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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:33

Le Point - - Publié le 12/11/2011 à 15:39

 

Espagne: retour des "indignés" au centre de Barcelone pour les élections

afp.com/Cesar Manso

 

Les "indignés" qui avaient quitté fin juin la place de Catalogne, au centre de Barcelone (nord-est), ont installé un "point d'information" qu'ils entendent maintenir jusqu'aux élections législatives du 20 novembre, a indiqué samedi à l'AFP l'un de leurs porte-parole.

 

Les "indignés" qui avaient quitté fin juin la place de Catalogne, au centre de Barcelone (nord-est), ont installé un "point d'information" qu'ils entendent maintenir jusqu'aux élections législatives du 20 novembre, a indiqué samedi à l'AFP l'un de leurs porte-parole.

"Nous avons compté hier soir autour de 200 personnes et quelque-unes ont monté des tentes", a déclaré Roc Peris, ajoutant qu'un nouveau rassemblement était prévu samedi.

"L'intention était de monter un point d'information sur les différentes possibilités de vote qui existent et comment fonctionne le système", a-t-il ajouté, précisant que seule une dizaine d'entre elles restaient samedi matin.

Il a souligné que le mouvement ne donnait "aucun consigne de vote".

Selon lui, "l'objectif est de maintenir jusqu'au 20 novembre minimum ce point d'information". "Nous voulons maintenir un petit campement, calme, durant toute la semaine", a-t-il expliqué, ajoutant que la police régionale catalane était venu les déloger mais avait finalement renoncer. La police régionale n'était pas joignable samedi.

Fin juin, les "indignés" avaient levé leur campement de la place de Catalogne après l'avoir installé avant les élections municipales de mai.

Ce retour au centre de Barcelone coïncide avec plusieurs appels à manifester lancés à Madrid avant les élections par les "indignés", décidés à défier une interdiction décrétée par les autorités durant la campagne et frappant plus de 100 lieux de la capitale, dont la symbolique Puerta del Sol.

Sous le mot d'ordre "Changement de modèle, maintenant", une manifestation est prévue dimanche dans le centre de la capitale, pour la "défense du service public, de la participation citoyenne et pour condamner la corruption et la spéculation urbanistique".

Né spontanément le 15 mai d'une petite manifestation de citoyens, ce mouvement qui dénonce les excès du libéralisme et la corruption s'est vite propagé à toute l'Espagne, largement relayé par les réseaux sociaux. Il a essaimé dans plusieurs pays européens et jusqu'aux Etats-Unis et au Canada.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:30

cyberpresse.ca

Publié le 12 novembre 2011 à 14h58 | Mis à jour à 14h58

 

Quelque 300 manifestants se sont rassemblés à Grand... (Photo: PC)


Quelque 300 manifestants se sont rassemblés à Grand Parade, une place du centre-ville, pour démontrer leur colère.

Photo: PC

Les «indignés» néo-écossais ont réclamé samedi la démission du maire de Halifax, Peter Kelly, qui les avait expulsés d'un parc du centre-ville, la veille.

M. Kelly avait ordonné le démantèlement du campement, affirmant que les parcs municipaux devaient être admissibles à tous.

Les policiers locaux ont effectué 14 arrestations au cours de l'opération.

Quelque 300 manifestants se sont rassemblés à Grand Parade, une place du centre-ville, pour démontrer leur colère.

Ils ont affirmé que le maire avait négocié de mauvaise foi avec eux.

Plusieurs dizaines de policiers étaient sur les lieux.

La Presse Canadienne
Halifax

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:27
Ciao 13/11/2011 à 01h55

Pierre Haski

--- Rue89

 

« Il Cavaliere » a présenté samedi soir sa démission au président Giorgio Napolitano, après l'adoption par les députés des mesures d'austérité européennes.


« Fail » (échec), la une du Time sur Berlusconi, revue par des Italiens saluant le départ de Berlusconi, à Rome, le 12 novembre 2011 (Tony Gentile/Reuters)

Silvio Berlusconi est parti. Humilié par des milliers d'Italiens en liesse venus l'attendre devant le palais du Quirinal, la résidence du président de la République où il était venu présenter sa démission dans la soirée, et qui lui criaient : « Mafieux », « Honte », « Bouffon »...

 

 

La fête à Rome lorsque Berlusconi est venu présenter sa démission au président italien

 

Après l'annonce de sa démission, les rues de Rome ont été envahies par la foule et les voitures klaxonnaient pour marquer la joie. Certains manifestants criaient « primavera, primavera » (printemps, printemps), en référence aux printemps arabes qui ont réussi à abattre des dictatures.

Ce départ humiliant met fin à un règne de près de dix ans au pouvoir sur les dix-huit dernières années, battu, plusieurs fois donné hors-jeu pour toujours, et pourtant réélu par les Italiens auxquels il disait qu'il ressemblait, pour le meilleur et pour le pire.


Berlusciao (Baudry)

Et, de fait, ce ne sont pas les Italiens qui ont chassé « Il Cavaliere » du pouvoir, mais les marchés financiers qui ont pénalisé l'Italie après avoir essoré la Grèce, au point que le maintien de Silvio Berlusconi aurait pénalisé l'économie italienne en raison de la défiance internationale à son égard. Le taux de l'argent qu'empruntait l'Italie sur les marchés internationaux avait atteint ces derniers jours un niveau record, insoutenable longtemps.

Victime, aussi, du lâchage de ses camarades de Sommet européen Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dont l'échange de sourires complices, à Bruxelles il y a deux semaines, à une question sur la confiance qu'ils accordaient au président du Conseil italien en disait long sur son discrédit. Une scène qui avait profondément choqué l'Italie, celle des pro ou anti-Berlusconi confondus.

De fait, tout comme Georges Papandréou en Grèce, Silvio Berlusconi est à la fois la victime de la dernière poussée de fièvre autour de la zone euro, mais aussi la victime de sa propre incapacité à sortir son pays de l'ornière de la crise de la dette.

José Luis Zapatero, le chef du gouvernement espagnol, sera le prochain leader européen à tirer sa révérence à la fin du mois, à l'issue des élections législatives espagnoles.

Les défis de Mario Monti


Mario Monti (Wikipédia)

Pour remplacer cet homme dont le pouvoir magique d'embrouiller tout le monde avait fini par lasser et s'épuiser, le président Giorgio Napolitano devrait appeler l'ex-commissaire européen Mario Monti, attendu comme le Messie pour sa crédibilité dans les milieux financiers, qui devrait apporter un peu de répit dans le chahut de la dette italienne.

