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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 14:46

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Ayrault et Montebourg constatent le désastre politique de Florange

|  Par Paul Moreira

 

 

Comment le FN a-t-il pris pied dans l'un des plus anciens bastions du syndicalisme ouvrier, le pays de l'acier lorrain ? Diffusé lundi 20 avril à 21 heures sur Canal Plus, le documentaire Danse avec le FN donne la parole à ces syndicalistes et ouvriers d'ArcelorMittal qui ont basculé lorsque le projet de nationalisation de Florange a été abandonné. Extrait et entretiens avec Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg.

 

Comment le Front National a-t-il pris pied dans l'un des plus anciens bastions du syndicalisme ouvrier, le pays de l'acier lorrain ? Aux élections départementales, Fabien Engelmann, maire FN de Hayange, n'a pas réussi à gagner le canton mais il frôle tout de même les 40 %. En mars 2014, il avait arraché la mairie de Hayange au parti socialiste avec 34 % des voix. Diffusé lundi 20 avril à 21 heures sur Canal Plus, le documentaire Danse avec le FN (lire la Boîte noire de cet article), donne la parole à ces syndicalistes et ouvriers d'ArcelorMittal qui ont basculé. Le moment pivot : l'abandon du projet de nationalisation par le gouvernement Hollande.

Au départ, il y a ces quelques photos. Dans les images prises en 2012 et 2013 lors du mouvement des sidérurgistes d'ArcelorMittal, on voit une femme blonde, face aux CRS, un gilet rouge sur le dos, le poing levé. D'abord combative puis désespérée, les traits tirés sur fond de fumée noire. Quelques semaines plus tard, autre photo, cette même femme pose sur les affiches électorales du Front national pour les municipales. Elle était deuxième de la liste d'Hayange, aux côtés du futur maire, Fabien Engelmann. Figée, le visage durci et déterminé… Marie da Silva.

 

Marie da Silva, au deuxième plan, derrière le leader CFDT Édouard Martin lors d'une manifestation pour Florange.Marie da Silva, au deuxième plan, derrière le leader CFDT Édouard Martin lors d'une manifestation pour Florange. © (dr)
 
La même Marie da Silva, devenue candidate FN.
La même Marie da Silva, devenue candidate FN.
 

Lionel Buriello, le jeune leader de la CGT, en est alors dépité. « On la connaissait bien, elle venait là, au local syndical, pendant la grève, se souvient-il. Elle a participé à tout le mouvement pour les hauts fourneaux. Elle travaillait à l'extérieur mais son mari était ouvrier sous-traitant à ArcelorMittal. C'étaient des militants syndicaux, des gens de gauche. Quand on m'a montré sa photo sur les tracts du FN, j'ai eu un mouvement de recul : c'est pas possible, c'est pas elle ! Mais ouais, c'était bien elle. »

Lionel Buriello a vu d'autres camarades basculer vers le Front national. Il le découvrait toujours par hasard. Stupéfait : « L'autre choc, ce fut Pascal Olivarez ! Je travaillais dans la même équipe que lui, on gardait les hauts-fourneaux éteints. C'est vrai que c'était usant. Il n'y avait rien à faire. On nourrissait les chats. Pendant deux ans. Deux ans… Un jour, lors d'une visite de Hollande, en 2013, Pascal avait traversé tout le dispositif de sécurité, c'était blindé de flics et il fallait un super badge pour approcher Hollande. Il était là et il parlait aux journalistes. Il leur racontait qu'il en avait marre des hauts-fourneaux éteints, que Hollande n'avait pas tenu sa promesse et qu'il allait voter FN. Il était à la CFDT, Pascal, personne n'a rien compris… »

Qu'est ce qui s'était passé ? Il faut revenir à 2012 pour comprendre le passage décisif au vote d'extrême droite de certains ouvriers de la sidérurgie. Le mouvement est massif dans le pays puisqu'il concerne quasiment un ouvrier sur deux. Mais dans la Lorraine de l'acier, le vote FN ouvrier a ceci de particulier qu'il découle directement des choix politiques du gouvernement socialiste, des dédits, des renoncements, des promesses non tenues. Pour Arnaud Montebourg, ancien ministre du redressement productif, cela ne fait aucun doute : « En politique, la lâcheté a un prix… », dit-il.

Cette histoire, on peut la raconter à travers Marie, Alain et Pascal. Leurs trois trajectoires sont celles de militants et syndicalistes venus de la gauche, confrontés aux choix d'un gouvernement socialiste dans lequel ils avaient investi leurs espoirs. En 2011, Marie da Silva s'engage dans le mouvement ArcelorMittal pour venir en aide à son mari, sous-traitant, dont le job était en danger. « J'ai toujours été syndicaliste, j'ai toujours aidé les autres. Et là, je me suis sentie plus que concernée puisque mon mari ne pouvait pas se permettre de faire grève. C'était ça les sous-traitants. Je me suis dit, si moi, je peux faire quelque chose par ma présence, bah, j'y vais », dit-elle.

Dans les années 1970, le patronat de l'acier a divisé les sidérurgistes en deux catégories. D'un côté, les salariés internes ArcelorMittal, protégés, syndiqués. De l'autre, les précaires, intérimaires et sous-traitants, disponibles à tout moment. Ils sont très nombreux auprès des hauts-fourneaux, exposés aux tâches les plus dures. Premier sentiment d'injustice et d'isolement social. « On fait le plus dur, raconte Alain da Silva. On est exposés à l'amiante et la silice. Arcelor donne ça à des sous-traitants parce que si vous tombez malade, Arcelor, ça dégage sa responsabilité. C'était à votre patron de prendre des mesures. On est les invisibles. Sans nous, la sidérurgie ne peut pas tourner. On est aussi nombreux que les ouvriers qui sont intégrés à ArcelorMittal mais on ne parle jamais de nous. »

 

« Si l'acier meurt, le pays est mort »

En 2012, les ouvriers et les sous-traitants d'ArcelorMittal vont se battre unis pour sauver leurs hauts-fourneaux. Leur patron, l'Indien Lakshmi Mittal, estime qu'ils ne sont plus rentables. Il ne veut garder que la filière froide. Pendant deux ans, il va plonger les hauts-fourneaux de Florange en sommeil. Malgré son virage vers le Front national, Alain da Silva se souvient du combat avec émotion : « On était solidaires, comme au boulot quand il faut se donner un coup de main. Édouard Martin, de la CFDT, il a été formidable. Je sais qu'il y en a qui le critiquent parce qu'il est devenu eurodéputé, mais moi, j'oublie pas. Il s'est battu pour tous les ouvriers, quel que soit leur statut. »

 

Pascal Olivarez.
Pascal Olivarez. © Premières Lignes
 

Pascal Olivarez, fils de sidérurgistes, était à Gandrange au moment de la fermeture. Puis, il a gardé les hauts-fourneaux éteints. Il habite une petite maison ouvrière sur les coteaux de Moyeuvre. Il fume des cigarettes à la chaîne et ne porte que des tee-shirts avec des têtes de mort. Il voit l'avenir d'un œil sombre. « J'étais à Gandrange, Sarkozy a laissé fermer Gandrange. Je suis venu à Florange, Hollande a laissé fermer les hauts-fourneaux, dit-il. Je ne sais pas où je serai dans trois ans. Je ne comprends pas qu'on laisse mourir l'acier comme ça. Pour moi, c'est une force, on a construit la tour Eiffel avec ! Si l'acier meure, le pays est mort. »

Pascal, Alain et Marie avaient mis tous leurs espoirs dans l'élection de François Hollande. Le candidat était venu le 24 février 2012, il était monté sur une camionnette et il s'était engagé. Y compris pour les sous-traitants et les intérimaires. « On s'est dit, s'il passe ce gars-là, on est sauvés », se souvient Marie da Silva. Ils vont tous voter Hollande. « Moi j'avais voté Sarkozy en 2007, je croyais qu'il sauverait Gandrange, explique Pascal Olivarez. Là, j'ai voté Hollande. »

Élu président de la République, François Hollande confie le dossier ArcelorMittal à Arnaud Montebourg, son ministre du redressement productif. Pour forcer Mittal à rallumer les hauts-fourneaux, Montebourg a un plan. Et il l'exprime à l'automne 2012 : la nationalisation temporaire. Chez les sidérurgistes, une lumière s'allume. Marie da Silva : « La nationalisation, oui, ça aurait pu nous sauver. » Pascal Olivarez : « À partir du moment où le mot nationalisation avait été prononcé, je vivais l'œil sur les journaux et j'étais pas le seul. Tous, on était pendus à ce que nous disait Montebourg. C'était symbolique, ça voulait dire que l'État allait enfin protéger les ouvriers… »

