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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 19:56

 

Source :http://www.mediapart.fr

 

Autoroutes : l'accord avec l'Etat ne créera pas d'emplois

|  Par Mathilde Goanec

 

 

L’État, Vinci, Eiffage et Sanef-Abertis sont enfin parvenus à un accord : trois milliards arrachés aux sociétés autoroutières pour un plan de relance des travaux sur le réseau et la promesse de créer des milliers d'emplois. Trop beau pour être vrai : en fait de création de postes, il s'agit surtout d'arrêter l'hémorragie.

 

Quand la courbe du chômage est si mauvaise, et que l’on joue sa réélection dessus, tous les coups sont permis. Quitte à s’arranger avec la réalité, les mots, les chiffres. La semaine dernière, le gouvernement est enfin arrivé à un accord qualifié de « gagnant-gagnant » avec les sociétés concessionnaires des autoroutes françaises, Eiffage, Sanef-Abertis et Vinci. Après plusieurs mois de négociations, les ministères de l’écologie et de l’économie ont effectivement obtenu un lissage de la hausse des tarifs sur huit ans, en échange d’un prolongement de deux à trois ans des contrats de concession mais surtout de 3,2 milliards d’euros pour financer de grands travaux. Des milliards qui vont « contribuer à la relance de l’activité économique et permettre la création d’emplois dans le secteur des travaux publics ». Il s’agirait même de « 10 000 emplois » générés, selon Matignon. Une aubaine. Sauf que c’est faux.

 

Selon la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), directement concernée, il ne s’agit pas de créer des emplois, mais d’en préserver, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. « La conjoncture est difficile, on a perdu 8 000 emplois en 2014. Cet accord va nous permettre d’en sauver 12 à 15 000, assure le responsable de communication de la fédération. Mais dire qu’on va en créer, c’est une erreur, c’est certain. » La vingtaine de chantiers prévus sont répartis un peu partout en France, et devront débuter à la fin de l’année. « Au moins un département sur cinq sera concerné par un chantier d’envergure », assure un autre document de la FNTP, qui espère compenser ainsi la diminution des projets due à la baisse de dotations des collectivités territoriales et du flou qui entoure leurs nouvelles attributions. Par ailleurs, les sociétés concessionnaires elles-mêmes devraient profiter de cette relance, puisque Vinci et Eiffage sont deux acteurs de poids des travaux publics. Une disposition de l’accord devrait cependant réserver 55 % des appels d’offres à des PME.

 

 

Carte des travaux autoroutiers à venir, à la suite de l'accord entre les sociétés autoroutières et l'Etat.Carte des travaux autoroutiers à venir, à la suite de l'accord entre les sociétés autoroutières et l'Etat. © DR
 

Cette annonce en fanfare a donc fait grincer des dents, d’autant plus que le domaine des autoroutes subit, depuis sa privatisation, une érosion continue de ses effectifs, largement passée sous silence. « C’est dilué mais massif », affirme un ancien cadre haut placé, qui a suivi l’évolution du secteur depuis la vente du réseau autoroutier. La branche employait, avant 2006 et la cession de la plus grosse partie des autoroutes au privé, 20 000 personnes. Huit ans plus tard, ils ne sont plus que 13 000. 

 

Jean-Philippe Catanzaro, coordinateur autoroutes de la fédération des transports de la CFTC, a fait partie de toutes les négociations sur l’emploi depuis la privatisation. Il était lui-même employé jusqu’à récemment par Escota, filiale de Vinci, qui gère 500 km d’autoroutes dans le sud de la France. « Dès le départ, chez Vinci, l’objectif était clair, il fallait dégraisser le mammouth, selon les dirigeants. Et c’est vrai qu’avec les 35 heures, on était clairement en sureffectifs. Syndicalement, on était tous d’accord pour accompagner le processus, avec le meilleur cadre possible pour les salariés. La plupart, agents de cabine depuis 30 ans en trois-huit, étaient souvent bien contents de partir avec un bon chèque. » La division en trois entreprises concessionnaires, abritant plusieurs filiales, pour des emplois éparpillés sur tout le territoire, expliquerait aussi la faible mobilisation face à cette hémorragie.

Les premières années sont donc passées sans cris ni fureur, grâce à cette alliance syndicale et patronale. Le dispositif CATS de cessation d’activité avant d’avoir atteint l’âge de la retraite, aidé en partie par l’État, a permis de se séparer d'une grosse partie de la masse salariale. Les usagers des autoroutes ont pu s’en rendre compte. Dans les cabines des péages gérés par Vinci notamment, il n’y a plus personne et le réseau est désormais largement automatisé. Rien que pour Escota, entre 2007 et 2013, 43 % de l’effectif est parti en fumée.

Puis les directeurs ont changé, les PDG aussi, et tout s’est accéléré. « Aujourd’hui, ceux qui partent n’ont pas le choix. Ils peuvent rester, mais cela ne va pas être agréable de continuer à travailler dans les entreprises... » Jean-Philippe Catanzaro assure que le personnel n’a plus « aucune visibilité sur son avenir », et que les « gens ont peur ». Licenciements et ruptures conventionnelles sont désormais largement privilégiés. Les différentes réorganisations internes ont accentué la polyvalence et la reconversion vers des postes plus qualifiés, mais aussi les risques psychosociaux, comme le montrent plusieurs expertises commandées par les comités d’entreprise : détresse psychologique, dépression, voire burn out, la réduction des postes passe de plus en plus mal, après des années de statu quo.

 

La réduction de l'emploi participe à la hausse des bénéfices

Si le personnel de péage a été fortement touché par l’automatisation, il s’agit aujourd’hui de couper dans la partie « structure », l’administratif en langage autoroute, et la « viabilité », tous ceux qui s’occupent du nettoyage, des espaces verts mais également de la veille et de la sécurité sur les voies. Dans un rapport comptable interne de Vinci sur l’une de ses filiales, l’objectif est clairement énoncé : en 2014, la rentabilité brute d’exploitation atteint son plus haut niveau historique, un record qui s’explique par une forte diminution des charges de personnel. Le géant du bâtiment, à lui seul, aurait contribué à réduire de moitié les personnels travaillant dans la branche autoroute. « Ce n’est pas le gros plan social qui va faire scandale, ça ne se voit pas, complète notre source, un ancien cadre. D’ailleurs, jusque récemment, ça ne posait pas trop de problème. On ne va pas se mentir, supprimer de l'emploi, ça permet de gagner de l'argent, mais il y a des limites à la recherche de la rentabilité. Là, on touche à l’os. »

 

Un employé d'une société d'autoroute relevant un arbre de la voie
Un employé d'une société d'autoroute relevant un arbre de la voie © reuters
 

Cette baisse considérable sur le front de l’emploi intervient alors même que les trois groupes se partageant le réseau français accumulent les bénéfices, tirés notamment de la manne autoroutière : en 2014, Vinci a engrangé près de 2 milliards de bénéfices, Sanef-Abertis 655 millions d'euros (6,2 % de plus que l’année précédente) et Eiffage, de son côté, a annoncé un bénéfice net de 275 millions d'euros pour 2014, en hausse de 7 % sur un an.

Par ailleurs, ces sociétés bénéficient aussi du CICE (crédit d’impôt compétitivité et emploi). En mars 2014, le Journal du Net établissait que Vinci faisait bien partie des entreprises tricolores pouvant appliquer cet avantage fiscal, destiné initialement à « alléger le coût du travail » pour favoriser les embauches. Le journal Les Échos, lors de la mise en place de la mesure, avait estimé que les groupes Vinci et Eiffage pouvaient, tous deux, bénéficier d’une enveloppe de plusieurs dizaines de millions d’euros, sans que l'on puisse obtenir davantage de précisions sur les montants exacts. Dans le domaine autoroutier, cet argent aurait été affecté à la recherche, l’investissement sur la transition énergétique ou encore l’amélioration du service client. Effet pervers, la modernisation des gares de péage a ainsi accéléré l’automatisation et donc la baisse du nombre d’agents en poste. Par ailleurs, selon les syndicats, les entreprises n’auraient pas non plus joué le jeu de la revitalisation des bassins d’emploi abandonnés. Alors qu’il s’agit le plus souvent des zones autour des péages, isolées, rurales, donc peu pourvoyeuses en embauches.

Qu’a donc obtenu l’État en compensation de ce tour de passe-passe ? En plus du financement du plan de relance autoroutier à 3,2 milliards, les sociétés autoroutières se sont engagées à abonder à hauteur de 300 millions sur les trois prochaines années à l’Agence de financement des infrastructures de France, chargée de coordonner le financement des grands projets d’infrastructures (à sec depuis l’échec de l’écotaxe). Elles devront également apporter 200 millions d’euros à un fonds d’investissement dans les infrastructures géré par la Caisse des dépôts. En échange de cette manne financière, silence radio concernant la demande répétée de l’intersyndicale sur l’intégration d’un volet social dans les contrats qui seront passés entre l’État et les sociétés concessionnaires. Le cabinet de Ségolène Royal n'aurait même pas accusé réception. « L’État n’a pas vendu assez cher son réseau, car il avait, à l’époque, besoin d’argent frais rapidement. Le vice originel est là, poursuit le cadre interrogé par Mediapart. Car désormais, les deux parties sont dépendantes l’une de l’autre. Au vu des sommes que le gouvernement retire des concessions, il ne peut pas se permettre de mettre à mal les sociétés qui en sont propriétaires. » Quitte à se priver de tout moyen de pression sur l'emploi.

 

 

 

Source :http://www.mediapart.fr

 

 

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 21:41

 

Source : http://www.lesmotsontunsens.com

 

 

 

 

 

Dans un silence assourdissant, l'Office Européen des brevets (OEB) vient de décréter la brevetabilité du vivant ! Une interprétation des textes abracadabrantesque...

Brevet brocoli OEB

"Dépêchons-nous d'en rire, avant d'avoir à en pleurer"... se dit aujourd'hui le milliard et demi de paysans qui replante d'années en années les semences issues de leur propre récolte.

La Grande chambre des recours de l'OEB du 25 mars a décrété qu'un "produit obtenu par un procédé essentiellement biologique est brevetable". C'est-à-dire que toute nouvelle variété obtenue par croisement naturel, dont celles se développant toutes seules, comme des grandes, dans la nature, sont brevetables !

Petits recours entre amis

Reprenons. En 2002, un brevet sur le brocoli a été accordé à la société britannique Plant Bioscience, avant d'être contesté. Par des assoces crypto-complotisto-altermondialistes ? Non, pas du tout. Par Limagrain et Syngenta, deux géants de l'industrie biotechnologique, qui étaient alors aussi en attente de brevets du même (troisième) type. Curieux... Selon "No patents on seeds", la coalition internationale d'associations créée pour l'occasion, "il est probable que ces sociétés se soient principalement opposées à ce brevet pour que le Bureau Européen des Brevets confirme, au lieu de révoquer, la brevetabilité des graines traditionnelles".

Bonne pioche ! Après 13 années d'un insoutenable suspens, le résultat est enfin là : c'est open bar sur les brevets. Et des milliers de breloques en attente devraient être attribuées d'ici peu. Une voie royale ouverte à Syngenta, Monsanto et consorts pour prendre le contrôle de notre alimentation, y compris pour les variétés millénaires, comme pour ce brevet accordé en 2014 pour une variété de poivron copiée d’une plante sauvage existant en Jamaïque. Et, si leurs semences venaient à être brevetées, des centaines de millions de paysans seront contraints d'abandonner leurs graines ancestrales pour les racheter au prix fort à leurs fabricants. Un véritable désastre.

