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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 15:54

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Santé publique

Intoxication aux pesticides : l’interminable combat des ex-salariés d’un géant français de l’agroalimentaire

 

par

 

 

 

 

Depuis cinq ans, des anciens salariés de la coopérative agricole bretonne Triskalia mènent un combat sans relâche. Travaillant dans le silo d’une filiale, ils ont été intoxiqués par les pesticides épandus sur les céréales dans l’attente que les cours remontent. Ils ont été licenciés et se battent depuis devant les tribunaux pour faire reconnaître leur préjudice et obtenir réparation. Cette affaire met en lumière les difficultés pour les travailleurs de l’agroalimentaire de faire reconnaître les activités à risque et les méfaits des pesticides dans les tâches quotidiennes. Des pesticides qui se transmettent ensuite à toute la chaîne alimentaire.

« Le cours des céréales ayant chuté, la coopérative Eolys avait décidé d’en stocker dans ses silos à grains des dizaines de milliers de tonnes et de couper les systèmes de ventilation pour économiser de l’argent sur l’énergie », raconte Laurent Guillou. un ancien salarié de la coopérative, désormais intégrée dans Nutréa, filiale du géant breton de l’agroalimentaire, Triskalia. Triskalia, ce sont 4800 salariés, plus de deux milliards d’euros de chiffres d’affaires, dont plus de la moitié dans la production et la nutrition animale, et une participation dans des marques comme Socopa (viande), Paysan breton (produits laitiers), Gelagri (avec Bonduelle), Mamie Nova, Prince de Bretagne...

 

Pesticide interdit

Dans les silos de Plouisy (Côtes d’Armor), les céréales n’étant plus ventilées, elles se mettent à fermenter et sont envahies de charançons. Nous sommes alors fin 2009. Pour arrêter leur pourrissement, l’entreprise décide de traiter les stocks de céréales en déversant des milliers de litres de pesticides. Parmi eux, le Nuvan Total, un neurotoxique cancérigène bourré de composants hautement toxiques utilisé pour la conservation des céréales. « Des bidons non utilisés étaient entreposés sur le site depuis une dizaine d’année. Le Nuvan Total est un pesticide interdit à la vente, au stockage et à la distribution depuis 2007. Selon la réglementation, le produit aurait dû être détruit », témoigne Laurent Guillou. L’entreprise utilise un autre pesticide, le Kobiol, pas interdit celui-là, mais à des doses dix fois supérieures aux limites autorisées.

Laurent Guillou et Stéphane Rouxel sont à ce moment employés au déchargement des céréales. En avril 2009 et mai 2010, ils sont victimes d’accidents du travail. Après le déchargement de camions, ils ressentent des brûlures au visage et aux yeux, des problèmes respiratoires ainsi que des maux de têtes. Ils sont atteints de vomissements et de crachats sanguins. À de nombreuses reprises, les salariés sont placés en arrêt maladie. Un médecin diagnostique une intoxication pulmonaire sanguine liée à l’inhalation des deux pesticides (lire notre article à l’époque).

 

Absence d’équipements de protection

Les salariés, qui n’ont pas été prévenus de la dangerosité de ces produits, ne sont pas équipés de vêtements de protection et ne portent pas de masques lors des manipulations qui les exposent aux poussières toxiques. Dès avril 2009, informé de ces évènements, le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT [1]) convoque une réunion extraordinaire et des mesures concrètes visant à protéger les salariés sont arrêtées. Mais c’est sans compter sur l’absence de scrupules d’Eolys, propriétaire du stock de céréales, qui continue selon le même mode opératoire pour spéculer en attendant une hausse des cours. C’est le début d’un combat qui va durer plus de cinq ans.

 

 

Entre février et mai 2010, l’Inspection du travail établit un lien direct entre l’apparition des signes d’intoxication et la livraison des lots de céréales, ainsi que le défaut d’information et de formation des salariés. Autour du site de Plouisy, les membres de l’Office national de forêts constatent que les oiseaux et les rongeurs meurent. Les tonnes de céréales sont ensuite vendues aux agriculteurs et contaminent la chaîne alimentaire animale avant de finir dans l’assiette des consommateurs. Selon les ex-salariés, cette nourriture empoisonnée aura de graves conséquences sur les bêtes : surmortalité, avortement, cas de cannibalisme, baisse de la ponte (Triskalia commercialise environ un milliard d’œufs chaque année en France, les céréales stockées par Nutréa servant à nourrir les poules [2].

Chez les agriculteurs c’est le silence, aucun ne veut témoigner et encore moins porter plainte. On ne s’attaque pas facilement au groupe Nutréa-Triskalia, dont 18 000 agriculteurs sont adhérents, l’un des géants européens de la nourriture animale et de l’agriculture intensive. Outre les nombreuses marques qu’il fournit, le groupe coopératif possède les magasins de jardin et animalerie connus sous les enseignes Magasin Vert, Point Vert et Gamm Vert.

 

Spéculation sur fond de fusion-absorption

Au moment où Laurent Guillou et Stéphane Rouxel sont intoxiqués, le groupe est en pleine restructuration pour former le géant Triskalia. Les activités d’Eolys sont transférées dans la filiale Nutréa [3]. Daniel Riou, délégué syndical central de la CFDT, syndicat majoritaire dans l’entreprise Nutréa, qui compte neuf sites en Bretagne, voit dans l’attitude d’Eolys des pratiques inacceptables. Il estime que les risques professionnels sont aujourd’hui mieux pris en compte : « Au moment des accidents, les CHSCT étaient éclatés, ce qui n’est plus le cas maintenant. Depuis ces évènements, pour être plus efficaces dans nos missions nous avons mis en place un CHSCT unique dans lequel tous les sites sont représentés. Nous avons obtenu entre autres que les fosses de réception et les trémies de chargement vrac soient équipées de systèmes d’aspiration des poussières. Désormais, il existe des fiches d’exposition au poste de travail. C’est une première en nutrition animale. »

Le délégué syndical, qui dans la vie est aussi apiculteur et secrétaire de leur syndicat dans le Morbihan, est très sensible à la question des pesticides : « La France est classée au premier rang européen et au troisième rang mondial pour leur utilisation. Il n’y a pas de quoi pavoiser. Les firmes chimiques ne sont pas disposées à lâcher la pression sur le marché français dont la rentabilité est sure. »

 

Hypersensibilité aux produits chimiques multiples

Les deux salariés contaminés finissent par développer une hypersensibilité aux produits chimiques multiples. La « multiple chemical sensitivity » (MCS) est reconnu en tant qu’affectation invalidante en Allemagne, aux États-Unis et au Canada. Elle est reconnue par l’OMS dans la classification internationale des maladies [4]. En juin 2011, Laurent et Stéphane sont licenciés pour inaptitude à leur poste de travail. Commence alors pour eux une longue bataille judiciaire pour faire reconnaitre leur préjudice et dénoncer l’intoxication dont ils ont été victimes. Depuis le début, ils sont aidés par le syndicat Solidaires de Bretagne.

« L’entreprise reconnait l’accident mais n’en assume pas les conséquences. Elle n’a fait aucun effort pour les reclasser et encore moins pour les indemniser », dénonce Serge Le Quéau de Solidaires. De son côté, la MSA (la sécurité sociale des salariés et exploitants agricoles) a reconnu le caractère professionnel de leurs accidents du travail mais elle refuse obstinément d’admettre les effets invalidant de l’hypersensibilité aux produits chimiques.

Les maux dont souffrent les ex-salariés intoxiqués ont été décrits par l’Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse : « Les premières manifestations consistent en l’apparition d’une intolérance à certaines odeurs, sous la forme de nausées, maux de tête, douleurs nasales et/ou oculaires, avec sécheresse conjonctivale ou à l’inverse, larmoiements déclenchés à chaque fois que le sujet est exposé à un ou plusieurs produits chimiques. » Les victimes se plaignent aussi de ne pas supporter les parfums, les produits de nettoyage, les désinfectants ménagers… En dépit de ces affections, la Mutualité sociale agricole (MSA) essaie par tous les moyens de minimiser leur maladie : « Dans son rapport médical, le médecin de la MSA a noté que j’étais fumeur alors que je ne n’ai jamais fumé de ma vie », s’insurge Laurent Guillou.

 

La faute inexcusable de l’employeur enfin reconnue

Le 11 septembre 2014, les ex-salariés obtiennent une première victoire, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Saint-Brieuc reconnait la faute inexcusable de Nutréa-NA et fixe le taux de majoration de la rente à son maximum (l’entreprise n’a pas fait appel). Le surlendemain, quelques jours avant l’ouverture du Salon international des productions animales de Rennes, le quotidien Ouest-France publie un encart publicitaire vantant les mérites de l’entreprise bretonne : « Proximité, Réactivité, Confiance. Ne laissez rien au hasard, choisissez Nutréa ». Une publicité qui sonne comme une provocation, comparée au parcours du combattant mené depuis 5 ans par les deux ex-salariés pour obtenir justice et réparation.

C’est l’avocat qui a fait condamner Monsanto à Lyon, Maître François Lafforgue, qui se tient aux côtés des ex-salariés. Son cabinet s’est spécialisé dans les actions de groupe ainsi que l’indemnisation des victimes de catastrophes industrielles, sanitaires et environnementales. En 2010, après leur deuxième accident du travail et une nouvelle intoxication, les deux salariés ont porté plainte au pénal pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. « L’enquête a eu lieu en septembre 2012 et, depuis, plus rien. Les victimes ont alors saisi la doyenne des juges du tribunal de grande instance de Saint Brieuc qui, comme le parquet, n’a pas pris position », s’étonne Serge Le Quéau.

 

Marathon judiciaire et minimas sociaux

Fin 2013, les ex-salariés saisissent également le conseil des prud’hommes de Lorient pour licenciement abusif, du fait notamment de l’obligation de sécurité de résultat qui pèse sur l’employeur. L’affaire, qui a été plusieurs fois renvoyée, sera plaidée le 22 mai prochain. Ils ont été rejoints dans leur combat par deux ex-salariés licenciés pour inaptitude en 2013 qui travaillaient comme eux sur le site de Plouisy. Comme leurs anciens collègues, Pascal Brigant et Claude Le Guyader, dénoncent une intoxication aux pesticides. Ils sont également atteints de MCS, mais celle-ci n’ayant pas été reconnue en tant que maladie professionnelle, ils ont obtenu début avril 2015 de la cour d’appel de Rennes qu’une nouvelle expertise médicale (délocalisée à Paris) soit pratiquée. Une nouvelle audience de jugement est prévue le 1er septembre devant la cour d’appel.

Le marathon judiciaire de ces ex-salariés de Nutréa-Triskalia est loin d’être fini. Pendant ce temps aucun d’eux n’a retrouvé de travail. Ils doivent survivre désormais avec les minima sociaux. Un paradoxe pour des salariés qui ont aussi permis de lancer l’alerte sur des pratiques qui ont des conséquences sur l’ensemble de la chaîne que suivent les aliments, jusqu’aux assiettes des consommateurs. Un Comité de soutien composé de dix-sept organisations s’est créé [5] et un peu partout en Bretagne des collectifs locaux voient le jour (Morlaix, Redon, Rennes, Saint-Brieuc). Un livre et un film sont également en préparation (par Eric Guéret, le réalisateur du film documentaire « La mort est dans le pré »).

