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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 18:32

 

Source : http://www.challenges.fr

 

 

Taxe sur les transactions financières: ce magot dont la France ne veut pas

 

Par Etienne Goetz

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Publié le 09-03-2015 à 18h42

 

 

36 milliards d'euros, c'est ce que rapporterait une taxe sur les transactions financières, selon une étude de l'institut allemand DIW. La France bloque les négociations. Voici pourquoi.

 

L'ancienne Bourse au Palais Brongniart à Paris
 (c) Afp

 

  • D'après une nouvelle étude allemande, la taxe sur les transactions financières rapporterait entre 14 et 36 milliards d’euros à la France.
  • Encore aucun accord n’a été trouvé entre les 11 pays européens de la coopération renforcée pour instaurer une telle taxe.

Les rapports se suivent et se ressemblent. Tous disent la même chose: une taxe sur les transactions financières (TTF) rapporterait des milliards aux Etats européens. Et pourtant rien ne se passe, les négociations sont toujours au point mort. A qui la faute? En grande partie à la France où Bercy freine des quatre fers pour protéger les banques françaises très actives notamment sur le marché des produits dérivés.

De son côté, l’Allemagne met la pression sur la France à coup d’études successives en exposant aux yeux de tous le pactole que générerait une telle taxe. Ce n'est donc pas un hasard si l’institut de recherche économique allemand DIW vient d’en publier une nouvelle à la veille d'une réunion Ecofin (même s'il n'y aura pas de point TTF à l'agenda avant avril ou mai).

Les conclusions de cette étude, commandée par les sociaux-démocrates allemands du SPD, sont impressionnantes: les recettes sont comprises entre 14 et 36 milliards, rien que pour la France. Jusqu'à 45 milliards pour l'Allemagne.

Voici l’histoire des (récentes) négociations et du rôle de la France dans leur blocage. Cette histoire se joue pour l'instant en trois actes. Mais promis, elle se terminera avant fin 2016.

Le premier coup est lancé par l’Allemagne avec une étude commandée par le gouvernement allemand auprès de l’institut Copenhagen Econommics qui estimait les recettes fiscales pour l’Allemagne au minimum à 17,6 milliards d’euros. Pouvant aller jusqu’à 28,2 milliards d’euros!

Cette étude ayant fuité début septembre dans la presse allemande ne concernait que l’Allemagne. Mais c’était une manière délicate de dire à la France: "faites vos calculs, et arrêtez de dire que ça ne vaut pas la peine."

Bercy n’a jamais officiellement répondu à cet appel. Challenges s’en est chargé à sa place, avec Sia Partners. Et les résultats sont tout aussi incroyables: jusqu’à 24,4 milliards d’euros! Certes, ces recettes sont théoriques, car elles ne prennent en compte aucune baisse d’activité liée à l’introduction de la taxe. Mais même avec une baisse de 50% du volume des transactions, le montant des recettes fiscales s’élève à 9,6 milliards d’euros.

Pas de quoi laisser insensible un gouvernement constamment à la recherche de recettes ou d'économies pour boucler son budget dans les clous imposés par Bruxelles. Face à l'argument budgétaire, Michel Sapin a répondu que "la taxation n’est pas forcément faite pour rapporter, mais pour dissuader", car "la TTF doit permettre de lutter contre la mauvaise finance."

Quelques jours avant la réunion Ecofin de novembre, rassemblant les ministres de Finances de la zone euro, Michel Sapin a tenté de revoir à la baisse les ambitions européennes dans les colonnes du journal Les Echos. Dans une tribune titrée, "cessons de tergiverser" le ministre français des Finances proposait d’appliquer la taxe sur les transactions financières aux seules actions cotées et à certains CDS, des contrats d'assurance contre le défaut de paiement d'une valeur.

Il s’agit d’une taxe bien en-deçà des ambitions européennes comme l’avoue Michel Sapin du bout des lèvres: "certains les ont considérées comme a minima". Tout en insistant "Je préfère une TTF qui aurait un produit limité au-delà des actions mais qui soit efficace et effective et qui progressera, plutôt qu'une très belle idée, mais qui restera dans les nuages".

Quoi qu’il en soit, Michel Sapin a reçu un refus sec de ses homologues européens. Notamment de l’autrichien Hans Jörg Schelling. Ce dernier a indiqué qu'il n'avait "pas accepté la proposition française" et qu'il avait présenté sa propre proposition, prévoyant "d'inclure tous les produits financiers, sauf les obligations souveraines".

A Bruxelles, quand on ne trouve pas de terrain d’entente, on remet ça à plus tard en promettant qu’on va trouver une solution tout en réaffirmant qu'on prend très au sérieux l'échéance qu'on s'est fixé.

Michel Sapin a donc plaidé pour que la taxe entre en vigueur comme prévu début 2016, jugeant important "d'avancer, même en faisant un pas", car "le pire danger, c'est qu'elle ne se fasse pas".

Dernière étude en date, celle du très sérieux institut allemand DIW. Cette fois, le travail a été commandé par le groupe du SPD au Bundestag (le parlement allemand) et publié ce lundi 9 mars dans la presse allemande à quelques jours d’une nouvelle réunion Ecofin.

D’après les calculs de l’institut, la taxe sur la base du modèle de la Commission européenne pourrait rapporter à l’Allemagne entre 19 et 45 milliards d’euros. Et puis comme la France n’a toujours pas évalué l’impact du projet de la commission, l’Allemagne a fait le travail pour elle. Les recettes pour la France sont également calculées. En France, la taxe sur les transactions financière pourrait rapporter entre 14 et 36 milliards d’euros.

 

 

Source : http://www.challenges.fr

 

 

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 18:16

 

Source : http://www.leparisien.fr

 

Hôpital : la mise en garde des renseignements généraux

Daniel Rosenweg | 10 Mars 2015, 07h47 | MAJ : 10 Mars 2015, 08h00

 

Une note confidentielle de policiers et de gendarmes du service central du renseignement territorial l'annonce : les urgences hospitalières, saturées, sont au bord de l'implosion sociale.

 

Cette note a été adressée à la présidence de la République, au Premier ministre, aux ministères de la Santé et de l’Intérieur.Elle dresse le tableau de l’hôpital français au bord de la crise de nerfs.

 

C'est une note confidentielle datée du 5 mars. Elle a été rédigée par le service central du renseignement territorial du ministère de l'Intérieur, constitué de policiers et de gendarmes. Un « état des lieux » des services d'urgences des hôpitaux à « diffusion restreinte ».

Il a été adressé aux plus hautes autorités (présidence de la République, Premier ministre, ministères de la Santé et de l'Intérieur) et pourrait bien révéler le prochain gros dossier de la ministre de la Santé.

« Le service des urgences malade d'un engorgement massif », est-il ainsi écrit en tête du premier paragraphe. Au point, précise la note, que « selon les syndicats, ce secteur semble au bord de l'implosion ».

Pas question de salaires, dans cette analyse, mais de la mise en lumière d'une dégradation des conditions de travail qui a déjà fait naître ici et là des mouvements de grève. Le plus souvent, la réduction du nombre de lits — pourtant en nombre élevé en France comparé à nos voisins européens — est évoquée comme contribuant, selon la note, à « saturer les services hospitaliers d'urgence ainsi que les unités d'hospitalisation de courte durée, en particulier avec les patients âgés ».

Ce document, que notre journal s'est procuré, cite ainsi les cas des hôpitaux de Lens (Pas-de-Calais), en grève depuis le 18 février, d'Orléans-la-Source (Loiret), où l'ensemble du personnel paramédical des urgences est en grève illimitée depuis le 1 er mars. Les cas du Mans (Sarthe), de Roanne (Loire) sont également évoqués... Sans compter la saturation des hôpitaux consécutive à la récente épidémie de grippe. A titre d'exemple, dans la région Poitou-Charentes, celle-ci n'a épargné « aucun des hôpitaux, que ce soit à Poitiers, Angoulême, La Rochelle, Niort ou encore Thouars ».

Et la note de mettre en garde contre un risque social : « Compte tenu de la fragilité économique des établissements hospitaliers et des annonces de restrictions budgétaires, quelques mouvements de protestation pourraient prendre corps. »

Interrogée sur ce document, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, veut relativiser : « L'hiver est une période de grande fatigue pour le personnel des urgences qui a été confronté cette année à une épidémie de gastro à Noël, puis une importante épidémie de grippe. Il peut y avoir des situations de crise localement, nous les avons identifiées, nous les suivons de près avec les agences régionales de santé. »

La ministre met aussi en avant « le travail conduit depuis un an avec les urgentistes pour régler, notamment, le problème des lits et fluidifier le parcours des patients ». Elle rappelle aussi l'accord, signé le 23 décembre, après un jour de grève, qui instaure un paiement des heures supplémentaires effectuées au-delà de 39 heures et jusqu'à 48 heures hebdomadaires.

Il reste la note et son constat. Elle parle de manque de médecins dans les maisons de retraite, de manque de disponibilité des médecins de ville, de moins en moins nombreux... Un vrai chantier. Difficile à conduire à l'heure des économies.

 

« Pas question de supprimer des emplois »
La France doit faire 10 Mds€ d'économies sur ses dépenses de santé d'ici à 2017, dont 3 Mds€ à l'hôpital. « Libération » a dévoilé hier l'existence d'un « kit » expliquant aux agences régionales de santé comment atteindre cet objectif, précisant que « 22 000 postes pourraient être supprimés ». « Je ne sais pas d'où sort ce chiffre », réplique Marisol Touraine, que nous avons interrogée. La ministre de la Santé assure au contraire que « l'hôpital va recevoir 1,5 Md€ de plus en 2015 ! Et entre 2012 et 2013, nous avons créé 30 000 postes de médecins et personnels non soignants à l'hôpital. Les autorisations de dépenses des hôpitaux sont en hausse, mais elles progressent moins vite ! Nous surveillons la masse salariale mais, je le répète, pas question d'y supprimer des emplois ».





