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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 20:09
leprogres.f - 

Publié le 19/11/2011 à 06:00

 
Un rassemblement avait été organisé en juin place de la Liberté à Lons. Photo archives Eva Rodriguez

Un rassemblement avait été organisé en juin place de la Liberté à Lons. Photo archives Eva Rodriguez

 

Société. Plus de trois cents personnes ont rejoint le mouvement des Indignés sur les réseaux sociaux

Ils veulent « vivre leurs rêvés et ne pas rêver leurs vies », « réunir des personnes pacifiques et indignées du Jura autour de l’esprit de l’ouvrage de Stéphane Hessel, « Indignez-vous », et du mouvement pacifique « Los Indignados. »

À l’heure ou le campement des Indignés de la Défense, à Paris, se fait démanteler par les forces de l’ordre, plus de trois cents Jurassiens des tous horizons et tous âges ont rejoint le groupe Facebook des « Indignés du Jura », un mouvement apolitique pour « se faire entendre et faire entendre une autre voix de proximité. Parce que tous les indignés de France n’habitent pas une grande ville, parce qu’il est bon de ne pas rester isolé et de tisser des liens, parce que la centralisation pénalise ceux qui ne peuvent se déplacer… » Ils veulent « résister sans perdre le sens de l’humour, sans violence, et être créatif. »

Pour le moment, le mouvement peine à prendre de l’ampleur dans le département. Un rassemblement a bien été organisé en juin, à Lons-le-Saunier, mais, depuis, plus grand-chose.

« Les choses bougent, assure Jean-Luc Forest, l’un des administrateurs du groupe. Il est vrai que ce n’est pas encore très structuré, mais cela va se développer. Le mouvement ne s’essouffle pas. Il essaime au contraire. Les rassemblements vont se faire de plus en plus spontanément. Des meneurs vont émerger, que ce soit au niveau local comme national. Il en faudra de toute façon. »

Il poursuit : « Les réseaux sociaux sont un super-outil pour mobiliser les gens, mais ensuite, il faut revenir dans le réel, ne pas rester dans une bulle virtuelle. »

« L’homme doit être au centre de tout, de la société, explique-t-il. Au bout d’un moment, il faut dire stop. Stop aux injustices. Nous n’avons jamais été dans cette situation depuis la Seconde Guerre mondiale. Si on avait été à une autre époque, cela aurait déjà explosé. Les Indignés rassemblent ceux qui ne se font plus entendre, ceux qui souhaitent une meilleure répartition des richesses, ceux qui ne veulent plus de ce système où l’argent est roi, où la classe politique ne réagit pas, ou uniquement avec des plans de rigueur, et s’accroche à ses privilèges… »

Renaud Lambolez
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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 20:03
  • FranceTv - Adrian Buffel - Publié le 18/11/2011 à 18H22, mis à jour à 09H24

 

Les Indignés sur le parvis de la Défense en novembre 2011

Les Indignés sur le parvis de la Défense en novembre 2011

Malgré le froid et les interventions de la police, les Indignés entament leur troisième semaine d’occupation du parvis de La Défense. A cinq mois de l’élection présidentielle vont-ils peser sur la campagne électorale ? Rencontre avec des Indignés.

Sur le parvis de La Défense, les Indignés émergent lentement après une nuit inconfortable passée dans le froid. Fatigués à force de ne dormir que 2 à 5 heures par nuit, ceux-ci n’entendent pas abandonner leur occupation, malgré le harcèlement policier dont ils se disent victimes. Vont-ils peser sur la campagne ? FTV 2012 est allée à leur rencontre.

Sur les cartons posés au sol, les slogans fleurissent : "J’accuse l’Etat de nous avoir mis dans cet état : esclave de la dette". Outre l'annulation de celle-ci, les Indignés appellent à la "démocratie réelle maintenant."

Si tous s’accordent sur l’origine des problèmes qu’ils dénoncent, les avis divergent joyeusement sur le reste. "On a des gens de tous les bords politiques, même de droite", avance Benjamin, étudiant en BTS informatique.

Une diversité que les quelques dizaines d’Indignés présents se targuent d’entretenir, même si dans l’ensemble, aucun d’entre eux ne fait vraiment confiance à la politique. "Ce serait bien de peser sur la campagne présidentielle, mais je doute qu'en changeant de président quelque chose bouge", soupire Louise, 19 ans, étudiante en anglais.

"Je suis contre le fait d’avoir un gouvernement"

Le changement, les Indignés l’appellent de leurs vœux. Mais aucun d’entre eux ne se fait d’illusion. "Ca ne change pas grand-chose l’élection présidentielle, il faut changer tout le système", conclut Benjamin en grelottant.

Sur les quelques palettes que les Indignés ont récupérées, des bâches protègent les couvertures et les vêtements du vent omniprésent.

Plus loin, Eva, 26 ans, sans emploi depuis quelques mois, est encore plus désabusée. "Je n’ai aucun espoir dans le vote, explique-t-elle. D’ailleurs, je ne vote pas : je suis contre le fait d’avoir un gouvernement." Le point de vue est radical, mais il est partagé par beaucoup de jeunes.

"Les politiques ne comprennent rien du tout"

Ce n’est pas le cas de Jérémie, 20 ans. Pour cet électricien en alternance, "tout le monde doit voter" parce que "c’est un droit" comme d’être "ici", à occuper La Défense. "Voter, c’est important, même blanc", ajoute-t-il, alors qu’une Indignée distribue une soupe aux lentilles pour l’ensemble du camp.

Tandis que des passants s’approchent pour discuter avec eux, Nicolas s’échine à manier son mégaphone avec autorité. "Je suis Indigné : de toute façon, je n’ai rien à faire de mieux !", s’exclame le brocanteur, qui vit du RMI depuis 12 ans et cherche un financement pour sa formation en charpenterie-menuiserie.

