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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 17:51

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Alstom : quand Jérôme Pécresse supprime les emplois de la région de Valérie… Pécresse

 
Près de 800 licenciements ont été officialisés par Alstom et General Electric, essentiellement à Levallois et Massy, en Ile-de-France. Une "restructuration des effectifs" pilotée par un certain... Jérôme Pécresse, époux de la toute nouvelle présidente de la région Ile-de-France. La même qui a fait de la lutte contre le chômage sa priorité.
 
Valérie et Jérôme Pécresse - SIPA
 
 

Elle vient d’être élue à la tête de la région Ile-de-France après de longs mois de campagne marqués par une « priorité » absolue ; l’emploi. Lui, l’a accompagnée, soutenue, encouragée à chaque instant. Le soir de sa victoire, Valérie Pécresse ne manquera donc pas de remercier ce précieux soutien, l’un des plus fidèles.

"Je voudrais dire à (…) mon mari, (…) que j'ai entraîné malgré [lui] dans cette rude épreuve, que c'est dans [son] affection que j'ai puisé toute ma force", confie en effet, émue, l’ex-UMP à l’issue des élections régionales, le 13 décembre dernier. Il aura toutefois fallu moins d’un mois pour apprendre que « l’affectueux » monsieur Pécresse se cache aussi derrière les centaines de licenciements qui toucheront bientôt la région dirigée par… sa femme.

Ce mercredi 13 janvier, ce qu’il reste de la direction d’Alstom, dont la prestigieuse branche Energie a été rachetée, , par le géant américain General Electric (GE), en avril 2014, a en effet annoncé la , essentiellement à Levallois (dans les Hauts-de Seine) et à Massy (Essonne), au coeur du fief de Valérie Pécresse.

Une "restructuration des effectifs" en France - et en Europe où 6500 postes seront au total supprimés - née de la fusion avec General Electric, directement pilotée par un certain Jérôme Pécresse, membre du comité exécutif (constitué de 7 personnes) et précisément en charge, côté français, de "l’intégration" des activités de la branche Energie d’Alstom dans celles de General Electric.

Son nom apparaît d’ailleurs en bonne place dans le mail qui a été envoyé aux salariés, début janvier, pour leur faire part des orientations de l’entreprise, et dont Marianne a obtenu une copie. Dans un jargon technico-technique incompréhensible, on retiendra que la vision globale proposée par GE se réduit pour l’instant à "la nécessité d’aligner l’entreprise sur les réalités du marché" et par conséquent "d’intégrer efficacement les structures de GE et d’Alstom", autrement dit de supprimer "les doublons".

 

(...)

Extrait de la version anglaise du courriel adressé aux salariés d'Alstom

 

On savait qu’il y aurait de la casse"

Sur place, à Massy, les salariés n’étaient pas dupes mais n’en restent pas moins sonnés. "On savait qu’il y aurait de la casse", résume un responsable Force ouvrière (FO) de la région, à qui les informations "parviennent au compte goutte." Contactée à plusieurs reprises par Marianne, l’équipe de Jérôme Pécresse, a quant à elle refusé toute demande d’interview.

Une source proche du dossier explique néanmoins que ces "restructurations", finalisées entre "novembre et décembre", sont dans "les cartons" depuis "plusieurs mois" et que le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui a ardemment soutenu l’offre américaine a "été mis dans la boucle depuis le début." Mais plutôt que de se battre pour sauvegarder les emplois et le savoir faire français, l’intéressé a préféré minimiser l’impact de ces suppressions de postes en France, qui restent pour lui, .

"Emmanuel Macron ressort toujours les mêmes éléments de langage », poursuit cette source. En réalité tous ont cherché à "gagner du temps", en se gardant bien, par exemple, de faire publiquement ces annonces "avant les élections régionales."  Quant à la création de 1000 emplois promise par GE et soigneusement mise en avant par le gouvernement, "personne ne rappelle que 1000 autres emplois ont été supprimés depuis 2014 » alors que GE « était déjà dans les locaux". 

Outre le flou qui entoure la création de ces 1000 emplois, dont on sait encore peu de choses, (250 postes seraient à pourvoir dans le numérique, 300 représenteraient de "l’internalisation" d’effectifs déjà existants mais actuellement en sous traitance), le choix de couper en Ile-de-France interroge. 

"Ils ont réussi à épargner les sites emblématiques de Belfort" conclut notre source [ndlr Emmanuel Macron s’y est rendu au printemps dernier prompt, disait-il, à défendre « l’objectif zéro licenciement »]. Il y avait donc à Belfort plus de "pression" qu’ailleurs. Puis, en Ile-de-France, "le marché du travail est différent", comme si taper officiellement là ferait moins mal. Mais dans les faits, GE a discrètement commencé a dégraisser un peu partout en France, à Grenoble notamment où une centaine de postes seraient dès à présent touchés sous couvert de "départs volontaires".

Mais qu’en pense Valérie Pécresse qui a fait des 700.000 franciliens qui cherchent d’ores et déjà du travail sa "priorité immédiate" ? Gêné, le service presse de l’élue, peu au fait de la situation, n’a d’abord pas bien su quoi répondre, avant d’affirmer que la présidente de la région Ile-de-France serait bien sûr "attentive" à ces suppressions d’emplois. Bien qu’elle n’y ait pas beaucoup prêté attention jusqu’ici malgré les bruits de couloirs toujours plus insistants. 

 

Chômage pour certains, retraite dorée pour d’autres

, sur le départ, s’apprête, lui, à quitter le groupe le 1er février avec les poches pleines. Au-delà de sa retraite dorée de 10 millions, il touchera une prime exceptionnelle de 4 millions supplémentaires. Mais l’homme a su être généreux avec ses soldats les plus dévoués, dont Jérôme Pécresse, bras droit dans l’intégration Alstom/GE, membre du comité exécutif et promu à la tête de GE Renewable, (secteur très prometteur de l’Energie Renouvelable).

Ses multiples casquettes lui permettront ainsi d’empocher, lui aussi, , une coquette somme, soit 430.000 euros d’actions gratuites auxquelles s’ajoutent selon le rapport d’activité du groupe la rémunération fixe (3.546.000 euros que se répartiront les sept membres du comité exécutif), et la rémunération variable (2.214.000 euros à diviser là encore par sept.) Sans compter leur propre retraite chapeau : 7.806.000 euros à se partager au 31 mars 2015. En tout, Jérôme Pécresse est par conséquent, à ce jour, assuré de toucher, au minimum, plus de deux millions d’euros pour ses loyaux services. Hors rémunération GE Renewable que permettra d'évaluer le prochain rapport d'activité de General Electric.

Valérie Pécresse n’est pas en reste. Dans sa déclaration de patrimoine, l’ancienne députée affirme en effet détenir, par le biais de son mari, des actions chez feu Alstom, absorbé depuis par General Electric, pour une valeur, disait-elle, "impossible à évaluer aujourd’hui."  Le calcul, tel que , n'est pourtant pas bien compliqué. 

Les milliers de salariés d’Alstom à qui GE avait promis, avant le deal en 2014, un avenir lumineux, (à l’époque les campagnes publicitaires avaient abondamment arrosé l’ensemble de la presse) iront quant à eux, pointer au chômage, et pour certains, (nombreux)... en Ile-de-France. 

 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 17:16

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Débattre Déchéance de nationalité

« Les élites politiques ne cherchent plus à susciter l’espoir mais à jouer sur la peur »

par

 

 

 

 

Incapable d’obtenir le moindre résultat en matière de lutte contre le chômage et les inégalités, le gouvernement se réfugie dans la manipulation de la peur et du repli sur soi, estime l’économiste Thomas Coutrot, porte-parole de l’association altermondialiste Attac. Car répondre au terrorisme par la déchéance de nationalité, c’est plonger dans un imaginaire où l’ennemi ne saurait être français. Il est tellement plus facile de pointer un « barbare » venu de l’étranger. « Pour en finir avec le terrorisme, faut-il éradiquer les terroristes au prix du renoncement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité ? Ou bien faut-il prendre enfin au sérieux la devise de la République ? »

L’improbable basculement de François Hollande, de « président ordinaire » obnubilé par le chômage à « chef de guerre » implacable contre le terrorisme, est d’autant plus révélateur que le personnage semble à contre-emploi. Pathétique retour de virilisme, tout se passe comme si le chef de l’État, héritier malgré lui d’une tradition impérialiste, d’une force de frappe et d’un siège au Conseil de sécurité, ne pouvait résister à la tentation d’exhiber ses attributs militaires pour masquer une impuissance par trop criante en matière économique et sociale.

Lors de ses vœux de décembre 2012, François Hollande avait promis « d’inverser la courbe du chômage d’ici un an ». En décembre 2013, il vantait le « pacte de responsabilité » qui allait relancer la croissance, et en décembre 2014 le plan de « 315 milliards d’euros » du Président de la Commission européenne Juncker et la loi Macron qui allait « libérer les initiatives et développer l’emploi » (lire aussi : « Moi Président » : trois ans de dérégulation du droit du travail et d’augmentation du chômage).

Cette année, le ton a changé. Les attentats de 2015 l’autorisent à mettre au premier plan le terrorisme, la sécurité, l’état d’urgence, la patrie et la déchéance de nationalité pour les terroristes. Certes, mention est faite d’un « état d’urgence économique et social ». Mais la lutte contre le chômage, rituellement évoquée comme « première priorité », se réduit désormais à deux slogans : la « simplification du Code du travail » et un énième « plan massif de formation des demandeurs d’emploi ». Hormis l’évocation d’un énigmatique « programme de grands travaux pour la croissance verte » (sans financement nouveau annoncé), les marqueurs habituels du discours hollandiste - « maîtrise des déficits », « compétitivité », « emploi », « croissance » - ont disparu, comme usés d’avoir perdu tout lien avec le réel.

 

Avant le prochain krach boursier

Arrêtons-nous un instant sur les deux mesures évoquées. Les groupes du CAC 40 distribuent des profits records à leurs actionnaires, les inégalités flambent tout comme les cours boursiers – avant un prochain krach –, les banques croulent sous les liquidités déversées par la Banque centrale européenne. En même temps les investissements du secteur privé reculent et ceux du secteur public s’effondrent sous l’impact de l’austérité.

