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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 18:11

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

En finir avec l’empire, réinventer la République, refaire société : les vraies réponses au terrorisme

18 novembre 2015 / Christophe Bonneuil


 


 

 

Les dirigeants politiques n’ont que la rhétorique guerrière à opposer à la violence djihadiste. En se focalisant sur les symptômes, ils manquent les causes profondes de notre vulnérabilité. À rebours des « logiques impériales, verticales et autoritaires », il faut « renforcer l’immunité horizontale, la soif de liberté et le pouvoir d’agir citoyen ».

Christophe Bonneuil est historien, coauteur de L’événement anthropocène (Seuil, 2013) et de Crimes climatiques stop ! (Seuil, 2015).

 



« Nous sommes en guerre », nous dit-on. Mais qui peut se reconnaître dans ce « nous » des djihadistes ou dans ce « nous » de nos dirigeants ? Qui peut croire, après 25 ans d’intervention et de chaos, qu’envoyer hors-cadre des Nations unies plus de bombes au Moyen-Orient constitue la solution pour défendre notre démocratie ?

La guerre qu’on nous impose voit l’affrontement d’un intégrisme religieux (Daech…) ou identitaire (contre « les étrangers »…) et de l’autoritarisme de marché d’une oligarchie cosmopolite qui utilise l’épouvantail du terrorisme pour consolider un capitalisme financier post-démocratique via des dispositifs toujours plus sécuritaires et impériaux. Au lieu d’une VIe République plus démocratique et participative, on nous impose la constitutionnalisation d’un ordre sécuritaire, qui vise aujourd’hui les terroristes, mais, demain, les militants sociaux et syndicaux luttant contre les injustices sociales.

 

 Surenchère sécuritaire et liberticide

Cette guerre-là n’est pas notre guerre. Notre combat est le combat permanent des forces de vie et de régénération contre les forces mortifères, de l’humanité contre l’inhumanité et l’oppression. Notre lutte pour une France solidaire dans un monde solidaire requiert de mettre en échec toute propagation de l’horreur (terrorisme intégriste) mais aussi tout gouvernement par la peur. Pour défendre l’idéal républicain de liberté et d’égalité, il nous faut donc aussi refuser la stratégie du choc de l’oligarchie, qui joue depuis les Bush la carte de la surenchère sécuritaire et liberticide ; résister au césarisme des nouveaux GI Joe que sont Hollande, Valls, Sarkozy ou Le Pen. Au soir des attentats de juillet 2011, le premier ministre norvégien Stollenberg avait déclaré : « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance. » On aurait aimé une telle hauteur de vue de la part de nos leaders politiques français, qui préfèrent se rêver en empereurs et sauveurs autoproclamés de la nation !

Les causes profondes de la vulnérabilité de notre pays aux actes terroristes de Daech sont connues. En premier lieu, la tutelle impérialiste (coloniale puis néocoloniale) des puissances occidentales sur le Moyen-Orient et la déstabilisation depuis des décennies de tout régime non inféodé aux intérêts pétroliers occidentaux, qui, ajoutée aux exactions israéliennes dans les territoires occupés, génèrent un ressentiment permanent dans le monde arabe. Deuxièmement, le changement climatique en cours dégrade déjà la situation sociale, migratoire et géopolitique d’une bande territoriale qui va de Nouakchott à Islamabad : en témoignent le drame du Darfour, les conflits au Mali, Boko Haram ou l’exode de centaines de milliers de paysans ruinés par les sècheresses de 2006-2011 vers les bidonvilles syriens qui fut le déclencheur de la guerre civile dont Daech a tiré profit. Troisièmement, un passé colonial et raciste non entièrement dépassé et une situation sociale injuste (des millions de précaires et de chômeurs, une absence de perspective pour la jeunesse, surtout basanée) rendent la France plus vulnérable à des actes de djihad terroriste que d’autres pays européens de forte immigration tels l’Allemagne ou l’Angleterre.

 

Un « choc d’égalité et de solidarité »

C’est à ces trois racines du mal terroriste, et non simplement aux symptômes, qu’il convient de s’attaquer : sortir d’une politique étrangère impérialiste dans le monde arabe ; agir contre le changement climatique qui, sinon, nous prépare un XXIe siècle véritablement barbare ; rebâtir une République black-blanc-beur par la création en cinq ans d’un million d’emplois (on le sait, ces emplois sont dans le vivier de l’agroécologie paysanne, des énergies renouvelables, de la rénovation et l’efficacité énergétique et du ménagement du territoire), par le passage à une VIe République redonnant sens et légitimité à l’action publique, et par un « choc d’égalité et de solidarité » (à l’opposé des politiques menées par la droite comme la gauche-libérale depuis quinze ans) afin de redonner la confiance dans un avenir commun.

 

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Dans un camp de déplacés victimes de la guerre civile, au Darfour.

On peut saluer le nécessaire travail d’enquête, de renseignement et de mise hors d’état de nuire sur notre territoire des djihadistes, mais refusons la normalisation d’un état d’urgence, qui demain servira à réprimer les luttes sociales et écologistes. Imaginons ensemble des stratégies de lutte et de résilience contre le terrorisme ! Elles ne seront efficaces que si elles abandonnent les logiques impériales, verticales et autoritaires pour, au contraire, renforcer l’immunité horizontale, la soif de liberté et le pouvoir d’agir citoyen, véritables antidotes au terrorisme djihadiste. Pour le court terme, voici quelques premières pistes versées au débat citoyen :

 

- Première proposition : le désengagement des intérêts français au Moyen-Orient plutôt que le cercle vicieux de la surenchère guerrière. Cessons les frappes en Syrie et n’alimentons plus la haine par des interventions militaires unilatérales, dont on connaît les arrière-pensées pétrolières et les effets désastreux depuis les années 1990 au Moyen-Orient, en Libye et au Sahel... Annonçons immédiatement l’arrêt de toute importation de gaz et pétrole du Moyen-Orient (et un plan national de descente énergétique) afin d’affranchir notre économie de cet « or noir » qui provoque depuis des décennies tant de drames géopolitiques et tant de victimes du dérèglement climatique. Alors seulement, des relations diplomatiques fraternelles et désintéressées avec les pays moyen-orientaux seront possibles et instaureront un nouveau climat.

 

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Un militaire états-unien recouvrant la statue de Saddam Hussein, le président irakien renversé, en 2010, à Bagdad.

Plus profondément, la situation exige de nous une « métamorphose de civilisation » (Edgar Morin). Après la désindustrialisation et une crise économique et sociale structurelle sur fond de basculement géologique de notre planète surexploitée (le passage de l’Holocène à l’Anthropocène) et de financiarisation, la présence de la violence de masse sur notre territoire vient nous rappeler la fin d’un modèle de développement. La France fut par le passé une puissance impériale, exploitant le reste du monde pour assurer une « croissance » achetant sa paix sociale intérieure, hiérarchisant les races, externalisant vers la périphérie du monde les dégâts, désordres et guerres causés par son modèle insoutenable de développement. Aujourd’hui la France ne peut plus porter la misère et la guerre – émissions de gaz à effet de serre, bombes ou drones – à sa périphérie sans recevoir en retour des coups mortels. Comme pendant la guerre d’Algérie une sale guerre revient en boomerang sur l’Hexagone. Comme pour la guerre d’Algérie, nous n’en sortirons par le haut qu’en abandonnant toute posture impériale.

 

- Deuxième piste : un grand mouvement citoyen de défense civile et de riposte antiterroriste. Chaque attentat est suivi d’une surenchère sécuritaire : davantage de soldats armés dans les rues et les gares, de vidéosurveillance, de méfiance envers l’étranger, l’autre. Cette stratégie est perdante : un surinvestissement sécuritaire ne peut faire face aux modes d’action d’un réseau souple de kamikazes prêts au martyre. Il est économiquement coûteux : l’Empire romain est aussi mort du coût de son armée face aux invasions « barbares. » Et surtout, il est dangereux pour la démocratie. Il déresponsabilise et anesthésie les simples citoyens devenus spectateurs d’une spirale de violences.

 

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Graffiti sur un mur de la ville de Bethléem, en Cisjordanie.

À la logique de guerre, substituons celle de la résistance et la résilience civiques. Ce qui limite les effets du terrorisme, c’est le courage ordinaire de chacun...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 17:54

 

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Contre le terrorisme et pour la planète : l’un ne va pas sans l’autre !

19 novembre 2015 / Nabil Ennasri (Collectif des musulmans de France)


 

 

Dans l’épreuve que la France traverse, il est indispensable de faire preuve d’unité et de se retrouver autour des valeurs républicaines communes, sans hypothéquer les libertés. Mais le « fléau du radicalisme » ne doit pas occulter l’urgence écologique et la nécessité de « préserver les possibilités de la vie sur Terre ».

