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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 17:50

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Le gouvernement grec réoriente radicalement sa politique migratoire

|  Par Amélie Poinssot et Carine Fouteau

 

 

 

Fermeture des centres de rétention et accès à la nationalité pour les enfants nés sur place: le gouvernement grec assume une politique accueillante à l'égard des migrants. Saluées par les associations de défense des étrangers, ces mesures vont à contre-courant des législations restrictives de l'Union européenne.

Fermeture des centres de rétention, amélioration du sort des demandeurs d’asile, accès à la nationalité pour les enfants nés sur le sol grec : la politique d’immigration et d’intégration engagée en Grèce à la suite de l’arrivée du parti de la gauche radicale Syriza au pouvoir est unique en Europe. Elle fait de l’hospitalité à l’égard des migrants sa priorité, quand presque partout dans l’Union européenne les États membres considèrent les étrangers comme une menace et adoptent des législations restrictives pour décourager leur venue.

Au-delà des promesses, elle constitue un virage à 180 degrés par rapport aux mesures prises au cours des trois dernières années par le très droitier Antonis Samaras, à l’origine notamment de la construction d’un mur le long de la rivière Evros, à la frontière avec la Turquie.

S’il est encore trop tôt pour en mesurer l’ampleur, ce bouleversement, qui suscite l’espoir des migrants et de leurs soutiens associatifs, inquiète en revanche les chefs d’État des pays voisins pour une raison principale : la Grèce est l’une des principales portes d’entrée dans l’UE. Selon Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières extérieures, 50 000 personnes ont débarqué sans autorisation par cette route orientale en 2014, soit près d’un cinquième de l’ensemble des « passages illégaux ». La réforme, redoutent-ils, va créer un « appel d’air » et déstabiliser le vieux continent.

 

Des étrangers détenus au camp d'Amygdaleza – aujourd'hui progressivement ouvert – le 30 avril 2012. © Reuters
Des étrangers détenus au camp d'Amygdaleza – aujourd'hui progressivement ouvert – le 30 avril 2012. © Reuters

 

L’ambition du gouvernement Tsipras est, d’une part, de mettre fin aux absurdités, aux injustices et aux abus qui régnaient jusque-là et ont conduit à de multiples condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme, et d’autre part de mieux intégrer la population immigrée dans la société. Celle-ci recouvre plusieurs réalités : les personnes arrivées dès les années 1990, qui parlent grec, ont eu des enfants dans le pays et n’envisagent pas de partir (parmi elles, des Albanais, des Bulgares, mais aussi des Afghans, des Pakistanais et, à partir des années 2000, des ressortissants de pays africains), et les étrangers arrivés plus récemment (surtout des Syriens, des Somaliens et des Érythréens), qui ne parlent pas la langue et cherchent pour la plupart à rejoindre d’autres pays de l’UE.

La nouvelle politique prend appui sur la fermeture des centres de rétention, où sont détenus quelques milliers d’étrangers en situation irrégulière pour une durée pouvant excéder dix-huit mois. Alexis Tsipras en avait fait une promesse phare de sa campagne électorale. Les barreaux n’ont pas disparu d’un coup : la mise en place de cette mesure inédite en Europe est progressive. Dès février 2015, le gouvernement a annoncé la « libération immédiate » des demandeurs d’asile (détenus de manière illégale au regard du droit européen) et des personnes « vulnérables » (les familles, les enfants, les mineurs non accompagnés, les femmes enceintes, les victimes de violences, les malades et les personnes âgées). Leur transfert est prévu vers des « centres d’accueil ». Les personnes enfermées depuis plus de six mois sont aussi concernées en priorité. Les autres sortiront au fur et à mesure. Des dispositifs alternatifs à la rétention ont été identifiés.

Devenu un symbole des conditions d’enfermement inhumaines, notamment depuis le décès de détenus, le centre d’Amygdaleza, dans la banlieue nord d'Athènes, constitué de dizaines de containers, doit être fermé définitivement « pour des raisons humanitaires, politiques et symboliques ». Un millier de personnes y étaient jusque-là entassées, maltraitées et affamées, selon les ONG présentes sur place.

Pour éviter que les personnes remises en liberté ne se retrouvent sans abri, le gouvernement affirme préparer « la transformation des centres de rétention restants en centres d’accueil ouverts ». Autrement dit, des centaines de places d’hébergement seraient mises à disposition. Quatre grands centres de rétention cohabitent aujourd’hui, à Corinthe, Amygdaleza, Xanthi et Drama, créés et agrandis sous la pression des partenaires européens.

Le bureau grec du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a aussitôt salué ces annonces. « Nous coopérons de près avec les autorités compétentes », affirme l'une de ses responsables, Ketty Kehayioylou. Joint par Mediapart, le vice-président de la Ligue hellénique des droits de l’homme (LDH), Dimitris Christopoulos, aujourd’hui consulté par le ministère de l’intérieur mais aussi partie prenante des discussions sur ce dossier avec les institutions européennes, se réjouit : « Nos propositions, pour lesquelles nous nous battons depuis des années, ont été entièrement reprises par le nouveau gouvernement. » Selon lui, l’accueil des migrants et leur traitement vont changer. « L’objectif est d’en finir avec les centres de rétention, qui sont inhumains, explique-t-il. Le centre d'Amygdaleza fermera complètement car il appartient à la police nationale, et on ne peut pas modifier son statut. Mais il ne s’agit pas de lâcher les gens dans la nature, ce qui risque d’aggraver les tensions et favoriser le racisme : nous devons encore trouver des moyens pour héberger cette population. Les autres centres seront transformés en centres d'accueil ouverts. Mais il ne faut pas se focaliser là-dessus : tout cela ne concerne que 3 450 personnes ! L'important, par ailleurs, est de fournir aux immigrés en Grèce la possibilité de s’intégrer. Jusqu’à présent, rien n’a été fait pour les immigrés sans papiers. »

 

À Athènes, slogans en solidarité avec les migrants.
À Athènes, slogans en solidarité avec les migrants.
 

Quel statut va être réservé aux migrants autrefois enfermés ? Vont-ils être régularisés ? Que va-t-il advenir des étrangers en situation irrégulière vivotant dans le pays ? Leur nombre – entre 250 000 à 300 000 selon les estimations officielles – a augmenté en flèche avec la crise. L’obtention des titres de séjour (d’une durée de deux ou trois ans le plus souvent) étant conditionnée au paiement des cotisations sociales, toutes les personnes ayant perdu leur emploi ou ayant travaillé au noir n’ont pu faire renouveler leurs papiers. Des étrangers en règle il y a quelques années tombent ainsi dans l’illégalité. « Ce qui a été fait par les précédents gouvernements n’était pas seulement une politique inhumaine, c’était une politique contre-productive », insiste Dimitris Christopoulos, par ailleurs professeur de droit à l’université Panteion d’Athènes. L’objectif du gouvernement, qui ne s’est pas encore exprimé clairement sur cette question, doit donc être, selon lui, de « normaliser le statut de ces personnes vivant en Grèce depuis des années ». Et qui, faute d’autorisations, ne peuvent voyager dans l’espace Schengen.

Le volet intégration de la réforme, qui concerne l’accès à la nationalité des enfants d’immigrés, est le plus avancé. La ministre adjointe à la politique migratoire (au sein du ministère de l'intérieur), Anastasia Christodoulopoulou, une avocate active de longue date auprès des immigrés, le confirme à Mediapart : « Mon pays se trouve actuellement dans la situation budgétaire que vous connaissez. Toutefois, avec les fonds de la Caisse d’intégration, nous ferons ce que nous pourrons pour renforcer ces politiques. De plus, notre priorité est de mettre en place une bonne gestion dans la répartition de ces fonds. (…) Par conséquent, le premier projet de loi que le ministère va présenter immédiatement au parlement grec – et quand je dis immédiatement, je veux dire pendant les deux semaines qui arrivent –, c’est le changement du Code de la nationalité afin de permettre de manière solide l’obtention de la nationalité aux enfants d'immigrés qui sont nés et ont grandi dans notre pays. »

La réforme du Code de la nationalité constitue une petite révolution. Jusqu'à présent, le code grec était régi par le droit du sang. La loi « Ragoussis », du nom du ministre socialiste qui l’avait fait voter en 2010, avait introduit des modifications importantes : elle avait permis aux enfants d’immigrés nés sur le sol grec d’obtenir, à leur majorité, la citoyenneté grecque. Mais elle a cessé d’être appliquée dès l’arrivée de la droite au pouvoir, en 2012, et a été ensuite invalidée par le Conseil d’État en 2013. Le gouvernement Tsipras a pour projet de faire voter une nouvelle loi, dans le même esprit, afin que tous les enfants d’immigrés nés sur le sol grec, qui sont allés à l’école grecque et n’ont pas ou peu de liens avec le pays d’origine de leurs parents, obtiennent la nationalité.

« Il faut que cette loi soit durable, qu’elle ne soit pas susceptible de sauter avec un changement de majorité et qu’elle soit réellement appliquée ! » prévient Nikos Odupitan, président de l’association Génération 2.0, qui se bat en Grèce pour les droits de ces étrangers de la deuxième génération. « Cela concerne au moins 200 000 à 250 000 personnes, estime-t-il, sur la base de chiffres établis par le ministère grec de l'intérieur en 2008. Des enfants d'étrangers nés en Grèce ou des immigrés arrivés dès le plus jeune âge et dont toute la vie s’est construite en Grèce. » Nikos Odupitan est lui-même issu de cette histoire-là. Ses parents sont arrivés du Nigeria à la fin des années 1970, raconte-t-il à Mediapart dans un grec parfait. Lui-même est né en Grèce en 1981, il y a fait ses études, n’a jamais vécu dans un autre pays. « Jusqu’en 2008, je n’avais même pas de papiers ! Aujourd’hui, je suis en possession d’un titre de séjour d’une validité de cinq ans, ce qui implique qu’il faut chaque fois faire des démarches pour pouvoir vivre légalement dans le pays », souligne-t-il.

 

«Allons-nous transformer le pays en camp de concentration afin que l’UE dorme tranquille ?»

Pour faire face à l’absence de ressources financières et ne pas rester isolés, les concepteurs de la nouvelle politique d’immigration et d’intégration cherchent les moyens d’impliquer l’Union européenne. Prenant exemple sur l’ex-leader libyen Mouammar Kadhafi, le ministre de la défense, Panos Kamménos, numéro un du parti souverainiste anti-austérité des Grecs indépendants, l’a dit d’une manière brutale, menaçant en préambule d’un Eurogroupe d’« inonder l’Europe de migrants » si les dirigeants européens ne trouvaient pas rapidement une solution à la crise de la dette. « On leur distribuera des papiers valides qui leur permettront de circuler dans l'espace Schengen. Ainsi, la marée humaine pourra se rendre sans problèmes à Berlin. Et tant mieux si, parmi ces migrants, se trouvent des djihadistes de l'État islamique », a-t-il lancé, contribuant à nourrir les amalgames.

Refusant d’en passer par le chantage, la ministre de l’immigration appelle elle aussi les États membres à prendre leurs responsabilités. « Environ 70 000 personnes, dont presque la moitié de Syriens, sont arrivées en Grèce l’année dernière, affirme-t-elle. Ce sont donc des réfugiés. Qu’allons-nous faire de cette situation ? Allons-nous transformer le pays en camp de concentration afin que l’UE dorme tranquille ? Non, ce n'est pas possible… »

 

Un contrôle policier à Athènes le 5 décembre 2012. © Reuters
Un contrôle policier à Athènes le 5 décembre 2012. © Reuters
 

Concernant la gestion des frontières extérieures, question qui préoccupe Bruxelles au plus haut point, la ministre botte en touche. « La surveillance des frontières relève de la compétence de la police grecque, pas de la mienne, rappelle-t-elle. De notre côté, nous ferons ce qu’il convient afin d’assurer que le contrôle de nos frontières et des frontières extérieures de l’UE se fasse avec le respect de la vie et de la dignité de ceux qui essayent de passer sans papiers, à travers le renforcement de centres d’asile et de centres de premier accueil. »

Aux frontières avec la Turquie, rien n’a changé pour l’instant. Elles ne sont pas ouvertes à tout vent, contrairement à ce qu’affirment certains responsables européens pour affoler les opinions publiques. Porte-parole de Frontex, Izabella Cooper assure que le dispositif est le même. « Notre soutien technique reste identique à ce qui était prévu (avant l’arrivée de Syriza au pouvoir) », indique-t-elle, rappelant qu’une équipe de 10-15 personnes patrouille à la frontière terrestre, en « support » des policiers nationaux, et qu’un « petit bateau côtier » ainsi qu’un avion de repérage sont mis à disposition en mer. Quelques signes d’évolution sont toutefois perceptibles. Le long de la rivière Evros, la clôture en béton et barbelés, endommagée par les intempéries, n’a pas été réparée. Le gouvernement Tsipras s’est par ailleurs engagé à mettre fin aux pratiques illégales de refoulement (push-back) des migrants par les forces de l’ordre, dénoncées par plusieurs ONG.