Fin avril, devant le Club de la Presse de Rennes, René Louail, conseiller régional EELV et chef de file des Verts en Bretagne a annoncé que son parti en lien avec le groupe européen des Verts, allait demander la création d’une « commission d’enquête nationale et européenne » sur Triskalia. Pour cet ancien responsable de la Confédération paysanne, le statut coopératif de l’entreprise et son appartenance au réseau de l’économie sociale et solidaire ne sont pas compatibles avec des pratiques de « voyous ».

François Belloir [6]

Photos : Silos à grains / CC Brent Emery - Intérieur d’un entrepôt de céréales au Danemark / CC Neil Hester

- Retrouvez l’ensemble de nos articles sur le problème des pesticides

Notes

[1Le CHSCT a pour mission de contribuer à la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs ainsi qu’à l’amélioration des conditions de travail.

[2Voir l’audition de M. Dominique Bricard, directeur général de Nutréa, de M. Michel Le Friant, responsable des métiers du grain (Caliance), et de M. Joël Pennaneac’h, coordinateur du pôle sécurité (Triskalia), par la mission parlementaire sur les pesticides en 2012.

[3En 2009, Nutréa, UCA, groupe Unicopa ont été reprises par Coopagri, actionnaire majoritaire. En 2010, Eolys, Coopagri et CAM 56 ont fusionné pour devenir Triskalia.

[4Selon deux organisations indépendantes de recherche sur le cancer, Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (ARTAC), European Cancer and Environment Research Institute (ECERI), « le diagnostic de MCS repose sur l’existence d’épisodes aigus ou subaigus d’inflammation des voies aérodigestives supérieures, manifestés par la survenue de sinusites à répétition, de dysesthésies buccopharyngolaryngées, de brûlures œsophagiennes, et/ou des voies respiratoires avec alors la possibilité de bronchospasmes, qui peuvent alors évoquer une crise d’asthme. »

[5Phyto-Victimes, Générations Futures, SOS-MCS, l’Union syndicale Solidaires, la Confédération Paysanne, Attac, la LDH, Eaux et Rivières de Bretagne, Bretagne Vivante, EELV, Union Démocratique Bretonne, Ensemble, le PG, le NPA, AE2D, Sauvegarde du Trégor, Sauvegarde du Penthièvre.

[6Une version de l’article a initialement été publié par la revue Golias.

 

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 15:35

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Economies d'énergie : le conflit d'intérêts qui menace de tout bloquer

|  Par Jade Lindgaard

 

 

EDF et Engie, ex-GDF-Suez, les plus gros producteurs et fournisseurs d’énergie en France, sont aussi devenus les principaux maîtres d’œuvre des économies de chauffage dans les bâtiments. Peut-on vendre tout et son contraire dans un contrat ? Pour la première fois, des acteurs de la commande publique s'inquiètent des effets de ce double jeu.

 

« Vous fumez ? » La question tombe, impromptue, sur la petite salle qui planche sur les contrats de performance énergétique, à l’étage du palais des congrès de Bordeaux, lors des Assises de l’énergie, en janvier 2015. C’est Pauline Mispoulet, présidente du Gesec, un groupement d’intérêt économique qui réunit des PME spécialisées dans les services énergétiques. Elle poursuit : « Si je vous dis qu’un fabricant de tabac a très envie de vous faire arrêter, qu’est-ce que vous dites ? » Quelques secondes de silence, suivies de sourires et de rires. « Eh bien, dans l’énergie, on a dit que les producteurs étaient vraiment les mieux placés pour vous faire faire des économies d’énergie. Et tout le monde l’a cru. » Pour l’oratrice, c’est un « conflit d’intérêts génétique ».

Un conflit d’intérêts généralisé menace la politique française de lutte contre le changement climatique. Personne n’en discute et beaucoup d’acteurs l’ignorent : EDF et Engie, ex-GDF-Suez, les plus gros producteurs et fournisseurs d’énergie, sont aussi devenus les principaux maîtres d’œuvres des économies d’énergie dans les bâtiments. Or logements, bureaux, hôpitaux et locaux commerciaux constituent le secteur économique le plus énergivore. Ils consomment près de la moitié de toute la demande finale d’énergie du pays et émettent le quart de toutes nos émissions de gaz à effet de serre. C’est notre principal canal de dérèglement du climat.

Depuis 2009, des objectifs très ambitieux ont été votés pour réduire la consommation d’énergie et les rejets de CO2 des bâtiments résidentiels et tertiaires. Mais dans les faits, ils sont souvent contredits par la façon dont ils sont mis en œuvre : contrats d’entretien de chauffage sans objectif d’économie d’énergie, marchés associant la fourniture de chaleur à la maintenance des appareils, appels d’offres parfois attribués sans concurrence, bureaux d’études à la fois juges et parties, opacité généralisée et omerta de règle.
 

Évolution de la consommation d'énergies par secteur en France (SOes, 2014).Évolution de la consommation d'énergies par secteur en France (SOes, 2014).


Janvier 2015. Une fois passés les comptoirs d’hôtesses en uniforme, des nuées de costumes, de tailleurs et de petites valises à roulettes tournent et virevoltent dans les travées du palais des congrès de Bordeaux. Ce sont les 16e Assises de l’énergie des collectivités territoriales, un rendez-vous qui compte car pendant trois jours, les directeurs de services et référents énergie des collectivités locales y retrouvent leurs fournisseurs en électricité, gaz et réseau de chaleur. C’est le moment idéal pour dévoiler un contrat avec une agglomération, une nouvelle offre destinée à la clientèle institutionnelle ou faire visiter un chantier de rénovation thermique. Un pur moment d’activation de réseaux et de lobbying. EDF y dispose d’un stand majestueux. Il n’est pas venu seul : ERDF, sa filiale de distribution, en loue un autre juste en face, équipé d’une micro salle de conférence. RTE, sa filiale transport aussi. Ainsi que Dalkia, sa filiale à 100 %, pour ses activités, en France, de services énergétiques. EDF collectivités sponsorise une conférence sur la précarité énergétique, tandis qu’ERDF soutient le « carrefour des métiers ». Côté gaz, GDF a lui aussi sorti son gros stand, tout comme GRDF, sa filiale de distribution. Le groupe est « partenaire » d’une rencontre sur l’innovation et la transition énergétique.

 

Bruno Léchevin, président de l'Ademe, aux Assises de l'énergie 2015. (DR)
Bruno Léchevin, président de l'Ademe, aux Assises de l'énergie 2015. (DR)
 

À l’entrée, chaque participant reçoit son guide, avec la liste des plénières, ateliers et forums. « T’as pris ton livre de messe ? Y a tous les cantiques », se moque la responsable d’une PME de services énergétiques. La liturgie, c’est la transition énergétique qui donne son nom au cru 2015 des Assises : « Tous concernés, faisons-la ensemble » ! Le mot est sur toutes les lèvres. Il clignote dans le mot de bienvenue du maire, Alain Juppé, dans les piles de rapports déposés chez les exposants, dans les communiqués de presse. Pourtant, qui dit transition vers un système plus écologique, pense réduction de la consommation d’énergie, donc perte de parts de marché pour les fournisseurs de courant électrique et de gaz. Alors pourquoi un tel adoubement ?

La réponse jaillit de l’analyse du marché des services énergétiques. Elle est renversante : EDF et GDF Suez, fournisseurs historiques d’énergie en France, et toujours de très loin les champions nationaux de l’offre, sont à tous les deux les premiers bénéficiaires des marchés de l’efficacité énergétique pour le bâti. Autrement dit, les principaux maîtres d’œuvre de la baisse de la demande. Ils occupent les deux extrémités de la chaîne, en pleine schizophrénie au regard de leurs stratégies commerciales actuelles.

Récente, la notion de services énergétiques désigne les activités conçues pour améliorer l’efficacité énergétique, c’est-à-dire la capacité à consommer le moins possible. Les acteurs sont nombreux, les actions diffuses et souvent couplées à d’autres opérations. Pour le bâtiment, il existe deux grands modes d’intervention : la rénovation des édifices (isolation, combles, fenêtres…), terrain de prédilection des groupes de BTP, et l’amélioration de l’exploitation de leur mode de chauffage. Mais en l’absence d’obligation d’économie d’énergie, chaque bailleur social, chaque collectivité, chaque hôpital organise comme il lui sied son approvisionnement en chaleur. Si bien qu’il est difficile de dresser un tableau synthétique du marché tant les contrats varient, en durée et en objet. Pour y parvenir, il faut recomposer un puzzle aux pièces éparses.  

Selon une étude qu’ont menée des professionnels du secteur sur une centaine d'appels d’offres publics, entre 2012 et 2014, portant sur les marchés de services énergétiques, EDF et Engie, ex GDF-Suez, remportent 78 % des contrats. Ils concernent des collèges, piscines, bâtiments communaux, HLM, maisons de retraite… Même si cette liste n’est pas exhaustive, ils représentent une grosse majorité du marché, et offrent ainsi une bonne indication de sa structure et des effets de la commande publique. Les deux énergéticiens ne se présentent pas en leur nom propre, mais par l’intermédiaire de leurs filiales : Dalkia pour l’électricien, racheté à 100 % pour ses activités en France en 2014 et Cofely, Ineo et Ciec pour le gazier.

 

Jeu trouble

À la suite de l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie, les anciens monopoles publics, EDF et GDF, ont adopté une stratégie de concentration verticale de la filière. Après sa fusion avec Suez en 2008, GDF a regroupé sous l’entité Cofely toute une série de PME spécialisées (Elyo, Ineo, Cofatech, Axima, Seitha, Savelys), racheté des acteurs de renouvelables (Clipsol, Panosol, Compagnie du vent), gobé Energia, spécialisée en services aux particuliers. De son côté, EDF, partenaire historique de toutes les collectivités territoriales, a racheté les activités françaises de Dalkia et repris SIIF Énergies, devenu EDF Énergies Nouvelles.

Parallèlement, agglomération, départements et régions ont sorti des appels d’offre de plus en massifs. En 2009, la région Alsace signe un contrat de performance énergétique de 64,6 millions d’euros pour 14 lycées sur 20 ans. En 2013, la région Midi-Pyrénées ouvre un marché de 200 millions d’euros pour les lycées sur dix ans. Jusqu’ici, les contrats d’exploitation de chauffage étaient signés site par site, pour une moyenne de 10 000 à 200 000 euros annuels. Même si ces nouveaux marchés sont divisés en lots, ils sont hors de portée de la plupart des PME.

 

François Hollande à la Conférence environnementale, en 2014. (Reuters)François Hollande à la Conférence environnementale, en 2014. (Reuters)


Et si l’on se concentre sur les seuls réseaux de chaleur, un système de distribution centralisée à partir de gaz, géothermie, biomasse, récupération de chaleur d’incinérateurs…, le tableau est massivement déséquilibré en faveur de Dalkia, comme l’indique le graphique ci-dessous. Les lattes bleues de la filiale d’EDF, et dans une moindre mesure, les bandes rouges de Cofely, apparaissent très clairement majoritaires. C’est logique, puisqu’ils sont les délégataires historiques de ces réseaux.

