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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 21:46

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres

 

Emploi des femmes : austérité et loi Macron empirent la situation

 

Publié le 08/03/2015 à 10h57

 

 

 

 

Une mécanicienne répare une voiture dans un garage de Saint-Ouen-l’Aumone, le 14 mai 2014 (Fred Dufour/AFP)

L’accès des femmes à l’emploi est un enjeu majeur car il constitue une première condition à leur autonomie financière. En France, comme dans la plupart des États membres de l’Union européenne (UE), le taux d’emploi des femmes a augmenté. Il a fortement progressé depuis les années 60, et se situe aujourd’hui autour de 60% (pour les 15 à 64 ans), à un niveau comparable à la moyenne de l’UE.

Les pays du Nord comme le Danemark affichent des taux nettement plus élevés tandis que dans la plupart des pays du Sud, et notamment en Grèce, ces taux sont inférieurs à la moyenne. Dans les pays de l’Est, où les taux d’emploi des femmes étaient élevés pendant la période socialiste, ils ont, à l’inverse, diminué dans certains cas.

 

Inégalités persistantes

Mais, malgré la promotion de l’égalité salariale dès 1957 et l’intégration en 1997 d’un objectif d’égalité dans la stratégie européenne pour l’emploi, les inégalités hommes-femmes dans l’emploi persistent.

Il y a d’abord la « ségrégation horizontale » des emplois. Les femmes sont surreprésentées dans certains métiers (secrétaires, infirmières, aides-soignantes, agents d’entretien, etc) et secteurs d’activité (services, secteur public, grande distribution), tandis que d’autres restent l’apanage des hommes (policiers, pompiers, etc. et secteur industriel).

Ensuite, la « ségrégation verticale » : les femmes accèdent difficilement aux plus hautes responsabilités économiques et politiques, comme si elles en étaient empêchées par des obstacles invisibles, que les Anglo-Saxons désignent par le terme « plafond de verre ».

Que les femmes aient un niveau d’éducation aujourd’hui supérieur à celui des hommes n’empêche pas qu’elles soient surreprésentées dans les emplois non qualifiés ! Qu’elles aient des niveaux d’instruction très élevées n’empêche pas non plus qu’elles soient surexposées aux carrières ralenties – le « plancher collant » qui les empêche de gravir les échelons !

La ségrégation sexuée des emplois ne s’est guère atténuée et reste très marquée en France comme dans le reste de l’UE.

 

Précarité renouvelée

Enfin, les formes de précarité de l’emploi des femmes se sont renouvelées. Si dans de nombreux pays de l’UE l’emploi informel a reculé, le temps partiel, lui, a augmenté, surtout dans les emplois tertiaires où les femmes sont très présentes.

En France, près du tiers des femmes (30%) travaille aujourd’hui à temps partiel contre 7% des hommes, des chiffres très proches de la moyenne de l’UE (respectivement 32% et 9%). Au total, ces inégalités se traduisent par la persistance d’écarts de salaires importants. En France, le salaire horaire des femmes est inférieur de 15% à celui des hommes (16% en moyenne dans l’UE), mais l’écart de salaire mensuel avoisine les 25% en raison de la fréquence du temps partiel.

Et, à poste, secteur et carrière équivalents, il reste une part des différences salariales inexpliquée, elle est estimée à environ 8% en France.

 

Premières victimes de l’austérité

Les politiques d’égalité qui avaient accompagné la hausse des taux d’emploi sont aujourd’hui à la peine dans l’Union européenne. Du fait des règles budgétaires qu’elle s’est données, l’UE est piégée dans l’austérité.

De plus, les pays de la zone euro, faute de pouvoir dévaluer leur monnaie, optent souvent pour des politiques dites de dévaluation interne, de compression des salaires et de flexibilisation des emplois. Ils s’engagent donc, les uns après les autres, non seulement sur la voie de l’austérité mais aussi sur celle de la dérégulation du marché du travail.

Pour les femmes, c’est la double peine. Sur le front de la protection sociale d’abord, parce que leurs revenus dépendent davantage que ceux des hommes des transferts sociaux. Sur le front de l’emploi ensuite, parce qu’elles sont concentrées dans les secteurs les plus concernés par les mesures d’austérité (gel des salaires ou des recrutements dans le secteur public) et par la dérégulation de l’emploi (par exemple, les mini-jobs en Allemagne) dans les services.

 

Les politiques d’égalité n’empêchent pas les inégalités

L’austérité et l’égalité entre femmes et hommes ne font pas bon ménage. La France en fournit une bonne illustration. Les politiques d’égalité qui y sont menées depuis les années 80 n’ont pas empêché les inégalités de se perpétuer.

Alors que se construisait ce qu’il est convenu d’appeler un « féminisme d’État » (un ensemble d’institutions publiques chargées de faire progresser les droits des femmes et l’égalité), et que se mettait en place la loi Roudy du 13 juillet 1983 qui a marqué les politiques d’égalité professionnelle, la France prenait le tournant de la rigueur et d’une politique de l’emploi favorisant le temps partiel et la précarisation de l’emploi des femmes.

Les politiques publiques ont d’un côté encouragé – sans grand succès – les entreprises à agir en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, et de l’autre, porté – avec succès – une répartition inégalitaire des temps de travail.

 

Autant de femmes au Parlement qu’en Afghanistan

On retrouve depuis l’élection de François Hollande cette même tension entre une politique active de promotion de l’égalité entre femmes et hommes et des politiques d’austérité et de dérégulation du marché du travail aux effets inégalitaires.

D’un côté des progrès ont été accomplis sur l’égalité en politique, comme la parité entre ministres – même si beaucoup reste à faire, en particulier à l’Assemblée nationale où, malgré un record du nombre de femmes élues députées, avec près de 28% la parité est encore loin d’être atteinte, la France se situant au même niveau que l’Afghanistan et la Tunisie, et faisant moins bien que l’Algérie (32%).

 

Des lois économiques aux effets délétères

De l’autre, des lois porteuses d’effets inégalitaires continuent à être adoptées. Ainsi, si la loi du 14 juin 2013 sur la « sécurité de l’emploi » a défini un minimum de 24 heures hebdomadaires pour le temps partiel (en excluant de nombreux secteurs de l’obligation de s’y conformer), elle a flexibilisé et annualisé le temps partiel, le rendant plus attractif pour les employeurs.

Quant à la loi Macron sur la croissance économique et l’activité, elle prévoit dans le secteur du commerce l’extension du travail le dimanche, en soirée et de nuit, au risque de précariser davantage l’emploi des femmes qui sont majoritaires dans ce secteur.

La politique d’austérité et de réduction des déficits dans laquelle le gouvernement s’est résolument engagé comporte des effets plus délétères encore. Elle a ainsi entériné la poursuite de la réduction des effectifs et des gels de salaires dans la fonction publique où les femmes sont majoritaires : sur les 60 000 créations de postes d’enseignant/es annoncées, très peu ont vu le jour. Quant à la croissance du nombre de places en crèche, elle a été nettement moindre que prévu ; or l’insuffisance de l’offre d’accueil des jeunes enfants est un obstacle à l’emploi des mères.

 

Une politique d’affichage

Sortir les politiques européennes d’égalité entre femmes et hommes de l’impasse suppose d’en finir avec le pilotage par l’austérité, anti-démocratique et contraire au progrès social. Cela suppose aussi de cesser de faire de l’emploi une variable d’ajustement et de garantir la qualité des emplois (salaires minima, temps de travail).

Sinon, la politique d’égalité professionnelle risque de rester une politique d’affichage, impuissante face à la recomposition des inégalités entre femmes et hommes.

 

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres

 

 

 

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 21:30

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-claude-meyer

 

Manifestation pour la fermeture immédiate de la centrale nucléaire de Fessenheim

08 mars 2015 | Par Jean-Claude Meyer

 

 

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Près de 300 manifestants et activistes anti-nucléaires -dont un grand nombre d’allemands- ont défilé en début d’après-midi dans les rues de Strasbourg pour réclamer la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim, à l’arrêt depuis une semaine.

Il suffirait de ne pas redémarrer les deux réacteurs actuellement à l’arrêt.

http://la-feuille-de-chou.fr/archives/78068

 

 

 

Manifestation pour la fermeture immédiate de Fessenheim

7 mars 2015 Laisser un commentaire Par Durga

 

 

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Près de 300 manifestants et activistes anti-nucléaires -dont un grand nombre d’allemands- ont défilé en début d’après-midi dans les rues de Strasbourg pour réclamer la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim, à l’arrêt depuis une semaine.

Il suffirait de ne pas redémarrer les deux réacteurs actuellement à l’arrêt.

Diaporama
https://www.flickr.com/photos/79179163@N06/sets/72157651207504782/show

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Suite de l'article sur la-feuille-de-chou

 

 

Source : http://la-feuille-de-chou.fr

 

 

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 17:27

 

 

 

Ya Basta !

 

Le bilan de l’agriculture industrielle est catastrophique. Avec un rendement énergétique délirant elle nous fait payer cher :

des subventions agricoles, des amendes suite aux entorses aux règles environnementales.

des produits empoisonnés, sans valeur nutritive.

des soins nécessaires après cet empoisonnement quotidien

des ravages divers de l’environnement, disparition des espèces, pollutions, inondations, coulées de boues etc…

 

Absurde et mortifère, l’agriculture industrielle l’est aussi car elle détruit l’emploi, ruine les exploitants, désertifie les campagnes. Elle ne profite qu’à une minorité capitaliste ou quasi coloniale qui, tout en votant FN, a besoin de toujours plus d’esclaves immigrés, sans papiers, sans droits.

 

 

FNSEA, les terroristes c’est eux !

 

Ils ont ravagé les bocages, rasé les haies

Ils ont stérilisé la terre avec leurs engrais chimiques

Ils polluent la mer et les plages avec leurs lisiers

Ils assèchent les fleuves avec leur irrigation

Ils tuent tous les vivants avec leurs pesticides

Ils ont couvert la campagne avec leur maïs, et le veulent en plus OGM

Ils torturent les animaux, esclavagisent les hommes…

 

Consommateurs, contribuables ou citoyens du Monde c’est nous qui payons. Nous n’aurions pas droit de regard ?

 

 

Sous protection policière, les milices de la FNSEA, bras armé du lobby de l’agro business, assiègent la Zad de Sivens, multipliant les violences contre les opposants au barrage et au monde qui va avec, agressions de personnes et destructions de biens. Ne nous laissons pas intimider, ces soi disant paysans n’ont rien de respectable, ce sont tout simplement des fascistes.

 

La FNSEA assiège Sivens ? Assiégeons la FNSEA !

(pacifiquement, nous on est pas des brutes)

Mardi 10.03.2015, 14 h

Maison de l’agriculture 1120 Route de St Gilles

 

 

 

 

Agresser violemment son interlocuteur ne peut pas mener bien loin, sauf à la baston, c'est un fait...

L'appel à manifester devant la FNsea Mardi à 15 h n'y allait pas par quatre chemins. Loin de renier ce texte ("FNSEA", ci-joint) il a été jugé utile d'y adjoindre une "lettre ouverte" (jointe aussi) à rendre publique et/ou à diffuser comme tract.

Je la soumet aux zavis zéclairés du collectif...

...tout en rappellant que hier la Zad de Sivens à été évacuée manu militari par les GM, que 21 personnes ont été interpellées sous des motifs divers et fallacieux, qu'on leur a promis la sauvegarde de leurs biens et véhicules et que ceux ci ont été détruits sous l'oeil goguenard des gendarmes par les milices de la FNSEA locale. Tout "zadiste" sera désormais partout poursuivi à mort au moindre rassemblement de plus de un. Vive la démocratie!

Nous n'avons donc pas à nous excuser de les interpeller rudement mais bien plutôt à nous mobiliser d'urgence pour que le débat nécessaire (la Dette, la Dette, la Dette...) sur les grands projets imposés et inutiles ne soit pas ainsi systématiquement écrasés par d'obscurs miliciens type "Aube Dorée" instrumentalisés par la caste des oligarques mafieux qui nous gouvernent et qui nous démontrent ainsi très clairement l'usage qu'ils entendent faire de la vague FN qu'ils ont suscitée, par leur corruption étalée quotidiennement au grand jour, par leur clientélisme et leurs petits arrangements entre coquins, par leur soumission aux intérêts des financiers et des capitalistes, par une propagande et une désinformation incessante... Que le PS se fasse bouffer tout cru aux élections par la créature qu'il a suscité n'est qu'une inévitable conséquence d'une politique de gribouille apprenti sorcier.Y'aura bien un "Sarkozy" quelque part pour en profiter....et nous en refoutre une pelle sur la gueule et c'est bien ça finalement qui leur importe. Des connards type Macron ont un siège tout chaud qui les attends chez "Rotschild"...comme disait l'aut crétine: la vie, l'amour, le travail c'est précaire...

Comme cependant il n'y a pas systématiquement "les bons" (nous) et "les méchants" (eux), cette lettre ouverte est malgré tout une forme d'invitation au dialogue, sans grandes illusions cependant mais comme "en dernier recours". C'est bien trop pratique et réjouissant pour les "puissants", depuis leurs paradis fiscaux , de voir les "petits" se foutre sur la gueule dans l'enfer du réel.

A bien des égards la lutte de Sivens est exemplaire et elle dépasse désormais largement le cadre de l'ex verdoyante vallée du Tescou...que paraît-il les khmers verts auraient salopée en laissant pleins de détritus (cf "Le nettoyage a commencé", Le Point, l'Expresss, Le Figaro et Le Monde réunis... ). On se fout de nous, en long en large et en travers, je vous le dit, mais vous le savez très bien.

Indignez-vous! Zad partout!

Tina

 

 

 

Lettre ouverte :

FNsea, syndicat agricole ou bras armé du lobby agro industriel ?

 

Nous appelons aujourd’hui et dans les jours suivants à des rassemblements pacifiques devant tous les sièges de la Fnsea en réaction aux évènements violents ayant eu lieu dans le Tarn, contre les opposants au barrage de Sivens mais aussi sur l’attitude et les méthodes de ce syndicat dans divers dossiers de politique agricole et environnementale. L’impunité et le « deux poids, deux mesures » ont des limites dans ce qui est censé être un état de droit.

 

Nous demandons que la réalité des faits soit rétablie : s’il y a eu des actes assimilables à du terrorisme et des violences injustifiables elles ne sont en aucun cas le fait des zadistes qui, dans des conditions objectivement difficiles et sous une pression morale et physique constante tant de la part des forces de l’ordre que de véritables milices organisées, sont resté malgré tout lucides et résolument pacifiques. Il faut ici saluer leur courage.