Que se passe-t-il alors dans le cerveau des économistes technocrates de Bercy ? Croient-ils véritablement pouvoir relancer l’emploi en simplifiant à nouveau les règles du licenciement ? Quand dix demandeurs pour la plupart sur-qualifiés se disputent chaque emploi, qui peut penser qu’on va réduire le chômage en formant les chômeurs ? Après trente années de chômage de masse et presque autant de « plans massifs de formation des chômeurs », chacun sait que ces plans peuvent tout au plus dégonfler la catégorie A des demandeurs d’emploi, pas entamer le chômage.

Le but réel est donc évidemment autre : comme toujours et encore, conforter la profitabilité du capital, véritable totem des politiques néolibérales depuis trente ans. En passant, ces mesures permettent comme par surcroît d’engranger un bénéfice idéologique secondaire mais non négligeable en assénant, avec le pilonnage médiatique adéquat, que le chômage provient non pas de l’avidité des détenteurs du capital mais de l’incompétence des chômeurs et des droits abusifs des salariés.

 

Assez de la « culture de l’excuse » !

La même question (« qu’ont-ils donc dans la tête ? ») se pose concernant la déchéance de nationalité. À une différence près : il ne faut pas chercher dans la tête des techniciens de la sécurité (aucun policier ne pense que cette mesure ne dissuadera un quelconque terroriste) mais dans celle des politiques. Car le bénéfice recherché, comme l’a reconnu Manuel Valls lui-même, est « hautement symbolique » : faire prévaloir la grille de lecture ethnique de la conflictualité sociale. Les « barbares » sont forcément (c’est le sens du mot en grec ancien) des étrangers. Les terroristes au passeport français ne sont donc pas de vrais Français. Pour mieux s’en convaincre, la France doit mettre en scène, jusque dans sa Constitution, ce déni de réalité.

Les contradictions et complexités à la racine du djihadisme français et international – la relégation et le mépris structurels, tolérés et parfois organisés depuis trois décennies y compris par la gauche, des immigrés et de leurs descendants, la montée mondiale de l’islam politique face notamment aux échecs de la gauche et du nationalisme arabe, l’interventionnisme militaire et la décomposition de l’ordre impérial au Moyen-Orient dans un contexte de lutte acharnée pour le contrôle des ressources pétrolières et gazières, etc... – sont donc ouvertement rejetées (assez de la « culture de l’excuse » !) au profit d’une « explication » inepte par la traîtrise ou l’inhumanité des auteurs. La patrie souillée par ces monstres doit se purifier imaginairement en les expulsant de son sein.

 

Des postures nationalistes, sécuritaires et guerrières

Point n’est besoin de sortir de Sciences Po pour constater ce jeu de vases communicants : la démission face à la précarité, aux inégalités et aux discriminations débouche sur les postures nationalistes, sécuritaires et guerrières. Les élites politiques ne cherchent plus à susciter l’espoir mais à jouer sur la peur. Dans un même mouvement vers la droite, elles s’exonèrent simultanément de toute responsabilité dans les montées du chômage, de l’insécurité et de la désespérance. Quant à la gauche de la gauche, elle s’est abîmée dans des conflits d’ambitions et d’appareils.

La question qui agite une partie de la classe politique, notamment au Parti socialiste, de savoir si la réforme constitutionnelle ne visera que les binationaux, ou permettra de déchoir n’importe quel Français, est sans doute importante : dans le premier cas, les enfants d’immigrés nés en France seront clairement désignés comme des suspects par nature. La reprise telle quelle par le couple exécutif de cette proposition du Front national signale assez son abdication de toute éthique minimale. À cet égard on peut comprendre le souci de certains, à gauche et même à droite, d’infléchir la réforme pour atténuer la stigmatisation des binationaux.

L’enjeu essentiel du débat est pourtant ailleurs : les djihadistes français, quelle que soit leur origine, sont-ils des monstres étrangers à la cité ? Ou bien nous tendent-ils le miroir hideux de la trahison par cette République de ses idéaux républicains égalitaires et solidaires ? Pour en finir avec le terrorisme, faut-il éradiquer les terroristes au prix du renoncement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité ? Ou bien faut-il prendre enfin au sérieux la devise de la République ? Comment le faire si ce n’est en transformant profondément nos modes de vie, nos rapports à l’autre – donc aussi à l’étranger – et à la nature ? Inscrire dans la Constitution qu’un terroriste ne peut être français, c’est s’enfermer dans un monde imaginaire où les dangers ne sauraient venir que de l’étranger. C’est basculer dans le monde du Front national. Les gauches ont trahi ou failli, c’est aux mouvements sociaux de s’attacher à construire ensemble un projet désirable pour une transformation sociale radicale, démocratique et inclusive.

Thomas Coutrot

Photo : CC Gustave Deghilage

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:54

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

A Marseille, faire la grève chez Sodexo, c’est risquer la porte

16 janvier 2016 | Par Rachida El Azzouzi
 
 
 

En novembre, le géant de la restauration collective licenciait dix-neuf salariés à Marseille qui avaient initié et poursuivi une grève alors qu'un accord de fin de conflit avait été signé avec les délégués du personnel. Deux mois plus tard, la direction annonce qu'elle est prête à les réintégrer s'ils abandonnent leurs procédures en justice.

«C’est une grande victoire. Après deux mois de combat, la direction centrale plie et annule les licenciements. Sur les dix-neuf licenciés, onze vont être réintégrés, il s’agit de ceux qui en ont émis le souhait. Sept autres ne veulent plus entendre parler de l’entreprise après ces événements et iront au bout de la procédure en justice ou négocieront avec l’avocat un chèque avec la direction. Quant au 19e, Yvon Caprice, qui était délégué syndical CFDT, donc salarié protégé, sa réintégration est entre les mains de l’Inspection du travail. » Délégué syndical central CGT, Gilles Sevilla a appris ce vendredi soir que la direction des ressources humaines France du groupe Sodexo annulait les licenciements de dix-neuf de ses collègues, employés de la cuisine centrale de Marseille.

C’était « la plus grosse boucherie sociale » jamais vue en quinze ans de carrière par ce syndicaliste, au sein du géant mondial coté en bourse des « services de qualité de vie » aux entreprises (la restauration collective, les tickets restaurant, l’entretien, etc.). « Un massacre », dit son collègue cégétiste Nordine Ziani. Du jour au lendemain, Sodexo a brutalement licencié quatorze chauffeurs-livreurs, quatre allotisseurs (ils préparent les tournées des livreurs - ndlr) et un cuisinier. Elle les a licenciés juste avant la trêve de Noël pour « faute lourde », sans préavis, ni indemnités, pour les remplacer par des intérimaires.

Le groupe, premier employeur privé français au monde et fleuron « made in Marseille » aux mains de la famille Bellon, l’une des plus grosses fortunes de l’Hexagone, leur reprochait « un abandon de poste », en fait, d’avoir fait grève le 25 novembre dernier. Oui, grève. Trois heures de grève très exactement. Ce droit individuel instauré en 1864, inscrit dans la Constitution en 1946.

 

Michel Landel, le patron de Sodexo, en juin 2014. © Reuters Michel Landel, le patron de Sodexo, en juin 2014. © Reuters

 

« Un dossier hallucinant, d’une violence sociale inouïe, sans précédent, où l’abandon de poste devient un subterfuge grossier pour casser le droit de grève. Sodexo se croit revenu au XIXe siècle et veut semer la terreur en interne, envoyer un message à ses milliers de salariés, ‘‘chez nous, la grève est interdite’’ », avait plaidé, en décembre dernier, leur avocat Steeve Doudet devant le tribunal des prud’hommes de Marseille saisi en référé. Il avait exigé la poursuite immédiate de leur contrat de travail et la condamnation de Sodexo pour atteinte au droit de grève. Mais le juge départiteur des prud’hommes avait renvoyé l’affaire au fond, plongeant un peu plus dans la détresse « les licenciés » et leurs familles, en reportant à plusieurs mois, plusieurs années, l’examen par la justice de leur dossier.

Déchus de leur emploi, de leur gagne-pain, chacun d’eux vécut les fêtes de fin d’année, replié sur lui-même et son drame, « sans sous, ni cadeaux, ni extras ». « Comme un cauchemar éveillé dont on ne sort pas », confiait Stéphane, 45 ans, dont quinze chez Sodexo, un jour où il rentrait, abattu, de Pôle Emploi. Il venait de passer des heures dans la file d’attente pour s’inscrire, en luttant contre les larmes parce qu’« un homme, ça ne doit pas pleurer ».

Stéphane allait « très mal ». La nuit, il se levait pour relire « la lettre recommandée » : « Nous vous notifions par le présent courrier votre licenciement pour faute lourde (...) Vous avez commis un abandon de poste (...) Veuillez recevoir nos salutations distinguées (…). » Il « tenait le coup grâce à des médocs, à la solidarité entre ‘‘virés’’, au soutien de la CGT » et à sa femme, cantinière dans les écoles de Marseille qu’il se maudissait d’« avoir foutue dans la merde ». Sans elle, il aurait « fait une connerie ». Le couple a acheté un petit appartement il y a un an, s’engageant dans un crédit immobilier conséquent sur vingt ans : « On doit débourser 800 euros par mois, comment on va faire si je ne retrouve pas de boulot ? » Stéphane ne savait plus « s’il était fier ou pas d’avoir fait grève » : « J’étais fier mais maintenant, cette fierté, cette grève, même si c’est un droit, me coûte mon emploi et m’empêche de nourrir les miens. »

C’était la deuxième grève de sa carrière. La première remonte à plusieurs années. La trentaine, il était déjà livreur, en CDII, en contrat à durée indéterminée intermittent, pour un autre prestataire que Sodexo qui détenait alors le marché de la cuisine centrale de Marseille. « C’était un patron humain, on avait demandé une revalorisation des salaires et la requalification des CDII en CDI, il avait accepté et on avait tous rapidement repris le travail. » Stéphane, jamais syndiqué, avait espéré la même issue avec Sodexo. Il a découvert « un autre monde » et a dû quitter l’entreprise précipitamment sans se retourner, une vraie mort à soi. « Ils ne m’ont même pas laissé y retourner vider mon casier. » Et récupérer ce cadenas que lui avait transmis « comme un relais » son défunt père, ravitailleur chez Elf à Marignane : « C’était le dernier truc qu’il me restait de lui »…

La CGT Sodexo, appuyée par les unions locales et départementale CGT des Bouches-du-Rhône, avait érigé leur « tragédie » en étendard de la répression patronale à l’œuvre dans les entreprises, cette violence quotidienne, tue, invisible, qui frappe des milliers de salariés, syndiqués ou non, ceux qui se lèvent pour défendre leurs droits, refusant de raser les murs. Elle avait décidé de hausser le ton et de frapper un grand coup dans les prochains jours en lançant plusieurs actions.

