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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 21:08

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Les Faucheurs volontaires veulent être jugés

13 avril 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)
 


 

 

Les plantes mutées ont tout des OGM… sauf qu’elles ne sont pas reconnues comme tel par la loi. Résultat : elles s’insinuent discrètement dans les champs et les assiettes. Pour interpeller les pouvoirs publics, les Faucheurs volontaires viennent de piétiner un champ de colza.

- Le Pouëze (Maine-et-Loire), reportage

Accroupis dans les champs en fleurs, ils semblent répondre à l’appel des cloches pascales. « C’est une chasse aux Oeufs au Grand-Marnier », sourit Guillaume. Œufs au Grand-Marnier, alias OGM (organismes génétiquement modifiés) : nom de code improvisé pour cette opération dominicale des Faucheurs volontaires.

Dimanche 5 avril, ils ont envahi à soixante les champs de colza du Geves, le Groupe d’Etudes et de contrôle des Variétés et des Semences, près d’Angers (49). Une institution semi-publique chargée de tester et d’inscrire les variétés végétales au catalogue français. Son tort ? Il testerait des VrTH, des « variétés rendues tolérantes aux herbicides ».

 

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61 Faucheurs ont participé à l’action de fauchage au Geves.
 

Des OGM ? Officiellement non, mais les Faucheurs veulent justement dénoncer cette confusion : « Nous n’avons rien contre le Geves en tant que tel, explique Pierre. Ce que nous dénonçons, c’est le manque de transparence et d’information sur ces plantes mutées. » A ses côtés, une quinquagénaire enthousiaste se relève, un plant de colza à la main : « Même le jour de Pâques, c’est opaque ! »

 

La face cachée des OGM

Car pour les Faucheurs, les VrTH ne sont rien d’autre que des OGM cachés. « Ces plantes subissent des modifications génétiques, via des rayonnements ou des produits chimiques », explique Brieg. Les OGM « classiques » sont obtenus via transgénèse : les chercheurs introduisent de nouveaux gènes. La mutagénèse artificielle s’inspire quant à elle d’un phénomène naturel : le génome des végétaux se transforme en permanence afin de s’adapter à son environnement.

C’est d’ailleurs ce que mettent en avant les promoteurs de cette technologie : « Tout agriculteur sème et produit chaque année, sur un seul hectare, beaucoup plus de mutants que n’importe quel laboratoire qui réalise des expériences de mutagénèse », explique l’Association française des biotechnologies végétales.

 

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Lancés au début des années 2000, les Faucheurs volontaires se concentrent aujourd’hui sur les VrTH, les variétés rendues tolérantes aux herbicides.
 

Sauf que dans le milieu confiné des laboratoires, les techniques utilisées pour forcer les plantes à muter sont beaucoup plus brutales. Rayonnements gamma, bains chimiques. Le site d’Info OGM dénonce ainsi une méthode « aléatoire », « mal connue et mal maitrisée ».

Les scientifiques sont partagés sur la question. En 2011, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et le CNRS (Centre national de la recherches scientifique) ont publié un rapport plutôt réservé sur la question : « Une utilisation répétée de ces variétés, sous certaines conditions, pourrait les rendre inefficaces à moyen terme. »

Qu’il s’agisse de mutagénèse ou de transgénèse, le résultat est le même : au sortir des stations expérimentales, les plantes sont modifiées génétiquement. La règlementation européenne, notamment la directive 2001-18, reconnait d’ailleurs les plantes mutées comme des OGM… mais les exclut mystérieusement de son champ d’application. « Aujourd’hui, ces variétés sont dispensées d’évaluation et on manque totalement de traçabilité », s’insurge Julien. Les mains terreuses, il arrache rageusement quelques pousses de colza.

 

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Ils ont détruit un hectare de colza en une heure, sans savoir s’il y avait vraiment des OGM. Leur objectif : dénoncer l’opacité.
 

Avec ses camarades faucheurs, il réclame un moratoire sur les plantes mutées, pour laisser le temps aux chercheurs de mieux connaître les effets de cette technologie. « Nous ne sommes pas contre la science », ajoute Pierre. « Nous voulons plus de science, plus de recherche. »

Barbe blanche éclatante et petites lunettes rondes, il déroule point par point les critiques adressées à ces VrTH : « Elles participent au brevetage et à la privatisation du vivant, elles se disséminent facilement et peuvent ainsi contaminer d’autres cultures, et surtout elles vont de paire avec un usage toujours plus important des pesticides. »

 

Or si l’impact écologique et sanitaire des OGM est encore méconnu, la nocivité des herbicides et insecticides sur la santé et l’environnement n’est plus à prouver. « Avec les VrTH, on a créé des plantes qui survivent quand on les bombarde de pesticides. C’est comme si on buvait du poison sans en mourir ! », explique Brieg.

En France, tournesol, maïs et colza VrTH, commercialisés par les géants semenciers Pioneer et BASF, sont cultivés dans nos champs. Plus de 15 000 ha seraient concernés. Des plantes qui se retrouvent ensuite dans nos assiettes, soit sous forme d’aliments pour le bétail, soit comme huile de table.

Mais avant d’entrer dans notre chaîne alimentaire, ces variétés passent par les champs du Geves. « Il n’y a pas, à ma connaissance, de variétés tolérantes aux herbicides ici ! », s’exclame, dépité, M. Sicard, le directeur de l’institution. Sans étiquetage clair, les Faucheurs n’étaient effectivement pas certains de détruire des OGM

 

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M. Sicard, directeur du Geves

 

« Nous voulions justement dénoncer l’absence de transparence, car il est impossible de savoir s’il y a ou non des VrTH », explique Brieg. « Nous savons juste que le Geves a déjà testé des plantes mutées. » Le directeur réfute l’argument d’opacité, arguant la traçabilité des produits mis sur le marché. « Chaque agriculteur peut choisir ce qu’il met dans ses champs, et quel herbicide il utilise », précise-t-il, avant de conclure : « Ce que vous faites là, ce n’est pas une action démocratique, c’est une atteinte à la propriété privée et à un travail réglementaire. »

 

Le nouveau combat des Faucheurs volontaires

En une heure, l’hectare de colza a disparu, emporté par une nuée de sauterelles bipèdes. « Je n’aime pas détruire des cultures, arracher des plantes », soupire Christine. Cette paysanne est venue d’Aveyron pour défendre l’agriculture bio contre le modèle industriel incarné par ces VrTH. « Mais on n’a pas d’autres moyens pour se faire entendre ! »

Depuis plus de cinq ans, les Faucheurs tirent la sonnette d’alarme : il y a encore des OGM en France ! Leurs actions rencontrent jusqu’ici peu d’écho : la question des VrTH est complexe, difficile à médiatiser, et les semenciers font tout pour étouffer les affaires. Peu de poursuites, afin de ne pas faire de vague.

Alors cette fois, ils ont décidé de frapper plus haut. Car attaquer le Geves, géré par l’Inra, le ministère de l’Agriculture et le Gnis (Groupement national des industries semencières), c’est s’en prendre à l’Etat. Tous espèrent un procès, pour interpeller les autorités et les citoyens...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 21:00

 

Source : http://cadtm.org

 

CADTM

 

Le FMI a fait 2,5 milliards € de bénéfice sur ses prêts à la Grèce

10 avril par Jubilee Debt Campaign

 

 

 

Jubilee Debt Campaign montre que le FMI a déjà fait 2,5 milliards € de profits sur ses prêts à la Grèce depuis 2010, et ceci avant le paiement de 462 millions € du jeudi 9 avril. Si la Grèce rembourse le FMI en totalité ce chiffre s’élèvera à 4,3 milliards € d’ici 2024.

Le FMI applique un taux d’intérêt effectif de 3,6 % sur ses prêts à la Grèce. Ceci est beaucoup plus que le taux de 0,9 % dont l’institution a actuellement besoin pour couvrir ses frais. À ce taux d’intérêt, la Grèce aurait payé 2,5 milliards € de moins au FMI.

Sur l’ensemble de ses prêts à tous les pays en crise de la dette entre 2010 et 2014, le FMI a réalisé un bénéfice total de 8,4 milliards €, dont plus d’un quart vient de la Grèce. Tout cet argent a été ajouté aux réserves du Fonds, qui totalisent maintenant 19 milliards €. Ces réserves sont destinées à couvrir les coûts des défauts de paiements. La dette totale de la Grèce envers le FMI est actuellement de 24 milliards €.

Tim Jones, économiste à Jubilee Debt Campaign, a déclaré :

« Les prêts du FMI à la Grèce n’ont pas seulement renfloué les banques qui ont prêté imprudemment, ils ont en fait ponctionné encore plus d’argent au pays. Cet intérêt usuraire ajoute à la dette injuste imposée à la population grecque ».

Traduction Yvette Krolikowski et Christine Pagnoulle.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 18:07

 

Source : http://www.marianne.net

 

Tribune

Votes blancs et nuls : à qui profite la confusion ?

Jérémie Moualek
 

Jérémie Moualek est chercheur en sociologie politique (Centre Pierre Naville – Université d’Evry). Il poursuit actuellement une thèse sur le vote blanc et nul.

 

 

 

Pour l'universitaire Jérémie Moualek, "au lendemain du second tour des élections départementales, un message politique semble avoir échappé aux grands médias nationaux : 8,3 % des votants ont fait l'effort de se déplacer dimanche dernier pour déposer un bulletin blanc ou nul dans l'urne". Soit plus d'1,6 million d'électeurs ! Et il s'interroge : " Est-ce parce qu'il révèle une crise de l'offre politique qui met à mal les formations politiques dominantes que le vote blanc et nul est ainsi masqué ?"
 
Bob Edme/AP/SIPA
 

>>> Article paru dans Marianne daté du 3 avril

Au lendemain du second tour des élections départementales, un message politique semble avoir échappé aux grands médias nationaux : 8,3 % des votants ont fait l'effort de se déplacer dimanche dernier pour déposer un bulletin blanc ou nul dans l'urne ; 1 678 359 votes blancs et nuls : autant de voix passées sous silence !

Déjà important au premier tour (4,89 % des votants ; 1 047 333 voix) et déjà largement ignoré, le vote blanc et nul atteint là des proportions non entrevues depuis le début des années 90 (9,5 % des votants au second tour des législatives de 1993). Supplantant aussi les chiffres des seconds tours des derniers scrutins départementaux (2,61 % des votants en 2008 ; 7,09 % des votants en 2011, mais avec une abstention bien plus forte qu'en 2015), ce comportement électoral ne cesse en réalité de faire davantage d'émules à mesure que les élections se succèdent. Et ce, au point de dépasser régulièrement les scores de bon nombre de formations politiques (comme Europe Ecologie-Les Verts, le Parti communiste, Debout la France ou le MoDem lors de ces départementales).

