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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 15:53

 

Source : http://cadtm.org

 

 

En direct de la COP21 à Paris – Analyse de l’« Accord de Paris » et mobilisations

16 décembre par Remi Vilain

 

 

 

Au Trocadéro, le samedi 12 décembre à Paris.

 

Troisième et dernier volet d’ « En direct de la COP21 ». Alors que la COP21 a officiellement fermé ses portes vendredi, je vous propose de clôturer cette mini-série en nous concentrant d’abord sur le (non-) contenu de l’Accord de Paris pour ensuite revenir sur quelques-unes des mobilisations citoyennes de la semaine et du week-end du 7 au 12 décembre à Paris.

 

Lire aussi « En direct de la COP 21 à Paris - Brève 1 »
Lire aussi « En direct de la COP 21 à Paris - Brève 2 »

 

C’est donc après deux semaines de négociations plus ou moins dures entre les 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) que ces derniers sont parvenus à un « accord historique » selon les dires de certains grands médias. Pourtant il n’en est rien puisque l’Accord de Paris est dépourvu de toutes contraintes, qu’elles soient d’ordres économiques, politiques, écologiques ou énergétiques. Vide aussi car exempt de tous les concepts revendiqués par les mouvements sociaux, écologistes, citoyens qui agissent pour construire un modèle économique et sociale basé sur la justice et la satisfaction des besoins humains fondamentaux pour tous. Ces mouvements s’opposent aux solutions technologiques qui ne font qu’ajouter désordres et destructions. Accord dépassé enfin pour sa capacité à diviser en deux entités bien distinctes les pays dits développés des pays dits en voie de développement et/ou émergents pour faire face aux changements climatiques.


L’Accord de Paris : mais où sont passés les objectifs chiffrés ?

« Insistant avec une vive préoccupation sur l’urgence […] de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C […]. |1| » Voilà donc les deux seules mentions à des objectifs chiffrés dans ce fameux « accord historique » de Paris d’une quarantaine de page. Exit donc les moyens sur lesquels il faut agir pour y parvenir, exit l’établissement de limitations sur les gaz à effets de serre (GES), sur la décarbonisation de l’économie, sur les extractions, etc.

 

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Quelques uns des manquements au sein de l’Accord de Paris.

 

Par ailleurs, il est intéressant de se pencher sur la manière dont cet accord est écrit. En plus d’un déficit flagrant d’ambition et d’objectifs concrets, ce texte est un vrai « menu à la carte » où les Etats disposent d’une totale liberté pour mener une politique selon leur bon vouloir en vue de stopper les changements climatiques. Les formules courtoises, presque révérencieuses envers les pays dit développés se succèdent dans cet accord contraignant qui n’en a que le nom. La Conférence des parties « invite », « recommande », « convient », « renouvelle » les Etats réunis à ce sommet à, « selon qu’il convient », entreprendre des politiques et des actions qui « pourraient », « devraient » permettre de contenir les effets des changements climatiques, et ce « dans les meilleurs délais ». Bref, ne cherchons pas plus des traces de quelconques exigences au sein de cet accord, puisqu’elles sont tout simplement absentes. Ce constat est du reste renforcé tout au long de cette Convention-cadre sur les changements climatiques pour la simple et bonne raison que chaque Etat est à la fois juge et partie de ses propres engagements, ses propres politiques et de sa propre volonté en matière d’objectif à atteindre et de systèmes alternatifs à mettre en place. Mais n’ayons aucune crainte, rassurons-nous, les gouvernements se rassembleront, de nouveau en 2023 et ensuite tous les cinq ans, pour établir un nouveau bilan afin « d’actualiser et de renforcer leurs mesures […] pour l’action climatique » |2|.

Autre fait choquant, et non des moindres, la persistance de la non-reconnaissance de la dette écologique des pays industrialisés envers les pays dits émergents. Bien que ce texte évoque de façon imperceptible la responsabilité de la première période industrielle, et donc de la responsabilité des pays occidentaux dans le réchauffement climatique et ses impacts (« contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels »), aucune reconnaissance, pas même une allusion appuyée au dépouillement des ressources naturelles d’hier et d’aujourd’hui à l’encontre des pays dits en voie de développement et pourtant principaux concernés par les effets des changements climatiques. Au contraire, la même rhétorique impérialiste et condescendante est une nouvelle fois employée tout au long de cette convention, puisque ce sont les pays développés qui vont majestueusement apporter leur « aide » à la fois financière et logistique et sauver tout un pan entier de la population de par une « volonté d’action humaniste ».

Trêve de plaisanterie, nous sommes donc à des années lumières des revendications exprimées et exigées par le CADTM |3|, c’est-à-dire d’une reconnaissance de la dette climatique et écologique des pays du Nord envers les pays du Sud et d’un versement - sans condition et sans contrepartie de contributions de réparations en dédommagement du pillage perpétré depuis des siècles dans les pays de la Périphérie tout autant que de l’annulation totale des dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables contraignant les pays du Sud à alimenter des politiques extractivistes pour le remboursement de ces dernières.

 

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Au Trocadéro à Paris le samedi 12 décembre.

 

Cette condescendance, reflet d’un monde toujours plus inégal et dominé par les pays les plus riches, s’exprime de nouveau à travers l’évocation de la justice climatique. La justice climatique – concept fondamental réclamé par l’ensemble de la société civile et les acteurs environnementaux les plus avertis est absolument nécessaire pour entreprendre une transformation du système politique, économique et sociale en adéquation avec l’urgence climatique –, n’est évoquée qu’une seule fois, de façon marginale et de manière à la rendre insignifiante. En effet, d’après l’Accord de Paris, la justice climatique est seulement reconnue par « certaines cultures » et a une « importance » relative pour « certaines » d’entres-elles. Là où la société civile et les populations en font une revendication majeure et indissociable pour faire face aux changements climatiques, l’Accord de Paris en fait une évocation obsolète et dépourvue d’intérêt.

Cela fait d’ailleurs le lien avec une autre notion totalement absente de ce texte du 12 décembre 2015, celle de la « démocratie énergétique ». Evoquée à plusieurs reprises dans les conférences à la ZAC et à Montreuil, la « démocratie énergétique » qui a pour vocation à insérer populations, mouvements sociaux, société civile et autres acteurs non gouvernementaux dans les prises de décision est tout simplement absente. S’il est effectivement évoqué une « coopération régionale et internationale [… comprenant] la société civile, les communautés locales et les peuples autochtones » |4|, celle-ci n’est qu’une recommandation et en aucun cas une obligation, n’oublions pas cette formule, « selon qu’il convient ». Pire encore, le recours au secteur privé et aux institutions financières internationales revient lui régulièrement et laisse la porte grande ouverte aux partenariats publics-privés (PPP) qui voient fréquemment les intérêts économiques des multinationales privilégiés au détriment de l’intérêt collectif, de notre intérêt à tou.te.s, le salon « Solutions COP21 » du Bourget en étant à la fois un parfait prélude et un parfait exemple.

 

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Place Stalingrad à Paris, rassemblement de solidarité à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

 

Bouclons l’analyse de cet accord en nous attardant sur les moyens à mettre en œuvre pour soi-disant « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C ». Là encore, c’est le désert absolu. Aucune remise en cause du système économique capitaliste et productiviste qui est pourtant par essence en contradiction même avec l’urgence du changement climatique puisque, pour ne relever que cette contradiction, le capitalisme suppose une croissance infinie à partie de ressources naturelles qui sont elles finies. Bien au contraire, « l’innovation doit être au service de la croissance économique » |5| et assurer « le fonctionnement du mécanisme financier ». Mais vers quel modèle nous dirigeons-nous lorsque la seule et unique référence universelle à l’« énergie » est juxtaposée à « atomique » |6| ? Les énergies renouvelables, elles, n’apparaissent qu’une seule fois, et ne semblent être destinées uniquement aux « pays en développement » |7| !

De qui se moque-t-on ? Cet Accord de Paris n’en est définitivement pas un et cette COP21 répond en définitive totalement à ce qui était déjà prévu depuis fort longtemps, un véritable fiasco, une mascarade incarnant toujours plus férocement le fossé qui sépare les populations des gouvernements et de ses ami.e.s des industries extractivistes. Tant que des priorités telles que la reconnaissance de la dette écologique, la mise en place d’une justice climatique et l’instauration d’une démocratie énergétique (pour ne parler que de ce pan de l’instauration d’une réelle démocratie) ne seront pas mises en place, nous ne pourrons définitivement pas parler « d’accord historique » !


Et du côté des actions, mobilisations et manifestations ?

