Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:37

"Y’en a marre : une lente sédimentation des frustrations", entretien avec Fadel Barro, l'un des animateurs du mouvement des « yenamarristes », ces journalistes et rappeurs qui mobilisent contre « la corruption, l'injustice et la mal-gouvernance »

"La coupe est pleine : y’en a marre" : c’est l’un des slogans des "yenamarristes", ces journalistes et rappeurs sénégalais qui mobilisent contre "la corruption, l’injustice, et la mal-gouvernance". À la faveur du contre-g20, Mouvements a rencontré l’un de leurs animateurs, Fadel Barro.

Qu’est-ce que ce mouvement des « Y’en a marre » ?

« Y’en a marre » c’est un mouvement apolitique, un mouvement citoyen, un mouvement qui regroupe la jeunesse sénégalaise, qui a été initié par des rappeurs et des journalistes, pour exprimer le ras-le-bol face à l’injustice sociale, la corruption et la mal-gouvernance. C’est un mouvement qui est né après avoir fait le constat que dans ce pays, le Sénégal, on vivait 20 heures de coupures d’électricité et les gens ne faisaient rien. Alors à un certain moment on s’est dit que nous les jeunes, il fallait qu’on s’engage. Qu’on s’engage pour rompre avec le fatalisme, pour rompre avec le laxisme, qu’on s’offre en exemple, qu’on s’offre en remède si jamais le pays souffre d’une plaie, qu’on soit le médicament… Pour s’engager de manière citoyenne, de manière volontaire, non pas dans le cadre d’un parti politique de manière partisane ou clanique, mais par un engagement volontaire, pour amener les élites politiques à prendre en compte les préoccupations des sénégalais, et qu’elles arrêtent d’ériger des futilités en priorités, comme on l’a vu avec le Monument de la Renaissance [1], ou quand le Président de la République a choisi de rénover son avion présidentiel à coup de milliards au moment où le Joola, le bateau qui transportait des milliers de sénégalais, ne demandait que 300 000 millions de francs CFA [2].
Malgré toutes ces crises, ce malaise que l’on rencontre au Sénégal, la cherté de la vie, il y a ces scandales financiers à coups de milliards. On s’est rendu compte que dans le pays, personne ne faisait rien, ni les syndicats, ni les partis politiques. Il n’y avait personne pour prendre en compte sérieusement les préoccupations des Sénégalais. Alors nous, jeunes, on s’est dit on s’engage dans un mouvement, qui n’est pas forcément d’une obédience politique, qui ne se réclame pas d’une doctrine, qui ne se réclame pas d’un homme politique, mais un mouvement qui est conscient de ses responsabilités, qui éveille la jeunesse à s’engager, à mettre tout de suite la main à la pâte pour fabriquer un destin meilleur.
C’est cela « Y’en a marre ». C’est un cri de ras-le-bol certes, mais c’est aussi une organisation qui réveille les gens et qui va vers l’avant.

Concrètement, ça a commencé quand ?

Le 18 janvier 2011. Mais en réalité c’est un mouvement qui a été créé de manière très spontanée. C’était le 16 janvier, on était dans notre salon, dans ce qui est devenu notre quartier général, parce que le groupe Keur Gui qui est un groupe de rap qui vient de Kaolack et moi, avec d’autres amis journalistes, avions l’habitude de nous y retrouver et de discuter, parce que nous sommes des amis d’enfance. On est tous de Kaolack. Alors le 16 on était là, et il y avait 20 heures de coupure d’électricité. Et on était là et on s’est dit « les gars on ne peut pas continuer à avoir les bras croisés et regarder toutes ces dérives, cette injustice, sans rien faire ». Et la même nuit on a rédigé une déclaration appelant toutes les forces vives, les jeunes, les marchands ambulants, les ouvriers, les cadres, etc. de tous bords à venir nous rejoindre pour qu’ensemble nous créions ce sursaut salutaire, qui va bouleverser la classe politique.

Avant cela, vous aviez des engagements politiques ?

Non. Y’a pas un seul membre, parmi les membres fondateurs qui a eu un passé partisan.

Et dans des associations, des syndicats, d’autres organisations ?

Il faut dire que Keur Gui, dès l’école primaire, c’était des contestataires. Ils étaient déjà des grévistes à l’école primaire. Au collège, ils étaient tous des grévistes. Moi aussi : j’ai fait tout le parcours syndical en milieu scolaire. J’ai dirigé de grands mouvements de grève là-bas.

Et ils avaient fait campagne pour Wade, en 2000, non ?

En 2000, nous nous sommes tous battu pour l’accession de Wade au pouvoir. Je me suis même rappelé d’une anecdote dernièrement avec Abdoulaye Wade. Il m’a une fois trouvé à Kaoloack, c’était en 1993. Il était en campagne. Il nous a trouvés là, on était en train de barrer la route. Il nous a trouvés là-bas, et il nous a donné 50 000 francs et il nous a dit « battez-vous, vous êtes sur le bon chemin ». Mais malheureusement après son arrivée au pouvoir il a trahi tout le rêve qu’il représentait. Il a dévoyé l’alternance. L’alternance est devenue un cauchemar. Je vous ai parlé des scandales financiers, je vous ai parlé de la corruption, je vous ai parlé des mallettes qu’il donne. Il a osé en donner à Alex Segura, le représentant du FMI au Sénégal. Les journalistes sont intimidés.

Nous on s’est dit, à un moment donné : on a changé Abdou Diouf par Abdoulaye Wade en 2000, mais au fond rien n’a changé, sinon que ça va de mal en pis. Aujourd’hui, on ne mise plus sur un homme, mais on mise sur la population sénégalaise. On ne mise pas sur un parti politique, mais on mise sur la jeunesse de manière générale.

Pour l’élection présidentielle de février prochain, vous dites quoi ? qu’il faut aller voter ? qu’il faut voter pour un candidat en particulier ?

Qu’il faut aller voter. Nous allons aider. « Y’en a marre » s’engage à éclairer le choix des citoyens.

Sans prendre parti ?

Sans prendre parti. Non pas en les orientant vers un homme, vers juste pour leur dire : nous assumons nos responsabilités. Et tout candidat qui aspire à diriger ce pays, nous allons dire tout ce qu’il a fait, quelle est sa responsabilité dans ce que nous vivons aujourd’hui. Il faut que les politiciens commencent à dégonfler, commencent à accepter de rendre compte aussi. Nous voulons qu’ils commencent tout de suite à rendre compte, qu’ils s’expliquent sur leurs actions et sur leur responsabilité dans la situation de ce pays. La campagne que nous allons lancer, qui s’appelle la « campagne electorap » va permettre d’écouter les candidats. Nous allons les auditionner, les amener à s’excuser s’il y a lieu de s’excuser, à rendre compte de leurs actions et aussi à signer le code du NTS, le code du Nouveau Type de Sénégalais, le code que nous avons rédigé, et qui revient sur les engagements du président à respecter les préoccupations des sénégalais.
Donc nous allons participer à la campagne. Mais non pas pour aider un homme, juste pour éclaire le choix de la population. Parce que ce que nous voulons, c’est que Y’en a marre résiste aux élections de 2012. C’est que après les élections de 2012, on entame le véritable travail de changement de mentalité, de changement de comportement, pour jeter résolument les voies d’un développement dans notre pays.

Quel rôle joue le hip-hop là-dedans ? Comment ça se passe ?

Le hip-hop joue un rôle très important. Quand on a lancé le mouvement on s’est appuyé sur l’appareil du mouvement hip-hop. Parce que le mouvement hip-hop a tout un appareil.

Il y a une grosse scène au Sénégal ?

C’est une grosse scène. Dans toutes les localités, les plus reculées s’il n’y a pas un rappeur, il y a au moins un fan de rap. Et on s’est appuyés sur cet appareil-là, sur cette représentation du hip-hop un peu partout dans le pays pour tisser, pour faire le maillage des Y’en a marre. Ensuite d’autres gens sont venus se greffer. On utilise beaucoup les moyens du hip-hop, c’est à dire la musique : on fait beaucoup de production musicale, on fait beaucoup de concerts, mais on les appelle des « concerts pédagogiques », où il y aura des prises de parole en même temps, le public vient prendre la parole, pose des questions sur le mouvement et on répond, et on apporte des éclairages sur les questions de citoyenneté.
C’est très difficile parce que l’autorité nous arrête très souvent, elle n’autorise pas nos manifestations. Mais on continue avec la « Urban Guerilla Poetry ». Quand ils ont commencé a arrêté les concerts pédagogiques, on avait fait des concerts mobiles, à bord de véhicules. On n’a pas eu assez de moyens pour en faire beaucoup et on n’avait pas assez d’autorisations. Donc on a utilisé la « Urban Guerilla Poetry ». On utilise des rappeurs qui montent sur des lignes de bus, pour déclamer des couplets qu’on avait préparé au préalable, dans les bus, sur les places de marché, etc.
Donc on utilise les moyens du hip-hop pour toucher un large public. Ce qui nous a donné beaucoup de succès, ce qui nous a permis de vulgariser notre mouvement.