 

 

Source : http://www.leparisien.fr

 

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 17:38

 

 

Chaine humaine

antinucléaire

samedi 14 mars à 14h

 

 

TRICASTIN-MARCOULE-CADARACHE

 

 

Pour s'opposer à la construction du réacteur Astrid à Marcoule,

Réacteur dit de 4ième génération destiné à relancer la filière plutonium, la plus dangereuse qui soit. A la suite de Phénix et de Superphénix dont on connait le fiasco, le refroidissement d'Astrid serait assuré par le sodium liquide qui explose au contact de l'eau et s'enflamme à celui de l'air...

 

Pour appeler à l'arrêt du nucléaire civil et militaire.

Moins de gaz à effet de serre avec moins d'énergie nucléaire OUI, c'est possible OUI, pour une transition énergétique SANS NUCLEAIRE

 

Rejoignez nous, inscrivez vous- RENDEZ VOUS A L’ENTREE DE ST ETIENNE DES SORTS

Chaine humaine fléchée en centre ville (suivre RECH chaine humaine)

 

Des départs groupés sont prévus:

De Nîmes-12h30 au parking des 7 Collines:061533613/0670469148

D'Uzès A 12h parking du Refuge : 0626477771

D'Alès A 12h parking Point P (Matériaux) Montée de Silhol : 0466305686

Prévoyez gilets jaunes et pique-nique

CHANG Collectif Halte aux Nucléaires Gard

 

www.chainehumaine.fr www.facebook.com/chainehumaine.fr

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 17:30

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Malgré les risques, le Japon s’obstine à vouloir rebrancher ses réacteurs nucléaires

10 mars 2015 | Par Frederic Ojardias

 

 

 

La totalité des réacteurs nucléaires du Japon est à l’arrêt depuis septembre 2013. Mais le gouvernement de Shinzo Abe veut à tout prix relancer ses centrales, au mépris des nombreux risques et des populations locales qui estiment que les leçons de Fukushima n’ont pas été retenues.

 

De notre correspondant en Corée du Sud.- Le 22 février 2015, une nouvelle fuite hautement radioactive est détectée sur la centrale dévastée de Fukushima. Une eau 70 fois plus radioactive que le reste du site se déverse dans l’océan. Une défaillance de plus sur ce champ de ruines nucléaires, théâtre d’un cauchemar qui n’en finit pas : 6 000 ouvriers soumis à de fortes radiations quotidiennes, un démantèlement dangereux qui devrait prendre 40 ans, et, selon Greenpeace Japon, 120 000 « réfugiés nucléaires » qui ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.

L’opérateur Tepco (Tokyo Electric Power Company) utilise chaque jour 300 tonnes d’eau pour refroidir ce qui reste du cœur et des barres de combustibles fondues des trois réacteurs. 370 000 tonnes de ces eaux hautement contaminées sont entreposées dans plus d’un millier de citernes gigantesques, dont la fiabilité inquiète l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Chaque mois, des dizaines de nouveaux réservoirs sont construits. Les estimations du coût total de la catastrophe du 11 mars 2011 varient. En 2011, le gouvernement a avancé le chiffre de 257 milliards de dollars.

 

Les réservoirs installés par Tepco à Fukushima

Les réservoirs installés par Tepco à Fukushima © Reuters

 

Ce tableau apocalyptique ne semble pourtant pas dissuader le gouvernement du conservateur Shinzo Abe de vouloir reprendre dès cette année le chemin de l’atome. Depuis septembre 2013, le Japon est de facto non nucléaire : la totalité de ses 48 réacteurs en état de fonctionnement est à l’arrêt. Mais depuis fin 2014, les autorités de sûreté nucléaire ont donné leurs premiers feux verts pour la relance de quatre réacteurs : deux réacteurs de la centrale de Sendai, située sur l’île de Kyushu – dans le voisinage d’un volcan toujours actif – et deux réacteurs de la centrale de Takahama, dans la préfecture de Fukui.

Les sondages montrent pourtant de façon consistante qu’une majorité de Japonais s’opposent à une reprise du nucléaire. Plusieurs anciens premiers ministres ont tiré à boulets rouges sur l’entêtement atomique de Shinzo Abe. « Les centrales nucléaires sont des bombes à retardement », accuse par exemple Junichiro Koizumi (en fonction de 2001 à 2006). Dans un Japon soumis à de fréquents séismes et aux nombreux volcans actifs, « elles ne peuvent jamais être sûres ». Naoto Kan, premier ministre lors de l’accident de Fukushima, a déclaré lors d’une audition parlementaire en 2012 que le désastre avait failli provoquer l’évacuation de la capitale Tokyo et de ses 30 millions d’habitants, ce qui aurait provoqué « l’effondrement » de la nation. Naoto Kan en conclut que les conséquences d’un accident nucléaire sont « trop importantes » pour en accepter le risque.

« Ni le gouvernement, ni les compagnies d’électricité, n’ont tiré la moindre leçon de Fukushima », martèle Kazue Suzuki, de Greenpeace Japon. Une accusation reprise par bon nombre de gouverneurs locaux, opposés à la relance des centrales situées dans leur préfecture. Mais Shinzo Abe cherche à dédramatiser. En octobre dernier, pour dissiper les peurs et rassurer les consommateurs, il convoque les caméras pour déguster une tranche de poulpe pêché au large de Fukushima. Sa réélection sans réelle opposition le 14 décembre le conforte dans ses ambitions… soutenu par le très puissant lobby pro-atome, surnommé le « village nucléaire » (genshiryoku mura), constitué d’industriels, de politiciens, de bureaucrates et des dix puissantes compagnies d’électricité détentrices, chacune, d’un monopole régional.

Pourquoi une telle obstination ? Le premier argument avancé est économique. Avant la catastrophe de mars 2011, 28 % de l’électricité japonaise était nucléaire. Depuis l’arrêt des réacteurs, selon le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI), les factures d’électricité des particuliers ont bondi de 20 %. Celles des entreprises, de 30 %. « Le Japon gaspille 40 milliards de dollars par an pour importer du gaz, du charbon et de l’essence destinés à pallier l’arrêt du nucléaire. Cela représente 100 millions de dollars par jour ! » explique à Mediapart Nobua Tanaka, ancien directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et professeur à l’université de Tokyo. « Pour la réussite des Abenomics (la politique économique de Shinzo Abe - ndlr), il est urgent de mettre fin à ce gaspillage. »

Le Japon possède déjà une dette publique colossale, estimée à 230 % du PIB. Malgré la chute des prix du pétrole, l’archipel a affiché un déficit commercial record en 2014 : 97 milliards d’euros. Un déficit en hausse de 11,4 %, aggravé par l’augmentation des importations de gaz et de pétrole. Le Japon ne possède aucune ressource naturelle et ses importations d’énergie constituent un problème stratégique vital.

Relancer le nucléaire représente donc une solution très avantageuse et peu coûteuse à court terme. Les centrales sont déjà construites et déjà amorties. Leur personnel est qualifié et sait les exploiter. Un redémarrage (probable) des réacteurs les plus sûrs (la moitié environ) permettrait de retrouver les deux tiers de la production nucléaire pré-Fukushima.

 

Visées commerciales

Tokyo fait aussi de l’atome un enjeu de sécurité nationale. « Le Japon dépend lourdement des énergies fossiles venues du Moyen-Orient. C’est une région très instable : il y a la Syrie, le Yémen, l’organisation de l’État islamique. Le gaz et le pétrole sont importés via le détroit d’Ormuz. En cas de conflit, une grave crise économique aura lieu », s’alarme Nobuo Tanaka. Ce dernier défend un retour à 30 % de nucléaire dans le « mix énergétique » nippon, le raccordement aux réseaux électriques sud-coréens et russes pour échanger de l’électricité en cas d’urgence, et le développement de réacteurs nucléaires de 4e génération, plus sûrs. « Le Japon a été un modèle d’utilisation pacifique de l’énergie atomique. Pourquoi ne pas continuer ? »

Le lobby nucléaire assure, unanime, que les leçons de Fukushima ont été retenues. La réglementation a été revue. Les normes de sécurité ont été renforcées, notamment pour mieux résister aux catastrophes naturelles : murs antitsunamis plus élevés, installation de portes étanches, groupes électrogènes disséminés sur les sites pour assurer l’alimentation des systèmes de refroidissement en cas de black-out (cause du désastre à Fukushima). L’organisation de sûreté japonaise, autrefois un simple département ministériel, est devenue en septembre 2012 – comme c’est le cas en France – une agence en théorie indépendante du pouvoir politique et économique, même si ses cinq commissaires sont nommés par le gouvernement et le parlement. C’est cette autorité de régulation nucléaire (ARN) qui étudie à présent les nombreuses demandes de redémarrage des réacteurs.

Les experts pro-nucléaires estiment que ces nouvelles règles sont satisfaisantes. Est pris pour exemple le séisme de 2007 à Niigata : supérieur aux normes maximales prévues, il n’avait pas endommagé les réacteurs de la centrale voisine de Kashiwazaki, la plus grande du monde (même si une petite fuite radioactive avait été détectée). « Si les précautions avaient été suffisantes, la centrale de Fukushima aurait tenu », renchérit Nobuo Tanaka. « Il y a eu des erreurs humaines. Mais je ne pense pas que Tepco ni le gouvernement répéteront ces erreurs. »

Le village nucléaire a aussi des visées commerciales : les fabricants japonais de réacteurs, Toshiba, Hitachi et Mitsubishi (associé avec le français Areva dans la joint-venture ATMEA) deviendraient beaucoup moins crédibles sur les marchés étrangers si le Japon devenait non nucléaire…

Face à ce lobby se trouve une opposition disparate, qui peine à se rassembler et à se faire entendre politiquement. Elle ne manque pourtant pas d’arguments. « Le désastre de Fukushima montre qu’un accident peut toujours arriver. Mais les plans d’urgence mis au point par les gouvernements locaux ne sont pas suffisants. Les réacteurs restent vulnérables en cas de black-outs, qui peuvent être provoqués par un séisme, une éruption volcanique, des inondations… Une culture de la sécurité défaillante a été mise en évidence, mais je ne vois aucune amélioration. Je crains un nouveau désastre de l’ampleur de Fukushima », s’inquiète Kazue Suzuki, de Greenpeace.

