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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 17:48

 

 

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Mal-logement

Paris brade un immense bâtiment public au profit du milliardaire François Pinault

 

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Le 26 février, 300 personnes ont investi un bâtiment vide de 10 000 m2, situé dans le 10e arrondissement de Paris, discrètement occupé depuis 48 heures. L’objectif est double : installer un quartier général des mouvements sociaux pour faire entendre leurs voix dans la période électorale, et trouver un toit à une trentaine de familles de l’association Droit au logement (DAL) qui étaient sans abri ou hébergées de manière très précaire.

Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Comme le révèle la délibération adoptée par le conseil municipal de Paris le 11 juillet 2016, l’immeuble appartient à la ville de Paris et est en cours de vente à la Chambre de commerce pour 35 millions d’euros. En contrepartie, celle-ci vend la « Bourse du commerce » à la ville de Paris pour 86 millions d’euros [1]. « Pourquoi la ville de Paris achète la Bourse du commerce ? Pour en faire des logements sociaux ? Pour en faire des crèches ? Pour en faire un hôpital ? Vous avez tout faux ! » interpelle Annick Coupé, de l’association Attac, dans la vidéo ci-dessous.

Selon la délibération, la ville de Paris prévoit de louer la Bourse du commerce à la Société Collection Pinault pour en faire un musée d’art contemporain « complété d’espaces de restauration et de boutiques ». La collection de François Pinault, fondateur du groupe de luxe Kering, est estimée à 1,4 milliard d’euros soit un dixième de sa fortune totale de 14 milliards d’euros [2]. « Ces transactions coûtent plusieurs dizaines de millions à la ville de Paris pour les seuls intérêts privés de Pinault qui louera cet espace pour 60 000 euros par an ! C’est une opération de privatisation de bâtiments publics ! », dénonce le collectif Nos droits contre leurs privilèges qui rassemble une quarantaine de mouvements sociaux, associatifs et syndicaux. La ville de Paris fait de son côté valoir que cette collection d’art contemporain « contribuera à la promotion des artistes et au rayonnement culturel de Paris ».

Sur place, le collectif a contacté la mairie de Paris pour demander l’ouverture de négociations sur les deux objectifs. « La réponse a été l’envoi des CRS et l’évacuation sans ménagement en fin de journée de cet immeuble qui va rester vide encore de longs mois, alors que le nombre de sans logis ne cesse d’augmenter », déplorent les organisations dans un communiqué. Ces dernières ne comptent pas en rester là et demandent à être reçues par la mairie de Paris pour des réponses concrètes sur le relogement de ces familles et sur un espace pour les mouvements sociaux. Les différentes revendications de la campagne « Nos droits contre leurs privilèges » sont à retrouver sur nosdroits.org.

 

 

Notes

[1La Bourse de commerce est située près du Forum des halles, 2 rue de Viarmes à 75002. Il est précisé dans la délibération que « l’acquisition interviendra au prix de 63 000 000 euros. Ce prix sera augmenté d’une indemnité de reconstitution du service public d’un montant de 23 000 000 euros, destinée à financer une partie des dépenses d’installation des services et équipements de la CCIR dans l’immeuble Jouhaux. »

[2Données 2014. Source

 

 

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 17:30

 

 

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Démocratie

Quand le Conseil constitutionnel se fait le gardien des intérêts des grandes entreprises

 

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Garant de la conformité des lois avec la Constitution, le Conseil constitutionnel est censé rendre des décisions souveraines, imperméables aux tentatives d’influence extérieures comme aux intérêts particuliers. Qu’en est-il dans les faits ? La censure par les Sages, ces dernières années, de nombreuses mesures législatives a priori bénéfiques à l’intérêt général, en matière fiscale ou de transparence des activités des multinationales, commence à attirer l’attention. La proximité de cette instance avec de grands lobbies économiques et l’opacité de son mode de fonctionnement, suscitent la critique. Au point qu’une réforme de ce pilier du système démocratique semble aussi urgente que nécessaire.

Le 21 février, la loi sur le devoir de vigilance des multinationales [1] est définitivement adoptée par les députés français. Elle vise à combler ce qui était jusque-là une lacune béante du droit face à la mondialisation : l’impossibilité de poursuivre une multinationale pour des atteintes graves aux droits humains ou à l’environnement occasionnées par leurs filiales ou leur chaîne de sous-traitance. Cette nouvelle législation suscite déjà un grand intérêt au-delà de nos frontières, et les parlementaires et associations qui l’ont portée en France se préparent à mener la bataille au niveau européen. Proposée dès 2012, elle n’a été définitivement adoptée que quatre ans plus tard, en troisième lecture, l’avant-dernier jour de la législature, au terme d’une laborieuse procédure, et malgré un contre-lobbying acharné des milieux patronaux.

 

« L’Afep à tous les tournants »

Pour autant, la cause est-elle vraiment entendue ? Un dernier obstacle au moins se profile : le Conseil constitutionnel. Celui-ci a immédiatement été saisi, à la fois par les députés et par les sénateurs de droite, avec une argumentation très similaire. Lors du dernier passage de la proposition de loi devant le Sénat, ces derniers avaient déjà voté une motion d’irrecevabilité au motif que le texte serait contraire à la Constitution : trop large et trop imprécis, trop punitif, trop stigmatisant, ou encore abusant du concept de responsabilité juridique [2]. Un argumentaire qui a été directement élaboré, dès 2013, par le lobby chargé de coordonner l’opposition patronale à la proposition de loi : l’Association française des entreprises privées (Afep), qui regroupe les plus grands groupes français.

« Nous avons trouvé l’Afep à tous les tournants, témoigne un représentant d’ONG. Ils ont mobilisé une armée de juristes pour démonter notre proposition de loi auprès de Bercy. » Ils ont convaincu Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, de refuser une première version de la loi, au motif qu’elle était « aux antipodes des grands principes juridiques qui gouvernent notre pays, y compris constitutionnels » [3]. Puis ils se sont attaqués à la seconde version de la loi, celle qui a été finalement adoptée, toujours sous le même angle. Cette même ligne d’attaque est aujourd’hui portée directement devant le Conseil constitutionnel, présidé depuis février 2016 par Laurent Fabius, qui a succédé à Jean-Louis Debré.

 

Précédents inquiétants

Les députés et militants associatifs qui ont porté la loi contre vents et marées ne cachent pas leur nervosité. Et on peut les comprendre, à considérer plusieurs décisions récentes du Conseil constitutionnel. Dans les dernières semaines de l’année 2016, les neuf « Sages » – d’éminents juristes mais aussi d’anciens politiques comme Lionel Jospin, Michel Charasse et Valéry Giscard d’Estaing [4] – ont censuré deux dispositions adoptées par les députés pour lutter contre l’évasion fiscale des multinationales. Tout d’abord, l’amendement dit « Google », présenté par le socialiste Yann Galut, qui visait à permettre au fisc de taxer les géants du net pour les profits réalisés en France mais redirigés vers des filiales situées en Irlande ou au Luxembourg. Le Conseil a jugé qu’il portait atteinte au principe d’égalité devant la loi.

Autre mesure censurée : le reporting public pays par pays, qui aurait contraint les multinationales françaises à publier des informations complètes sur leurs filiales, y compris leurs effectifs, leur chiffre d’affaires, leurs bénéfices et les impôts acquittés. La disposition aurait permis de faire toute la lumière sur d’éventuelles manœuvres d’évitement fiscal. Déjà en vigueur pour les banques, elle est actuellement envisagée au niveau européen. Le Conseil constitutionnel a jugé qu’elle était contraire à la « liberté d’entreprendre », au motif qu’elle forçait les firmes françaises à dévoiler des informations stratégiques dont pourraient profiter leurs concurrentes. Un argument que l’on trouvait déjà sous la plume de l’Afep, qui avait déjà mené la fronde des intérêts patronaux.

 

Au nom de la « liberté d’entreprendre »

C’est en fait l’ensemble du quinquennat qui a été marqué par des censures constitutionnelles ciblant des mesures emblématiques initiées par François Hollande ou par les parlementaires de la majorité. Et tout particulièrement en matière fiscale. Par exemple, la proposition de taxer les très hauts revenus à 75% sur la dernière tranche, retoquée dès décembre 2012. Ou encore la loi Florange de 2014, censée mettre fin aux « licenciements boursiers » en imposant des pénalités aux entreprises qui fermeraient des sites rentables. Le Conseil a censuré cette disposition en l’estimant ici encore contraire « à la liberté d’entreprendre et au droit de propriété », parce que cela aurait privé « l’entreprise de sa capacité d’anticiper des difficultés et de procéder à des arbitrages économiques ».

Le Conseil constitutionnel aurait-il tendance à se poser en gardien des intérêts des entreprises, notamment contre les tentatives de régulation visant à répondre à la nouvelle réalité caractérisée par la financiarisation et la mondialisation des économies ? Une grande partie du droit qui régit aujourd’hui le monde des affaires et ses relations avec le politique date de plusieurs décennies, parfois de plus d’un siècle. Il a donc été conçu pour des conditions économiques et sociales radicalement différentes. Les grands groupes savent en jouer à merveille. Refuser l’évolution nécessaire du droit au nom d’une interprétation extrêmement conservatrice de grands principes constitutionnels revient à leur laisser le champ libre.

 

Un haut lieu de lobbying

Loin de son image – et de son statut théorique – de juge imperméable aux pressions extérieures, le Conseil constitutionnel est en fait un haut lieu du lobbying. Selon une enquête de Mathilde Mathieu pour Mediapart, celui-ci a pris de plus en plus d’importance. Il se traduit notamment par la pratique des « portes étroites », des contributions informelles envoyées au Conseil pour tenter d’influencer sa décision, qui restent secrètes et ne sont communiquées ni aux parlementaires, ni même au gouvernement. Ces contributions sont commandées à d’éminents professeurs de droit constitutionnel ou à des cabinets d’avocats spécialisés, moyennant rémunération de plusieurs dizaines de milliers d’euros [5], pour défendre le point de vue des entreprises ou d’autres lobbys auprès du Conseil. Selon nos informations, dès le lendemain de la saisine du Conseil sur le devoir de vigilance, le Medef a déjà déposé une porte étroite sur le sujet.