Et Keur Gui, par exemple, c’est un groupe qui est connu ? Il passe à la radio ?

Il y a des groupes très connus, d’autres qui sont de l’underground. Et on passe aussi sur les émissions hip-hop, pour parler du message de Y’en a marre. Dans toutes les émissions de hip-hop au Sénégal, depuis un certain temps, ils ne parlent que des Y’en a marre. Soit ce sont des anti-yenamarriste, soit c’est des propos yenamarristes, mais le débat est toujours à propos de Y’en a marre. Le débat autour du hip-hop a tourné. Y’en a marre a amené le hip-hop à un autre pallier, de prise de parole et de participation au débat politique.

Il y a beaucoup de mouvements ou de luttes au Sénégal : contre les coupures de courant, il y a même eu des émeutes, dans les banlieues de Dakar avec les inondations, en juin dernier contre Wade, etc. Ça s’inscrit dans le mouvement ?

Y’en a marre enregistre toutes ces frustrations-là. Parce que l’excitation des gens attire tous les frustrés, tous les indignés. Nous on a démarré le 18 janvier, par une conférence de presse. Mais aussitôt après toutes les autres forces sont venues se greffer au mouvement. Ce qui fait que quand on sort c’est vraiment explosif. Par exemple, les marchands ambulants sont venus nous rejoindre. Sur les inondations, on travail beaucoup avec les sinistrés, on travail sur les coupures d’électricité. C’est devenu une particularité des Y’en a marre. Quand il y a une coupure, on dit maintenant « ah où sont les Yenamarristes ». Les coupures, ça continue. Dernièrement, on a donné un ultimatum à l’Etat. On a dit « jusqu’au 11 octobre, si vous ne résolvez pas la question des coupures d’électricité, vous allez nous entendre ». Il y a eu une nette amélioration, il y a un retour à la normale, et ça c’est vraiment extraordinaire, parce que d’autres on essayé avant et n’ont pas obtenu satisfaction. Ça montre l’ampleur du mouvement actuellement.

Le forum social mondial de Dakar, en février dernier, c’était un moment important pour le mouvement ?

Le forum a été un moment important pour exposer notre mouvement pour la première fois.

Il y avait notamment eu, pendant le forum, des manifestations d’étudiants qui protestaient contre l’augmentation des frais d’inscription à l’université…

Oui, on avait enregistré toutes ces frustrations. On est venu là-dessus, on exposé Y’en a marre. C’était notre première marche. Donc le forum nous a permis de nous montrer. Quand le 23 juin il y a eu les émeutes contre le projet de loi [3], toute la presse qui était au forum social mondial s’est dit « ah oui, c’est les yenamarristes » et ils avaient déjà nos contacts.

Est-ce que les syndicats ou d’autres organisations travaillent avec vous ? ou bien vous gardez des distances ?

On est très frileux sur cette question de l’instrumentalisation. Si le système des syndicats fonctionnait normalement, Y’en a marre n’aurait pas sa place dans l’espace politique sénégalais.

Et avec les syndicats de la Sénélec [4], par exemple ?

Ils n’ont rien foutu. Soit ils sont corrompus par le pouvoir, soit ils sont laxistes. Ils remettent à demain, ou bien ils disent qu’ils vont essayer. Mais le rôle d’un syndicat c’est d’exiger qu’il y ait des solutions. Si le syndicat se met à expliquer la situation, qui va trouver la solution ? Ils essaient d’expliquer, d’excuser… Depuis que Y’en a marre est là, on fait le combat, on met suffisamment de pression sur les autorités. Alors tout le monde veut être avec nous, mais nous on est très vigilants de ce côté là. Il y a les ONG qui nous approchent, mais quand elles vous financent elles vous mettent des œillères, elles vous mettent dans ces carcans. Donc on est restés, on reste à ce stade là de mouvement naïf, rêveur, mais qui y croit, qui croit qu’il peut faire des choses sans forcément avoir besoin de quelqu’un qui va le guider.
Nous restons équidistants vis-à-vis des partis politiques. Même si le parti au pouvoir surtout essaie par tous les moyens de corruption ou d’intimidation de nous faire céder, on reste déterminés à aller jusqu’au bout. Au fond, pour les Y’en a marre, au-delà des questions ponctuelles que nous soulevons au Sénégal, il y a une envie de sortir notre pays du sous-développement. Ce n’est pas normal qu’au 21ème siècle on reste un pays et un continent qui sont toujours dépendants, par la seule faute d’une élite politique peu soucieuse des intérêts de sa population. C’est par la seule faute des personnes qui sont là, qui surfent sur la misère et sur l’ignorance de la population qu’on n’avance pas ensemble vers le développement. Parce que ce qui manque à l’Afrique, ce n’est pas les moyens. C’est d’insuffler la dynamique vraie du changement, la politique du volontariat. C’est ça que porte Y’en a marre. On est en train de créer les conditions d’une véritable démocratie participative, en incitant les jeunes à s’engager et à s’intéresser à la conduite de leur pays. Non pas forcément pour un homme, comme ils ont l’habitude de le faire, ou bien pour un parti politique comme on a l’habitude de le faire, mais pour eux-mêmes, pour leur avenir.
Et cette masse critique qu’on est en train de réveiller, une fois qu’elle sera établie, quiconque sera élu demain, peu importe, tant qu’il trouvera face à lui une barrière. Et c’est ça un peu aussi le rôle des altermondialistes, en Europe. Au fond le discours, pour moi, ne doit pas s’adresser aux Nicolas Sarkozy ou aux Abdoulaye Wade, parce qu’au fond, eux, ce sont déjà des pourris, et on n’y peut rien. Ils sont dans un système auquel on ne peut rien changer. Mais nous, on doit réveiller le maximum de gens qui doivent élire. Et c’est cela que l’on est en train de créer au Sénégal. Sur les inscriptions sur les listes électorales, on a un bon taux de participation des jeunes. Et on espère que d’ici 5 ans ou 10 ans les choses vont véritablement changer.

Vous parliez d’un mouvement naïf et rêveur. Naïf et rêver certes, mais il y a eu de la répression, des arrestations, etc. Ce n’est pas juste un rêve…

On a eu une répression terrible. On a tous pris des coups de matraque. Certains d’entre nous ont été emprisonnés, nonobstant le harcèlement policier. De plus en plus, quand vous portez un t-shirt Y’en a marre, comme je le fais ici, de plus en plus, les gens commencent à être furieux. Parce qu’il y a apparemment des brigades qui circulent dans la ville et qui cherchent des yenamarristes pour les bastonner ou enlever leurs t-shirts. C’est vous dire que c’est pas facile. Parce que nous avons en face de nous un régime aux abois, qui tire sur tout ce qui bouge parce qu’il a peur de perdre le pouvoir.
Mais nous on réagit de manière délicate. Mais s’il faut, nous sommes naïfs d’accord, nous sommes non-violents d’accord, mais jusqu’à la limite du possible. S’il faut descendre dans la rue on le fait. S’il faut prendre des coups on les prend. On se laisse pas faire.

Vous évoquiez les révoltés et les indignés… ça évoque bien sûr les mouvements en Espagne et ailleurs dans le monde… Y’en a marre est né juste après la chute de Ben Ali, en pleines révolutions arabes…

Je dis souvent que nous partageons en réalité un même monde injuste. Que vous soyez aux Etats-Unis, que vous soyez en France, en Italie ou en Espagne, à Dakar ou à Kigali, si vous êtes jeunes et conscient, vous sentez que vous êtes linkés avec les jeunesses du monde entier, parce qu’elles subissent le diktat d’un système qui est en train de faire n’importe quoi de ce monde. On partage avec le monde entier aussi un système qui corrompt et qui est corrompu. Nous souffrons tous du diktat du capitalisme. Nous souffrons du commerce pas du tout équitable. Nous en souffrons tous. Et c’est dommage, parce que nous les africains, nous souffrons le plus de ce système là, mais c’est nous qu’on entend le moins.