"J’ai voté Montebourg au premier tour de la primaire socialiste et Hollande au second tour, précise l’apprenti tribun. Il faut voter parce que tout est politique. Mais les politiques ne comprennent rien du tout, ils n’en n’ont rien à foutre !"

Récupération politique ?

"Les politiques suivent leur intérêt, pas l’intérêt public", surenchérie Dieu-Merci - carte d'identité faisant foi -, qui appelle les citoyens au rassemblement  avec les Indignés.

Pendant ce temps, deux femmes voilées apportent discrètement quelques victuailles. S'ils ne bénéficient pas de la tolérance de la préfecture de Paris, les Indignés peuvent compter sur l’élan de solidarité qu’ils ont suscité auprès des riverains. Pain, noix, oranges, lait, thé et sucre : ils ont encore de quoi tenir.

"La politique doit se faire dans la rue, avec le peuple, pas par quelques politiques", explique Benjamin. "Trop de pouvoir sur les épaules de quelqu’un, ce n’est pas très démocratique", précise-t-il.

"Notre mouvement est a-partisan, mais politique et civique, souligne Louise qui craint une récupération du mouvement. On accepte tout le monde, mais ceux qui viennent le font en tant que citoyen."

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:57

Publié le 19.11.2011, 16h41

      

Les

Les "indignés" de Londres ont inauguré symboliquement samedi sous une pluie de confettis une "banque d'idées" dans un immeuble vide de la banque suisse UBS qu'ils occupent depuis la veille, inaugurant leur troisième site d'occupation dans la capitale britannique. | Ben Stansall


Les "indignés" de Londres ont inauguré symboliquement samedi sous une pluie de confettis une "banque d'idées" dans un immeuble vide de la banque suisse UBS qu'ils occupent depuis la veille, inaugurant leur troisième site d'occupation dans la capitale britannique.

La petite Hali, 3 ans, et Tina Rothery, une grand-mère venue de Blackpool (nord-ouest de l'Angleterre) ont coupé le ruban rouge.


Des confettis découpés dans le quotidien d'affaires Financial Times donnaient un air de fête à la cérémonie organisée par le mouvement "Occupy London Stock Exchange", lancé à Londres il y a un mois en référence à "Occupy Wall Street" à New York.
"Nous ouvrons ici un espace libre, où tout le monde peut venir apporter sa contribution", a expliqué Lucy, 33 ans, membre de l'équipe "médias" d'Occupy LSX.
Une cinquantaine de militants étaient à pied d'oeuvre samedi, organisant la salle technique, la salle de conférence, ou les tournées de nettoyage.
Un grand tableau blanc précisait le programme qui démarrait avec le témoignage de travailleurs en lutte du secteur du nettoyage et s'étendait jusqu'à 19H30 avec un débat sur les paradis fiscaux.
"David Cameron parle beaucoup de la +Big Society+ (la société civile qui doit prendre le relais de l'Etat, selon le Premier ministre), mais c'est nous, la Big Society", souligne Lucy.
Un mois après le début du premier campement d'"Occupy LSX" dans la City, sur les marches de la Cathédrale St-Paul, les médias britanniques s'interrogent toutefois sur la traduction en propositions politiques du mouvement.
"La plupart d'entre nous n'ont pas d'expérience politique, rappelle Lucy, alors cela prend du temps". "Mais nous avons déjà voté deux motions: l'une pour une taxe sur les transactions financières et l'autre pour soutenir la manifestation du secteur public sur les retraites, le 30 novembre".
Trois cars de police stationnent devant l'immeuble, sous l'oeil indifférent des militants venus pour beaucoup avec enfants et poussettes. Une crèche fonctionne déjà au rez-de-chaussée.
Mais l'immeuble ne sera pas utilisé pour dormir, contrairement aux deux campements de St-Paul et de Finsbury Square situé à une cinquantaine de mètres du bâtiment d'UBS.
La banque suisse a annoncé vendredi qu'elle prenait "les mesures adaptées" contre cette occupation, et les militants s'attendent à un ordre d'évacuation de la justice.
"Comme les banques saisissent les maisons des gens, nous reprenons possession des locaux laissés vides", revendique Stephen, habitant du quartier de Hackney où est situé l'immeuble.
Ce quartier populaire du nord-est de Londres subit des travaux gigantesques. Des complexes de bureau (Broadgate) et un centre commercial géant (Bishopsgate) ont ouvert en dépit de l'opposition d'une partie des habitants, chassés du secteur par la hausse des loyers, explique-t-il.
Pendant ce temps, à St-Paul, se déroule un rassemblement de représentants de toutes les occupations en cours dans le pays.
Les militants du site ont refusé de se plier à l'ultimatum des autorités municipales qui leur avaient donné jusqu'à 18H00 (locale et GMT) jeudi pour plier leurs tentes, ouvrant la voie à une longue bataille judiciaire.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:55

 

Accord EELV - PS : la porte ouverte à toutes les fenêtres

Publié le 19/11/2011 à 03h20

Eva Joly en meeting à Lyon, le 13 novembre 2011 (Robert Pratta/Reuters)

Semaine difficile pour les militants écologistes. Nous sommes raillés de toutes parts.

Sur notre gauche, on nous accuse d'avoir vendu notre âme au PS pour un plat de lentilles électoral. A droite, on nous désigne comme étant ceux par qui le déclin industriel du pays arrive. Dans les deux cas, on met en cause notre utilité. C'est qu'en vérité, nous cheminons, sous les lazzis et les quolibets, sur l'étroite route du compromis nécessaire.

Je crains fort que la semaine passée, nous ne nous soyons quelque peu égarés. Non que je conteste la nécessité d'un rassemblement de la gauche et des écologistes. Mais la méthode des arrangements au sommet dans le huis clos des appareils n'a rien de bon.