 

Nabil Ennasri est président du Collectif des musulmans de France (CMF).

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Nabil Ennasri.

Ce que nous vivons actuellement est unique dans l’histoire récente. La France vient de connaître ses pires attaques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le pays est touché, la nation est en deuil. Face à cette épreuve, nous devons faire preuve d’unité. Un front commun doit rassembler le pays dans un esprit inclusif de dénonciation de ces horreurs, de compassion envers les victimes et leurs familles et de solidarité pour protéger notre avenir.

L’objectif des terroristes, en plus de susciter l’effroi, est de semer la division au sein du peuple français. La stratégie des commanditaires est maléfique puisque, comptant sur l’ampleur de leurs forfaits, ils espéraient qu’une partie du pays en rejette la responsabilité sur ceux qui partagent la même religion que les kamikazes. Ce faisant, cette analogie engendrerait une poussée du discours raciste voire un irréparable passage à l’acte en guise de représailles. Par un enchainement incontrôlable, on verrait alors certains musulmans se jeter dans les bras, par dépit et frustration, de ces semeurs de haine.

Cette stratégie de « propagande par le fait » a été produite dans l’histoire par plusieurs groupes sectaires et elle a même été théorisée par les idéologues du prétendu « État islamique », dont les pratiques comme les idées ne font que trahir la portée spirituelle du message de l’islam. Elle n’a que peu de chances d’aboutir. En tout cas, il est de notre responsabilité de tout faire pour lui donner aucune chance de voir le jour.

 

Négocier un virage historique

C’est donc un impératif de rassemblement qu’il nous faut promouvoir. Cet élan permettra à la nation de se retrouver autour de son pacte républicain et de ses valeurs de liberté, d’égalité et surtout de fraternité. Ce discours de convergence et de résistance collective à une épreuve qui a heurté la nation dans toutes ses composantes doit être martelé par tous. Par les autorités et les personnalités publiques qui jouent un rôle central dans le façonnage de l’opinion. Sur ce sujet, il faut saluer la responsabilité d’une large partie de la classe politique, même s’il est désolant de constater que certains ne se sont pas empêchés de récupérer ces crimes pour alimenter des amalgames aussi douteux qu’indécents.

Ce discours doit aussi être relayé par les médias, qui doivent avoir le maximum de scrupules en invitant des personnalités représentatives des différentes communautés et non relayer les figures qui ne bénéficient d’aucune crédibilité de la base. Enfin, par tous les leaders d’opinion, les acteurs associatifs et autres syndicats pour rendre définitivement caduc le spectre de la sédition, qui ouvrirait la porte à toutes les dérives. Sur ces sujets, la communauté musulmane a aussi une large part de responsabilité pour témoigner du sens véritable de son éthique, rassurer une partie de la société qui serait déboussolée face à pareille actualité et être force de proposition pour contribuer à un avenir meilleur.

La France est à la croisée des chemins. Pour résorber le fléau du radicalisme, il y a certes une réponse sécuritaire à apporter. Mais celle-ci, aussi indispensable soit-elle, ne devra jamais se faire au détriment des libertés. La force d’une démocratie, c’est de ne jamais céder à la psychose, en refusant que la panique ne vienne étouffer des droits conquis depuis plus de deux siècles et qui sont le socle de notre identité. En ce sens, les prochains jours et semaines sont déterminants afin de négocier un virage historique.

 

L’épicentre d’un moment unique

Enfin, si la France est à un moment charnière, le monde a aussi rendez-vous avec l’histoire. La crise du terrorisme ne devrait pas non plus occulter d’autres enjeux qui ont une portée planétaire. En ce sens, si Paris est aujourd’hui la capitale mondiale de la solidarité, elle sera aussi, dans quelques jours, l’épicentre d’un moment unique puisqu’il s’agira, lors de la COP 21, de remettre l’urgence écologique au centre de l’agenda international. Afin de préserver les possibilités de la vie sur Terre et ne pas léguer aux futures générations une planète dont le climat deviendrait chaotique...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 17:31

 

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Le pétrole et l’argent de Daech : voici les faits

19 novembre 2015 / Émilie Massemin (Reporterre)
 


 

 

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech (alias État islamique) en lui achetant du pétrole ? Non, selon les spécialistes interrogés par Reporterre. Daech tire deux millions de dollars par jour de l’or noir, soit environ un cinquième de ses revenus. Et sa production de moins de 40.000 barils par jour, largement autoconsommée, ne pèse pas lourd dans la région.

Les pays occidentaux financent-t-ils le terrorisme de Daech en lui achetant du pétrole ? Non, assurent les deux spécialistes interrogés, Matthieu Ausanneau (Shift Project) et Valérie Marcel (Chatham House). Si l’or noir reste une source de financement importante pour l’Etat islamique, ce dernier exporte peu et complète son budget par d’autres trafics. Faisons le point.

 

De quelles ressources pétrolières Daech dispose-t-il ?

L’État islamique contrôle actuellement 60 % des ressources pétrolières de Syrie. Il dispose principalement de champs pétroliers dans la province de Deir ez-Zor, dans l’est du pays. « C’est une province assez vaste, plus ou moins désertique et peu peuplée, située à frontière de l’Irak », décrit à Reporterre Matthieu Auzanneau, chargé de la prospective au Shift Project et auteur dOr noir, la grande histoire du pétrole. Daech y produit de 30.000 à 40.000 barils chaque jour. « C’est très peu par rapport aux standards du golfe Persique, où la production se compte en millions de barils par jour », relativise ce spécialiste du pétrole.

Cette production, faible, est « structurellement en déclin », poursuit-il. En effet, la Syrie a dépassé son pic de production à la fin des années 1990. « Il est intéressant de voir que la diminution de cette manne pétrolière, pour des raisons écologiques d’épuisement de la ressource, a contribué au marasme économique du pays, remarque M. Auzanneau. Le même phénomène se produit, en pire, au Yémen, et y participe à l’effondrement des institutions étatiques. »

 

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Construction d’un oléoduc en Irak dans les années 1930.

En Irak, quatrième exportateur mondial de pétrole et détenant 40 % des réserves mondiales, Daech ne disposerait pas de champs pétroliers, estime M. Auzanneau. « Une grande peur était que l’État islamique remette la main sur les puits pétroliers de Kirkouk, dans la zone d’autorité des Kurdes d’Irak, mais il s’est arrêté à Mossoul », constate-t-il.

En 2014, d’après le rapport Islamic State : the Economy-Based Terrorist Funding rédigé par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez, Daech contrôlait encore 13 champs de pétrole dans les gouvernorats de Ninive, al-Anbar, Salah ad-Din et Kirkouk. Le pétrole produit dans ces champs représentait 10 % des capacités de production irakiennes.

Mais « Daech a perdu les trois-quarts des champs pétroliers dont il disposait dans l’ouest et le nord-ouest de l’Irak, reconquis par les forces kurdes et irakiennes », relate le docteur Valérie Marcel, chercheuse associée énergie, environnement et ressources à l’Institut royal des relations internationales (Chatham House) de Londres. Qui évalue toutefois la production de Daech en Irak à « 10.000 barils par jour, à rapporter au 3,4 millions de barils par jour de capacité de production que totalise l’Irak ».

 

Quels revenus Daech tire-t-il de sa production de pétrole ?

L’État islamique tire environ 2 millions de dollars par jour de la vente de brut et de produits pétroliers plus ou moins raffinés. « C’est très peu pour la région, mais cela représente une part substantielle du revenu de Daech, qui s’élève au total à un peu moins de 10 millions de dollars par jour [soit environ 3,5 millards d’euros par an], d’après les évaluations des services de renseignement américains et européens », analyse Matthieu Auzanneau. « A cette source directe d’or noir s’ajoute une autre, indirecte mais sans doute très importante : les pétrodollars donnés par de riches habitants des pays arabes du golfe arabo-persique, via divers canaux occultes », précise-t-il.

Contrairement à ce qui se lit parfois, le pétrole de Daech n’est pas vendu en-dessous des prix du marché, estime le chargé de prospective au Shift Project. « Le prix varie entre 25 et 40 dollars le baril, ce qui est moins cher que le baril de Brent mais correspond aux prix du marché dans la région, évalue-t-il. Sachant que le prix varie en fonction du type de pétrole : plus le pétrole est lourd, moins il est cher. »

 

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Défilé de combattants de l’État islamique.

« On exagère souvent les revenus que l’État islamique tire du secteur pétrolier, estime pour sa part Valérie Marcel. Je pense qu’aujourd’hui, ils tirent davantage de revenus de taxes, d’extorsions et de péages. » En effet, outre le pillage de la banque centrale de Mossoul en juin 2014, qui lui a apporté environ 500 millions de dollars états-uniens, Daech se finance par la contrebande de matières premières, la vente de produits contrefaits (cigarettes, vêtements), le zakat (l’aumône islamique obligatoire) et le mécénat de quelques grandes fortunes du Golfe.