Et au fond ceux qui se mobilisent en Europe, ils crient plus pour nous que pour eux-mêmes. Alors on doit leur répondre et leur dire « vous savez, nous vous avons entendu » et on doit se battre à notre niveau. Donc on se bat avec les moyens du bord. Vous, vous pouvez le faire à votre niveau, vous avez de l’influence. Et Abdoulaye Wade à Dakar, il retrouve cette jeunesse qui est déterminée, et linkée avec ces mêmes gens indignés en Europe. De la même manière que l’oppression, le diktat du capitalisme, est imposé au monde entier, de la même manière la lutte doit être linkée mondialement.

On ne pouvait pas voir ce qui se passait en Tunisie et être au Sénégal, avoir des problèmes semblables, et ne pas être inspirés. Y’en a marre fait une lente sédimentation des frustrations, qui a explosé en janvier. Peut-être que s’il n’y avait pas eu la Tunisie, on se serait quand même levés. Mais ça nous a inspiré. Même si nous n’avons pas les mêmes réalités. Donc les formes de luttes sont différentes. Parce que nous nous avons un régime pseudo-démocratique, avec de la liberté d’expression, quoique l’on puisse dire. Abdoulaye Wade, c’est nous qui l’avons élu, donc on a les moyens de le démettre. Donc on a voulu garder cette option démocratique et ne pas embraser tout de suite le pays et aller vers d’autres aventures. Nous avons des élections en 2012. Mais s’il tente de manipuler l’élection il nous trouvera sur son chemin.

Publié par Mouvements, le 5 novembre 2011. http://www.mouvements.info/Y-en-a-marre-une-lente.html
Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Les indignés d'ici et d'ailleurs
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:27
| Par rachida el azzouzi

Le Cheylard, de notre envoyée spéciale

De ce jeudi 3 novembre au Cheylard, on se souviendra peut-être des trombes d'eau et des bourrasques de vent qui balayaient l'Ardèche. Mais on n'oubliera jamais qu'un millier d'habitants ont ce jour là battu le pavé en chantant l'Internationale! Des ouvriers, des artisans, des commerçants qui avaient symboliquement baissé le rideau, tous liés, tous solidaires. De mémoire de Cheylarois, du jamais vu! Même pour la bataille des retraites.

 

Les soubresauts de l'Europe ? La crise de la dette grecque ? La campagne présidentielle ? Au Cheylard, petite commune à 60 kilomètres à l'ouest de Valence, «on s'en fout», et on vous le dit tout de go. Dans cette contrée ardéchoise de 3.500 habitants, au confluent de la Dorne et de l'Eyrieux, que l'on rallie au détour d'un enchaînement de virages, on aimerait bien passer au journal télévisé de 20 heures, à la place du trio Sarko-Merkel-Papandréou. Pour parler d'un sujet bien plus anxiogène à l'échelle du département que les «triples AAA» auxquels «on ne pige rien», confie une habitante. Ici, il s'agit d'un séisme social qui menace au pied du Parc naturel des monts d'Ardèche, symbole d'une France qui se désindustrialise irrémédiablement.

En jeu: l'avenir de deux fleurons du pays qui s'exportent dans le monde entier, deux groupes 100 % familiaux, poumons économiques de l'Ardèche, Chomarat Textile Industries et Bijoux GL. Le premier, créé en 1898, fabrique différents types de textiles, de plastiques et de fibres de verre pour Vuitton, PSA-Renault, Vestas, Rossignol... Multi-métiers, multi-technologies, le groupe a des usines en Espagne, en Tunisie, aux Etats-Unis, en Chine, et possède les 130 boutiques de prêt-à-porter Chattawak en France.

Le second, né en 1917, est l'un des leaders européens de la bijouterie fantaisie haut de gamme, la plus grosse fabrique française de bijoux en argent et plaqué or.

Sans ces deux usines qui emploient 1.500 habitants à elles seules, dont des dizaines de couples, la commune du Cheylard ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Une exception. Un bassin de vie qui n'avait jamais connu de crises majeures, second pôle industriel d'Ardèche après Annonay. Nichée dans une zone géographique totalement enclavée, Le Cheylard a un taux de chômage de 5 à 8 % bien en deçà de la moyenne départementale (entre 10 et 12 %) et un pouvoir d'achat supérieur à la moyenne régionale.

 

Les ouvriers de Chomarat en assemblée générale, vendredi 4 novembre 2011 Les ouvriers de Chomarat en assemblée générale, vendredi 4 novembre 2011© RA

Avec sept banques, dont la Debulac, une banque d'affaires privée, deux cinémas «avec des sorties nationales», quatre dentistes, sept médecins, un hôpital, une maison de retraite, des magasins d'usine prisés, une zone commerciale rutilante..., la commune n'a rien à voir avec les villages fantômes que l'on traverse pour la rejoindre.

Jean, un commerçant à la retraite qui a vu passer toutes les crises depuis le choc pétrolier de 1973, le concède: «On est privilégiés comparés aux autres cantons. Quand les villages alentour piquaient du nez, on passait entre les gouttes des orages et on continuait à se développer. C'est sans doute pour ça qu'on a une mairie de droite depuis 1989.» 

Attablé à l'Estanco, l'un des rares restaurants ouverts le soir, ce Lyonnais d'origine, tombé sous le charme du Cheylard il y a une trentaine d'années, retrace l'épopée industrielle de la vallée, avec une pointe de nostalgie:« Jusque dans les années 2000, les usines tournaient à plein et payaient très bien. Les ouvriers faisaient les trois-huit, les cinq-huit. Sur deux salaires qui rentraient à la banque, un ne ressortait jamais! Il n'y avait pas un chômeur. Les patrons étaient obligés d'aller recruter la main-d'œuvre à des kilomètres à la ronde jusqu'à Aubenas.»

Un notaire, venu s'installer dans le coin, l'avait pourtant prévenu: «Vous vivez mieux que tous les gens d'Ardèche. Vous êtes dans une bulle. Un jour, elle va vous éclater à la figure.» Jean lui avait ri au nez: «On est une table à trois pieds solides avec CTI, Bijoux GL et Perrier, l'autre grosse boîte du coin qui emploie 160 salariés, spécialisée dans l'embouteillage.» Aujourd'hui, il a revu son point de vue: «La table était bancale.»

«Qu'est-ce qu'on attend pour séquestrer les patrons?»

«La belle époque», qui a permis à des générations d'ouvriers d'accéder à la propriété, de se payer un appartement à la mer, une piscine privée, plusieurs voitures par famille, est révolue. Bijoux GL vient d'annoncer 14.000 heures de chômage partiel pour les deux mois à venir, soit des semaines à quatre jours au lieu de cinq pour 150 personnes, et une délocalisation possible en Thaïlande, où elle possède déjà une filiale. Les 680 employés sont abasourdis.

La firme, dans le rouge, subit de plein fouet la concurrence des Chinois sur leur principal marché, l'Afrique, la hausse vertigineuse des coûts de l'or et de l'argent ainsi que la baisse du pouvoir d'achat des Français qui privilégient désormais les biftecks aux boucles d'oreilles. Alertés en juin par les experts-comptables, les syndicats ne craignent pas un plan social mais un dépôt de bilan si les commandes ne repartent pas rapidement. Sertisseur au service après-vente et secrétaire de l'union locale CGT, Daniel Baquelot, prédit «une catastrophe pire que celle qui se déroule actuellement chez le voisin Chomarat».

 

Le Cheylard, un bastion industriel atypique au coeur de l'Ardèche Le Cheylard, un bastion industriel atypique au coeur de l'Ardèche© RA

Le baron du textile, qui avait traversé des caps difficiles dans les années 1980 et 1990, lorsque les constructeurs automobiles ont imposé leurs premières délocalisations, puis quand le textile traditionnel a décliné, est, lui aussi, acculé. Il accuse, depuis trois ans, 10 millions d'euros de pertes d'exploitations.

La direction a confirmé, le 8 octobre, son intention de supprimer 122 postes, un cinquième de l'effectif, dont l'activité impression. Motif invoqué par Philippe Monnot, le directeur industriel: « Le marché s'est réduit à peau de chagrin. Les technologies évoluent. Nos clients avec. Nous devons les suivre.» Un coup de gourdin pour les 700 salariés qui avaient eu vent de la tempête au début de l'été après le droit d'alerte, déclenché par les syndicats.

Alternant grèves et reprises du travail depuis l'annonce officielle il y a trois semaines du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), ils réclament l'arrêt de la procédure en cours pour travailler à des solutions alternatives. Certains parlent de durcir le mouvement, de «séquestrer les patrons», d'être «moins gentils».

