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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:51

 

Source : http://www.medias-libres.org/2015-greenwashing/#articles

 
 

 

Pour sauver le climat, ils plantent des arbres virtuels !

 

Le réchauffement climatique, voilà l’ennemi ! Si vous ouvrez de temps en temps les journaux ou écoutez d’une oreille même discrète les informations, vous avez forcément entendu parler de la COP 21, vingt-et-unième conférence mondiale autour du changement climatique, qui se tiendra à Paris en décembre prochain. À cette occasion, un gros battage médiatique est organisé pour promouvoir l’idéologie de la « fuite en avant technologique », qui voudrait nous sauver des désastres écologiques par un développement accru des nouvelles technologies.

À Grenoble, un lieu plus que tout autre incarne la volonté de faire accepter cette idéologie : le CCSTI (centre de culture scientifique technique et industrielle). Alors que se prépare une exposition autour du réchauffement climatique et de la réalité virtuelle, une ancienne stagiaire nous éclaire sur le fonctionnement du CCSTI.

 

« Comment peut-on mettre un masque à des gens pour leur faire ouvrir les yeux sur quelque chose ? » Le masque dont parle Juliette (pseudonyme), c’est un masque de réalité virtuelle. Un gros bazar qu’on se met devant les yeux, qui tient avec une structure autour de la tête et qui permet de naviguer dans un univers virtuel immersif. Une batterie de capteurs donnent à celui qui porte ce masque l’impression d’être le personnage d’un film.

C’est ce genre de masque qui devrait être utilisé pour la prochaine exposition du CCSTI (centre de culture scientifique technique et industrielle) autour du réchauffement climatique. Le CCSTI ? Un machin abreuvé d’argent public situé dans une casemate du bout de la rue Saint-Laurent (on l’appelle d’ailleurs également comme ça : la Casemate). Fondé en 1979, ce machin est le premier CCSTI de France (depuis il y en a une quarantaine), qui a pour noble mission de « diffuser et promouvoir la culture scientifique auprès de tous les publics », et a attiré – selon leurs chiffres – 42 000 personnes pour l’année 2014.

 


 

Jusqu’à l’année dernière, Juliette ne connaissait pas le CCSTI. Étudiante, elle a postulé pour y faire un stage de plusieurs mois  : « J’étais curieuse de voir ce qu’était la culture scientifique et en quoi consiste le dialogue art-science-société. Je suis arrivée mi-mars, ma principale mission a été de penser et de réaliser une exposition autour du changement climatique, prévue pour cet automne ».

Le CCSTI monte plusieurs expositions par an, sur des sujets plus ou moins scientifiques comme le dopage, les jeux vidéos ou les « capteurs dans la ville ». En cette année de COP 21, la Casemate a donc décidé de faire comme tout le monde et de parler du réchauffement climatique. Juliette continue : « Au début j’étais enthousiaste : le sujet me touchait, j’étais assez libre et très heureuse d’avoir le temps de faire des recherches sur ce sujet. J’ai donc pu lire et découvrir pas mal de penseurs comme André Gorz ou Philippe Descola.» Mais Juliette a peu à peu déchanté : si elle abordait cette « mission » pleine de curiosité, des interdits et brusques revirements l’inquiètent : « Je voulais qu’on pose les idées de base de l’exposition selon des résultats et des courants de pensée scientifique, pour ensuite envisager quelles formes et outils technologiques conviendraient le mieux pour les exposer. Mais la Casemate tend au contraire à partir de la forme pour voir quels contenus pourraient y entrer. En fait, dans toutes les expositions de la Casemate il faut qu’il y ait des nouvelles technologies et du numérique. Et bien souvent cela se fait au détriment de la finesse de l’analyse en privilégiant le spectaculaire. Cet impératif de recherche de l’innovation devient vite un parasite, car on ne peut plus penser.»

Le CCSTI, financé à hauteur de 1,7 millions d’euros par l’argent public (la Métropole, la ville de Grenoble, la région, l’Etat, l’Europe), possède également une flopée de « partenaires », œuvrant au développement des nouvelles technologies (le Commissariat à l’énergie atomique, Génération Robots, Xerox, Institut des neurosciences, Orange, Minatec...). Que ce centre public fasse la propagande de tout ce que ces « partenaires » privés vendent n’est donc pas un scoop - loin de là -, mais l’expérience de Juliette documente le néant de la pensée qui règne dans ce type de lieux. « La Casemate se revendique être un lieu neutre et ouvert pour discuter les processus d’innovation, la place et l’usage des technologies et du numérique aux niveaux individuel et collectif. Tout en disant promouvoir des débats citoyens, aussi critiques et éthiques, sur des sujets de société. Mais il y a des confusions. La neutralité n’existe pas. Une chose est de tester ces dispositifs technologiques pour servir la présentation de phénomènes scientifiques et faire ce qu’on appelle la médiation culturelle et scientifique. Une autre est de mettre en scène la technologie de manière irrésistible, pour elle-même, de s’en servir d’appât pour le public et de lui demander son avis pour l’aspect contributif quasi-obligatoire mais souvent fictif. Ça peut tomber dans l’acceptabilité, et la propagande. En réalité ce à quoi on fait surtout contribuer le public c’est à cette course en avant de l’innovation dont on ne sait plus quoi faire. Le credo c’est qu’il nous est permis d’inventer de nouveaux usages, de détourner ces produits et ces technologies. En réalité c’est nous qui sommes détournés d’autres questions. Par exemple sur la responsabilité des nouvelles technologies dans la dégradation de l’environnement et le changement climatique, la virtualisation du vivant, la collecte et la mise en données du monde, le rôle et le pouvoir des experts et différents scientifiques dans les négociations locales et internationales ».

 

Faire participer sans faire penser

Au CCSTI encore plus qu’ailleurs, les nouvelles technologies ne sont pas un questionnement mais un réflexe. « Ils adorent mettre des écrans partout comme dans un rêve technologique. Et pas que des écrans, de plus en plus d’autres formes d’objets techno-magiques connectés, de l’internet dans les objets avec des puces et capteurs. On connecte tout mais quel est le fond ? Les nouveaux outils numériques rendent une exposition ‘‘sexy’’. Mais ta pensée est forcément conditionnée par ces médiums.(...) Par exemple la consigne d’explorer au maximum les possibilités de la réalité virtuelle tout en parlant du changement climatique était un dilemme. Aller dans la réalité virtuelle c’est comme partir de ce monde, ou se prendre pour Dieu. On avertit sur l’isolement profond et le mal-être causé par cette technologie. Au début j’essayais de travailler le collectif et la notion de choix à travers le film immersif mais c’était quasi-impossible. Ca me rappelle ce qu’a déploré Alain Damasio dans une interview à Poptronics sur le jeu Remember Me. Il n’a rien pu y insuffler de politique en raison des mécanismes-mêmes de la technologie du jeu et des impératifs commerciaux. Avec ces technologies on est au mieux ‘‘seul ensemble’’. L’homme se retrouve avec son masque sur la tête et plonge dans un non-lieu virtuel pour du pseudo-sensationnel.»

Construire une exposition autour d’un thème aussi plombant que le réchauffement climatique n’est forcément pas simple. Juliette en était consciente et a tenté de proposer des idées un peu « originales » : « C’est sûr que plein de questions se posent : comment ne pas être uniquement alarmiste ? Comment ne pas marteler ce qui se répète déjà ailleurs ? Comment apprendre des choses au public et donner envie d’agir ? À un moment je voulais introduire une pièce de théâtre. Mais on m’a dit qu’elle ne pourrait être jouée qu’une seule fois, alors que si on met un totem avec des voix enregistrées, ça peut être répété à l’infini. Donc on préfère mettre des dizaines de milliers d’euros pour acheter des machines que payer des gens. Je dois être has been… mais je tiens au vivant ! Pareil pour la programmation dans l’exposition. En cherchant du ludique qui soit sensibilisateur et participatif, j’ai proposé de préparer une sorte de jeu de rôle : un ‘‘procès’’ de la géo-ingénierie [NDR : l’ensemble des techniques visant à modifier le climat et l’environnement dans le long terme], présentant des faits et des arguments ‘‘pour’’ et ‘‘contre’’ mais ici on m’a dit que ce n’était pas possible, que la Casemate ne pouvait pas faire ça. Eux personnellement étaient intéressés mais se retranchaient derrière une image de l’institution. Moi je crois qu’une organisation c’est avant tout des gens qui ont des valeurs et des convictions. Si ce n’est pas la Casemate qui soulève ce genre de questionnements alors qui le fera ?»

L’exemple-type de la grande blague – très chère – que représentent les activités du CCSTI, c’est le Living-lab : ce nouvel espace à la mode dans le monde de la culture scientifique propose au public de tester en « grandeur technique » des nouvelles technologies et de donner son avis dessus. Ils appellent ça « l’innovation ouverte » et selon ses promoteurs, comme les gens participent, le Living lab est « au service de la créativité citoyenne et du développement local ». Mais Juliette doute : « On a organisé une journée living lab pour trouver ce qu’il serait pertinent de mettre dans le film, selon les avis d’un groupe de personnes qui avaient répondu à notre appel à participation. Certes ils ont pu rencontrer deux scientifiques mais cet événement ponctuel ne correspond à aucun engagement dans le long terme. La Casemate ne donne pas suite et ne prend aucune responsabilité vis-à-vis de la parole des gens. Si, on met leur nom au générique - quelle gloire ! La Casemate ne leur donne prise sur rien. On fait tester des technologies aux gens, on prend les idées, on recueille leur avis et on essaye de les restituer. Suite à la journée Living lab, les idées ont été balayées à la réunion suivante et on est finalement parti sur autre chose à mettre dans le masque ». Participer plutôt que de penser : peu importe s’il n’y a aucun enjeu « démocratique », c’est tellement plus à la mode de proposer au public de faire joujou avec un gadget plutôt que de lui demander si la camelote électronique le rend heureux.