Montebourg semblait déterminé et tout puissant. Il était ministre après tout… Comment imaginer qu'il n'ait pas les moyens d'accomplir ce qu'il s'engageait à réaliser ? Le 30 novembre 2012, c'est le choc. À la télévision, le premier ministre Jean-Marc Ayrault annonce qu'il ne nationalisera pas Florange. Ayrault l'ignore mais, en quelques mots, il vient de déclencher la mécanique qui va mener Marie, Alain et Pascal à voter Front national. Pascal Olivarez : « Ça m'a serré le cœur, j'ai pensé, merde, on s'est encore fait avoir. » Marie da Silva : « On s'est sentis abandonnés. J'ai senti un feu bouillonnant qui me disait : pourquoi t'y as cru ? Pourquoi tu t'es laissée avoir comme ça. Y'a donc plus personne d'honnête en politique, personne qui tient sa parole. » Alain : « Je savais à ce moment-là que des tas de gars de ma boîte allaient se retrouver sur le carreau et c'est exactement ce qui s'est passé. »

Marie da Silva ne le cache pas, c'est à ce moment-là qu'elle s'est plongée dans la profession de foi du Front national qu'elle avait gardée dans un tiroir depuis les dernières élections. Dans la tête de Pascal Olivarez s'est installé un doute sur lequel prospère le Front national, l'idée que le pouvoir politique est ligoté. Que les ministres obéissent à des logiques plus fortes qu'eux. « Je me suis dit : en fait, président de la République, c'est devenu un titre honorifique. La décision de tuer la nationalisation et de fermer les hauts-fourneaux avait dû être prise ailleurs. Dans les grands centres financiers internationaux. Le FMI, la Banque centrale européenne. Et peut-être même qu'au-dessus, il y avait les grands trusts capitalistes étrangers. »

L'imagination galope d'autant plus que personne n'est venu expliquer aux ouvriers ce qui s'était passé dans la coulisse. « Je n'en sais rien moi, lâche Pascal... Même Edouard Martin, il le sait pas, sinon il nous l'aurait dit. Pourquoi il nous l'aurait pas dit ? » Aujourd'hui, l'ancien ministre Montebourg évoque cette période avec un fond de colère et une parole affranchie de la solidarité gouvernementale. Il sait à quel point le basculement de certains ouvriers de l'acier est lié à ce moment.

 

Montebourg : « Une énorme faute politique »

« À un moment, il faut faire des choix, nous déclare-t-il. Soit vous choisissez d’avoir des éloges dans le Financial Times, soit vous choisissez les ouvriers qui vous ont élu. Bon, moi, j’avais fait mon choix. Le premier ministre et le président de la République ont fait un choix inverse. Pour moi, c'est une humiliation personnelle et une défaite politique. C’était un abandon en rase campagne. Et le prix payé, c’est la chute de la mairie d’Hayange dans les mains du Front national. C’est une énorme faute politique, qui a eu pour conséquence de désespérer le monde ouvrier. Ils attendaient que l’État soit un protecteur quand le système financier devient fou, ce qui est le cas de l’entreprise Mittal. »

D'après Arnaud Montebourg, « rien ne s'opposait à la nationalisation, ni Bruxelles, ni personne. Deux personnes ont brisé le consensus républicain, le premier ministre et le président de la République. La veille, ils m'ont enlevé le dossier ».
Voir dans la vidéo ci-dessous les entretiens avec Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg :

 

 

Pour Jean-Marc Ayrault, alors premier ministre, la nationalisation était un risque économique qu'il ne pouvait pas courir. « Moi j'ai pris le dossier en cours et j'ai été tout de suite convaincu que l'option nationalisation n'était pas viable, dit-il. Bien sûr, on aurait pu sauver les hauts-fourneaux artificiellement pendant quelques mois. Et après, on aurait fait quoi ? On aurait reculé pour mieux sauter ?… Il fallait investir un milliard d'euros. Mais on n'était pas certain que cet acier serait vendu. Il n'y a jamais eu de promesse du candidat François Hollande pour nationaliser ce site, ou un autre, d'ailleurs. »

Aujourd'hui, Jean-Marc Ayrault déplore l'impact politique dramatique d'une erreur de communication. « On a laissé se créer une illusion et c'est pas bien, ce n'est pas une manière de traiter les gens », assure-t-il. Arnaud Montebourg va plus loin et laisse entendre qu'il a été trahi par le conseiller économique de François Hollande, Emmanuel Macron. « Je me souviens de cette formule d'Emmanuel Macron, insiste-t-il. Il m'a dit : on saute avec toi. J'ai sauté, je n'avais pas de parachute et je me suis fracassé, avec tout les ouvriers d'Arcelor. Voilà ce qui s'est passé. »

Aujourd'hui, la totalité des ouvriers staffés ArcelorMittal ont été recasés dans la filière froide. Mais depuis la fermeture des hauts-fourneaux, les précaires et les sous-traitants se sont retrouvés au chômage par centaines. Combien exactement ? Au gouvernement, personne ne le sait. Ce n'est pas un secret. C'est juste que personne ne les a comptés. Dans l'entreprise où travaille Alain da Silva, c'est l'hécatombe : « Ma boîte est passée de 60 personnes à 16 et elle est en redressement judiciaire. »

Lionel Buriello, de la CGT, évalue à un millier le nombre de sous-traitants sur le carreau. D'après lui, c'est chez eux que le vote FN a été le plus fort. « Ils le savent qu'ils sont les oubliés, dit-il. Alors ils se disent : si on parle jamais de moi, toi président de la République, toi premier ministre, toi gouvernement, toi syndicaliste… eh bien, je vais voter Front national… Peut-être que, eux, ils parleront de moi. Mais c'est vraiment un vote de rage, parce que franchement, dans l'usine, les militants du FN, on ne les voit jamais. »

 

Marie et Alain da Silva.Marie et Alain da Silva. © Premières Lignes
 

Depuis, Alain et Marie da Silva ont quitté le Front national. Après un engagement auprès du maire FN d'Hayange et un contact rapproché avec l'appareil du parti, ils ont fait marche arrière. Choqués par l'autoritarisme et l'islamophobie qu'ils ont rencontrés. En décembre 2014, le maire Fabien Engelmann a été condamné à un an d'inéligibilité dans l'affaire de ses comptes de campagne truqués et a aussitôt fait appel (lire ici). « Nous, on est allés au FN parce qu'on pensait que leur programme économique pourrait aider la sidérurgie, explique Alain da Silva. Ils étaient pour la nationalisation d'ArcelorMittal, aussi pour la remise en cause de la directive européenne sur les travailleurs détachés qui détruisent beaucoup de boulots chez les sous-traitants locaux. Mais ce qu'on a vu à l'intérieur du FN ne nous a pas plu. Pas du tout. On est venus pour un programme économique et on tombe sur des gens qui veulent nous faire peur avec des histoires d'islamistes qui nous coincent dans les rues. Ici, ça n'existe pas. La destruction de l'emploi, ça n'a rien à voir avec les musulmans. »

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 14:33

 

Source : http://www.actu-environnement.com

 

Loi Macron : le retour en force du projet Cigéo

Gestion des risques  |    |  Florence Roussel

 

 

Dans le cadre de l'examen en commission sénatoriale du projet de loi pour la croissance et l'activité (dite loi Macron), le projet Cigéo refait surface. Retiré du projet de loi sur la transition énergétique en juin puis exclu de la version d'origine de la loi Macron, le centre d'enfouissement de déchets nucléaire bénéficie désormais d'un article à la demande des sénateurs de la Meuse et de l'Aube. Gérard Longuet (UMP) et Philippe Adnot (sans étiquettte) ont ouvert le débat en pleine nuit afin de "connaître l'intention du Gouvernement et de laisser une trace".

Les deux parlementaires rappellent que la loi du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs avait fixé une date limite pour autoriser la création d'un centre de gestion durable des déchets nucléaires de haute activité et à vie longue : 2015. "Nous y sommes, et le Gouvernement n'est pas à même de prendre aujourd'hui le décret prévoyant le stockage des déchets nucléaires, car cette mesure doit être précédée, à juste titre et en vertu de la loi précitée, de l'adoption d'un texte législatif définissant la réversibilité".