Selon des chiffres fournis par Jean-Louis Debré lui-même lorsqu’il était encore président du Conseil, un total de 47 portes étroites auraient été déposées au cours de l’année 2014. Puis en 2015, on en dénombre 21 sur la seule loi sur le renseignement, et 24 sur la loi Macron. L’Afep est une grande habituée de cette pratique. D’après les maigres informations disponibles, elle y a déjà recouru au début des années 2000 pour faire censurer un projet d’écotaxe, grâce à la plume de Guy Carcassonne, un prestigieux constitutionnaliste rocardien. En 2013, elle lui a à nouveau commandé une « porte étroite » visant à dénoncer le caractère « confiscatoire » de la fiscalité pesant sur les entreprises [6].

 

En toute opacité

Au-delà de ces notes discrètes, les rencontres informelles entre certains membres du Conseil constitutionnel et des représentants des entreprises semblent également devenues monnaie courante. Dans un livre publié suite à son départ de la rue de Montpensier [7], Jean-Louis Debré évoque ouvertement des rendez-vous réguliers avec le patron du Medef ou des groupes de grands patrons, où sont notamment évoquées les questions de fiscalité. « Nous attendons beaucoup du Conseil, aurait déclaré Pierre Gattaz à l’une de ces occasions. Nous n’avons pas été déçus par vos décisions précédentes. »

Le lobbying auprès du Conseil constitutionnel est moins médiatisé que celui exercé sur les parlementaires, mais il s’avère tout aussi redoutable. Le rapport de forces y est même beaucoup plus inégal qu’à l’Assemblée ou au Sénat : associations ou simples citoyens n’ont tout simplement pas les moyens de se payer l’expertise de constitutionnalistes, et ne bénéficient pas des mêmes voies d’accès privilégiées. Le processus est en outre très peu encadré, d’une opacité quasi-totale [8]. Société civile et parlementaires en sont exclus. Ni les délibérations ni les portes étroites ne sont rendues publiques. Enfin, la pratique des portes étroites est contraire à tous les principes d’un débat contradictoire, puisque le gouvernement n’en a pas connaissance et ne peut donc y répondre.

Le rôle croissant des saisines du Conseil constitutionnel permet aussi toutes les hypocrisies. Le député socialiste Dominique Potier, l’un des fers de lance de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales, a vu quelques jours auparavant une autre de ses propositions de loi, sur l’accaparement des terres, référée au Conseil constitutionnel par soixante parlementaires de l’opposition. Le texte a pourtant été adopté à l’unanimité en séance. Plus dérangeant encore : parlementaires et société civile étant tenus à l’écart du processus, il revient aux seuls représentants de l’exécutif de défendre les lois devant les Sages. Mais certains services ministériels, particulièrement du côté de Bercy, ne sont pas toujours très enthousiastes à défendre des législations initiées par les politiques. De quoi couler une loi, en toute discrétion.

 

Une nécessaire réforme des procédures

En février 2016, Laurent Fabius remplace Jean-Louis Debré à la présidence du Conseil. Depuis cette date, et pour la première fois depuis longtemps, cinq juges sur neuf ont été choisis par la gauche [9]. Cela ne semble pas avoir changé le rapport de force. Certaines voix s’élèvent cependant pour demander davantage de transparence sur les portes étroites, voire une mise à plat complète de la procédure et des moyens mis à disposition du Conseil, pour évoluer vers un modèle proche de la procédure publique et contradictoire de la Cour suprême américaine. D’autres voudraient un contrôle plus strict des éventuels conflits d’intérêts des membres de la juridiction. En vain.

Récemment, le Conseil constitutionnel a une nouvelle fois montré son conservatisme en matière d’encadrement du lobbying et des conflits d’intérêts. Plusieurs dispositions de la loi Sapin 2 sur la transparence et la lutte contre la corruption n ont ainsi fait les frais : les Sages ont estimé que les hauts fonctionnaires souhaitant passer dans le secteur privé ne devaient pas être obligés de solliciter l’avis de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ; ils se sont également opposé aux sanctions contre les lobbyistes qui ne respecteraient pas les obligations liées aux registres imposant un minimum de transparence de leurs activités à l’Assemblée ou au Sénat ; et ont censuré la disposition prévoyant une aide financière aux lanceurs d’alerte.

 

Pour les ONG, deux poids deux mesures ?

Certes, les associations et la société civile ont elles aussi la possibilité de faire passer aux membres du Conseil leurs propres « portes étroites » – ce qu’elles font généralement de manière publique. Les associations de défense des migrants l’ont fait pendant la présidence Sarkozy. La Quadrature du Net, French Data Network et la Fédération des fournisseurs d’accès à Internet associatifs y ont procédé pour la loi Renseignement. Plus récemment, plusieurs dizaines de parlementaires ont saisi le Conseil, encouragés par collectif d’associations, pour qu’il se penche sur la constitutionnalité du Ceta, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Canada. Ils accusent celui-ci de porter atteinte aux « conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale », notamment en raison des mécanismes d’arbitrage international investisseurs-États qu’il inclut.

Pour cette saisine inédite, ils ont sollicité trois professeurs de droit constitutionnel. Les associations qui défendent la loi sur le devoir de vigilance réfléchissent à une démarche similaire. Mais rien, dans la procédure actuelle, ne leur garantit que ces contributions seront effectivement lues et prises en compte, et qu’elles ne partiront pas directement à la poubelle. C’est bien pour cela que la signature d’un éminent constitutionnaliste, plus à même d’attirer l’attention des Sages, est si utile, et qu’elle se monnaie si cher.

 

La justice sociale et fiscale plutôt que les privilèges des multinationales

Principe de légalité, de proportionnalité et de nécessité des peines, principe de clarté de la loi, principe de responsabilité… Les opposants au devoir de vigilance des multinationales ont multiplié les arguments juridiques pour convaincre les parlementaires, et désormais les Sages, de l’inconstitutionnalité de la loi. Mais l’expérience passée montre que c’est sans doute aux arguments économiques que le Conseil constitutionnel est le plus sensible. S’il a censuré le reporting pays par pays et la loi Florange, c’est au nom du droit de propriété, de la liberté d’entreprendre et du secret des affaires.

Officiellement, le rôle du Conseil constitutionnel est de prévenir les atteintes excessives à ces grands principes économiques par le législateur. Mais les Sages disposent d’une grande latitude pour décider du bon équilibre entre intérêts économiques et intérêt général. Ils décident seuls, sans rendre de comptes à personne. Ces dernières années, ils semblent avoir souvent fait primer la défense de l’ordre économique établi, et donc des privilèges des multinationales, sur les objectifs de justice sociale et fiscale. Pourtant, la possibilité de réduire à néant, en quelques semaines, des années d’effort pour faire adopter une loi finit par vider le travail parlementaire de son sens et, en dernière instance, va à l’encontre des principes démocratiques les plus élémentaires.

En ciblant efficacement le Conseil constitutionnel, les lobbys patronaux auraient ainsi réussi à initier en France, à l’abri des regards, la même tendance à la « constitutionnalisation » de l’ordre économique néolibéral que l’on observe dans d’autres pays, comme l’Allemagne, mais cela sans avoir à modifier le texte de la Constitution. Dans l’hexagone, c’est davantage à une réinterprétation libérale du texte de 1958 par le juge constitutionnel, que nous semblons assister. Ceux qui cherchent à défendre une vision alternative devraient commencer à y prêter attention.

Olivier Petitjean

En photo : bureau du Président du Conseil constitutionnel

 

 

Notes

[1Précisément, « Loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre ».

[2Voir parmi les exemples récents ces tribunes de juristes dans Le Monde et dans Les Échos.

[3Formulation d’une lettre de Pierre Pringuet, président de l’Afep, à Emmanuel Macron, publiée par Contexte.

[4Ce dernier siège de droit en tant qu’ancien Président de la République, ce qui porte le nombre de membres du Conseil constitutionnel à dix. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont tous deux renoncé à leur siège.

[5Entre 20 000 et 100 000, selon l’enquête citée de Mediapart.

[6Guy Carcassonne est décédé le 27 mai 2013.

[7Ce que je ne pouvais pas dire, Robert Laffont, 2016.

[8Le contraste est frappant avec la procédure qui gouverne l’examen des Questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), introduite en 2008, qui est beaucoup plus transparente et contradictoire.

[9Nommés pour neuf ans, les membres du Conseil sont désignés de la manière suivante : trois, dont le président, par l’Élysée, trois par le président de l’Assemblée nationale, et trois par celui du Sénat.

 

 

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 17:28

 

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

"Avec l'argent public, certains députés paient des week-ends à Barcelone à leur femme"

 

 

 

Violette Lazard, journaliste au service enquête de l'Obs, signe une enquête sur l'argent caché des députés avec Caroline Michel et Vincent Monnier, dans le numéro dans les kiosques ce jeudi 2 mars. Extraits choisis. À lire aussi sur le site de l’Obs

 par NouvelObs Chronique

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 16:38

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

Macron reçoit un oeuf en pleine tête au Salon de l'agriculture

 

 

Ambiance tendue au Salon de l'agriculture mercredi. Emmanuel Macron, en plein bain de foule, a reçu un jet d’œuf en plein visage vers 15h40. Le candidat d'En Marche ! devait y tenir quelques minutes plus tard une conférence de presse. Elle a dû être retardée en raison de l'incident. En juin 2016 déjà, alors ministre de l'Économie, Emmanuel Macron avait été victime d'un jet d’œuf lors d'une visite à la Poste de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

 par NouvelObs Montage

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

 

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Source : https://www.marianne.net

 

 

VIDEO - Emmanuel Macron se prend un oeuf en pleine tête au Salon de l'agriculture

 

Le candidat d'En Marche avait déjà été la cible de jets d'oeufs en juin dernier, lorsqu'il était encore ministre.