 

Nous constatons que les violences réelles et concrètes ont été clairement commises sur des personnes et sur leurs biens avec la participation et le soutien actif des membres locaux de la Fnsea dans une intention délibérée d’intimidation et de tension, un mépris total affiché à l’encontre des militants écologistes et plus généralement de toutes personnes réclamant un débat contradictoire.

 

Nous constatons que cette stratégie injustifiable vise précisément à détourner l’attention de l’opinion publique des conditions dans lesquelles ont été prises les décisions de réaliser ce barrage, de son coût financier et environnemental, du très faible nombre des bénéficiaires réels. Elle vise aussi à cacher les responsabilités de la gendarmerie, des élus locaux et du gouvernement dans la mort de Rémi Fraisse et dans les nombreux cas de blessures subies par les opposants au barrage.

 

Nous rappelons aux « agriculteurs » qu’il est vain de continuer à nier devant l’opinion les ravages d’une agriculture industrielle qui nuit autant à l’homme qu’à la nature. Au titre de consommateurs, de contribuables ou tout simplement d’habitants de la Planète nous sommes nombreux à ne plus vouloir en supporter les coûts et les conséquences. Malgré une propagande incessante, de mieux en mieux informée, une part grandissante de la population refuse désormais d’être quotidiennement empoisonnée. Démocratiquement cela ne peut que conduire à des changements profonds auxquels le « monde agricole » devra bien se plier.

 

Mais le « monde agricole » tolère t-il encore le débat démocratique ? Est-il engagé pour le bien commun ou n’est-il que l’instrument clientéliste d’intérêts privés et particuliers, au service des lobbies et des multinationales ?

 

Nous demandons donc ici publiquement à la Fnsea du Gard de condamner clairement et fermement des méthodes qu’on ne peut que qualifier de fascistes et de venir répondre sans dérobades à de légitimes interrogations que nous ne sommes pas seuls à partager.

 

Les Indignés de Nîmes

 

 

 

 

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 20:39

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Fonds d'investissement: le scandale de trop

06 mars 2015 | Par Laurent Mauduit

 

 

Un fonds d'investissement a voulu révoquer la patronne d'une petite PME de l'Essonne qui rechignait à endetter son entreprise pour lui servir un gros dividende, avant de reculer par peur du scandale. Associé à d'autres investisseurs, il avait déjà tenté exactement le même coup de force le mois dernier contre une PME de la Sarthe.

 

Dans un pays civilisé comme la France, disposant de marchés financiers qui sont censés être surveillés et régulés, encadrés par les règles de l’État de droit, un fonds d’investissement peut-il tout à sa guise siphonner la trésorerie d’une entreprise, la pousser à s’endetter au-delà du raisonnable pour se servir à lui-même de remarquables dividendes, décapiter sa direction si elle est récalcitrante, et laisser la société exsangue, au risque de mettre en péril les emplois qu’elle a créés, et même de la pousser à la ruine ? Se comportant comme un actionnaire sans foi ni loi, ne cherchant que d’immenses profits sans se soucier le moins du monde de l’avenir de l’entreprise, ce même fonds d’investissement peut-il en outre répéter ce même type de sulfureuse opération à plusieurs reprises, sans que personne ne s’en offusque, sans que quiconque ne se mette en travers de sa route ?

Aussi choquant que cela soit, la réponse est oui : c’est ce que révèle l’histoire de Pragma, un fonds d’investissement connu sur la place de Paris, qui serait parvenu à ses fins si, par peur du scandale, il n'avait finalement renoncé à son projet, sachant que Mediapart s'apprêtait à en tenir une nouvelle fois la chronique. Une histoire qui, au-delà de ses péripéties particulières, vient confirmer à quel point le secteur des fonds d’investissement dispose d'un mode de surveillance et de régulation défaillant, au point d'apparaître parfois comme une véritable jungle, même si depuis moins d'un an une nouvelle directive européenne a renforcé la régulation de ce secteur. Par ricochet, ce nouveau scandale, un de plus, a plongé tout le secteur dans une crise qu’il va avoir du mal à surmonter, si des mesures énergiques ne sont pas prises.

Dans l’histoire de Pragma, ce qu’il y a, effectivement, de stupéfiant, c’est la répétition des péripéties scabreuses. En fait, tout se passe comme si cette société de gestion, financièrement très puissante – elle a 580 millions d’euros d’actifs, apportés en bonne partie par le géant du secteur, Axa Private Equity – avait mis au point un mode opératoire qu’elle applique à toutes les entreprises dans lesquelles elle investit, toujours dans le même but : les forcer à s’endetter dans des proportions inimaginables pour lui servir de gigantesques dividendes, et évincer brutalement les PDG des PME concernées, si d’aventure ils sont trop attachés aux intérêts de leur entreprise et se montrent récalcitrants.

Voyons donc la dernière histoire en date, celle qui vient d'arriver à une petite PME d’Athis-Mons (Essonne), dénommée Furnotel, qui emploie quelque 110 salariés et qui est spécialisée dans l’importation et la distribution d’équipements pour l’hôtellerie et la restauration (cuisson, lavage, froid, petit matériel électrique, vitrines…). Au début, rien que de très banal : entreprise familiale, Furnotel passe de génération en génération, tout en se développant et en restant exceptionnellement prospère. Mais en 2011, l’entreprise négocie un grand virage : la famille, qui a pour figure de proue Christine Cottard, cherche à remplacer l’actionnaire historique avec lequel elle s’était alliée et veut elle-même renforcer son contrôle sur la société, pour engager une nouvelle phase de développement.

Christine Cottard

Christine Cottard

À l’époque, aidée par ses conseils, Christine Cottard, qui travaille dans l’entreprise depuis presque 25 ans, démarche donc des fonds d’investissement parisiens pour en trouver un qui serait disposé à investir dans l’entreprise familiale. Un premier fonds parisien est ainsi approché, dénommé Atria – il est depuis passé sous le contrôle de Natixis et a été rebaptisé Naxicap. Mais ce dernier ne donne pas suite et suggère à son interlocutrice de se rapprocher d’un autre fonds ami, dénommé Pragma, dont il lui présente deux des responsables : le président du directoire Jean-Pierre Créange et l’un des principaux associés Christophe Ramoisy (ici leur biographie). Et c’est ainsi que le 26 juillet 2011, la famille des fondateurs signe un pacte d’actionnaires avec Pragma. Aux termes de ce pacte, Christine Cottard devient PDG de l’entreprise, et la famille des fondateurs qu’elle représente fait passer sa participation dans Furnotel de 17 % à 25 % du capital, tandis que le fonds d’investissement met sur la table 13,9 millions d’euros pour prendre le contrôle de 75 % du capital.

Travailleuse acharnée et passionnée, habitée par l’histoire de l’entreprise familiale au point de ne presque jamais prendre de vacances, Christine Cottard n’ignore sans doute pas le risque (ou le pari) qu’elle prend en faisant entrer un fonds d’investissement à son capital : il ne va pas falloir ménager sa peine, pour désendetter progressivement l’entreprise, reconstituer sa trésorerie, puis ultérieurement essayer de la développer en croquant des sociétés complémentaires, avant enfin de payer son dû au fonds, soit sans doute une bonne quarantaine de millions d’euros, à l’horizon de 2016 ou 2017. Car ainsi sont les fonds d’investissement : quand, au bout de cinq à sept ans, ils se retirent de la société dans laquelle ils ont investi, ils espèrent faire la culbute, et gagner 2 à 2,5 fois leur mise initiale.

Pragma, lui, est particulièrement gourmand et fait donc comprendre dès 2011 que lorsqu’il sortira de Furnotel, il entend se mettre dans la poche non pas 2 fois ou 2,5 fois sa mise initiale – ce qui est déjà énorme – mais… 3 fois ! Tout cela, Christine Cottard ne l’ignore pas, mais puisque c’est la règle du jeu fixée en toute transparence dès le début de son alliance avec Pragma qu’elle a elle-même acceptée, elle s’y soumet de bonne grâce. Et pendant près de trois ans, elle n’a aucune raison de s’en plaindre puisque le fonds joue le jeu, tandis qu’elle-même arrive à réaliser ce qui était la première étape de son plan : désendetter progressivement l’entreprise et reconstituer sa trésorerie. En bref, jusqu’au début de 2014, tout le monde y trouve son compte. Tout au long de ces trois années, l’excédent brut d’exploitation dépasse à chaque fois 6 millions d’euros et la dette s’effondre de 15,4 millions d’euros en 2010 à 2,4 millions en 2013.

22 millions de dette, 16,4 millions en dividendes

Durant toutes ces années, Christine Cottard a d’autant moins de raisons de s’inquiéter que, pour être sous la tutelle d’un fonds d’investissement, elle n’en est pas moins protégée depuis 2011 par une clause très solide : seule une assemblée extraordinaire peut prononcer sa révocation ; et une telle assemblée, elle est la seule statutairement, en sa qualité de présidente, à pouvoir la convoquer.

Mais voilà ! Au début de 2014, les dirigeants de Pragma demandent d'abord à Christine Cottard d’embaucher un nouveau directeur général qu’ils ont choisi, ce qu’elle accepte sans se douter que le nouvel arrivant aura la fonction bientôt… de s’asseoir dans son fauteuil ! Et puis, en mars 2014, l’histoire déraille. Soudainement, les dirigeants de Pragma font savoir à Christine Cottard qu’ils attendent d’elle qu’elle endette l’entreprise de 20 millions d’euros pour leur servir un dividende considérable. Le désendettement de l’entreprise et la reconstitution de sa trésorerie ont-ils eu pour effet d’aiguiser les appétits du fonds, qui d’un seul coup a l’envie de faire une première culbute plus tôt que prévu, bien avant l’échéance de 2016 ou 2017 ? En tout cas, c’est pour Christine Cottard un véritablement tremblement de terre, car du même coup, elle comprend bien que si elle accepte l’opération, les projets de développement externe qu’elle a pour l’entreprise vont s’évanouir. Et les possibilités de racheter les parts du fonds à sa sortie vont être extraordinairement plus difficiles. En clair, la PME, qui est très prospère, risque d’en sortir financièrement exsangue.

Mais puisque Pragma contrôle 75 % du capital, que faire d’autre ? Christine Cottard peut juste dire aux dirigeants du fonds – et elle ne s’en prive pas – sa stupéfaction et son inquiétude. Pour finir, Pragma fait donc un geste – infime : au lieu de demander que l’entreprise creuse de nouveau son endettement de 25 millions d’euros, les dirigeants abaissent leurs prétentions à seulement 22 millions d’euros.

Intitulé « Présentation Pragma aux banques avril 20014 », un document réalisé avec le concours de la banque Lazard résume l’opération : on peut le télécharger ici. Et voici ci-dessous, extrait de la page 5, le tableau qui résume l’opération :

Comme on le voit dans ce document, le projet de Pragma est donc bel et bien de faire souscrire par l’entreprise une « nouvelle dette » de 22 millions d’euros, cette somme permettant de servir des dividendes aux actionnaires à hauteur de 16,4 millions d’euros – il s’agit dans le tableau de la ligne « Remboursement OC/ADP ». En clair, dans ce montage, Pragma, actionnaire à 75 %, espère empocher 12,3 millions d’euros, la famille Cottard percevant le solde, soit 4,1 millions d’euros. Autrement dit, Pragma, qui a déboursé 13,9 millions d’euros en 2011 pour prendre le contrôle de la société, peut espérer à peine trois ans plus tard récupérer quasi intégralement sa mise, avant de pouvoir faire deux ou trois ans plus tard une autre formidable culbute, lors de la revente de ses parts. Un formidable jackpot !

Ce projet de « dividend recap », comme on dit dans le sabir financier anglo-saxon – en clair, de recapitalisation en vue du versement d’un dividende exceptionnel – est donc présenté aux banques de la PME. Celles-ci rechignent un peu, trouvant le projet scabreux, mais finissent par donner leur accord, à deux conditions – qui rassurent un peu Christine Cottard mais pas le fonds d’investissement : elles demandent que le projet soit encore raboté, pour ne plus porter que sur 18 millions d’euros ; et elles exigent qu’il soit assorti d’une clause dite « homme clef » (ou plutôt, dans le cas présent, « femme clef »), aux termes de laquelle le prêt bancaire est aussitôt exigible si l’un des cas de figure suivant survient : « Le Manager cesse d’assurer ses fonctions de Président au sein du Groupe, suite à démission, révocation ou licenciement. »

En quelque sorte, les banques savent que la mémoire et le dynamisme de la PME reposent en partie sur les épaules de celle qui la dirige ; et ils se défient du fonds d’investissement.

Ce nouveau projet portant sur 18 millions d’euros d’endettement peut être téléchargé ici. Et voici, ci-dessous, le tableau qui résume l’opération :

Dans ce schéma, on constate que la dette nouvelle serait donc bel et bien de seulement 18 millions d’euros, et le montant du dividende légèrement abaissé à 10,8 millions d’euros, à partager aux trois quarts pour Pragma et un quart pour Christine Cottard et sa famille.

Les précautions que prennent les banques finissent-elles donc par exaspérer le fonds d’investissement, qui ne parvient pas à faire selon son bon plaisir ? Cela en a tout l’air puisque, après avoir déporté de longues semaines l’attention de la PME sur ses seuls appétits financiers, la contraignant à négliger les problèmes industriels et commerciaux de l'entreprise, Pragma finit par jeter l’éponge et annonce au début du mois de mai 2014 qu’il renonce finalement au réendettement de 18 millions d’euros. Et à l’époque, les dirigeants de la société de gestion ne font pas mystère que c’est la clause « homme clef » qui les agace et les a convaincus de renoncer à leur projet.

À l’intérieur même de Pragma, cela est d’ailleurs connu de tous les associés : Christine Cottard, qui a eu l’impertinence de se mettre en travers de ce versement de dividendes, est désormais sur un siège éjectable, et la société de gestion la débarquera dès qu'elle en aura la possibilité. C’est tellement un secret de polichinelle qu’un associé de Pragma, qui ne goûte guère les mauvaises manières de sa propre maison – Mediapart dispose d’un témoignage très précis, téléphone un jour secrètement à la dirigeante de Furnotel, qui ne se doute de rien, pour l’alerter : « Attention ! Christine. Ils veulent te débarquer et racheter tes parts à la casse… »

Le même scénario à FPEE et à Furnotel

Sans prendre l’alerte totalement au sérieux, Christine Cottard comprend au début de l’été que le fonds d’investissement veut de l’argent et qu’une solution pourrait être que le fonds d’investissement sorte plus tôt que prévu. À l’occasion d’un conseil de surveillance, les dirigeants de Pragma et de Furnotel ont donc un échange sur ce thème. Pragma semble hésiter : d’abord, la réponse est oui, puis très vite non. Christine Cottard fait donc une première offre au fonds, lui proposant de lui racheter ses parts pour 28 millions d’euros, soit le double de sa mise initiale, le tout agrémenté de conditions de sortie avantageuses.