Pour des assises nationales de la transition énergétique

Je crois que sur la question du nucléaire, il aurait fallu procéder autrement. Pourquoi ne pas avoir choisi d'organiser des assises de la transition énergétique ou chacun serait venu défendre ses options devant le peuple de gauche et devant le pays tout entier  ?

Les associations mobilisées pour la sortie du nucléaire et les syndicats de travailleurs du secteur auraient pu confronter leurs arguments. La question de la lutte contre la précarité énergétique aurait été mise à l'ordre du jour par les mouvements de locataires. Et ainsi de suite.

Dans une telle logique, les partis n'auraient pas prétendus être les seuls dépositaires de la connaissance et les seuls décisionnaires sur des questions qui engagent la société toute entière.

Société mobilisée et écologie populaire

L'écologie, pour être populaire, doit s'appuyer sur la société en mouvement. Au fond, il aurait fallu mobiliser la société pour produire du changement social, au lieu de confisquer une question politique centrale.

Pour désigner leurs candidats, socialistes et écologistes ont choisi d'ouvrir largement leur corps électoral. Mais pour discuter de leurs programmes respectifs et des compromis nécessaires à une dynamique politique post-présidentielle, ils en débattent en petit comité, alors même que c'est une question qui concerne chacun des électeurs. 

M'est avis que le contraire aurait été plus logique. Je crois que c'est la source du malaise qui noue le ventre de nombre d'écologistes sincères. Si le compromis s'était noué au grand jour et était né d'une dynamique sociale, il serait aujourd'hui incontestable.

Tel n'est malheureusement pas, et le soupçon d'opportunisme nous accable.

Syndrome de Stockholm

Nous sommes attachés au fait de faire entendre la voix de l'écologie à l'Assemblée nationale, ce qui dans le mode scrutin actuel passe par des alliances.

Mais la triste pièce qui vient de se jouer sous nos yeux et a ridiculisé nos combats toute la semaine est catastrophique. Elle laissera des traces.

Les négociateurs écologistes n'ont pourtant pas démérité. Je crains juste qu'ils ne soient victimes du syndrome de Stockholm  : pris en otage par la logique de compromis qui préside à toute négociation, ils ont à mon avis tendance à survaloriser ce qu'ils ont obtenu.

A mes yeux, un accord né d'une méthode bureaucratique, et passé avec des partenaires dont on ne peut pas dire qu'ils mettent un enthousiasme particulier à en défendre le fruit devant l'opinion, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres.

Le pire est à venir. Un avant-goût nous en a été donné par le conflit d'interprétation sur l'épineuse question du MOX qui a occupé les médias l'encre du contrat à peine sèche.

La parole est au camarade Areva

De fait, le coup de grâce est venu des nucléocrates patentés, qui ont osé s'inviter dans un dialogue entre forces politiques pour retoucher un accord électoral après qu'il ait été signé.

Interrogé sur TF1, François Hollande a affecté de trouver cela parfaitement normal. J'ignorais pour ma part que le camarade Areva avait son rond de serviette au bureau national du Parti socialiste.

Je propose d'étendre l'expérience. Demandons au Medef de statuer sur le programme social de la mandature, à Total de nous éclairer sur la lutte contre les atteintes portées à l'environnement et à Bachar El-Assad de nous donner son avis sur le volet droits de l'homme de notre alliance. 

Plus tragiquement, comment ne pas être saisi de doute sur le volontarisme de nos partenaires  ? En conscience, je ne peux défendre un tel accord.

Le turbulent silence d'Eva Joly

Et Eva Joly dans tout ça, me direz-vous ? Eva Joly se tait. Je vois dans ce silence l'expression du fait qu'elle n'est pas dupe du vaudeville qui vient de se dérouler et crois qu'elle n'a pas à s'excuser de cette interruption momentanée de l'image et du son.

Sa parole n'en pèsera que davantage. Eva Joly retrouve sa pleine et entière liberté de parole et d'action puisque l'accord passé n'est rien d'autre qu'un accord électoral basé sur un socle politique commun minimal.

Comme c'est une femme de principes et de convictions, ceux qui pensent qu'on la fera dire autre chose que ce qu'elle pense en seront bientôt pour leurs frais.

Le temps de l'écologie de combat est revenu. Pour ne pas décevoir le peuple de l'écologie, Eva doit se faire entendre.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:53
terraeco.net - 28-10-2011
(Crédit photo : Olivier Roller)
 
Dossier - Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir. A 90 ans, le philosophe et sociologue nous invite à résister au diktat de l’urgence. Pour lui, l’espoir est à portée de main. Entretien.
Le Baromètre de cet article

Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?

La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Cela est-il donc si nouveau ?

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi ?

Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance ?

Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

Décélération signifierait décroissance ?

Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?

Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre. —

Edgar Morin en dates

8 juillet 1921 Naissance à Paris

1939 Rejoint la Résistance

1941 Entre au Parti communiste, dont il s’éloigne avant d’en être exclu définitivement en 1951

1977 Publication du premier tome de La Méthode

1993 Ecrit Terre-Patrie et appelle à « une prise de conscience de la communauté du destin terrestre »

2009 Publie Edwige, l’inséparable (Fayard)









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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:52

 

Rue89 - Dégaine l'oseille 17/11/2011 à 18h48
 

Un élève travaille sur un exercice scolaire à la maison dans une famille américaine (Brandi Jordan)

Chatou, dans les Yvelines. Une banlieue chic à 10 kilomètres à l'ouest de Paris. Christine R., qui préfère conserver l'anonymat, travaille en profession libérale. Avec son mari, directeur général d'une grande surface, ils ont quatre enfants : Camille, 20 ans, Adrien 18 ans, Antonio, 10 ans, et Cassandra, 8 ans. Le couple gagne environ 8 000 euros par mois.