Les deux parlementaires misent donc sur le projet de loi Macron pour répondre à ces exigences et lancer les réflexions sur la notion de réversibilité qu'il définisse ainsi : "La réversibilité est la capacité, pour les générations successives, à revenir sur des décisions prises lors de la mise en œuvre progressive d'un système de stockage. La réversibilité permet de garantir la possibilité de récupérer des colis de déchets déjà stockés pendant une période donnée et d'adapter l'installation initialement conçue en fonction de choix futurs."

"On ne peut pas dire que l'on met en œuvre une politique responsable sur l'ensemble de la filière si l'on ne pose pas cette question, tout en considérant que cette solution n'est peut-être pas la seule en termes de retraitement : il faut poursuivre la recherche par ailleurs", a répondu le ministre de l'Economie Emmanuel Macron. Confortés par ces propos, les deux sénateurs ont maintenu leur amendement et demandé un scrutin public qui s'est soldé par 200 votes pour et 139 contre, bien que plusieurs sénateurs aient demandé à reporter ce débat à une heure moins tardive (5h du matin) afin de débattre plus longuement sur un sujet "très sensible et très politique" (Nicole Bricq, PS).

Les ONG opposées au projet Cigéo dénoncent un "nouveau tour de passe-passe atomique" : "Le processus démocratique parlementaire a été pris en otage pour trancher dans des conditions inacceptable sur une question fondamentale qui engage notre société toute entière pour des milliers d'années", réagit le Réseau Sortir du nucléaire.

 

 

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 14:23

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Nucléaire : l'EPR, histoire d'un acharnement

|  Par Jade Lindgaard

 

 

Ex-futur joyau de la filière nucléaire française, l’EPR n’a jamais été si proche du crash, après l’alerte de l’autorité de sûreté sur les défauts de sa cuve. Depuis dix ans, industriels et État ont fait de ce réacteur un enjeu irrationnel de grandeur nationale. Chronique d’un aveuglement.
 

Ségolène Royal a beau affirmer que l’EPR « n'est pas condamné », le réacteur nucléaire n’a jamais été si proche du crash après l’alerte lancée le 7 avril par l’autorité de sûreté du nucléaire (ASN) sur des anomalies de fabrication de sa cuve. Des défauts de la composition de l’acier ont été détectés dans certaines zones du couvercle et du fond de la cuve du réacteur en construction à Flamanville. Si bien que leur tenue mécanique n’est pas garantie dans les conditions extrêmes de charge (chaleur, pression, radioactivité…) que leur imposera le fonctionnement de l’EPR, le réacteur le plus puissant du monde, avec 1600 MegaWatts (MWe). Or, la cuve est une pièce très importante pour la sûreté car elle contient le combustible nucléaire, et sert de barrière de confinement de la radioactivité. Selon l’expert Yves Marignac, directeur du bureau d’études Wise-Paris, ces défauts de fabrication sont « susceptibles, par leur taille et leurs caractéristiques, de remettre sérieusement en cause la démonstration de sûreté du réacteur ». Il a publié une note d’analyse détaillée à ce sujet.

 

Le chantier de l'EPR, à Flamanville (Benoît Tessier/Reuters).Le chantier de l'EPR, à Flamanville (Benoît Tessier/Reuters).

EDF et Areva espèrent encore démontrer la conformité des équipements de l’EPR aux critères de sûreté de l’ASN, à qui ils vont soumettre un nouveau programme d’essais. S’ils échouent, le constructeur devra réparer ou remplacer les pièces défectueuses. Des opérations techniquement inédites et probablement très coûteuses. La réparation ou le remplacement des équipements défectueux apparaît « difficilement réalisable et particulièrement coûteux dans le cas du fond de cuve, selon Yves Marignac. C’est bien l’avenir de l’ensemble du projet Flamanville-3 qui est remis en question ». C’est d’autant plus problématique que certaines calottes des cuves des EPR en construction en Chine (Taishan 1 et 2) ont été fabriquées selon un procédé similaire. Des pièces semblables pourraient aussi avoir été produites à l’avance pour le projet de réacteur Hinkley-Point C, que la Grande-Bretagne est en train d’acheter à EDF. En attendant, le chantier de Flamanville se poursuit. Son coût pourrait désormais atteindre 9 milliards d’euros, soit près du triple de son prix initial, estimé à 3,3 milliards en 2007. Au plus tôt, il sera en pleine activité en 2018, soit six ans après sa date prévue de mise en service.  

Pour la filière nucléaire française, c’est un véritable coup de semonce. Car la sûreté affichée du réacteur était son premier atout commercial. Au point qu’Anne Lauvergeon, alors PDG d’Areva, avait déclaré après la catastrophe de Fukushima en 2011 que « s'il y avait des EPR à Fukushima, il n'y aurait pas de fuites possibles dans l'environnement » et que « les caractéristiques d'architecture de l'EPR répondent à un certain nombre de critères de sûreté qui sont au top niveau. Je le constate à chaque fois que je vais sur ce chantier ».

Comment expliquer que la cuve de l’EPR, un des équipements les plus cruciaux pour sa sûreté, présente des défauts de fabrication potentiellement aussi graves ? L’anomalie constatée est une « ségrégation », explique Yves Marignac, c’est-à-dire une concentration accrue de carbone dans l’acier, dans certaines zones des calottes du couvercle et du fond, due à l’élimination « insuffisante lors du forgeage de la partie haute du lingot » d’acier qui a servi à concevoir la cuve. Pour l’expert, « la raison pour laquelle un phénomène aussi bien connu n’a pas été maîtrisé constituera, selon l’ASN, une partie importante de l’instruction à mener ».

Cuve de l'EPR (©ASN)Cuve de l'EPR (©ASN)

Pourquoi ces défauts ont-ils été repérés si tardivement ? La chronologie des décisions prises par le fabricant – Areva – sur son chantier soulève plusieurs questions. D’abord, le couvercle et le fond de cuve de l’EPR de Flamanville semblent avoir été forgés dès 2006, signale Yves Marignac. C’est-à-dire un an avant l’obtention de l’autorisation de création d’un nouveau réacteur, délivrée par un décret en avril 2007. Ensuite, les anomalies rendues publiques par l’ASN ont été mises en évidence lors de tests pratiqués en octobre 2014, transmis à l’autorité deux mois plus tard, en décembre. Or ces évaluations ont été réalisées alors que la cuve avait déjà été insérée à l’intérieur du bâtiment réacteur. Concrètement, les essais de l’automne 2014 ont porté sur un couvercle témoin, fabriqué dans les mêmes conditions que celui qui avait déjà été glissé dans le bâtiment en construction. Il semble extrêmement probable que la cuve de l’EPR présente les mêmes défauts, puisqu’elle a été fabriquée dans les mêmes conditions. Pour sa défense, Areva dénonce la mauvaise qualité des essais (qu'il a lui-même réalisés), évoquant mardi 21 avril dans un communiqué un « dysfonctionnement de la qualité du contrôle qui oblige à réinterpréter des données ou refaire certains essais ».

« Rien n’explique pour l’instant pourquoi le processus industriel est allé jusqu’au positionnement du corps de la cuve dans le puits de la cuve, puis à la poursuite pendant plusieurs mois de la construction des ouvrages de génie civil et de montage des circuits autour de cette cuve, alors même que les essais de qualification n’avaient pas commencé », analyse Yves Marignac. Tout semble s’être déroulé comme si le fabricant avait considéré le résultat des tests comme acquis d’avance. Pour Wise-Paris, « cela questionne à la fois la raison pour laquelle Areva n’a pas repéré ce problème majeur plus tôt dans le processus, et la raison pour laquelle EDF a décidé de procéder au montage alors que cette qualification n’était pas complète ». L’ASN enquête aujourd’hui sur les raisons de ce retard dans les évaluations.
De son côté, Areva doit désormais conduire de nouveaux tests. Ségolène Royal a annoncé que leurs résultats seraient présentés en octobre 2015. L’ASN devra alors en examiner le contenu, ainsi que les justifications apportées par le fabricant.

 

« EPR et crise démocratique »

Bien avant ces péripéties, l’histoire de l’EPR était déjà marquée par les coups de menton de la filière nucléaire et les pressions des dirigeants politiques. Au point que l’historienne Sezin Topçu parle d’« EPR et crise démocratique » dans son fantastique livre sur La France nucléaire. En 2005, le projet de loi d’orientation sur l’énergie prévoyant la construction de l’EPR a été présenté par le gouvernement en juin, et publié au Journal officiel le 14 juillet, avant même l’organisation du débat public, qui s’est tenu, lui, entre octobre 2005 et février 2006. Le choix du site de Flamanville était arrêté dès 2004.