Mardi 19 janvier, elle devait bloquer la cuisine centrale de Marseille qui livre 55 000 repas dans les cantines scolaires et le siège de la Société générale à la Défense en région parisienne, entreprise que Sodexo espère reconquérir, son contrat avec elle s’achevant cette année. Mardi 26 janvier, elle comptait s’inviter à l’assemblée générale de Sodexo dans le poumon vert du bois de Boulogne à Paris dans le restaurant étoilé de Frédéric Anton, le Pré Catalan, où Bellon Père doit transmettre à Bellon Fille le flambeau de la petite entreprise familiale, devenue soixante ans après sa création, multinationale à dividendes sonnants et trébuchants.

Tout a commencé le 16 novembre dernier. Un banal conflit social comme il en survient tous les jours dans le monde du travail. La vingtaine de chauffeurs-livreurs de Sodexo, qui livre les repas dans les écoles de Marseille, menace la direction Sodexo Education Provence-Alpes-Côte d’Azur d’une grève du service logistique le 23 novembre si un dialogue social n’est pas rapidement ouvert. Devant l’insolente bonne santé du groupe, qui affiche en 2015 des résultats meilleurs que ceux attendus (760 millions de bénéfices net), ils réclament, en dehors de tout mot d’ordre syndical, des miettes du gâteau, une augmentation de leurs « salaires de smicards » bloqués (0 % d’augmentation en 2013, 0,4 % en 2014, 0,6 % en 2015), 200 euros précisément. « À chaque NAO (négociations annuelles obligatoires), la direction nous répète que ce n’est pas possible à cause de la conjoncture mondiale alors que le groupe ne s’est jamais aussi bien porté financièrement malgré la crise », fustige Christian Balaki, un des rares syndiqués (à la CGT), bientôt 60 ans dont 38 à livrer les cantines scolaires marseillaises pour 1 400 euros net hors primes d’ancienneté.

Autres revendications : des embauches — « on livre à 23, 55 000 repas par jour, dans des camions surchargés (trois tonnes alors que la charge maximale est de 635 kilos) » — et la requalification des derniers CDII en CDI. Les CDII sont une sorte de contrat à temps partiel annualisé où le salarié alterne périodes travaillées et non travaillées, et voit sa rémunération « lissée » sur l’année. « C’est un contrat pire qu’un CDD pour lequel est au moins prévue une prime de précarité ou qu’un contrat saisonnier qui permet au moins de percevoir des allocations chômage quand on ne travaille pas, ce qui n’est pas le cas pour un CDII », explique Charles Hoareau, figure de la lutte et de l’union CGT des Bouches-du-Rhône qui va découvrir ce conflit social « trop tard lorsqu’ils seront virés ».

 

« On aurait pu passer un joyeux Noël en réglant cela par le dialogue social »

Le 17 novembre, les autres services (cuisine centrale, magasins, administratifs, production, maintenance), soit quelque 130 salariés, emboîtent le pas de la logistique et approuvent une grève générale à durée indéterminée à compter du lundi 23 novembre, 5 heures du matin. La direction ne réagit pas. « Ce n’est que le 23, jour annoncé de grève générale, qu’elle se manifeste. Mais les repas avaient été préparés. Alors on a été gentils, responsables, on a tous accepté de reporter la grève au lendemain, mardi, pour que la nourriture soit livrée dans les écoles et pas gaspillée », raconte un des grévistes.

Au soir de la grève, le mardi 24 novembre, la direction se décide à réunir les délégués du personnel (DP), consciente de l’insuffisance des stocks de secours pour traverser la crise et du risque de priver de repas les enfants des cantines de Marseille, un marché attribué par la municipalité qu’elle a arraché en 2011. Un protocole de fin de conflit est signé dans la foulée par sept des huit délégués du personnel CGT, CFDT et FO. Sodexo lâche du lest, notamment une augmentation du salaire de base entre 60 et 100 euros net selon les grilles et les anciennetés. Mais dans les rangs de la logistique à l’origine du mouvement de grève, l’accord, qui prévoit une augmentation de 80 euros net pour quatorze chauffeurs-livreurs et de 60 euros pour les autres, ne passe pas.

La logistique veut 200 euros d’augmentation, pas moins. Elle envoie son délégué CFDT Yvon Caprice, qui avait déserté les négociations étant en désaccord, le redire haut et fort à Éric Gardet, le directeur régional de Sodexo Education PACA, le prévenir aussi qu’en conséquence, le service poursuivra la grève le mercredi 25 novembre. Ce dernier avait déjà mis un coup de pression au délégué syndical.

« Gardet était venu me voir pour me convaincre de signer le protocole de fin de conflit pour les autres services malgré mon désaccord, que ça ne changerait rien au mouvement de grève de la logistique. Naïvement, je lui ai fait confiance. J’ai signé pour les autres en lui expliquant que nous, à la logistique, nous allions continuer la grève parce que nous n’avions pas obtenu gain de cause, 200 euros d’augmentation, sauf que je l’ai fait oralement, pas par écrit, et c’est ce que la direction nous reprochera. Elle estime que le protocole de fin de conflit a mis fin de fait à la grève et qu’on devait coucher sur un papier nos revendications », témoigne Yvon Caprice qui signe l’accord de fin de conflit mais demeure gréviste.

Lâché par sa centrale et ses pairs de la CFDT pour avoir osé continuer la grève, il démissionne de son syndicat quand sa vie, ainsi que celle de ses collègues, bascule le 25 novembre au matin. À sept heures du matin, lors d’une assemblée générale dans leur local de la cuisine centrale, les 23 chauffeurs-livreurs votent à l’unanimité la poursuite de la grève. Trois heures plus tard, à 11 h 16, un huissier, mandaté par la direction, vient constater qu’ils ne travaillent pas.

Mais nulle part, il consigne dans son procès-verbal qu’ils sont grévistes alors que les salariés le lui martèlent. « Nous considérons que vous êtes en abandon de poste… Nous vous informons qu’un courrier recommandé va vous être adressé allant jusqu’au licenciement… Vous êtes mis à pied à titre conservatoire… Vous devez quitter les locaux de l’entreprise sur-le-champ… » C’est le choc, la sidération... Et le début du cauchemar. D’abord les entretiens préalables au licenciement auxquels la plupart des salariés ne se rendront pas (ndlr : à l'exception de quatre d’entre eux qui ont été repris à condition de se désolidariser du mouvement) puis les lettres de licenciement dans la boîte aux lettres dix jours avant Noël…

En France, dans le privé, débrayer, ce n’est pas compliqué. Nul besoin d’être syndiqué, ni de prévenir à l’avance les patrons contrairement aux salariés du public qui doivent manifester leurs intentions 48 heures à l’avance et les syndicats lancer un préavis au moins cinq jours avant le mouvement. Il suffit d’être deux dans l’entreprise ou seul si son mouvement s'inscrit dans une grève nationale. C’est un droit fondamental, individuel, inscrit dans le préambule de la Constitution de la Ve République. Et les salariés sont protégés par le Code du travail (article L2511-1).

Mais, visiblement, cela déplaît à Sodexo qui, à la grande surprise des « licenciés », est revenu en arrière, ce vendredi 15 janvier. « Sous la pression syndicale et un peu médiatique car son image sociale a pris un sacré coup et qu’on ne comptait pas lâcher la lutte », pense Gilles Sevilla. Le délégué central CGT Sodexo a passé les dernières 48 heures à négocier directement avec le DRH France Christian Lurson descendu de Paris : « C’est grâce à lui si on a trouvé une issue au conflit, pas à la direction régionale. »

« C’est une bonne nouvelle mais on aurait pu passer un joyeux Noël en réglant cela par le dialogue social », réagit Yvon Caprice. Le délégué CFDT démissionnaire va rejoindre « certainement la CGT ». Salarié protégé, il attend la décision de l’Inspection du travail qui doit statuer d’ici le 10 février sur sa réintégration ou pas dans l’entreprise. Il a « bon espoir » mais se sait dans le viseur de sa direction : « Sodexo préférera me faire une proposition financière plutôt que me voir revenir. » Père de famille, enfant de La Castellane, il a grandi dans la misère et ne la craint plus à 45 ans. « Ce qui m’empêche de dormir, c’est de savoir mes collègues à la porte. Ils avaient une vie tranquille et se retrouvent au chômage pour une grève. »

« On licencie puis on reprend. C’est incompréhensible. La crise aurait pu se régler en novembre en dix minutes. Des familles et leurs gosses ont été anéantis à l’heure des fêtes de fin d’année par une procédure infâme parce que leur père, leur mari avait fait grève », renchérit Christian Balaki. Le plus ancien des chauffeurs-livreurs, 38 ans de maison, « zéro arrêt maladie, jours d’absence », se dit « détruit » d’avoir été « jeté comme un malpropre ». 

Il ne reprendra pas le chemin de Sodexo. « J’ai 60 ans, plus que quelques années à travailler, soit je négocie un chèque acceptable avec eux, soit je vais au bout de la procédure en justice », annonce-t-il. Fils d’immigrés tunisiens d’une fratrie de huit, il aurait voulu faire des études mais il a dû travailler tôt pour subvenir aux besoins de la famille et il n’imaginait pas finir sa carrière ainsi. Il « ne comprend plus la France », « ce pays qui redouble de violence avec les faibles, où l’ouvrier finit en taule ou est licencié parce qu’il défend son emploi ».

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:43

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Au cœur de la ZAD, «nouvelle Commune»

16 janvier 2016 | Par Jade Lindgaard
 
 

Alors que plusieurs responsables politiques appellent à évacuer de force la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, des occupants publient un livre pour expliquer leur mouvement et inciter à le poursuivre. L’ouvrage s’intitule Défendre la ZAD. Mediapart en publie des extraits.
 