 

Répartition des réseaux de chaleur et de froid par acteurs et par régions.Répartition des réseaux de chaleur et de froid par acteurs et par régions.

 

Dalkia refuse de communiquer son pourcentage de parts de marché pour les services énergétiques. « C’est très compliqué, chacun a développé son métier différemment », répond Jean-Michel Mazalérat, son PDG. C’est l’ancien directeur adjoint de Dalkia, mais il a effectué l’essentiel de sa carrière chez EDF. Il conteste le conflit d'intérêts énergétique : « Non, car nous ne sommes pas sur la même énergie. Nous faisons très peu de contrats sur l’électricité. » EDF produit en effet du courant électrique, alors que Dalkia vend de la chaleur.

Mais en réalité, c’est un conflit d’intérêts à double niveau. D’abord, Dalkia se trouve lui-même pris par des injonctions économiques contradictoires. Il règne sur les réseaux de chaleur et est en même temps bénéficiaire de contrats d’économie d’énergie, activité qu’il souhaite développer. Peut-on vendre tout et son contraire dans un même contrat ? C’est le grand écart permanent. Mediapart en a découvert plusieurs exemples, détaillés ci-dessous.

Mais le problème est aussi plus indirect, et plus politique. Les visées commerciales d’EDF sur le secteur des économies d’énergie s’opposent au lobbying politique récurent du groupe contre la politique de réduction de la demande. Sous la présidence d’Henri Proglio, EDF n’a cessé de combattre l’idée qu’il fallait diminuer les consommations d’énergie. Quand l’année dernière, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) annonce prévoir une baisse très importante de l’utilisation de l’électricité dans les logements, le tertiaire et l’industrie d’ici 2030, l’électricien continue de tabler sur une hausse de 1 % chaque année. Pendant le débat national sur l’énergie, en 2013, quand GRDF, la filiale de distribution du gazier, propose un scénario prévoyant une chute d’un tiers de la consommation d’énergie primaire d’ici 2050, EDF monte au créneau pour l’écarter (retrouver ici notre article à ce sujet).

Quant à Engie, son PDG Gérard Mestrallet s’illustre par ses attaques répétées contre les renouvelables (tout en étant très présent dans ce secteur), comme dans cet entretien au Monde, où il explique que privilégier l’éolien et le solaire abîme la compétitivité européenne, et surtout, insiste sur l’importance de construire de nouveaux moyens de production.

Le grand public n’a pas saisi la portée concrète de la lutte contre le dérèglement climatique. La France s’est fixée pour but de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Les consommations énergétiques des bâtiments doivent baisser de 38 % d’ici 2020. Cela requiert un effort colossal, un changement drastique d’organisation de l’économie. La réalité est tout autre. La consommation énergétique du secteur résidentiel était en hausse de 0,6 % en 2011 (selon les derniers chiffres exhaustifs disponibles), et progressait de 1,6 % dans le tertiaire. Depuis, la demande d’électricité stagne, et celle de gaz baisse, d’après des estimations provisoires.

 

Évolution des émissions directes liées au résidentiel/tertiaire en millions de tonnes équivalent CO2 (CNUCCC, Citepa, 2013)Évolution des émissions directes liées au résidentiel/tertiaire en millions de tonnes équivalent CO2 (CNUCCC, Citepa, 2013)

 

Pour essayer de mettre en œuvre ces objectifs, et cesser de vider de son sens la politique climatique, il faut un changement de braquet du secteur. Les acteurs de la maîtrise de l’énergie auront besoin de mobiliser toutes les ressources économiques et toute l’ingéniosité professionnelle disponibles. Anciens monopoles publics, EDF et Engie possèdent une légitimité inégalée et des liens anciens avec les collectivités territoriales. Mais leur culture professionnelle est encore entièrement tournée vers la production et la fourniture d’électricité et de gaz, alors que pour transformer les bâtiments en sites d’économie d’énergie, il faudrait être obsédé par la baisse de la demande. Se positionner sur les services énergétiques pourrait être un moyen pour les fournisseurs de s’adapter aux enjeux de la transition vers un modèle moins destructeur du système climatique, en faisant évoluer leurs métiers. Mais dans les faits, le jeu qu’ils mènent est trouble.

« Celui qui fournit l’énergie ne peut pas être celui qui entretient les chaudières »

 

Ségolène Royal à côté de Ban Ki Moon, dans la manif géante pour le climat de New Yok, septembre 2014 (DR).
Ségolène Royal à côté de Ban Ki Moon, dans la manif géante pour le climat de New Yok, septembre 2014 (DR).
 

En septembre 2013, la ville d’Annemasse (Haute-Savoie) signe avec SPIE, pour six bâtiments, un contrat de performance énergétique (CPE), qui oblige le prestataire à réaliser des économies d’énergie. Mais c’est ce qui s’est passé juste avant qui retient l’attention : en réponse à l’appel d’offres, Dalkia refuse de s’engager à la réduire de 23 %, comme le demande la commune, et Cofely propose de ne baisser la consommation de chaleur que de 11 %. Au final, SPIE signe pour 25 %. Résultat ? « On a baissé de 30 %. Nous sommes satisfaits », explique Philippe Pelissier, le directeur énergie de la ville. Le contrat ne concernait pas la fourniture d’énergie.

À Lille, en 2008, deux marchés de chauffage ont été signés pour huit ans avec Dalkia et Cofely, pour les bâtiments municipaux. Sur ses bâtiments en chaufferie gaz autonome, Dalkia a diminué la demande de 12 à 15,3 % alors que sur les lots connectés au réseau de chaleur qu’il opère, et dont il fournit l’énergie, la baisse n’a été que de 6,5 %. Pour Stéphane Baly, conseiller municipal EELV, « il y  a un conflit d’intérêts entre la fourniture de chaleur par le réseau et la fonction de services. Il est clair que le fournisseur d’énergie ne va pas se tirer une balle dans le pied »

De son côté, la région Île-de-France a décidé de récupérer la gestion du marché du chauffage de ses 470 lycées afin de les piloter elle-même et d’obtenir de meilleurs contrats. Pour Corinne Bord, vice-présidente de la région, « celui qui fournit l’énergie ne peut pas être celui qui entretient les chaudières. Ce sont des logiques économiques qui ne sont pas compatibles. On récompense l’un pour qu’il consomme moins que l’autre. C’est une décision de bonne gestion ». Pour réaliser des économies d’énergie, « il faut que les chaudières soient réglées au millimètre et que les gens soient payés sur les économies d’énergie, et que ceux qui sont chargés de l’entretien des chaudières soient correctement rémunérés ». Le conseil régional a donc lancé un marché sur le chauffage de 8 lots de 50 lycées, en distinguant la fourniture de l’entretien des équipements. Il porte sur l’exploitation, l’entretien, le renouvellement de matériel et est assorti d’obligations de résultats. Cinq lots ont été attribués à des PME. « Les grands groupes ont parfois été écartés car leur offre était qualitativement moins bonne. C’est la preuve que les PME ont toutes les qualités requises pour répondre à de telles consultations », explique l’élue francilienne.

Lors de la seconde consultation visant à attribuer les deux derniers lots des lycées parisiens, des représentants de Cofely ont souhaité la rencontrer. Le rendez-vous a eu lieu. « Je n’avais pas en tête le calendrier des commissions d’attribution. Quand j’ai vu les dates, je me suis dit qu’ils ne manquaient pas d’air. » Au départ, « la négociation avec les gestionnaires fut difficile, d’une part, parce qu’ils ne choisissaient plus leur prestataire et d’autre part, parce que la structuration de leur rémunération de comptable est assise sur le montant des factures acquittées par les établissements. Mais aujourd’hui, tout le monde admet que cela fonctionne bien », décrit Corinne Bord.

Robert Gregori, ancien responsable du service Energie de Montreuil (93), a participé à l’élaboration du cahier des charges de ces contrats pour la région. L’objectif était de remettre la technique et les prestations de qualité au centre de l’exploitation des chauffages. Résultat : -20 % d’économies d’énergie dès la première année. « Obtenir -30 voire -40 %  après renouvellement du matériel en chaufferie » devient possible sans trop d’investissements, et bien avant la fin du marché (sur neuf ans), selon lui.

Aujourd’hui en charge de l’éclairage public à Aurillac (Cantal), il considère que le combat est exactement le même vis-à-vis des fournisseurs d’énergie et des prestataires : « Quand on est vendeur d’énergie, faire croire que l’on va vous aider à en économiser est tout simplement malhonnête intellectuellement. Les économies d’énergies ne représentent rien par rapport à leur chiffre d’affaires. Pour les fournisseurs d’énergie, l’argument des économies  ne sert qu’à maintenir captif le client final qu’est la collectivité. » L’éclairage public représente près de la moitié des dépenses d’électricité d’une collectivité. Robert Gregori vise à les diviser par deux dans sa ville : « Cela contribue à assainir les finances d’une ville et surtout à arrêter l’hémorragie sur les budgets de fonctionnement. »

 

Dépenses moyennes énergétiques par ménage en France (SOes, 2014).Dépenses moyennes énergétiques par ménage en France (SOes, 2014).


Les marges des prestataires sont une véritable boîte noire. « C’est opaque. Personne ne maîtrise ce qui se passe. Tout le monde gobe le discours des prestataires », témoigne un responsable d’achat de gaz en collectivité. Dans les contrats de fourniture de gaz ou de chaleur, souvent sur des très gros montants, « tu n’as même pas de droit de regard sur les contrats ». C’est sur la fourniture d’énergie que les prestataires réalisent la plus grande part de leurs marges. Sans surprise, ils poussent donc pour que les contrats d’exploitation de chauffage comportent la fourniture de combustibles.  

Le marché des services énergétiques représente 12 milliards d'euros. Mais les activités de maîtrise de l’énergie à proprement parler (si l’on retire l’exploitation, la maintenance et la fourniture) en représentent moins de 7 %. Et quand on regarde le détail de ces contrats, leur ambition est parfois très faible : moins 6 % de dépenses énergétiques prévues à Valence, moins 12 % à Chassieu, moins 14 % à Saint-Priest, moins 15 % à Toulouse (tous ces marchés ont été remportés par Dalkia). C’est, au mieux, moins de la moitié de l’objectif officiel de baisse de 40 % de la consommation des bâtiments.

 

 

« Ne serait-ce qu’en réglant correctement une chaufferie et son réseau, en effectuant une maintenance correcte, en sensibilisant un peu les acteurs, on peut gagner facilement 10 à 15 % sans aucun investissement, selon Pauline Mispoulet, présidente du Gesec, un groupement de PME spécialisées. Un degré de moins chez soi représente déjà 7 % d’économie. » Elle s’en explique en détail dans un livre appelant à une vraie transition énergétique, en reconnaissant le rôle des PME, Energie et Prospérité - Les entrepreneurs au cœur de la transition (Les Petits matins), préfacé par l’économiste Gaël Giraud (co-écrit avec Raphaële Yon-Araud).