Ce débat public s’est déroulé dans des conditions rocambolesques. Industriels, associations, collectivités et État étaient invités à remplir des cahiers d’acteurs, exprimant leur point de vue sur la pertinence du projet de réacteur. La contribution du Réseau Sortir du nucléaire fut censurée par le président de la commission particulière du débat public, à la demande du gouvernement, car elle dénonçait l’incapacité du réacteur à résister à une chute d’avion. Le Réseau s’appuyait sur un document officiel d’EDF, classé secret défense, révélé dès 2003 par Stéphane Lhomme, alors porte-parole du Réseau, et publié ensuite dans la presse. Le militant fut arrêté à deux reprises, et son ordinateur espionné, comme le révéla Mediapart. En signe de protestation contre la censure, les ONG claquèrent la porte et quittèrent le débat, qui continua malgré tout. « En décidant de maintenir un débat sans finalité concrète (débat dénaturé), y compris après le départ des principaux acteurs critiques du nucléaire (débat vidé), la commission nationale de débat public aura inventé une nouvelle forme de consultation publique : le débat sans débat et sans acteur », analyse Sezin Topçu.

 

©Reuters.
©Reuters.


Dans les cahiers d’acteurs de 2005, la filière nucléaire s’exprime de façon claire, nette et précise : la construction d’un EPR est la condition de la sauvegarde de l’avenir de l’atome. « La technologie des réacteurs est un domaine d’excellence de l’industrie française et européenne, explique par exemple Areva. La construction d’un EPR en France préserve cette avance et nourrit ces talents. Les perspectives à l’exportation en sont confortées, alors que la demande de nouveaux réacteurs se confirme et que l’EPR s’est imposé face à la concurrence russe et américaine en Finlande. »

Pour construire le réacteur en Finlande et le vendre à l’étranger, il faut déjà l’avoir développé en France, plaide le fabricant. Pour le ministère de l’énergie et des matières premières, « l’implantation d’un réacteur EPR à Flamanville répond au souhait exprimé par le Parlement de maintenir l’option nucléaire ouverte. Il permettra de démontrer les performances de la technologie EPR et d’identifier, le cas échéant, les moyens de les optimiser ». La SFEN, lobby de professionnels du nucléaire, est encore plus catégorique : « Sur le plan mondial, la période à venir va voir le développement ou la relance des programmes de construction de centrales nucléaires dans de nombreux pays. Dans ce contexte, la construction d’un EPR sera la "vitrine" de la compétence française dans le domaine des réacteurs de nouvelle génération. »

Ce n’est pas qu’un discours d’affichage. L’industrie de l’atome a, alors, un calendrier précis en tête. À le relire aujourd’hui, il est stupéfiant. Ainsi, Areva explique qu’il faut d’urgence construire l’EPR afin d’être prêt à le développer en série dès 2015, c’est-à-dire cette année ! Le fabricant imagine que l’EPR aura déjà fonctionné plusieurs années. « La France devra commencer à mettre sur le réseau une nouvelle génération de centrales nucléaires au moment où les centrales actuelles les plus anciennes commenceront à atteindre leur limite d’âge, soit en 2020 au plus tard, peut-on lire dans la contribution du groupe. Cela exige que les premières constructions en série soient engagées en 2015 au plus tard. La tête de série devra, à cette date, avoir fonctionné depuis plusieurs années pour bénéficier du nécessaire retour d’expérience. Le lancement effectif du projet EPR tête de série ne peut donc plus être différé. »

Encore plus fou, en comparaison avec la situation actuelle, Areva explique que « les décisions d’investissement prises à partir de 2005 montreront alors tous leurs effets – et à l’inverse, si les décisions sont retardées ou repoussées, c’est vers 2030 que la pénurie énergétique atteindra son point maximum ». Le ministère de l’énergie partage totalement cette vision : « Toutes les options seront ouvertes au moment où la question du renouvellement du parc nucléaire actuel se posera, c'est-à-dire en 2015. C’est en effet aux alentours de cette date qu’il faudra lancer la réalisation des installations de production d’électricité destinées à remplacer les centrales les plus anciennes. » On peut noter qu’à l’époque, personne n’ose évoquer le prolongement de la durée de vie des centrales et leur passage éventuellement à 50 ans, comme EDF le fait aujourd’hui. Pour la Sfen, « si l’on table raisonnablement sur une durée de vie de l’ordre de 40 ans pour nos réacteurs les plus anciens, la période 2017-2025 verra la mise hors service de plusieurs dizaines de réacteurs, représentant plus du tiers de la capacité totale de production d’électricité de la France ! ». Et de conclure à la nécessité de construire une série de nouveaux réacteurs à partir de 2015 car « faute de garantir le renouvellement de ses capacités électronucléaires, la France serait à coup sûr obligée de recourir dans de larges proportions à des combustibles fossiles importés ».  Aucun de ces acteurs majeurs de l'énergie n'accepte l'hypothèse depuis concrétisée d'un plafonnement de la demande d'électricité.

Pour tous, c’est la garantie sine qua non de la compétitivité hexagonale : « Cela renforcera les chances de la France de nouer des partenariats commerciaux sur ce marché concurrentiel et confortera sa position de leader dans un des rares secteurs de haute technologie où elle fait la course en tête. »

Ainsi présenté, le choix de l’EPR ne résulte ni d’arbitrages techniques, ni même d’une décision strictement énergétique : c’est un enjeu de rayonnement national, de grandeur de la France dans le monde. Cette fierté nucléaire a nourri l’obstination à construire un réacteur trop gros, trop puissant, trop complexe, trop cher en ignorant délibérément la critique au fil des ans. 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 21:43

 

Source : https://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com

 

 

Bouilles Hebdo du 20 au 26 avril

Jeudi 23 :  Printemps de Sivens,  le dernier communiqué du collectif en date du jeudi 23 (et le programme demain matin) : Rappel sur l’esprit des rencontres et informations pratiques.
Le voici reproduit  :

 

Bienvenue au Printemps 2 Sivens!

 

Nous sommes nombreuses à avoir souhaité que cet événement ait lieu dans le Tarn, rapidement après l’expulsion de la ZAD du Testet. En effet, après les moments intenses qu’ont pu vivre les sympathisantes de la lutte en février et mars, le besoin est grand de se retrouver dans une ambiance apaisée et apaisante pour faire le point ensemble et partager nos ressentis, nos analyses, nos craintes etc.

 

Face aux intimidations du gouvernement et des milices, il n’est ni le temps de se taire, ni de se cacher. Ils veulent déconsidérer le mouvement et le morceler, il s’agit donc pour toutes celles qui ne veulent ni succomber au fatalisme ni au cynisme de réfléchir ensemble pour mettre en œuvre des pratiques et une culture de lutte communes, respectant la diversité des approches. Cela est plus que nécessaire si l’on veut survivre en tant que mouvement et en tant que force politique et ainsi envisager un avenir pour cette lutte, et d’autres.

L’esprit de ces rencontres – qui ne sont pas un festival – est donc familial et résolument convivial. Nous l’avons en tout cas pensé comme tel: musique acoustique, pas d’électricité, communication par bouche à oreille etc.

 

Quelques points pratiques sont à noter:


– merci par respect pour le lieu qui accueille, de venir sans vos chiens (ni vos loups)!
samedi midi: auberge espagnole, vas cueillir des respounchous (pousses de tamier commun) en forêt et ramène ton claquos’ ! De la nourriture et des boissons sont prévues sur place le samedi soir: merci de prévoir son bol, son Opinel et sa cuillère (plus son économe si vous voulez aider)! Dimanche midi: casse-croûte tiré du sac!