Comme tous les parents, ils veulent que leurs enfants réussissent. Lorsque leur aînée était en première ES, elle n'avait pas l'esprit mathématique ? Ils ont fait appel à un professeur particulier. Elle voulait suivre des études de commerce, son orientation actuelle ? Les parents ont re-signé pour la terminale. Coefficient 7 au bac, il s'agissait de ne pas perdre pied.

A 45 euros par heure, deux heures par semaine pendant quinze mois, la facture est salée : 5 400 euros sans abattement fiscal. « Nous avions essayé avec un organisme, mais ce n'était jamais le même professeur », précise Christine R.

« Son prof de lycée nous avait encouragé »

Adrien, lui, faisait partie des élèves un peu juste en mathématique. Une moyenne de 9/20 en seconde, un peu limite pour intégrer une première S et être sûr de réussir son bac. Donc de la seconde à la terminale, même prof, même tarif : 8 640 euros pour vingt-quatre mois.

« Son professeur de lycée nous avait encouragé », ajoute la mère de famille. Car si des cours de soutien existaient au sein de l'établissement pour les queues de classe, rien n'était proposé aux élèves moyens.

« Nous avions la chance de pouvoir le faire, alors nous l'avons fait », souligne Christine R., consciente qu'avec ses revenus le ménage appartient aux privilégiés.

Prix d'ami : 72 h de cours pour 4 320 €

D'autant que les doutes d'Adrien et de Camille ne portaient pas seulement sur les dérivations ou les fonctions polynômes. A l'approche du bac de français, l'angoisse monte également à l'idée des commentaires de texte et dissertations sur Flaubert ou Balzac.

Ce fut donc deux heures de cours hebdomadaires. Malgré un « prix d'ami », les parents ont dû débourser 4 320 euros supplémentaires pour aider leurs deux adolescents à appréhender Molière à raison de 72 heures de cours chacun.

Même si à l'heure actuelle, les deux petits derniers ne sont pas concernés, les Yvelinois n'en ont pas pour autant fini avec les cours de soutien. Adrien, désormais étudiant en première année de médecine (PAES), suit en complément une prépa privée (850 euros l'année) et des cours particuliers de biophysique avec un professeur spécialisé (deux heures par semaine à 70 euros de l'heure).

Objectif : maximiser ses chances aux concours de janvier et de mai dont les taux de réussite ne dépassent pas 17% en moyenne. Au total, 5 890 euros pour un an. Le prix du succès ? « Mon fils m'a assuré que c'était indispensable », ajoute la mère de famille nombreuse, dubitative. Elle attend de voir les résultats.

Au total, le soutien scolaire aura coûté 23 700 euros pour 528 heures de cours particuliers sur un peu plus de quatre ans, soit 5 925 euros par an, plus 850 euros de prépa, la question se pose.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:50
Rue89 - Tribune des droits humains 19/11/2011 à 17h19
Tribune des droits humains"
John Dyer
Infosud
 

Une poche vide (stuartpilbrow/Flickr)

 

(De Boston) L'économie américaine est à nouveau minée par un problème de dette. Cette fois-ci, ce sont les étudiants qui sont directement visés, avec une dette globale de mille milliards de dollars en 2010.

C'est le chiffre que donne la réserve fédérale new-yorkaise pour la dette issue des prêts bancaires des universitaires : un record.

Selon le College Board, un groupe d'intérêt des universités, les étudiants empruntent deux fois plus qu'il y a dix ans (taux d'inflation inclus).

Une situation qui ne peut que s'aggraver : aux Etats-Unis, la plupart des étudiants doivent financer eux-mêmes leurs études et le coût de l'éducation continue à fortement augmenter. Sans autre choix que de cumuler des crédits pour paradoxalement assurer leur avenir, ils peuvent s'endetter pour plusieurs dizaines de milliers de dollars chaque année.

Pas le droit à l'erreur

Cette spirale est d'autant plus intenable que les étudiants doivent commencer à rembourser leur emprunt une fois le diplôme obtenu. Cela quelles que soient les difficultés que peut rencontrer le débiteur.

Même en cas de faillite personnelle, cette dette ne s'efface pas, contrairement aux autres types de dette. Alisa Cunningham, chercheuse à l'Institute for Higher Education Policy à Washington, confie :

« Les conséquences sont tellement graves que les étudiants n'ont pas le droit à l'erreur. »

Or, avec un taux de chômage avoisinant les 9% aux Etats-Unis, de nombreux diplômés ne peuvent pas rembourser leur emprunt. En 2009, 8,8% d'entre eux étaient en défaut de paiement contre 6,7% deux ans plus tôt.

Le pire marché de l'emploi

Un business juteux et sur le long terme pour les organismes de crédit qui n'a pas échappé à certaines universités : elles sont de plus en plus nombreuses à développer des entreprises rentables de prêts sur le dos des étudiants.

Les critiques se font de plus en plus virulentes contre ce fonctionnement, les facultés incriminées ciblant délibérément les étudiants issus de familles pauvres.

Une politique clairement irresponsable pour Jake Stillwell, porte-parole de l'Association des étudiants américains. Selon lui, alors que ces universités font miroiter de bonnes chances d'emploi grâce à leur diplôme, elles passent sous silence les conséquences de contracter un prêt.

« En moyenne, les dettes d'un diplômé s'élèvent à 25 000 dollars avant de se lancer sur le pire marché de l'emploi de l'histoire. »

La question de la dette estudiantine est au cœur des manifestations qui secouent tout le pays. « Je suis un jeune médecin, qui arrive tout juste à survivre avec mon salaire », écrit un membre du mouvement Occupy Wall Street sur le site We Are the 99 Percent.