L'ONG "No patents on seeds" se raccroche tout de même à un très mince espoir : le parlement européen, de même que plusieurs pays, dont l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, commencent timidement à réaliser l'ampleur du problème. Mais en Europe, c'est la Commission qui décide.

Lorsque Dieu a créé l'homme et la femme, il a bêtement oublié d'en déposer le brevet, si bien que maintenant le premier imbécile venu peut en faire autant. George Bernard Shaw

Liens : décisions G2/12 et G2/13 de l'OEB, communiqués de la FNPH, et de No patents on seeds.

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 21:12

 

Source : http://cadtm.org

 

CADTM

 

Litiges entre États et multinationales : le cas emblématique du conflit entre Suez et l’Argentine

14 avril par Olivier Petitjean

 

 

 

Un tribunal arbitral international vient de condamner l’Argentine à verser près de 400 millions d’euros à Suez environnement, pour avoir renationalisé le service de l’eau de Buenos Aires en 2006, après des années de conflits. La firme française a eu recours aux mêmes mécanismes de « résolution des disputes entre États et investisseurs », ou ISDS, qui sont aujourd’hui au centre de la contestation du projet d’accord commercial entre Europe et États-Unis. Une décision qui illustre combien, dans leur fonctionnement actuel, les procédures ISDS ne tiennent véritablement compte ni des droits humains ni de la responsabilité des États vis-à-vis de leurs citoyens, en faisant primer la loi d’airain de la protection des investissements.

L’État argentin a été condamné par le CIRDI |1|, un tribunal commercial dépendant de la Banque mondiale, à verser une compensation de 405 milliards de dollars US (380 millions d’euros) à Suez environnement, suite à l’annulation en 2006 du contrat de privatisation de l’eau de Buenos Aires. Un arbitrage rendu dans le cadre des procédures dites de « résolution des conflits entre États et investisseurs », ou ISDS, prévues dans le traité bilatéral d’investissement signé entre la France et l’Argentine dans les années 1990 – ces mêmes mécanismes qui font aujourd’hui polémique dans le cadre du débat sur le projet de « Pacte transatlantique de commerce et d’investissement » (communément désigné par les sigles TTIP ou TAFTA). La décision du CIRDI illustre parfaitement les raisons pour lesquelles les mécanismes ISDS se retrouvent aujourd’hui sous le feu des critiques.

Ces tribunaux arbitraux privés, dont le CIRDI est le principal au niveau mondial, sont accusés de fonctionner de manière opaque et d’être structurellement biaisés en faveur des intérêts privés. Surtout, ils prennent généralement leurs décisions en se référant uniquement aux dispositions des traités d’investissements et plus généralement du droit commercial privé, sans réellement tenir compte des autres dimensions du droit international, et notamment du devoir de protection des droits de l’homme. Le litige entre Suez et l’Argentine en constitue un exemple particulièrement emblématique, puisque le gouvernement argentin a tenté, sans succès, d’invoquer « l’état de nécessité » face au « péril grave et imminent » résultant de la dramatique crise financière de 2001-2002, ainsi que son devoir de protection du « droit à l’eau », pour justifier l’annulation du contrat qui le liait à Suez.


 

Droit à l’eau contre loi du marché

Un chapitre de l’ouvrage collectif que l’Observatoire des multinationales vient de publier, conjointement avec plusieurs partenaires, au sujet de la remunicipalisation de l’eau (lire La vague ascendante de la remunicipalisation de l’eau), est spécifiquement consacré aux mécanismes ISDS et à la menace que ceux-ci font peser sur la tendance actuelle au retour à la gestion publique de l’eau face aux échecs de la privatisation. Pour Satoko Kishimoto, auteure de ce chapitre, « les mécanismes ISDS sont inclus dans de nombreux traités d’investissements bilatéraux et sont utilisés par les multinationales de l’eau pour réclamer des sommes exorbitantes prises sur les deniers publics pour les contrats annulés… Les entreprises privées de l’eau ont généralement gain de cause dans ce type de litiges, car les compensations pour investissements réalisés ne tiennent pas compte des profits réalisés par ailleurs grâce au contrat de privatisation, et que le droit commercial privé, lorsqu’il aborde ces litiges, néglige la question de la qualité du service rendu. »

L’existence d’un traité d’investissement pourvu d’une clause d’ISDS réduit considérablement la marge de manœuvre des pouvoirs publics face à la loi d’airain de la protection des intérêts commerciaux. Il devient extrêmement difficile pour une ville ou un État de faire valoir des objectifs d’intérêt général ou de protection des droits fondamentaux sans se retrouver sous la menace d’une procédure en arbitrage où ils se trouveront jugés, non sur le fond, mais sur la base d’une conception extrêmement étroite et formelle de la protection des droits des « investisseurs », abstraction faite du monde réel.

On le voit encore aujourd’hui avec le cas de Jakarta, où Suez détient depuis 16 ans un contrat de privatisation extrêmement contesté, qui a permis à la firme française de s’assurer des profits confortables tandis que le service de l’eau de la ville restait dans un état déplorable malgré le tarif le plus élevé d’Asie du Sud-est. Saisi par une coalition de citoyens, un tribunal vient de déclarer la privatisation de l’eau non constitutionnelle (lire cet article). En théorie, cette décision ouvre la voie à une annulation unilatérale du contrat, sans compensation. Mais Suez (qui n’a jamais même essayé de défendre son bilan à Jakarta sur le fond) a déjà fait savoir qu’elle était bien décidée à « faire valoir ses droits » jusqu’au bout |2|. Selon une source interne au gouvernement de Jakarta, l’entreprise française a clairement menacé les pouvoirs publics d’un recours à l’arbitrage international.

Le litige entre Suez et l’Argentine à propos de Buenos Aires a été l’une des premières fois où un tribunal arbitral a été amené à se prononcer explicitement sur les liens entre le droit international de l’investissement et la protection des droits humains, en l’occurrence le droit à l’eau. Généralement, selon la chercheuse Tamar Meshel |3|, « les tribunaux arbitraux se sont abstenus de reconnaître explicitement le droit à l’eau et de discuter sérieusement de ses implications sur les obligations des États en termes de protection des investissements » C’est précisément ce qu’a demandé Suez au CIRDI à propos du litige sur Buenos Aires, faisant valoir que « le droit international relatif aux droits humains était non pertinent pour la décision » |4| L’instance arbitrale a finalement estimé que le gouvernement argentin devait « respecter à titre égal » ses obligations vis-à-vis des investisseurs et vis-à-vis des droits humains, et qu’il aurait dû trouver un moyen de concilier les deux |5|… Les arguments avancés par l’Argentine pour justifier de la reprise du service de l’eau – non respect des engagements en termes d’investissements, problèmes de qualité de l’eau – se trouvaient ainsi balayés d’un revers de main.


 

L’Argentine, laboratoire des maux de l’ISDS

Le service de l’eau de Buenos Aires avait été privatisé en 1993 au profit de la multinationale française. C’était à l’époque le plus important contrat de privatisation de l’eau au monde (avant la signature de celui de Jakarta) et il fut abondamment promu comme un contrat pionnier dont le modèle allait bientôt être répliqué dans le monde entier. On sait ce qu’il en est advenu dans les deux capitales, comme dans bien d’autres villes du monde. Après des conflits récurrents avec l’opérateur privé, et suite à la dramatique crise financière de 2001-2002, le gouvernement argentin avait fini par annuler le contrat qui le liait à Suez en 2006 et créer une entreprise publique pour reprendre le service |6|. Dès 2003, à l’époque pour faire pression sur les autorités argentines et obtenir une renégociation avantageuse de son contrat, Suez avait saisi le CIRDI.

Celui-ci a rendu dès 2010 une décision défavorable à l’État argentin ; il aura fallu cinq années supplémentaires pour qu’il finisse par fixer le montant de la compensation. Initialement, Suez réclamait 1,2 milliard de dollars, ce qui a permis au ministre argentin de l’Économie de déclarer que la sentence finale constituait en réalité une « défaite » pour l’entreprise française. Le texte de la sentence n’est pas encore rendu public, mais selon le responsable argentin, le CIRDI n’a retenu qu’une compensation pour les « investissements » de Suez et a refusé de lui octroyer la compensation supplémentaire pour « préjudice moral » et annulation abusive du contrat qu’elle réclamait. L’Argentine a annoncé son intention de déposer un recours pour faire annuler la décision.

Le pays a massivement privatisé ses services publics dans les années 1990. Cette vague de privatisation s’est accompagnée de la signature de nombreux traités bilatéraux d’investissements, destinés à attirer les capitaux étrangers. Une politique dont l’Argentine paie aujourd’hui le prix, puisque, outre ses litiges avec différentes multinationales, elle se retrouve aujourd’hui aussi la cible de « fonds vautours » |7| Dans le secteur de l’eau, le pays a passé dans les années 1990 pas moins de 18 contrats de privatisation, dont le tiers au moins s’estt soldé par des échecs et des conflits, la plupart donnant lieu à des procédures devant le CIRDI |8|. La SAUR a poursuivi la province de Mendoza, Veolia celle de Tucuman, Enron la province de Buenos Aires et Suez - encore elle - la province de Santa Fe. Tous les arbitrages qui ont été rendus l’ont été en faveur des multinationales. Dans le cas de Santa Fe, Suez réclamerait une compensation de 180 millions de dollars US.

D’emblée, les contrats de privatisation de l’eau en Argentine se sont révélés extrêmement controversés. Dès la première année, les opérateurs réclamaient une renégociation des contrats et une hausse des tarifs. La crise de financière de 2001-2002 et la fin de la parité entre peso argentin et dollar ont fini d’envenimer la situation. Ce sont les décisions prises à l’époque, dans l’urgence, par le gouvernement argentin – notamment celle d’indexer les tarifs des services publics sur le peso dévalué et non plus sur le dollar – qui sont aujourd’hui mises en cause par les tribunaux arbitraux. Les multinationales réclamaient un maintien de l’indexation sur le dollar, ce qui se serait traduit par une explosion du prix de l’eau.

