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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 22:18

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

Je ne mange plus de produits industriels : 5 règles pour éviter les aliments transformés

 
 

LE PLUS. E 330, E 420 ou E 621... Vous êtes-vous déjà demandé ce que signifiaient ces sigles sur les emballages alimentaires ? Ces additifs se trouvent dans de nombreux produits industriels. Stéfane Guilbaud, auteur et conférencier "pour la désobéissance alimentaire", a décidé de les bannir de sa consommation. Il explique pourquoi.

 

Édité et parrainé par Rozenn Le Carboulec

Illustration d'un supermarché (Flickr/chat_44/CC)

 

J’ai grandi au cœur des agences de communication, convaincu que la publicité était utile parce qu’esthétique. Je me trompais. Elle encourage la surconsommation et l’industrialisation. 

 

Alors, comment se comporter dans une société propulsée à l’ère agroalimentaire ?

 

Sédentaires au fil du temps

 

L’humanité a profondément changé d’alimentation au fil des millénaires. De cueilleurs-chasseurs, nous sommes devenus sédentaires et consommateurs d’une alimentation en grande partie transformée. En moins de cent ans, notre silhouette, notre santé et notre équilibre alimentaire en ont été bouleversés.

 

Industrie, marketing et immenses profits

 

L’alimentation industrielle s’est développée grâce au marketing. Le citoyen est devenu une cible, un consommateur en quête de plaisir qu’il faut appâter et satisfaire. Ce plaisir est devenu un droit, un dû.

 

L’envers du décor est alarmant, triste et accablant. En dix générations, nous avons certes augmenté notre espérance de vie, mais en faisant chuter le critère de "bonne santé". Nos paysans se suicident, nos enfants ne parlent de nourriture qu’à travers les marques et, plus dramatique encore, les maladies liées à une mauvaise alimentation (diabète de type II, maladies cardiovasculaires, cancer, obésité…) explosent dans toutes les classes sociales et, depuis peu, à tous les âges.

 

C’est décidé je change d’alimentation !

 

Un aliment industriel est un aliment qui, sous la pression de la mécanisation, du réseau de distribution, du positionnement produit ou tout simplement de la course effrénée au profit, est constitué de matières premières de moindre qualité. Les ingrédients les plus coûteux sont remplacés par des alternatives chimiques ou moins nobles. 

 

C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé, du jour au lendemain, de quitter un univers, qui tout compte fait, ne correspondait pas aux valeurs que mes parents m’avaient transmises. Il y a quinze ans, j’ai alors changé de camp pour rejoindre l’ingénierie pédagogique. Mon rapport à la nourriture s’est épanoui. J’ai commencé à traquer les aliments.

 

L’ancien fils de pub rejette désormais les marques, les promos, les temples de la consommation survoltés et les produits farfelus. L’ancien formateur en changement de comportements alimentaires rejette, à son tour, les ingrédients "intrus", les matières premières nobles "substituées" et les traçabilités douteuses.

 

Depuis 15 ans, j’applique à moi-même et mon entourage le fruit de mon expérience. Je suis arrivé à éliminer de mon quotidien le produit industriel et reste vigilant lorsque je dois faire des exceptions. Mon approvisionnement chez de petits producteurs ou de petites surfaces bios est devenu un plaisir.

 

N’intégrant que l’essentiel et privilégiant la qualité pour son savoureux et son goût, je m’économise les ajouts de sucre, de sauces ou de condiments.

 

Mon alimentation, plus authentique et riche en nutriments, a répercuté une baisse de presque 20% sur mon budget alimentaire et tout cela pour une qualité de toute évidence incomparable.

 

Changer le futur en regardant le passé

 

Pour changer les choses, commençons d’abord par nous-mêmes et refusons de consommer ces aliments industriels. Privilégions les Amap, les réseaux locaux et les bons plans. Informons-nous auprès d’acteurs indépendants… et changeons, non pas le confort de nos vies immédiates, mais celui de nos enfants.

 

Notre modèle alimentaire occidental n’est pas une référence à suivre et il existe des solutions en chacun de nous, pour peu que l’on prête attention à ce que ce système tente d’éradiquer, de faire oublier, de modifier à son profit.

 

Illustration d'un marché en Bretagne (Flickr/Francois R THOMAS/CC)

 

Les 5 règles pour éviter les produits industriels

 

 1. Fuyez les produits transformés

 

Orientez-vous le plus possible vers des aliments à l’état brut. Pas d’épices en poudre, pas de viandes reconstituées ni de légumes cachés dans des pâtes ou crêpes. 

 

2. Évitez les aliments "packagés" aux allégations alléchantes

 

"Offre promotionnelle", "nouvelle recette", "ouverture facile", "vu à la télé", rapide, "prêt à l’emploi", "saveur de l’année" sont autant de termes estampillés sur les emballages destinés à la grande distribution.

 

On est loin du circuit artisanal ou des PME qui produisent des aliments simples, sans fioritures.

 

3. Ne consommez pas les aliments "stars" du petit écran

 

Un fabricant qui vante les mérites de son produit à la télévision est un industriel. Aucun producteur artisanal ne peut se payer un spot télévisé de plusieurs millions.

 

Tous ces jambons, biscuits, fromages qui prônent le terroir et un savoir-faire authentiques ne m’émeuvent pas. Mais peut-être suis-je insensible ?!

 

4. Écartez tout ingrédient que vous ne connaissez pas

 

La liste des additifs autorisés, nomenclaturés avec la lettre E suivis de quelques chiffres, vous pose problème, car vous ne les connaissez pas ? Aucun souci !

 

J’ai depuis bien longtemps banni de mon alimentation tout aliment contenant le moindre additif "E". Je veux consommer des ingrédients que je connais et réfléchir en toute connaissance de cause.

 

Un artisan respectueux des matières premières utilisera des produits et un vocabulaire que vous comprenez tels que farine, sucre, beurre, légumes, sel… et non E 330, E 420 ou E 621.

 

5.  Ne pas fréquenter les temples de la consommation

 

Ce conseil semble le plus évident et pourtant… Le meilleur moyen de consommer local, pas cher, artisanal ou en petite production reste les marchés de producteurs, les éleveurs près de chez vous, les artisans de votre quartier et tous les plans "débrouilles" de bouche à oreille, loin des canaux de distribution de marques nationalisées.

 

La paysannerie et l’artisanat alimentaire souffrent. Ils n’attendent que vous pour continuer d’exister et de produire de la qualité à juste prix.

 

Le pouvoir est en vous, ne l’oubliez jamais !

 

 

 

Stéfane Guilbaud est l'auteur de "Je ne mange pas de produits industriels", Ed. Eyrolles, 2015. 

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 20:19

 

Source : http://www.lesinrocks.com

 

 

Laprimaire.org: le site qui veut renouveler la classe politique française

27/12/2015 | 08h27
 
 
Thibault Favre et David Guez lors du lancement de laprimaire.org en octobre 2015

 

Les dernières élections régionales l’ont bien prouvé : le vote en France se fait par défaut, et souvent par dépit.
Et si vous pouviez enfin choisir VOTRE candidat à la présidentielle de 2017 ? C’est le pari fou de deux hommes, Thibault Favre et David Guez, qui vont mettre en ligne dès février le site LaPrimaire.org qui a pour but de mettre en place une primaire qui désignera un candidat indépendant pour les présidentielles de 2017. Explications et rencontre.

 

 

 C’est l’histoire de deux mecs “normaux”

A priori, rien ne prédisposait Thibault Favre, 34 ans, et David Guez, 43 ans, à s’inviter dans l’arène des élections présidentielles française. Les deux amis se sont rencontrés il y a cinq ans lorsque Thibault, alors jeune entrepreneur dans les startups, cherchait un conseil juridique pour monter sa société. Et c’est auprès de David qui est avocat, qu’il l’a trouvé.

A l’été 2014, Thibault vend sa boîte AllMyApps qui avait pour but de créer le premier “AppStore pour PC” mais la startup “s’est faite bouffer par Google” selon ses propres dires, et il a dû la liquider. Après cet échec, Thibault a fait le point, et a tout remis en question, jusqu’au fonctionnement même de la France ! Selon lui, la plus grande source de mécontentement des français vient de l’offre politique qui peine à se renouveler et à comprendre leurs besoins. Aussi s’est-il mis en tête ce même été, et avec l’appui de David Guez, d’apporter une alternative à un système rouillé.

 

Leur réflexion a abouti à la création d’une association d’intérêt général, Démocratech qui a mis en œuvre une application laprimaire.org, qui sera lancée en février 2016. Cette primaire ouverte donne l’opportunité à chacun, dans la limite du cadre légal, de se présenter en tant que candidat. Pour pouvoir être qualifié par la suite et concourir il faut que le candidat trouve 500 “supports citoyens”. Durant cette phase d’identification chaque candidat fait sa campagne lui-même, Democratech ne participe en rien. Puis à la fin de cette première phase, tous les candidats pré-qualifiés seront rendus public, ainsi que leur équipe et leur programme, à la fin de l’été 2016 et en septembre arrivera la phase de sélection.

A ce jour laprimaire.org compte plus de 5 500 inscrits”de tous âges et tous horizons confondus même si l’on trouve beaucoup de 25-35 CSP +, connectés et urbains” explique David Guez.

Aucun des deux hommes ne se dit politisé, et n’a jamais été encarté ou même militant. “On s’intéresse un peu à la politique comme tout le monde, on peut en parler pendant des heures lors de repas, mais notre intérêt s’arrêtait là” assure David Guez. Leur action se rapproche davantage d’un éveil de conscience et d’un sursaut citoyen que d’un quelconque acte militant pour ou contre tel ou tel parti.