Mais si le départ de Berlusconi marque la fin d'une gestion à la petite semaine et la fin des pitreries dégradantes de l'homme du « bunga bunga », les Italiens sont loin d'être tirés d'affaire. C'est au contraire le début de la « purge ».

S'il est désigné à l'issue des tractations entre les partis politiques, Mario Monti aura un mandat simple : appliquer les mesures d'austérité promises à l'Europe, et approuvées par une très large majorité (380 pour, 26 contre, le Parti démocrate ne prenant pas part au vote) par la Chambre des députés.

Un plan qui affectera sérieusement le mode de vie des Italiens : cessions d'actifs publics, retraites, libéralisations, simplification des procédures administratives, incitations à l'embauche. La réforme du marché du travail, également promise et destinée à faciliter les licenciements, ne fait en revanche pas partie de ce paquet de mesures et doit être adoptée dans un deuxième temps, après une négociation avec les partenaires sociaux.

Le nouveau gouvernement devrait être formé d'ici dimanche soir pour être en place au moment de la réouverture des marchés lundi matin, si les derniers obstacles sont levés dans les négociations. La gauche devrait lui apporter son soutien.

Italie année zéro

Pour l'heure, les Italiens tournent la page Berlusconi avec un sentiment d'« Italie année zéro » comme après la guerre, ainsi que l'exprime Dario Franceschini, député du Parti démocrate, la principale formation d'opposition :

« Aujourd'hui, le rideau tombe sur une page longue et douloureuse de notre histoire.

L'Italie est un pays qui a envie de tourner la page et de recommencer à zéro. Demain, nous entrons dans une nouvelle ère : nous devons reconstruire sur les cendres : l'économie, la justice, la loi électorale... »

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:23

Le Monde - 12 novembre 2011

Marta-Elena García, sympathisante des "indignées" depuis leur début, votera écolo. (S.M./Lemonde.fr)

 

Marta Elena García assiste à un forum organisé comme souvent par les indignés à la Puerta del Sol de Madrid. Ce jour-là, le thème est la bulle immobilière et une soixantaine de personnes assises par terre ou debout les bras croisés écoutent se succéder les économistes, les responsables écologiques et les autres orateurs invités par le mouvement. “Il existe des situations terribles ici avec des banques qui expulsent des gens de leur maison et exige en plus le remboursement d’une partie du prêt..., s’émeut Marta Elena quand on lui demande les raisons de sa présence. Le logement est un droit et on nous l’a ôté,” conclut-elle.

A 24 ans, cette jeune femme, diplômée d’architecture d’intérieur et actuellement étudiante en master d’illumination architecturale à l’université politecnica de Madrid est sympathisante du 15-M depuis ses débuts. “Cela m’a rendu très heureuse de voir des gens s’unir et lever la tête quand on pensait que les choses étaient inamovibles, dit-elle en souriant. Je crois qu’il faut regarder le monde différemment pour trouver des solutions et que celles-là ne peuvent venir que si depuis le haut mais surtout depuis la base, les gens se mobilisent pour permettre un changement de société.”

Le Forum sur la bulle immobilière organisé par les indignés Puerta del Sol mercredi 8 novembre. (Photo S.M./Lemonde.fr)

 

Les actions menées par les indignés contre les expulsions, les revendications dans la rue, devant le siège de partis politiques, de banques ou de grandes entreprises, elle y adhère entièrement. En revanche, les élections, elle n’y croit plus beaucoup. “Je ne veux pas être pessimiste mais je ne crois pas qu’elles apporteront des changements au pays”.

Une plate-forme pour faire pression sur les partis

Ancienne fidèle votante du Parti socialiste espagnol (PSOE), elle dit qu’elle a “perdu la foi dans la gauche”. Elle ira donc voter pour un des partis minoritaires, “sans doute les écologistes d’Equo”, un nouveau parti qui cherche à rassembler toutes les forces écologiques jusqu’à présent disséminées et divisées dans le pays, et récupérer un certain nombre de revendications des “indignés”.

“Je me suis sentie trompée par le PSOE, qui a mené une politique contraire aux droits sociaux. Maintenant, à deux semaines des élections, ils lancent des idées pour sortir de la crise mais ils sont au pouvoir, pourquoi ne les appliquent-ils pas?,” s’insurge-t-elle.

Marta a davantage confiance dans les indignés. Pourquoi alors ne pas créer un parti? “Le mouvement perdrait son aspect désintéressé. Les indignés sont intéressés par les gens, pas par le pouvoir!”

Quel rôle alors pourraient avoir les indignés? “Puisque nous sommes une majorité à ne plus croire dans le gouvernement, j’espère que nous sortirons de plus en plus dans la rue et que nous deviendrons une vraie plate-forme pour le changement, pour faire pression sur les partis afin que les gens obtiennent ce dont ils ont besoin.”

A commencer par un travail, un toit, de quoi vivre dignement. Marta Elena ne se fait pas d’illusion, elle sait que “la situation n’est pas facile” et qu’il lui sera difficile de trouver un emploi. Mais pour le moment, elle garde espoir. Elle habite toujours chez ses parents dans  le centre de Madrid et n’a pas de projets de partir. “Je vais chercher du travail ici. Si je n’en trouve pas, je finirai par partir, comme beaucoup d’amis l’ont fait, mais cela me ferait de la peine. Ce serait un peu comme abandonner le navire en plein naufrage...”

Sandrine Morel

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:17
Libération - Aujourd'hui à 14h34

 

Les manifestants au départ de Notre-Dame-des-Landes, le 6 novembre (REUTERS/Stephane Mahe)

Les opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes, près de Nantes, ont rejoint Paris à vélo et en tracteurs pour dénoncer samedi un projet qu'ils jugent "inutile" et qui empiète sur des terres agricoles.

Au moins 3.000 personnes arrivées pour la plupart en cars, selon les organisateurs, ont pris - pacifiquement - d'assaut la capitale.

«Des moutons, pas des avions»

Arrivés en majorité de l'ouest, à 400 km de là, dont plusieurs dizaines à bicyclette, les manifestants ont remonté le bd Saint-Michel jusqu'aux jardins du Luxembourg qui abrite le Palais du Sénat, en présence d'un fort dispositif policier et sans incident.