Les problèmes qui s’accumulent sur le chantier de Fukushima sont brandis comme des épouvantails. Les solutions technologiques mises en place sont de plus en plus coûteuses et incertaines, comme cette construction d’un « mur de glace » souterrain de 30 mètres de profondeur, entourant les réacteurs et destiné à empêcher les eaux radioactives d’atteindre les nappes phréatiques. Sa mise en réfrigération est prévue pour mai. De façon surprenante, Tepco semble s’en sortir en toute impunité : l’opérateur prévoit des bénéfices en 2015, comme en 2014. Les procureurs de Tokyo ont annoncé fin janvier – en pleine crise des otages japonais de Daech – l’absence de poursuite contre ses dirigeants, faute de preuves.

 

 

Vidéo expliquant le principe de fonctionnement du mur de glace

 

L’opposition de la majorité de la population à l’atome ne se traduit pas politiquement : le nucléaire n’a pas du tout été un enjeu de l’élection de décembre. Les résistances plus farouches prennent place (sans surprise) dans les zones autour des centrales, dont les habitants refusent le risque de devenir à leur tour des réfugiés nucléaires. Le refus des autorités locales, peu satisfaites des feux verts distribués par les autorités de sûreté, constitue un point de blocage majeur, qui devrait encore faire traîner pendant des mois la relance des réacteurs.

L’argument du coût est central : pour les antinucléaires, le coût réel de l’énergie atomique est beaucoup plus élevé que les chiffres officiels, si les calculs prennent en compte les futurs démantèlements, le traitement des déchets, ou encore les subsides gouvernementaux donnés aux municipalités qui acceptent l’installation d’une centrale. Pour Kazue Suzuki, le coût de démantèlement d’une centrale, évalué par le METI entre 420 et 560 millions d’euros, est « énormément sous-estimé ».

Une proposition en septembre du gouvernement de garantir les prix de l’électricité nucléaire et de faire payer la différence avec son coût réel par le contribuable est accusée de constituer en pratique une forme de subvention pro-atome. Dans un éditorial accusateur, le quotidien Japan Times souligne qu’avec cette suggestion, « le gouvernement reconnaît en réalité que l’énergie nucléaire n’est plus une source d’énergie compétitive économiquement ».

 

Pressions des industriels

Les critiques font remarquer que cet entêtement du gouvernement à maintenir le cap nucléaire représente une immense opportunité gâchée : celle de changer radicalement de paradigme énergétique et de passer à des pratiques de production et de consommation écologiques et durables. Même privé de l’atome pendant plus d’un an, le Japon a réussi à éviter toute coupure d’électricité majeure. Un rapport de Greenpeace calcule que les efforts consentis par la population pour consommer moins ont permis une réduction de la demande d’électricité équivalente à la production de 13 réacteurs nucléaires par an ! « Il y a encore énormément de place pour des économies d’énergie et une meilleure efficacité », confie Kazue Suzuki. « En particulier en ce qui concerne l’isolation des maisons, des bâtiments publics et des entreprises. 55 % des foyers japonais étaient considérés comme mal isolés en 2011, et je soupçonne qu’il n’y a eu aucune amélioration depuis. »

Deux ans seulement après le désastre de Fukushima, le Japon avait réussi à doubler sa capacité de production d’énergie solaire. L’augmentation rapide de la quantité d’électricité produite par le renouvelable est désormais équivalente à trois réacteurs nucléaires par an. Les efforts gouvernementaux en faveur du renouvelable ont été stoppés net par le retour aux affaires de Shinzo Abe en septembre 2012. Qu’importe : ce sont désormais des « myriades » de communautés locales qui investissent dans des projets de « résilience » fondés sur des technologies renouvelables et de « distribution intelligente » (smartgrid), s’enthousiasme Andrew DeWit, professeur à l’École de politique publique de l’université Rikkyo.

Ce spécialiste de l’énergie met aussi en avant l’exemple de Komatsu : le géant japonais de la construction a mis en œuvre après Fukushima une politique agressive de réduction de sa consommation électrique, fondée sur l’énergie solaire, la biomasse, et des technologies permettant d’améliorer sa productivité. Avec des résultats spectaculaires : son usine modèle d’Awasu a réussi à réduire sa demande en électricité de 92 %. « Quelque chose de très profond est à l’œuvre au sein de la société japonaise », explique à Mediapart le chercheur. « Pour le Japon, un modèle énergétique [fondé sur le nucléaire] comme en France n’est plus vraiment envisageable. Ce paradigme est terminé. »

Greenpeace de son côté relève que, depuis 2012, 680 000 nouvelles petites unités de production individuelle d’énergie, notamment solaires, ont été installées, dont 530 000 rien que chez les particuliers. « Chaque mois, 23 000 foyers se transforment en microcentrales d’électricité solaire », se félicite l’ONG, qui conclut : « Cela montre que le Japon peut réussir à obtenir 43 % de son électricité via le renouvelable d’ici 2020. »

Un rapport du prestigieux MIT rappelle que, de façon ironique, les entreprises japonaises avaient effectué des progrès considérables dans la production d’énergie solaire dans les années 1990… mais qu’à partir des années 2000, « ces percées impressionnantes dans le photovoltaïque ont été ignorées parce que les puissantes compagnies d’électricité ont fait pression de tout leur poids politique pour favoriser l’énergie nucléaire. En dépit de la hausse de la demande pour le solaire et des fortes réticences de l’opinion face au nucléaire, le même phénomène pourrait se reproduire ».

 

La méga-usine solaire sur l'île de Kyushu
La méga-usine solaire sur l'île de Kyushu © Reuters

 

En septembre, plusieurs compagnies régionales d’électricité ont ainsi annoncé qu’elles cesseraient d’acheter davantage d’électricité solaire – une catastrophe pour les nombreuses entreprises privées qui ont investi dans des installations photovoltaïques parfois gigantesques (par exemple sur l'île de Kyushu). Mais elles continuent de réclamer l’autorisation de relancer leurs réacteurs. Dans la préfecture de Aomori, J-power a suspendu la construction d’une centrale éolienne tout en redémarrant le chantier du réacteur MOX d’Oma.

En 2016 est cependant attendu un tremblement de terre (figuré, celui-là) qui soulève énormément d’espoirs chez les militants anti-atome : l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence. Cette libéralisation devrait mettre fin aux dix monopoles électriques régionaux. « Dans ces nouvelles conditions, l’industrie nucléaire ne pourra pas survivre sans le soutien et les subventions du gouvernement. Car l’énergie nucléaire n’est pas bon marché, elle n’est pas compétitive », se réjouit Kazue Suzuki. « Je suis enthousiaste à l’idée de cette libéralisation. Je vis dans la région du Kanto, ce qui m’oblige à acheter mon électricité à Tepco. Je veux vraiment changer de fournisseur. J’espère fortement que les gens choisiront eux aussi des sources d’énergie qui ne détruisent pas l’environnement. »

Le « village nucléaire » japonais n’a cependant pas dit son dernier mot et cherchera sans doute à minimiser les effets de cette ouverture des marchés. La lutte entre tenants et opposants au nucléaire au Japon ne fait que commencer.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 17:15

 

 

                                                                                   

 

 

Nouveau rapport TTF :
la France prête à s’asseoir sur 36 milliards d’euros
 

 

Communiqué 9 mars 2015

Aujourd’hui lundi 9 mars 2015, veille du conseil européen des ministres des Finances (ECOFIN), l’Institut Allemand de Recherche Economique (DIW) a publié un rapport annonçant que la taxe sur les transactions financières (TTF) européenne pourrait rapporter des montants encore plus élevés que ceux prévus initialement. Le cabinet d’étude estime en effet que la TTF pourrait rapporter jusqu’à 36 milliards d’euros par an rien qu’en France. Or, selon les informations de AIDES, Attac, Coalition PLUS et Oxfam France, le gouvernement français pousse en ce moment même à Bruxelles pour exempter de la TTF les transactions sur titres étrangers.

Exempter ces transactions coûterait des milliards d’euros aux budgets des États européens engagés dans ce projet, en premier lieu la France. Ce serait autant de financement en moins pour la solidarité internationale, pour l’éradication du sida et l’adaptation au changement climatique des pays les plus pauvres. En réduisant grandement le champ des transactions taxées, cette exemption aboutirait également à priver la TTF d’une grande part de son pouvoir anti-spéculation.

 
Trouble jeu français

L’Institut Allemand de Recherche Economique (DIW) a calculé qu’une TTF uniquement appliquée aux actions pourrait rapporter plus de 2 milliards d’euros par an au niveau français soit 1,2 milliard de plus qu’à l’heure actuelle.

Selon diverses sources bruxelloises proches des négociations européennes, la France continue de demander l’exemption des transactions sur titres étrangers. Elle l’applique d’ailleurs déjà concernant sa propre « mini-TTF » nationale, qui de ce fait ne rapporte que 800 millions d’euros par an. Cette même exemption portée par la France serait une catastrophe pour l’Autriche qui perdrait quant à elle perdrait les ¾ de ses revenus.