” Mon idée est née d’un ras le bol et d’un constat : en France il y a ceux qui ont de l’argent, et leur réaction face aux politiques est de dire « Ils me font chier, mais s’ils me font trop chier, je me barre à l’étranger. » Mais l’immense partie de la population n’a pas les moyens de partir, elle parvient à peine à joindre les deux bouts, elle subit. Et elle n’a pas non plus les moyens de changer les choses. Ceux qui peuvent agir s’en branlent et préfèrent s’acheter un appart. Avec David on fait plutôt partie de ces gens là. On a en a marre de cette mentalité « Jusqu’ici tout va bien » en attendant que le pire arrive. C’est pour ca qu’on veut essayer d’aider à un changement” nous raconte Thibault Favre.

 

Un constat qui s’appuie sur des chiffres et des faits

Ce dernier est ingénieur de formation et en bon scientifique qui se respecte, il s’est appuyé sur des chiffres : 9 Français sur 10 ont une mauvaise image globale des partis politiques selon un sondage réalisé par Odoxa au moment des régionales.

 

Par ailleurs, on compte aujourd’hui 365 000 adhérents de partis politiques en France, ce qui ne représente que 0,5 % de la population française. Or c’est bien cet infime pourcentage qui détient le monopole sur la désignation des candidats. Une situation absurde et éculée selon David Guez :

“Pendant les élections régionales je suis allé à Versailles, au bureau de vote de Valérie Pécresse pour distribuer mes tracts (les Democratol). Je pensais que j’allais me faire insulter mais des jeunes autant que des mamies BCBG m’ont écouté avec beaucoup d’attention. Aujourd’hui les gens ne votent plus par conviction mais par défaut ou contestation. Il y a un mois environ je me souviens de Gaspard Koenig qui a sorti sur un plateau télé, les noms des législatives de 1994, où il y avait Bayrou, Juppé, etc. Déjà les mêmes !”

 

democratol recto

democratol verso

 

Quand on leur demande ce qu’ils ont à gagner dans cette activité à laquelle ils consacrent tout leur temps, et qui les empêche d’exercer leurs activités professionnelles en parallèle, leur réponse fuse :

“On est intéressés par la politique comme le français moyen, et nous sommes habités par la même frustration. Nos compétences, qu’on a acquises en France grâce a l’école de la République nous permettent de faire quelque chose. Et on veut mener ce projet à bien pour un juste retour des choses”.

 

https://www.facebook.com/LaPrimaire/?fref=ts

https://laprimaire.org/

 

 

Source : http://www.lesinrocks.com

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 19:20

 

Source : http://reporterre.net

 

 

« Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »

7 mai 2015 / Entretien avec Pablo Servigne
 


 

Le pic pétrolier, le climat qui se dérègle, la biodiversité qui disparaît… Les scientifiques nous bombardent de nouvelles alarmistes, mais que faire ? Prenons-les enfin au sérieux, préconise Pablo Servigne, co-auteur de « Comment tout peut s’effondrer ». Mais pas de panique : même si le chemin n’est pas facile, il faut l’accepter, pour commencer à préparer le monde d’après.

 

Sur quels faits vous appuyez-vous pour affirmer que l’effondrement est possible ?

Nous avons rassemblé un faisceau de preuves qui viennent des publications scientifiques. Les plus évidentes sont liées au fait que notre civilisation est basée à la fois sur les énergies fossiles et sur le système-dette.

Le pic de pétrole conventionnel a eu lieu en 2006-2007, on est entrés dans la phase où l’on exploite le pétrole non conventionnel : sables bitumineux, gaz de schiste, pétroles de schiste, etc. Déjà, c’est un signe qui ne trompe pas.

Ensuite, il y a un siècle, on investissait un baril de pétrole et on en retirait cent. On avait quatre-vingt-dix-neuf barils de surplus, on nageait dans le pétrole. Un siècle après, ce taux de retour est descendu à dix ou vingt, et cette diminution s’accélère. Or, en-dessous d’un certain seuil, entre quinze et vingt, c’est dangereux pour une civilisation. Pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus d’énergie. Or il y en a toujours moins. Donc à un moment, il y a un effet ciseaux.

En même temps, pour fonctionner, notre société a besoin de toujours plus de croissance. Pendant les Trente glorieuses, les deux-tiers de notre croissance faramineuse venaient des énergies fossiles. Sans énergies fossiles il n’y a plus de croissance. Donc toutes les dettes ne seront jamais remboursées, et c’est tout notre système économique qui va s’effondrer comme un château de cartes.

 

Dans ce schéma, quelle place a la crise écologique ?

Dans notre livre, on prend la métaphore de la voiture. Il y a la question du réservoir d’essence : à un moment il sera vide. C’est ce que je viens d’expliquer. Et il y a un autre problème : la voiture va de plus en plus vite et sort de la route. La science s’est rendue compte que le climat s’est emballé, que la biodiversité s’effondre littéralement. On dépasse des seuils qu’il ne faudrait pas dépasser sous peine de déstabiliser les écosystèmes qui nous maintiennent en vie. La voiture risque de se prendre des arbres. Si on va au bout, certaines études montrent que l’on peut vraiment éliminer presque toute vie sur Terre. On en est à ce point là.

 

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Pablo Servigne

Donc la crise écologique est beaucoup plus grave que les crises économiques. Certaines civilisations anciennes se sont effondrées économiquement et politiquement. Quelques siècles après, ça renaît. Et puis il y a des civilisations qui se sont effondrées pour des cause écologiques. L’effondrement de l’environnement provoque l’effondrement de la civilisation. Là, en revanche, la civilisation ne repart pas parce que le milieu est épuisé, mort.

 

Parmi toutes ces catastrophes, quelle est celle qui risque de déclencher les autres ?

Ce qui est important, pour l’étincelle qui déclenchera les autres, c’est la rapidité. Et là, c’est le système financier qui est le plus fragile. Les effondrements financiers sont très rapides, même s’ils sont moins graves. Le problème, c’est qu’ils peuvent déclencher un effondrement économique, donc du commerce physique, qui peut déclencher un effondrement politique, et plus tard un effondrement des institutions sociales, de la foi en l’humanité, de la culture, etc.

 

On utilise plutôt les mots « crise » ou « catastrophe » : pourquoi avoir choisi de parler d’« effondrement » ?

On a quand même utilisé les mots catastrophe et crise. Catastrophe, on l’aime bien parce qu’il est provocateur. En fait nous sommes devenus catastrophistes. Cela ne veut pas dire qu’on souhaite les catastrophes ou qu’on arrête de lutter contre. Cela veut juste dire qu’on est lucides et qu’on les accepte.

Le mot crise, lui, ne convient pas parce qu’il sous-entend que l’on peut revenir à l’état de normalité qu’on avait avant la crise. Or ce n’est pas le cas. Donc parler de crise est un abus de langage, même si on l’a quand même un peu utilisé dans le livre.

Effondrement est un mot qui nous plaît bien parce qu’il est très large. Il permet d’être aussi bien du côté de la raison, de parler des rapports scientifiques, que de toucher l’imaginaire. Quand on parle d’effondrement, les gens voient Mel Gibson avec un fusil à pompe, ou des films de zombies. Mais il y a beaucoup d’autres choses qui peuvent émerger. Donc notre travail, c’est de donner chair à ce mot d’effondrement. D’arriver à décrire ce à quoi il pourrait correspondre dans notre société, pour la génération présente, en-dehors des mythes hollywoodiens.

 

Et cela permet aussi de se rendre compte que c’est un processus.

Oui. Dans notre imaginaire, on a la notion d’apocalypse. Du jour au lendemain, il n’y a plus rien et c’est la barbarie. En fait non. Quand on parle d’effondrement, on parle aussi bien d’une catastrophe financière qui arrive en quelques heures, que d’une catastrophe climatique qui arrive en quelques décennies voire en quelques siècles. Toutes les grandes civilisations qui se sont effondrées ont mis des dizaines voire des centaines d’années à le faire.

 

Si ça s’effondre, qu’est-ce qui s’effondre exactement ?

On a creusé cette question en partant de ce qui était vulnérable. Aujourd’hui dans nos sociétés, on a une économie, des lignes d’approvisionnement, un système financier, des structures de flux – tout ce qui est système alimentaire, système d’approvisionnement en eau, système médical. Tout cela est devenu extrêmement fragile parce que complexe, inter-connecté. Donc ce qui va s’effondrer, c’est tout ce qui dépend des énergies fossiles. Cela inclut les énergies renouvelables et le nucléaire, car pour les fabriquer, il faut des énergies fossiles. Quand on se rend compte que quasiment toute notre nourriture dépend du pétrole, qu’est-ce qu’on va manger ? Ce qui va s’effondrer est absolument gigantesque.

 

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Des maisons au Hameau des buis

Une autre manière de répondre est que plus un pays est riche et industrialisé, et hors sol, plus il va tomber de haut. Aux périphéries, cela va être beaucoup moins grave et il va y avoir des jeunes pousses qui vont pouvoir relancer une civilisation. Par exemple, pendant la crise des subprimes de 2008, il y a eu trente-cinq pays qui sont entrés en émeutes de la faim, juste à cause d’une fluctuation des matières premières. Au Mozambique, ils n’étaient pas connectés au système mondial économique, et ils n’ont pas subi cette crise.

 

Est-il possible d’éviter cet effondrement ?

Non, c’est un des grands messages du livre. L’éviter voudrait dire qu’on continue notre trajectoire de croissance. Or non seulement ce n’est plus possible (on l’a montré avec la fin des énergies fossiles), mais si on continue de croître, le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité provoqueront un effondrement de notre civilisation. L’autre voie pour éviter un effondrement serait de bâtir une économie qui n’ait pas besoin de croissance. Mais sans croissance, la civilisation industrielle actuelle s’effondre. Donc de tous les côtés, ça s’effondre. On est cernés.