Ce simulacre de participation avec le public se produit-il également en interne ? Plutôt que de seulement participer en tant que stagiaire passive, Juliette a cherché à s’impliquer  : « D’après mes recherches, je m’étais dit qu’il serait pertinent de proposer une exposition sur le cœur de métier de la Casemate : les nouvelles technologies, le numérique et les processus d’innovation. J’avais donc écrit : ‘‘Les nouvelles technologies vont-elles nous sauver ?’’ Je voulais interroger le modèle d’une course accélérée à l’innovation et à la croissance, qui porte des promesses technologiques aux catastrophes à venir. Des réponses à notre place, qui tendent à faire de nous des assistés et nous éloignent du « faire », bien que ces innovateurs se revendiquent d’être des « makers ». Je voulais creuser dans l’exposition : de quelles énergies se nourrissent ces technologies, quels rapports de production et quels modes de domination elles induisent. Mais aussi quelles relations entre humains, non-humains, et environnement elles proposent. Si les technologies ont permis des missions et des mesures scientifiques de plus en plus précises, peuvent-elles vraiment devenir ‘‘vertes’’ et nous protéger de désordres naturels ? Quelle est la réalité physique, industrielle, de la dématérialisation ? Comment faire transition ? Je voulais d’abord provoquer des débats en réunion. Mais la proposition a été écartée et on n’en a jamais discuté ».

 

Discuter de tout sans que ça ne change rien

Cette absence de discussion ne relève pas de la censure, ni d’un climat de terreur. Juliette est d’ailleurs un peu gênée à l’idée de participer à un article du Postillon : elle n’aimerait pas passer pour une « traître » vis-à-vis de personnes qui ne l’ont pas maltraitée. À la Casemate, les salariés sont sympas et l’ambiance presque détendue. Il y a bien quelques tensions avec le directeur Laurent Chicoineau (voir encart), mais pas de pressions. On peut parler de tout, mais sans que ça ne change rien : « Ce que je découvrais sur le changement climatique, et comment il tend à rendre les inégalités toujours plus criantes, je trouvais ça assez terrible. J’avais besoin d’en parler avec mes collègues. Alors on a eu de vraies discussions là-dessus, ils sont touchés par la gravité de ce sujet, mais rien n’advient. C’est cynique. En restant sur le terrain des sciences naturelles (bio-physique, géologie, glaciologie, climatologie,…) il y a beaucoup à dire, mais c’est très partiel. En tant que centre de culture scientifique, c’est étrange de ne pas donner autant de place aux sciences humaines, sciences sociales, sciences politiques… Venant plutôt de ce milieu, je trouve fondamental de replacer le débat du changement climatique dans le contexte de négociations internationales. Qu’est-ce que cette COP21 ? Pas seulement une date de lancement d’expo, mais sûrement une énième conférence aux mesures dérisoires, qui se borne à prendre le problème du changement climatique comme un phénomène à part, réglable indépendamment et de préférence selon les lois du marché et de la concurrence, comme pour le marché du CO2. Alors que le changement climatique est inséparable de la façon qu’ont nos sociétés prédatrices de se développer, de la géopolitique de l’énergie et des modes de production, de l’urbanisation et des mouvements de populations...»

Voila pourquoi Juliette a décidé de témoigner publiquement : non pour planter un couteau dans le dos de ses anciens collègues, mais pour que les questionnements qui l’ont bouleversée pendant son stage puissent avoir un écho public. Parce qu’elle ne comprenait pas pourquoi personne ne faisait rien contre ce genre de paradoxes : « Dans la Casemate les technologies sont omniprésentes, ça consomme à fond mais personne ne fait le lien avec le réchauffement climatique. » C’est un réflexe contemporain en vogue : penser que la pollution se limite aux industries « anciennes » (chimie, charbon, diesel) et que les nouvelles technologies sont en revanche « clean ». Certains ont l’impression de sauver la planète en n’achetant plus de journaux-qui-tuent-les-arbres pour s’informer uniquement sur Internet, et omettent de réfléchir aux minéraux rares nécessaires à leurs gadgets et au gouffre énergétique creusé par le fonctionnement d’internet. Le CCSTI veut sauver la planète grâce à la réalité virtuelle, et fuir ainsi les dégâts bien réels causés par les technologies que ce centre technologique promeut tout au long de l’année. Dieu soit loué : les normes scientifiques sont gardiennes de notre salut, la science notre nouvelle religion, les modélisations du futur nos évangiles. Juliette analyse : « La Casemate œuvre au déploiement de ce monde ultra-technologique, qui nous fait miroiter la douceur d’une dépendance infinie de l’humanité aux dispositifs technologiques - dont les coûts prohibitifs ne feront qu’accroître les inégalités individuelles et collectives, dont la production repose sur l’exploitation internationale de travailleurs, dont le modèle d’obsolescence programmée et de boîte noire incompréhensible et irréparable par l’individu lambda pousse jusqu’au paradoxe ce fonctionnement autodestructeur pour notre société. »

C’est ainsi que le CCSTI va « faire mettre un masque aux gens » pour « leur faire ouvrir les yeux » sur le réchauffement climatique, afin qu’ils voient de leur propres yeux les conséquences de ce réchauffement (désert qui avance, banquise qui fond, bref du Yann Arthus Bertrand en 3D). Une ineptie qui devrait en effet coûter quelques 50 000 euros à produire et bénéficier de l’aura du réalisateur Luc Jacquet. Pour Juliette « ils veulent tirer leur légitimité à propos du réchauffement climatique de son nom et non de ce qu’ils ont fait ou pensé ». Paresse, quand tu nous tiens.

Ce Luc Jacquet - connu pour avoir réalisé La Marche de l’Empereur, vient de sortir un nouveau film La glace et le ciel, qui a été projeté en clôture du festival de Cannes, s’il vous plaît messieurs-dames. Centré autour de la vie du glaciologue grenoblois Claude Lorius, ce film - que la rédaction n’a pas eu la chance de voir, le festival de Cannes ne nous envoyant toujours pas d’invitation presse - documente sans doute très bien le réchauffement qui vient. Quant aux solutions proposées, on ne peut que douter de leur pertinence en voyant le nom des partenaires de la Wild Touch, la fondation de Luc Jacquet ayant produit le film : fondation Bettencourt Schueller, fondation Albert II de Monaco, groupe Danone/Evian, Fidal (premier cabinet d’avocats d’affaires), Disneynature, etc. : que des amis des petits oiseaux et des grands profits. Un des membres du « comité scientifique » autour du film n’est par ailleurs pas un inconnu de nos contrées dauphinoises : Jean Therme. Le directeur de la recherche technologique au Commissariat à l’énergie atomique est un grand promoteur de la fuite en avant technologique et aussi un grand ami de la nature : d’ailleurs il fait tous les jours les 66 kilomètres entre Grenoble et Saint-Jean-d’Arvey en taxi (voir Le Postillon n°11).

L’idéologie de Jean Therme est la même que celle du CCSTI, la même que celle de François Hollande ou de la quasi-totalité des responsables : le salut viendra par les nouvelles technologies. Une idéologie qui, face aux dégâts causés par la société industrielle, espère créer un monde nouveau qui échappe au réel : un monde virtuel dominé par le règne des technologies.

La dernière étape de l’exposition du CCSTI, telle qu’elle était prévue jusqu’en juillet, illustre à merveille cette idéologie : il sera apparemment proposé au public de déambuler dans une forêt d’arbres incrustés d’écrans numériques, chacun symbolisant une « initiative locale » luttant contre le réchauffement climatique et à coup sûr permettant de « sauver le climat ». Curieusement, sur les initiatives citées pour l’instant sur leur appel à contribution, il en manque une – pourtant pleine de bon sens : débrancher toutes les machines créées par tous les partenaires du CCSTI.

La symbolique du planter d’arbre est beaucoup utilisée par certains écologistes : pas plus tard que le 21 septembre, le maire Piolle a planté, en compagnie du président de la Ligue pour la protection des oiseaux Allain Bougrain-Dubourg, un « arbre pour le climat » à la Bastille afin de « symboliser l’action de Grenoble pour la nature ». Une symbolique somme toute ridicule mais inoffensive.

Les troncs d’arbres technologiques créant la « forêt virtuelle des initiatives locales » sont symptomatiques d’un changement d’époque : désormais beaucoup ont abandonné l’idée de sauver les conditions matérielles d’une vie saine sur la planète et commencent petit à petit à se faire à l’idée de la création d’une vie totalement artificielle. Mais un autre monde artificiel n’est pas possible : face au désert intellectuel qui avance, des témoignages comme celui de Juliette sont des oasis salvateurs.

Cet article a été publié initialement par le journal grenoblois Le Postillon

 

 
 
 
Source : http://www.medias-libres.org/2015-greenwashing/#articles
 
 
 
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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:43

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

ça bouge ! Médias libres

Arbres virtuels, labels bidons, musée de l’uranium : plongez dans le monde du greenwashing

par

 

 

A l’heure où l’on sabre la dimension citoyenne de la COP21, les médias libres ont décidé de faire entendre leurs voix pour ne pas laisser les dominants parader en vert impunément... La Coordination permanente des médias libres, qui réunit plus de 40 médias à travers la France, dont Basta !, réalise un dossier collectif d’une vingtaine d’articles sur des champions du greenwashing. Elle propose une plongée dans le monde de ces fausses solutions climatiques, où les ressources restent illimitées et la croissance, infinie.

En 2015, l’écologie ne sentirait-elle pas le sapin ? Et on ne parle pas ici de la santé de l’écologie politique.

Nous savons maintenant, au lendemain des attentats, que l’état d’urgence met malheureusement en péril la dimension citoyenne de la COP21. Cette dernière pourrait être réduite à la portion congrue, c’est-à-dire aux négociations entre les chefs d’Etat. Au-delà du fait qu’au pays des droits de l’homme, on préfère le bleu marine au vert, et que ça ne date pas d’hier, espérons que des voix discordantes se feront entendre pendant cette « verte quinzaine ».

Le vert, on ne le tolère que sur les billets ou quand il permet de faire joli dans un projet ou un discours.