Depuis 2009, la zone d’aménagement différé (ZAD) de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, est occupée par des opposants au projet. Elle est devenue une autre « ZAD » : la « zone à défendre ». Sur près de 2 000 hectares de champs, d’étangs, de forêt et de boue, quelques centaines de personnes y vivent, plus ou moins nombreuses, plus ou moins soudées, malgré l’humidité, la fragilité de leurs habitats (cabanes, yourtes, caravanes, tipis, granges réaménagées) et les tentatives d’expulsion par les gendarmes.

En novembre 2012, le gouvernement tente d’évacuer ce qui est devenu le plus grand squat à ciel ouvert de France — et vraisemblablement d’Europe. Un millier de policiers et militaires, d’innombrables bombes de gaz lacrymogène, les hélicoptères et les pelleteuses n’ont pas suffi pour déloger les habitants. Le terrain de combat se couvre de barricades, construites en pneus, troncs d’arbres, cagettes et vestiges de mobilier urbain.

 

Sur la ZAD, mai 2013 (JL). Sur la ZAD, mai 2013 (JL).

 

Les occupants apparaissent souvent masqués, se cachent derrière le pseudonyme collectif et « dégenré » de « Camille », entretiennent des relations hostiles avec la plupart des journalistes. Un mythe naît : la zone serait peuplée de « zadistes », spécimens jugés à part dans la « mouvance » de la gauche radicale, selon la terminologie policière.

Pour de nombreux responsables politiques, qui n’ont jamais mis les pieds sur la ZAD, ils se confondent avec les « black blocks », forment des groupuscules portés sur la violence, voire « l’ultra-violence » selon Bruno Retailleau, le président (Les Républicains) du conseil régional des Pays de la Loire, qui a fustigé les habitants de la zone pendant toute sa campagne électorale. Cette caricature, utilisée à des fins sécuritaires et répressives, prospère à droite comme à gauche, du moins dans les rangs des élus socialistes. Elle n’est pas seulement mensongère : elle fait aussi obstacle à la compréhension du mouvement divers, jeune, inventif et grandissant qui caractérise les occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes – qui a depuis essaimé en d’autres régions françaises : contre le barrage de Sivens, le Center Parc de Roybon, une aciérie dans le Morvan...

C’est pour contrer ces stéréotypes médiatiques et se raconter par soi-même que le collectif Mauvaise troupe publie aujourd’hui le livre Défendre la ZAD. Les auteurs de ce court texte (58 pages) habitent sur la zone ou participent à la lutte contre l’aéroport. Ils livrent le récit, très bien écrit, mêlant anecdotes, citations et comparaisons historiques de leur expérience de la ZAD, présentée comme une nouvelle Commune, un terreau d’expérimentations politiques, humaines et sociales.

 

 

« Qu’est-ce que ça veut dire de s’ancrer dans un territoire sans être chauvin ? Quel est le temps de construction d’une lutte ? Qu’est-ce qu’une communauté de lutte ? Nous avons eu envie de raconter une histoire du mouvement avec ses moments emblématiques », explique Marc, membre de la « mauvaise troupe » et habitant de la ZAD : l’opération César d’évacuation en 2012, l’appel à aider aux travaux agricoles de la ZAD en mai 2013 (« Sème ta ZAD »), la manifestation en tracto-vélo jusqu’au château de Versailles à la veille de la COP21 en novembre dernier. À ses yeux, « la ZAD redonne de l’espoir à plein de gens en montrant qu’il est possible de résister et d’inventer des formes de vie partagées, d’habiter différemment le monde ».

À la différence d’À nos amis du Comité invisible, texte théorique, Défendre la ZAD est avant tout le récit d’une lutte par ses acteurs. Le narrateur est pluriel, et incarné par un « nous » générique. « Il y a plein de figures dans ce récit : les habitants, les paysans du coin, les militants… », explique Marc. C’est le "nous" du mouvement. Ce n’est pas sa vérité. On ne va pas faire croire qu’on fait l’unanimité dans la région mais on a des liens soudés avec des gens du coin. »

 

En 2014, ce collectif avait publié Constellations, une somme sur une quinzaine d’années de lutte (CPE, sans-papiers, squats…). Ils annoncent pour mai un nouvel ouvrage, riche en témoignages, comparant les mouvements de la ZAD et l’opposition au train à grande vitesse italien, le TAV, dans le val de Suse. Défendre la ZAD est sorti dans l’urgence, à un moment où certains craignent que l’État ne tente une nouvelle évacuation forcée de la zone. Il se termine par un appel à occuper et défendre la ZAD « comme possibilité historique qui peut s’actualiser en mille autres endroits ».



Nous en publions trois extraits dans les pages suivantes.

 

Premier extrait : « Une communauté de lutte en train de naître »

Depuis ce 16 octobre au matin, face aux flics, il y a nous. Nous ne sommes d’abord pas nombreux, mais dès les premiers jours, nous sommes forts de l’ancrage de cette lutte et de ce qu’elle a d’ores et déjà permis de rencontres composites. Nous sommes des groupes d’« occupant.e.s » arrivés petit à petit depuis quelques années dans le bocage à l’appel d’un collectif d’« Habitants qui résistent ». Nous nous sommes attachés à ces terres en résistance, aux sentiers que l’on arpente à la recherche de mûres ou de champi- gnons, aux aventures, aux fêtes et aux chantiers collectifs. Nous nous démenons autour de nos cabanes et maisons avec des boucliers de fortune, du matériel de grimpe pour se percher à la cime des arbres, des pierres, des feux d’artifice et quelques bouteilles incendiaires pour contenir et repousser les assauts adverses, du citron pour se prémunir des gaz et des ordinateurs pour contrer la propagande médiatique. Nous ne cessons de courir, haletants, dans la boue, pour entraver les mouvements policiers, et disparaissons derrière les haies et bosquets qui nous sont devenus si familiers. Nous attendons des heures, sous la pluie battante, derrière des barricades qui s’embrasent à l’approche des troupes.

Nous sommes des habitant.e.s et des paysan.e.s de la zad pour lesquels partir d’ici a toujours été inconcevable. Malgré les pressions incessantes et la précarité d’un avenir incertain, nous avons résisté jusqu’ici pour ne pas perdre les jardins que l’on bichonne et les liens avec nos voisins, les fermes rythmées par les horaires de la traite et les joies qu’offrent les lumières lunatiques du bocage. Nous ne sommes pas directement visés par cette première tentative d’expulsion grâce à un accord arraché au terme d’une longue grève de la faim en 2012 et protégeant encore, provisoirement, les habitants légaux. Mais sans hésitation, nous ouvrons nos granges et nos maisons, comme autant de refuges et de bases logistiques depuis lesquelles résister ensemble.

 

Une barricade sur la ZAD (photo extraite de Défendre la ZAD). Une barricade sur la ZAD (photo extraite de Défendre la ZAD).
 

Nous sommes des alentours, militant e s chevronné e s, paysan.ne.s solidaires ou simples voisin.e.s que la situation a révoltés, abruptement. Nous nous retrouvons dans la grange de la Vacherit avec l’intime conviction d’avoir un rôle actif à jouer à ce moment-là. Nous avons pour armes et bagages des chaussettes sèches, des calicots, de quoi filmer l’expulsion et témoigner des violences policières, des stylos pour  rédiger des lettres courroucées et des tronçonneuses pour renforcer les barricades en sacrifiant quelques arbres. Parmi nous, beaucoup d’anciens sont encore portés par la mémoire des luttes acharnées dans la région, qui ont déjà coûté à la « puissance économique de la France » l’échec de trois projets de centrales nucléaires en 20 ans, à Plogoff, au Pellerin et au Carnet. Nous aussi, nous faisons face aux gendarmes, nos corps en travers de la route.
Nous sommes une communauté de lutte en train de naître.

Entre les flics et nous, nos barricades semblent d’abord de bien frêles édifices. Érigées à la hâte dans la nuit, elles sont faites de bric et de broc : vieilles carcasses de voitures, pneus usagés, bottes de foin et tout ce qui passe sous la main. Ce qu’elles matérialisent, avant tout, c’est une obstination qui grandit.

 

Notre première victoire, en ces jours sans fin, c’est d’avoir tenu le terrain coûte que coûte face à ce déploiement massif dont le seul objectif était de nous acculer à la fuite et au renoncement. Notre première victoire fut de nous défendre malgré tout, alors que, justement, rien ne laissait présager la victoire.

Rapidement, plusieurs bâtiments de la zad sont néanmoins réduits à l’état de ruines, emportées jusqu’à la dernière pierre dans des camions-bennes, comme pour nettoyer jusqu’aux fragments de nos souvenirs. Mais de nombreux autres, parmi ceux qui sont menacés, restent encore debout.

« Après la première semaine d’expulsion, il y a eu la première manif à Nantes et je devais faire le discours introductif, et je tremblais, et j’ai eu cette idée d’énumérer tous les noms des lieux qui avaient été expulsés ou qui résistaient encore, des lieux-dits mais aussi des noms inventés par le mouvement d’occupation : la bellich’, le Coin, la Gaité, les Planchettes, les 100 Chênes, le No Name, les Fosses noires, les Vraies rouges, le Far west... Pour moi ça exprimait la manière dont cette zone qu’ils disaient vide était au contraire pleinement en vie. » Jasmin, Naturaliste en lutte.

Nul ne peut prétendre être insensible à la peur, aux doutes et à la fragilité qui nous traversent en de telles circonstances. Mais il est un moment où éclot la certitude partagée que s’il existe la moindre chance – si infime soit-elle – de pouvoir peser sur la situation dans laquelle nous sommes pris, alors il faut la saisir. C’est cette certitude qui repousse les limites face au manque de sommeil, à l’humidité, à la boue et aux munitions policières. Il s’agit de relever la tête et d’accepter que résister, c’est toujours un coup de dés. En cet automne 2012, une fois les dés jetés, tout s’emballe.