Pourtant, l'attention médiatique portée à ces votes semble inversement proportionnelle à la progression du phénomène politique qu'ils représentent. Comment expliquer ce paradoxe ? La confusion suscitée par la loi du 1er avril 2014 « reconnaissant » le vote blanc — « compté » mais toujours pas « comptabilisé » (dans les suffrages exprimés) — peut-elle constituer un élément de réponse ? L'heure est à présent au bilan et aux (dé)comptes de cette loi entrée en vigueur il y a an et expérimentée lors de trois scrutins différents (européennes, sénatoriales et départementales).

Jusqu'aux européennes de 2014, le vote blanc a longtemps fait partie intégrante d'une catégorie « blancs et nuls » qui opérait un mélange entre des bulletins émis intentionnellement et des erreurs. Victime d'une confusion statistique, le vote blanc était privé d'une visibilité propre. Désormais, la récente loi permet l'apparition d'une catégorie qui lui est uniquement consacrée. Mais, tandis que l'ensemble « blancs et nuls » semblait trop « large » pour être totalement « pertinent », ce nouveau regroupement semble être trop « restrictif » pour être représentatif des intentions des électeurs. En effet, les bulletins blancs acceptés dans cette catégorie doivent avoir été confectionnés en suivant des règles strictes (en termes de dimensions, etc.) et l'enveloppe vide — comptée comme un vote nul depuis 1852 avant que la loi ne modifie son statut — rebute un bon nombre d'électeurs qui craignent que la légèreté (matérielle) de leur vote ne les trahisse auprès des assesseurs capables alors de deviner la nature de celui-ci.

La loi ne prévoyant pas la mise à disposition de bulletins blancs réglementaires, certains électeurs semblent alors pécher par incompétence ou — surtout — se voient obligés de « parer au plus pressé » (en écrivant « vote blanc » sur leur bulletin, en mettant un mouchoir, une feuille vierge au mauvais format ou de couleur, etc.) passant ainsi dans la catégorie des votes nuls. D'autres, refusant de faire allégeance aux normes électorales et/ou lassés de ne pas voir le vote blanc être considéré comme un suffrage exprimé, choisissent de se réapproprier leur vote en lui donnant une signification personnelle et en l'utilisant comme un étendard de leur propre volonté. Nombre de citoyens continuent, en effet, de céder à la tentation de livrer des « bulletins blancs à message » : autrement dit, des votes nuls dont l'étude montre, d'ailleurs, qu'ils constituent un message très réfléchi.

Ainsi, le vote blanc revêt bien des couleurs ! Et la distinction effectuée avec le vote nul (qui rassemble donc en très grande majorité des votes blancs « dans l'esprit ») ne provoque qu'une sous-estimation de cette dissidence électorale, divisée aujourd'hui en deux colonnes réduisant du même coup son pourcentage global et nous obligeant alors à réaliser des additions imparfaites (comme, ci-après, pour le second tour des départementales) :

Vote blanc (1 150 937 ; 5,71 %)
+ vote nul (527 422 ; 2,62 %)
= 8,33 % des votants (1 678 359)

Tout en étant un refus de choisir dans l'offre politique proposée, le vote blanc et nul est aussi un refus citoyen de renoncer à voter. Il s'avère être un « droit de choisir de ne pas choisir » qui fait du bulletin de vote bien davantage qu'un instrument destiné à désigner un gagnant. Et, même s'il peut être parfois synonyme d'indifférence, ce geste électoral est plus souvent un moyen d'exprimer une forme d'exigence démocratique à travers l'émission de « bulletins porte-voix ». Est-ce parce qu'il révèle une crise de l'offre politique qui met à mal les formations politiques dominantes qu'il est ainsi masqué ? Jusqu'à quand tous ces électeurs, passés encore sous silence lors de ces élections départementales, qui expriment volontairement leur insatisfaction politique seront-ils encore obligés de « voter en touche » ?

>>> Retrouvez Jérémie Moualek sur son site « Voter en touche »

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 17:57

Source : http://www.marianne.net

 

Tribune

Tafta : le tribunal d'arbitrage va tuer les services publics locaux

Vivien Rebière

 

Militant du Parti de gauche et auteur du livre "Les territoires face au Grand marché transatlantique, résistance locale face à une menace globale" (Ed. Bruno Leprince, avril 2015).

 
 
Pour Vivien Rebière, auteur de "Les territoires face au Grand marché transatlantique", le dispositif de règlement des litiges investisseurs/Etat prévu dans le traité transatlantique "est un mécanisme dangereux pour nos services publics, nos normes sociales et environnementales, pour la souveraineté de nos Etats". Car de fait, "les nationalisations, régionalisations, municipalisations d'entreprises et de services publics seront considérées comme des expropriations directes et des mesures déraisonnables". Des décisions susceptibles d'être attaquées par les multinationales...
 
NICOLAS MESSYASZ/SIPA
 

L'Investor State Dispute Settlement (ISDS), en français le Règlement des litiges investisseur/Etat est un mécanisme d'arbitrage qui existe dans plus de 3 000 traités de libre-échange. Le principe est simple : les différends entre la puissance publique et les entreprises sont réglés non pas devant les tribunaux nationaux et publics, mais devant une cour arbitrale privée, sans possibilité d'appel. L'objectif est double : protéger les investisseurs de la meilleure façon, en s'assurant que ceux-ci évoluent dans un cadre économique stable où l'Etat de droit est respecté, et permettre aux entrepreneurs d'attaquer la puissance publique en cas d'atteinte à leurs investissements. Or, l'Etat de droit est respecté aux Etats-Unis et dans l'Union européenne et la sécurité des investissements largement assurée.

Le mandat de négociations de la Commission européenne avance clairement les raisons de l'ISDS : l'« interdiction des mesures déraisonnables, arbitraires ou discriminatoires », le refus du « traitement national », la « protection contre l'expropriation directe et indirecte », la « protection et sécurité entières des investisseurs et des investissements ». Toutes les formes de protectionnisme seront proscrites. Les nationalisations, régionalisations, municipalisations d'entreprises et de services publics seront considérées comme des expropriations directes et des mesures déraisonnables. On peut légitimement supposer que les critères sociaux et environnementaux (interdiction des OGM, des pesticides, etc.) seront jugés comme des freins au libre commerce. Ainsi, la véritable raison de l'ISDS est politique et économique. Le but est d'assurer le moins d'entraves possibles aux investisseurs et d'empêcher toutes les mesures publiques qui iraient à l'encontre du libre-échange.

 

"Le coût moyen d'une procédure est de 8 millions de dollars"

En effet, les multinationales ne se privent pas d'attaquer les Etats via les tribunaux d'arbitrage existants. L'entreprise américaine Lone Pine réclame 250 millions de dollars au Canada après que le Québec a imposé un moratoire sur l'exploitation du gaz de schiste. Le suédois Vattenfall exige 4,7 milliards d'euros à l'Allemagne pour sa sortie du nucléaire. Or le coût moyen d'une procédure est de 8 millions de dollars (il peut atteindre 30 millions). Et c'est sans compter le montant des dédommagements obtenus par les multinationales. A ce prix, nul doute que la meilleure option pour les Etats serait d'obtenir un accord à l'amiable et de se conformer aux desiderata des grands groupes.

Puisque tous les échelons de gouvernement seront visés par l'accord, du gouvernement à la commune, les services publics locaux seront directement touchés. La reprise en gestion publique de l'eau semble compromise par le principe des « expropriations », ou à défaut très coûteuse pour la collectivité. Le mandat de négociations évoque l'obligation d'équité entre secteur public et privé. Il serait donc impossible de soutenir une entreprise publique ou une association au détriment d'entreprises privées, à moins de financer ces dernières au même niveau. L’insertion dans un contrat de marché public de clauses environnementales ou sociales, l’instauration de politiques sanitaires ou écologiques (paquets de cigarettes neutres, indicateurs de polluants sur les produits de consommation, etc.) qui visent à protéger les consommateurs, pourront être perçues comme une expropriation indirecte. D'après les ONG, les services de santé seront aussi concernés. Les centres de santé municipaux feront-ils une concurrence déloyale aux centres privés ?

Pour l'heure, les positions sur l'ISDS sont confuses. Le gouvernement Merkel semblait très réticent, mais l'Allemagne est le pays européen qui pousse le plus à la conclusion d'un accord. Le grouvernement français envoie des messages contradictoires. Matthias Fekl, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur se dit très vigilant sur le mécanisme, mais Matignon aurait envoyé aux eurodéputés français des consignes de vote en faveur du tribunal d'arbitrage. Par ailleurs, les sociaux-démocrates européens ont tranché en faveur d'un ISDS amendé le 21 février dernier, lors d'une réunion à Madrid, en présence de Manuel Valls, Sigmar Gabriel et Martin Schulz. Alors qu'à la commission emploi du Parlement européen, les députés ont voté le 1er avril pour l'exclusion de l'ISDS, la Commission européenne a rejeté l'initiative citoyenne européenne demandant son exclusion, et ne prend pas en compte sa propre consultation publique qui a révélé de véritables inquiétudes sur le sujet.

L'ISDS est un mécanisme dangereux pour nos services publics, nos normes sociales et environnementales, pour la souveraineté de nos Etats. Mobilisons-nous le 18 avril, pour la journée internationale contre les traités de libre-échange et d'investissement, contre le tribunal d'arbitrage et le Tafta.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 17:40

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere

 

 

Loi sur le renseignement : un Patriot Act qui ne dit pas son nom

Noël Mamère
Député de Gironde

Publié le 13/04/2015 à 14h41

 

 

Caméra de surveillance et pochoir : « Que regardez-vous ? » (nolifebeforecoffee/Flickr/CC)

 

J’ai déjà dit dans cette chronique toute ma détermination à lutter contre l’islamofascisme et demandé que des mesures soient prises pour prévenir et réprimer les menaces terroristes. Aussi, je suis aujourd’hui d’autant plus à l’aise pour dénoncer une loi sur le renseignement qui met en danger les libertés publiques et individuelles. En cours d’élaboration depuis des mois, elle avait pour but principal de renforcer le contrôle sur les services de renseignement. Elle nous est maintenant présentée en procédure d’urgence.