Si l’on reprend l’étude empirique qu’ont menée des professionnels du secteur sur une centaine d' appels d’offres publics entre 2010 et 2014 portant sur les marchés de services énergétiques, un quart des marchés ont été attribués sans concurrence : une seule entreprise a répondu à l’appel d’offre. À Avignon, un marché sur les bâtiments communaux a été conçu par un bureau d’études qui est aussi une filiale d’EDF. Dalkia en a remporté une bonne partie. Ailleurs, lors d’un marché auquel seuls Dalkia et Cofely avaient répondu, l’un des commerciaux en charge de l’appel d’offres lui a confié que les concurrents s’étaient entendus sur les prix. Dalkia et Cofely sont de loin les premiers clients de GDF. Leurs activités sont intrinsèquement liées.

Pour Stéphane Baly, conseiller municipal EELV à Lille : « Il faut impérativement que les collectivités se donnent les moyens de surveiller la bonne exécution de ces marchés et ce avec des moyens à la hauteur des enjeux financiers. C’est très exigeant pour les services des collectivités alors que leurs dotations budgétaires baissent et qu’il n’y a pas assez de monde pour effectuer ce travail. » Selon l’élu, « le conflit d’intérêts est renforcé par le manque de surveillance ».

Pour les responsables des services énergie, la tâche est rude. « Il faut être un très bon technicien, un bon financier et un bon communicant : il faut vendre sa sauce à sa hiérarchie, et c’est très difficile car la direction des services en général ne veut pas de vagues et se montre peu réceptive à l’innovation », décrit Robert Gregori. Surtout que « derrière, les élus sont souvent approchés par les commerciaux des grands groupes, EDF, GDF, Cofely, qui les invitent à des séminaires, des voyages… Vous avez beau batailler, vous n’êtes pas entendu et vous passez pour le vilain petit canard ». Le travail des fonctionnaires municipaux techniciens est peu valorisé. Or tout est dans le pilotage des appareils, explique-t-il : « Ne serait-ce que bien gérer les périodes d’inoccupation, vous faîtes des progrès monstrueux. Quand vous voyez des établissements scolaires vides pendant les vacances de Noël maintenus à 23° 24 heures sur 24… »
 

Pour la Coalition France pour l’efficacité énergétique (CFEE), qui regroupe des entreprises, des associations, des copropriétaires et des consommateurs, il est urgent de séparer la fourniture d’énergie de la prestation d’efficacité énergétique. C’est l’une de ses propositions phares pour mettre en œuvre la rénovation thermique dans le bâtiment. Elle souhaite que les contrats de performance énergétique ne puissent pas comporter de vente d’énergie non renouvelable. Ces professionnels de la maîtrise de l’énergie considèrent que « les cadres législatif, juridique et réglementaire français n’ont globalement pas évolué depuis le dernier choc pétrolier » et restent orientés vers le développement de l’offre.

À ce jour, leur demande est restée lettre morte. La loi de transition énergétique de Ségolène Royal, en cours de vote au Parlement, n’aborde même pas le sujet. Plus grave, la question cruciale de la mise en œuvre des objectifs climatiques de la France n’est jamais abordée par les figures politiques de premier plan. Cette cécité est catastrophique : à quoi cela sert-il de promettre de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre si personne ne vérifie si l’on essaie de le respecter ? Les chaudières, réseaux de chaleur et chaufferies d’hôpitaux n’intéressent personne alors qu’elles sont un lieu d’action contre le dérèglement du climat bien plus important que les estrades des forums estampillés « Cop 21 », du nom du sommet international qui se tiendra à Paris en décembre. Il n’y aura pourtant pas d’avancée réelle pour le climat sans ouvrir les portes des chaufferies et plonger les mains dans le cambouis.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 15:17

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

En Californie, touche pas à mon eau

|  Par Iris Deroeux

 

 

La Californie est à sec mais aussi à cran depuis que le gouverneur de l’État a fixé un objectif de réduction de la consommation d’eau de 25 %. Citoyens accrochés à leurs piscines, agriculteurs paniqués à l’idée de produire moins, écologistes inquiets… Tout le monde se renvoie la balle et en attendant, la consommation d’eau reste beaucoup trop élevée.

 

De notre correspondante aux Etats-Unis.- Tout a commencé avec une mise en scène parfaite : le gouverneur démocrate de Californie expliquant depuis une station de ski réputée, au nord de San Francisco, que non, définitivement non, on ne pouvait plus continuer ainsi. À l’endroit précis où Jerry Brown donnait sa conférence de presse, début avril, la neige aurait dû atteindre au moins un mètre, voire beaucoup plus. Sauf qu’il avait les pieds parfaitement au sec, sur une herbe brune. L’image devait frapper les esprits et mieux faire passer la pilule : Jerry Brown annonçait à ses concitoyens qu’il leur imposait un objectif ambitieux, celui de réduire de 25 % leur consommation d’eau dans les neuf mois à venir afin de faire face à la sévère sécheresse frappant l’État depuis 2011. Ce rationnement, ne concernant pas le secteur agricole, serait orchestré par les quelque 400 agences en charge de l’approvisionnement en eau des villes californiennes. Il viendrait s’ajouter à d’autres restrictions datant de janvier 2014, lorsque l’État d’urgence a été déclaré par le gouverneur, ainsi qu’à un rationnement de l’eau imposé aux fermiers par les autorités fédérales.

Mais début mai, le résultat n’est pas glorieux. Les Californiens n’ont réduit leur consommation d’eau que de 3,6 % par rapport au mois de mars 2014, selon les derniers chiffres publiés par le State Water Ressources Control Board, le bureau en charge des ressources en eau de l’État. Et sur le terrain, quand ce n’est pas du désintérêt, ce qu’on observe ressemble à un mélange de mauvaise foi, de peur panique à l’idée de devoir changer son mode de vie, et de colère. Le voisin est toujours plus fautif ; l’État en demande trop. Un autre argument souvent entendu est que les Californiens ne devraient être les seuls à fournir de tels efforts puisque les trésors de la Californie profitent à tous, aux États-Unis et ailleurs, que ce soit ses zones touristiques, son agriculture, son eau…

 

Dans la Central Valley.
Dans la Central Valley. © I.D

 

L’État est en effet très riche, c’est le plus riche des États-Unis. Si la Californie était un pays, ce serait ainsi la 7e puissance économique mondiale. C’est aussi le plus peuplé : il compte aujourd’hui 38,8 millions d’habitants, contre moins de 16 millions dans les années 1960. D’où cette question, qui se pose de manière de plus en plus pressante : à quel prix la Californie peut-elle continuer à se développer ainsi ?

« Il est temps de reconnaître que la Californie est dans une situation de pénurie permanente : même dans une année de précipitation "normale", la demande en eau est plus importante que ce que la nature fournit, ce qui mène à des conflits politiques grandissants, une surexploitation des nappes phréatiques insoutenables, la destruction des rivières, ruisseaux et marais de l’État. Le changement climatique causé par l’activité humaine ne fait qu’empirer ce mélange », résume ainsi le scientifique Peter Gleick, spécialiste des questions environnementales, dans un post de blog (à lire ici). En effet, si cette sécheresse n’est pas la première à frapper l’État, il y a cette fois-ci des facteurs aggravants : la Californie est toujours plus peuplée, et l’impact du changement climatique sur les réserves en eau est de plus en plus indéniable.

Ces réserves proviennent de deux sources principales : des eaux de surface d’une part, comme la couverture neigeuse des montagnes et les cours d’eau ; et celle pompée dans les nappes phréatiques d’autre part. « 70 % de l’eau consommée dans l’État est puisée dans des réservoirs alimentés par l’eau de la Sierra Nevada, au nord, et par des rivières. Cette eau est acheminée du nord vers le sud de l’État via un système de canaux, de barrages et d’aqueducs », nous explique David Sedlak, du Centre d’étude de l’eau de l’université de Berkeley. Il précise que ces infrastructures n’ont pas été modernisées depuis des décennies : la gestion des ressources n’est donc plus optimale et l’édifice devient si fragile que l’approvisionnement en eau du sud de l’État pourrait être menacé.

« Les 30 % restants sont puisés dans les nappes phréatiques », poursuit le chercheur. Et ceux qui possèdent un puits peuvent pomper cette eau sans limite à défaut d’une législation claire en la matière. Ce flou juridique est en train de devenir un autre sujet majeur de tensions. S'ajoute à cette équation « le fait que l’eau est historiquement peu chère aux États-Unis, bien moins chère qu’en Europe. Ce qui pousse les Américains à en consommer plus ».

 

Un golf à Palm Springs, dans le désert.
Un golf à Palm Springs, dans le désert. © I.D
 

Face à cette situation, un plan de réforme drastique, sur le long terme, paraît logique et nécessaire. Sauf que pour le moment, rien de tel n’est au programme. Le gouvernement local préfère agir au coup par coup, en adoptant surtout des mesures d’urgence comme celle venant de frapper les citadins californiens. Et cette stratégie des petits pas, bien que jugée très insuffisante par certains, suscite déjà tensions et hystérie… « Vous arrivez en pleine tempête ! » lâche ainsi Jim Beecher, fermier rencontré dans la Central Valley, le cœur agricole de la Californie et le symbole d’une agriculture intensive extrêmement gourmande en eau. 

 

Planter des cactus

Première étape pour prendre la mesure de la crise : Palm Springs, à deux heures de Los Angeles, dans la vallée de Coachella. Construite en plein désert, sur des terres indiennes, cette ville se veut une destination touristique de premier plan, en particulier pour les golfeurs puisque les alentours comptent pas moins de 125 golfs. Quelque 44 000 habitants à l’année, un chiffre multiplié par trois en saison : c’est un spot de golf très apprécié des stars hollywoodiennes mais aussi de retraités américains, canadiens et même européens, qui viennent passer ici de longs mois d’hiver et barboter dans leurs piscines privées pour mieux supporter la chaleur écrasante. La consommation d’eau par habitant y bat donc tous les records.

 

Palm Springs.
Palm Springs. © I.D
 

L’État a décrété qu’ici, les habitants devraient réduire leur consommation de 36 %, et non de 25 %. Atteindre cet objectif est un véritable casse-tête pour l’agence de l’eau locale, un organisme privé du nom de Desert Water Agency, qui n’a d’autre choix que d’obtempérer. « Sinon, nous devrons payer 10 000 dollars d’amende par jour à Sacramento [la capitale de l’État] », ne cesse de répéter le comité directeur de l’agence, réuni fin avril face à un public très en colère.

Nous sommes dans les locaux de la Desert Water Agency le jour d’une réunion publique au cours de laquelle l’agence énumère la série de restrictions qu’elle compte adopter. Quelque 400 habitants ont fait le déplacement, du jamais vu selon l’agence, et la tension est telle qu’on n'est pas loin du pugilat. La scène pourrait même s’avérer comique si n’étaient pas en jeu les ressources et l’environnement d’un État tout entier.