Alors, ce n’est peut-être pas un hasard si en mai dernier, au cœur de la verte Corrèze [1], une poignée de médias « libres », « indépendants », « pas pareils », ont décidé, entre deux réunions le cul dans l’herbe, de saluer à leur façon la tenue de la COP21, en mettant en avant ce qu’ils considéraient comme les plus belles opérations de « green-washing », ou, en bon français, d’éco-blanchiment.

Des centrales géantes à bois aux élus frontistes qui se tournent vers l’écologie, du gaz de schiste au timbre vert de la Poste, en passant par un musée à la gloire de l’uranium ou le programme international de recherche sur la fusion nucléaire (Iter) : les médias partenaires de cette opération pointent du doigt les décalages entre discours et pratiques, faux labels et vraies manipulations.

Nous vous proposons une plongée dans le monde de ces fausses solutions climatiques, où les ressources restent illimitées et la croissance, infinie. Un monde où l’on préfère maquiller en vert les vieilles recettes qui menacent directement la planète, la cohésion sociale de nos sociétés et, sur le long terme, la vie humaine, plutôt que de s’attaquer aux racines du réchauffement climatique.

Si le tri fut bien évidemment hautement sélectif, la liste est malheureusement loin d’être exhaustive.

Bonne lecture !

La Coordination permanente des Médias libres

- >Le dossier de la Coordination des médias libres

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:33

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Accord historique ?

A Paris, les Etats s’accordent pour sauver le climat mais ne précisent pas comment y arriver

par

 

 

 

L’accord sur le climat a été adopté dans la soirée du 12 décembre au Bourget sous un tonnerre d’applaudissements. Un quasi unanimisme entoure le texte jugé « historique ». Pourtant, à y regarder de plus près, l’accord ne précise en rien comment la communauté internationale devra agir pour ne pas dépasser un réchauffement de 2°C. Ni les moyens que les États devront débloquer pour y arriver et s’entraider. Encore moins les sanctions qui frapperaient un pays qui ne réduirait pas ses émissions. Les énergies renouvelables ne semblent pas faire partie des solutions. Au contraire du nucléaire, des techniques de manipulation de l’atmosphère ou de l’accaparement des terres. Décryptage.

Les traits sont tirés. Négociateurs, représentants d’ONG, journalistes... chacun regarde sa montre et n’a qu’une envie : que les heures de réunions et les nuits blanches s’achèvent sur un « accord » sur le climat. Même si celui-ci est « a minima ». Ce samedi, nombreux sont ceux qui arpentent les couloirs du Bourget avec leurs valises. « La fin de la COP est fixée par les horaires de vol de retour », ironise un fin connaisseur de ces négociations. Jusqu’au bout, le contenu de l’accord est resté secret. Toute la semaine, des compromis ont été passés derrière des portes closes réunissant négociateurs et décideurs politiques de chaque pays. La course à l’info pour les milliers de journalistes et ONG s’est parfois achevée dans les salles de repos.

 

 

Le texte final est finalement remis à 11h30 ce samedi 12 décembre en présence de François Hollande. « La seule question qui vaille, voulons-nous un accord ? », lance le président de la République. « L’accord décisif pour la planète, c’est maintenant. Il est rare d’avoir dans une vie l’occasion de changer le monde. » Comme dans une pièce de théâtre, les mots entonnés sont marqués d’intensité dramatique. La voix de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et président de la COP21, s’éraille. « Ce texte que nous avons bâti ensemble constitue le meilleur équilibre possible permettant à chaque délégation de rentrer chez soi la tête haute avec des acquis importants. » Et de citer Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce que cela soit fait ».

 

 

A quelques kilomètres de là, des cornes de brume résonnent et une ligne rouge composée de milliers de personnes se forme à Paris, en guise d’alerte sur le niveau de réchauffement qu’il ne faut pas dépasser au risque de bouleversements imprévisibles de l’équilibre de la planète (voir notre reportage).

Les discussions se poursuivent. Comme à l’accoutumée, des rumeurs circulent sur des blocages. Les pays pétroliers refuseraient la mention des 1,5 °C à ne pas dépasser. Les États-Unis feraient barrage à toute contrainte trop forte sur leurs émissions de gaz à effet de serre et sur les financements. La présidence française parvient finalement à réunir toutes les parties autour d’un même texte, nécessairement revu à la baisse. Le délégué du Nicaragua qui pointe les failles de l’accord, tout en précisant que son pays ne fera pas obstruction, est hué dans la salle de presse. L’unanimisme doit prévaloir, à tout prix. Vers 19h30, les coups de maillet successifs marquent l’adoption de l’accord [1]. Mais que contient-il ? Un indicateur : à lire les communiqués des entreprises, celles-ci se satisfont d’un « accord historique ». Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace, n’est pas étonné : « Tel que l’accord se présente, si vous voulez investir dans une nouvelle mine de charbon, le texte ne donne quasiment aucun élément pour vous persuader de ranger votre portefeuille ».

 

Un accord non contraignant qui entrera en vigueur en 2020

« Ce texte sera le premier accord universel de l’histoire dans les négociations climatiques », annonce François Hollande, à qui répond une salve d’applaudissements. « Nous avons là l’instrument juridique qui prend la suite du protocole de Kyoto, précise Pierre Radanne, spécialiste des questions énergétiques et climatiques. Pour la première fois, l’ensemble des pays de la planète sont engagés dans ce processus jusqu’en 2030, avec la volonté de ne pas dépasser les 2°C. » L’accord, qui entrera en vigueur en 2020, les incite même à poursuivre l’action pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C [2]. Le texte rappelle la « responsabilité commune mais différenciée des pays » inscrit dans la Convention onusienne sur le climat de 2012. Il acte que « les pays développés doivent continuer à prendre la tête » des efforts de réduction d’émissions. Les pays en développement, eux, doivent « continuer à renforcer leurs efforts d’atténuation (...) à la lumière des différents contextes nationaux », formulation qui prend donc en compte leur niveau de développement.

L’accord ne prévoit cependant aucune contrainte. Sa mise en œuvre est soumise à la bonne volonté des États. « La contrainte se joue au niveau des verbes (comme "doivent" ou "devraient" par exemple, ndlr) utilisés pour chaque action demandée aux États, précise Célia Gautier du Réseau action climat (RAC). La contrainte juridique est beaucoup plus forte lorsque ces grands accords internationaux sont traduits dans la législation nationale et des plans nationaux plus

 

ambitieux. »

 

« Ce texte final est insuffisant pour enrayer le péril climatique »

Selon le groupement intergouvernemental des experts du climat (Giec), atteindre les 2°C implique de réduire de 40 à 70 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050, et même de 70 à 95 % pour ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement. Cet objectif de long terme n’apparait pas dans le texte. Pur affichage ? Quel sens accorder à ces « 2°C », alors que seul est mentionné que « les parties doivent atteindre un pic mondial des émissions de gaz à effet de serre dès que possible » ? Toujours selon le Giec, ce pic des émissions doit être atteint au plus tard aux environs de 2020. « Ce texte final est insuffisant pour enrayer le péril climatique », souligne Célia Gautier. « Le mode d’emploi présenté est vague et le calendrier repousse les efforts à plus tard. »

Dans les semaines qui ont précédé la COP, 188 pays sur 195 avaient remis leurs « contributions nationales » dans lesquelles ils présentent les efforts qu’ils envisagent pour lutter contre le changement climatique. Si l’on se fie à ces promesses de réduction, on s’achemine vers une augmentation de plus de 3° C des températures. Un seuil mettant en péril l’avenir de millions de personnes [3]. « Il faut absolument que les États renforcent leurs engagements pour contenir la hausse des températures en-deçà de 2 °C », alerte Célia Gautier. L’Union européenne affiche par exemple un objectif de réduction de ses émissions de gaz de serre de seulement 40 % d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990. Sans même préciser ce sur quoi s’engage chacun des

 

États membres.

 

L’initiative d’une coalition « pour une haute ambition » a fait flop

Les engagements des pays sont annexés à l’accord, mais ils n’en font pas partie stricto sensu. Étant volontaires, ils n’ont pas de valeur contraignante. Pour pousser les pays qui font preuve de mauvaise volonté à accentuer leurs efforts, un « dialogue facilitateur » doit être engagé entre les parties signataires sur leurs niveaux d’engagements respectifs. Un bilan de ces engagements sera réalisé en 2023. Il pourra ensuite amener à leur révision tous les cinq ans. « Mais la révision à la hausse de ces engagements restera dépendante de l’interprétation du texte et de la bonne volonté des États », prévient Attac France. En clair, un pays qui continuerait à polluer allègrement ne sera pas sanctionné, encore moins obligé de réduire ses émissions de carbone.

Le premier rendez-vous de 2023 semble trop tardif quand on sait que la trajectoire des émissions pour les dix prochaines années est décisive pour la suite. « Si on attend plusieurs années pour revoir ces objectifs, nous sommes dans le couloir de la mort », analyse Hindou Ibrahim, de l’Association des femmes des peules autochtones du Tchad, un pays particulièrement frappé par les dérèglements climatiques. « Au lieu de prendre le problème à bras le corps aujourd’hui, l’accord repousse les échéances à 10 ou 15 ans », résume Jean-François Julliard, de Greenpeace. L’Union européenne, les États-Unis, le Brésil et quelque 80 pays en développement ont communiqué sur leur volonté de prendre les devants en s’engageant à une première révision de l’accord avant 2020, dans le cadre d’ « une coalition pour une haute ambition ». Mais cette initiative a fait flop... Dès le lendemain de l’annonce, seuls 15 pays ont rejoint la coalition.

 

Incertitude des financements après 2020

La question des financements a été la plus grande source de tensions. Seront-ils finalement sur la table, ces 100 milliards de dollars par an promis aux pays en développement depuis 2009 pour faire face aux conséquences du changement climatique ? Les 100 milliards apparaissent bien dans la décision (et non dans l’accord) comme « un plancher », qui est donc appelé à être relevé. Le texte précise qu’« un nouvel objectif collectif chiffré » d’aide financière devra être avancé « avant 2025 ». Pour Armelle Lecomte, d’Oxfam, « l’accord reconnaît que davantage d’argent sera nécessaire. Mais il n’y a aucune garantie sur le long terme pour les financements. On ne sait pas s’ils continueront à croitre. » Des promesses vagues, donc.