La ficelle est grosse. Le pouvoir utilise les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher comme des prétextes pour mieux imposer une législation qui met en cause la vie privée des citoyens et ne respecte pas le droit à la sûreté des individus. Les écologistes ne tomberont pas dans le panneau. Parce que ce projet de loi remet en question l’équilibre entre sécurité et libertés, par plusieurs biais.

 
 

1 Il bafoue l’équilibre des pouvoirs

 

C’est le Premier ministre lui-même, ou par délégation, donc l’exécutif et non le pouvoir judiciaire, qui prendra la décision de surveiller les personnes et ce, sans éléments à charge. Alors qu’une lignée de juges antiterroristes a prouvé son efficacité depuis de longues années en ce domaine, le pouvoir politique prend la main sur le renseignement, sans aucun contrôle.

L’absence de contrôle du juge est illégale et anticonstitutionnelle. C’est peut-être la tradition de la Chine ou de la Russie, ça ne doit pas être celle de la France.

 

 

2 Il généralise les mesures de surveillance à tout individu considéré comme « suspect »

 

Suspect de « violences collectives » : merci pour les zadistes ou les faucheurs volontaires d’OGM ou encore pour les jeunes des quartiers.

Suspect de menacer les « intérêts majeurs » de la politique étrangère de la France : Merci pour ceux qui critiquent les interventions militaires extérieures à répétition ou la Françafrique.

Suspect de s’attaquer à « ses intérêts économiques et scientifiques ». L’espionnage industriel serait-il une des dimensions du terrorisme ? Le domaine du terrorisme potentiel est donc élargi à l’infini. La lutte contre le groupe Etat islamique a bon dos.

 

 

3 Le projet permet d’imposer des « boîtes noires » aux opérateurs de réseaux et aux fournisseurs d’accès internet

 

Autement dit, il permet de mettre en place des données de connexion des utilisateurs. Une surveillance massive par algorithmes, classés secret défense, permettra de ficher les individus ayant envoyé des mots-clefs par e-mails. Voilà qui rappelle furieusement Big Brother. Comme l’écrivait Orwell dans « 1984 » :

« Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. »

Cette « pêche au gros » des données étend le contrôle policier, sans aucune limite, à toute la population. Si cette mesure, étendue aux écoutes téléphoniques, renforce la surveillance de masse, elle paralyse toute approche affinée des réseaux terroristes qui constituent par nature un monde à part.

 

 

4 Aucun contrôle réel des services de renseignement n’est prévu

 

Hormis une commission Théodule dont les attributions sont floues. Cela signifie un arbitraire total sur les missions que l’Etat pourrait conférer aux services de renseignement, en contradiction flagrante avec ce qui devait constituer la principale raison d’être de ce projet de loi : conférer une base légale aux services de renseignements, longtemps taxés d’être des barbouzes au service de l’Etat.

Souvenons-nous, entre autres, de l’affaire Ben Barka ou du Rainbow Warrior, qui ont éclaboussé la République. Cette fois-ci l’Etat officialise l’impunité des services secrets.

 

 

5 Une efficacité douteuse

 

Est-ce que cela aura une quelconque efficacité dans la lutte contre Daesh et Al Qaeda ? On peut en douter, car le renforcement de la lutte contre ces groupes passe d’abord par le renseignement humain sur le terrain. Ce qui a fait la force des services français par rapport à la CIA américaine par exemple, reposait sur une connaissance des dynamiques sociales, culturelles et politiques du Moyen-Orient et sur la politique arabe de la France. Lorsque François Mitterrand ou Jacques Chirac avaient fait des gestes concrets par rapport aux Palestiniens, la reconnaissance de ceux-ci avait permis d’éviter nombre d’attentats dans notre pays. Les Etats-Unis ont pu faire baisser la pression d’Al Qaeda en Irak quand ils ont conclu une alliance politique avec les tribus sunnites. En Afghanistan, la longue traque de Ben Laden s’est faite à partir de renseignements collectés sur le terrain.

Les faiblesses des services de renseignement sont d’abord liées à un manque de moyens, en termes d’agents de terrains et, surtout, à une guerre des services. Une pléthore de services secrets se livre à une concurrence acharnée : la DGSI, le Service central du renseignement territorial (SCRT), la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire, le renseignement militaire, la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris… Autant de services qui se paralysent entre eux. Ce n’est pas en rajoutant une NSA à la française, comme le dénonce Le Monde daté du dimanche 12 avril en révélant l’importance prise par la PNCD, la Plateforme Nationale de Cryptage et de Décryptement, que l’on rendra plus efficace l’action de services sans coordination véritable.

Je récuse cette course à l’échalote sécuritaire qui pourrait, à terme, mettre en cause nos libertés fondamentales en instituant la gouvernance de la peur. Cette dérive antidémocratique est constitutive d’un imaginaire autoritaire, identitaire et sécuritaire. C’est ce que souhaitent les terroristes. Contre eux, notre meilleure arme reste l’État de droit. Si celui-ci démissionne, ils l’emporteront. Car ils cherchent justement à démonétiser, à délégitimer, à déstabiliser la démocratie, par la surenchère de la peur. Face à ceux qui veulent détruire les libertés, nous devons, au contraire, les affirmer et les sauvegarder.

Ce projet de loi est une fuite en avant sécuritaire, fondée sur la surveillance de masse, généralisée et indifférenciée. La société civile ne s’y est pas trompée. Rarement un projet liberticide aura connu un tel front d’oppositions : presse, justice, opérateurs internet, organisations des droits de l’homme, CNIL et Commission du Numérique, une levée en masse contre la raison d’Etat s’organise. L’esprit du 11 janvier, celui de Charlie, s’oppose à cette tentative indigne de l’instrumentaliser. Entre Big Brother et Daesh, il y a une troisième voie, celle de la vigilance démocratique et citoyenne et de l’Etat de droit.

 

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 17:03

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Artisanat

« Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

par

 

 

 

 

Daniel Testard est un boulanger atypique. Il ne travaille que deux jours par semaine pour pouvoir s’occuper de son jardin, pratiquer le chant et la musique, écrire et s’exercer à la méditation. Il ne vend pas lui-même son pain : il fait confiance à ses clients qui paient directement leurs achats, dans une corbeille. Il récupère l’eau de pluie, qu’il filtre et incorpore aux farines de blé anciens, biologiques, qu’il se procure illégalement. « J’ai toujours résisté à l’idée que soit on augmente son chiffre d’affaires, soit on disparaît. » Une pratique construite depuis 30 ans, à Quily, dans le Morbihan, qui vise à bâtir une vie harmonieuse où le travail n’aliène pas mais rend libre.

Un petit livret à la couverture orange, une impression ancienne, un objet que l’on a envie de garder précieusement. Il l’a écrit il y a quelques années, après avoir réinventé son métier. Parce que la formule vaut le coup d’être dupliquée, il voulait la partager... Avec son idée, il est possible de retrouver des commerces dans les villages, de la vie dans les campagnes. Des artisans qui sont heureux et qui ne manquent de rien.

À la base, il y a beaucoup d’envies : être proche de sa famille, produire sa nourriture, avoir du temps pour soi, écrire, avoir deux mois de congé l’été pour partir. La solution, il l’a inventée à partir de ces idées-là. Et au final, cela correspondait bien à son métier passion, à son métier d’origine, la boulange. Deux jours de pain dans la semaine, parce qu’il aime faire naître la vie dans la pâte, il aime son monastère panaire, ermite dans la nuit à converser avec les étoiles. Il participe ainsi à la vie du pays dans lequel il vit, 700 pains pour nourrir 150 familles, peut-être 300 à 500 consommateurs.

 

 

Et comme il ne pouvait pas vendre son pain en même temps qu’il le faisait, Daniel a choisi de ne pas le vendre lui-même. Il a ouvert son fournil à ses clients, qui viennent chercher leur pain quand ils le souhaitent et qui payent directement dans la caisse. « L’avantage du système, c’est que personne n’est prisonnier de l’autre. Les gens peuvent venir quand ils veulent, même la nuit, même le lendemain, et moi, je peux être là ou pas là. » Comme il faut autant de temps pour vendre son pain qu’il n’en faut pour le fabriquer, il gagne ainsi deux jours par semaine de liberté.

Et cela dure depuis 30 ans...

Pour voir la suite du reportage (photos, sons, vidéos).


Reportage réalisé par le site SideWays, web-série documentaire présentant des initiatives solidaires, positives et originales, qui sont « des idées pionnières ou bien des remèdes au système actuel, dans lequel de moins en moins de personnes se retrouvent », expliquent les initiateurs du projet, Hélène Legay et Benoit Cassegrain de l’association Contre-courant. Chaque épisode se décline sous un même format : une vidéo de 5 min, un article multimédia et un espace de discussion avec les protagonistes et les auteurs.

Pour en savoir plus : le site de SideWays.

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 16:54

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Assurance chômage

Comment les chômeurs les plus vulnérables ont sombré dans la pauvreté à cause des « droits rechargeables »

 

par , Morgane Remy

 

 

  

Une allocation chômage de 9 euros par jour après avoir travaillé à plein temps au Smic… Cette situation ubuesque est loin d’être isolée et concerne des dizaines de milliers de demandeurs d’emploi. Elle est le résultat de l’entrée en vigueur des « droits rechargeables » : ils devaient permettre aux chômeurs les plus précaires, naviguant entre CDD et intérim, de bénéficier de l’ensemble des droits ouverts par leur carrière professionnelle. Ils se sont transformés en calvaire. Enquête.

Depuis le 1er avril dernier, un choix cornélien, digne d’une mauvaise plaisanterie, s’offre à certains demandeurs d’emploi : ils ont la possibilité de renoncer à de nouveaux droits leur procurant pourtant une durée d’indemnités chômage plus longue. Il est même très probable que beaucoup adoptent cette solution. Ce « droit d’option » pourrait leur permettre de retrouver une allocation chômage décente, proportionnelle à leur dernier salaire.

Tout avait pourtant commencé par un véritable progrès. Dans son article 10, la loi de sécurisation de l’emploi votée en 2013 prévoyait la mise en œuvre de « droits rechargeables ». Leur principe était simple : plus une personne travaillait, plus elle accumulait de droits à l’assurance-chômage. Ainsi, un demandeur d’emploi qui acceptait un poste sur un temps court ne perdait pas ses droits précédents, et pouvait y recourir plus tard. L’objectif affiché était de sécuriser les chômeurs aux parcours complexes, composés de CDD et de missions d’intérim : les droits rechargeables les autorisaient à travailler pendant de courtes périodes sans craindre de perdre leurs anciennes allocations.