Car une pilule ne passe pas : l'arrêt de l'impression. «Autant on comprend la pression qu'ils ont des constructeurs automobiles qui appellent leurs équipementiers à délocaliser, autant l'arrêt de l'impression est une décision arbitraire. Il y a un potentiel.» Henri Nicolas travaille dans cet atelier, à la préparation des couleurs. Il se sait sur la sellette. A bientôt 57 ans, usé par les trois-huit, il veut bien partir en pré-retraite «s'ils activent les mesures d'âge et que ça sauve un jeune».

«Comment on fait si on se retrouve tous en même temps sur le marché ?»

Si ces usines venaient à disparaître, ce serait toute l'économie du bassin qui s'effondrerait. La population en est bien consciente. Et l'enclavement du territoire la ligote un peu plus. Dans ce joli coin de France, bien moins touristique que le sud-Ardèche, où l'on va de terrasses en gorges, de forêts en prairies, on ne compte pas en kilomètres mais en temps. La voiture est indispensable, les transports collectifs, insignifiants, hormis quelques bus.

«On est dans un trou perdu, à 1 h 30 de tout, de la vallée du Rhône, de Privas, d'Annonay, s'affole Sébastien Marion. Comment on fait si on se retrouve tous en même temps sur le marché de l'emploi avec nos maisons, nos crédits ? La plupart d'entre nous ont plus de 45 ans et ne savent rien faire d'autre. Dans une région comme Lyon, une entreprise ferme, une autre ouvre. Chez nous, elles mettent la clé sous la porte et il n'y en a pas d'autres qui reviennent. Faire venir un semi-remorque au Cheylard depuis Valence, c'est deux heures, presque le temps de faire Valence-l'Espagne!»

 


© RA

Ouvrier depuis vingt ans chez Chomarat, ce quadra, fort en gueule, était au premier rang, jeudi 3 novembre, de la manifestation sans précédent qui a rassemblé un millier de personnes dans les rues du Cheylard. Jusqu'à la tombée de la nuit, la marée humaine, encadrée par les gendarmes, a perturbé la circulation de la route départementale qui traverse la bourgade, scandant sa colère de voir «partir le savoir-faire haut de gamme de la région dans des pays sous-développés».

«Ce n'est pas les Tunisiens, les Thaïlandais qui nous volent notre travail mais les patrons», «L'Europe ne sait même plus faire une paire de chaussettes», entendait-on dans le cortège.

Esmeralda Arozzena-Nazareni, secrétaire de l'union départementale CGT, syndicat majoritaire en Ardèche, est montée de Viviers encourager les copains. Elle n'est pas surprise par la mobilisation: «Chomarat a toujours eu la culture de la lutte. Ils ont eu les 35 heures avant tout le monde et à de bonnes conditions.» Cette militante de 56 ans connaît parfaitement l'univers du textile. Elle a passé trente ans de sa vie dans une boîte qui n'existe plus et a été licenciée. Tous les jours, elle sillonne son département de haut en bas. Elle le voit se désertifier et sonne l'alarme: «L'Ardèche se meurt.»

 


Jeudi 3 novembre 2011© RA

En octobre, c'est le bassin d'Annonay, au nord, à 1 h 30 du Cheylard, qui encaissait un nouveau coup: 225 personnes se sont retrouvées sur le carreau avec la fermeture du site de production de GPV, un fabricant d'enveloppes en dépôt de bilan, racheté par un Allemand qui ne voulait plus de la maison-mère ardéchoise. Les salariés ont réussi à obtenir de leurs anciens actionnaires, le groupe Crédit mutuel, une indemnité de 15.000 euros en plus du plan social classique. «Une victoire», pour Esmeralda Arozzena-Nazareni, qui pensait les voir «partir les pieds devant».

Pour elle comme pour l'union syndicale des deux entreprises, «Chomarat et Bijoux GL ont des dénominateurs communs: délocalisations, développement à l'étranger, mise en concurrence des salariés, recherches du maximum de profits en abaissant la valeur du travail».

Yvan Reynaud, 45 ans dont la moitié chez Chomarat, n'en pense pas moins. Elu au comité d'hygiène et de sécurité, il a vu les conditions de travail se dégrader, les arrêts maladie grimper en flèche, la direction se déshumaniser, imposer des méthodes de management beaucoup plus brutales. Le 30 avril 2010, le suicide d'un ouvrier a jeté le trouble sur ces pratiques et plombé la boîte. Francis T. n'a pas supporté d'être muté d'office sans concertation. Il s'est pendu à son domicile, à 41 ans.

«La CRAM a reconnu l'accident professionnel. Sa femme a saisi la justice. Le dossier est toujours en cours. De notre côté, on a voulu lancer une expertise sur les risques psychosociaux mais on s'est heurté au refus de la direction. On a porté l'affaire devant les tribunaux qui nous ont donné raison en première instance et en appel», raconte Yvan.

Avec sa femme, ouvrière chez Bijoux depuis 15 ans, Yvan Reynaud a pris une décision difficile: «Si l'un d'entre nous perd son job, on prend la voiture pour la vallée du Rhône. On ne trouvera rien ici.» A l'esprit: les déconvenues d'un collègue licencié, qui s'est vu proposer par Pôle emploi un poste de vendeur dans une parfumerie, à 58 ans, à 45 kilomètres à vol d'oiseau du Cheylard, soit deux bonnes heures de route.

Il y a d'autres priorités pour Sarkozy que 122 personnes dans un bout du monde»

Jacques Chabal, le maire UMP de la commune, comprend la colère et l'inquiétude de ses administrés. Il a reçu l'intersyndicale au soir de la manifestation, avec d'autres élus de la communauté de communes. Il les soutient mais refuse de parler de déclin, de céder à la panique: «Le pôle du Cheylard, c'est 3.000 emplois dont 43% dans l'industriel. La moyenne régionale en Rhône-Alpes se situe entre 18 et 22 %. Nous serons en récession lorsque nous atteindrons ce niveau.»

Ce gaulliste dans l'âme déplore l'absence de politique industrielle en Europe. Et garde espoir: «Le niveau de vie va augmenter dans les pays émergents. L'Europe et la France vont être obligées de revoir leur position. Je suis sûr que nos entreprises reviendront vers nous car nous avons un savoir-faire de trois générations.»

De son côté, Pascal Terrasse, le député socialiste, président du conseil général de l'Ardèche, qui vient d'investir 22 millions d'euros pour améliorer les routes entre Le Cheylard et la vallée du Rhône, promet de se battre pour garder ce bastion industriel sur ses terres. Mais les salariés ne croient pas en leurs politiques: «Ils n'ont aucun pouvoir. Ils nous passent de la pommade et il y a d'autres priorités pour Sarkozy que 122 personnes dans un bout du monde comme le nôtre», fulmine René, un «Chomarat», pour qui «c'est plié et ce n'est qu'une première phase».

« C'est la crise. Fallait bien que notre tour vienne ». Une employée Chomarat « C'est la crise. Fallait bien que notre tour vienne ». Une employée Chomarat© RA

Devant l'usine en grève, barrée d'une banderole, «non au PSE» (NDLR - plan de sauvegarde de l'emploi), en lettres de sang, une employée de bureau, qui préfère garder l'anonymat pour éviter des problèmes avec sa direction, fume cigarette sur cigarette sous les pluies diluviennes. Elle a perdu tout espoir, jamais fait de CV de sa vie parce que «dans les années 70, on ne vous le demandait pas, il y avait du boulot à la pelle». On est venu la recruter à l'école. Elle avait 19 ans. Elle a dit «oui, pourquoi pas», passé un entretien, un vendredi de 1974, attaqué le lundi suivant.

Trente-huit ans plus tard, elle va peut-être être sacrifiée. «A 56 ans, qui voudra de moi ? Personne.» «C'est la crise», annonce-t-elle, l'air très solennel. Elle en entendait parler à longueur de journaux et dans les villages voisins. «Fallait bien que notre tour vienne.» Son grand regret ? N'avoir pu voter aux primaires socialistes. Elle aurait tant aimé voir Arnaud Montebourg, le candidat de la démondialisation, élu. «Parce que c'est ce qui nous arrive. Tout part à l'étranger. On ne peut pas lutter.»

 

Un millier de manifestants dans les rues du Cheylard, jeudi 3 novembre Un millier de manifestants dans les rues du Cheylard, jeudi 3 novembre© RA
Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:19

Un appel de Mikis Theodorakis 

 
Résistant de la première heure contre l'occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Mikis Théodorakis a également adressé une lettre ouverte  aux peuples d'Europe, publié dans de nombreux journaux grecs.