La posture du livre est de l’accepter. Il y a un effondrement, d’accord, on respire. On apprend à gérer sa raison, à gérer ses émotions, à gérer son rapport avec les autres, avec l’avenir. J’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour moi, mais j’ai dû renoncer à des rêves que j’avais pour mes enfants. C’est très douloureux. Une piste de sortie, c’est que l’effondrement peut être vu comme une opportunité incroyable d’aller vers quelque chose qu’on peut commencer à construire dès maintenant.

 

Est-ce qu’on le saura, quand l’effondrement arrivera ?

Vous connaissez la fable de la grenouille ? Quand on met une grenouille dans l’eau bouillante, elle saute. Quand on la met dans l’eau froide et qu’on fait peu à peu monter la température, elle reste jusqu’à en mourir parce qu’elle ne se rend pas compte que l’eau devient bouillante… Notre intuition est que peut-être, en Grèce, en Espagne, en Syrie, l’effondrement a déjà commencé. Nous, on n’est pas encore touchés parce qu’on est riches.

 

Comment êtes-vous arrivé à concentrer vos recherches sur l’effondrement ?

Un spécialiste du pic pétrolier, dans un colloque, a un jour parlé de ce qu’il appelle des « Oh my God points » [des points « oh mon Dieu » - NDLR]. Ce n’est pas un choc de la tête, c’est un choc du ventre et du cœur et après, plus rien n’est pareil.

Mon premier, c’était le pic pétrolier. J’ai vu un documentaire sur comment Cuba a survécu au pic pétrolier, et ça m’a tellement bouleversé que j’y suis allé pendant deux mois. Un autre grand « Oh my god point » est ma rencontre avec Dennis Meadows, le co-auteur du rapport du club de Rome [Rapport sur les limites de la croissance, 1972 - NDLR]. Son message est clair : il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer au choc, et construire des petits systèmes résilients parce que l’effondrement est là. Cela fait quarante ans qu’il dit cela, personne ne l’écoute. Le rapport prévoit un effondrement pour le début du 21e siècle et c’est ce qu’on est en train de vivre.

 

 

Pourtant, la grande majorité des gens ne voient pas l’effondrement.

Ils sont dans le déni, parce que c’est trop violent.

Après plein de gens savent. C’est le grand problème de notre époque : on sait mais on ne croit pas. Les mythes sont toujours plus forts que les faits. Notre mythe, c’est la croissance infinie, la techno-science qui domine la nature. Si on trouve un fait qui ne colle pas avec ces mythes, on le déforme pour le faire rentrer. On dit qu’on trouvera de nouvelles énergies, par exemple.

C’est pour cela qu’avec ce livre on est sur le terrain de l’imaginaire, qui est beaucoup plus fort que les faits, et structure la manière de donner sens au monde. On dit que l’utopie a changé de sens : les utopistes sont aujourd’hui ceux qui croient qu’on peut encore continuer comme avant.

Accepter l’effondrement, c’est comme accepter la mort d’un proche. Il faut dépasser les phases du deuil : le déni, le marchandage, la colère, la tristesse et l’acceptation. Beaucoup de gens sont encore dans le déni, mais il y en a aussi dans la tristesse, dans la colère. Et il y en a qui sont dans la joie, parce qu’ils sont déjà dans l’acceptation.

 

A la fin de l’année se déroulera une grande conférence sur le climat à Paris. N’est-ce pas la preuve que nos élites politiques ne nient plus l’effondrement et cherchent des solutions ?

Non, je pense que les politiques n’y croient pas. C’est bien que des gens se mettent autour de la table pour parler de climat, cela a au moins une vertu pédagogique. Mais parler de solutions, c’est tordu. Cela laisse la porte ouverte à tous les techno-béats qui sont là à trépigner avec la géo-ingénierie. Et cela empêche de se rendre compte que le changement climatique, même si tout s’arrête d’un coup, c’est déjà trop tard, il s’est emballé.

Mais on peut limiter les dégâts, c’est pour cela que c’est bien de mener des négociations. Et surtout on doit le faire parce qu’aujourd’hui, il n’y a aucun grand conflit international. C’est le moment idéal pour des négociations.

 

Que peut-on faire d’autre au niveau politique pour faire face à l’effondrement ?

On est dans des paradoxes, car si quelqu’un au niveau politique commence à parler d’effondrement cela va créer une panique des marchés financiers, qui va provoquer l’auto-réalisation de l’effondrement. Il va provoquer ce qu’il voulait éviter.

En revanche, on peut agir au niveau micro-politique. Avec l’effondrement, les macro-structures vont souffrir. On va retourner à des sociétés beaucoup plus locales. Le mouvement de la transition est en train de redonner du pouvoir aux gens au niveau municipal. C’est cette échelle qui permet de passer à l’action rapidement.

 

Vous dites que pour décrire l’effondrement, les faits scientifiques ne suffisent pas. Il faut aussi avoir l’intuition qu’il arrive. Ceux qui portent des alternatives sont-ils ceux qui ont cette intuition ?

Pour beaucoup, oui. Il y a des millions d’individus dans le monde qui sont déjà dans le monde post-pétrole, post-effondrement : le monde d’après.

Le problème est que si on n’a pas encore mis les lunettes de la transition, on ne voit pas ces initiatives. On ne comprend pas pourquoi tel paysan a développé la traction animale. Or dans vingt ans, l’agriculture industrielle se sera effondrée et tout le monde sera à la traction animale.

Il faut se mettre en transition, c’est une opportunité de changer le monde. Cela veut dire construire des « réseaux des temps difficiles ». C’est retrouver le lien aux autres, à la nature, avec nous-mêmes. C’est accepter l’interdépendance de tous les êtres. Quand une civilisation s’effondre, les bâtiments peuvent s’effondrer, il reste les liens humains....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 18:34

 

Source : http://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/frederic-lordon-syriza-podemos-le-combat-continue

 

 

 

TEXTES À L’APPUI. Frédéric LORDON

Frédéric LORDON, SYRIZA, PODEMOS, LE COMBAT CONTINUE

Le

 

 

 

2015 restera l’année de la Grèce. Un espoir formidable puis un échec face à une Europe de fer. Fallait-il sortir de l’Euro ? À l’heure où Podemos fait une percée en Espagne, la question demeure. Dans notre émission du 18 septembre, Frédéric LORDON a retracé cette épopée. En voici la transcription.

Désormais, nous vous proposons une version écrite de certaines de nos émissions, « TEXTES À L’APPUI ». Notez que les éditions Les Liens qui Libèrent publient les articles de Lordon sur la Grèce : On achève bien les Grecs : chroniques de l’euro 2015. Retrouvez le blog de Frédéric sur le site du Monde diplomatique "La pompe à phynance".


Retranscription de l’intervention de Frédéric LORDON dans notre LÀ-BAS Hebdo n°24 du 18 septembre 2015, à écouter ici « FRÉDÉRIC LORDON : LA GRÈCE EST PASSÉE SOUS LA TABLE » ou à voir là « J’ai peur que Podemos finisse aussi mal que Syriza »


 

 


Daniel Mermet : En janvier dernier, quelques jours avant la victoire aux législatives du parti Syriza et la nomination d’Alexis Tsipras comme Premier ministre, nous étions déjà autour de cette table. Et tout de suite, tu nous as fait part de tes doutes. Ce qu’on a eu du mal à comprendre. Pour nous, c’était formidable, la gauche de la gauche arrivait en Grèce ! Aujourd’hui, force est de reconnaître que tu n’avais pas entièrement tort. Même si tu avais vraiment cassé l’ambiance ce soir-là !
Malgré tes doutes, cette victoire du 25 janvier nous a procuré un plaisir immense. C’était la première fois, depuis bien longtemps, qu’un pouvoir de gauche arrivait en Europe. Lors du référendum du 5 juillet autour de la crise de la dette publique, on a tous appris le mot formidable : « oxi », le « non » massif des Grecs aux nouvelles mesures de rigueur imposées par l’Europe. Malheureusement aujourd’hui, l’euphorie est retombée et on ne peut pas dire que l’heure soit aux grandes réjouissances. Même si cette séquence historique reste riche de promesses.

Frédéric Lordon : On va reprendre la chronologie des évènements. Ca commence avec les législatives très prometteuses de juin 2012, quand Syriza loupe d’un cheveu la majorité au Parlement. À la place, arrive aux manettes, le parti du Premier ministre Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie), un gouvernement aussi vérolé que tous ceux qui l’ont précédé.
Le 25 janvier 2015, retournement de situation, Syriza remporte les législatives. Un moment extraordinaire parce que c’est la première véritable alternance politique en Europe depuis des décennies. L’espoir est considérable, même si l’avenir s’annonce rude pour les finances publiques grecques. L’échéancier 2015 du remboursement de la dette grecque est sacrément imposant. C’est à coup de milliards qu’ils allaient devoir payer le FMI ou la Banque centrale européenne.
Arrive le 21 février 2015, première étape significative : la Grèce et les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) signent un accord qui prolonge de quatre mois le plan d’aide à Athènes. Quatre mois de répit, avec une clause de revoyure en juin pour renégociation sérieuse. Laquelle, évidemment, se passe aussi mal que prévu, le mois de juin arrivé.
C’est alors que Tsipras fait un formidable coup stratégique : pour contrer l’ultimatum des créanciers, il décide d’en appeler au peuple par voie de référendum. Une façon de circonvenir les institutions européennes et de leur rappeler qu’en Europe, la démocratie existe. Une semaine de campagne échevelée démarre et le jour du référendum, c’est le raz-de-marée : le « non » au diktat de l’Eurogroupe gagne à plus de 60%. Un succès considérable.
Et c’est là que tout bascule à nouveau. Dans les deux jours qui suivent le referendum, Tsipras fait un tête-à-queue et repart exactement à l’opposé de ce vers quoi le propulsait l’appui populaire. Un vrai jeu de montagnes russes…

 

DM : Il était coincé, le camarade ! Obligé d’avaler un plat de couleuvres avec un revolver sur la tempe.