 

Alors que François Fillon a dû se protéger d'un cordon de sécurité pour éviter tout débordement et mouvement de foule au Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron s'est montré moins précautionneux... et l'a payé d'un projectile volailler. Comme l'a repéré le Lab, le candidat d'En Marche a reçu un oeuf en pleine tête ce 1er mars dans l'après-midi. Un internaute a filmé et publié la scène. Attention, cela va très vite :

Déjà en juin dernier, alors qu'il était encore ministre de l'Economie, Emmanuel Macron avait été visé par un jet d'oeufs lors d'un déplacement à la poste de Montreuil. Dans le but de dévoiler le timbre émis pour les 80 ans du Front Populaire, il avait été accueilli par des manifestants anti-loi Travail, très hostiles, jetant des boulettes de papiers et des oeufs dans sa direction. Très encadré par son service d'ordre, Macron avait échappé au projectile. Pas l'homme qui l'accompagnait.

 

 

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 21:42

 

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

 

Charlot ministre de la vérité

par Frédéric Lordon, 22 février 2017
 
 

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One of the best toy traffic lights ever manufactured (l’un des plus beaux jouets représentant un
feu de circulation jamais fabriqué).

 

Admettons-le : au début on n’a pas voulu y croire. Lorsque le 3 janvier on a entendu Samuel Laurent, « décodeur » en chef au Monde, annoncer « une innovation technologique (1) » conçue pour défaire la post-vérité, on s’est dit que c’était trop beau pour être vrai. Mais l’époque dispense sans compter, et il faut désormais tenir pour acquis qu’elle est capable de tout. La suite a prouvé combien. Il y a d’abord ce nom grotesque, Decodex, qui fait surtout penser aux collants bleus de Fantômas ou bien au manteau noir de Judex — et donne irrésistiblement envie d’avoir accès aux minutes du brainstorming, qu’on imagine quelque part entre Veritator, Orthofact et Rectifias. Il y a surtout une trouvaille dont on ne sait plus s’il faut l’assimiler au geste d’une performance artistique ou au comique du cinéma muet. Construire la machine à gifles et s’y attacher la tête dans l’ouverture, Buster Keaton ou Charlot n’auraient sans doute pas fait mieux. C’est que les génies du décodage se sont fabriqué pour longtemps des journées difficiles. Comme de juste, pas une des (nombreuses) traces de pneu de la presse « crédible » labellisée « vert » ne leur sera épargnée, immanquable avalanche dont les effets sur la santé nerveuse du chef décodeur sont déjà constatables sur les réseaux sociaux. Et chaque fois que le ministère de la vérité proteste de ses justifications doctrinales, c’est derechef pour faire tourner à plein régime la turbine à claques.

 

L’hôpital, la charité

Pour son malheur en effet, il n’est pas une de ses phrases qui ne puisse aussitôt lui être retournée. On se souvient de Katherine Viner, éditorialiste-philosophe de la post-vérité au Guardian qui, voulant faire porter le chapeau à Facebook, « conceptualisait » les « bulles de filtre » sans s’apercevoir que la définition qu’elle en donnait s’appliquait à merveille à la presse mainstream : un univers clos qui ne se nourrit que de pensée confirmante sans jamais ni accueillir ni faire entendre le moindre bruit contradictoire sérieux. Si Samuel Laurent est visiblement plus à son affaire dans le code que dans la théorie, ça ne l’empêche pas d’essayer lui aussi. Il aurait eu tort de se gêner, les produits de la ferme sont de première qualité : « Plus on est dans le domaine de la croyance et du religieux, plus c’est difficile de faire changer d’avis quelqu’un, parce qu’il y croit, il a basé sa structure mentale là-dessus (…) C’est compliqué de se battre contre des gens qui sont déjà convaincus (2) ». Et c’est tellement vrai.

La neutralité journalistique est au choix une ânerie sans nom ou une parfaite hypocrisie.

Par exemple, le type qui déclare avec un regard fixe un peu inquiétant que « Jean-Claude Juncker s’efforce de taxer les multinationales, de faire la chasse aux paradis fiscaux et d’avoir une gestion politique — comprendre de gauche — des politiques budgétaires » est clairement à jour de sa cotisation aux Raëliens ou bien s’est fait refiler du gâteau au shit par des Hare Krishna. Ici les analyses de Samuel Laurent n’ont jamais été si éclairantes : nous avons en effet à faire à quelqu’un « qui est dans le domaine du religieux, qui y croit, qui a basé sa structure mentale là-dessus ». Et il est bien certain qu’il ne va pas être facile de le ravoir, parce que celui-là, c’est peu dire qu’« il y croit ». Le problème est que le sujet à pupilles dilatées est directeur éditorial au journal Le Monde (3) qui lui tamponne régulièrement son bon de sortie — à vignette verte. Problème d’autant plus sérieux que le directeur de la maison de repos, en campagne pour les dragées Decodex, dit lui-même des choses à fort retour de manivelle : « Un site d’extrême-droite peut reprendre des vraies informations ou alors peut colporter de fausses informations, ou peut donner des visions extrêmement tendancieuses des faits (4». Ma foi c’est très vrai également, attention toutefois à la malice du jokari. Bien sûr on ne va pas assimiler le journal de référence à un site complotiste, mais enfin, littéralement parlant, « reprendre des vraies informations, en colporter de fausses, donner des faits des présentations extrêmement tendancieuses » est un énoncé susceptible d’un champ d’application passablement plus large que ne l’imagine le directeur du Monde.

 

Quand les autorités ne font plus autorité

Qu’un discours devienne à ce point instable par autoréférence devrait normalement inquiéter ses propres auteurs. Que la chose les laisse à ce point de marbre, et comme inconscients de la ruine qu’ils opèrent eux-mêmes de leur propre position a en tout cas valeur de symptôme. Mais symptôme de quoi sinon de ces époques finissantes qu’on reconnaît à l’enfermement de ceux qui prétendaient en être les guides, et ne mesurent plus ni à quel point ils ont rompu avec le reste de la société ni la portée de leurs propres paroles. De ce point de vue, il y aurait certainement lieu de mettre en rapport le geste involontairement comique du Decodex et la vomissure des économistes Cahuc et Zylberberg (5), l’un comme l’autre exprimant ce mélange d’incompréhension et de fureur des institutions de la doxa quand, médusées, elles contemplent pour la première fois la crise qui menace de les emporter. Spasme réactionnel commun des autorités qui découvrent qu’elles ne font plus autorité, le ministère journalistique de l’information vraie est mitoyen de la maison de correction épistémologique pour « négationnistes économiques ». Et dans l’un et l’autre cas, la même incompréhension stupéfaite du processus d’effondrement de leur légitimité, la même réaction à la fois autistique et autoritaire — précisément parce que les institutions de pouvoir ne connaissent pas d’autre conception qu’autoritaire de l’autorité. C’est pourquoi, exposées à la contestation, elles cèdent spontanément à une crispation fulminante accompagnée d’un serrage de vis pour tenter de reprendre en main ce qui est en train d’échapper. Ici nous vous apprendrons ce qu’est la vraie science, là la bonne information — et, croyez-nous, vous finirez par penser droit.

Le ministère journalistique de l’information vraie est mitoyen de la maison de correction épistémologique pour « négationnistes économiques »

On pourrait même pousser l’homologie plus loin car l’antinomie épistémologiquement indigente de la science et de l’idéologie, qui obsède les deux économistes partis, est formellement semblable à celle du journaliste et du militant dont le « décodage » fait l’axe de sa vision du monde. De même qu’aux uns il faudrait expliquer qu’il y a finalement trois sortes d’économistes : ceux qui ne s’aperçoivent même pas que leur « science » est de part en part imbibée de politique, ceux qui en ont conscience mais décident de camper dans la dénégation pour ne pas gâcher les profits symboliques de la science, ceux enfin qui aperçoivent que la présence de la politique dans la science sociale est sa condition nécessaire et qui cherchent au grand jour comment réguler les effets de cette présence, de même il faudrait expliquer aux autres que la neutralité journalistique est au choix une ânerie sans nom ou une parfaite hypocrisie.

Autant la discussion épistémologique, toujours dominée par le boulet de la « neutralité axiologique », est loin d’être close, autant on pensait en avoir fini depuis longtemps avec l’« objectivité du journalisme ». Il faut croire que non. Une heure d’émission (6), et presque de supplications, ne suffira pas pour obtenir de Samuel Laurent un début de vacillement sur ce sujet. Par exemple : pourquoi Fakir doit-il être en orange ? Parce qu’il « a un point de vue » : « Je suis désolé, Fakir parle d’un point de vue ».

 

« Dieu, le Monde, et moi »

Leibniz nomme « géométral » de toutes les perspectives le point de vue sur tous les points de vue, le point de vue suprême qui cesse d’être un point de vue particulier parce qu’il les synthétise tous. Le géométral, c’est le point de vue de Dieu. Ou, donc, du Monde. C’est bien connu : Le Monde n’a pas de point de vue. Il n’est pas l’organe officiel de la mondialisation, de l’Europe libérale, de la réforme indéfinie, et de l’entreprise-qui-crée-l’emploi — ou s’il l’est, il n’est que le porte-parole de la nature des choses. Et quand, de temps à autre, admettons-le, des « opinions » s’y font entendre, c’est dans les pages spéciales des éditoriaux, des chroniques et des tribunes, hermétiquement séparées du reste du journal voué, lui, aux faits vrais et à l’information neutre.

Lire aussi Pierre Rimbert, « Critique des médias, vingt ans après », Le Monde diplomatique, décembre 2016. Aussi bien Daniel Schneidermann que François Ruffin (7) s’essayent à faire comprendre à Samuel Laurent que c’est le propre du point de vue dominant que de pouvoir se nier comme point de vue particulier, de même, par exemple, qu’en matière de langue il n’y a d’accent qu’en référence à un accent particulier mais qui a réussi le coup de force de se poser comme le neutre, le sans-accent, ou bien dans un autre genre que le refus de l’idéologie est la posture suprêmement idéologique, puisque inconsciente de l’idéologie dans laquelle elle baigne entièrement, etc., des choses assez simples normalement. Formidable citation de la documentariste de Paroles de Bibs : « quand un patron parle, c’est de l’économie, quand un syndicaliste parle, c’est du militantisme (8) ». Normalement, dans ce raccourci coup de poing, qui dit absolument tout, il devrait y avoir de quoi réveiller jusqu’à un esprit végétatif. Mais là non, rien, autant apprendre la règle de trois à une théière.