 Extraits :

 

Notre combat n'est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu'ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. 

Leurs programmes de sauvetage de la Grèce aident seulement les banques étrangères, celles précisement qui, par l'intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n'y pas d'autre solution que de remplacer l'actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d'un contrôle drastique de la Finance.

Si les Etats ne s'imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd'hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu'elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d'Europe. 

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intêret. Si vous autorisez aujourd'hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l'autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour.

Vous ne prospèrerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.

Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.

Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l'Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:13

Le premier ministre grec annonce qu'il va consulter le peuple : panique dans les banques ! Panique chez les eurocrates ! Panique dans les médias ! Dans le même temps, le G20 se réunit dans une ville en état de siège policier en prévision d'une contagion des manifestations. Le système néolibéral se sent menacé, il montre les crocs. La propagande bat son plein.


Lorsque Mr Papandréou a annoncé qu’il allait consulter le peuple grec, il a provoqué la panique dans la zone euro et au delà. Sans même qu'on connaisse ses intentions précises et la teneur exacte de ce référendum, des gouttes de sueurs froides se sont mises à perler au front des leaders de l'ordre néolibéral. L'Union européenne, le FMI, la Banque mondiale, l'Organisation mondiale du commerce, les marchés financiers... tous les piliers de l'ordre capitaliste ont hurlé en cœur à la simple idée que les peuples s'invitent dans les négociations en cours. L'appareil médiatique s'est immédiatement déchaîné.

 

« Mais quelle mouche a piqué Mr Papandréou ? » demandait Monsieur Pujadas au journal de 20h, mardi dernier. La consultation du peuple est présentée ni plus ni moins comme un coup de folie. Pourquoi d'ailleurs ce référendum n'a t-il pas été organisé plus tôt ? C'est que Mr Papandréou n'est pas un adversaire du libéralisme. Sa décision intervient après des mois de manifestations insurrectionnelles et de grèves historiques !


Mr Sarkozy en est « consterné » qu'on demande son avis au peuple. N'a t-il pas, lui, en 2007, fait passer en force le traité de Lisbonne contre l'avis du peuple français qui l'avait rejeté en 2005 ? Car telle est la conception de la « gouvernance » de la zone euro, de l'Union européenne et des peuples que se font Mr Sarkozy et Mme Merkel. Des jours et des nuits entières à comploter des accords de brigands pour sauver - encore une fois - les banques, l'euro et l'Union européenne sur le dos des peuples.


« Accords obtenu de haute lutte ! » affirmait mercredi Mr De Galzain sur France Inter, rappelant à qui n'en serait pas encore convaincu que - pour les médias dominants - si « lutte » il y a, ça n'est pas d'abord dans les manifestations en Grèce (qu'ils ne couvrent pas), mais dans les bureaux feutrés de Bruxelles. Une lutte pour quoi et pour qui, Mr De Galzain ?


« La démocratie directe vient perturber les négociations engagées par la démocratie représentative » nous assène un autre journaliste de la radio nationale. Une façon originale de voir encore de la démocratie dans les tractations de couloir des eurocrates... et de nous expliquer que ce référendum est une initiative anti-démocratique !


« Tout faire pour que le plan de sauvetage et l'euro ne soient pas l'otage de ce référendum », tel est l'objectif du G20 nous explique Mme Astruc sur France 2. Les grèves des travailleurs sont déjà des « prises d'otages » pour les grands médias, on ne s'étonne donc pas que l'expression soit reprise ici pour fustiger la lutte des travailleurs grecs ! Et le G20, Mme Astruc, ne prend t-il personne en otage ? Ce machin destiné à célébrer sans fin la tyrannie libérale, prétend sans rire « écrire l'Histoire » (slogan officiel cette année !), sans les peuples - puisqu'il ne dispose d'aucune légitimité démocratique - protégé par une armée de policiers et de CRS.


« Les référendums doivent être consommés avec modération » nous prévient Mr Pujadas, se remémorant la surprise douloureuse - pour les grands médias - du NON en 2005, contre lequel ces derniers s'étaient pourtant déchaînés.


« Panique chez les épargnants », « dévaluation dramatique», « perte du pouvoir d'achat », « besoin de deux fois plus d'argent pour rembourser la dette », tel est le scénario apocalyptique que nous promet Mme Thébaud sur France 2 si la Grèce sortait de l'euro. Tout en se gardant bien de rappeler ce que l'euro coûte à la Grèce et en évitant soigneusement l'option d'un défaut de paiement de la dette. Parmi les scénarios possibles, un oubli sans doute...

 

Les aventures les plus folles...

 

A cette heure, Mr Papandréou annonce qu'il renonce à organiser un référendum. Dans le même temps, est-ce un hasard, le ministre grec de la défense vient de changer complètement l'état-major militaire du pays. Pourquoi ces grandes manœuvres ?

 

On le voit, un dangereux épisode est en train de se jouer. Jusqu'où ira l'Union européenne pour faire plier le peuple grec ?

 

Le refus de la Gauche de voir l'Union européenne comme elle est – un instrument de domination - et son acharnement à défendre l'euro vont lui coûter cher. L'actualité aura raison des programmes politiques qui ignorent la réalité : la crise de l'euro balaiera tout sur son passage. Il n'est pas trop tard pour prendre les bonnes positions.

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Informations diverses
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:07

 

 

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Alertes- Ce que vous devriez savoir
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:03

10 personnes présentes.

Réunion commune AG-Indignés, mais ça on ne le précisera plus, les réunions de l’AG sont des réunions de coordination locale, on invite tous les gens des autres organisations, syndicats et partis à y participer aussi.

 

Semaine chargée, nombreuses dates.

 

 Mardi ce soir (8.11)

Conférence débat dans le cadre de l’Université populaire, thème : République et Démocratie avec André Burton. Les conférences ont lieu à l’IUFM, rue V.Faïta. Je rappelle l’adresse du site : unipop.nimes.free.fr

Réunion du comité action du Collectif anti-nuke 18 h, au local de la CNT, 6 rue d’Arnal.

 

Mercredi (9.11)

Pique nique organisé par un Collectif de chômeurs, vers midi devant les bureaux du Medef, Boulevard Talabot. Le Collectif fournit le pique nique pour récolter des fonds.  

 

Et puis bien sûr, Assemblée des Indignés, Place de la Maison Carrée, 18 h, sous le péristyle probablement vu la météo. On y est très bien mais pas très visibles, dommage.

 

Jeudi 10.11

Conférence débat sur la Dette publique, 19h30 à l’Auditorium du Conseil Général, rue Guillemette.

 

Vendredi rien, mais Samedi, outre le RDV des Indignés, il est probable qu’il y ait un rassemblement contre la désespérance dans les CRA, reporté la semaine dernière pour cause de météo. A priori et à confirmer, c’est à 15 h place de la Maison Carrée.

Pour les dates proches, c’est tout, il est annoncé la réunion du Collectif Anti Nuke, le 17.11, à P. Neruda et une manif ‘Chaîne humaine’ à Avignon le 11.12.

 

Nous avons plus particulièrement parlé des points suivants et j’essaye d’en faire la synthèse en introduisant divers points du débat :

 

1) Appel pour un audit de la dette publique

La conférence débat doit déboucher sur la création d’un groupe local qui s’occupera de la dette globale mais aussi locale. Il y a déjà des gens qui ont commencé à farfouiller, notamment à la suite de la lutte contre le TCSP. Il s’agit d’unifier les initiatives, d’avoir plus de poids pour obtenir les chiffres qui sont assez durs à rassembler, nos élus ayant un peu de mal avec la transparence, à rendre des comptes exacts. Il faut aussi savoir où et comment regarder. Le soutien des organisations habituées à traiter ces problèmes sera précieux pour débrouiller les comptes si cela se peut. On a bien vu, avec la récente crise financière que mêmes les banques ne savaient pas très bien l’état exact de leurs propres comptes...

Se réunir, faire des conférences, des enquêtes c’est très bien. Nous pensons que ça ne suffit pas et qu’il faut se rendre plus activement visible.

L’AG et les Indignés proposeront donc une action commune à préciser avec les autres qui se joindrons à nous (et notamment ceux qui formeront le collectif pour l’audit de la dette). Nous proposerons un sit-in à date régulière, devant la Mairie, les jours de conseil municipal tout particulièrement (le Samedi matin mais on se renseigne sur les dates). Pas besoin d’être très nombreux à chaque fois, une dizaine de personnes  assises en demi cercle ouvert (pas d’entraves à la circulation) devant la porte de la Mairie avec des panneaux et des tracts peuvent y suffire. L’essentiel est de durer et c’est là qu’on a besoin d’être un peu nombreux.