Les ONG voulaient une révision régulière des objectifs. Or, il est aujourd’hui difficile de savoir ce qu’il se passera après 2025. Alors que les pays riches, historiquement responsables du réchauffement climatique, n’ont jamais débloqué les financements nécessaires, ils tentent ici de se dédouaner de leurs responsabilités. « Il y a eu beaucoup d’annonces unilatérales ces dernières semaines qui ont pu rassurer un certain nombre de pays vulnérables sur les financements prévus dans les cinq ans, observe Armelle Lecomte. Mais il n’y a rien de solide sur le long terme. » Toute « responsabilité ou compensation » des pays du Nord pour les préjudices subis par les pays en développement est passée à la trappe.

 

 

Les énergies renouvelables quasiment absentes

Le seuil visé est donc celui des 1,5°C. Comment le respecter ? « 1,5°C ne veut rien dire si on ne gèle pas l’extraction des combustibles fossiles. Sinon, c’est de l’hypocrisie », souligne Nnimmo Bassey, des Amis de la Terre. Plusieurs études préconisent de laisser dans le sol plus des deux tiers des réserves prouvées de pétrole et de gaz afin de ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement global maximal d’ici la fin du siècle [4]. Nulle trace du terme « fossiles » dans le texte qui ne mentionne pas non plus le « désinvestissement des énergies fossiles », ni la sobriété énergétique...

Le terme « renouvelables » est lui présent une seule fois dans le texte. Ce dernier pointe « la nécessité de promouvoir l’accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique, en renforçant le déploiement d’énergies renouvelables ». Si cette phrase est un premier pas, plusieurs ONG regrettent que l’attention portée aux énergies renouvelables soit trop limitée dans le texte et que le cap de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 ne soit pas partagé par la communauté internationale. Le terme énergie « atomique », lui, est bien présent. L’Association nucléaire mondiale (World Nuclear Association) qui regroupe les acteurs de la filière nucléaire (comme Areva, EDF et Engie) s’est fendue d’un communiqué en milieu de semaine soulignant la nécessité de doubler la capacité nucléaire pour rester en-deçà des 2° C... [5]

 

Accaparement des terres et géo-ingénierie

Certaines formulations du texte sont des plus mystérieuses. L’accord évoque par exemple un « équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre » après 2050... Que cache cette étrange formule ? « Cela ouvre la porte à l’utilisation massive de techniques inappropriées telles que le stockage et la séquestration du carbone, la compensation carbone et la géo-ingénierie », analyse Attac France. La géo-ingénierie consiste à manipuler l’atmosphère ou les océans pour tenter d’agir sur la température globale de la planète [6].

L’accord international réduit aussi les terres agricoles et les forêts à des « puits et réservoirs de carbone ». Une vision qui heurte Maureen Jorand, du CCFD-Terre Solidaire. « Les terres ne sont pas des calculettes à carbone ! Des populations vivent dessus, et en vivent aussi, souligne t-elle. Cela ouvre la porte à une financiarisation accrue de la nature et aux accaparements de terre. Surtout cela permettra de dédouaner les plus grands pollueurs qui au lieu de réduire leurs émissions, iront séquestrer du carbone, en particulier dans les pays du Sud ».

 

En France comme en Chine, des collectivités locales s’engagent

Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, a fortement communiqué sur un autre texte, mentionné dans l’accord et intitulé « l’agenda des solutions » [7]. Son objectif : valoriser les initiatives volontaires de différents acteurs (villes, régions, entreprises...) pour atteindre les objectifs de réduction des émissions fixés à l’échelle de leur pays. « Près de 80 villes, régions, provinces ou États fédérés, soit 615 millions d’habitants, se sont engagés à réduire de 80 à 95 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à 1990 », se félicite Mathieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Onze villes ou provinces chinoises – qui représentent le quart des émissions chinoises – se sont par ailleurs engagées à atteindre leur pic d’émissions de gaz à effet de serre en 2020, soit dix ans avant l’objectif affiché par la Chine.

Mais certaines ONG pointent l’absence de garde-fous. Aucun critère clair permettant d’éviter les atteintes à l’environnement et aux droits des populations n’a par exemple été défini. « En novembre, on a directement interpellé François Hollande en soulignant notre inquiétude quant à la présence d’initiatives portées par Total et d’autres entreprises d’énergies fossiles, ou par l’agriculture industrielle fortement émettrice de gaz à effet de serre », souligne Maureen Jorand. La majorité des entreprises souscrivant à cet agenda le font sous des ombrelles du secteur privé comme le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), qui regroupe plus de 190 entreprises. Il n’est donc guère étonnant que des pratiques qui s’apparentent à l’agriculture climato-intelligente, promues par l’agro-industrie (comme l’a montré notre enquête), figurent dans cet agenda. Bien loin des pratiques agro-écologiques portées par les mouvements

 

paysans.

 

Quand le commerce et la croissance prévalent sur le droit des peuples

L’accord note « l’importance de la justice climatique », une notion chère aux mouvements sociaux. Mais il relègue la question primordiale des droits humains, des populations indigènes et de la sécurité alimentaire au second plan [8]. Alors que les brouillons d’accord se sont succédé ces derniers jours, une notion a surgi dans la dernière ligne droite, celle de « croissance économique » accolée à celle de « développement ». « Il y a une improbable recherche de compatibilité entre une croissance globale, les questions climatiques et le développement, déplore Geneviève Azam de l’association Attac. À moins de recourir aux techniques de la géo-ingénierie, je ne vois pas comment nous pourrions concilier les trois. »

Le commerce semble donc avoir une longueur d’avance, y compris lorsqu’il s’agit de sanctionner les pays qui ne respectent pas les règles établies par les accords de libéralisation du commerce et de l’investissement. Rien de tel n’existe concernant la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Aucun mécanisme n’est mis en œuvre pour sanctionner les États qui ne prendraient pas des engagements suffisants, qui ne les mèneraient pas à bien ou qui refuseraient de revoir à la hausse leur ambition. « On a besoin d’une réforme des Nations Unies, mais ce n’était pas le mandat de cet accord, appuie Pierre Radanne. Il faut effectivement raccrocher le système de l’Organisation mondiale du commerce au système des Nations unies. » En clair, soumettre les règles du commerce international à l’objectif climatique, pour entamer un début de changement. En attendant la prochaine conférence qui se tiendra à Marrakech en novembre 2016, les négociateurs se pressent pour rejoindre l’aéroport. Ils peuvent s’envoler tranquilles : toute régulation du secteur de l’aviation – qui représente 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre – a été exclue de l’accord.

@Sophie_Chapelle

 

Photo de une : 3000 personnes forment les mots, visibles du ciel, "Climate Justice Peace" à Paris le 12 décembre au matin, à l’initiative d’une action des Amis de la Terre.

Photo de la tribune de la COP21 avec François Hollande / CC COP21

Autres photos : Sophie Chapelle

Notes

[2Sur les 39 pages du texte, deux parties doivent être distinguées : les 22 premières pages sont des décisions qui prennent effet avant 2020 – les décisions prises à l’issue de cette conférence climatique de Paris sont sensées mettre les États dans l’action dès 2016. Les 17 autres pages (et leurs 29 articles) concernent l’accord à proprement parler : ce dernier prend effet à partir de 2020. L’accord devra avoir été ratifié, accepté ou approuvé par au moins cinquante-cinq pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais, « à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de l’accord », tout pays pourra s’en retirer, sur simple notification.

[3Depuis la première conférence des parties sur le climat, la COP1 en 1995, plus de 600 000 personnes ont perdu la vie dans un désastre climatique, selon un rapport de l’ONU.

[4Lire par exemple le rapport de 2012 de l’Agence internationale de l’énergie.

[5Voir ici

[6Lire nos différents articles sur la géoingénierie

[7Son autre nom : le Lima-Paris action agenda. Plus d’infos

[8Ces notions sont exclues de l’article 2 qui traite des objectifs de l’accord, et sont reléguées dans le préambule, sans valeur contraignante.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:21

 

Source : https://blogs.mediapart.fr

 

 

Fukushima «noyé» sous les déchets nucléaires !

 

 

Depuis bientôt 5 ans, Fukushima et ses environs vivent à l'heure de la décontamination radioactive : partout où l'on en détecte, des milliers d'ouvriers remplissent des sacs. Ces sacs de terre contaminée sont entreposés « là où l'on peut » !

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Dans la récente vidéo proposée par le journal The Mainichi, cliquer ici, vous pouvez voir, d'hélicoptère et à perte de vue, ces immenses alignements de sacs (chaque sac contient 1 m3 de déchets), stockés sur 4 épaisseurs. Il y aurait actuellement au environ de 9.000.000 (9 millions) de ces sacs...et l'on en attend encore au moins autant dans les mois à venir !

Que vont-ils devenir ? Combien de temps ces sacs de plastiques seront-ils hermétiques ? Que faire de toute cette radioactivité ? Apparemment, nul ne le sait !

 

 

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:11

 

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Dans le nord de l’Espagne, la permaculture contre le chômage

14 décembre 2015 | Par Ludovic Lamant
 
 

À l’approche des législatives du 20 décembre, Mariano Rajoy, le candidat sortant, martèle qu’il est en train de venir à bout de la crise. Mais les chiffres du chômage restent vertigineux. Mediapart a suivi les pas d’un Galicien de 30 ans qui, après des années sans emploi, s’est lancé à son compte dans l’agro-écologie. « Un acte révolutionnaire » encore loin d'avoir trouvé l'équilibre financier.