Initialement, le contrat de Buenos Aires s’était pourtant avéré extrêmement profitable pour Suez, qui s’assurait un taux de profit confortable sans pour autant respecter les objectifs d’investissements qui lui étaient fixés |9|. Le fond du problème – totalement ignoré par le CIRDI - est que l’entreprise, au lieu de financer ses maigres investissements sur ses fonds propres, avait contracté des emprunts en dollars, profitant d’un taux de change et d’un taux d’intérêt avantageux. Au moment de la dévaluation du peso, elle s’est donc soudain retrouvée face à une dette colossale. Tels sont les fameux « investissements » que l’Argentine est aujourd’hui censée compenser ! On aurait pu penser que la filiale de Suez en Argentine et la maison mère française devraient plutôt assumer les risques et les conséquences de décisions économiques qu’elles avaient elles-mêmes prises…


 

Agressivité judiciaire

La revendication par Suez d’une compensation pour « préjudice moral » et annulation abusive de son contrat de Buenos Aires illustre bien la manière dont les recours en arbitrage international, au-delà de la dimension purement économique, ont parfois surtout valeur punitive, ou d’intimidation. Comme le souligne Satoko Kishimoto, « la seule menace d’une procédure ISDS devant des tribunaux internationaux opaques peut suffire à convaincre un gouvernement de continuer avec la gestion privée malgré sa mauvaise performance… La menace de poursuites empêche souvent les gouvernements de passer des lois ou d’adopter de nouvelles régulations destinées à protéger l’intérêt général. » Elle cite à titre d’exemple le cas de Sofia, dont la municipalité a accepté des milliers de coupures d’eau et empêché la tenue d’un référendum anti-privatisation en arguant que le prestataire privé – en l’occurrence Veolia – la menaçait de poursuites en arbitrage international si elle ne lui donnait pas satisfaction. En France même, la ville de Montbéliard, qui avait décidé de remunicipaliser son eau, est revenue sur sa décision suite aux dernières élections municipales, le nouveau maire arguant (apparemment, sans réelle justification) que cela impliquerait de verser une compensation de 95 millions d’euros à Veolia.

Suez apparaît d’ailleurs comme une grande spécialiste de ces démarches judiciaires agressives. Outre ses deux procédures en Argentine et la menace, désormais, d’un recours en ISDS contre l’Indonésie, elle a ciblé notamment la ville de Pecs, en Hongrie, ou encore celle de Puebla au Mexique. Un autre cas emblématique est celui de la ville de Castres, en France, qui a remunicipalisé son eau en 2004. Suez a réussi à obtenir une compensation de 30 millions d’euros pour compenser ses investissements, malgré les profits considérables qu’elle avait réalisé historiquement sur cette concession, et bien que son contrat ait été jugé illégal par un tribunal.

Alors que les intérêts des entreprises privées semblent déjà bien trop protégés, conclut Satoko Kishimoto, « avec de nouveaux traités de commerce et d’investissement comme le TTIP… qui pourraient renforcer encore les mécanismes ISDS, le rapport de force va pencher encore plus en faveur des firmes privées, laissant les pouvoirs publics sans réelle possibilité de contrôle sur les services publics essentiels ».


Source : Observatoire des Multinationales

 

Notes

|1| Centre international pour le règlement des différents relatifs aux investissements

|2| http://www.reuters.com/article/2015...

|3| Tamar Meshel, « Human Rights in Investor-State Arbitration : The Human Right to Water and Beyond », Journal of International Dispute Settlement, 2015, à paraître.

|4| Suez, Sociedad General de Aguas de Barcelona S.A. and Vivendi Universal S.A v. Argentine Republic ICSID Case No. ARB/03/19, Decision on Liability (July 30, 2010). Cité par Tamar Meshel, article cité.

|5| Vraisembablement en acceptant les exigences exorbitantes de Suez à l’époque, à savoir une augmentation du prix de l’eau de 60%, l’assistance de l’État pour obtenir un prêt de 250 millions de dollars, le financement par le gouvernement de 48% des investissements et une exonération totale d’impôts. Voir à ce sujet le chapitre consacré au cas de Buenos Aires dans le livre Remunicipalisation : Putting Water Back into Public Hands publié par le Transnational Institute, Corporate Europe Observatory et le Municipal Services Project.

|6| Celle-ci est détenue à 90% par l’État argentin et à 10% par les employés du service eux-mêmes. Les investissements ont considérablement augmentés sans hausse de tarif importante, et le service de l’eau semble avoir laissé derrière lui les problèmes constatés dans les années 1990 et au début des années 2000.

|7| Voir ici et . Par contraste, son voisin brésilien n’a jamais signé aucun traité d’investissement.

|8| Hulya Dagdeviren, « Political Economy of Contractual Disputes in Private Water and Sanitation : Lessons from Argentina », Annals of Public and Cooperative Economics 82:1 2011.

|9| Selon Hulya Dagdeviren, article cité, Suez aura d’ailleurs réalisé seulement au final 55% des investissements auxquels elle s’étaient engagée initialement.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 21:05

 

 

 

L'exubérance irrationnelle des marchés
Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine

 

 

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.

 

crise financière

par Philippe Plassart

 

C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008. “L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas.

“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”

“Les marchés d’actions surperforment et voient la vie en rose, alors que l’économie réelle continue de donner des signes de souffrance. Ce n’est pas cohérent, une partie se trompe” analyse Véronique Riches-Flores, économiste indépendante. Les marchés n’ont pas de mémoire. Ils ont oublié les crises passées – la crise boursière de 1987, la crise monétaire de 1993, la faillite et le sauvetage in extremis du fonds LTCM, ainsi que la crise de la balance des paiements des pays asiatiques en 1998, l’éclatement de la bulle Internet en 2001, et surtout la plus terrible d’entre elles, celle des subprimes et de la titrisation en 2007-2008, au cours de laquelle la planète financière avait failli exploser. Or les germes d’une prochaine crise – impossible, bien sûr, à dater, mais potentiellement plus dévastatrice – sont probablement déjà semés. Et il n’y a pas pire sans doute que ce sentiment actuel de fausse sécurité qui conduit à fermer les yeux sur ces risques.

 

Un déversement de liquidités sans précédent

Pour éviter un effondrement financier, feu Milton Friedman préconisait un largage de liquidités “par hélicoptère”. Les banques centrales ont suivi la recommandation du maître. Sans doute, à leur décharge, n’avaient-elles d’autre choix. La réserve fédérale américaine a ainsi injecté près de 3 500 milliards de dollars, et la Banque centrale européenne veut racheter 1 100 milliards d’euros d’actifs d’ici septembre 2016. Quant aux autres banques centrales (Angleterre, Japon), elles ne sont pas non plus en reste. Au total, le bilan des banques centrales a doublé, passant d’un peu moins de 3,5 % à quasiment 6,5 % du PIB mondial. Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit. “Le canal bancaire sur lequel comptent les banques centrales ne fonctionne pas bien. Tant il est vrai que le financement de l’économie n’est plus au cœur de l’activité bancaire” analyse Jézabel Couppey-Soubeyran, spécialiste d’économie bancaire et financière.

“Problème : cet argent censé soutenir l’économie n’est pas arrivé, jusqu’à présent, à ses destinataires, les ménages et les entreprises, via une relance du crédit”

Où est passé alors cet argent ? Dans les marchés financiers. Le cours des actions a doublé en cinq ans à Wall Street, en deux ans à Tokyo, et les bourses européennes leur emboîtent le pas depuis que la Banque centrale européenne a annoncé, à son tour, la mise en œuvre de mesures non conventionnelles. Or ces mouvements haussiers sont largement déconnectés de la réalité économique et d’une croissance qui n’a rien de flamboyant. “On a confondu création monétaire et création de richesses” tranche l’économiste Charles Gave.

 

Une zone de taux d’intérêt inédite

Cet afflux de liquidités a eu pour effet d’écraser les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, désormais proches de zéro sur quasiment toute la courbe. Une évolution souhaitée par les banques centrales elles-mêmes. “Cela fait plus de six ans que la Réserve fédérale fournit de l’argent gratuitement. Et la BCE l’a suivie. Or quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”, déplore l’ex-banquier Jean-Michel Naulot. Pire, sur certaines échéances, les taux sont même devenus négatifs. Une situation qui peut être vue comme aberrante puisqu’elle revient à faire payer au prêteur le prix de sa sécurité. “Comment un système économique peut-il fonctionner sans une prime à l’incertitude liée au passage du temps ? Cela n’est tout simplement pas possible. On n’est plus dans un monde logique” estime Charles Gave.

“Quand l’argent ne coûte rien, on ne peut faire que des bêtises”

Quoi qu’il en soit, cette zone de taux d’intérêt inédite et ses anomalies ont pour effet de biaiser bon nombre de calculs économiques et financiers. Et donc de perturber la rationalité des acteurs. “Les investisseurs qui recherchent du rendement n’en trouvent plus par les voies traditionnelles. Priçant mal le risque, ils se tournent vers des actifs de moins en moins sûrs : junk bonds , actions spéculatives”, observe Christophe Nijdam, secrétaire général de l’ONG Finance Watch.

 

La finance, toujours un champ de mines

En 2009, les dirigeants du G20 avaient, on s’en souvient, affiché leur volonté de remettre la finance “à sa place”, c’est-à-dire au service de l’économie. Six ans, plus tard, force est de constater que la sphère financière, toujours hypertrophiée, tourne plus que jamais – et de plus en plus vite – sur elle-même, sans autre considération que son propre intérêt. “La finance mondiale reste un champ de mines”, diagnostique l’expert Paul Jorion. Et un champ en expansion continu. Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial.

“Le marché des dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial”

Quant au “shadow banking”, cette finance de l’ombre qui échappe à la régulation, elle a continué à se développer, souvent au sein même de la finance officielle. Des instruments nouveaux, à fort potentiel déstabilisateur, sont apparus, tel le trading à haute fréquence (THF) qui n’existait quasiment pas avant la crise de 2008, et qui représente désormais la moitié des transactions. Par ailleurs, des segments de marchés connaissent de forts engouements comme celui des “repos” et des “prêts de titres” dans lequel des titres, par exemple de dettes, peuvent servir de garantie à de nouveaux emprunts. Des mécanismes où la fertilité de l’innovation financière le dispute à sa complexité. Un cocktail qui n’est pas sans rappeler les montages de titrisation qui avaient précédé la crise des subprimes et dans lesquels bon nombre de professionnels s’étaient eux-mêmes perdus.

 

Les failles d’une régulation inachevée

Autre promesse non tenue, celle de réguler le secteur de la finance. “On a fait deux pas en avant et un pas en arrière. En tout état de cause, le chemin parcouru n’a pas été suffisant” analyse Christophe Nijdam. “Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites” s’alarme pour sa part Jean-Michel Naulot. Le lobby des banques et des établissements financiers a opposé il est vrai une résistance farouche à toutes les tentatives d’encadrement. Si bien que les célèbres ratios prudentiels de Bâle III, censés mettre le secteur à l’abri d’une rechute, apparaissent à l’examen bien édulcorés. “Les banques ont gardé la main sur l’évaluation de leurs propres risques, ce qui les conduit naturellement à minimiser ces derniers. Résultat, les coussins de fonds de propres exigés apparaissent insuffisants.

“Les activités spéculatives des banques n’ont toujours pas été interdites”

Quoi qu’il en soit, le dispositif complet de prévention des risques ne sera pas opérationnel avant 2019 et 2020”, analyse Jézabel Couppey-Soubeyran. Un cadre qui laisse de toutes les façons sceptique Paul Jorion “Les niveaux de réserves ont été choisis sur la base d’une probabilité gaussienne d’accidents, c’est-à-dire ayant une répartition en cloche. Or les chocs financiers ne relèvent pas de cette catégorie du fait de leur caractère systémique. On l’a bien vu avec la faillite de l’assureur américain AIG en 2008. Celui-ci avait constitué des réserves à hauteur de 4 milliards de dollars. Or il a essuyé d’emblée des pertes de 85 milliards.” Garde-fous bien fragiles, les ratios prudentiels, en rassurant donc à bon compte, accroissent surtout dangereusement le sentiment d’une fausse sécurité.