« J'ai plus de 200 000 dollars de dette étudiante. Je dois payer près de mille dollars par mois. Même à ce rythme, je vais avoir besoin de 30 ans pour rembourser totalement. Dans ces conditions, comment pourrais-je acheter une maison, assumer des enfants et épargner pour l'avenir ? »

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 18:53

Paru dans L’Humanité, vendredi 18 novembre-dimanche 20 novembre 2011

Rubrique « L’entretien », pp.16-17

  

 

Philippe Corcuff

 

« Pour reprendre vie, la forme parti devrait se faire plus expérimentale et mobile »

 

 

Maître de conférences en science politique, Philippe Corcuff analyse l’émergence de mouvements, comme ceux des Indignés, parallèlement au rejet de la forme parti et aux tentatives de rénovation des formations politiques. Á partir de son travail sociologique sur l’individualisme contemporain et l’individualité, il porte un regard critique sur les pratiques militantes ponctuelles et le « racisme social » qu’elles sous-tendent.

 

 

Existe-t-il, à l’aube du XXIe siècle, de nouvelles façons de s’engager ?

Philippe Corcuff. Il faut éviter de s’emballer sur la « nouveauté » supposée des formes d’engagement comme d’autres comportements sociaux. La proclamation tous les quatre matins du « nouveau » participe de l’inconscient médiatique et, plus largement, de ce que l’historien François Hartog appelle « le présentisme » (1), c’est-à-dire un culte du présent qui ne vit que dans l’instant. C’est une des tendances qui travaille le rapport au temps des sociétés occidentales en ce début de XXIe siècle. Cela ne veut pas dire que rien ne bouge. Il y a des conjonctures d’effervescence sociale variables et des passages entre elles. Ainsi on retrouve aujourd’hui des rapports à l’action qui ont déjà (ré-)émergé dans la période créatrice des années 1968-1970 : valorisation de l’autonomie individuelle plutôt que de la discipline collective, de la créativité culturelle face à l’uniformisation, de l’horizontalité par rapport à la verticalité, etc. Par ailleurs, aujourd’hui, comme dans les années 1968-1970, ces tendances au renouvellement ne sont pas exclusives. D’abord, elles percutent aussi les associations, syndicats et partis plus anciens. Ensuite, des phénomènes traditionnels, comme la délégation ou la spécialisation des tâches, persistent dans les structures nouvelles. Il faut voir l’inventivité ordinaire comme un bricolage mêlant des matériaux stabilisés, d’autres réactivés après une période d’oubli et d’autres encore plus neufs. La partition « ancien »/« nouveau » apparaît mal ajustée pour en rendre compte. En outre, il y a souvent dans la dichotomie « ancien »/« nouveau » une tendance à un racisme social situant les formes plus populaires du côté d’un « ancien » supposé « archaïque » et celles portées par des couches moyennes plus diplômées – comme les journalistes ! - du côté d’un « nouveau » supposé « inventif ».

 

Cette année a notamment été marquée par l’émergence du mouvement dit des Indignés qui, pour une part, rejettent les « carcans » des partis politiques traditionnels. Que révèle ce type d’expression démocratique ?

Philippe Corcuff.Les partis de gauche ont fréquemment été traversés par une double arrogance : prétention à définir seuls les clés de la politique « sérieuse » et rhétorique de « la direction » du mouvement social. Les prémisses de cette double arrogance ont été mises en cause par le syndicalisme révolutionnaire dès le début du XXe siècle, par exemple dans la Charte d’Amiens de 1906. D’autre part, comme les partis conservateurs, les gauches ont été entraînées progressivement dans le processus moderne de représentation politique professionnalisée ; la politique étant déléguée à divers spécialistes en faisant un métier quasi permanent.Un mouvement comme celui des Indignés exprime une résistance démocratique face à la toute-puissance de cette représentation politique professionnalisée, qui confond ce que le philosophe Jacques Rancière appelle justement « les États de droit oligarchiques » contemporains avec l’idéal démocratique (2). C’est donc une bonne nouvelle pour la promesse démocratique qui ne peut que se heurter aux institutions existantes.Toutefois ce type de mouvement développe aussi des illusions. Dans un article écrit avec Lilian Mathieu, nous avons montré que les mécanismes de capitalisation du pouvoir, de division des tâches, de hiérarchie dans l’accès à l’information et à la parole ne sont pas des phénomènes concernant seulement les partis, mais aussi les mouvement sociaux (3). Et cela de manière subreptice et plus invisible quand ces mouvements se gorgeant de leur « nouveauté » n’y prennent pas suffisamment garde, croyant avoir évacué tous les problèmes dans la dénonciation exclusive des partis.

 

Ces mouvements sont-ils un signe de l’individualisation de nos sociétés et de ses effets sur le politique ?