L’été 2014 avance, et toujours pas de réponse de Pragma. Christine Cottard améliore un peu son offre, qu’elle transmet à Pragma le 19 septembre. Toujours pas de réponse !…

C’est finalement le 21 octobre 2014 que l’histoire – qui était sans doute écrite depuis longtemps – connaît son épilogue. Ce jour-là se tient une assemblée de Furnosem, la holding de tête de Furnotel. En ouverture de la séance, le nouveau cabinet d’avocats fiscalistes, Dechert, avec lequel Pragma a demandé à l’entreprise de travailler, fait signer une masse de documents à Christine Cottard. Comme il s’agit de paperasseries sans importance, l’intéressée signe à tour de bras, sans se rendre compte qu’au passage elle ratifie, glissée dans la masse, une disposition qui modifie les règles de gouvernance de la société et qui fait tomber la clause la protégeant, celle qui réserve à la présidente le pouvoir de convoquer une assemblée pour la révoquer.

À peine a-t-elle commis la bourde que tout se précipite. Le dirigeant de Pragma, Jean-Pierre Créhange, finit de parapher ses propres documents et s’approche d’elle. Et, après lui avoir remis un document confirmant le refus de l’offre du 19 septembre, il ajoute : « Ah ! Au fait… Christine, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : vous êtes révoquée ! »

Dans les jours qui suivent, c’est la stupeur et l’indignation au sein de l’entreprise. Salariés, fournisseurs, client : Christine Cottard reçoit des messages innombrables de soutien. Ce qui la convainc de ne pas baisser les bras. Dans les semaines qui suivent, elle fait donc une nouvelle offre au fonds d’investissement : 36,5 millions d’euros ! Mais elle comprend vite que c’est peine perdue : le fonds avait manigancé depuis longtemps son éviction et ne sera pas disposé à revenir sur son coup de force. C’est alors devant les tribunaux que l’affaire se joue : Christine Cottard engage deux recours, dont un notamment pour contester la régularité de son éviction.

C’est donc cette affaire Furnotel qui risque de créer un séisme dans le monde des fonds d’investissement français – séisme ayant conduit à un ultime rebondissement, que nous allons voir dans un instant. De prime abord, cela peut surprendre : même si l’affaire est choquante, on peut légitimement se demander comment le sort d’une si petite société, qui ne brasse que quelques dizaines de millions d’euros, peut être de nature à ébranler un secteur financier aussi puissant que celui dit du « private equity », ou si l’on préfère du « capital-investissement » (en clair, l’investissement dans les sociétés non cotées), qui a été capable d’investir 6,5 milliards d’euros en 2013 dans l’économie française et de lever 8,2 milliards d'euros auprès d’investisseurs ? C’est qu’en fait cette affaire Furnotel n’est effectivement pas la première. Pis que cela ! Au détail près, elle est la répétition d’un autre scandale qui vient tout juste de se dérouler dans la Sarthe, et que Mediapart avait révélé.

Oui, la répétition au détail près ! Que l’on se souvienne de cette affaire qui a emporté voici à peine quelques jours dans la tourmente une PME un peu plus grosse, dénommée FPEE (lire Les mésaventures d’une PME dépecée par trois fonds vautours). Elle s’est déroulée exactement sur le même scénario, à l’initiative de trois fonds d’investissement : le même fonds Pragma, associé à deux autres, Naxicap (une filiale de Natixis, qui se dénommait auparavant Atria) et Equistone. La ressemblance entre les deux affaires est si troublante qu’on en vient même à penser que Pragma dispose d’une sorte de feuille de route qu’il applique en toutes circonstances de la même manière, pour siphonner les richesses des PME dans lesquelles il investit et évincer les PDG récalcitrants.

À FPEE aussi, les trois fonds d’investissement ont fait embaucher au début de l’histoire un nouveau directeur général, pour l'installer comme patron après leur coup de force ; à FPEE également, ils ont demandé la mise en place d’une opération de « dividend recap » (en l’occurrence, 200 millions d’euros d’endettement complémentaire en vue du versement d’un dividende de 133 millions d’euros) ; à FPEE aussi, ils ont décapité la direction de l’entreprise, qui ne se montrait guère enthousiaste. À ce jour, la seule différence entre FPEE et Furnotel, c’est l’épilogue de l’histoire, car dans le premier cas la révélation de l’affaire par Mediapart a déclenché une telle émotion dans le département, que les trois fonds d’investissement ont été contraints de jeter l’éponge (lire Les trois fonds vautours qui voulaient dépecer une PME mordent la poussière).

L’histoire est même encore plus troublante que cela car deux de ces fonds, Atria et Pragma, avaient déjà fait parler d’eux, deux ans auparavant, dans une autre affaire, également révélée par Mediapart. Et si ces deux fonds avaient fait l’objet de controverses, c’est à cause de jongleries financières qu’ils avaient réalisées au détriment d’une société dénommée… FPEE !

Cette autre histoire, qui concerne aussi FPEE, nous en avions déjà raconté les premiers balbutiements, que l’on peut retrouver ici, dans ces différentes enquêtes :

Pragma mis en cause dans trois affaires successives

Nous racontions dans quelles conditions Atria avait reclassé d’un premier fonds détenu par lui, dénommé APEF1, vers un autre fonds lui appartenant également, dénommé APEF3, ses parts dans FPEE. Or ce type d’opération de reclassement, qui peut générer une forte plus-value, n’est autorisé que si l’opération de rachat par le deuxième acquéreur ne se fait pas à un prix excessif, qui puisse nuire à un actionnaire minoritaire de ce même fonds acquéreur. Pour se plier à cette obligation, Atria s'est vendu à lui-même sa participation dans FPEE en association avec un investisseur tiers supposé indépendant, et cette opération lui a permis de réaliser une première plus-value considérable : déboursant 12 millions d'euros en 2003, lors de son entrée dans FPEE, Atria en est sorti ensuite en 2010 avec 60 millions en poche.

Or, à l’époque, un autre fonds dénommé Massena, détenant des parts dans le fonds APEF3, avait précisément fait grief à Atria de se vendre à lui-même à un prix trop élevé l’actif qu’il détenait dans APEF1 et de réaliser ainsi une considérable plus-value, en partie sur le dos des actionnaires minoritaires de APEF3. Atria avait répliqué à ces critiques, faisant valoir que la loi autorise ce genre d’opération à la condition précisément qu’un investisseur tiers indépendant participe au rachat de l’actif. De la sorte, cela donne l’assurance que l'opération ne se fait pas à un prix surévalué. Ce qui était précisément la procédure qu’avait choisie Atria.

Mais Mediapart avait révélé à l'époque l’entourloupe : l’investisseur tiers qui avait participé au rachat des parts de FPEE aux côtés du fonds APEF3, et qui était supposé garantir la sincérité du prix détenu par Atria, avait été secrètement intéressé au « carried interest » obtenu par le fonds vendeur APEF1, détenu par Atria. Le « carried interest », c’est le mode de rémunération des sociétés de gestion qui s'occupent des avoirs financiers que des investisseurs leur confient pour investir dans des PME. En règle générale, le « carried interest » est équivalent à près de 20 % des plus-values que les sociétés de gestion font réaliser aux investisseurs qui leur font confiance.

Or, quel est l’investisseur tiers qui avait épaulé Atria dans le rachat de FPEE et qui était supposé garantir la sincérité du prix ? Nous y voilà : c’est Pragma. Le même Pragma que l'on retrouve ensuite dans le scandale FPEE de ces dernières semaines, associé à Naxicap-Atria et Equistone, puis dans celui de Furnotel…

On comprend donc pourquoi l’affaire de la toute petite PME Furnotel peut ébranler le monde immensément puissant du « private equity » : c’est en vérité le troisième scandale qui se produit, avec à chaque fois un même acteur, Pragma, seul ou en association avec d’autres. Par la force des choses, l’affaire Furnotel va donc relancer un vieux débat : si un même fonds d’investissement peut se comporter de la sorte à plusieurs reprises, n’est-ce pas la démonstration par l’absurde que le secteur des fonds d’investissement est peu ou mal régulé ? N’est-ce pas la preuve qu’il faut revoir ou améliorer cette régulation, et éventuellement le système de sanctions ?

Quand on pose la question à Michel Chabanel, le président de l’Afic (l’une des deux associations qui regroupent en France les sociétés de gestion), il fait valoir, en défense, une cascade d’arguments. Primo, suggère-t-il, il faut veiller à ne pas perdre de vue que les fonds d’investissement jouent un rôle majeur dans le financement des entreprises et notamment des PME (ici, les chiffres clés du capital-investissement). Il faut donc se garder de leur faire des procès faciles de manière indistincte. Deuxio, il insiste sur le fait que les sociétés de gestion sont placées en réalité sous une double surveillance : d’abord, sous la surveillance de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui a le pouvoir de donner ou de retirer son agrément aux sociétés de gestion. Et de surcroît, l’Afic s’est elle-même dotée d’une charte de déontologie à laquelle tous ses adhérents doivent obligatoirement souscrire, et d’une commission disciplinaire qui peut prononcer quatre type de sanctions : l’avertissement, le blâme, la suspension provisoire et la suspension définitive – laquelle suspension définitive équivaut à un arrêt de mort, puisqu’elle entraîne ipso facto un retrait de l’agrément de l’AMF.

Michel Chabanel fait donc valoir que l’Afic, par son propre système de sanction, se montre vertueuse et s’applique à faire elle-même la police. Dans une déclaration à Mediapart dont on trouvera la version intégrale sous l'onglet « Prolonger » associé à cet article, il nous a en particulier fait ces observations : « Au travers de la charte de l’AFIC, la profession veut faire du Capital Investissement un métier engagé sur le plan éthique et déontologique. La Commission de déontologie qui veille au respect du code de déontologie peut être saisie par toute personne ayant connaissance de faits de nature à constituer une violation des principes déontologiques. La Commission a un pouvoir de sanction (avertissement, blâme, suspension temporaire et radiation) à l’encontre des membres concernés. Afin d’assurer l’indépendance et la crédibilité de la commission, la formation disciplinaire est présidée par une personnalité qualifiée extérieure au capital-investissement (aujourd’hui un ancien magistrat) et la saisine de la commission est confidentielle, ni le Bureau ni le Président ne sont au courant. »

Ancien président de l’Afic, et figure connue du « private equity » français, le patron d’Eurazeo Patrick Sayer va dans le même sens et observe que si les sanctions prononcées par la commission ad hoc de l’association restent confidentielles – « Je ne suis pas partisan des autodafés publics », dit-il –, elles ont un effet indiscutable : « Quand un fonds lève de l’argent auprès de ses investisseurs, il doit dire s’il a fait l’objet de sanctions, et il ne peut évidemment pas travestir la vérité. » De surcroît, fait-il valoir, la confidentialité des sanctions prononcées par l’Afic est relative puisque si « des pratiques sortent du cadre autorisé par la loi, des recours sont possibles devant les tribunaux, et tout devient alors public ».

Le système de régulation et de sanction n’est pourtant pas exempt de critiques, et Patrick Sayer n’en disconvient pas : « Il y avait, quand j’étais président de l’Afic, des trous dans la raquette », admet-il. Et il en cite un exemple : si la loi fait obligation à une société de gestion d’adhérer à une association professionnelle, toutes les associations du secteur ne disposent par exemple pas de commission disciplinaire. Cela a par exemple été longtemps le cas de l’Association française de gestion (AFG), à laquelle les sociétés de gestion peuvent aussi adhérer.

Les fonds sous la menace d'une directive européenne

Pourtant, l’histoire même de Pragma établit que les failles dans la régulation des fonds d’investissement sont plus grandes que ce que l’Afic ne veut bien admettre. À preuve, quand Massena a dénoncé les galipettes financières auxquelles procédaient Atria et Pragma, en 2011, la commission de déontologie de l’Afic s’est bel et bien saisie du dossier. Et elle a fini par rendre des sanctions, mais selon le règlement discutable de l’Afic, celles-ci sont restées confidentielles. Ce qui suscite une première interrogation : une sanction est-elle vraiment dissuasive lorsqu’elle reste secrète ? Et le principe démocratique de la transparence en matière de décision de justice ou de régulation ne devrait-il pas l'emporter sur celui du secret des affaires ?

Mais on a tout de même finit par connaître ces sanctions, car Massena a intenté un procès à l’Afic devant le tribunal de grande instance de Paris. Et on a alors eu la stupéfaction d’apprendre quelles avaient été les sanctions dans la première des affaires : soupçonné d’avoir informé Mediapart et d’avoir rompu la confidentialité qui est la première règle de la déontologie de l'Afic, Massena est le fonds qui avait écopé de la sanction la plus grave, le blâme, tandis que Pragma et Atria avaient eu la sanction la plus légère, l’avertissement. En résumé, le fonds vertueux qui avait dénoncé une mauvaise pratique financière avait été plus lourdement sanctionné que les auteurs de cette même galipette financière. Incompréhensible autant que choquant ! Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs dirigeants d'importantes sociétés de gestion ont admis à Mediapart que cette décision était incompréhensible et avait créé un traumatisme dans la profession qui n'était toujours pas surmonté.

Et le plus surprenant, c’est que la justice avait elle-même ratifié cette invraisemblable jurisprudence, en déboutant Massena de ses demandes, dans un jugement que l’on peut consulter ci-dessous :

La justice deboute Massena by Laurent MAUDUIT

 

 

 

 

 

 

Dans les attendus du jugement, on peut donc vérifier qu’il est fait grief à Massena d’avoir été à l’origine de la première enquête de Mediapart sur Atria et Pragma : Enquête dans la jungle des fonds d'investissement.