Alors que les mouvements sociaux ne se faisaient aucune illusion sur les conclusions de cette COP21, et en dépit des événements récents de la mi-novembre à Paris et des mesures anti-démocratiques et anti-constitutionnelles |8| cristallisées dans l’ « état d’urgence » prises par le gouvernement français, la mobilisation a été massive tout au long de ces deux semaines.

Après un dimanche 29 novembre qui a vu les forces de l’ordre françaises réprimer à cœur joies et à grand coups de matraques les manifestant.e.s pacifiques rassemblé.e.s pour l’occasion, on pouvait craindre un certain « no man’s land » dans les rues de Paris. Pourtant, il n’en a rien été puisque ce sont pas moins de 15.000 personnes qui étaient réunies avenue de la Grande Armée ce samedi 12 décembre au sein d’une opération qui avait pour nom « redlines ». Ces « lignes rouges » représentaient physiquement les frontières à ne pas franchir pour ne pas passer outre un réchauffement de 2°C de notre planète. Si certain.e.s étaient déçu.e.s, et à raison, que ce grand appel à la désobéissance civile soit finalement autorisé (et par conséquent contrôlé) par la préfecture de police de Paris, cela n’en reste pas moins une belle victoire des mouvements sociaux. A la fois pour plaider en faveur d’une justice climatique et d’une démocratie énergétique, mais aussi et surtout elle a permis d’ouvrir une brèche dans les mesures imposées par l’état d’urgence. Rassembler autant de personnes en un même lieu alors que cela est tout bonnement proscrit à l’heure actuelle dans l’Etat français est autant pour les populations une réappropriation timide mais certaine de l’espace public qu’une forme véritable de jurisprudence pour toutes les mobilisations à venir en France.

Dans un contexte où les politiques d’austérité mettent toujours plus à mal les acquis sociaux du siècle dernier, ne doutons pas que les revendications à venir sur les thèmes de la santé, de l’éducation, du travail, des inégalités de genre, etc. pourront s’appuyer sur cette journée pour revendiquer leur droit à manifester et à se faire entendre. Et c’est notamment en cela que ce point d’orgue était nécessaire et indispensable.

 

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On a retrouvé une des chaises de BNP-Paribas Bruxelles au 104 à Paris.

 

N’oublions pas que si effectivement les redlines étaient contrôlées de part et d’autre de l’avenue de la grande armée par d’énormes convois policiers, nous nous sommes nous-mêmes donnés l’autorisation de rejoindre par la manifestation la chaîne humaine de 14h à la Tour Eiffel, et cela ce sont bien les milliers de personnes réunies dans les rues qui l’ont obtenu, sans demander rien à personne.

N’oublions pas non plus les nombreuses actions entreprises et accomplies par divers collectifs dans le cadre des Climate Games |9|, en France et partout ailleurs, à l’encontre des lobbies, des multinationales, de la chambre internationale de commerce |10|, du salon « Solutions COP21 » ou encore de l’appel international à la poursuite de la réquisition de chaises dans les banques adeptes de green-washing en parallèle d’investissement massifs dans les énergies fossiles |11|.

 

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La Nature se protège et se défend ce samedi 12 décembre avenue de la Grande Armée à Paris.

 

Enfin, n’oublions pas que le 12 décembre sonne certes le glas de la COP21 et de cette Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), mais qu’elle n’a pas mis fin à la conscientisation et à la mobilisation des citoyen.ne.s du monde entier pour renverser un système politique et économique mortifère et destructeur pour les humains et leur environnement. Je terminerai par ce slogan désormais célèbre des Climate Games : « We are nature defending itself » !

 

 

 
Notes

|1| Nations-unies (2015). Convention cadre sur les changements climatiques. Accord de Paris. Voir : http://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/fre/l09f.pdf. Page 2.

|2| Ibid. Page 35.

|3| Voir : Le CADTM se joint à l’état d’urgence climatique !. http://cadtm.org/Le-CADTM-International-se-joint-a

|4| Nations-unies (2015). Convention cadre sur les changements climatiques. Accord de Paris. Voir : http://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/fre/l09f.pdf. Page 2.

|5| Ibid. Page 32.

|6| Ibid. Page 36.

|7| Ibid. Page 2.

|8| Voir : Etat d’urgence : Valls admet ne pas respecter la Constitution. http://www.politis.fr/Etat-d-urgence-Valls-admet-ne-pas,33107.html

|9| Voir Climate Games. https://www.climategames.net/fr/reports#list-tab

|10| Voir Action pour la justice climatique chez BNP Paribas : http://cadtm.org/Action-pour-la-justice-climatique

|11| Voir Réquisition de chaises dans les banques liégeoises : http://cadtm.org/Requisition-de-chaises-dans-les et En direct de la COP21 à Paris – Brève 1 : http://cadtm.org/En-direct-de-la-COP-21-a-Paris

Auteur

 
Remi Vilain

Permanent au CADTM Belgique

Autres articles en français de Remi Vilain (7)

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 15:31
 

 

 

Un nouveau rapport cinglant de l’ONU sur les violations des droits de l’Homme en Grèce

 

15 décembre par Raphael Goncalves Alves

 

 

 

Le Comité des droits économiques et sociaux de l’ONU vient de rendre ses observations sur le deuxième rapport périodique déposé par la Grèce |1|. Sans véritable surprise, et bien qu’étant adressée par le biais du langage policé des Nations Unies, ces observations sont accablantes pour le gouvernement grec et ses créanciers.

Le Comité des droits économiques et sociaux est l’organe de supervision du Pacte International sur les droits économiques, sociaux et culturels. Il a pour mission de veiller à la bonne application du Pacte par les États parties, et dispose à cet égard d’un certain nombre d’outils. Outre les observations générales sur les articles du Pacte, sorte de commentaires des articles, il s’est vu récemment attribuer une compétence contentieuse ouverte par le Protocole facultatif de 2008, entré en vigueur en 2013 (il n’est ratifié que par vingtaine d’Etats) et qui offre au Comité la possibilité de connaître des recours individuels (ou communications dans le langage Onussien) à l’encontre des États.
Mais l’outil central et historique de cette mission de supervision reste les observations spécifiquement adressées à chaque État à l’issue de l’examen de leurs rapports périodiques respectifs. Le Comité y répond par des observations et des recommandations précises et visant les articles du Pacte.

C’est dans ce dernier cadre que la Grèce a déposé son 2nd rapport périodique en 2015, rapport auquel le Comité a donc répondu par plusieurs observations et recommandations particulièrement intéressantes dans le contexte de crise économique et sociale que le pays traverse.

Le Comité adresse d’abord des observations générales. Il recommande notamment d’intégrer au sein du rapport périodique les jurisprudences nationales se référant aux articles du Pacte. Pour le Comité il est nécessaire de sensibiliser les institutions judiciaires et les citoyens à la justiciabilité des droits économiques et sociaux, en d’autre terme à la possibilité d’invoquer ces droits devant les juridictions, de les faire appliquer et de les rendre opposables à leur débiteur, à savoir l’État. Il convient de rappeler, et nous nous libérons quelques instants des propos du comité, que cette justiciabilité dépend en grande partie du travail des juridictions nationales, qui sont les premières garantes des droits de l’homme, et dont la jurisprudence relative à ces droits doit nécessairement se densifier afin de favoriser l’émergence de cette justiciabilité. Il convient bien, pour le Comité d’intégrer les droits économiques et sociaux dans la sphère contentieuse.

La seconde observation d’ordre générale affère, elle, à la crise et à ses répercussions. Malgré certains efforts du gouvernement grec visant à limiter les impacts des plans d’ajustement que le Comité reconnaît, la crise a eu de lourdes conséquences sur les droits économiques et sociaux. Le gouvernement a certes pris et continue de prendre des dispositions visant à intégrer ses droits dans le cadre des négociations, toutefois, le Comité rappelle que la Grèce est en premier lieu responsable du respect du Pacte et qu’elle doit veiller à ce que les obligations qui en découlent soient prises en considération lors des négociations et ce par l’ensemble des parties à ces négociations. Le Comité vise ici en particulier les créanciers de la Grèce (Banque centrale européenne, Commission européenne, Etats membres de la zone euro, le FMI, le Mécanisme européen de stabilité). Dans un même élan, la Grèce doit revoir les mesures et les réformes engagées dans le cadre des programmes d’ajustement, et se doit de renoncer progressivement à ces politiques afin de garantir une protection effective des droits économiques et sociaux.

Il rappelle qu’une crise économique, tout en étant une situation nécessitant parfois des mesures exceptionnelles, ne peut en aucun cas justifier l’application de mesures violant les droits de l’homme et notamment les droits économiques et sociaux.