 

Les signes d’exubérances irrationnelles

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”. Certains acteurs ont renoué avec les pratiques à très haut risque. Selon le régulateur britannique, plus d’un hedge fund sur dix utilise actuellement un effet de levier supérieur à 50, ce qui veut dire qu’ils gèrent des positions de marché correspondant à 50 fois le montant des fonds qu’ils ont en gestion ! De l’acrobatie sans filet. “Je retrouve actuellement à New York les mêmes signaux que ceux que j’avais observés pendant la période qui avait précédé la crise de 2007-2008 : un relâchement assez général de la vigilance, des prises de risques inconsidérées, des pratiques d’allocations de crédit qui ne font pas sens”, témoigne Édouard Tétreau, associé gérant de Mediafin.

“Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime””

Et comme en 2007, le foyer de ces excès semble logé aux États-Unis. Selon le prix Nobel Robert Shiller, grand expert de la formation des bulles spéculatives, le PER (price earning ratio) ajusté du cycle économique s’élève, à Wall Street, à 27, un niveau jamais atteint sauf en… 1929, 2000 et 2007. D’autres signes “d’exubérance irrationnelle” se manifestent, comme la multiplication d’“entreprises zombies” capables, par exemple dans les biotechs ou les réseaux sociaux, de drainer des capitaux sans aucun résultat, observe Christopher Dembik. Mais c’est surtout le retour spectaculaire des subprimes et des activités de repackaging et de titrisation des dettes qui fait remonter le souvenir de la crise. “40 % des crédits à la consommation distribués sur le marché américain le sont à destination de ménages… insolvables”, s’alarme Édouard Tétreau.

 

La menace bien réelle d’une crise systémique

Ne sommes-nous pas alors partis pour revivre une crise, du type de celle des Sicav monétaires qui, en août 2007, avait brutalement interrompu le marché interbancaire international ? Une crise de nature systémique donc, dans laquelle la chute d’un acteur de la chaîne entraîne tous les autres comme dans un jeu de dominos. L’interconnexion entre les acteurs – et donc leur dépendance les uns aux autres – n’a pas cessé de croître ces dernières années, et recommence à donner des sueurs froides à certains observateurs.

“Un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité”

De véritables nœuds se sont formés. Sur le marché des “prêts de titres” et de “repos”, estimé à 20 000 milliards, un même titre peut être revendiqué actuellement en moyenne par deux acteurs et demi, ce qui pose le problème de leur attribution en cas de course soudaine à la liquidité. Les failles des chambres de compensation des marchés dérivés constituent une autre source d’inquiétude. Une demi-douzaine de banques de données ont certes été constituées, mais elles ne disposent pas de registres standardisés, si bien qu’en cas d’urgence à dénouer les positions, aucun opérateur n’y retrouvera ses petits. Panique assurée.

 

Quel sera le détonateur ?

Quel sera cette fois le détonateur de la crise ? Viendra-t-il des compagnies d’assurance-vie allemandes qui ont pris tous les risques pour tenir leurs promesses de rendement à 3 % dans un contexte de taux zéro ? Des craquements du vaste marché des “students loans” américains dont le manque de traçabilité commence à effrayer les professionnels les plus aguerris ? Ou bien de la bombe à retardement de la prochaine hausse des taux d’intérêt ? “Lorsque les taux sont à zéro comme aujourd’hui, le risque de sensibilité des titres à la remontée des taux est à son maximum, rappelle Christophe Nijdam. Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

“Une hausse des taux de 0 % à 1 % entraîne mécaniquement, pour une obligation à trente ans de 100, une perte en capital de 26 %, quasiment le double de l’impact d’une hausse de 4 à 5 %.”

Un carnage qui pourrait déstabiliser bien des portefeuilles obligataires, y compris institutionnels. La hausse des taux impactera aussi le marché des dérivés composés à 85 % de dérivés de taux… Stupeur et tremblements. Mais la crise viendra sans doute de là où personne ne l’attend, tel le battement de l’aile du papillon qui provoque l’ouragan à des milliers de kilomètres. Lorsqu’en octobre 2006 dans un comté perdu de l’État de Californie, le prix des maisons avait affiché ses premières baisses après plusieurs années de boom immobilier, personne n’avait prêté beaucoup d’attention à l’information. Ce fut pourtant le point de départ de ce qui allait devenir quelques mois plus tard la plus grave crise depuis 1929.

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:55

 

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Revenu universel, nationalisations, audit de la dette, énergies vertes… Quel est le programme de Podemos ?

par , Sophie Chapelle

 

 

 

 

Le tout jeune parti espagnol Podemos – « Nous pouvons » – vient de fêter sa première année d’existence. Ce mouvement de gauche avait fait une entrée remarquée sur la scène politique lors des élections européennes, avec près de 8% des voix. Il se positionne désormais comme 3ème force politique en Espagne : il a attiré 15% des votants en Andalousie, en mars. Comment expliquer ce fulgurant succès ? Quel est son programme, sa stratégie politique et médiatique ? « La politique espagnole ne sera jamais plus comme avant, même si l’on disparaissait demain, affirme Miguel Urbán Crespo, député européen et n°2 de Podemos. Nous avons quelque chose que les partis n’ont pas, le soutien populaire de ceux qui veulent changer les choses. » Entretien.

Basta ! : En novembre prochain, se dérouleront les élections nationales espagnoles. Si vous obtenez une majorité au parlement, quelles mesures prioritaires allez-vous mettre en place ?

Miguel Urbán Crespo [1] : Face à ceux qui pratiquent le « sauvetage des banques », nous proposons un sauvetage citoyen (el rescate ciudadano). Ce programme prévoit d’abord de mettre fin au processus de privatisation des services publics. Puis, d’effectuer un audit citoyen des comptes publics et de la dette. Se pose ensuite la question de la précarité énergétique. La Constitution espagnole prévoit la nationalisation des secteurs fondamentaux s’il y a un problème d’urgence sociale et si les entreprises privées ne satisfont pas ces besoins fondamentaux. Nous sommes dans ces deux cas là.

Vous souhaitez donc nationaliser les entreprises ?

Non, nous n’allons pas arriver et dire : « Nous nationalisons ». Mais plutôt : « Soit vous répondez aux besoins fondamentaux, soit nous appliquons la loi ». Notre objectif est d’avoir un gouvernement qui fasse appliquer la loi à « ceux d’en haut », car la loi est toujours appliquée à « ceux d’en bas ». Appliquer la loi, c’est par exemple s’appuyer sur la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg qui indique que la loi espagnole sur les hypothèques [qui protège les banques et non les consommateurs] est illégale [2]. On ne peut pas continuer à virer les gens de chez eux sans alternative en matière de logement. Dans le domaine de la santé, tout le monde doit avoir accès aux soins. Enfin, nous proposons de mettre en place un revenu universel afin de sortir les gens de l’exclusion sociale. En Espagne, 60 000 familles n’ont pas de revenus.

Que prévoyez-vous face à la précarité énergétique ?

L’Espagne importe des énergies fossiles, alors qu’on a beaucoup de vent et de soleil. Nos industries d’énergie renouvelable sont importantes, mais elles ont été complètement dévastées par les intérêts de l’oligopole énergétique espagnol. Or, l’énergie verte est bien plus génératrice d’emplois que la production d’énergie basée sur l’extraction de pétrole ou de gaz. Il faut changer la structure du système de l’énergie en Espagne et ses intérêts. L’autoconsommation doit aussi être développée. On a par exemple des petits producteurs d’électricité dans les « communautés de voisins » [regroupements de propriétaires]. Il est important de leur permettre d’entrer sur le réseau électrique et d’injecter ce que ces communautés ne consomment pas, de les aider à financer leur investissement. Au final, c’est comme la roue d’un moulin. Pour que la roue tourne, il faut mettre de l’eau. L’eau, c’est l’initiative politique : il faut la diriger et savoir où va la rivière.

Outre ces mesures d’urgence, quel est votre programme à moyen et long terme ?

Les problèmes en Espagne sont immenses. Il faut par exemple revenir sur l’économie du tourisme qui génère une prédation environnementale et une bulle immobilière. Le secteur des services en la matière est surdimensionné et est confronté à la violation des droits sociaux et du travail. Raison pour laquelle il faut parler de changements de modèle productif.

Dans ce modèle productif alternatif, il y a l’agriculture, qui peut être protectrice de l’environnement et génératrice d’emplois. Quelles sont les idées de Podemos sur ce sujet ?

Nous sommes dans la phase de construction de ce programme agricole. Globalement, nous souhaitons développer une agriculture de proximité, soutenable pour l’environnement, qui consomme peu d’énergies fossiles, en évitant les transports et en favorisant les circuits courts. Nous souhaitons aussi éviter la concentration des terres agricoles dans les mains de quelques-uns. Nous travaillons avec des coopératives, pour la socialisation des terres de qualité, et contre les OGM.

Fin 2014, la dette de l’Espagne s’élevait à 1 034 milliards d’euros, soit 97,7 % du PIB. Faut-il la rembourser ?

A part Mariano Rajoy [le Premier ministre conservateur actuel], tout le monde sait que l’on ne peut pas payer la dette espagnole. Mais comment communiquer sur le sujet ? Si on dit aux gens qu’on ne va pas payer la dette, cela les choque, ils pensent que tu es un voleur. Les dettes, tu les paies. Notre position, c’est de déterminer ce que l’Espagne doit payer au sein de cette dette. A la télévision, pour traduire le problème avec des images simples, on prend l’exemple suivant : vous prenez un café et un jus d’orange dans un bar. Le serveur vous dit : c’est 600 euros. Vous lui demandez pourquoi. Il vous répond que vous allez payer l’addition de tous les gens qui sont en train de boire autour de vous. Évidemment, vous allez dire non, vous n’allez pas inviter tout le monde. C’est un peu ce qu’il s’est passé avec la dette espagnole. Ils veulent qu’on paie l’addition de choses que nous n’avons pas prises. Or, on ne va pas payer ce qui n’est pas notre dette. Mais ce que l’on doit réellement, on le paiera. Tout en renégociant comment le payer.

Podemos semble renouveler les méthodes politiques. Pourquoi est-ce nécessaire ?

Quand vingt personnes possèdent 60 % des richesses de notre pays, c’est de la corruption. On ne peut pas l’accepter, il faut changer cela. Il faut lancer un processus constitutionnel pour changer les règles du jeu. C’est comme l’histoire des pommes pourries : la question ce n’est pas les pommes mais le panier qui est pourri et qui contamine les pommes. Si tu prends quatre pommes magnifiques, même avec une queue de cheval et des boucles d’oreille [Miguel Urbán fait ici référence à Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos], et que tu les mets dans ce panier pourri, les pommes vont pourrir. Ce n’est pas une question individuelle mais de système. Et nous pourrions nous aussi pourrir si nous ne changeons pas les règles du jeu et de système.

 

 

Votre positionnement politique est surprenant : Podemos n’est ni de droite, ni de gauche, affirme Pablo Iglesias, le secrétaire général...