« Historiquement, le pétrole a joué un rôle dans la fortune de Daech, mais actuellement tout est bombardé. Tous les oléoducs ont été fichus en l’air, idem pour les raffineries, renchérit Pierre Radanne, expert énergie à l’association 4D. Les revenus de l’État islamique viennent aussi du trafic de drogues et du trafic d’armes, ainsi que du racket des populations locales. Une des manières de casser Daech est de casser sa tirelire, mais pas forcément par le pétrole. »

 

Qui achète et consomme ce pétrole ?

Le pétrole produit par Daech est essentiellement consommé sur place, en Syrie et en Irak, explique Matthieu Auzanneau. « On soupçonne fortement que l’État islamique troque avec le régime de Bachar el-Assad du brut contre des produits raffinés, complète Valérie Marcel. Nous ne disposons pas de preuves fermes, mais le régime de Bachar el-Assad avait déjà noué une entente de ce genre avec al-Nosra, un groupe rival de Daech en Syrie. » Des soupçons d’autant plus forts que l’État islamique ne dispose que de faibles capacités de raffinage. L’existence d’un tel trafic semble possible à M. Auzanneau : « Cela a été évoqué par la CIA il y a un an et nous n’avons pas d’éléments nouveaux depuis. Mais cela semble plausible dans la mesure où l’armée de Bachar el-Assad a peu fait pression sur l’État islamique, avec peu d’actions aériennes. »

Concernant d’éventuelles exportations vers la Turquie, M. Auzanneau se montre prudent. « On entend beaucoup fantasmer sur cette idée, mais en réalité la production de pétrole de Daech est faible, et la part exportée vers la Turquie représente une goutte d’eau sur le marché turc et moins encore au niveau mondial », relativise-t-il. « Une portion de brut doit passer en Turquie, mais les volumes sont moins élevés qu’autrefois car les contrôles à la frontière sont plus importants », complète Mme Marcel.

 

Comment ces ressources pétrolières évoluent-elles ?

Les bombardements états-uniens et français sur l’appareil de production (champs, oléoducs, raffineries) ont fait redescendre la production de pétrole de Daech de 70.000 à 40.000 barils par jour en environ en un an...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 17:13

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Attentats

« Modifier notre Constitution sur injonction de Daech, c’est donner aux terroristes la victoire qu’ils espèrent »

par

 

 

 

Comment lutter efficacement contre Daech et l’idéologie salafiste sans fouler du pied les principes du droit, sans renoncer à ce que nous sommes et avons bâti ? Quelles seront les conséquences sur notre démocratie déjà bien affaiblie de la révision de la Constitution et des mesures d’exception en préparation ? La réponse par les armes est-elle vraiment la seule possible ? Entretien avec le juriste Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, et secrétaire général adjoint de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

 

 

Basta ! : Les députés discutent aujourd’hui du prolongement de trois mois de l’état d’urgence. Quelle est votre réaction par rapport au discours de François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès, le 16 novembre, après les attentats meurtriers ?

Jean-Pierre Dubois [1] : Nous faisons face à une situation exceptionnelle, qui appelle à des mesures exceptionnelles. Mais cela ne signifie pas des mesures d’exception. Cela suppose des moyens plus importants qu’en temps normal, avec la restriction de certaines libertés si cela est absolument nécessaire. Mais tout cela doit être décidé démocratiquement, et être accompagné à chaque fois de mesures de contrôle, politiques et judiciaires, pour éviter toute logique non-démocratique. De ce double point de vue, le discours du président de la République nous inquiète énormément. Le ton martial rappelle celui du président George W. Bush en 2001. Nous sommes dans une logique d’impuissance guerrière, avec d’autant plus de gesticulations qu’on ne sait pas quoi faire. La peur et la vengeance sont toujours des défaites de la raison. C’est normal que tous, nous ayons peur, mais nos responsables politiques doivent faire appel à la raison, ne pas être dans l’instantané et dans l’émotionnel.

 

Que pensez-vous des mesures proposées par François Hollande ?

Deux choses sont extrêmement inquiétantes. Premièrement, le fait de dire au Parlement : « Donnez-nous un blanc-seing pour trois mois et faites-le dans les trois jours. » C’est absolument impensable dans une démocratie normale. Ce qu’il faut faire dans les trois jours suivant les attentats, c’est que la police cherche les responsables et les mette hors d’état de nuire. On peut tout à fait comprendre que, dans l’urgence, nous ayons besoin de faire des perquisitions sans prendre les formes habituelles. Mais à condition que le contrôle judiciaire revienne le plus tôt possible, et qu’il soit réel. Réfléchir aux nouveaux cadres législatifs, aux nouvelles mesures juridiques que cette situation appelle, cela nécessite du temps et du débat ! Et ce n’est pas un homme seul qui peut le décider. Rien n’empêche par exemple que le Parlement se retrouve tous les mois pour décider s’il faut poursuivre l’état d’urgence ou pas. C’est un minimum de démocratie, sur lequel le président s’est malheureusement assis.

Deuxièmement, même s’il faut évidemment attendre d’en savoir plus, le contenu des mesures annoncées est aussi inquiétant. Tout le monde sait que la déchéance de nationalité, qui est une reprise des propositions de Nicolas Sarkozy sinon de celles du Front National, n’aura aucune efficacité. C’est absolument insensé, inadmissible. Est-ce qu’on lutte contre le terrorisme en disant à des gens « vous n’êtes pas complètement Français parce que vous avez aussi une autre nationalité » ? Ou bien est-ce qu’on est en train de créer des fractures entre les « Français de souche » et les autres, pour utiliser le vocabulaire de Marine Le Pen ?

 

Réviser la Constitution n’est pas une bonne idée, selon vous ?

Le Parti socialiste au temps de François Mitterrand voulait abroger l’article 16 de la Constitution [qui donne les « pleins pouvoirs » au président de la République en période de crise], et aujourd’hui le gouvernement veut le « perfectionner » ! Réviser notre Constitution sur injonction de Daech, c’est donner aux terroristes, aux assassins, la victoire qu’ils espèrent. Le but ultime de ces assassins n’était pas de tuer des gens – c’est ce qu’ils ont fait et c’est une horreur absolue : ils ne font pas cela parce qu’ils sont fous, ils le font pour obtenir ce que nos gouvernants semblent justement vouloir préparer. C’est-à-dire ce que Bush a fait aux États-Unis, cette stupidité politique de l’intervention en Irak, qui n’a fait que créer de nouvelles horreurs, de nouveaux réseaux terroristes. Nos gouvernants n’arrivent pas à sortir de cette logique, qui est non seulement contre-productive mais aussi destructrice de ce que nous sommes. C’est ce qui m’inquiète. C’est comme si on cherchait à faciliter le recrutement de nouveaux terroristes.

Sans faire de procès d’intention a priori, ce qui a été annoncé par François Hollande cette semaine est exactement le contraire d’une réponse démocratique acceptable. Dire que nous sommes dans une situation d’exception pour une durée indéterminée – qui pourrait durer cinq, dix ans ! – c’est renoncer à ce que nous sommes. C’est faire un cadeau incroyable aux assassins. Le Premier ministre de Norvège après la tuerie effroyable d’Oslo en 2011 avait déclaré : « Bien entendu nous ne changerons rien à ce que nous sommes ». L’inverse de notre gouvernement qui dit : « Bien entendu nous allons changer ce que nous sommes ». Nous devons choisir entre la ligne de la Norvège et la ligne de George W. Bush, qui a eu les conséquences que l’on sait.

 

« Nous sommes en guerre », martèlent nos dirigeants. La réponse « guerrière » apportée par le gouvernement avec les frappes aériennes, et cette forme de surenchère verbale, est-elle au fond un signe de notre impuissance, de notre vulnérabilité ?

Les discours martiaux sur le thème « On va tous les exterminer » ne sont rien d’autre que le masque de la peur. La panique est extrêmement dangereuse. Quand nos dirigeants ne savent pas quoi faire, ils prennent une posture guerrière, relèvent le menton et bombent le torse. Cela ne trompe personne et cela détruit ce que nous voudrions au contraire préserver. Nous savons tous que cela peut recommencer, qu’il ne faut pas beaucoup de moyens pour que des personnes prennent des ceintures d’explosifs et des mitraillettes et se mettent à tirer dans la rue. Il y a effectivement une peur terrible, contre laquelle il nous faut lutter.

 

Comment pouvons-nous lutter efficacement contre le terrorisme et l’idéologie salafiste, sans fouler les principes du droit ?