 

« L’assistante sociale est dépitée pour moi »

Ces « droits rechargeables » auraient clairement pu être classés dans la catégorie des avancées sociales… du moins jusqu’à leur application. Les nouveaux chômeurs se voient dorénavant attribuer leurs allocations chronologiquement. Le droit correspondant à la période de travail la plus ancienne est alloué en premier. Si vous avez commencé par un mi-temps pour ensuite travailler à plein temps, avant de vous retrouver au chômage, vous percevrez une allocation correspondant au temps partiel initial, donc bien inférieure. « Le problème ne vient pas des droits rechargeables mais du non épuisement des droits », explique Pierre-Edouard Magnan, délégué fédéral du Mouvement national des chômeurs et des précaires (MNCP). Lorsqu’ils disposent d’un droit à allocations, les chômeurs sont contraints de le consommer jusqu’au bout… même quand il s’agit d’une allocation de 500 euros pendant plus d’un an, alors que l’indemnité suivante se chiffre à 900 euros.

Telle est la situation de Caroline, 25 ans, au chômage depuis le 2 décembre : « Je travaillais comme coordinatrice d’animation, à temps plein. J’avais un salaire et l’appartement qui va avec. Les droits de 500 euros correspondent à de petits boulots que j’avais réalisés avant. Aujourd’hui, je ne peux juste plus assumer mon loyer : j’ai deux mois d’impayés. » La jeune femme a fait appel à une assistante sociale, et, dans l’attente d’un nouvel emploi, espère compter sur le fonds social pour les jeunes. « La situation n’est pas prévue… L’assistante sociale est dépitée pour moi », soupire Caroline. L’Unédic avait pourtant bien conscience de ces situations. Dans son « dossier de référence de l’assurance chômage », l’institution reconnaît que le montant de l’ancien droit est le plus souvent inférieur au nouveau [1].

 

Le vice caché des droits rechargeables

Malgré l’intention initiale du rechargement des droits – sécuriser les chômeurs les plus vulnérables –, leur « non épuisement » est venu se nicher tel un ver dans la pomme. Ce vice caché ne doit rien au hasard. En mars 2014, l’Unédic doit intégrer dans sa convention sur l’assurance-chômage des « droits rechargeables », prévus dans la loi de sécurisation de l’emploi de 2013. Une marge de manœuvre est alors laissée à cette association privée, en charge de la gestion de l’assurance-chômage. Elle doit choisir comment mettre en œuvre les droits rechargeables et inscrire leurs modalités d’application dans sa convention 2015-2016. Autour de la table se trouvent alors les membres décideurs de l’Unédic, que sont les syndicats de salariés et du patronat.

La majorité de ces derniers – Force Ouvrière, la Confédération française démocratique du travail (CFDT), la Confédération français des travailleurs chrétiens (CFTC), le Mouvement des entreprises de France (Medef) et la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME) – votent la convention et les droits rechargeables non épuisables et chronologiques. « Nous aurions aimé que le droit le plus fort soit donné en premier, mais cela n’a pas été possible », témoigne Chantal Richard, secrétaire confédérale en charge de l’insertion, de la pauvreté et du chômage au sein de la CFDT.

D’où vient donc cette impossibilité ? Pour trouver la réponse, c’est dans les comptes de l’Unédic qu’il faut aller chercher. L’endettement net prévu fin 2015 atteindra pas moins de… 24,9 milliards d’euros ! Celui-ci étant consolidée au sein de la dette souveraine de la France, elle est soumise à la rigueur budgétaire imposée par Bruxelles. Dans ce cadre, l’institution a annoncé 825 millions d’euros d’économies nettes en 2015 et 775 millions d’euros en 2016 [2]. Or, selon un document que nous nous sommes procuré sur « l’impact global » du rechargement des droits, la mesure coûterait 40 millions d’euros en 2015, 150 millions d’euros en 2016 et 380 millions d’euros en année de croisière, dans l’optique ou les chômeurs iraient tous jusqu’au bout de leurs droits. L’équation budgétaire semble alors difficile à résoudre en ces temps d’austérité. Économiser de l’argent tout en mettant en place de coûteux droits rechargeables ? Mais comment donc ?

 

Epidémie de mauvaises surprises

En les faisant rentrer au forceps dans le budget. Entre les trois scénarii « droits rechargeables » présentés par l’Unédic [3], les droits chronologiques non épuisables s’avéraient être la solution la plus économique. Payer le reliquat des anciens droits avant les plus récents évite de payer les allocations les plus importantes d’abord… que les chômeurs ne percevront peut-être jamais s’ils retrouvent rapidement un emploi. « Nous nous opposions notamment au caractère non-épuisable de ces droits rechargeables et nous avons été sortis des négociations », explique Denis Gravouil, secrétaire général, responsable de la fédération des intermittents du spectacle de la Confédération général du travailleur (CGT).

Consciente de la potentialité du problème, l’Unédic étudie et chiffre les conséquences sociales de la mise en œuvre des droits non épuisables. Un document de juin 2014 établit ainsi que 500 000 chômeurs recevraient moins d’allocation le temps d’épuiser le reliquat. Malgré cela, peu de syndicats s’attendaient à un problème d’une telle ampleur. Exception faite de la CGT chômeurs du Morbihan. Auto-baptisée CGT chômeurs rebelles du Morbihan, elle alerte dès juillet 2014 sur le risque social que les droits non épuisables peuvent faire reposer sur certains chômeurs qui, comme Caroline, se retrouveront face à une situation inextricable. Mais c’est à partir du 1er octobre, date d’entrée en vigueur du nouveau dispositif, que se déclare l’épidémie de mauvaises surprises et de consternations. Déjà sur le pied de guerre, les rebelles du Morbihan lancent un appel à la mobilisation, suivis de la CGT chômeurs d’Indre et Loire. Plusieurs centaines de personnes victimes des droits non épuisables font alors appel à eux.

 

9 euros d’allocations chômage par jour…

Partout en France, le désarroi s’exprime dans les agences Pôle emploi ou au 39 49, numéro unique de l’institution. Les témoignages grêlent. Paul reçoit ainsi une allocation tellement faible, qu’elle est inférieure aux minima sociaux. Après avoir gagné 1 400 euros par mois lors de son dernier CDD, ce chauffeur routier de 47 ans se retrouve avec…. 260 euros d’indemnisation. Soit 9 euros par jour ! « Heureusement, j’ai pu retrouver un poste, mais je ne pouvais pas compter sur l’allocation chômage pour vivre », témoigne-t-il. Le principe même de l’assurance chômage, qui doit garantir une aide solidaire proportionnelle au revenu perdu, semble remis en cause. Certains cas sont encore plus lourds, avec quelques euros seulement de revenus par jour. « Pour comprendre la détresse de certaines personnes, il faut réaliser que les allocations peuvent être durablement inférieures aux minima sociaux et n’ouvrent le droit à aucune aide complémentaire, comme des transports à prix réduits par exemple », note Rose-Marie Pechallat qui anime le forum Recours-radiation.

Face à ces infortunes, les conseillers Pôle emploi ne disposent que peu de moyen pour intervenir, leur empathie n’ayant alors d’égale que leur impuissance. « Même si ma conseillère Pôle emploi est très sympathique, elle est désarmée. Elle m’a même dit : “ C’est n’importe quoi ce système et vous en faites les frais ” », témoigne Max, trentenaire lyonnais et ancien professeur vacataire de l’éducation nationale. Il touchait un salaire compris entre 1200 et 1500 euros par mois. Quand il s’inscrit à Pôle emploi, il réalise qu’il touchera son reliquat des droits rechargeable et ne percevra que 800 euros d’allocation.

 

Endettée auprès de Pôle emploi

Judith, quant à elle, a été mal orientée. « Mon conseiller a vraiment essayé de m’aider, témoigne-t-elle. Grâce à lui, j’ai même commencé à toucher l’allocation de solidarité spécifique le temps de passer aux droits rechargeables. » Si l’intention était louable, cette éducatrice spécialisée du Doubs en paie aujourd’hui le prix. « Je n’avais pas vraiment droit à cette allocation, et je m’en suis rendu compte en appelant Pôle emploi, poursuit Judith. C’est par téléphone qu’ils m’ont appris que je leur devais 1 300 euros de trop perçu, et que je ne toucherai plus que 18 euros par jour. » A 34 ans, en création d’entreprise, Judith ignore encore comment elle honorera cette dette. Comme Caroline ou Paul, les chômeurs concernés tentent de faire appel aux syndicats ou aux associations de chômeurs et précaires, comme le MNCP. Ces derniers sollicitent alors le médiateur Pôle emploi, recours légal auquel peuvent aussi s’adresser les particuliers

« Nous avons reçu entre 200 et 300 demandes par mois depuis novembre et près de 800 ont pu aboutir à une solution », souligne Jean-Louis Walter, qui occupe ce rôle d’amortisseur. Face à l’afflux de sollicitations, dès novembre, le médiateur alerte l’Unédic. En janvier, tous les syndicats salariés réalisent l’ampleur de la situation et s’emparent de la question. Ils acceptent tous de négocier un avenant. Mais à ce stade, seule la nécessité de trouver un accord pour corriger le tir fait consensus.

 

« Eteindre la colère des gens »

En mars 2015, les négociations s’ouvrent pour définir les modalités d’un avenant à la convention d’assurance-chômage. Immédiatement, le « droit d’option » est posé sur la table par certains syndicats. Déjà prévu dans le cas de jeunes ayant travaillé en contrat de professionnalisation ou d’alternance, il offre aux chômeurs l’opportunité de renoncer à leurs droits rechargeables non épuisables, afin de toucher directement leurs droits les plus récents. « L’avantage de cette solution, c’est qu’elle éteint instantanément la colère des gens », explique Pierre-Edouard Magnan, le délégué du MNCP.

Elle permet aussi de ne pas remettre en cause structurellement la convention, et possède le mérite d’être moins coûteuse que le lissage des droits proposé par la CFTC, ou que le paiement en premier du droit le plus fort. Malgré tout, il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle. Ainsi, dans les conditions de l’avenant, le coût du droit d’option a été estimé à 193 millions d’euros par l’Unédic pendant les deux premières années. Le 25 mars après-midi, les partenaires se retrouvent pour négocier… et tombent d’accord. L’avenant est prêt le soir même. « L’objectif de l’avenant est de prendre une mesure à coût zéro ou presque », explique Franck Mikula, secrétaire national emploi et formation de la Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres (CFE-CGC). En clair, il est hors de question d’augmenter les cotisations. Au contraire, celles-ci doivent baisser, pour un coût annuel de 20 milliards d’euros, afin, en théorie, de favoriser l’emploi.