L’enjeu frontalier obnubile Bruxelles parce que la Grèce est un pays de transit. Dimitris Christopoulos estime qu’entre 40 000 et 80 000 migrants attendent de rejoindre d’autres pays européens. L’urgence, selon lui, est de mettre en place un mécanisme d’enregistrement : « On ne peut pas renvoyer ces clandestins dans leur pays d’origine, car ils viennent souvent de pays en guerre, et parce qu’il faut d’abord les identifier. On va donc commencer par appliquer une loi qui date de 2011 et qui permet de repousser de six mois toute décision administrative à leur égard. Toute menace d’expulsion est ainsi suspendue, et nous allons voir avec les institutions européennes comment gérer cette question qui est un problème européen. Pour ces immigrés, la Grèce n’est qu’un pays de transit. Pourront-ils s’installer ailleurs en Europe ? Jusqu’à présent, ils étaient sans papiers et bénéficiaient d’une forme de tolérance de la part des autorités grecques. Il faut maintenant partager ce fardeau avec les autres pays européens. »

Dernier volet de la réforme : l’asile. Beaucoup d’exilés hésitaient jusqu’à présent à déposer une demande en Grèce, parce que leurs chances d’obtenir le statut de réfugié étaient faibles et que les conditions d’accueil étaient mauvaises. Certes, sous la pression continue des ONG et des institutions européennes, des progrès ont été réalisés, mais le pays part de loin. Un service spécial de traitement des demandes d’asile a récemment été créé. Doté d’interprètes, il ne dépend plus des services de police auxquels il était auparavant attaché. « Il faut consolider cette réforme et utiliser à bon escient les fonds structurels de l’Union européenne », affirme le vice-président de la LDH grecque. Il est optimiste mais prévient : « Tout cela dépend d’un ensemble qui reste fragile. Nous sommes suspendus au contexte général, à la fois économique, politique et européen. »

Après des années d’absence de gestion, cet ensemble de mesures constitue une avancée pour les migrants, qui attendent beaucoup du gouvernement. Les premiers effets sont d’ores et déjà sensibles, dans un pays marqué par de nombreuses violences racistes : s’ils continuent d’être victimes d’actes xénophobes, les étrangers sont moins stigmatisés dans les discours publics. La suite des réalisations va dépendre du bras de fer, à l’intérieur du gouvernement, entre le ministère de l’immigration et celui de la défense. Ainsi que de la volonté de Bruxelles, source importante de financements. Or, en la matière, il n’est pas certain que la commission européenne se précipite, étant donné les craintes exprimées en haut lieu. Il n'est pas certain non plus que Dimítris Avramópoulos, le nouveau commissaire chargé des migrations et affaires intérieures, membre du parti conservateur de la Nouvelle Démocratie cherche à faciliter la tâche d'Alexis Tsipras.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 22:33

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Les zadistes de Sivens : « Rien n’est joué, pas question de perdre espoir »

21 mars 2015 / Isabelle Rimbert (Reporterre)
 

 

 

Sivens, pas plus que les autres Zad, ce n’est pas fini. Le mouvement des Zad est un enjeu crucial de l’époque, et le courage de ceux qui s’opposent aux destructeurs du monde est exemplaire. Deux semaines après l’expulsion de la zone de Sivens, voilà ce que disent les zadistes.

- Sivens, reportage

Depuis des mois, à Sivens, zadistes et associations tentent d’alerter sur les collusions entre le pouvoir politique, l’agrobusiness et le maintien de l’ordre. Après l’homicide par la gendarmerie, en octobre dernier, d’un jeune écologiste, Rémi Fraisse, les occupants de la Zad et les opposants au projet de barrage ont subi, au quotidien, les agressions des pro-barrages organisés en véritables milices, sous l’oeil passif des "forces de l’ordre"

Expulsés de la zone à défendre puis des communes environnantes, zadistes et militants n’en ont pas pour autant disparu. C’est là une des forces des Zad. Insaisissables, elles peuvent se désagréger sans dommage, pour se recomposer dans un autre espace temps. Paroles de zadistes :

Après la décision du Conseil Général du Tarn de construire un barrage sensiblement similaire au projet initial, la lutte est loin d’être finie pour les opposants. Et la "deuxième mi-temps" pourrait reprendre avec le « Printemps de Sivens », deux jours de mobilisation populaire attendus les 25 et 26 avril.

Comment voient-ils la situation ? Comment envisagent-ils la suite ? Rencontres avec des militants, trois jours après leur expulsion de la zone à défendre.


Laurent : « Un processus a été amorcé, et ils ne pourront plus l’arrêter »

« Je suis arrivé il y a un an et demi, ce qui m’a permis de faire des aller-retours très réguliers sur la ZAD du Testet. Aujourd’hui, le système impuissant à se débarrasser de nous est allé chercher son bras armé fasciste : des personnes qui profitent des réseaux FNSEA, et dont certains sont connus comme étant de l’extrême droite.

On n’est pas surpris de les voir maintenant traîner autour des barons. Dans cette histoire, nous sommes moins une menace pour l’Etat que pour le système que protège le gouvernement, et qui inclut des gros lobbies, notamment agricoles. Là on attaque une véritable mafia qui est très bien enracinée, avec des élus un peu partout. Ils faisaient ce qu’ils voulaient jusqu’à présent, sans qu’il y ait de réelle opposition.

Pour une fois, ces lobbies n’ont pas pu agir librement, et ils n’ont sans doute pas trouvé d’autres solutions que d’appeler les milices fascisantes, qu’on a vues à l’oeuvre : des intimidations et agressions en tous genres avec parfois la complicité de la gendarmerie (on a des exemples filmés de gendarmes qui protègent des exactions de pro-barrages). Je suppose et j’espère que la majorité des agriculteurs, y compris tarnais, ne cautionnent pas ce qui s’est passé...

Et pour la lutte contre le barrage, on est toujours là, car rien n’a changé. Contrairement aux apparences, ils ne se sont pas débarrassés de la Zad, ils ne s’en débarrasseront jamais. On discute, on se concerte, et dès qu’il y aura besoin de réoccuper, on réoccupera. Nous sommes en lien avec d’autres luttes : un processus a été amorcé, et ils ne pourront plus l’arrêter. Rien n’est fini à Sivens, et nous n’avons toujours pas l’intention de laisser faire ce barrage. »


Camille : « Imaginer des infrastructures qui créent du social et de l’humain »

« Je suis resté presque six mois sur la Zad à partir de février 2014. Puis J’ai fait un break, et je suis revenu en octobre. L’idée, pour moi, ce n’était pas d’occuper la zone de façon pérenne, parce qu’elle est trop petite, et sur le long terme, notre présence aurait été trop impactante pour l’environnement. Ce qu’on veut, c’est faire en sorte que ce projet de barrage soit abandonné.

Pour nous, ça va bien au-delà car il s’agit d’une lutte contre l’incohérence écologique et contre la corruption. J’avais l’espoir que notre détermination permette aux gens d’ouvrir les yeux sur les collusions entre le pouvoir politique en place et les entreprises. Il faut vraiment que la décision soit reconsidérée, le projet repensé. Les porteurs de projet vont devoir tout reprendre depuis le début, l’enquête publique, les études et tout le reste. Je crois encore qu’il est possible que ce barrage ne voit jamais le jour, malgré les pressions de syndicats agricoles. Qui, pour certains, donnent l’impression d’être instrumentalisés.

Je considère qu’on est dans une forme de victoire puisque les buts et les méthodes employées par les politiques pour imposer leur projet ont été mises au grand jour, même si encore trop peu de gens s’en rendent compte. C’est symbolique ce qu’on fait ici : s’en prendre aux gros projets anti-démocratiques. Ce qui m’intéresse, c’est d’imaginer des infrastructures qui créent du social et de l’humain, mais pas de la croissance. »


Gaël : « Un mélange politico-magouillard invraisemblable »

« Je suis venu dans la région il y a longtemps, et revenu avec des amis au mois de septembre 2014. Je n’imaginais pas la quantité de violence qu’il y avait autour de ce projet. Il y a eu la mort de Rémi Fraisse, puis l’escalade de pressions de la part des pro-barrages, adhérents de la FDSEA, des JA ou partisans du FN, et qui viennent là pour faire de l’activisme fascisant. On est dans un mélange politico magouillard invraisemblable.

Sur le projet lui-même, on s’est aperçus que c’était une sacrée mafia qui avait mis ça en place. Je retrouve une ambiance du terroir bien patriarcale. Ce que je souhaite, c’est que la lumière soit faite sur toutes les personnes qui ont commis des exactions à Sivens, et qu’on arrive à ouvrir un peu cette république et cette soi-disant démocratie à des voix qui sont loin d’être majoritaires.

Et que l’on commence enfin à respecter nos ressources premières que sont l’eau, la terre et l’air. Il faut mettre la pression pour que justice soit faite. Justice à tous les niveaux : social, environnemental, humain et politique. Mon but est de continuer à lutter : on est en vie, on a des convictions, et notre combat est légitime !

Ou alors il faudra que l’Etat trouve un moyen d’éradiquer tous les "djihadistes verts", tous les gens qui pensent que l’écologie est une chose incontournable pour que la planète ait une chance de survivre. »


Nadine et Pierre Lacoste : « Un gros gâchis humain et environnemental »
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Pierre et Nadine habitent à proximité immédiate de la Zad. Pierre est éleveur.

Pierre : « Tout ça est un gros gâchis humain et environnemental depuis le début : on veut faire un lac là où il n’en faut pas, avec de l’argent public, dans un projet inutile d’un autre siècle.

Et la semaine passée, on a vu, avec les pro-barrages, les rouages d’un système soutenu par des gens dont certains ne savaient même pas ce qu’ils défendaient, mais qui sont capables de tout. »

Nadine : « La FDSEA et les JA ont fait des actions complètement illégales : intimidations, agressions, violences, ont empêché les gens de sortir de chez eux, de circuler sur le routes, ils ont fait des contrôles au faciès, des contrôles d’identité. Le tout en présence de gendarmes qui ne faisaient strictement rien, sur ordre. Aujourd’hui, nous en sommes exactement au même point qu’avant la mort de Remi Fraisse. Avec les tensions en plus. »

Pierre : « Avant de voter quoi que ce soit, il aurait au moins fallu répertorier les agriculteurs qui ont réellement ces besoins en eau, savoir combien d’hectares ils veulent irriguer et pourquoi. Actuellement, c’est le grand flou. En réalité, ce barrage répond aux besoins d’une vingtaine d’exploitants et il ne serait d’aucune utilité pour ceux qui sont le long de la vallée.

Pour moi, la solution était de créer de retenues colinaires en rapport avec des besoins réels. En tant qu’éleveur, je défends une vision respectueuse de l’agriculture, de l’environnement, de l’humain, et j’aimerais que l’argent public soit mieux utilisé. Je veux pouvoir nourrir mes vaches avec du foin et de l’herbe sans avoir recours au maïs et aux compléments comme le soja. Ce projet, c’est aussi le risque de voir arriver dans la vallée la culture intensive du maïs semence. »

Nadine : « La suite de la lutte ? Pour nous rien n’a changé : pas de barrage à Sivens ! »


Rezée : « Rien n’est joué, pas question de perdre espoir »

« J’étais sur zone lors de l’expulsion. On ne s’attendait pas que ça puisse se passer comme ça. Bien sûr, on savait qu’il y avait beaucoup d’entraide et de liens entre les pro-barrages et la gendarmerie, mais là, ça a dépassé absolument toutes les limites. On a eu droit à des menaces de mort, et j’ai entendu de très nombreux récits d’agressions.

Nous, on ne lâchera rien, c’est certain. Mais j’espère surtout que ça va réveiller des gens. Ce qui se passe ici est totalement fou : on se croirait en 1940, on n’a même plus le droit de circuler en ville sans être traqués par deux camions de gendarmerie, même quand on se promène à trois ou quatre. Ce qui m’a le plus marquée cette semaine, c’est le mensonge des gendarmes avec un grand sang-froid. Ils osent dire que non, ils ne font rien d’illégal. La réalité, c’est qu’ils ont brûlé nos affaires et nos pièces d’identité pour nous reprocher ensuite de ne pas les avoir. Ils ont cassé tout ce qu’on pouvait avoir sur la Zad pour dire ensuite qu’on est sales, désordonnés…

Mais cette lutte m’a aussi montré que je ne suis pas seule à voir les choses telles qu’elles le sont réellement, ça fait du bien ! Ça me conforte dans mon engagement, et dans l’idée qu’il y a encore beaucoup à faire. Au final, toute ce qu’on a vécu pendant des mois a permis de montrer et de faire grandir notre détermination. Avec la solidarité, on peut arriver à changer les choses. Rien n’est joué, et il n’est pas question de perdre espoir. Pour la suite, il faut commencer par se reposer un peu après ce qu’on a vécu. Et continuer la lutte de plus belle. »


Hélios : « Continuer à faire de vraies rencontres »

« Je me suis installé sur la Zad le 25 octobre. La rencontre avec les agriculteurs ? A travers le prisme médiatique, on peut avoir l’impression que c’est un échec total. Le message véhiculé souvent, c’est : les zadistes-gauchistes-anarco-terroristes versus les agriculteurs. La réalité est différente : certains d’entre eux, syndiqués ou non, nous soutiennent. Peut-être les prémices d’un succès futur pour une rencontre avec des personnes qui, a priori, ne sont pas de notre côté. Certains ont pris la mesure de la situation sur le terrain, savent que ce projet est absurde pour de nombreuses raisons et que notre mouvement d’opposition est légitime.

Dans la presse, on lit que l’appareil de maintien de l’ordre est une machine puissante et bien organisée, qui a expulsé une trentaine de Zadistes à bout de souffle. Ma version, c’est qu’on fait peur à l’Etat, au vu de l’arsenal déployé. Car sous de nombreux aspects, le droit nous a donné raison. Les idées que nous défendons sont très fortes, notamment au niveau de la démocratie directe contre la démocratie représentative, et de l’autonomie contre une organisation généralisée de la dépendance...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 22:23

 

Source : http://www.marianne.net

 

Boucherie : les inepties du nouvel étiquetage

Dimanche 22 Mars 2015 à 12:00

 

Périco Légasse

 

 

Le nouvel étiquetage des viandes vendues en grandes surfaces était censé aider le consommateur à y voir plus clair. Mais le système de classement par étoiles peut être un moyen très lucratif de le tromper...

 

LEFEVRE SYLVAIN/SIPA

 

>>> Article paru dans Marianne du 13 mars

 

La nouvelle réglementation sur l'étiquetage des viandes vendues en grandes surfaces, qui institue des étoiles pour classer les morceaux et indique leur mode de préparation (à griller, à rôtir, à braiser), relève de l'aberration.

