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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:18

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Construire un monde post-extractiviste, post consumériste

31 décembre 2015 par Nicolas Sersiron , Robin Delobel

 

 

 

 

 

Le monde post-extractiviste arrivera, quelque soit la volonté de ceux que Jean Ziegler appelle « les saigneurs de la terre », aussi désignés les 1% par Occupy et les Indignés. La question est de savoir comment il est possible de créer ce monde post-extractiviste, avant qu’il ne s’impose par la raréfaction des ressources naturelles. L’accélération des désastres climatiques et environnementaux, puis dans un proche avenir un effondrement des sociétés extractivo-consuméristes |1| avec une montée très probable de la barbarie, sont des probabilités fortes si rien ne change. Les métaux et les énergies fossiles sont des ressources finies dont les limites se rapprochent rapidement. L’eau douce, les sols agricoles, les forêts, les poissons, le sable sont eux aussi des ressources finies quand est dépassée la capacité des écosystèmes à les renouveler. Quant à la biodiversité, dont nous sommes un des éléments, elle est en chute libre pendant que le chaos climatique progresse.

 

Le productivisme agricole, initié par la « révolution verte », doit impérativement laisser la place à une agriculture respectueuse du climat, des sols, de l’environnement et de la santé des humains. Le gaspillage alimentaire, la production de nécrocarburants et la consommation de viande devront diminuer très fortement si nous ne voulons pas que la désertification et la faim ne progressent de façon irréversible. L’utilisation démentielle des énergies fossiles aura des conséquences catastrophiques sur le climat tellement la complexité des interactions est grande si nous restons sur la trajectoire actuelle. Quant aux apprentis sorciers de la géo-ingénierie qui veulent nous faire croire qu’ils peuvent lutter contre le réchauffement avec des moyens artificiels, plutôt que de s’attaquer aux émissions de GES des sociétés consuméristes, ils nous font courir des risques insensés, tel l’arrêt de la mousson en Inde avec une gigantesque famine. |2| Comme disait Einstein, « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés ».

 

La croissance de la consommation des ressources naturelles sur la trajectoire de ce début du 21e siècle (bien qu’en baisse ces derniers mois, notamment du à la baisse de la croissance chinoise) donne chaque jour plus de poids à l’hypothèse de l’effondrement. |3| Même la BM |4| et l’AIE, des institutions qui ont toujours soutenu le pillage des ressources naturelles et les profits capitalistiques, sont d’accord pour dire que si nous ne laissons par les trois quarts des ressources fossiles dans le sol, l’augmentation de 2°C, considérée comme une limite impérative par le GIEC, sera largement dépassée bien avant la fin du siècle. |5|

 

L’agriculture productiviste - grande émettrice de GES - ne pourra faire face à un tel bouleversement climatique. Elle sera incapable de fonctionner avec un pétrole très cher et ne pourrait s’adapter suffisamment vite aux variations de températures et de saisonnalité des pluies ou des sécheresses et nourrir les immenses agglomérations. Violence, guerre, tyrannie deviendraient alors les dernières solutions pour le partage de la nourriture et de l’énergie restantes,comme le décrit de manière très sombre le film Mad Max. Une autre agriculture, résiliente au pétrole, doit se développer rapidement. Que ce soit avec l’agroécologie urbaine, les ceintures maraîchères ou le redéploiement de l’agriculture paysanne et écologique, elle se fera avec des techniques respectueuses « des conditions de vie et du patrimoine naturel. » |6|

 

Quant aux énergies renouvelables, si elles sont de vraies solutions pour remplacer les énergies fossiles déclinantes et désastreuses pour le climat, elles nécessitent de grandes quantités de métaux et de ressources naturelles déjà limitées. |7| Le prix actuel du pétrole, très bas, masque la réalité du pic pétrolier. |8|

 

Le pic géologique, celui des matières premières minérales, le pic énergétique, le pic agricole et bientôt le peak everything seront bientôt atteints. Les énergies renouvelables ne seront une alternative crédible que dans la mesure où le gaspillage énergétique cessera. Inutile autant qu’impossible de construire des éoliennes si c’est pour consommer toujours plus. Il faut des ressources métalliques énormes pour fabriquer une grande éolienne : 1 tonne de cuivre et 500kg d’aimants de néodyme, un des métaux contenus dans les terres rares. Il en va de même pour les panneaux solaires qui nécessitent argent, cuivre, silicium, plastique et terres rares. Quant aux centrales nucléaires : elles nécessitent encore plus de métaux rares tels que titane, cobalt, tantale, zirconium, hafnium, indium, argent, sélénium et lithium « alors que les réserves de tous ces métaux si spécifiques ne dépassent pas le siècle. » |9| Philippe Bihouix explique dans ses livres comment la High Tech emballe le système.

 

Nous, les habitants des pays les plus prospères, sommes donc face à un choix très clair.

- Soit décider volontairement de diminuer notre empreinte écologique, donc notre consommation matérielle, en réduisant fortement nos besoins en bois, minéraux, viandes, poissons, énergies y compris d’origine renouvelable, eaux douces et terres arables. Aller vers la simplicité impliquera de remplacer le système de la mode, de l’obsolescence programmée et du gaspillage. Indispensable si nous voulons stopper le réchauffement planétaire produit en guère plus d’un demi-siècle conjointement aux désastres environnementaux et sociaux, pour laisser une terre viable pour nos enfants. Il faut des temps longs pour que la nature et les ressources écosystémiques retrouvent leur équilibre, les pertes de biodiversité sont définitives.

- Soit laisser le business as usual continuer à détruire notre biotope au nom du « libre » échange », de la « libre » concurrence et de la « libre » entreprise, avec pour seule idéologie le grand mensonge libéral du TINA. Que les dominants veuillent se noyer dans des piscines de bénéfices pourrait nous laisser indifférents si leurs folies ne nous entraînaient dans une débâcle aussi certaine que collective. L’incapacité de nos décideurs politiques à interdire les PFJ |10| ou à contraindre les banques trop grandes pour faire faillite à se scinder en plusieurs banques non dangereuses pour l’économie est le signe d’une connivence mortifère.

Pourquoi les banques ne continueraient-elles pas à jouer à la bourse-casino sur les matières premières, pétrole et nourriture ? Pourquoi ne pourraient-elles pas continuer à être sauvées par les contribuables quand elles tombent en faillite en entraînant celle de toute l’économie, nous disent-elles tranquillement ? Ces fameuses banques systémiques, too big to jail, trop grosses pour aller en prison, font grossir la dette publique par leurs combines d’évasions fiscales dans les paradis fiscaux, leurs délires mégalos et leurs prêts avec intérêts aux Etats. |11|

Nous devons prendre en mains notre avenir et organiser un plan de sauvetage du peuple par le peuple. Les dirigeants politiques, tout comme les responsables des grandes institutions financières, devenus les passe-plats des détenteurs de capitaux, n’hésitent plus à mentir ou à verser dans la schizophrénie. Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, a expliqué fin 2012 que l’institution s’était trompée dans ses calculs et que les mesures d’austérité avaient en réalité des effets multiplicateurs augmentant la récession économique. Néanmoins, le FMI, à travers la Troïka, continue à imposer des mesures d’austérité aux pays européens, semblables à celles imposées depuis 30 ans aux PED. Il impose à la Tunisie des mesures d’austérité typique des PAS en échange de nouveaux prêts, ainsi que le remboursement des prêts odieux de la période Ben Ali, de même qu’il continue, par ses conseils, de faire saigner le peuple grec.

La BM continue à prêter en 2013 des dizaines de milliards de dollars pour l’extraction des énergies fossiles et alerte dans le même temps sur les cataclysmes à venir provoqués par le réchauffement climatique. Pour gagner l’élection le candidat François Hollande déclare que son plus grand ennemi est la finance, mais après trois ans de mandats, impose des mesures d’austérité au peuple, sanctifie la croissance du PIB, les profits des entreprises et rembourse une dette illégitime.

 

Les résistances sont liées

Les résistances à l’extractivisme, à la dette illégitime, à l’agriculture productiviste, à la malnutrition au Sud et au Nord comme au réchauffement climatique réussiront quand la multitude des luttes locales, internationales et des expériences alternatives seront suffisamment puissantes pour créer un effet de bascule dans la conscience du plus grand nombre. Les peuples retrouveront alors le sens de la vie en se réappropriant les grands choix de société. N’oublions jamais que l’ascenseur social et les classes moyennes occidentales sont nés du cataclysme financier de la crise de 29. Cela, contre la volonté des détenteurs de capitaux et des patrons aussi bien étasuniens qu’européens. C’est l’implication du peuple des Etats-Unis après la crise de 29 et la détermination des résistants européens dressés contre les armées nazis, après l’immense souffrance de la grande dépression, qui a permis ces grandes avancées vers plus d’égalité.

Pour construire un monde post-extractiviste, avant qu’il ne s’impose, la décroissance des inégalités, de l’agriculture industrielle et de nos comportements barbares avec les pays du Sud sont indispensables. Une décroissance volontaire de la consommation des biens matériels et alimentaires pour le 1,5 milliard d’humains qui gaspillent abondamment, est primordiale pour que d’autres peuples puissent avoir accès à une alimentation suffisante et une vie digne. Le modèle consumériste occidental issu de l’american way of life n’a été possible que par la conquête armée et le vol des ressources naturelles d’autres peuples par les Européens au cours des derniers siècles. Quand ce ne fut pas l’extermination quasi complète des peuples indigènes en Amérique du Nord, Australie, Nouvelle Zélande et ailleurs. Aujourd’hui, cette conquête par dépossession extractive est encore accentuée par les grands pays émergents qui veulent leur part du grand festin, on les comprend même si on ne les approuve pas.

 

L’impossible rattrapage

Bien que les spoliations par les accaparements de terre ou par les exploitations de mines à ciel ouvert redoublent d’intensité en ce début du siècle, le système capitaliste ne pourra jamais offrir aux près de quatre milliards d’Indiens, de Chinois et d’Africains, le même style de vie fondée sur le conso-gaspillage que celui du milliard d’habitants des pays de la Triade. Car ceci n’a été possible qu’avec la profusion d’un pétrole à très bas prix que les Occidentaux ont dilapidé au cours du 20èmeS. Cela en saturant l’atmosphère de CO2, 400 ppm en 2014 contre 280 il y a un siècle. Le banquet touche à sa fin, il faut partager les restes et cesser de dégrader le climat. Sinon, après la guerre économique en cours, c’est la guerre avec des armes qui explosera. Les Africains - dont le nombre devrait atteindre deux milliards - comme d’autres peuples, n’accepteront plus très longtemps d’être dépossédés de leurs richesses naturelles et d’avoir à subir le réchauffement dont ils ne sont pas responsables.

Pour que la trajectoire suicidaire actuelle s’infléchisse rapidement, les occidentaux, pionniers et grands responsables du pillage extractiviste, « pill-âge » ou Anthropocène, devraient être les premiers à diminuer très fortement leur empreinte écologique. Gandhi disait que c’est nous-mêmes qui devons changer si nous voulons que les autres changent.

N’est-ce pas à ceux qui ont tant profité des richesses de la terre et du travail des autres peuples d’initier la construction d’un nouveau modèle post-extractiviste, post-consumériste, socialement juste et écologiquement soutenable ?

Il est possible de vivre mieux, moralement et affectivement, en refusant d’être asservi par l’économie matérialiste. Moins de biens plus de liens proclament les objecteurs de croissance.

Il y a toujours un consommateur à la fin de la chaîne, et ce consommateur c’est vous et moi. Si nous voulons éviter un stress ingérable à l’avenir, nous devons renoncer aux idéaux du rêve américain et convaincre les politiciens que nous aspirons à autre chose que ce que le modèle consumériste du XX ème siècle a forgé dans l’inconscient collectif de la plupart des sociétés. Des modes de vie soutenables, la décroissance… sont des pistes très enthousiasmantes.  |12|

La compétition devra être remplacée par la coopération, le gaspillage par les économies de ressources et la sobriété alimentaire, la propriété intellectuelle par les savoirs partagés pour que tous puissent accéder à une vie soutenable. Nos besoins devront s’ajuster aux potentiels du renouvellement des écosystèmes pour que la planète bleue puisse continuer à offrir l’exceptionnel biotope qui a permis à la vie de naître et aux humains d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. La conquête marchande et la civilisation industrielle se sont édifiées par des guerres, l’extension sans limites de la propriété privée, les destructions sociales et environnementales. Un avenir vivable pour tous ne pourra se construire qu’avec des relations basées sur les communs, tendant vers le partage, la gratuité et donc la paix. « Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » disait Gandhi. Les latino-américains avec le « buen vivir », font primer les relations avec les autres et la nature sur l’avoir. « Selon José Kaputa Lota, le « plus être » négro-africain implique la critique du développement entendu comme ‘simple croissance, simple accumulation de richesses matérielles’. » |13| Il en va de même avec le Bonheur National brut, le BNB répandu en Asie.