Parmi les dirigeants de Podemos, nous avons toujours dit que nous sommes de gauche. Il n’y a qu’à voir comment nous nous habillons ! Vous n’avez jamais vu un dirigeant du Parti populaire avec une queue de cheval et une boucle d’oreille [à l’image de Pablo Iglesias] (rires). Mais l’important n’est pas de savoir d’où nous venons, mais plutôt ce que nous voulons construire. Le problème est que la politique électorale, ce n’est plus la politique des « mouvements ». Pour la plupart des gens, dans la politique électorale, la gauche c’est le Parti socialiste et la droite c’est le Parti populaire. Si tu entres dans cette logique électorale, tu te retrouves dans les marges de l’un ou de l’autre de ces partis. Or, nous avons déjà passé trop de temps à occuper les marges.

Nous, nous voulons construire une nouvelle centralité. Cette centralité a déjà été construite socialement par le mouvement de résistance aux politiques d’austérité, à l’instar du mouvement des indignés. Cette centralité existe socialement mais pas électoralement. Il y a beaucoup de gens qui ont voté pour le Parti populaire, tout en pensant qu’il faut sauver les familles et pas les banques. Moi je veux que ces gens là soient avec nous. Ce sont des travailleurs, des ouvriers, qui subissent la crise de plein fouet. Je dis toujours la chose suivante : quand la police vient t’expulser de ta maison, elle ne te demande pas pour qui tu as voté. Moi je ne veux pas demander aux gens pour qui ils ont voté. Personne ne mérite d’être expulsé de sa maison...

Des tensions semblent apparaître entre la base de Podemos qui vient de nombreux mouvements sociaux – dont celui des Indignés – et ses dirigeants. Pablo Iglesias a par exemple déclaré, en octobre 2014, que le « ciel ne se prend pas par consensus, mais par un assaut ». Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas un fétichiste du consensus. J’aime la confrontation, la discussion. Mais à un moment il faut arriver à un accord. Il n’y a pas toujours besoin de structures ou de passer par des urnes, même internes. Podemos a été créé sur la base d’accords, pas sur la base d’affrontements. L’enjeu est que tout le monde se reconnaisse dans cet accord. J’ai répondu à Pablo à la suite de cette déclaration qu’il faudrait d’abord que nous nous mettions d’accord sur où se situe le ciel... Bien sur, nous avons beaucoup de tensions politiques, organisationnelles. Mais cela signifie que Podemos est un mouvement vivant, pas une structure pré-configurée.

 

Podemos a été critiqué pour sa discrétion sur le projet de loi qui visait à restreindre le droit à l’IVG en Espagne...

 

Non, nous n’avons pas été critiqués pour cela. Mais parce qu’une camarade de la direction, dans un cours de formation de communication politique, a dit une phrase malheureuse. Quand tu dois passer à la télévision et que tu es dans une campagne électorale, tu ne peux pas parler de tout, seulement de deux thèmes. Tu dois donc analyser les deux questions qui te mettent en position de gagner. Et notre camarade a déclaré que ce n’est pas sur le thème de l’avortement que l’on allait gagner dans le domaine de la communication... Mais nous sommes bien sur pour le droit à l’avortement, personne ne le met en discussion. On préfère toutefois frapper, au niveau de la communication, sur la question des banques plutôt que sur l’avortement, afin de nous positionner par rapport au Parti populaire et au Parti socialiste. Cela a été critiqué durement en interne.

Faut-il a tout prix se démarquer du Parti socialiste ?

Il y a ce que l’on peut faire à la télé en matière de campagne électorale, et tous les autres moyens de communication dont nous disposons – les réseaux sociaux, notre site web. On ne doit pas oublier les luttes et les revendications. Le droit à l’avortement est une question fondamentale. Cela m’est égal d’être proche du Parti socialiste sur cette revendication. Mais je suis d’accord aussi sur le fait que dans notre communication, il ne sert à rien de lancer des campagnes en faveur du droit à l’avortement. La force de Podemos, c’est sa capacité à avoir ses propres revendications sur les réseaux sociaux que personne n’avait imaginé jusqu’ici et qu’aucun autre parti en Europe ne possède. Notre compte Facebook dénombre 10 millions de personnes – le compte en lui-même est partagé par un million de personnes mais à travers ses répliques on atteint les dix millions. Le twitter de Pablo [Iglesias] c’est presque un millions de followers à lui seul. Sur ces réseaux sociaux, tu peux dire ce que tu veux sur l’avortement et cela va toucher plus de gens que sur les médias traditionnels. On n’avait pas ça avant.

Podemos n’hésite pas à fréquenter assidûment les plateaux télé. N’est-ce pas risqué ?

On a brisé un tabou historique dans le mouvement social ou des forces d’extrême gauche de ne pas aller dans les moyens traditionnels de communication. Nous avons compris qu’il fallait aller à la télévision, que l’on pouvait communiquer mieux que nos adversaires. On a passé quatre ans à se former, on a créé notre propre chaine de télévision, avec nos débats, tous les jours, sur la manière dont nous pouvions battre la droite... On a même ramené dans nos émissions des gens de la droite. Nous avons été critiqués pour cela, mais nous en avions marre de nous disputer entre nous. Et cela nous unissait de discuter contre ces personnes de droite (rires). Ça nous paraît plus intelligent. Nous avons commencé à aller dans les débats télévisés de droite et d’extrême droite pour discuter avec eux et faire en sorte que ce soient eux qui soient mis en minorité sur les plateaux.

Personnellement, j’ai commencé à parler à la télé avec une crainte : je voulais surtout que l’on ne me reconnaisse pas. Je portais une casquette, des lunettes de soleil noires et une écharpe autour du cou. Lors de ma première apparition à la télé avec Pablo, nous étions tous pareils, il ne fallait pas donner son nom. Maintenant, il faut que l’on te connaisse et communiquer d’une autre façon. La manipulation de la télé est stupéfiante, c’est certain. Mais si tu n’y entres pas, c’est toi qui te fais manipuler et tu vas perdre. Il faut briser ce tabou.

Quelles sont vos convergences avec le parti grec Syriza ?

Podemos et Syriza ont en commun un point important : ils représentent un avenir de changement pour le peuple grec et espagnol. Dans les deux cas, c’est une réaction politico-électorale à l’appauvrissement général qu’impose la Troïka avec ses politiques structurelles d’austérité envers la population. Mais il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous sommes très différents, parce que nous sommés nés dans un contexte politique et culturel différents. Nous disions précédemment que Podemos n’est ni de droite ni de gauche. Syriza veut dire « coalition de la gauche radicale » !

Y a t-il des mouvements en France avec lesquels des alliances sont possibles ?

Sûrement, mais je ne les connais pas. Nous sommes dans le même groupe que le Front de gauche au Parlement européen. Nous avons beaucoup de liens historiques avec le NPA [Nouveau parti anticapitaliste] et des mouvements sociaux français. Mais pour le moment, nous sommes très occupés en Espagne. Il y a déjà beaucoup de choses à faire ici. Nous nous concentrons davantage sur les peuples du Sud de l’Europe, surtout sur le cas de la Grèce. Il est plus important de travailler avec le peuple, plutôt qu’avec telle ou telle organisation. De construire les solidarités. Car nous avons de nombreux terrains en commun.

Pour vous, Podemos est de moins en moins un mouvement, et de plus en plus un parti politique. Ce qui est « négatif », dites-vous. Pourquoi ?

Je crois qu’il faut que l’on ressemble le moins possible aux partis que l’on combat. Car ils auront toujours plus de moyens, plus d’argent, etc.. Mais nous avons quelque chose qu’eux n’ont pas : le soutien populaire de tous ces gens qui veulent changer les choses. Cela permet de multiplier les capacités, beaucoup plus que dans une structure très forte, centralisée. Podemos ne doit pas être le programme d’un parti mais celui d’un peuple. On ouvre le débat sur ce programme à tout le monde. Si le peuple considère que c’est son programme, il le défendra comme le sien. Il le défendra contre nous qui sommes en haut de Podemos si nous ne voulons plus l’appliquer. Il le défendra aussi contre des organisations externes qui tentent de le boycotter. La souveraineté nous paraît essentielle. Ce qui est certain, c’est que la politique espagnole ne sera jamais plus comme avant, même si l’on disparaissait demain. Podemos a changé de façon conséquente la compréhension de la politique dans notre pays. Que l’on arrive ou pas au gouvernement, c’est un acquis.

Propos recueillis par Sophie Chapelle et Simon Gouin

(@Sophie_Chapelle et @Simon_Gouin sur Twitter)

 

 

Photos :
- Une : CC Daniel López García
- Réalisation de banderoles : CC Podemos Uviéu
- Pablo Iglesias à la tribune : CC Ministeria de Cultura de Argentina
- Marche du changement le 31 janvier 2015 : CC Daniel López García

Notes

[1Député européen depuis le 5 mars 2015, Miguel Urbán Crespo est l’un des deux fondateurs de Podemos. « J’ai commencé à faire de la politique dès 1993 à l’âge de 13 ans. J’ai milité dans les jeunesses communistes. Puis je me suis engagé dans différents mouvements sociaux (d’occupation où je fus porte-parole à Madrid, mouvements pour une vie digne, etc.) », explique-t-il.

[2De nombreux espagnols sont expulsés de leur logement lorsqu’ils n’arrivent plus à rembourser leurs prêts. Sur le sujet, lire cet article de Basta !

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:50

 

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Fracking

Gaz de schiste : des citoyens danois tentent de repousser Total

par

 

 

 

 

Voilà neuf jours que des citoyens bloquent l’accès au site de forage de Total au nord du Danemark, à Ovnstrupvej. La compagnie française détient un permis – dit « de Nordjylland » – depuis 2010 pour explorer le gaz de schiste dans cette zone. Mais ce projet est loin de faire l’unanimité chez les riverains. Le conseil municipal d’une commune voisine, Furesø, a envoyé une lettre au ministre de l’Environnement dans laquelle il rappelle que le Danemark est un des rares pays à s’alimenter en eau exclusivement à partir de ses ressources souterraines et que les risques de contamination liés à la fracturation hydraulique sont importants [1].

 

 

Source de la carte : Total

 

Total indique de son côté que la « production offshore [du Danemark] est en déclin » et que « les énergies renouvelables ne seront pas suffisantes dans les années à venir pour répondre aux besoins énergétiques du pays ». Or, les élus de Furesø précisent dans leur lettre que « la région et les municipalités ont fixé un objectif pour que la production d’électricité et de chaleur soit faite à 100 % sur la base d’énergies renouvelables ».

Alors que l’ensemble des recours juridiques menés par les opposants au gaz de schiste sont épuisés, les camions de Total arrivent chargés de matériel de forage. Les citoyens Danois, regroupés en collectifs et associations, et rejoints par des militants venus de Copenhague, ont décidé de multiplier les actions de désobéissance civile. Depuis le 5 avril, la police intervient chaque jour pour expulser les manifestants qui retardent l’arrivée des camions. Selon le directeur du projet d’exploitation au Danemark, cette occupation du site coûte des centaines de milliers de couronnes (plusieurs dizaines de milliers d’euros) chaque jour à l’entreprise [2].

 


 

« La compagnie Total, qui s’est vue retirer le permis de Montélimar en France en 2011 et a quitté la Pologne en 2014 suite à des recherches de gaz de schiste infructueuses, maintient ses projets de fracturation hydraulique au Nord du Danemark », dénonce dans un communiqué les collectifs français Non aux pétrole et gaz de schiste et de houille. Ils demandent l’arrêt immédiat de ces travaux et soulignent que « l’Europe continue à faire croître sa dette en termes d’émissions de carbone et gaz à effet de serre contribuant au dérèglement climatique ». Le second site d’exploration de gaz de schiste dans lequel est impliqué Total au Danemark pourrait aussi être l’objet de nouveaux blocages.

