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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:55

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Néolibéralisme

Traité de libre-échange et arbitrage privé : une justice à sens unique en faveur des riches ?

par , Eva Schram , Frank Mulder

 

 

 

Voici le dernier épisode de notre volet sur les coulisses des procédures d’arbitrages : cette discrète juridiction privée internationale qui règle les conflits entre investisseurs – des multinationales en général – et Etats, dans le cadre des traités de libre-échange. S’il est normal que des investisseurs puissent défendre leurs droits face à d’éventuels abus, ces procédures d’arbitrage favorisent les grandes entreprises des Etats les plus riches vis-à-vis des pays pauvres, particulièrement visés.« C’est un système néo-colonial », dénoncent certains, alors que de plus en plus de pays souhaitent rompre les traités qui permettent aux investisseurs de leur réclamer de gigantesques amendes.

Cinquième et dernier épisode de notre série sur les procédures d’arbitrages entre investisseurs et États (lire l’épisode précédent).

Des avocats, des arbitres et des hauts fonctionnaires, nous voilà revenus à notre point de départ : ce système est-il juste ? « Les Pays-Bas jouent dans le monde de l’investissement un rôle comparable à celui de la Suisse dans le monde bancaire, soupire Gerard Mommer, l’ex vice-ministre vénézuélien du Pétrole (lire le premier épisode). Il est plus facile d’enregistrer une firme aux Pays-Bas que d’obtenir un visa touristique pour entrer dans le pays. Savez-vous quelles sont les firmes néerlandaises actives au Venezuela ? ExxonMobil, ConocoPhillips et Chevron. Même CNPC, la compagnie pétrolière d’État chinoise, est néerlandaise. »

Officiellement ce n’est pas permis si la seule raison de ce choix d’implantation est l’arbitrage. Mais c’est là, encore une fois, un point qui doit être tranché par les arbitres eux-mêmes. Conoco et Exxon ont transféré leurs actifs vénézuéliens dans des holdings aux Pays-Bas en 2006. Les deux entreprises affirment que cela n’avait rien à voir avec le litige. Mais un autre câble révélé par Wikileaks démontre que ce transfert n’a été organisé qu’après l’émergence du conflit. Et un employé de Conoco a déclaré, lors d’un entretien à l’ambassade américaine, que sa firme a choisi les Pays-Bas « pour préserver ses droits en matière d’arbitrage ».

« Le sandwich hollandais est un exemple d’abus flagrant du système », déclare George Kahale III, l’avocat new-yorkais. Mais pour Mommer, son client, c’est plus que de l’abus. « C’est ainsi que le système a toujours fonctionné depuis le début. Dans l’économie moderne, il est inacceptable que des pays se déclarent les propriétaires de leurs propres ressources. Ce système juridique privé est une réponse préventive. C’est un système néo-colonial. »

 

De plus en plus de pays en ont assez

Dans la liste des pays poursuivis figurent également le Canada et les États-Unis, à cause de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Mais les États-Unis n’ont encore jamais perdu une affaire à ce jour. En revanche, si l’on dresse une liste des pays qui ont eu à payer le plus d’amendes ou de compensations dans le cadre de règlements à l’amiable, et si l’on compare cette liste avec celle des pays d’où proviennent les plaintes, un tableau très clair émerge. Que cela plaise ou non, l’arbitrage est un moyen par lequel les pays riches disciplinent les pays pauvres. Au niveau global mais aussi à l’échelle de l’Europe (voir également la carte interactive publiée sur le site dédié à cette enquête).

 

 

De plus en plus de pays en ont assez, et il ne s’agit pas seulement de « républiques bananières » comme le Venezuela. C’est le cas aussi du Brésil, dont le Congrès n’a jamais ratifié un traité d’investissement, et qui refuse le système. « Il a de nombreux défauts, nous explique le vice-ministre des Finances Carlos Márcio Cozendey dans les couloirs d’une conférence à Genève. Les investisseurs étrangers ont davantage de droits que les investisseurs nationaux. Et cela ne va que dans un sens. Un gouvernement ne peut jamais poursuivre un investisseur ; cela marche seulement dans le sens inverse. »

« L’ISDS[mécanisme de résolution des litiges entre États et investisseurs] n’est pas adapté à ses objectifs, déclare Xavier Carim, représentant permanent de l’Afrique du Sud à l’Organisation mondiale du commerce. Il y a des problèmes très profonds. Nous avons signé de nombreux traités bilatéraux d’investissement dans le passé. À ce moment-là, nous ne savions pas où cela pouvait nous mener. Nous n’avions pas vraiment conscience de ce que nous signions. »

 

Un problème qui vient des accords de libre-échange ?