 

Deuxième extrait : la ZAD s'auto-organise

Dans l’assemblée bimensuelle « Sème ta zad », dont l’idée est née des discussions passionnées entre occupant.e.s et paysan.e.s sur les barricades du Rosier à l’automne 2012, on discute de l’usage agricole des terres de la zone. On fait un point sur les potagers collectifs et sur leurs besoins en matériel et coups de main. On définit les parcelles libres d’usage qui seront dévolues aux cultures de plein champ, dont on attend quelques tonnes de patates et d’oignons. On se dispute sur la dépendance au pétrole de l’agriculture mécanisée ou sur l’exploitation des animaux.

On se dote d’une Coopérative d’Usure, Réparation, Casse, et éventuellement Utilisation de Matériel Agricole (la CURCUMA) qui prendra soin des tracteurs en fin de vie légués à la lutte. Le groupe « vaches » ou le groupe « céréales » mettent en place la rotation culturale entre blé, pâtures, sarrasin et fourrage. Un paysan qui refuse l’expropriation propose d’inclure certains de ses champs dans le cycle de rotation, tandis que des occupantes préparent l’expérimentation d’une culture de légumineuses avec des éleveurs bovins de COPAIN. Le résultat, à l’heure actuelle, c’est l’occupation collective et progressive de 220 ha. Un rendez-vous hebdomadaire, qui ressemble à s’y méprendre à un marché – si ce n’est que tout y est à prix libre : chacun donne ce qu’il peut et veut –, permet de mettre en partage une partie de la production agricole. Le reste sert notamment au ravitaillement d’autres luttes, de cantines populaires ou de squats de migrants dans la métropole nantaise.

 

Pendant Pendant "Sème ta ZAD", mai 2013 (JL).

 

D’innombrables autres expériences d’autonomie fleurissent, hors des logiques marchandes et gestionnaires. Ce qui était déjà en germe avant la période des expulsions a pris une nouvelle dimension. On voit apparaître un atelier de couture ou de réparation de vélos, une conserverie, une brasserie, une nouvelle boulangerie, un restauroulotte, une meunerie, un espace d’écriture et d’enregistrement de rap, une salle de danse et des cours d’autodéfense... On travaille à la réappropriation du soin avec des jardins de plantes médicinales et des formations médicales, notamment sur les premiers secours aux blessés par les armes de la police. On cherche à construire nos propres réseaux de communication, du site internet à la radio FM.

Un bulletin, qui regroupe rendez-vous, comptes rendus d’assemblées, récits et coups de gueule, est confectionné et distribué chaque semaine dans les soixante lieux de vie de la zone par des « facteurs » à pied ou à vélo. On explore des manières de faire la fête à mille lieues des clubs branchés et de l’industrie du divertissement : un festnoz pour inaugurer un hangar convoyé, malgré l’interdiction formelle de la Préfecture, depuis les confins du Finistère ; un banquet de 60 mètres linéaires dans la poussière des balles de blé lors d’une fête des battages ; des transes nocturnes dans une grange graffée, sur de la musique expérimentale ou envoûtés par la voix d’une cantatrice d’opéra...

On entretient nous-mêmes une partie des haies, des chemins, des réseaux électriques et des adductions d’eau, lors de grands chantiers collectifs plus ou moins réguliers. On multiplie les constructions, sans permis, ni plan local d’urbanisme, mais avec une inventivité architecturale certaine : à l’aide de matériaux de récup’, de terre, de paille ou de bois d’œuvre abattu et découpé sur place par une scierie mobile amie qui a traversé la France. On cherche sans relâche à s’accorder sur l’usage de ce qui est commun, à en élargir le champ et à densifier les liens qui nous tiennent.

 

Troisième extrait : « Quelque chose de la Commune »

Il y a dans ce qui se trame à la zad quelque chose de la commune. Quelque chose de la Commune de 1871, quand une irrépressible émotion collective saisit les habitants de Paris qui devinrent, derrière les barricades, les maîtres de leur vie quotidienne et de leur histoire, soulevant un immense espoir révolutionnaire et entraînant à leur suite des soulèvements dans de nombreuses autres villes. Quelque chose des communes du Moyen Âge qui parvinrent à s’arracher à l’emprise du pouvoir féodal et à défendre les communaux, ces terres, outils et ressources à l’usage partagé.

Quelque chose, aussi, de l’éphémère commune de Nantes en 1968, pendant laquelle ouvriers et étudiants occupèrent l’hôtel de ville, bloquèrent la région et organisèrent le ravitaillement des grévistes avec les paysans. Quelque chose qui, désormais, est à la fois le moyen et le sens de notre lutte, et que nous devons continuer à approfondir. Ces imaginaires sont de ceux qui viennent irriguer le bocage de Notre-Dame-des-Landes dans la quête d’un présent désirable et d’un futur possible.

Depuis le printemps 2013, nous ne cessons d’envisager l’avenir de la zad sans aéroport. De chantiers collectifs en assemblées, au fil des semailles et des récoltes, quelque chose est en train de naître de notre ancrage sur le territoire. On dresse un état des lieux du foncier. Il s’agit de construire parmi nous une compréhension partagée de la situation. À mesure qu’avancent les débats, on s’écarte d’une approche strictement agricole et juridique pour penser ensemble ce que seraient nos objectifs politiques en cas de victoire.
En novembre 2015, après plus d’un an de discussions dans tous les espaces d’organisation du mouvement, ses différentes composantes prennent ensemble un engagement décisif pour l’avenir. En voici les termes :

Une fois le projet d’aéroport abandonné, nous voulons :

1. Que les habitant.e.s, propriétaires ou locataires faisant l’objet d’une procédure d’expropriation ou d’expulsion puissent rester sur la zone et retrouver leurs droits.

2. Que les agriculteur.trice.s impacté.e.s, en lutte, ayant refusé de plier face à AGO-Vinci, puissent continuer de cultiver librement les terres dont ils.elles ont l’usage, recouvrir leurs droits et poursuivre leurs activités dans de bonnes conditions...

3. Que les nouveaux habitant-e-s venu-e-s occuper la zad pour prendre part à la lutte puissent rester sur la zone. Que ce qui s’est construit depuis 2007 dans le mouve- ment d’occupation en termes d’expérimentations agricoles hors cadre, d’habitat auto-construit ou d’habitat léger (cabanes, caravanes, yourtes, etc.), de formes de vie et de lutte, puisse se maintenir et se poursuivre.

4. Que les terres redistribuées chaque année par la chambre d’agriculture pour le compte d’AGO-Vinci sous la forme de baux précaires soient prises en charge par une entité issue du mouvement de lutte qui rassemblera toutes ses composantes. Que ce soit donc le mouvement anti-aéroport et non les institutions habituelles qui détermine l’usage de ces terres.

5. Que ces terres aillent à de nouvelles installations agricoles et non agricoles, officielles ou hors cadre, et non à l’agrandissement.

6. Que ces bases deviennent une réalité par notre détermination collective. Et nous porterons ensemble une attention à résoudre les éventuels conflits liés à leur mise en œuvre. Nous semons et construisons déjà un avenir sans aéroport dans la diversité et la cohésion.

C’est à nous tou.te.s, dès aujourd’hui, de le faire fleurir et de le défendre.

En cet automne 2015, il ne s’agit plus seulement de nous battre contre un projet d’aéroport, ni même contre son monde, mais aussi de défendre la possibilité d’une destinée commune sur ce bocage.

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  • Défendre la ZAD, par le collectif Mauvaise troupe, éditions de l'Éclat, 2016, 45 p., 3 €.

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:37

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

Menace d’expulsion

Notre-Dame-des-Landes : les blocages et rassemblements se multiplient

par

 

Après la grande manifestation de samedi 9 janvier, la mobilisation se poursuit à Nantes et ailleurs en France pour protester contre l’expulsion des habitants de Notre-Dame-des-Landes. Divers barrages filtrants et blocages de périphériques ont été organisés en début de semaine. Mardi matin dès 7h30, à Vannes dans le sud de la Bretagne, quatre tracteurs, une caravane et une quarantaine de manifestants se sont installés devant la préfecture dès 7h30. « Nous voulions montrer que nous restons mobilisés, dit Julien, paysan dans le coin. Nous avons discuté avec les passants, avec la presse, nous avons fait de la musique... tout s’est bien passé. » Plusieurs médias se sont déplacés et le rassemblement a dû lever le camp en fin de matinée, sous les injonctions policières.

 

 

En fin de journée, au sud de Rennes, une dizaine de tracteurs et une centaine de manifestants se sont installés sur le rond-point qui enjambe la rocade de la ville et débouche sur la route de Nantes. « Ils menacent la zad, on bloque tout », était-il écrit sur un des morceaux de béton qui borde le rond-point. La banderole du collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport (Copain), très mobilisé contre les expulsions qui menacent les paysans de la zad, était accrochée sur l’un des tracteurs présents. « L’objectif, c’est d’être vus, et de pouvoir expliquer à un maximum de gens ce qui est en train de se passer », détaille Joëlle, grand-mère retraitée et très active dans le mouvement d’opposition au projet d’aéroport.

 

Une vingtaine d’arrestations, des tracteurs confisqués

En fait de blocage, il s’agissait à Rennes d’un barrage filtrant : aux automobilistes disposés à parler, les opposants distribuaient des documents détaillant dix bonnes raisons de s’opposer à l’aéroport. « Beaucoup de gens connaissent la lutte, se réjouit une jeune femme. Certains nous félicitent même, et nous souhaitent bon courage. C’est un peu inattendu. » « Il y a aussi des gens furieux, relève Joëlle. Ils sont pressés, ils ont des rendez-vous, on les dérange. Je comprends. En même temps, si on est là aujourd’hui, c’est un peu pour déranger aussi. Des familles vont peut-être être expulsées de chez elles. Des paysans vont perdre leur outil de travail. C’est maintenant ou jamais ! » Le barrage a été levé vers 17h30, sans incidents.

 

 

En Loire atlantique, plusieurs opposants ont été arrêtés. 19 personnes ayant participé à la vaste opération escargot menée sur le périphérique nantais mardi matin ont été placées en garde à vue. Leur procès pour « délit d’entrave à la circulation » est fixé au 24 février. D’ici là leurs véhicules, placés en fourrière, ne peuvent être récupérés. La veille, trois paysans ont été arrêtés alors qu’ils rentraient chez eux pour la traite des vaches après avoir participé à des opérations escargots, barrages filtrants ou blocages ponctuels. Ils ont été placés en garde à vue, leurs tracteurs ont été saisis et emmenés sur plateau. Ils sont sortis vers 2h du matin, et ne peuvent pas, pour le moment, récupérer leurs tracteurs.