Dans un premier temps, ce classement étoilé, avec trois niveaux, comme au Guide Michelin, dirige de fait le consommateur vers les produits affichant trois étoiles, selon un critère arbitraire et aléatoire de tendreté, tels le filet ou le romsteck. Comme si le tendre était forcément meilleur, alors que le premier paramètre de qualité d'une bonne viande est avant tout sa sapidité, son goût, sa texture, ni trop molle, ni trop ferme. Le seul souci de tendreté participe de l'abaissement de notre culture gustative pour mieux répondre aux priorités du marché : vendre du mou doux.

Les morceaux deux étoiles n'ont donc qu'à bien se tenir, quant à ceux signalés par une seule étoile, les voici relégués au rang de parias. Ainsi la consommation de viande vendue en supermarchés passe-t-elle au dirigisme alimentaire, on vous dit quoi acheter et comment le cuisiner. Moutons de Panurge, comptez-vous !

 

 

Ineptie récemment constatée au rayon boucherie d'une enseigne célèbre : un morceau de romsteck « à griller » labellisé trois étoiles, vendu 29,90 €/kg, à côté d'un morceau de bavette de flanchet (improprement indiqué « steak de flanchet »), estampillé une étoile et vendu 26,50 €/kg. Or, la bavette de flanchet, même si elle ne vaut pas celle d'aloyau, est infiniment plus goûteuse que le pâle et insipide romsteck. Mais, comme ce dernier est plus lucratif, on le consacre avec trois étoiles pour inciter le client à se porter dessus. Une arnaque organisée avec l'approbation d'Interbev, organisme interprofessionnel de la viande qui a pactisé avec la grande distribution pour un plat de lentilles...

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 22:09

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Mediator : la stratégie d'intimidation de Servier

|  Par Michel de Pracontal

 

 

 

Une audience s'est tenue le 19 mars au tribunal de grande instance de Paris, dans le cadre d'une procédure en diffamation intentée par les laboratoires Servier à la suite d'un reportage diffusé dans l'émission « Envoyé spécial ». Elle a illustré la stratégie d'intimidation tous azimuts exercée depuis deux décennies par le fabricant du Mediator.

Les laboratoires Servier, fabricants du Mediator, étaient présents jeudi 19 mars au tribunal de grande instance de Paris, non comme mis en examen, mais comme partie civile dans une procédure en diffamation. Le groupe pharmaceutique poursuit France Télévisions à la suite d’un reportage, réalisé par Jean-Pierre Métivet, diffusé en 2011 dans l’émission « Envoyé Spécial », intitulé « L’Affaire du Mediator ». Plusieurs médecins ou fonctionnaires de santé publique y font état de menaces et de pressions exercées par le groupe Servier, visant à nier les risques du Mediator et de l’Isoméride, coupe-faim produit par le même laboratoire.

 

Georges Chiche, auditionné au Sénat en 2011.
Georges Chiche, auditionné au Sénat en 2011. © DR
 

Comme on pouvait s’y attendre, Servier conteste formellement avoir exercé de telles pressions et s’estime diffamé par l’émission. D’où la procédure, dans laquelle sont mis en examen Rémy Pflimlin, PDG de France Télévisions, Jean-Pierre Métivet ainsi que sa collègue, Ghislaine Chenu. Il reste que l’audience du 19 mars a mis en évidence une stratégie d’intimidation exercée de manière constante par le laboratoire depuis une vingtaine d’années, et qui se poursuit aujourd’hui. Cette stratégie avait pour but premier d’empêcher que soient reconnus les dangers du Mediator. Dans la période récente, un deuxième objectif est apparu : chercher à atténuer la responsabilité du laboratoire pour s’opposer à l’indemnisation des victimes.

L’exemple de Georges Chiche, cardiologue à Marseille, illustre de la manière la plus claire les pressions de Servier. Chiche a été le premier médecin à signaler, en 1999, un cas de valvulopathie cardiaque associée au Mediator. Il s’est retrouvé sur le bancs des prévenus aux côtés des journalistes de France Télévisions, pour avoir raconté son histoire dans le reportage d’« Envoyé spécial ».

Elle est édifiante. Début 1999, Georges Chiche observe qu’un de ses patients est atteint d’une fuite d’une valve cardiaque. Il apprend que son patient a pris du Mediator. Or, le cardiologue a été alerté depuis 1997 du risque de valvulopathie associé à l’Isoméride, qui a fait l’objet d’un article célèbre dans le New England Journal of Medicine. Cet article a identifié aux États-Unis une série de cas de valvulopathies liés à la prise de fenfluramine, la molécule active de l’Isoméride et du Ponderal, deux coupe-faim de Servier. À la suite de quoi les deux produits ont été retirés du marché américain et international. Mais pas le Mediator, qui n’était pas vendu aux États-Unis et que Servier a présenté comme un produit totalement différent de l’Isoméride, bien que sa molécule, le benfluorex, en soit très proche.

 

Roger Luccioni.
Roger Luccioni. © DR
 

« J’ai fait le lien entre le benfluorex et les anorexigènes, explique au tribunal Georges Chiche. Dès 1997, lorsque je voyais des patients qui prenaient du Mediator, je leur faisais arrêter. Quand j’ai vu ce patient,  je lui ai demandé s’il prenait du Mediator. Il m’a dit oui. J’ai déclaré le cas au “Centre anti-poison” – ainsi qu’on appelait le Centre régional de pharmaco-vigilance – et le dossier a été enregistré et transmis au Centre national à Paris… »

La présidente du tribunal demande à Georges Chiche si sa déclaration était exceptionnelle. « Oui, répond le médecin. Dans ce monde médical, il ne faut pas parler… Des collègues disaient “Georges, il a craché dans la soupe”. En fait, on ne mangeait pas la même soupe… » Le cardiologue va bientôt en avoir la confirmation. Il s’attendait à être tenu au courant des suites données à son signalement. Au lieu de cela, une réunion est organisée dans les locaux du Centre régional de Marseille, en présence de sa responsable et d’un médecin du département de pharmacovigilance de Servier, le docteur Colette Frisch (cette dernière a assisté à l’audience du 19 mars, et conseille régulièrement, en tant que « consultante indépendante », les avocats de Servier lorsqu’ils cherchent à contester les demandes d’indemnisation).

L’avocate de Servier, Me Nathalie Carrère, observe qu’il est normal que le laboratoire soit informé des signalements d’effets indésirables de ses médicaments. Mais Georges Chiche dit avoir été « choqué » par cette confrontation, qu’il n’a pas vécue comme un échange cordial d’informations, mais comme une tentative de discréditer son observation.

À la même époque, un visiteur médical de Servier se présente au cabinet de Georges Chiche : « Il m’a dit: “C’est quoi cette observation, c’est pas possible !” Depuis, je ne reçois plus de visiteurs médicaux. »

Un autre jour, Georges Chiche reçoit un coup de fil : « Mon associé décroche et me dit : “Je te passe la mairie de Marseille”, poursuit le médecin. C’était le professeur Roger Luccioni, éminent cardiologue, dont j’avais été l’étudiant et qui était adjoint au maire de Marseille. Luccioni m’a remonté les bretelles. Il m’a dit que c’était nul, impensable, m’a demandé de retirer mon observation. » Question de la présidente : « Avait-il des arguments scientifiques ? » Chiche : « Non, c’était une injonction marseillaise. »

Roger Luccioni est décédé en 2008. Dans un ouvrage, édité par le laboratoire, il est salué comme un « grand médecin », un « amateur de jazz », et l’un des « membres les plus actifs » du conseil scientifique de l’Institut Servier. Ses liens avec le fabricant du Mediator justifient-ils qu’il soit intervenu dans ce cas, alors qu’il n’exerçait aucune fonction liée à la pharmacovigilance ? A-t-il agi de son propre chef ? Pour Servier, il ne s’agissait pas d’une pression du laboratoire…

Par la suite, Georges Chiche dit avoir systématiquement demandé à ses patients d’arrêter le Mediator, mais n’a pas signalé de nouveaux cas de valvulopathies associées au produit de Servier. Il laisse entendre dans sa déposition qu’il a pu en voir d’autres (« Chaque fois que je dépistais une valvulopathie, je demandais au patient s’il avait pris du Mediator… Une fois sur trois on me dit oui »).

 

« Une erreur de retranscription regrettable »…

Qu’est-il advenu du signalement de 1999 ? Dans un premier temps, l’Agence du médicament a attribué à l’observation du docteur Chiche la mention « imputabilité plausible ». Ce qui signifiait que le médicament pouvait avoir causé la pathologie et que le cas devait retenir toute l’attention. Il le devait d’autant plus que, dès 1995-96, on pouvait craindre une toxicité du Mediator. En 1996, une étude, dirigée par le professeur Lucien Abenhaim et publiée par le New England Journal of Medicine, a montré une relation causale entre la prise d’Isoméride et l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), maladie gravissime du poumon.

 

Irène Frachon au tribunal de Nanterre en mai 2012.
Irène Frachon au tribunal de Nanterre en mai 2012. © Reuters
 

L’émission attaquée par Servier fait état de pressions diverses subies par le professeur Abenhaim, qui a indiqué notamment que l’hôpital dans lequel il travaillait à l’époque avait fait appel aux services d’une société de protection et qu’on avait essayé de lui faire parvenir, pour le compromettre, une rémunération sur son compte personnel. Lucien Abenhaim a également mentionné une lettre de l’épouse de Jacques Servier dans laquelle il était question de le « neutraliser ». À la même époque, le directeur de l’Agence du médicament, Didier Tabuteau, a, selon ses dires, reçu des coups de téléphone inquiétants, avec des « conseils de prudence ».  

En 1997, on l’a vu, le lien entre Isoméride et valvulopathies a été établi. En 1998, le Comité technique de pharmacovigilance observe que le Mediator et l’Isoméride libèrent dans le sang des quantités équivalentes de norfenfluramine, la molécule suspectée de produire la toxicité de l’Isoméride. Par conséquent, on peut s’attendre à ce que le Mediator présente des effets indésirables similaires à ceux de l’Isoméride. Enfin, en mai 1999, peu après la notification de Georges Chiche, est signalé le cas d’une patiente de l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart atteinte d’HTAP alors qu’elle n’avait pas d’autre facteur de risque que la prise de Mediator.

Le 3 juillet 2014, un jugement du tribunal administratif de Paris a déclaré l’État responsable de ne pas avoir suspendu ou retiré du marché le Mediator en 1999. Selon le jugement, le signalement d’un cas d’hypertension artérielle pulmonaire et d’un cas de valvulopathie cardiaque « imputables au benfluorex auraient dû faire tenir les dangers du benfluorex comme suffisamment caractérisés pour conduire à la suspension ou au retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Mediator ».

C’est dire l’importance de l’observation de Georges Chiche. Pourtant, ce dernier a bel et bien fait l’objet de pressions. Et le cas qu’il avait signalé, qui avait été classé dans la catégorie « imputabilité plausible », a été étrangement reclassé en « imputabilité douteuse ». Cette modification a été faite alors que le document se trouvait dans le service d’évaluation de l’Agence du médicament, dirigé par le professeur Jean-Michel Alexandre. Ce dernier, qui a été un personnage-clé de l’Agence du médicament de 1985 à 2000, a été mis en examen dans la procédure pour tromperie, menée par les juges d’instruction de Paris contre le groupe Servier.

L’instruction a établi qu’après avoir quitté l’Agence en 2000, il avait utilisé ses compétences pour conseiller les laboratoires Servier dont il a perçu, entre 2001 et 2009, un montant total de 1 163 188 euros d’émoluments variés. C’est son service qui a reçu la déclaration de Chiche en 1999. Quand les magistrats lui ont demandé pourquoi ce cas considéré d’abord comme plausible avait été reclassé comme douteux, il a évoqué une « erreur de retranscription regrettable »

Cette « erreur » a conduit à mettre sous le boisseau la déclaration du docteur Chiche. Entre 1999 et 2003, aucun nouveau signal d’alarme n’a été lancé. En 2003, un cas de valvulopathie sous benfluorex en Espagne a été suivi du retrait du produit dans ce pays (Servier affirme qu’il a retiré le médicament pour des raisons commerciales). À son tour, l’Italie a retiré le benfluorex de son marché en 2005. En France, quelques cas de valvulopathies sont signalés entre 2004 et 2007, mais ne sont pas pris au sérieux.

Bref, les dangers du Mediator ont été oubliés, ou ignorés, par les autorités sanitaires. Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, les redécouvre en 2007. Elle observe plusieurs cas d’HTAP sous Mediator. La même année, le cardiologue Yannick Jobic, avec qui elle collabore étroitement, diagnostique une valvulopathie cardiaque chez une femme, elle aussi exposée au Mediator.

À partir de cette première observation, Irène Frachon va retrouver toute une série de cas de valvulopathies imputables au Mediator, ce qui la conduira à lancer une nouvelle alerte. Elle présente ses observations le 29 septembre 2009 à l’Afssaps (nouveau nom de l’Agence du médicament, devenue aujourd’hui l’Ansm), tout juste dix ans après l’observation de Georges Chiche. « L’équipe Servier est là, au complet, et descend mon travail, laissant entendre que l’étude est falsifiée », nous a-t-elle raconté.  

En juin 2010, Irène Frachon publie un livre qui fera connaître l’affaire à la France entière : Mediator 150 mg, combien de morts ? Quelques jours après la parution, la force de frappe des avocats du groupe Servier se manifeste : un jugement interdit le sous-titre « combien de morts ? ». Il faudra réimprimer et changer la référence du livre.

Un effet collatéral de cette publication touche Christian Riché, professeur de pharmacologie au CHU de Brest, où travaille Irène Frachon, et responsable du centre régional de pharmacovigilance. Riché a soutenu Irène Frachon dans son entreprise. D’après l’émission d’« Envoyé spécial », il a été menacé par un médecin influent ayant des liens avec Servier. Le laboratoire juge cette allégation diffamatoire. Interrogé dans le reportage, Riché n’a pas confirmé ces menaces.