Cette position trouble du gouvernement français sur les exemptions à la TTF va à l’encontre des déclarations publiques de François Hollande le 5 janvier dernier qui a affirmé vouloir taxer « tous les produits de la finance ».

 
Evasion fiscale

Autre sujet trouble des négociations européennes : la mise en place de mesures efficaces contre l’évasion fiscale afin que les banques ne puissent pas éviter la TTF, notamment en transférant leurs transactions à Londres.

En effet, la Directive européenne de 2004 sur la fiscalité de l’épargne oblige les banques britanniques à prélever l’impôt français sur les comptes que les Français ouvrent en Grande-Bretagne. Cela permet au fisc français de récupérer la taxe sur l’épargne malgré des délocalisations vers Londres. Il suffirait d’appliquer ce principe existant à la TTF pour empêcher les banques d’échapper à cette taxe en passant par Londres.

Pourtant, la France ne soutient pas cette mesure de bon sens.

 
Des millions de vies en jeu

Les associations AIDES, Attac, Coalition PLUS et Oxfam France rappellent que des millions de vies sont ici en jeu : selon l’ONU, 21 millions de décès par le sida d’ici 2030 et 50 millions de personnes supplémentaires souffrant de la faim d’ici 2050 peuvent être évités si la France et les autres pays riches respectent leurs engagements financiers. A quelques mois de la COP 21 en France, les États n’ont toujours pas respecté leurs promesses en matière, de financement du Fonds Vert pour le climat. La mise en place d’une TTF ambitieuse constitue aujourd’hui un moyen privilégié pour permettre de tenir de tels engagements.

 

Informations complémentaires

Attac France — 2015
Twitter | Facebook | Viméo

 

 

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 17:33

 

Source : http://www.wedemain.fr

 

Nord : treize fermes court-circuitent un supermarché en ouvrant leur propre magasin

Rédigé le 17 Novembre 2014 | Lu 202249 fois

 

 

En lieu et place d'un projet de supermarché, 24 exploitants agricoles ont lancé "Talents de fermes", à Wambrechies, près de Lille. Ce magasin leur permet de vendre leurs produits directement aux consommateurs.

 

Le magasin Talents de Fermes ©Ville de Wambrechies

Le magasin Talents de Fermes ©Ville de Wambrechies

 

«Nous faisions tous de la vente directe sur notre propre exploitation. Mais en nous regroupant au même endroit, nous avons permis au client de trouver tous les ingrédients de ses repas », raconte Danielle Grave, exploitante maraichère de Talents de fermes. Pains, boissons, fruits et légumes, viandes, conserves... Depuis le 19 août, cette SARL (Société à responsabilité limitée) installée à Wambrechies permet à vingt quatre producteurs de vendre directement les produits de leurs exploitations aux consommateurs.

 

« Un ensemble de fermes, regroupées en un seul lieu »

« Cet endroit est un ensemble de fermes, regroupées en un seul lieu. En vingt minutes, le client a ce qu'il lui faut », indique Perrine Dekeukelaire, une autre exploitante. Talents de fermes commercialise uniquement des produits frais et locaux, hormis le vin et les champagnes. « Nous assurons même des permanences sur place pour répondre aux questions de la clientèle », indique Danielle Grave. Les prix des produits, complète-t-elle, se font « en fonction de nos coûts de revient. Nous assurons une qualité qui justifie que, parfois, nos prix soient plus élevés que dans des grandes surfaces. »

En rapprochant les producteurs des clients, ce lieu ouvre de nouveaux débouchés aux agriculteurs, explique Perrine Dekeukelaire : « Nous vendons de plus grandes quantités, à un prix 20 % à 30 % supérieur à celui auquel la grande distribution achetait nos produits. »

 

 

L'impulsion de la mairie

C'est comme une alternative à la grande distribution que ce magasin a été imaginé en 2009. À l'époque, un projet d'implantation de supermarché dans la ville pousse les fermiers à manifester. « Il avait un nom qui portait à confusion, "La ferme du Sart". Les clients auraient cru aller à la ferme, alors que ce supermarché vendait des crevettes de Madagascar ! » raconte Danielle Grave, mobilisée dès le départ.

Le maire de la ville, Daniel Janssens, joue pleinement un rôle d'arbitre. Il veut privilégier la vente de denrées 100% locales. Il décide de soutenir les agriculteurs dans leur combat. Il les encourage à se regrouper en collectif ("L'Union fait la ferme") et s'appuie sur le plan local d'urbanisme (PLU) pour s’opposer à l’ouverture du supermarché. « Les grands magasins importent beaucoup de produits que nous avons déjà sur place. De plus, ils exercent une forte pression sur les producteurs », justifie Daniel Janssens. Fin stratège, le maire modifie par la suite le PLU… pour permettre aux agriculteurs d’ouvrir leur espace de vente collectif !

 

Les producteurs agricoles de "Talents de Fermes" - ©Talents de Fermes

Les producteurs agricoles de "Talents de Fermes" - ©Talents de Fermes

 

Après cinq ans de démarches administratives et de récolte de fonds - 1,3 millions d'euros ont été investis -, Talents de Fermes ouvre ses portes le 19 août 2014. Entre temps, le supermarché contre lequel les agriculteurs se battaient s'est implanté à 15 km, à Villeneuve d'Ascq, sous un autre nom. À noter, ce magasin annonce vendre plus de 50% de produits locaux et que 95% de leurs fournisseurs viennent de la région.

 

 

Un avenir prometteur

Aujourd'hui, Talents de Fermes affiche un chiffre d'affaire quotidien de 5 000 €, accueille 2 000 clients par semaine, emploie 8 salariés et 5 étudiants le week-end. Outre les 24 producteurs associés au sein de la SARL, trente deux "dépôt-vendeurs" y déposent leurs marchandises. La clé du succès ? L'esprit d'équipe, assure Danielle Grave : « L'aspect humain est primordial. Cela a pris du temps, mais aujourd'hui la machine tourne et les clients reviennent. »

Le cas de Talents de Ferme n'est pas isolé en France. « Il y en a de plus en plus de magasins de ce type, s'enthousiasme Danielle Grave. Il en existe plusieurs centaines, de tailles différentes. Uniferme, dans la région Rhônes-Alpes, existe même depuis une trentaine d'année. » Et ce n'est pas fini. Le 13 novembre dernier, un agriculteur d'Amiens est venu visiter Talents de Ferme, visiblement disposé à transposer le concept dans sa ville.

 


Thomas Masson
Journaliste We Demain
Twitter : @Alter_Egaux

 

 

Source : http://www.wedemain.fr

 

 

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 17:15

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Coopérative de transport

Des lignes de bus à des « tarifs populaires » autogérées par les chauffeurs

par Richard Neuville 9 mars 2015

 

 

 

 

C’est l’une des rares coopératives de transports collectifs : en Uruguay, des chauffeurs de bus ont récupéré leur société d’autocars urbains, abandonnée par leurs patrons. Et ça fonctionne ! Des profits sont générés, des emplois sont créés, et les salaires augmentés. De nouvelles lignes de bus sont même ouvertes, malgré l’acharnement des grands patrons des sociétés privées et d’élus hostiles à la coopérative. Les usagers, eux, ont gagné la préservation de « tarifs populaires » accessibles, l’ouverture d’un centre culturel et d’une radio de quartier.

La ville de Colonia del Sacramento, la plus ancienne cité de l’Uruguay fondée par les colons portugais, est surtout connue pour la richesse de son patrimoine historique, qui lui a permis d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995 [1]. Mais au hasard des déambulations dans le centre-ville, l’œil du visiteur est interpellé par l’apparition d’autobus rouge et noir, ornés d’énormes inscriptions latérales « Gestión obrera » (gestion ouvrière). Ces bus desservent la ligne qui relie le centre historique et le quartier Real San Carlos, au nord de la ville. Ils sont gérés par ABC Coop, une entreprise pas comme les autres.

L’histoire d’ABC Coop débute en septembre 2001, quand les premiers signes de la crise économique argentine se répercutent dans le pays voisin. Les propriétaires de l’entreprise, endettés, décident d’abandonner celle-ci, purement et simplement. L’Uruguay entre en récession. Sur la rive d’en face, de l’autre coté du Rio de la Plata, les travailleurs argentins entreprennent la récupération d’entreprises abandonnées par les patrons, pour reprendre la production. Les autocaristes d’ABC décident de les imiter. Devant le risque de perdre leur emploi, ils organisent des assemblées pour débattre de leur avenir et décident d’assumer la gestion de leur entreprise. « La tâche la plus difficile était d’expliquer aux travailleurs que l’unique sortie était de s’organiser, de remettre en marche les moyens de production, et que nous pouvions faire mieux que le patron si nous en étions convaincus », décrira, plus tard, Luis Rivas, secrétaire général de la coopérative [2].

 
Des trajets de bus au « tarif populaire »

Cette même année, sous l’égide du ministère du Travail, un accord est conclu avec le patron qui prévoit la cession, jusqu’en 2006, de trois véhicules et des installations de l’entreprise. Ceci en compensation des salaires impayés. Ce ne fut pas facile : cet accord pouvait créer un précédent. « Nous représentions un risque imminent pour les intérêts du patronat car nous pouvions être un exemple pour les autres travailleurs en montrant que nous pouvions mieux gérer l’entreprise. Pour cette raison, il était nécessaire de nous éliminer », explique Luis Rivas.

Si dans un premier temps, l’affrontement a lieu avec l’ancien propriétaire, après 2001 la coopérative doit livrer une bataille féroce avec les autres entreprises de transport de la ville. En défendant et en appliquant un « tarif populaire », ABC Coop s’oppose systématiquement à toute augmentation de tarifs, préjudiciable pour la population de Colonia. Comme ces tarifs dépendent d’une décision consensuelle prise entre les différentes parties – le service de la mairie et les entreprises –, ABC Coop bloque toute possibilité d’augmentation depuis des années.