 

« Parmi les menacés d’expulsion, il y a mon père âgé de 88 ans »

« Nous dénonçons la volonté délibérée de provocation aux affrontements d’un dispositif policier très disproportionné et cherchant la confrontation », s’est indigné le collectif copain 44 [1]. Un important dispositif policier s’est également déployé mercredi matin, devant le tribunal de Nantes où se tient l’audience devant le juge des expropriations. Face à eux, près de 3000 opposants, venus soutenir les personnes menacées d’expulsion. « Parmi elles, il y a mon père, âgé de 88 ans. Il y a aussi des familles avec enfants. Si l’expulsion est prononcée immédiatement, ils pourraient devoir quitter leurs maisons avant le week-end. On ne laissera pas faire. On dressera des barricades s’il le faut », raconte Dominique Fresneau, co-président de l’Acipa, principale association opposée au projet [2]. Le délibéré sera rendu le 25 janvier prochain. D’ici là, diverses actions surprises sont envisagées. Et une grande manifestation de tracteurs et de vélos est prévue ce samedi 16 janvier à Rennes.

 

Notes

[1Copain 44 : Confédération paysanne 44, GAB 44, Civam Loire Atlantique, Manger Bio 44, Terroirs 44, Accueil Paysan.

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 21:45

 

Source : http://lepouvoirmondial.net

 

 

De plus en plus d’Allemands passent leurs papiers d’identité au micro-onde

 

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Il ne s’agit pas d’une nouvelle recette de cuisine pour les geeks, mais d’une technique que les Allemands sont de plus en plus nombreux à utiliser, pour détruire les puces RFID présentes dans leurs cartes d’identité ou d’autres documents. Ces derniers craignant d’être espionnés, l’objectif est donc de détruire cette source d’informations ou de tracking.

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Les Allemands commencent à défier l’Etat et passent leurs cartes d’identité au micro-onde

L’évènement qui a mis en avant ce phénomène est l’arrestation d’un homme de 29 ans à l’aéroport de Francfort ce mardi. Ce dernier n’a pas pu être identifié, car il avait grillé la puce RFID de ses papiers d’identité au micro-onde. L’homme a évoqué son droit au respect de sa vie privée, en ne permettant pas de l’espionner. Il a expliqué que son identité était déjà présente sur les papiers en question pour la police, alors que lui en revanche n’a aucun contrôle sur les données présentes sur la puce, ni sur leurs usages par les autorités.

Le souci pour ce jeune homme, est que les papiers d’identités même s’ils sont personnels, restent la propriété de l’état, il a donc confessé un délit qui peut lui couter dans le meilleur des cas une grosse amende et dans le pire une peine de prison, pour modification illégale de documents officiels.

Le cas n’est pas unique en Allemagne, de plus en plus de citoyens entreprennent la même démarche, fatigués des scandales en série démontrant l’espionnage généralisé des citoyens par les gouvernements ou les agences gouvernementales. Certains estiment donc qu’ils ne veulent plus être tracés avec des puces RFID. L’espionnage est un problème pris très au sérieux par les Allemands toujours marqués par les méthodes utilisées dans le passé par la Stasi. Les révélations d’Edward Snowden ont dont un écho important dans ce pays. Pour preuves, deux faits notables, une place « Edward Snowden » a vu le jour dans la ville de Dresde et les ventes de machines à écrire n’ont jamais été aussi fortes en Allemagne depuis quelques mois.

 

Copyright © 2015 Le Pouvoir Mondial

 

 

Source : http://lepouvoirmondial.net

 

 

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 21:35

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog

 

 

Ségolène Royal a raison : il est temps de laisser les hydrocarbures dans le sol !

 

 

L'annonce de Ségolène Royal aurait du déclencher une tempête médiatique. Elle est passée inaperçue. La Ministre a pourtant mille fois raison : l'urgence climatique et l'impératif de la transition énergétique doit conduire à ne plus chercher de nouveaux hydrocarbures.

 « Puisqu'il faut réduire la part des énergies fossiles, pourquoi continuer à donner des autorisations de recherches d'hydrocarbures conventionnels ? ». Ainsi s'est exprimée Ségolène Royal, dans un débat parlementaire mardi 12 janvier, comme le rapporte une dépêche AFP passée (presque) inaperçue. Plus inaperçue en tout cas que les rencontres de Ségolène Royal avec Justin Bieber ou Lenoardo Di Caprio. Misère de la peopolisation de la vie politique.

 

se-gofossile se-gofossile

 

L'annonce de Ségolène Royal aurait pourtant du déclencher une tempête médiatique et une avalanche de réactions. Des applaudissements nourris venus des ONG, des écologistes ou des promoteurs d'une véritable transition énergétique. Sur l'autre versant, industriels et champions du statu quo auraient du exprimer des réprobations furieuses ! Entre les deux, éditorialistes et commentateurs auraient essayé de concilier l'inconciliable, le climat et la fuite en avant extractive.

Rien n'est venu. Aucune réaction officielle. Aucun communiqué de presse. Aucun édito. Aucun article (hormis la reprise de la dépêche AFP sur quelques sites d'information).

Comme si cela n'intéressait personne (où sont donc les écologistes ?).

Comme si les déclarations politiques – notamment celles de Ségolène Royal – n'avait plus aucune valeur. En tout cas moins qu'une photo avec les Bieber et Di Caprio.

Comme si l'urgence climatique était passée à la trappe : la COP21 n'est-elle pas finie ?

L'annonce de Ségolène Royal est pourtant une annonce majeure. Une annonce qui reprend mot à mot les exigences de toutes celles et ceux qui préconisent aujourd'hui de geler une majorité des réserves prouvées d'énergies fossiles pour répondre à l'urgence climatique : conserver une chance raisonnable de rester en deçà de 2°C de réchauffement climatique d'ici la fin du siècle – qui plus est dans le cas des 1,5°C tel que préconisé par l'accord de Paris – implique de ne pas exploiter 80 % des réserves d'énergies fossiles. Ce n'est pas une option. Mais une condition.

 

Extraits de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, Anthropocène, 2015 Extraits de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, Anthropocène, 2015

 

 

A quoi bon alors continuer à creuser, explorer, chercher de nouveaux gisements ? Ségolène Royal a mille fois raisons. Elle le dit très clairement : il ne faut plus « délivrer d'autorisation de recherches d'hydrocarbures conventionnels, puisqu'il faut inciter les groupes industriels qui s'engagent dans ce type d'activité à réorienter leurs investissements vers la production d'énergies renouvelables ou vers la production de l'efficacité énergétique ».

Nous encourageons donc Ségolène Royal à passer aux actes. Plusieurs décisions peuvent être prises sans attendre :

  • selon son ministère, au 1er juillet 2015, la France comptait 54 permis de recherches et quelque 130 demandes de permis de recherches : il est plus qu'urgent de remettre à plat les permis de recherche existant – dont certains concernent manifestement des hydrocarbures non conventionnels – et de refuser les nouvelles demandes de permis ;

  • la réforme du code minier, qui doit pendre la forme d'une loi et non d'ordonnances, doit être débattue au plus vite au Parlement : il faut y intégrer l'urgence climatique et la nécessité – scientifiquement démontrée – de laisser les fossiles dans le sol comme un des principes qui priment dans la délivrance de nouveaux titres miniers ; la France pourrait devenir exemplaire et pionnière en la matière ;

  • le gouvernement français devrait exiger de rouvrir immédiatement le mandat de négociation des accords de libre-échange et d'investissement dont dispose la Commission européenne (Tafta, Ceta, Tisa, etc) pour y introduire les mentions de l'urgence climatique – le mot climat n'apparait pas – et de la nécessité de réduire drastiquement production, consommation et commerce international des énergies fossiles ;

Bien d'autres mesures sont nécessaires, comme la nécessité de désinvestir massivement des énergies fossiles – la Caisse des dépôts et Consignation devrait s'activer en la matière – puisque sortir de l'âge des fossiles nécessite d'aller beaucoup plus loin. Dans le livre du même nom, nous avons proposé dix étapes, comme autant de propositions pour déverrouiller, déminer et déclencher la transition : le principe des 3D.

Ne serait-il pas temps d'en débattre ouvertement, publiquement et sérieusement ?

Pour que l'Etat d'urgence climatique ne devienne pas un Etat d'urgence permanent.

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Il publie Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène et il a co-coordonné Crime Climatique Stop ! L'appel de la société civile, Seuil, Anthropocène.

@MaximCombes sur twitter

PS : un tel post n'aurait pas été possible sans la veille et les alertes des collectifs citoyens luttant contre l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures (de schiste, mais pas seulement) ! Merci à eux et à leurs animateurs qui se reconnaîtront.

 

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog

 

 

 

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 20:55

 

Source : http://www.franceculture.fr

 

 

le vendredi de 7h35 à 7h39 Durée moyenne : 3 minutes

 
Ecoutez l'émission 4 minutes

Etat d'urgence : l'opposition citoyenne s'organise 

08.01.2016 - 07:35

 

 

 

 

 

 

Un "Comité de vigilance citoyenne" a vu le jour cette semaine. Objectif : permettre aux citoyens de faire émerger un débat sur l'état d'urgence et à la réforme constitutionnelle annoncée, Alors qu'une partie de la société civile s'inquiète d'une dérive sécuritaire, elle organise l'opposition à travers des collectifs et rassemblements.

Par Catherine Petillon, avec vos réactions.

 

Manifestation contre l'état d'urgence © maxppp

 

Ils sont peu audibles, et pourtant de nombreux citoyens s'inquiètent des mesures d'exception mises en place depuis les attentats, et des changements d'équilibre des pouvoirs qui pourraient leur succéder. Alors que la déchéance de nationalité occupait les débats cette semaine, l'état d'urgence continue.
Et ce qui se joue dans les prochains jours, c'est l'arsenal juridique que l'exécutif  prépare, pour prendre la suite de l'état d'urgence. Le projet de constitutionnalisation doit être discuté à l’Assemblée nationale à partir du 3 février. Et le 26, les députés devront décider de la prolongation ou de la fin de l’état d’urgence. Un vote qui interviendrait alors que le projet de loi antiterroriste, dont  Le Monde a publié les premiers contours, prévoit un renforcement des pouvoirs du parquet, de la police et des préfets.
Rappelons que l’état d’urgence permet notamment au gouvernement de mener des perquisitions sans mandat du juge, y compris la nuit, d’interdire les rassemblements pouvant troubler l’ordre public ou encore d’assigner des personnes à résidence.