Si, comme le disait Marx, les structures sociales se réalisent dans des personnes particulières, il n’est pas interdit de prendre la mesure du fait général de la labellisation de l’information, non seulement par ce qu’en dit l’un de ses plus signalés représentants, mais aussi par ce qu’il dit de lui-même, l’accord parfait d’une complexion singulière à la structure d’ensemble permettant d’éclairer la structure d’ensemble par la complexion singulière. On touche donc probablement au fond des choses (et peut-être en les deux sens du terme) lorsque, interrogé sur les ressorts de sa vocation journalistique, le chef décodeur hésite un instant avant de répondre finalement qu’elle doit tout à « la passion des faits (9) ». La passion des faits… Des faits en général, sans autre précision. Des faits en tant que faits. Réponse philosophiquement vertigineuse, porteuse de tout un rapport au monde social et à la politique (peut-être au monde tout court d’ailleurs), qui laisse aussi dans un grand désarroi car on voit bien que, même en prenant le sujet avec patience et longueur de temps, on n’y arrivera pas, on ne lui fera pas lâcher, puisque tout s’en suit avec une parfaite logique : il y a « les journalistes » (qui n’ont pas de point de vue) et il y a « les militants » (qui en ont un). Les premiers sont donc par essence respectueux des faits et les seconds portés à les distordre. Au Monde, on n’est pas des militants, d’ailleurs — textuellement — « je n’ai pas de démarche militante ». Et puis encore : « Je ne suis pas militant, je suis journaliste. Et être journaliste, c’est expliquer le monde tel qu’il va ». Sentiment de vertige au spectacle de cet abysse. On se rattrape en imaginant qu’il suffirait, par amusement, de suggérer au « journaliste » qu’il est « un militant des faits » pour qu’une erreur-système de force 7 lui grille aussitôt tous les circuits.

 

À l’intersection de l’évaluation et de la démocratie pastorale

Il y a comme une loi de proportionnalité du monde social qui justifie la critique en rapport avec l’importance des positions de pouvoir et des prétentions qui s’y expriment. C’est que la détention d’un pouvoir exorbitant conduit nécessairement à questionner la légitimité des détenteurs, et qu’en l’espèce on est conduit à se demander comment des pouvoirs aussi considérables se sont trouvés remis à des individus aussi insuffisants. La pédagogie généralisée de l’information vraie ne pouvait donc manquer de faire revenir la bonne vieille question de Marx de savoir qui éduque les éducateurs. On se dit d’abord que la croyance forcenée en un journalisme vierge de point de vue et riche seulement de faits devrait suffire à interdire l’accès à la profession. On se demande ensuite ce qui se passe dans les écoles de journalisme pour qu’on en laisse sortir des « diplômés » dans cet état. Sont-elles toutes sinistrées à ce point (ou n’y en a-t-il pas une ou deux qui résistent) ? À quel effondrement président-elles ? La dégradation intellectuelle du journalisme est-elle si avancée que le laisse entrevoir l’aval enthousiaste donné à la philosophie du Decodex jusqu’au plus haut niveau du « quotidien de référence » ?

« Quand un patron parle, c’est de l’économie, quand un syndicaliste parle, c’est du militantisme »

« Nous proposons de l’aide, nous n’imposons rien à personne, on est là pour aider » murmure doucereusement M. Fenoglio, directeur du Monde (10), dont on se demande s’il y croit vraiment — le pire étant qu’on ne peut pas l’exclure —, ou s’il ne fait que retourner à ce lieu commun de la réponse médiatique à la critique des médias : la dénégation, spécialement celle de tout magistère. « On n’est pas là pour dire le journalisme qu’il faut faire (11) » n’hésite pas à surenchérir son Décodeur en chef… dans le moment même où il distribue souverainement les labels de bon et de mauvais journalisme.

La dénégation du magistère médiatique, dont on ne sait plus si elle procède d’une parfaite hypocrisie ou d’une inconséquence sans fond, va cependant devenir une gageure avec le déploiement de procédés aussi épais que le Decodex. C’est que la machine à gommettes occupe pile ce lieu monstrueux où se rencontrent la pathologie néolibérale du rating et la conception tutélaire de la démocratie. Il y aurait beaucoup à dire sur le geste qui conduit, sans visiblement qu’il en ait conscience, Le Monde à épouser cette pratique néolibérale entre toutes de l’évaluation généralisée — des autres. Comme on sait, née dans la finance, la pratique de l’évaluation est en voie de coloniser toutes les sphères de la vie sociale, organisant par là leur soumission à la logique d’une société de marché de part en part régie par le principe de concurrence. On évalue les chauffeurs de VTC, les appartements de location, les toilettes d’aéroport, et sans doute bientôt les dîners entre amis — le « code couleur », cette tragédie de la couleur que même la plus fertile imagination dystopique n’aurait pas pu anticiper. Voilà donc que Le Monde distribue des couleurs à l’information comme d’autres aux apports nutritionnels ou aux pots d’échappement. Le Monde est bien le journal de ce monde.

Il l’est par tous les bouts, spécialement par celui qui conçoit la démocratie comme le préceptorat éclairé des « élites », heureusement présentes pour indiquer aux sujets la juste couleur des choses. Dans cette conception pastorale de la démocratie, les bons bergers conduisent le troupeau du peuple. Ils lui montrent la bonne herbe à brouter (la verte) et puis le bon chemin du retour à l’enclos. Les pouvoirs du néolibéralisme croient se rendre acceptables en se donnant la forme de la pédagogie généralisée. Mais c’est une grave erreur. Prétendre dicter aux gens ce qu’ils doivent considérer, et puis ce qu’il leur faut en penser, devient rapidement odieux même assisté de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Normalisation de fer

Et cependant, la rubrique Décodeurs n’en finit plus de proliférer : d’abord une parmi d’autres, puis devenue le joyau de la couronne, elle s’est maintenant assurée la participation au magistère général du Monde puisqu’il lui est permis d’engager toute l’autorité du titre pour déclarer ce que vaut l’information des autres (on a compris qu’au jeu de l’évaluation, le truc est de se situer toujours du côté des évaluateurs).

Qui ne voit qu’elle conquerra le journal en son entier, destiné à devenir une gigantesque entreprise de labellisation politique, terminus dont l’étape décisive a déjà été franchie en fait, comme l’atteste cet article sidérant, intitulé « 20 propositions répétées par les candidats de gauche et (quasiment) inapplicables » (12), les parenthèses témoignant d’un ultime reliquat de décence, sur la longévité duquel on ne parierait pas un kopeck. On y voit sous la plume de trois décodeurs émérites, dont un venu de BuzzFeed, un analyste de première force connu pour son aptitude à fact-checker les sous-vêtements abandonnés dans les jardins de l’Assemblée (13), on y voit donc les propositions des candidats de la primaire de gauche étiquetées les unes après les autres : « compliqué », « flou », « contradictoire », « incertain », « risqué », « pas très utile », « douteux », « improbable », toutes mentions accompagnées comme il se doit de leurs cartouches-couleurs.

Lire aussi Pierre Bourdieu, « L’essence du néolibéralisme », Le Monde diplomatique, mars 1998. Pourra-t-on faire comprendre que le problème ici n’est pas tant de livrer des jugements sur les propositions politiques — c’est peut-être là la fonction première de la presse —, mais de les livrer dans une rubrique supposément consacrée aux vérités de faits et sous la forme du rating en couleur, ceci pour ne pas même parler du sentiment qu’inspirent ces géants de la pensée faisant tomber leurs verdicts souverains en quelques phrases lapidaires du haut de leur Olympe intellectuel. Il est d’ailleurs préférable de mettre ce sentiment de côté, et les envies concrètes qu’il inspire aussitôt, pour regarder plutôt la disposition politique révélée par ces avis autorisés.

Par exemple, la proposition « Refaire les traités européens » s’attire la mention : « compliqué »… Ce qui n’est pas faux en un sens. Malheureusement, c’est tellement vrai que c’en est complètement idiot. Et c’est tout un rapport à la politique qui s’exprime dans cette parfaite idiotie. Il est exact en effet, mais trivialement, que faire pour de bon de la politique, c’est-à-dire entreprendre de modifier l’ordre des choses en ses structures, celles de la finance, du commerce international ou de l’Europe, c’est « compliqué »…, sans qu’on voie très bien ce que ce commentaire d’expert ajoute sinon de révéler le fond grumeleux de sa vision politique qui est de dissuader. Dissuader de rien changer, dissuader de faire de la politique, c’est le lieu naturel de la dépolitisation par le fact-checking, qui croit d’abord pouvoir s’aménager son domaine propre, celui des faits purs, mais finira par y dissoudre toute politique, labellisée selon sa conformité ou sa distance au « réel des faits ». Toute politique transformatrice y recevra donc, mais par définition, le rouge, à l’image de la proposition d’établir la parité hommes-femmes à l’Assemblée, déclarée par les experts… « contradictoire » ! Contradictoire pourquoi ? Parce qu’elle supposerait (en effet) de modifier le mode de scrutin — et par là « contredit » l’état actuel du mode de scrutin. Et voilà toute la question : comment penser l’idée de modification, dans une ontologie politique des faits qui, par définition cherche à ramener toute politique au règne de la « réalité vraie » conçue comme l’inaltérable ? De là, « logiquement », que toute entreprise politique de modifier soit par nature « contradictoire ».

 

La vérité du Decodex

On se plaît cependant à imaginer quels labels auraient reçus des propositions comme « fluidifier le marché du travail », « alléger une fiscalité excessive », ou « ramener la dette sous les 60 % du PIB »… « Nécessaire » ? « Réaliste » ? « Pragmatique » ? « Urgent » ? Et c’est alors un autre visage du Decodex qui apparaît, non plus bouffon mais grimaçant. Pour savoir où finissent les entreprises de ce type il suffit d’observer la trajectoire des précurseurs. En décembre 2016, le Washington Post propose déjà un plug-in, mais lui destiné seulement à colorier les tweets de Donald Trump (14). Courageux mais pas téméraire, le Washington Post s’en tient aux tweets de la Bête — du gâteau —, mais laisse faire le reste du sale boulot par des officines qu’il se contente d’encourager à distance.