Des banderoles proclamaient "Oui aux moutons, Non aux avions", ou pour les "bocages et pâturages contre l'aéroport" - dont les travaux doivent commencer en 2014.

Cinq tracteurs avaient pris position aux abords du Sénat dès le début de la matinée. Quelques animaux de la ferme, vaches, moutons, chèvres, étaient poussés devant le cortège mené par José Bové, eurodéputé écologiste (EELV).

"Tout au long du parcours, ceux qui sont venus en vélo ont reçu un merveilleux accueil de la population", s'est réjoui Julien Durand, de la Coordination des opposants au projet. "Ce combat est devenu une cause nationale, on n'a plus besoin d'expliquer: tout le monde nous rejoint dans la nécessité de défendre les terres agricoles", a-t-il déclaré à l'AFP.

Premiers vols en 2017

Le projet empiète sur des terres agricoles dédiées à l'élevage - lait et viande - et aux cultures fourragères, "pourvoyeuses d'emplois", a relevé Julien Durand.

Certains manifestants étaient déguisés en vaches, en paysans ou en fermières, outils à la main, s'égosillant contre un projet qui ne vise, selon l'un d'eux, qu'à "faire plaisir à Vinci"- le groupe missionné pour la construction du nouvel aéroport.

L'idée, qui date maintenant de plus de 40 ans, est de remplacer l'aéroport actuel, Nantes-Atlantique à 10 km au sud-ouest de la ville, par un aéroport plus étendu, quelque 25 km au nord.

Après l'enquête publique en 2006, la déclaration d'utilité publique en février 2008, et, en décembre dernier, l'attribution de la réalisation et de la concession pour 55 ans au groupe Vinci, l'ouverture de l'aéroport est prévue en 2017.

(Source AFP)

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:12

Chronique | LEMONDE | 12.11.11 | 14h24   •  Mis à jour le 12.11.11 | 17h02

 

Lindignation a gagné Harvard. Enfin, presque. Pour être plus précis, elle a fait irruption dans le cours d'introduction à l'économie du professeur Greg Mankiw, qui accueille chaque mercredi 700 étudiants dans son amphi.

Le 2 novembre, 70 d'entre eux - soit "5 à 10 %", a-t-il calculé curieusement pour un économiste - se sont levés au début du cours et ont quitté la salle, pour marquer leur solidarité avec le mouvement Occupy Wall Street, qui plonge depuis plusieurs semaines les Etats-Unis dans un abîme d'introspection sur ce qu'il est advenu du rêve américain.

Pourquoi Greg Mankiw ? Parce qu'il a, à leurs yeux, une fâcheuse tendance à privilégier les enseignements d'Adam Smith sur la théorie keynésienne, et parce que la "nature partisane de ce cours symbolise et contribue aux inégalités économiques croissantes aux Etats-Unis". Le fait que Greg Mankiw ait présidé, dans une vie antérieure, le conseil économique du président George W. Bush n'est peut-être pas non plus étranger au choix des protestataires. "L'ironie de l'histoire, relève le professeur Mankiw sur son blog, c'est que le sujet du cours ce jour-là était précisément la distribution des revenus, et notamment le fossé croissant entre le 1 % au sommet et les 99 % en dessous. Dommage qu'ils l'aient raté."

Une année d'études à Harvard revient à peu près à 50 000 dollars (36 600 euros). Quelques-uns des jeunes contestataires du professeur Mankiw ont, sans doute, contracté des emprunts pour payer leurs études, dont la dette les étranglera s'ils ne trouvent pas du travail tout de suite. D'autres ont des parents qui se saignent aux quatre veines pour eux, plus que ne l'ont fait leurs propres parents. Et c'est cette disparité qui nourrit le ressentiment actuel aux Etats-Unis.

Exemple : Susan Benda, juriste et mère d'un adolescent de 14 ans, compare les 50 000 dollars annuels que lui coûtera son fils (et qu'elle n'a pas) s'il réussit à entrer dans une de ces universités d'élite, aux 6 000 dollars que la même université coûtait à ses parents en 1978.

Contrairement à elle il y a trente ans, un vrai parcours du combattant attend son fils à la sortie pour trouver un premier emploi, et s'il déniche un stage, ce sera grâce aux relations professionnelles de sa mère. "Ce qui veut dire que les jeunes qui ne sortent pas des 20 meilleures universités et dont les parents n'ont pas les bonnes connexions n'ont aucune chance, dit-elle. A mesure que les riches deviennent plus riches, les classes professionnelles, elles aussi, protègent leurs enfants, et les portes se ferment pour les autres. Nous sommes de moins en moins une terre d'opportunités, ouverte au mérite. C'est déprimant."

Si l'inégalité déprime les parents, elle révolte les enfants. C'est elle qui a fait le succès d'Occupy Wall Street, qui envoie les "indignés" dans la rue en Europe, qui cause la multiplication des "incidents de masse" en Chine, ou qui permet au rebelle populiste noir Julius Malema d'être entendu lorsqu'il menace les Blancs d'Afrique du Sud d'une "guerre économique". Symptôme le plus tangible des maux attribués à la mondialisation, le creusement des inégalités sert de moteur à la contestation dans les économies avancées comme dans les pays émergents. Pour l'économiste américain Nouriel Roubini, nous sommes confrontés à l'"instabilité de l'inégalité". Plusieurs études anciennes ont montré la corrélation entre hausse des inégalités et instabilité sociale accrue, surtout lorsque la classe moyenne est affaiblie. C'est exactement ce qui est en train de se passer.

Le mal est à l'oeuvre depuis à peu près deux décennies, mais il explose aujourd'hui parce que le niveau élevé de chômage, en particulier chez les moins de 25 ans (17,1 % aux Etats-Unis, 21 % dans l'Union européenne, 46 % en Espagne) l'a rendu intolérable, avec son corollaire, l'injustice. L'Amérique prospère des années 1990, du plein-emploi et de l'équilibre budgétaire, était pleine d'admiration pour ces tycoons du high-tech et de la finance qui devenaient milliardaires du jour au lendemain en stock-options et en bonus. Mais à l'époque, les petits porteurs aussi s'enrichissaient en Bourse.

C'est fini. L'admiration a fait place à la colère. En réalité, le revenu moyen des ménages, en tenant compte de l'inflation, n'a pas progressé par rapport à 1989 aux Etats-Unis. Ce qui a progressé, en revanche, ce sont les revenus les plus élevés, un mécanisme très bien décrit en France dans le livre de Thierry Pech, Le Temps des riches (Seuil, 180 p., 15 euros).