FL : Dès le mois de janvier, j’ai compris qu’à partir du moment où Tsipras refusait par principe d’envisager l’option de la sortie de l’euro, il se privait du seul instrument stratégique à sa disposition pour essayer de contrebalancer, a minima, l’asymétrie du rapport de force entre la petite Grèce et les institutions européennes. Partant de là, les carottes étaient cuites ! Ou plutôt, elles étaient dans l’autocuiseur, le feu était allumé et il n’y avait plus qu’à attendre.


Le grand débat autour de la sortie de l’euro

 

DM : Selon toi, Tsipras a donc mal joué. Mais que pouvait-il faire puisque l’opinion grecque, elle-même, dit qu’elle ne veut pas sortir de l’euro !

FL : Ce sont les sondages qui affirment que l’opinion grecque dit qu’elle ne veut pas sortir de l’euro. C’est très différent. Depuis quand fait-on de la politique au cul des sondages ? Parce que c’est exactement ce qu’a fait Tsipras ! Il s’est abrité derrière les sondages pour rationnaliser son incapacité radicale à envisager la sortie de l’euro. Mais qu’est-ce qu’un sondage qui, au débotté, pose une question aux gens sans leur avoir laissé le temps de s’en saisir, de la malaxer, individuellement ou collectivement ?
Je rappelle qu’en France, en janvier 2005, les sondages sur le traité constitutionnel européen donnaient le « oui » à 60%. Et finalement, au référendum du 29 mai, c’est le « non » qui est sorti dans les urnes à 55% ! Tout simplement parce qu’entre-temps, il y a eu cinq mois de débats intenses. Un moment démocratique et historique exceptionnel.
Ce que je reproche à Tsipras, c’est précisément de ne pas avoir engagé le capital symbolique et politique de sa victoire électorale, pour mettre l’opinion grecque au travail sur la question. Ce qui, malgré tout, n’a pas empêché les Grecs d’analyser tout seuls le problème. C’est ainsi que lors du referendum, en dépit du terrorisme intellectuel qui a pilonné, jour après jour, que voter « non » c’était voter pour la sortie de l’euro, les Grecs ont maintenu le cap à 60%. Quand une société est ainsi en marche, c’est à l’homme politique de lui faire une proposition.

 

DM : Tu isoles Tsipras, mais autour de lui, il y a le parti Syriza, des conseillers, tout un mouvement intellectuel… Tu dis toi-même que, dans l’ensemble, Syriza ne voulait pas faire mûrir le débat sur la sortie de l’euro, ni proposer de referendum.

FL : Lors de l’accord intermédiaire Eurogroupe du 21 février, j’ai eu la faiblesse d’espérer, comme tout le monde, que Tsipras avait compris à qui il avait affaire et qu’aucune discussion rationnelle n’était possible. Je pensais qu’il était lucide et qu’il avait signé cet accord pour gagner quatre mois, afin d’avoir le temps de préparer, sur le plan logistique et politique, l’animation d’un débat public en vue de la sortie de l’euro. Il n’en a rien été. Alors c’est vrai, Tsipras n’est pas tout seul. Il y a Syriza derrière. Mais il faut comprendre que Syriza est loin d’être une entité monolithique. C’est un rassemblement assez hétéroclite, avec une aile droite, une aile gauche… Et si, effectivement, la majorité de ses membres refusaient la sortie de l’euro, il y avait quand même une grosse minorité - un peu plus de 40% - qui pensait, elle, exactement le contraire. Tout simplement parce qu’imaginer échapper à la camisole du mémorandum tout en restant dans l’euro était une contradiction ! Et qu’il fallait donc choisir entre les deux termes de cette contradiction.

 

DM : Il ne faut pas oublier non plus la pression qu’ont exercée sur la Grèce les gouvernements et les médias européens, notamment français.

FL : C’est vrai, la pression était totale et venait de partout. Parmi les nombreuses erreurs stratégiques commises par Tsipras, il y a eu cette idée folle qu’il allait pouvoir faire alliance avec ce qu’il croit encore être la gauche, en France et en Italie. Comme si François Hollande ou Matteo Renzi pouvaient, à quelque titre que ce soit, être qualifiés d’hommes de gauche ! Et comme s’ils avaient pu avoir la moindre velléité de venir à son secours en pesant sur le bloc allemand et en essayant d’infléchir les politiques économiques européennes. Tsipras a fait une erreur d’appréciation stratégique colossale.
Les Grecs étaient totalement isolés. D’un côté, ils avaient les durs dont la seule intention était de leur faire la peau, et de l’autre, les Espagnols, les Portugais, les Irlandais, pas du tout prêts à les soutenir. A priori, c’est vrai que c’étaient les seuls sur lesquels Tsipras aurait pu espérer compter, au titre de la solidarité des malmenés. Mais pour ces pays qui étaient passés au travers de la purge, obtenir avec la Grèce une détente du mémorandum aurait été se tirer une balle dans le pied. Ayant eux-mêmes imposé comme des abrutis l’austérité à leurs peuples, ils se voyaient mal aider les Grecs à sortir leur épingle du jeu ! Donc tout le monde était contre lui. Et en premier lieu, les médias, spécialement français, dont l’européisme obtus est une constante de longue période.


Le martyr des Grecs comme arme de dissuasion

 

DM : Le néo-keynésien américain Joseph Stiglitz, pour qui « un autre capitalisme est possible », est exactement sur ta ligne concernant la Grèce. Il pense qu’on s’acharne sur les Grecs « pour faire un exemple » et dissuader tous ceux qui seraient tentés par l’indiscipline. [1]

FL : C’est absolument vrai. Et Stiglitz est loin d’être un gauchiste ! Mais les économistes américains, qui n’ont aucun investissement affectif ou dogmatique dans la construction européenne en soi, sont dégagés et détachés de toute pulsion fétichiste. Ils voient les choses avec un sang-froid rationnel qui échappe totalement aux économistes européens. Voire même à certains économistes des gauches critiques européennes qui communient dans la foi alter-européiste selon laquelle un autre euro est possible.
Stiglitz, lui, analyse les choses rationnellement : la construction monétaire européenne est une architecture de règles et de principes auxquels il est rigoureusement impossible de déroger. C’est une construction entièrement juridique, inscrite dans les traités et donc irréversible et rigidifiée au dernier degré. Peu importe les nécessités de la conjoncture, il n’y a pas la moindre possibilité d’ajustements.
Évidemment, cet édifice a été validé par tous les États européens qui ont été emportés par la vague néolibérale des années 1980. Mais si tous les États sont égaux, certains le sont plus que d’autres : au premier chef, l’Allemagne. Pour Berlin, il était hors de question d’entrer dans la construction européenne autrement qu’en faisant de cette Europe l’exacte décalcomanie de ses propres institutions monétaires. L’Allemagne tenait à ce qu’il y ait des règles, que ce soit les siennes, et que jamais on ne puisse les modifier. C’est notamment cette dinguerie fondamentale que dénonce Stiglitz.


Une sortie de l’euro, c’est possible. Comment ?

FL : Une sortie de l’euro est possible. Sauf que la question n’est pas, comment sortir de l’euro ? Mais, sortir de l’euro pour quoi faire ?
On peut sortir de l’euro par bien des côtés, mais qui sont loin de se valoir tous. Imaginons que le Front National parvienne au pouvoir. Et qu’il fasse la sortie de l’euro comme il le claironne (une escroquerie à laquelle je ne crois pas du tout). Ce serait, quoiqu’il en soit, d’une manière qui n’aurait rien à voir avec celle qu’est en train d’envisager, par exemple, Unité Populaire [2]. Parce que la sortie de l’euro, c’est à la fois très simple dans ses principes, mais assez compliqué dans sa mise en œuvre opérationnelle.
Restons sur le cas de figure de la Grèce : pour sortir de l’euro, techniquement, on fait quoi ? On commence par réarmer la banque centrale nationale. Aussitôt, on décrète qu’elle s’extrait du système des banques centrales européennes et qu’elle se remet à émettre une nouvelle monnaie dont la conversion s’établit au pair, c’est-à-dire, qu’un euro égal une drachme. Sur les marchés de change, ça va tanguer, c’est certain ! Mais on dit ça au départ.
Une fois réarmée, la banque centrale grecque entreprend de conduire une politique monétaire qui n’a plus rien à voir avec celle de la banque centrale européenne. On l’autorise, par exemple, si les conditions s’y prêtent et qu’elle a une réserve importante, à accorder des financements monétaires au déficit public. Évidemment, on envoie paître tous les memoranda et les mesures d’austérité imposés par l’Europe. Et tant qu’on y est, on fait défaut sur la dette. Quand on en arrive à ce genre de rupture, autant ne pas faire les choses à moitié ! Donc, on ne rembourse ni la BCE, ni le FMI, ni les créanciers privés. Et on ne rembourse pas le Mécanisme européen de stabilité (MES), c’est-à-dire le fonds d’assistance aux pays endettés. (Il est certain que la situation financière de l’économie grecque s’en trouve tout de suite largement amélioré.) Pour autant, afin de ménager le système bancaire grec et empêcher qu’il ne s’effondre, l’État peut continuer à payer, au moins en partie, la dette qu’il détient.
Évidemment, il faut prendre un tas de mesures d’accompagnement. Notamment, instaurer un contrôle des capitaux. Ce qui est de toute façon souhaitable, indépendamment de la sortie de l’euro. Car ce dont il est question en réalité, ce n’est pas seulement de changer de monnaie, ni même de pouvoir dévaluer. Le but, c’est de recréer complètement un modèle de politique économique sur la base de principes entièrement rénovés. Et même de refaire une partie des structures économiques en desinsérant l’économie grecque de la circulation internationale des capitaux. Donc en se mettant en retrait (pas complètement mais sélectivement) des marchés financiers internationaux et surtout en refaisant les structures bancaires. Autrement dit, dès qu’on sort de l’euro, on nationalise tout le système bancaire.