Il faut bien sûr traquer ces gens et les empêcher de nuire. Mais tant qu’il y aura la même logique à l’œuvre là-bas, il y aura les mêmes conséquences ici. Nous vivons dans un monde global. Il faut se poser les vraies questions : pourquoi Daech a-t-il autant de moyens ? Pourquoi est-ce l’organisation terroriste la plus riche au monde ? On le sait : Daech vend du pétrole. À qui ? Comment fait-on pour que cela s’arrête ? Sans cela nous continuerons à faire de nouvelles lois après de nouveaux attentats, et nous n’en sortions jamais.

Deuxième question : qu’est-ce que cherche Daech ? A convaincre de plus en plus de jeunes musulmans qu’ils sont les cibles de leur propre gouvernement. On nous parle de guerre civile, mais si la réponse aux attentats est de faire la guerre contre une partie de la population française, là encore nous faisons un cadeau à Daech, en facilitant leur recrutement. Il faut éviter de tomber dans leur piège, en dressant les gens les uns contre les autres.

La réponse politique rationnelle, c’est d’une part de bloquer leur tentative de construire un climat de guerre civile en France, et d’autre part de s’attaquer aux sources de la puissance de ce réseau terroriste là-bas. Et pas avec des bombardements qui font courir le risque de tuer des civils et d’augmenter le nombre de candidats de Daech. Mais en s’attaquant au nerf de la guerre, l’argent. Également en agissant sur ce qui a poussé des milliers d’Irakiens et de Syriens à se tourner vers Daech : l’injustice et les extrêmes violences qu’ils ont subies, les morts en Irak et en Syrie du fait de la guerre civile. Tant que l’on joue les sunnites contre les chiites et réciproquement, tant que l’on soutient des gouvernements comme l’Arabie Saoudite, cela continuera. Il faut cesser de financer indirectement ce que l’on combat, soit en achetant du pétrole soit en soutenant les gens qui sont des complices.

 

Cela suffira-t-il ?

Difficile de dire ce qui suffira. Je ne supporte pas l’idée qu’il pourrait y avoir une solution miracle, qui résoudrait 100% des problèmes. Mais il faut éviter les réponses imbéciles et se précipiter tête baissée dans le piège qu’ils nous tendent.

 

Au lendemain des attentats, le secrétaire général des Républicains, Laurent Wauquiez, a déclaré vouloir placer les personnes qui font l’objet d’une « fiche S » dans des centres d’internement. Que pensez-vous des propositions qui demandent un plus grand contrôle de ces personnes ?

Qui peut vraiment vouloir mettre 10 000 personnes dans des camps en France ? Car il faut le formuler ainsi, de manière concrète, pour sortir des grandes formules qui flattent l’idée de vengeance… Qui pense vraiment que cela pourrait servir à quelque chose ? Je ne sais pas si c’est de la peur ou du cynisme… Cette fameuse « fiche S » est un objet de fantasme. Il serait idiot de ne pas s’occuper de ces personnes en train de se radicaliser ou qui fréquentent des mosquées avec des prédicateurs fondamentalistes. Mais traiter des milliers de personnes comme des ennemis, c’est à coup sûr les transformer en terroristes potentiels. Exactement ce que veut Daech.

Il faut aussi se poser la question : pourquoi des gens qui sont nés, ont grandi, ont été éduqué ici, peuvent se tourner vers cela ? Qu’est-ce que cela nous renvoie en terme de désintégration de notre société ? Que produisons-nous à travers les discriminations, l’absence de toute perspective d’intégration sociale, la misère et les ghettos ? A travers le fait qu’il n’y a plus de réponses politiques organisées, de colère politique organisée – qui puisse s’exprimer par des mots et par des actes collectifs, et non par une violence suicidaire ? Quand cela n’est plus possible, des gens sont tellement déstabilisés qu’ils deviennent littéralement fous et sont prêts à tuer et à se tuer. Bien sûr, cela nécessite une effroyable instrumentalisation par des gens au Moyen-Orient. Mais aussi un terrain ici qui rend cela possible.

Si notre réponse est uniquement policière, nous aidons ce que nous voulons combattre. La réponse ne peut pas se résumer à des procédés de surveillance. Des parcours comme celui de Mohammed Merah et d’autres, si on les avait traités en amont et pas seulement en les mettant sur une fiche, beaucoup de choses auraient pu être évitées. Il faut les surveiller mais certainement pas les mettre encore plus à l’écart de la société.

 

Les mesures de surveillance généralisée, notamment avec la Loi Renseignement votée au printemps, ont-elles montré avec ces événements leur inefficacité ?

Il y a en France une confiance aveugle dans les procédures de surveillance électronique générale. Mais nous gaspillons de l’énergie à côté de nos cibles. Nous consacrons des crédits gigantesques pour des systèmes qui analysent les communications de millions de personnes, alors que le « renseignement humain » serait probablement beaucoup plus efficace. Les communications SMS que l’on retrouve maintenant, tout comme les caméras vidéo, nous permettent de constater après-coup ce qui s’est passé. Les policiers, les services de renseignements ont besoin de pouvoir infiltrer des réseaux, c’est là qu’il faut mettre des moyens.

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble disait que pour lutter efficacement contre le terrorisme, il fallait traiter toute la population comme des terroristes potentiels. Non seulement c’est la mort de la démocratie, mais cela ne nous mène nulle part. Mais c’est un débat que les gouvernants essaient d’interdire, en nous disant qu’on se fait le complice des assassins si on ouvre ce débat. Il me semble que c’est pourtant en refusant ce débat qu’on fait le jeu des assassins.

 

L’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic explique que l’échec de la lutte contre le terrorisme n’est pas un problème de législation, mais un problème de moyens. Êtes-vous d’accord ?

Je suis d’accord avec lui sur l’essentiel. A la Ligue des droits de l’Homme, nous ne sommes pas des « angélistes ». Il faut évidemment faire du travail de renseignement, nous avons besoin d’action policière en la matière et cela nécessite plus de moyens. Mais dans le cadre de l’État de droit ! Il n’y a aucune raison de se comporter comme si on était en Russie ou en Chine. Ce n’est certainement pas en disant que grâce à des ordinateurs magiques, en surveillant 60 millions de Français, nous allons repérer les communications entre terroristes. Ce n’est pas une bonne méthode. Mais les méthodes plus ciblées, plus ingrates, c’est du travail à long terme, moins visible, et donc moins porteur politiquement.

 

Ces évènements tragiques et les réactions des responsables politiques font-ils le jeu du Front National ?

C’est un dégât collatéral. Mais madame Le Pen n’a pas grand-chose à dire, une partie des Républicains fait le travail pour elle. Et le gouvernement ne formule pas d’objection explicite aux propositions les plus dingues. Sur la question d’enfermer les « fiches S » dans des camps, nous en sommes au point où c’est Nicolas Sarkozy qui répond à ses amis Laurent Wauquiez et Christian Estrosi, « je ne veux pas un nouveau Guantanamo en France » ! Manuel Valls a vaguement bredouillé qu’il fallait que tout soit conforme à l’État de droit, mais il n’a pas été capable de dire que cette proposition est inadmissible.

Mais les stratégies politiciennes derrière tout cela sont sans importance. Ce n’est pas l’essentiel par rapport à ce qui peut arriver à notre démocratie. Nous vivons une crise du politique. Pour que des gens en viennent à se faire exploser pour faire un maximum de victimes, que le seul débouché à leur colère soit la haine aveugle, il faut quand même que toute réponse rationnelle, politique et collective soit bouchée, y compris dans leur tête. Je ne crois pas à la folie collective sans explication. Il y a certainement des gens fragiles ou qui deviennent incontrôlables, mais les passages à l’acte sont aussi le signe d’une crise. Il y a une absence d’intelligence et de principes qui malheureusement est contagieuse. C’était déjà le cas pour la crise des réfugiés.

Même s’il est dramatique – mais pas nouveau – que les réponses apportées soient démagogiques et purement sécuritaires, même si ce que je dis est assez pessimiste, il faut se rappeler que nous avons vécu des événements encore plus terribles. Et que des gens ailleurs vivent des choses encore bien plus terribles. Daech frappe d’abord des musulmans et les populations de sa région. Nous avons eu à Paris un échantillon de ce que vivent des gens au Moyen-Orient depuis des années, à une échelle beaucoup plus grande. Cela ne diminue pas l’horreur de ce qui s’est passé à Paris, mais il faut prendre cela en compte, et trouver des solutions pour y mettre un terme.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

Photo : CC The Apex Archive

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:57

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

La CGT s'inquiète du tout «sécuritaire» après les attaques de Paris

|  Par Mathilde Goanec

 

 

 

Alors que l’union nationale voulue par François Hollande anesthésie les discours politiques à gauche, la CGT s’est fendue mercredi 18 novembre d’un communiqué critique sur la politique menée par le gouvernement depuis les attaques à Paris. Taxé d’angélisme, Philippe Martinez, premier secrétaire de la centrale cégétiste, s’explique.