Partout, l'écart s'est creusé entre les tranches de revenus basses et moyennes, qui ont stagné, et les tranches les plus hautes, qui ont parfois atteint des sommets vertigineux, justifiés ni par le talent ni par le travail, dans une économie financiarisée. Selon des chiffres d'Eurostat, le ratio S80/S20, qui compare les revenus des 20 % inférieurs et ceux des 20 % supérieurs en Europe, a atteint en 2009 en Espagne, où est né le mouvement des "indignados", son plus fort différentiel depuis que cette statistique existe. Dans des pays comme la Chine ou l'Inde, des millions de gens sortent de la pauvreté, mais l'opulence des nouveaux riches redouble leurs attentes - et leur frustration.

Le modèle occidental avait trouvé une solution aux inégalités et à l'injustice, avec deux variantes : le laisser-faire américain et, en Europe, la redistribution par l'impôt et l'Etat-providence. Le modèle a bien fonctionné pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Aujourd'hui, il est en panne, à l'exception peut-être de quelques pays nordiques. Pierre Rosanvallon, auteur d'un ouvrage fondamental sur la question, La Société des égaux (Seuil, 428 p., 22,50 euros), dénonce une "crise de l'idée d'égalité" et le "recul de la solidarité", avec en arrière-plan la "sourde délégitimation de l'impôt et du principe redistributif". L'échec n'est pas seulement social, il est aussi économique : la concentration de la richesse au sommet et l'affaiblissement des classes moyennes salariées peuvent avoir un effet négatif sur la demande, créant un problème macroéconomique structurel potentiel. Les pays émergents apportent-ils une réponse ? Pas pour l'instant. C'est donc le modèle occidental qu'il faut réinventer.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:09

 

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Monte la préoccupation en Syrie pour deux journalistes et un blogger portés disparus depuis plusieurs semaines. Il s'agit des reporters Lina Ibrahim et Wal Yousef Abaza et dublogger Hussein Ghrer. Le Comité pour la protection des Journalistes (CPJ), depuis son siège à New York, s'est dit très préoccupé pour leur état de santé et a demandé aux autorités syriennes de confirmer leur arrestation et de révéler où ils sont détenus et pour quelles raisons. Les autorités syriennes restent muettes. Lina Ibrahim, correspondante financière pour le quotidien Tishreen, est portée disparue depuis la fin du mois d'Octobre. Selon des sources locales elle a été kidnappé par des hommes cagoulés et armés dans le quartier Harasta, à la périphérie de Damas, alors qu'elle se rendait au siège de son journal. Le Centre Syrien pour les Médias et la Liberté d'Expression (SCM) a signalé également la disparition du journaliste freelance et activiste Wael Yousef Abaza, qui a été vu la dernière fois le 25 Octobre. Le blogger Hussein Ghrer, 30 ans et père de deux enfant, est porté disparu depuis le 24 Octobre. Dans son blog il avait dénoncé les dérives d'un pays « qui n'apprécie guère les mots mais qui jette en prison ceux qui les utilisent ». Le blog de Ghrer était devenu une source précieuse d'information concernant les arrestations de bloggers, netizens et autres activistes. Depuis le début des soulèvements, d'autres journalistes ont disparu. Le 4 Août dernier les forces de sécurité syriennes ont arrêté les journalistes freelance Omar al-Assad, Rudy Othman e Hanadi Zahlout, lors d'une manifestation à Damas. Leur position, avec celle d'Asim Hamsho, Shadi Abu Al-Fajr e Ghifara Saeed s'est aggravée le 3 Octobre dernier car un tribunal les accuse d'être membres d'une « Coordination des quartiers de Damas » qui serait, selon les accusations, financée par des responsables étrangers et par des organisations internationales des droits de l'homme. Amer Matar, correspondant pour le quotidien panarabe Al-Hayat, est porté disparu depuis le 4 Septembre dernier. Activiste et membre d'un groupe qui organise des marches pacifiques sur Facebook pur dénoncer les dérives du régime, Matar avait envoyé un dernier e-mail à son collègue Karim al-Afnan, journaliste exilé: « Je pourrais ne pas revenir des prières du vendredi ». Du blogger Manaf Al Zeitoun on a perdu toute trace depuis le 25 Mars. Difficile de savoir s'il est encore vivant car la torture est une pratique courante dans les prisons de Bashar al Assad. Il en a été témoin indirect le journaliste britannique Sean McAllister, qui effectuait un reportage sous couverture pour le compte de la chaîne britannique Channel 4 News. Arrêté dans un café de la capitale et conduit dans une prison, McAllister, isolé dans une pièce vide, a pu entendre les cris et les lamentations de prisonniers battus parfois à mort. Il a été relâché quelques jours après et a raconté son expérience au Telegraph. « Dans ma carrière j'ai tout vu – a-t-il dit – des morts, des hommes décapités. Mais les hurlements de douleur d'un homme battu sont quelque chose d'horrible ».   Selon RSF depuis le début des soulèvements 22 journalistes ont disparus sans laisser de trace. Et la liste pourrait dramatiquement s'allonger dans les jours à venir.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:05
| Par rachida el azzouzi

Vendredi 11 novembre, 16 heures. Sur le parvis de la Grande Arche de la Défense, tapissé de pancartes, «la dette, c'est du racket(tte)», «regarde ta rolex, c'est l'heure de la révolution», c'est jour de kermesse démocratique et de «step» sur les marches «pour bouger le cul de la France». Tour à tour, des «Indignés» se succèdent au micro, sous les applaudissements d'une foule en délire assise en tailleur et sous le regard impassible des CRS.

Les «Indignés» sur les marches de la Grande Arche de la Défense, samedi 11 novembre  
Les «Indignés» sur les marches de la Grande Arche de la Défense, samedi 11 novembre© RA

Des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, refont le monde, avec leurs mots à eux. La parole est libre, spontanée, le fil décousu, les voix furieuses, tonitruantes. Certains se sont maquillés en clowns, d'autres portent le masque du mouvement cyber activiste anonymous. «Mal logés, mal payés, précarisés», ils disent tous payer de leur santé les crises économique, sociale et environnementale. Entonnent le même refrain : «Nous sommes les 99% qui refusent que le 1% décide pour nous. Nous sommes les Indignés, la créativité, les rires, les sourires, les vrais acteurs de ce monde.»