La sortie de l’euro : une révolution, d’abord intellectuelle

DM : Quelle est la position des partisans du plan B sur la question de la sortie de l’euro ?

FL : Franchement, je ne sais pas ce qu’est ce fameux plan B. J’ai d’abord cru que c’était une tentative de bonne foi pour tirer les conséquences des évènements terribles qui se sont déroulés en Grèce cet été [3]. Et que ses partisans prenaient acte de la nécessité stratégique impérieuse de réintégrer la sortie de l’euro dans le paysage des options disponibles. Aujourd’hui, je suis moins sûr de mon coup. J’en veux pour preuve l’attelage passablement hétéroclite qui est en train de se former autour du plan B.
Si l’on examine la ligne de Varoufakis [4], par exemple : de son propre aveu, son plan B était juste une roue de secours pour rejoindre la station service et essayer de faire le plein. Ca devait aider à tenir quelques jours, histoire de renégocier (des clopinettes, à mon sens) avec l’Eurogroupe. Ce n’était absolument pas un plan de sortie de l‘euro.
Varoufakis a été viré par Tsipras, certes, mais fondamentalement, tous deux partagent le même refus radical d’une sortie de l’euro. Il suffit d’écouter en quels termes Varoufakis en parle : « la sortie de l’euro, c’est la fragmentation nationaliste et xénophobe de l’Europe… ».

 

DM : En gros, Varoufakis est dans le camp des réformateurs qui veulent agir à l’intérieur du cadre en repeignant le tableau par petites touches. Rien à voir avec les révolutionnaires qui proposent de faire un autre tableau, dans un autre cadre.

FL : Pour moi, c’est le grand mystère. Varoufakis s’acharne à vouloir peindre à l’intérieur du cadre, alors qu’il s’est pris son seau de peinture sur la tête et qu’il s’est fait traîner à la sortie de la ville à califourchon sur un rail. Mais il persiste ! J’y vois la force sociale de la croyance.
C’est très comparable à ce qui s’est passé dans les années 1920 avec l’étalon-or. Ce système monétaire international avait des propriétés formellement très semblables à celles de l’euro. Ce système, qui ne cessait de diffuser des effets dépressionnaires et récessionnistes, a produit les pires catastrophes au moment de la crise de 1929. Jusqu’à ce que l’étalon-or finisse lui-même par éclater tant c’était rigoureusement intenable.
Pourtant, on n’imagine pas la puissance de cette croyance en l’étalon-or chez les élites de l’époque ! Une croyance quasi religieuse. Le spectacle des effets catastrophiques de la chose avait beau se dérouler sous leurs yeux, les entendements étaient bloqués. Pas moyen de leur faire admettre la moindre révision. C’est exactement ce qui nous arrive avec l’euro. Et le pire, c’est que même ceux qui ont été le plus violemment maltraités par l’euro en demeurent, d’une certaine manière, mentalement prisonniers. Ils ne peuvent pas sortir du cadre.
En l’occurrence, il n’existe pas un seul et unique cadre, mais une multitude, emboîtés les uns dans les autres. Dans la Malfaçon [5], j’explique qu’il faut d’abord sortir du cadre de la construction monétaire européenne, avant de pouvoir sortir de celui du capitalisme. Pour moi, la cause est entendue, l’urgence c’est l’euro : si nous restons à l’intérieur du système, nous n’obtiendrons rien de différent et continuerons d’y souffrir mort et passion. Donc, ce cadre-là, il faut le péter. C’est d’ailleurs comme ça qu’on aura des chances de faire trembloter le capitalisme. Parce qu’un plan de sortie de l’euro par la gauche implique qu’on refasse les structures de la banque et de la finance. Ce qui revient à s’attaquer au cœur du réacteur du capitalisme.


L’Europe ou les camps ?

 

DM : Ce qui mine les débats sur l’Europe, c’est cette hantise très intériorisée du repli nationaliste. On se souvient de Jean-Marie Cavada disant en 2005 « il faut voter oui, car voter non c’est voter Auschwitz ». On a intégré l’idée que la gousse d’ail et le crucifix contre le nazisme et toutes les horreurs, c’est l’Europe.

FL : Les débats ont atteint un tel degré de polarisation antinomique que le choix c’est : l’euro ou les camps ! À une autre époque c’était : la mondialisation ou la Corée du Nord !
Euclid Tsakalotos, le ministre des Finances qui a succédé à Varoufakis, a dit lui-même que sortir de l’euro c’était se préparer au retour des camps. C’est Stathis Kouvelakis, d’Unité Populaire, qui le raconte dans un long entretien qu’il a donné à la revue américaine Jacobin [6], au lendemain de l’Eurogroupe.
Je me bats contre cette connerie depuis le début de la crise européenne. Mais on a beau répéter les choses cent fois, ça ne passe pas. Pourtant, il suffit de se souvenir de la vie avant l’euro. Ce n’est pas si vieux ! À l’époque de la CEE, il n’y avait ni monnaie, ni grand marché uniques et, à ce que je sache, nous n’étions pas en pleine troisième guerre mondiale et les extrêmes droites ne tenaient pas le haut du pavé. Je dirais même qu’elles avaient tendance à être beaucoup moins présentes qu’aujourd’hui. Je rappelle par ailleurs qu’il y a cent quatre-vingt pays qui n’ont pas le grand bonheur d’appartenir à la zone euro et qui, pour autant, ne sont pas tous des nazis.
C’est par infirmité intellectuelle qu’on est incapable de comprendre que les nations européennes peuvent entretenir entre elles des liens fructueux et denses qui ne passent pas par la monnaie, la circulation des capitaux, des containers et des camions.
Le vrai internationalisme est celui de la culture, du tourisme, de la science, de la pensée. Il faut voir tout ce que l’Europe a réussi à faire quand l’euro n’existait pas, Airbus, Ariane, le CERN, Erasmus… Si on réussit à défaire l’euro, il faudra pousser à fond les cursers dans toutes les autres directions, dans tous les autres compartiments du jeu. Ce n’est pas ce qu’on appelle le repli national !

 

DM : Le problème avec la question de la souveraineté, c’est qu’elle peut conduire à de drôles d’alliances. Depuis que Jacques Sapir fait du pied au Front National, tout le monde s’interroge. Est-ce qu’un jour, on ne va pas retrouver Lordon en train de guincher avec Marine ?

FL : La souveraineté, selon son concept, ne signifie rien d’autre que : décider ensemble. Elle appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants. On sait bien que la comédie parlementariste n’est pas une réalisation satisfaisante de cet idéal, mais pour autant l’idéal existe et il travaille dans les esprits. Les euroépistes fanatiques, eux-mêmes, sont des souverainistes puisqu’ils sont les partisans d’une reconstitution de souveraineté, mais à l’échelle européenne ! Donc, arrêtons avec ces confusions conceptuelles à n’en plus finir.
Maintenant, parlons de Jacques Sapir. C’est une catastrophe, même si c’était assez prévisible. Au moment où l’épisode grec a vraiment fait bouger les choses, Sapir a déboulé en nous servant une louche bien épaisse de Front National. Quatremer, Colombani, Leparmentier n’attendaient que ça pour agiter l’épouvantail du Front National, le seul argument qu’il leur reste.
Ceci étant, il serait idiot de nier que des forces de convergence troubles sont à l’œuvre. Une réalité d’autant plus dangereuses que l’époque est dangereuse elle-même. Dans les époques de confusion, il faut tenir un cap intellectuel et idéologique avec une rigueur de fer. Ne pas céder au moindre pas de côté, parce que sinon, c’est le début d’une glissade qui peut se révéler irréversible. Avec Sapir, manifestement, c’est le cas.


No Podemos !

 

DM : Parlons maintenant du parti Podemos en Espagne. Ils ont suscité un grand enthousiasme, on s’est dit que c’était un mouvement formidable qui réinventait la politique. Mais aujourd’hui, c’est en train de tourner curieusement. Les sondages sont moins bons et on assiste à des rapprochements beaucoup moins révolutionnaires que ceux que l’on aurait pu imaginer.

FL : Encore une fois, on va croire que j’ai une passion mauvaise pour le chamboule-tout et que j’ai décidé de dégommer tous ceux en qui on a envie d’espérer. Mais je suis navré de le dire, Podémos est bien pire que le Syriza de Tsipras. Aujourd’hui, les gauches européennes sont dans un tel désarroi qu’elles surinvestissent massivement la première occasion d’espérer, à rebours de toute lucidité analytique. C’est comme ça qu’on a surinvesti le Syrisa de Tsipras, puis héroïsé et iconisé Varoufakis. Maintenant, c’est au tour de Podemos.
Je ne dis pas qu’il faille abandonner toute espérance, parce qu’il existe quand même un paysage dans lequel il y a eu Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, Corbyn au Royaume-Uni, Bernie Sanders, le candidat démocrate tout à fait inattendu aux États-Unis... Ca veut dire que la sociale démocratie occidentale est en phase terminale. Elle est en pleine décomposition et il va falloir que tout ça rejoigne très vite les poubelles du restaurant.
En même temps, ce qui se construit par-dessus cette pourriture est encore un peu trouble. Je dirais même que Podemos va être encore plus incertain que Syriza parce qu’à la différence de Tsipras, les Espagnols n’essaieront même pas d’aller plus loin. C’est mon anticipation.
J’ai apporté une vidéo éclairante qu’a faite Iglesias, le fondateur de Podemos, sur le site du quotidien La Republica, le 31 juillet 2015 [7]. Il dit : « Ce qu’a fait le gouvernement grec est malheureusement l’unique chose qu’il pouvait faire. Nous ne pouvons pas faire de grandes choses, une réforme fiscale, nous battre pour la déprivatisation de la santé, pour une éducation publique, nous ne pouvons pas faire beaucoup plus ». « No podemos hacer grandes cosas. No podemos hacer mucho mas que…etc »
C’est un parti qui s’appelle Podemos et qui n’arrête pas de dire « no podemos ». C’est vraiment ballot ! Pour eux, la croyance en l’euro est inébranlable et il est hors de question d’engager le rapport de force avec les institutions européennes.
Pour moi, Podemos est un tigre de papier qui s’affalera avant même d’être arrivé au pouvoir parce que le parti a fait de l’efficacité électorale son leitmotiv absolu. Leur dernier congrès a vu triompher une motion qui mettait sur le côté les « cercles Podemos », c’est-à-dire la démocratie participative locale du mouvement. Tout ça pour pouvoir reconstruire un parti politique des plus classiques, avec leader et objectif d’accession au pouvoir. Par rectifications successives et accélérées, tous les espoirs que l’on pouvait mettre dans le Podemos du début de l’année ont été abandonnés en cours de route. Et malheureusement, j’ai peur que cela finisse aussi mal que Syriza.