 

L’audit citoyen des dettes publiques

Depuis l’arrivée de la Troika en Grèce, la liste (loin d’être exhaustive) des dégâts sur le pays se révèle effroyable : une dette équivalente à 175 % du PIB en 2014, le chômage s’élève à plus de 65 % pour les jeunes, graves atteintes à la santé publique, croissance considérable des suicide, braderie du patrimoine aux entreprises privées (plages, îles et entreprises publiques, etc.), montée des néonazis... Cette situation a été en grande partie provoquée par la priorité absolue donnée au remboursement d’une dette très majoritairement illégitime.

Des résistances se construisent, des groupes de citoyens expérimentent des manières de vivre basées sur l’autonomie, la solidarité et la gratuité, à travers des collectifs et des centres sociaux : échanges de semences, coopératives de production agricoles, soins et repas autogérées et gratuits. Les mouvements de désobéissance se développent contre les grands projets miniers, contre l’extrême droite et surtout pour un audit de la dette. 1

L’audit citoyen est un formidable moyen pour mettre au grand jour l’immense escroquerie que la dette représente pour les peuples du Sud, comme pour ceux du Nord, depuis la débâcle bancaire de 2008. Il consiste à analyser d’où vient la dette, à quoi elle a servi, qui détient ses titres, à chercher si elle a été contractée dans l’intérêt de la population ou pas. Les dettes publiques illégitimes étant le levier de l’extractivisme et de l’asservissement des peuples, l’audit citoyen est le meilleur moyen de lutter contre ces deux fléaux. Il porte en lui la reconquête de la démocratie par le contrôle des finances de l’Etat. L’audit citoyen a pour but, aussi bien au niveau local qu’au niveau d’un pays, voire d’un continent comme l’Europe, de comprendre comment l’argent des contribuables, est dépensé par les gouvernements.

L’audit permet par exemple de comprendre que les déficits chroniques des budgets ne sont pas dus à un excès de dépenses, comme on aimerait nous le faire croire, mais bien à une diminution volontaire des recettes depuis bientôt trois décennies. Le recours à l’emprunt, l’évasion fiscale, les privatisations, les PPP, (partenariats public-privé) doivent être analysés comme des cadeaux faits aux multinationales et à leurs actionnaires, et non pas comme des nécessitées économiques.

Les banques privées qui prêtent aux Etats et reçoivent les intérêts payés par les contribuables sont bien les vrais bénéficiaires, voire les véritables dirigeants, d’un système qui, en affaiblissant l’Etat, augmente le pillage des ressources humaines. Augmenter les impôts de la majorité pour faire face à la récession provoquée par les banques n’est-il pas une forme d’extractivisme appliquée à la plus-value produite par les travailleurs d’un pays. Les GPII (les grands projets inutiles imposés) associés à des PPP comme l’aéroport Notre Dame Des Landes, le train à grande vitesse Lyon-Turin (26-30 Mds d’euros), les autoroutes vides (Pau-Langon) ou les éléphants blancs dans les PED doivent être compris eux aussi comme des cadeaux faits aux grandes entreprises privées avec l’argent public ou pire avec des emprunts d’Etats faits auprès des banques privées : double jackpot. Privatiser les profits, socialiser les pertes, c’est la logique privilégiée par les gouvernants adeptes du néolibéralisme en période de crise mise en évidence par Naomi Klein dans son livre « La Stratégie du choc ».

L’Allemagne de l’Ouest avait obtenu en 1953 que le remboursement de sa dette de guerre ne dépasse jamais 5 % du montant de ses exportations annuelles |14|. En réalité elle ne l’a jamais remboursée. Les Grecs, Portugais, Irlandais, Espagnols, seraient-ils plus fautifs que les allemands des années 40 pour devoir subir de la part de la riche Europe une telle cure d’austérité ?

L’ensemble des dettes publiques peuvent être passées en revue par un audit citoyen qui agira comme un tamis en faisant apparaître toutes les dettes odieuses ou illégitimes, leur enlevant les assises pseudo légales qui fondent leurs remboursements. « Nous ne devons rien, nous ne paierons rien » est le slogan des Espagnol-e-s, sorti-e-s dans les rues en 2011 et actifs à présents pour porter les revendications des mouvements sociaux au sein des municipalités |15|.

En 2007-2008, sous l’impulsion de Rafael Correa, l’Equateur a organisé un audit gouvernemental et citoyen. Les travaux ont abouti à une annulation du remboursement de 70 % de la dette souveraine. L’Equateur n’a pas subi à ce jour de rétorsion de la finance internationale. |16|

L’Argentine a cessé ses remboursements de dettes unilatéralement en 2001. Elle était au bord du gouffre économique, conséquence d’un endettement odieux hérité de la dictature militaire de Videla.

Durant les deux dernières décennies (avant 2001), l’Argentine est un élève zélé du FMI et applique à la lettre ses contre-réformes : libéralisation financière, licenciement massif de fonctionnaires, privatisation des entreprises publiques, ouverture de l’économie, gel des salaires, diminution drastique des budgets de l’éducation et de la santé... Malgré les politiques d’ajustement structurel, le pays est prisonnier de la spirale de l’endettement. La récession économique s’installe. |17|

Après trois années sans payer, elle a obtenu une annulation de 55 % du stock de sa dette (84 Mds$). Les dix années suivantes, ce pays a eu un taux de croissance de plus de 7 %, malheureusement dans une logique économique extractiviste et libérale. Aujourd’hui, des « fonds vautours », ceux qui avaient refusé le remboursement après décote de leurs obligations, ont obtenu, après un jugement de la cour suprême des Etats-Unis, le remboursement de leurs obligations à leur valeur nominale, plus les intérêts de retard, mettant ainsi l’économie Argentine en péril. |18|

Le peuple d’Islande a obtenu, à force de casserolades dans les rues, que les contribuables ne soient pas contraints d’assumer les dettes des banques après leur faillite. Elle a, depuis 2011-12, retrouvé un taux de croissance de 3 % et un taux de chômage que tous les pays européens lui envient. Agnès Rousseau écrit dans Bastamag « …face à la pire crise bancaire de l’histoire, l’Islande fait passer les intérêts des citoyens avant ceux des banquiers. Et a décidé de mettre fin à l’impunité des délinquants de la finance. » |19| En décembre 2013 trois anciens banquiers et un important actionnaire de la banque Kaupthing ont été condamnés à plusieurs années de prison. |20|

Après une camapgen citoyenne initiée en 2011 et suite à la victoire de Syriza aux élections législatives de janvier 2015, un audit de la dette, présidée par Zoé Konstantopoulou et soutenu par le gouvernement, a été coordonné par Eric Toussaint, porte parole du CADTM. Il réunissait 30 expert-e-s, juristes, politologues, économistes venant des quatre coins du monde pour analyser la dette grecque et ainsi déceler les parts illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables.
Inauguré en mars 2015 le comité d’audit a rendu son rapport préliminaire à la fin du mois de juin en présence d’Alexis Tsipras et de nombreux ministres. Il conclue que la totalité de la dette de la Troika est illégale, illégitime, insoutenable et odieuse.

Comme on l’a vu avec la capitulation grecque |21|, seule une très forte mobilisation de la population peut pousser le gouvernement à utiliser les travaux de l’audit et ensuite opérer une annulation des dettes illégitimes. N’oublions pas que les dettes publiques illégitimes ont un double rôle. Au Sud elles servent à contraindre les peuples et les pays endettés à exporter leurs matières premières à très bas coût pour ensuite exporter les devises nécessaires à son remboursement vers les acteurs de la finance internationale. Au Nord, elles servent à contraindre les populations à perdre une part toujours plus importante des bénéfices de leur travail au profit de l’oligarchie financière. Que ce soit par la baisse des salaires, la privatisation des services publics ou l’augmentation de la charge de la dette sur le budget national, donc sur les contribuables. Leurs annulations sont fondamentales pour se rapprocher d’une société post-extractiviste dans laquelle la recherche du bien vivre, cher aux Équatoriens et aux Boliviens, primerait sur celui du toujours plus de consommation et de croissance.

 

Paradis fiscaux et judiciaires (PFJ), prix de transfert et contrôle des changes

Bloquer ou rendre inopérant l’utilisation des PFJ relève d’une décision politique. Selon le journaliste Denis Robert, on sait exactement où va l’argent mondial. Il suffit d’ajouter ou de supprimer quelques lignes dans les ordinateurs pour fermer la porte de ces enfers pour les 99 %. Autre solution, taxer les transactions financières non pas à hauteur de 0,01 %, mais entre 1 et 3 %. Cela enlèverait une bonne part du bénéfice attendu de l’utilisation des PFJ. L’emploi de cette manne aiderait à faire disparaître les dettes publiques.

Pour lutter efficacement contre la grande pauvreté et la faim, la disparition des PFJ est fondamentale. L’extractivisme est lié à la dette et à la corruption dans les PED, le repenti John Perkins |22| le démontre avec des preuves et des témoignages. Ni les accaparements de terre ni les concessions minières, ni bien d’autres contrats léonins ne pourraient se faire sans ces trous noirs dans lesquels tombent les commissions qui vont corrompre les décideurs. Près de 100 millions d’ha en Afrique ont été accaparés pour des loyers annuels ne dépassant pas un euro par ha. Ces prix étant ridiculement bas, il est impossible que d’énormes soultes ne soient pas versées aux décideurs grâce à l’opacité des PFJ. De plus une grande partie des matières premières transitent dans ces paradis pour actionnaires, enfer pour les citoyens ordinaires - par le système des prix de transferts. Les bénéfices des multinationales n’y sont pas imposables.

Les dettes illégitimes vident les budgets des PED, les paradis fiscaux les privent de rentrées légitimes. Victor N’Zuzi de RDC, |23| paysan-journaliste, fait une comparaison saisissante : il demande comment une personne à qui on aurait coupé les bras et les jambes, ferait pour vivre et manger.

Oxfam écrit en 2013
On estime que les fuites de capitaux illicites coûtent au moins 859 milliards de dollars par an aux PED. La Commission européenne estime que l’évasion fiscale coûterait chaque année près de 1000 Mds€ à l’Union européenne, soit près de 2000€ pour chaque citoyen européen. En France, le Sénat estime que le coût pour le trésor public de l’évasion fiscale pourrait atteindre 50 milliards (par an). »  |24|

La disparition du contrôle des changes a été imposée aux gouvernements du Sud par le FMI. Remettre ce contrôle aux frontières rendrait beaucoup plus difficiles les détournements et la corruption opérés grâce aux PFJ. Et contrairement à ce que la communication dominante veut nous faire croire, la demande en ressources naturelles est tellement forte que les multinationales extractivistes seraient bien obligées de s’y soumettre si une telle décision était prise de façon concertée par un groupe d’Etats du Sud. L’évasion fiscale, les détournements de fonds publics dans les PED, les prix invisibles des accaparements de terre, les bénéfices illicites ou criminels deviendraient alors plus difficiles.

Le chiffre colossal du rapatriement des bénéfices obtenus par les multinationales dans les PED pourrait être connu et taxé en fonction des lois fiscales du pays et des pollutions environnementales produites. Les PED retrouveraient une liberté de gestion, des moyens de financement d’une autre ampleur que les pauvres prêts de secours des IFI’s avec leurs terribles conditionnalités ultralibérales ou les misérables APD, provenant des pays extractivistes. Même le FMI lui-même le reconnait enfin en 2014 : « L’évasion fiscale des multinationales est mauvais pour l’économie mondiale et les pays pauvres. Pour chaque dollar d’aide que les PED reçoivent, près de 10 dollars disparaissent à travers la corruption et l’évasion fiscale. » |25|

Pourquoi l’île de Jersey est-elle le premier exportateur de bananes ? Parce que les trois grands producteurs Dole, Chiquita et Fresh Del Monte, sociétés étatsuniennes, se transforment en acheteurs-revendeurs de leur propre production. Comment ? En passant par des sociétés filiales dans ce paradis fiscal, elles minimisent leurs prix d’achat dans les pays producteurs d’Amérique latine et maximisent leurs prix de revente à d’autres filiales dans les pays consommateurs. Selon John Christensen de Tax justice network, les multinationales créent souvent une centrale d’achats aux Îles Caïmans, délocalisent leurs services financiers au Luxembourg, versent des royalties pour l’utilisation de la marque en Irlande, font facturer les coûts de transport sur l’Ile de Man, organisent le réseau de distribution à partir des Bermudes et paient les ressources humaines à Jersey. Ces escroqueries « légales », acceptées par nos gouvernements, enlèvent des recettes fiscales aux budgets des pays où la consommation a lieu. Le prix est volontairement si élevé que la plus-value faite sur la revente des bananes dans la filiale installée dans le pays acheteur n’offre qu’une très faible valeur ajoutée taxable.