Un salarié des hôpitaux, qui en a «assez des guerres, des banquiers, des gouvernements», appelle au «réveil des consciences». Un jeune papa, licencié d'un cabinet de conseil en marketing, demande s'il doit «apprendre à son enfant à voler, mépriser les gens». Une enseignante, fille d'ouvrier, fustige «ces rapaces de la finance qui nous entourent», en levant les yeux au ciel, vers les gigantesques tours qui les encerclent. Un photographe, qui projette de photographier les «indignés» du monde entier, propose de faire «une action chez Areva, EDF, GDF-Suez à nos pieds». Un Espagnol, parmi les premiers à camper à la Puerta del Sol à Madrid, transmet son savoir-faire en matière de désobéissance civile.

Au micro, les témoignages personnels se succèdent  
Au micro, les témoignages personnels se succèdent© RA

«Tout ce qui se dit est consigné par écrit dans un cahier par une bénévole et sera étudié par les groupes de travail en cours de structuration», explique Axel, la modératrice qui a accroché une pancarte à son manteau: «je pense donc je gêne ?». La jeune femme veille au bon déroulement de l'assemblée populaire, montre la gestuelle empruntée à la langue des signes pour manifester son accord ou son désaccord. «Il n'y a pas de chef, insiste-t-elle. Tout le monde s'écoute. Soyez patients. On va lentement parce qu'on va loin. Ce mouvement est pacifique, sans bannières, ni étiquettes politiques, syndicales». Jérémy est «scotché». Ce chômeur de 25 ans, fraîchement arrivé sur Paris, avait entendu parler du mouvement à la télé. C'est la première fois qu'il rejoint les «Indignés». Il n'imaginait pas une telle «énergie», une telle «agora».

«Les Français ne sont pas encore suffisamment dans la merde»

A l'écart de l'assemblée populaire, Damien envoie des SMS à sa famille. Ses parents sont «furieux», sa copine «de moins en moins compréhensive». De savoir qu'il dort à la belle étoile, dans le froid glacial, sur un carton, dans l'un des lieux les plus austères de Paris, «comme un SDF». Une semaine qu'ils le harcèlent sur son portable pour qu'il retourne au chaud, à ses études: «Ton combat ne sert à rien.» Mais Damien «ne lâche pas l'affaire», regrette que son père et sa mère «ne croient plus en rien». C'était son cas jusqu'à ce que cet étudiant en psychologie de 24 ans découvre il y a cinq mois le mouvement planétaire des «Indignés», sa nouvelle famille, et renoue avec «la politique, la vraie».

Cet été, il a marché dans le sud de la France avec les Espagnols. Le 15 octobre, il a campé à Bruxelles pour la journée mondiale d'action. Aujourd'hui, il occupe la Défense, nuit et jour, «ce temple de la finance, de l'argent, du pouvoir, des privilèges, symbole des oligarchies qui nous écrasent». Sur son front, écrit au feutre noir, «Indigné», sur ses joues, «99,9 %». Sous les yeux, des poches qui en disent long sur son état de fatigue. «Ce soir, je vais faire une pause. Je dois m'économiser. L'hiver va être long.» Damien appartient au noyau dur de résistants, entre 40 et 100 personnes, qui squatte depuis le vendredi 4 novembre le parvis du quartier d'affaires et qui tient bon malgré les assauts des CRS.

500 personnes à l'assemblée populaire 500 personnes à l'assemblée populaire© RA

Ce vendredi est «un jour sans». Il n'a quasiment pas fermé l'œil de la nuit, la police l'a sorti de son duvet et «le mouvement ne prend pas», rage-t-il. Les 400 Indignés, venus de toute la France en renfort, en début d'après-midi, au terme d'une longue marche à pied du Champ-de-Mars à la Défense ? «Ce n'est pas exceptionnel. Ils ne passeront pas la nuit ici sauf une poignée.» La larme à l'œil, il avoue sa déception de ne pas voir «des milliers de personnes dans les rues comme à Madrid, Wall Street, Athènes».

Très actif sur les réseaux sociaux, le mouvement peine pourtant à réunir les foules. Pour Grégory, 27 ans, «indigné» depuis l'assemblée générale du 19 mai à Bastille, la principale raison, «c'est la répression policière qui veut tuer dans l'œuf notre combat». «Toute tentative de campement est aussitôt détruite. Ils nous ont tout pris, les tentes, les bâches en plastique. On n'a que nos cartons et nos duvets quand ils ne nous les arrachent pas», déplore ce comptable au chômage technique. Originaire de Bayonne, un fief de l'indignation, Grégory voit une autre explication: «Les Français s'indignent dans leur coin. Ils ne sont pas encore suffisamment dans la merde pour descendre dans la rue. La France, ce n'est pas encore l'Espagne, la Grèce, l'Italie.» «Crevé», il n'a «rien mangé de chaud» depuis des jours et concède: «C'est pas facile d'être présent 24 heures sur 24.»

Faustine «admire tous ces campeurs». Bandeau dans les cheveux, tambour à la main, elle a participé à la marche jusqu'à la Défense mais elle ne se sent «pas le courage de camper ni cette nuit, ni demain». Pour cette musicienne de 33 ans, «mieux vaut ne pas s'épuiser, tout donner d'un coup». «S'asseoir sur une place, c'est pas la solution», estime Max. Fils de «bobo-altermondialistes», ce trentenaire, grimé en clown, qui n'a plus de voix tant il a crié dans le mégaphone, veut «exporter le mouvement, mener des actions ciblées devant les banques, les entreprises». Il a grandi avec un poster du Che dans sa chambre, se dit «anarchiste», «pour la liberté de circulation», a «toujours été révolté». A Calais, il ouvrait des squatts pour les migrants, à Cannes, il participait au «no G-20».

Une escorte rageante pour les indignés Une escorte rageante pour les indignés© RA

«C'est une évolution-révolution de basse intensité, une lame de fond. Il ne faut pas attendre quelque chose cette année», tempère Baptiste, un Breton très impliqué dans le collectif UncutFrance. Cet entrepreneur de 33 ans, qui «paie 33% d'impôts alors que toutes les sociétés qui nous entourent n'en paient pas 20 %», est résolument optimiste. «Arrivé au bout de sa tolérance d'un système», il croit en la force du mouvement : «On est des guerriers ! La Défense, c'est la clef de voûte qui va nous ouvrir les portes d'une démocratie réelle.» Cécile, sa camarade, venue de Quimper, animatrice environnement, en est persuadée: «Aujourd'hui, j'ai vu des gens que je n'avais jamais vus. On n'a plus l'étiquette de hippies baba-cool qui font rien et qui n'ont rien d'autre à faire que manifester.»