Photos : source

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:46

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 
Erreur 404 14/04/2015 à 13h05
Fukushima : un « robot-serpent » porté disparu au cœur d’un réacteur
Benoît Le Corre | Journaliste Rue89

 

 

Le corium, c’est un sacré bazar. Ça ressemble au « dissolvant universel » inventé par Géo Trouvetou dans un vieux Picsou : au même titre que le « Dissoutou » dissout tout, le corium fait fondre quasiment tous les matériaux.

En ce moment, sur la planète Terre, on trouve du corium dans le nord-est de l’île de Honshu, l’île principale du Japon. Sa conception n’est pas naturelle mais accidentelle. Durant les premières heures de l’accident nucléaire de Fukushima, en mars 2011, le cœur du réacteur n°1 a fondu. L’uranium qu’il contenait a fondu, absorbant ce qu’il y avait autour, les tuyauteries, les barres... Ça a donné naissance à une sorte de « magma métallique » : le fameux corium.

En termes de radioactivité, le corium, c’est le top du top. Ça tue un homme ou un éléphant à proximité. Dans les réacteurs n°1, n°2 et n°3 de la centrale de Fukushima Daiichi, le corium est le déchet radioactif le plus préoccupant. On ne sait jusqu’où il a pénétré (on sait qu’il a percé la cuve censée l’isoler du monde extérieur mais on ne croit pas qu’il soit allé jusqu’aux nappes souterraines). Autre inconnue à l’équation : quel est son niveau de radioactivité aujourd’hui ?

Pour planifier le chantier de décontamination, il faudrait avoir des yeux dans le réacteur n°1. Or, il n’est pas question d’y envoyer un humain. D’après un article du Japan Time, les derniers relevés de rayonnement à l’intérieur du cœur, datant de 2012, s’élevaient à 11 sieverts par heure. Trop dangereux pour tout ce qui vit.

 

Robot casse-pipe

L’accident nucléaire de Fukushima a eu lieu il y a quatre ans. Le chantier de décontamination des quatre réacteurs devrait prendre quarante années, selon le PDG de Tepco (l’exploitant de la centrale), Naomi Hirose. Face à l’impossibilité d’envoyer des humains sur place, Tepco investit dans les robots. Sur son site internet, on trouve un éventail plutôt impressionnant de robots pouvant intervenir dans des environnements hostiles.

 

Capture d’écran du site de Tepco (Tepco)

 

Il y a ceux avec des roues, ceux avec des chenilles, ceux avec des jambes, ceux avec des bras articulés et ceux avec rien de tout ça. Ce bestiaire distingue les robots « d’investigation » des robots « d’opération ». « On y trouve même des machines utilisées par l’armée américaine », explique Michel Chevallier. Il fait référence à Warrior, un robot plus habitué aux champs de mines qu’aux terrains radioactifs.

 

Un robot à la recherche du corium

Michel Chevallier est le président de l’Intra, le groupe d’intervention robotique sur accidents. Créé en 1988 par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Areva et EDF, son rôle est d’intervenir en cas d’accident nucléaire majeur. On aimerait ne jamais avoir affaire à lui.

Pour ça, il dispose d’un parc de robots spécialisés. Michel Chevallier emploie le terme de « télé-opération » :

« Les humains pilotent les robots. Protégés et à l’écart, ils disposent d’un joystick et d’un retour vidéo. »

C’est aussi le cas des robots dépêchés par Tepco. Ils n’évoluent pas de manière autonome dans l’environnement mais sont pilotés à distance (la méthode « aspirateur de déchets radioactifs », c’est pas aussi simple que l’aspirateur ménager). Le pilotage à distance, c’est le point commun des robots de Tepco. En revanche, leurs formes et leurs fonctions diffèrent. Michel Chevallier :

« Tepco développe des robots selon ses besoins réels sur le terrain. »

L’un des besoins urgents, en vue de décontaminer le réacteur n°1, c’est la découverte du corium. Si l’on se fie à la gravité, le combustible fondu devait se situer au fond de la cuve de confinement. Raté. Au début du mois d’avril, Tepco a annoncé que le corium ne se trouvait pas là où il devait se trouver.

Un « serpent-robot » multiforme

Partir à la conquête des combustibles perdus, c’était la mission d’un petit robot appelé « shape-changing robot ». En français, on emploiera l’expression « robot multiforme ».

Capture d’écran du « robot multiforme » sur le site de Tepco (Tepco)

 

Développé par Tepco et la société japonaise Hitachi, ce petit robot ressemble à un serpent ou à un ver de terre. Pourquoi cet animal ? Il peut se mouvoir sur des terrains accidentés et franchir des obstacles contre lesquels un appareil équipé de roues buterait. Créer une telle machine relève de ce qu’on appelle le biomimétisme : on copie ce qui marche bien chez le vivant et on lui trouve une application en robotique. Des animaux-robots, il en existe plein d’autres.

Long de 60 cm, équipé de mini-chenilles, le « shape-changing robot » (on va l’appeler SCR) possède une caméra, des détecteurs de température et de radioactivité. Ce petit « Transformer » peut, comme son nom l’indique, changer de forme, ressemblant soit à une sorte de lettre I, soit au chiffre 3.

 

Dans le cœur du réacteur n°1

Vendredi, c’était le jour-J pour SCR. Le plan avait été établi : remonter un tuyau large de 10 cm de diamètre, jusqu’à la cuve de confinement. Accéder au premier étage du réacteur et en étudier au moins la moitié. Trouver des traces des combustibles, voire du corium. En dehors du réacteur, 40 personnes exposées à une dose « raisonnable » (c’est Tepco qui le dit) de rayonnement participent à l’opération. Parmi elles, le pilote du robot.

SCR est lancé. C’est une grande première. Jamais les humains, par l’intermédiaire d’un robot, n’avaient été aussi proches du cœur du réacteur n°1. Les données renvoyées par le robot montrent que le taux de radioactivité y est encore mortel pour l’homme. Sa caméra frontale nous fait rentrer dans le cœur d’un réacteur hostile. C’est méga-glauque.

 

Vidéo diffusée par Tepco de l’intérieur du réacteur n°1

 

 

Robot, petite chose fragile

Problème : après trois heures de déambulation dans le réacteur, SCR s’est arrêté. Tout le week-end, le personnel sur place n’a pas réussi à reprendre contact avec la machine. Comment cela est-il possible ?

Les robots ont beau être composés d’éléments non organiques, ils demeurent fragiles. Les rayonnements radioactifs, ça leur bousille aussi les circuits. Selon Cybernetix, une entreprise spécialisée dans la conception de robots résistants :

« Certains composants des robots possèdent des liaisons C-H, c’est-à-dire des liaisons carbone-hydrogène. »

Les rayonnements ont un effet néfaste sur ces liaisons, ils les vieillissent plus rapidement. Bien sûr, on pourrait développer un robot insensible, mais il faudrait l’enfermer dans une boîte de métal qui n’est pas constituée de liaisons C-H. Il aurait alors l’agilité d’un chevalier en armure interprétant une chorégraphie en patins à glace.

 

Plusieurs hypothèses

Le petit robot SCR a ainsi pu être dégradé par l’importance des rayonnements. Mais ce n’est pas la seule hypothèse. La liaison entre le robot et le pilote a aussi pu être interrompue à cause des rayonnements, ou le robot s’est retrouvé bloqué par des obstacles.

De toute manière, SCR était à usage unique. S’il était sorti en un seul morceau du réacteur n°1, il aurait été décontaminé puis recyclé à cause de son haut degré de radioactivité.Tepco aurait alors poursuivi ses recherches dans le réacteur n°1 à l’aide d’un autre SCR.

Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible. La carcasse du robot serpent bloque le passage. Encore un obstacle jusqu’au corium. Pour Tepco, un nouveau besoin robotique s’est créé. Il faudrait créer un automate télé-pilotable de petite taille capable de dégager le chemin. Ou bien développer un nouveau robot... pour récupérer l’ancien.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:42

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Les trois crises qui placent l'Europe dos au mur

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

« Grexit », « Brexit », affrontements en Ukraine : l'Union est confrontée, au même moment, à trois crises redoutables. Leur intensité est inégale. Mais l'impression d'ensemble ne laisse guère de doute : les risques d'une déconstruction de l'Union européenne n'ont jamais été aussi forts. Face à ce délitement, que propose la commission Juncker ? Un vrai-faux plan d'investissement et quelques traités de libre-échange...

 

« Gagner du temps. » Au lendemain de l'accord du 20 février, c'était la principale avancée retenue par les soutiens de Syriza, en défense du texte conclu à Bruxelles : les Grecs et leur ministre des finances Yanis Varoufakis avaient « gagné du temps », « obtenu de l'oxygène ». Quatre mois de répit, jusqu'à fin juin, pour éloigner le spectre de la faillite, poursuivre des négociations ardues et obtenir, enfin, la réponse à l'obsession du moment : peut-on mener d'autres politiques que des « ajustements structurels », de plus ou moins forte intensité, au sein de la zone euro ?

La Troïka des créanciers (FMI, BCE, commission européenne) n'a toujours pas disparu. À peine a-t-elle changé de nom : place au « groupe de Bruxelles ». Le scénario d'une banqueroute plane toujours. Mais Athènes a obtenu quelques garanties qui lui permettent de continuer à espérer. Et surtout de patienter, en attendant une hypothétique victoire d'un autre parti anti-austérité, Podemos, fin 2015 en Espagne, pour se trouver moins isolé à la table des discussions bruxelloise. « Le temps presse », leur a répondu mardi Valdis Dombrovskis, l'un des commissaires européens chargés du dossier.

La formule choisie côté grec – « gagner du temps » – n'est pas forcément rassurante pour la suite des événements. Elle rappelle le titre d'un essai virulent d'un sociologue allemand, Wolfgang Streeck, publié l'an dernier en France (en 2013 outre-Rhin) : Du temps acheté, sous-titré La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique. « Buying time, gagner du temps en français – autant dire retarder un événement imminent afin de se donner la possibilité de tenter d'empêcher qu'il ne se produise », écrit Streeck.

 

 

Dans ce texte stimulant (déjà chroniqué sur Mediapart), le sociologue, soucieux de replacer la crise actuelle dans un cadre temporel plus large, juge que l'Union a passé quatre décennies à « acheter du temps à l'aide d'argent » pour retarder l'implosion. Elle a joué sur l'inflation, puis sur l'endettement public, enfin sur l'endettement privé, comme autant de leviers pour désamorcer les conflits sociaux et entretenir l'illusion d'un capitalisme redistributif, qui profiterait à tous.

Mais ces « pis-aller » n'ont pas suffi à masquer la véritable nature du virage néolibéral du capitalisme amorcé dans le courant des années 1970 et la victoire, pour le dire vite, de Hayek sur Keynes. Tout au plus ont-ils permis d'« étirer la crise du capitalisme démocratique », celle-là même qui connaîtrait son dénouement dans la crise actuelle, que traverse la zone euro depuis 2008. « Des combines toujours nouvelles sont trouvées, afin d'offrir une seconde jeunesse au capitalisme à crédit dont l'année 2008 marqua l'échec », poursuit Streeck.