Et la gauche française dans tout ça ?

 

DM : Quelle est l’influence de tout cela sur la gauche française ? Se pose-t-elle des questions, en tire-t-elle des leçons ?

FL : Il ne s’est pas rien passé, c’est sûr. La gauche que j’appelle « alter européiste », et qui défend la thèse que nous allons reconstruire un autre euro et nous débarrasser de l’austérité par le rapport de force, a été très ébranlée. Pour Attac ou la fondation Copernic par exemple, c’est le commencement des grandes révisions stratégiques. Je ne dirais pas que l’aggiornamento est à portée de main, mais les gens avec lesquels j’ai ferraillé amicalement se sont mis en mouvement. C’est manifeste, ils ne disent plus les mêmes choses depuis le juillet grec. Même si l’idée qu’il faut un acte de rupture avec l’euro pour y arriver n’a pas encore totalement pris consistance. Du coup, on reste coincé dans cette espèce de dialectique du plan A et du plan B : on va ouvrir le rapport de force, aller à l’épreuve et si – et seulement si - on n’y arrive pas, alors on sortira.
Ce qui est intéressant dans cette dialectique, c’est cette idée d’aller au bout du rapport de force pour obtenir la vérification ultime, par acquis de conscience en quelle que sorte, que ça ne pouvait pas marcher. Je trouve la démarche très sympathique. Simplement, il ne faut pas se raconter d’histoires, le plan A va vivre ce que vivent les roses, l’espace d’un matin. Très rapidement, il va se transmuter en plan B, du seul fait de l’opposition radicale du bloc allemand.
Soit dit en passant, ce qu’on occulte systématiquement, c’est que cette Allemagne intraitable puisse foutre le camp un jour ! Je suis convaincu que si elle se retrouvait dans un rapport de force un tant soit peu défavorable, avec un groupe de pays qui la contraigne à mettre de l’eau dans son vin, ses règles et ses principes, c’est elle qui prendrait la tangente. Je serais presque tenté de dire que les forces objectivement les plus puissantes de la décomposition de l’euro ne sont pas du côté des pays dominés, mais du côté des pays dominants. La Finlande, par exemple, ne veut plus entendre parler de l’euro, l’Allemagne se pose des questions… Et on n’est pas passé loin de la rupture avec la Grèce qui est un tout petit État. Si jamais un bloc de pays comme l’Espagne commençait à mettre le souk dans l’ordonnancement européen, ça pourrait aller très mal.


Unité Populaire ?

 

DM : Que peut-on espérer du petit parti dissident Unité Populaire ? Pour l’instant, il ne pèse pas lourd dans les sondages, mais il est cohérent et a été rejoint par le créateur de Syriza, Manolis Glézos.

FL : Tsipras a précipité les élections législatives pour empêcher Unité Populaire, qui est un parti très jeune, de s’organiser et de monter en puissance. Moyennant quoi, Unité Populaire doit faire 5 ou 7% dans les sondages, ce qui est déjà admirable, compte tenu de la brève existence du mouvement.
Le drame c’est que, comme l’explique Stathis Kouvelakis, la vague d’opprobre qui est en train d’emporter Syriza est telle, qu’elle frappe toute la gauche de manière indiscriminée. Au point qu’Unité Populaire, qui a pourtant défendu une ligne opposée à celle de Tsipras, risque d’être balayée de la même manière.
Pour les camarades grecs, la chose est claire : le mouvement Syriza va disparaître et ce sera la grande réussite de Tsipras. On va assister à la fin d’un cycle politique et au commencement d’un autre. À l’évidence, Unité Populaire est maintenant un parti homogène du point de vue de la ligne stratégique. Mais tout va dépendre de la conjoncture macroéconomique des douze prochains mois. Ca va être terrible ! La Grèce va vers une récession encore plus saignante qu’en 2010 et 2012. Et à l’épreuve de ces immenses difficultés, l’option de la sortie de l’euro va retrouver de la consistance et regagner du crédit. En tout cas, c’est ce qu’il faut espére

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 18:03

 

Source : http://www.mondialisation.ca

 

 

Burkina Faso – Au « pays d’un homme intègre »: Thomas Isidore Noël Sankara et la continuité de l’hiver politique

 

 

 

thomas-sankara

 

Le 21 décembre. Pour la plupart des gens, qu’ils se proclament ou non croyants, cette date signifie l’approche de Noël et le début de l’hiver. Pour la population lucide du Burkina Faso, le 21 décembre c’est  réellement la naissance de Noël… Thomas Isidore Noël Sankara. Tous les bons cours d’histoire contemporaine devraient comporter l’écoute du discours que cet homme fit, le 4 octobre 1984, à l’assemblée de l’Organisation des Nations Unies. Il venait d’être nommé président de son pays, ayant entamé une véritable révolution communiste dès l’âge de 33 ans.

Né en Haute Volta, il en a éradiqué le nom, en même temps que le néocolonialisme qui y persistait. Une fois devenu le Burkina Faso, la reprise du pouvoir passa par la nationalisation des entreprises et la redistribution de terres aux paysans. Comme ce fut le cas de l’Argentin Ernesto Guevara, Sankara pensait devenir médecin et bifurqua vers une formation militaire, en vue de mettre fin à l’exploitation des peuples par les États impérialistes et les multinationales. Comme lui, il souhaitait une grande union des pays partageant un même continent. Il fut, lui aussi, assassiné, peu avant d’atteindre l’âge de 39 ans, également en octobre. Octobre! Certains d’entre nous savent tout ce que peut représenter ce mois…

 

 

Le premier acte présidentiel de Sankara fut d’abaisser son salaire et ceux des fonctionnaires de l’État (un geste des plus téméraires!). Il vendit les grosses voitures gouvernementales pour des Renault 5, annula l’immunité diplomatique, nomma des femmes à des postes ministériels, interdit la polygamie et l’excision. Il procéda à des campagnes de santé publique, fit construire des hôpitaux, puis des écoles afin d’augmenter le niveau d’alphabétisation. On érigea des logements abordables et les locataires n’eurent rien à payer durant un an. Il fit planter des arbres pour contrer l’avancée du désert. Et le désert des droits humains, jusque-là, assoiffait la population depuis trop longtemps.

Dans son discours du 4 octobre, il dénonce les conditions déplorables dans lesquelles vivent certains peuples. Il pointe les multinationales et les gouvernements « démocratiques » qui reçoivent à bras ouverts les dictateurs qu’ils maintiennent en place, afin qu’ils leur permettent d’exploiter la main d’œuvre et les richesses de leurs pays. Il demande la fin du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, son retrait de l’ONU et la libération de Nelson Mandela. Il propose la sécession de l’ONU avec Israël qui fait subir aux Palestiniens des horreurs semblables à celles de la guerre de 1945. Il recommande à l’ONU de modifier sa structure et de cesser l’injustice du droit de veto. Tout ça, en un seul discours! À partir de 1987, on saura davantage combien d’hypocrites l’ont applaudi ce jour-là…

Le 29 juillet 1987, au Sommet des États Africains d’Addis-Abeba, en Éthiopie, il explique avec humour et fermeté pourquoi les pays du « tiers monde » ne devraient pas payer leur dette à la Banque Mondiale. Deux mois plus tard, on l’assassinait. Plusieurs présidents africains préservant les intérêts étrangers ont trempé leur cupidité dans son sang, avec l’aide de la France, des États-Unis et de la Central Intelligence Agency (CIA). À l’époque, l’hexagone était dirigé par François Mitterrand, du parti « communiste » et Ronald Reagan chevauchait le pentagone. Blaise Compaoré, l’assassin principal de Sankara, pris le pouvoir le 15 octobre 1987, sans jugement, même si le Comité des droits de l’homme a dénoncé l’absence d’enquête sur la mort de Sankara. Il s’y est maintenu pendant 27 ans. François Hollande l’a lui aussi reçu fièrement… Mais à la fin d’octobre 2014, un de ses proches, Roch Kaboré démissionne et 70 de ses cadres le suivent et fondent le Mouvement du Peuple pour le Progrès. Les manifestations se sont propagées au pays et Compaoré ne put que s’enfuir en Côte d’Ivoire. Un putsch, dirigé par un participant à l’assassinat de Sankara, Gilbert Diendéré, aurait pu faire régresser une possible mise en place de démocratie. Heureusement, le peuple n’a pas cédé. Des élections viennent d’avoir lieu et Kaboré est officiellement élu. Que se passera-t-il dans les prochains mois?… Tout peut arriver, l’inhumation définitive des rêves de Sankara ou leur renaissance. Car le 21 décembre, dans de trop nombreux pays tropicaux, on célèbre encore la continuité de l’hiver politique.

 

Maryse Laurence Lewis

 

Un documentaire reprenant des documents d’archives a été réalisé en 2014, par le Suisse Christophe Cupelin, en hommage au « Capitaine Thomas Sankara ».

« L’émancipation des femmes et la lutte de libération de l’Afrique », par Thomas Sankara, aux Éditions Pathfinder.