– soyez autonome: lampe frontale, parapluie, matériel de camping etc.
merci de privilégier le covoiturage pour ne pas saturer les parkings
ne pas communiquer le lieu de ces rencontres à grande échelle (Internet…)
– pour les journalistes, merci de venir sans caméra, micro ou appareil photo ou de nous contacter à l’avance
– une ligne Info-ZAD où des militantes seront joignables ce W-E: 06-78-57-37-30


A bientôt!
Camille & Camille
P.S: le programme de ces rencontres sera mis en ligne vendredi 24

 

Lundi 26 :

Beaucoup de monde à la soirée de soutien à Montferrier samedi dernier, merci les ariégeois-es  ! Pour débuter la semaine, le communiqué du collectif concernant le printemps de Sivens (en pdf ici et voir aussi post ci-dessous) :

 

Printemps de Sivens : maintenu, déplacé et redimensionné

 

L’évènement prévu les 25 et 26 avril à Vaour est annulé. Contrairement à ce qui a été annoncé, rien ne se passera à Vaour : ne vous y rendez pas et faites passer le message. Notons cependant que cet évènement n’aura pas manqué d’attirer l’attention héliportée et tatillonne de la gendarmerie et de la préfecture, ainsi que celle des pro-barrages bien entendu.

 

Dans un tel contexte, il apparaît clairement que nous ne pouvons ni accepter de nous taire, ni tomber dans le piège de l’affrontement direct. Nous voulions un temps pour que toutes les personnes qui ont participé à un moment ou à un autre à la lutte contre le barrage de Sivens puissent se retrouver, parler de tout ce qui s’est passé, partager et réfléchir ensemble, dans une ambiance familiale et conviviale. Nous le voulons toujours et c’est ce que nous organisons. Comme le conseil général du Tarn, nous avons décidé de redimensionner notre projet (sans plus de précision), et de le déplacer (sans plus de précision).

 

Dans l’immédiat et avec les informations dont nous disposons, nous ne prévoyons pas de réoccuper la zone au cours de ce week-end. Nous ne comptons rien faire d’autre qu’exercer notre droit à nous rassembler. Mais nous avons déjà constaté que nous ne pouvions pas compter sur l’état républicain pour nous garantir ce droit. Nous allons donc nous le garantir nous-même dans la joie et la bonne humeur. Une équipe travaille à cela. Si vous avez déjà participé de près ou de loin, vous la trouverez facilement pour l’aider. Le lieu de rendez-vous ne sera certainement pas communiqué par internet, mais cela se passera dans le Tarn. Le programme (de samedi 25 à 10h au dimanche 26 à 14h) sera diffusé vendredi 24. Pour les détails, la communication directe de personne à personne sera favorisée, en espérant n’exclure personne. D’autres communiqués suivront sans doute, consultez régulièrement le site tantquilyauradesbouilles.wordpress.com et ne croyez pas trop aux rumeurs !

Le collectif Tant qu’il y aura des Bouilles

 

 

Source : https://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com

 

 

 

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 18:04

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Les multinationales tentent de vampiriser le sommet sur le climat de Paris

21 avril 2015 / Nicolas de La Casinière (Reporterre)
 


 

 

Les sommets mondiaux sont une aubaine pour les multinationales soucieuses de verdir leur image. Le grand marché au greenwashing est ouvert pour la Conférence de Paris, qui pourrait être en partie financée par des firmes comme BMW ou GDF Suez, largement responsables du changement climatique.

La grande conférence de Paris sur le climat sera-t-elle sponsorisée par un constructeur automobile, par une société scandinave d’électricité à 45 % d’option charbon, et par un géant de la moissonneuse batteuse productiviste ? Oui - mais non.

Jeudi 16 avril, Europe 1 annonce que BMW, Vattenfall, Suez Environnement et LVMH seront les parrains de la COP 21, la conférence des Nations unies pour le climat qui se tiendra en décembre au Bourget, près de Paris.

Mais Pierre-Henri Guignard, secrétaire général pour la France de la COP21, dément partiellement l’information, et la radio corrige : seuls Suez Environnement et LVMH sont bel et bien sponsors. On y reviendra. Mais les suites et démentis de cette info de la radio privée sont aussi intéressants que la révélation légèrement à coté de la plaque.

Au départ, il y a une confusion, savamment entretenue par les communicants et les multinationales très intéressées à bien apparaître en ces lieux de serments et professions de foi. Europe 1 a confondu la conférence officielle et le « Sustainable Innovation Forum », sixième édition, les 7 et 8 décembre, soutenue très officiellement par les Nations Unies, et dont le site internet (www.cop21paris.org) arbore un nom de domaine très proche de www.cop21.gouv.fr, celui de la « vraie » COP21, la seule, celle des négociations, 21e édition de la Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21/CMP11), aussi dénommée « Paris 2015 » et qui se tient aux mêmes dates, du 30 novembre au 11 décembre 2015.

 

Recherche sponsor climato compatible, urgent

L’instance gouvernementale qui organise le sommet parisien a donc démenti. Mais le problème reste entier. « Sur le budget annoncé de 187 millions d’euros, pour l’organisation de la COP21 (location et aménagement du lieu, sécurité, communication, etc.), le gouvernement a fixé un objectif de 20 % de financements privés, venant d’entreprises françaises ou étrangères », explique Maxime Combes, membre du conseil scientifique d’Attac, auteur sur son blog d’un billet épinglant les sponsors inavouables.

La vigilance des ONG et la cohérence de ces apports financiers posent problème. L’organisation peine à réunir ces 20 % de sponsors « propres », puisqu’il faut bien, pour éviter les critiques trop acerbes, exclure les grandes entreprises climato-incompatibles, pourtant mobilisables avec l’appui de l’État : Areva, Total, Renault ou autres offriraient des « cibles trop faciles ».

 

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Une BMW exposée à la Conférence de Varsovie en 2013

Le démenti partiel du secrétariat général a donc préservé LVMH et Suez Environnement qui n’est pourtant pas indemne de critiques, « se positionnant sur le traitement des eaux pour l’extraction d’hydrocarbures de schiste et de charbon en Australie, et cautionnant la fuite en avant extractiviste », analyse Maxime Combes, qui s’interroge, puisque la liste des co-financeurs privés de ces 20 % devrait déjà être publique : « Soit il n’y a pas le compte, soit il y a une entreprise qui pose problème... ».

 

Ça roule pour le sponsor platinum

Si les financeurs du sommet officiel doivent montrer patte aussi blanche que possible, le tri est moins sélectif au Forum de l’innovation soutenable. Il suffit de se pencher sur les logos des généreux bienfaiteurs du « Sustainable Innovation Forum » pour mesurer la contradiction entre un rassemblement sur les méfaits de l’industrie sur le climat et son financement par des acteurs économiques contributeurs au gaz à effet de serre.

Le constructeur automobile allemand BMW y figure comme « headline sponsor » ou « platinum sponsor ». Selon le dir-com de BMW France interrogé par Reporterre, Jean-Michel Juchet : « Oui il y a des discussions mais rien n’est encore signé. On verra plus clair à la mi mai. Mais c’est dans la continuité de ce qu’on a déjà fait pour la COP 20, COP 19 et avant : on participe à l’élaboration de tables rondes sur le développement durable, on intervient et on sponsorise ces tables rondes. »

Lobbying et greenwashing en façade, défense de ses intérêts carbonés en coulisse : en juillet 2012, The Guardian relevait que BMW exerçait des pressions sur Bruxelles pour assouplir les normes d’émissions des véhicules à partir de 2020, tout en vantant parallèlement sa « green attitude » et la conscience environnementale de ses modèles.

En octobre 2013, les constructeurs automobiles allemands, et spécialement BMW, ont ainsi obtenu le report d’un vote de l’Union européenne prévoyant de limiter les rejets en CO2 des voitures européennes.

Tout cela en arrosant de 690 000 euros le CDU, le parti d’Angela Merkel qui a soutenu la levée de boucliers des firmes automobiles claironnant pourtant leur engagement plus vert que jamais.

 

Les logos soufflent le froid et le chaud

Parmi les autres sponsors dont le logo apparaît déjà sur le site, des producteurs de froid et de chaud. Pour un sommet sur la dégradation du climat, voilà des financeurs rêvés. Parmi les partenaires institutionnels les plus choquants, figure l’IETA, International Emissions Trading Association, qui gère notamment le marché mondial des émissions carbone.

On y retrouve des représentants des plus grosses firmes pétrolières (Chevron, Shell), minières (Rio Tinto), mais aussi Alstom et GDF Suez – GDF Suez et Shell ont reçu en 2014 le prix Pinocchio du greenwashing (hypocrisie verte). De surcroit, GDF-Suez est membre du lobby pro-gaz de schiste (Centre des hydrocarbures non conventionnels), alors que l’exploitation du gaz de schiste est une source importante de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

L’électricien italien Enel, qui prospecte pétrole et gaz en Grèce, et fait partie des trois plus grosses entreprises d’énergie européennes en terme de profits tirés du gaz et du charbon : 18 milliards d’euros pour Enel en 2011 (23 milliards pour GDF Suez, 36 milliards pour E.ON, selon un rapport de Greenpeace d’octobre 2014), est aussi dans cette bande de financeurs.