L'Europe en serait réduite, pour sauver les apparences, à multiplier ces « combines », faute de mieux, en attendant l'effondrement. Ou tout au moins, comme semble l'espérer Streeck, les soulèvements populaires contre ce capitalisme qui s'est, progressivement, affranchi de toutes garanties démocratiques. L'accord intervenu fin février à Bruxelles a renforcé l'intellectuel allemand, partisan d'un éclatement de l'euro, dans ses convictions : « L'instant de vérité est arrivé pour une politique d'intégration européenne qui a échappé à tout contrôle, dont le moteur est le capital financier. Pour que l'Europe ne se transforme pas en un marécage d'incriminations réciproques entre nations (…), il faut démanteler ce monstre qu'est l'union monétaire », écrit-il dans une tribune publiée en mars dans Le Monde.

La charge est rude. Rien ne dit que l'option Syriza – construire des alternatives à l'austérité, en conservant l'euro – ne finira pas par déboucher. Mais ce discours catastrophiste trouve d'autant plus d'échos, ces jours-ci, que le contexte est sinistre. Au-delà du problème « de type grec », pour parler comme Godard, l'Europe semble prendre l'eau de tous côtés, retardant comme elle peut l'heure de sa dissolution. Christine Lagarde, la patronne du FMI, a beau juger dans un entretien à plusieurs journaux européens samedi que « le projet européen est plus solide que jamais » (se félicitant par exemple des avancées de l'union bancaire), l'UE semble confrontée, sans doute pour la première fois de son histoire, à trois crises concomitantes qui la font trembler sur ses fondations.

1 - Au-delà du « Grexit »: le processus d'intégration en panne
On connaît l'équation : une monnaie commune, pour 19 économies traversées par des déséquilibres macroéconomiques massifs et des politiques fiscales concurrentes. La crise n'a fait qu'aggraver ces différences. Que faire ? Une piste consiste à renforcer l'intégration de la zone, en transférant un peu plus de compétences – budgétaires en particulier – à Bruxelles, pour mieux « coordonner » ces politiques. C'est ce que tentent, de manière chaotique, au prix de passages en force démocratiques, les dirigeants européens depuis le début de la crise.

Fin 2012, une première feuille de route « des quatre présidents » (BCE, commission, conseil européen, Eurogroupe) tentait de répondre, de manière plus ambitieuse, aux failles structurelles de la zone euro, en renforçant l'intégration de la zone monétaire. En début d'année, Jean-Claude Juncker, à la tête de la commission, y est allé lui aussi de sa « note sur l'Union économique et monétaire ». Présenté en marge d'un sommet européen ultradominé par la participation du Grec Alexis Tsipras, ce texte, à peine relayé dans les médias, a été accueilli dans l'indifférence quasi générale par les capitales.

Ces débats sur une zone euro plus intégrée sont toujours dans l'air à Bruxelles. Mais la légitimité démocratique manque et les citoyens, dans leur écrasante majorité, n'en veulent pas. Il suffit de se rappeler les résultats aux européennes de mai 2014, où les partis qui ont fait ouvertement campagne pour une Europe plus intégrée sont restés minoritaires. La crise grecque n'arrange rien : elle rappelle l'urgence de réformer la zone euro, pour que l'édifice ne s'effondre pas, mais illustre aussi les ratés d'une gestion de crise « intégrée », depuis Bruxelles et Francfort (le bilan sans appel de la « Troïka »). Plus que jamais, l'intégration de la zone monétaire, le cœur de l'UE, est menacée.

2 - Le « Brexit » et le spectre de la déconstruction
Le ministre des affaires étrangères islandais a envoyé le 12 mars une lettre à Bruxelles : Reykjavík souhaite, expliquait-il, interrompre le processus de négociations en vue d'une adhésion à l'UE. L'intéressé n'a pas pris soin de consulter le parlement islandais, si bien que la procédure est caduque. Mais c'est un signal, parmi tant d'autres : l'UE ne fait plus rêver ses voisins. Et certains de ses États membres, dont la Grande-Bretagne, débattent désormais au grand jour d'une sortie de l'Union.

Les législatives britanniques du 7 mai permettront d'y voir plus clair. Plusieurs partis, dont celui du premier ministre David Cameron, et celui de l'eurodéputé Nigel Farage, promettent, en cas de victoire, d'organiser un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE – dès 2016 pour le UKIP de Farage. Sur l'île, de nombreuses formations pro-européennes, des Lib-Dem aux Verts, réclament elles aussi la tenue d'une consultation populaire, sur un éventuel « Brexit ». Le débat, qui n'est pas nouveau à Londres, a redoublé d'intensité depuis l'éclatement de la crise de la zone euro (dont la Grande-Bretagne n'est pas membre).

Ailleurs, des revendications indépendantistes – Écosse, Catalogne, Flandre belge – continuent d'entretenir le spectre d'un délitement de l'UE, depuis son cœur. Des forces centrifuges sont à l'œuvre. À Bruxelles, on répète que si l'une de ces régions obtenait son indépendance, elle serait exclue, du même coup, de l'Union. La victoire du non au référendum écossais de 2014 en a apaisé certains. En Belgique, l'arrivée au pouvoir à l'automne 2014 de la NVA semble avoir mis entre parenthèses, pour un temps, les revendications indépendantistes de cette formation flamande. En Catalogne, des élections régionales – qui poseront une nouvelle fois en grand la question de l'indépendance – sont prévues pour septembre, et les équilibres sont incertains. 

 

Le président de la Catalogne Artur Mas, partisan de l'indépendance, le 14 janvier 2015, à Barcelone..
Le président de la Catalogne Artur Mas, partisan de l'indépendance, le 14 janvier 2015, à Barcelone.. © Reuters / Gustau Nacarino.
 

3 - L'Europe en crise sur ses frontières
Des scènes de guerre se déroulent dans l'est de l'Ukraine, à la frontière d'une Union incapable de trouver la parade face à Moscou. En réaction, les pays d'Europe de l'Est se réarment. La Pologne a augmenté de 13 % son budget militaire l'an dernier, et devrait l'accroître d'encore 20 % cette année. En Lituanie, après une progression de 6 % l'an dernier, c'est carrément une hausse de 50 % qui est attendue pour 2015, si l'on en croit les chiffres publiés lundi par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

Au même moment, des milliers de migrants meurent chaque année en Méditerranée, piégés par leur rêve européen. Les tensions aux frontières de l'UE ne cessent de se renforcer. À Mediapart en 2013, le philosophe italien Sandro Mezzadra proposait de penser l'Europe depuis ses frontières, sur un chemin de crête qui relierait Kiev à Ceuta et Melilla, pour « rouvrir le projet européen ». Pour en finir avec une Europe barricadée, figée dans ses certitudes économiques, en panne d'imaginaire politique.

A-t-il des chances d'être entendu ? Face à cette triple crise, que propose la commission Juncker ? Pour l'essentiel, un vrai-faux plan d'investissement de 315 milliards d'euros, en cours de discussion à Bruxelles (dont la plupart des économistes dénoncent aujourd'hui le manque d'ambition face à l'ampleur du défi). Et quelques traités de libre-échange, dont celui en chantier avec les États-Unis – et un autre avec l'Ukraine –, pour relancer la croissance. Cela s'annonce un peu court, pour redonner des couleurs, au plus vite, au projet européen.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:33

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Valls attaque 14/04/2015 à 12h16
Loi sur le renseignement : nos libertés se négocient dans une Assemblée vide
Andréa Fradin | Journaliste
 

Le premier ministre Manuel Valls à l’Assemblée nationale, lundi 13 avril 2015 (AFP PHOTO/FRANCOIS GUILLOT)

 

« Trois mois après les attaques terroristes de janvier, notre pays a connu, la semaine dernière, une nouvelle agression d’un autre ordre. Elle n’a pas tué, mais elle voulait nous nuire. Je parle bien sûr du piratage et de la prise de contrôle, pendant plusieurs heures, d’une chaîne de télévision : TV5 Monde. »

A la tribune, Manuel Valls n’attend pas une minute pour planter le décor : le projet de loi sur le renseignement s’inscrit dans un contexte de guerre. Dans les rues parisiennes, comme sur Internet.

 

Un Premier ministre et quatre ministres

Pour suivre les débats

Ouverte ce 13 avril, la discussion du projet de loi sur le renseignement se poursuivra jusqu’au 16. Pour ne rien manquer des débats, vous pouvez faire un tour sur la retransmission en direct de la séance publique de l’Assemblée nationale, et sur le dossier consacré au texte. Sur chaque séance, vous trouverez en lien le compte-rendu complet des débats du jour (ici le 13).

Pour creuser davantage, n’hésitez pas à jeter un oeil à la « feuille jaune » et à la « feuille verte » mises en lien sur la page de l’ordre du jour de l’Assemblée. La première permet d’avoir une idée de l’ordre des interventions à venir, la seconde de l’agenda des prochains jours.

Nos confrères du site spécialisé NextInpact assurent aussi un compte-rendu précis des discussions.

Nous sommes le 13 avril 2015, il est un peu plus de 16 heures, et la discussion sur le texte vient tout juste de s’ouvrir dans un hémicycle quasiment vide.

Certes, les huit députés de départ sont passés à une petite quarantaine. « Pas mal pour un lundi après-midi », me glisse un confrère rompu aux usages de l’Assemblée nationale.

Mais beaucoup, journalistes comme observateurs curieux, se désolent, sur Twitter, de voir des bancs aussi clairsemés. Ces derniers semblent en revanche bien plus nombreux, à guetter le débat derrière leur écran.

Tout en haut, perchés dans la tribune de presse exiguë tout aussi vide, on se sent un peu moins seul.

Un ami m’envoie même un message irrité :

« Ahhhhhh je deviens fou avec cette PJLRenseignement, y en a plein ma timeline ! »

 

Bastien Bonnefous @Bonnefous

Pour l'instant, 8 (oui 8) députés présents dans l'hémicycle avant le discours de Manuel Valls sur le projet de loi renseignement...

 

« Critiques excessives et absurdes »

Peut-être conscient d’être ainsi scruté sur les réseaux, à défaut de l’être dans l’hémicycle, le Premier ministre défend ce texte bec et ongles. Tape fort sur ceux qui s’y opposent ; les tenants des « malentendus disproportionnés », des « contresens », des « fantasmes », et autres « critiques excessives et absurdes ». Devant lui, rien de moins que trois ministres régaliens : Jean-Yves Le Drian (Défense), Christiane Taubira (Justice) et Bernard Cazeneuve (Intérieur). « Ce n’est pas si courant », notera quelques heures plus tard le rapporteur du texte, Jean-Jacques Urvoas.