 
Entraves du capitalisme de connivence

Ce statu quo aurait d’ailleurs causé un préjudice à l’entreprise Cotuc, qui assurait un service depuis 30 ans dans la ville et qui maintenait des relations étroites avec la mairie. En faillite, Cotuc a créé une nouvelle entreprise Sol Antigua SA, qui obtient immédiatement la concession de trois lignes de bus, alors qu’ABC Coop continue de n’assurer qu’une seule ligne. A chaque fois qu’elle tente de développer ses services, ABC en est empêchée par la municipalité. « Nous étions dans une guerre contre cette entreprise privée concurrente, une entreprise de 30 ans, amie du pouvoir politique. Ensemble, ils voulaient notre disparition », dénonce Luis Rivas.

En 2009, avec l’appui de la Banque de développement du Venezuela (BanDes), ABC Coop acquiert un nouveau véhicule et sollicite l’attribution de la ligne du quartier El General. Mais la principale entreprise concurrente, sous une autre dénomination, obtient le marché, alors qu’elle ne propose pourtant aucune amélioration de service. Depuis, ABC Coop ne cesse de dénoncer le favoritisme illicite de la municipalité en faveur de Sol Antigua, et continue de revendiquer l’attribution de cette ligne. La même situation se répète en 2012, quand ABC Coop postule auprès du département lors de l’attribution de la ligne inter-cités reliant les villes de Carmelo et Colonia, distantes de 80 kilomètres. Bien que seule entreprise à se présenter, ABC Coop est récusée sans aucun motif recevable.

 
Des lignes de bus au nom de révolutions

Comment fonctionne la coopérative de transport ? Tous les samedis, les travailleurs se réunissent en assemblée générale pour débattre collectivement du fonctionnement de l’entreprise. Tous les aspects de la vie de l’entreprise sont débattus : horaires de service, maintenance des véhicules, gestion des fonds, organisation des repas... Désignés par vote, les postes de direction et de secrétariat de la coopérative sont révocables à chaque assemblée. En cela, ABC Coop se distingue des autres coopératives de transport de l’Uruguay, généralement gérées par un conseil directeur qui ne se réunit pas plus d’une fois par an avec les employés, pour les informer de la situation de l’entreprise. « Dans nos assemblées, il n’y a pas d’un coté les camarades qui informent et de l’autre ceux qui écoutent, décrit Luis Rivas. Les moindres propositions sont débattues et adoptées par vote. C’est l’expression même de la démocratie ouvrière, où les camarades sont convaincus que tous contribuent à la résolution des problèmes ». A l’issue de chaque assemblée, les responsables sont chargés de mettre en œuvre les résolutions.

 

 

ABC Coop a instauré une rotation des fonctions : production, direction, administration. L’entreprise a également créé une école de conduite d’autobus, qui forme à la fois les nouveaux travailleurs de la coopérative et ceux qui travailleront pour d’autres entreprises de transport. Tout un symbole, les bus d’ABC sont numérotés en référence à d’illustres personnalités ou mouvements révolutionnaires : le « 17 », en référence à la révolution russe d’octobre 1917, le « 26 » pour le mouvement du 26 juillet (le début de la guérilla cubaine en 1953), le « 28 » pour l’année de naissance du Che (1928). Le prochain sera le « 43 » en mémoire du nombre d’étudiants disparus de l’école normale d’Ayotzinapa, dans l’Etat de Guerrero au Mexique, le 26 septembre 2014 [3].

 
Une réussite économique et sociale

Contre tous les pronostics, ABC Coop est parvenue à relever le défi économique. Sous gestion ouvrière, elle a pu rembourser les dettes laissées par le patron à la mairie et régler les cotisations dues à la Banque de Protection sociale. La coopérative a augmenté les salaires, qui se situent aujourd’hui à 50 % au-dessus de la moyenne nationale, et à créer de nouveaux postes de travail, en passant de 9 salariés à 15, en 2013. En période de crise économique, ABC Cooperativa continue à investir et à créer des emplois.

Comme il n’existe pas de syndicat d’autocaristes à Colonia, les travailleurs d’ABC ont sollicité l’aide de l’Union nationale des travailleurs du transport (Unott) et de deux coopératives d’omnibus de Montevideo, pour acquérir de nouveaux véhicules à un coût moindre. Cette solidarité a pris fin quand ABC Cooperativa a été expulsée de la centrale syndicale unique (PIT-CNT) pour avoir critiqué la politique gouvernementale soutenue par la centrale syndicale.

 
Des transports contrôlés par les travailleurs et les usagers

A l’opposé de la tendance générale des entreprises de transport qui ont supprimé les postes de contrôleurs en confiant cette tâche aux conducteurs, ABC Coop maintient deux travailleurs dans chaque autobus. Il ne s’agit pas seulement d’éviter d’augmenter le nombre de chômeurs, mais aussi de maintenir une qualité de service à la population, permettant à des contrôleurs d’être disponibles et d’orienter les passagers pendant que le chauffeur se concentre sur la conduite. En 2006, ABC Coop a également concrétisé sa volonté d’ouverture en direction de la population, en créant un centre culturel dans un quartier de la périphérie et en installant une radio communautaire [4].

Avec ses succès et ses difficultés, l’expérience d’ABC Coop, sous gestion ouvrière depuis plus d’une décennie, met en lumière un horizon possible pour la lutte des mouvements sociaux des transports. Comme celle qui s’est propagée dans de nombreuses villes au Brésil en juin 2013 contre l’augmentation des tarifs (lire notre article) [5]. Cette expérience d’ABC pose la question de l’expropriation du transport collectif, en le retirant à l’initiative privée pour le transférer sous le contrôle des travailleurs et de la population, sous forme de services publics ou de coopératives. Le transport collectif représente un marché énorme dans toute l’Amérique latine, qui reste essentiellement contrôlé par les entreprises du secteur privé. Il génère des profits élevés et une grande corruption, avec l’assentiment des pouvoirs publics. Ce secteur, constitué en puissant lobby, exerce une influence énorme dans la vie sociale et politique à tous les échelons. Dans le sous-continent, le secteur coopératif y détient une part infime. En Uruguay, il n’existe que deux autres entreprises récupérées de transport collectif, à Montevideo (Raincoop et Copay).

Richard Neuville

Cet article a été initialement publié par Association Autogestion. Association Autogestion veut promouvoir la réflexion et l’éducation populaire sur la thématique de l’autogestion. Elle vise à mutualiser les expériences de façon critique sans les transformer en modèles normatifs, et à appuyer toute initiative s’inscrivant dans le sens d’un projet émancipateur.

 

Pour en savoir plus sur les entreprises récupérées en Uruguay :

Le blog d’ABC Coop
Gabriel Burdín, “La autogestión en Uruguay : Economía social y empresas sin patrones”, Brecha, 30 Agosto de 2013.
Pablo Guerra, “Promoción del empleo autogestionado en empresas recuperadas : El caso de desarrollo (FONDES) en Uruguay”, Quebec 2014 : Cumbre internacional de cooperativas.
Pablo Guerra, “Autogestión empresarial en Uruguay – análisis de caso del FONDES”, Facultad de Derecho – Universidad de la República, Septiembre 2013.
Juan Pablo Martí, Florencia Thul y Valentina Cancela “Las empresas recuperadas como cooperativas de trabajo en Uruguay : entre la crisis y la oportunidad”, Montevideo, marzo de 2013.
Anabel Rieiro, "Representación y democracia : sujetos colectivos en el campo de la autogestión", in OSERA n°7, 2012.
Raúl Zibechi, “Una década de fábricas recuperadas : Reinventar la vida desde el trabajo”, Programa de las Américas, 3 noviembre de 2010.

 

Notes

[1] Elle fut fondée en 1680 par les Portugais et appartint successivement au Portugal, à l’Espagne et au Brésil avant de devenir le chef-lieu de département de Colonia lors de l’indépendance de l’Uruguay en 1825. Elle est située au sud-ouest du pays, sur la rive septentrionale du Rio de la Plata en face de Buenos Aires, à une heure de traversée en car-ferry. Outre son caractère touristique dû à son charme architectural et urbanistique, elle est également une ville de transit entre Buenos Aires et Montevideo.

[2] Source : « Entrevista a los obreros de la cooperativa de transports ABC Coop – Gestión obrera – de Colonia de Sacramento (Uruguay) », Mars 2009.

[3] Luis Rivas, “Trabajadores de Gestión Obrera ABC solidarios con la causa por los 43 de Ayotzinapa”, Journal La Izquierda diario, Décembre 2014. Source.

[4] La radio communautaire est Iskra 102,9 FM. Source : « La historia de la ABC Cooperativa », Janvier 2013.

[5] « ABC Cooperativa : empresa de ônibus gerida por seus trabalhadores », 5 octobre 2014.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 17:00

 

Source : http://cadtm.org

 

CADTM

Socrate et la Troïka

8 mars par Eric Toussaint

 

 

 

Dans La République, Platon |1| raconte un dialogue entre Socrate |2| et un riche Athénien. Socrate démolit un argument du riche qui affirme qu’il faut toujours payer ses dettes. Il prend l’exemple suivant : un homme te prête son épée, puis il devient fou furieux et revient pour reprendre son épée ; avec raison, il faut refuser de la lui rendre et donc de rembourser le prêt.