 

 

Tout d’abord, comment comprenez-vous les très rares critiques entendues depuis l’instauration de l’état d’urgence et pourquoi est-ce la CGT, un syndicat, qui tient publiquement cette position ?

Philippe Martinez. Il y a eu une déclaration commune d’un certain nombre de syndicats, mais nous sommes allés, c'est vrai, un peu plus loin dans notre analyse. Pourquoi nous ? On s’appuie sur notre vécu au travail, sur notre expérience comme syndicalistes, et c’est peut-être ce qui manque à d’autres. Le lien que nous avons avec les salariés nous oblige à considérer les questions sociales autour de ce sujet.

 

Mais vous ne vous bornez pas aux questions sociales, vous prenez aussi position sur l’intérêt ou pas d’aller mener une guerre plus affirmée en Syrie ?

Nous avons une petite expérience en la matière depuis 150 ans et l’analyse que l’on en tire, c’est qu’à chaque fois qu’on nous a dit qu’il fallait faire la guerre pour régler le problème, le problème se développe. Car quand on bombarde, on ne fait pas de différences entre les gens, ce sont des bombes qui tombent sur des femmes, des enfants, des hommes… Et après on s’étonne qu’ils fuient et quittent leur pays ! Je le dis souvent aux militants : en France aussi, pendant la Seconde Guerre mondiale, un exode a eu lieu. Donc cette position pacifiste est dans les gènes de la CGT. Nous avons toujours porté ces valeurs-là, et même si les conditions sont un peu différentes aujourd’hui, on doit être là pour les porter.

 

Et vous ne vous sentez pas trop seuls ?

Vous savez, à la CGT, on est parfois seuls mais c’est pas pour ça qu’on ne dit que des bêtises… Pour avoir un vrai débat, il faut des avis contradictoires. Sous cette notion d’union nationale, on a peut-être tendance à vouloir lisser les commentaires et les arguments. Ce n’est jamais bon pour la démocratie.

 

Sur la question des libertés, êtes-vous inquiet en tant que membre du mouvement social des restrictions possibles ?

On peut être inquiet, oui, c’est pour ça qu’on interpelle tout de suite le gouvernement. Il faut veiller à plus de sécurité et d’ailleurs on pourrait certainement se donner les moyens d’en faire encore plus, en termes d’effectifs. Y compris, je pense, pour les soignants. On a vu l’engagement des personnels de santé, qui venaient de quitter le travail et qui y sont retournés sans se poser de question. C’est vraiment ça, à mon sens, le service public, et ça méritait sans doute plus que des remerciements au moment où il y a plein de conflits à l’hôpital... Mais oui, nous avons des craintes car une politique de sécurité et une politique sécuritaire, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a le risque de pouvoir par là-même bâillonner toute forme d’expression. Or les problèmes sociaux restent entiers, et exigent des mobilisations.

 

Ce qui vous inquiète, c’est qu’on ne puisse plus se rassembler ou la mise sous surveillance du corps social ?

Les deux. Il y a la surveillance individuelle, on va pouvoir bientôt écouter tout le monde, et nous avions d’ailleurs déjà critiqué la loi sur le renseignement à ce sujet. Et puis nous avons peur aussi pour les libertés collectives, le droit de se rassembler, de contester. Est-ce que les salariés d’Air France, par exemple, doivent accepter les licenciements sans réagir ? Ce sont de vraies questions.

 

Vous estimez également que pour lutter contre la radicalisation, il faut plus de social, plus de justice, plus d’égalité. C’est selon vous la raison numéro un de la dérive de certains Français vers Daech ?

Non, c’est l’une des raisons, et malheureusement, elle n’est pas évoquée. Si on ne lutte pas contre le chômage, la précarité, l’isolement et notamment des plus jeunes, si on les maintient exclus du travail, on les rejette vers des solutions qui ne sont pas les bonnes. On sait bien que même s’il y a beaucoup de choses à faire pour améliorer les entreprises, rentrer dans un collectif de travail permet des échanges, une vie en société, un enrichissement collectif. Tout ça pousse à d’autres aspirations que celles d’aller se faire exploser dans une foule au nom d’une idéologie nauséabonde. L’intégration par le travail, c’est essentiel pour nous. 

 

La CGT, comme le reste de la société, est traversée par des mouvements contradictoires. Comment la base militante perçoit-elle ce que vous venez de déclarer au sein du bureau confédéral ?

Je viens de faire une assemblée de militants ce matin dans le Doubs, on était une centaine, je n’ai pas entendu de réactions négatives à ce communiqué. Et en même temps, c’est notre rôle aussi, plutôt que de faire comme si le problème n’existait pas, de faire réagir, de planter le décor. La pire des choses, c’est que chacun reste dans son coin avec en tête quelque chose de si traumatisant. Il ne faut pas croire, même en province, même loin de Paris, c’est traumatisant. Donc il vaut mieux clairement dire ce que l’on pense et après on en discute. Ça suscite des questions, sur le racisme c’est clair qu’il y a des tensions. Mais ne pas en parler serait grave dans une organisation comme la nôtre, avec ce qu’elle pèse dans le pays. 

 

Il y a eu aussi des victimes parmi la CGT ?

Oui, une responsable d’une union locale était avec sa fille au Bataclan, et donc deux militantes de la CGT ont été tuées. Un camarade de la métallurgie également. Nous sommes touchés directement, comme beaucoup de familles.

 

Enfin sur la journée du 2 décembre, cela reste une journée d’action sociale ou le mot d’ordre a-t-il changé ?

C’est une journée d’action sociale. Après Air France, nous avions dit non à la violence sociale. Autour de cette affaire, dans tout le pays, il s’agit de continuer à plaider pour le progrès social. Nous sommes contents de constater que le pacte de stabilité pouvait être contourné, ce dogme qui paraissait si inébranlable. Eh bien, c’est le moment ou jamais : allons-y, fixons-nous des priorités. Le social en est une. 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:46

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

Le gouvernement suit la droite vers un état d'urgence renforcé

|  Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

 

 

 

Le gouvernement a présenté mercredi le projet de loi permettant la prolongation à trois mois de l’état d’urgence. La loi du 3 avril 1955 sera également fortement renforcée, en échange de quelques garanties supplémentaires pour les citoyens.

 

Surtout ne pas laisser le terrain sécuritaire à la droite. Depuis les sanglants attentats de vendredi, le gouvernement poursuit la même stratégie. Mercredi, il a présenté le projet de loi permettant la prolongation à trois mois de l’état d’urgence, ainsi que plusieurs modifications apportées à une loi vieille de 60 ans. Le texte prévoit quelques garanties supplémentaires face au régime d’exception prévu par l’état d’urgence. Mais il permet surtout son extension dans plusieurs domaines. Dans la soirée de mercredi, la commission des lois de l'Assemblée nationale a encore durci l'arsenal des mesures. Les policiers seront notamment autorisés à porter leur arme en dehors du service, une vieille revendication de la droite et des syndicats de police.

« L’état d’urgence, et l’État de droit. » C’est le message qu’avait pourtant martelé mercredi le gouvernement en présentant le projet de loi, validé mercredi en conseil des ministres et qui devrait être adopté jeudi par l'Assemblée en procédure accélérée. « L’état d’urgence n’est pas le contraire de l’État de droit. (...) Il est son bouclier », a juré Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur devant les députés. « On protège et on garantit l'État de droit (...) C'est ce qui fait l'engagement du président de la République », avait déjà indiqué, quelques heures plus tôt, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

Le décret pris par le conseil des ministres, réuni en toute hâte, dans la nuit de vendredi à samedi, permettait d’instaurer l’état d’urgence sur tout le territoire métropolitain pour 12 jours. C’est la limite fixée par la loi. Pour aller au-delà, il faut passer devant l’Assemblée et le Sénat : c’est le premier objectif du texte validé mercredi 18 novembre en conseil des ministres qui prolonge l'état d'urgence à trois mois, « à compter du 26 novembre 2015 ». Mais au gouvernement comme dans la majorité, personne n'exclut que cette période ne puisse être prolongée par la suite. « La perspective que d'autres attentats aient lieu dans les prochaines semaines ne peut être écartée », a affirmé l'influent président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, le député PS Jean-Jacques Urvoas.