Partant du principe que 70 % de l’eau consommée à Palm Springs l’est en extérieur, voici ce que contient la résolution de l’agence : il est désormais interdit d’arroser les surfaces en dur et de nettoyer le sol des parkings ; les restaurants doivent servir et resservir de l’eau seulement si les clients le demandent ; des horaires précis et limités sont instaurés pour l’arrosage des jardins ; les gazons sur les ronds-points et bas-côtés ne doivent plus être arrosés ; les fontaines doivent être éteintes « sauf si des poissons ou des tortues y vivent »… Quant aux piscines, il est fortement déconseillé de les vider et remplir entre juin et octobre. Notons que sur ce dernier point, face à la colère de nombreux pisciniers présents, l’agence accepte d’adopter le verbe « déconseiller » plutôt que celui d’« interdire ». Car, c’est un fait, certains habitants n’en reviennent pas qu’on leur demande de tels efforts.

« Sans piscines, Palm Springs ne survivra pas ! Des millions ont été investis dans des publicités présentant cette région comme le paradis pour jouer au golf et plonger dans une piscine… 36 % de réduction de la consommation de l’eau, c’est inatteignable ! » s’emporte Ted, à la tête d’une entreprise de réparation de piscines. « S’il vous plaît, réfléchissez, n’agissez pas à la va-vite, on doit protéger l’eau mais aussi notre économie », implore un autre piscinier. « Et pourquoi les compagnies étrangères ont-elles encore le droit de pomper notre eau allègrement ? » s’enquiert un autre habitant, faisant référence aux entreprises comme Nestlé (qui détient plus de 70 marques d’eaux en bouteille) disposant de permis délivrés par les autorités fédérales leur permettant de puiser l’eau du coin pour ensuite la vendre en bouteilles.

L’agence n’a aucun pouvoir là-dessus, elle le dit, tente de calmer l’assemblée, puis rappelle que la ville n’en serait « peut-être pas là si on avait fait plus attention depuis dix ans ». Elle conclut : « De toutes façons, nous n’avons que 70 employés qui ne sont pas des policiers de l’eau, donc on a beau avoir de nouvelles obligations, nous n’allons pas pouvoir surveiller tout le monde. » Cette déclaration sonne comme un aveu d’impuissance.

Dehors, la discussion se poursuit. « Comprenez que les piscines, ce sont juste des symboles, personne ne va en mourir si elles restent vides bien sûr… Mais cette ville, c’est leur vie. Les gens ont peur que la vallée se dépeuple ! » tient à nous expliquer Brenda, qui partage son temps entre Palm Springs et la côte est des États-Unis. D’autres, assez nombreux, sont excédés par le comportement de leurs concitoyens. « J’en ai entendu certains crier, en tapant du poing sur la table : “Je veux ma pelouse, j’ai droit à ma pelouse” ! Cette histoire de “droits individuels” vire à l’obsession et ça me rend dingue, les gens doivent se réveiller », glisse Victor, bénévole à la mairie.

« Nous avons un vrai problème d’éducation à l’écologie, surtout des plus âgés, surtout de ceux qui viennent d’États américains où l’eau abonde », estime encore Kate Castle. Élue « citoyenne verte de l’année » par la mairie, fan d’Al Gore, elle est la gestionnaire d’un complexe de 299 maisonnettes à Palm Springs, où elle s’est donc lancée dans une véritable mission éducative. Par exemple ? « En convaincant les habitants que les cactus étaient plus jolis que les pelouses, et aussi plus judicieux puisqu’on vit dans le désert. » Ça n’a pas été simple, mais ça a marché. Les espaces communs du lotissement, désormais recouverts de plantes désertiques, en attestent.

 

Kate Castle nous montre les plantes désertiques qui ont remplacé les pelouses.
Kate Castle nous montre les plantes désertiques qui ont remplacé les pelouses. © I.D
 

Cela dit, même Kate a du mal à comprendre « pourquoi ceux qui utilisent le plus d’eau dans l’État [les agriculteurs] ne sont pas eux aussi assis à la table des négociations. Cela m’échappe ».

C’est un fait : l’eau californienne est à 80 % consommée par le secteur agricole, qui ne représente pourtant que 2 % du PIB de l’État. Entre autres solutions pour faire face à la sécheresse, il pourrait donc sembler logique de limiter la consommation d’eau du secteur agricole voire de réformer ce secteur tout entier. « On pourrait décider de produire moins de nourriture par exemple, de se concentrer sur des cultures moins gourmandes en eau. Sauf que c’est un sujet politiquement explosif dans l’État… Ici, on n’impose pas aux fermiers ce qu’ils doivent produire. D’autant qu’ils ont déjà l’impression d’avoir fait des sacrifices ces dernières années », explique David Sedlak, du Centre d’étude de l’eau de l’université de Berkeley.

 

Puiser l'eau des aquifères…

Pour mieux cerner le problème, direction la Central Valley, le cœur agricole de Californie. 2,5 millions d’hectares de terres y sont cultivées et produisent 25 % de la nourriture consommée par les Américains. La qualité des sols et du climat en a fait le lieu parfait pour exploiter pas moins de 250 cultures différentes, des fruits et légumes au coton en passant par les noix… Des cultures très rentables et particulièrement gourmandes en eau, comme celle des amandes (près de 80 % des amandes produites dans le monde viennent de Californie), des pistaches ou encore de la luzerne (dont le foin permet de nourrir les bœufs), y sont devenues très populaires.

La Central Valley est encore la région qui produit la plus grosse quantité de tomates en conserve au monde et c’est précisément le principal producteur local de tomates qui accepte de nous recevoir pour témoigner de son expérience de la sécheresse. Parmi les fermiers et agro-industriels que nous avons contactés, Farming D est la seule société à nous ouvrir ses portes. « Je veux bien servir de symbole des méchants fermiers qui gaspillent l’eau pour leurs seuls profits », glisse avec cynisme Jim Beecher. « Les gens pensent que leur nourriture pousse dans les épiceries, il faut qu’ils comprennent comment ça marche », ajoute-t-il.

 

 

Jim Beecher, devant un champ de tomates.
Jim Beecher, devant un champ de tomates. © I.D

 

Nous le rencontrons dans les bureaux de Farming D, ferme de 3 900 hectares, « medium large » selon les critères californiens, gigantesque comparée aux exploitations françaises. Ici sont donc produites chaque année des tonnes de tomates ensuite mises en conserves : 70 % de celles vendues sur le marché américain. Mais Farming D produit aussi du blé, des laitues, des amandes et un peu de luzerne.

Si Jim Beecher prend le temps de nous parler, c’est qu’il estime faire de son mieux pour réduire sa consommation en eau depuis quelques années. « La sécheresse, on en souffre depuis plus longtemps et de manière plus prononcée que quiconque dans l’État, commence le fermier. Nous sommes en situation de pénurie d’eau depuis 2011. » Jim Beecher fait ainsi référence au rationnement mis en place par le gouvernement fédéral. Car dans cette région, traditionnellement, les exploitations sont irriguées grâce à des canaux acheminant l’eau des fleuves Sacramento et San Joaquin. Sauf que le niveau de ces fleuves ayant dangereusement baissé, les autorités fédérales ont décidé de couper temporairement cette source alimentation. « On reçoit zéro ! » résume Jim Beecher. Il a donc fallu s’adapter.

« Nous avons mis certaines terres en jachère, nous avons cessé de produire du coton », nous explique-t-il en nous faisant visiter une partie de l’exploitation en voiture. Il nous montre les maisonnettes où logent les cinquante employés à temps plein qui vivent sur les terres, « tous mexicains ». « Ce sont les premiers à souffrir de la sécheresse », note-t-il. En effet, les conséquences sur l’emploi se sont déjà fait sentir. Une étude de l’Université de Californie évalue à 2,2 milliards de dollars les pertes du secteur agricole californien pour l’année 2014, et à 17 000 le nombre d’emplois perdus, saisonniers ou à temps complet.

Jim Beecher s’est aussi mis à aller chercher l’eau là où il y en avait : dans les nappes phréatiques. Sans nous donner de chiffres, il avoue avoir creusé et continuer de faire creuser des puits afin de prélever l’eau dans les aquifères californiens autant qu’il en a besoin. « Je sens qu’on va bientôt être limités, cela dit », note-t-il, inquiet de ce qui se trame à Sacramento. En l’occurrence, des mesures restreignant ces prélèvements sont bel et bien en voie d’adoption, mais rien ne sera mis en œuvre avant… 2020.

Le fermier souligne enfin qu’il a réduit la consommation d’eau de l’exploitation « d’un cinquième depuis 1998 ». « Nous avons investi dans le système d’irrigation le plus performant qui soit », à savoir un système d’irrigation au goutte-à-goutte enterré permettant en effet de limiter le gaspillage d’eau. Nous poursuivons notre discussion sur les méthodes d’agriculture conventionnelles, qu’il défend bec et ongles. « C’est le seul moyen de nourrir tout le monde, juge-t-il. Bien sûr que les tomates organiques sont meilleures que les miennes, mais elles sont beaucoup plus chères. »

 

"Pas d'eau, pas d'emplois", signale une pancarte en bordure d'un champ.
"Pas d'eau, pas d'emplois", signale une pancarte en bordure d'un champ. © I.D

 

Il reconnaît cependant que « les agriculteurs sont loin d’être parfaits dans cette région, notamment si on regarde la façon dont sont traités les travailleurs journaliers » ; que certains « résistent au changement, qu’il sera difficile de réformer quoi que ce soit »… Mais au bout du compte, selon lui, cette crise de l’eau s’avérera salutaire, « en nous obligeant tous à moderniser nos systèmes d’irrigation ».

D’autres se montrent un peu moins optimistes et beaucoup plus radicaux. « C’est tout bonnement impossible de continuer ainsi ! » tranche l’historien Richard White, spécialiste de l’Ouest américain à l’université de Stanford. « Ce qui se trame dans la Central Valley, c’est une crise environnementale mais aussi sanitaire. L’usage des pesticides à outrance provoque une pollution bien plus forte que dans une métropole comme Los Angeles et des maladies en pagaille. C’est une région dont on parle peu finalement, puisqu’elle ne colle pas avec le récit d’une Californie où les gens auraient un mode de vie sain et seraient plus sensibles à l’écologie qu’ailleurs », analyse l’historien.

« L’agro-industrie jouit d’un pouvoir à Sacramento qui dépasse de loin son poids économique réel, c’est une constante et un mystère de la vie politique californienne », poursuit-il. De quoi freiner durablement les réformes d’ampleur nécessaires afin de protéger l’eau et l’environnement de la Californie à long terme ? Peut-être pas, car les organisations écologistes sont aussi très puissantes à Sacramento. Reste à savoir comment réussir à asseoir tout le monde autour d’une table, à réfléchir sereinement au futur de l’État, et à agir. Rapidement.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 23:05

 

Source : http://www.francetvinfo.fr

 

A Notre-Dame-des-Landes, les "culs de plomb" refusent de partir

 

 

Menacée d'expulsion après une décision de justice, la famille Herbin ne veut pas quitter sa maison située sur le site du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Une détermination partagée par les derniers habitants permanents du site.

Claude Herbin, l'habitant du site du projet d'aéroport de Notre-Dames-des-Landes (Loire-Atlantique) menacé d'expulsion, a fait inscrire "Vinci déporte la population" sur le fronton de sa maison.