 

Sur l’emploi et la pauvreté

Le taux de chômage est encore très élevé, bien trop élevé, en particulier chez les jeunes où il atteint les 50%. Il est en outre frappant de constater que le taux de chômage de longue durée s’élève à 73% des chômeurs. Ces chiffres semblent peu conciliables avec le respect du droit au travail comprenant le droit qu’a toute personne d’obtenir la possibilité de gagner sa vie par un travail librement choisi ou accepté (article 6 du PIDESC). Le Comité recommande un certain nombre de mesures articulées autour de 4 grands axes, à savoir renforcer les programmes d’accès à l’emploi, en particulier pour les groupes sociaux particulièrement exposés à la crise, remédier aux causes profondes du chômage chez les jeunes, renforcer l’assistance aux personnes sans emploi, et continuer à mesurer systématiquement l’impact des politiques d’austérité sur le marché de l’emploi et son corollaire, le droit au travail. Cette dernière recommandation semble centrale dans la mesure où cette évaluation des politiques d’austérité n’a jamais été menée sérieusement par l’un quelconque des acteurs en présence. La Commission européenne a pour la première fois rendu une étude des impacts sociaux dans le cadre du 3e plan d’ « aide », étude qui, à vrai dire, ne constitue même pas l’ombre d’une étude sérieuse.

C’est une étude cosmétique, bâclée et biaisée, très loin des études d’impact en matière de droits de l’homme préconisées par la société civile. Elle n’apporte strictement aucune critique des plans précédents, en lisse les effets, elle tend à reporter la responsabilité sur le gouvernement grec, et ne vise in fine qu’à justifier les mesures d’austérité en cause. Cette étude reste dans la droite ligne d’une vision purement subsidiaire des droits économiques et sociaux, à savoir que ces droits coûtent chers, qu’ils nécessitent de l’argent et qu’en ce sens ils ne peuvent être qu’un corollaire de la bonne santé économique d’un pays. Dès lors, ils ne peuvent que peser bien peu dans la balance qui les opposent à des mesures visant prétendument à « redynamiser » l’économie.

On notera, à l’issue de cette digression, que le comité invite à lutter contre la précarisation de l’emploi, notamment contre une pratique répandue visant à transformer des contrats à durée déterminée en contrats flexibles, et à temps partiel, incluant des rémunérations inférieures et des conditions de travail précaires.
La Grèce doit également prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir le droit à une négociation collective, droit protégé par le Pacte, et qui a été largement mis à mal par des mesures d’austérité qui ont radicalement changé voire supprimer cette possibilité de négocier collectivement.

Quant au salaire minimum, il est aujourd’hui insuffisant pour garantir aux travailleurs un niveau de vie décent, le Comité rappelle au gouvernement son obligation de se conformer à l’article 7 du Pacte (droit à un salaire minimum notamment) et d’abandonner les mesures d’austérité qui y contreviennent.
Enfin, le travail des enfants demeure une réalité dans un contexte de crise et doit impérativement être combattu, passant notamment par des inspections régulières, la poursuite des auteurs et des campagnes de sensibilisation de la société sur ce fléau.

 

Sur la sécurité sociale

Le Comité critique frontalement la restructuration du système de sécurité sociale issue encore une fois des mesures d’ajustement. Cette restructuration a entraîné des violations de l’article 9 du Pacte garantissant précisément le droit à la sécurité sociale. Le Comité rappelle l’importance de prendre en compte ce droit fondamental en amont d’une réforme de la sécurité sociale, puis d’évaluer l’impact effectif de cette réforme sur les droits humains en cause.

Le Comité note en outre que la pauvreté et l’exclusion sociale ont largement augmenté avec la crise. L’État doit à ce titre se concentrer sur les couches les plus vulnérables de la population et allouer un budget suffisant afin de leur offrir un niveau de vie décent.
En raison des mesures d’austérité, les services de santé sont en sous-effectif et ne disposent pas d’un financement suffisant. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les services psychiatriques et liés plus généralement à la santé mentale, fortement mise à mal en ces périodes sombres. De manière générale, les services de santé ne permettent pas d’assurer à toutes les personnes un accès aux soins. Cela est vrai pour les citoyens grecs mais également et surtout pour les personnes marginalisées comme les demandeurs d’asile et les migrants sans papier. Le Comité recommande à la Grèce d’engager des dépenses en ce sens atteignant des dépenses de santé par PIB plus importantes qu’elles ne le sont aujourd’hui, et qui permettraient à l’ensemble de la population d’avoir accès aux soins les plus basiques. Le Comité est également concerné par la recrudescence du SIDA qui se développe au-delà des groupes généralement considéré comme « à risque », et incite le gouvernement à engager des mesures de prévention.

 

Sur les discriminations

Le Comité recommande la mise en place de collecte statistiques précises, sur base du volontariat, qui permettraient de mieux appréhender et évaluer les violations des droits économiques et sociaux et d’y répondre de manière plus effective en fonction des populations effectivement touchées. Suivant cette même ligne, il invite la Grèce à revoir sa définition, quelque peu étroite, de la notion de minorité, statut uniquement accordé aux Musulmans de Thrace. A cet égard, le Comité relève que près de 140 000 Roms sont logés dans des conditions ne satisfaisant pas le droit à un logement adéquat tel que prévu par le Pacte. Ces derniers n’ont en effet pas été inclus dans les programmes de régularisation des logements illégaux et sont donc sujet à des expulsions sans qu’aucune alternative ne leur soit proposée.

Concernant les migrants, la Grèce doit intensifier ses efforts afin que ces derniers puissent jouir des droits garantis par le Pacte, elle doit à cet égard continuer à rechercher et renforcer la coopération et l’aide internationale. Les centres d’accueil doivent se multiplier et permettre aux migrants de disposer de conditions de vie décente, ces centres doivent prévoir l’accès aux soins, à une assistance sociale, à une nourriture saine et à des interprètes.

Le Comité s’attarde également sur les discriminations à l’égard des femmes. La classe politique semble loin de montrer l’exemple en la matière, le Parlement et l’exécutif se caractérisent par une faible mixité. Pour le Comité, des mesures doivent être prises afin de palier un tel déséquilibre, mais il convient surtout de lutter contre les discriminations qui subsistent au sein du marché du travail, et de garantir une égale opportunité d’accès à l’emploi et aux postes à haute responsabilité. Il convient également de combattre les violences domestiques, qui font aujourd’hui l’objet d’un faible taux de poursuite.
Enfin, le Comité s’attarde sur le droit à l’éducation des enfants en situation de marginalisation, notamment les enfants Roms et les enfants handicapés et invite la Grèce à intensifier ses efforts afin de garantir à ces enfants la jouissance effective de ce droit.

 

 

 
Notes

|1| UN Doc. E/C.12/GRC/CO/2 and CCPR/C/GRC/CO/2 : http://www.ohchr.org/EN/countries/E...

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Grèce Economie et social
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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 15:17

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Crise des réfugiés: la Grèce est à nouveau sous forte pression de l'Europe

15 décembre 2015 | Par Amélie Poinssot
 
 
 

Une crise chasse l'autre ? Après des mois de tensions autour du maintien de la Grèce dans la zone euro, Athènes est à nouveau pointée du doigt à Bruxelles. Incapable de gérer ses frontières et d'enregistrer correctement les migrants, la péninsule hellénique ne satisferait pas aux conditions de l'espace Schengen. Sur le terrain, les acteurs décrivent une situation intenable.

Besoin urgent de ressources humaines, de matériel et d'hébergement. C'est le constat fait à Athènes par Katerina Kitidi du HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés). Les îles grecques proches des côtes turques sont effet débordées depuis cet été par un afflux sans précédent. Plus qu'une nouvelle agence européenne de surveillance des frontières dont la formation est annoncée ce mardi 15 décembre à Bruxelles (lire les explications de Carine Fouteau), c'est d'abord de moyens matériels et humains dont la Grèce a besoin. Certes, avec le début de l'hiver, le nombre d'arrivées quotidiennes a baissé. Mais les chiffres sont encore colossaux.

La semaine dernière, ils étaient en moyenne 2 179 chaque jour à fouler le sol grec après une traversée en mer depuis les côtes turques – en octobre et début novembre, on dénombrait jusqu'à 6 000 voire 8 000 arrivées par jour. Il n'empêche, pour les autorités grecques, les ONG et les nombreux bénévoles mobilisés sur le terrain, le manque de moyens se fait toujours cruellement sentir, et le programme dit de « relocalisations » décidé par les Européens à la sortie de l’été – qui prévoyait une répartition des réfugiés entre les 28 États membres pour « soulager » l'Italie et la Grèce avec la mise en place de « hotspots » afin de faire le tri – n'est pas du tout opérationnel.