« Il est indispensable, pour approfondir la lutte contre le terrorisme, que les autorités administratives puissent recourir à ces mesures pendant une période limitée mais suffisamment longue pour s’assurer que les réseaux terroristes, au-delà des procédures juridictionnelles en cours, puissent être, par des actions coercitives, mis hors d’état de nuire », explique le gouvernement dans l’exposé des motifs du projet de loi déposé mercredi à l’Assemblée. « L’état d’urgence est une nécessité pour la sécurité des Français », a affirmé Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. L’argument a été validé par le conseil d’État qui considère qu’eu « égard à la nature de l’attaque dont a été victime notre pays et à la persistance des dangers d’agression terroriste », la prorogation de l’état d’urgence est « justifiée » (lire ici l’avis du conseil d’État dans son intégralité).

Pour l’instant, l’application de l’état d’urgence a abouti à 414 perquisitions administratives (hors la tutelle d’un juge) et 64 interpellations, selon le ministère de l’intérieur. Par ailleurs, 118 assignations à résidence ont été prononcées sur l’ensemble du territoire.

 

 

Pourtant, comme le président de la République l’avait annoncé lundi lors de son discours devant le Congrès réuni à Versailles, le gouvernement ne s’est pas contenté de se donner du temps pour démanteler les cellules terroristes présumées. Il soumet à l’examen des parlementaires plusieurs modifications de la loi du 3 avril 1955 qui définit et encadre l’état d’urgence. L’une d’elles est une simple adaptation du texte aux technologies existantes : il est explicitement écrit qu’il est possible d’accéder aux données d’un ordinateur ou d’un disque dur. Mais là n’est pas l’essentiel.

 

L’assignation à résidence : élargie et renforcée

Le projet de loi, validé mercredi en conseil des ministres, dont le vote est prévu dès jeudi en procédure accélérée par l’Assemblée nationale, prévoit une extension et un durcissement des assignations à résidence, permises dans le cadre de l’état d’urgence. Jusque-là, l’article 6 prévoyait que soit visée « toute personne (…) dont l'activité s'avère dangereuse pour la sécurité et l'ordre publics ». Ce sera désormais « toute personne (…) à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». Une acception beaucoup plus large.

 

Une personne assignée à résidence pourra désormais être escortée au lieu de résidence fixé par les policiers ou les gendarmes. Elle pourra être contrainte de pointer, jusqu’à trois fois par jour, dans un commissariat ou à la gendarmerie, ainsi que de devoir remettre son passeport aux forces de l’ordre. Elle pourra aussi être obligée de rester jusqu’à 8 heures par jour à son domicile – un délai qui pourrait être porté à 12 heures lors du débat parlementaire : de très nombreux députés, sur tous les bancs, y sont favorables. Enfin, il sera désormais possible de lui interdire « de se trouver en relation, directement ou indirectement, avec certaines personnes, nommément désignées, dont il existe des raisons sérieuses de penser que leur comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». Toutes ces dispositions n’existaient pas jusque-là.

 

Mercredi soir, le groupe LR (ex-UMP) a par ailleurs proposé en commission des lois un amendement pour imposer le bracelet électronique aux assignés à résidence. Cette vieille revendication de la droite a été soutenue par plusieurs socialistes, dont Jean-Jacques Urvoas. Le gouvernement, représenté par la secrétaire d'État Clotilde Valter, a été pris de court : après une suspension de séance, celle-ci s’est engagée à présenter un amendement du gouvernement en séance, ce jeudi. « L'amendement est dans la seringue, s'est félicité le député LR Philippe Gosselin mercredi soir. Je serais surpris qu'il ne soit pas accepté demain. On progresse de façon intelligente ! »

 

Surtout, la majorité a finalement lâché sur une autre demande de LR : la possibilité pour les forces de l'ordre d'utiliser leur arme, même quand les policiers et les gendarmes ne sont pas en service. Les appels à la prudence de Daniel Vaillant, l'ancien ministre socialiste de l'intérieur, n'ont servi à rien. Tout en affirmant que cette disposition n'est pas du ressort de la loi, Clotilde Valter, ancienne responsable de la sécurité à Matignon du temps de Lionel Jospin, a annoncé que cette décision allait être prise prochainement par le ministre de l'intérieur. « Il y a un projet d'arrêté pour autoriser de façon générale le port d'armes des policiers hors service. Charge aux chefs de service ensuite d'apprécier s'ils le permettent ou pas à leurs agents », a confirmé la ministre à Mediapart, à l'issue de la commission des lois.

 

Le gouvernement a en revanche maintenu l’interdiction de camps de rétention pour les assignés à résidence. « En aucun cas, l'assignation à résidence ne pourra avoir pour effet la création de camps où seraient détenues les personnes visées », précise la loi de 1955. Le député LR (ex-UMP) Laurent Wauquiez a proposé la création de tels camps pour toutes les personnes ciblées par une fiche S, soit plus de 11 000 personnes. François Hollande a indiqué lundi que le gouvernement allait saisir le conseil d’État pour examiner la faisabilité juridique d’une telle disposition. « J’en tirerai toutes les conséquences », a-t-il indiqué. En off, l’exécutif se dit convaincu que la disposition est anticonstitutionnelle et, surtout, inefficace. Mais il ne veut surtout pas laisser un millimètre à la droite sur le terrain sécuritaire.

 

Des perquisitions partout, tout le temps

Le projet de loi élargit également le champ des perquisitions administratives permises par l’état d’urgence. Contrairement au droit commun, ces perquisitions peuvent être ordonnées de jour comme de nuit, en dehors de toute procédure judiciaire. Ce principe ne change pas. Il est même étendu : elles ne seront plus seulement possibles aux domiciles des personnes visées mais « en tout lieu, y compris un domicile (…) lorsqu’il existe des raisons sérieuses de penser que ce lieu est fréquenté par une personne dont le comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». Ce peut donc être une salle de prière, un café ou une voiture…  

 

Les peines encourues pour non-respect de l’état d’urgence (assignation à résidence, fermeture d’une salle de spectacle ou remise d’une arme) sont aussi fortement renforcées : elles pourront aller de six mois à trois ans d’emprisonnement, et de 7 500 euros à 45 000 euros d’amende. Jusque-là, c’était de huit jours à deux mois de prison et une amende de 11 à 3 750 euros.

 

Enfin, le gouvernement a ajouté une disposition absente de la loi existante qui permet de dissoudre des « associations ou groupements de fait » qui participent, aident ou incitent à commettre des « actes portant une atteinte grave à l’ordre public ».

 

En contrepartie de ce renforcement évident de l’état d’urgence jusque-là en vigueur, le texte prévoit de nouvelles garanties. Il supprime une disposition, très critiquée de longue date, sur le contrôle des médias. « Le contrôle de la presse et de la radio est supprimé », a indiqué Stéphane Le Foll mercredi à la sortie du conseil des ministres. Plusieurs députés ont pourtant déposé un amendement pour le rétablir lors de l’examen parlementaire entamé mercredi après-midi à l’Assemblée. Y compris dix élus socialistes. Les députés en ont longuement débattu. Mais le gouvernement l’a exclu : « Le contrôle de la presse n'a plus de pertinence dans l'abondance du monde médiatique qui est le nôtre », a avancé le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve.

 

Le gouvernement a également précisé – ce qui n’était pas le cas dans le texte signé par René Coty en 1955 – que les perquisitions administratives ne pouvaient pas viser les lieux d’exercice du mandat d’un parlementaire (son bureau ou sa permanence), et les bureaux des avocats, des magistrats ou des journalistes. Toutefois, un amendement écologiste pour empêcher que leurs domiciles soient également perquisitionnés a été rejeté. De telles perquisitions privées seront donc possibles.

 

Autre concession à l'État de droit : les citoyens visés par ces mesures pourront également les contester plus facilement : jusque-là, une personne concernée pouvait contester son assignation à résidence par exemple en saisissant une « commission consultative » composée par des conseillers départementaux… Une instance dont les contours n’ont jamais été précisés et qui n’a jamais été activée par quiconque, selon Philippe Cossalter, professeur de droit public. Le projet de loi du gouvernement prévoit que toute personne visée par une assignation à résidence ou une perquisition administratives puisse saisir en référé le juge administratif. Même si les perquisitions ne se font pas sous son autorité, le procureur de la République devra être « informé sans délai ». Elles devront également se faire en présence d’un officier de police judiciaire, et en présence de l’occupant du lieu visé. Ou, à défaut, de son représentant ou de deux témoins.

 

Après les attentats de Paris et de Saint-Denis vendredi, d’une exceptionnelle gravité, François Hollande a très vite adopté une attitude très martiale, usé d’un langage guerrier (« La France est en guerre », a-t-il indiqué lundi). Il a annoncé une batterie de mesures sécuritaires d’importance. Surtout, il a annoncé que l’état d’urgence ne devait pas seulement être prolongé et adapté : le président de la République veut l’inscrire dans la Constitution.