 

« Au final, ce sont encore les demandeurs d’emploi qui payent »

Alors, où trouver les 193 millions du droit d’option ? Une autre syndicaliste, Chantal Richard, secrétaire confédérale en charge de l’insertion, de la pauvreté et du chômage de la CFDT, nous répond : « La diminution de l’ARCE (aide à la reprise ou à la création d’entreprise) de 50 à 45 % permet de gagner 129 millions d’euros en deux ans. La fin de l’Aide différentielle de reclassement (ADR), 20 à 30 millions d’euros, et la restriction des allocations pour les personnes démissionnant pendant leur période d’essai, 40 millions. » On additionne : 199 millions d’euros disponibles. « Au final, ce sont encore les demandeurs d’emploi qui payent », analyse Franck Mikula. « On déshabille Pierre pour habiller Paul. Pourtant, ce ne sont pas les chômeurs qui sont responsables de la situation de l’emploi en France. »

Les chômeurs ? Anne a 27 ans et pointe à Pôle emploi. En 2014, elle avait décroché un poste de médiatrice à temps plein en CDD et faisait des heures supplémentaires comme projectionniste. Elle pensait toucher 1000 euros de chômage et s’est retrouvée avec une allocation mensuelle de... 273 euros. Hébergée car elle n’a plus les moyens de payer son appartement, elle avoue ne plus savoir comment s’en sortir. Peut-être en recourant au droit d’option ? Puisqu’elle a travaillé au moins quatre mois, et que son reliquat de droit (273 euros) est inférieur de plus de 30 % à ce qu’elle aurait pu toucher avec l’ancien mode de calcul (soit environ 1000 euros), elle a effectivement le droit « d’opter » à partir du 1er avril. Elle devra en faire la « demande expresse » auprès de Pôle Emploi, qui lui fournira deux calculs : ses anciens droits, et ses droits rechargeables. Elle disposera alors de 21 jours pour se prononcer. Quel que soit son choix, il sera irrévocable.

 

Droit d’option : une « usine à gaz » ?

Un droit d’option également applicable pour celles et ceux qui touchent une allocation de moins de 20 euros par jour, afin d’éviter que certains chômeurs ne se retrouvent avec une allocation inférieure aux minima sociaux. Au total, 119 000 personnes sont concernées. « Ces personnes auront ainsi un droit plus fort, mais moins longtemps », résume Stéphane Lardy, secrétaire confédéral emploi, Unédic et formation professionnelle de FO. Pierre Cavard, directeur des études et analyses de l’Unédic précise : « Tout le monde n’a pas intérêt à recourir au droit d’option, notamment ceux qui craignent de rester longtemps au chômage. »

L’Unédic prévoit d’ailleurs que seules 52% des personnes concernées « optent » et renoncent à leurs droits rechargeables. Dans un document du 19 mars, l’organisme souligne pragmatiquement que « si l’initiative du contact avec Pôle emploi est laissée au demandeur d’emploi, les taux de recours seront certainement inférieurs, ainsi que les conséquences financières qui en découlent ». De fait, l’initiative du contact est effectivement laissée au demandeur d’emploi. En parallèle, certains s’inquiètent du manque de préparation de Pôle Emploi. « Les conseillers vont encore se trouver désarmés ! », souligne Denis Gravouil, le négociateur de la CGT. Frank Mikula de la CFE-CGC partage cette analyse : « L’information du demandeur d’emploi va devenir fondamentale, et leur choix sera cornélien. Pôle Emploi devra informer sans conseiller… Je crains de nouveaux litiges. »

 

« J’ai arrêté de pleurer, je n’ai plus qu’à bosser »

D’autre part, certaines situations ne sont toujours pas résolues, notamment parce que ce droit d’option n’est pas rétroactif. Même s’ils bénéficient maintenant de droits entiers, certains demandeurs d’emploi devront « éponger » tant bien que mal les six mois de reliquats de droits qu’ils viennent de vivre. Ou pire : fin 2014, Ramiro, peintre en bâtiment de 43 ans, décide de lancer sa propre affaire. Pôle Emploi lui explique alors qu’il bénéficie de 20 000 euros d’ARCE, un capital de création d’entreprise. Conforté dans sa démarche, le Tourangeaux négocie une rupture conventionnelle et entame sa demande d’ARCE : « Surprise ! J’ai en fait seulement droit à 3 700 euros de capital ! Cette somme est calculée avec mes droits rechargeables, sur un ancien travail à mi-temps que j’avais fait avant. » Le peintre est dépité. Il explique sobrement : « Je comptais sur cet argent, parce que j’ai dû investir plusieurs dizaines de milliers d’euros pour le matériel de ma société : je suis à découvert et j’ai dû faire des prêts à la consommation. Je peux à peine manger. » Ramiro se résigne. Pour lui, le droit d’option ne sert à rien. « J’ai arrêté de pleurer, je n’ai plus qu’à bosser », témoigne-t-il avec amertume.

Droits rechargeables non épuisables et droit d’option. Le résultat d’une telle équation semble douteux pour Denis Gravouil, qui parle d’« une usine à gaz ». Effectivement, cette nouvelle tuyauterie alambiquée renvoie assez peu l’image d’un « choc de simplification ». Quant aux droits rechargeables, loin de l’avancée sociale à laquelle ils prétendaient, ils évoquent aujourd’hui un sac de nœuds suspect, tant ils ont désormais mauvaise presse. Cette médiatisation et, surtout, la mobilisation collective ont tout de même réussi à faire bouger les lignes.

Eva Thiébaud et Morgane Remy

Photo : CC Unedic

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 16:39

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com

 

« Insecticide mon amour », le film qui atomise les pesticides

Publié le 13/04/2015 à 11h45

 

 

Guillaume Bodin a 28 ans et deux films à son actif : le premier, « La Clef des terroirs » (2011), célébrait la biodynamie et celles et ceux qui la pratiquent. Son deuxième film, « Insecticide mon amour », s’attaque au flan opposé de la montagne en dénonçant, témoignages et documents à l’appui, la dangerosité des pesticides, leur réduction en trompe-l’œil – celle-là même que nous promettent les politiques – et l’usage préventif parfois dévastateur qui en est fait.

Lui-même ouvrier viticole, pris de maux de tête et de saignements de nez réguliers, Guillaume Bodin a choisi de démissionner pour se lancer dans la réalisation et la production de ce film, aujourd’hui disponible à 1 euro en VOD.

Bande-annonce d’« Insecticide mon amour »

 

 

Amour vache

 

 

Guillaume Bodin, dans son film (DR)

 

Au-delà de la référence évidente, Guillaume Bodin explique le titre volontiers provocateur de son film par l’amour vache qu’il porte aux insecticides :

« En faisant cette enquête, je me suis retrouvé à faire un documentaire sur un sujet qui ne m’emballait pas. Mais j’avais besoin, personnellement, de comprendre comment on en était arrivés à une telle situation. Les insecticides sont mes amours, non pas par conviction, mais par obligation. »

En 2013, à cause des pesticides pulvérisés abondamment dans les vignes, notamment à l’occasion des traitements préventifs contre la flavescence dorée (grave maladie de la vigne qui a fait parler d’elle après que le vigneron Emmanuel Giboulot a refusé de traiter préventivement ses vignes et a fini au tribunal), le jeune réalisateur a choisi de quitter son travail d’ouvrier viticole :

« Des vents assez forts ont soufflé durant les trois semaines de traitement. Dès que nous sortions, l’odeur des insecticides était présente constamment et comme je travaillais dans les vignes, j’étais exposé toute la journée à ces produits chimiques. Je suis peut-être hypersensible à ce type de produits, mais je saignais du nez presque tous les jours et j’avais mal à la tête du matin au soir.

Pourtant, la flavescence dorée n’était presque pas présente dans tout le sud du Mâconnais. Les traitements obligatoires avaient lieu préventivement, sans prendre en compte les risques sur la faune et la santé humaine... Je ne souhaitais pas revivre une année comme 2013. J’ai préféré quitter mon travail et enquêter sur la question. »

 

Des résidus de pesticides sur le Mont-Blanc

 

 

L’affiche du film

 

Un an de tournage et cinq mois de montage plus tard, Guillaume Bodin largue ce film de 52 minutes, où témoignages et documents souvent édifiants se succèdent. On y apprend, entre autres :

  • qu’en 1964, on s’inquiétait déjà des résidus de pesticides dans l’alimentation et de leur potentiel effet cancérogène ;
  • qu’on retrouve des résidus de pesticides jusque sur le Mont-Blanc et sur les pôles ;
  • que les nouvelles molécules (néonicotinoïdes en particulier) sont « 5 000 à 10 000 fois plus toxiques », pour les abeilles par exemple, que le bon vieux DDT :

« Ça veut dire, explique un chercheur du CNRS d’Orléans, qu’on met des doses plus faibles à l’hectare, ce qui satisfait les hommes politiques, mais comme ces pesticides sont beaucoup plus toxiques qu’avant, c’est une fausse réduction » ;

  • que ces molécules sont si puissantes que quelques nanogrammes suffisent pour traiter une très grande surface – en volume, l’équivalent d’une pièce de 2 euros de produit permet de traiter l’équivalent de la tour Eiffel – et ces nanogrammes par gramme suffisent à contaminer l’abeille qui passe par là...

Le film, évidemment militant par son angle ou par le choix des intervenants – le prix de la formule revenant à un associatif antipesticides qui parle d’une « lutte antiterroriste appliquée à la nature » –, n’en est pas moins solide et convaincant sur le fond, parfois glaçant. Et en tout cas, « Insecticide mon amour » vaut largement ses 1 euro.

 

 

Source : http://blogs.rue89.nouvelobs.com

 

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 16:23

 

Source : http://blog.mondediplo.net/2015-04-06-Lecons-de-Grece-a-l-usage-d-un-internationalisme

 

 

Leçons de Grèce à l’usage d’un internationalisme imaginaire (et en vue d’un internationalisme réel)

 

lundi 6 avril 2015, par Frédéric Lordon

 

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Le texte qui suit est une version à peine modifiée de l’intervention au débat organisé par le collectif Penser l’émancipation [1] à l’EHESS, le 2 avril, sur le thème « L’Etat, le capital, l’internationalisme. Leçons de Grèce », en présence de Panagiotis Sotiris, dirigeant d’Antarsya.