Dans la galaxie complexe des fonds d’investissement, il en est de nombreux qui sont indignés par les pratiques de certains de leurs collègues, révélées par Mediapart, et qui redoutent les effets collatéraux que pourraient susciter toutes ces affaires. Depuis quelques jours, les lignes ont commencé à bouger ; et de grands noms du secteur du capital-investissement ont fait comprendre à l'Afic qu'elle devait prendre la mesure des événements et sortir de son ronron habituel. Résultat : bousculé, le bureau de l'Afic a adressé le 19 février dernier à tous ses adhérents, au lendemain du scandale FPEE, un courriel (que l'on peut lire dans sa version intégrale sous l'onglet « Prolonger » associé à cet article), se concluant par cette mise en garde : « L’AFIC se doit de veiller à l’éthique de la profession, eu égard à notre responsabilité sociale vis-à-vis des entreprises dans lesquelles nous investissons, et aussi vis-à-vis de nos clients investisseurs. » « Notre responsabilité sociale vis-à-vis des entreprises dans lesquelles nous investissons » : en termes diplomatiques, cela sonne comme une sérieuse remontrance à l'encontre de Pragma ! Autrefois prompt à dénoncer une presse qui ne comprendrait pas les problématiques du financement des entreprises et qui jetterait l'opprobre un peu trop facilement sur les fonds d'investissement, la profession commence à comprendre que cette ligne de défense est en train de craquer.

En somme, tout le milieu du « private equity » français commence à pressentir que les scandales à répétition déclenchés par Pragma menacent de jeter un discrédit sur toute la profession, et soulèvent une question décisive : si après l’affaire Massena, puis l’affaire FPEE, il y a maintenant l’affaire Furnotel, n’est-ce pas la preuve que la régulation – au moins celle de l'Afic – est toujours défaillante ? La réponse coule de source : pour l’heure, le secret et très modeste avertissement que Pragma a reçu ne l’a visiblement pas dissuadé de faire fortune sur le dos de belles PME et de les mettre sens dessus dessous.

Cette prise de conscience a donc conduit à l'ultime rebondissement que nous évoquions tout à l’heure. Inquiets de tout le brouhaha que l’enquête de Mediapart suscitait dans leur milieu professionnel avant même sa mise en ligne, bousculés par quelques figures connues du « private equity », dont le patron d’Eurazéo qui a tempêté dans les coulisses, les dirigeants de Pragma ont finalement compris qu’il était préférable de jeter le gant. Plus subtil que les autres associés de sa maison, le président du conseil de surveillance, Gilles Gramat, qui ignorait jusque-là tout du dossier, s’en est donc saisi en catastrophe jeudi 5 mars en fin de journée, et dans la nuit suivante, ce vendredi à 5 heures du matin, il a bouclé un accord avec Christine Cottard au terme duquel celle-ci et sa famille rachètent la totalité des parts du fonds d’investissement. On peut consulter ici le communiqué de presse qui consacre la défaite cinglante de Pragma.

Dans un communiqué publié dans les commentaires, sous cette enquête, quelques heures après sa mise en ligne, Pragma conteste notre présentation de l'histoire. Voici ses observations: « Le requisitoire violemment polémique de Mediapart nous contraint à deux immédiates réactions: 1- la recap bancaire a été négociée par madame Cottard et non par Pragma; elle n'avait pat pas pour objet de permettre à Pragma de se faire verser de gros dividendes prélevés sur les bénéfices de l'entreprise mais de rembourser des dettes (les OC/ADP) au taux de 10% par un emprunt bancaire au taux de 4% l'an; 2 - les accords de cession de la participation de Pragma à mad.Cottard n'ont pas été négociés en une nuit mais en plusieurs mois. Nous comprenons le leger embarras de Médiapart mais le dossier Furnotel est aujourd'hui une non-affaire.»

De toutes ces affaires, les milieux français du « private equity » vont, quoiqu'il en soit, devoir maintenant tirer les leçons. Car ces crises à répétition viennent confirmer que les milieux financiers français n’ont pas encore pris une claire conscience que depuis la crise financière et la crise Madoff, ils vivent dans un nouvel environnement juridique et réglementaire. C’est ce que l’on fait valoir à l’Autorité des marchés financiers (AMF).

À l’AMF, on insiste en effet sur le fait qu’il n’y a pas de « régulation partagée » ou de « corégulation ». Une association comme l’Afic peut parfaitement se doter d’un code de déontologie et d’une instance disciplinaire, mais pour autant, l’AMF ne renonce en aucun cas à son pouvoir de régulation et de sanction, qui s’exerce aussi dans le champ du « private equity ». De surcroît, l’AMF fait valoir que la régulation s’est considérablement renforcée, notamment avec la directive européenne du 8 juin 2011 qui concerne les gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs (FIA), c’est-à-dire des fonds alternatifs aux fonds « classiques », ce qui englobe l’immobilier, le « private equity » ainsi que les hedge funds.

Voici cette directive :

La directive sur les fonds alternatifs by Laurent MAUDUIT

 

 

Or, à l’article 30 de cette directive, il est prévu une clause très stricte qui interdit pendant vingt-quatre mois des « démembrements d’actifs ». Lisons : « Les États membres exigent que, lorsqu’un FIA acquiert, soit individuellement, soit conjointement, le contrôle d’une société non cotée ou d’un émetteur (…), le gestionnaire qui gère un tel FIA, pendant une période de vingt-quatre mois suivant l’acquisition du contrôle de la société par le FIA : a) ne soit pas autorisé à faciliter, à soutenir ou à ordonner la distribution, la réduction de capital, le rachat d’actions et/ou l’acquisition de ses propres actions par la société. »

Et cette directive a été transposée en droit français récemment, par un décret en date du 14 mai 2014 : on peut le consulter ici.

En clair, la loi de la jungle, c’est fini ! Sans doute Pragma, et ses associés de Naxicap-Atria et Equistone, ne l’avaient-il pas encore compris…

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 20:23

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Areva : l’addition hors de prix des errements des nucléocrates

05 mars 2015 | Par martine orange

 

 

 

Le groupe nucléaire a annoncé 4,8 milliards d’euros de pertes en 2014. Un plan de restructuration, assorti de milliers de suppression d’emplois, est prévu pour sortir Areva de la faillite. Ce bilan est la chronique d’un naufrage annoncé de longue date. Osera-t-on pour une fois demander des comptes aux vrais responsables de ce désastre ?

 

D’une certaine façon, Areva est mort. Treize ans après sa création, le groupe nucléaire vient de se fracasser sur les écueils de ses erreurs et de ses pertes. Même s’il survit, même s’il conserve son nom et une partie de ses activités, le groupe ne sera jamais plus comme avant. L’annonce de 4,8 milliards d’euros de pertes, annoncées mercredi 4 mars – qui viennent s’ajouter aux 500 millions d’euros perdus en 2013, aux 2,4 milliards d’euros perdus en 2011 –, tire un trait définitif sur ses ambitions de devenir l’acteur incontournable du nucléaire dans le monde.

En dépit d’éditoriaux consternés, ce désastre industriel et financier n’est une surprise que pour ceux qui ne voulaient pas voir. L’histoire d’Areva tient de la chronique d’une catastrophe annoncée. Ce n’est pas la catastrophe de Fukushima, suivie par un nouveau grand hiver nucléaire qui est à l’origine des déboires d’Areva. Ce retournement de cycle n’a fait que mettre en exergue des problèmes internes antérieurs.

 

Philippe Knoche, président d'Areva

Philippe Knoche, président d'Areva © Reuters

 

Depuis 2007, Areva ne dégageait plus de cash-flow opérationnel positif. En d’autres termes, le groupe, détenu à 87 % par le CEA et l’État, ne cessait de consommer de l’argent pour poursuivre son activité. Dès 2009, tous les signaux de graves dérapages tant industriels que financiers et stratégiques s’accumulaient. Mais de l’Élysée à Bercy en passant par le conseil de surveillance ou les commissaires aux comptes, tous, jouant de leur complicité de corps – des finances ou des mines –, de l’entregent politique, ont préféré fermer les yeux.

Dès cette période, les personnes connaissant le dossier ne se faisaient plus d’illusion : l’EPR, le nouveau réacteur nucléaire censé être au cœur de la stratégie d’Areva, était en train de tourner au fiasco (voir notre article EPR : enquête sur un fiasco industriel). Il n’y avait pas seulement le chantier finlandais dOlkiluoto, qui avait pour alibi d’être un prototype, qui posait problème. Mais Areva rencontrait aussi des difficultés sur le chantier de Flamanville et dans une moindre mesure en Chine.

Tous ces problèmes, longtemps cachés sous le tapis, finissent par ressortir aujourd’hui dans les comptes. Le groupe a comptabilisé pour 1,4 milliard d’euros de dépréciations sur ses actifs nucléaires et plus d’un milliard de pertes pour la terminaison de ces trois chantiers EPR. Le chantier finlandais, à lui seul, coûte 720 millions d’euros de pertes supplémentaires en 2014. L’addition finlandaise s’élève déjà à plus de 8 milliards d’euros, alors que le projet avait été vendu à 3,5 milliards. Et ce n’est pas fini. L’EPR ne devrait être livré qu’en 2018. « Chaque année de retard coûte 400 millions d’euros à Areva », explique un ancien salarié du groupe.

Sans atteindre de telles proportions, le chantier de Flamanville prend lui aussi des allures inquiétantes. De report en report, l’EPR, qui devait démarrer en 2012, ne devrait désormais entrer en service qu’en 2017. Le coût du chantier dépasse les 8,5 milliards d’euros, trois fois plus que celui qui était prévu à l’origine. Le prix du mégawattheure (MWh), estimé au départ autour de 46 euros, dépasse désormais les 116 euros. « L’EPR, tel qu’il est conçu actuellement, ne sera jamais rentable », confie un connaisseur du dossier.

La volonté de cultiver une indépendance ombrageuse, soigneusement mise en scène par l’ancienne présidente du groupe, Anne Lauvergeon, à coups de communication tapageuse, de bagarres et de complots médiatisés, l’implication d’un management qui avait tout couvert, le silence politique entretenu autour « d’une des vitrines technologiques françaises », ont empêché pendant longtemps de prendre la mesure des difficultés. Ce n’est qu’à partir de 2013, une fois que les relations entre Areva et son principal client EDF ont trouvé à s’apaiser, que les deux groupes ont commencé à retravailler ensemble et reprendre le dossier EPR depuis le début. Combien de millions voire de milliards perdus pour la défense de prés carrés, ou le ménagement des égos ?

Pendant ce temps, Areva s’est épuisé financièrement à donner le change. Tous les expédients ont été utilisés pour masquer la situation réelle. À partir de 2008, le groupe a dû céder quelque 7 milliards d’actifs pour tenter de se renflouer. En vain. En 2013, il a liquidé une partie de ses stocks stratégiques, vendant 42 % de plus d’uranium qu’en 2012, afin d’afficher un résultat à peu près présentable. Le tour de passe-passe n’a pu être réitéré en 2014. À la suite de nouvelles dépréciations d’actifs de ces sites miniers, notamment ceux liés au scandale d’Uramin, le résultat opérationnel du pôle minier affiche un déficit opérationnel de 73 millions d’euros contre un bénéfice de 499 millions en 2013. C’était la seule activité profitable du groupe jusqu’alors.

Car c’est l’autre catastrophe d’Areva. Non seulement son projet phare a tourné au désastre, mais toutes ses autres activités, celles qui étaient censées justifier la constitution d’un groupe intégré de l’amont (les mines) vers l’aval (le retraitement des déchets nucléaires), et donner une assise financière au groupe et le protéger en cas de retournement de cycle, rencontrent des difficultés. Pour certaines, comme le retraitement des déchets, la mauvaise passe n’est peut-être que conjoncturelle. Pour d’autres, la situation semble beaucoup plus compliquée.

Pas de solution rapide pour le redressement

 

Anne Lauvergeon, Henri Proglio, François Fillon sur le chantier EPR de Flamanville en juillet 2010

Anne Lauvergeon, Henri Proglio, François Fillon sur le chantier EPR de Flamanville en juillet 2010 © Reuters

 

Le cas le plus critique semble être celui des énergies renouvelables du groupe. Là encore, l’examen des chiffres donnait l’alerte depuis plusieurs années. Au milieu des années 2000, Anne Lauvergeon avait décidé de repeindre Areva en vert et de le présenter comme le groupe spécialisé dans les énergies sans CO2. Le groupe avait alors dépensé des centaines de millions pour acquérir des sociétés spécialisées dans les énergies renouvelables, notamment dans l’éolien en mer et le solaire.

La tentative de diversification est un échec. L’activité, qui réalise un chiffre d’affaires médiocre (à peine 50 millions d’euros par an), accumule perte sur perte. L’an dernier, le déficit s’est élevé à 1,5 milliard d’euros. Plus de 770 millions de dépréciations et provisions sont passés dans les comptes 2014 pour les énergies renouvelables. La nouvelle direction, emmenée par Philippe Knoche, paraît tirer un trait sur l’expérience. Elle a classé toute l’activité dans les actifs à céder. « Areva peut peut-être conserver une partie de son activité dans le solaire. Le groupe a développé avec le Leti (un des centres de recherches du CEA) des technologies tout à fait intéressantes mais qui ne sont pas encore industrialisées. En revanche, il n’y a aucun espoir dans l’éolien marin. Tous les groupes s’y sont cassé les dents. Iberdrola (électricien espagnol), qui avait beaucoup misé sur ce développement, est en train de se retirer. On s’aperçoit que l’éolien marin est très difficile à mettre en œuvre, coûte très cher à exploiter et à entretenir. Le vrai coût du mégawattheure tourne autour de 200 euros », affirme un expert.

Ce retrait des énergies renouvelables, acté dans les comptes mais pas encore dans le discours officiel, peut mettre un terme à une source de pertes mais ne suffira pas pour redresser le groupe. Areva affiche aujourd’hui des fonds propres négatifs de 262 millions d’euros et un endettement de 5,8 milliards d’euros. Alors que toutes les activités sont déficitaires, que peut faire la direction du groupe ?

Philippe Knoche, qui a pris la présidence du groupe au moment du décès de Luc Oursel en octobre, après avoir été notamment responsable du chantier finlandais et directeur de la stratégie, a annoncé une révision complète de la stratégie du groupe. Premier objectif : un plan d’économie d’un milliard d’euros, qui doit permettre au groupe de retrouver un cash-flow positif en 2017. Pour les observateurs, cela va nécessiter des remises en cause drastiques. « Quelles que soient les options choisies, il n’y a pas de solution rapide aux difficultés de l’entreprise », pointe un bon connaisseur du dossier.

La première mission de la direction consiste d’abord à concentrer tous ses efforts sur l’EPR et son savoir-faire nucléaire, à essayer de sauver ce qui peut l’être. Alors qu’Areva affichait dans le passé une volonté farouche de se tenir à distance de son grand client EDF, le groupe semble maintenant tout attendre de lui : qu’il aide à redessiner un réacteur plus économe, qu’il lui achète des EPR, voire qu’il le prenne sous son aile. L’État semble assez tenté par cette dernière solution, qui lui éviterait de mettre la main à la poche pour recapitaliser le groupe. « Il faut une convergence entre Areva et EDF (…). Ce peut être une plus grande coopération industrielle, ou aller jusqu'à un rapprochement, y compris capitalistique », explique le ministre de l’économie, Emmanuel Macron dans un entretien au Figaro.