 

Avec le gouvernement, il prépare une réforme constitutionnelle pour y intégrer un « état de sécurité », entre les pouvoirs exceptionnels (article 16) et l’état de siège (article 36). François Hollande veut également modifier en profondeur le droit du sol : il a annoncé qu’il allait proposer de déchoir de leur nationalité les binationaux nés français et de leur interdire leur retour sur le territoire, en cas de condamnation pour faits de terrorisme. Autant de mesures jusque-là portées par la droite et l’extrême droite. Mercredi soir, le député LR Philippe Gosselin pouvait jubiler. « Quelle révolution en quatre jours ! Il y a bien encore quelques dissidences chez les écologistes, mais la dissidence est extrêmement limitée. » Voilà comment on parle, désormais, dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:37

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Dans les Vosges, l’économie circulaire fait revivre un village

18 novembre 2015 / Baptiste Giraud et Lucas Mascarello (Reporterre)
 


 

Dans un village vosgien situé en pleine campagne, l’association Minos crée une dynamique sociale autour de l’économie circulaire et de sa recyclerie. L’objectif : permettre aux gens de travailler, pour faire vivre ce territoire rural.

 

- À Monthureux-sur-Saône (Vosges), reportage

Samedi matin, 8 h, la longue rue centrale et la place du marché sont couvertes de brume. Derrière son petit stand de légumes bio, et malgré les 5 °C qu’affiche la croix verte de la pharmacie, Jean tresse un panier en osier. S’il connaît la recyclerie Minos ? « Bien sûr, j’y ai travaillé un an en contrat d’insertion, en tant qu’agent de collecte. J’ai trouvé ça super, et puis ça m’a permis de rebondir et de me lancer dans le maraîchage. » Une dame vient lui acheter quelques noix et de la salade. « C’est formidable, ce qu’ils font à Minos. C’est dynamique. Vous vous rendez compte, dans un village comme Monthureux… »

 

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En milieu de matinée, le magasin de la recyclerie fait le plein de visiteurs.

Justement, c’est aujourd’hui que se tient la vente mensuelle de la recyclerie. Nous prenons la direction de l’ancienne fabrique de fil, qui sert pour quelques mois encore de stockage et de magasin. Difficile de la rater : parking complet, des voitures stationnent au bord de la route départementale. À l’intérieur, ça fourmille. Comme si tous les habitants des alentours s’étaient donnés rendez-vous. Meubles, livres, vaisselle, électroménager, outils, fripes, jeux, et même ordinateurs : « On trouve de tout ici. Franchement, chapeau ! » s’exclame Thérèse, occupée à choisir des revues. « Vu la vie actuelle, on est content de trouver moins cher, et j’ai pas honte. » À côté d’elle, Dominique a déniché des livres sur les loisirs créatifs, un coussin à « relooker » pour offrir à Noël, et des jeux pour ses petits-enfants.

 

« Enrayer ces cercles vicieux »

Devant les trois caisses, tenues par des bénévoles, une trentaine de personnes font déjà la queue. Jacques, président de l’association et « le nez dans le guidon », tient l’une d’elles. Ce ne sont pas n’importe quelles caisses, explique-t-il : grâce à un logiciel de gestion de données, développé par l’association Cap 3C, tous les flux sont enregistrés. « J’ai voulu qu’on identifie et qu’on pèse ce qui rentre et sort. Comme ça on peut dire à ceux qui nous aident : ’’Voilà le tonnage qui n’est pas passé dans le système d’élimination des déchets’’ », explique Jacques. Ce jour-ci, la vente s’avère fructueuse : plus de 4.400 € de recette, soit 3,158 tonnes d’objets partis vers une nouvelle vie. En 2014, 80 tonnes ont été collectées, 78 % des objets ont été valorisés, et un peu plus de 40 % vendus.

C’est Raynald Magnien-Coeurdacier qui a créé l’association en 2006. Malgré sa consonance sidérurgique, la famille Coeurdacier est ancrée dans le village depuis des siècles. Né ici, Raynald est d’abord parti travailler dans le théâtre et l’audiovisuel. Avant de se reconvertir dans l’économie sociale et solidaire et de revenir habiter sa maison de famille. Puis de lancer Minos, pour « moyen d’insertion novateur pour l’organisation sociale ». Dans ans plus tard, il se fait même élire maire du village. « Mais Minos est plus utile que la mairie », confie-t-il. « Les gens s’en vont d’ici parce qu’il n’y a pas de boulot », constate Raynald. Aux confins de la Lorraine, la Champagne-Ardenne et la Franche-Comté, 960 âmes entourées d’une forêt de chênes et de quelques pâturages, à 30 km de Vittel et à 50 d’Épinal : Monthureux fait partie de ce que certains appellent l’ « hyperruralité ». Desservi par trois bus par jour seulement, le village possède le minimum de commerces nécessaires pour assurer le quotidien des 3.000 personnes qui vivent aux alentours.

 

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Raynald Magnien-Coeurdacier, maire de Monthureux-sur-Saône et fondateur de l’association Minos.

Aurélie Dupuy-Lanterne est responsable administrative et des ressources humaines à Minos. En 2014, 45 personnes ont été accompagnées. Elle connaît bien les profils des gens qui se retrouvent ici, les problèmes d’addictions, de femmes divorcées ayant peu, voire jamais, travaillé, les licenciements économiques. « Les gens se retrouvent ici parce que c’est pas cher et qu’il y a des logements sociaux. Puis, ils commencent à avoir des problèmes de voiture, de mobilité, pas d’argent pour se soigner, etc. On cherche à enrayer ces cercles vicieux. »

 

Éviter l’effet ghetto et la stigmatisation

Comment ? L’action de Minos se déploie sur trois niveaux : remobilisation sociale, chantier d’insertion et entreprise d’insertion. Le premier s’adresse aux personnes les plus en difficulté. Des ateliers (couture, cuisine, écriture) leur sont proposés afin de les faire sortir de chez eux et de retrouver un contact social. En veillant à éviter l’effet ghetto et la stigmatisation.

Certains jeudis, l’atelier cuisine prépare un repas auquel sont invités les gens du village. Parfois, un atelier d’écriture s’y mêle, raconte Raynald : le médecin ou l’artisan du coin se retrouvent à devoir faire les mêmes exercices d’écriture que les autres, se font aider, et lisent à leur tour leur production. « Les gens se demandent parfois pourquoi on y met tout cet argent public. Mais quand ils viennent voir, ils comprennent enfin l’intérêt de nos actions. »

 

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Des centaines de livres sont collectés et revendus.

Deuxième étape, les « remobilisés » peuvent postuler au chantier d’insertion que constitue la recyclerie. « En contrat d’insertion, ils travaillent 24 h par semaine. Ça laisse du temps à côté pour faire les démarches administratives. Et leur salaire est juste au-dessus du seuil de pauvreté, c’est important », explique Aurélie.

Le travail à la recyclerie se décompose en trois parties : la collecte des objets, chez des gens ou en déchetterie, mais à moins de 30 km à la ronde pour ne pas émettre trop de CO2 ; le tri et la valorisation de ce qui a été récupéré ; la mise en rayon dans le magasin et la vente. Pour Jacques, le président, « c’est quasiment l’outil idéal, car il n’y a pas besoin de techniciens. Ça les oblige à se lever le matin, et ça leur permet de répondre quelque chose quand on leur demande ce qu’ils font ». Les contrats durent un an maximum, le temps de construire un projet professionnel. Aurélie travaille avec une psychologue : « On les aide à trouver des formations, à comprendre comment ça marche. Et puis on cherche surtout à les rendre autonomes. »

Objectif particulièrement réussi pour Hervé. Après une année en insertion à la recyclerie, sa connaissance du travail et son investissement étaient tels que la direction lui proposa un CDI de responsable. Depuis, c’est lui qui encadre la petite dizaine d’ouvriers. « Je ne suis pas éducateur, mais j’essaie de faire en sorte qu’il y ait une vie de groupe », confirme l’intéressé. Son envie s’entend quand il évoque les possibilités d’évolution de l’activité : « Avec le gisement qu’on a, vous imaginez tout ce qu’on pourrait faire… »

 

Jouer le rôle d’« incubateur »

Dernier niveau, en place depuis cet été : une entreprise d’insertion qui produit des petits cubes en bois. Ils servent à faire vieillir le vin dans des cuves en -Inox. Cette fois, les salariés travaillent 35 h par semaine, ont des tâches plus techniques et des objectifs de production. Sans oublier l’importance de la quarantaine de bénévoles actifs, « force d’amorçage » de l’association, indispensables au bon déroulement de chaque vente et des ateliers. Récup’art, l’un de ces ateliers, donne un exemple de réutilisation des rebuts. « Ça marche très, très bien. Surtout avec les gamins, ils ont une créativité terrible », s’enthousiasme Hervé.