«Pour drainer du monde», Guillaume, qui travaille dans la communication, aurait plutôt investi «Barbès ou Montmartre», le cœur de la capitale, que la Défense, «trop éloignée». A Bayonne, sa ville d'origine, ils ont réussi un tour de force, au printemps dernier, tandis que les CRS délogeaient les révoltés à Paris et à Montpellier. Cinq jours après les Madrilènes, le 20 mai, ils entamaient l'occupation du mail Chaho Pelletier. «On a tenu deux mois, une exception en France, car on a gagné en justice contre la mairie en invoquant le droit de rassemblement, la liberté d'expression et un vice de procédure.» Pour cet activiste constamment connecté au réseau mondial takethesquare.net, qui recense les villes et les pays entrés en résistance en temps réel, la dynamique est lancée «tant qu'il n'y a pas de répression»: «On est dans l'embryon. C'est comme quand on fait un gosse, il faut le laisser se développer.»

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 19:54
 Médiapart -  | Par Mathieu Magnaudeix

De notre envoyé spécial à Athènes

Irene tend sa dernière facture d'électricité. Consommation des six derniers mois pour son studio du Pirée, le port d'Athènes: 24 euros –c'était l'été... «Et puis il y a une surprise», dit d'un air las cette jeune consultante dans un cabinet de conseil. La surprise, c'est le nouveau «prélèvement exceptionnel pour toutes les surfaces dotées d'électricité» : 325 euros, payable en deux fois. Près de la moitié du salaire minimum! «Il est bien précisé que si je ne la paie pas, on me coupera le courant», ajoute-t-elle.

La «taxe sur l'électricité», calculée en fonction de la surface, du lieu de résidence et de l'ancienneté du logement: c'est la dernière des trouvailles du gouvernement grec, aux prises avec une dette impossible à rembourser.

Depuis un an et demi, le gouvernement rivalise d'ingéniosité pour augmenter ses recettes et contenir l'économie souterraine. Il y a eu la taxe sur les balcons fermés et les piscines (que personne ne déclarait). Un prélèvement sur les bateaux et les grosses cylindrées, la très impopulaire augmentation de la TVA à 23%, une taxe «de solidarité» de 1% à 4% retenue sur les salaires, ou encore un impôt additionnel pour ceux qui épargnent trop....

Pour l'instant, l'effet sur les finances publiques est marginal, car l'évasion fiscale reste un sport national. Mais les Grecs de la classe moyenne, eux, n'y comprennent plus rien. «On a le sentiment de ne faire que payer», résume Irene. Certains de ses collègues banlieusards préfèrent désormais mettre une heure de plus pour se rendre au travail plutôt que de s'acquitter des nouveaux péages autoroutiers sur le périphérique. Et le midi, chacun apporte son lunch plutôt que de devoir régler le traiteur... «Au bout d'un moment, toutes ces restrictions commencent vraiment à peser sur le moral.»

 

«A louer», «A vendre»  
«A louer», «A vendre»

La récession n'en finit pas d'accabler la Grèce. Plus de 18% de la population active est au chômage – 900.000 personnes contre 600.000 l'an passé, un taux inouï dans ce pays de 11 millions d'habitants. La progression est fulgurante, surtout chez les jeunes, et le cap des 20% pourrait être franchi à la fin de l'année. Une minorité des demandeurs d'emploi sont indemnisés – un an maximum.

Les indépendants des professions libérales disparaissent en cascade (lire par ailleurs notre entretien avec la chercheuse Maria Kamerissini). De nombreux salariés ne sont pas payés depuis des mois ou ont subi d'importantes réductions de leur salaire. Dans la capitale, Athènes, la crise saute aux yeux. Les panneaux «à louer» ou «à vendre» se multiplient. Selon un rapport de la Commission européenne cité par la presse, 25% des locaux commerciaux sont vides – c'est 20% à Salonique, la seconde ville du pays. De plus en plus de Grecs sont sans-abri, un sort traditionnellement «réservé» aux migrants dans un pays où les solidarités familiales jouent encore beaucoup. D'après un responsable de la Croix-Rouge, ils seraient 20.000 dans tout le pays.

Sur Ermou, la principale artère commerçante d'Athènes, le nouveau magasin «Goldbuyers» ne désemplit pas. C'est un business de crise: «Goldbuyers» échange vieilleries en or contre du cash. Impossible de le rater, avec ses pancartes clinquantes. Cette filiale d'un groupe anglais installé a déjà ouvert plusieurs succursales dans la capitale. Devant moi, un jeune homme sort de son sac un vieux service en or. Un couple de trentenaires apporte deux énormes bagues.

Stuart Moore, le patron, explique que le groupe s'est implanté en Grèce parce que «les gens ici ont plein de vieilleries qu'ils ne pensaient même pas à vendre car c'est un peu tabou». «Pour l'heure, 10 à 15% des clients viennent parce qu'ils ont besoin de "cash" à cause de la situation économique, reprend Moore, jeune British fort peu affable. Mais cela va augmenter dans les prochains mois avec toutes ces suppressions d'emplois et ces nouvelles taxes.»

Craignant la faillite nationale, les Grecs se méfient des banques. Durant le seul mois de septembre, les dépôts des particuliers et des entreprises dans les établissements bancaires ont fondu de 5 milliards d'euros: un plongeon historique...

«Il n'y a plus de lumière au bout du tunnel»

 

Les halles d'Athènes. Avec une TVA à 23%, la consommation est atone. L

«Il y aura du sang, croyez-moi»

 

Université Pantéion d'Athènes.  
Université Pantéion d'Athènes.

Il est 19 heures, sur l'avenue Syngrou, juste derrière l'Acropole. Stavros Tsitismakis s'apprête à fermer boutique. De loin, dans sa grande boutique toute éclairée aux vitres immenses, il ressemble à une figurine dans une maison de poupée. Stavros loue des voitures. Pas n'importe lesquelles, des berlines de luxe: «Luxury cars for rent», lit-on en grosses lettres sur la vitrine. Le business ne connaît pas la crise, au contraire des autres loueurs.