Claude Herbin, l'habitant du site du projet d'aéroport de Notre-Dames-des-Landes (Loire-Atlantique) menacé d'expulsion, a fait inscrire "Vinci déporte la population" sur le fronton de sa maison. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

"Il faut que je surveille mes patates." Mercredi 13 mai, le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) a donné dix-huit mois à Claude Herbin et sa famille pour quitter leur maison du Liminbout, un hameau situé au centre de la zone où doit s'installer l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Mais en ce jeudi de l'Ascension, ce cuisinier de profession s'inquiète davantage de la cuisson de ses pommes de terre que de la décision du juge. Ce midi, toute la Zad ("zone d'aménagement différé", rebaptisée "zone à défendre" par les opposants) est invitée à un banquet de soutien à la famille.

"Décision de justice ou pas, on va rester sur place", explique tranquillement le quinquagénaire, dont le pull à capuche réclame "de l'oxygène, pas du kérosène". "Nous ne partirons pas, pour deux raisons très simples : il n'y aura pas d'aéroport et, à moins d'envoyer l'armée, on imagine mal comment l'Etat pourrait nous expulser", lance ce père de deux enfants, installé ici depuis 1996. L'échec, en 2013, de l'opération César contre les occupants du site et le calme plat qui règne sur la zone depuis deux ans le confortent dans cette position. Et pour être sûr que Vinci, propriétaire de la maison et promoteur de l'aéroport, comprenne bien le message, il précise : "On a monté une association qui s'appelle Les culs de plomb. Cela veut bien dire ce que ça veut dire."

 

Claude Herbin lit une déclaration aux journalistes devant sa maison. Voici le texte

"Il y a une forme de soulagement"

Des "culs de plomb" comme la famille Herbin, Notre-Dame-des-Landes en compte une dizaine, même s’ils ne sont pas tous membres de l’association. Agriculteurs, électriciens ou cuisiniers, ils habitent toute l'année les hameaux éparpillés sur la Zad, et ont bien l'intention d'y rester. L'expulsion de la plupart des habitants expropriés est suspendue grâce à la grève de la faim victorieuse menée en 2012. "Trois ans après, le jugement ne nous a toujours pas été notifié par huissier de justice", sourit Sylvie Thébault, une agricultrice de 49 ans. La famille Herbin ne doit ses poursuites judiciaires qu'à l'ancien propriétaire de sa maison : ce dernier l'a vendue en 2009, sans mentionner la présence de locataires. Une faille dans laquelle Vinci essaie de s'engouffrer.

La décision de justice n'inquiète pas plus ces habitants que Claude Herbin. "Il y a une forme de soulagement, parce que ce n'est pas une expulsion immédiate, explique Sylvie Thébault. C’est un jugement mi-figue mi raisin, qui va dans le sens de donner du temps au temps." "Parler de victoire serait un bien grand mot, mais ce jugement repousse l'expulsion jusqu’à la campagne présidentielle", veut croire Sylvain Fresneau, 55 ans, même si l'élection est dans deux ans. "Les juges ont renvoyé la patate chaude dans les mains du gouvernement", estime cet éleveur de vaches laitières. Vinci réclamait une expulsion sous deux mois, le minimum légal.

 

"Nous sommes dans une situation d'attente"

Pour Sylvain, la situation de la ZAD "est le reflet du jugement du tribunal". "Nous sommes dans une situation d'attente, d'attente d'une décision qui viendra d'en haut", de François Hollande ou de Manuel Valls, précise-t-il. Aujourd'hui, la construction n'est ni arrêtée, ni entamée. Les recours déposés par les opposants au projet n'ont pas encore été examinés par la justice administrative. "Vinci n'a pas démarré une seule pelleteuse sur la zone, y a pas un début de travaux", constate Sylvain.

L'agenda politique, avec les régionales et la conférence sur le climat en décembre, les rassure. "Hollande va vouloir se peindre en vert, des orteils aux cheveux, je le vois mal tenter un truc ici", lance un "Camille", le prénom générique que se donnent les zadistes pour répondre à la presse.

 

"Vinci veut tout détruire, nous, on va rénover la grange"

En attendant, les habitants se retrouvent dans un trou noir administratif. Expropriés sans être expulsables, ils ne peuvent pas obtenir de permis de construire. L'exploitation de Sylvain n'est plus aux normes pour le stockage de fumier, mais il n'a pas le droit de réaliser les travaux de mise en conformité. "Pour l'instant, les assurances ont accepté de nous couvrir, explique Dominique Fresneau, coprésident de l'Acipa, la principale association d'opposants. Mais elles peuvent refuser à l'avenir. Imaginez, si une maison brûle…"

Ces blocages n'empêchent cependant pas les zadistes de lancer des chantiers de rénovation un peu partout, comme pour mieux souligner le contraste avec l'état d'avancement des travaux de l'aéroport. "Vinci veut tout détruire, nous, on va rénover la grange", annonce fièrement Claude Herbin. Devant sa maison, un "permis de construire" symbolique, inscrit sur la plaque qui sert d'habitude à découper les poulets, a été installé. Les travaux débuteront en août, avec du bois de charpente coupé et scié sur place par une scierie mobile qui doit être installée cet été.

 

Pour montrer leur détermination à rester, les Herbin "lancent" aujourd'hui la réfection de leur grange

 
 
 
 
 
 

 

 

"Je ne veux pas de cette mort en sursis"

Malgré la décision de justice prise contre la famille Herbin, l'ambiance est donc à la fête entre les tables du banquet, dressées sous un chapiteau en ce jeudi pluvieux. En attendant les patates de Claude, les bouteilles de muscadet passent de main en main et les jeux forains, où les cibles représentent les partisans de l'aéroport, rencontrent un certain succès.

 

"Je suis plus optimiste qu'il y a quelques années, confesse Alain Bretesché, 48 ans, habitant du hameau de la Rolandière. Nous avons beaucoup plus de relais dans l'opinion, dans les associations ou les partis politiques." "On sent qu'il n'y a pas une volonté politique de continuer, mais cela inquiète les partisans du projet que ce symbole tombe dans les mains des opposants", ajoute Dominique Fresneau.

La méfiance reste donc de mise. "Je veux l'abrogation de la déclaration d'utilité publique, martèle Sylvie. Je ne veux pas de cette mort en sursis, je veux l'arrêt du projet." La bataille de Notre-Dame-des-Landes est loin d'être terminée.

 

 

Source : http://www.francetvinfo.fr

 

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 22:59

 

Source : https://www.objectifgard.com

 

FÉRIA D’ALÈS La manifestation couleur sang des anti-corrida

16 mai 2015 à 19:00

 

 

C'est une mise en scène choc que les militants anti-corrida ont choisi de faire cet après-midi. EB/OG

C'est une mise en scène choc que les militants anti-corrida ont choisi de faire cet après-midi. EB/OG

 

Deux heures avant la première corrida de la Féria d'Alès, environ 500 manifestants se sont rassemblés cet après-midi devant la clinique Bonnefon autour d'un "happening sanguinolent".

15 heures. L'avenue Carnot, entre le pont neuf et le rond point de la route d'Uzès, est encerclée par les policiers. Les anti-corridas, munis de leurs banderoles, pancartes et sifflets arrivent par groupe. Jean-Pierre Garrigues, président du Comité radicalement anti-corrida (Crac), concocte un mélange aux allures de sauce tomate dans une bétonnière. Sur le passage piéton, une bâche a été installée pour y déverser la préparation, dans laquelle les manifestantes s'allongeront un peu plus tard. "Nous voulons symboliser la mort des taureaux à travers cette mise en scène", exlique Roger Lahana, vice président du Crac.

 

Environ 500 manifestants ont répondu présents. EB/OG

Environ 500 manifestants ont répondu présents. EB/OG

 

15h30. Environ 500 militants sont réunis et hurlent à tue-tête "Basta, corrida ! Basta, corrida !" Du haut d'un petit échafaudage monté pour l'occasion, Jean-Pierre Garrigues prend la parole : "Merci à tous d'être venus. Aujourd'hui, nous nous sommes rassemblés de manière différente par rapport à l'année dernière car nous voulons marquer les esprits. Nous essayons sans cesse de nous renouveler pour ne pas faire partie du paysage de la Féria. Je comprends que certains puissent être agacés car les choses ne vont pas assez vite. Cette lutte est extrêmement dure et plus nous multiplieront les actions, plus nous aurons de chances d'atteindre notre objectif : abolir cette pourriture de corrida !"

 

La manifestation a duré plus de deux heures. EB/OG

La manifestation a duré plus de deux heures. EB/OG

 

16h. Alors que les premières interventions d'associations de défense d'animaux commencent, un couple d'aficionados tente de franchir les barrières de sécurité en bousculant les militants. Ces derniers ne se laissent pas faire et une brève échauffourée éclate. Les deux personnes sont rapidement maîtrisées par les forces de l'ordre et écartées de la manifestation. C'est un Jean-Pierre Garrigues furibond qui reprend le micro. Il ne mâche pas ses mots : "Un couple d'enfoirés s'est permis de passer par là. Le type, c'est un abruti. Il a cogné un policier", scande t-il. L'incident clos, les prises de paroles reprennent.

 

"Basta, corrida !" crient les militantes. EB/OG

"Basta, corrida !" crient les militantes. EB/OG

 

16h55. La grande corrida démarre dans cinq minutes aux arènes du Tempéras. C'est le moment de marquer les esprits. Une vingtaine de femmes vêtues de noir s'allongent sur la bâche recouverte du mélange couleur sang. Avec des cornes en plastique sur leur tête et une pique sous le bras, elles symbolisent "les taureaux qui sont massacrés pendant les corridas". Les militants se taisent et observent. Caméras et appareils photos immortalisent la scène choc. Puis, des faux billets de 20 euros avec la photo de Max Roustan sont jetés sur elles, en référence à l'indemnisation financière de 15 000 € versée par la ville à l'association Toros Alès Cévennes pour compenser le manque à gagner dû à l'action des anti-corrida en 2014. Au même moment, un taureau devait faire son entrée dans les arènes du Tempéras.

 

Des faux billets de 20 euros avec une photo de Max Roustan ont été jetées sur elles. EB/OG

Des faux billets de 20 euros avec une photo de Max Roustan ont été jetées sur elles. EB/OG

 

Une vingtaine de femmes se sont allongées sur la bâche recouverte de sang pendant plusieurs minutes. EB/OG

Une vingtaine de femmes se sont allongées sur la bâche recouverte de sang pendant plusieurs minutes. EB/OG

Elodie Boschet

 

 

Source : https://www.objectifgard.com

 

 

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 22:21

 

Source : http://www.humanite.fr

 

Révélation. Après la fraude fiscale, Amazon triche sur les accidents du travail

Jean-Baptiste Malet
Dimanche, 17 Mai, 2015
L'Humanité

 

Photo AFP
 
Lire nos révélations dans l'Humanité ce lundi 18 mai. Alors que la médecine du travail de Saône-et-Loire a rendu un rapport accablant sur les conditions de travail dans les entrepôts logistiques Amazon, la multinationale est prise en flagrant délit d’une fraude qui vise à faire baisser ses statistiques élevées d’accidents du travail.