 

Cher Panagiotis, si tu n’étais pas déjà parfaitement au courant de ce qui se passe dans la vie politique française, tu pourrais, tel un Montesquieu contemporain, rentrer chez toi et écrire de nouvelles Lettres Persanes – ou tout simplement des Lettres Hellènes. Tu y raconterais une étrange contrée, la France, où, pour une large part de la gauche se disant radicale, vouloir sortir de l’euro c’est être un fasciste en puissance, réaffirmer le principe de souveraineté démocratique contre les institutions européennes qui nous en infligent le dernier degré de dépossession, c’est être le fourrier du Front National.

 

Misère du posturalisme

Tu témoignerais ainsi de l’apparition d’un nouveau courant de la gauche radicale, ou de la pensée internationaliste – laquelle, Dieu merci, ne s’y épuise pas – qu’on pourrait nommer le posturalisme. Comme son nom l’indique, le posturalisme a pour unique ressort la recherche des postures – avantageuses il va sans dire, et si possible bon marché, car le posturalisme est aussi régi par un robuste principe d’économie, et cherche la maximisation des bénéfices symboliques par la minimisation de l’effort intellectuel. Il s’ensuit que, de même que l’existentialisme était un humanisme, le posturalisme est un illettrisme – il ne sait pas lire : on peut lui mettre sous le nez autant qu’on veut des textes, des arguments, des mises au point, ça ne passe pas la barrière de la posture. Pour le coup no pasaran ! Mais ce ne sont pas les fascistes qui ne passent pas – avec de pareils opposants, ceux-là ont les meilleures chances de passer, et comme dans du beurre. Non, ce qui ne passe pas, c’est la moindre intelligence dialectique, et le moindre effort d’échapper à une désolante stéréotypie. En tout cas, mon cher Panagiotis, sache-le : tu es un fasciste. Tu veux la restauration de la souveraineté populaire ; constatant son impossibilité dans l’Union européenne, tu veux la sortie de l’euro : tu es un fasciste – je suis bien désolé, mais ici, en ce moment, c’est comme ça.

 

Evidemment, le problème épineux que tu poses à tous ces gens-là [2], c’est que tu n’es pas un fasciste… Tu plaides pour la souveraineté populaire grecque, tu parles de la sortie de l’euro, mais tu n’es pas un fasciste. Je peux maintenant t’avouer la raison un peu honteuse pour laquelle je suis vraiment content d’avoir ce débat ici avec toi : tu vas me servir de bouclier humain. Car il ferait beau voir que les pitres posturalistes viennent te dire à toi, toi qui arrives d’un pays en état de persécution économique, d’un pays humilié et mis en situation de crise humanitaire par notre belle Europe, que parce que tu veux en finir avec cela, parce que tu n’as pas la patience d’attendre qu’un autre euro soit possible, que l’Union européenne devienne progressiste et que les autres peuples européens enfin soulevés entrent dans les institutions bruxelloises, bref parce que tu n’as pas le goût d’attendre l’été à Noël, tu es un fasciste. Vraiment je voudrais les voir ces gens-là, ces professionnels du pharisaïsme, venir te dire en te regardant dans les yeux que vous êtes des fascistes, toi, Kouvelakis, Lapavitsas et tant d’autres.

 

Lire aussi Pierre Rimbert, « Dr Folamour à Athènes », Le Monde diplomatique, avril 2015, en kiosques.Tu mesures ici le degré de dégradation du débat intellectuel à gauche en France où, pour contrer ce torrent de bêtise, et parfois d’ignominie, qui renvoie spontanément au fascisme toute évocation de souveraineté populaire, toute perspective de se soustraire à la construction européenne qui la fait périr, pour contrer tout cela donc, il n’y a plus que le recours à des boucliers humains… Faute que toute argumentation rationnelle soit permise, il ne reste plus que la solution de présenter des personnes. Des personnes dont il est une évidence incontestable qu’elles sont au dessus de tout soupçon. Autant te le dire, je ne me résous à ce procédé que la mort dans l’âme, avec vergogne, et accablement. Mais c’est qu’on ne sait plus quoi faire pour tirer cette partie-là de la gauche de son sommeil dogmatique, lui faire voir enfin ce qu’elle refuse de voir depuis tant d’années, et qu’il devrait maintenant lui être impossible de ne pas voir à la lumière des deux premiers mois de Syriza : non, un autre euro n’est pas possible. Si bien que les termes de l’alternative sont posés avec une rude clarté : ou bien sortir, pour enfin tenter de faire autre chose, prendre le risque d’essayer, car essayer, c’est cela le propre de la souveraineté démocratique ; ou bien continuer de crever à petit feu mais d’une mort en fait porteuse des pires renaissances qui soient : les renaissances fascistes, mais les vraies !, pas celles dont accusent les posturalistes pour mieux mettre en scène leur propre vertu – et c’est peu dire qu’en Grèce ces renaissances-là vous concernent de très près.

 

On se demande alors par quel comble de cécité dogmatique on pourrait vous faire le reproche de tout essayer – oui, unilatéralement, c’est-à-dire nationalement ! – pour vous soustraire à cette perspective mortifère. Et il faut vraiment avoir l’internationalisme sens dessus dessous pour s’acharner à préserver le fétiche d’une monnaie européenne au prix de la mort de toute possibilité de démocratie – on notera au passage cette cruelle ironie qu’une fraction d’un internationalisme se disant de gauche se voue désormais à la cause d’une monnaie… On savait que les passions aveugles pouvaient être au principe d’investissements aberrants, mais tout de même pas à ce point.

 

Les autocensures de Syriza

Ceci étant dit, et maintenant à propos de la situation en Grèce, on hésite à tomber trop rudement sur Tsipras et Varoufakis, dont on se sent spontanément solidaire en face de la brutalité ouverte, et même du désir d’humiliation, qui transpirent de l’Eurogroupe, pour qui le véritable enjeu est de faire un exemple, en faisant mordre la poussière à toute expérience de gauche un peu radicale. Mais enfin il y a des questions politiques que la sympathie ne peut tout de même pas empêcher de poser. Car, si l’on pouvait difficilement rester insensible à l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement vraiment de gauche en Europe depuis… on ne sait même plus dire combien de temps, on pouvait tout aussi bien, et non contradictoirement, dégriser par anticipation les attentes excessives, et avertir, avant même l’élection, de l’échec programmé d’une entreprise de renégociation qui, refusant par principe toute sortie de l’euro, s’est d’emblée privée de tout levier stratégique [3].

 

Il faudrait alors s’interroger longuement sur cette autocensure aberrante, dont on peut d’ailleurs tirer des interprétations, et partant des conclusions, assez différentes.

 

La première considère que la défaite en rase campagne de Tsipras était inscrite dans la trajectoire même de Syriza qui perdait de fait toute latitude politique à partir du moment où elle décidait d’emprunter sagement la voie parlementaire. Car, on le sait, c’est là un jeu dont la grammaire institutionnelle entame d’emblée toute possibilité de rupture véritable. Comment viser le succès électoral, qui plus est en milieu médiatique hostile, sans nécessairement sacrifier en radicalité, et sans devoir repiquer à quelque degré vers le centre – en l’occurrence il s’agissait de ratisser les gros bataillons du Pasok en débandade. Or, comme souvent, soit une trajectoire politique sélectionne les leaders qui lui sont le plus adéquats, soit elle refaçonne ses leaders en cours de route pour produire cette adéquation. En tout cas, en l’état actuel des choses, il semble évident – on serait presque tenté de dire : malheureusement – qu’il n’y avait pas le moindre cynisme manœuvrier dans l’esprit de Tsipras qui, réellement, voulait, et voudrait encore, et le maintien dans l’euro et la fin de l’austérité – c’est-à-dire un cercle carré.

 

Dans cette première interprétation donc, c’est la logique même du parlementarisme qui produit la réduction et l’autocensure – ce que la possible arrivée de Podemos au pouvoir en Espagne à l’automne prochain devrait donner l’occasion de revérifier. Dans ces conditions en tout cas, et presque tautologiquement, toute tentative d’échapper à cette normalisation suppose de contourner l’instance normalisatrice : contre la voie parlementaire donc, la voie insurrectionnelle.

 

La deuxième lecture possible est moins radicale. Elle part de l’idée d’un étagement des ambitions politiques. Le renversement du capitalisme est-il à l’ordre du jour ? Rien de moins certain… En attendant, n’y a-t-il vraiment rien de significatif qui puisse être fait ? Evidemment si. Quand bien même toujours dans le capitalisme, la sortie de l’état de persécution économique, c’est déjà quelque chose ! Or, vu de loin, on ne peut s’empêcher de penser qu’il n’aurait pas fallu grand-chose pour que la trajectoire, même parlementaire, de Syriza soit assez différente. Par exemple : l’argument des sondages indiquant une préférence majoritaire pour le maintien dans l’euro n’est d’aucune valeur politique. Si la loi de Say est inepte en économie, en politique l’offre peut sinon faire complètement la demande, du moins contribuer assez largement à la façonner. En deux ans et demi, Syriza aurait pu engager son capital politique et symbolique pour installer la sortie de l’euro dans le paysage des options disponibles. Et surtout pour en faire une menace de dernier recours, dont la fermeté d’ailleurs aurait contribué, par effet rétrograde, à crédibiliser la position grecque dans toutes les étapes de la montée en tension avec les institutions européennes. Or si l’on en croit les récits qui en ont été faits, la négociation semble avoir vu la partie grecque redouter la sortie de l’euro bien plus que le camp d’en face ! – inutile de dire que, dans ces conditions, l’affaire était pliée avant même d’avoir commencé…

 

Impuissance de l’internationalisme imaginaire

L’est-elle définitivement ? Les trois mois qui nous séparent de la renégociation de juin pourraient-ils faire ce qui n’a pas été fait en deux ans et demi ? Tel est bien l’enjeu stratégique d’une fenêtre historique qui ne se rouvrira pas de sitôt – et ceci à moins qu’un accident financier intermédiaire d’ici juin, dont la probabilité va d’ailleurs croissant chaque jour, ne vienne décider d’une issue dont Tsipras n’aura pas voulu décider lui-même. En tout cas, si la gauche critique européenne, et surtout française, avait deux sous de pertinence, elle prendrait d’abord la mesure de l’abyssale erreur qui aura consisté à rêver pouvoir changer les institutions européennes de l’intérieur. Et puis elle en tirerait quelques leçons élémentaires.