Il s’agit d’exiger des explications et d’informer la population. Pour cela il faut avoir des chiffres, connaître les mécanismes La complémentarité de la réflexion et de l’action est évidente.

Mais il y a plus à dire.

Le plan de rigueur de ‘Margareth’ Fillon n’a pas d’autres buts annoncés que de ‘rassurer les marchés’. Les agences de notation sont là d’évidence un outil bien commode pour imposer la politique Néolibérale. Ils peuvent invoquer à peu près n’importe quel prétexte pour agiter la menace de dégradation de la note d’un pays et dictent la politique des Etats, à volonté.

Stigmatiser le rôle de ‘la finance’ ne fait pas entièrement le tour du problème. Ce sont des lois votées démocratiquement qui ont données les moyens d’une telle domination. Les politiques sont redevables de leur participation à ce processus et de ses conséquences.

Les Institutions ne devraient pas être oubliées dans cette critique.

 

2) Collectif Anti-nucléaire

Le constat est fait de divergences notoires dans ce collectif. Y sont présents des partis qui ont des stratégies différentes et dont les motifs dépassent les enjeux du nucléaire, stratégies électoralistes ou unitaires de négociations, avec le PS forcément. Des sièges au gouvernement et/ou au futur parlement, mais pas uniquement il y a plein des postes à pourvoir, viendraient polluer les débats. Ce n’est pas étonnant mais est-ce inévitable ? Au minimum, qu’ils mettent cartes sur table et annoncent clairement quels sont, pour eux, les enjeux réels. On veut bien participer mais encore faut-il savoir à quoi.

Les négociations sont à l’instant interrompues pour cause de Flamandville mais,  naturellement, poursuivies quand même quelques jours, si j’ai bien compris.

 

De même que pour l’action en faveur d’un audit de la dette, il va falloir se rendre visible. L’idée d’un ‘village anti-nucléaire’, dans le principe de ce qui a été fait à Avignon cet été a été proposée. L’AG y participera certainement mais c’est plutôt le rôle du collectif Anti-Nuke d’être moteur en cette affaire.

 

Constat est fait aussi de notre méconnaissance concrète du problème, nous avons certainement besoin d’étayer nos positions par les chiffres et les arguments d’un choix raisonné et pas simplement passionnel ou passivement adopté. On réduit ainsi le risque d’être manipulé et on avance dans le domaine du possible.

 

3) Débat sur les syndicats (et les partis)

On déplore tous que les syndicats n’aient pas plus un rôle politique de remise en cause du système et qu’ils se limitent trop souvent à un rôle de négociations catégorielles étroites. C’est important mais a tendance à occulter les enjeux réels. On n’avance pas et des problèmes comme celui du chômage massif (puisqu’il y a une action, parlons en) ne seront pas réglés par des aménagements marginaux. Il y a des causes structurelles et idéologiques à ce chômage de masse. Il ne faut pas hésiter à dire que c’est un choix délibéré et très conscient.

Tous les syndicats ne sont pas sur cette ligne et le débat existe en interne. De même que dans les partis un manque de clarté et un verrouillage existent. Le ‘militant de base’ est aussi coincé du fait de la concurrence entre syndicat et défend fidèlement le sien. Cette concurrence est soigneusement favorisée. La pression des médias, propriété des lobbies mollement protégée par des institutions fermement avides de les utiliser, est importante et y participe.

Tout ça est bien connu et évite le constat manichéen et simpliste du ‘Tous pourris’ ou ‘Tous manipulateurs’. Ce genre d’attitude qu’on reproche à tort aux Indignés notamment, n’est pas la notre.

 

De manière générale, appeler à une convergence improbable n’est pas très fructueux. Il faut discuter mais convaincre ou contourner ponctuellement utilement. Attention aux débats stériles et perpétuels sur des positions inconciliables. C’est comme si nous étions indécis or que nous ne le sommes pas. Une porte est ouverte ou fermée, passer par la fenêtre n’y change rien.

 

4)Divers et  organisation

On été évoquées :

Les actions futures des Indignés. Il y a un appel à action le 11.11.11 à 11h11 précises. Pour notre part quelque chose sur les distributeurs a été évoqué. Il y a aussi une date pas trop lointaine, le 10.12 (ça feras le 10.D, comme il y a eu le 15.O), journée mondiale  des droits humains. Cet appel vient-il seulement des Indignés ou relaie t-il quelque chose de déjà existant ?

La répression du mouvement des Indignés se poursuit avec constance. Ce n’est pas Damas, mais c’est ferme et très handicapant. On constate que ça à lieu partout et que de manière générale les rassemblements divers sont réprimés à bas bruit, le G20 l’a montré aussi. On est encadré de plus en plus près. Il ne faut pas se décourager ni se dispenser d’agir, peut-être un peu réviser les objectifs.

 

On se pose la question de la mutualisation des moyens. Elle se fait par les réseaux de chacun et plus on est nombreux plus les ressources existent et augmentent. Ne pourrait-on pas faire un catalogue croisé des ressources et des besoins, un panneau d’annonces au moyen d’un site ou d’un forum ? Qui est capable d’organiser cela ?

 

 Prochaine réunion Lundi 14.11.2011, 18 h Bar des Ramblas.

Repost 0
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:55
Lettre d’ATTAC Nîmes
 



Du Sud au Nord : dette et austérité
Quelles alternatives ?


Conférence-débat
avec Eric Toussaint*
président du CADTM Belgique
et Patrick Saurin*
SUD BPCE


Jeudi 10 novembre 2011
19h30
Auditorium Maison du département

rue Guillemette à Nîmes


*Éric Toussaint, est docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, président du CADTM Belgique (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde), membre de la Commission présidentielle d’audit intégral de la dette (CAIC) de l’Équateur et du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l'auteur de nombreux ouvrages.
*Patrick Saurin est responsable au syndicat SUD Banques Populaires et Caisses d’Épargne (BPCE)




Cette soirée sera l'occasion d'annoncer la création d'un Collectif local pour l'audit citoyen.

 

Lancement de l'audit citoyen de la dette publique


Aujourd'hui 26 octobre, le Collectif national pour un audit citoyen de la dette publique publie son appel constitutif. Il invite tous les citoyens à signer cet appel et à s'engager dans la démarche de l'audit citoyen pour que la dette publique fasse enfin l'objet d'un vrai débat démocratique, au plan local, national et européen. Le Collectif pour un audit citoyen est composé d'une vingtaine d'organisations syndicales et associatives, et soutenu par plusieurs formations politiques. Il tiendra une conférence de presse à Nice, le 2 novembre à 12h, lors de l'alter-forum qui précèdera et contestera le G20.

Pour signer l'appel : http://www.audit-citoyen.org/


    Appel pour un audit citoyen de la dette publique


Écoles, hôpitaux, hébergement d'urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l'austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l'on nous ressasse dans les grands médias. Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On na pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe. Avons-nous trop dépensé pour lécole et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ? Cette dette a-t-elle été tout entière contractée dans l'intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ? Qui détient ses titres et profite de l'austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s'endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d'un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ?

Nous nous mobilisons dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique. Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens. Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie.

Premiers signataires :
Marie-Laurence Bertrand (CGT), Jean-Claude Chailley (Résistance sociale), Annick Coupé (Union syndicale Solidaires), Thomas Coutrot (Attac), Pascal Franchet (CADTM), Laurent Gathier (Union SNUI-Sud Trésor Solidaires), Bernadette Groison (FSU), Pierre Khalfa (Fondation Copernic), Jean-François Largillière (Sud BPCE), Philippe Légé (Économistes atterrés), Alain Marcu (Agir contre le Chômage !), Gus Massiah (Aitec), Franck Pupunat (Utopia), Michel Rousseau (Marches européennes), Maya Surduts (Collectif national pour les droits des femmes), Pierre Tartakowsky (Ligue des droits de l'Homme), Patricia Tejas (Fédération des Finances CGT), Bernard Teper (Réseau Education Populaire), Patrick Viveret (Collectif Richesse)

et Philippe Askénazy (économiste), Geneviève Azam (économiste), Étienne Balibar (philosophe), Frédéric Boccara (économiste), Alain Caillé (sociologue), François Chesnais (économiste), Benjamin Coriat (économiste), Cédric Durand (économiste), David Flacher (économiste), Susan George (écrivain), Jean-Marie Harribey (économiste), Michel Husson (économiste), Stéphane Hessel (écrivain), Esther Jeffers (économiste), Jean-Louis Laville (sociologue), Frédéric Lordon (économiste), Marc Mangenot (économiste), Dominique Méda (sociologue), Ariane Mnouchkine (artiste), André Orléan (économiste), Dominique Plihon (économiste), Christophe Ramaux (économiste), Denis Sieffert (journaliste), Henri Sterdyniak (économiste)…


Pour signer l'appel : http://www.audit-citoyen.org/

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Les Actions
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:47

LEMONDE.FR | 08.11.11 | 14h54

 
 

Mangion : Qu'avez vous l'intention de faire au vu de ce plan qui vise une fois de plus les bas salaires et les classes moyennes ?