Environ 2400 ans plus tard, la Troïka (qui évite dorénavant d’utiliser ce terme car il est synonyme d’illégitimité) a prêté une épée d’un montant d’environ 240 milliards d’euros, accompagnée de « plans de sauvetage » ou « mémorandums ». Les membres de la Troïka sont devenus des fous furieux de l’austérité, des privatisations, et aussi des violations des droits économiques et sociaux. Pour suivre la conclusion de Socrate, il est souhaitable que le gouvernement grec et le peuple grec refusent de rembourser le prêt lié à cette épée, utilisée pour tailler en pièces les droits démocratiques et sociaux ainsi que la dignité et la souveraineté populaires.

 

Notes

|1| Platon est né à Athènes en 428/427 av. J.-C. et est mort en 348/347 av. J.-C.

|2| Socrate est un philosophe grec du Ve siècle avant J.-C. (né vers -470/469, condamné à mort et exécuté en -399).

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 16:50


Source : http://www.liberation.fr

 

 

Treize raisons de lâcher le steak barbare

Christian LOSSON et Isabelle HANNE 6 mars 2015 à 20:06

 

 

«Sweat Meet», de Jasmin Schuller.

 

DÉCRYPTAGE

Des animaux élevés en batterie, boostés aux antibiotiques et abattus à la chaîne, des élevages polluants et de plus en plus centralisés, des nitrates qui dévastent ce qui reste de planète… Stop à la boucherie ?

 

Au cours de sa vie, un Français consomme en moyenne 7 bovins, 33 cochons, 9 chèvres et moutons, 1 300 volailles et 60 lapins, selon le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture. Soit un peu plus de 1 400 animaux d’élevage auxquels il faut ajouter 1 tonne d’animaux marins. Une frénésie de viandards qui a accéléré l’industrialisation de la production de steaks, jambons et autres magrets. Un seul exemple : en France, 95% des porcs sont élevés dans des systèmes intensifs. Chaque année, 25 millions de porcs charcutiers sont abattus. Et 70% des 50 milliards de poulets tués dans le monde tous les ans sont élevés dans une stratégie industrielle.

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’insoutenabilité d’une telle politique alimentaire, à l’image d’un rapport publié fin février par la Fondation Heinrich-Böll et les Amis de la Terre. Cet «Atlas de la viande» dénonce «la production et la surconsommation de viande industrielle qui saccagent la planète».

«Notre alimentation n’est plus une affaire privée, dit ainsi Christian Berdot, des Amis de la Terre. Nos choix alimentaires sont aussi des choix politiques qui ont des impacts sur la vie de nombreuses personnes dans le monde, ainsi que sur l’environnement, la biodiversité et les climats.» Voici treize raisons pour manger moins, mieux ou plus du tout de viande.

 

Pour la production d'un kilo...

 

1. Parce que la demande devient folle

Quelque 299 milliards de kilos de viande sont ingérés chaque année dans le monde, quatre fois plus qu’en 1960. Selon la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation), avec 9 milliards d’habitants en 2050, la production mondiale de viande, toutes espèces confondues, pourrait atteindre les 450 milliards de kilos. Le besoin en protéines des populations dans les pays développés est pour plus de la moitié (56%) satisfait par des produits carnés, contre 18% dans les pays en développement. Certes la demande baisse dans les pays riches : elle a chuté de 9% aux Etats-Unis entre 2007 et 2012. Les scandales alimentaires, l’impact sur l’environnement et la question du bien-être animal renforçant les inquiétudes et la prise de conscience des consommateurs. Mais les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont vu leur consommation de viande augmenter, entre 2003 et 2012, de 6,3% par an. Une croissance annuelle supplémentaire de 2,5% est prévue entre 2013 et 2022.

 
2. Parce qu’on produit la viande comme des voitures

Les diktats économiques sont à l’origine du renforcement de la concentration de l’industrie mondiale de la viande. A savoir une meilleure productivité, mais aussi la concentration du pouvoir du marché entre les mains de quelques-uns, au détriment des petits exploitants. Le mouvement vient de loin. Chicago était, au début du XXe siècle, le berceau de l’industrie de l’abattage. «Avec l’utilisation de lignes de production sur rails, tuer une vache, l’éviscérer et la découper ne prenait que quinze minutes», rappelle le rapport de la Fondation Heinrich-Böll. C’est ce système, capable d’abattre 12 millions d’animaux par an, qui inspira Henry Ford pour le montage de ses voitures. Aujourd’hui, le brésilien JBS est le leader mondial des abattoirs : ses capacités lui permettent d’abattre 85 000 têtes de bétail, 70 000 porcs et 12 millions de volaille quotidiennement.

 
3. Parce que l’élevage est de plus en plus intensif

Environ 1,3 milliard de personnes dans le monde vivent de l’élevage. La plupart dans les pays du Sud, menacés par l’intensification et l’industrialisation de l’élevage. Le nombre d’agriculteurs dans le monde développé ne cesse, lui, de baisser alors que celui des animaux augmente. Ils approvisionnent des supermarchés éloignés plutôt que de nourrir le marché local. La production d’animaux d’élevage dans le monde en développement emprunte la même voie. Entre 1992 et 2009, le nombre d’éleveurs de porcs aux Etats-Unis a diminué de 70%, tandis que la population porcine n’a pas bougé. Durant la même période, le nombre de porcs vendus par une ferme est passé de 945 à 8 400 par an. Et le poids d’un animal à l’abattage, qui était de 67 kilos dans les années 70, est désormais d’environ 100 kilos.

 
4. Parce que le business lamine les petits

La production de volaille est le secteur de l’industrie de l’élevage mondialisée dont la croissance et l’évolution sont les plus rapides. En 2020, sa production mondiale atteindra 124 millions de tonnes. Une hausse de 25% en dix ans seulement, tirée par l’Asie. Les marchés et les installations de transformation sont de plus en plus contrôlés par quelques très grandes entreprises, qui multiplient le recours aux antibiotiques pour empêcher la propagation de maladies et accélérer artificiellement la croissance de la volaille. Ces tendances affecteront en particulier les familles des pays du Sud qui élèvent quelques poulets dans leur arrière-cour. Et qui se voient concurrencées par l’importation de morceaux de poulets congelés vendus jusqu’à 60% moins chers que les leurs.

 
5. Parce que ça accélère le réchauffement

L’élevage industriel produit des gaz à effet de serre tout au long de la chaîne de fabrication, de la digestion au défrichage de forêts. Si l’on intègre l’azote des engrais, le gaz carbonique lié à la production de nourriture et au transport, le méthane des pets et des rots de vache ou la fermentation des déjections animales, l’élevage représente 18% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur mondial des transports. Et il produit 37% du méthane et 65% du protoxyde d’azote, deux gaz plus puissants que le dioxyde de carbone. «Le potentiel de réchauffement climatique du méthane et du protoxyde d’azote est respectivement 25 fois et 298 fois plus puissant que le dioxyde de carbone», estime le Giec. Une étude de l’Institut argentin pour la technologie agricole a montré qu’une vache produisait en moyenne entre 250 et 300 litres de méthane par jour, de quoi faire fonctionner un frigo… Voilà pourquoi Paul McCartney a pu dire avant le sommet climatique de Copenhague, en 2009 : «Less meat = less heat», moins de viande, moins de réchauffement.

 
6. Parce que ça revient à manger la forêt

Sur la planète, 70% des terres agricoles sont destinées à nourrir les animaux. Chaque année, c’est une surface équivalente à celle de la Belgique qui est déboisée pour laisser place à des cultures. Le deuxième cheptel bovin et la plus grande forêt tropicale au monde se rencontrent dans la région amazonienne du Brésil. Fin 2012, le nombre de bovins (211 300 000) y était supérieur à celui de la population brésilienne (201 millions d’habitants).

Le parcage de ces animaux nécessite d’énormes surfaces de terre: plus de 172 millions d’hectares, soit 70% des terres agricoles du Brésil. Et 62,2% des terres déboisées deviennent des pâturages pour le bétail. Entre 1975 et 2006, le volume des terres de pâturage a augmenté de 518%. Heureusement, le gouvernement a élargi les zones protégées et renforcé les contrôles de déboisement, ce qui a fait chuter la surface moyenne annuelle de déforestation, autour de 20 000 km2 par an.

 
7. Parce que la viande est gourmande en eau

Un kilo de bœuf nécessite 15 500 litres d’eau. Un kilo de porc, 4 900 litres. Un poulet, 4 000 litres. Avec la même quantité d’eau pour un kilo de bœuf, on pourrait produire 12 kilos de blé ou 118 de carottes. Pour faire un hamburger, 3,5 m2 de terres agricoles sont nécessaires. Si l’agriculture consomme 70% de l’eau douce disponible, un tiers est consacré à l’élevage d’animaux ! L’Institut international de l’eau de Stockholm mettait en garde dès 2012 : «Il n’y aura pas suffisamment d’eau disponible sur nos terres agricoles pour produire de la nourriture pour une population qui devrait atteindre 9 milliards d’habitants en 2050 si nous suivons les tendances alimentaires actuelles dans les pays occidentaux.»

Une seule solution, selon l’Institut : réduire notre apport en protéines d’origine animales de 20% aujourd’hui à 5% d’ici à 2050. Ou mieux, à défaut de devenir végétarien (dix fois moins gourmand en eau) : diminuer par deux sa consommation de viande, ce qui revient à utiliser cinq fois moins d’eau.