Amazon, numéro 1 des ventes en ligne, champion de l’optimisation fi scale, est aussi régulièrement épinglé pour ses méthodes de management particulièrement inhumaines. Pressions psychologiques, loi du silence, postures pénibles, répression antisyndicale, sur les trois entrepôts de logistique de Bourgogne, la productivité du travail est poussée à l’extrême… Face au nombre élevé de maladies professionnelles, le groupe semble prêt à tout pour faire baisser les statistiques d’accidents du travail. Même à mentir. Selon les documents que s’est procurés l’Humanité, sur le site de Sevrey, ouvert en 2013 en Saône-et-Loire, la direction a rédigé une déclaration mensongère à la Sécurité sociale après qu’un salarié a fourni un certifi cat de son médecin constatant une maladie professionnelle. Les élus Front de gauche et écologistes de la région demandent le remboursement des aides publiques accordées au moment de l’installation. Lire notre enquête dans l'Humanité ce lundi.

 

Source : http://www.humanite.fr

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 21:52

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Vidéo

Grèce : la BCE outrepasse son mandat et exerce un chantage sur le gouvernement

17 mai par ANAmpaWeb TV , Eric Toussaint

 

 

 

 

Eric Toussaint est interviewé par l’agence de presse d’Athènes à propos de l’intervention de la Banque centrale européenne qui dépasse les limites du légal et est nettement illégitime. De plus elle utilise actuellement le chantage de l’asphyxie du système financier grec afin de faire plier le gouvernement grec. La BCE veut l’amener à trahir les promesses électorales faites par Syriza au cours de sa campagne électorale.

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 21:37

 

 

Entretien

"L’Europe se désagrège et personne ne sait quel sera le premier domino à tomber"

 

Propos recueillis par
Julien Leclerc
 
 
Grèce, Royaume-Uni, l'Union européenne craque de toutes parts. Pour Coralie Delaume, auteur de l'essai "Europe. Les États désunis" (Michalon), l’UE se délite en raison de ses propres règles. Pour l'animatrice du blog "L'Arène nue", ça ne fait en effet aucun doute : la crise que traverse l'UE trouve en effet ses fondements "dans les choix mêmes des pères fondateurs de l’Union européenne".
 
VARELA/SIPA
 

Marianne : La situation actuelle de l’Union européenne était-elle selon vous écrite de longue date ?
Coralie Delaume : La crise que connaît l’Europe actuellement est une crise à la fois économique et démocratique. La première était prévisible au moins depuis la création de l'euro. La seconde trouve son origine très en amont, dans les choix mêmes des pères fondateurs de l’Europe. Ceux-ci ont fait le choix dès le début de mettre sur pied non une Europe politique mais une Europe technique, supposée devoir générer des solidarités de fait.
C’est ce que l’on a appelé la « méthode des petits pas » de Jean Monnet, qui consistait à imbriquer des secteurs précis de plus en plus nombreux, et à mettre les peuples devant le fait accompli. Une sorte de « fédéralisme furtif » si l'on veut. Il n'y a jamais eu de grande ambition démocratique là derrière, au contraire. Une ponction lente des prérogatives des nations pour les transférer à des échelons supranationaux ne pouvait qu'aboutir à terme à un déficit démocratique. Le choix de la supranationalité plutôt que la coopération traditionnelle entre nations européennes — par la voie simple de la diplomatie classique — portait nombre de problèmes en germe.
Pour ce qui est de la crise économique, on trouve l'une de ses sources principales dans la création de la monnaie unique. Le partage d'une même monnaie par des pays aux structures économiques très différentes, la mise en place d'une monnaie fédérale sans Etat fédéral auquel s'adosser, était voué à l'échec. Au lieu de les faire converger, l'euro a contribué à faire diverger les différentes économies, notamment en imposant aux pays d'Europe du Sud un fonctionnement « à l’allemande » fait de rigueur budgétaire et d'inflation quasi nulle, qui ne leur convient pas. 

 

Le vrai risque d’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne ne serait-il pas celui d’une étendue de la domination économique allemande sur le continent européen ?
"On parle encore de “couple franco-allemand” mais on devrait davantage parler d'une servitude volontaire de la France"

Cela renforcerait en effet sa centralité économique, politique, géographique. La relation franco-allemande est désormais très déséquilibrée. On parle encore de « couple » mais on devrait davantage parler d'une servitude volontaire consentie par de la France vis-à-vis de l’Allemagne.
Un départ éventuelle du Royaume-Uni est une chose, mais on voit bien globalement que toute les nations dites « périphériques » sont actuellement la proie de tensions centrifuges. On le voit bien avec la Grèce par exemple. L'Allemagne deviendrait évidemment le pivot d'une Union européenne réduite au noyau central.

 

La crainte de perdre un nouveau pays peut-il amener les institutions européennes à adopter une attitude plus conciliante dans ses négociations avec le gouvernement d’Alexis Tsipras ?
Non, je n'en suis pas convaincue. « Les Européens » pourront tenter de faire des concessions mineures pour se laisser le temps de voir venir. C'est ce que fait d'ailleurs la BCE, contrainte et forcée. Au départ, elle a cru pouvoir faire mettre le gouvernement Tsipras à sa merci en fermant aux banques grecques l'accès au refinancement normal. Du coup, ces banques se refinancement uniquement via l'accès à la liquidité d'urgence (ELA). Mais c'est au tour de la BCE d'être à présent coincée, et elle n'en finit plus de devoir relever le plafond de l'ELA, en attendant mieux.
Il pourrait y avoir éventuellement le déblocage de la dernière tranche de l'actuel plan d’aide, de 7,2 milliards d’euros, ou la négociation d'un troisième plan d'aide à partir de juin. Ou, beaucoup mieux, une restructuration de la dette. Mais là, si la Grèce parvient à obtenir ça, il fait bien voir que ça donnera des idées à d'autres pays. En Espagne par exemple, le parti Podemos de manquerait pas de faire campagne sur l'idée d'obtenir les mêmes concessions que son parti frère Syriza.
En tout cas, il faut bien voir que depuis 2008, les décisions économiques qui sont prises constituent un bricolage. Cela permet d’ « acheter du temps », de faire tenir la zone euro, mais ça ne résout pas les problèmes de structure de celle-ci. Et les problèmes économiques deviennent politiques, avec la montée de l’eurosceptisme dans tous les pays. On sent de nombreuses forces centrifuges à l'œuvre. L’Europe se désagrège, et personne ne sait quel sera le premier domino à tomber…

 

L’Union européenne pourra-t-elle accepter dans les futures négociations les mesures revendiquées par le gouvernement Cameron, comme celle du « carton rouge » (c’est-à-dire la dotation aux chambres parlementaires nationales d’un droit de véto sur les décisions de la Commission européenne ne respectant pas le principe de subsidiarité) ?
"Entre perdre l'Ecosse et sortir de l'UE, le Royaume-Uni va sans doute devoir choisir... "

Je pense que le Royaume-Uni, souhaite surtout obtenir des concessions. Il est intéressé par le libre-échange avec l'UE, mais souhaite couper un à un les fils qui le relient à la bureaucratie bruxelloise. Peut-être utilisera-t-il également le chantage au « Brexit » pour tenter de faire accélérer les négociations dans le cadre du traité transatlantique ?
De toute façon, les Anglais ont de la ressource. Ils sont branchés sur tout le monde anglophone, sur leurs anciennes colonies... Après, reste le problème écossais. Les indépendantistes du SNP dominent désormais très largement l'Ecosse. Or il s'agit d'un parti de gauche européiste. Entre perdre l'Ecosse et sortir de l'UE, il va sans doute falloir choisir…

 

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a déclaré récemment que « si le gouvernement grec juge nécessaire un référendum sur la question de la dette, alors qu'il le fasse. » Comment interpréter cette nouvelle provocation ?
Au sein du gouvernement allemand Wolfgang Schäuble semble s'être donné pour rôle de « terroriser » les Grecs. Il fait le « mauvais flic ». Angela Merkel passe derrière pour recoller les morceaux. Elle, c'est le « bon flic ». Un peu comme Varoufakis pour la Grèce, qui va à l’affrontement, avec un Tsipras qui joue ensuite l’apaisement. Mais je pense que si ça ne tenait qu'à Schäuble, tout aurait déjà été fait pour faire obtenir un « Grexit », car il a des convictions ordo-libérales très fortes.
En réalité, les deux camps doivent avoir compris qu'il n'y a guère d'issue à long terme, mais chacun s'efforce de montrer que l'impasse des négociations est imputable à l'autre.
Pour ce qui est de la Grèce, il est très probable que Tsipras soit en train de préparer doucement son opinion à une sortie de l'euro. Il lui faut un peu de temps pour montrer qu'il n'y a pas d'autre issue à une opinion encore rétive. Peu à peu, les Grecs réalisent qu'ils ont un mur en fasse d'eux, et l'idée fait son chemin. Aujourd'hui, près de 20% d'entre eux sont favorable à un retour à la drachme. C'est peu, mais on était à moins de 10% avant l'arrivée au pouvoir de Tsipras.

 

L’agence Eurostat a dévoilé hier sa première estimation du PIB du premier trimestre de l’année 2015, correspondant à une augmentation de 0,4%, couplé à une croissance annuelle de 1% dans la zone euro. Secondé par une croissance en hausse en France, en Italie et en Allemagne, ce rebond signifie-t-il, selon vous, que l’Europe sort la tête de l’eau ?
"La tendance lourde, c'est l'absence de croissance dans toute l'Europe, et un approfondissement des divergences entre les pays"Pas du tout, ce sont des soubresauts conjoncturels, de petits rattrapages ou de petites pauses habituelles qui ne signent en rien un retournement de conjoncture. J'avoue que j'ai presque cessé de m’intéresser à ces chiffres. La tendance lourde, c'est l'absence de croissance dans toute l'Europe, et un approfondissement des divergences entre les pays créditeurs et pays débiteurs. Par exemple, l’excédent commercial allemand n'en finit jamais d'augmenter : 217 milliards d'euros en 2014 soit 11% de plus que l'année précédente. Et le chômage reste à 25% en Espagne et en Grèce. Ça oui, c'est spectaculaire, et ça montre des déséquilibres majeurs. La zone euro est profondément mal foutue ! 

 

La situation en Europe en cas d’un « Grexit » et d’un « Brexit » pourrait-elle placer l’Union sous un angle géopolitique instable, avec un Est sous l’œil avide de la Russie de Vladimir Poutine et un forcing des Chinois sur les accords économiques ?
Je vous avoue que la Russie ne m'inquiète pas, au contraire. Un rapprochement avec la Russie pourrait bénéficier à toute l'Europe, en la rééquilibrant. On ne peut tout de même pas souhaiter une Europe rabougrie, autiste, recroquevillée sur un noyau dur dominé par l'Allemagne. Avec un Royaume-Uni en train de filer en douce et une Russie perçue comme une menace. Le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe, lui qui appelait de ses vœux une Europe « de l'Atlantique à l'Oural ».
Mais il faut être vigilant. Car le Royaume-Uni est ouvert a des liens privilégié avec les Etats-Unis. La Russie, elle, a manifesté beaucoup de pragmatisme à la suite des sanctions votées contre elle, en allant chercher d'autres partenariats en Asie. Le dindon de la farce in fine.... ce sera nous ! Il faut retrouver un équilibre sain entre les différentes nations d'Europe, Russie comprise.