L’ensemble de la plus-value faite par ces jeux d’écritures comptables est alors réalisée à Jersey et dans d’autres PFJ où l’impôt sur les sociétés n’existe pas. En enrichissant les actionnaires de ces multinationales, elles appauvrissent les peuples du Sud et du Nord de plusieurs façons.

Le prix de vente des bananes à la production est artificiellement trop bas pour que les travailleurs des bananeraies reçoivent des salaires dignes et que les taxes sur les exportations dues aux pays producteurs puissent améliorer les conditions de vie de la population. La terre, l’eau et les travailleurs de ces pays ont produit les bananes, et en plus ils subissent la défertilisation due à ces monocultures, les pollutions de l’eau et du sol, les maladies, provoquées par le très dangereux Paraquat.

C’est ainsi que les multinationales extractivistes, opérant dans les PED pour les minerais, le pétrole ou les produits agricoles et sylvicoles, « optimisent », en réalité volent le pays producteur en ne payant que très peu de taxes.

Le rétablissement du contrôle des changes et l’interdiction du recours aux PFJ sont indispensables pour que les multinationales opérant dans les PED paient les impôts sur leurs bénéfices directement aux autorités des pays où production et « extraction » ont lieu. Cette rupture avec le dogme du libre-échange permettrait de rendre obligatoire le réinvestissement d’une part importante de ces bénéfices dans l’économie du pays. Aujourd’hui, les multinationales rapatrient « librement » la quasi-totalité vers leurs actionnaires. Ces mesures ne sont pas de même nature que le protectionnisme utilisé par les pays occidentaux au 19-20èmeS, destiné à défendre leurs industries capitalistes dans un système de conquête internationale des marchés. On parle ici de protections légitimes contre l’évasion fiscale dans les PFJ.

L’aide publique au développement, l’APD, un moyen de l’extractivisme !

Une part très importante de l’APD française est gérée par l’AFD. Celle-ci administre les Contrats Désendettement-Développement, les C2D. De quoi s’agit-il ? Pour ne pas annuler une dette bilatérale, le plus souvent illégitime (soutien financier à un dictateur, argent détourné, aide liée, etc.) correspondant à un prêt fait par le gouvernement français à un pays de l’Afrique subsaharienne par exemple, l’Etat prêteur fait des C2D. Alors que la majeure partie de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, la France propose à ce pays que les remboursements de cette dette soient réinvestis dans le pays sous le contrôle de l’AFD. Ce système est éminemment retors puisqu’il qualifie d’APD les C2D. Ainsi il maintient la pression néocoloniale sur le pays pour obtenir l’accès privilégié à ses ressources naturelles ou favoriser une entreprise. De plus les C2D transforment le caractère illégitime ou odieux de la dette d’origine en aide généreuse. Pauline Imbach, du CADTM, appelle les C2D, dans le magazine les Z’Indignés, Contrat de Domination et d’Endettement. L’association Survie écrit :

les C2D sous couvert d’annulation de dette (que l’Etat bénéficiaire rembourse pourtant au final), des montants colossaux sont versés pour financer des projets cornaqués par l’AFD et pour lesquels les entreprises françaises décrochent régulièrement le pactole.

Dans « Comment l’aide au développement se privatise au profit des grandes multinationales » |26| Bastamag cite un communiqué de la plateforme des PFJ, composé de différentes ONG, expliquant que Proparco, la banque adossée à l’AFD, « malgré son mandat de développement, agit comme n’importe quel investisseur privé, guidé par la rentabilité des projets plus que par leur impact réel sur l’amélioration des conditions de vie des populations des pays du Sud ».

A contrario, la Norvège a fait réaliser un audit par le cabinet Deloitte de ses créances sur les PED. Il est apparu que 34 de ses crédits à l’exportation vers des PED étaient douteux. |27| Elle avait déjà procédé en 2007, de manière unilatérale, à l’annulation des créances illégitimes qu’elle détenait sur l’Equateur, la Jamaïque, le Pérou, la Sierra Leone et l’Egypte. |28| Si ce pays reconnaît ses actes néocoloniaux, la France,elle, prend le chemin inverse !

La main qui reçoit est toujours en dessous de celle qui donne disait le grand écrivain Malien Amadou Hampâté Bâ. L’APD ne porte-t-elle pas implicitement, derrière la générosité apparente, un potentiel de soumission ou de corruption de celui qui reçoit, voire les deux ? Peut-elle s’abstraire du « donner, recevoir, rendre », de l’équilibre entre ce qui est reçu et ce qui est rendu ? Colonialisme et néocolonialisme sont des « prendre sans rendre ». On parle d’« échange inégal » entre les matières premières exportées par les PED, dont la valeur restant au pays est extrêmement faible et les produits manufacturés importés dont le prix est toujours plus élevé. L’APD française comme celle des autres pays industrialisés est si maigre qu’elle ne peut en aucun cas correspondre à un « rendre » capable de rééquilibrer son « prendre » extractiviste. C’est de la communication permettant d’habiller et ainsi de faciliter la prédation néocoloniale.

Plutôt qu’une APD frelatée, la réparation-compensation de la dette écologique issue de l’extractivisme participerait à la création d’un authentique « rendre » de ces Européens et des autres qui ont tant « reçu-pris ». Mais les pays industrialisés sont paniqués à l’idée d’une décroissance matérielle, avec baisse de la consommation et du confort, fin du gaspillage et perte des profits que cela entrainerait ? C’est bien la justice et l’égalité qu’ils refusent aux autres ! Et pourtant, n’est-ce pas vers une décroissance subie que nous précipite à grande vitesse le délire matérialo-extractiviste actuel ?

En quoi les miettes, que représente l’APD mondiale de 130 Mds$ en 2010 - dont 5 à 10 % vont réellement à des projets améliorant la vie des 3 milliards d’humains vivant avec moins de 2 dollars par jour - peuvent être qualifiées d’aide réelle ? 10 % de 130 = 13 Mds$ divisé par 3 M = 4,3 dollars par an et par personne. Rien comparé aux 400 Mds$ que les migrants envoient chaque année, soit 100 $ par an et par personne ou comparé aux 300 Mds$ ou bien plus de bénéfices faits dans les PED que les multinationales rapatrient dans leur pays d’origine. Ou encore aux fonds très importants en provenance des PED, cachées dans les PFJ. De qui se moque-t-on ? Des peuples du Sud comme des naïfs et consentants citoyens du Nord qui pensent que l’on donne toujours trop aux pays pauvres !

 

L’APD doit être abandonnée et remplacée par un système d’échanges justes.

Car, comme les dettes illégitimes, elle appartient à l’arsenal du néocolonialisme. Il serait plus intéressant pour les PED de remettre des taxes variables à leurs frontières sur les produits agricoles en provenance des pays industrialisés qui subventionnent leur agriculture avec près de 750 millions de dollars chaque jour en 2013. Selon Olivier de Schutter « les pays développés sont autorisés à subventionner leurs agriculteurs à hauteur de plus de 400 milliards de dollars, sans violer les règles de l’OMC. » |29| Une escroquerie !

Il faut choisir. Soit on accepte la pauvreté, le sous-développement, la faim, et on fait semblant de combattre avec des aides faussement charitables qui ne changeront rien aux causes structurelles de l’injustice globale. Ainsi en va-t-il de l’APD, des subventions et des prêts de secours conditionnés à des cures ultralibérales ou des bateaux de céréales payés par le PAM (programme alimentaire mondial) pour compenser a minima les effets catastrophiques du libre échange imposé depuis trente ans et permettre de résorber les surplus du Nord.

Soit on choisit la voie de la justice et de l’égalité, en axant les réparations sur l’autonomie agricole, économique et politique des PED par l’annulation des dettes illégitimes, par la lutte contre la corruption et la disparition des PFJ. Ensuite, par des soutiens techniques et financiers - en compensation des siècles d’asservissement et de dégâts écologiques - les pays industrialisés pourraient contribuer à la transformation dans les PED de leurs matières premières extraites et surtout au déploiement d’une agroécologie paysanne efficiente, sans intrants extérieurs.

 

 
Notes

|1| http://www.reporterre.net/spip.php?...

|2| Géo-ingénierie : scientifiques, militaires et milliardaires s’allient pour manipuler l’atmosphère par Sophie Chapelle http://www.bastamag.net/article3404.html

|3| Naomi Oreskes, L’effondrement de la société occidentale, ed LLL 2014

|4| La BM « redoute une hausse de la température du globe de 4 °C dès 2060. Un monde à + 4°C déclencherait une cascade de changements cataclysmiques, dont des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes » http://www.lemonde.fr/planete/artic...

|5| « Comment l’Europe et la Banque mondiale subventionnent le réchauffement climatique ». http://www.bastamag.net/article777.html

|6| Dominique Meda, Nous vivons toujours dans la mystique de la croissance, Libération 10.09.2013

|7| Philippe Bihouix, l’age des low tech, ed Seuil 2014

|8| http://reporterre.net/Le-prix-du-pe...

|9| Philippe Bihouix, Penser la décroissance, ed SciencePo-LesPresses 2013

|10| http://cadtm.org/Pour-le-gouverneme...

|11| Voir Bancocratie, Eric Toussaint, Aden, 2014

|12| Harald Weltzer Libération, 22 mars 2013

|13| Paul Aries, Amoureux du bien vivre, Golias 2013

|14| http://cadtm.org/L-annulation-de-la...

|15| http://cadtm.org/Espagne-et-si-l-au...

|16| http://cadtm.org/Video-L-audit-de-l...

|17| http://cadtm.org/Argentine-la-fin-d...

|18| http://fr.radiovaticana.va/news/201...

|19| http://www.bastamag.net/article3045.html

|20| http://abonnes.lemonde.fr/europe/ar...

|21| http://cadtm.org/Grece-pourquoi-la-...

|22| John Perkins, Les confessions d’un assassin financier, éd Alterre, 2005

|23| La voix de l’Afrique http://www.youtube.com/watch?v=vW9J...

|24| http://www.oxfamfrance.org/Quand-le...

|25| http://www.imf.org/external/np/pp/e...

|26| ,http://www.bastamag.net/Comment-l-a...

|27| http://www.finances.net/infos/actio...

|28| http://cadtm.org/Le-Bresil-l-Algeri...

|29| http://www.lafranceagricole.fr/actu...

Auteur

Robin Delobel

CADTM Belgique

Auteur

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme »
Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD.
Il donne régulièrement des conférences sur la dette.

Autres articles en français de Nicolas Sersiron (50)

 

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 17:43

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

L'hôpital Pompidou mis en cause après le suicide d'un médecin

31 décembre 2015 | Par Michel de Pracontal
 
 
 

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour harcèlement moral, à la suite du suicide du professeur Jean-Louis Mégnien, cardiologue, qui s’est jeté par la fenêtre de son bureau le 17 décembre. En 2014, un de ses collègues avait alerté les responsables de l'établissement d'un « risque suicidaire » dû à un harcèlement. Il n'a pas été entendu. L'analyse des mails confidentiels des collègues de Mégnien et de la hiérarchie de l'hôpital révèle de lourdes responsabilités administratives et met en cause la directrice de l'hôpital.

Mercredi 30 décembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour harcèlement moral, à la suite du suicide, à 54 ans, du professeur Jean-Louis Mégnien, cardiologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), qui s’est jeté par la fenêtre de son bureau au septième étage, le 17 décembre dernier. Sophie Mégnien, l’épouse du médecin, père de cinq enfants, a été entendue par les policiers et a porté plainte, le 29 décembre. L’enquête a été confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne de la police judiciaire parisienne, d’après une source judiciaire interrogée par l’AFP.

 

L'entrée de l'hôpital européen Georges-Pompidou, dans le XVe arrondissement de Paris © KoS L'entrée de l'hôpital européen Georges-Pompidou, dans le XVe arrondissement de Paris © KoS

 

Le suicide de Jean-Louis Mégnien a suscité une très vive émotion dans le milieu médical, et a très vite soulevé la question de responsabilités éventuelles. À l’hôpital Georges-Pompidou, on savait pertinemment que Jean-Louis Mégnien avait été en conflit avec sa hiérarchie et avait eu un arrêt maladie de neuf mois, entre mars et décembre 2015, avant de reprendre son travail le 14 décembre. Dès l’annonce de sa mort, des collègues de Jean-Louis Mégnien ont évoqué une situation de souffrance au travail et de harcèlement, signalant entre autres qu’à son retour il avait trouvé son bureau fermé et la serrure changée. Pour y entrer, il a dû faire venir un serrurier. Trois jours plus tard, il se défenestrait de ce bureau dont on avait cherché à l’exclure.