Dans un article de novembre 2016, il apporte ainsi tout son appui aux « révélations » d’un site anonyme — PropOrNot — auto-missionné pour traquer l’infestation par la propagande russe (15). Pas moyen d’avoir la moindre information sur l’identité de ces éradicateurs qui opèrent avec la transparence d’une flaque de mazout. Rien pourtant qui puisse effrayer le Post, l’essentiel n’est-il pas que les propagateurs de désinformation russe soient mis à l’index — la transparence, c’est pour les autres. Mais la liste de PropOrNot n’est qu’en apparence un enfer russomane, dont Glenn Greenwald, effaré, donne le véritable principe (16) : marquer d’un sceau d’infamie tout ce qui sort, par quelque côté, de l’intervalle du raisonnable, délimité d’un côté par Hillary Clinton, de l’autre par Jeb Bush, toute dissidence étant alors présentée, sans la moindre preuve sérieuse, comme émanation des intérêts russes. On y trouve des sites de gauche critique comme Naked capitalism, et d’autres de la droite ultra ou libertarienne aussi bien, dont il est peu probable que Greenwald partage leurs vues mais qu’il n’accepte pas de voir blacklistés selon des procédés dont il n’hésite pas à dire qu’ils sont ceux du maccarthysme même. Voilà à quelle entreprise d’épuration le rédacteur en chef du Post, Marty Baron, donne aussitôt son aval enthousiaste sur Twitter… avant de faire machine arrière devant la levée de boucliers et d’ajouter une note de distanciation alambiquée en tête de l’article originel.

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Improved Lifting and Spanking Machine

 

Nous avons donc la séquence-type : étiquetage à la truelle idéologique en espérant que ça passera, éventuel scandale sur les réseaux sociaux, possibilité du rétropédalage. Cas Fakir  : « En regardant un peu mieux… on aurait pu le mettre en vert… (17) ». « En regardant un peu mieux », voilà comment Decodex exerce son pouvoir de labellisation : d’un œil parfois distrait. Il n’est pas requis d’endosser intégralement le blog Les Crises d’Olivier Berruyer pour trouver indigne, et surtout symptomatique, le traitement qui lui a été réservé — lui n’aura pas droit aux mêmes indulgences. Tiré de justesse de l’enfer (rouge), dans un geste d’ostensible mauvais-vouloir et consenti sous pression, il n’est pas près de sortir du purgatoire (orange), et pour des queues de cerise avec lesquelles Le Monde et son Decodex pourraient peut-être redouter la comparaison. Au demeurant, on voit très bien pourquoi : il coche toutes les mauvaises cases : contre la finance, pour la sortie de l’euro, pas décidé à gober sans examen les discours sur la Syrie, donnant la parole à Todd, pour qui le journal Le Monde est devenu de longue date un problème pour la démocratie — il a raison.

Reconduit à une suspicion d’idéologie, Samuel Laurent proteste avec le sentiment de la dignité scandalisée : « Nous ? On a une idéologie ? C’est quoi notre idéologie ? (18) ». Et c’est toute l’ambivalence du Decodex qui apparaît alors, objet hybride aux facettes formidablement contrastées, par-là malaisé à saisir, entre normalisation idéologique de fer et sous-doués en liberté — Charlot ministre de la vérité. On rit beaucoup d’un côté, mais de l’autre c’est assez sérieux, et en fait très inquiétant.

Côté sous-doués en tout cas, on comprend que ces gens-là sont perdus, et que les conditions d’un commencement de dessillement n’existent même pas. Dans un ultime retournement involontaire contre elle-même, la philosophie du Decodex révèle ce qu’elle est… en vérité, et pousse l’ironie jusqu’à permettre de le dire dans ses propres termes : un enfermement dans la croyance. La croyance au géométral suprême, la croyance d’un en-dehors de l’idéologie, c’est-à-dire finalement d’une idée possible de la politique hors de la politique — pour le coup : « contradictoire ». C’est tellement consternant qu’on est tenté de se demander s’il ne reste pas dans un coin au Monde quelques personnes qui n’ont pas complètement oublié ce que c’est que la politique, et qui n’ont pas secrètement un peu honte de ce qui est en train de se passer dans leur propre journal, de ce naufrage intellectuel, avalisé jusqu’au sommet de la direction : le règne des data et de l’algorithme, de la politique abandonnée à des illettrés politiques, où le néant de pensée se trouve le remplissage de substitution des lignes de code.

 

La presse, contre-contre-pouvoir ?

Et l’on s’étonne après ça que le trumpisme prolifère. C’est que lui au moins fait de la politique. De la politique folle, assurément, mais de la politique, que ses électeurs perçoivent d’ailleurs parfaitement comme telle, raison pour quoi ils la sollicitent avec véhémence. Et c’est cette politique puissamment assertive que l’anti-politique du Decodex imagine rectifier ? Plaise au Ciel qu’elle n’accélère pas tous les processus, ce qu’il y a en fait tout lieu de craindre puisque, envahie par la pensée décodeuse, la presse de référence se condamne non seulement à ne rien comprendre des problèmes de l’époque mais, quand elle les entrevoit, à y apporter la pire des réponses : la réponse du rehaussement magistral à ceux qui n’en peuvent plus des magistères, et de la dépolitisation à ceux qui réclament à cors et à cris qu’on refasse de la politique — ceci pour faire faire encore quelques tours de roue à la carriole de la politique unique. Aussi le déploiement à grand fracas du barnum anti-fake news, anti-post-vérité et pro-nunc-vérité, a-t-il pour fonction première de maintenir, en temps de contestation, le balisage idéologique du champ, le contrôle des accès, la disqualification de toute différence politique (de gauche), c’est-à-dire la ligne de fer : celle de la non-idéologie, gardiennée, la casquette au ras du sourcil, par les factionnaires du Decodex.

Lire aussi David Garcia, « Dans les Yvelines, le clientélisme au quotidien », Le Monde diplomatique, février 2017. Que le journalisme commence avec l’établissement de faits et la dénonciation des contre-vérités flagrantes, c’est une telle évidence qu’on se demande comment des titres ont cru y voir le motif d’une rubrique spéciale, en excès de leur habitude ordinaire qui prescrit pourtant depuis des lustres cette exigence presque constitutive de procéder à des vérifications élémentaires. Ceci d’ailleurs pour des raisons qui sont vieilles comme la politique : sitôt qu’ils ne sont plus surveillés comme le lait sur le feu les pouvoirs mentent, les institutions mentent, l’État ment. Le mensonge leur est constitutionnel, comme à toutes les institutions autonomisées, toujours tendanciellement portées à oublier ce qu’était leur fonction première, pour ne plus vivre que pour elles-mêmes. Hormis quelques incertaines régulations institutionnelles, seule la coercition de l’information publique peut les tenir à un minimum de respect de la vérité. Que le procureur de Pontoise trouve d’abord à dire qu’Adama Traoré est mort de complications infectieuses, ou l’IGPN que le viol de Théo n’en est pas un mais une inadvertance, ceci n’est pas un accident mais la vérité des pouvoirs institués. Et c’est bien dans le rapport de force, contraints par l’opiniâtreté d’une volonté de dévoilement, que les pouvoirs finissent par cracher le morceau, et là seulement.

La presse est en principe le lieu de cette volonté — en principe car elle-même, devenue pouvoir institutionnel, entretient (mais depuis si longtemps…) des liens troubles avec les autres pouvoirs institutionnels, ceux du capital et de l’État notamment, dont elle passe souvent les plats avec une étonnante décontraction, employant maintenant surtout son énergie à contrer les contre-pouvoirs (et pensant se refaire une virginité de temps en temps avec un Lux Leaks ou une affaire Fillon, péripéties à grand spectacle, opportunément venues pour mieux faire oublier l’ombre dans laquelle on laisse d’habitude les fonctionnements réguliers du système). Au passage, Pierre Rimbert rappelle dans « Les chauffards du bobard » (19) que quand la presse officielle fait dans le fake, elle n’y va pas avec le dos de la pelle, ni ne mollit à la taille des enjeux : au bout du mensonge, il y a parfois des guerres, des bombes et des morts par milliers.

 

Toujours plus du même !

Que débusquer les contre-vérités soit d’une urgence particulière dans une époque de dérèglement où certains hommes politiques commencent à tenir des discours dont la qualification hésite entre le mensonge hors de proportion et l’accès délirant quasi-clinique, c’est aussi une évidence, mais qui aurait dû appeler de tout autres réactions que le magistère, ou le ministère, de la vérité. Non pas tant, on l’a vu, parce que les instances décodeuses bobardent aussi souvent qu’à leur tour, mais parce qu’il est rigoureusement impossible que pareille situation passe par le seul effet des sermons de vérité et sans l’analyse des causes politiques qui l’ont fait advenir.

Il n’est pas certain d’abord que les engouements de la crédulité, et leur résistance même aux infirmations les plus éclatantes, soient une nouveauté historique. La survivance du monde en 2013 n’a pas désarmé les apocalyptiques qui annonçaient sa fin en 2012, et n’était que le prolongement d’une série qu’on ne saurait où faire remonter. Et si la rumeur de la pizzeria Comet Ping Pong à Washington (20) a prospéré sur les réseaux sociaux, celle d’Orléans, de cinquante ans antérieure, s’en est fort bien passée. Plutôt que dans l’égarement essentiel du bas peuple, où les élites le situent spontanément, il se pourrait donc que le dérèglement contemporain trouve l’une de ses origines dans l’effet de légitimation, et par suite de libération, que lui donne l’engagement sans frein de certains hommes politiques dans le discours de l’énormité — on pense à Trump évidemment, mais nous aurons bientôt les mêmes à la maison, si nous ne les avons pas déjà.

Mais comment cette irruption de l’énormité au sommet même de la politique est-elle devenue « d’un coup » possible ? Si brutal soit-il, il n’y a pas d’événement qui n’ait été préparé de longue date. Il faudra bien alors que la presse officielle, la presse qui n’a pas d’idéologie, s’interroge sur sa contribution aux cumuls de longue période qui ont fait déjanter des groupes sociaux entiers et aménagé une place pour un « parler énorme », une place que nécessairement quelqu’un viendrait occuper. En réalité, non pas pour un « parler énorme » en soi, mais simplement pour un « parler autre », à qui, du seul fait qu’il soit autre, on ne tiendrait pas rigueur que par ailleurs il soit énorme.