Blazer bleu marine, cravate rouge, port altier: Stavros a des airs de parfait majordome anglais. Cet employé de 55 ans est pourtant très représentatif de la classe moyenne grecque, ou de ce qu'il en reste. Il travaille depuis l'âge de 15 ans, mais la retraite n'est pas pour tout de suite – l'âge légal de départ, 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes, va bientôt être harmonisé.

«Quand j'entends les Français et les Allemands dire qu'on est des fainéants, vous ne pouvez pas savoir comme ça me met en colère, dit-il avec avec émotion, la gorge serrée. Les manifestations anti-austérité passent souvent devant le magasin. D'ailleurs, ils nous ont cassé les vitres plus d'une fois! Mais je n'en veux pas aux manifestants. Pour avoir parlé à certains d'entre eux, ce sont peut-être des anarchistes, mais ce sont surtout des vies brisées, des gens qui ont perdu leur travail et ne peuvent plus nourrir leurs enfants.»

«Avec les politiques que nous avons... ils sont tellement mauvais. Ça va finir par un lynchage, et ils le savent, dit-il en montrant du doigt la direction du Parlement. Il y aura du sang, croyez-moi. Nous sommes en colère. On veut nous ramener aux années 1950.»

Non loin, à la station de métro, une horde de taxis attend les chalands qui ne viennent pas. Ces temps-ci, le scénario se répète très souvent. Un soir, Triantafillos, le compagnon d'Irene la consultante, m'a expliqué pourquoi. Son père est taxi, et lui-même conduit la voiture familiale de temps en temps quand il y a besoin d'un peu d'argent à la maison. «En ce moment, il y a très peu de clients. Parfois en cinq ou six heures de travail, on ne gagne que 20 centimes une fois enlevé l'essence et l'assurance, qui a d'ailleurs augmenté», dit le jeune homme.

Le taxi va sans doute rapporter de moins en moins, puisque le gouvernement a récemment libéralisé le secteur. Dans quelques jours, Thanassis, le patriarche, va atteindre l'âge de la retraite. Il va devoir rendre sa licence. Va-t-il la transmettre à son autre fils, employé dans une mairie et qui se sait menacé, autre conséquence du plan d'austérité ? Dans ce cas, la famille devra s'acquitter d'une taxe de 4000 euros. Encore un nouveau prélèvement.

Triantaffilos m'invite dans la maison familiale, dans le quartier populaire d'Ano Liossia, dans la grande banlieue d'Athènes. Une bâtisse de deux étages: lui habite au-rez-de chaussée. Son frère loge au premier avec les parents, mais ceux-ci lui ont réservé un morceau de terrasse qu'il pourra tranformer en appartement quand il en aura envie. «Nous sommes une famille grecque, dit Triantafillos, tout fier: la famille c'est important, on paie même les factures ensemble.»

Triantafillos travaille à la poste. Avec les coupes salariales dans la fonction publique, il a perdu 11% de son salaire – environ 150 euros. Il n'est pas sûr de garder son poste, car dès janvier 30.000 fonctionnaires (et ce n'est qu'une première vague, 120.000 devraient suivre d'ici 2014) vont être mis en «réserve» de l'Etat, sans aucune garantie de retrouver leur emploi au bout d'un an – une astuce pour les placer au chômage alors qu'ils ont en théorie la sécurité de l'emploi. Actuellement, le gouvernement ne remplace plus qu'un fonctionnaire sur dix.

Sa mère, Maria, 63 ans, touche une très petite retraite. Cette ancienne ouvrière s'est fait rouler par son ancien employeur, qui ne lui a jamais compté les bonus au titre de la pénibilité: elle touche donc la retraite de base – 480 euros par mois. Mais sa pension a tout de même été amputée de 15 euros. Pendant dix ans, le père de Triantafillos a exercé deux métiers (l'usine le matin, le taxi le soir). Son fils devra certainement s'y résoudre, lui aussi, un jour: la réforme passée en 2010 protège les retraités actuels, mais assomme les actifs qui cesseront le travail après 2022. Pour eux, les pensions seront amputées de 40%. Et ce n'est qu'un début...

Une nouvelle pauvreté

 

Business de crise: «Goldbuyers» échange vieilleries en or contre du cash.  
Business de crise: «Goldbuyers» échange vieilleries en or contre du cash.

Retour dans le centre-ville d'Athènes. Après deux ans de récession, de chômage de masse et d'austérité, l'urgence sociale se fait chaque jour plus criante. George Sykoutris dirige l'abri pour SDF de la Croix-Rouge, rue Epikouros. Devant le centre créé en 2007, des junkies végètent ou quémandent de l'argent, sous l'œil blasé des commerçants chinois.

Ici résident plusieurs familles grecques avec enfants. Les bambins sont scolarisés, leurs parents encouragés à retrouver un travail. C'est du moins ce qui se passait avant la crise: Sykoutris reçoit de plus en plus de demandes. «On refuse déjà un tiers des gens. L'an dernier, nous avions 45 personnes dans le foyer, aujourd'hui ils sont 82. Nous allons bientôt atteindre notre capacité maximale. Normalement, le séjour autorisé ici est de six mois, mais les gens ont tendance à rester car il leur est très difficile de retrouver un travail.»

Récemment, une de ses anciennes pensionnaires est revenue: elle devait être embauchée par une vieille dame pour faire des ménages, mais celle-ci a trouvé une employée de maison qui réclamait juste le gîte et le couvert, pas de salaire. Sykoutris n'est pas d'accord avec les journalistes grecs qui évoquent à longueur de colonnes l'émergence d'une «nouvelle pauvreté».

«Tous les problèmes ont commencé avec l'entrée dans l'euro, dit-il. Vous voyez cette petite bouteille d'eau ? Elle coûte trois fois plus cher depuis le passage à l'euro. C'est à partir de ce moment-là que les choses sont devenues plus dures pour les gens.» Pour le moment, le ministère de la Santé continue à verser les crédits à son centre. Pour combien de temps ? «Aujourd'hui, tout le monde a peur. Même moi, j'ai peur pour mon travail.»

Tout près, le centre de Médecins du monde, en théorie destiné aux migrants, ne désemplit plus. Les Grecs sont de plus en plus nombreux à s'y faire soigner car le gouvernement a aussi instauré des franchises et certains médicaments sont moins bien remboursés.