Le 23 décembre, Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP (assistance publique-hôpitaux de Paris), a diffusé un courrier aux personnels de l’hôpital dans lequel il exprime sa « volonté d’analyser les circonstances sans aucun tabou »Le professeur Loïc Capron, président de la Commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP, a pour sa part anticipé en écrivant dès le 24 décembre, dans un courrier à l’attention de ses collègues, qu’une enquête était ouverte « pour examiner les responsabilités dans une plainte pour harcèlement moral ». Loïc Capron connaissait très bien Jean-Louis Mégnien et avait mené en 2013-2014 une tentative de médiation auprès de lui afin de « remédier à sa souffrance au travail ». Dans une interview à l’agence de presse médicale APM, Capron s’efforce de minimiser le rôle de l’administration, affirmant que « c’est d’abord et avant tout une affaire médicale ». Il insiste : « S’il y a eu harcèlement, c’est un harcèlement médical, pas administratif », et estime que si l’enquête identifie des responsabilités administratives, celles-ci seront « plus ténues ».

Mais plusieurs documents que révèle Mediapart, et dont certains ont été versés au dossier de l’enquête, suggèrent que l’administration, et en particulier la directrice du groupe hospitalier, Anne Costa, ont pu jouer un rôle important dans le conflit professionnel qu’a vécu Jean-Louis Mégnien.

Ainsi d’un mail confidentiel du 23 février 2014, adressé par Anne Costa au professeur Alain Simon, ancien chef de service de Jean-Louis Mégnien, président de la Commission médicale d’établissement (CME) locale, et très influent dans l’hôpital. Ce mail est envoyé à la suite d’un problème concernant un chirurgien cardiaque, le docteur Rachid Zegdi, et sans rapport avec Mégnien. Anne Costa écrit : « Et de trois… Après souliamas DERDER voici le 3eme !!!  je ne compte pas Megnien !!!  Amitiés Anne »  [les majuscules et points d’exclamation sont d’Anne Costa].

 

 

Les deux premiers noms cités dans le mail sont ceux de médecins qui ont eu un conflit direct avec Anne Costa. Redha Souilamas (et non Souliamas) est un chirurgien thoracique de réputation internationale, qui a quitté l’HEGP fin 2013, lassé de ne pas être reconnu et d’être en butte à de multiples vexations s’apparentant à du harcèlement, selon le témoignage de certains de ses collègues ; ceux-ci estiment qu’Anne Costa a joué un rôle majeur dans son départ. Souilamas a raconté son parcours dans un livre, La Couleur du bistouri, et travaille actuellement à la Cleveland Clinic Abu Dhabi.

Mohamed Derder est un chirurgien plasticien qui, au moment où est écrit le mail, est menacé par Anne Costa d’une procédure de licenciement express. Motif : un patient l’a accusé d’avoir touché un versement en espèces pour une intervention remboursée par la sécurité sociale. Cette accusation ne sera jamais prouvée, le patient ne portera pas plainte, et la procédure contre Derder sera abandonnée, mais Derder est en difficulté à la date du mail.

Le troisième homme mentionné par Anne Costa, qu’elle ne nomme pas, est le chirurgien Rachid Zegdi. Son identité ne fait aucun doute parce que le mail d’Anne Costa est envoyé en lien avec un message de protestation que Zegdi a adressé à un collègue de son service (la directrice de l’HEGP ayant été mise en copie). Le message de Zegdi concerne un sujet sans rapport avec Mégnien. Anne Costa a donc jugé utile de retransmettre à Alain Simon la protestation de Zegdi, en la rapprochant des cas de Souilamas et Derder, et en mentionnant aussi Mégnien, même si elle ne le « compte pas ».

Surprenant de voir une directrice d’établissement compter les têtes qui tombent, ou qu’elle voudrait voir tomber. Et pourquoi en tient-elle au courant le professeur Alain Simon ? Ce dernier est certes président de la CME locale, et à ce titre pourrait être renseigné sur les conflits au sein de l’hôpital. Mais le ton familier du mail ne semble pas précisément celui d’une directrice informant un représentant du personnel médical.

Contactés par Mediapart, Anne Costa et Alain Simon n’ont pas donné suite au moment où nous publions cet article. Ils ont pourtant tous les deux joué un rôle crucial dans la situation professionnelle de Jean-Louis Mégnien. Alain Simon dirigeait à l’hôpital Broussais le Centre de médecine préventive cardiovasculaire (CMPCV), qui a été transféré à l’hôpital européen Georges-Pompidou en 2008. Mégnien a travaillé au CMPCV dès 1990, d’abord sous la direction du professeur Joël Ménard, puis sous celle d’Alain Simon.

 

Son ancien chef répand la rumeur qu'il est mentalement perturbé

À partir de 2012 se pose le problème de la succession d’Alain Simon, qui doit prendre sa retraite de chef de service. Jean-Louis Mégnien est, en dehors de Simon, le seul « PU-PH » du service (professeur des universités – praticien hospitalier). Sa compétence est reconnue. Il aurait logiquement dû succéder à Alain Simon. Or, Simon ne soutient pas Mégnien, de sorte qu’une solution atypique est retenue, celle d’une chefferie tournante. Mégnien résume la situation dans un mail à un collègue daté du 12 novembre 2013 :

« […] Chironi avec l’appui de Simon a posé sa candidature. Simon a tout fait pour que je retire la mienne.[…] Il considérait qu’il y avait 2 candidatures légitimes, et dans ses conditions, une commission ad hoc allait être constituée, avec de nombreux sous-entendus pour me faire comprendre que tout serait bidon.

« À partir de là, “j’ai retiré” de force ma candidature sur le principe d’une chefferie de service tournant, et surtout du partage des responsabilités avec codirection de la clinique, de l’enseignement et de la recherche (document joint).  

« Cela n’a pas été respecté comme écrit sur le document, et c’est sur ce point que je suis en désaccord, car depuis la signature de ce papier je suis dans un placard.

« Sur un accord non respecté, je demande à ce que G. Chironi [de] démissionne. »

Tel est donc le conflit qui s’engage à l’automne 2013 : le docteur Gilles Chironi, cardiologue mais qui n’a pas, lui, le titre de PU-PH, a été promu par Alain Simon. Un compromis est trouvé : le poste de chef du service CMPCV tournera tous les quatre ans, Chironi assurant la première rotation. Mais Jean-Louis Mégnien se rend compte que c’est un marché de dupes. Dans les faits, il va être placardisé. Il s’efforce dès lors de se défendre.

La situation s’envenime rapidement. Mégnien constate qu’il n’est plus tenu au courant de ce qui se passe dans le service, dont Chironi a pris officiellement la responsabilité, mais qui continue d’être dirigé de facto par Alain Simon (la pancarte « Pr Simon Chef de service » n’a d’ailleurs pas été retirée de la porte de son bureau, comme en témoigne la photo ci-dessous, prise en décembre 2015).

 

La porte du bureau du professeur Alain Simon, à l'HEGP © DR La porte du bureau du professeur Alain Simon, à l'HEGP © DR

 

Le 28 novembre 2013, Jean-Louis Mégnien envoie un courriel à Alain Simon, écrivant : « Merci d’accuser réception de ce mail, car depuis un mois, je n’ai eu aucune réponse de ta part à mes envois de mail, ni aucun mail de toi, ou de G. Chironi sur le fonctionnement du service… » Pourtant, « jusqu’à il y a 30 jours, A. Simon me disait tout sur tout le monde, personnel médical et administratif », indique Mégnien dans un autre mail de novembre 2013.

À la même époque, la CME, que préside le professeur Loïc Capron, a constitué un groupe de conciliation pour tenter de résoudre le conflit. Le groupe comprend, outre Capron lui-même, le professeur Béatrice Crickx, dermatologue à l’hôpital Bichat, et deux médecins de l’HEGP, les professeurs Michel Desnos et Christian Jacquot. Desnos est alors le chef du pôle cardio-vasculaire de l’HEGP, et a donc autorité sur les décisions d'organisation qui concernent Mégnien. Ce n’est pas la position idéale pour participer à une médiation.

Concrètement, la situation ne s’améliore pas. Jean-Louis Mégnien constate qu’Alain Simon interdit à certains collègues de lui parler. Et répand la rumeur qu’il est mentalement perturbé, que ses « problèmes psychiatriques » le conduisent à dénigrer Gilles Chironi. Mégnien découvre qu’on l’accuse d’avoir tenu des propos homophobes à l’égard de Chironi. Il nie cette accusation dans une lettre recommandée adressée en décembre 2013 à Anne Costa. Il affirme que ce sont Chironi et Simon qui sont responsables de la dégradation de leurs relations.

Réponse cinglante d’Anne Costa dans une lettre de janvier 2014. La directrice reprend à son compte les accusations que Mégnien a toujours niées : « Malgré les témoignages écrits, vous avez nié les faits, à savoir les propos que vous avez tenus au moins à deux reprises contre Gilles Chironi (Pédérastie-Pédophilie)… Enfin, je me suis permis de vous informer, en accord avec le Professeur Desnos, chef de Pôle, et donc responsable de la bonne organisation du service, qu’il n’était pas possible de continuer à travailler au sein d’une équipe aussi petite, en tenant de tels propos. »

Rappelons que Desnos fait partie du groupe qui tente de trouver une solution de conciliation. Or, Anne Costa s’appuie sur Desnos pour signifier à Jean-Louis Mégnien qu’il doit quitter le service, sur la base d’une accusation de propos homophobes qu’il a récusée dès le départ. Anne Costa invoque des témoignages écrits, mais pour Mégnien il s’agit de faux témoignages. Chironi a de son côté déposé une plainte pour propos homophobes, laquelle finira par aboutir à un non-lieu, mais plus tard.

Malgré tout, le professeur Mégnien tente de faire un pas en direction de Gilles Chironi. Le 27 janvier 2014, il écrit à Béatrice Crickx un mail dans lequel il propose de « rentrer dans les rangs », de « ne plus contester le management du CMPCV », et de présenter des excuses. Aux yeux de Jean-Louis Mégnien, ces concessions devraient lui permettre de reprendre le travail avec l’équipe du service. Béatrice Crickx lui répond en indiquant que son maintien au sein de l’unité dépend de la décision de Desnos. Lequel estimait précédemment, en accord avec Anne Costa, que Mégnien ne pouvait plus rester dans l’équipe…

 

« Pourquoi ne m’a-t-on pas écouté ? »

La réponse de Jean-Louis Mégnien à Béatrice Crickx, le 28 janvier 2014, traduit son désarroi : « Je craque. Je n’en peux plus… J’ai l’impression de descendre aux enfers. Qu’ai-je fait pour cela ??? […] Imposer un changement de bureau, à un autre étage, dans un autre service, quitter l’équipe médicale et paramédicale, couper tout lien avec le bureau des RDV, et mes patients et mes étudiants attaque ma dignité, mon honneur, et me désigne directement coupable de ? C. Jacquot m’a interpellé tout à l’heure à 18h00 pour demander ce que je faisais encore au septième étage, et pourquoi je n’avais pas déménagé. C’est une honte ! »

 

Jean-Louis Mégnien © DR Jean-Louis Mégnien © DR

 

Il faut rappeler que Christian Jacquot est censé participer à la conciliation. La dernière phrase du mail de Mégnien se passe de commentaire : « Mais que dois-je faire demain m’occuper de mes patients, contacter mon avocat ou me jeter par la fenêtre ? Je vous le demande… »

C’est peu après ce message qu’Anne Costa adresse à Alain Simon son mail « Et de trois… », qui montre que la directrice de l’hôpital et l’ancien chef de service sont en accord.

En avril 2014, Jean-Louis Mégnien dépose une plainte auprès du conseil de l’ordre contre le professeur Christian Jacquot, à qui il reproche d’avoir fait un faux témoignage pour étayer l’accusation de propos homophobes. Il est décidément difficile de comprendre comment le groupe de médiation avait une chance d’aboutir.

Début juillet 2014, les quatre membres du groupe, Loïc Capron, Béatrice Crickx, Michel Desnos et Christian Jacquot formulent pourtant une proposition : Jean-Louis Mégnien doit quitter le septième étage, et développer une nouvelle activité dans un autre secteur situé à un autre étage ; il doit aussi retirer la procédure qu’il a engagée contre Christian Jacquot auprès de l’Ordre des médecins.

Mégnien refuse cette proposition dans un mail adressé à Capron : « Je ne vois aucun principe de réciprocité, indispensable dans une conciliation », écrit-il.

Le docteur Rachid Zegdi, le « troisième homme » du mail d’Anne Costa, se rend compte de l’état de grande souffrance dans lequel se trouve Jean-Louis Mégnien. Le 27 novembre 2014, il lance une alerte via un mail à Anne Costa, intitulé « Risque suicidaire », qu’il met en copie à Martin Hirsch.