Sur le papier, il s'agissait, dans les deux années à venir, d'aller chercher quelque 160 000 Syriens, Irakiens et Érythréens actuellement en Grèce et en Italie et de les répartir entre différents pays européens, selon les quotas acceptés par chacune des 28 capitales. Mais pour l'heure, depuis Rome, seulement 130 personnes ont été relocalisées. Et depuis Athènes, seulement 30 Syriens ont été emmenés au Luxembourg… sur les 40 000 censés être délocalisés de Grèce, un chiffre qui apparaissait déjà, pour plusieurs connaisseurs du terrain, « ridicule ».

 

Un enfant réfugié devant une carte de l'Europe, dans un campement près d'un centre d'enregistrement sur l'île de Lesbos, le 18 novembre 2015 © Reuters
Un enfant réfugié devant une carte de l'Europe, dans un campement près d'un centre d'enregistrement sur l'île de Lesbos, le 18 novembre 2015 © Reuters

 

Avant de se porter volontaires pour ce programme de relocalisations, de toute façon, les réfugiés doivent passer par plusieurs étapes. Et elles sont loin d'être évidentes pour ces personnes qui ont parfois frôlé la mort dans la traversée de la mer Égée et affrontent désormais le froid de l'hiver et les intempéries. Ils sont nombreux à dormir dehors avant de pouvoir accomplir la première démarche, celle de l'enregistrement auprès des autorités, même si la file d'attente a tendance à se réduire avec la baisse du flux d'arrivées de ces dernières semaines. Aux côtés des autorités grecques, c'est Frontex qui officie, l'Agence européenne pour la gestion des frontières extérieures : cette dernière compte actuellement 170 officiers déployés sur cinq îles grecques, dont 65 pour la seule île de Lesbos. Des officiers qui aident à l'identification des personnes, aux entretiens pour tenter de déjouer les migrants qui mentiraient sur leurs origines, à la prise des empreintes digitales… Beaucoup de migrants voyagent en effet sans passeport, le perdent ou se le font voler pendant leur voyage semé d'embûches. Toutes les données sont aussitôt mises en commun sur les fichiers européens.

Problème : le déficit de ressources matérielles est criant. Pour l'heure, la Grèce ne dispose que de 48 « Eurodac », ces machines numérisant les empreintes digitales directement reliées au réseau européen. Insuffisant, selon le ministre grec délégué à la politique migratoire, Yannis Mouzalas, qui déclarait devant le Parlement grec le 3 décembre dernier en avoir demandé une centaine à Bruxelles. Sans compter que les coupures internet, fréquentes sur les îles, freinent le processus. Dans certaines îles, la prise des empreintes digitales se fait encore à l'encre : des données impossibles à traiter en l'état au niveau européen.

Ces procédures se sont toutefois améliorées au cours de l'automne. Car jusqu'à octobre, totalement submergées, les autorités grecques laissaient filer les Syriens ou les migrants se faisant passer comme tels sans les enregistrer, comme en témoigne une personne qui était impliquée sur le terrain à ce moment-là, sur l'île de Lesbos. L'île, qui a vu passer cette année 60 % du flux migratoire de la mer Égée, compte deux centres de réception faits de préfabriqués, Kara Tepe et Moria. « Les Syriens, conduits vers le centre de Kara Tepe, se voyaient délivrer un document leur demandant de s'enregistrer à Athènes, avec un rendez-vous en février 2016 pour y laisser leurs empreintes digitales ! C'était absurde, aucun réfugié n'allait attendre cette date, beaucoup ont déjà quitté la Grèce. Ces personnes ne sont donc enregistrées nulle part, elles n'existent pas dans le système Schengen », témoigne cette source qui était en contact direct avec la police grecque sur place. « En revanche, tous les autres migrants passaient par la procédure d'enregistrement avec Eurodac, dans le centre de réception de Moria. Mais il n'y avait encore qu'une seule machine Eurodac. »

« Le service d'enregistrement est maintenant efficient, assure de son côté Ewa Mancure, la porte-parole de Frontex, depuis le siège de l'organisation, à Varsovie. Mais nous avons encore besoin de personnel. Au total, nous avons lancé 775 appels à candidature pour des missions de plusieurs mois. Il nous reste encore environ la moitié à recruter. »

 

Dès que l'enregistrement est fait – parfois il faut attendre plusieurs jours –, deuxième étape : la demande d'asile. Le service d'asile est bien opérationnel à Lesbos, nous disent différents interlocuteurs impliqués sur le terrain. Mais la plupart des migrants, en réalité, ne profitent pas de la structure : en novembre, sur l'île de Lesbos, seulement 17 personnes ont fait la démarche de demander l'asile, pour un nombre d'arrivées supérieur à 103 000. À l'échelle nationale, c'est 10 718 dossiers déposés depuis le début de l'année… pour environ 800 000 entrées sur le territoire par la mer Égée, d'après les dernières données de l'Organisation internationale pour les migrations (IOM) et celles du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Autrement dit, une infime proportion.

La plupart des migrants, aussitôt leur identité enregistrée, prennent en fait un ferry pour Athènes, d'où ils essaient de poursuivre leur route, vers les Balkans. Objectif : rejoindre le nord de l'Europe. Une route de plus en plus périlleuse, comme en témoignent les récents affrontements le long de la frontière avec la Macédoine où plusieurs milliers de migrants sont restés bloqués, côté grec, les autorités de Skopje ne laissant plus passer que les Syriens, Afghans et Irakiens. Début décembre, un homme marocain est mort, électrocuté, en tentant de passer cette frontière. La semaine dernière, les autorités grecques ont employé les grands moyens : elles ont délogé les quelque deux mille migrants du camp de fortune installé à la frontière et les ont conduits jusqu'à Athènes, dans un ancien stade des infrastructures olympiques où ils séjournent depuis. Le ministère a promis de leur trouver une solution durable d'ici à la fin de cette semaine.

 

Une nouvelle humiliation « efficace »

Or pour bénéficier du programme de « relocalisations » de l’UE, il y a une troisième étape : se porter candidat. Mais la plupart des migrants qui arrivent sur les îles ignorent qu'un tel programme existe. « De notre côté, nous essayons au maximum d'expliquer aux réfugiés arrivant sur les îles leurs droits et leurs obligations, et de les inciter à se porter candidat à ce programme », explique Katerina Kitidi. Mais pour l’instant, seulement 74 personnes se sont portées candidates à ce programme via les services du HCR. Du côté des pays d'accueil, selon la commission, à peine 3 616 places avaient été identifiées début décembre, dans 14 États membres, pour les semaines à venir.

À Lesbos, pourtant site du premier « hotspot » officiellement ouvert en Grèce, les structures d'hébergement pour combler l'attente entre le dépôt de la demande de relocalisation et le départ effectif n'existent pas. D'autres hotspots étaient en outre prévus sur les îles de Chios, Samos, Kos et Leros d’ici à la fin de l’année. Aucun n'a ouvert et il ne reste plus qu'une quinzaine de jours…

Athènes, en réalité, n'était pas extrêmement favorable à cette mesure. L'exécutif grec est davantage partisan de hotspots sur le sol turc, afin d'effectuer une répartition des réfugiés en amont, et de leur éviter la traversée mortelle de la mer Égée. Depuis le début de l'année, 3 671 personnes ayant emprunté une route maritime pour rejoindre l'Europe sont décédées ou portées disparues, d'après les statistiques de l'IOM. Autrement dit, une personne sur cinquante qui tente la traversée… Athènes a par ailleurs demandé, ce mardi 15 décembre, que soit étudiée à Bruxelles la possibilité d'enregistrer les demandes d'asile des migrants où ils le souhaitent à l'intérieur de l'UE. Autrement dit, elle milite pour l'abolition de Dublin II, règlement qui voulait que les migrants déposent leur dossier dans le premier pays européen dans lequel ils pénètrent – ce qui faisait de la Grèce le premier pays d'enregistrement des demandes d'asile. Ce n'était de facto plus en application depuis 2011, mais Bruxelles souhaite que ce soit de nouveau la règle dès les premiers mois de 2016. Entre Bruxelles qui souhaite maintenir la gestion du phénomène migratoire à l'intérieur des frontières grecques et Athènes qui semble avoir démissionné depuis longtemps, la divergence est grande.

 

A Lesbos, le 8 décembre 2015

 

Mais si la Grèce ne s'est jamais montrée exemplaire en matière d'accueil des immigrés, les politiques d’austérité voulues par Bruxelles n'ont fait qu'empirer les choses et ne sont pas sans conséquence sur la gestion du flux migratoire exceptionnel de cette année 2015. Dimitris Christopoulos, vice-président de la Ligue hellénique des droits de l'homme, estime ainsi que les obligations de son pays sont tout simplement impossibles à tenir. D'après les conclusions du sommet européen du 26 octobre, la Grèce est censée créer 50 000 places d'hébergement d'ici à la fin de l'année. « C'est impossible, à la fois en raison d'une incapacité administrative de l’État grec et d'une absence de volonté politique. Mais cette absence de volonté, elle est due au fait que nos dirigeants sont sincèrement convaincus qu'on ne peut rien faire : notre État est en faillite, on a intégré l'idée que cette faillite a gagné l'ensemble de la société. Les élites politiques sont désormais convaincues que nous sommes condamnés à échouer. C'est le résultat de plus de cinq ans de crise et de politiques d'austérité », avance Christopoulos, qui a conseillé le gouvernement Tsipras sur les questions migratoires jusqu'en juillet.