De notre envoyé spécial à Ferrol (Galice, Espagne). La route sinueuse s’enfonce dans une forêt d’eucalyptus. Duarte Artabe, au volant de sa camionnette blanche, sourit : « On s’est lancés dans une guerre contre ces foutus eucalyptus. Ils menacent la diversité. Nous voulons replanter des arbustes authentiques, comme des ajoncs. Notre idée, c’est de recréer un écosystème autour de la forêt, pour que les renards ne soient pas tentés de descendre jusqu’à nos poulaillers, en contrebas. »

Depuis 2012, Duarte, 30 ans, vit et travaille à la campagne, sans connexion internet. À neuf kilomètres du port de Ferrol, où il est né, dans l’extrême nord de la Galice, il a retapé la vieille maison secondaire de sa grand-mère, qui s’effondrait. Dans les environs, à une vingtaine de minutes à pied de l’océan, il s’est mis à cultiver, en pirate, trois lopins de terre, un hectare en tout, selon les préceptes de l’agro-écologie. Pour Duarte, ce retour à la nature est une manière de survivre, après des années de chômage, dans un pays incapable d’offrir des emplois à sa jeunesse. Malgré les discours officiels sur la reprise de son économie, l’Espagne affiche toujours l’un des taux de chômage les plus élevés d’Europe (tout près des 50 % pour les moins de 25 ans).

« Le secteur tertiaire espagnol, il faut fuir à toute vitesse. Le secondaire, il faut peut-être y passer rapidement, pour l’expérience, mais vu la crise énergétique qui arrive, ça n’a plus de sens. Le primaire, c’est ce qu’il y a de plus sûr », avance Duarte de manière catégorique. « Et la Galice, grâce à son climat, mais aussi grâce à un système de toutes petites parcelles d’exploitation, ces minifundios qui ont empêché les ravages de l’agriculture extensive, fait partie des terres les plus fertiles d’Europe », assure-t-il.

 

La serre de l'exploitation. ©LL. La serre de l'exploitation. ©LL.



À la fin de l’année 2015, cet agriculteur lecteur de Thoreau, dont la mère enseigne le galicien, est encore loin d’avoir trouvé le modèle économique qui lui permette de vivre de la culture de la terre. Mais les choses, espère-t-il, se mettent en place. « On a choisi d’emprunter un chemin vers l’autosuffisance, qui est très long, forcément. L’agriculture, il faut une vie entière pour l’apprendre. C’est un projet de vie », prévient-il, au moment de commencer la visite des lieux.

À l’arrière de la bâtisse, sous les châtaigniers, un poulailler jouxte un enclos pour les cochons. Un entrepôt pour stocker les céréales, dont les planches de bois ont été peintes en grenat, trône sur cinq mètres de long. De l’autre côté de la route en contrebas, se déploient des terrains plus vastes, zone d’expérimentation pour la permaculture, au croisement de pratiques écologiques et d’un retour aux traditions.

Sous la serre, de l'épurge et des brocolis poussent de manière désordonnée, dans une zone dédiée à la Hügelkultur (à partir de débris de bois usagés, censés doper la fertilité des sols). Plus loin, un jardin circulaire, qui permet de profiter au mieux des inclinaisons du soleil en fonction du terrain, a été abandonné un temps, faute de résultats concluants. « On y fait maintenant pousser les plantes médicinales et aromatiques, qui n’ont pas besoin de beaucoup de soins », précise-t-il.

Duarte n’a pas toujours imaginé devenir un agriculteur bio à son compte. Après des études de développement durable dans la région de Madrid, il décroche en 2009 un master dans les énergies renouvelables. « Produire ta propre énergie, c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Et à l’époque, les énergies renouvelables, en Espagne, c’était la fête », se souvient-il. Mais cette « bulle verte » ne tarde pas à éclater. Des milliers de petits producteurs, trop vite subventionnés par l’État espagnol au début des années 2000, se sont trouvés ruinés quelques années plus tard. Au moment, exactement, où Duarte débarque sur le marché de l’emploi.

 

Duarte Artabe (à gauche) et son collègue Ivan. Duarte Artabe (à gauche) et son collègue Ivan.

 

Après le diplôme, il revient donc à Ferrol. La ville est exsangue. Connue dans toute l’Espagne pour une raison lugubre – c’est le lieu de naissance de Franco –, Ferrol s’est développée lors des décennies passées grâce à son industrie navale, aujourd’hui frappée par la crise. « Nos chantiers navals attendent des commandes, mais il manque la volonté politique du gouvernement de Madrid », regrette Jorge Suárez, le maire de Ferrol, arrivé en mai dernier grâce au succès d’une plateforme « indignée » (lire notre enquête sur les « marées indignées »).

Dans un entretien à Mediapart, le maire ne cache pas l’étendue des dégâts : « La ville affiche le taux de chômage le plus élevé de Galice, à plus de 30 %. Ici, on perd environ 800 habitants par an ces temps-ci. On en avait 90 000 il y a vingt ans, ils sont moins de 70 000 aujourd’hui. La situation d’urgence sociale est critique. Certaines rues de la vieille ville ressemblent à la Bosnie-Herzégovine, avec ces maisons en ruines. » Duarte, lui, a sa propre explication de la panne des chantiers navals : « La crise dure depuis 20 ans ! C’est la conséquence de l’entrée de l’Espagne dans l’UE [en 1986 – ndlr], de l’ouverture des marchés à l’international, et de la concurrence de pays comme la Corée du Sud, qui produit des bateaux de moins bonne qualité, mais aussi moins chers. »

 

Le déclic catalan

 

L'exploitation. L'exploitation.

 

En mai 2011, Duarte fait partie de ces milliers d’Espagnols qui décident, spontanément, d’occuper les places du pays pour dire leur ras-le-bol de la corruption et de l’austérité. Il campe devant la mairie de Ferrol jusqu’à fin juin, et participe chaque jour aux assemblées. À l’automne, changement d’air, cap vers Barcelone. « J’ai envoyé 50 000 CV par jour. En vain. Mais surtout, j’ai découvert là-bas le concept de potager urbain. Ce fut un déclic », raconte-t-il. Dans la vieille ville catalane, au Forat de la Vergonya (un haut lieu des luttes citoyennes ces dernières années), il découvre les pratiques d’autogestion, mais aussi les relations de voisinage qui se nouent et s’enrichissent, autour des cultures bio.

« Cultiver un jardin aujourd’hui, c’est un acte révolutionnaire, à une époque où tout le monde mange de la merde, dans les restaurants et les supermarchés », juge-t-il. De retour à Ferrol fin 2012, Duarte décide d’importer l’esprit du potager urbain catalan en Galice. Il se souvient des terres de sa grand-mère, laissées à l’abandon. Il lui demande l’autorisation de les cultiver, et l’intéressée laisse faire, sans grand enthousiasme. Il s’associe à deux collègues de son âge, et élabore ce projet total d’une vie au champ. Il reprend certains codes du mouvement « indigné », les trois agriculteurs prenant par exemple leurs décisions chaque début de mois lors d’une assemblée.

Le pari du Pumido Ao Natural, le nom galicien de leur exploitation, ne s’arrête pas là : les trois agriculteurs ont décidé de se passer des labels bio (et des subventions de l’UE qui vont souvent avec). « Les certificats servent à donner aux consommateurs une garantie. Mais nous, nous défendons une agriculture locale, sans intermédiaires, et l’on veut connaître toutes les familles qui achètent nos produits. La confiance se génère ainsi : ils viennent nous voir travailler sur nos terres », explique Duarte. En tout, ils travaillent avec une trentaine de familles à Ferrol qui leur demandent, à la semaine, des « paniers ». Jusqu'à présent, c'est trop peu pour compenser les coûts fixes (l'essence jusqu'à Ferrol, l'achat des semences, etc.). D'autant que les prix de vente sont très bas.

 

L'entrepôt pour stocker les grains. ©LL. L'entrepôt pour stocker les grains. ©LL.

 

Dans la grande cuisine, qui fait aussi office de salon, des calendriers sont scotchés sur tous les murs, pour la répartition des tâches sur le mois – en partie décidée selon le calendrier lunaire (« Si tu plantes un chou pendant la lune montante, ses feuilles seront un peu trop ouvertes, alors que pendant la lune descendante, il formera une belle boule »). À trois, à leur toute petite échelle, malgré la dureté du travail, ils semblent ravis de mener ce « projet politique ».

Ces anciens chômeurs bousculent aussi certains clichés sur la jeunesse espagnole, trop souvent réduite au drame des « ni-ni » (les déscolarisés et sans emploi, dont le nombre a explosé sous la crise). Ont-ils, avant de se lancer, pensé à quitter le pays, comme des centaines de milliers d’Espagnols depuis 2007 (ils étaient par exemple près de 90 000 à partir, en 2013) ? « Nous y avons tous pensé. Nous avons hésité. Mais nous avons choisi de rester, de nous ouvrir aux gens qui vivent ici, de tisser des liens avec eux. On essaie. Ça prend du temps », explique Ivan, l'un des collègues de Duarte.

Dans sa vie d’électeur, Duarte n’a voté qu’une seule fois : c’était aux législatives de 2004, « pour sortir Aznar » (en fait pour sanctionner le Parti populaire, déjà représenté à l’époque par Mariano Rajoy, l’actuel chef du gouvernement). Il avait alors voté pour José Luis Rodriguez Zapatero et les socialistes du PSOE. Depuis, s’il avait été présent à Ferrol le 25 mai dernier, il aurait sans doute voté, dit-il, pour la plateforme indignée qui a remporté la mairie. Donnera-t-il sa voix aux législatives du 20 décembre à Podemos, qui se présente en Galice associé aux communistes d'IU ? « Non, je n’irai pas voter. Je préfère faire de la politique à mon échelle, je crois davantage aux réseaux de proximité, c’est mon côté anarchiste », répond-il sans hésiter.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:03

 

Source : http://www.netoyens.info

 

 

La ruche Qui Dit Oui ! Des eco--‐millionnaires, des bobos et les gogos de la farce…

 

 

alimentation_generale.jpgComment une start up, parrainée par des millionnaires chevronnés (dont Xavier Niel/Free et Marc Simoncini/Meetic), dévoie des principes des AMAP pour s’enrichir sous couvert de relocalisation, d’économie sociale et solidaire, écologique et équitable.