Véronique Descacq : D'abord consulter nos militants dans nos entreprises qui sont en contact direct avec les salariés. C'est aux salariés de nous dire comment ils ressentent ce plan et de nous confirmer notre analyse sur les difficultés concrètes qu'ils rencontrent, en particulier sur leur pouvoir d'achat. Dans les prochains jours, nous allons rencontrer les autres organisations syndicales pour convenir ensemble de contre-propositions ou d'actions pour la suite à donner.

Bernard :  La CFDT compte-t-elle appeler à la grève contre le nouveau plan de rigueur ?

Pour l'instant, ce n'est pas le sujet. On peut douter qu'une grève apporte une solution à la question du pouvoir d'achat des salariés. Ce que l'on veut, c'est que le gouvernement entende nos contre-propositions.

LOLO : Quels moyens avez-vous pour faire entendre vos contre-propositions ?

La pertinence de celles-ci et de convaincre l'opinion qu'en supprimant les exonérations sur les heures supplémentaires qui n'apportent rien en pouvoir d'achat et qui pénalisent l'emploi, on engrange plus de 4 milliards par an, soit la moitié du plan qui est proposé aujourd'hui par le gouvernement.

pierre : A propos des retraites quelles pourraient être à présent les revendications ?

Les revendications de la CFDT sur les retraites, c'est de raisonner en durée de cotisation plutôt qu'en âge. Parce que l'âge pénalise les gens qui ont eu des carrières accidentées, essentiellement les femmes et cela pénalise aussi les gens qui ont des métiers pénibles. Très concrètement, c'est d'empêcher le passage accéléré à 67 ans pour les métiers pénibles et les carrières accidentées. C'est la remise en cause du passage à 67 ans qu'il faudra obtenir.

LE ROUX : Quand vous arrêterez vos querelles inter-syndicales pour lancer un mouvement de grèves générales illimitées contre les agences de notations pour la défense des intérêts des salariés? (je suis syndiqué à la CFDT retraité)

Sur le sujet, il n'y a pas de querelles intersyndicales, mais la volonté de travailler en commun. Un mouvement de grève illimité ne se décrète pas du plus haut des confédérations. C'est la mobilisation des salariés sur le terrain qui peut en assurer la réussite. On prend le pouls des salariés mais après, on ne sent pas la volonté des salariés de se lancer dans une grève massive illimitée.

En revanche, il est vrai que l'on doit mettre la pression sur l'Europe en particulier et aussi sur le G20 pour encadrer les agences de notation. Et nous contestons la légitimité de ces agences pour noter les Etats.

Laurent : Croyez-vous que la France a les moyens de maintenir son niveau de protection sociale ?

Je pense que maintenir un haut niveau de protection sociale, c'est à la fois un enjeu de cohésion sociale et un enjeu de développement économique. Parce que cela soutient des pans entiers de l'activité économique. La question est de savoir ce que les citoyens sont prêts à mutualiser comme ressources pour avoir ce haut niveau de protection sociale.

Cela veut dire aussi qu'il faut réformer la protection sociale pour qu'elle réponde mieux aux enjeux de la société d'aujourd'hui (évolution du monde du travail, évolution de la famille...). Pour répondre à ces deux enjeux, cohésion et soutien de l'activité économique, il y a beaucoup de redéploiement à faire à budget constant en matière de politique familiale, par exemple. Mais il faut accepter qu'en matière de santé, les coûts sont amenés à évoluer du fait des progrès médicaux et de l'allongement de la durée de vie et qu'il faudra trouver des ressources supplémentaires au travers d'un impôt équitable, comme la CSG par exemple.

jean-claude : N'êtes-vous pas bloqué dans vos actions par l'échéance prochaine de l'élection présidentielle ?

C'est moins le monde du travail et le syndicalisme qui est bloqué dans son action que le politique. On voit bien d'ailleurs que le plan annoncé hier tente de répondre à un double enjeu : rassurer les agences de notation sans inquiéter l'électorat. Du coupe, il ne propose pas de perspective à long terme.

LEBRANCHE : Que pensez-vous du programme du PS sur la protection sociale ? Allez-vous soutenir un candidat ?

Nous n'allons soutenir aucun candidat. En revanche, nous présenterons nos propositions sur l'emploi, la protection sociale, la fiscalité à tous les candidats républicains. Et nous transmettrons leurs réponses à nos propositions.

Jason : Etes vous satisfaite du "gel" des salaires du gouvernement proposé dans le plan de rigueur ?

Cela me paraît une mesure peut-être démagogique. Les augmentations sont déjà gelées pour l'ensemble des fonctionnaires. Cela me paraît la moindre des choses qu'il en soit de même pour les ministres.

92 : Allez-vous rencontrer Xavier Bertrand dans les prochains jours pour discuter de la rigueur comme il vous l'a proposé ?

Xavier Bertrand n'a pas proposé de nous rencontrer pour parler de la rigueur, mais seulement pour parler de l'économie sur les dépenses de santé. Or, nous, nous pensons qu'il y a beaucoup d'autres sujets qui concernent les salariés. En particulier, tout ce qui concerne la fiscalité. Ce que l'on veut dire au gouvernement, c'est qu'il est temps qu'il revienne sur l'exonération des heures supplémentaires.

Si le préalable du gouvernement, c'est qu'il ne veut pas parler de cela, on ne voit pas bien ce que l'on va dire à Xavier Bertrand. Tant qu'il cantonne la conversation aux 700 millions économisés sur les dépenses de santé, nous n'irons pas le rencontrer. En revanche, on veut rencontrer le premier ministre sur l'ensemble du plan.

José : Quelle mesure vous semble la plus scandaleuse dans le plan de rigueur annoncé hier ?

Avec celle des retraites, il y a celle sur la moindre revalorisation des allocations familiales et allocations logement. Surtout qu'elles semblent vouloir être pérennes. Cela aura pour conséquence un décrochage très sérieux en terme de pouvoir d'achat pour les familles, mais aussi pour les jeunes, avec en particulier les allocations logement. Alors que l'on sait que ces allocations logement sont importantes pour l'insertion.

Marka : Ne pensez-vous pas que l'austérité va être encore pire l'année prochaine ?

Ce qui est préoccupant, c'est que le plan ne prévoit de mesures de relance de l'activité économique ni de mesure de soutien à l'emploi. La crainte que nous avons, c'est ce que ce plan aggrave la récession et que de nouvelles mesures d'austérité soient prises l'année prochaine.

C'est la raison pour laquelle nous regrettons qu'il n'y ait pas un volet de politique industrielle dans le plan annoncé. Mais nous regrettons aussi l'abandon de la réforme de la dépendance qui aurait permis de soutenir l'activité des services à la personne. Les travaux de cet été, des commissions, du Conseil économique et social et des organisations syndicales ont démontré qu'un plan pour la dépendance était facilement finançable avec une faible taxation des héritages.

claude : Comment peut on accepter de voir encore modifiées les conditions de départ en retraite sans aucune concertation avec la représentation des salariés alors qu'il avait été mis dans la loi que la négociation était un préalable à tout texte légal ?

Vous avez raison. Depuis plus d'un an maintenant, la concertation avec les organisations syndicales passe à la trappe. C'est contraire à tous les engagements du début de mandat. Et cela suscite l'exaspération et l'incompréhension des salariés. Pourtant, sur le sujet des heures supplémentaires, il y a un consensus parmi les organisations syndicales qui aurait pu être mis à profit par le gouvernement.

Bertrand : Alors que la conjoncture politique, économique et sociale donne crédit aux revendications salariales, le mouvement social-syndical et quasiment inexistant. Comment expliquez-vous cela ?

A la CFDT, on a à la fois une vision d'ensemble des enjeux économiques et sociaux et des propositions très concrètes sur tous les sujets qui touchent à la vie quotidienne et au pouvoir d'achat des salariés : conditions de travail, fiscalité, protection sociale, salaires... En ce moment, le gouvernement est à fois focalisé sur l'opinion des agences de notation d'une part et sur les enjeux électoraux d'autre part.