 

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Julien Beme (à gauche), en contrat d’insertion, et Françis Malagié, bénévole trésorier de l’association, trient les cubes de bois destinés aux cuves de vinification.

« On ne veut pas juste être une forêt et un lieu où les gens viennent fleurir la tombe et se balader à la Toussaint. On veut redonner de l’espoir aux habitants. Notre coin a un avenir ! soutient le maire, aujourd’hui directeur de Minos. Et si on veut que des endroits ruraux comme les nôtres existent, il faut que l’économie et les emplois marchent. Donc il faut inventer un système économique. » Tout en veillant à prendre soin de l’ « écosystème social », comme il l’appelle. « Des petites vieilles qui n’ont pas de bagnole, leurs enfants viennent pour la vente et passent les prendre en passant », raconte Jacques. « Et même les services sociaux donnent des bons d’achat pour Minos aux gens dans le besoin. Avec 200€, ils récupèrent tout ce qu’il faut pour aménager leur maison », ajoute Raynald...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:36

 

Info reçue par mail

 

 

Cher(e)s Désobéissant(e)s,

Le président de la République et son gouvernement viennent de décider d’interdire la Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et les mobilisations prévues le 12 décembre à Paris.

Nous refusons la stratégie du choc qui consiste à utiliser les attentats tragiques de ce vendredi 13 novembre pour restreindre les libertés.

Nous sommes des centaines de milliers de personnes à avoir prévu de nous rassembler le dimanche 29 Novembre 2015  place de la République, pour exprimer l’urgence de nous attaquer aux causes du dérèglement climatique, l’urgence de préserver nos biens communs et de construire un monde plus juste et plus durable.

Nous venons de payer le prix du sang parce que notre dépendance au pétrole, qui produit justement le réchauffement climatique, a plus que jamais besoin de la guerre pour maintenir son approvisionnement en pétrole bon marché. Et que la guerre, en semant le désespoir, alimente la haine et finalement le terrorisme, jusqu’au coeur de nos villes.

Nous appelons à refuser la suspension de l’état de droit que constitue l’état d’urgence et à venir manifester le 29 novembre à midi place de la République, pour la justice climatique, la transition écologique et les alternatives au capitalisme.

Nous appelons chacune et chacun à venir ce jour-là, dans le calme, sans haine et sans violence, conscient des risques certes, mais présent parce que le risque est plus grand de ne pas nous manifester :  combien de sécheresses, d’inondations, de famines, de guerres, combien de millions de victimes pouvons-nous éviter si nous affirmons la voix des citoyens du monde entier ?

On lâche rien !

Les désobéissants

www.desobeir.net

Rejoindre l’événement sur Facebook

 

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:28

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Climat

COP 21 : l’interdiction des manifestations de rue dans toute la France suscitera-t-elle la désobéissance ?

par

 

 

Le gouvernement vient d’annoncer l’interdiction des marches pour le climat prévues sur la voie publique à Paris et dans d’autres villes de France les 29 novembre et 12 décembre. Le ministère des Affaires étrangères invoque l’« exigence de sécurité », après les tragiques attentats du 13 novembre. Et précise que « la totalité des manifestations organisées dans les espaces fermés et aisément sécurisables seront maintenues ». Encore une victoire indirecte des terroristes de l’organisation État islamique et de leur projet politique promettant l’apocalypse.

La décision ne semble concerner que les mobilisations citoyennes sur le climat. Quelques heures avant l’annonce de cette interdiction, la maire de Paris, Anne Hidalgo, déclarait la réouverture du Marché de Noël des Champs-Elysées à Paris. Un décalage qui n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux.

 


 

La résignation semble cependant avoir gagné une partie des organisations. « Nous regrettons qu’aucune alternative n’ait été trouvée pour permettre nos mobilisations. Plus que jamais nous ferons part de créativité pour mobiliser et rassembler », a réagi la Coalition climat 21, qui regroupe 130 organisations non gouvernementales, syndicats et associations diverses. Un moyen d’entériner l’interdiction. Le slogan de la coalition, « si on ne fait rien, personne ne le fera à notre place », aura fait long feu, à un moment où les décisions prises par les États lors de la COP21 acheminent la planète et l’humanité vers un réchauffement supérieur à 3°C (notre entretien). Qui, effectivement, se mobilisera en l’absence des organisations de la Coalition 21 ?

Le salon des « solutions climat », organisé au Grand Palais, avec la participation des multinationales sponsors de la COP21, et très critiqué pour son côté « greenwashing », sera lui maintenu : « Nous comptons sur la participation de tous pour démontrer que seules l’approche collective et la mobilisation citoyenne sont de nature à préserver les valeurs démocratiques et nos engagements pour le climat », est-il précisé dans un communiqué intitulé « Paris est debout et reste mobilisé pour la COP21 ».

Comble de l’ironie, toutes les grandes villes du monde, sauf Paris, prévoient d’accueillir de nombreuses manifestations sur l’espace public durant la COP21. « Autour de la Marche mondiale pour le climat des 28 et 29 novembre, 2173 évènements, dont plus de cinquante marches de grande ampleur sont prévues partout dans le monde », rappelle l’ONG 350.org. Cette dernière continue « d’encourager à venir à Paris pour le dernier jour du Sommet sur le Climat pour être sûr que les citoyens, et non les pollueurs, aient le dernier mot ».

Des propositions émanant de militants commencent à essaimer sur la toile. Maxime Combes, militant d’Attac et contributeur régulier de Basta !, invoque sur son blog « l’état de nécessité devant l’urgence climatique » et le passage à l’action, « qu’elles soient légales ou illégales ». Occupation des centres commerciaux, d’entreprises privées ou de banques, actions ciblées pour rendre les transports collectifs gratuits en tant que « services essentiels de la transition énergétique », organisation d’une manifestation festive et informative décentralisée dans tous les transports ferrés d’Ile-de-France.... Objectif : rappeler le droit à « pouvoir lutter librement contre ce monde pourrissant ». A noter que le Sommet citoyen pour le climat des 5 et 6 décembre à Montreuil (Seine Saint-Denis) et la Zone d’action pour le climat du 7 au 11 décembre au lieu de création artistique le 104, à Paris devraient être maintenus, indique la Coalition climat 21.

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:22

 

Info reçue par mail

 

 

 

Concert en faveur du

CENTRE  de SOLIDARITÉ SOCIALE MÉDICALE de THESSALONIQUE

organisé par LES ARGONAUTES - Association Franco-Hellénique – Nîmes

 

 


 

donné par

 

Le CHOEUR ROMANTIQUE ET MODERNE

dirigé par Jean-Pierre Neel

 

et  TRAC LE TRIO DE L'A.G.A.C.

 

 

le dimanche 29 Novembre 2017

à 17 heures

à l'ÉGLISE SAINT CHARLES À  NIMES

 

donné au profit de

Solidarité Sociale Médicale Thessalonique - GRÈCE

 

LES ARGONAUTES - Association Franco-Hellénique

les-argonautes@orange.fr 

 

Le Centre de Solidarité Sociale Médicale de Thessalonique fonctionne depuis novembre 2011. Il prodigue des soins primaires et des traitements pharmaceutiques à toute personne sans protection sociale, sans distinction ni discrimination, de nationalité, de race, de religion, de sexe, d’orientation sexuelle ou d’âge. Il fonctionne sur une base quotidienne, avec des cabinets réguliers (généraliste, dentiste, psychothérapeute et psychiatre, neurologue, pédiatre, ORL, dermatologue, sage-femme, kinésithérapeute), ainsi qu’une pharmacie qui répond au quotidien aux besoins des divers cabinets. Plus de 250 praticiens participent gracieusement au fonctionnement de ce centre social. Il est aussi lié à un réseau de médecins privés extérieur (microbiologie, gynécologie, chirurgie et autres) qui répondent gracieusement aux besoins de soins qui ne sont pas assurés directement par KIA (par exemple des examens de diagnostic) et de praticiens d’hôpitaux qui interviennent lors d’hospitalisation de malades. Il est indépendant de l’État, de l’Europe et de l’Église, des partis politiques et des entreprises. Il ne fait pas de publicité pour qui que ce soit et n’a pas de sponsors. Ses ressources ne proviennent que de dons de personnes individuelles ou d’associations solidaires et des bénéfices de manifestations culturelles (concerts, expositions...)

 

 

 On se soutient, soutenons la solidarité...

"Personne ne doit rester seul dans la crise "

 

Κοινωνικό Ιατρείο Αλληλεγγύης

 

Solidarité Sociale Médicale Thessalonique - Grèce

Choeur Romantique et Moderne
 


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https://listes.domainepublic.net/listinfo/soligrecsnimes

 

 

 

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