 

« Les méthodes de Servier n’ont pas changé »

D’après un témoignage recueilli par Mediapart, il a effectivement été apostrophé, peu après la parution du livre d’Irène Frachon, par le professeur Jean-Roger Claude, toxicologue, en ces termes : « Tu t’es sali les mains avec cette fille. Tu vas le payer personnellement et professionnellement. » Jean-Roger Claude a été membre de la commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM) de 1987 à 2013. Il a été consultant de Servier à partir de 1989, et a eu des contrats avec le laboratoire jusqu’à 2013.

Le professeur Claude a été mis en examen par les magistrats parisiens. D’après un document du dossier d’instruction que nous avons pu consulter, depuis 1989, il a reçu de Servier des rémunérations d’un montant total s’élevant à plus de 1,6 million d'euros, avec des contrats annuels allant de 45 000 à 60 000 €, auxquels s’ajoutent des contrats spécifiques pour plusieurs médicaments de Servier, notamment le Protelos, le Coversyl et le Stablon. Jean-Roger Claude a eu un autre lien avec Servier, son épouse, Nancy Claude, ayant été embauchée comme toxicologue par le laboratoire.

L’émission jugée diffamatoire par Servier était donc en-dessous de la réalité. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Irène Frachon, venue témoigner le 19 mars, a décrit une nouvelle manifestation de la stratégie d’intimidation du laboratoire. Un jeune médecin qui travaille au CHU de Brest a participé à une publication récente sur l’évolution des cas de valvulopathie associés au benfluorex. Cet article décrit les cas de 20 patients (dont 18 femmes) hospitalisés pour défaillance cardiaque après des valvulopathies induites par le benfluorex. Le médecin concerné a eu la surprise de recevoir, en deux semaines, trois lettres recommandées de la division Pharmacovigilance de Servier, lui demandant de remplir 20 fiches de pharmacovigilance avec les noms, prénoms et dates de naissance des patients, censés être couverts par le secret médical.

Outre que ce médecin s’est senti fort désagréablement harcelé, il faut comprendre que les valvulopathies associées au benfluorex sont désormais établies par toute une série de publications scientifiques. Les déclarer à la pharmacovigilance ne constitue plus une priorité. Et même si le médecin jugeait utile de le faire, c’est à l’Ansm qu’il devrait logiquement adresser ces informations. En aucun cas, le laboratoire n’est censé être le premier destinataire d’informations, qui plus est nominales.

Irène Frachon a correspondu avec un médecin d’un autre hôpital qui a, lui aussi, reçu des demandes de Servier pour obtenir des informations détaillées sur des patients étudiés dans un article. Dans un mail adressé à la pneumologue, ce médecin se dit « traqué par la pharmacovigilance » de Servier. Il dit avoir reçu « deux emails identiques en seulement quelques heures », et s’être trouvé dans l’incertitude, ne sachant pas s’il devait ou non répondre : « Tout cela paraissait très officiel et… je me sentais coupable de ne pas y donner suite. »  Or, il n’était en aucun cas tenu de répondre à Servier.

On peut se demander pourquoi le laboratoire insiste tant pour connaître l’identité des malades dont les cas sont mentionnés dans les articles récents sur le Mediator. Il semble que, sous couvert de mettre à jour sa banque de données, le groupe Servier cherche à obtenir un maximum d’informations sur les patients susceptibles de demander une indemnisation. Les avocats du laboratoire cherchent à exploiter la moindre contradiction dans un dossier pour contester le bien-fondé de l’indemnisation.

Irène Frachon estime que « les méthodes de Servier n’ont pas changé » depuis deux décennies. En 1996, le problème était de faire apparaître le signal le plus bas possible. Aujourd’hui, il s’agit de démonter, un par un, tous les dossiers de demande d’indemnisation et de nier contre vents et marées la responsabilité du Mediator dans les pathologies constatées.

Pour Me Nathalie Carrère, il n’y a ni menace ni violence dans les propos rapportés par Georges Chiche et les témoins. Rien ne prouve, selon elle, que le groupe Servier ait chargé le professeur Luccioni de contacter son ancien étudiant ou qu’il ait appelé Didier Tabuteau. Elle parle d’accusations « intolérables », de « fantasme », de « légende ».

Mais les sommes impressionnantes versées par le laboratoire à ses consultants – pratique sont Servier détient le record en France, selon le professeur Philippe Even, qui lui aussi a témoigné le 19 mars – ne sont pas un fantasme. Ni la crainte évidente que Servier a inspiré à certains médecins. Didier Tabuteau n’a peut-être pas reçu d’appels de Servier, ni Lucien Abenhaim de couronnes mortuaires, comme l’évoque « L’Affaire du Mediator ». Mais il n’est pas contestable que si les dangers du Mediator ont été connus en 1999, le produit n’a été retiré qu’en 2009. Il faudra bien expliquer comment le déni de Servier a pu si longtemps s’opposer à la vérité médicale et scientifique.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 21:53

 

Source : http://cadtm.org

 

CADTM

 

La Grèce face à la dette et à l’Europe

Que faire en solidarité avec le peuple grec ?

22 mars par Pascal Franchet

 

 

 

Le CADTM s’appuie sur plus de 25 ans d’expériences acquises à combattre les dettes illégitimes, odieuses et illégales, ainsi que les plans d’ajustement structurels dans les pays du Sud de la planète, pour lutter aujourd’hui contre la dette et les plans de rigueur, d’austérité et autres mémorandums appliqués aujourd’hui dans les pays du Nord de la planète, principalement en Europe.

Le parallèle n’est pas innocent car ce sont les mêmes schémas appliqués depuis 1982 par le FMI dans les pays du Sud qu’on voit mis à l’œuvre aujourd’hui par la Troïka et tous les gouvernements de l’Union Européenne.

Pour tenter de répondre aux questions posées par l’énoncé de cette soirée à ces questions, je voudrais aborder brièvement, et donc obligatoirement de façon limitée et incomplète, 5 points pour ouvrir le débat.

 

Ces points sont les suivants :

  1. Quels sont les enjeux nouveaux posés par la victoire de Syriza le 25 janvier dernier ?
  2. Que montre le comportement des institutions européennes (et au passage la question de l’euro)
  3. Quel est le contenu de l’accord signé le 2O février dernier ?
  4. Quelle place prend l’audit de la dette grecque annoncé le 17 mars ?
  5. En cas de défaut de paiement, quelles incidences pour le portefeuille des contribuables français ? « ça va nous coûter 600-700€ par personne » !
 
1 - Quels sont les enjeux nouveaux posés par la victoire de Syriza le 25 janvier dernier ?

Dans ce ciel sombre, qui s’est abattu sur les pays européens avec l’avènement du néolibéralisme au début des années 1980, est apparue, le 25 janvier, dernier une éclaircie qui contraste considérablement avec les orientations dominantes depuis des dizaines d’années.

C’est en effet la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qu’un mouvement social anti-austéritaire porte au pouvoir en Europe un parti politique de gauche en rupture avec la social-démocratie.

Pour les grecs, il s’agit de tourner la page de 6 ans de reculs sociaux qui ont laminé l’économie du pays (recul d’un ¼ du PIB et 30% des entreprises ont fermé) et provoqué un désastre humanitaire : un chômage à 27% , celui des 15-25 ans proche de 60%, des salaires en recul de 38%, les retraites de 45%, plus d’un tiers de la population n’a plus de couverture sociale, 40% des hôpitaux ont fermé. En Grèce, on meurt faute d’accès aux soins et aux médicaments.

Si les enjeux sont considérables pour le peuple grec (sortir de l’austérité, répondre à la crise humanitaire), ils ne sont pas moins importants pour les autres peuples européens en lutte contre l’austérité. Les combats contre l’austérité posent toujours, et c’est aujourd’hui un frein aux mobilisations, la question du débouché politique.

On ne s’y trompe pas. La manifestation organisée à Madrid, par PODEMOS, le 31 janvier, n’aurait pas connu un tel succès si le résultat des élections grecques avait été différent.

C’est la FGTB, le 1er syndicat belge, qui a le mieux exprimé l’espoir suscité par cette victoire électorale en titrant son communiqué du 26 janvier : « Merci les grecs, au revoir Tina ! » TINA = le fameux « There is no alternative » prononcé le 25 juin 1980 par Margaret Thatcher.

En France, les mobilisations démarrent doucement. Il faut espérer qu’elles s’amplifient. Le 9 avril, à l’appel de la CGT, de la FSU, de Solidaires et de FO, nous serons en grève et en manifestations. C’est pour nous l’occasion de faire le lien entre le soutien au peuple grec et notre propre combat contre l’austérité.

Le 1er mai également pourra aussi être opportun pour continuer à faire vivre la solidarité internationale des peuples en lutte.

Pour l’ensemble des peuples européens en lutte contre les politiques austéritaires, une brèche est ouverte pour un autre débouché politique qui rompe avec le néolibéralisme imposé par les conservateurs et par les socio- démocrates.

Une autre voie que le populisme d’extrême droite est envisageable. Elle passe par la construction de l’Europe des luttes.

 
2 - Que montre le comportement des institutions européennes (et au passage la question de l’euro)

Les institutions européennes ont réagi très vite et d’emblée sont entrées en conflit avec le nouveau gouvernement grec démocratiquement élu.

2 formes d’agression sont mises en œuvre : l’une institutionnelle, l’autre purement idéologique.

Dès le 4 février, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’à partir du 11 février 2015, elle cesserait d’accepter les titres de la dette grecque comme garanties (ou « collatéraux ») pour accorder des prêts aux banques, dans le cas où le programme d’ajustement ne se poursuivrait pas.

Certes, les banques grecques peuvent toujours opter pour le mécanisme de déblocage de liquidités d’urgence (ELA= sigle en anglais) de la part de la
banque centrale grecque, qui assumerait le risque. Le financement par le biais de l’ELA coûte de surcroît plus cher : 1,55 % contre 0,05 % pour le financement de la BCE. Toutefois, cette deuxième option pourrait également être mise à mal par un vote en ce sens d’au moins deux tiers du Conseil des Gouverneurs de la BCE.

Ce conseil des gouverneurs est composé d’un directoire de 6 membres (les économies les plus riches) et des 19 gouverneurs des banques centrales de la ZE. Ce vote des 2/3 est parfaitement envisageable au vu de l’unanimité anti Syriza de l’Eurogroupe (l’Eurogroupe remplace de fait le conseil européen des ministres des finances = ZE +GB).

Le comportement brutal (certains parlent d’un coup d’état financier) des institutions européennes montre le caractère antidémocratique du traité constitutionnel. Comme l’affirmait le luxembourgeois Jean-Claude Junker dans une interview au Figaro dès le 29 janvier : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

La forme idéologique de l’agression se fait à longueur des médias européens (journaux, télés, etc.).

Une campagne idéologique, par peur de contagion, est orchestrée. Depuis décembre 2014, elle brandit la menace de l’expulsion de la Grèce de la zone euro, ce qui conduit les épargnants grecs à vider leurs comptes bancaires.

Des milliards d’euros sont retirés chaque semaine menaçant les banques grecques et obligent le nouveau gouvernement à intervenir, vidant le peu de réserves que le gouvernement Samaras a laissé dans les coffres de la banque centrale grecque.

Il existe une troisième mesure récente discriminante pour la Grèce. La BCE a décidé d’un programme de rachat des dettes publiques à hauteur de 60Mds par mois jusqu’à 1140 Mds d’euros (l’équivalent de ce que pratiquent déjà la FED, la Banque d’Angleterre ou la Banque Centrale du Japon). La Grèce est exclue de ce système de rachat de titres de la dette publique.

Enfin, il y a les menaces directes comme celles proférées par le Président de l’Eurogroup, disant que le contrôle externe des capitaux restait chose possible comme cela a été le cas pour Chypre ou encore le comportement de la Commission européenne qui juge néfaste le projet de loi des 100 mensualités sans pénalités pour arriérés d’impôt. Cette loi, votée aujourd’hui (le 19mars), permettra le rétablissement de l’électricité (et du chauffage) pour ceux qui en ont été privés (l’impôt étant lié aux factures d’électricité). C’est une loi en réponse à l’urgence sociale causée par les différents mémorandums.

 

 

Quitter ou pas la zone euro ?

La menace d’expulsion de la Grèce de la ZE n’a aucun fondement juridique, mais 2 cas de figure peuvent toutefois se présenter, alors qu’à 75% les grecs ne souhaitent pas aujourd’hui quitter la zone euro.

  • L’assèchement total des liquidités peut amener la Grèce à changer de monnaie.
  • Face au chantage et à l’impossibilité d’appliquer le programme choisi par le peuple grec, la décision peut émaner du gouvernement, au travers d’un référendum ou non.

 

Quelles seraient les conséquences pour l’économie grecque de l’adoption d’une nouvelle monnaie (la drachme ou autre) ?

Du point de vue de la dette : celle-ci est libellée en euro et les créanciers (BCE, MES et FMI pour l’essentiel) exigeraient très certainement son paiement en euros et non en drachmes contre lesquelles une spéculation poussant à la dévaluation de cette nouvelle monnaie serait menée, d’où un surenchérissement du service de la dette. Michel Husson estime qu’une dévaluation de 10% de la nouvelle monnaie porterait le niveau de la dette (actuellement de 175% du PIB) à 192%. 10% étant une hypothèse basse, les prévisions globalement admises parlent plutôt de 30 à 40%.

Du point de vue du commerce extérieur (même si le gouvernement grec renonce à l’importation des produits d’armement), la balance commerciale (exportations moins importations) verrait son déficit s’aggraver considérablement, les prix à la consommation augmenter et le pouvoir d’achat des grecs se dégrader. L’essentiel du commerce extérieur grec se fait avec la zone euro (France et Allemagne en premier).

En soi, quitter la zone euro dans le contexte actuel serait une véritable catastrophe, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autres solutions. La problématique n’est pas technique, elle est avant tout politique.