 

Visite de François Hollande aux forces de sécurité le 31 décembre 2015
Michel Euler © POOL/EPA/MaxPPP

 

L’exécutif met régulièrement en avant une opinion publique favorable et sécurisée par des mesures. Il faut dire que la  plupart des instituts de sondage dresse le constat d’un fort soutien aux mesures prises depuis le mois de novembre. « Quand on interroge les personnes spontanément, le mot « exception » - qui peut sous -entendre un débat - n’apparaît absolument pas  pour qualifier les mesures prises (...) Cela s'explique en partie par le contexte d’émotion lié aux attentats, et continué par cette période de commémoration de Charlie Hebdo », estime Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop :

 

« Juges et citoyens avons une responsabilité collective »

 

Perquisition administrative à Carcassonne C. Boyer © L'INDEPENDANT/Maxppp

 

Pourtant, toute une partie de la société civile s’inquiète de la modification de l'équilibre des pouvoirs qui a suivi l’horreur des attentats.

Dès le mois de décembre, une centaine d’associations - de la Ligue des droits de l’homme à Emmaüs en passant par la CGT -  se sont rassemblées dans le collectif “Nous ne céderons pas”. Ils ont depuis lancé des appels à "sortir de l’état d’urgence".

 

Mais l'opposition aux nouvelles mesures législatives et la crainte d'une dérive sécuritaire ne se limite pas aux traditionnels défenseurs des libertés.

 

Dans une tribune publiée par Mediapart le 29 décembre dernier, ce sont des juges administratifs qui s’inquiétaient du "risque réel d'instaurer durablement une réponse dont nous n'aurons pas mesuré les conséquences". 
"Juges et citoyens avons une responsabilité collective", nous explique l'une d'entre elles, anonymement, devoir de réserve oblige.

Les lois qui sont prises en ce moment ont un effet durables. On cherchait jusqu'à présent à avoir un équilibre entre ordre public et libertés publiques et là les libertés publiques deviennent vraiment secondaires. En outre, on nuit trop à ces libertés car potentiellement tout individu pourrait être considéré comme suspect. Il faut vraiment que les gens le sachent.

Un certain nombre de juges remettent d'ailleurs en cause les mesures déjà prises, comme le rapportait Le Monde dans un article intitulé "le réveil des tribunaux administratifs".

 

Des libertés diminuées ?

 

« Ils ont produit très peu de choses pouvant être liées au terrorisme mais ils ont traumatisé des citoyens et laissé une dévastation dans leur sillage. La majorité de ces raids ont visé des maisons, des entreprises, des mosquées et des salles de prière musulmanes." C'est dans ces termes que le New York Times décrivait la mise en oeuvre de l'état d'urgence dans son édito du 4 janvier, titré  « Les libertés diminuées de la France ». 

 

Appel à la "grève citoyenne" le 3 février

 

C'est cette urgence qui a poussé un certains nombres d'associations et collectifs à se rassembler. «  Nous instituons officiellement un Comité de vigilance citoyenne » Mercredi dernier, dans une théâtre du XIXè arrondissement, a pris corps un collectif éclectique, regroupant artistes, avocats, universitaires, membre de la Convention pour la 6è République. 

S. Tessier, fondatrice d'Anticor et J.Karsenti, avocat C.P. © Radio France

 

 

 

Séverine Tessier de l'association de lutte contre la corruption Anticor, est l'une des initiatrices de cet appel à "combattre le terrorisme tout en respectant les droits fondamentaux"

 

Ce conseil appelle à une grève citoyenne le 3 février. C'est ce jour-là que les députés commenceront l'examen de la constitutionnalisation de l'état d'urgence.

 

« L’état d’urgence a été le déclencheur de notre urgence à nous, urgence de se réunir, urgence de faire quelque chose, d’alerter.  L’enjeu, c’est comment on passe d’une revendication militante à une revendication citoyenne. La question des libertés est toujours difficile car le citoyen ordinaire s’imagine irréprochable », souligne Jérôme Karsenti. Pour l’avocat – qui a notamment défendu l’association Anticor- la réforme constitutionnelle annoncée montre qu’un changement des institutions est possible. Il fait partie de ceux qui réclament une modification qui laisse plus de place aux citoyens.

 

Les citoyens, "seule force d'opposition"

 

« Un sondage avec une questions posée à quelques centaines de personnes qui n’ont jamais réfléchi avant à la déchéance de nationalité, ca n’a aucun sens”, ne décolère pas Isabelle Attard. Elle est l’une des six députés à n'avoir pas voté la prolongation de l'état d'urgence. Si cette parlementaire membre du groupe écologiste a rejoint le collectif, c'est qu'elle estime que dans la situation actuelle, c'est sur les citoyens qu'il faut compter pour faire émerger un débat. "Ils représentent aujourd’hui la seule opposition réelle », insiste-t-elle.

 

 

Isabelle Attard, députée, et Sophie Wahnich, historienne, lors du lancement du Comité de vigilance citoyenne C.P. Radio France

 

Sophie Wahnich directrice de recherche au CNRS, historienne des émotions et spécialiste de la Révolution, fait partie des universitaires qui ont signé des tribunes, (comme dans L'Humanité ou Libération), contre l'état d'urgence. Mais pour elle, la situation actuelle, oblige à davantage.

 

La vigilance ne suffit pas. Pétitionner c’est témoigner. Mais témoigner c’est pour l’histoire, pas pour le présent immédiat : ce n’est pas parce qu’on témoigne que cela produit de l’action politique . Il faut passer du refus à l’action et  inventer les formes de l’action et les imaginaires sociaux contemporains pour refonder la politique 

 

 

 

« Nous sommes dans une double situation extreme :  le terrorisme auquel répond une situation extrême me de réponse institutionnelle. La société elle-même est acculée à répondre sur un mode à la hauteur de la situation historique. », estime Sophie Wahnich. L'urgence crée un effet levier : « Tout ce qui était latent peut devenir plus émergent et peut fonder un moment démocratique." Pour l'historienne, à la tête d'un collectif de revues, Tenons et mortaises, cela passera par "la capacité à politiser les institutions civiles qui se sont constituées depuis une quinzaines d’années et qui sont à la bordure du culturel et du politique » - les cafés citoyens, certaines universités populaires, les goupes d’éducation populaire comme les Crefad, des lieux culturels comme Les laboratoires d’Aubervilliers....

Le manifeste du Conseil d'urgence citoyenne

 

 

Et vos réactions sur les réseaux sociaux

A voir ici

 
 

Lien(s)

Etat d’urgence : « de graves violations des droits humains sont allégrement envisagées ». Le MondePar Gilbert Achcar, professeur à l’Ecole des études orientales et africaines (SOAS, université de Londres), le 26 novembre.

Lois d'urgence : Faut-il s'asseoir sur les libertés au nom de l'anti-terrorisme ?Par Vincent Bénard, le 28 novembre.

 

 

Source : http://www.franceculture.fr

 

 

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 20:46

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CONTRE LES EXPULSIONS & L'AEROPORT
SAMEDI 16/01 â NIMES

CE SAMEDI 16 janvier comme à NANTES, RENNES et PARTOUT DANS L'HEXAGONE, GRANDE MOBILISATION CONTRE LES EXPULSIONS (11 familles, 4 exploitations) ET CONTRE L'AEROPORT

RENDEZ VOUS A 14H30
DEVANT LE CARRE D'ART
POUR UNE DEAMBULATION
départ 15H AUTOUR DES BOULEVARDS ET RUES NIMOISES !

Panneaux, banderolles et calicots, à pied à vélo, petits et grands, chants, casseroles et tambourins, réclamations, déclamations, libres paroles,vos écrits à distribuer et SUGGESTION pour la MARCHE: venez avec SAC à DOS autonome, avec dedans à BOIRE et à MANGER ! ainsi en fin de marche nous pourrons PARTAGER un gouter devant la maison carrée !
Faites tourner l'info !!!

SOUTIEN AUX PAYSANNES et PAYSANS du BOCAGE !

SOUTIEN AUX HABITANTES ET HABITANTS DE LA ZAD, FAUNES ET FLORES, SAUVAGES et DOMESTIQUES, espéces protégées, haies, patures, arbres, amphibiens, fleurs, potagers, baies, sources,
ruisseaux, zones humides, boulangeries, meunerie, ateliers et toute la formidable richesse et bio diversité humaine et naturelle de ce magnifique bocage de Notre-Dame-des-Landes.

 

 

 

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 20:11

 

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

Santé publique

« À Bruxelles, la vie des personnes est moins prioritaire que la bonne santé de l’industrie chimique »

par

 

 

 

L’Union européenne n’a toujours pas réglementé l’usage des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques aux effets sanitaires colossaux utilisées dans de très nombreux produits de consommation courante. Malformations, cancers, obésité... Les perturbateurs endocriniens sont pourtant à la source de bien des maux. Ce retard, qui vient d’être condamné par la justice européenne, ne doit rien au hasard. Les industries de la chimie, des pesticides ou du plastique pratiquent un lobbying intensif, et entravent toute avancée sérieuse. La journaliste Stéphane Horel a décrypté dans un ouvrage intitulé Intoxication ce lobbying et ces objectifs. Entretien.

 

Basta ! : Votre enquête porte sur la réglementation des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques omniprésentes dans notre quotidien, et suspectées de participer à l’explosion des maladies modernes. Où en est-on sur ce sujet ?