 

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GDF Suez lauréat du Prix Pinocchio 2014 décerné par Les Amis de la Terre
 
 

Suite de l'article sur reporterre.net

 

 

Source : http://www.reporterre.net

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 17:56

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Loi sur le renseignement : vers une surveillance généralisée des Français

21 avril 2015 / La Quadrature du Net
 


 

 

L’examen du projet de loi sur le Renseignement a pris fin jeudi 16 avril. Le texte est vivement critiqué pour son caractère dangereux, intrusif, attentatoire aux libertés. La Quadrature du Net appelle les députés à rejeter le projet de loi lors du vote solennel du 5 mai.

Le 5 mai, le texte final du projet de loi relatif au Renseignement sera soumis à l’adoption de l’Assemblée nationale en vote solennel, avant d’être envoyé au Sénat pour une lecture unique, dans le cadre de la procédure d’urgence.

 

Points anti-démocratiques

Alors que de nombreuses questions soulevées lors de la discussion en séance n’ont pas reçu de réponse satisfaisante du gouvernement et du parlement, les principaux points noirs du texte ont été votés :

- légalisation massive des pratiques illégales des services de renseignement, permettant une surveillance large et très intrusive pour la vie privée des citoyens, ainsi que des conservations très longues des données collectées ;

- extension des champs d’action du renseignement intérieur et extérieur, avec des finalités extrêmement vastes et dangereuses pour la démocratie ;

- dispositions permettant la collecte généralisée des données des citoyens sur Internet afin de permettre le tri par algorithmes des comportements « suspects » ;

- mise en place d’un régime de « surveillance internationale » pour les communications « émises ou reçues à l’étranger », qui concernera donc massivement les résidents français tout en contournant les maigres protections prévues pour la surveillance nationale ;

- installation d’une commission de contrôle n’ayant qu’un avis consultatif sur les demandes d’interceptions, celles-ci demeurant dans la main du pouvoir politique (Premier ministre).

 

 

Modifications cosmétiques et opportunistes

Les trop rares députés qui se sont opposés au rapporteur Urvoas et aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense se sont vus opposer des réponses fuyantes ou elliptiques à leurs questionnements pourtant très précis du point de vue technique et juridique...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 17:52

 

Source : https://www.laquadrature.net

 

 

Une surveillance inacceptable des Français bientôt adoptée à l'Assemblée !

 
 

Paris, 17 avril 2015 — L'examen du projet de loi sur le Renseignement a pris fin ce jeudi. Au terme de quatre jours de discussions, très peu d'améliorations ont été faites sur un texte qui recueille un nombre inédit de condamnations sur son caractère dangereux, intrusif, attentatoire aux libertés et dont les dispositifs de contrôles sont totalement insuffisants. La Quadrature du Net appelle les députés à écouter les appels des citoyens et à rejeter ce texte lors du vote solennel du 5 mai.

Le 5 mai, le texte final du projet de loi relatif au Renseignement sera soumis à l'adoption de l'Assemblée nationale en vote solennel, avant d'être envoyé au Sénat pour une lecture unique, dans le cadre de la procédure d'urgence.

Alors que de nombreuses questions soulevées lors de la discussion en séance n'ont pas reçu de réponse satisfaisante du gouvernement et du parlement, les principaux points noirs du texte ont été votés :

  • légalisation massive des pratiques illégales des services de renseignement, permettant une surveillance large et très intrusive pour la vie privée des citoyens, ainsi que des conservations très longues des données collectées
  • extension des champs d'action du renseignement intérieur et extérieur, avec des finalités extrêmement vastes et dangereuses pour la démocratie
  • dispositions permettant la collecte généralisée des données des citoyens sur Internet afin de permettre le tri par algorithmes des comportements « suspects »
  • mise en place d'un régime de « surveillance internationale » pour les communications « émises ou reçu à l'étranger », qui concernera donc massivement les résidents français tout en contournant les maigres protections prévues pour la surveillance nationale.
  • installation d'une commission de contrôle n'ayant qu'un avis consultatif sur les demandes d'interceptions, celles-ci demeurant dans la main du pouvoir politique (Premier ministre).

Les trop rares députés qui se sont opposés au rapporteur Urvoas et aux ministres de l'Intérieur, de la Justice et de la Défense se sont vus opposer des réponses fuyantes ou elliptiques à leurs questionnements pourtant très précis du point de vue technique et juridique.

Le gouvernement, devant les oppositions persistantes à l'intérieur et à l'extérieur du Parlement, a tenté plusieurs fois pendant la semaine de vote de reprendre la main. Il a ainsi étendu le nombre de parlementaires présents dans la future CNCTR, accepté de protéger de la procédure d'urgence les professions protégées, et a reçu des hébergeurs pour ensuite prétendre corriger la rédaction de l'article installant des mouchards sur les réseaux. Ces modifications cosmétiques et opportunistes ne peuvent en aucun cas satisfaire les défenseurs des libertés publiques. L'équilibre général du texte n'est pas modifié, il reste inacceptable pour une démocratie.

« Lors du vote du 5 mai prochain, les députés doivent rejeter ce texte. Le gouvernement les a forcés à examiner au pas de charge une loi censée donner le cadre général des services de renseignement français, et impactant fortement les libertés publiques. Nous invitons les citoyens à contacter un à un leurs députés pendant les deux semaines qui précèdent ce vote solennel afin de les convaincre de voter contre cette loi » déclare Philippe Aigrain, co-fondateur de La Quadrature du Net.

 

 

Source : https://www.laquadrature.net

 

 

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 17:29

 

 

Source : http://www.bastamag.net

Bien commun

Troc de graines : des espaces autogérés pour faire vivre les semences libres

par 21 avril 2015

 

 

 

 

 75 % du marché mondial de semences est contrôlé par dix multinationales. Face à cette mainmise sur le premier maillon de la chaine alimentaire, des citoyens organisent des trocs de graines et de plants partout en France. Dans ces espaces autogérés, les jardiniers amateurs échangent semences et conseils afin de contribuer à préserver la biodiversité cultivée. Une biodiversité libre de tout droit de propriété intellectuelle. Reportage sur un troc de graines, à Pélussin, dans la Loire

« Il y a une fortune sur cette table ! », s’enthousiasme une jeune femme. Plants de persil géant d’Italie, origan, mélisse pour tisanes et sirops, consoude pour de futurs purins... A quelques pas de ces plantes aromatiques et médicinales, d’autres tables regorgent de semences de fleurs et de potagères (fruits et légumes). « Ici, c’est un lieu où l’on troque », explique Marie-Claude Courbon qui accueille cet échange dans la cour de sa maison, près de Pélussin (Loire). « Le principe : échanger des graines et des plants que l’on a en trop dans son jardin. Cela permet de découvrir gratuitement de nouvelles variétés, auxquelles on n’aurait jamais pensé ! »

Sur le modèle des « zones de gratuité » (voir notre article), chacun amène ce qu’il veut et prend ce qu’il souhaite. « On a fait des petites graines, on les met où ? », interroge Christelle, accompagnée de ses deux petites filles. Dans son panier, des graines de courges, de lin et des œillets d’inde. Elle repartira un peu plus tard avec des plants de framboisiers. « Je suis content car j’ai donné quelque chose cette année », lâche un généreux donateur, qui participe pour la deuxième fois. « Le troc de graines, c’est un truc génial, j’adore ça !, renchérit Brigitte. L’échange est formidable. Ces semences et ces plants, ce sont des cadeaux de la nature. Nous sommes juste là pour en refaire cadeau à d’autres. »

 

Réapprendre les savoirs et savoirs-faire

Sur les tables, les graines sont stockés dans toutes sortes de récipients : boites de bonbons « Tic-tac » ou de pellicules photos, bocaux de confitures, enveloppes miniatures faites main... Ici, on recycle, et on échange conseils et idées de bouquins. Des discussions sur les dates de semis, sur la manière dont on peut multiplier ses graines, ou sur les petits soucis rencontrés avec les rongeurs. « Quelqu’un sait quelle plante peut repousser les rats taupiers ? », demande une voix. La réponse fuse à l’autre bout de la cour : « Oui, le tourteau de ricin ». « Attention, c’est toxique pour les chats et les chiens », prévient une dame. « C’est pour cela qu’il faut enterrer le tourteau », entonne un voisin.