Le courriel de Zegdi aura malheureusement été prémonitoire : « Madame la directrice, je vous écris ce jour pour porter à votre connaissance une information que j'estime être de la plus haute importance. Vous allez recevoir aujourd'hui le Pr Jean-Louis Mégnien. Sachez, Madame la Directrice, qu'il est actuellement en très grande souffrance. Vous en connaissez la cause (harcèlement moral…) mais vous en ignorez son degré d'affliction ! Le Pr Mégnien a une vision très noire de son avenir immédiat et à moyen terme. Il a clairement exprimé son “envie d'en finir”; il “s'est renseigné” m'a-t-il annoncé ce matin, en pleurs! Seul son amour pour sa femme et ses 5 enfants l’a empêché de commettre l'irréparable. Prendre une décision, aujourd'hui, qui irait contre son souhait ou ses intérêts risquerait de le pousser au fond du précipice au bord duquel il se trouve actuellement. »

Ni Anne Costa, ni Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique, qui a lu ce mail, n’ont réagi à la hauteur de l’avertissement. Le professeur Mégnien est parti en arrêt maladie dans les premiers mois de 2015. À son retour, le 14 décembre dernier, il a trouvé son bureau inaccessible : la serrure avait été changée. Notre enquête ne nous a pas permis de savoir qui avait fait changer cette serrure.

Après le suicide du médecin, le professeur Bernard Granger, psychiatre à l’hôpital Tarnier, et membre de la CME de l’AP-HP, que préside Loïc Capron, a publié une lettre ouverte dans laquelle il interpelle Martin Hirsch. Rappelant le message d’avertissement envoyé par Rachid Zegdi en 2014, Granger dénonce « une maltraitance institutionnelle incarnée en premier lieu par la directrice du groupe hospitalier, qui a choisi son camp plutôt que de se situer au-dessus de la mêlée, comme cela eût été son rôle ».

Pour Bernard Granger, Martin Hirsch et ses subordonnés auront à « rendre des comptes ». Il reproche au directeur général de l’AP-HP d’avoir soutenu Anne Costa et de l’avoir confortée dans une « posture partisane, qu’elle conserve aujourd’hui encore malgré la tragédie que vit l’HEGP ».

Au cours des deux dernières années, la directrice a été mise en cause par le personnel médical de l’HEGP à plusieurs reprises. Comme on l’a vu plus haut, elle a tenté de licencier le chirurgien Mohamed Derder, sur la base d’une accusation non prouvée. On lui a reproché, au printemps 2014, d’avoir fait établir des fichiers illicites pour évaluer l’activité des chirurgiens en notant ceux qu’elle jugeait « faiblards » ou « corrects ».

Martin Hirsch n’a cependant pas remis en cause la gouvernance d’Anne Costa, concédant seulement une « anomalie » dans l’affaire des fichiers. Sa position évoluera-t-elle après la récente tragédie ? Mediapart l'a contacté par mail, sans avoir obtenu de réponse au moment où paraît cet article.

Ces jours-ci, Rachid Zegdi a renvoyé à Anne Costa et Martin Hirsch son mail de novembre 2014 après la mort de son collègue, accompagné de ce simple commentaire : « Pourquoi ne m’a-t-on pas écouté ? » 

Il a reçu cette réponse d’Anne Costa : « Après une longue concertation, nous avons pensé pouvoir apaiser la situation en séparant les acteurs, après avoir rencontré à plusieurs reprises ces derniers. Nous avons ensemble entendu la très grande difficulté dans laquelle était le professeur Mégnien, en proposant des solutions d'installation au deuxième étage pour permettre la poursuite de son activité dans des conditions plus sereines […] Lors de son retour, ses collègues et les cadres ont agi aussi prudemment que possible. Le médecin du travail a permis une reprise sous surveillance étroite. Malgré tout cela, l'irréparable s'est produit. »

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social Ils réagissent
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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 17:33

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

David Graeber: «La bureaucratie sert les intérêts des 1%»

1 janvier 2016 | Par Joseph Confavreux et Jade Lindgaard
 
 

« Il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché libre que la monarchie absolue de Louis XIV. » À partir de ce constat, l’anthropologue anarchiste David Graeber esquisse une critique renouvelée du « capitalisme bureaucratique ». Entretien.

 

« De nos jours, on ne parle guère de la bureaucratie. Au milieu du XXe siècle, en revanche, le mot était partout, notamment à la fin des années 1960 et au début des années 1970 », constate David Graeber en introduction de son nouveau livre intitulé Bureaucratie et publié par les Liens qui libèrent.

 

Pour l’anthropologue anarchiste rendu célèbre pour son livre sur la dette – qui s’est écoulé à des centaines de milliers d’exemplaires –, cette disparition n’est pas liée au fait que les problèmes relatifs à la bureaucratie auraient disparu mais à ce que « nous y sommes habitués » et que « nous n’avons plus envie de réfléchir à la bureaucratie », alors même qu’elle « détermine tous les aspects de notre vie », si on ne la confond pas avec l’État.

En effet, affirme David Graeber, « il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché libre que la monarchie absolue de Louis XIV ». L’anthropologue rappelle en effet que « le libéralisme anglais n’a pas entraîné le dépérissement de la bureaucratie publique, mais exactement le contraire : l’expansion continuelle de tout l’éventail des juristes, greffiers, inspecteurs, notaires et commissaires de police qui ont rendu possible le rêve libéral d’un monde de libres contrats entre individus autonomes ».

Le problème, c’est que le langage de l’individualisme anti-bureaucratique, porté dans les années 1960 et 1970 par une gauche qui se battait aussi contre le capitalisme, a été repris « avec une férocité croissante par une droite qui réclame des “solutions de marché” à tout problème social ». Face à ce mouvement, « la gauche classique s’est vue de plus en plus réduite à livrer une pitoyable bataille d’arrière-garde pour tenter de sauver ce qui reste du vieil État du bien-être. Sous prétexte de rendre l’action de l’État plus “efficace”, elle a approuvé – et souvent impulsé – la privatisation partielle des services publics et l’intégration croissante, dans la structure de l’administration bureaucratique elle-même, des “principes de marché”, “incitations de marché” et autres “procédures de responsabilisation” fondées sur le marché ».

 

 

Pour l’anthropologue, tout cela conduit à une « catastrophe politique », puisque « face à tout problème social, les solutions de la gauche radicale sont presque partout exclues tout court et celles de la gauche “modérée” sont invariablement devenues la fusion cauchemardesque des pires éléments de la bureaucratie et des pires aspects du capitalisme ».

 

À suivre David Graeber, nous assistons donc « à la fusion progressive de la puissance publique et privée en une entité unique, saturée de règles et de règlements dont l’objectif ultime est d’extraire de la richesse sous forme de profits ». En effet, selon lui, « libre-échange et marché libre signifient en réalité création de structures administratives mondiales », tandis qu’une « partie des profits de l’extraction des rentes est recyclée vers des composantes privilégiées des professions spécialisées et libérales, ou sert à créer de nouveaux types de bureaucrates gratte-papier dans les entreprises », stimulant ce qu’il dénonçait dans un précédent article, à savoir l’essor des « métiers à la con », « artificiels et visiblement dénués de sens – coordinateur de vision stratégique, conseil en ressources humaines, analyste juridique, etc. –, bien qu’une fois sur deux, même les détenteurs de ces postes soient secrètement convaincus qu’ils n’apportent rien à l’entreprise ».

À quoi ressemblerait une critique de gauche de ce capitalisme bureaucratique identifié par David Graeber ? Éléments de réponse à l’occasion de son passage à Paris.

 

Alors que les intérêts privés influencent trop souvent les décisions des gouvernements, vous vous attaquez à la bureaucratie dans votre dernier livre. Est-ce le bon ennemi ?

Personne ne prétend vouloir faire de la régulation mais, en réalité, la seule chose qu’ils font c’est réguler davantage ! Cette idée de dérégulation, que signifie-t-elle au fond ? Non pas enlever de la régulation mais en créer d’autres formes. Aux États-Unis par exemple, ils ont « dérégulé » les compagnies aériennes. Concrètement, on est passé d’un système de gestion de la concurrence entre quelques petits oligopoles à la mise en concurrence de nombreuses entreprises. Ensuite ils ont dérégulé les technologies de la téléphonie et des communications, puis les banques. Dans ce domaine, on est passé d’un grand nombre de petites entreprises en compétition les unes avec les autres à un système de compétition entre un petit nombre d’oligopoles.

En réalité, la « dérégulation », cela peut vouloir dire tout et son contraire. Ce mot n’a pas de sens intrinsèque. Quand on parle de déréguler, en réalité, on parle de changer le système de régulations à sa propre convenance. C’est-à-dire le plus souvent pour que certains gagnent encore plus d’argent. C’est exactement la manière dont le capitalisme fonctionne aujourd’hui : changer les règles pour que cela profite à quelques-uns. La politique se résume de plus à plus à extraire le profit de la rente du capital et à l’utiliser pour influencer les structures politiques, afin qu’elles mettent en place de nouvelles règles qui garantissent encore plus de rente à ce même capital !

 

Pourquoi la bureaucratie, ce terme qui fleure bon les années 1960, vous intéresse-t-elle comme sujet d’étude aujourd’hui ?

Pourquoi les classes populaires sont-elles plus susceptibles de voter pour des populistes de droite que pour des partis de gauche ? Parce que leur expérience concrète de l’oppression vient moins du capitalisme en soi que des bureaucrates, de tous ceux dont le boulot consiste à rendre les pauvres malheureux de leur sort. L’ironie, c’est que plus se mettent en place des réformes de droite, plus il y a de bureaucrates. C’est un cercle vicieux qu’il faut dénoncer. Il existe un énorme potentiel pour la critique de gauche anti-bureaucratique.

Quand nous [le mouvement Occupy Wall Street, ndlr] avons parlé des 1 % et des 99 %, cela a eu une énorme résonance. Les 1 %, ce n’est pas seulement une classe de privilégiés, cela désigne le pouvoir d’une classe. Les 1 %, ce sont ceux qui donnent le plus d’argent aux candidats pendant les campagnes électorales et engrangent la plupart des bénéfices de la croissance économique. Et ce n’est pas une coïncidence. Le capitalisme aujourd’hui fonctionne de moins en moins, selon l’explication marxiste classique, par l'extraction de la plus-value sur les salaires mais de plus en plus par l’extraction directe, par la dette et diverses formes de frais et de pénalités d’impayés. Tout cela est décidé par des règles gouvernementales. En résumé, les 1 % prennent votre argent et le donnent aux politiques pour qu’ils écrivent les lois qui leur rapportent encore plus en profit.

 

Le problème, est-ce la bureaucratie, ou la manière dont le capitalisme se l’est appropriée ?

Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne était une grande puissance capitaliste, à l’époque de l’Empire, et prenait au sérieux sa rhétorique du libre-échange. Les entreprises capitalistes étaient plutôt petites, souvent familiales. Au XXe siècle un autre système s’est mis en place aux États-Unis et en Allemagne : un capitalisme d’entreprises hautement bureaucratisées. Les États-Unis ont créé des institutions bureaucratiques : le FMI, la Banque mondiale, les Nations unies. Rien d’équivalent n’avait existé auparavant. C’est fascinant.

L’Amérique se voit comme le pays de l’individualisme dérégulé, alors que c’est une société incroyablement bureaucratisée. Et elle a imposé cette sorte de régime bureaucratique au reste du monde. Les mouvements altermondialistes ont mis cela en exergue sur l’OMC, le FMI et la Banque mondiale, et les gens ont été horrifiés de ce qu’ils ont découvert.

 

Mais le problème est-il l’existence en soi de cette bureaucratie ou le fait que les grandes entreprises ont plus de moyens que les autres pour défendre leurs intérêts grâce à leurs avocats ou à leurs lobbyistes ? N’est-ce pas avant tout un enjeu de rapports de force ?

Cette bureaucratie est conçue de façon à servir les intérêts de ceux qui l’ont mise en place. Pendant la période florissante de l’État providence dans les années 1940, 1950 et 1960, il y a eu une tentative de faire passer la bureaucratie du côté du peuple. Mais ce ne fut qu’un faux espoir. La bureaucratie et l’État providence n’ont pas été créés par la gauche mais, à l’origine, par des gens comme Bismarck, comme une structure verticale pour empêcher l’exercice du pouvoir par le peuple. Il les a ouvertement décrits comme une manière de soudoyer la société : « Il faut leur donner quelque chose pour obtenir leur loyauté. »

Alors que la plupart des institutions de l’État providence – l’assurance santé ou les bibliothèques publiques par exemple – ont été créées par des mouvements populaires et des syndicats, les gouvernements n'ont pas autorisé ces organisations à les gouverner elles-mêmes. Ils les ont prises en charge à travers des systèmes bureaucratiques verticaux. Le problème, c’est qu’une fois que vous abandonnez ce pouvoir de gestion, vous ne pouvez plus le reprendre. Je pense qu’une fois que vous acceptez que les choses soient gérées selon un système vertical de décision, quasi militaire, vous avez déjà perdu la partie. C’est la loi d’airain du néolibéralisme : il crée toujours plus de régulations et de bureaucrates. Après l’effondrement de l’Union soviétique, dans les dix ans qui ont suivi, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 20 %.