Depuis fin 2013, les ingénieurs d’Areva et d’EDF ont recommencé à travailler ensemble. Ils sont en train de reprendre toute la conception de l’EPR, pour essayer de le produire 20 à 25 % moins cher. D’autres équipes regardent s’il est possible de repartir de la dernière génération des réacteurs exploités par EDF pour améliorer et élaborer une nouvelle génération beaucoup moins chère et moins complexe que l’EPR. « Autant il y a une logique de rapprocher les équipes d’ingénierie des deux groupes, autant transformer Areva en une filiale d’EDF serait une erreur. Le modèle intégré de Tepco (électricien japonais - ndlr) ne fonctionne pas avec EDF. Je comprends que cela arrangerait l’État. Mais cette solution comporterait plus d’inconvénients que d’avantages », assure un connaisseur du dossier.

Un discours qui est repris au sein d’EDF. L’électricien public n’a aucune envie de devenir le comptable de l’avenir d’Areva. « L’intérêt d’EDF n’est pas de prendre le contrôle d’Areva. D’abord, EDF n’a pas des moyens illimités. De plus, sa stratégie est plutôt de se développer dans les énergies renouvelables et de prolonger la vie des réacteurs existants. Ce qui est une solution beaucoup plus rentable et économe que d’acheter des EPR », souligne un responsable du groupe public.

Le seul autre domaine où les deux groupes se voient bien travailler sans problème, c’est dans la coopération internationale. L’échec du contrat nucléaire à Abou Dhabi en 2009, sur lequel EDF et Areva s’étaient présentés en ordre dispersé, a laissé un souvenir cuisant. Les deux groupes ont admis qu’ils ne pouvaient se payer le luxe de se livrer des guerres franco-françaises à l’étranger. Ils semblent même prêts à enrôler des tiers dans ces grands projets internationaux, les deux groupes estimant qu’il leur faut des alliés pour porter le savoir-faire nucléaire français à l’étranger face à la concurrence des Chinois, des Russes, des Coréens et des Américains. Une alliance avec la Chine, avec laquelle la France travaille depuis 1980, est vivement souhaitée.

La nomination de Philippe Varin, à la fois administrateur d’EDF et président du conseil d’Areva, est censée illustrer cette nouvelle voie. La mission de l’ancien président de PSA n’est pas seulement de faire la liaison entre les anciens frères ennemis du nucléaire français, mais aussi d’ouvrir les portes de la Chine. Le pouvoir politique et la haute administration lui attribuent de grandes connaissances en ce domaine : alors qu’il dirigeait le constructeur automobile, c’est lui qui a négocié le rapprochement entre PSA et le constructeur Dongfeng. En haut lieu, on aimerait bien le voir réitérer une opération un peu semblable avec Areva.

La direction du groupe, dans ses premières déclarations sur ses révisions stratégiques, insiste sur ce développement stratégique avec la Chine. « Les Chinois étaient venus proposer cette coopération en 2010. Ils l’ont reproposée en 2012. Mais ni Sarkozy ni Hollande n’ont donné suite. Nous avons perdu quatre ans. Mais maintenant sont-ils toujours partants ? » se demande un observateur. « Le bon partenaire, ce serait la Russie », poursuit-il. « Rosatom (groupe public nucléaire russe - ndlr) remporte de nombreux contrats à l’étranger avec des technologies moins sophistiquées que les nôtres. Mais il a des problèmes d’industrialisation, d’exploitation. EDF et Areva pourraient lui apporter leurs compétences. Mais est-on prêt politiquement à franchir le pas ? » Poser la question est aujourd’hui y répondre.

Impunité

 

Mine d'uranium d'Areva au Niger

Mine d'uranium d'Areva au Niger © Reuters

 

En parallèle, de profondes réorganisations internes s’annoncent. Si le secteur aval du groupe (retraitement des déchets) semble intouchable, compte tenu de ses implications stratégiques de sécurité, tout le reste paraît négociable. La filialisation de son secteur minier notamment revient en force. L’idée avait été évoquée dès 2009, alors qu’Areva connaissait sa première crise de financement. Elle avait été repoussée avec la dernière des énergies par Anne Lauvergeon. Totalement asphyxié financièrement, le groupe n’a plus les moyens de s’y opposer aujourd’hui. Même si cette solution aisée peut participer à renflouer le groupe, elle est lourde de conséquences. Non seulement Areva perdrait partiellement une de ses seules sources assurées de profit, mais elle signifierait que le grand projet d’intégration, qui a porté à la création du groupe en 2001, est mort : l’ex-Cogema reprendrait son indépendance.

Certaines implantations industrielles, certaines fabrications risquent aussi d’être menacées. Mais pour l’instant, tout est flou. Le gouvernement lui-même dit attendre le plan de réorganisation du groupe. « Il faudra voir ce qu’il adviendra au niveau politique », relève un proche du pouvoir. Car de nombreux élus sont concernés. Areva a des installations de fabrication de turbines dans le fief de Jean-Marc Ayrault, des sites pour les éoliennes en Bretagne, si chère à Jean-Yves Le Drian, des usines de chaudronnerie en Saône-et-Loire, le département d’Arnaud Montebourg, toute une partie de son activité de retraitement à La Hague, bastion de Bernard Cazeneuve, etc. Tout cela augure de nombreuses interventions, d’arbitrages politiques au plus haut niveau.

Les salariés d’Areva, eux, sont sans illusion. Ils savent déjà qu’ils vont payer au prix fort les erreurs passées. Des chiffres circulent : 2 000, 3 000 voire 4 000 emplois pourraient être supprimés dans le groupe. Pour l’instant, ils sont sans fondement : tout dépendra de la façon dont la réorganisation est mise en œuvre, si des activités sont complètement cédées ou non, si des sites sont fermés ou si la direction préfère des réductions un peu partout.

Cette dernière a promis aux salariés et au gouvernement de mener un dialogue social exemplaire. Certains caressent l’espoir qu’Areva mette en œuvre un plan de départs volontaires, comparable à celui d’Air France. Une solution coûteuse mais qui a le mérite de ne pas créer trop de remous sociaux.

Car tous redoutent la réaction des syndicats du groupe. « C’est une des raisons pour lesquelles Emmanuel Macron n’a pas annoncé le montant de la recapitalisation que pourrait apporter l’État à Areva. D’abord, il est encore trop tôt pour évaluer les besoins réels du groupe, car tout dépend de son plan de restructuration. Mais cela lui permet aussi de faire pression sur les syndicats et les inciter à faire des compromis », explique un proche du pouvoir.

 

 

Du côté des syndicats, l’heure est aux demandes d’explications, tout en faisant les comptes. Tous refusent que les salariés soient les seuls sacrifiés des errements passés. « Aucun salarié des établissements Areva n’est responsable de la débâcle ou de la dette du groupe », tonne la CGT du groupe dans un tract distribué le 4 mars. Avant de pointer les responsabilités : « Cette situation est aussi due à l’absence totale de vision à long terme et au désengagement de l’État depuis une quinzaine d’années. L’État a laissé aux marchés et aux égos démesurés de nos dirigeants, qu’ils soient d’EDF, d’Areva ou du CEA, faire la pluie et le beau temps sur la filière électronucléaire », accuse le syndicat.

Même si tout est mis en œuvre au plus haut niveau pour éviter le sujet, l’État et la haute administration ne peuvent éluder leurs responsabilités. L’aventure d’Areva a coûté plus de huit milliards d’euros, soit les deux tiers du déficit du régime de retraite. Alors que ce déficit-là est jugé insupportable, que l’allongement du départ en retraite est à nouveau évoqué, dans le cas d’Areva, seuls les salariés devraient en payer le prix, avec les contribuables priés de renflouer le groupe nucléaire sans demander des comptes.

Car le naufrage d’Areva n’est pas seulement lié à un échec industriel. Il est aussi le fruit de graves dysfonctionnements, d’une chaîne de responsabilités que personne ne veut aujourd’hui assumer. La tentation est grande de faire porter tpus les torts à Anne Lauvergeon, adepte d’un pouvoir quasi monarchique. Sa responsabilitéest immense. Mais elle n'est pas la seule. Il existe des règles et des procédures qui permettent normalement d’éviter les dérives d’un management, sans parler des multiples avertissements lancés jusqu’au sommet de l’État à partir de 2008.

L’étonnant silence de certains, qui avaient les moyens d’arrêter ce désastre, pose question. Pourquoi Jean-Cyril Spinetta, président du conseil de surveillance de 2007 à 2012, époque où tout s’est noué, a-t-il tout avalisé ? Qu’ont fait les administrateurs du CEA, principal actionnaire d’Areva, pendant tout ce temps ? Comment expliquer que Bruno Bézard, aujourd’hui directeur du trésor, n’ait rien vu ni anticipé alors qu’il a été administrateur du groupe, siégeant au comité stratégique et des comptes, de 2001 à 2010 ? À quoi a servi le rapport d’expertise de René Ricol, si ce n’est donner un blanc-seing à la direction et au conseil, alors que toutes les dérives étaient déjà en cours ? Pourquoi la Cour des comptes s’est-elle réveillée si tard, et n’a commencé à expertiser les comptes d’Areva qu’en 2013 ? On pourrait ajouter à cette longue chaîne de responsabilités le silence des commissaires aux comptes ou l’aveuglement de l’autorité des marchés financiers.

« Ce serait une première en France si on osait mettre en cause la responsabilité des dirigeants et de la haute fonction publique », remarque un observateur. Oui, ce serait une première. Mais huit milliards d'euros de pertes justifient, en ces temps d'austérité, de demander quelques explications. À moins d'estimer que certains doivent bénéficier d'une impunité de principe, quels que soient les dérives et les gaspillages industriels et financiers, quelles qu'aient été leurs actions.

 

Lire aussi

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 20:09

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup

 

 

Faire condamner la Troïka pour la tragédie grecque

03 mars 2015 | Par YVES FAUCOUP

 

 

Tous les reportages et les témoignages attestent que les exigences de la Troïka ont provoqué une catastrophe humanitaire en Grèce. Les diktats de cette Troïka ont été imposés par des technocrates sans légitimité démocratique, et souvent en violation avec la législation internationale en vigueur. Le soutien au peuple grec justifie que l'on se batte pour que ces fauteurs de misères soient poursuivis et jugés.

Désastre humain

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Dans les rues d'Athènes [capture d'écran du film Ne vivons plus comme des esclaves]

Trois millions de Grecs sont sans couverture de santé (sur 11 millions d'habitants). Le taux de chômage atteint 29 % de la population active (60 % chez les jeunes). Un tiers de la population est en dessous du seuil de pauvreté. 400 000 foyers n'ont aucun revenu, les prestations sociales ont été réduites, les allocations de chômage supprimées pour de nombreux chômeurs. Des enfants font des malaises à l'école car insuffisamment nourris. Des tickets alimentaires ont dû être édités pour les plus pauvres. 40 % des hôpitaux ont été fermés. Plus de la moitié des médecins du secteur public ont été licenciés : sur 5000, il n'en reste plus que 2000. Les dépenses de santé qui représentent 10 % du PIB en Allemagne, 8 % en moyenne européenne, peinent à arriver à 6 % en Grèce (et sur un PIB qui a fondu, aussi vite que la dette croissait). Des consultations externes doivent être organisées par des médecins et secouristes bénévoles. Des médecins attestent que des centaines de Grecs meurent chaque mois faute de soins. D'autres sont affamés, les indigents sont pléthore. Le nombre de sans-abri a considérablement augmenté. Des familles vivent dans des caves. Des commerçants sont ruinés. Des charrettes de fonctionnaires se sont retrouvées sur le pavé. Les salaires et pensions de retraite ont baissé le plus souvent de 30 %.

Tout cela sur pression de la Banque centrale européenne, du FMI, et de l'Union européenne : la Troïka. Dans un documentaire diffusé sur Arte le 24 février (Puissante et incontrôlée : la troïka, de Harald Schumann), véritable réquisitoire, acte d'accusation terrible, Yanis Varoufakis, interviewé sur fond d'Acropole l'été dernier, les accuse de "crime contre l'humanité".

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[Ne vivons plus comme des esclaves]

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Varoufakis : la troïka a commis "un crime contre l'humanité" [documentaire Arte]

En réduisant ses dépenses d'un tiers en 4 ans, l'Etat grec a pourtant réalisé l'"exploit" d'être en excédent budgétaire, hors service de la dette. Mais la dette, quant à elle, a explosé (175 % du PIB, bien davantage qu'au début de la crise). C'était prévisible, les économistes sérieux l'avaient annoncé. Je ne parle pas de nos "experts", ceux qui sont à la botte des multinationales et des technocrates ultralibéraux européens, qui s'ingénient à insulter les Grecs, les accusant de tous les péchés du monde, obtenant, il faut bien le dire, un certain écho auprès du Français moyen qui croit pouvoir faire de l'économie en chambre. Samir Amin, interviewé dans Debtocracy (documentaire de 2011), déclare : "Les Grecs sont-ils paresseux ? C'est du racisme pur et simple". Mais les Dominique Reynié, Nicolas Beytout, Eric Le Boucher, Arnaud Leparmentier (Le Monde) et autres Philippe Dessertine, n'ont cessé de le colporter, comme ils ont tourné en dérision Syrisa. Ne parlons pas de Marc Fiorentino qui a beaucoup milité pour que la Grèce "coupable" soit exclue de la zone euro, tandis que Carl Meeus (Le Figaro Magazine) répète sans cesse que Syrisa veut désormais y rester par pur opportunisme après avoir longtemps annoncé le contraire (ce qui est faux).

Ces "économistes", qui roulent pour le "parti de l'étranger", l'Allemagne, s'offusquent lorsque Syrisa rappelle le pillage de la Grèce par l'Allemagne nazie, et l'assouplissement de la dette allemande en 1953 ; ces "économistes", qui ne se contentent pas de livrer une opinion, mais militent délibérément en faveur de l'oligarchie financière, n'ont cessé de tresser des lauriers à une Allemagne, travailleuse, ingénieuse, économe, se gardant bien de relever ses points faibles. S'il est vrai que sa réussite doit beaucoup à ses innovations, la durée moyenne de travail en Allemagne était en 2009 inférieure à la France, et, pire encore, à la Grèce (selon Patrick Artus, de Natixis).

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"Pas seulement les classes laborieuses" [Ne vivons plus..]