Sitôt qu’ils ne sont plus surveillés comme le lait sur le feu les pouvoirs mentent, les institutions mentent, l’État ment. Seule la coercition de l’information publique peut les tenir à un minimum de respect de la vérité

On ne sait plus comment dire sans radoter qu’il n’y a plus de démocratie là où il n’y a plus de différence significative, là où se trouve proclamée une one best way sans alternative, telle qu’on peut alors, par exemple, l’inscrire dans des traités européens inamovibles, ou telle que des labellisateurs-sans-point-de-vue viennent la certifier « sans point de vue ». La politique sans point de vue étant l’équivalent dans son ordre de l’immaculée conception, il est fatal que vienne tôt ou tard quelqu’un qui rappelle que même pour faire Jésus il faut papa dans maman, c’est-à-dire qui réaffirme un point de vue, et par là s’obtienne une reconnaissance immédiate, presque un immense soulagement, de pans entiers de la population qui suffoquaient d’avoir été si longtemps privés de respiration politique. C’est sans doute un air chargé de miasmes qu’ils respirent à nouveau, mais à leurs yeux c’est au moins de l’air, et pas le gaz inerte des zombies du fact-checking et de leurs chefs.

Les responsables du désastre qui vient, ce sont eux. Ils avaient pour mission de faire vivre la différence et ils ont organisé le règne du même, l’empire labellisé de l’unique. Maintenant que la forteresse est attaquée par tous les bouts, plutôt que de commencer à réfléchir, ils se sont payé des épagneuls. Et pendant que les cabots aboient, les maîtres, croyant avoir la paix, mouillent leur linge de bonheur à l’idée de Macron, mieux encore : d’un deuxième tour Macron-Le Pen — dont ils sont tellement sûrs que le têtard sortirait vainqueur qu’on peut bien pousser les feux pour le plaisir du spectacle. Pendant ce temps l’illuminé qui a dû prendre la foudre en passant la porte de la banque Rothschild, un autre Jésus mais à moitié cuit celui-là, les enchante avec ses évangiles Harlequin « ni droite ni gauche » ou bien « et droite et gauche », la formule même de l’asphyxie politique. Voguons donc avec entrain vers un deuxième tour tant espéré, qui ne nous laissera que le choix de la candidate de l’extrême-droite et du candidat qui fera nécessairement advenir l’extrême-droite — avec les compliments de la presse de la vérité.

Frédéric Lordon

 

 

 

Source : http://blog.mondediplo.net

 

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 18:48

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

désintox

Non, «Quentin le pompier» n’a pas eu «l’œil crevé par la racaille»

 

Par Jacques Pezet et Vincent Coquaz
 
 

Une image virale publiée sur Facebook se désole que cet homme blessé n'ait pas reçu la visite de François Hollande. Mais contrairement à ce qu'affirmaient les administrateurs de la page, il a en fait été touché par le tir d'un policier lors d'une manifestation en 2013, à Grenoble.

INTOX. Avec plus de 125 000 partages et 10 000 mentions «J’aime», le post Facebook de la page «Je soutiens les pompiers» est devenu viral en quelques jours. Publié le 22 février, il comporte une photo de la visite de François Hollande auprès de Théo L., grièvement blessé lors de son interpellation par quatre policiers, à côté de celle d’un homme touché à l’œil. Les deux images sont barrées d’un texte : «Théo la victime reçoit le soutien présidentiel. Mais pas Quentin le pompier à l’œil crevé par la racaille ?» Une autre phrase accompagne le montage : «Quentin n’avait pas eu droit à la visite du président, lui… peut-être aurait-il dû agresser des flics pour se faire chouchouter ?» En dessous du post, des centaines de commentaires haineux, visant pêle-mêle François Hollande, le gouvernement et les médias.

Capture d’écran du post Facebook en question, le 28 février.

 

DÉSINTOX. Le Quentin de la photo s’appelle bien Quentin, et il est bien pompier. Mais son histoire n’a rien à voir avec celle d’un «pompier à l’œil crevé par la racaille». En effet, comme le racontait à l’époque le Dauphiné, Quentin Charron a été blessé fin 2013 à Grenoble «lors d’affrontements qui avaient éclaté entre les sapeurs-pompiers et les forces de l’ordre devant la préfecture de l’Isère en marge d’une manifestation des soldats du feu». Mediapart précise de son côté que le jeune homme a été «atteint par un tir policier» lors de la manifestation, sans qu’on puisse connaître l’identité du tireur puisque «l’enquête a été classée sans suite par le procureur de la République de Grenoble, pour "absence d’infraction"».

Sans doute interpellé sur les véritables faits, les administrateurs de la page Facebook «Je soutiens nos pompiers» ont modifié le post le 25 février, soit trois jours après publication (comme en atteste l’historique de modification de Facebook). Aucun correctif, mais plusieurs paragraphes de texte ont été ajoutés, dont ce passage tout en ambiguïté (et en racisme assumé) : «Quand c’est un blanc qui se fait éborgner par une racaille de cité ou un policier racailleux, tout le monde s’en fout, tout le monde l’oublie ! Quand un immigré congoïde (d’une famille qui détourne 670 000 euros de nos impôts) se fait blesser lorsqu’il agresse des policiers, on doit en faire une affaire d’Etat ? Sérieusement…» Quelques minutes plus tard, le mot «blanc» est remplacé par «autochtone». Pour les producteurs d’intox aussi, les détails comptent.

Jacques Pezet , Vincent Coquaz

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 17:55

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/planete

 

Le projet de stockage de déchets radioactifs à Bure gelé par la justice

 

Le tribunal administratif a annulé la cession à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs d’une forêt sous laquelle doivent être enfouis des déchets nucléaires.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

Le centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Bure, dans la Meuse, en janvier 2016.

C’est un sérieux revers pour l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), maître d’ouvrage du projet de centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de Bure, dans la Meuse. Mardi 28 février, le tribunal administratif de Nancy a annulé la délibération de la commune meusienne de Mandres-en-Barrois, qui avait permis à l’agence de devenir propriétaire d’une forêt de 220 hectares, le bois Lejuc, sous lequel doit être construit le centre d’enfouissement de résidus nucléaires. Dans l’immédiat, le projet est donc gelé.

 

Celui-ci consisterait à enterrer dans une couche d’argile, à 500 mètres sous terre, les 85 000 m3 de déchets à haute activité et à vie longue (des dizaines ou des centaines de milliers d’années) produits par le parc nucléaire français actuel.

L’affaire remonte au 2 juillet 2015. Ce jour-là, à 6 heures du matin, le conseil municipal du village de Mandres-en-Barrois (127 habitants) avait autorisé le maire, par un vote à bulletin secret, à conclure avec l’Andra une convention consistant à échanger le bois Lejuc contre une autre forêt. Plusieurs habitants de la commune ont attaqué cette décision, d’autant qu’en janvier 2013, lors d’un référendum local, ils avaient rejeté, par 50 voix contre 35, l’échange du bois Lejuc contre d’autres parcelles forestières.

Dans sa décision, le tribunal a retenu que l’article L. 2121-21 du Code général des collectivités territoriales autorise le vote à bulletin secret « à la condition que le tiers au moins des conseillers présents le demandent ». Or, poursuivent les juges, la commune n’a pas apporté la preuve que cette demande avait été faite.

 

Lire aussi :   Déchets nucléaires à Bure : les occupants du bois Lejuc ne seront pas expulsés dans l’immédiat

 

Vice de procédure régularisable

En vertu de quoi, le tribunal « annule la délibération du 2 juillet 2015 ». Pour autant, il précise que « le vice de procédure qu’il censure est régularisable ». En clair, la commune de Mandres-en-Barrois devra, « dans un délai de quatre mois », adopter une nouvelle délibération approuvant l’échange de forêts. Faute de quoi il faudrait « résilier la convention conclue avec l’Andra ».

Cette annulation « porte uniquement sur une question de forme », réagit l’Andra. Selon elle, le vote à bulletin secret « était une manière de garantir l’indépendance des votes, sachant que les opposants étaient présents dans la salle du conseil pour faire pression sur les élus ». Déclarant qu’elle « prend acte de cette décision et attend la suite des événements », l’agence souligne que « quelle que soit l’issue, cela ne signifie pas pour autant le blocage du projet, et encore moins son arrêt ».

Le réseau Sortir du nucléaire et plusieurs associations d’opposants estiment, au contraire, que « les travaux préparatoires à Cigéo sont compromis ». D’après eux, « l’Andra, dont la propriété [du bois Lejuc] est remise en question, n’a plus aucune légitimité pour y poursuivre des travaux ». De son côté, le Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) y voit « une illustration supplémentaire que l’Etat de droit est allègrement bafoué par l’Andra ».

 

Contestation sur le terrain

Le 22 janvier, l’agence avait déjà connu un déboire au tribunal administratif de Bar-le-Duc. Alors qu’elle demandait la reconnaissance du caractère illégal de l’occupation du bois Lejuc par des opposants au projet Cigéo, le tribunal a décidé de surseoir à statuer, l’audience étant renvoyée au 5 avril.

Ces difficultés judiciaires s’ajoutent à la contestation à laquelle l’Andra doit faire face sur le terrain. Elles risquent de compromettre le calendrier jusqu’ici prévu pour la construction du site de stockage, dont la demande d’autorisation de création doit être déposée en 2018, pour une mise en service en 2025.

Le dossier est revenu ces derniers jours dans le débat politique. Le projet de plate-forme présidentielle négocié entre Benoît Hamon (PS) et Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) prévoit « la fin du projet d’enfouissement profond de Bure ».

 

Lire aussi :   Site d’enfouissement de Bure : « On ne nous atomisera jamais »

 
 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/planete

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 17:37

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

Perturbateurs endocriniens : pourquoi l’Europe n’a pas le courage de les interdire

 

Perturbateurs endocriniens : pourquoi l’Europe n’a pas le courage de les interdire

 

Ce mardi, ces perturbateurs hormonaux auraient enfin pu être définis par la Commission européenne. Et donc limités… Mais les lobbys ont gagné.