Pratiquement tous insistent sur l’inexistence du risque d’une surveillance massive, et sur l’importance des services de renseignement, mal aimés dans une France qui les imaginent forcément en charge « d’activités perfides et de missions infamantes », regrette Jean-Jacques Urvoas. Qui n’hésite pas à ramener ces espions à une fonction dont l’image est moins propice aux fantasmes :

« Ce sont des administrations reposant sur des fonctionnaires civils et militaires. »

 

L’indécision de Taubira

Bien plus discrète, la garde des Sceaux ne prendra brièvement la parole qu’aux alentours de 20 heures, juste avant la suspension de séance. Mise en cause par les députés de l’opposition pour des propos rapportés dans Le Canard enchaîné quelques jours plus tôt (« J’avale des couleuvres de plus en plus épaisses. La loi sur le renseignement, qui permet une intrusion dans la vie privée, est aux antipodes de mes idées. [...] »), Christiane Taubira n’en pipera finalement mot... Mais débutera son intervention par un très remarqué :

« Il est évident que les techniques de recueil de renseignement sont susceptibles de porter atteinte à la vie privée, aux droits des personnes en matière de vie privée et de vie familiale, de porter atteinte à l’inviolabilité du domicile, ainsi qu’au secret de la correspondance. »

Cette prise de position, rapidement modérée par la ministre (« nous avons eu le souci, constamment, [...] de veiller à trouver la bonne mesure entre les nécessités opérationnelles et la protection des droits et des libertés »), fait alors l’objet d’un cafouillage très symbolique de son ministère : publié sur Twitter, l’extrait est par la suite supprimé, non sans se faire au passage remarquer.

 
 
Voir l'image sur Twitter

HAHA bis. Mal joué @justice_gouv qui a effacé le seul tweet qui citait @ChTaubira, mais quel tweet!

 

Ce n’est pas un hasard : cette question de l’équilibre – le texte penche-t-il vers une logique sécuritaire démesurée ? ou suffisamment protectrice de nos libertés ? – est au cœur de toutes les interventions des députés.

 

Drôle d’attelage

L’attelage est d’ailleurs curieux. En la matière, la cote du texte ne s’accroît pas à mesure qu’on s’approche de la droite, et de l’extrême droite des bancs de l’Assemblée. Des élus de la majorité saluent le texte, d’autres, comme l’ancienne ministre Aurélie Filippetti, ou le député des Français d’Afrique du Nord et de l’Ouest Pouria Amirshahi, en appellent à davantage de garanties. Les écolos se font plutôt discrets, à l’exception de Sergio Coronado, très remonté contre le texte.

A l’extrême gauche, Jean-Jacques Candelier (PCF) évoque la NSA et se dit « fermement opposé à l’instauration de toute forme de surveillance de masse » ; à l’extrême droite, Marion Maréchal-Le Pen cite le juge anti-terroriste Marc Trévidic, et refuse de voter un texte dans lequel la « sécurité [des Français] se fera au prix de leur liberté. » Perpétuant ainsi l’étrange tradition libertaire du Front national sur les questions relatives à Internet.

C’est plus compliqué à droite. Beaucoup, comme Eric Ciotti ou Frédéric Lefebvre, ne se montrent pas franchement hostiles à un renseignement plus ample. Le dernier confiera même :

« En soi, le Patriot Act ne me choque pas. »

Mais l’occasion est trop belle pour ne pas en profiter. Tout en affirmant sa volonté de voter le texte, le premier tacle le groupe socialiste pour ne pas avoir soutenu le texte de Nicolas Sarkozy proposé au lendemain de l’affaire Merah. Provoquant l’indignation à gauche de l’hémicycle :

« Vous êtes pathétique ! Ce n’est pas à la hauteur du débat ! »

 

« Inacceptable, on dépasse les bornes ! »

D’autres à droite prennent carrément la direction opposée. Et reprochent au gouvernement la dangerosité du texte. C’est le cas de l’avocat Pierre Lellouche ; d’un Hervé Morin, ancien ministre de la Défense ; ou bien encore d’un Alain Marsaud, ancien chef du service central de lutte antiterroriste au parquet de Paris.

Tous trois se présentent comme de fins connaisseurs des services de renseignement, jamais avares d’anecdotes en la matière, et dénoncent pourtant, pour citer le dernier :

« Un texte qui peut être dangereux s’il est mal utilisé. »

Dans la salle des Quatre-Colonnes, à la faveur d’une interruption de séance, ils se montrent remontés contre le gouvernement, accusé de rester sourd aux critiques.

En séance, Pierre Lellouche se plaint à grand bruit du peu de temps accordé à l’UMP pour parler « de libertés individuelles ». Et du traitement réservé par le gouvernement aux opposants aux texte :

« Que ces derniers se voient en permanence asséner soit qu’ils n’ont pas lu le texte, dixit le Premier ministre, soit qu’ils nagent dans le fantasme – et le mot fantasme a été une nouvelle fois repris par le ministre de l’Intérieur –, soit qu’ils pourraient être soupçonnés d’être complaisants à l’égard des terroristes, franchement, c’est inacceptable, on dépasse les bornes ! »

 

Côté jardin, l’apaisement

Le discours se montre moins tranché du côté des conseillers de l’exécutif. Assis derrière leurs ministres respectifs pour les plus privilégiés, dans un petit box qui surplombe une entrée de l’hémicycle pour les autres, ou dans une salle qui leur est réservée un peu plus loin dans les couloirs de l’Assemblée, ces derniers veillent, badge de couleur épinglé sur la poitrine.

Certains arrondissent les angles et précisent les points encore flous, à la faveur d’un « brief » improvisé dans le jardin des Quatre-Colonnes, encore baigné de soleil. Le ton est moins offensif qu’en séance, le dialogue ouvert et les derniers amendements déposés par le gouvernement expliqués.

 

Sueurs froides

21h30, le débat reprend. Les ministres reviennent en hâte, accompagnés de leur cortège, et personne ne s’arrête dans une salle des Quatre-Colonnes désertée.

Le débat tranche dans le vif : les premiers amendements sont abordés. Il est question de restreindre les raisons justifiant l’espionnage : certains redoutent que des opposants politiques, des partis, des associations ou bien encore des journalistes se fassent attraper dans les mailles du filet.

Sueurs froides dans les rangs de la majorité : sur la quarantaine d’élus présents, beaucoup sont opposés au projet. Y compris à gauche, où frondeurs et écolos sont pour partie déterminés à ne pas donner un blanc-seing au gouvernement. Le premier amendement est rejeté de justesse. « C’est chaud ! », lâche l’un des porteurs de la proposition, le député UMP Lionel Tardy.

L’affluence sera peut-être davantage au rendez-vous ces prochains jours, à en croire les habitués des couloirs de l’Assemblée. Il est près d’une heure du matin ; la séance est levée. Reprise des discussions ce mardi, après 16 heures

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:19

 

Source : http://www.reporterre.net

 

La loi sur le renseignement vise aussi les zadistes, les écolos et les antinucléaires

14 avril 2015 / Lucas Mascarello (Reporterre)
 


 

 

Le gouvernement Valls présente une loi antiterroriste, qui vise en fait à surveiller, sans contrôle judiciaire, tous les citoyens. Parmi les cibles : les mouvements sociaux et écologistes, les zadistes et les antinucléaires.

Lundi 13 avril, le projet de loi sur le renseignement sur le renseignement était examiné en première et unique lecture à l’Assemblée nationale. Le texte doit être voté dans une procédure d’urgence. Mais il constitue une atteinte aux libertés publiques, selon de nombreuses associations et partis qui se sont rassemblées devant l’Assemblée, lundi en fin de matinée, au moment où Manuel Valls s’apprêtait à défendre le texte dans l’hémicycle.

On retrouvait notamment le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, la Quadrature du Net, rassemblées à l’appel de l’Observatoire des libertés et du numérique. On pouvait voir également plusieurs personnalités politiques et des anonymes protester contre cette loi supposée antiterroriste, mais qui donnera à l’exécutif la possibilité d’une surveillance massive.

 

 

« Cette loi est une loi liberticide », prévient Maryse Artiguelong de la Ligue des droits de l’homme, « et c’est déplorable qu’un gouvernement qui a dit le 11 janvier ne pas faire de Patriot Act à la française, mette en place ce projet de loi ».

Trois mois après l’attentat contre Charlie Hebdo, c’est pourtant bien un vaste dispositif de surveillance que tente d’instaurer le gouvernement. Adrienne Charmet, coordinatrice des campagnes à La Quadrature du Net, appelle les citoyens « à refuser ce qu’a fait la NSA [National security agency] aux États-Unis, ce qu’Édouard Snowden a dénoncé et ce qui met en danger la vie privée de l’ensemble des citoyens » avant de mettre en garde contre « l’argument selon lequel on ne va chercher que ce qui concerne les potentiels terroristes, qui est absolument faux ».

En effet si le texte passe en l’état, il touchera l’ensemble des citoyens et la surveillance sera étendue à tous les domaines de la vie sociale.

 
Des moyens de surveillances inédits

Concrètement, cette loi permet aux services de renseignements de mettre en place des moyens de surveillances beaucoup plus intrusifs. Pose de micros dans un appartement ou un véhicule, écoute téléphonique, installation de balises GPS pourront se faire sans l’accord d’un juge. La demande sera directement faite au Premier ministre, charge pour lui d’accepter ou non.

D’autre part, les services de renseignements pourront utiliser des « IMSI-catchers ». Ce sont de fausses antennes relais. Les téléphones s’y connectent et il devient très facile d’espionner les conversations. Les métadonnées des ordinateurs seraient également collectées et renseigneront sur les flux entrants et sortants. Pour finir en beauté, l’ensemble du net français serait surveillé par l’intermédiaire de « boites noires » installées directement chez les fournisseurs d’accès.

Toutes ces données, une fois collectées seront analysées par des algorithmes qui détermineront les comportements suspects. C’est donc bien une collecte généralisée de la navigation sur internet qui se joue actuellement.

Adrienne Charmet tient à rappeler « que l’intégralité de ce qui va être collecté par les services de renseignements sera classée ’secret défense’ ». Autrement dit, en plus d’échapper au contrôle d’un juge, le citoyen qui voudra contester une surveillance abusive se heurtera à la levée du secret. Pas gagné…

 

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Adrienne Charmet
 
Une loi liberticide qui touche tout le monde

La surveillance d’internet par l’intermédiaire des « boites noires » concernerait l’ensemble du trafic français. De fait, c’est l’ensemble des citoyens qui seraient sous surveillance. Pour Adrienne Charmet, « tout le monde peut se retrouver à un moment ou à un autre à avoir ses données collectées massivement par les services de renseignement ».

Comme garde-fou, la Commission de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) sera chargée de contrôler tous les moyens techniques mis en œuvre pour le recueil de renseignements. Jusqu’à présent, les écoutes étaient encadrées par la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS). Pour Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT police, « ce projet de loi est confié aux seules mains du Premier ministre puisque la commission nationale que monsieur Urvoas [député rapporteur du projet de loi]veut bien intégrer comme étant le seul contre-pouvoir à ce projet n’est pas décisionnaire ». En d’autres termes, l’unique instance de contrôle n’aura qu’un avis consultatif.

 
Surveiller les ZAD et les anti-nucléaires

Dans ce contexte, Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature considère que « l’action des services de renseignements doit rester exceptionnelle, parce que, dans une démocratie, elle est de l’ordre de la dérogation. Elle doit être encadrée et contrôlée par une autorité indépendante, par un juge ». Or le champ d’intervention des services de renseignements étant très large, on peut craindre des opérations visant les mobilisations citoyennes et politiques...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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