienne avec la graine, c’est que c’est bon. »
  • « Ensuite on passe le tout dans une passoire à thé, on lave à l’eau et on met à sécher. Là on arrive à un taux de germination entre 98% et 100%. »
  • « Le poivron c’est différent, il faut juste laver les graines, les faire sécher sur un tamis très fin et les stocker. Pour le piment c’est la même chose mais ça devient dangereux parce que les graines brûlent, c’est très fort, ça passe même à travers les gants. Une fois j’ai récolté les graines d’un cageot de piments d’Espelette sans gant, j’ai dû passer la nuit avec les mains dans l’eau glacée ! »

 

Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

 

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