À Bruxelles, on feint d'oublier aujourd'hui les contraintes budgétaires extrêmement serrées que l'on a exigées d'Athènes depuis 2010. Et l'on dégaine, même, de nouvelles armes. La pression est ainsi remontée d'un cran début décembre pour forcer la Grèce à être plus efficace dans les enregistrements des migrants. De manière insidieuse, le bâton a pris la forme de spéculations sur une « suspension » de la Grèce de Schengen. Spéculations qui faisaient même la une du Financial Times le 2 décembre. Après deux jours d'une mayonnaise médiatique savamment orchestrée en parallèle d'une réunion à Bruxelles des ministres européens de l'intérieur, la menace était retombée.

Cette perspective d’une nouvelle humiliation pour Athènes, de fait, a fonctionné. Comme le résumait le 4 décembre un diplomate français, cette agitation « a permis de débloquer les choses » : « Je ne dirai pas que c’était une mise en scène concertée, mais disons que cela s’est révélé efficace. » En amont de la réunion européenne, Athènes avait ainsi donné des gages pour consolider sa coopération avec Bruxelles, quitte à perdre un peu de sa souveraineté dans la gestion des frontières : elle avait activé le Mécanisme européen de protection civile (pour obtenir de l’assistance technique, déjà débloqué par le passé dans des situations très variées afin de lutter contre la prolifération de l’Ebola ou éteindre des incendies en Grèce), et elle avait formulé auprès de Frontex une demande de déploiement des équipes d’intervention rapide aux frontières (RABIT, dans le jargon anglais), constituées de gardes-frontières venus d’autres États membres.

La pression, toutefois, ne s'est pas arrêtée là. Jeudi 10 décembre, c'est au tour de la Commission européenne de brandir le bâton. Dans une lettre adressée simultanément à la Grèce, l'Italie et la Croatie, elle reproche à ces trois pays de ne pas être assez efficaces dans le relevé des empreintes digitales des demandeurs d'asile et des migrants et dans leur transmission au système central Eurodac – en théorie dans les 72 heures. Si le lendemain, au cours d'une séance parlementaire, le premier ministre grec Alexis Tsipras a aussitôt démenti, assurant que « tous » les migrants arrivant sur les îles hellènes étaient bien enregistrés depuis septembre, l'annonce de la Commission n'est pas anodine : il s'agit d'une mise en demeure, autrement dit c'est la première phase d'une procédure d'infraction pouvant aller jusqu'à des saisines de la Cour européenne de justice. D'après la Commission, environ la moitié des quelque 800 000 migrants débarqués sur les côtes grecques depuis le début de l'année n'auraient pas été enregistrés par Athènes.

Sous pression, sans aucune marge de manœuvre, le gouvernement grec a acquiescé en fin de semaine dernière face au projet de la Commission d'une nouvelle agence de surveillance des frontières maritimes de l'Union. Il est pourtant très réservé sur cette réforme, notamment en raison des questions qu'elle pose en termes de souveraineté nationale. En raison de conflits passés plus ou moins résolus, les relations de voisinage entre la Grèce, la Macédoine et la Turquie ne sont pas au beau fixe, et l'abandon de la gestion de ses frontières à une autre autorité n'a rien d'évident pour le pouvoir hellénique. D'autres pays d'Europe centrale, comme la Pologne et la Hongrie, ont également exprimé leurs réserves à Bruxelles ce lundi.

La presse grecque s'est d'ailleurs fait l'écho de vives critiques ces derniers jours. « Cette fois-ci, il ne s'agit pas de la gouvernance économique des "Vingt-Huit", écrit ce lundi 14 décembre le quotidien Efsyn (notre partenaire #OpenEurope), mais de l'imposition d'un corps européen de surveillance des côtes et des frontières, lequel sera activé dans le cas où un pays membre fait apparaître de sérieuses faiblesses dans la surveillance des frontières extérieures de l'UE. Quel pays membre est montré du doigt par Berlin et Bruxelles ? La Grèce, bien sûr. Le sujet de la souveraineté nationale n'existe plus pour Angela Merkel et Jean-Claude Juncker, dont le but est de ne pas laisser passer un moustique vers le nord et de maintenir les réfugiés à l'intérieur de la Grèce. » La création de cette nouvelle agence, poursuit le journal, « ne laisse pratiquement aucune possibilité de réaction ou de désaccord aux pays qui ne souhaitent pas céder une partie de leur souveraineté nationale ». Les forces de cette nouvelle police peuvent en effet être déployées en dépit de l'avis du pays concerné. Dans un communiqué publié ce mardi 15 décembre, Amnesty International Grèce fait valoir que cette annonce pose d'ores et déjà problème sur la question des droits humains : elle intervient « au milieu d'une série de violations des droits de l'homme enregistrées par Amnesty International aux frontières extérieures européennes, par des autorités nationales qui rendent très peu compte de leurs agissements, voire pas du tout. Aucun système de gestion des frontières, qu'il soit national ou européen, ne peut poser des frontières à la protection internationale ».

À noter que ce dossier est soutenu, à Bruxelles, par la chancelière allemande et le président de la Commission, lesquels étaient en première ligne, déjà, sur le dossier de la viabilité financière de la Grèce à l'intérieur de la zone euro. Les premiers concernés par le dossier semblent relégués au second plan. Ainsi du commissaire européen à l'immigration, Dimitris Avramoupolos… un Grec.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 15:02

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

En Amérique du Nord, une «neutralisation stratégique» de la contestation

16 décembre 2015 | Par Louise Fessard

 

 

Professeure de sociologie, Lesley J. Wood observe l’évolution de la  gestion policière des manifestations au Canada et aux États-Unis. Dans Mater la meute, elle décrit l’avènement d’un maintien de l’ordre de plus en plus fondé sur le renseignement et les arrestations préventives.

Professeure de sociologie à l’université York de Toronto, Lesley J. Wood observe en tant que chercheuse et militante au sein des mouvements altermondialistes l’évolution de la gestion policière des manifestations au Canada et aux États-Unis, notamment lors des grands sommets internationaux. Dans Mater la meute, la militarisation de la gestion policière des manifestations, paru à l’automne 2015 en français (éd. Lux), elle décrit l’avènement en Amérique du Nord d’un maintien de l’ordre de plus en plus fondé sur le renseignement et les arrestations préventives.

 

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Ce tournant stratégique a lieu, selon elle, à la fin des années 1990 après des affrontements entre altermondialistes et police lors du sommet de l’OMC à Seattle en 1999 (600 interpellations), vécus comme « une sorte de Pearl Harbor des forces de l’ordre ». Constatant l’échec du modèle traditionnel de négociation avec les organisateurs de manifestation, les polices nord-américaines auraient alors opté pour la « neutralisation stratégique », qui repose sur des activités de renseignement et dont le but est « de prévenir la tenue des manifestations en maîtrisant ou en dissuadant les participants ».

 

S’ils ne parviennent pas à empêcher la mobilisation, les policiers privilégieront les arrestations massives (700 manifestants du mouvement « Occupy Wall Street » arrêtés le 1er octobre 2011 par la police new-yorkaise), l’utilisation d’armes sublétales et les unités antiémeutes disposant de matériels militaires, type Swat (Special Weapons And Tactics) aux États-Unis. À noter que l’administration Obama a annoncé en mai 2015 vouloir interdire certains transferts de l’armée, les images de policiers surarmés avec des véhicules blindés ayant choqué lors des émeutes de Ferguson. Le schéma est simple : criminaliser les manifestants qui ne coopèrent pas. 

 

En France, à la suite des attentats, la grande marche pour le climat prévue le 29 novembre 2015 a été interdite dans le cadre de l’état d’urgence. Et 316 personnes se sont retrouvées en garde à vue ce jour-là pour avoir bravé cette interdiction. Détournant l’état d’urgence, les autorités ont assigné à domicile 26 militants du climat pour empêcher leur éventuelle participation à des « actions revendicatives violentes » autour de la COP21. Moyennant quoi la conférence pour le climat s'est déroulée sans heurts au Bourget, dans un périmètre ultrasécurisé et policé.