Article à paraître dans Campagnes solidaires, mensuel de la Confédération paysanne, publié avec le soutien des amis de la Confédération paysanne. Les auteurs (Olivier et Sophia Lamri) sont membres de cette organisation.
Article + références sous format pdf en annexe (voir en bas de page).

NB : A la suite des échanges en commentaires, des rectifications ont été apportées; elles figurent dans le corps du texte ci-dessous et en PJ (V2), de façon à ce que les échanges restent compréhensibles aux nouveaux lecteurs.
 

« La Ruche qui dit oui ! est un service proposé par Equanum SAS (éditeur), société co- fondée en novembre 2010 par Guilhem Chéron (Président, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle, « un passionné de cuisine petit-fils d’agriculteur »1), Mounir Mahjoubi (Directeur général, diplômé de l’IEP de Paris) et Marc-David Choukroun (Directeur général, concepteur de projets digitaux).

(…)

La Ruche qui dit oui !  a bénéficié d’un financement du fonds « Kima Ventures » de Xavier Niel (Free) et de Jérémie Berrebi (ZDNet), ainsi que de Marc Simoncini (Meetic) et de Christophe Duhamel (Marmiton), tous les deux sur leurs fonds personnels.

(…)

le modèle économique de l’entreprise est très intéressant. (…)La Ruche qui dit oui ! pourra se résumer à sa plateforme Internet : ce sont les Reines qui feront le travail (à ce titre, elles doivent être enregistrées au Registre du commerce ou être déclarées en tant qu’auto- entrepreneur : les revenus dégagés ne sont donc pas des revenus nets pour la Reine).

(…)

Rappel des différents points forts de cette initiative : une initiative porteuse d’avancées environnementales : promotion de l’agriculture
biologique et raisonnée, et promotion des circuits courts ; une initiative porteuse d’une consommation « équitable » : par des prix librement appliqués par les producteurs et directement discutés avec les consommateurs »

La Ruche Qui Dit Oui ! est une marque déposée par Equanum, société de courtage, éditrice du site web La Ruche Qui Dit Oui ! dont l’activité « pourra se résumer à sa plateforme Internet » et à la puissance de sa communication au coeur de sa stratégie commerciale fondées sur des valeurs porteuses : écologie, circuit-courts, économie sociale et solidaire, synthétisée par leur slogan publicitaire : « manger mieux, manger juste » …

Comment ça marche ?

Un auto-entrepreneur met en relation des clients dans son quartier avec des producteurs via la plateforme Internet La Ruche Qui Dit Oui ! C’est lui qui organise la distribution et touche pour cela une commission sur les ventes ainsi que la société Equanum.

La Ruche Qui Dit Oui ! promeut le circuit-court. Dans les faits, qu’en est-il ?

Peut-on parler de circuit-courts quand se greffent trois  intermédiaires entre le consommateur et le producteur, comme dans un hypermarché :

  1. l’auto-entrepreneur, responsable de sa clientèle de quartier
  2. la Société Equanum éditrice du site web La Ruche Qui Dit Oui !
  3. la société Tunz/Ogone (Groupe Belgacom) qui gère les flux financiers via son porte monnaie électronique.

Peut-on également soutenir un discours écologique et « locavore», quand, dans son contrat, un producteur peut livrer sa clientèle située sur un rayon jusqu’à 250 km, soit 500 km aller et retour.

Peut-on promouvoir le « manger mieux, manger juste »  quand les producteurs ne sont soumis à aucune limitation de leurs pratiques agro-écologiques sur l’usage de pesticides chimiques de synthèse et d’engrais.

En résumé le discours est une pure rhétorique au service d’un marketing à l’efficacité bien rôdée.

La presse professionnelle ne s’y trompe pas.

La revue LSA, destinée aux acteurs du commerce de la grande distribution (hypermarchés et leurs fournisseurs, agro-industries, agences de communication…) consacre une page entière sur La Ruche Qui Dit Oui ! dans son numéro du 4 septembre 2014 aux titre et sous-titre dithyrambiques :
« La ruche qui dit oui ! la start up qui cartonne chez les locavores (…)la start up la plus originale et peut-être la plus prometteuses de la distribution alimentaire. »
« …Depuis le lancement de la plate-forme web en septembre 2011, plus de 500 ruches ont ainsi été créées qui reçoivent 50 000 commandes chaque mois pour 2500 producteurs. Une trentaine d’animateurs de ruche en possèdent trois, la limite maximale. Et pour cause, l’affaire peut devenir lucrative. Car le responsable de ruche touche une commission de 8,35 % sur le chiffre d’affaires hors taxe, tandis que la Ruche qui dit Oui ! en prend autant pour son compte. Au final, les producteurs récupèrent 83,3 % des ventes… »

On  y apprend aussi dans cette revue destinée aux hommes d’affaires, que chaque année les ventes sont multipliées par trois.

« Cela va très vite, notre organisation est décentralisée et elle demande peu de moyen. Il suffit d’une personne qui a envie de s’investir dans le circuit court », justifie Marc-David Choukroun, co-fondateur du site.
En 2013, les ventes ont atteint 9 millions d’euros, l’objectif 2014 est donc de 27 millions pour un résultat proche de 2 millions. »

Les affaires vont bien et le concept s’exporte :

« Le cap des 80 millions pour 2015 ? La Ruche qui dit Oui ! y travaille d’arrache-pied en créant déjà des filiales en Europe. Après la Belgique et l’Espagne cette année, l’Angleterre et l’Allemagne sont en phase d’approche. »

LSA nous apprend également que « le revenu moyen par ruche est de 400 euros (il a doublé en un an), pour 10 à 15 heures de travail hebdomadaire (…) »

Qui sont les perdants, qui sont les gagnants de ces pseudo Amap version 2.0 ?

Les perdants sont les producteurs et les consommateurs avec un prix du panier mécaniquement plus cher de 20 % qu’en AMAP, mais ce sont surtout ces centaines de petits commerçants et auto-entrepreneurs habilement appelés « reines » dans le système de La Ruche qui dit Oui ! alors qu’ils en sont plutôt les abeilles.

Ce sont eux qui, en vérité, créent le réseau, l’animent et l’organisent. Ils recrutent fournisseurs et clients, trouvent des espaces de distribution, préparent les paniers et les servent avec le sourire comme tout bon commerçant qui veut garder et développer sa clientèle. Bien que le contrat de vente direct oblige, dans les textes, que ce soit le producteur qui remette en mains propres sa marchandise à ses clients.

Ces « reines » besogneuses mettent du coeur à l’ouvrage pour un complément de revenus moyen de 400 € par mois, soit 301,6 € nets, déduction faite des 24,6 % des cotisations sociales, taux appliqué aux auto--‐entreprises. Le gain net pour « 10 à 15 heures de travail hebdomadaire » est de 6,28 € de l’heure, inférieur au smic. (texte actualisé)[1]

Ce ne sera pas non plus avec le remboursement de ses frais que la « reine » pourra faire son miel, car, contrairement aux entreprises, ils ne sont pas déductibles. Frais de transports, loyers, communication resteront donc à sa charge, réduisant d’autant son maigre revenu.

Ces auto-entrepreneurs sont-ils conscients que, sous couvert d’un statut à la mode et valorisant, leur labeur participe à la création d’un véritable réseau national de distribution ?

Les grands gagnants sont bien sûr les éditeurs du site Equanum qui ont su créer, grâce au web,  cette forme de business pyramidal qui, inversé, prend la forme d’un entonnoir qui leur permet d’empocher 8,35 % HT de commission sur chaque vente.

Et plus nombreuses seront les petites « reines-abeilles » solidaires, plus ils s’enrichiront.

Pour l’être d’avantage, aux côtés de leurs parrains (Free, Meetic, Marmiton…) peut-être décideront-ils un jour de vendre à prix d’or ces multiples espaces informels de distribution répartis dans toute la France à d’autres parrains encore plus grands qu’eux, tels que Carrefour , Leclerc ou Auchan… qui retrouveront ainsi une clientèle qui cherchait à leur échapper !

La SNCF n’a pas fait autrement en rachetant l’été 2013 le site (marchand) de co---voiturage 123envoiture.com (devenue ID Vroom), l’entreprise de location de voiture entre particuliers Ouicar (ex--‐Zilok Auto) l’an dernier et le spécialiste de l’auto---partage Move About avec d’autres parrains, Total  et Orange. (texte actualisé) [2]

Moins de trois ans après son lancement, La Ruche qui dit Oui ! peut se réjouir de sa politique de relation publique menée avec succès auprès des médias. Son image est solidement ancrée sur les tendances éthiques de la consommation « sociale et solidaire », et du Manger mieux, manger juste assimilé au manger bio qui plus est, sans intermédiaires.

Ainsi, le journal La Tribune titrait dès le 4 janvier 2011, « La ruche qui dit oui lance l’achat groupé bio».

De son côté, Valeurs Mutualistes, magazine des adhérents de la mutuelle générale de l’éducation nationale, titrait dans son article sur l’Économie Collaborative du numéro de juillet/août 2014:
«  La fin des intermédiaires » « ... Il suffit de s’inscrire sur le site pour passer commande (…) Chacun s’engage à sa manière : qui en aidant ponctuellement à la distribution, qui en mobilisant son entourage. (…) Objectif, créer, de la sorte, un réseau de solidarité économique et social. « 
Dans son élan, le journaliste n’oublie pas d’entonner le refrain marketing proposé par le responsable de communication de la société :
 « même philosophie que les amap mais avec une formule plus souple, pour faciliter les échanges » indique Benjamin Hamot, chargé de communication (de la Ruche qui dit Oui !). »

Beau travail de recyclage des valeurs éthiques dont le capitalisme a le secret.

Contrairement aux Amap, La Ruche qui dit Oui ! n’est ni vraiment locale, ni vraiment bio, ni vraiment en circuit court ni vraiment bon marché. Elle est la négation de la consom’action citoyenne qui engage un « amapien » à un producteur.