Mais surtout, l'Allemagne a mis à genoux, sans vergogne, ses partenaires européens en pratiquant un dumping social, "en déclarant la guerre à sa classe ouvrière" (extrait de Debtocracy). En bloquant les salaires dans son pays, l'Allemagne a joué ouvertement la perte de compétitivité dans les autres pays d'Europe (alors même que son intérêt à long terme n'est pas de saigner à blanc ses partenaires, avec lesquels elle fait les 2/3 de son commerce extérieur). Des économistes de l'Ofce le disent depuis longtemps, Alternatives économiques également, Mediapart aussi, mais cela horripile souverainement les Ghislaine Ottenheimer (Challenges), Agnès Verdier-Molinié (Ifrap) et autres Jean-Marc Daniel, qui veilleront toujours à bien dissimuler le fait que la crise de la dette publique est d'abord une crise de la dette privée, encouragée par les financiers pour compenser la baisse du pouvoir d'achat voulue par le grand capital, dans une course effrénée qui, finalement, a débouché sur les subprimes.

Tout a été fait pour nous inculquer que les Grecs étaient globalement responsables de ce qui leur arrivait. Il ne fallait pas préciser que la troïka imposait la récession et donc la misère, ni dire que, dans ce contexte, France et Allemagne vendaient encore des armes à la Grèce (frégates, chars, sous-marins) pour plusieurs milliards d'euros : il fallait bien lui prêter pour qu'elle rembourse !

La boucle du cynisme

De même qu'il était plus efficace de traiter tous les Grecs de "fainéants", de "corrompus" (propos d'un directeur du FMI auprès d'un ministre grec, humilié), plutôt que de révéler la "liste Lagarde", c'est-à-dire une liste de 2062 Grecs évadés fiscaux, dont six seulement ont fait l'objet d'un contrôle, Madame Lagarde, alors ministre des finances en France, refusant de donner cette liste qui prouvait un détournement de 2 milliards d'euros.

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"Pauvres, ne vous bouffez pas entre vous, bouffez les riches, ils sont mieux nourris" [Debtocracy]

Si le cadastre n'existe pour ainsi dire pas en Grèce, si le système fiscal est injuste (privilégiant les armateurs, les Popes et les classes moyennes supérieures), ce ne sont pas les Grecs victimes de la récession qui en sont responsables. Si, ici comme ailleurs, une classe sociale possédante continue à s'enrichir outrageusement, malgré la crise, et plus que jamais, avec la complicité des possédants des autres états, ce n'est tout de même pas de la faute des femmes de ménages et des personnels hospitaliers d'Athènes !

Si les comptes publics de la Grèce ont été truqués, c'est une caste politique qui y a procédé, avec la complicité de Goldmann Sachs, ce qui n'a pas empêché un de ses fondés de pouvoir de devenir président de la BCE (Mario Draghi). Tandis que l'organisateur du scandale du Luxleaks, Juncker, était promu, en toute impunité, président de la Commission européenne ! Pendant ce temps Martin Schulz, président du Parlement européen, admet qu'il y a 2000 milliards d'euros d'évasion fiscale en Europe (déclaration devant le Parlement, répétée sur France inter le 10 février).

Et pour boucler la boucle du cynisme, rappelons que DSK, à la tête du FMI, n'hésitait pas à violer la conscience humaine en se réjouissant de la réforme des retraites en Grèce, du blocage des salaires (cité dans Debtocracy). En tant que futur candidat à la présidentielle en France, s'il veillait à ce que la Grèce soit renflouée, c'était non pas pour la sauver, mais pour qu'elle rembourse les banques françaises (et allemandes), comme cela est précisé dans le documentaire d'Arte.

Les actions illégales de la Troïka

Or, non seulement, une part non négligeable de la dette en général, et de celle de la Grèce en particulier, est abusive (taux d'intérêt exorbitants, baisse d'impôts pour les plus riches), mais encore, dans le cas de la Grèce, des actions illégales, menées par les technocrates de la Troïka, ont mis le pays à terre.

Tout d'abord, le FMI a dû changer à la dernière minute ses statuts pour pouvoir prêter à la Grèce en sachant qu'elle ne pourrait pas rembourser (ce que le règlement du FMI ne permettait pas auparavant). C'est un directeur exécutif du FMI, Paulo Nogueira Batista, qui le dénonce dans le documentaire diffusé sur Arte.

Par ailleurs, le mémorandum (le MOU, memorandum of understanding, qualifié de "masturbation intellectuelle de la part des thuriféraires de la pensée unique", selon le député européen Philippe Lamberts) n'y va pas de main morte : non seulement ce sont des milliers de pages détaillant par le menu, de façon souvent humiliante, tout ce sur quoi le pays doit économiser (comme licencier les femmes de ménages des ministères), mais il a imposé, par exemple, le licenciement de médecins : de quel droit, la Troïka pouvait se positionner ainsi ? Qui lui a donné mandat pour le faire ? L'idéologie de ces technocrates était, selon un médecin condamné à travailler gratuitement : "celui qui a de l'argent peut vivre, celui qui n'en a pas peut mourir". Une députée du groupe "socialistes et démocrates" au Parlement européen déclare que la Troïka c'est "un monstre qu'on a créé".

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Médecin bénévole : pour la troïka, celui qui n'a pas d'argent peut mourir [documentaire Arte, capture d'écran]

La Troïka a également imposé la suppression de conventions collectives en Grèce (et aussi au Portugal, où pourtant même le patronat y était opposé). En Grèce le salaire minimum est passé de 757 € à 586 par décret, sans consultation du parlement. D'après le traité de Maastricht, la Commission européenne, partie dans ce bras de fer, n'a aucune compétence pour intervenir sur les salaires et les conventions collectives.

Enfin, la Troïka a couvert des opérations suspectes, comme la vente d'une banque de Chypre, la BPN, au profit d'une banque grecque, la banque du Pirée : les épargnants chypriotes ont perdu 3,4 milliards d'euros, encaissés par cette banque grecque. "Un des plus gros scandales de la zone euro", dit un député chypriote. Et tout ça avec la complicité des ministres des finances de la dite zone. Si Chypre avait refusé ce tripatouillage, la Troïka menaçait ce pays d'être exclu de la zone euro : "c'était marche ou crève", dit un ministre dépité. Moins que les petits retraités floués.

Des banques grecques ont été vendues selon les mêmes procédés. L'Union européenne a exigé également de la Grèce qu'elle privatise ses actifs à hauteur de 50 milliards d'euros. Ainsi des biens publics ont été vendus aux conditions dictées par l'acheteur, sans mise en concurrence (Syrisa vient d'obtenir de pouvoir au moins vendre au prix du marché, et sous réserve qu'il y ait plusieurs candidats à l'achat). Les technocrates ont imposé à la Grèce de consacrer 4,5 % de son PIB au remboursement de sa dette pendant 20 ans : or c'est impossible, aucun état ne l'a jamais fait et n'est capable de le faire. Le député européen belge Philippe Lamberts dit que des officiels de l'UE et de la BCE lui ont avoué en privé qu'ils savaient que c'était impossible, que le taux au final sera forcément plus bas. On joue manifestement avec les nerfs des peuples pressurés, ce qui suffirait, en soi, à faire condamner ces tortionnaires.

Il va de soi que les dirigeants politiques européens qui sont directement complices ou qui ne font rien pour empêcher ces exactions, sont tout autant coupables.

La résistance s'organise

Yannis Youlountas, réalisateur, qui sillonne la France pour expliquer ce qui se passe en Grèce, défendre Syrisa et faire connaître son film Ne vivons plus comme des esclaves, montre que le peuple grec a déjà fait beaucoup : l'élection de Syrisa vient après des années de révoltes, significatives d'une exaspération à son paroxysme (300 agences de banques auraient été attaquées et brûlées). Fin des discours, la résistance s'organise.

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Distribution de repas : "la nourriture est gratuite pour tous : chômeur ou pas, SDF ou riche" [Ne vivons plus...]

Des projets sociaux autogestionnaires ont été lancés dans des quartiers : des militants ont mis en place des dispositifs de solidarité (comme l'expérience utopique d'Exarcheia au cœur d'Athènes). Des coopératives sont créées. Des chômeurs inventent leur emploi dans le cadre des réseaux des "espaces sociaux libres". Des productions "sauvages" reprennent dans des usines abandonnées par leurs propriétaires. Des actes de désobéissance civile prolifèrent. Des sites magnifiques en voie de privatisation sont devenus de véritables ZAD, pour empêcher cette dilapidation du patrimoine grec. Des grillages clôturant les zones bradées ont été arrachés par la population révoltée. Des luttes sont menées contre la privatisation de l'eau, contre les coupures d'électricité. De simples citoyens, parfois très âgés, ont confectionné eux-mêmes des affiches et vont les apposer sur les murs. Les réseaux sociaux ont fonctionné à haut régime, dans une utilisation subversive. Cette société en mouvement, qui ne veut pas mourir, est tolérante, solidaire, ouverte aux étrangers. Parfois, les fascistes ont cherché à contrer ce bouillonnement, et ont attaqué violemment ces différentes initiatives. Mais les militants progressistes savent se défendre et l'extrême-droite (dont Aube dorée) reste minoritaire. Cependant, elle utilise les mêmes méthodes que le FN en France : "un loup revêtu d'une toison de mouton pour entrer dans la bergerie", dit un militant dans le film Ne vivons plus..

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"Plus jamais le fascisme, dehors les néonazis" [Ne vivons plus...]

Syrisa est obligée de faire quelques compromis avec l'Union européenne. Certains le lui reprochent, craignant que, comme souvent, les meilleurs s'écrasent une fois arrivés au sommet. En fait, Tsipras cherche à gagner du temps. Cela suppose que le reste de l'Europe le soutienne, en Espagne, Italie et Portugal. Et aussi en France. Si François Hollande, de façon opportuniste ou par conviction, a marqué ses distances, entre autres pour gagner les bonnes grâces d'Angela Merkel, le peuple de France devrait réagir, pour dire qu'il refuse ce qu'on impose au peuple grec, affirmant ainsi sa solidarité. Ne serait-ce que pour ne pas subir un jour le même sort.

Un rêve : la Troïka devant un tribunal international

Enfin, il ne serait que justice que des démocrates de toute l'Europe se liguent pour dénoncer, y compris devant un tribunal international (pourquoi pas), les exactions des technocrates non élus de la Troïka. Ils ont prétendu vouloir sauver la Grèce, en fait ils n'ont fait que l'enfoncer davantage, en agissant dans les seuls intérêts des oligarchies ultralibérales, sans pitié, sans foi ni loi, imposant froidement leur diktat à des populations injustement condamnées.

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Epouvantail :

A noter que si Syrisa réussit, ce sera la preuve qu'il existe une alternative à la pensée unique (libérale), prônée par la droite ou les "socialistes", indiquait le député Vert et belge Philippe Lamberts, sur France inter le 26 février. D'où l'intérêt des libéraux à contribuer à l'échec de Syrisa : ce qui signifierait sortie de l'euro, non remboursement de la dette, et incitation pour les Grecs de tenter l'autre alternative : Aube dorée, le parti nazi. La Grèce servant d'épouvantail en Europe. Yannis Youlountas explique que, selon lui, l'entrée de la Grèce dans l'Europe avait cet objectif pour les "libéraux" : créer le dumping social et, en effet domino, provoquer dans tous les pays de la zone euro des restrictions drastiques. Aujourd'hui, le discours dominant (colporté par les valets des oligarques, nos "experts" que je citais plus haut et qui squattent les plateaux de télévision) est : "attention, si vous ne faites pas les réformes, vous finirez comme la Grèce".

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Les manipulations des "experts" :

Un exemple : Jean-Marc Daniel, économiste libéral, prétend que les Grecs n'ont pas à se plaindre, car, selon lui, le niveau de vie des Allemands de l'ancienne RDA serait inférieur à celui de la Grèce ! Du coup, ces Allemands considéreraient les Grecs "comme des enfants gâtés" (dixit J.M. Daniel sur France inter le 21 février, dans On n'arrête pas l'éco). Or le PIB par habitant en Allemagne en 2013 était de 44 999 €, et celui de la Grèce de 21 857 €. En admettant qu'en ancienne Allemagne de l'Est le niveau de vie soit légèrement inférieur à celui de l'ex-RFA (à 85 ou 90 %), il reste à près du double de celui de la Grèce. Evidemment, si les Allemands de l'Est (d'où sont originaires la chancelière et le président de la République) sont soumis à la même propagande, il est possible qu'ils se croient plus misérables que les Grecs.

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Plages et îles grecques bradées

Taiped : site sur internet pour la vente, bradée jusqu'alors, des biens du patrimoine grec (plages, îles), profitant à des margoulins comme en Russie après la chute de Gorbatchev. Ci-dessous, photo sur une annonce de Taiped.

 

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. Sur le caractère abusif de la dette publique en général (taux d'intérêts exorbitants, baisse des impôts pour les plus riches), voir l'étude du Collectif pour un audit citoyen de la dette publique.

et article de Laurent Mauduit sur le sujet : Sous la dette publique, l'arnaque néolibérale.

et autre article de Laurent Mauduit : Sous la dette publique, la tyrannie de la pensée unique

. Voir article fouillé de Gérard Filoche et J.J. Chavigne : La Grèce résiste au rouleau compresseur de l'Union européenne

. Voir article de Christian Salmon : Grèce contre Europe, la guerre des récits

. Voir billet de Françoise Degert, La Tourmente Grecque, où elle présente le film éponyme de Philippe Menut : bande-annonce.

Les documentaires :

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Puissante et incontrôlée : la troïka, film de Harald Schumann (2015), visible ici.

 

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Debtocracy, film de Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi (2011) : à voir ici.

 

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Ne vivons plus comme des esclaves, film de Yannis Youlountas (2013) : magnifique, passionnant, alliant explications, témoignages, et images diverses, bariolées, attachantes, de ce foisonnement d'idées et d'actions qui s'expriment en Grèce aujourd'hui.

Site : www.nevivonspluscommedesesclaves.net

Film à voir sur Youtube. Ou sur le site de Yannis, ici.

Yannis Youlountas tient à ce que son film circule, il le laisse volontairement en accès gratuit sur Internet. Mais on peut l'aider dans cette action militante, soit en achetant le DVD (10 €) à commander auprès de : maud@nevivonspluscommedesesclaves.net

soit en soutenant financièrement ici.

Yannis prépare un nouveau documentaire. Voir la bande-annonce de Je lutte donc je suis (de Grèce et d'Espagne)

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Une pétition Troïka basta ! , en soutien aux Grecs, a recueilli déjà près de 17 000 signataires : http://troikabasta.wesign.it/fr

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Billet n°181

Billets récemment mis en ligne sur Social en question :

Service civique pour jeunes filles (Social en vrac n°40)

Jeunesse délinquante aux oubliettes

Petite classe moyenne deviendra grande ?