 

Burkina Faso, littéralement « Pays des hommes intègres »

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 16:58

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

Agnès Sinaï: «Le projet égalitaire est au coeur de la décroissance»

28 décembre 2015 | Par Joseph Confavreux et Jade Lindgaard
 
 
 

Qu'est-ce que la décroissance : un programme économique, un projet politique ou un mouvement culturel ? Un peu de tout cela, et plus encore. Un livre tente de lier ces approches et de les expliciter, Décroissance, vocabulaire pour une nouvelle ère. Entretien avec l'une de ses auteurs, Agnès Sinaï, dans ce nouvel épisode de notre émission « Le champ des possibles ».

 

Agnès Sinaï : politiques de décroissance

 

Agnès Sinaï : politiques de décroissanceDepuis son apparition dans un texte d'André Gorz en 1972, le mot « décroissance » a beaucoup voyagé. Développé par l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen en lien avec la notion d'entropie, venue de la thermodynamique pour mesurer le degré de désordre d'un système, il sert aussi à décrire un mouvement effervescent de militants et d'intellectuels alternatifs.

 

Cette galaxie est hétéroclite. On y trouve des penseurs des « communs », des écologistes radicaux, des défenseurs du revenu d'existence, des désobéissants, des créateurs de monnaie locale… Ils ne prônent pas un système politique à proprement parler, ne portent pas un programme bien défini. Mais ils partagent la vision d'une société libérée de la tyrannie du profit, de la performance et de la compétition généralisée.

 

Pour la première fois, un livre tente de lier ces approches et de les expliciter à destination d'un plus large public. C'est un dictionnaire, ou plutôt une encyclopédie d'idées contribuant à imaginer l'après-capitalisme : justice environnementale, bonheur, emploi garanti, monnaie publique, convivialité, État, Ubuntu…

Journaliste, fondatrice de l'Institut Momentum, un think tank décroissant, auteure de l'article sur l'anthropocène (ainsi nommée cette nouvelle ère géologique causée par l’activité humaine), Agnès Sinaï explique que le projet de la décroissance est « d'organiser la descente inéluctable des sociétés de croissance ».

 

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Décroissance, vocabulaire pour une nouvelle ère
Livre coordonné par Giacomo d'Alisa, Federico Demaria et Giorgio Kalis
Le Passager clandestin, 523 p., 25 euros.

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 18:47

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Aéroports de Paris : où sont passés les millions de la sécurité ?

L’Etat verse un demi-milliard d’euros à la société Aéroports de Paris (ADP) pour assurer la sécurité des plates-formes. Une enquête de Marianne pointe le flou qui entoure l'utilisation de cette somme.
 
WITT/SIPA
 

La fouille avait été diligentée dans le cadre de l’état d’urgence décrété après les attentats du 13 novembre. Une semaine après les attaques, des objets révélant « des éléments de prosélytisme avancé et des signaux faibles de radicalisation » ont été découverts lors d’une perquisition administrative dans les locaux d’entreprises à l’aéroport de Roissy. Depuis, cinq badges d’accès aux pistes ont été retirés. Un épisode qui pose la question brûlante de la sûreté des aéroports parisiens, à laquelle l’Etat consacre d’importants moyens, dont la destination réelle est obscure, selon une enquête de Marianne en kiosques le 24 décembre.

Ainsi, les comptes d’Aéroports de Paris (ADP, société détenue à 50% par l’Etat et 8% par Vinci) font état d’un demi-milliard d’euros reçus pour assurer la sécurité des plates-formes parisiennes. Mais ils sont très flous quant à l’utilisation de cette manne. De fait, il apparaît un écart entre cette somme et les montants apparemment engagés. Ainsi, chez ADP, le poste de sous-traitance aux sociétés privées de sûreté, chargées par exemple des postes d’inspection filtrage (PIF), coûte 150 millions d’euros. Il convient d’y ajouter 70 millions versés à Hub Safe, filiale d’ADP spécialisée dans la sécurité, et le coût des 300 salariés du groupe chargé de cette mission. On reste toutefois loin du demi-milliard versé par l’Etat...

Contacté par Marianne, ADP cite des chiffres très approximatifs : « Nous devons financer les investissements, il y a aussi le service incendie… et plein d’autres choses… Nous comptons investir près de 500 millions d’euros pour 2016-2021 dans les systèmes de détection d’explosifs. » Un cadre de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) se montre plus clair sur la destination d’une partie des fonds : « Il faut savoir que 10% de la somme sont prélevés forfaitairement, au titre des frais de gestion par les opérateurs d’aéroport. Ensuite, l’ensemble des surfaces dédiées à la sûreté est facturé, etc. » Pour ADP, avant même toute action, ce sont donc 48,5 millions d’euros qui tombent dans sa poche. Un financement quelque peu obscur pour des résultats discutables. Les rapports parlementaires sur la sûreté des aéroports, comme celui de Charles de Courson (Nouveau Centre), député de la Marne, pointent tous le peu d’efficacité des contrôles.

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>>> Retrouvez cette enquête en intégralité dans .

Il est également disponible au format numérique  ou via  et 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 18:05

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Le peuple et les élites : pourquoi ce divorce ?

 
 
 
 
 
Derrière les résultats des dernières élections et le simple constat de la montée du FN se cache, une réalité bien plus inquiétante : un fossé toujours plus grand entre le peuple et ses classes dirigeantes.
 
Claude Paris/AP/SIPA
 

La grande nouveauté du scrutin régional n'est pas la montée du Front national, qui n'est en vérité qu'une conséquence d'un phénomène primaire : le clivage devenu fossé, le fossé devenu abîme entre le peuple et ses classes dirigeantes.

D'abord un constat à l'état brut : le peuple et les élites n'ont plus les mêmes valeurs ni les mêmes priorités.

1. Pour le peuple, le danger principal est le terrorisme islamiste. Pour les élites, c'est le fascisme d'extrême droite. La preuve, c'est qu'avec un programme à peu près semblable les scores lilliputiens de la gauche radicale contrastent avec la poussée qui paraît irrésistible de la droite extrême... Un programme à peu près semblable, sauf un point de divergence essentiel : la question de l'immigration. C'est là que se fait la différence. Tandis que Claude Bartolone racialise le scrutin et stigmatise Neuilly avant d'aller s'y faire soigner, que Clémentine Autain invite Tarek Ramadan à l'un de ses meetings préélectoraux et que toute la gauche crie au fascisme, au nazisme, au totalitarisme, et même à Daech à propos du FN, celui-ci capitalise sur les massacres du 13 novembre.

2. Pour le peuple, l'objectif principal est la sécurité : Sécurité sociale, sécurité de l'emploi, sécurité individuelle. Pour les élites, l'objectif principal est le progrès, grâce à la mondialisation, le commerce, les droits de l'homme. Le peuple se reconnaît dans la nation, comme en témoigne la floraison tricolore du mois dernier, tandis que les élites continuent d'espérer en l'Europe. La rupture entre le peuple et l'idée de progrès, dont la liaison fut constitutive de la gauche au XIXe siècle, est, hélas, le grand événement en fait de culture politique au XXIe.

3. Le peuple rêve d'un gouvernement de l'intérêt général. Il a la nostalgie de l'unité, comme sous la Révolution française. Il vomit les partis dans lesquels il voit des mafias au service d'intérêts particuliers. Les élites à l'inverse restent attachées à ces partis qui symbolisent et garantissent la sauvegarde de leurs privilèges. Au lendemain du scrutin des régionales, beaucoup de leaders politiques préconisaient, pour favoriser le « renouvellemen t» des élites, le retour à la représentation proportionnelle qui signifie, nul n'en peut douter, le renforcement de l'emprise des partis sur la vie politique ! On croit rêver.

Le discrédit des partis n'est pas propre à notre époque ; le décalage entre les électeurs et les élus est en quelque sorte constitutif de la démocratie. Le fait nouveau, c'est qu'il n'est plus toléré.

Il n'est pas non plus propre à la France. En Grèce et en Espagne, il s'est traduit d'abord par des percées d'extrême gauche (Syriza) ; dans une grande partie de l'Europe, il prend la forme de partis d'extrême droite populistes nationalistes et xénophobes comme le FPO fondé par Jorg Haider en Autriche, le Jobbik en Hongrie, voire l'Ukip de Nigel Farage au Royaume-Uni, et bien entendu le Front national en France ; il peut même se donner des allures centristes, comme le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo en Italie. La forme, la dimension, les orientations de ces partis contestataires varient d'un pays à l'autre, en fonction du contexte local. Mais trois griefs reviennent un peu partout.

1. Les partis traditionnels confondent leurs intérêts particuliers avec l'intérêt général ; ils estiment que tout va bien quand ils gagnent en puissance et confondent leur prospérité avec celle du pays. Or, en bonne démocratie, le critère de réussite d'un parti ne saurait être sa puissance, mais sa contribution à l'intérêt général, fût-ce au détriment de sa popularité. Les partis sont censés contribuer, selon les termes de notre Constitution, à l'expression du suffrage. Dans les faits, ils ont pour unique souci de le confisquer.

2. Les partis traditionnels sont fermés comme les castes de l'Ancien Régime, verrouillés sur eux-mêmes ; imperméables aux influences extérieures. Lors de leur formation à la fin du XIXe siècle, les grands partis de la social-démocratie européenne reflétaient la diversité de la société civile, exprimée par les syndicats, les coopératives, les mouvements de pensée, les associations particulières. Aujourd'hui, ils se contentent d'être le milieu nourricier des ambitions et le lieu exclusif de recrutement du personnel politique. En stigmatisant l'UMPS, rebaptisée Erpès (Républicains + PS), le Front national tape dans le mille. Il oublie seulement de s'inclure dans ce système quasi mafieux, lui qui fonctionne selon le principe dynastique autour de la famille Le Pen.