Pour finir, en comparant la charte des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne à celle proposée par Equanum sur son site, on se demande en quoi cette dernière est engagée, sociale, citoyenne et solidaire…

Olivier et Sophia Lamri  

Notes:

[1

[2

 

 

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 20:17

 

Source : https://www.mediapart.fr/portfolios

 

Dans Paris, des milliers de militants du climat pas d'accord avec l'accord

 
 
 

Alors que les 195 pays réunis au Bourget mettaient la dernière main à l'accord de la COP21, adopté samedi dans la soirée, entre 15 et 20 000 personnes se sont retrouvées à Paris dans deux rassemblements successifs. Le premier, avenue de la Grande-Armée entre l'Arc de Triomphe et la porte Maillot, a consisté à faire valoir les « lignes rouges » des citoyens sur le climat ; le second, sur le Champ-de-Mars, a offert concert et prises de parole.

  1. Alors que les 195 pays réunis au Bourget mettaient la dernière main à l'accord adopté samedi dans la soirée à l'occasion de la COP21, plus de 10 000 personnes se sont retrouvées avenue de la Grande-Armée à Paris pour fixer leurs propres « lignes rouges » sur le climat.

  2. Deux rassemblements étaient organisés par de nombreuses ONG, dont 350.org et Alternatiba notamment, l'un avenue de la Grande-Armée, entre l'Arc de Triomphe et l'Arche de la Défense, et l'autre au Champ-de-Mars. Tout a été préparé à la Zone Action Climat (ZAC), qui siégait pendant la COP au 104 dans le 19e arrondissement. Des milliers de personnes ont assisté aux AG (comme sur cette photo), aux ateliers, etc.

  3. Toute la semaine précédant l'opération « Lignes rouges », des formations se sont tenues à la ZAC. Vendredi matin, par exemple, plus de 200 personnes étaient présentes. Au menu : informations légales, informations médicales aussi, notamment en cas d'utilisation par la police de gaz lacrymogènes, mais aussi préparation à l'événement en question sous la thématique du commando. En effet, toutes ces formations ont eu lieu alors que le rassemblement n'était pas autorisé.

  4. Un tour de chauffe avait eu lieu dès vendredi au sein même du Sommet sur le climat au Bourget. Une « ligne rouge » avait été déployée dans l'allée centrale.

  5. La préfecture a fini par autoriser le rassemblement vendredi vers 18 heures… Ce qui n'a pas empêché la forte mobilisation du lendemain. Dès 11 h 30, soit une demi-heure avant le début du déploiement des fameuses « lignes rouges », l'avenue était déjà bien remplie. La police, nombreuse sur place, avait arrêté la circulation. Les riverains sortaient la tête de leurs fenêtres, tout étonnés de ce soudain silence.

  6. À midi pile samedi, une immense banderole a été déployée sur plus de 800 mètres par des milliers de personnes qui portaient toutes du rouge.

  7. La foule a fait – plus ou moins – une minute de silence en hommage aux victimes du réchauffement. Outre les « Lignes rouges », deux slogans de 100 mètres chacun ont aussi été déployés : « It’s up to us to keep it on the ground » et « climate crime stop ».

  8. Le rassemblement était très festif, avec plusieurs fanfares tout au long. 

  9. Les « Anges gardiens pour le climat » étaient bien représentés.

  10. Les énormes ballons argentés avec une ligne rouge ont été fabriqués pendant les deux semaines de la Zone action climat au 104.

  11. Les cyclistes de Vélorution ont fait un passage applaudi entre les deux longues lignes rouges.

  12. De nombreux groupes affinitaires étaient représentés.

  13. Des représentants des peuples indigènes ont rejoint l'avenue de la Grande-Armée après une autre action dans Paris. « Ici, à la COP21, ils proposent de fausses solutions pour la crise climatique », selon Kandi Mossett (Mandan, Hidatsa, Arikara, North Dakota).

  14. Le rassemblement avenue de la Grande-Armée s'est dispersé sans heurts à partir de 13 h 30. La plupart des participants se sont ensuite dirigés vers le Champ-de-Mars, où se trouvait un autre rassemblement.

  15. À l'arrivée au Champ-de-Mars, les entrées étaient filtrées, avec fouille des sacs et autres cabats.

  16. Au Champ-de-Mars, entre 15 et 20 000 personnes ont été décomptées par les organisateurs. Des concerts et des prises de parole ont eu lieu.

  17. Les participants aux « lignes rouges » ont rejoint le Champ-de-Mars par la place du Trocadéro, déployant à nouveau une ligne rouge.

  18. Les ballons argentés des artistes de la Zac dessinent une ligne rouge sous la Tour Eiffel.

     

     

    Source : https://www.mediapart.fr/portfolios

     

     

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 16:56

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Et si... nous fabriquions nous-mêmes notre énergie ?

Texte, photos et videos
Laura Geisswiller

 

En France, l’électricité est produite à plus de 75 % par les centrales nucléaires, un cas unique au monde. Moins cher et moins émetteur de gaz à effet de serre que les énergies fossiles, qui sont majoritairement utilisées sur la planète, le nucléaire est pourtant loin de faire l’unanimité. Et si le projet de loi de transition pour une croissance verte prévoit une réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique d'ici à 2025, des initiatives citoyennes se créent pour prouver qu’une source d'énergie plus propre et plus sûre est possible.

Qu'il s'agisse de prototypes ou de projets organisés à plus grande échelle, tous partagent le même objectif : rendre la production d’énergie renouvelable accessible et apprendre aux populations à mieux gérer leur consommation énergétique.


 

 

De l’énergie solaire sur mon balcon

Pour Jean Walter, ingénieur en génie civil de 63 ans, la production d’énergie renouvelable commence sur le balcon de son appartement en région parisienne. Convaincu qu’il faut commencer à penser à l’après-nucléaire, ce père de famille a décidé de créer un prototype de générateur électrique alimenté par un panneau photovoltaïque. Son objectif n’est pas de remplacer le système électrique de son domicile, mais de mieux comprendre sa consommation d’électricité et de réfléchir à comment la diminuer.

« Mon modèle se veut le plus minimaliste possible, précise Jean Walter. Je suis encore en train de faire des expériences. Je vois ce que je peux alimenter avec mon panneau et comment je peux adapter mes besoins énergétiques. »

Pour la conception, Jean Walter est parti de zéro et s’est inspiré de plusieurs tutoriels sur Internet. Il s'est aussi rendu dans des “FabLabs”, des lieux ouverts au public où l'on peut utiliser des imprimantes 3D, des outils de conception et recevoir des conseils d’habitués.

« J’ai dû tout apprendre, raconte l’ingénieur. Comment programmer le processeur qui fait entrer l'électricité dans la batterie, comment dessiner certaines pièces sur l’ordinateur pour les imprimer ou même comment les assembler. En tout, cela m’a pris deux ans. »

Très enthousiaste quant au résultat, Jean Walter reconnaît tout de même les limites de son projet : « Je peux alimenter des objets électriques qui n’ont besoin que de 12 volts, comme les lampes dans mon salon, ou mon ordinateur, mais chauffer de l’eau, par exemple, ce n’est pas possible ! »

L’ingénieur continue de perfectionner son prototype, pour pouvoir partager ses plans en ligne. Il espère même proposer des kits à monter soi-même : « Pour tendre vers une transition énergétique, il faut une prise de conscience, assure le sexagénaire. Pour ça, les gens doivent tester les choses par eux-mêmes, et tout le monde n’a pas la patience ou le temps de faire ce que j’ai fait. »

 

http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/2015/12/11/163711429-ed87f4fe13f45f64eba375cdaa43c47c2e44ee34/assets/images/body/22-1024.jpg

 

 

 

Construire soi-même son éolienne pour 30 euros

Rendre la production d’énergie plus accessible, c’est également l’ambition de Daniel Connell, qui a mis au point un prototype “DIY” (“Do it Yourself ” : à faire soi-même), à l’aide de matériaux de récupération. Avec une roue de vélo, quelques planches d'aluminium, un cutter et une riveteuse, ce graphiste néo-zélandais peut construire une éolienne à axe vertical en quelques heures, pour moins de 30 euros.

Pragmatique, l’inventeur a choisi ce type d’éolienne parce qu’elle est capable de s’adapter aux lieux où le vent n’est pas régulier. Son modèle produit en moyenne 150 watts si le vent souffle à 20 km/h. « Je voulais que mon prototype soit opérationnel et utile, résume Daniel Connel. Mon objectif n’est pas de responsabiliser les gens, mais de leur donner des solutions concrètes pour produire de l’électricité facilement, que ce soit par conviction, par nécessité ou pour réduire leurs factures. »

Fidèle aux principes de l’open source, il partage sur son site son avancée et décrit la conception de son prototype étape par étape, avec une vidéo en 3D détaillée. Il organise également des ateliers au gré de ses voyages pour mieux accompagner ceux qui le souhaitent. « Je ne verrais aucun inconvénient à ce que quelqu’un reprenne mon prototype pour le commercialiser ou organiser des formations, tant que cela permet à l’idée de se répandre et à l’éolienne de s’améliorer », explique le Néo-Zélandais.

Daniel Connell reste toutefois réaliste, et ne pense pas que la plupart des gens qui ont facilement accès à l’électricité utiliseront son éolienne. « Je ne sais pas comment donner envie aux gens de changer d’habitudes ou de se mettre à créer des choses par eux-mêmes, regrette l’inventeur. Même si j’ai l’impression que ça devient de plus en plus populaire. »

 

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Montdidier, la ville laboratoire du renouvelable

Afin de satisfaire la demande énergétique d’une ville, les initiatives individuelles ne peuvent suffire, il faut voir les choses en plus grand. C’était le pari de Catherine Quignon-Le Tyrant, l’ancienne maire de Montdidier, en Picardie, qui lors de ses deux mandats a voulu faire de sa commune un modèle dans la maîtrise de l’énergie.

1 202 panneaux photovoltaïques, quatre éoliennes de plus de 100 mètres de haut, une chaufferie biomasse : depuis 2006, la petite ville de 6 000 habitants accumule les moyens de production d’énergie renouvelable. « Grâce aux éoliennes, nous couvrons 50 % des besoins énergétiques de la ville », explique Rodolphe Bral, directeur de la régie communale de Montdidier.