 Philippe Corcuff. L’individualisation constitue une des logiques principales à l’œuvre dans nos sociétés, mais qu’une de ces logiques. La logique de division en classes, à travers la contradiction capital/travail, en est une autre toujours prégnante. L’interaction des deux nous fait d’ailleurs mieux comprendre pourquoi la question sociale est fréquemment ressentie de manière davantage individualisée aujourd’hui. Rappelons-nous du succès du slogan « Je lutte des classes » inventé par le collectif d’artistes Ne pas plier et diffusé par L’Humanité au cours du mouvement des retraites ! Les Indignés pourraient être un laboratoire posant de manière mieux articulée au sein d’un mouvement social la double exigence d’action collective et d’autonomie individuelle, de justice sociale et de reconnaissance des individus. Les partis ont souvent incarné un « tout collectif », alors que semblent ici se chercher des modes plus souples de coopération des individus. Cet individualisme contemporain apparaît cependant ambivalent. Il inclut des aspects désagrégateurs, comme la décomposition des liens sociaux antérieurs ou des pathologies narcissiques, mais aussi des composantes émancipatrices, comme l’élargissement de marges quotidiennes d’autonomie ou le desserrement du carcan de la famille patriarcale sur les femmes et les enfants. Sur le plan de l’engagement, il a au moins une double face. D’une part, un désinvestissement relatif des formes représentatives, par exemple à travers l’abstention ou un vote plus « intermittent » ; d’autre part, l’émergence de formes déplacées d’engagement comme le mouvement des Indignés. Ce processus est porteur d’effets ambivalents du point de vue de la délégation. Il stimule la critique de la délégation dans les diverses organisations, mais nourrit aussi une demande de délégation des tâches militantes à d’autres afin de pouvoir s’occuper davantage de sa vie personnelle et familiale. Présentisme et individualisme peuvent alors interagir pour alimenter un zapping citoyen continu : un jour les retraites, un autre jour le gaz de schiste, un autre encore Montebourg, les Indignés, etc. etc., sans guère de mémoire du passé – à court terme : qui a fait le bilan des difficultés rencontrées par le mouvement des retraites ? ou à long terme : comment rendre compte des impasses totalitaires comme des divers échecs de deux siècles de combats pour faire émerger une société non-capitaliste démocratique ? – ni d’ouverture vers un avenir radicalement différent.

 

Comment, dans ce cadre, interpréter l’émergence de nouvelles forces politiques ces dernières années ou, plus récemment, la participation à la primaire socialiste ?

Philippe Corcuff. La participation, fort relative, à la primaire socialiste s’inscrit dans les contradictions de la période. D’abord, il faut relativiser cette participation : les couches populaires et les jeunes ont, semble-t-il, peu participé, et ce sont les milieux déjà les plus engagés dans la vie de la cité (syndiqués et militants associatifs) qui apparaissent s’être le plus mobilisés. Pour ce qui est des participants, on peut observer un effet du zapping présentiste. De ce point de vue, il pourrait y avoir une analogie paradoxale, dans la prépondérance du ponctuel par rapport au durable, entre le mouvement des Indignés et le dispositif de la primaire. Et puis, on perçoit une aspiration démocratique à peser sur le cours des choses, mais sous la forme d’une délégation à des professionnels de la politique, qui ont beaucoup de ressemblances, puisqu’ils incarnent différentes variantes d’une même politique sociale-libérale. Comme si, dans ce processus composite, il y avait à la fois la critique de la délégation et la demande de la délégation dont j’ai parlé. Ces logiques ambivalentes conduisent à ce que, bien que critiquées et relativement délégitimées, notamment par l’abstention populaire, les forces politiques traditionnelles demeurent hégémoniques sur l’espace politique institutionnel. Quant aux nouveaux partis (comme le NPA, le PG et Europe Écologie-les Verts) et regroupements (comme le Front de gauche et la Fase), ils continuent à être affectés par les critiques et les désaffections relatives vis-à-vis des organisations traditionnelles, sans pour autant avoir réussi à donner un sens renouvelé à la forme partisane dans des secteurs larges de la population. Ils peuvent tout au plus bénéficier à un moment ou un autre du zapping présentiste, mais c’est fort aléatoire et temporaire. Par ailleurs, l’inertie des habitudes et des logiques organisationnelles tend à entraver les dynamiques expérimentales. « Le mort saisit le vif », écrivait Marx : le passé mort tend à figer la créativité potentielle du présent vivant.

 

Peut-on éviter le rejet de la forme parti ou vous apparaît-elle inéluctable ?

Philippe Corcuff.Je vais ajouter ici à ma casquette de sociologue celle de mon expérience militante au NPA. La  tendance présentiste à privilégier en pratique le ponctuel sur la durée dans nombre de mouvements sociaux contemporains souligne en creux l’importance de la forme parti, afin d’apporter des formes de stabilisation relative à l’action émancipatrice. Le philosophe et militant Daniel Bensaïd a fourni, à la fin de sa vie, des ressources intellectuelles stimulantes pour que l’action présente retrouve tout à la fois des racines dans le passé, à travers une mémoire critique, et une projection vers un avenir inédit, en se dégageant de l’enlisement dans une immédiateté toujours recommencée (4). Toutefois, pour qu’elle reprenne davantage vie, la forme parti devrait se faire plus expérimentale et mobile : dans la rupture avec la représentation politique professionnalisée, dans les dispositifs démocratiques, dans la réévaluation des rapports populaires et ordinaires au monde, dans les relations entre le je et le nous, dans une démarche non hiérarchique et non instrumentale vis-à-vis des groupes extérieurs, dans l’exploration intellectuelle, dans une éducation populaire plus interactive, etc. De ce point de vue, deux gestes forts, mais trop isolés, ont été posés au sein du NPA : le retrait d’Oliver Besancenot de la course présidentielle, critique libertaire en acte de la professionnalisation politique, et la présentation d’un ouvrier, Philippe Poutou, pour porter, au sein d’un paysage politique sociologiquement peu varié, les aspirations à la dignité populaire dans la présidentielle. Cela ne justifie pas pour autant le qualificatif de « nouveau » dans le sigle du NPA et son pari rénovateur a même tendance à s’enliser. Ici, le dialogue entre les forces à gauche de la gauche peut être important. Non pas sur le plan électoral, où les stratégies butent inévitablement sur la question du rapport au PS, mais dans la perspective d’une mutualisation des expériences militantes. Il y a vraisemblablement au PCF, au PG, à Europe Écologie-les Verts, chez les Alternatifs, chez les Objecteurs de croissance, à Alternative Libertaire, à Lutte Ouvrière, au NPA et ailleurs, diverses expériences localisées mal connues pour fabriquer autrement de la politique à partir du quotidien des exploités et des opprimés : pourquoi ne pas échanger régulièrement sur un tel terrain, plus prometteur dans l’immédiat que le terrain électoral, trop obsessionnel ?