3. Les partis traditionnels, expression de la démocratie représentative, sont structurellement inadaptés à la démocratie d'opinion actuelle. La première ne soumettait les élus au contrôle des électeurs qu'une fois tous les cinq ans. La seconde implique un contrôle permanent par les canaux d'Internet et des sondages d'opinion. L'ère de la toute-puissance des partis quasi dépositaires de la souveraineté nationale dans l'intervalle de deux élections est terminée.

Conclusion : pour venir à bout du Front national, il ne suffit pas de critiquer son programme ou ses intentions cachées. C'est la structure de la démocratie partisane qui est à réviser en profondeur. Chacun en appelle à un renouvellement. Cela suppose des sacrifices dans la classe politique régnante. En 1791, sur proposition de Du Pont de Nemours, la Constituante décida que la totalité de ses membres seraient inéligibles dans la prochaine Assemblée. Chiche !

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:45

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Déchéance de nationalité : « Ce que propose Hollande est déjà dans le code civil ! »

 

 

Politiques et journalistes ont la mémoire courte. Selon l’historien Patrick Weil, l’extension de la déchéance de nationalité proposée par François Hollande est déjà inscrite dans le droit. Entretien.

 

 

 

Vlan ! Vous l’avez entendu ce lundi : François Hollande souhaite élargir les possibilités de déchéance de la nationalité.

Depuis que le Président a fait cette annonce devant le Congrès, on lit partout qu’il faut modifier l’article 25 du code civil. Celui-ci ne prévoit la déchéance que pour les plurinationaux qui ont acquis la nationalité depuis moins de quinze ans.

 

 

Patrick Weil à Paris, le 22 avril 2015
Patrick Weil à Paris, le 22 avril 2015 - ActuaLitté/Flickr/CC
 

Patrick Weil est directeur de recherche au CNRS et auteur d’un récent ouvrage rédigé avec Nicolas Truong et publié chez Grasset : « Le Sens de la République » (2015).

Lorsque nous l’avons contacté, il était furibond, agacé par les explications des journalistes qui ont suivi les déclarations de François Hollande.

Rue89 : Le Président veut que la déchéance concerne aussi ceux qui sont nés français. Or, vous dites que c’est une ânerie et que la loi permet déjà cela. Pourquoi ?

Patrick Weil : L’article 23-7 du code civil prévoit depuis le 12 novembre 1938 la possibilité de déchoir de la nationalité un Français né français qui possède une autre nationalité.

Cette disposition fut adoptée par l’un des fameux décrets-lois d’Edouard Daladier, dans une période où l’on approchait de la guerre – Hitler était au pouvoir, l’Espagne était en guerre civile –, en contrepartie de l’acceptation très libérale de la double nationalité et en réaction à la loi de 1927 qui prévoyait par exemple la naturalisation après trois ans de séjour seulement.

Cette disposition a été maintenue après la Libération dans lordonnance de 1945 signée du général de Gaulle, et elle est donc intégrée à notre législation depuis 75 ans. Elle a été appliquée à quelques centaines de personnes, des collaborateurs après la guerre mais aussi des communistes pendant la guerre froide.

Qu’est-ce que prévoit cet article exactement ?

La formulation est : 

« Le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, par décret après avis conforme du Conseil d’Etat, avoir perdu la qualité de Français. »

« Qui se comporte en fait » est une formule large et vague. Depuis la guerre, et surtout à partir des années 50, le Conseil d’Etat a restreint l’application de cette formule à ce qu’on appelle le « défaut de loyalisme » (voir encadré) qui peut bien sûr s’appliquer au terrorisme.

Oui, mais peut-on considérer qu’un terroriste « se comporte comme le national d’un pays étranger » ?

C’est le point qu’il faudrait corriger, par un court amendement. Sauf si le Conseil d’Etat acceptait de considérer Daech comme un Etat de fait... Mais l’important est que cette disposition existe, qu’elle peut être adaptée facilement à la lutte contre le terrorisme sans déroger à notre tradition juridique et sans modifier la Constitution, ce qui serait inacceptable.

 

L'Assemblée nationale, le 18 juin 2012

L’Assemblée nationale, le 18 juin 2012 - JOEL SAGET/AFP
 

Mais n’y a-t-il pas de différences entre la « perte » et la « déchéance » ?

Dans le décret de 1938, la déchéance est une catégorie de la perte. Elle s’est ensuite autonomisée. Mais ce sont des questions de terminologie juridique. En pratique, cette catégorie de perte est une déchéance car elle est une décision de l’autorité publique et pas un acte volontaire de l’intéressé, et c’est exactement la même procédure avec les mêmes effets que la déchéance.

Pourquoi personne ne l’a vu ?

Parce que cette disposition n’est pas dans la bonne case dans l’ordonnancement du code civil et que les journalistes et les politiques et leur administrations ne travaillent pas ou ne lisent pas assez !

« Ce dispositif n’est plus pratiqué actuellement », indique le ministère de l’Intérieur. N’est-il pas tombé en désuétude ?

Cela ne signifie pas qu’il n’est plus opérant ! Il est très peu utilisé car peu connu et depuis 60 ans, le défaut de loyalisme ne pouvait s’appliquer. Son utilisation est malheureusement aujourd’hui justifiée. Mais avec les mêmes limites que la déchéance : il n’est pas possible de rendre quelqu’un apatride. Et il faut passer par le Conseil d’Etat.

 

Et, au-delà du symbole, quelles en sont les conséquences juridiques ?

Si un individu est déchu de sa nationalité alors qu’il est en France, il peut être expulsé. Les conséquences peuvent donc être importantes pour lui ou pour elle.

Désuétude ?

A la Libération, le critère de « défaut de loyalisme » s’applique surtout aux Français qui ont collaboré avec l’occupant nazi. A partir de 1948, le gouvernement se tourne vers les ouvriers qu’il considère responsables de « troubles sociaux », notamment les Français d’origine polonaise.

L’article 23-7 reprend en réalité l’article 96 du code de la nationalité (abrogé en 1993). Ce dernier n’a été utilisé que trois fois depuis 1958, selon le ministère de l'Intérieur : 

  • en 1958, à « un Franco-Norvégien ayant donné des conférences et publié des articles dirigés contre la France » ;
  • en 1960 à « un Franco-Guinéen, qui écrivait des articles extrêmement violents contre le gouvernement français » ;
  • en 1970 à un Franco-Allemand qui, « se comportait, dès avant 1939, comme un ressortissant allemand et manifestait ouvertement son hostilité à l’égard de la France ».

Mais Patrick Weil insiste : il faut retenir que cette procédure a été utilisée « plus de 200 fois entre 1949 et 1953 ».

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:35

 

Source : http://lelab.europe1.fr

 

 

DOCUMENT LAB – L'argumentaire envoyé aux députés PS pour défendre la déchéance de nationalité

Publié à 11h23, le 26 décembre 2015, Modifié à 12h52, le 26 décembre 2015

DOCUMENT LAB – L'argumentaire envoyé aux députés PS pour défendre la déchéance de nationalité
Image Le Lab


 

 

 

On imagine le malaise : comment défendre une mesure prônée en son temps par Nicolas Sarkozy puis le Front national lorsqu'on est un député socialiste ? C'est bien ce qui arrive aux élus PS, sommés de dire le moins de mal possible de la déchéance de nationalité des binationaux condamnés pour terrorisme. "Près de 80% des députés PS sont contre", confiait le 23 décembre, cité par L'Obs, le député PS Bernard Roman. Signe que la tâche n'est pas aisée... 

Heureusement, le groupe PS à l'Assemblée nationale a pensé à tout. Et a décidé d'envoyer aux députés socialistes un argumentaire "qui permet de resituer le contexte et la portée des mesures annoncées hier [mercredi 23 décembre]" peut-on lire dans le mail envoyé aux élus concernés le 24 décembre et que le Lab a pu consulter.

Parmi les arguments avancés, il y a le contexte, évidemment lourd après les attentats de janvier et du 13 novembre dernier, "les plus meurtriers perpétrés en France depuis la première guerre mondiale", peut-on lire. D'ordinaire, les attaques terroristes du 13 novembre 2015 sont considérées comme les attentats les plus meurtriers perpétrés en France depuis 1945…

Un autre argument concerne le "symbole" que recouvre cette mesure : "La communauté nationale est ouverte à ceux qui adhèrent à ses valeurs. Ceux qui les rejettent violemment s’en excluent d’eux-mêmes", est-il indiqué dans le document transmis aux parlementaires PS.

Qui ajoute :

Dans l’absolu, il faudrait pouvoir déchoir tout auteur d’un crime terroriste de la nationalité française, qu’il soit bi-national ou non. Mais les principes internationaux que la France a reconnus interdisent de rendre une personne apatride.
 

Surtout, l'argumentaire envoyé aux députés met en avant les "effets concrets" de cette mesure, "effets" qui sont justement souvent contestés. Voici ce qu'on peut lire :

La déchéance permet de prendre des mesures de police : une fois déchu de la nationalité française, l'intéressé peut faire l'objet d'un éloignement, notamment vers le pays dont il a la nationalité. […]Par ailleurs, dans tous les cas, la déchéance n'est pas dépourvue d'effets concrets en privant l'intéressé des droits qui s'attachent à la qualité de Français : notamment droits politiques et accès à certaines fonctions.
 

Voici le document dans son intégralité :

 

 

 

Il ne sera pas de trop : de nombreux députés socialistes ont publiquement étalé  leur opposition à la déchéance de nationalité. 

Le premier d'entre eux a, lui-même, longtemps fait savoir qu'il s'opposait à cette mesure.

Pour l'instant, Jean-Christophe Cambadélis ne dit rien. Un silence qu'il s'impose pour ne pas gêner François Hollande. Mais le premier secrétaire du PS ne fait rien non plus pour défendre la déchéance de nationalité. "Il parlera en temps et en heure", assure au Lab son entourage. 

 

 

Source : http://lelab.europe1.fr

 

 

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