 

Est-ce la faute de la gauche ?

Non, mais elle s’est comportée de manière idiote. La gauche est tombée dans son propre piège, en pensant qu’elle doit défendre la bureaucratie, alors même qu’elle agit en réalité de plus en plus au service des intérêts de la droite. Dans les années 1960, des militants radicaux (hippies, situationnistes...) portaient une critique très forte et juste de la bureaucratie. Selon eux, la démocratie sociale fonctionnant avec des institutions bureaucratiques n’était pas si éloignée du fascisme ou du socialisme d’État.

 

Thomas Piketty et David Graeber lors d'une rencontre organisée par Mediapart © jc Thomas Piketty et David Graeber lors d'une rencontre organisée par Mediapart © jc

 

Mais la situation a complètement changé aujourd’hui. La droite a repris à son compte cette vieille critique gauchiste. Le parti républicain, aux États-Unis, accuse la réforme d’Obama sur l’accès à la santé d’être une forme de socialisme d’État et de fascisme. Alors que la gauche défend la bureaucratie. Pourtant, la plupart de nos problèmes avec la bureaucratie, on les rencontre dans nos rapports avec notre banque.

Quand vous allez chez Apple pour faire réparer votre ordinateur et que vous tombez dans l’enfer des formulaires administratifs, des queues interminables et des attentes au téléphone, personne ne se rend compte que c’est de la bureaucratie. Toute cette folie administrative décrite par Kafka au début du XXe siècle, c’est notre vie quotidienne aujourd’hui. Or personne ne pense que c’est de la bureaucratie, car on associe encore cette idée à celle de gouvernement.

 

Mais peut-on imaginer une démocratie sans bureaucratie ? On a besoin d’administration pour assurer la défense de l’intérêt général…

Oui, c’est vrai. Mais il y a cinquante ans, on n’avait que 5 % de paperasserie à faire par rapport à aujourd’hui. Je ne crois pas que le monde soit beaucoup plus compliqué aujourd’hui qu’il ne l’était alors. Est-ce qu’enseigner est trois fois plus compliqué qu’il y a vingt ou cinquante ans ? C’est la même chose, sauf qu’il faut dix fois plus de personnes pour en gérer l’administration. C’est vrai que tout ne peut pas se gérer à un niveau individuel : le don d’organe par exemple. Mais il faut partir de l’idée que la bureaucratie n’est pas nécessaire pour mieux déterminer les fonctions pour lesquelles elle reste utile.

Un exemple d’alternative à la bureaucratie est ce que les gens font avec l’action directe, en créant des formes de démocratie directe. La seule forme de bureaucratie qui serait utile, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, c’est celle que l’on n’a pas : des archives de vos antécédents médicaux, par exemple. La part attirante de la bureaucratie, c’est que c’est un système impersonnel.

 

Il y a deux ans, vous avez visité l’usine des Fralib, près de Marseille, alors en grève contre leur propriétaire qui voulait les délocaliser. Qu’y avez-vous appris ?

Cette rencontre m’a beaucoup marqué dans mon analyse de toutes les fonctions intermédiaires de décision et de gestion dans l’entreprise. Je m’en suis servi pour mon texte sur les « bullshit jobs » ou « métiers à la con ».  

Pourquoi les entreprises embauchent-elles des gens qui ont l’air de ne rien faire ? Les Fralib m’ont expliqué qu’historiquement, leur usine a connu une hausse constante de la productivité et des salaires. Puis cela s’est arrêté. Quand ils ont introduit de nouvelles techniques et des nouvelles machines sur leur site de production, ils n’ont pas bénéficié d’augmentation de salaires comme cela se serait passé auparavant. À la place, leur employeur a embauché de plus en plus de cadres.

 

L'usine Fralib occupée en mai 2012 © LF L'usine Fralib occupée en mai 2012 © LF

 

Au départ, il y en avait deux : le responsable des ressources humaines et le chef. Puis il y en eut 7, 8, 9… des gens qui se sont mis à tourner autour des ouvriers, dans leurs costumes-cravates. Ils n’avaient pas grand-chose à faire. Ils se sont donc mis à observer ceux qui travaillaient, à les surveiller, à créer des systèmes d’évaluation et, à la fin, à proposer de délocaliser l’usine en Pologne. Qui sont ces gens ? Ce ne sont pas des travailleurs. Ils font du management. C’est une forme de redistribution du profit de la rente : l’entreprise est si riche, elle gagne tellement d’argent qu’elle embauche tous ces gens, même sans avoir de véritable travail à leur donner.

 

Dans votre livre, vous dénoncez la « diplômania ». De quoi s’agit-il ?

C’est un exemple de création de valeur à partir de documents et non de pratiques. Les connaissances que vous appreniez en les pratiquant nécessitent aujourd’hui d’être validées par des papiers. Les bibliothécaires ont dû réapprendre leur métier à cause de la mise en place de procédures impersonnelles, ce qui les a obligés à retourner à l’école, contracter des emprunts… Pour être thérapeute par l’art ou journaliste, tout d’un coup, il vous faut un diplôme.

Cela correspond à un état d’esprit en lien avec le capitalisme financier et bureaucratique. C’est l’idée que la valeur provient des papiers, des documents administratifs. C’est une forme de fétichisation. Si vous êtes pauvre, il faut remplir certaines conditions et beaucoup de papiers pour obtenir des aides sociales, et des gens gèrent les informations que vous communiquez. Si vous êtes dans la classe moyenne, vous passez votre temps à vous évaluer et à évaluer les autres, vos collègues… Il y a donc cette idée que notre classement est ce qui fait notre valeur, avec une chaîne géante de documentation et de formulaires à remplir dont nous pensons qu’elle crée notre valeur, alors qu’elle crée de la contrainte.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 17:03

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

A Fukushima, l’eau radioactive continue de s'accumuler

1 janvier 2016 | Par La rédaction de Mediapart
 
 

Selon le quotidien japonais The Mainichi, les tentatives de réduire la quantité d’eau contaminée par la radioactivité à la centrale accidentée de Fukushima ont échoué jusqu’ici, et la quantité totale d’eau contaminée a augmenté.

 

Selon le quotidien japonais The Mainichi, les tentatives de réduire la quantité d’eau contaminée par la radioactivité à la centrale accidentée de Fukushima ont échoué jusqu’ici, et la quantité totale d’eau contaminée a augmenté.

Tepco (Tokyo Electric Power), la société qui gère la centrale, avait prévu de diviser par deux la quantité quotidienne d’eau souterraine contaminée s’infiltrant par le sous-sol. Cette quantité était de 150 tonnes par jour et devait être diminuée par pompage et évacuée dans l’océan, explique The Mainichi. Mais cela n’a pas été possible parce que l’eau pompée s’est révélée trop radioactive, et a dû être stockée près des bâtiments de la centrale, à raison de 400 tonnes par jour. Un mur étanche de 780 mètres a été construit pour empêcher l’eau contaminée de s’écouler dans l’océan, mais il a été courbé sous la pression, et Tepco a dû le renforcer tout en construisant de nouveaux réservoirs de stockage. Tepco continue de lutter contre l’accumulation d’eau contaminée, avec grande difficulté.

Lire dans The Mainichi

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 15:55

 

 

 

BELLE ET HEUREUSE ANNEE 2016

 

Que vos désirs deviennent réalités.

Octroyez-vous ce qui vous tient le plus à coeur

Ne laissez pas les doûtes prendre le dessus, osez !

 

Et aimez !

 

Vous, ceux qui vous sont chers, les autres,

ceux que vous ne comprenez pas toujours,

la vie, la nature, notre chère planète.

 

Créez, vibrez, partagez,

Soyez le changement

 

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 16:15

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

La ville de Metz condamnée à appliquer la loi obligeant une commune à héberger toute personne à la rue se trouvant sur son territoire

COLLECTIF MOSELLAN DE LUTTE CONTRE LA MISERE
Samedi, 26 Décembre, 2015
 
 
 
C’est une première en France qui vaudra jurisprudence.
Durant l’été 2013, et sur la base de l’article L 511-2 du Code de l’Action sociale et des familles, 4 personnes d’origine étrangère à la rue avaient demandé par écrit au maire de Metz un hébergement. Le maire de Metz avait rejeté leur demande par lettres des 30 juillet et 22 août 2013 au motif que le texte invoqué ne concernait que les français et pas les étrangers.
Saisie par le collectif,  la Commission départementale d’aide sociale de la Moselle avait déclaré, par décision du 11 septembre 2014, sans objet ce recours du collectif au prétexte que les personnes avaient été hébergées après être restés plusieurs semaines dans la rue.
Le collectif avait alors saisi en appel la Commission centrale d’aide sociale, dépendant du ministère de la Santé.
Le 17 novembre 2015, la Commission centrale d’aide sociale, présidée par Monsieur BELORGEY, au nom du peuple français, a décidé d’annuler l’ensemble des décisions de rejet de la mairie de Metz et de la Commission départementale d’aide sociale de la Moselle.
Le même jugement déclare que « la République mande et ordonne à la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes et à tous les huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privés, de pourvoir à l’exécution de la présente décision ».
 
Le collectif se félicite, au nom de tous les sans abris laissés pour compte dehors, d’où qu’ils viennent, de voir établie pour la première fois en France une jurisprudence rendant obligatoire dans les faits et la pratique l’hébergement de toute personne à la rue, française ou étrangère, sur la base de l’article L 511-2 du Code de l’action sociale et des familles.
 
Désormais, il faut savoir et faire savoir que ce texte, assez méconnu et jamais vraiment appliqué, rejette toute idée de préférence nationale. En effet, l’actuel maire de Metz, Dominique Gros, avait déclaré en juin 2008 à une délégation du collectif reçue en son bureau que cette disposition légale, émanant d’une loi du 17 janvier 2002 «  ne concernait que les Français »
 
La justice vient de donner raison au collectif.
 
Aujourd’hui encore à Metz comme ailleurs, des personnes vivent dehors, dans le plus grand dénuement. Compte tenu de l’extrême précarité de ces personnes, le collectif exige immédiatement l’application de cette loi et de la jurisprudence qu'il vient de créer à l'échelon national en s’appuyant sur le jugement qui vient d’être rendu le 17 novembre 2015.
 
 
 
 
 
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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 16:06

 

Source : http://www.radio-monaco.com

 

 

En Iran, des "murs de la gentillesse" pour aider les sans-abri

 

 

 

En Iran, des "murs de la gentillesse" pour aider les sans-abri

 
Jimmy Boursicot
Par Jimmy Boursicot
mercredi 23 décembre 2015

Des porte-manteaux, des cintres et des vêtements accrochés dessus, au beau milieu de la rue. Depuis deux mois, les "murs de la gentillesse" sont de plus en plus nombreux en Iran.

Cette initiative a pour but de venir en aide aux sans-abri et aux plus démunis en leur permettant de récupérer gratuitement des vêtements et des chaussures. Parfois, certains ajoutent quelques livres au pied du mur où il est écrit : "Si vous n’en avez plus besoin, laissez-le. Si vous en avez besoin, prenez-le".

Tout aurait commencé à Ilam, une ville située dans la partie ouest du pays. Très vite, l'information a été partagée sur Facebook et elle a donné envie à d'autres citoyens de reproduire ce principe un peu partout. Aujourd'hui, on le retrouve dans des communes importantes comme Tabriz et Kerman, en attendant Téhéran.

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 15:27

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

Un canal au Nicaragua (1/3): la saignée environnementale

30 décembre 2015 | Par Thomas Cantaloube
 
 
 

Le gouvernement sandiniste a annoncé il y a deux ans l’ouverture d’ici à 2020 d’un nouveau chenal transocéanique. Un projet gigantesque qui passe par l’expropriation de dizaines de milliers de paysans et des dégâts environnementaux considérables.

De nos envoyés spéciaux au Nicaragua. - Escuelita a le sens de la théâtralité. Ou peut-être pas, c’est juste sa nature. Au milieu de sa plantation de bananiers, il cale son pouce dans sa grosse broche de ceinturon, ajuste son chapeau sur son crâne, vérifie la tenue de son pistolet dans son holster, puis il déballe ce qui l’agite depuis plusieurs mois. L’ancien guérillero laisse la colère monter en lui. Son nom de guerre, Escuelita, « petite école », lui a été donné par ses compagnons car sa maison avait servi de premier camp d’entraînement pour le Front sandiniste dans sa lutte contre le dictateur Anastasio Somoza, puis dans la guerre civile pour éliminer les contras. C’est ce statut d’ancien combattant sandiniste qui l’autorise aujourd’hui à se promener avec son arme dès qu’il sort de chez lui.