 

« Aujourd’hui, le manifestant est de plus en plus la cible de notre intérêt, donc plutôt travailler sur l’environnement pour éviter que la manifestation ne dégénère en attroupement », expliquait le 19 novembre 2015 le commissaire Christian Ghirlanda, de la direction centrale des CRS, lors d’une conférence sur le contrôle des foules au salon Milipol à Villepinte. Si l’ouvrage de Lesley J. Wood concerne uniquement l’Amérique du Nord, où les polices et le maintien de l'ordre sont très différents du système centralisé français, il apporte un éclairage intéressant sur ce que nous vivons aujourd’hui en France. Petit entretien par téléphone.

 

Quels changements avez-vous observés dans la gestion des manifestations en Amérique du Nord et depuis quand ?

Lesley J. Wood : J’ai remarqué ces changements à la fois en tant que militante et sociologue étudiant les relations entre manifestants et les autorités. Ils sont particulièrement spectaculaires lors des sommets internationaux comme le G20 à Toronto en 2010, mais ils font partie d’une tendance plus large. On va vers une intégration de la police chargée du renseignement, de celle chargée du contrôle des manifestations et des industries de la sécurité. Les frontières entre ces secteurs sont devenues moins marquées, comme vous avez pu le constater récemment à Paris autour de la COP21. Par certains aspects, cela ressemble à ce que nous avons vu à New York lors du mouvement Occupy Wall Street : tous les événements, qu’il s’agisse de terrorisme ou de manifestations, sont considérés comme des menaces à l’ordre. En France, les autorités ciblent ainsi les activistes écologistes au nom de la menace terroriste ! La frontière entre terrorisme intérieur et activités militantes est brouillée.

 

Qu’est-ce que la « neutralisation stratégique » ?

C’est une logique qui consiste à éliminer en amont toute menace et ce dans un sens très large : à partir du moment où vous ne coopérez pas avec la police, vous êtes considéré comme une menace, quelles que soient vos intentions réelles. Si vous ne coopérez pas, vous devenez une cible et pouvez faire l’objet d’arrestations préventives. Cela passe également par le contrôle de la voie publique. Les autorités vont utiliser des périmètres de sécurité avec des barricades : vous pouvez manifester ici, mais si vous sortez de cet enclos vous devenez une menace, même si vous n’avez aucune mauvaise intention. Et dans ce cas, ils estiment légitime de recourir aux armes sublétales (grenades incapacitantes, vaporisateurs de gaz poivre, balles de caoutchouc, pistolets Taser) qui se sont énormément développées depuis quinze ans en Amérique du Nord. La police met également l’accent sur les médias, en cherchant à créer un récit présentant les manifestants comme un danger. C’est ce qu’il s’est passé à Paris, où les autorités ont insisté sur les objets du mémorial utilisés comme projectiles par des manifestants.

 

D’où vient cette évolution ?

Face aux réformes néolibérales et à l’austérité qui leur sont imposées, les agences de police doivent se battre pour justifier leur travail et leur légitimité en neutralisant les groupes qui menacent le statu quo. L’industrie de la sécurité et de la défense joue également un rôle important, en diffusant ces stratégies comme de bonnes pratiques via les réseaux professionnels policiers, comme l'Association internationale des chefs de la police (AICP) [qui a reçu en 2005 un don de 300 000 euros de Taser International pour sa fondation philanthropique – ndlr]. Avant même Seattle, le changement remonte à la fin de la guerre froide et à la nécessité pour l’industrie de la défense d’étendre son marché à la police et au contrôle des communautés noires ou pauvres, ainsi qu'à la guerre contre la drogue.

 

Vous parlez de militarisation des stratégies policières, c’est un mot fourre-tout, que recouvre-t-il ?

La militarisation, ce ne sont pas seulement les armes, les unités antiémeutes et les véhicules blindés, mais une logique de pacification avec des arrestations préventives. Attention, aujourd’hui, pour la majorité des manifestations au Canada et aux États-Unis, les agents de police essaient d’abord de négocier avec les organisateurs et cela se passe sans confrontation. Mais dans la minorité de cas où les manifestants refusent ou sont perçus comme menaçants, alors la police change de logiciel et choisit la « neutralisation stratégique ».

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 22:45

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Quand des hedge funds vont au tapis

15 décembre 2015 | Par martine orange
 
 
 

En trois jours, trois hedge funds américains ont annoncé leur liquidation. Tous avaient investi lourdement dans les dettes à haut risque des entreprises. « Combien de hedge funds vont-ils faire faillite », se demandent des gérants, inquiets d’un effet domino.

Quelque chose ne tourne à nouveau plus rond dans la planète financière. En moins de trois jours, trois fonds d’investissements américains, spécialisés dans les achats de dettes hautement spéculatives (high yield ou junk bonds) viennent de mettre la clé sous la porte.

Jeudi 10 décembre, c’est le fonds mutuel américain, Third Avenue, qui a annoncé sa suspension, alors qu’il devait faire face à un nombre grandissant de demandes de retraits et de remboursement de la part de ses clients. Il s’est engagé à liquider un portefeuille estimé à 788 millions de dollars (720 millions d’euros), essentiellement investi dans des titres de dettes d’entreprises, et de rembourser par la suite tous ses clients.

Vendredi, c’est le fonds Stone Lion Capital, spécialisé dans les placements à haut risque et les dettes classées en junk bonds, qui a à son tour annoncé la suspension d’un de ses hedge funds gérant 400 millions de dollars, après avoir déclaré être dans l’impossibilité de répondre à la demande de remboursement de ses clients.

Lundi, le fonds Lucidus Capital Partners, spécialisé dans la dette à haut risque, a déclaré lui aussi être en voie d’extinction, après avoir liquidé la totalité de son portefeuille estimé à 900 millions de dollars. Les responsables ont déclaré avoir pris cette décision en octobre, sur la suggestion d’un de leurs actionnaires, après avoir noté la détérioration du marché de la dette à haut risque.

Alors que le monde financier est déjà sous haute tension, dans l’attente d’une prochaine hausse des taux américains, prévue pour le 16 décembre, cette succession de liquidations a mis les nerfs du monde financier un peu plus à vif. D’autant que les analystes de Wall Street, devenus très superstitieux, n’ont pu s’empêcher de relever que les responsables de Stone Lion Capital, un des fauteurs de troubles, étaient d’anciens traders de la banque américaine Bear Stearns. La faillite de cette banque en mars 2008, avait été le signe avant-coureur de la crise de septembre 2008, marquée par la faillite de Lehman Brothers et la crise des subprime.

Est-ce le signe d’une nouvelle crise ? se demandent les observateurs financiers. « La vraie question est de savoir combien de hedge funds vont faire faillite. Il n’y a jamais un seul mouton noir. Il n’y a jamais qu’un seul portefeuille mal investi », dit un gérant de fonds, Jeffrey Gundlach, cité par Bloomberg. « Le risque est que cela crée un effet de domino, précipitant les fonds les plus vulnérables », poursuit un autre gérant. Et peut-être même les autres ? Tous ont en tête de scénarios de panique bancaire (bank run), où les clients se précipitent pour demander de récupérer leur argent le plus vite possible, par peur qu’il ne soit trop tard, provoquant par leur affolement l’écroulement de l’ensemble.  

Le marché des dettes risquées est déjà gelé : il n’y a plus aucune liquidité. Les taux des obligations les plus risquées s’envolent (voir graphique). Les gérants de fonds ne trouvent plus d’acheteurs pour les titres risqués. Un gérant de hedge fund a raconté au Wall Street Journal qu’il avait essayé vendredi de vendre des titres de dettes émis par la société Clear Channel Communication, devenue I heard media, à son prix de cotation, déjà bradé, de 71 centimes pour un dollar. Personne n’en a voulu. En fin d’après-midi, il a finalement reçu une offre à 64 centimes pour un dollar. Il l’a refusée. Pour combien de temps ?

 

Evolution des taux d'intérêts demandés aux entreprises les plus risquées par secteur Evolution des taux d'intérêts demandés aux entreprises les plus risquées par secteur
 

Un climat de liquidation semble s’installer sur ce marché. Pour certains observateurs, la bulle de la dette privée, créée par la politique non conventionnelle de la FED, est sans doute en train d’exploser. Depuis la crise de 2008, les investisseurs, repus par les liquidités déversées sans limite par la Réserve fédérale, se sont tous précipités sur ces marchés de dettes risquées : dans un environnement de taux zéro, ceux-ci avaient le mérite d’offrir des rendements élevés.  Ils ont accepté de financer tous les projets, tous les secteurs, tous les pays sans distinction. Les entreprises travaillant dans l’énergie, les matières premières, les télécommunications ont pu trouver de l’argent sans difficulté. C’est ainsi que Patrick Drahi, par exemple, a pu lever quelque 40 milliards d’euros sur le marché américain pour multiplier les acquisitions. Aujourd’hui, il se retrouve face à une montagne de dettes et un cours de Bourse divisé par trois depuis le mois d’août. De même, les groupes des pays émergents, à qui il était promis une croissance exponentielle, ont levé des milliards de dettes sur le marché américain, jugé bien plus intéressant, pour financer des projets de moins en moins en rentables. Aujourd’hui, ils se retrouvent piégés, alors que leurs économies se retournent voire sont en récession.