Stéphane Horel  [1] : Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques qui peuvent interagir avec le système hormonal (endocrinien veut dire hormonal). Ces substances agissent sur les humains mais aussi sur les animaux, comme les ours polaires, les chatons, les escargots. Plusieurs catégories d’êtres vivants sont ainsi touchées. C’est l’exposition du fœtus pendant la grossesse qui présente le plus grand risque, même si l’exposition reste problématique à d’autres périodes de la vie. La vie in utero est vraiment un moment crucial, puisque ce sont les hormones qui fabriquent les bébés. Les effets d’une exposition à ce moment-là peuvent se voir à la naissance, avec par exemple des malformations génitales ; mais aussi dix, vingt ou trente ans plus tard. Avec l’apparition de cancers, de diabètes, de problèmes d’obésité ou d’infertilité.

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans des milliers d’objets de la vie courante : des tongs aux rideaux de douche, en passant par les canapés et les jouets mais aussi les poches à sang et les cathéters. La plupart de ces produits ont une vraie utilité : les phtalates, par exemple, sont des PE qui assouplissent le plastique. Et le bisphénol A, qui est l’un des PE les plus connus, permet de fabriquer un vernis que l’on met à l’intérieur des boîtes de conserves et qui ralentit la corrosion du métal. Pour le moment, on n’a trouvé aucun équivalent qui soit aussi efficace dans la durée. Il est impossible de faire l’inventaire des endroits dans lesquels on trouve des PE. Tous les secteurs de l’industrie sont concernés. Le sang, le lait maternel, l’air, la poussière, la pluie : les PE sont présents partout ! On estime qu’il y en a environ 1000 en circulation dans le monde, mais c’est peut-être beaucoup plus.

 

Une réglementation européenne est en cours d’élaboration, mais les scientifiques ont alerté sur le problème des perturbateurs endocriniens il y a près de vingt-cinq ans ! Pourquoi un tel délai ?

Le moment scientifique Eurêka pour les PE, c’est 1991. Cette année-là une vingtaine de scientifiques (toxicologues, zoologistes, biologistes, endocrinologues...) se réunissent dans une petite ville du Wisconsin, aux États-Unis. Au terme d’un séminaire de trois jours, ces scientifiques rédigent ce que l’on appellera la déclaration de Wingspread, du nom du centre de conférence où s’est tenu le séminaire. Cette déclaration s’alarme des effets des altérations du développement induites par les produits chimiques. Les scientifiques insistent sur les risques encourus suite à des expositions in utero. Et ils remettent en question l’équation toxicologique qui disait que la dose fait le poison. Pour les PE, c’est plutôt le moment qui fait le poison. La déclaration de Wingspread prévient aussi : « À moins que la contamination de l’environnement par les perturbateurs hormonaux [ne] soit rapidement contrôlée et réduite, des dysfonctionnements généralisés à l’échelle de la population sont possibles. »

Depuis, il y a eu des milliers de publications scientifiques qui montrent que ces produits posent problème. Il y a maintenant un consensus sur leur dangerosité. En 2013, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport. Réalisé par une vingtaine de scientifiques du monde entier, tous spécialistes des PE, ce rapport insiste sur le fait que les PE représentent « une menace mondiale ». En 2009, puis en 2015, la société savante Endocrine Society dit la même chose. Il y a quelques semaines, c’est la Fédération internationale des gynécologues obstétriciens qui a appelé à réglementer les PE, évoquant les bébés qui naissent tous « pré-pollués ».

 

Quelles sont les industries qui utilisent des PE et qui organisent le lobbying visant à court-circuiter le projet européen de réglementation ?

Elles sont, du fait de l’abondance du recours aux PE, très nombreuses. Au moment de faire du lobbying, les industriels se regroupent. D’abord dans le lobby de la chimie (ou CEFIC), qui est l’un des plus puissants de Bruxelles, avec 150 employés et un budget de 40 millions d’euros. Ce lobby réunit des PME mais surtout des grosses multinationales, comme BASF, Syngenta, Bayer, Dow ou DuPont [2]. Nous avons aussi le lobby des pesticides (ECPA, qui fait par ailleurs partie du CEFIC), des industries qui sont en première ligne s’il y a réglementation des PE. Il y a enfin l’industrie du plastique, et, dans une moindre mesure, Cosmetics Europe).

 

Parmi les manœuvres utilisées par ces lobbies pour contrer toute réglementation, retrouve-t-on la stratégie du doute et du déni, inventée par le lobby du tabac ?

Effectivement. Pour les perturbateurs endocriniens, le premier moment de ce qu’on appelle « la manufacture du doute » a lieu en 2012, suite à la sortie du Rapport sur l’état de la science sur les perturbateurs endocriniens. Commandé par la Commission européenne, c’est un état de la science réalisé par l’équipe du Professeur Andreas Kortenkamp, l’un des plus grands spécialistes mondiaux des perturbateurs endocriniens, indépendant des industriels. Ce rapport conclut que « les perturbateurs endocriniens justifient une considération à la hauteur de substances aussi préoccupantes que les cancérogènes, les mutagènes et les toxiques pour la reproduction, ainsi que les produits persistants, bioaccumulables et toxiques ».

Leur rapport a aussitôt été attaqué dans la littérature scientifique. Mais cette critique a été financée par le lobby américain de la chimie. Elle a été écrite par deux salariés d’une société de consultants spécialisés, Gradient Corp, qui travaille au seul service des industriels ; et par des scientifiques qui travaillent tous avec l’industrie de la chimie et des pesticides. Les reproches sont essentiellement méthodologiques. Les auteurs chicanent sur des omissions de référence, des choix de vocabulaire, ils ergotent sur des détails. C’est une véritable opération de « science washing » qui vise à donner l’illusion qu’il y a une controverse scientifique. C’est en effet plus présentable que d’aborder directement l’impact sur les entreprises. L’industrie des pesticides a par ailleurs essayé de décrédibiliser Andreas Kortenkamp en envoyant des mails à la Commission, suite à des propos qu’il avait tenus dans la presse britannique.

 

Que proposent les industriels pour répondre au vaste problème de santé public créé par leurs produits ?

L’industrie chimique a mis au point une astuce : il faudrait s’occuper des produits dont les effets sont les plus puissants. Cela revient à écrémer : on enlève les soi-disant plus dangereux et on laisse tous les autres en liberté. Mais cela n’a aucun sens scientifique puisque les PE peuvent agir à très faible dose. Leur toxicité est telle qu’on ne peut pas prétendre qu’il y a une dose en deçà de laquelle ils ne sont pas dangereux. De plus, on est exposés à des dizaines de PE simultanément. Une étude aux États-Unis a montré qu’il y en a en moyenne 43 dans chaque femme enceinte. 43 ! Quel est le résultat de ces cocktails d’exposition ?

C’est notamment pour ces raisons que l’idée de « puissance » n’a absolument aucun sens. Ce qui n’empêche pas la Commission de la considérer comme une question valable, soumise à son examen ! La direction générale de l’environnement de la Commission, à qui avait été confié le travail préalable de définition des PE, l’avait pourtant éliminée au terme de quatre ans de travail. Cela révèle un grave dysfonctionnement de l’Europe. On piétine quatre ans de travail simplement parce que les conclusions déplaisent à l’industrie.

 

En plus de jeter le doute sur les études scientifiques indépendantes, les industriels s’attaquent au principe de précaution...

En Europe, le principe de précaution est inscrit dans les textes et il a valeur de loi, même s’il n’existe pas de définition précise. Pour les négociations TAFTA, c’est un principe qui fait barrière à certains engagements, au niveau de la réglementation chimique notamment. C’est un peu notre seul joker éthique contre le libre marché tout puissant. Et c’est la raison pour laquelle les industriels américains sont bien décidés à le faire disparaître à l’occasion de ces négociations. Un think tank financé par les industriels du tabac, de la chimie, des pesticides, ainsi que des pétroliers tente de le faire remplacer par un « principe d’innovation ». En France, le principe de précaution est inscrit dans la Charte constitutionnelle de l’environnement, et il y a aussi eu des tentatives de suppression. En octobre 2014, le député UMP Eric Woerth avait déposé une proposition de loi pour son remplacement par « un principe d’innovation responsable ». Savait-il que cette idée venait d’un obscur think tank fondé et animé par le fabricant des Lucky Strike ?

Un an plus tôt, une lettre signée de 56 scientifiques du monde entier est envoyée à Anne Glover, la conseillère scientifique principale du président de la Commission de l’époque José Manuel Barroso. Dans ce courrier, les scientifiques se plaignent des critères retenus par la direction générale (DG) de l’environnement de la Commission pour décrire les PE. Ils regrettent notamment l’approche de précaution. Ce courrier, doublé par la publication d’éditoriaux dans une quinzaine de revues scientifiques, est plein d’approximations. Mais il servira quand même d’alibi à la Commission pour arrêter le processus de réglementation des PE en cours. J’ai documenté que la grande majorité des scientifiques qui ont rédigé cette lettre sont liés à l’industrie.

 

Pourquoi les décideurs sont-ils si réceptifs à ce lobbying ?

Il est très choquant de constater que les lobbies rencontrent une telle adhésion du côté des décideurs. Plusieurs facteurs l’expliquent. À Bruxelles, nous sommes dans un rapport de force où les intérêts publics sont en minorité. L’écrasante majorité des représentants d’intérêts sont ceux des intérêts commerciaux. Le dialogue avec les « parties prenantes », c’est-à-dire les industriels, remplace le débat démocratique. Il y a une proximité très importante entre le monde des décideurs politiques et le monde des affaires. En plus, Bruxelles permet une vraie proximité géographique. Tout le monde travaille au même endroit et se croise au quotidien dans la bulle bruxelloise. Il y a également un manque de formation sidérant. Les ressorts du lobbying sont maintenant connus, et très documentés. Mais les fonctionnaires et les élus européens n’y sont pas du tout formés.

Dans les institutions publiques européennes, il existe une grande confusion entre l’intérêt général et l’intérêt des grandes entreprises. Pour justifier le retard de deux ans qu’elle a pris sur son obligation de réglementation des PE, la Commission mène une étude d’impact : celle-ci mesure les effets négatifs d’une interdiction des PE sur l’économie et les entreprises, mais pas les effets positifs d’une telle interdiction sur la santé et l’environnement ! La vie des personnes est devenue moins prioritaire que la bonne santé des entreprises.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

Photo : CC Jacques Lebleu

Intoxication. Perturbateurs endocriniens, lobbyistes et eurocrates : une bataille d’influence contre la santé, de Stéphane Horel, publié aux éditions La Découverte, 19 euros.

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