Même s’il laisse entendre qu’il peut y avoir du danger, il ne risque pas grand-chose dans sa petite ville de Rivas, sur les berges du lago Cocibolca, où il connaît tout le monde. Le Nicaragua est aujourd’hui un des pays les plus tranquilles d’Amérique centrale, une région où la violence demeure pourtant endémique. Si Escuelita n’est pas menacé, sa vie l’est. Ou plutôt sa subsistance, ses terres et son mode de vie.

 

Cela fait maintenant deux ans que le gouvernement du Nicaragua, dirigé d’une main de fer par l’ancien guérillero Daniel Ortega, a annoncé la construction d’un gigantesque projet : le creusement d’un canal destiné à relier les océans Pacifique et Atlantique et à concurrencer le canal de Panama plus au sud. Ce projet vieux de deux siècles, relancé à intervalles périodiques, a été remis sur la table une fois de plus, avec l’assurance que cette fois-ci, c’est la bonne !

 

Canal Nicaragua © Reuters Canal Nicaragua © Reuters

 

Évidemment, un tel ouvrage – 278 kilomètres (contre 77 km au Panama), la traversée du plus grand lac d’eau douce d’Amérique centrale, la percée au cœur de la forêt équatorienne –, ne se fait pas sans dommages ni mécontentements. Mais la manière dont le gouvernement nicaraguayen a entrepris et annoncé ce projet, dont les détails restent en partie opaques malgré son ambition démesurée, a suffi pour braquer une partie de la population du pays le plus pauvre des Amériques après Haïti, au point de menacer la survie du régime clientéliste et corrompu d’Ortega. Ce qui nous ramène à Escuelita, de son vrai nom Rafael Angel Bermudez Hernandez.

 

Sur le lac Nicaragua : vue d'Ometepe depuis le ferry qui rallie l'île à la terre. © Jean de Peña Sur le lac Nicaragua : vue d'Ometepe depuis le ferry qui rallie l'île à la terre. © Jean de Peña

 

Après la révolution de 1979, le jeune combattant de l’époque s’est vu attribuer un lopin de terre, qu’il a fait prospérer, revendu et étendu. Aujourd’hui, à l’âge d’une retraite qu’il ne semble pas décidé à prendre, Escuelita gère 23 hectares de plantation, essentiellement des bananiers, dans une zone considérée comme une des plus fertiles du pays, en bordure du lac Nicaragua (l’autre nom du lago Cocibolca), par lequel le futur canal doit passer. Personne n’est venu lui parler directement ni l’informer du sort de sa propriété, mais il a découvert que le tracé du canal passait à proximité de ses terres, qui serviront à la construction d’un aéroport ou d’une zone franche – la finalité précise n’est pas claire, mais cela fait partie du secret qui entoure le projet, nous y reviendrons.

« On nous a annoncé que l’achat des parcelles se ferait au prix du cadastre », s’emporte Escuelita. « Mais c’est du vol ! S’ils veulent nous exproprier, qu’ils paient au moins la valeur réelle des terres, au prix du marché, qui est dix à cent fois plus élevé ! » C’est un euphémisme de dire qu’il est énervé et dégoûté. Dans sa modeste maison du centre de Rivas, il n’y a que des clichés de famille : lui, sa femme, ses huit enfants et une vingtaine de petits-enfants. « J’ai enlevé toutes les photos de mes années de guérilla… Je me suis battu pour un pays libre et démocratique… comme le Costa Rica. Pas pour Ortega, qui est devenu pire que Somoza ! »

 

« Nous avons un gouvernement, mais il n’est pas le propriétaire du pays ! »

Histoire de montrer qu’il n’est pas un vieux révolutionnaire égoïste gonflé d’amertume, et qu’il n’est pas seul dans sa révolte, Escuelita nous embarque dans son vieux 4×4 pour un tour dans les plantations. On réveille Victor Manuel Urbina en pleine sieste, mais il ne lui faut que quelques secondes pour nous emmener voir ses bananiers : « Ce sont les meilleurs terres du Nicaragua et même d’Amérique centrale. Elles n’ont pas de prix. Outre le lac, j’ai des sources d’irrigation sur mon terrain. Si tu vas à quelques kilomètres d’ici, il n’y a pas d’eau pour irriguer. S’ils m’exproprient, je ne retrouverai jamais de telles terres. Et que feront mes employés ? Je fais travailler 25 personnes, c’est-à-dire que je fais vivre 25 familles. Qu’est-ce qu’elles feront s’il n’y a plus que du béton ? »

Il a beau être jeune et posé, Victor est résolu à défendre son gagne-pain. Comme des dizaines d’autres, il a participé à plusieurs manifestations contre le canal, dont une qui s’est soldée par un séjour de sept jours au poste de police et toutes les brutalités qui vont avec… Cela l’a secoué : « On protestait pacifiquement, on faisait valoir nos droits, on demandait davantage d’information et l’État nous est tombé dessus comme de vulgaires délinquants. Il y a eu deux morts ! C’est difficile à accepter... »

À quelques kilomètres de là, Rodrigo Guttierez, 60 ans, est accoudé à sa cabane en bois, vêtu d’un tee-shirt constellé de taches de cambouis. Il possède quelques hectares où « tout pousse ». Ancien révolutionnaire, il est lui aussi remonté comme un coucou contre le canal : « Nous avons un gouvernement, mais il n’est pas le propriétaire du pays ! On n’expulse pas les gens sans les consulter ni les informer ! » Comme beaucoup au Nicaragua aujourd’hui, il se déclare « sandiniste mais pas danieliste ». C’est-à-dire qu’il proclame sa fidélité aux idéaux d’Augusto Sandino, le héros national de la lutte pour la liberté dans les années 1920 et 1930, qui a donné son nom au mouvement qui a renversé la dictature en 1979 ; mais qu’il s’oppose aux dérives de Daniel Ortega, un des leaders de la révolution devenu le dirigeant du pays de 1979 à 1990 puis depuis 2007.

Pour Rodrigo Guttierez, les promesses du gouvernement en matière de développement du pays et de créations d’emplois grâce au Canal ne valent rien : « J’ai vécu au Panama, je sais de quoi je parle. Tout est informatisé pour le passage des navires, il n’y a presque pas de jobs. Et qui a profité de l’économie du canal depuis un siècle ? Les États-Unis bien davantage que le Panama ! »

 

Plantation de bananes sur les meilleures terres de Rivas, où devraient être construits un aéroport ou une zone franche. © Jean de Peña Plantation de bananes sur les meilleures terres de Rivas, où devraient être construits un aéroport ou une zone franche. © Jean de Peña

 

Les premiers chiffres dévoilés par le gouvernement lorsqu’il a annoncé le projet promettaient la création de 250 000 emplois. Dans une nation de six millions d’habitants, dont près de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté défini par l’ONU, où les principales ressources sont agricoles, cette perspective résonnait comme le jackpot. Mais ces projections semblaient particulièrement irréalistes, et elles ont été ramenées depuis à 50 000 emplois. Un chiffre qui apparaît encore surestimé, pour la plupart des experts qui se sont penchés sur la question.

Pour Jairo Carion, un opposant au canal, ces promesses sont du vent : « Qu’on me trouve le moindre Nicaraguayen qui sache utiliser une méga-dragueuse de fond ! Il n’y en a pas. Nous n’avons aucune compétence locale pour utiliser les machines à creuser, ni pour faire les études nécessaires. Ceux qui vont gagner de l’argent, ce sont les concessionnaires et les investisseurs, pas nous. » Même son de cloche chez Rodrigo Guttierez : « La création d’emplois, ce sont des mensonges. Il n’y a personne ici qui sache manœuvrer les engins de construction nécessaires. Au Costa Rica par exemple, ils ont construit un stade uniquement avec des ouvriers et du matériel chinois », assure-t-il. Les Chinois, justement, évoquons-les.

 

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’Ortega soit affublé du surnom de « vendepatria »

On ne bâtit pas un canal transocéanique comme un gratte-ciel ou un aéroport. Et pourtant, c’est l’impression que donne le gouvernement nicaraguayen depuis le début de cette affaire. Ou, en tout cas, depuis la rencontre en 2012 entre Daniel Ortega et Wang Jing, un jeune et obscur entrepreneur chinois des télécoms, quasiment inconnu malgré un poids financier qui se chiffre en milliards de dollars. Quelques mois après s’être serré la main pour la première fois, les deux hommes ont passé un accord et créé le Hong Kong Nicaragua Canal Development Group (HKND), un consortium privé chargé de développer, construire et exploiter le passage transocéanique. Un an plus tard, en 2013, l’Assemblée nationale nicaraguayenne approuvait en quelques heures la « loi 840 », octroyant à HKND des privilèges exorbitants concernant la concession du canal : droits d’exploitation pour cent ans (avec rétrocession à l’État nicaraguayen de 1 % par an), droits d’expropriation de 10 km sur chaque rive, contrôle de deux ports en eaux profondes, d’un aéroport, d’une zone franche, d’un chemin de fer, de diverses routes, ainsi que de plusieurs complexes touristiques sur le tracé… Le tout pour une rémunération de 10 millions de dollars par an (!) pour le Nicaragua. Un pourboire.

 

L'épouse d'Escuelita tient un journal signalant que la police intimide les opposants au Canal © Jean de Peña L'épouse d'Escuelita tient un journal signalant que la police intimide les opposants au Canal © Jean de Peña

 

Il n’a pas fallu longtemps après la découverte de ces conditions pour qu’Ortega soit rapidement affublé du surnom de « vendepatria » (bradeur de la patrie), la même insulte que celle qui était brandie par Augusto Sandino contre la mainmise des États-Unis et des grands propriétaires et gouvernants à leur solde dans les années 1930. Il n’arrange rien que l’origine de la fortune de Wang Jing reste assez mystérieuse, de même que son ascension au sein de l’élite économique chinoise. Inconnu il y a cinq ans, il aurait construit sa richesse dans l’exploitation de mines en Asie du Sud-Est avant de racheter la société de télécommunications Xinwei en 2010. Mais il ne possède aucun projet d’envergure à son actif. Cela ne l’a pas empêché de garantir qu’il n’aurait aucun problème à trouver les 50 milliards de financement jugés nécessaires pour creuser le canal, et à en ouvrir les écluses en 2019 !

« Beaucoup de rumeurs font état de sa proximité avec l’armée populaire, d’autant que Xinwei a exécuté plusieurs contrats pour l’institution », estime un diplomate français qui a été en poste à Pékin. « L’armée chinoise a également acquis depuis plusieurs décennies une expérience en matière de grands projets, notamment des chemins de fer dans l’Himalaya. De toute manière, les enjeux stratégiques autour du canal sont tels qu’il est peu probable que le gouvernement chinois laisse un entrepreneur s’avancer seul. Au minimum, Pékin regarde par-dessus son épaule. » Les Chinois sont en effet de plus en plus intéressés par l’Amérique du Sud.

Outre les avantages considérables qui semblent avoir été accordés à HKND par le pourvoir nicaraguayen et qui ont choqué la population, la question environnementale demeure celle qui agite le plus les citoyens du sud du pays, ceux qui se trouvent sur la route probable du canal.

L’île d’Ometepe, une langue de terre entre deux volcans, semble posée au milieu du lac Nicaragua comme un avant-goût du bonheur. Des eaux tranquilles, des plages de sable, des mangroves, des cultures en terrasse sur le flanc des cratères, très peu de circulation : les habitants ont conscience de la beauté de leur lieu de résidence, même si la vie y est dure, entre agriculture et pêche de subsistance et un peu de tourisme pour routards. Aujourd’hui, ils contemplent rien moins que la disparition de peu qu’ils possèdent.

 

Jairo Carion est fermement planté sur une plage au bout d’Ometepe, désignant le large : « Vous voyez là-bas, si le canal se fait, il y aura de gigantesques navires qui passeront toute la journée. » Ce n’est pas la perspective d’un changement d’horizon qui l’inquiète, mais les bouleversements écologiques d’un tel projet. Le lac n’est pas assez profond aujourd’hui pour que les gigantesques porte-containers modernes puissent le traverser, et il va donc falloir draguer un chenal de 10 à 15 mètres de profondeur sur une centaine de kilomètres. Jairo craint donc que « le creusement puis le mouvement des bateaux ne contaminent le lac et ne modifient tout l’écosystème. Ici, tout le monde dépend du lac à des degrés divers : pour boire, pour se nourrir, pour irriguer, pour l’accueil des touristes… »

 

« Dieu a créé cette île pour que nous en prenions soin, pas pour que nous la détruisions »

 

Des camions-citernes viennent régulièrement s'approvisionner en eau potable dans le lac Nicaragua pour ravitailler les villages alentour. © Jean de Peña - Collectif À-vif(s) Des camions-citernes viennent régulièrement s'approvisionner en eau potable dans le lac Nicaragua pour ravitailler les villages alentour. © Jean de Peña - Collectif À-vif(s)

 

De plus, tous ceux qui se sont rendus à Ometepe et sur le lac ces dernières années l’ont remarqué : le niveau de l’eau baisse. En 2015, la sécheresse a sévi encore plus fortement que les années précédentes, taxant dangereusement les ressources lacustres. À côté de l’embarcadère des ferrys qui font la navette entre Ometepe et la rive, il y a désormais une buvette en bord de plage là où l’on aurait pu tremper ses pieds dans l’eau il y a deux ans… Selon plusieurs études (dont celle-ci), le Nicaragua fait partie des dix pays dans le monde qui ont le plus à craindre des changements climatiques. Le canal risque d’affecter encore plus une zone qui souffre déjà.