 

 

« Les trocs de graines sont des moments précieux pour apprendre les savoirs et savoirs-faire des jardiniers et agriculteurs qui produisaient quasiment tous leurs semences », explique Marie-Claude. Un constat partagé par Raphaëlle, convertie au jardinage depuis peu de temps. « Il faut discuter avec les autres de ses expériences et de ses déconvenues, pour trouver comment l’on veut faire du jardin. Personnellement, je veux un jardin qui vit mais qui ne nécessite pas un entretien important. Alors j’apprends, d’une rencontre à l’autre. »

 

Lutter contre l’effondrement de la biodiversité

Adhérente de la maison des semences de la Loire, lancée en 2012, Marie-Claude veut contribuer à défendre la biodiversité en la cultivant et en l’échangeant. Elle dénonce un cadre législatif qui confisque les droits d’échanger ou de donner des graines et des plantes, pourtant conservées dans les champs et les jardins depuis des centaines d’années (lire notre dossier Main basse sur les semences). « La biodiversité est en train de s’effondrer : les grands semenciers s’intéressent à des variétés issues d’une base génétique de plus en plus étroite. Or, les graines que nous échangeons et ressemons se modifient légèrement d’une année à l’autre, c’est très précieux. Et quelle joie de voir le résultat quand ça marche ! »

 

 

Grâce à ces échanges de graines, qui se multiplient partout dans l’Hexagone, les citoyens évitent d’acheter des semences hybrides non reproductibles vendues par l’agro-industrie. « Il faut se réapproprier la nourriture que l’on mange et le jardin floral pour éviter de se faire bouffer par les grands semenciers », appuie Bernard. Depuis deux ans, cet apiculteur à la retraite collectionne les sauges. « Il existe au moins 800 variétés de sauges et je n’en ai que 40 ! », explique ce passionné, prêt à en donner pour assurer leur reproduction dans de multiples lieux. Trois ans après sa création, la maison de la semence de la Loire a multiplié ses activités : dans les fermes, les jardins, les associations... Ce qui fait la richesse de cette « maison », c’est le réseau qui la fait vivre. « Ici, c’est un tout petit bout de la maison de la semence, se réjouit Marie-Claude, elle est un peu répartie partout ». Et elle ne demande qu’à essaimer.

 

Texte et photos : Sophie Chapelle
@Sophie_Chapelle sur twitter

 


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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 20:59

 

Source : http://www.humanite.fr

 

Gestion de l’eau : des réappropriations en cascade

Marie-Noëlle Bertrand

Mercredi, 15 Avril, 2015
L'Humanité

 

 

Patrick Kovarik/AFP
Menée à l’échelle internationale, une enquête collective tente, pour la première fois, de cartographier les mouvements de remunicipalisations 
de la gestion de l’eau dans le monde. Bilan : 2 cas étaient recensés en 2000… contre 235 en mars 2015.
 

Les vagues se suivent et ne se ressemblent pas. Après le rouleau de la privatisation de la gestion de l’eau qui a déferlé sur le monde voilà grosso modo trente ans, l’onde de la gestion publique serait-elle en train de refl uer sur les villes ? C’est en tous les cas ce que donne à voir un livre-enquête collectif réalisé par cinq organisations internationales, dont l’Observatoire des multinationales et l’Unité de recherche internationale sur les services publics (Psiru). Publié il y a quelques jours, l’ouvrage, Un avenir public pour notre eau : l’expérience mondiale de la remunicipalisation, tombe à pic. Car c’est aussi cette semaine que se tient le 7e Forum mondial de l’eau (FME) organisé par le Conseil mondial de l’eau. Il a démarré ce dimanche en Corée du Sud. Près de 20 000 personnes y sont attendues. Parmi elles, des représentants de collectivités locales, des ministres et des chefs d’État. Mais aussi des industriels et des responsables de multinationales, tous prêts à vendre des solutions clés en main pour favoriser l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Car il en va ainsi depuis une vingtaine d’années : à michemin entre le rendez-vous multilatéral et la foire commerciale, le FME, fermement soutenu par l’OCDE et la Banque mondiale, promeut le partenariat public-privé sous toutes ses formes. 

S’appuyant sur un éventail de solutions technologiques, le modèle privé de l’eau a connu ses riches heures et rencontré un certain succès auprès des acteurs publics. Depuis quinze ans, pourtant, sa cote serait en train de retomber auprès de ceux-là même qui en ont fait l’expérience : c’est en tous les cas ce que met en évidence l’enquête collective « Un avenir public pour notre eau », laquelle prend à contre-pied les messages privato-optimistes qui transpirent du FME.

 

 
 

Un mouvement en pleine accélération

Basé sur des données empiriques collectées un peu partout dans le monde par les organisations qui le signent, le livre dresse ainsi le tableau des retours à la gestion publique depuis 2000. « Avant cette date, des exemples existent mais sont beaucoup plus difficiles à recenser », explique Olivier Petitjean, journaliste à l’Observatoire des multinationales. Le décompte exhaustif n’avait jamais été opéré après non plus. L’enquête, lisible en ligne (mais en anglais) et mise à disposition de tous ceux que cela intéresse (1), est, de fait, la première tentative de cartographier mondialement le mouvement de remunicipalisation opéré dans le secteur de l’eau.

Le bilan (provisoire, le relevé des compteurs a été stoppé en mars dernier) affiche une courbe qui ne peut pas passer inaperçue : de seulement 2 cas en 2000, le nombre de remunicipalisations de la gestion de l’eau est passé à 235 en 2015. Le phénomène, qui touchait 1 million de personnes il y a quinze ans, en concerne aujourd’hui près de 100 millions dans 37 pays (voir notre infographie ci-contre). La tendance, en outre, est en pleine accélération, puisque le nombre de cas a doublé sur la période 2010-2015 par comparaison avec la période 2000-2010, relève encore l’étude.

De quoi parle-t-on précisément ? D’un retour à la gestion publique de l’eau après un passage plus ou moins long par la privatisation sous toutes ses formes – propriété privée des infrastructures, externalisation ou partenariats publics-privés – des services d’eau potable et d’assainissement. « Dans de nombreux cas, explique l’enquête, le retour à la gestion publique s’est imposé comme une réponse aux fausses promesses des opérateurs privés et à leur échec à placer l’intérêt collectif avant le profit. » Beaucoup de villes – et même dans certains cas des régions, voire des pays – ont attendu que les contrats, dont la durée pouvait parfois excéder les vingt ans, arrivent à terme. Après quoi, ils ne les ont tout simplement pas renouvelés. Dans certains cas, un mouvement citoyen ou la justice s’en sont mêlés, obtenant une accélération du processus.

Dans les pays à hauts revenus, l’histoire est globalement la même partout. Celle des États-Unis, pays le plus concerné, après la France, par cette vague de réappropriation de l’eau, résume assez bien le va-et-vient. « Les compagnies privées ont assuré le service de l’eau dans beaucoup de villes jusqu’à la fin du XIXe siècle », écrit ainsi Mary Grant, de l’organisation Food & Water Watch. Jusqu’à ce qu’une épidémie de choléra et des incendies ravageurs inspirent un mouvement de municipalisation de la ressource. Philadelphie, Baltimore, Boston, New York… entre 1880 et 1920, des centaines de villes décideront d’assurer le contrôle public de l’eau. Elles assumeront, surtout, les investissements nécessaires pour en améliorer la fourniture et la qualité des services, et les étendront aux quartiers pauvres, négligés par les opérateurs privés. Au royaume du libéralisme, l’eau restera ainsi sous gestion publique durant des années. De nos jours encore, ce système y reste prédominant.

 

Veolia, Suez et Saur dominent 
le marché mondial

Il n’échappera pas, toutefois, à la vague de privatisations mondiales, singulièrement forte dans les années quatre-vingt-dix. L’Angleterre, l’Allemagne... l’Europe dans son ensemble essuiera de la même manière un courant néolibéral promoteur de solutions techniques, qui pour traiter les eaux usées, qui pour développer les structure d’assainissement, qui pour prendre intégralement en charge la gestion de la ressource, depuis sa production (pour ce que cela a de sens quand il s’agit de l’eau) jusqu’à sa distribution. Ce sera aussi le cas en France, où le processus de délégation de service public et d’externalisation connaîtra un essor important dès les années soixante-dix. Il faut dire que l’Hexagone fait preuve d’une certaine précocité en la matière, qui a vu naître ses premières sociétés privées de l’eau dès la moitié du XIXe siècle. Créés sous Napoléon III, Veolia (ex-Générale des eaux), Suez Environnement (ex-Lyonnaise des eaux) et Saur restent aujourd’hui les leaders des multinationales de l’eau.