 

Alors quelle réponse à la monnaie unique et au statut actuel de la BCE qui interdit le financement des politiques publiques ?

La réponse ne se trouve pas au front national qui souhaite de façon simpliste la sortie de l’euro, appliquant une Zlatan-solution : « quand on considère que nous avons une Europe de merde, on la quitte !  »

Une solution mixte* peut être trouvée en appliquant la drachme pour les échanges intérieurs et l’euro comme monnaie des échanges extérieurs avec la zone euro.

Cela n’a toutefois aucun sens en dehors d’une politique d’émancipation sociale et d’une autre redistribution des richesses (ce qui ne figure pas dans le programme de Syriza). Cela nécessite un strict contrôle des mouvements de capitaux et de changes où la garantie de la parité drachme-euro ne s’exercerait que jusqu’à un certain plafond.

 

*C’est une proposition formulée par Éric Toussaint (je la partage). Voir proposition complète en fin de texte.

C’est ce qui s’est pratiqué au Nicaragua en 1985 et en Belgique au sortir de la deuxième guerre mondiale où les enrichissements excessifs ont fait l’objet de ponctions.

Au-delà de ce plafond, la parité (1 drachme = 1 euro) serait dégressive. Une telle réforme monétaire permettrait de répartir une partie de la richesse de manière plus juste socialement. Un autre objectif de la réforme serait de diminuer la masse monétaire en circulation de manière à lutter contre des tendances inflationnistes.

De façon plus générale, le débat sur la monnaie que nous voulons reste posé. Il est relativement récent (il date du début de la crise). Ce qui signifie qu’en 1992, lorsque nous avons lutté contre le traité de Maastricht et en 2005, lorsque nous avons combattu le TCUE, nous n’avons abordé aucunement la question de la monnaie commune, ni de la banque centrale européenne que nous voulons.

Le débat reste ouvert, mais il est, à mon avis, indissociable de la conception de l’Europe des peuples pour les peuples que nous voulons construire.

 
3 - Quel est le contenu de l’accord signé le 20 février dernier ?

La Grèce est censée payer 6 milliards d’euros à ses créanciers au cours du mois de mars. C’est davantage que le prêt de 4,1 milliards que le gouvernement espère obtenir fin avril, suite à l’accord conclu avec les autres États de la zone euro. Cet accord signé le 20 février prolonge de quatre mois le programme signé par le gouvernement précédent et la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne) rebaptisée “institutions”. Celles-ci débloqueront cette tranche de 4,1 milliards d’euros à condition que soient acceptées les réformes que le gouvernement grec leur présentera. Dans cet accord, le gouvernement s’est également engagé à payer l’intégralité de sa dette dans les délais, pour maintenir un accès aux liquidités et obtenir le versement de la tranche prévue.

 

Alors trahison ou pragmatisme ?

Une certitude : le programme adopté par la majorité de Syriza (il existe une plateforme de gauche qui a obtenu 41% des voix au dernier comité central de Syriza) n’est pas un programme anticapitaliste.

Présenté à Thessalonique dans la dernière ligne droite des élections législatives, il se veut une réponse à la crise humanitaire que connait la Grèce et a été choisi par les électeurs grecs pour mettre fin à l’austérité.

Le deuxième facteur à prendre en considération est son isolement sur la scène européenne. Il n’y rencontre que des adversaires, le gouvernement français au premier rang, et que les gouvernements soient dirigés par des conservateurs ou des socio-démocrates.

Enfin, la solidarité internationale n’est pas au niveau requis pour influencer les stratégies des gouvernements européens comme cela a pu être le cas des mobilisations sociales au moment de la guerre du Vietnam ou plus récemment contre l’éventuelle intervention française en Irak.

Cet accord s’est fait dans ce contexte, juste après le blocage partiel de l’accès aux liquidités du 11 février, donc avec une pression énorme pour le gouvernement grec.

Cet accord ne s’est pas fait avec la Troïka, mais avec les différentes institutions européennes et le FMI. La différence est de taille car la Troïka était ressentie comme une humiliation permanente par le peuple grec. Le contenu de cet accord est un compromis qui illustre les limites politiques de Syriza et la faiblesse du rapport de forces pour la Grèce.

Il contient des régressions, peu d’avancées réelles et des formulations floues.

 

Parmi les régressions, on peut citer le recul dans le temps de l’augmentation du salaire minimum, la renonciation à revenir sur les privatisations déjà opérées, la réduction des dépenses publiques et la révision du budget 2015, la flexibilité des salaires, ...

 

Dans les « avancées », disons plus conformes au programme de Syriza, il y a :

 

la lutte contre l’évasion fiscale (203 Mds d’€ entre 2003 et 2009, soit 55Mds de recettes fiscales perdues, l’équivalent d’une année de recettes budgétaires ; voir aussi la liste Lagarde avec plus de 2000 noms et détails sur l’évasion fiscale en Suisse dont la mère de Papaandréou, ex n° 1 de l’internationale socialiste, le n° 2 était le dictateur Ben Ali).

Le total de l’évasion fiscale est estimé à plus de 600 Mds d’euros, soit plus de 2 fois le PIB grec.

L’accord contient aussi le principe d’une réforme de la fiscalité directe (tranches d’impôt relevées pour la 1re tranche et une tranche marginale plus importante), l’instauration d’un cadastre (40% du territoire n’est pas cadastré aujourd’hui), la lutte contre la fraude fiscale avec un bémol sur le recrutement de « contrôleurs » contractuels non fonctionnaires, la lutte contre le clientélisme (mode de « gouvernance » de la Nouvelle Démocratie et du PASOK). Dans les autres mesures, il y a la lutte contre la crise humanitaire, sans précisions.

Dans les ambigüités, il y a principalement une réforme des retraites remettant (au minimum) en cause les départs anticipés, réforme pour laquelle le FMI réclame davantage de garanties et précisions.

C’est donc in fine un accord défavorable au peuple grec, à l’image de l’état du rapport de forces et des faiblesses du projet politique de Syriza.

 

 
4 - Quelle place prend l’audit de la dette grecque annoncé le 17 mars ?

La question de la dette est une question centrale. Elle a été utilisée hier pour imposer les mémorandums au peuple grec, faisant de ce pays le laboratoire des politiques austéritaires en Europe, comme le Chili de 1973 fut celui, sanglant, de l’expérimentation des thèses de l’école de Chicago.

Aujourd’hui, elle constitue un verrou pour un changement de paradigme économique en Grèce, un obstacle qui s’oppose à la satisfaction des besoins fondamentaux de la population. De ce point de vue, elle est en contradiction avec les dispositions du droit international (Chartre de l’ONU entre autres).

 

Qu’attendons-nous de cet audit et de la commission concernant les réparations de guerre dues par l’Allemagne ?

La présidente du parlement grec, Zoé Konstantopoulou, a annoncé officiellement avant-hier (le 17 mars) la mise en place d’une commission d’audit de la dette et a également annoncé le lancement des enquêtes sur les mémorandums, pour répondre à la question de savoir comment le pays en est arrivé là. Eric Toussaint, porte parole du CADTM International et ex membre de la commission d’audit de la dette équatorienne en 2007-2008, est chargé de la coordination sur le plan scientifique.

Il s’agit d’identifier le caractère odieux, illégal ou illégitime des dettes contractées par les précédents gouvernements. Compte tenu du poids de cette dette, une suspension de son paiement (moratoire) pendant la durée de cet audit paraît la meilleure option. Cette possibilité est même fondée légalement.

Les gouvernements sont tenus de privilégier le respect des droits humains et de ne pas appliquer les accords qui conduisent à leur violation. Cette obligation est également prévue à l’article 103 de la Charte de l’ONU.

Article 103 de la Charte des Nation- unies : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront. ».

Parmi les obligations contenues dans cette Charte, on trouve notamment, aux articles 55 et 56, « le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès et de développement dans l’ordre économique et social (…), le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion »

Le droit européen et international légitimerait ainsi des actes unilatéraux de la Grèce même si l’accord du 20 février interdit toute action unilatérale du gouvernement grec.

A l’issue de cet audit qui doit être citoyen, c’est-à-dire porté explicitement à la connaissance de la population au fur et à mesure de ses travaux, il appartiendra au gouvernement, au Parlement, mais surtout au peuple, de décider de l’annulation de la part illégitime, odieuse et/ou illégale..

A propos d’annulation totale ou partielle des dettes des Etats, ce ne serait pas, avec la Grèce, une exception historique. Dans un ouvrage paru en 2010 en français (Cette fois, c’est différent, huit siècles de folie financière), les auteurs, économistes au FMI, ont recensé pas moins de 169 cas de défaut total ou partiel depuis la fin de la 2 ème guerre mondiale.

La présidente du parlement grec a également confirmé la reconstitution de la commission de revendication des réparations de guerre allemandes.

L’Allemagne, qui a bénéficié lors de la conférence de Londres en 1953, d’une réduction de plus de 60%de sa dette et d’une restructuration très favorable du solde, ne s’est jamais acquittée des dommages de guerre envers la Grèce (dégâts considérables, emprunt forcé, pillage de l’or de la Banque de Grèce pour financer la guerre en Afrique du Nord).

Il est plus que temps de remettre les pendules à l’heure à un moment où l’Allemagne de Maerkel veut imposer son diktat sur l’économie et la politique grecques.

L‘audit des mémorandums permettra également d’identifier les dispositions contraires au droit international précité.

 
5 - En cas de défaut de paiement, quelles incidences pour le portefeuille des contribuables français ? Ça va nous coûter 600-700€ par personne !

Les médias nous assènent qu’un défaut de paiement auraient des conséquences sur le portefeuille des contribuables français. Les chiffres les plus farfelus circulent à ce propos. Les plus élevés affichent pas moins de 700€ au compteur.

Qu’en est-il exactement ? je vous renvoie à la brochure éditée par le CAC, intitulé « petit guide contre les bobards médiatiques à propos de la dette grecque » ainsi qu’à l’excellent article de Jean Gadrey : « Combien « nous » coûterait un défaut grec ? Réponse (à débattre) : dette qui roule (bien) n’amasse pas mousse ! »(Vous trouverez les 2 sur le site du CADTM).

Le montant concerné (30 ou 40 Mds à la louche selon les sources) est à préciser.

1 - Il faut distinguer les prêts bilatéraux (11, 9Mds pour la France) qui ont fait l’objet, pour les financer, d’émission d’obligations (donc de dette de l’Etat).
Ces prêts bilatéraux ont été consentis à la Grèce moyennant des taux d’intérêt de 5,2% en 2010 et de 4, 2% en 2011. La France, elle, empruntait à cette période (OAT à 10 ans) à 2,8% en moyenne. Le différentiel entre les taux a constitué un profit pour l’Etat français. Le défaut sur ces prêts n’ajouterait, ni n’enlèverait rien de plus aux contribuables français.

On peut également s’interroger, dans le cadre d’un audit des dettes et créances françaises, cette fois, sur la légitimité de ces créances envers la Grèce, comme de celles que la France a envers plusieurs pays du Sud.

2 - Il y a ensuite les garanties qu’a signé la France dans le cadre du MES. Ces garanties ne lui ont pas coûté un cent d’euro puisque le MES émet des emprunts auprès des banques privées, emprunts que l’Etat grec rembourse. C’est de là que viennent les tranches attendues par la Grèce et qui servent au chantage de l’Eurogroup aujourd’hui.
Ces garanties, comme le MES, doivent être dénoncées car participant à la paupérisation du peuple grec.

 

Pour conclure cette introduction au débat, je voudrais réaffirmer que le meilleur soutien que nous puissions apporter au peuple grec est de nous mobiliser contre notre patronat et notre gouvernement, d’œuvrer à un audit de la dette publique française, dans une logique anti austéritaire et de solidarité internationale.

Je vous remercie

 

Proposition complète (Syriza : « Un grain de sable dans l’engrenage » 3 février par Eric Toussaint

 

Réforme monétaire redistributive

Une redistribution des richesses peut également être réalisée par le biais d’une réforme monétaire appropriée. Sans développer ici, on peut s’inspirer de la réforme monétaire réalisée après la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement belge ou, à un autre coin de la planète et à une autre époque, par les autorités nicaraguayennes en 1985. Elle vise à opérer une ponction notamment sur les revenus de ceux et celles qui se sont enrichis sur le dos des autres. Le principe est simple : il s’agit, lors d’un changement de monnaie, de ne garantir la parité automatique entre l’ancienne et la nouvelle monnaie (un ancien euro contre un nouveau drachme par exemple) que jusqu’à un certain plafond.

 

Au-dessus de ce plafond, la somme excédentaire doit être placée sur un compte bloqué et son origine, justifiée et authentifiée. En principe, ce qui excède le plafond fixé est changé à un taux moins favorable (par exemple : deux anciens euros contre un nouveau drachme) ; en cas d’origine délictueuse avérée, la somme peut être saisie. Une telle réforme monétaire permet de répartir une partie de la richesse de manière plus juste socialement. Un autre objectif de la réforme est de diminuer la masse monétaire en circulation de manière à lutter contre des tendances inflationnistes. Pour qu’elle soit efficace, il faut avoir établi un contrôle strict sur les mouvements de capitaux et sur les changes.

 

Voici un exemple (bien sûr les barèmes indiqués peuvent être largement modifiés après une étude sérieuse de la répartition de l’épargne liquide des ménages et l’adoption de critères rigoureux) :

 

1€ s’échangerait contre 1 Drachme nouveau jusqu’à 200 000 €

 

1€ = 0,7 Drachme nouveau entre 200 000 et 250 000 €

 

1€ = 0,6 Drachme nouveau entre 250 000 et 350 000 €

 

1€ = 0,5 Drachme nouveau entre 350 000 et 500 000 €

 

1€ = 0,4 Drachme nouveau entre 500 000 et 600 000 €

 

1€ = 0,2 Drachme nouveau au dessus de 600 000 €

 

1€ = 0,1 Drachme nouveau au dessus d’un million d’euros

 

Si un foyer a 200 000 € en liquide, il obtient en échange 200 000 Drachmes nouveaux

 

S’il a 250 000 €, il obtient 200 000 + 35.000 = 235 000 Drachmes nouveaux (D.n.)