Voleurs de poubelles et sans-abri (Social en vrac n°39)

Quand l'austérité tue (Social en vrac n°38)

Spartacus et Cassandra

 

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

@YvesFaucoup

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question]

 

 

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Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup

 

 

 

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 19:53

 

Info reçue par mail

 

Vous pouvez aussi lire cette lettre en cliquant ici

            

La lettre d’ATTAC Nîmes


Mars 2015

 

Mars ATTAC (places en vente), soirée « banques »…

Sommaire :

 

1/  Faîtes connaître la « lettre d’ATTAC Nîmes » !

 

2/ Mars ATTAC : LES PLACES SONT EN VENTE 

Du mercredi 11 au mercredi 18 mars : Mars ATTAC (8e édition), semaine de films, débats, expo photo au cinéma le Sémaphore.

 

3/ Jeudi 9 avril à 19h30 (Nîmes) : Soirée spéciale « BANQUES » pour la sortie du « Livre noir des banques » d’ATTAC et BASTA. Débat avec Isabelle BOURBOULON, d’Attac France, journaliste et co-auteure du Livre noir des banques.

 

4/ Soutien à Antoine Deltour, lanceur d’alerte contre l’évasion fiscale (affaire Luxleaks)

 

5/ Et toujours : pour recevoir les infos d’ATTAC France et les meilleurs émissions à la télé, ATTAC pour les Nuls, les lectures ATTAC, pour voir ou revoir le documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde », pour changer de banque…

 


 


 


 


 


 

 

1/ Faîtes connaître la « lettre d’ATTAC Nîmes » !

Vous appréciez cette lettre d’information ? Merci de la faire connaître autour de vous !

Pour la recevoir directement (1 à 2 par mois en général), il suffit d’en faire la demande à nimes@attac.org

2/ Mars ATTAC : LES PLACES SONT EN VENTE 

Du mercredi 11 au mercredi 18 mars : Mars ATTAC (8e édition), semaine de films, débats, expo photo au cinéma le Sémaphore, et expo peinture au Spot !

 

Toutes les soirées se dérouleront dans la nouvelle et grande salle 6 du Sémaphore (salle de 200 places) : le pré-achat de places (directement au Sémaphore) est toutefois conseillé.

 

 

Mercredi 11 mars à 20h : Master of the universe (avec P. Saurin et non A.Rousseaux comme annoncé sur le flyer)

 

Documentaire (Allemagne, Autriche) 2014 - 1h28 - Réalisé par Marc Bauder.

Un ancien banquier décide de livrer son expérience. De ses grands débuts à sa fulgurante ascension dans les années 1980, il revient sur l'évolution du système financier, tout en dévoilant l'envers du décor...

Débat avec Patrick Saurin du CADTM (comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde), du CAC (collectif pour un audit citoyen de la dette), de SUD BPCE (Banque Populaire – Caisse d’Epargne) et co-auteur du "Livre noir des banques".

http://gard.demosphere.eu/rv/2055

 

 

Jeudi 12 mars à 20h : Démocratie année zéro 

Soirée co-organisée avec l'Université Critique et Citoyenne de Nîmes

 

Documentaire (Belgique) 2014 - 1h38 - Réalisé par Christophe Cotteret.

"Démocratie année zéro" autopsie les coulisses de la révolution tunisienne, grand  bouleversement géopolitique de ce début de XXIe siècle, à travers le regard des principaux opposants et  révolutionnaires.

Débat avec Abdessalam Kleiche, ATTAC France, spécialiste du Maghreb-Machrek.

A quelques jours du Forum Social Mondial de Tunis !

http://gard.demosphere.eu/rv/2056

 

 

Vendredi 13 mars à 20h : Pôle Emploi, ne quittez pas !

Soirée co-organisée avec la Ligue des Droits de l'Homme

Documentaire (France) 2014 - 1h18 - Réalisé par Nora Philippe.

Soutenir et surveiller, faire du chiffre, obéir aux directives politiques et aux injonctions de communication, trouver du travail là où il n’y en a pas, c'est l'impossible au quotidien pour l'équipe d'un Pôle Emploi ...

Débat avec Laurent Muchielli, sociologue au CNRS et directeur de l'Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux à l'Université d'Aix-Marseille.

http://gard.demosphere.eu/rv/2057

Et à l’issue du débat, vernissage de l’exposition photographique « course folle à travers plaines, galets et étangs » de Didier Leclerc (cafétéria du Sémaphore).

 

 

Lundi 16 mars à 20h : Heritage fight

Documentaire (France, Australie) 2014 - 1h30 - Réalisé par Eugénie Dumont.

En Australie, Aborigènes et citoyens solidaires s'unissent pour combattre l'implantation de la plus grande usine à gaz au monde et pour défendre une terre, une vision du monde, et plus que tout, un héritage culturel.

Débat avec Jade Lindgaard, journaliste à Mediapart et auteur du livre "Je crise climatique".

http://gard.demosphere.eu/rv/2058

 

Mardi 17 mars à 20h : Le prix à payer

Documentaire (Canada) 2015 - 1h33min - Réalisé par Harold Crooks.

L’évasion fiscale à grande échelle, creuse l’écart des revenus entre les privilégiés et le reste du monde, appauvrit les classes moyennes, et affaiblit les fondations de nos sociétés.

Et si le prix à payer était la mort des démocraties ?

Inspiré du livre "La crise fiscale qui vient de Brigitte Alepin"

Débat avec Thomas Coutrot, porte-parole d'ATTAC France et auteur du livre "Jalons vers un monde possible. Redonner des racines à la démocratie".

http://gard.demosphere.eu/rv/2059

 

Mercredi 18 mars  à 20h : Sacrée croissance

Documentaire (France) 2014 - 1h33 - Réalisé par Marie-Monique Robin.

Face à la crise et aux risques écologiques, la réalisatrice présente une sélection d’initiatives réussies et de modèles alternatifs viables, qui réfutent en action le modèle économique dominant.

Débat avec des acteurs locaux de la transition écologique et citoyenne : monnaie locale, circuits-courts (agriculture, énergie),…

http://gard.demosphere.eu/rv/2060

 

Et pendant toute la durée de Mars Attac :

Exposition photographique - cafétéria du Sémaphore : 

"Course folle à travers plaines, galets et étangs"

de Didier Leclerc

"Je photographie à intervalles de temps réguliers, les modifications des paysages qui surviennent dans la plaine devant la Source Perrier, suite à la construction de la ligne à grande vitesse.

La confrontation visuelle est brutale ; l'échelle des moyens mise en oeuvre est étonnante ; une machinerie chirurgicale pour des interventions au bulldozer qui disent bien que leurs actions sont irréversibles !"

Didier Leclerc photographe janvier 2015

Vernissage : vendredi 13 mars à l’issue du débat (cafétéria du Sémaphore)

 

Exposition de peintures et volumes de Jean Pierre Valero au Spot (les jeudis, vendredis et samedis 12,13,14 et 19,20 et 21 mars)

 

Pour plus de renseignements :

Cinéma le Sémaphore : 25 rue Porte de France, Nîmes

Tél : 04 66 67 83 11 - Web : http://www.cinema-semaphore.fr

 

Attac (Association pour la Taxation des Transactions financières

et pour l'Action Citoyenne) : Tél : 06 33 39 84 76

Web : https://france.attac.org / http://local.attac.org/attacnimes

mail : nimes@attac.org

 

Le Spot : 8 rue Enclos Rey, Nîmes

Tél : 04 66 36 85 64 - Web : http://lespotnimes.com/

3/ Jeudi 9 avril à 19h30 : Soirée spéciale « BANQUES » pour la sortie du « Livre noir des banques » d’ATTAC et BASTA. Débat avec Isabelle BOURBOULON, d’Attac France et co-auteure du Livre noir des banques.

 

En 2008, la folie spéculative des banques a provoqué un quasi effondrement du système financier mondial et une crise qui ne cesse, depuis, de s’aggraver. Sept ans plus tard, où en est-on ? Les banques sont-elles redevenues utiles à l’économie et à la société ? C’est tout le contraire ! Elles paient toujours moins d’impôts et favorisent l’évasion fiscale. Elles continuent de spéculer sur les matières premières et financent des projets très polluants. Elles détournent l’épargne d’utilité sociale ainsi que les financements abondants et gratuits reçus de la Banque centrale européenne.

 

Attac Nîmes vous invite à une soirée débat
le jeudi 11 avril 2015 à 19h30, salle 2 du centre Pablo Neruda, 1 place Hubert Rouger à Nîmes

avec Isabelle Bourboulon, co-auteure du livre noir des banques.

http://gard.demosphere.eu/rv/2113

 

Le Livre noir des banques : L’évasion et la fraude fiscale sont organisées par les banques : c’est ce que montre à nouveau le scandale HSBC. Les banques françaises ne sont pas en reste, à commencer par BNP Paribas. Attac, qui publie cette semaine Le Livre noir des banques en partenariat avec Basta !, exige la fermeture des filiales des banques françaises dans les paradis fiscaux, à commencer par les îles Caïmans. La suite

4/ Soutien à Antoine Deltour, lanceur d’alerte contre l’évasion fiscale (affaire Luxleaks)

 

Antoine Deltour est le principal lanceur d'alerte des « Luxleaks 1 », qui ont récemment révélé un vaste système d’optimisation fiscale des grandes multinationales. Il est actuellement poursuivi par la justice luxembourgeoise.

Pétition : Pour soutenir Antoine Deltour, cliquez ici

5/ Et toujours : pour recevoir les infos d’ATTAC France et les meilleurs émissions à la télé, ATTAC pour les Nuls, les lectures ATTAC, pour voir ou revoir le documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde », pour changer de banque…

 

> Pour recevoir directement la lettre d’ATTAC Nîmes (1 à 2 par mois en général), merci de nous le demander en écrivant à nimes@attac.org

 

> Pour recevoir les infos d’ATTAC France :

Il existe 2 listes auxquelles vous pouvez vous inscrire :

 > La Lettre générale :

Liste de diffusion générale d'Attac France. Vous recevrez directement les communiqués, déclarations et autres informations de l’association (en moyenne 3 à 4 messages par semaine).

 > La revue du Conseil Scientifique :

Nouvelle revue « les possibles » gratuite et trimestrielle à l’initiative du Conseil Scientifique d’Attac France et de ses membres.

Pour s’inscrire : http://www.france.attac.org/newsletter/subscriptions

 

> Pour recevoir une sélection des meilleurs documentaires et films (pour qui n’a pas encore jeté sa télé…)

Super initiative prise par un copain d’ATTAC Isère - St Marcellin : inscrivez-vous et vous recevrez une sélection des meilleurs documentaires et films programmés à la télé.

Pour s’inscrire, rien de plus simple : https://list.attac.org/wws/subscribe/cinema.attac38

 

 > Les lectures ATTAC :

Les dernières parutions :

-        Le livre noir des banques (ATTAC et BASTA) Nouveau !

-        Nouveau manifeste des économistes atterrés - 15 chantiers pour une autre économie : Nouveau !

-        Les feuilles mortes du capitalisme (Jean-Marie Harribey)

-        Que faire de l’Europe ? Désobéir pour reconstruire

-        Petit manuel de la transition, pour toutes celles et ceux qui aimeraient mais doutent qu’un autre monde soit possible (ATTAC)

-        Leur dette, notre démocratie (ATTAC)

-        Changer l’Europe ! (les économistes atterrés)

-        Le féminisme pour changer la société (ATTAC – Fondation Copernic)

-        La richesse, la valeur et l'inestimable - fondements d'une critique socio-écologique de l'économie capitaliste (Jean-Marie Harribey)

-        L’Europe mal-traitée (les économistes atterés)

-        La nature n’a pas de prix ! Les méprises de l’économie verte (ATTAC)

-        15 idées reçues sur la fiscalité (ATTAC)

-        Le piège de la dette publique, comment s’en sortir (ATTAC)

Plus d’infos et les autres livres conseillés : http://france.attac.org/nos-publications/livres/

 

 

 > Visitez le site d’ATTAC France !

Régulièrement des nouveautés en ligne, de nouvelles courtes vidéos, interviews, communiqués…sur http://www.france.attac.org/

 

> Le coin vidéo :

- nouvelles vidéos en ligne dont les interviews d’ATTAC TV France à l’Université d’été d’Attac France à Nîmes en juillet              2013 !

Conférences filmées et les toutes dernières courtes interviews d’ATTAC TV France (souvent de 2 à 4 minutes) :

http://local.attac.org/attacnimes/spip.php?article919

 

- « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » (diffusion Arte)

Depuis cinq ans, Goldman Sachs incarne les excès et les dérives de la spéculation financière. Anatomie d’un pouvoir qui ne connaît ni frontières ni limites et menace directement les démocraties.

La suite et le documentaire ici : http://local.attac.org/attac30/spip.php?article914

 

- « Ne vivons plus comme des esclaves » (Grèce) : Un grand bol d’air frais, d’enthousiasme et d’utopies en marche, venu de la mer Égée. A voir ici : http://nevivonspluscommedesesclaves.net/

 

> Changer de banque ?

Les banques françaises au banc d’essai par ATTAC et les Amis de la Terre :

http://france.attac.org/archives2/articles/les-banques-francaises-au-banc-dessai

Synthèse du rapport :

http://france.attac.org/archives2/sites/default/files/synthese_rapport_banques_20111.pdf

 

> « ATTAC pour les Nuls » par notre groupe local.

En ligne ici : http://local.attac.org/attac30/spip.php?article893

N’hésitez pas à le faire connaître !

 

> Quelques bonnes sources d’informations :

 

% Deux blogs à suivre de près :

Blog de Jean-Marie Harribey (ex-co-président d’ATTAC France, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC France et co-président des Economistes Atterrés) : http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/

 

Blog de Jean Gadrey (économiste, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC France et auteur de « Adieu à la croissance ») : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/

 

% BASTA ! sur bastamag.net !

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre mensuelle de Basta (inscription gratuite mais soutien possible). De très bons articles sur les questions environnementales et sociales, à découvrir d’urgence si ce n’est déjà fait !

http://www.bastamag.net/

Par exemple, la dernière livraison : hhttp://www.bastamag.net/Fevrier-2

 

% Rezo.net :

Une sélection des meilleurs articles de la presse, des blogs, des dépêches…

http://rezo.net/

 

% Politis :

Hebdomadaire qui est aussi un des membres fondateurs d’ATTAC.