 

Premièrement, ces institutions ne laissent que le choix d’être souffertes, ou détruites, ou quittées – et rien d’autre.

 

Deuxièmement, la tâche des trois mois qui viennent est idéologique : il s’agit de peser sur la courte majorité interne de Syriza pour l’amener à cette idée qu’elle n’évitera la défaite historique, totale, et définitive, qu’en préparant dès maintenant, politiquement et matériellement, la sortie de l’euro, c’est-à-dire la reprise en mains par le pays de son propre destin, en rejetant catégoriquement tout ce qui l’en dépossède.

 

Lire aussi Costas Lapavitsas « Grèce, sortie de crise, sortie de l’euro », Le Monde diplomatique, juin 2012.Et, ce faisant, en devenant un exemple pour tous les autres peuples européens – car c’est cela le commencement de l’internationalisme réel, de l’internationalisme concret. Malheureusement, le jacquattalisme, cette doctrine qui pose que puisque les problèmes sont mondiaux, les solutions doivent l’être également, est un schème mental dont l’emprise s’étend bien au-delà des secteurs néolibéraux où il a d’abord été formé. La social-démocratie molle de l’impôt mondial, par exemple, en est une parfaite représentante. Mais tout autant, et pour le coup le paradoxe est plus cruel, une certaine forme d’internationalisme révolutionnaire qui condamne d’emblée toute tentative dans un seul pays, et préfère attendre l’arme au pied la synchronisation planétaire de toutes les révoltes avant d’envisager quoi que ce soit.

 

Au moins les grands libéraux, qui ont assez souvent l’intelligence du cynisme, doivent-ils bien rire quand ils ont réussi à faire avaler à quelques gogos sociaux-démocrates que pour résoudre les problèmes de la mondialisation, il suffit d’attendre la mondialisation des solutions. Jacques Attali nous annonce ainsi régulièrement l’avènement du gouvernement mondial qui viendra réguler les petits excès de la finance, du libre-échange, etc., un message sans doute plein d’espoir, mais dont l’implicite est tout de même qu’il faut nous faire à l’idée de l’avoir profond encore un moment.

 

Le cas de cet internationalisme révolutionnaire auquel je pense est plus grave : il a lui-même tamponné son propre passeport pour l’impuissance. Car quoique procédant d’intentions diamétralement opposées à celles du jacquattalisme princeps, là aussi il va falloir attendre un moment, si bien que l’un et l’autre, aussi antithétiques soient-ils par ailleurs, ont formellement en commun d’être de longues patiences de la convergence mondiale.

 

En réalité les actions révolutionnaires concrètes se moquent bien de ces présupposés dogmatiques. La plupart du temps, elles naissent sans avoir demandé l’autorisation ni des révolutionnaires professionnels ni des intellectuels internationalistes. Elles naissent localement, c’est-à-dire nationalement, et pour une raison toute simple, et entièrement pratique : sauf aux yeux des activistes polyglottes à plein temps, cette internationale étroite du capital culturel voyageur, le renversement d’un ordre institutionnel demande un intense travail de préparation du terrain et une densité d’interactions politiques – débats, réunions, rencontres, actions – qui, en pratique, ne se rencontrent que dans un cadre local, national – dont la première caractéristique est tout de même d’offrir une communauté linguistique, c’est-à-dire la communauté de débat politique la plus simplement accessible…

 

Pour un internationalisme réel

C’est en général le moment où de pénétrants esprits viennent expliquer que « le national n’étant pas international, la révolution va se trahir à s’enfermer derrière de hauts murs », etc. Il faudrait, par exemple, reprendre l’histoire de la Commune pour faire litière de ce genre d’imbécillités. Et je voudrais pour ce faire m’aider du livre passionnant de Kristin Ross [4], même s’il me semble montrer une Commune reconstruite qui n’est pas exactement la Commune réelle. Car la Commune n’est pas d’abord une insurrection internationaliste. Elle commence même comme un soulèvement en grande partie patriotique-national. Mais le propre de ce processus qu’est la Commune, c’est qu’il va modifier sa nature dans le cours même de son effectuation. En chemin, la Commune liquide la part patriotique de ses commencements pour devenir intégralement une révolution sociale à portée universelle. D’une certaine manière Kristin Ross se fait alors à elle-même sa meilleure objection au travers de son évocation d’Elisée Reclus, dont je crois qu’on pourrait faire un personnage représentatif : à l’origine partisan classique de la République classique, la République républicaine si l’on veut, Elisée Reclus est dégoûté par la trahison des républicains de cette farine et devient un militant de la République universelle — comme un témoignage en personne de la nature évolutive du processus auquel il participe.

 

Mais jusqu’où pouvait-elle aller, en pratique, cette République universelle ? Commencée sur une base nationale, et même locale, mais dépassant le localisme de ses origines, elle attire à elle, de toute l’Europe, des individus qui perçoivent distinctement que « Français » n’est pas la qualité pertinente pour se sentir concerné par ce qui est en train de se passer, et pour avoir envie de s’y joindre activement. Cependant, si la Commune, en son devenir, acquiert l’essence d’une insurrection internationaliste, en pratique elle ne l’est que marginalement au-dedans – et au dehors pas du tout. Elle reste une insurrection dans un seul pays. Elle s’est déclenchée dans un seul pays, et a lutté dans un seul pays – sans attendre ! il est vrai qu’à cette époque, l’internationalisme n’a pas encore pris sa forme et son impuissance dogmatiques.

 

Quelles seraient alors les coordonnées d’un internationalisme bien compris, d’un internationalisme qui serait moins rêvé que réel ? Par exemple celles-ci :

 

1. Tout ce qui vient décentrer les individus de leur particularisme national est bon à prendre. Dans ce « bon à prendre », le meilleur est à trouver dans les luttes d’émancipation anti-capitalistes et dans tout ce qui, oui, les intensifie par le tissage de leurs solidarités internationales.

 

2. Les soulèvements n’en naissent pas moins localement, dans des milieux nationaux, parce que ce sont les plus à mêmes de voir l’activité politique passer ses seuils de densité critique.

 

3. Il n’en est pas moins vrai qu’il n’est de révolution progressiste qu’à visée universelle, donc comme adresse à l’humanité générique, donc internationaliste par destination. Une telle adresse est par soi un appel à tous ceux qui s’y reconnaitront, sans égard pour leur appartenance nationale.

 

4. Mais dans quelle mesure cet appel sera-t-il entendu ? Combien de non-nationaux rejoindront-ils effectivement l’action révolutionnaire là où elle vient de naître ? C’est une question dont la réponse est largement indéterminée a priori. Mais enfin il serait prudent à son propos de ne pas trop se raconter d’histoires…

 

5. A défaut, combien d’autres pays emboîteront ils le pas à celui qui a montré la voie ? On ne sait pas davantage. On sait cependant qu’il y a peu de chance que le mûrissement des conjonctures nationales soit synchronisé.

 

6. Le pays qui s’est engagé en premier ferait-il alors mieux d’attendre la Grande Coordination Internationaliste ? A ce compte-là, il ne se produira jamais rien, nulle part. Heureusement, dans le pays où ça se passe, les gens s’en foutent. En réalité, ils ne se posent même pas la question.

 

Souveraineté et autoposition

Rendu en ce point la question du national et de l’internationalisme vient inévitablement se nouer à celle de la souveraineté. Et là encore au risque des mêmes réflexes sans réflexion, puisque le posturalisme tient beaucoup à établir, comme il se doit, que souveraineté = fascisme. Si c’est une entreprise sans espoir que d’expliquer aux esprits les plus bornés la profonde inanité de ce court-circuit – au regard même des idées qu’ils disent pourtant défendre ! –, la question est d’intérêt suffisamment général pour mériter d’y revenir. Et d’abord en rappelant que, dans son concept pur, la souveraineté n’est pas autre chose qu’un décider en commun. Poser que nous décidons en commun, c’est faire déclaration de notre être souverain, c’est donner une réalisation au principe de souveraineté – on se demande bien d’ailleurs quelle conception alternative de la politique on pourrait opposer à celle-là ; s’il s’en fait connaître une on aimerait vraiment en découvrir les termes…

 

En tout cas il faut partir de cette prémisse pour comprendre que, dans son concept, la question de la souveraineté n’est pas la question nationale – même si, à l’évidence, c’est aujourd’hui l’Etat-nation qui est la forme historique dominante de réalisation du principe.

 

Conceptuellement parlant donc, la question de la souveraineté n’est pas la question nationale, ou alors sous une redéfinition – mais tautologique – de la nation, précisément comme la communauté souveraine. Tautologie très productive en fait puisque elle nous conduit, entre autres, à une redéfinition contributive de la nation. Qu’est-ce que la nation dans ces nouvelles coordonnées ? C’est une collectivité régie, non par un principe d’appartenance substantielle, mais par un principe de participation – de participation à une forme de vie. Dans ces conditions, la souveraineté ne se définit pas par une identité collective pré-existante, mais par la position commune d’objectifs politiques. C’est cette affirmation de principes, qui est en soi affirmation d’une forme de vie, qui fait la communauté autour de soi, c’est-à-dire qui invite tous ceux qui s’y reconnaissent à la rejoindre – et à y contribuer : à y appartenir en y contribuant.

 

Mais il ne faut pas s’y tromper : ceci reconstituera un groupe fini. Et même un groupe fermé ! Fermé à tous ceux qui n’adhèrent pas à cette forme de vie. Un reportage récent sur la communauté Longo Maï [5] ramène une parole très caractéristique, et même hautement symptomatique : « ici, c’est pas pour tout le monde », déclare un membre de la communauté. On pourrait, on devrait même, s’étonner de ce qui ne peut être lu autrement que comme une parole d’exclusion. Mais, d’un certain point de vue, une parole d’exclusion légitime, relativement à l’affirmation de cette forme de vie. Qui se révèle ici, par soi, un principe de clôture, au moins relative.

 

On pourrait considérer également le Chiapas comme très représentatif de cette logique : le Chiapas est une nation. Mais une nation qui a dépassé l’indigénat des origines pour se porter au stade du pour-soi, une nation consciente et conscientisée par la position explicite – c’est-à-dire souveraine – de ses principes politiques, qui, en tant que tels, débordent les anciennes nations, les nations de l’en-soi, simplement consolidées dans et par l’imaginaire substantialiste des origines.