 

S’il a 350 000 €, il obtient 200 000 + 35 000 + 60 000 = 295 000 D.n.

 

S’il a 500 000 €, il obtient 200 000 + 35 000 + 60 000 + 75 000 = 370 000 D. n.

 

S’il a 600 000 €, il obtient 200 000 + 35 000 + 60 000 + 75 000 + 40 000 = 415 000 D.n.

 

S’il a 1 million €, il obtient 415 000 + 80 000 = 495 000 D.n.

 

S’il a 2 millions €, il obtient 415 000 + 80 000 + 100 000 = 595 000 D.n.

 

 

Pascal Franchet, vice président du CADTM France, à Rouen le 19 mars 2015.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 21:53

 

Source : http://www.latribune.fr

 

Espagne : Podemos réussit sa percée en Andalousie, Mariano Rajoy sanctionné

 

Romaric Godin  | 

 

 

Les Andalous ont renouvelé leur parlement régional

Le parti issu des Indignés est parvenu en troisième position lors des élections régionales andalouses de ce dimanche 22 mars. Les Socialistes limitent la casse, mais le Parti populaire de Mariano Rajoy s'effondre.

 

Podemos, le mouvement issu des Indignés, confirme sa percée dans le paysage politique espagnol. Ce dimanche 22 mars, les résultats définitifs sur l'ensemble des bulletins dépouillés ont indiqué que ce parti a obtenu 15 sièges sur 109 dans le futur parlement de la plus peuplée des communautés autonomes espagnoles. C'est un peu moins que les estimations sorties des urnes qui lui donnaient entre 19 et 22 sièges, mais le parti de Pablo Iglesias, qui, rappelons-le, n'existait pas lors du dernier scrutin régional de 2012, devient la troisième force politique de l'Andalousie avec 14,8 % des voix. Dans certaines villes de la région, comme à Cadix, Podemos est la première force politique. Cette percée, dans une place forte de la gauche espagnole est un succès notable qui confirme, à six mois des élections générales du 20 novembre qu'il faudra compter avec Podemos dans l'avenir.

 

Les Socialistes limitent la casse

Parallèlement, le parti socialiste PSOE a très clairement limité la casse. Il perd quelques quatre points par rapport à 2012 avec 35,5 % des voix contre 39,5 %, mais, avec 47 sièges, il maintient son nombre de députés régionaux (dans une assemblée où il y a 10 élus de plus qu'en 2012) et n'est qu'à 5 points de la majorité absolue. Pour les Socialistes, ce résultat est très encourageant avec les élections générales, il montre qu'il est encore capable de canaliser une partie de la colère contre le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. En tout cas, Suzana Diaz, la présidente PSOE de la région devrait conserver son siège, si elle trouve des alliés...

 

Déroute du PP conservateur

Le parti du chef du gouvernement le Parti Populaire (PP) est, lui, le grand perdant de cette élection. Avec 26,7 % des voix et 33 sièges, il perd 14 points et 17 sièges. C'est une déroute assez claire qui montre que les Andalous qui, en 2012, un an après l'élection de Mariano Rajoy, avait accordé une forte poussée au PP, ont, cette fois, voulu très nettement sanctionner la politique du président du gouvernement. On peut donc mesurer que la population andalouse reste peu sensible sur le plan politique aux « succès » de la politique économique du gouvernement. L'Andalousie affiche un taux de chômage de quelques 35 % de la population active...

 

Ciudadanos réussit son émergence

Les partis traditionnels sont donc très nettement sanctionnés. Avec 63 % des voix en cumulés, les deux grands partis, PSOE et PP, perdent ensemble plus de 17 points. Même le parti de gauche issu de l'alliance entre le parti communiste et les verts, Gauche Unie (Izquierda Unida, IU), traditionnellement troisième force de la région et du pays, a subi une nette défaite, passant de 11,3 % à 6,9 % et de 12 à 5 sièges. Le jeu politique espagnol se complexifie d'autant plus qu'un cinquième larron, le parti centriste Ciudadanos (« citoyens »), très centré sur la lutte contre la corruption et très critique contre l'austérité de Mariano Rajoy, a réussi son émergence politique dans la région avec 9,3 % des voix et 9 sièges. C'est un vrai succès pour ce parti qui fait jeu égal dans les sondages nationaux avec le PP (autour de 18 %), mais pour qui ces élections andalouses étaient un vrai test pour prouver la réalité de son implantation en dehors de sa région originelle, la Catalogne. Preuve est donc faite qu'une partie (mais une partie seulement) de l'électorat déçu par Mariano Rajoy trouve un débouché politique dans Ciudadanos.

 

Une formation de coalition à suivre de près

Désormais, la constitution d'une coalition gouvernementale sera à suivre de près. Le PSOE devrait conserver le contrôle de l'Andalousie, mais il devra trouver un allié. L'actuelle coalition PSOE-IU est minoritaire avec seulement 52 sièges, contre 55 nécessaires. Le PSOE va donc devoir trouver d'autres alliés. Il pourra tenter de se tourner vers Ciudadanos ou vers Podemos. Quelles seront alors les réactions de ces deux formations ? Accepteront-elles de se compromettre dans un gouvernement régional avec un représentant du « vieux système » à 6 mois des élections générales ? La question semble surtout se poser pour Ciudadanos que beaucoup voient comme un allié logique au PSOE. Mais sinon, l'Andalousie ira-t-elle vers une « grande coalition » entre le PP et le PSOE ? Les leaders locaux n'avaient pas exclu ce choix pendant la campagne. Ce serait alors un pain béni pour les deux « nouvelles » formations qui pourraient jouer avant le 20 novembre sur la « collusion » entre les partis du « système. » Ce dilemme du PSOE risque de se reproduire après les élections régionales de mai, mais aussi - et ce sera tout son intérêt - après les élections du 20 novembre.

 

 

Source : http://www.latribune.fr

 

 

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 21:42

 

Source : http://www.humanite.fr

 

Irlande. Des dizaines de milliers de manifestants à Dublin contre la facturation de l'eau
Fabrice Savel avec AFP
Samedi, 21 Mars, 2015
Humanite.fr
 
 
 

Photo AFP
 
Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Dublin samedi contre la décision du gouvernement irlandais de facturer l'eau au robinet, jusque-là gratuite, une mesure jugée abusive après des années d'austérité.
80.000 personnes ont manifesté à Dublin samedi contre la décision du gouvernement irlandais de facturer l'eau au robinet. "Nous avons un objectif, faire annuler cette loi", a déclaré Brendan Ogle, l'un des organisateurs du rassemblement, le dernier d'une série qui a réuni jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes depuis septembre. Jusque-là l'eau du robinet est gratuite. Sa facturation est jugée abusive après des années d'austérité.
Les premières factures, pour le premier trimestre de l'année, doivent arriver dans les boîtes aux lettres des Irlandais le mois prochain. Pour le gouvernement, cela permettra d'introduire la "clarté et l'accessibilité" dans la tarification de l'eau. Mais pour les manifestants, il s'agit surtout d'une mesure d'austérité de trop alors que le pays compte plus de 10% de chômeurs et que le retour de la croissance économique, qui s'élevait à 4,8% en 2014, tarde à se faire sentir pour une grande partie de la population.
Parmi les manifestants, nombreux étaient ceux qui brandissaient des drapeaux aux couleurs du parti d'opposition et anti-austérité Sin Féin. La députée du Parti socialiste Ruth Coppinger a appelé la foule à ne pas payer. "D'ici dix jours, chaque famille dans ce pays va recevoir sa facture (...) Le seul moyen d'obtenir la suppression de cet impôt est de ne pas payer en masse". Dublin s'était engagé à introduire cette taxe sur l'eau dans le cadre du plan d'aide financière du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Union européenne (UE) adopté en 2010 pour sauver son économie de la faillite.
En novembre, le gouvernement avait fait marche arrière sur certains points, réduisant notamment le montant de la facture réclamée aux foyers irlandais (qui sera comprise entre 60 et 160 euros) et renonçant à les faire payer au mètre cube consommé. Mais il refuse d'abandonner sa réforme qui doit mettre fin à une exception au sein de l'UE, qui remonte à 1997.
 
 
Source : http://www.humanite.fr
 
 
 
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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 19:51

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/helene-duffau

 

Qui veut la peau des ZAD ?

15 mars 2015 | Par Hélène Duffau

 

par Célia Izoard et Matthieu Amiech

 

 

Était-ce de l’ironie ? Le 6 mars, jour même où la Zone A Défendre (ZAD) de la forêt de Sivens a été une nouvelle fois évacuée par la police, Manuel Valls s’est inquiété du « silence de la société et des intellectuels » devant la montée de l’extrême-droite (cf. Le Monde du 7 mars). Vue du Tarn, où les opposants à la construction du barrage de Sivens ont été pendant tout le mois de février confrontés à des pratiques d'inspiration fasciste, la déclaration du Premier ministre apparaît comme une insolente provocation. Car c’est bien sur une frange de l'extrême-droite que son gouvernement s’est appuyé pour affaiblir la lutte contre le projet de barrage et faciliter l’évacuation de la ZAD du Testet. Pour rendre intelligible cette affirmation, un bref retour sur des faits peu médiatisés est nécessaire.

 

A partir du weekend du 31 janvier dernier, de petits groupes d’hommes commencent à bloquer l’accès de la ZAD à tous ceux qui veulent s’y rendre. Pour couper le contact entre les zadistes et leurs nombreux soutiens dans la région, ces groupes n’y vont pas de mainmorte : ceux qui apportent des vivres aux défenseurs de la forêt sont dévalisés de leur chargement ; d’autres se retrouvent les pneus crevés, la voiture dans le fossé ou même renversée sur le toit, faute d’avoir fait profil suffisamment bas ; tous sont ouvertement menacés, et parfois suivis quand ils s’éloignent des barrages de ces « pro-barrages ».

 

C’est ainsi que le maire d’une petite commune du Sud du Tarn, Patrick Rossignol, venu participer à une discussion sur la ZAD le 1er février, est « filé » de Sivens jusqu’au centre-ville de Gaillac. Y ayant garé sa voiture le temps d’une réunion, il retrouve à la sortie son pare-brise éclaté. Dans le témoignage qu’il a fait tourner sur internet, il relate aussi comment le groupe de militants gaillacois venus l’accompagner à la gendarmerie pour porter plainte, quelques minutes plus tard, est attaqué à la barre de fer par des « pro-barrages » ; les gendarmes ne daignant sortir de leur bâtiment qu’au dernier moment, alors que les faits se déroulent juste sous leurs fenêtres.

 

Tout au long du mois, les participants à la lutte contre le barrage sont fréquemment menacés et molestés en présence des forces de l’ordre (les zadistes, eux, ont la chance de l’être sans témoin dans la forêt, à toute heure du jour et de la nuit). Les gendarmes se présentaient aux abords de la ZAD en mission d’interposition, mais leur connivence avec les « pro-barrage » était grossière. Dimanche 1er mars, un jeune homme tentant de gagner la ZAD en soirée se voit ainsi barrer la route et sommer de descendre de son camion, lequel est promptement incendié sous les yeux des gendarmes. Ceux-ci se disant trop peu nombreux pour s’y opposer, ce qui les empêchera même de dresser un procès-verbal… Mercredi 4 mars, enfin, les forces de l’ordre qui encerclaient le site pour empêcher tout renfort et tout approvisionnement aux zadistes laissent les « pro-barrage » (plus nombreux à ce moment-là) déferler sur le campement d’opposants, où les témoignages font état de chasses à l’homme, de saccage et d’incendie, jusqu’à des cabanes abritant des animaux (voir les reportages du site Reporterre.net).

 

Cet effrayant élan de citoyenneté active a d’abord été mené sans étiquette politique visible, si ce n’est les brassards « anti-pelluts » (anti-chevelus) qu’arboraient les « pro-barrages ». Dans la presse locale, ces petits groupes pratiquant l’intimidation étaient présentés comme des « agriculteurs du coin en colère » ; mais les gens qui les connaissent les disent électeurs voire militants du Front National, et pas tous agriculteurs. Les sites internet revendiquant ces actions tiennent un discours de droite dure (anti-chômeurs, anti-étrangers) agrémenté de menaces de mort contre les zadistes. L'un des animateurs du blog Testet.sivens.com serait contributeur du journal Boulevard Voltaire. Sur place, certains 4*4 arboraient des écussons du Front national. En assumant publiquement l’organisation d’une semaine de blocage de la ZAD à compter du 2 mars, la FNSEA (qui avait depuis plusieurs mois encouragé l’action de ces « ultras » au niveau local), a apporté sa caution officielle à des pratiques crapuleuses. En ne les dénonçant pas, le gouvernement de Hollande et Valls leur a aussi donné son approbation.

 

En fait, pour tous ceux qui ont été confrontés à cette offensive, la situation a ceci de troublant qu’on ne sait pas dire si la police était en soutien des « pro-barrage » civils ou si ce sont ces miliciens qui ont aidé la police à réprimer une occupation insupportable, aussi bien aux yeux des barons du Conseil général du Tarn qu’à ceux du Premier ministre.