Lorsque la production est supérieure au besoin de la ville, l'électricité est redistribuée sur le réseau d'EDF, qui a alors l'obligation de la racheter. Les bénéfices ont permis à la commune d’améliorer l’isolation de certains bâtiments et de donner des chèques énergie aux habitants qui souhaitent investir dans une chaudière à granulés ou réaliser une rénovation thermique de leur logement.

Pour rendre la ville totalement autonome, il ambitionne d’étendre le parc éolien et réfléchit à des moyens pour faire des réserves d'énergie lorsque la ville est en surproduction et ainsi combler les journées où il n‘y a pas assez de vent et peu de soleil. « Mais stocker l'énergie, ça coûte encore extrêmement cher, commente le directeur, et pour le moment ce n’est pas rentable. »

Très fier de travailler pour la commune où il a grandi, Rodolphe Bral espère que sa ville est une source d’inspiration. « De toute façon, on n'a pas le choix, il faut réfléchir à la production d'énergie de demain, affirme-t-il. Nos besoins continuent d’augmenter, et vu les incertitudes liées au nucléaire et aux énergies fossiles, le renouvelable reste la meilleure des alternatives. »


http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/2015/12/11/163711429-ed87f4fe13f45f64eba375cdaa43c47c2e44ee34/assets/images/body/08-1024.jpg

 

 

 

 

Des initiatives citoyennes pour faciliter la transition énergétique

Fatiguée de se plaindre du nucléaire et d’attendre que les élus se mobilisent, Christel Sauvage s’investit depuis plus de vingt ans dans le développement et la promotion des énergies renouvelables.

« Un jour, j’ai compris qu’on nous avait complètement déresponsabilisés avec le nucléaire, explique cette ancienne biologiste de 49 ans. Si l’on n’avait pas massivement investi dans les centrales, notre autonomie énergétique non polluante, on l’aurait déjà aujourd’hui. »

En 2009, elle participe au lancement d’Enercoop Ardennes-Champagne, une coopérative qui fournit de l’électricité verte et qui participe au développement des énergies renouvelables, dont elle est aujourd'hui la PDG. « Notre objectif est de faciliter les choses pour un particulier qui souhaite une alternative au nucléaire. Il peut choisir qu’Enercoop devienne son fournisseur d’électricité ou il peut prendre une part dans la coopérative et en devenir sociétaire », résume Christel Sauvage.

Parallèlement, elle crée l’association Energie partagée, un fonds d’investissement qui permet à tout un chacun en France d’investir dans un projet d’économie d’énergie et de production d’énergies renouvelables. Depuis 2010, Energie partagée a rassemblé plus de 8 millions d’euros et a investit 6 millions d’euros dans vingt projets d’énergie verte. « C’est un placement financier mais il faut être patient, les souscripteurs pourront espérer toucher 4 % de rémunération, mais d’ici huit à dix ans », précise Christel Sauvage.

Christel Sauvage ne se décourage pas, mais voir le manque d’ambition des politiques l’agace : « C’est rageant, parce qu’on aura beau se bouger, faire des coopératives, lancer des projets ambitieux, la transition énergétique ne peut se faire qu’avec un vrai virage politique. »

Photo : Marc Mossalgue / Energie Partagée


 

http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/2015/12/11/163711429-ed87f4fe13f45f64eba375cdaa43c47c2e44ee34/assets/images/body/01bis-1024.jpg

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 19:10

 

Source : http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/andre-gorz-leur-ecologie-et-la-notre

 

 

CONTRE L’ÉCOLOGIE DE MARCHÉ (RADIO 50’51)

ANDRÉ GORZ, LEUR ÉCOLOGIE ET LA NÔTRE

Le

 

 

Il y a quarante ans André Gorz écrivait : « Quand l’impasse écologique sera devenue inéluctable, le capitalisme intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres. »

Sauf que le climat n’est pas une impasse, c’est une catastrophe. D’abord pour les pauvres et les damnés de la terre mais aussi pour les guerres que le dérèglement climatique engendre. Penseur de l’écologie politique, André Gorz n’a eu de cesse de poser les fondamentaux de la place du travail et de l’individu dans le monde capitaliste. Le productivisme même repeint en vert s’oppose au développement humain. La COP 21 montre que la question du climat ne peut être séparée des questions politiques et sociales fondamentales. L’environnement est aujourd’hui la priorité politique mondiale Et si, bien sûr, Gorz n’a pas inventé l’écologie, il lui a donné sa dimension politique dés le début des années 70 notamment dans « Ecologie et politique »en 1975.

Comme aujourd’hui, sur les questions du nucléaire, du gaz de schiste, de l’industrie automobile et chimique, André Gorz pose la question de « leur écologie et la nôtre ». En clair, le philosophe se positionne contre l’écologie de marché et en opposition frontale à cette sphère aussi restreinte que néfaste, celle qu’il nomme « l’expertocratie verte ».

André Gorz où comment comprendre et mettre en œuvre une écologie émancipatrice et clairement anti-capitaliste.

(Première diffusion : juin 2011)

 
 
 
 
André GORZ, leur écologie et la notre

Écouter l'émission

 
 
 
 
 
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08:56   lien ici

 

 
  • 01. André Gorz, un penseur pour le 21e siècle

  • 02. La critique du syndicalisme

  • 03. La destruction de la culture

  • 04. Une socialisation violente

  •  

    05. L’écologie politique


Les différentes séquences de l’émission :


01. André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle (8’56)

 
 
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01. André Gorz, un penseur pour le 21e siècle

02. La critique du syndicalisme (9’55)

 
 
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02. La critique du syndicalisme

03. La destruction de la culture (5’23)

 
 
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03. La destruction de la culture

04. Une socialisation violente (5’00)

 
 
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04. Une socialisation violente

05. L’écologie politique (21’38)

 
 
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05. L’écologie politique

Nouvelle version d’une émission de Là-bas si j’y suis diffusée pour la première fois en juin 2011.

N’oubliez pas que le répondeur attend vos messages au 01 85 08 37 37.

Entretien : Daniel MERMET
Réalisaiton : Jérôme CHELIUS
Montage : Grégory SALOMONOVITCH

(Vous pouvez podcaster ce reportage en vous rendant dans la rubrique « Mon compte », en haut à droite de cette page.)

 

 

 

Source : http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/andre-gorz-leur-ecologie-et-la-notre

 

 

 

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 18:28

 

Source : http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/alain-badiou-penser-les-meurtres-de-masse

 

 

ÉDITION SPÉCIALE ALAIN BADIOU [VIDÉO 1h46]

 

ALAIN BADIOU, PENSER LES MEURTRES DE MASSE

 

 

Le

Le boomerang est revenu mais pas dans la tête de ceux qui l’avaient lancé. Devant les victimes, devant tout un pays en état de choc, le pouvoir politique répond par la guerre et l’état d’urgence. L’urgence est de mettre en cause ce virage sécuritaire. Lundi 23 novembre, au théâtre de la Commune d’Aubervilliers, sans publicité et devant une salle comble, le philosophe Alain BADIOU donnait une conférence « POUR PENSER LES MEURTRES DE MASSE ».

Le 19 novembre à l’Assemblée nationale, Manuel Valls déclarait : « Le terrorisme frappe la France non pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est ». Malgré le choc – ou à cause du choc – nombreux sont celles et ceux qui cherchent à comprendre. Ce choc pourrait être aussi un réveil après des temps de somnolence résignée. Cette conférence dure près de deux heures. Prenez votre temps. À côté des penseurs à la sauvette et des médias consensuels (et sans suite), nous vous en proposons une version intégrale.

 

(cliquez sur "HD" pour afficher la vidéo en meilleure qualité)
Cliquez ici pour télécharger la version audio :
MP3 - 93.6 Mo
                                                                                                             

Alain Badiou, penser les meurtres de masse

 

*Version papier de la vidéo dispo ici

 

 

Voici les intentions de cette conférence :

 

POUR aider à ce que les meurtres de masse du vendredi 13 novembre, à Paris et à St Denis, soient pensés au-delà des indispensables affects : horreur, barbarie, stupéfaction.

 

Pour qu’aucune propagande ne puisse s’y opposer fictivement pour s’en servir réellement.

 

Pour évaluer l’imposture et le péril de ceux qui visiblement se réjouissent, en France ou ailleurs, qu’on puisse enfin crier : « La guerre ! C’est la guerre ! Tous en guerre ».

 

Pour que d’abjects meurtres de masse ne puissent se glorifier d’avoir à eux seuls plus d’importance et de valeur médiatique et étatique que toutes les recherches rationnelles d’une politique neuve, toutes les expériences de la pensée et de la pratique en direction des vérités à venir.

 

Pour que les peuples du monde, et singulièrement leur jeunesse, ne soient pas acculés au choix accablant entre un fascisme racialo-religieux et le vide agressif de la domination occidentale, du capitalisme mondialisé et des Etats qui en sont les serviteurs.

 

Pour en somme que soit surmontée la fausse et meurtrière contradiction apparente du monde qui est le nôtre : entre la modernité monétaire et marchande d’une part et les différentes variantes du gangstérisme traditionaliste de l’autre.

 

Pour que soit sortie de l’ombre et changée en force la vraie contradiction, qui oppose deux termes dont l’identification est l’entrée obligée pour toute pensée qui s’applique à changer le monde :

1 : le couple guerrier des Etats dominants et des Bandits fascisants, qui ont un intérêt commun à diffuser dans le monde entier une subjectivité de guerre.

2 : les porteurs, par leur alliance à construire, du communisme qui vient : prolétariat international et nomade, intellectuels libres, jeunesse à la recherche d’une vie qui soit grande et vraie.


Badiou : penser les meurtres de masses.
Théâtre de la Commune. 23/11/2015


Réalisation : Jonathan DUONG
Image : Jeanne LORRAIN
Mixage : Jérôme CHELIUS
 
 
 
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