Article réactualisé le 17 mai à 12h45

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 21:21

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Aberration

En Israël, un village arabe rasé 83 fois doit payer pour sa démolition

par

 

 

 

Le village bédouin de al-Araqib, situé à proximité de la ville israélienne de Beer-Sheva, dans le Néguev, au sud du pays, détient un triste record : celui du village qui a été rasé le plus grand nombre de fois par l’État israélien. La cinquantaine de maisons qui composent le village ont été démolies à 83 reprises ! Pire : l’État israélien vient de réclamer, le 6 mai, à ses habitants, de payer un demi million de dollars (deux millions de shekels) pour couvrir les frais de démolition, d’arrachage d’arbres et de déploiement des forces de l’ordre. L’affaire doit être tranchée devant un tribunal en septembre.

Pourquoi cet acharnement ? Les localité bédouines ne sont pas reconnues par l’État israélien. Ces habitations sont donc considérées comme des constructions illégales. Dans le cas d’al-Araqib, des procédures judiciaires sont en cours. D’un côté, les habitants font valoir des copies de leurs anciens titres de propriété. De l’autre, l’État s’appuie sur l’ancien code de l’empire ottoman – qui contrôlait la région jusqu’à ce qu’elle passe sous « protectorat » britannique après la première guerre mondiale – pour faire valoir que le village et les titres de propriété ne sont pas légaux.

« Alors que par le passé on a fait payer à des propriétaires individuels les frais de démolition d’une maison, c’est la première fois dans l’histoire d’Israël qu’une ville entière est priée de payer pour sa destruction », écrit Allison Deger, journaliste du site Mondoweiss, spécialisé sur la politique au Moyen-Orient (l’article a été traduit par l’Agence Média Palestine). Une inégalité de traitement est également dénoncée : les habitants des quelques colonies juives illégales en Cisjordanie, qui ont été démantelées, n’ont jamais reçu de factures pour payer les frais des déploiements policiers. Depuis 1967, Israël a détruit plus de 27 000 habitations palestiniennes dans les territoires que le pays a envahis et occupés (voir ici). A chaque fois, l’État a demandé aux propriétaires palestiniens de payer ces démolitions.

 

Ministre de la Justice d’extrême droite

A al-Araqib, c’est la même administration qui est juge et partie : c’est elle qui est la plaignante pour récupérer ces terres, et c’est elle qui réclame le coût des démolitions aux habitants qui ont été délogés. « Il n’y a pas de justice dans la gestion de cette affaire par l’État. Nous avons la preuve que cette terre leur appartient [aux bédouins] et que c’est une propriété privée », défend Khaled Sawalhi, un avocat qui représente les habitants du village. 45 autres localités non reconnues sont également menacées de destruction.

Et ce n’est pas la nouvelle ministre de la Justice, nommée par le Premier ministre récemment réélu Benjamin Netanyahu, qui améliorera le sort des bédouins vivant en Israël. Elle se nomme Ayelet Shaked et est membre du parti d’extrême droite HaBayit HaYehudi (le Foyer juif). L’année dernière, elle appelait à une guerre totale contre l’ensemble du « peuple palestinien ». « Qu’y a-t-il de si terrible à comprendre que le peuple palestinien dans son ensemble est l’ennemi ? (…) Ce sont tous des combattants ennemis, et leur sang leur retombera sur la tête. Cela concerne également les mères des martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils [dans la mort], cela ne serait que justice. Elles devraient disparaître, tout comme les foyers dans lesquels elles ont élevé les serpents. Sans quoi d’autres petits serpents y seront élevés à leur tour », expliquait-elle sur sa page Facebook. En d’autres lieux, on appelle cela une incitation au génocide.

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 21:03

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Pour la révision du procès Kerviel

|  Par Edwy Plenel

 

 

Le trader n’a été que l’alibi de sa banque. Tel est le sens de nos nouvelles révélations sur l’affaire Jérôme Kerviel, mettant en évidence l’instrumentalisation de l’enquête judiciaire par la Société générale, afin d’échapper à ses propres responsabilités. Ces éléments nouveaux, qui s’ajoutent à d’autres, légitiment la révision d’un procès dont la vérité a été la première victime.

De mémoire de chroniqueur des affaires judiciaires et policières, c’est un événement sans précédent. Voici donc un officier de police judiciaire, toujours en fonction au sein de la police nationale, qui affirme avoir été manipulé, au détriment de la vérité, dans une enquête particulièrement sensible. Il ne s’agit pas d’une confidence volée mais d’une déposition sur procès-verbal, faite dans le cabinet d’un juge d’instruction. Et loin d’être vague et incertain, ce témoignage est ferme et précis, accompagné d’informations vérifiables (lire ici les révélations de Martine Orange).

Chargée de l’enquête au tout début de l’affaire, en 2008, la commandante de police Nathalie Le Roy donne aujourd’hui raison à la version de Jérôme Kerviel, dès sa garde à vue, dont il n’a pas varié depuis. En substance, il reconnaît avoir commis les actes qu’on lui reproche mais dans le cadre d’un système pousse-au-crime, celui de sa banque, et d’une culture incitant au risque, celle de la spéculation. Il n’a pas, il n’a pu engager seul, tel un desperado de la finance, cinquante milliards d’euros – soit plus que les fonds propres de la Société générale !

Ce qu’affirme la policière, ce n’est pas seulement qu’un coupable manque à l’appel – la banque elle-même. C’est aussi que son éventuelle culpabilité pourrait innocenter le seul coupable désigné depuis le premier jour à l’opinion et à la justice par la Société générale, Jérôme Kerviel, que le PDG d’alors n’avait pas hésité à qualifier de « terroriste ». La force de ce témoignage est qu’il émane précisément de celle qui, dans un premier temps, accabla le trader et qui, depuis 2012, s’est mise à douter, puis à revisiter et, enfin, à remettre en cause ses propres conclusion initiales.

De plus, il rejoint d’autres faits ignorés par une justice trop empressée à faire droit au seul point de vue de la banque. Toute enquête est en effet un puzzle, dont les pièces font collectivement sens, se tiennent et s’ajustent. Or, devenue vérité judiciaire avec la condamnation de Jérôme Kerviel à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts, la version officielle de la Société générale est une pièce isolée qui ne se raccorde pas aux autres éléments connus. Bref, qui ne colle pas, comme n’a cessé de le démontrer, depuis deux ans, Martine Orange, égrenant ces vérités ignorées ou délaissées, voire cachées (lire son appel, il y a déjà un an : En défense de Jérôme Kerviel).

Ce fut d’abord (ici) la révélation que les enregistrements des conversations entre Jérôme Kerviel et plusieurs responsables de la banque avaient été non seulement sélectionnés de façon partiale mais de plus tronqués, avec des « blancs » mystérieux. Ce fut ensuite (), documents à l’appui, la démonstration que les alertes sur les risques pris par le trader avaient été ignorées par la banque. Puis ce fut la révélation (ici) des accords transactionnels passés avec les salariés liés à l’affaire Kerviel afin d’acheter à prix fort leur silence. Ce fut enfin la publication () du récit très informé d’un employé du service informatique de la société de courtage de la Société générale, témoin que la justice refusa d’entendre.

Dans la banque, dans la justice, dans la police, d’autres témoins existent que Martine Orange a rencontrés et qu’évoque, dans sa déposition, Nathalie Le Roy. Ils craignent de parler à visage découvert tant les pressions sont fortes. Mais leurs récits vont tous dans la même direction : celle d’une banque dont les dirigeants ont organisé l’innocence, avec tout le poids d’une telle institution auprès des pouvoirs publics. Tout semble s’être passé comme si le sort d’un homme seul était devenu quantité négligeable face à l’avenir d’une banque importante.

Tout comme les zélotes du secret des affaires imitent les intégristes du secret défense, il y a dans le mécanisme de l’affaire Kerviel un ressort semblable à celui de la raison d’État et des injustices que, trop souvent, elle justifie. Que le trader ne puisse être seul coupable est une vérité qui doit être étouffée, au nom d’une raison supérieure à la justice : sauver la banque, sa réputation, ses dirigeants. La culpabilité solitaire du trader doit être proclamée pour sauver l’honneur collectif de la place financière. Or c’est avec de tels raisonnements que se commettent des erreurs judiciaires mettant en jeu l’honneur d’un pays, de sa démocratie et de sa justice.

L’autorité de la chose jugée n’est pas forcément la vérité de la justice véritable. L’erreur judiciaire est inhérente à la fonction de juger, et elle n’est pas obligatoirement fautive : tout jugement n’est que le résultat des éléments fournis à l’appréciation des magistrats, au moment du procès. S’il existe une procédure de révision, récemment renforcée et facilitée (voir ici), c’est pour permettre ce retour en arrière où la justice se grandit, suscitant de la confiance par la reconnaissance de ses tâtonnements et de ses imperfections. Et quel argument plus légitime pour prendre ce chemin de rédemption que le surgissement de faits nouveaux, au cœur de l’enquête elle-même ?

Cette révision et ce réexamen d’une décision pénale définitive peuvent d’abord être demandés par le ministre de la justice, chargé du bon fonctionnement de ce que notre Constitution (voir ici) nomme « l’autorité judiciaire » et qu’elle définit, tout simplement, comme la « gardienne de la liberté individuelle ». Une bonne justice est d’abord une justice qui protège le plus grand nombre, et non pas au service des intérêts d’un petit monde. Cette protection, les pouvoirs publics, et au premier chef la garde des Sceaux, la doivent à celle qui, désormais, a pris un risque immense, en faisant preuve d’un courage qui n’est pas moins grand.

Le témoignage de Nathalie Le Roy ne peut être laissé dans l’isolement d’un cabinet d’instruction. À tous les échelons d’une institution judiciaire encore entravée par l’absence d’indépendance statutaire du parquet, il doit provoquer une remise à plat de l’ensemble du dossier judiciaire. Lanceuse d’alerte de fait, puisque mettant en cause une décision de justice dont sa propre enquête fut le point de départ, la policière doit se sentir confortée afin que son témoignage soit non seulement pris au sérieux mais en libère d’autres, dont nous savons qu’ils sont disponibles, jusqu’au sein du parquet financier de Paris.

C’est enfin la liberté d’un individu, Jérôme Kerviel, qui est ici en jeu. Et la France sait, depuis l’affaire Dreyfus qui l’a grandie à la face du monde, que, parfois, du sort d’un seul, dépendent les droits de tous. Mais c’est aussi notre liberté collective qui se joue face à un univers de puissance et d’arrogance dont nous savons tous, d’expérience vécue, combien il est responsable des désordres et des malheurs du monde actuel. Car nous voulons croire que l’argent n’a pas définitivement détrôné l’homme, et que la France n'est pas encore devenue une banque.

C’est pourquoi l’affaire de la Société générale appelle ce sursaut, au plus haut niveau de l’État : la révision, pour servir la justice, respecter la vérité et honorer la République.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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