 

Par ailleurs, le contraste est assez frappant entre l’extrémisme des moyens employés pour remettre la forêt de Sivens à disposition des bétonneurs, et le caractère consensuel des arguments servant à justifier ce coup de force. Prenons l’appel des Jeunes Agriculteurs de Midi-Pyrénées aux agriculteurs FNSEA de toute leur région (28 février) : «La comédie n’a que trop duré. Il faut passer d’une phase ou les «anti-tout» peuvent tout bloquer à une phase de développement responsable où les projets économiques structurants pour nos territoires peuvent être engagés et réalisés. Au-delà de cette retenue sur le Tescou, c’est l’enjeu global de Sivens». Voilà un mot d’ordre auquel personne dans la classe politique ne saurait s’opposer, à part peut-être Jean-Luc Mélenchon quand il va à la pêche aux voix en masquant son vieux fond productiviste. Le secrétaire d’État à la Réforme territoriale, André Vallini, n’a-t-il pas déclaré récemment « Pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de tourisme » ? Mais cela pourrait être François Bayrou, Xavier Bertrand ou Marine Le Pen.

 

Cela veut dire qu’en allant bastonner dans le froid et la pluie les jeunes chevelus qui tentent concrètement de rendre un autre monde possible, les miliciens du FN et de la FNSEA défendent les intérêts de l’élite politico-économique qu’ils disent honnir. Celle-ci continue généralement de se présenter comme modérée et démocrate, mais elle peut apparemment compter sur des hommes de terrain pour empêcher, par tous les moyens nécessaires, qu’émergent des alternatives idéologiques et pratiques au développement industriel, à la société de croissance et à son inévitable saccage, humain et écologique. On est là au cœur de l'identité historique de l’extrême-droite – au-delà de ce qu’elle charrie évidemment de chauvinisme et de xénophobie, au-delà des votes essentiellement protestataires qui font son succès électoral : l’extrême-droite s’enracine dans la société quand les classes dirigeantes sont contraintes de lui confier un rôle dans le maintien de l’ordre, c’est-à-dire la répression de mouvements anti-capitalistes et la pérennisation des affaires courantes (que le business puisse continuer as usual). Ce rôle est en général tenu par des individus et des groupes qui devraient aussi s’en prendre au système économique, car celui-ci s’apprête à les broyer, mais qui pour tout un ensemble de raisons, personnelles et sociologiques, se rangent du côté de l’ordre – le leitmotiv des « pro-barrage » pendant toutes ces semaines était « nous demandons à l’État d’appliquer la loi »... quitte bien sûr à exercer cette pression en piétinant nombres de lois.

 

Au moment où l’Etat français s’engage dans une gigantesque opération de com’ environnementale, qui culminera en décembre prochain avec la conférence Paris Climat, il est crucial pour lui d’étouffer la voix qui se fait, poussivement mais avec insistance, entendre depuis quelques années en France et ailleurs, notamment à travers les luttes contre les grands projets utiles au capitalisme : seul l’arrêt du développement industriel, suivi d’un inventaire poussé dans notre civilisation de machines, peut nous rendre l’espoir d’un monde vivable, socialement et écologiquement. Cela implique bien sûr un changement politique immense que nos élites veulent conjurer à tout prix, en jouant sur les peurs et les contradictions au sein du peuple.

 

Si l’ambiance était plus légère ces temps-ci, on pourrait rire longuement de cette fanfaronnade de Manuel Valls en vue du sommet de décembre : « Comme la France des Lumières a su montrer un chemin, le modèle environnemental français doit inspirer le monde. C’est en quelque sorte un nouvel universalisme que nous devons proposer. » Après les derniers rebondissements du conflit de Sivens et le blanc-seing donné par le gouvernement à la FNSEA, on sait donc que le Diderot du XXIè siècle s’appelle Xavier Beulin, et que le nouvel universalisme français consistera à encourager partout sur la terre l’usage de pesticides dans les mêmes quantités que chez nous.

 

Trêve d’ironie grinçante : pour les nombreux habitants de la région de Sivens qui se sentent meurtris par les derniers événements, comme ils l’avaient été par la mort de Rémi Fraisse il y a 4 mois, tout n’est pas encore joué. Le barrage reste à construire et peut donc être empêché. Mais nous savons désormais jusqu’à quelles extrémités les défenseurs de cet ouvrage sont prêts à aller – nombre d’articles de presse sur la réunion du Conseil Général le 6 mars attestent d’ailleurs que certains élus tarnais n’ont aucune intention de construire un barrage plus petit que celui initialement prévu.

 

  • Matthieu Amiech est un des éditeurs du recueil Sivens sans retenue (La Lenteur, 2015) et Célia Izoard est traductrice et journaliste. Tous deux habitent le Tarn et sont opposés au projet de barrage sur le Tescou.

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/helene-duffau

 

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 19:36

 

Texte de Tina, Indigné-e de Nîmes

 

 

Objet: Assiégeons la FNSEA, suite...

 

 

(voir article précédent ici ) http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/2015/03/la-fnsea-assiege-sivens-assiegeons-la-fnsea-mardi-10-mars-2015-14-h-maison-de-l-agriculture-1120-route-de-st-gilles-lettre-ouverte-f

 

ainsi que celui-ci http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/2015/03/article-midi-libre-suite-a-notre-rencontre-avec-la-fnsea-au-sujet-des-violences-sur-la-zad-du-testet.html

 

Avant-propos

J'ai mis un certain temps à me persuader qu'on s'était fait balader, peu sûr d'avoir eu à faire à d'authentiques "fascistes". Je ne le suis toujours pas et je me suis reproché une certaine précipitation dans l'usage de ce terme, on en a pas mal parlé sur place...

Pourtant en additionnant les faits il est difficile d'échapper à cette conclusion. J'ai depuis lu quelques articles, sur Reporterre notamment, lu les rapports de la commission parlementaire sur Sivens, des témoignages ...je ne suis pas seule à avancer ce terme.

Le problème est que la plupart de ces gens ne se pensent pas fascistes, cela les gênent aux entournures. Ils agissent pourtant de concert avec le FN qui n'est pas un parti respectable et qui est bien peuplé d'authentiques fascistes.Son discours lissé ne peut suffire à le cacher..mais...à nos yeux, c'est là le problème.

Pas très satisfaite du texte ci-joint je suis cependant consciente qu'il ne faut pas tarder plus à rendre compte d'une action et remercier ceux qui y ont participé, bien loin d'être tous des Indignés. Certains ont fait de nombreux kilomètres et comme d'habitude se sont trouvés bien seuls... mais néanmoins toujours déterminés à agir. Il y a tant de choses en cours sur lesquelles il est impératif de réagir, nous faisons des choix, pas toujours réfléchis (comme nos actions...).

J'ai aussi trouvé ça : Qui veut la peau des ZAD

http://blogs.mediapart.fr/blog/helene-duffau/150315/qui-veut-la-peau-des-zad


Cela dit bien mieux que je ne puis le faire quels sont les forces à l’œuvre.
Indignés, inquiétez-vous!

TINA

 

Assiégeons la FNsea…suite
Compte rendu de l'action.

Nous étions une vingtaine de personnes mardi 10 Mars après midi venues de toute la région s’installer dans la cour de la Maison de l’Agriculture de Nîmes pour questionner les représentants départementaux de la FDSEA du Gard sur les agissements de leurs cama…, pardon, collègues, du Tarn (pas de « camarades » à la FDSEA…). La presse était là et une partie des dialogues ont été enregistrés par Radio France Bleue (qui a quitté les lieux, semble t-il après quelques « vifs échanges » de la part de certains des membres de la FDSEA).

Notre action étant publique et annoncée, la police est aussi présente, venue peut être pour nous empêcher de dévaster les locaux ou éviter des échauffourées, ce qui n’était pas notre intention. Les « RG » nous connaissent, ils le savent. Pour notre part nous voulions juste apporter notre « lettre ouverte », prétexte à ouvrir un dialogue et savoir jusqu’à quel point ces gens soutenaient les actions de leurs amis du Tarn à l’encontre des opposants au barrage de Sivens. Nous avons qualifié ces actes de « fascistes » dans notre appel à manifester qui a circulé sur les réseaux sociaux, nous ne sommes pas les seuls à l’avoir fait depuis. La « lettre ouverte » était plus nuancée, qu’en est-il réellement de ce terme qui a fait débat jusque dans nos rangs ?

Son inconvénient majeur est qu’il désigne irrémédiablement un ennemi irréductible avec lequel il ne peut y avoir aucun accord, ne laissant comme option que le conflit radical, de part et d’autre. Il repousse l’adversaire dans un camp qui n’est peut-être pas complètement pensé comme étant le sien.
Pourtant l’histoire de l’opposition au barrage de Sivens cumule depuis bien plus d’un an de graves symptômes de « dysfonctionnement démocratique » qui devraient faire réfléchir tous les défenseurs de la « République ». Une oligarchie politique toute puissante, clientéliste, en conflit d’intérêt flagrant, vivant de « petits arrangements » entre notables, pratiquant le fait accompli et le passage en force, soutenue par une presse locale et nationale très partiale et attisant les fantasmes, une répression militaire particulièrement violente et vicieuse…Viennent s’y rajouter de véritables milices agissant impunément sous les yeux des forces de l’ordre. Tous les ingrédients sont là, la soupe cuit doucement.

Il nous paraît urgent d’interpeller l’opinion publique sans trop de détours et qualifier de « fascistes » les agissements de la FDSEA du Tarn a le mérite d’alerter sur des dérives intolérables et sur les forces agissant à peine masquées derrière le ras le bol populaire. Ne pas réagir c’est laisser la porte ouverte à l’abus de force sous forme de « vas-y cogne, ce sont des non violents, tu risques rien… s’ils se défendent on dira qu’ils nous ont agressés».

Le Président qui montre au moins l’attention de venir nous parler, s’avance « courageusement », entouré de quelques jeunes adhérents (« sélectionnés » nous dira t-il plus tard) et d’autres membres de son syndicat. Il y a en face de lui une très grande majorité de femmes, la plupart des hommes ont passé largement la cinquantaine…Nullement menacé, il déploie donc sa force dans le but d’intimider.

Les jeunes « agriculteurs » entament d’ailleurs d’emblée le dialogue: «qu’est-ce que vous venez nous faire chier chez nous (bâtiment pourtant public), je te cause pas, tu m’as traité de facho, je vais te péter la gueule ». Deux mots de travers de notre part et nous avions, sous forme de baffes, la réponse par le réel à nos interrogations sémantiques. On a eu presque envie de leur dire « vas-y, cogne », juste histoire de valider la démonstration….trop facile !

Le président, est un peu plus calme, en mode froid. Il retient ses gars. Il nous explique qu’il a été atteint par certains termes employés dans l’appel à manifester…fasciste, esclavagiste, mortifère sont mal passés…C’est acceptable, après tout nous ne le connaissons pas et il est très probable que nous fassions des généralisation hâtives, ce ne serait pas le première fois. Ce n’est pas lui que nous désignions ainsi, peu importe, tentons donc de nous expliquer et de replacer le débat sur le fond du problème.

Nous exposons les agissements des milices anti Zadistes : blocages des routes, insultes, coups, vols de nourriture et de matériel, destruction de véhicules, menaces de mort diverses et variées, poursuites dans les bois et parfois jusque devant les domiciles, coups de feu (en l’air, pour rire…), destructions par le feu de cabanes occupées, jet de lisiers etc…
On nous oppose la violence des zadistes qui terrorisent la population locale. Ce serait donc, logiquement, œil pour œil…vraiment ?
Un pro barrage aurait eu « la main tranchée » par une hache zadiste…faut bien se défendre non ?
Apparemment, aucune réflexion sur le contexte et l’histoire. En a-t-on envie ?

La discussion s’engage ensuite sur le barrage puis sur l’agriculture en général, selon lui diffamée violemment dans notre texte. Question barrage, il y a apparemment une certaine frustration locale…toute cette eau qui tombe par épisodes sur les Cévennes et part bêtement ensuite à la mer…Pourquoi pas quelques retenues dans les montagnes pour que les agriculteurs de la plaine puissent irriguer ? Avis aux Cévenols qui n’auront pas exactement la même conception du développement rural.
Nous ne pouvons que constater l’éternelle fuite en avant, l’aménagement à outrance étant censé résoudre tous les problèmes. On exporte les nuisances chez les autres, on s’en partage à quelques uns les bénéfices…Peut-on rappeler que le canal du Bas Rhône qui irrigue la plaine n’est actuellement largement pas utilisé à sa pleine capacité ? Peut-on dire que son eau sert de plus en plus à remplir les piscines des lotissements pavillonnaires qui gangrènent les paysages et qu’il est en cours de l’envoyer jusqu’ en Espagne pour rentabiliser la gestion courante de l’ouvrage?

On nous nous expose ensuite certaines actions de la FDSEA en faveur de l’environnement, de la qualité des produits (A.O.C. diverses…etc.). On nous dit fièrement que le Gard est un des département comptant le plus d’agriculteurs « bio », on nous parle des innombrables et vexatoires ordonnances de l’administration (salauds de fonctionnaires qui veulent empêcher de pulvériser des pesticides à proximité des écoles…), de la difficulté d’être exploitant agricole…Nous diffamons les paysans en général et la FNSEA en particulier en parlant des ravages de l’agriculture industrielle dont elle ne serait responsable en rien, toute occupée qu’elle est à promouvoir la qualité des produits et la défense du terroir.

Voilà donc le point de vue de la FDSEA du Gard. Sur la base de ce discours l’impression demeure que le dialogue reste ponctuellement possible et qu’il est même pensable de se liguer pour résoudre certains problèmes. Mais de bien vastes zones d’ombres demeurent.

Par exemple, quel est le rôle exact de la FDSEA dans le développement de l’agriculture bio dans le Gard? Ne serait-ce pas principalement et historiquement l’action de quelques « pelluts » farfelus ? Ce discours n’a-t-il donc pas le même genre de crédibilité que celui d’Areva qui «défend l’environnement » ?
Qu’en est-il de l’usage dangereux des pesticides, des semences OGM, du développement de gigantesques usines à viande, de la spéculation sur les terres ? Tout ceci n’a pas l’air d’exister, le monde rural serait fait uniquement de petits exploitants travailleurs et méritants enracinés dans des traditions millénaires. Leur disparition ne serait due qu’à des règlements administratifs absurdes pondus par une bureaucratie lointaine et tatillonne, persécutant de braves employeurs proches de leurs gars et ne recourant jamais à de la main d’œuvre de sans papiers sur exploités.