De leur côté, les salariés ont conscience de la gravité de la situation économique. Ils sont eux-mêmes violemment percutés par le chômate et les baisses de pouvoir d'achat. Mais ils ne pensent pas que ce soit au travers des grèves que la situation évoluera.

Christophe : Pour en revenir aux allocations familiales, ne croyez-vous pas qu'il serait nécessaire de définir un plafond de ressources au-dessus duquel les ménages concernés ne pourraient prétendre à en bénéficier ?

A la CFDT, on est très attaché à l'universalité des allocations familiales. Tous les salariés participent à son financement, donc tout le monde doit pouvoir en bénéficier. En revanche, faire entrer les allocations familiales dans le barême de l'impôt sur le revenu pourrait être une bonne piste pour rendre les choses plus équitables. Il y a des dispositifs bien plus inéquitables, parce qu'ils profitent proportionnellement plus aux revenus élevés. Le quotien familial et les avantages familiaux de retraite, la CFDT propose de donner le même montant par enfant à tout le monde, quels que soient les revenus.

Guest : Pourquoi les syndicats ne disent pas simplement les choses. A savoir qu'une gestion très rigoureuse est nécessaire, mais que la véritable question qui se dessine est de savoir qui subira les ajustements nécessaires ?

Il me semble que c'est ce que l'on dit. A la CFDT, on a la conviction que la question de la dette est à prendre en compte sérieusement. Il faudra donc faire des efforts, en particulier augmenter les ressources de l'Etat et de la protection sociale. Toute la question est de faire en sorte que ces efforts soient équitablement répartis. C'est la raison pour laquelle nous proposons une remise à plat de la fiscalité pour rendre les impôts plus progressifs.

Chat modéré par Jean-Baptiste Chastand

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:42

LEMONDE.FR avec AFP | 08.11.11 | 14h13

 
 

 

Le président russe Dimitri Medvedev et son homologue allemand, Christian Wulff lors d'une conférence de presse, mardi 8 novembre. Les dirigeants inaugurent le gazoduc Nord Stream.

Le président russe Dimitri Medvedev et son homologue allemand, Christian Wulff lors d'une conférence de presse, mardi 8 novembre. Les dirigeants inaugurent le gazoduc Nord Stream. AFP/ODD ANDERSEN


C'est la nouvelle autoroute maritime du gaz, entre la Russie et l'Europe : le gazoduc Nord Stream était inauguré mardi 8 novembre en Allemagne. Une inauguration solennelle, à la mesure de son importance stratégique.

Le gazoduc, qui passe par la Baltique, sera doté d'ici à la fin 2012 d'une deuxième conduite, et distribuera en effet assez de gaz pour 26 millions de foyers en Europe. Derrière l'infrastructure à 7,4 milliards d'euros : un consortium dominé par le géant gazier russe Gazprom, avec les allemands BASF et EON, le néerlandais Gasunie mais aussi le français GDF Suez. Le groupe français qui participait à l'inauguration a ainsi salué "un élément de la stratégie gazière internationale en Europe et dans le reste du monde". Le président russe s'est, lui, félicité de cet "événement majeur", pour les relations entre Russie et Europe. "C'est aussi un pas vers la sécurisation de l'approvisionnement de l'énergie de l'Europe", a-t-il dit.

UN GAZODUC STRATÉGIQUE

L'objectif stratégique de Nord Stream : échapper aux litiges à répétition ces dernières années entre Moscou et l'Ukraine. C'est en effet par l'Ukraine que transite l'essentiel des importations européennes de gaz russe. En plein hiver 2009 Kiev avait ainsi bloqué des livraisons aux Européens en guise de représailles contre Gazprom.

>>> Lire "Gazprom s'affirme en acteur global de l'énergie"

Autre nouveauté : au contraire des autres gazoducs, qui transitent aussi par les pays Baltes et la Pologne, la nouvelle conduite est exclusivement maritime. Cela irrite les pays contournés, au point qu'un ministre polonais était allé en 2006 jusqu'à évoquer le pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne nazie. De son côté, La Suède s'est elle inquiétée des conséquences écologiques. Gazprom affirme que le gazoduc "ne produit aucun effet significatif sur l'environnement"

 

Les principaux gazoducs européens

LEMONDE.FR | 08.11.11 | 14h44

Les principaux gazoducs européens
Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Informations diverses
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:39

LEMONDE.FR avec AFP, Reuters | 08.11.11 | 13h00   •  Mis à jour le 08.11.11 | 13h38

 
 

 

La publication du rapport de l'AIEA sur le programme nucléaire iranien est attendue mardi ou mercredi. Ici : la centrale de Bushehr, construite par la Russie à 1200 km au sud de Téhéran.

La publication du rapport de l'AIEA sur le programme nucléaire iranien est attendue mardi ou mercredi. Ici : la centrale de Bushehr, construite par la Russie à 1200 km au sud de Téhéran.AFP/MAJID ASGARIPOUR

L'Iran "n'a pas besoin de la bombe atomique" pour affronter Washington et ses alliés, a réaffirmé, mardi 8 novembre, le président Mahmoud Ahmadinejad, alors que l'AIEA s'apprête à publier un rapport accréditant les soupçons occidentaux sur une activité nucléaire iranienne militaire.

"Les Etats-Unis, qui possèdent 5 000 bombes atomiques, nous accusent avec impudence de fabriquer l'arme atomique, mais ils doivent savoir que si nous voulons couper la main qu'ils ont étendu sur le monde nous n'aurons pas besoin de la bombe atomique", a déclaré M. Ahmadinejad, cité par le site de la télévision d'Etat.

LaChine a par ailleurs demandé mardi à l'Iran de coopérer "avec sincérité" avec l'AIEA. Téhéran doit "s'impliquer dans une coopération sérieuse avec l'agence", a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères.

"NOUS NE VOULONS PAS D'UNE GUERRE"

Selon des sources diplomatiques occidentales, le nouveau rapport de l'AIEA étaye les soupçons sur les ambitions militaires du programme nucléaire iranien. Téhéran s'est toujours défendu de vouloir acquérir l'arme atomique, assurant que ses recherches n'ont que des visées civiles en matière d'énergie.

La presse israélienne évoque depuis une semaine un débat au sein du gouvernement sur l'opportunité de frappes préventives contre les installations nucléaires iraniennes. Le président israélien Shimon Peres a prévenu que la possibilité d'une attaque militaire contre l'Iran était "plus proche que l'option diplomatique". Mardi, le président russe Dmitri Medvedev déclarait à Berlin que les menaces israéliennes constituaient "une réthorique on ne peut plus dangereuse" et pourraient conduire à "une catastrophe pour le Moyen-Orient".

Plus tôt dans la matinée, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, avait par ailleurs minimisé les spéculations sur une possible intervention militaire israélienne. "La guerre n'est pas une partie de plaisir (...) Nous ne voulons pas d'une guerre", a-t-il dit au micro de Radio Israël, ajoutant qu'aucune décision n'avait été prise de "nous embarquer dans une quelconque opération".

"SANCTIONS PARALYSANTES"

Le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, plaidait quant à lui lundi pour des sanctions internationales "très sévères et paralysantes", durant des débats gouvernementaux à huis clos dont le journal Maariv rendait compte mardi. Ces sanctions doivent viser la Banque centrale et les exportations de pétrole d'Iran, a-t-il précisé.

Mardi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a affirmé quant à lui que les Occidentaux n'ont toujours "aucune preuve sérieuse que l'Iran est en train de fabriquer une ogive nucléaire", accusant l'Occident de faire pression sur Téhéran "sans arguments ni preuves".

Washington et ses alliés occidentaux n'ont pas caché leur intention d'utiliser le rapport de l'AIEA pour durcir encore leurs sanctions individuelles contre l'Iran et essayer de convaincre Moscou et Pékin, jusqu'alors réticents, de renforcer celles de l'ONU adoptées par quatre résolutions depuis 2007.

PREMIER PARTENAIRE COMMERCIAL

La Chine répète souvent de son côté qu'elle est opposée à l'usage de la force ou aux menaces d'usage de la force contre l'Iran. Pékin préconise de résoudre le problème du nucléaire iranien par "le dialogue et la coopération".

Les sanctions frappant l'Iran ont permis aux sociétés chinoises d'accroître largement leur présence en Iran, dont la Chine - qui y achète beaucoup de pétrole - est devenue le premier partenaire commercial avec des échanges bilatéraux de 30 milliards de dollars, contre seulement 400 millions seulement il y a 15 ans.

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Nucléaire
commenter cet article

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22