 

Selon une étude du cabinet McKinsey, le marché des obligations des entreprises non financières a augmenté de 4 700 milliards de dollars entre 2007 et 2014, contre 1 700 milliards de dollars entre 2000 et 2007. Les actifs gérés par les hedge funds et autres fonds, qui se sont substitués aux banques, ont plus que doublé depuis 2009. Ce sont tous ces fonds qui aujourd’hui sont menacés. Alors que les autorités politiques et monétaires n’ont cessé depuis 2008 de parler des dettes publiques, elles risquent de découvrir, bien tardivement, qu’il existe aussi une crise des dettes privées.

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 22:30

 

Source : http://www.terraeco.net

 

 

 

Evo Morales : « Pour sauver le climat, c’est le capitalisme qu’il faut éradiquer »

 

30-11-2015

 

 

Evo Morales : « Pour sauver le climat, c'est le capitalisme qu'il faut éradiquer »
(Crédit photo : David Solon)

 

Le chef d'Etat bolivien a réitéré ses attaques contre le capitalisme coupable selon lui « de détruire la planète ».
 

Il est arrivé vêtu d’un seyant costume sombre brodé de rose et de motifs incas. Il y a six ans, en 2009 à Copenhague, il avait fait le show avec son compère vénézuélien Hugo Chavez en pourfendant « l’impérialisme et les éconocrates ». Cette fois, le président bolivien, Evo Morales était orphelin de son acolyte, mais le verbe, lui, était toujours là. Radical et sans concessions : « Vous, le Nord, ne pouvez continuer à saccager la planète sans vergogne ni raison ! », a-t-il lancé en conférence de presse.

« Le capitalisme est la source de tous les maux, il est à l’origine de la destruction de la Pachamama [1] par le consumérisme et l’individualisme qui sape les communautés. » Le président bolivien a ainsi exhorté le monde à « en finir avec lui afin de sauver le climat » en appelant les peuples indigènes et les organisations sociales à la rescousse pour « stopper cette culture de guerre ».

Evo Morales a terminé son allocution en adressant ses condoléances au peuple français, « victime récente d’attentats odieux », mais en ajoutant que « les Occidentaux devaient s’interroger sur les origines de cette violence et cesser leurs interventions militaires sous tous les prétextes ».

[1] La Terre mère en quechua

 

 

 

Source : http://www.terraeco.net

 

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 22:13

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/yanis-mansouri/blog

 

 

L’état d’urgence : idéal pour surveiller les militants écologistes et antifascistes !

 

 

 

Près de 2.500 perquisitions menées depuis les attentats du 13 novembre. C’est le bilan dressé par le ministère de l’intérieur jeudi 9 décembre, qui parle également de 354 personnes assignées à résidence. Cela irait si des activistes altermondialistes de tout bord ne subissaient pas eux aussi de plein fouet les mesures dictées par le premier flic de France.

 

 

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L’état d’urgence : une mesure pour annihiler toute contestation politique ? C’est en tout cas ce qu’affirme un article des Inrocks daté du 11 décembre, soit 13 jours après les spectaculaires arrestations de manifestants place de la République lors de rassemblements pacifiques. La répression antiterroriste semble essentiellement se concentrer sur des opposants aux politiques gouvernementales plutôt que sur des éléments supposés dangereux depuis sa mise en place. En témoigne l’assignation à résidence de 7 militants écologistes jusqu’au 12 décembre depuis les 24 et 25 novembre. Des mesures dénoncées par le bâtonnier de Paris Pierre-Olivier Sur vendredi 11 décembre : « cela ne doit cibler que les terroristes » rappelle-t-il au moment où les arrestations et mises en examen d’opposants politiques se multiplient ces derniers jours. Le Conseil d’Etat avait en effet validé ce jour les assignations à résidence en question au motif que les individus représentaient « un danger pour la sécurité et l’ordre publics ».

 

Les abus policiers comme signes de déchéance démocratique

A propos du rassemblement à République dans ses détails, la répression ultra-musclée avait conduit à l’arrestation de 341 personnes et à la condamnation de 2 personnes dont l’une à 3 mois de prison ferme. L’état d’urgence justifie donc un alourdissement des sanctions à l’encontre des militants anti-cop 21, que l’on n’aurait osé imaginées lors des manifestations pour la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes ou pour la commémoration de la mort de Rémi Fraisse.

L’appel avait pour l’occasion été lancé par de nombreux collectifs comme Alternatiba, Attac, le syndicat Solidaires ou encore le Nouveau Parti Anticapitaliste. D’autres organisations comme la plateforme Avaaz avait appelé à symboliquement laisser une paire de chaussure sur la place en signe de présence malgré l’état d’urgence interdisant toute forme de manifestation. De la « politique spectacle » dénoncée par plusieurs témoins sur place, évoquant l’usage abusif de bombes lacrymogènes ainsi que les interpellations musclées dont ils auraient été victimes après des rixes avec les forces de l’ordre. « Nous sommes dans notre droit, mais les policiers ont eu pour ordre d’impressionner.  L’Etat voulait faire du chiffre » assurait Andrea, avocat de 29 ans tout juste sorti de la Sorbonne. Même son de cloche chez d’autres militants, qui eux aussi décrivent au mieux des « incohérences », au pire des entraves aux libertés fondamentales.

 

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Des mesures assumées par l’Etat en vertu de la « sécurité nationale »

Du côté du gouvernement, on répond sur un ton encore plus sécuritaire qu’avant les attentats meurtriers du 13 novembre dernier. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a dès le mardi qui a suivi dénoncé des échauffourées provoquées par des individus « cagoulés et masqués » manquant de respect à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie lors des attaques. Ce dernier a par ailleurs annoncé un renforcement des mesures sécuritaires, qui se caractériseraient par de nouvelles interdictions de manifester et des moyens plus importants accordés à la Police pour faire régner l’ordre. Le premier flic de France s’amuse également à discerner les « manifestants pacifistes » ayant formé des chaînes humaines des « casseurs » d’une extrême violence, tous selon lui arrêtés et placés sous l’autorité du procureur de la République.

Des instructions que regrette le bâtonnier de Paris, qui parlait quelques jours plus tard d’un « recul des libertés publiques ». Car outre les répressions abusives lors de manifestations, qu’elles soient pour l’écologie ou les réfugiés, les fermetures de mosquées viennent d’entrer dans la danse, avec pas moins de 5 salles de prières désormais interdites d’accès.

Celle d’Aubervilliers avait déjà été mise à sac par la Police lors d’une perquisition infructueuse, d’autres comme celle de Lagny-sur-Marne sont désormais sous le coup de fermetures provisoires en raison « d’appartenance au mouvement salafiste ». Le bilan sécuritaire désastreux pour tout individu attaché à ses libertés les plus simples (de circulation, d’expression et de rassemblement) risque bel et bien pourtant de continuer. Nos deux chevaliers sécurité Valls et Cazeneuve ont inclus dans leurs petits papiers la possibilité de reconduire l’état d’exception au-delà du 26 février, date limite fixée par leur propre projet de loi. Une initiative « pas impossible » d’après le premier ministre qui permettra entre autres de réprimer davantage à l’occasion d’évènements tels que le salon de l’agriculture en mars, le marathon de Paris en avril ou l’Euro 2016 de football en juin.

Yanis Mansouri

 

Photos : AFP et Reuters

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Source : https://blogs.mediapart.fr/yanis-mansouri/blog

 

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 22:03

 

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En pleine COP21, Maud Fontenoy a animé un séminaire pour Philip Morris

 

 

 

Maud Fontenoy a animé le 3 décembre à à Juan-les-Pins un séminaire du cigarettier Philip Morris. "Je l'ai fait pour rendre service à un ami, je n'étais pas rémunérée", se défend la "Madame Climat" des Républicains.

 

 

 

Maud Fontenoy
 

Maud Fontenoy. (Reuters)

 

La "Madame Climat" des Républicains, Maud Fontenoy, a animé un séminaire de Philip Morris à Juan-les-Pins le 3 décembre. En pleine COP21 et campagne des régionales – elle est candidate en Paca sur la liste de Christian Estrosi –, Maud Fontenoy intervenait sur le "dépassement de soi" devant 300 salariés du cigarettier. "Je l'ai fait pour rendre service à un ami, je n'étais pas rémunérée", explique-t-elle. Ce qui fait sourire chez Philip Morris, où l'on promet que "ce genre d'intervention n'est jamais gratuit".