A Perama, ville portuaire à l'est d'Athènes où se trouve une autre polyclinique gérée par l'ONG, destinée à l'origine aux migrants, ne viennent plus que des citoyens grecs. Avec la crise, les étrangers sont partis chercher du travail ailleurs. Les anciens salariés de la zone portuaire, eux, sont restés et beaucoup croupissent dans la misère. «Les gens qui viennent nous voir ont souvent travaillé toute leur vie sur les chantiers navals ou sur le port, raconte la responsable, Artemis Lianou. Avec la crise, ils se sont retrouvés sans travail, sans argent pour nourrir leurs enfants. Nous les soignons, leur donnons des médicaments et de la nourriture.» Depuis un an, le nombre de visiteurs a augmenté de 20%.

Si la Grèce reste dans la zone euro, le plan d'austérité grec pourrait durer plus d'une décennie. En quittant Athènes, on se demande par quel miracle le pays pourra le supporter sur une telle durée.

Texte et photos: Mathieu Magnaudeix

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 19:52

LEMONDE | 12.11.11 | 11h36   •  Mis à jour le 12.11.11 | 18h50

 

 

Vue de l'Assemblée nationale, lors de l'hommage à Patrick Roy, député PS mort d'un cancer le 3 mai.

Vue de l'Assemblée nationale, lors de l'hommage à Patrick Roy, député PS mort d'un cancer le 3 mai.AFP/PIERRE VERDY

En demandant au Parti socialiste de limiter à 67 ans l'âge de ses candidats aux élections législatives de 2012, Arnaud Montebourg a peut-être voulu faire un "coup" et jouer au "chevalier blanc", comme le lui a reproché Martine Aubry, mardi 8 novembre, au bureau national du PS. Il n'empêche : le député de Saône-et-Loire exagérait à peine, la veille, en agitant, dans une lettre adressée à la première secrétaire du parti, le spectre d'une Assemblée nationale "monopolisée par des élus sexagénaires et masculins".

En France, l'âge moyen des députés est aujourd'hui de 59 ans et cinq mois. Au début de la législature, en juin 2007, il était donc de 55 ans. C'est un record : l'Assemblée actuelle est la plus âgée de la Ve République. L'âge moyen y est plus élevé d'un an que dans les chambres issues des élections de 1973 et de 2002, qui étaient jusque-là les plus gérontocratiques.

A ce jour, les deux Assemblées les plus jeunes de la Ve République restent celles de 1958 et de 1981. Dans la première, formée deux mois après l'adoption par référendum de la nouvelle Constitution, l'âge moyen, au début de la législature, était de 49 ans. Dans la seconde, marquée par un profond renouvellement générationnel lié à la première victoire de la gauche depuis 1958, il frôlait les 50 ans.

72 % DES DÉPUTÉS ONT PLUS DE 60 ANS

Depuis 1981, l'âge moyen des députés a augmenté d'un peu moins d'un an, en moyenne, à chaque élection générale. L'introduction de la proportionnelle, en 1986, n'a pas infléchi la tendance : les députés élus cette année-là, en majorité de droite, avaient, en moyenne, un an et demi de plus que ceux élus en 1981. A l'inverse, le retour a au scrutin uninominal à deux tours, en 1988, au lendemain de la réélection de François Mitterrand, n'a pas été un facteur de vieillissement, contrairement aux craintes des contempteurs d'un mode de scrutin qui favorise les notables. En 1988, l'âge moyen des députés en début de mandat était même inférieur de quatre mois à ce qu'il était après les législatives de 1986.

Dans l'Hémicycle, les barbons et les jouvenceaux se répartissent de façon assez équilibrée entre la droite et la gauche : 8,8 % des élus du groupe UMP ont plus de 70 ans, alors qu'ils ne sont que 3,6 % à dépasser ce seuil dans le groupe socialiste. Parmi les 60-70 ans, c'est l'inverse : 45,2 % des députés socialistes se situent dans cette fourchette, ce qui n'est le cas que de 38,4 % des élus UMP.

Les autres groupes présentent des profils divergents. Avec ses 24 élus, celui du Nouveau Centre est le seul où la part des moins de 60 ans dépasse 60 %. Quant au groupe de la Gauche démocrate et républicaine, qui rassemble les 25 députés du Parti communiste, du Parti de gauche et d'Europe Ecologie-Les Verts, il présente le profil inverse : à eux seuls, les plus de 60 ans constituent 72 % du total.

Si la gauche et la droite peuvent difficilement s'attaquer sur l'âge de leurs députés respectifs, il n'en a pas toujours été ainsi. Dans un récent article publié par la revue en ligne La Vie des idées, les politologues Abel François et Emiliano Grossman ont montré que, de 1958 à 1973, les députés de gauche avaient, en moyenne, six ans de plus que ceux de droite. A l'inverse, en 1978 et 1981, la progression de la gauche, notamment socialiste, s'est traduite par un fort rajeunissement de ses troupes. Au lendemain des législatives qui ont suivi la victoire à la présidentielle de 1981, les députés de gauche avaient 47 ans en moyenne, ceux de droite, 56 ans.

EN ALLEMAGNE ET EN SUÈDE, LES MOINS DE 40 ANS MAJORITAIRES

Comme l'a rappelé le sociologue Louis Chauvel, le cas de la France est singulier. A l'Assemblée nationale, les élus de moins de 40 ans sont neuf fois moins nombreux que ceux de plus de 60 ans. Le rapport n'est que d'un à trois à la Chambre des communes, au Royaume-Uni, et à la Chambre des députés, en Italie. En Allemagne, en revanche, les moins de 40 ans sont 1,5 fois plus nombreux au Bundestag que les sexagénaires et leurs aînés. Et au Riksdag, en Suède, ils sont deux fois plus nombreux.

L'une des idées évoquées pour rajeunir l'Assemblée est la limitation du nombre de mandats successifs. Aujourd'hui, 41,4 % des députés UMP en sont au moins à leur troisième mandat. Ils sont 45,2 % dans ce cas au sein du groupe socialiste.

Certaines générations de députés ont la vie plus longue que d'autres. C'est notamment le cas de celle entrée au Palais-Bourbon en 1978, à la faveur de législatives perdues de peu par la gauche. Après six mandats, en 2002, ils étaient encore 5,7 % de cette génération à siéger sur les bancs de l'Assemblée nationale. Les députés élus en 1981 n'ont, en revanche, pas connu la même longévité : seuls 2,2 % exercent actuellement un septième mandat.

Thomas Wieder

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