 

Rien de ceci, donc, n’abolit ni la nation, ni l’appartenance, mais en produit un profond remaniement. Un remaniement qui est un progrès en raison, puisqu’il exprime une plus grande conscience, un affranchissement des emprises passionnelles imaginaires, celles des passés mythiques et mythiquement reconstruits, à quoi va venir se substituer un supplément d’auto-position réfléchie. Non pas la nation substance : la nation politique.

 

Si donc on veut bien se donner la peine d’y réfléchir deux secondes, la souveraineté, c’est cela ! Evidemment les situations historiques réelles ne nous donnent jamais à voir les concepts sous leur forme pure – les concepts ne se donnent à voir que sous l’altération de leurs réalisations historiques concrètes. Au demeurant, le paysage de la souveraineté est toujours fragmenté et multiscalaire : il y a de la souveraineté partielle à toutes les échelles, et à des degrés variables. Le cas de la Grèce, sous ce rapport, est typique, et ceci d’autant plus que la destruction de l’Etat social a conduit à une multitude d’initiatives locales d’auto-réorganisation : cantines communes, jardins collectifs, dispensaires autogérés, etc. – la souveraineté, c’est aussi cela.

 

Mais ça n’est pas que cela… et ça ne peut pas l’être. Car il y aura nécessairement une composition de toutes les souverainetés locales et partielles en une totalité souveraine de rang supérieur, qui en l’occurrence s’appelle la Grèce. Sans doute la souveraineté grecque, comme celle de tous les autres pays en fait, reste-t-elle marquée par la forme nationale classique, avec tous ses reliquats d’imaginaire substantialiste. Mais l’épreuve de la crise en a aussi indiscutablement augmenté la teneur d’autoposition politique – le clair rejet de l’austérité européenne, c’est bien une affirmation positive de souveraineté !

 

Non pas la communauté substantielle
mais la nation politique

Décidément la Grèce d’aujourd’hui est un laboratoire. Un laboratoire de pratiques, mais aussi, du point de vue de l’analyse, une sorte de bain photographique, un révélateur qui éclaire les pensées, et surtout les impensés de la gauche radicale. Que nous montre en effet la Grèce – et ceci par-delà même toutes les probabilités d’échec du processus initialement rêvé par Syriza ? Quel spectacle la Grèce nous offre-t-elle qui devrait quand même donner un peu à penser aux militants de l’altereuropéisme et de l’internationalisme imaginaire ?

 

La Grèce nous montre d’abord que l’Union européenne a maintenant acquis la seconde nature d’une entité entièrement et irrémédiablement néolibérale, et qu’on ne lui fera passer cette seconde nature qu’en la faisant passer elle-même de vie à trépas – je redis les termes de l’alternative : la souffrir, la détruire, ou la fuir. En attendant, cette Union européenne, elle, est bien décidée à faire la peau à toute expérience qui la contredirait – terrible leçon de choses tout de même pour tous les naïfs qui rêvaient d’une transformation de l’euro de l’intérieur et par la force de la démocratie.

 

La Grèce nous montre cela, mais elle nous montre surtout autre chose. Elle nous montre un corps politique qui, de son propre mouvement, y va tout seul. Un corps politique, de son propre mouvement : c’est la souveraineté. Qui y va tout seul : en l’occurrence, et contrairement aux apparences, c’est l’internationalisme réel, puisqu’il est évident que ce qui se passe en Grèce a une portée largement extranationale : ce qui se passe en Grèce nous concerne, nous requiert, et devrait nous induire – c’est cela l’internationalisme concret.

 

Si donc la vraie gauche voulait un instant se défaire de ses fétiches intellectuels (dans le meilleur des cas) et de ses postures avantageuses (dans le pire), elle s’interrogerait elle-même sur cette bizarrerie qui l’a conduite à la célébration d’une forme d’internationalisme qui n’existe pas et à la détestation d’une souveraineté qui elle existe – et la concerne très directement : la souveraineté du « décider en commun », constitutive et institutrice d’une forme de vie, dont la définition, proprement politique, ne fait pas acception des nations présentes… et ceci quoique elle naîtra nécessairement des nations présentes, mais, plus encore, quoique elle ne fera pas autre chose que donner une nouvelle forme historique à la nation, non pas la forme de la communauté substantielle, mais la forme de l’autoposition consciente, c’est-à-dire la forme de la nation proprement politique, cette forme qui fraye péniblement ses voies dans l’histoire depuis maintenant deux siècles, la nation de la Convention, la nation de Robespierre si l’on veut, qui, ouverte à tous les vents, n’avait pourtant pas peur de s’appeler « nation », et n’en pas moins été un moment historique de l’émancipation. Encore un effort donc : un autre internationalisme est possible !

 

 

Notes

[1] Mes remerciements vont en particulier à Stella Magliani-Belkacem et Félix Boggio-Ewanjée-Epée pour l’organisation de ce débat. En vidéo ci-dessous :

 

 

[2] Il devrait être inutile de préciser que la controverse de l’internationalisme a en soi toute sa légitimité. C’est à certaines manières de la conduire qu’on pense ici. En toute rigueur, il faudrait citer et dire qui l’on vise. Mais on ne se résout pas à apporter quelque supplément publicitaire à des entreprises posturales qui pratiquent déjà essentiellement le vertuisme publicitaire. Et dont certaines n’attendent des polémiques que les bénéfices publicitaires.

[3] Voir « L’alternative de Syriza : passer sous la table ou la renverser », La Pompe à Phynance, Le Monde Diplomatique, 17 janvier 2015.

[4] Kristin Ross, L’imaginaire de la Commune, La Fabrique, 2015.

[5] Jade Lindgaard, « La ferme des radicaux », Mediapart, 26 février 2015.

 

Source : http://blog.mondediplo.net/2015-04-06-Lecons-de-Grece-a-l-usage-d-un-internationalisme

 

 

 

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 21:05

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Au Québec, les étudiants se révoltent contre l’austérité et les saccages environnementaux

10 avril 2015 / Sébastien Polveche
 


 

 

Trois ans après le « printemps érable » qui avait provoqué la chute du gouvernement libéral de Jean Charest, le Québec connaît depuis plusieurs semaines des mobilisations étudiantes de grande ampleur. Un mouvement qui allie la lutte contre l’austérité à celle contre les saccages environnementaux.

Depuis plusieurs semaines, le Québec connaît à nouveau des mobilisations étudiantes de grande ampleur. Elles interviennent trois ans après le « printemps érable », ce mouvement étudiant contre la hausse des frais d’inscription à l’Université qui avait duré plus de six mois et cristallisé le débat politique de la Belle province.

Au point de provoquer des élections anticipées et la chute du gouvernement libéral de Jean Charest (septembre 2012). Se dirige-t-on vers un nouveau « printemps érable » contre le gouvernement libéral de Philippe Couillard ?

On pourrait juger que oui, tant la référence au « printemps érable » est constante parmi les acteurs de ces mobilisations. Le mouvement a été lancé symboliquement le jour du printemps après un long travail de préparation. Ses formes de mobilisations ressemblent beaucoup à celles du « printemps érable » : une manifestation nationale chaque mois, et tous les jours, des mobilisations multiformes (rassemblements, conférences, manifs de soir, manifs à vélo).

 

En grève contre « l’austérité et l’exploitation des hydrocarbures »

La comparaison s’arrête là, car cette fois-ci, les étudiants contestent la politique du gouvernement dans son ensemble. Aujourd’hui, au Québec, 130 000 étudiants sont en grève contre « l’austérité et l’exploitation des hydrocarbures ». (Voir Printemps 2015, le site de la mobilisation.) Le lien entre les deux sujets pourrait sembler surprenant.

En réalité non. Dans le même temps où le gouvernement libéral multiple les « coupures » de crédits dans l’éducation, la santé ou les services de garderie, il poursuit sa politique extractiviste à grands renforts de moyens publics : exploitation des ressources naturelles avec le Plan Nord et soutien à la construction d’un oléoduc dans la vallée du Saint Laurent…

 

 

La force des étudiants québécois est de chercher à faire converger une multitude de mobilisations préexistantes et de leur donner une cohérence d’ensemble : manifestations contre l’austérité de novembre 2014, mobilisations écologistes contre l’exploitation des gaz de schiste et contre l’oléoduc de TransCanada.

Isolées, ces mouvements ont déjà remporté des victoires, telles que l’obtention d’un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste en février 2014 ou l’abandon de la construction d’un port pétrolier à Cacouna, sur le trajet de l’oléoduc de TransCanada. Unies, elles pourraient compliquer sévèrement la tâche du gouvernement Couillard.

 

Violente répression et climat de haine

Toutefois, si le mouvement étudiant est parvenu à rassembler plus de 75 000 personnes dans les rues de Montréal lors de la manifestation nationale du jeudi 2 avril, des questions se posent quant à sa capacité à poursuivre la lutte.

En effet, le contexte politique est différent de celui du « printemps érable » : à l’époque, le gouvernement libéral de Jean Charest se trouvait confronté à un puissant mouvement étudiant alors qu’il achevait un mandat marqué par de multiples scandales de corruption et de conflits d’intérêts. Le gouvernement Couillard dispose, au contraire, du temps et de la détermination permettant de mener à bien son agenda politique.

En témoignent les propos martiaux du Ministre de l’Education François Blais, appelant les recteurs des universités à exclure deux à trois étudiants par jour. Et surtout la répression policière qui s’abat avec une intensité redoublée sur le mouvement étudiant : arrestations massives lors des manifestations, violences policières systématiques, utilisation également systématique d’armes de contrôle des foules (grenades assourdissantes, grenades lacrymogènes…).

Le tir d’une grenade lacrymogène, quasiment à bout portant dans le visage d’une étudiante de 18 ans, Naomie Trudeau Tremblay, a choqué une partie de l’opinion publique. Des voix s’élèvent pour que cesse la répression politique du mouvement de contestation sociale (voir le communiqué co-signé le 1er avril par la Ligue des Droits et Libertés et par 36 syndicats et associations).

 

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Le tir d’une grenade lacrymogène sur les manifestants

Toutefois, ces protestations sont couvertes par le discours médiatique dominant. Les étudiant font l’objet d’une véritable diabolisation médiatique et sont dépeints comme « des enfants gâtés » qu’il faudrait « corriger ». Certains chroniqueurs jugent que le gouvernement n’en fait pas assez dans la répression et appellent à l’intervention de l’armée. Cette violence verbale déteint sur une partie du corps social : les appels au viol voire au meurtre des étudiant(e)s se multiplient sur les réseaux sociaux.

 

Une conscience en marche...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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