Bref. Dans les années quatre-vingt-dix, donc, la privatisation a le vent en poupe, tout autant pour des raisons financières que pratiques. Elle se vendra de la même manière à des pays du Sud en quête de développement et dont les villes se densifient.

Les choses semblent changer passé dix à vingt ans d’expérience du système. Emblématiques, les premiers grands cas de remunicipalisation se font jour à partir des années 2000. Toujours aux États-Unis, le coût, jugé surélevé au regard des services rendus et du budget des villes, arrive en tête des raisons invoquées par les villes pour expliquer ce rétropédalage. En 2008, les villes de Fairfield et Suisun, en Californie, décident, après trois décennies de délégation de leur service de l’eau à United Water, une filiale de Suez Environnement, d’en revenir à un système de gestion publique. « Dès la première année, les coûts, pour le district, ont été réduits de 7 %, permettant d’économiser 1,3 million de dollars », écrit Mary Grant. En 2013, Coeburn, en Virginie, ne renouvelle pas son contrat avec Veolia Water North America, qui dirige tout son département de l’eau depuis 2009. Bilan, en avril 2014 : 28 % de coût en moins.

 

Des contrats 25 %, 30 %, voire 40 % moins chers

Les compagnies privées n’ignorent pas le hiatus, désormais prêtes à revoir leur facture à la baisse. En France, certaines villes ont ainsi pu renégocier leur contrat 25 %, 30 %, voire 40 % moins cher, à l’heure de les renouveler. Reste que le mouvement de la remunicipalisation s’y étend dans les mêmes proportions qu’aux États-Unis. La Sivom Durance Lubéron en 1997, Briançon en 2000 et Grenoble en 2001 restent, encore aujourd’hui, des cas emblématiques d’un mouvement qui grandira tranquillement jusqu’en 2010. Cette date marque une accentuation du virage. Paris, la capitale, s’empare du flambeau de la remunicipalisation, entraînant derrière elle une flopée d’autres villes. « Aujourd’hui, la remunicipalisation rassemble des conseils de toute taille, depuis les petites villes de quelques milliers d’habitants, telles que Neufchâteau ou Varages, aux grandes villes, syndicats ou intercommunalités, tels que Brest Métropole ou Aubagne pays de l’Étoile », relate, toujours au travers de l’enquête, Christophe Lime, président de France Eau publique et député maire de Besançon.

« L’exemple parisien fera boule de neige en Europe et ailleurs », reprend pour sa part Olivier Petitjean. En quête d’infrastructures plus performantes – le privé peine à lâcher les investissements nécessaires, quand il ne les fait pas financer par le public, comme à Buenos Aires –, les collectivités, soutenues, parfois, par des mouvements citoyens, recherchent également plus de contrôle et de transparence.

Poussées par la troïka européenne à privatiser leurs services publics, inclus celui de l’eau, Athènes et Thessalonique, en Grèce, iront ainsi dans le sens inverse. La décision inspirera les élus de Jakarta, en Indonésie, qui saisiront la justice au motif que leurs services de l’eau, privatisés, ne couvrent que 59 % de la capitale. Le 24 mars, la Cour centrale du district a rendu ses conclusions : les contrats de privatisation en cours ont pu être annulés, au motif qu’ils constituent une violation du droit à l’eau des 9,9 millions d’habitants de la métropole. Il s’agit, à ce jour, de la plus importante remunicipalisation au monde.

 
Une conférence climat qui MANQUE D’EAU
 
Un pavillon bleu pour 
la conférence de Paris sur 
le climat (COP21) : c’est ce 
à quoi travaille la fondation France Libertés, active militante du droit à l’eau 
et de la remunicipalisation de sa gestion. « On sent 
un nouvel intérêt des élus pour la gestion publique de l’eau, explique Emmanuel Poilane, directeur de l’organisation. Mais il faut également qu’ils s’engagent à regarder de près comment fonctionne 
le grand cycle de l’eau. » Agriculture, zones humides, forêts : « Pour lutter contre le changement climatique autant que pour 
s’y préparer, il va falloir sacraliser tous les espaces qui sont des captages d’eau saine, poursuit-il. Aujourd’hui, la Californie souffre de cette mauvaise gestion (lire ci-contre). Même chose au Brésil. 
Pour l’heure, l’angle eau n’est pas privilégié dans 
la COP21. Il faut qu’il le devienne. »
 
 
 
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Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 20:51

Source : http://www.humanite.fr

 

Comment on muselle les lanceurs d’alerte au nom du « secret des affaires »

propos recueillis par cyprien boganda cboganda@humadimanche.fr
Jeudi, 16 Avril, 2015
Humanité Dimanche

 

 

DR
 
 
 
Le traité transatlantique désarme les États face aux multinationales. Dans le même temps, un projet de directive européenne s’attaque à tous ceux, salariés, journalistes ou ONG, qui pourraient mettre leur nez dans les secrets de fabrication des entreprises… Entretien avec Mathilde Dupré, chargée de campagne sur la responsabilité des entreprises au sein de CCFD, et opposée à la directive.

HD. La loi Macron prévoyait de sanctifier le secret des affaires, mais la mesure a été retirée devant la polémique suscitée. Pourquoi remontez-vous au front aujourd’hui ?

Mathilde Dupré. Emmanuel Macron a reconnu à l’époque que la méthode de travail n’était pas la bonne, qu’il fallait associer davantage les journalistes et les ONG au projet. Mais il n’a en rien renoncé à l’idée même de protéger le secret des affaires ! La directive sur ce sujet sera soumise au Parlement européen en mai prochain. La rapporteuse de ce texte est une Française, l’eurodéputée (UMP) Constance Le Grip : cela montre bien l’implication de la France dans ce projet. Venons-en au cœur du texte. La définition même du secret des affaires retenue dans la directive pose problème. Une information pourra tomber sous le coup du « secret des affaires » dès lors qu’elle revêtira une valeur commerciale et que son détenteur aura pris des dispositions pour qu’elle ne soit pas rendue publique. Autant dire que les entreprises pourront faire entrer tout et n’importe quoi dans cette catégorie. Avec un texte pareil, aucun des scandales mettant en cause les multinationales n’aurait pu voir le jour…

HD. La directive prévoit pourtant un garde-fou : selon le texte, la protection des secrets d’affaires ne doit pas s’étendre « aux cas où la divulgation d’un secret profite à l’intérêt général dans la mesure où elle sert à révéler une faute ou malversation ».

M. D. Tout dépend donc de ce que le juge considérera comme relevant de l’intérêt général ! De toute façon, cette phrase ne constitue pas un garde-fou sérieux, dans la mesure où les informations rendues publiques par les lanceurs d’alerte ne sont pas toutes considérées comme illégales. Le récent scandale LuxLeaks est un bon exemple. Cette affaire a révélé, à la fin de l’année dernière, comment des centaines de multinationales (dont Coca-Cola, Heinz, ou Pepsi – NDLR) avaient échappé à l’impôt en passant des accords secrets avec le Luxembourg. Or, l’optimisation fiscale n’est pas forcément considérée par la loi comme une « faute » ou une « malversation ». Quoi qu’il en soit, cette directive risque de décourager les lanceurs d’alerte potentiels, qui y regarderont à deux fois avant de dévoiler des informations qui pourraient les conduire devant la justice. Mieux vaudrait définir très précisément ce qui relève du secret des affaires, plutôt que de s’en tenir à une définition bien trop floue.

HD. Établissez-vous un lien entre cette nouvelle directive en faveur des multinationales et le traité transatlantique actuellement en négociation ?

M. D. Évidemment. Tous ces textes s’inscrivent dans une offensive globale menée par les grandes entreprises, qui cherchent à graver dans le marbre de nouveaux « droits » afin de préserver leurs profits, tout en s’affranchissant de tout devoir. Le TAFTA, par le biais des procédures d’arbitrage, vise à permettre aux multinationales de faire condamner les États. La directive protégeant le secret des affaires vise à remettre en cause la capacité d’intervention des citoyens. Dans les deux cas, les responsables politiques font une confiance aveugle aux arguments avancés par les entreprises, qu’ils reprennent parfois à la lettre malgré les risques qu’ils font courir pour la démocratie.

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

 

 

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