Dans la capitale, Managua, Victor Campos, le directeur du Centro Alexander Von Humboldt, une ONG de défense de l’environnement, a l’œil et la moustache tristes quand il évoque ce qui se dessine : « La construction du canal risque de provoquer une grande variété de dégâts, notamment pour le lago Cocibolca, qui est la plus grande réserve d’eau potable d’Amérique centrale. L’eau des océans va rentrer dans le lac et donc le saliniser. Le trafic et le dragage du chenal vont augmenter les particules en suspension, ce qui va diminuer l’oxygénation de l’eau et affecter les poissons et la qualité de l’eau. Il y a plus de 100 000 personnes qui s’en servent pour leur eau potable, et des milliers de familles pêchent dedans. Enfin, le tracé du canal va affecter la libre circulation des espèces dans le corridor biologique méso-américain entre le nord et le sud : le canal sera un barrage à la circulation, en particulier pour de grandes espèces qui sont déjà menacées d’extinction. »

 

Viquincha Rivera, une ouvrière qui sera expropriée de sa maison où elle vit avec ses cinq enfants si le canal est construit. © Jean de Peña Viquincha Rivera, une ouvrière qui sera expropriée de sa maison où elle vit avec ses cinq enfants si le canal est construit. © Jean de Peña

 

Alberto Lopez possède la faconde d’un rappeur. Né à Ometepe, il a été le maire-adjoint de sa principale commune, et donc assez proche du Front sandiniste, le parti omniprésent du président. Mais aujourd’hui, il s’épanche comme un résistant au pouvoir. Au fur et à mesure qu’il parle il goûte l’emballement de ses mots : « Dieu a créé cette île pour que nous en prenions soin, pas pour que nous la détruisions. Ce lac pourrait servir à l’alimentation en eau du Honduras, du Guatemala, du Costa Rica… il pourrait être une source pour réduire les difficultés en eau de la région d’ici 15 ans. Au lieu de cela, nous prenons le risque de faire disparaître le lac et toutes ses espèces ! Où allons-nous vivre ? Sur les flancs du volcan encore en activité ? Allons-nous envahir Managua comme des réfugiés et mourir de faim dans les rues ? »

Photos et vidéos : Jean de Peña - Collectif à-vif(s)

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 15:13

 

Source : http://rue89bordeaux.com

 

 

  • 6:00
  • 29 décembre 2015
  • par Xavier Ridon

 

Le web libre tisse sa toile en Gironde

 

 

 
 

Le L@Bx a été fondé en 2010 (DR)

Le LaBx a été fondé en 2010 (DR)

 

Les hackers du monde entier sont réunis depuis ce dimanche à Hambourg pour le 32e congrès du Chaos Computer Club. Au milieu des 12000 personnes présentes se trouvent Aquilenet et LaBx, des militants girondins pour un monde numérique libre.

 

Le LaBx, critique de la technologie

« Les hackers sont des idiots » lance Pierre Grangé-Paderas avec un large sourire. Il sait de quoi il parle, puisqu’il en est un. Ce Bordelais fait même partie de la crème de la crème des hackers : il a co-fondé le LaBx (pour Laboratoire Bordeaux mais prononcez Lab-X). Il explicite aussitôt son propos :

« Je dis ça au sens grec de l’idiot : les non-spécialistes. »

Le LaBx, installé à la Fabrique Pola, a pour but d’exercer « des bidouilles en tout genre, dans un but de partage et d’échange », selon leur site. D’ailleurs, la première chose qu’il bidouille c’est le principe commercial d’avoir un objectif et d’y mettre les moyens. Au LaBx, on regarde d’abord les moyens qu’on a et on voit ce qu’on peut faire avec.

Tous les mardis et vendredis soirs, la soixantaine de membres se réunit et buche sur leurs projets : du four solaire au serveur informatique en passant par des imprimantes 3D ou une voiture qui roule toute seule. Electronique, informatique et un peu de mécanique sont au programme de ce « hacker space », cousin éloigné du Fablab.

« Dans un Fablab, il y a un fab-manager qui explique comment travailler, détailler Pierre Grangé-Paderas. C’est très américain et évangéliste sur la technologie à utiliser. Et c’est très vertical : les spécialistes expliquent aux moins spécialistes. Le hacker space c’est le contraire, avec une horizontalité totale. On a des chercheurs en biologie, des anciens profs de techno, d’autres sont totalement autodidactes. L’un dit je veux faire ça et chacun propose des idées. »

Inspiré par le Chaos Computer Club (CCC) en Allemagne, le LaBx garde un point de vue critique sur la technologie, loin des « extasiés comme ceux du mouvement transhumaniste » ajoute Pierre Grangé-Paderas. Il préfère détourner des machines et des programmes informatiques pour en créer de nouveaux.

 

Aquilenet, l’Internet bio

Aquilenet est un peu au web ce que les Amap sont au shopping de fruits et légumes et Enercoop à l’énergie. Et ce FAI (fournisseur d’accès à internet) associatif cause VPN (réseau privé virtuel) comme les écolos parlent permaculture : avec une facilité déconcertante.

Le jargon est austère mais on comprend aussi qu’Aquilenet propose « l’Internet tel qu’il devrait être », c’est-à-dire le plus libre possible. L’actuel projet de loi sur le numérique affirme un de leur principe de base : la neutralité du net inscrite dans le texte de la ministre Axelle Lemaire, stipule que la diffusion d’Internet deviendrait la même pour tous, contrairement aux pratiques actuelles des fournisseurs d’accès commerciaux.

Avec Aquilenet, les adhérents payent un peu plus cher mais n’ont pas d’Internet bridé, savent où les données sont stockées et d’où vient leur connexion. Les comptes de l’association comme la bande passante sont ouverts, et les données personnelles des usagers ne sont pas utilisées.

Créée en 2011, l’association a connu une progression constante avec une douzaine d’adhérents en plus chaque année. Fin 2015, ils sont 70 membres.

« Comme ils consomment bio, ils achètent l’Internet proprement », ajoute Samuel Thibault, membre d’Aquilenet

Les plus experts se font un plaisir de jouer les services après-vente pour tout souci de connexion. Aquilenet voudrait aussi relier les zones mal desservie par Internet et promouvoir la création de régies municipales du web.

 

Demosphere, l’enfant du libre

Libre de droit, conçu par des logiciels libre, hébergé par Linux, Demosphère est un agenda ouvert à tous. Créé à Paris, il s’est décliné localement. En Gironde, les internautes y postent les rendez-vous militants même si ce n’était pas le but premier de cet « agenda collectif » explique Myriam, qui le gère :

« Tous les rendez-vous culturels doivent y être. Pour quelqu’un qui arrive à Bordeaux c’est une bonne palette des collectifs militants et une petite palette des rendez-vous culturels. »

Il est vrai que les rendez-vous sur la politique, l’écologie, l’état d’urgence sont plus nombreux que les concerts et les expos. Mais en 5 ans, les petites annonces se sont multipliées. Ce n’est qu’un début.

 

Aquinum, le web « un peu schizo »

Aquinum est « un peu schizophrène » avoue son cofondateur François Moraud. Il faut dire que l’association fait le grand écart. En mai dernier, elle prend position contre la loi sur le renseignement mais reçoit dans la foulée la directrice de la communication… de Facebook France.

Certes, ils organisent des rencontres régulières autour de l’encyclopédie libre Wikipédia mais, début décembre, Aquinum propose aussi un atelier « pour optimiser les leviers de performance » prônant notamment les outils de Google. François Moraud s’en explique  :

« Il y a du pragmatisme dans le travail avec Google mais il faut rappeler que toute utilisation générale a une incidence. Donc si vous ne voulez pas l’utiliser d’autres solutions existent. »

C’est le message que transmet depuis 5 ans l’association. Ses 400 membres environ se retrouvent au Node, espace de co-working installé dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux. Et s’ils ne sont pas des « libristes purs et durs », ils connaissent parfaitement les rouages de l’économique numérique et de ses dérives, rappelant que « si vous ne payez pas, c’est vous le produit ».

 

Giroll, logiciel et liberté chérie

Firefox pour Internet, VLC pour le son et la vidéo et Open Office pour le traitement de texte sont des logiciels autant populaires qu’éthiques et que promeut Giroll (Gironde Logiciel Libre). Au départ, en 2005, le collectif se concentre sur Linux-Ubuntu, sorte de Windows libre et gratuit, puis les logiciels libres poussent comme des champignons (notamment grâce à Framasoft) et désormais toute une culture libre est à défendre. Yuric membre de Giroll s’explique :

« On part du principe que si le libre était impulsé par une mouvance informatique, il a depuis dépassé l’informatique pour aller vers le livre libre, la musique libre, la bière libre, les manuels pour cultiver sa terre libre, la nourriture libre, la voiture électrique libre. »

Le libre est en fait la possibilité d’avoir accès au mode d’emploi et de fabrication. Le partisan du Fais-par-toi-même (Do it yourself, dans la langue de Richard Stallman) continue :

« On a l’objet, le mode d’emploi et son mode de fabrication. On va pouvoir modifier sa fabrication et si ça marche on va pouvoir le distribuer. »

Au centre d’animation Saint-Pierre de Bordeaux, Giroll s’adresse aux professionnels comme à un large public pour promouvoir les outils de bureautique, de retouches de photos, les jeux vidéos ou encore comment contribuer à Wikipedia. Et inutile de préciser que chez Giroll, on critique aussi l’utilisation des données personnelles par Google et Facebook, ou encore qu’on dénonce la loi sur la surveillance numérique.

 

Et aussi

  • Abul : L’association bordelaise des utilisateurs des logiciels libres peut se rendre fière d’avoir contribuer, il y a 15 ans, à la naissance des rencontres mondiales du logiciel libre. Dans un esprit similaire à Giroll, l’Abul prend aussi régulièrement position sur les grands enjeux politiques.
  • Aquinetic : L’association veut faire de l’Aquitaine un pôle d’excellence en matière de développement de technologies libres et ouvertes. La voiture libre n’est pas loin.
  • Médias-Cité : Cette plateforme bordelaise réunit innovation sociale et numérique dans la région Aquitaine. Après les attentats du 13 novembre à Paris, elle avait lancé le site participatif Educ-Attentats pour aider parents et enseignants à en parler aux enfants.
  • Les Quadr’apéro : Lancés à Bordeaux en novembre dernier pour soutenir la campagne de soutien au site la Quadrature du Net, les prochaines dates sont attendues.

 

 

Source : http://rue89bordeaux.com

 

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 15:09

 

Source : https://www.acipa-ndl.fr

 

 

ATTENTION, changement de date - Mobilisation générale des opposants à Notre Dame des Landes le 9/01/2016 (et non le 16/01)

 

18 Décembre

 

ATTENTION, changement de date - Mobilisation générale des opposants à Notre Dame des Landes le 9/01/2016 (et non le 16/01)

 

 

ATTENTION CHANGEMENT DE DATE
Suite à la convocation des habitants et paysans historiques pour leur audience en expulsion le 13/01/2016 au TGI de Nantes, la date de la mobilisation est avancée d'une semaine, et aura lieu le 9 janvier 2016 et non le 16.

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Suite aux procès "ajournés" du 10 décembre 2015 visant à expulser les habitant.e.s historiques, et dans un climat d'annonces d'expulsions et de reprise de travaux au début de l'année 2016, montrons à l’État et Vinci que nous ne nous laisserons pas faire.

Le mouvement contre l'aéroport appelle à
 

une grande journée de mobilisation

le samedi 9 janvier 2016.


Pour la région nantaise, une tractovélo et une marche piétonne se préparent.

Nous appelons les comités de soutien et tou.te.s les opposant.e.s à imaginer dès maintenant comment participer à cette journée par des actions similaires (ou autres) dans leurs régions ou à nous rejoindre.

Puisqu'il y n'aura pas d'aéroport, pour l'abandon immédiat des procédures d'expulsion : réservez dès maintenant votre samedi 16 janvier !

Et faites circuler largement l'information autour de vous.
Plus d'infos bientôt.

Des membres de diverses composantes de la lutte de NDL (dont l'ACIPA, l'ADECA, COPAIN, des occupant-e-s de  la ZAD) réunis en AG le 14 décembre 2015

 

 

 

Source : https://www.acipa-ndl.fr

 

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