 
 
 
 
                                                       ***********************************
 
 
 
 
 

Maud Fontenoy, l’imposture écologiste que le gouvernement prend en exemple

 

25 mars 2015 / Clara Griot et Hervé Kempf (Reporterre)

 


 

 

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale, invite les professeurs à se servir des « kits pédagogiques » de la Fondation Maud Fontenoy. Une privatisation de l’éducation d’autant plus surprenante que la navigatrice à la rame, fidèle de Nicolas Sarkozy, tient un discours sur l’environnement qui reprend celui du patronat. Et que sa Fondation compte parmi ses trois directeurs… le milliardaire François Pinault !

Le gouvernement se mobilise pour préparer le terrain en attendant la conférence Paris-Climat 2015 : "Le ministère de l’Education est engagé de manière active dans l’éducation au développement durable", indique une lettre envoyée aux professeurs en décembre 2014 par la ministre de l’Education nationale.

Et pour sensibiliser les élèves à l’environnement, Najat Vallaud-Belkacem incite fortement les écoles à utiliser les outils de la Maud Fontenoy Foundation. Au programme, de l’éducation en kits et des défis pédagogiques. "Cet outil est à la disposition des écoles et établissements et disponible gratuitement sur le site de la Fondation", précise la lettre.

- Télécharger la lettre de la ministre :

PDF - 119 ko

Sur le site de la fondation, les professeurs sont invités à choisir entre des illustrations d’oiseaux et de vagues, des kits pédagogiques pour le primaire, le collège ou le lycée, selon les besoins de chacun. Le tout, coloré et illustré de photos de baleines, ressemble plus à un document d’agence de communication qu’à un outil éducatif.

En annexe, des défis sur le thème "Changement climatique : il est temps de se bouger" promettent de récompenser les jeunes qui trouveront les meilleurs slogans ou visuels sur le sujet.

Mais si les kits proposés partent de la réflexion autour des océans, ils abordent aussi des thèmes plus larges, comme la mondialisation ou les biotechnologies. Un beau tour d’horizon des problématiques actuelles. Un problème ?

 

JPEG - 63.7 ko
Clip pédagogique de la Maud Fontenoy Fondation

 

Une « écologiste » à la mode Sarkozy

La blonde et avenante Maud Fontenoy a tout pour plaire. Cette navigatrice née à Meaux est devenue, en 2005, la première femme à traverser le Pacifique à la rame. En 2008, elle engage sa fondation créée en 2007 sur le terrain de l’écologie avec pour slogan "Sauver l’océan, c’est sauver l’homme." Elle a parcouru les océans et tente aujourd’hui de les défendre, le tableau est idyllique.

Mais ses avis à l’emporte-pièce détonnent avec ses engagements. En 2013, la navigatrice publiait un livre au titre racoleur : Ras-le-bol des écolos : pour qu’écologie rime enfin avec économie ! aux éditions Plon. Elle y critiquait avec vigueur le traitement de l’écologie en politique : "Stop aux manœuvres politiques, aux dessous-de-table et autres accords trompe-l’œil pour s’assurer un siège, un poste ou une circonscription !"

Un envol d’autant plus surprenant que Mme Fontenoy est très liée à l’UMP, un parti dont on sait qu’il est indemne de toute manœuvre ou dessous-de-table. Car si Maud Fontenoy a passé des années à parcourir les océans, elle a aussi arpenté les courants de la politique.

Candidate aux élections régionales en Île-de-France derrière Jean-François Copé en 2004, elle s’est ensuite engagée aux côtés de Sarkozy. En 2007, elle a reçu, des mains de ce dernier, les insignes de chevalier de l’ordre national du mérite, et l’a soutenu durant la campagne présidentielle de 2012.

 

Une « écologiste » pro-gaz de schiste, pro-OGM et pro-nucléaire...

Il est étrange que la ministre de l’Education nationale promeuve les productions d’une personne aussi politiquement engagée. Et dont les positions recouvrent régulièrement celle du patronat.

Ainsi, en janvier 2014, celle qui veut "sauver l’homme", demandait à François Hollande d’autoriser l’extraction du gaz de schiste. "L’exploitation des gaz de schiste permettrait de faire baisser le coût de l’énergie en France", expliquait-elle au journal Le Parisien. Maud Fontenoy prétendait que les problèmes environnementaux de cette technique seraient résolus grâce à l’introduction d’une nouvelle technique propre, la fracturation au propane, un liquide réutilisable. Une technique qui n’a jamais été expérimentée...

Mieux, lors d’une rencontre sur l’économie circulaire, en 2014, l’ex-rameuse, au savoir apparemment encyclopédique, prenait position en faveur des OGM...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 21:51

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Justice

Relaxe pour un vigneron bio qui avait refusé d’épandre un insecticide

par

 

Le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône (Rhône) vient de relaxer, ce 15 décembre, le viticulteur Thibault Liger-Belair. Ce dernier était poursuivi en justice pour avoir refusé de traiter son vignoble avec un insecticide, ce qu’exigeait un arrêté préfectoral en Saône-et-Loire (notre précédent article). Dans une vidéo extraite du documentaire « Insecticide mon amour », Thibault Liger Belair motivait les raisons l’ayant conduit à désobéir à la loi :

C’est un vice de forme qui a finalement conduit à la relaxe de Thibault Liger Belair. « La citation est valable, en revanche, la procédure ne l’est pas, faute de validité de l’arrêté préfectoral », a expliqué son avocat à la sortie de l’audience, selon le site Vitisphère. Le ministère de l’Agriculture aurait dû signer préalablement l’arrêté préfectoral pris à l’époque, ce qui n’a pas été le cas, invalidant celui-ci. C’est la même faute de procédure qui a également signifié l’arrêt des poursuites contre Emmanuel Giboulot, un autre viticulteur poursuivi pour les mêmes faits en Côte d’Or. Il ressort de cette affaire que les pulvérisations obligatoires du vignoble ont été imposées par l’État dans des conditions illégales. Le ministère public peut faire appel de la décision sous dix jours.

 

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 21:47

 

Source : http://lareleveetlapeste.fr

 

 

Nestlé, Mars et Hershey’s enfin poursuivis pour traite d’enfants esclaves

Nestlé, Mars et Hershey’s enfin poursuivis pour traite d’enfants esclaves

Les trois multinationales du chocolat ont été visées par trois plaintes collectives. Leur accusation ? Faire travailler des enfants dans leur exploitation de cacao en Côte d’Ivoire. 

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Ces trois géants du chocolat représentent plus de 60 % de la production mondiale qui vient directement de l’Afrique de l’Ouest. Les friandises préférées des enfants sont produites par… des enfants. Comble de l’ironie et dérive d’un capitalisme à outrance, ces géants ont enfreint de nombreuses normes et règles internationales. Selon les plaignants, ces trois firmes agroalimentaires importent du cacao en provenance de fournisseurs qui emploient des enfants, et qui plus est, dans des conditions de travail dangereuses et pénibles. Ils évoquent le transport de charges lourdes, l’exposition à des substances toxiques, le travail forcé et l’absence de paie, ou encore les menaces physiques. Nombre de ces enfants seraient vendus par des trafiquants qui les enlèvent ou les achètent dans des pays voisins de la Côte d’Ivoire.

« Les consommateurs qui sont venus nous consulter ont été indignés d’apprendre que les sucreries qu’ils mangent avaient un arrière-goût si sombre et amer, que le travail des enfants et l’esclavagisme faisaient partie de la production de chocolat par Nestlé, Mars et Hershey’s », affirme Steve Berman, membre du cabinet. Ces firmes s’abstiennent de divulguer ces informations sur l’exploitation des enfants et le travail forcé, et trompent donc les consommateurs qui soutiennent indirectement ce type d’exploitation. »

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En chiffres : 

Selon une étude, nous apprenons qu’il y a entre 300 000 et 1 million d’enfants qui travaillent dans ces exploitations de cacao ivoirien, allant de la contribution occasionnelle au travail forcé, selon la fondation Initiative Internationale pour le Cacao (ICI). En effet, en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’« or brun » représente 22 % du PIB, plus de 50 % des recettes d’exportation et surtout les deux tiers des emplois et des revenus de la population, selon la Banque mondiale.

Une sombre histoire qui nous l’espérons, éveillera vos consciences pour les fêtes de Noël. Mangez du chocolat, mais local !

Éveillez vos consciences avec votre Livre-Journal La Relève et La Peste N°1

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Source : http://lareleveetlapeste.fr

 

 

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