 
8. Parce que ça tue les poissons

Les nitrates présents dans les eaux souterraines sont cancérigènes. Ils peuvent produire des «zones mortes» dans les eaux côtières. «Par manque d’oxygène, près de 20 000 km2 de mer autour des embouchures du Mississippi se sont transformés en "zone morte" dans laquelle crevettes et poissons ne peuvent survivre», rappelle «l’Atlas de la viande». Peter Thomas, biologiste marin américain, affirme que dans le monde, environ 250 000 km2 d’eaux côtières souffrent d’une grave carence saisonnière en oxygène. Les fermes d’élevage de porc et de volailles polluent la mer de Chine méridionale avec de l’azote. La mer Baltique, la mer Noire, la mer d’Irlande, la côte espagnole et l’Adriatique ont toutes des «zones mortes». La production industrielle de bétail n’endommage pas que la mer, mais aussi la terre. Le lisier et le fumier des zones de production d’animaux d’élevage sont souvent, et sans discernement, déversés sur les sol. Les nitrates dans les eaux ne contaminent pas uniquement les plages, mais aussi l’eau potable. Transformés en nitrosamines (un dangereux composé chimique), ils sont susceptibles d’être à l’origine de cancers de l’œsophage et de l’estomac. La surfertilisation menace l’habitat d’à peu près toutes les espèces en voie de disparition répertoriées sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

 
9. Parce que ça nuit à la santé

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la surconsommation de viande, et surtout de viande transformée (plats préparés, charcuterie), a des conséquences sur la prévalence de certaines maladies chroniques chez l’homme, comme l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardio-vasculaires, le cancer colorectal… Une étude de l’université d’Oxford publiée en janvier 2013 et qui porte sur 45 000 volontaires l’assure : le végétarisme réduirait de 32% le risque de maladies cardiovasculaires.

Les guerres commerciales pèsent aussi sur le consommateur, notamment via l’usage controversé d’additifs dans la nourriture et les fourrages. C’est le cas de la ractopamine, additif alimentaire introduit aux Etats-Unis pour augmenter la production de viandes porcine et bovine. L’utilisation de ce produit est interdite dans 160 pays, y compris dans l’Union européenne. Sans parler de l’apparition et la propagation de souches virales comme le H5N1 ou le H7N9, favorisées par l’élevage intensif. Ou des antibiotiques administrés aux animaux, qui augmentent le phénomène d’autorésistance des bactéries transmissibles à l’homme… par les animaux. L’UFC-Que choisir a ainsi révélé, il y a un an, que 26 échantillons de poulets et de dindes sur 100 vendus dans le commerce sont porteurs de bactéries E. coli majoritairement résistantes aux antibiotiques.

 
10. Parce qu’on ne sait pas toujours d’où vient la viande

Depuis 2002, seuls la viande de bœuf et les produits à base de bœuf doivent porter mention de leur origine, à la suite de la crise de la vache folle. A partir d’avril, l’origine des viandes de porc, de mouton, de chèvre et la volaille devront également être indiquées, mais pas dans les produits transformés. Le 11 février 2015, les députés européens ont voté massivement en faveur d’une résolution exigeant plus de traçabilité pour les produits préparés à base de viande. Pour le Parlement européen, les consommateurs devraient savoir d’où vient la viande utilisée afin de confectionner lasagnes, nuggets et autres saucisses.

Reste que, selon l’ONG Foodwatch, «une meilleure indication de l’origine serait une bonne nouvelle pour les consommateurs, et un pas vers plus de transparence. Mais c’est loin d’être suffisant. La mention de l’origine ne saurait empêcher une nouvelle crise telle que celle des lasagnes au cheval.» Elle assure que pour «dissuader les fraudeurs, il est indispensable d’imposer des obligations de contrôle aux fabricants, et tenir les distributeurs responsables de leurs propres marques».

 
11. Parce que l’élevage est bestial

Les porcelets sont retirés de leur mère vers 3 ou 4 semaines, quand l’âge naturel de sevrage se situe vers 3 ou 4 mois. On leur meule les dents, on leur coupe la queue, on castre les mâles. De plus en plus d’associations, comme CIWF (Compassion in World Farming), militent pour le bien-être des animaux de la ferme et pour l’arrêt de mutilations comme le dégriffage des pattes de poules, l’écornage des veaux, l’épointage (le raccourcissement) des becs… Des conditions d’élevage qui empirent avec la concentration des bêtes.

En France, l’élevage intensif sur le mode des feed-lots (parcs d’engraissement) américains a été introduit durant les années 60 pour industrialiser la production de viande et rendre son prix accessible à tous. Aujourd’hui, 83% des 800 millions de poulets hexagonaux sont élevés sans jamais voir la lumière du jour. Et 95% des 25 millions de cochons sont élevés sur caillebotis, en bâtiment, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture.

 
12. Parce que les conditions de travail sont trop dures

Avec l’augmentation des prix imposée par les abattoirs et la grande distribution, la précarité des éleveurs augmente d’année en année. Chaque jour, au moins un éleveur se suicide. Ce n’est guère mieux à l’autre bout de la chaîne : «Le hall d’abattage est un univers oppressant et glacial, raconte la journaliste Anne de Loisy, qui a visité plusieurs abattoirs ces dernières années, (lire son interview page 5) dans Bon appétit !, le livre qu’elle vient de publier. Le sol est recouvert de sang et de matières fécales, les murs aussi.» Manutentions délicates, notamment au moment des saignées, dans des lieux à l’hygiène parfois douteuse : selon l’Institut national de recherche et de sécurité, la filière viande est deux à trois fois plus exposée aux risques d’accidents du travail que la moyenne nationale. Les employés souffrent également de nombreux troubles musculosquelettiques. Poids des charges, répétition des gestes, vibration des machines : il faut saigner, démembrer les bêtes et débiter les carcasses à la chaîne. Une vache par minute, dans certains abattoirs.

 
13. Parce qu’il est possible de manger autrement

On peut être végétarien par religion (un quart des Indiens ne mangent pas de viande) ou par philosophie, comme Hésiode, Platon, Ovide, Apollonius de Tyane Leonard de Vinci, Benjamin Franklin, Jacques Derrida ou Claude Lévi-Strauss. Moby, Al Gore, Mike Tyson ou Joaquin Phoenix s’y sont mis.

Sinon, on peut aussi s’orienter vers des régimes «flexitariens» : moins de viande mais de meilleure qualité et plus riche en protéines végétale. La viande n’est d’ailleurs pas l’aliment qui fournit le plus de protéines : le soja en contient deux fois plus.

 

 

Christian LOSSON et Isabelle HANNE

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

 

 

 

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 16:34

 

Source : http://www.marianne.net

 

Le vrai suicide français

On assassine notre sol

Dimanche 08 Mars 2015 à 12:00

 

Périco Légasse

Chaque seconde, 26 m2 de terres fertiles se transforment en acier ou en béton, le reste étant empoisonné par l'agrochimie. Un fléau bien plus grave que la crise, car si la France ne dispose plus d'un socle viable et durable, fondement de toute civilisation, alors les autres enjeux de société ne seront que chimères. Sauvons le droit du sol.

 

Gutner/SIPA

 

>>> Article paru dans Marianne du 27 février

 

Voici un livre* que le président de la République, le Premier ministre, le gouvernement, les parlementaires, les chefs de parti, les leaders syndicaux et le patronat, les intellectuels et les philosophes, le corps enseignant, en somme tous les décideurs politiques, économiques et sociaux de ce pays, doivent lire d'urgence. Mais aussi les agriculteurs. Et bien sûr les citoyens un tant soit peu soucieux de leur avenir, pour comprendre que, si les choses continuent comme ça, alors là, oui, nous nous dirigeons tout droit vers le suicide français. Que se passe-t-il de si grave pour susciter une telle frayeur ? Citoyens, le sol de la France se meurt ! Oui, ce qui participe de l'essence de notre pays, le plancher des vaches, se disperse, se ventile, s'éparpille façon puzzle. L'homme qui révèle le scandale s'appelle Frédéric Denhez (on prononce « dan hé »). Un journaliste très renseigné, un brin philosophe, ultralucide quant au désastre qui nous attend si nous ne faisons rien pour sauver cette fine couche de terre sans laquelle il n'y aurait pas de vie sur Terre.

A force de rouler dessus, de le pomper, de le triturer, de le recouvrir de ciment et de ferraille, notre socle national est en train de dépérir. Nos grands lanceurs d'alerte, et nous ne parlons pas de fossoyeurs tels Minc ou Attali, apologistes d'une croissance mondialisée qui aggrave le phénomène, mais des Mélenchon, des Finkielkraut, voire un Plenel, un Zemmour ou un Besancenot, n'ont pas idée de l'ampleur de ce drame fondu dans la nébuleuse des dégâts environnementaux. Sans quoi ils s'en empareraient pour mobiliser les foules et les consciences. Au rythme auquel le mal progresse, à savoir 82 000 ha par an, la France pourrait se retrouver un jour sans terres fertiles, donc sans agriculture naturelle. Le compte à rebours a commencé. Ce qu'il y a de plus alarmant dans ce que dénonce Frédéric Denhez, c'est que le sol est l'élément qui subit, en les catalysant, toutes les dérives, tous les excès et tous les abus de la civilisation.

Depuis la nuit des temps, c'est toujours lui qui paye la facture. La surpopulation, c'est lui qui en est la première victime, la surproduction, la pollution, la surconsommation aussi, l'urbanisme sauvage et galopant aussi, l'extension des centres de loisirs ou commerciaux aussi, les parkings, les gares, les aéroports aussi. Chaque fois que l'homme a besoin de s'étendre, de se développer, de gagner de la place, d'augmenter son expansion, conséquences imparables d'une logique économique basée sur la croissance, c'est sur le sol qu'il le prend. Et la machine à broyer ne s'arrête jamais. Faute de pouvoir aller sur mer, ou si peu, ou dans l'espace, pas encore, c'est donc sur la terre cultivable que progresse cette conquête. D'où la terrible formule que Frédéric Denhez affiche en couverture de son livre : « En France, 26 m2 de terres fertiles disparaissent chaque seconde. » Mais ce n'est pas tout, car pour satisfaire les besoins marchands du productivisme, on sature la terre de produits nécessaires à la surproduction puisque sa régénérescence naturelle ne suffit plus à satisfaire la demande. Cela signifie quoi ? Cela signifie qu'à défaut d'avoir totalement disparu, l'agriculture française sera soit remplacée par des usines à bouffe alimentées par des produits importés de l'étranger, soit intégralement hors sol.