Dans toutes les bonnes librairies ou sur le net sur abonnement.

http://www.politis.fr/

 

% Reporterre :

Une info libre sur l’écologie, la société, les libertés, les alternatives,…Site co-fondé par Hervé Kempf

http://www.reporterre.net/

 

% Emission radio « là-bas si j’y suis » (France inter – Daniel Mermet) : C’est fini sur France Inter… mais continue sur le net !

Toutes les infos et les émissions depuis 2002 à retrouver sur ce site : http://www.la-bas.org/

Classement par date, par thème, par popularité,…une mine d’informations !


 

Pour adhérer à ATTAC

        

 

 

Pour recevoir directement les infos d'attac Nîmes, merci de nous laisser votre adresse à  nimes@attac.org

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 18:53

 

Source : http://www.marianne.net

 

Contre l’évasion fiscale, il faut une riposte majeure

Jeudi 05 Mars 2015 à 5:00

Marie-Noëlle Lienemann

Marie-Noëlle Lienemann est sénatrice PS de Paris et ancienne ministre.

 

 

 

Pour la sénatrice socialiste, "il faut désormais des actes, des législations, des outils qui témoignent d’une détermination sans faille" à lutter contre l'évasion fiscale. Elle qui a été membre des deux commissions d’enquête sur la fraude et l’évasion fiscale et sur le rôle des banques et des acteurs financiers dans l’évasion des capitaux, avance six "décisions majeures" à prendre d'urgence comme la "protection des lanceurs d'alerte".

 

Martial Trezzini/AP/SIPA

 

Il y a près d’un mois, le scandale HSBC (dit SwissLeaks) éclatait. Puis l’on a appris que des entreprises publiques, elles aussi, faisaient de « l’optimisation fiscale » pour payer moins d’impôts en France. Ce coup de projecteur, rendu possible par une poignée de courageux, nous oblige. Il nous oblige à passer de la stupéfaction à l’action.

Certes, après l’affaire Cahuzac, un renforcement de la législation et la création d’un parquet financier ont constitué une première étape. Mais nous sommes encore loin du compte et ces nouveaux scandales sont là pour nous le rappeler. C’est bien parce que les institutions bancaires ne se sentent pas inquiétées qu’elles participent aussi activement à l’affaiblissement de nos Etats, en pillant leurs recettes et en obérant leurs capacités d’intervention. L’effort fiscal pèse alors sur les citoyens et entreprises qui n’ont pas les moyens de ces contournements, ou qui jugent civique et légitime de payer leur contribution à la vie du pays. Il en va du pacte républicain.

Ces scandales ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan d’opacité financière : 180 milliards d’euros, pour un seul établissement bancaire, sur une période de deux ans à peine, sur les comptes de quelques 130 000 fraudeurs. Parmi ceux-là et à côté, 590 milliards d’euros d’avoirs français seraient dissimulés dans les paradis fiscaux et s’agissant des entreprises françaises une perte de recettes estimée entre 60 et 80 milliards d’euros par an, soit peu ou prou le budget de l’Education nationale.

Les coups de menton ne suffisent pas. Il faut désormais des actes, des législations, des outilsLors du discours du Bourget, François Hollande avait frappé les esprits en indiquant que « son véritable adversaire, c’est le monde de la finance ». Or c’est bien la finance qui nous a déclaré la guerre, aux Etats, aux peuples, avec des dispositifs toujours plus ingénieux d’évasion fiscale, avec des mécanismes chaque jour plus réactifs qui anticipent nos législations.

Symbole de la toute-puissance de la finance sur les Etats, l’ampleur de l’évasion fiscale et l’incapacité à la combattre révèle notre faiblesse collective. Une guerre nous est déclarée, et nous n’y répondrions pas. Dans le contexte de crise économique et sociale, d’affaiblissement du périmètre de l’intervention publique du fait des programmes d’austérité, cette faiblesse devient coupable.

Voilà un des champs d’action majeur où l’autorité de l’Etat doit être rapidement restaurée. Les coups de menton, les déclarations comminatoires ne suffisent pas. Il faut désormais des actes, des législations, des outils qui témoignent d’une détermination sans faille, immédiate et inscrite dans la durée : il faut des résultats.

Certes, une action européenne s’impose et la France doit prendre la tête de ce combat décisif pour l’avenir de l’Union européenne, mais elle a aussi des dispositions majeures à prendre dans l’Hexagone en se libérant du poids des lobbys bancaires si puissants au sommet de l’Etat et dans la citadelle de Bercy.

Comment supporter que certains de nos voisins cautionnent d’abriter de grandes lessiveuseNous devons faire de l’Europe une zone sans fraude. Comment supporter que certains de nos voisins cautionnent d’abriter de grandes lessiveuse où se mêle l’argent du grand banditisme, du terrorisme, avec celui de l’évasion fiscale organisée et encouragée ? Comment accepter que les multinationales jouent des divisions à l’intérieur de notre continent pour renforcer leur profit au détriment des citoyens ? Mais pour inverser la donne, le temps sera long.

En premier lieu, la France doit soutenir, vraiment, la création de la taxe sur les transactions financières et sur l’ensemble d’entre elles, ce qui permettrait de mieux connaître les flux et donc de mieux les contrôler, sans compter les recettes générées. Quand on voit les jeux de dupes et les retards accumulés sur ces sujets au niveau européen, on mesure qu’on ne saurait se contenter d’attendre les calendes grecques.

Alors il faut ouvrir une ère nouvelle en France dans le combat contre la fraude fiscale et rendre plus difficile la prétendue optimisation fiscale, qui n’est autre qu’une fraude fiscale rendue possible par les failles du système. L’expérience récente a montré que six décisions majeures s’imposaient ici et maintenant :

1) Faire sauter le « verrou de Bercy », en mettant fin au monopole des poursuites de l’administration fiscal. Depuis 2013, la Cour des comptes a averti le gouvernement que cette particularité était « préjudiciable à l’efficacité de la lutte contre la fraude fiscale ». Cessons de préférer la transaction à la répression. Seules 103 actions en justice auraient été engagées sur les 3 000 Français que contient la liste HSBC. La fraude fiscale ne peut plus être le seul domaine où la justice n’a pas l’initiative des poursuites judiciaires. Il faut pour ce faire renforcer les parquets financiers et instaurer un lien direct entre l’action des agents fiscaux et les procureurs dès qu’une fraude est constatée.

2) Protéger les lanceurs d’alerte. Un cadre protecteur, de type autorité administrative indépendante qui incite et sécurise, doit voir le jour. La législation a certes évolué mais sans donner de réelle perspective attractive. Il faut garantir une immunité à ceux qui se verraient poursuivis en révélant des informations contraires aux intérêts privés ainsi dérangés mais favorables à l’intérêt général.

3) Créer une task force contre l’opacité financière et un haut-commissariat à la protection des intérêts financiers publics. Un groupe opérationnel, de type pôle interministériel, qui réunisse les personnels compétents des ministères concernés (Finances, renseignement, Intérieur, etc.) et prenant appui sur l’expertise des lanceurs d’alerte, serait un atout décisif et réactif pour notre pays. sur un plan plus global, La commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion fiscale préconisait en octobre 2013 la création d’un haut-commissariat qui aurait aussi cette fonction de veille et d’anticipation pour adapter au plus vite nos textes législatifs et réglementaires.

4) Mettre en œuvre des sanctions dissuasives pour les établissements bancaires qui jouent le jeu de l’évasion fiscale. Instaurons une obligation systématique, pour les établissements bancaires étrangers qui ont des relations avec les banques françaises ou une filiale en France, de déclarer à l’administration fiscale l’identité, les soldes et les montants transmis des ressortissants personnes physiques ou morales ayant un compte dans leur établissement à l’étranger. Sans attendre la mise en œuvre de l’échange automatique d’informations, prenons cette mesure qui ne sera efficace que si elle est assortie de sanctions en cas de manquements comme le retrait de la licence bancaire de l’établissement fautif. De la même manière, le démarchage pratiqué dans ces établissements doit être un délit d’incitation à la fraude.

5) Engager la deuxième étape de la loi de séparation des activités bancaires et obliger le cantonnement des filiales toute activité bancaire réalisée avec des contreparties situées dans les paradis fiscaux, avant leur interdiction qu’il faut obtenir au plus vite au niveau européen. On mesure le chemin qui reste à parcourir quand on voit que les Bermudes et Jersey viennent d’être retirés de la liste des Etats non coopératifs en matière fiscale !

6) Dénoncer et renégocier la convention fiscale bilatérale avec le Luxembourg, la Belgique, mais aussi avec d’autres pays de l’UE. Des mesures offensives doivent être prises sur les prix de transferts et la mise en œuvre du droit de suite. Les décisions fiscales doivent être prises à l’unanimité des Etats membres et ne sont pas de compétence communautaire directe. Ce sont bien des échanges bilatéraux qui organisent nos règles mutuelles. La récente « affaire McDonald's » montre l’urgence d’une initiative politique majeure qui oblige les Etats européens à sortir de leur coupable hypocrisie.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 18:15

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Sivens : les dernières heures de la ZAD

Photographe : Romain Etienne / Item

 

 

Ce 6 mars 2015, exactement 120 jours après la mort de Remi Fraisse, les derniers occupants de la Zad de Sivens ont été évacués par les forces de l'ordre. Ils s'étaient installés là durant l'été 2014, pour protéger la zone humide du Testet menacée par le projet de construction d'un barrage. Ils avaient reçu, lors du week-end des 25 et 26 octobre, le soutien de plusieurs milliers de personnes – parmi lesquelles José Bové, Pascal Durand et Jean-Luc Mélenchon. Ce 6 mars, le conseil général du Tarn a voté, par 43 voix sur 46, la construction d'un barrage, de taille réduite (lire ici).

 

  1. 01

    © Romain Etienne / Item

    Vendredi 6 mars, en début d'après-midi. Regroupés en chaine humaine autour du lieu où Remi Fraisse est mort en octobre dernier, tué par un gendarmes, les derniers occupants de la “zone à défendre” (la ZAD) sont encerclés par les gendarmes mobiles et patientent dans une ambiance calme.

    •  
    •  
  2. 02

    © Romain Etienne / Item

    Quelques heures auparavant, ce vendredi 6 mars au matin, le sourire de certains agriculteurs opposés à la présence des Zadistes sur le site de Sivens annonçait la future évacuation de la zone.

    •  
    •  
  3. 03

    © Romain Etienne / Item

    Dans sa cabane, un opposant au barrage profite de ses derniers instants sur la ZAD.

    •  
    •  
  4. 04

    © Romain Etienne / Item

    Les opposants observent l'arrivée des forces de l'ordre. Plus de 300 gendarmes mobiles et unités spéciales ont été deploye sur le site « occupé ce matin par une quarantaine d’opposants au projet » précisait un communiqué du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve.

    •  
    •  
  5. 05

    © Romain Etienne / Item

    Vers 13h, ils ne restent qu'une vingtaine d'habitants de la ZAD, regroupés autour du lieu où Remi Fraisse est mort en octobre dernier.

    •  
    •  
  6. 06

    © Romain Etienne / Item

    Certains opposants décident de quitter les lieux avec quelques affaires.

    •  
    •  
  7. 07

    © Romain Etienne / Item

    Les gendarmes procèdent aux exactions, les opposants ont refusé toute violence mais mais la douleur de se faire expulser est trés forte.

    •  
    •  
  8. 08

    © Romain Etienne / Item

    En fin de journée, précise un communiqué du ministère de l'intérieur, « 21 individus ont été interpellés, pour des faits de violence ou pour attroupement interdit après sommation ».

    •  
    •  
  9. 09

    © Romain Etienne / Item

    Les quatres derniers opposants étaient refugiés sur une tour de plus de six mètres de haut.

    •  
    •  
  10. 10

    © Romain Etienne / Item

    Certains descendent par leur propre moyen de peur d'un accident.

    •  
    •  
  11. Les gendarmes ont saisi du matériel des habitants de la ZAD. L'expulsion des occupants s'est déroulée sans affrontement avec les forces de l'ordre.

     

    Source : http://www.mediapart.fr

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 17:52

 

Source : http://www.reporterre.net

 

A Sivens, Hollande se sert des milices d’extrême-droite - comme en Grèce l’avait fait Samaras

Yannis Youlountas

vendredi 6 mars 2015

 

 

 

François Hollande se sert de milices d’extrême-droite pour mater la révolte contre le barrage absurde de Sivens. En Grèce, le gouvernement néo-libéral avait aussi recouru à cette méthode de guerre civile : « Une escalade violente, calculée et dangereuse ».

 

De juin 2012 à janvier 2015, le premier ministre grec Antonis Samaras avait régulièrement utilisé une méthode déjà connue auparavant, mais devenue avec lui un principe de gouvernement durant 30 mois. Elle consistait essentiellement à se servir des milices d’extrême-droite comme de forces supplétives de police pour :

. fabriquer le chaos ;
. organiser des destructions illégales ;
. répandre la violence et la peur dans les zones alternatives ;
. couper ces zones de leurs soutiens et sympathisants ;
. distiller la confusion dans les mass-médias.

Puis, il ne lui restait plus qu’à se présenter, dans l’opinion publique, comme le seul rempart contre ce chaos et à justifier la destruction finale par étapes de tout ce qui pouvait le déranger.

Cette méthode était également utilisée durant des manifestations délicates, comme le prouvent de nombreuses vidéos montrant des militants d’Aube dorée [parti d’extrême-droite grec, NDLR] invités à combattre les insurgés sous le regard bienveillant de la police grecque, et même, souvent, directement à ses côtés et en suivant ses conseils.

Durant les émeutes de décembre 2014, marquée par la grève de la faim de Nikos Romanos et de nombreuses occupations et manifestations sur tout le territoire, Antonis Samaras a cru une dernière fois pouvoir utiliser cette méthode pour échapper à la montée en puissance de la protestation et reprendre le contrôle de l’opinion publique. Sûr de lui, il a donc annoncé des élections anticipées et s’est présenté encore une fois en rempart de l’ordre soit-disant protecteur contre un chaos qu’il avait lui-même provoqué en interdisant au jeune prisonnier Nikos Romanos de poursuivre ses études au-delà du bac.

La suite de l’histoire, vous la connaissez, conclue par son départ le 26 janvier 2015.

Vu l’aggravation quotidienne de la situation sur la ZAD du Testet et aux alentours, notamment le risque imminent d’une seconde victime quatre mois après la mort de Rémi Fraisse, il est urgent de démasquer la stratégie de François Hollande et de ses collaborateurs, à commencer par Thierry Carcenac.

Il est de notre responsabilité à tous de montrer le vrai visage du pouvoir en France : un pouvoir machiavélique, qui se sert des milices pro-barrages...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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