 

Entretien réalisé par Lina Sankari

 

Notes :

 

(1) Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, de F. Hartog,  Éditions du Seuil, 2003.

(2) La haine de la démocratie, de J. Rancière, Éditions La Fabrique, 2005.

(3) « Partis et mouvements sociaux : des illusions de "l’actualité" à une mise en perspective sociologique », de P. Corcuff et L. Mathieu, revue Actuel Marx, n°46, 2009, [http://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2009-2-page-67.htm].

(4) Voir D. Bensaïd, Une radicalité joyeusement mélancolique, textes choisis et présentés par P. Corcuff, Textuel, 2010.

 

***************************************

 

Biographie express

 

 Né à Orant le 15 avril 1960, Philippe Corcuff est docteur en sociologie de l’École des hautes études en Sciences Sociales. Après une thèse sur la construction du mouvement ouvrier à partir de l’étude d’un syndicat de cheminots, il publie Bourdieu autrement, où il propose une lecture différente de sa sociologie. Il est aujourd’hui maître de conférences de science politique à l’IEP de Lyon, membre du conseil scientifique d’Attac. Philippe Corcuff a participé à la fondation de  l’université populaire de Lyon et de l’université critique et citoyenne de Nîmes. Après avoir milité au PS, il est aujourd’hui militant du NPA. Son dernier ouvrage s’intitule B.a.-ba philosophique de la politique pour ceux qui ne sont ni énarques, ni politiciens, ni patrons, ni journalistes (éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2011).

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 18:50
Régis Soubrouillard - Marianne | Samedi 19 Novembre 2011 à 12:01

Mario Monti a été officiellement intronisé jeudi président du conseil italien après un vote de confiance du sénat italien. Pour prouver son indépendance, cet ancien cadre de Goldman Sachs répète qu'il a été qualifié de «Saddam Hussein du business» pour avoir empêché des fusions de grands groupes. Au-delà du personnage c'est le gouvernement Monti composé de technocrates hors du jeu démocratique, considérés comme seuls capables d'appliquer les mesures qui s'imposent, qui pose question.



Un gage de sérieux ou la confiscation du pouvoir par des technocrates « éclairés » ? C’est la question qui se pose après la nomination des 17 ministres du gouvernement Monti en Italie. Sans que l’une des propositions ne soit nécessairement exclusive de l’autre. La composition du gouvernement a surtout des allures de cellule de crise. Le PDG d’une banque au développement économique, une avocate à la justice, une préfète à l’Intérieur, un amiral à la Défense, une économiste aux retraites, un ambassadeur aux affaires étrangères, un professeur d’histoire du christianisme à l’intégration, Andrea Riccardi, fondateur de la très influente Communauté de Sant'Egidio, institution de l'Église. Enfin, un ancien recteur à l’éducation. La dream team de la technocratie.

Des techniciens, véritables managers d'Etat, reconnus pour leurs compétences, qui ne se feront pas tirer l’oreille pour appliquer au plus vite les mesures d’austérité préconisées par les organisations mondiales et européennes.
Mais, précisément, c’est cette Europe de technocrates construite trop vite, à l’abri des peuples, caractérisée par la fuite en avant de l’élargissement, avec cet euro pour totem, qui s’effondrent sous nos yeux. Une Europe de technocrates auxquels les nations européennes apportaient jusque là précisément un peu de la légitimité politique que Bruxelles n’était jamais parvenue à obtenir.

Dès 2004, Marcel Gauchet pointait cette dérive dans un texte intitulé Le problème européen : « En se développant, l’Europe politique a changé de nature, d’une manière qui eût exigé de repenser son objet et les institutions adéquates à son dessein. En n’assumant pas cette transformation et en s’acharnant à enfermer le nouveau dans le corset de l’ancien, elle est devenue un carcan anti-politique, ne répondant à aucune des attentes que les peuples placent dans une communauté politique et secrétant la désorientation et l’anxiété ».

Gouvernement de technos: le symptôme d'une crise dans la crise

Les gouvernements Mario Monti, à Rome, et Lucas Papademos, à Athènes, ne font ainsi que rajouter de la technocratie à la technocratie poussant la logique post-démocratique européenne à son paroxysme. Et l‘union européenne devient toujours un peu plus étrangère aux citoyens qui la composent.

Sur son blog, l‘essayiste belge Charles Bricman
fait ainsi remarquer que « l’arrivée au pouvoir des technocrates a les couleurs d’un contresens: nous venons d’un monde de nations politiques, théoriquement démocratiques, qui pour éviter de continuer à se détruire mutuellement dans des guerres barbares, ont fondé une agence intergouvernementale et concrètement technocratique qu’on appelle l’Europe; un esprit simple comme le mien en déduit que l’étape suivante devrait normalement consister à donner à l’agence une assise démocratique lui permettant de légitimer les limitations qu’elle impose aux anciennes souverainetés nationales; au lieu de quoi c’est l’inverse qui se produit: la prise du pouvoir au sein des anciennes nations par les technocrates de l’agence. Ce n’est pas seulement une faute de goût. C’est la cause première d’une crise qui vient dans la Crise et qui pourrait tout aussi bien nous ramener un siècle au moins en arrière, un peu avant août quatorze ». 

Quoi de plus normal après tout que d’appler les technos à la rescousse en temps de crise. Déjà le concept même de crise est une invention technocratique. De ces mots magiques brandis à tout va (crise financière, crise écologique, crise alimentaire) qui permettent à la technocratie de fuir ses responsabilités, nier ses errances, échapper à ses faillites, d’ignorer son incapacité à apporter des réponses aux évolutions du monde et de s’adapter ou résister au réel. Qu’est-ce qu’une crise sinon un imprévu, une révolution, l’aveu d’une impuissance face à un monde en évolution permanente. Rien à voir avec la notion immédiate de catastrophe auquel on associe le terme aujourd’hui. Etymologiquement, une crise n’est qu’une « décision ».  Ses conséquences pourront en revanche être terribles.