Si nous exagérons peut-être, qu’en est-il de ce récit que l’on nous nous oppose. Peut-on vraiment parler de verre à moitié plein, à moitié vide ? Qui décrit le mieux une évolution générale vers une agriculture hors sol, hors contraintes climatiques et énergétiques et qui transforme la biosphère en un vaste laboratoire dont nous sommes tous les cobayes ? Si des « lanceurs d’alerte » n’avaient pas agité l’opinion ou en serait la « conscience paysanne » (estampillée FNSEA) des problèmes environnementaux ?

Pour conclure on nous prie « gentiment » de ne pas nous mêler de questions que nous ignorons fondamentalement et de faire confiance aux professionnels pour s’auto réguler. D’accord…banquiers et patrons nous servent le même discours et comme il y a tout lieu d’en être pleinement satisfaits, retournons donc communier en famille devant Télé Bouygues et merci de nous avoir rencontrés.

Comme le résume Midi Libre, le dialogue a tourné court, en rajoutant que la présence de la Police a évité les dérapages de la part des esprits échauffés. C’est un fait, mais avec la fameuse « impartialité » de la Presse, il oublie de préciser qui étaient les « esprits » échauffés.

Alors agissements fascistes ou pas ? De qui et de quoi parlons nous ?

Nous avons nommés la FNSEA en général. Ce n’est pas ici le lieu mais il faudrait en faire l’histoire, analyser les luttes, les méthodes…Il faudrait notamment lister les militants condamnés pour fait de violence ou de destructions, comparer avec le traitement infligés à d’autres militants d’autres syndicats (ceux des « camarades » notamment). Si nous disons « impunité » et « deux poids, deux mesures », nous nous livrons bien sûr à une déformation outrageante et diffamatoire.
Il y a des raisons à cette impunité. Nous sommes là dans le rapport de force, la FNSEA, placée au cœur de la France profonde, y excelle. Elle dispose d’arguments de dissuasion assez « frappants », et utilise ses réseaux… Elle sait jouer entre les intérêts stricts de ses adhérents, ceux des pouvoirs et des conservatismes qui recueillent leurs voix, ceux des industriels de l’agro business qui fournissent aux exploitants matériels, procédures, débouchés commerciaux et qui procurent à tout ce petit monde de nombreux postes dans d’utiles et diverses commissions d’experts, notoirement indépendantes et libres de tout conflits d’intérêts, la CACG, maître d’œuvre du barrage de Sivens par exemple.
Pour le moins, la FNSEA est parfaitement poreuse vis-à-vis d’une infiltration de type fasciste.

Parle t-on alors de ce monsieur précis, président de la Fédération du Gard. Nullement, il n’est pas nommé, il ne s’agissait pas d’attaquer une personne mais de lui demander, exerçant une fonction publique, quelle est la position de la Fédération qu’il dirige. Il pourrait en être tout autrement du président de la Fédération du Tarn, Laurent Viguier. Des plaintes ont été déposées contre lui, il conduisait un des véhicules qui a coursé, arrêté, vidé puis saccagé des voitures de gens se rendant sur la ZAD. Il va devoir se justifier devant un tribunal pour participation à des dégradations de biens privés en bande organisée. La justice tranchera avec sa célérité et son impartialité habituelle…nous avons totalement confiance dans les institutions de ce pays…Mr Viguier aussi probablement sinon il ne se livrerait pas à ce genre de plaisanteries barbouzes. Qu’en pense son homologue du Gard ? Compte t-il aussi sur l’impunité proverbiale de son syndicat pour agir de même ou se contentera t-il plus prudemment d’utiliser des « éléments incontrôlables » ?

Parlons nous du monde paysan en général ? Pas vraiment, nous disons « agriculture industrielle» et nous savons qu’à Notre Dame des Landes comme à Sivens c’est avec le soutien de très nombreux agriculteurs que les Zad ont résisté. Mais peut-être ne s’agit-il pas de vrais agriculteurs ? Monsieur Beulin, président de la FNSEA, ne serait pas impliqué dans les développements de l’agriculture industrielle et serait lui le type même du véritable agriculteur ? Si nous généralisons peut-être, il ne paraît pas crédible de nier le rôle de la FNSEA dans ce que nous décrivons.

Désinformation et storytelling, sont des méthodes fascistes notoires, mais pas exclusivement, c’est un premier point.

Deuxième point, il se trouve qu’avec l’appui faussement passif des pouvoirs publics locaux et nationaux, la complicité de la police, d’une grande partie de la presse locale et nationale (dont nous « apprécions » depuis longtemps l’indépendance), certains des adhérents de la FDSEA du Tarn soutenus par leur Fédération nationale, avec des militants FN, ont quadrillé de milices la campagne autour de Sivens pour casser du « gauchiste écolo », à défaut de bougnoules, trop occupés dans les champs de ces messieurs, sans doute. Lu dans la presse : une interview d’un agriculteur du Tarn qui, en gros, se plaignait du manque de main d’œuvre immigrée, mois chère et plus malléable, des tracasseries de la loi et des inspecteurs du travail (dont certains pourraient témoigner du « malaise paysan », au cimetière…). Quelles lois veut-on défendre à Sivens ?

Définition de « milices » : groupes organisés et armés exécutant des tâches de police et de soutien aux forces militaires.
L’armée a démontré sa capacité à nettoyer le terrain, comment s’en étonner au vu de la disproportion des forces en présence ? Avait-elle donc besoin de supplétifs pour remplir son rôle défini par les pouvoirs en place ? Capable de vider la Zad peuplée de « dangereux activistes » en trente secondes est-elle donc impuissante à contrôler de « simples citoyens excédés » et d’arrêter leurs exactions ?

Ce n’est pas militairement que les milices sont utiles, leur existence résulte d’une volonté politique. Il faut susciter et entretenir le conflit civil, faire croire à l’existence d’une population à bout, contrainte à réagir par la violence à une violence qu’on lui ferait, organiser le désordre pour maintenir l’ordre. Ce sont là des méthodes classiques de contre insurrection, théorisées par l’armée Française lors de la guerre d’Algérie. De très « démocrates » officiers y ont participé à divers titres : Massu, Aussaresse, Le Pen…Ces méthodes ont fait école, au Kameroon, au Vietnam, au Chili de Pinochet où il est notoire que les syndicats de camionneurs ont été manipulés par la CIA pour désorganiser le pays, justifier un coup d’Etat qui a fait plusieurs milliers de morts (maître d’œuvre, H. Kissinger, prix Nobel de la paix…).

Une étrange collusion d’intérêts est ici à l’œuvre, entre ceux d’un premier ministre qui veut montrer qu’il a « des biceps » (à défaut de cervelle), des notables locaux qui espèrent se sucrer au passage (électoralement certainement et financièrement très probablement), un parti activiste à l’idéologie minimaliste en quête d’adhésion populaire et d’honorabilité, un syndicat corporatiste qui défend les intérêts d’une minorité (de ses « clients » et de la population en général). Tout ceci est parfaitement écoeurant et plutôt inquiétant.

Que penser d’un « socialisme » qui s’appuie sur des milices pour faire taire toute contestation face à ses projets ? Le chantage s’était jusqu’à présent limité au champ électoral : « eux ou nous, faites barrage au FN ». Avec Mr Hollande et Valls on franchit une étape décisive : après nous avoir fait tâter de la grenade, on est passé à la barre de fer. Ce « socialisme » là a un nom : conservatisme.
Que penser d’un « populisme » qui se met au service des multi nationales et de l’oligarchie politico financière ? L’histoire nous apprend que ce « populisme » là a un nom : fascisme.

Information complémentaire, de nombreux miliciens n’étaient pas de « simples agriculteurs » mais des membres du FN, nullement agriculteurs et probablement venus des divers groupuscules plus ou moins nazillons qui gravitent autour de ce parti « normal » et dont sont issus la plupart de ses dirigeants. Cela exonère partiellement les agriculteurs mais on peut alors se demander ce qu’ils faisaient là, aux côtés de ces gens, s’il n’ y avait pas au moins une certaine complicité de pensée. Pouvons nous rappeler à Mr le Président de la FDSEA du Gard que les dernières milices crées en France étaient dites « Milices Françaises », créations du gouvernement de Vichy, et qu’on à pu hésiter à les qualifier de « fascistes » ou de « nazies » ? Le FN est dans son élément…
Mr le Président ne veut pas se désolidariser de ses collègues du Tarn, ce ne serait là que simple logique syndicale. Peut-être, mais que cautionne t-il ainsi par son silence ? Il serait bien étonnant qu’il ne soit pas au courant. Peut-être pense t-il que le FN n’est pas un parti fasciste mais « Républicain » et « honorable » ? A-t-il lu, adhère t-il à la Constitution et à la Déclaration des Droits de l’Homme ? Connaît-il le « programme » principal du FN ? Que veulent dire exactement pour lui les termes « refoutre les immigrés à la mer » ? Ne s’agit-il que d’une simple « exagération de langage » ? Si oui, alors que pense t-il des conséquences de telles « exagérations » ?

Mr le président de la FDSEA du Gard est bien venu « dialoguer » avec nous. Il s’indigne de se faire traiter de fasciste, c’est à son honneur. Pourtant, ses derniers mots sont alors bien curieux et tout à fait édifiants : la prochaine fois il n’est pas sûr qu’il ne fera pas venir de « vrais excités » : «alors, en cinq minutes vous dégagez » nous dit-il…en cela parfaitement conforme, s’en rend t-il compte, à l’image d’un vrai parrain mafieux.

Alors de deux choses l’une :
Soit il ne se rend pas compte et nous espérons que notre rencontre, face à des gens sans violence et soucieux de dialogue, ait pu faire cheminer quelques doutes parmi certains des membres de la FDSEA présents, montrant que les soi-disant « terroristes vert » de Mr Beulin ne sont qu’un fantasme agité par ceux qui ont intérêt au passage en force et mènent une stratégie délibérée de montée des tensions. S’ils ne peuvent être convaincus par nos arguments, au moins qu’ils se posent des questions sur l’image de leur syndicat, de ses méthodes et de l’idéologie sous jacente de certains de ses membres, y compris certains dirigeants. Chaque groupe social a ses moyens d’expressions politiques. Le monde agricole est connu pour ses réactions « musclées » sous forme de dépôt de fumier en général. Mais n’a-t-on pas franchi à Sivens un cap décisif ? Sous quelle influence la FNSEA pose ainsi les bases d’un véritable affrontement civil ?
Soit il se rend parfaitement compte et derrière une indignation et une volonté de dialogue de façade, il alterne le récit tronqué, la déformation, l’oubli des faits et du contexte, instrumentalise d’assez braves garçons en attisant leurs penchants naturels au « chahut gaulois » (bien compréhensible n’est-ce pas, les gars sont à bout…), les laissant sciemment sans éléments de réflexion et d’analyse. Sûr de sa force et de son impunité, la conscience tranquille (il défend « sa France »), il menace de simples personnes de « lâcher ses chiens ».
Peu d’éléments nous dissuadent de croire à la seconde hypothèse, Monsieur le président.

Pré-fascisme rampant serait-il alors le terme exact? Pourquoi s’embarrasser de périphrases ?

Pour nous, soyons sûrs que le fascisme reste rarement « rampant » longtemps, ce n’est pas dans sa nature. Il va falloir désormais en tenir compte sérieusement.

 


J'ai essayé d'écrire un truc mais ça vient difficilement.
Je suis très troublé par cette chose:
j'ai qualifié hâtivement un groupe de gens de "fachos", on me l'a reproché et j'ai acquiescé à ces reproches...or il se trouve que ces gens sont bien des fachos (peut-être pas tous, c'est vrai, mais ils agissent avec ou les nomment président de leur syndicat) et qu'en cognant avec des mots je ne m' étais pas tellement trompé.
Pourquoi donc s'indignent-ils d'être ainsi qualifiés?
Il est notoire que le FN a commencé à noyauter les syndicats. La FNSEA est une cliente "facile", un bastion ouvert. Nous savons que les dirigeants du FN sont des fachos (pour certains de purs nazis). Le FN est en passe de devenir un parti "comme les autres", inclus dans le système dit démocratique. Que vienne foutre des gens dans le système démocratique s'ils le méprisent? Pour moi c'est clair ils veulent le détruire (y compris "notre version" renouvelée bien évidemment) en suscitant la guerre sociale puis l'Etat d'urgence. Cela passe par toute sortes de provocations et d'instrumentalisation des gens adhérant plus ou moins à leurs programme affiché (sur notre canton c'est réduit à faire la chasse aux pauvres en général et aux immigrés en particulier, (il n'y a même pas trace du discours "gauchiste" de la Le Pen) , avec des menaces à peine voilées sur toutes les associations "politiques", sauf FN bien entendu).
Je n'arrive pas à formuler le caractère absolu d'urgence qu'il y a à appeler un chat un chat (càd dire facho pour FN) sans que cela ait un air conspirationniste antifa et "diaboliser" la plupart des gens qui votent FN et qui eux ne se pensent pas complètement comme fachos. Mais il faut bien le leur dire qu'ils bossent pour eux non?



http://blogs.mediapart.fr/blog/helene-duffau/150315/qui-veut-la-peau-des-zad

 

 

 

 

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 22:56

4 minutes pour comprendre le vrai poids de la viande sur l'environnement

Le Monde.fr | 20.03.2015 à 10h26 • Mis à jour le 20.03.2015 à 18h16 | Par Audrey Garric, Marianne Boyer, Elisa Bellanger et Mouna El Mokhtari

 

 

La consommation mondiale de viande a quintuplé depuis 1950 et sa production s'est industrialisée. La Journée sans viande, vendredi 20 mars, est l'occasion de faire le point sur l'impact environnemental de cette industrie.

 

Lire aussi : Faut-il arrêter de manger de la viande ?

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

 

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