 

 

 

 

 

 

Ce mardi 28 février aurait pu figurer comme une date importante dans l’histoire de l’écologie européenne : c'est ce jour qu’une définition satisfaisante des perturbateurs endocriniens aurait pu être donnée.

 

Et s’il est si crucial de définir sur le plan réglementaire ce qu’est une molécule qui, comme son nom l’indique, perturbe les hormones humaines ("endocrinien" est un synonyme d’"hormonal"), c’est que cela aurait pu conduire à leur limitation, voire à leur interdiction totale, d’abord dans les pesticides chimiques, ensuite dans notre quotidien (plastique, cosmétiques, détergents...). Et ils y sont nombreux !

 

La liste des cosmétiques dangereux a doublé en un an

 

Mais une fois de plus, cette définition n’a pas été retenue par les pays, alors que les dangers de ces produits sont scientifiquement documentés. Pourquoi cet immobilisme ? Nous avons posé la question à Stéphane Horel, journaliste indépendante et auteure d’"Intoxication" (La Découverte), enquête édifiante sur le poids du lobbying dans ce dossier.

 

Les people verts, aussi pollués que vous et moi

 

Pourquoi ce mardi était-il une échéance importante dans le dossier des perturbateurs ?

- C’est aujourd’hui que la Commission européenne a soumis aux Etats-membres un acte d’exécution, c’est-à-dire un texte qui aménage un règlement – en l’occurrence, le règlement de 2009 sur la mise sur le marché des pesticides. Derrière cette démarche technique, se cachait une décision cruciale : la définition réglementaire de ce qu’est un perturbateur. Rappelons que cette définition aurait dû être donnée en décembre 2013 par la Commission, que la Cour de justice européenne a d’ailleurs condamné ce retard, que c’était aujourd'hui la quatrième version de ce texte… et qu’il n’est toujours pas satisfaisant.

 

Pourquoi pas satisfaisant ?

- Parce que la Commission a une fois de plus soumis un texte inapplicable : les critères pour définir la nocivité d’un perturbateur exigent un niveau de preuve impossible à atteindre. Evidemment, ceci n’est pas fortuit : les lobbys agricoles et industriels européens, notamment l’industrie chimique, ne désirent pas que des directives soient passées pour limiter, voire interdire ces molécules dont la dangerosité a été pourtant établie de longue date.

 

Perturbateurs endocriniens : ces lobbies industriels qui œuvrent dans l'ombre

 

Les enjeux économiques sont trop lourds ?

- C’est un faux argument brandi par les lobbys et leurs représentants. Un seul exemple : l’industrie des pesticides agricoles européenne pèse 7 milliards d'euros. C’est faible à la dimension de l’Europe. Mais savez-vous combien coûtent aux sociétés les conséquences sanitaires de ces molécules ? 157 milliards ! En raison de leur rôle de perturbation hormonale, elles sont en effet reliées à un grand nombre de pathologies : cancers du sein, de la prostate, du sein, diabète, obésité, autisme, hyperactivité, infertilité, baisse du QI… Les études scientifiques sont nombreuses, concordantes et accablantes. Et naturellement, le coût économique de ces fléaux n’est pas l’essentiel : leur coût humain est désastreux.

 

Perturbateurs endocriniens : ce qu’on sait, ce qu’on ignore encore

 

Mais interdire les perturbateurs en Europe n’avantagerait-il pas automatiquement nos rivaux, les industries américaines ou asiatiques ?

- Pas du tout. Pour pénétrer sur le marché européen, ces produits, d’où qu’ils viennent, devront évidemment respecter les réglementations européennes, donc être soumis aux mêmes "contraintes" sanitaires.

 

ENQUÊTE EXCLUSIVE. Votre enfant est-il pollué ?

 

Dans ce qui ressemble à une démission des élites européennes, quel rôle joue la France ?

- Elle n’a cessé de se montrer ambitieuse sur ce dossier. C’est la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal qui, en 2014, a tiré cette problématique du fossé d’indifférence dans laquelle l’Union européenne l’avait jetée. Et, même si l’on ne sait pas tout de ce qui se trame en coulisses, la France compte parmi les pays (avec la Belgique, la Suède et le Danemark) qui exigent que la définition donnée par la Commission européenne soit sérieuse et applicable. Hélas, l’Allemagne est depuis toujours ambiguë, à cause de la puissance de son industrie chimique, Bayer et BASF en tête.

 

Le fait que Benoît Hamon ait fait des perturbateurs endocriniens l’un de ses chevaux de bataille dans la présidentielle est-il révélateur d’un changement de mentalité ?

- C’est très surprenant en effet ! Voilà longtemps que je me bats, en tant que journaliste, pour que cette question sorte des pages "Conso" et rejoigne les pages "Politique". C’est chose faite, me semble-t-il, depuis que Benoît Hamon en a parlé en prime time dans une émission politique. Ne pas donner une définition satisfaisante de la nocivité des perturbateurs n’est pas un choix scientifique ou technique : c’est un choix politique, dont nous devrons répondre devant nos enfants.

Nucléaire, pesticides, circonscriptions… Ce que contient l'accord entre Benoît Hamon et Yannick Jadot

 

 

 

Propos recueillis par Arnaud Gonzague

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 16:19

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

Réforme de la prescription : les députés ont-ils fait un cadeau aux délinquants en col blanc ?

 

Les parlementaires ont réduit le délai maximal de prescription des délits occultes et dissimulés. Ce qui pourrait permettre à certains délits d’être prescrits.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

 

Vote de la réforme de la prescription à l'Assemblée nationale, le 16 février.

Vote de la réforme de la prescription à l'Assemblée nationale, le 16 février. Assemblée nationale

Quelques jours avant de siéger pour la dernière fois du quinquennat sur les bancs de l’Assemblée nationale, les députés français ont acté, le 17 février, dans une indifférence quasi générale, un changement juridique qui pourrait se révéler lourd de conséquences pour l’avenir.

 

En rendant impossibles les poursuites judiciaires au-delà d’un délai de douze ans pour une bonne partie des délits financiers, la réforme de la prescription en matière pénale a offert, selon Le Canard enchaîné et Mediapart, un moyen rêvé d’échapper à la justice à de nombreux délinquants en col blanc. Une analyse que conteste le ministère de la justice, qui assure que ladite réforme ne permet « aucun retour en arrière ». Alors, qui faut-il croire ?

 

Quelle est cette réforme ?

La prescription est une « règle de l’oubli » : elle fixe un délai au-delà duquel les infractions sont considérées comme trop anciennes pour pouvoir être poursuivies par la justice. Par exemple, un criminel ne peut désormais plus être inquiété s’il est passé au travers des mailles du filet pendant vingt ans.

La réforme votée en février 2017, dans les cartons depuis une décennie, ne porte pas spécifiquement sur la délinquance financière. Elle visait avant tout à remettre de l’ordre dans le « chaos » qu’était devenue la prescription pénale en France, régie par de multiples exceptions et jurisprudences.

Ce texte rallonge les délais de prescription de la plupart des infractions : de trois à six ans pour les délits ; de dix à vingt ans pour les crimes.

 

Et la délinquance en col blanc ?

L'incertitude persiste sur l'application de la réforme de la prescription à l'affaire Fillon.

L'incertitude persiste sur l'application de la réforme de la prescription à l'affaire Fillon. Les Décodeurs

Les parlementaires ont toutefois réservé un traitement particulier à la délinquance en col blanc, qui pose depuis longtemps un problème en matière de prescription. En effet, si pour un assassinat ou un cambriolage, les faits sont en général rapidement connus de la justice, il arrive que celle-ci ne prenne connaissance d’abus de biens sociaux, de fraudes fiscales ou de détournements de fonds publics que plusieurs années après les faits.

En suivant la loi à la lettre, la justice laisserait donc impunie la majorité de ces infractions « occultes ou dissimulées », faute de pouvoir en prendre connaissance avant l’expiration du délai de prescription de trois ans. Depuis 1935, la Cour de cassation avait donc décidé de s’éloigner de la loi, en faisant démarrer ce délai non pas à la date de l’infraction, mais à la date de la découverte des faits par la justice.

Cette jurisprudence posait, aux yeux des députés, deux problèmes :

  1. Elle ne figurait nulle part dans la loi.

  2. Elle était fortement contestée, notamment à droite, depuis sa réactivation pendant les années 1990, qui ont vu se multiplier les scandales financiers, car elle rendait de facto les délits financiers imprescriptibles : rien n’empêchait par exemple la justice d’engager des poursuites soixante ans après les faits, si elle découvrait l’affaire à ce moment-là. Or, la tradition juridique française réserve l’imprescriptibilité aux crimes contre l’humanité, pour marquer leur caractère exceptionnel.

Le Parlement a donc profité de la réforme de février 2017 pour remettre à plat cette question :

  1. La réforme inscrit bien dans la loi la jurisprudence de la Cour de cassation, qui repousse le déclenchement du délai de prescription au moment de la « découverte » de l’infraction.
  2. En revanche, elle introduit une nouvelle date butoir de douze ans après les « faits » au-delà de laquelle la prescription s’éteint automatiquement pour l’ensemble des délits, quelle que soit la date de découverte de ces faits (ce délai butoir est porté à trente ans pour les crimes, beaucoup plus rares en matière financière). Ainsi, un détournement de fonds commis en 2004 ne pourra-t-il plus être poursuivi au-delà de 2017, même s’il n’est découvert qu’en 2018.

Cette disposition, introduite sous l’œil bienveillant du gouvernement, était censée régler l’« insécurité juridique » posée par l’imprescriptibilité. Mais elle pourrait permettre à plusieurs délinquants financiers d’échapper à la justice à l’avenir.

 

Comment les députés et le gouvernement se justifient-ils ?

Ce que change la réforme de la prescription.

Ce que change la réforme de la prescription. Les Décodeurs

Cette réforme, préparée dans un esprit de consensus par Georges Fenech (LR) et Alain Tourret (PRG), a été votée à main levée dans une assemblée clairsemée, le 16 février. Aucun député n’a, à notre connaissance, fait entendre une voix dissonante sur cette question.