Gouverner sans les politiques, un rêve de technocrate

Après le premier krach de 2008, la plupart des élites européennes ont cherché à se rassurer, ne voyant là qu’une réédition de la crise de 1929, cherchant, dès lors, en toute logique, à appliquer les mêmes recettes qu’à l’époque de la crise des années 30. Patatras ! Les plans de relance ont fait long feu. Pis, croyant éteindre l'incendie, ils n’ont fait que l’attiser un peu plus.

Economiste formé aux Etats-Unis, passé par l’école Goldman Sachs, commissaire européen pendant dix ans, Mario Monti fait figure de casting idéal en ces temps tourmentés pour appliquer « les mesures qui s’imposent ». L’absence de représentants des partis « facilitera plutôt l’action gouvernementale » a lâché l’intéressé au moment de sa prise de fonction. Un lapsus politique qui vaut son pesant d’or. Les politiques envisagés comme des empêcheurs de gouverner en rond. Autant dire que la politique est un obstacle à l’exercice de la démocratie…

C’est là une des vertus de cette fameuse crise que de révéler toujours un peu plus les vices cachés de la construction européenne. Depuis sa fondation, la règle tacite en Europe est que moins le processus est influencé par la politique, plus grande sera la légitimité des technocrates.

Est-ce pour autant le bon moment pour rendre aux technocrates les clés de la maison Europe ? La crise financière n’ouvrait-elle pas une fenêtre de tir pour un retour en force des politiques au cœur du système.  Sans doute. Les politiques mais quels politiques ? Pour quelle politique ? Les politiques au pouvoir n'ont jamais montré leur capacité à mettre en oeuvre une vision européenne ambitieuse et mobilisatrice, pas plus que leur capacité à émanciper le projet européen d'un économisme désincarné.

Berlusconi applaudit des deux mains

On pourra se désoler de voir que le départ de Berlusconi doit plus aux pressions du FMI qu’à un désaveu du peuple italien, et nous ne verserons pas de larmes de crocodiles sur la figure d’Il Cavaliere. Mais cette victoire des technos ne signe qu’un nouvel échec majeur des politiques.

Déjà au niveau européen, les citoyens assistaient immobiles à un processus qui échappait à toute sanction. Ce sont désormais les gouvernements nationaux qui échappent à la sanction électorale.

Lorsque les gouvernements prennent des décisions ; si elles sont mauvaises ils en payent le prix. Le gouvernement Monti échappe à cette confrontation avec les électeurs, à la concurrence avec les autres partis. Le risque zéro. Un hors jeu démocratique le temps de faire le sale boulot. En Italie, la classe politique a vite compris tout l’intérêt qu’elle avait à ne pas taper trop fort sur le nouveau venu , affichant un soutien quasi-unanime au gouvernement.   Le gouvernement Monti a obtenu un vote de confiance historique au Sénat italien avec 281 voix sur 307.

Interrogé, Silvio Berlusconi a concédé : « Nous sommes entre de bonnes mains ». Des mains expertes et une bénédiction aux allures d’épitaphe pour tout le peuple italien.
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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 18:43

LEMONDE.FR avec AFP | 18.11.11 | 15h02

 
 

 

Renault avait licencié en janvier trois de ses cadres haut placés, les accusant à tort d'espionnage industriel. Il s'était avéré par la suite que l'histoire avait été montée de toute pièce par le service interne de sécurité du groupe automobile français

Renault avait licencié en janvier trois de ses cadres haut placés, les accusant à tort d'espionnage industriel. Il s'était avéré par la suite que l'histoire avait été montée de toute pièce par le service interne de sécurité du groupe automobile françaisAFP/SASCHA SCHUERMANN

Le juge d'instruction Hervé Robert a mené mercredi 16 novembre une perquisition au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt, dans le cadre de l'enquête ouverte à la suite de la fausse affaire d'espionnage qui a secoué le constructeur automobile, a indiqué vendredi 18 novembre une porte-parole de ce dernier. "Dans le cadre de l'instruction ouverte mi-mars portant sur la tentative d'escroquerie au renseignement dont Renault a été victime, le juge d'instruction en charge du dossier, Hervé Robert, a effectué une perquisition au siège social de l'entreprise mercredi 16 novembre", a-t-elle fait savoir, confirmant partiellement une information de France-Soir.

Cette perquisition a eu lieu "y compris dans les bureaux de la direction générale" et notamment dans "le bureau de l'assistante de Carlos Ghosn", PDG de l'entreprise, selon cette porte-parole. France-Soir indiquait qu'une perquisition avait eu lieu vendredi matin dans les bureaux de M. Ghosn, en son absence. Hervé Robert s'était déjà rendu début juillet dans des locaux du constructeur au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) pour y consulter des documents.

Renault avait licencié en janvier trois de ses cadres haut placés, les accusant à tort d'espionnage industriel. Il s'était avéré par la suite que l'histoire avait été montée de toute pièce par le service interne de sécurité du groupe automobile français et l'affaire avait coûté sa place à son numéro deux, Patrick Pélata, remplacé par Carlos Tavares. L'ancien responsable de sécurité, Dominique Gevrey, a été mis en examen pour escroquerie en bande organisée et est incarcéré depuis la mi-mars à Paris. Il est soupçonné d'avoir contribué à une escroquerie au renseignement en faisant accuser à tort d'espionnage industriel ces trois cadres, qui ont été depuis innocentés. Renault a aussi procédé en interne à une vaste refonte de son organisation dans l'espoir d'éviter à l'avenir qu'une telle affaire se reproduise.

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