 

Une horloge naturelle

Comment en est-on arrivé là ? Depuis la nuit des temps, l'homme exploite son sol, puis son sous-sol. Pour le premier, la survie ; pour le second, la richesse, puis l'énergie. Croit-on que ces ressources sont intarissables ? On sait épargner l'eau et l'air, par la technologie, mais l'on n'a jamais pensé à économiser la terre, au contraire. Pour entrer dans le vif du sujet, et bousculer un premier dogme, le premier ennemi de la terre, c'est la charrue. Pas le soc des Gaulois ou des paysans d'autrefois, qui rayait à peine le sol (et encore, les fermiers du Middle West américain ont désertifié des vallées entières au XIXe siècle en labourant leurs terres à outrance), mais celui des tracteurs, puis des gros tracteurs, puis des très gros tracteurs, qui ravagent la terre en profondeur, détruisant inéluctablement, passage après passage, ce fantastique univers souterrain qui fait qu'un champ ou une prairie, rationnellement sollicités, vont pouvoir nourrir des générations entières. Faites passer une fois, dix fois, cent fois, mille fois une lame de métal dans cette galaxie organique et vous finissez par broyer les filaments qui permettent à cette merveilleuse horloge naturelle de donner l'heure. Quand la charrue du rendement industriel a tout massacré, on la remplace par une charrue en molécules.

Fantastique description, par l'auteur, de cette vie du sol, où le règne animal et le règne végétal consolident une chaîne de l'évolution permanente au travers d'une complicité basée sur le ferment. La formule de Lavoisier consacrée par la nature : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Tu me manges et en me digérant tu nourris ce qui va me faire naître pour que je puisse un jour profiter de ton cadavre en te redonnant vie.

Certes, c'est de la géophilosophie, n'empêche, cela fonctionne ainsi depuis que le monde est monde. L'agronomie n'est pas autre chose que la science de cette réalité. Ses progrès, tout en respectant la capacité à augmenter les rendements par des méthodes respectueuses de la ressource, n'ont jamais demandé plus que ce que la terre pouvait fournir. Et puis un jour, l'humanité moderne est passée de la culture alimentaire à l'agriculture financière, celle qui double ou triple les rendements du sol pour générer des profits sans lui laisser le temps de se régénérer. La terre n'est plus un réservoir qu'on laisse se reconstituer mais une citerne dans laquelle on pompe plus d'eau qu'il ne pleut. C'est alors que l'industrie chimique a inventé des substances qui remplacent, du fait de les avoir éliminés, les vers de terre et les champignons dont le sol a besoin pour produire l'humus essentiel à l'agriculture. Moins il y a d'humus, plus on met de chimie, et plus on met de chimie, plus le sol s'épuise à force de surproduire en appelant davantage de chimie pour maintenir des rendements artificiels et finalement nocifs. C'est aussi dans cet esprit que l'élevage industriel a inventé des fabriques à viande pour saturer le marché de barbaque hormonée en inondant les rayons de la grande distribution d'infamies alimentaires ravageuses de sols. Quand le serpent néolibéral se mord la queue. Autant d'engrenages sataniques ayant fini par tuer la poule aux œufs d'or. « L'essentiel est invisible pour les yeux», disait Saint-Exupéry. « Pas seulement, répond Denhez, il est même cryptogamique. » Amen.

 

Un futur sans terre cultivable ?

Redoutable limier, l'auteur décortique, au terme d'un travail de trois ans, les mécanismes qui ont conduit le plus fantastique de tous les potentiels naturels (avec la mer) à s'approcher de la saturation ou de la disparition. Poules aux œufs d'or, disions-nous ? Bien plus encore, car l'équilibre d'un sol, tout ce qui s'y produit, s'y métamorphose, y évolue pour aboutir à ce substrat de la vie terrestre, relève à la fois du miracle naturel et des merveilles de la biodiversité. Et nous, pauvres humains insouciants et barbares, obsédés par nos conforts égoïstes et nos profits mercantiles, qui détruisons, lentement, mais sûrement, la maison qui nous abrite, le plancher qui nous supporte et le limon qui nous nourrit. Car, comme le souligne Frédéric Denhez, l'avenir sans sol, le futur sans terre cultivable, sont tout à fait concevables, il en est même qui défendent cette idée, sauf qu'elle s'appelle l'enfer et qu'elle finit en guerre.

Pourquoi les Chinois et les Saoudiens achètent-ils, partout où ils le peuvent autour de la planète, des millions d'hectares de terres arables, si ce n'est pour avoir du sol ? Quand les profondeurs de la grosse boule ne fourniront plus de quoi alimenter nos machines, nos usines et nos trombines, c'est vers le sol nourricier que l'humanité se retournera. A condition d'en avoir. Et qu'il soit resté nourricier.

Les dépositaires du sol en sont-ils conscients ? Denhez observe : « Par le simple calcul du temps qu'ils passent sur leur tracteur pour traiter et labourer, et de l'argent qu'ils dépensent pour payer les intrants chimiques nécessaires à engraisser artificiellement leurs sols, de plus en plus d'agriculteurs réalisent qu'ils font fausse route et remettent les pieds sur terre. » Chaque jour, en effet, des exploitants agricoles délaissent la logique du profit industriel pour revenir aux fondements de la paysannerie, fût-ce en produisant à grande échelle. Une réalité accompagnée et encouragée par l'ambitieux, et cependant insuffisant, programme d'agroécologie mis en place par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, et votée par le Parlement en septembre 2014, au grand dam de la FNSEA et de son président, Xavier Beulin.

Puisqu'on en parle, qui sont les assassins de nos sols ? Le premier de tous fut Justus von Liebig, qui n'a pas inventé que le potage en conserve. Ingénieur allemand ayant vécu de 1803 à 1873, ce chimiste fabrique des engrais minéraux pour tripler les productions, oubliant que le bon minéral est celui qui passe d'abord par le stade organique. Ses produits font un tabac mais vont ravager les sols. Car les plantes se nourrissent des ferments issus de la décomposition des matières vivantes du sous-sol, essaimés par les millions de kilomètres de petites galeries creusées depuis la nuit des temps par les lombrics et qui constituent le réseau organique sur lequel les champignons vont pouvoir tisser le mycélium nourricier du monde végétal. Stimuler les sols avec des engrais minéraux, c'est gagner du temps et de l'argent pour en perdre beaucoup au final, avec la vache et le pré. Et nous empoisonner à coups de pesticides, pour le plus grand profit d'un lobby pharmaceutique ravi que l'agrochimie continue à générer de la malbouffe mortelle. En fait, l'agriculture paysanne, c'est la ruine des marchands de cancer. Labourer le sol avec des engrais chimiques, c'est comme donner un poisson à un pauvre pour qu'il mange un jour. Le respecter en lui appliquant les lois de l'agronomie et la pratique de l'assolement, qui consiste à la rotation des cultures en jachère, c'est lui apprendre à pêcher. C'est là que Frédéric Denhez propose 10 mesures pour sauver la France. Voici un grand programme politique, un vrai projet de révolution verte, un gage d'avenir pour cette nation et ses enfants. Cessons de ruiner notre sol et refaisons des paysans.

 

Salut de l'humanité
A QUOI SERT LE SOL
?

Voici un petit lexique à apprendre par cœur et à rappeler, comme un remède salvateur, à tous ceux qui abîment la terre. A quoi sert le sol ? A se retenir lui-même par le lacis des racines et des feuilles. A retenir l'eau par son tissu interne. A entretenir la vie par le plus fantastique phénomène de recyclage organique que connaisse la planète Terre. A réguler la température en rafraîchissant l'air par son évaporation. A fixer les polluants comme un tampon avant de les métaboliser. A maintenir le carbone par sa biomasse. A nous nourrir, car ce qui pousse dans le sol nourrit l'humanité depuis douze mille ans. C'est aux vers de terre et à leurs complices les champignons que nous devons tous ces bienfaits. D'où l'urgence du retour à une agriculture naturelle.

 

Paysage et fumier
LE BOCAGE SAUVE DE LA FAMINE

Quoi de plus ringard que le bocage ? Image d'Epinal d'une campagne à l'ancienne tout juste bonne à raviver des clichés du genre « la terre qui ne ment pas » ou la chaumière normande de carte postale. Pourtant, le bocage a sauvé de la famine des générations entières. Pourquoi ? Jusqu'au XVIIIe siècle, le bétail était laissé en vaine pâture, c'est-à-dire que les troupeaux erraient à leur guise dans la prairie. Or l'un des atouts primordiaux du bétail, hormis son lait ou sa viande, ce sont ses bouses, élément essentiel pour obtenir du fumier, engrais vital pour les cultures. En vaine pâture, allez donc ramasser les déjections animales réparties sur des dizaines d'hectares, opération impossible. On se mit un jour à quadriller la campagne avec des haies et des clôtures, créant ainsi des parcelles protégées où les vaches paissaient dans un espace clos empêchant leur divagation. Déposées sur un périmètre limité, les bouses pouvaient donc être ramassées pour produire du fumier. A partir de quoi on multiplia par cinq ou six les rendements agricoles, limitant de façon massive les famines qui jusqu'alors ravageaient les populations les années de mauvaises récoltes. Le bocage fut ainsi la première mesure agronomique contre la disette. Manger de la viande et boire du lait, issus d'élevages nourris à l'herbe, contribue donc à sauver la planète. Fromages et steaks de tous les pays, unissez-vous !

*Cessons de ruiner notre sol !, de Frédéric Denhez, Flammarion, 14 €.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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