Voici, en substance, leurs arguments :

  • « L’imprescriptibilité était une anomalie. »

 

C’est contestable

La prescription des faits, si elle constitue une tradition française, ne coule pas de source dans le monde entier. Ainsi, elle n’existe ni au Royaume-Uni ni dans les pays scandinaves.

Rien dans la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) ne force non plus la France à introduire une prescription. Si la CEDH impose un délai raisonnable dans lequel une personne doit être jugée, celui-ci se déclenche au début des poursuites, pas à la date des faits.

  • « Douze ans après les faits, c’est largement suffisant. Il est très rare que les enquêtes commencent douze ans après les faits. »

 

C’est trompeur

Le fonctionnement de la prescription des délits occultes ou dissimulés. Les Décodeurs

De nombreux contre-exemples existent. Ainsi, une bonne partie de la période sur laquelle portent les soupçons d’emplois fictifs visant Penelope Fillon remonte à plus de douze ans (1986-2004). Ce délai de prescription aurait également pu poser des problèmes pour judiciariser certaines grandes affaires des dernières décennies, comme l’affaire de Karachi.

L’ancienne magistrate financière Eva Joly, aujourd’hui eurodéputée écologiste, cite trois exemples d’affaires qui peuvent éclater très tardivement :

  1. « Beaucoup d’abus de biens sociaux dans les mairies ou les grandes entreprises ne sont généralement découverts qu’en cas d’alternance politique ou de changement d’actionnaire – ce qui n’intervient pas tous les quatre matins. »
  2. « Certains abus de faiblesse sur des personnes âgées ne sont découverts par les héritiers que longtemps après les faits. »
  3. « Et si on découvrait aujourd’hui d’énormes malversations sur des rétrocommissions en marge d’un contrat de vente d’armes en 2004, ou des flux libyens, pourquoi se priverait-on de les poursuivre ? »

Il faut toutefois noter que plusieurs outils juridiques permettent à la justice de « rattraper » des faits déjà prescrits. Le droit français considère par exemple qu’un recel ou une fraude fiscale continuent de produire leurs effets longtemps après l’infraction originelle, car l’argent qui en est issu est toujours dans les mains du coupable. La prescription est donc décalée. En revanche, un abus de bien social est d’effet immédiat.

  • « Douze ans après les faits, un certain nombre d’éléments de preuve sont difficiles à rapporter, les délais de conservation pour la plupart des documents n’étant que de dix ans. »

 

C’est trompeur

Ce problème peut en effet compliquer le travail des enquêteurs. Mais Eva Joly, qui a passé douze ans au pôle financier du palais de justice de Paris, rappelle que « les flux financiers laissent des traces » et que, contrairement à la mémoire des témoins, « leur qualité ne diminue pas avec le temps ». « Les banques ont très souvent des historiques et des dossiers qui remontent au-delà de dix ans, ajoute Mme Joly. Et si le parquet ne rassemble pas assez d’éléments, il peut classer l’affaire. » On voit donc mal ce qui justifierait ce renoncement de la justice devant la difficulté.

  • « S’opposer à cette disposition sur la délinquance financière, c’était prendre le risque de faire échouer l’ensemble de la réforme. »

 

C’est faux

LCP assure que si les députés ne se sont pas opposés à la date butoir introduite par le Sénat, c’est par manque de temps : une modification du texte par l’Assemblée nationale aurait provoqué une nouvelle navette au Sénat, et fait courir le risque que la réforme ne soit pas adoptée définitivement avant la suspension de la session parlementaire, le 22 février – renvoyant le dossier à la prochaine mandature, après les législatives de juin 2017. « Il n’y avait pas d’autres solutions, il fallait faire preuve de sagesse, a expliqué le député PRG Alain Tourret à la chaîne parlementaire. Mon obsession, c’était d’arriver à un accord avec le Sénat. Il fallait y parvenir et le délai était court… »

Sauf que la date butoir de douze ans a été introduite en octobre 2016, et qu’il y a eu entre-temps cinq autres lectures du texte (trois à l’Assemblée et deux au Sénat). Si cette disposition n’a pas bougé, c’est donc davantage pour préserver le consensus fragile entre députés, sénateurs et gouvernement, que par manque de temps.

 

Lire aussi :   Affaire Fillon : la récente réforme de la prescription peut-elle aider le candidat ?

 
 

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 15:52

 

 

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La financiarisation de l'économie, par DataGueule

DataGueule

Il était une fois un euro. Perdu au milieu de dizaines de milliards de ses semblables. Il circulait de ventes en achats, d'actions en actions mais, contrairement aux autres, il s'interrogeait. Il se demandait ce qu'il y avait au-delà ? Il voulait voir le monde, le vrai.
Celui du dehors. De vieilles légendes racontaient qu'avant, les places de marchés permettaient de redistribuer les richesses vers l'économie réelle. Mais lui n'en avait jamais vu la couleur car, depuis de longues années, cet euro tournait en rond dans le monde clos de la finance.

 

SOURCES
"En 2012, seuls 5% des transactions financières à travers le globe correspondaient à des biens et services réels" : https://is.gd/jqU3Ns + https://is.gd/VRiz0K
"En 2007, le volume des échanges d'actions sur les places boursières mondiales était presque 100 fois supérieur aux sommes investies dans l'économie réelle" : https://is.gd/565wRS
"Aujourd'hui, aux États-Unis, à peine 15% de l'argent présent sur les marchés est utilisé pour financer les entreprises" : https://is.gd/v9Gkcu + https://is.gd/nj0DbG + https://is.gd/H24DQ5
"Aux États-Unis, entre 1946 et 1959, lorsque le secteur financier injectait 1$ dans l'économie réelle, il gagnait 30 cents en retour sur investissement. Dans les années 1990, pour ce même dollar investi, le secteur financier récupérait 1,09$. Puis, dans les années 2000, 1,74$" : https://is.gd/VRiz0K

"Jusqu'aux années 1970, la logique des sociétés cotées était principalement le « retain-and-reinvest »" : https://is.gd/uw3XPK + https://is.gd/7HmZNL
"Aux États-Unis, entre 1950 et 1970, la courbe des salaires suit fidèlement celle de la productivité. Sauf qu'à la fin des années 70', c'est le divorce. La productivité continue à grimper mais les salaires beaucoup moins" : https://is.gd/p5gWCC
"1974, aux États-Unis la loi Erisa autorise les fonds de pensions à placer l'épargne retraite des salariés américains en bourse" : https://is.gd/LdjzW3 + https://is.gd/VRiz0K
"En 1995, dans le monde, ces acteurs institutionnels de la finance pesaient 20.000 milliards de dollars. 10 ans plus tard, en 2005, ils gèrent 46.000 milliards de dollars" : https://is.gd/VRiz0K
"En 1982, la SEC - l'autorité américaine de contrôle des marchés financiers publie la « rule 10b-18 » : elle autorise ce qui, jusque là, était considéré comme de la manipulation de marché : le rachat d'actions ou « buyback »" : https://is.gd/7HmZNL
"En avril 2015, General Electric annonce un plan de rachat d'actions de 50 milliards de dollars. Dans la foulée son action bondit de 10.8%" : https://is.gd/6e39Od + https://is.gd/kFVX4Z
"Avec les buybacks, les dirigeants d'entreprises augmentent donc le « BPA », Bénéfice Par Action. Ça tombe bien, c'est l'un des critères d'évaluation trimestriel de leur bonne gestion" : https://is.gd/AdWfeT + https://is.gd/FRBeYz + https://is.gd/507K0j
"En 2012, les 500 dirigeants américains les mieux payés ont touché 30.3 millions de
dollars en moyenne. 83% de leurs salaires étaient des actions" : https://is.gd/7HmZNL
"Aux États-Unis, en 2014, 700 milliards de dollars auraient été dépensés rien qu'en «buybacks». 4% du PIB américain" : https://is.gd/507K0j
"Entre 2003 et 2012, parmi les 500 plus grandes entreprises cotées sur les bourses américaines, 449 d'entre elles ont dépensé 54% de leurs revenus en rachats d'action.
Ajoutez 37% versés en dividendes, il ne reste que 9% à réinvestir dans l'activité économique concrète" : https://is.gd/7HmZNL
"Selon certaines études, lorsqu'une entreprise entre en bourse elle perd 40% de ses capacités d'innovation" : https://is.gd/nj0DbG
"Désormais, même la dette de nos États est placée en bourse" : https://is.gd/4wXx3z + https://is.gd/EVrfm0 + https://is.gd/XWuliT + https://is.gd/NDjoCF + https://is.gd/VRiz0K
"En 2013, les fonds d'investissement contrôlaient 40% de la capitalisation boursière alors que dans les années 1960, 84% des actions étaient détenues par des personnes physiques" : https://is.gd/VRiz0K
"Blackstone l'un des 6 plus important fond d'investissement au monde est ainsi, indirectement, l'un des 10 plus gros employeurs des États-Unis et l'un des plus grand propriétaire foncier du pays" : https://is.gd/FCS7p2
"D'après une étude de l'OCDE, les entreprises qui distribuent massivement des dividendes et rachètent leurs propres actions ont des performances boursières 50% supérieures à celles qui, au contraire, choisissent d'investir dans leur développement" : https://is.gd/nVjOaN
"Depuis quelques années, des entreprises choisissent de sortir des marchés, comme le géant DELL en 2013, ou les belges Spadel, CMB et Pairi Daiza en 2015" : https://is.gd/YyxH7J + https://is.gd/c2immV
Ce que l'on appelle « dérégulation » n'est qu'une régulation au service du secteur financier : https://is.gd/0eLQgw

 

BONUS
"La finance et l'économie réelle" : https://is.gd/pfEU1v
"Ce monde fou de la finance où des robots écoutent Trump" : https://is.gd/FEYH0W
" 'Negligible' link between executive pay and firm's performance, says study" : https://is.gd/DRfn2M + https://is.gd/rt21Ly
"The price of Wall Street power": https://is.gd/yL8yAZ
"The rise of finance and the fall of american business": https://is.gd/nj0DbG

 

 

Source : https://www.facebook.com/CADTMNETWORK/

 

 

 

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