Pour des avocats, c’est un argument inconcevable. « Si l’on ne sait pas ce que l’on a signé, j’appelle cela simplement de la paresse, déclare Meijer. Ils étaient en train de dormir, faut-il comprendre. » Le Canadien Fortier (lire l’épisode 4) refuse de répondre, comme si c’était trop stupide pour même en parler. Mais Nathalie Bernasconi-Osterwalder de l’International Institute of Sustainable Development, confirme les propos de Carim. « Nous nous intéressons à l’ISDS depuis des années mais, en réalité, jusqu’à il y a trois ans, je ne parvenais même pas à attirer l’attention des professeurs spécialistes de commerce et d’économie sur le sujet. Même les gouvernements occidentaux ne savaient pas ce que c’était. Un haut fonctionnaire belge m’a dit une fois qu’il ne faisait que tirer un document tout prêt d’un tiroir à chaque fois qu’il fallait signer un traité bilatéral d’investissement. »

Aussi bien les pays riches que les pays pauvres croyaient honnêtement, se fiant à l’opinion des juristes et des professeurs, mais aussi de la Banque mondiale et de la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), que les traités bilatéraux d’investissement étaient un bon moyen d’attirer les investisseurs et de se faire une bonne réputation. C’est seulement aujourd’hui qu’il devient chaque jour plus clair que ces traités ont aussi des conséquences indésirables.

 

Origin countries of ISDS claims

On this map you can see all 629 public ISDS claims submitted until 2014. Read more on our website. Click on to see which countries have received claims from this country. Click on these countries to see all claims. Check out the map from the perspective of the respondent countries. Toggle for the fullscreen map. Awards are corrected for inflation

Cliquez sur un rond (exemple : en Argentine ou en Algérie) pour voir l’ensemble des procédures dirigées contre ce pays et leurs origines, puis cliquez sur les pays d’origine pour voir le détail des procédures

 

La Cnuced parle aujourd’hui d’une « crise de légitimité ». De plus en plus de pays veulent se débarrasser de leurs traités bilatéraux d’investissement. Ce qui n’a rien d’aisé, dans la mesure où ces traités restent en vigueur pour quinze ou vingt ans après leur annulation. Le Venezuela, l’Équateur, l’Afrique du Sud et l’Inde sont néanmoins en train d’abroger leurs traités existants. La Russie et l’Argentine refusent de payer leurs amendes. Même l’Australie ne veut plus de traités d’investissement, après avoir été confrontée à une demande de compensation de plusieurs milliards par Philip Morris après le durcissement de ses lois anti-tabac. Et l’Italie, qui s’est récemment retrouvée être l’objet de plaintes émanant du secteur énergétique, est sortie l’été dernier de la Charte européenne de l’énergie, un traité qui comprend lui aussi une clause d’ISDS.

 

« Il n’y a pas d’alternative »

Les arbitres, les avocats spécialisés dans l’investissement et les hauts fonctionnaires occidentaux dénient cette crise de légitimité. « Ce n’est pas parce que certains pensent que ce n’est pas juste que ce n’est effectivement pas juste », nous a ainsi dit Bernard Hanotiau, de la firme d’arbitrage numéro un des classements. « Les gens ne savent pas de quoi ils parlent », répond avec mépris Kaj Hobér, un autre arbitre d’élite que nous avons abordé dans les couloirs d’une conférence à Amsterdam. Il est à la fois arbitre, avocat, professeur, et le prochain secrétaire-général de la prestigieuse Cour d’arbitrage de Stockholm (Suède). Il juge les critiques simplistes. « Il n’y a pas d’alternative. »

C’est peut-être là le fait le plus remarquable qui ressort de nos recherches. Après tout, l’idée même de l’arbitrage implique que ce soit un processus volontaire de résolution des conflits. Si une proportion toujours plus grande des pays du monde ne le considère plus comme volontaire, ne s’agit-il pas d’un problème de légitimité ? Peu de monde dans le milieu de l’arbitrage paraît y prêter une quelconque importance. Les règles sont les règles, font-ils valoir. Ou encore : ils ne font que leur travail. C’est une attitude presque technique, qui paraît complètement décalée par rapport à leurs discours éthiques sur la justice.

 

Le droit est par définition dans l’intérêt du plus riche

Cette dichotomie, le professeur Bryant Garth la connaît bien. « Les deux visions sont parfaitement complémentaires. Le système de l’arbitrage a été créé pour protéger les investissements avec l’aide du droit. Du point de vue des avocats, seules ces règles comptent. Mais le droit est par définition dans l’intérêt du plus riche. Ce n’est pas du conspirationnisme, c’est ainsi que le droit fonctionne. Les nantis acceptent les règles, car elles leur donnent leur légitimité. » L’argument de Garth est qu’il n’y a pas de droit universel, en dehors des structures de pouvoirs, qui pourrait s’appliquer au monde dans son entier, « même si certains font preuve d’une croyance quasi religieuse en l’existence d’un tel droit ».

« Les avocats n’envisagent l’arbitrage que comme un affrontement technique dans le cadre d’un jeu basé sur des règles strictes. Mais ce jeu est lié à la vision du monde néolibéral. À l’idéal américain d’un monde de libre-échange, où les règles juridiques et les avocats jouent un rôle clé pour donner aux multinationales l’accès aux marchés. »

Dès lors que domine cette vision du monde, il semble tout à fait logique et juste qu’un litige portant sur des milliards de dollars entre le Venezuela et une poignée de compagnies pétrolières se décide dans un tribunal américain, sur la base d’un traité néerlandais et de l’interprétation qu’en fera un avocat et homme d’affaires canadien, avec l’intime conviction qu’il ne fera qu’appliquer équitablement les règles.

 

« Le lion, c’est nous »

Pendant un cocktail pour des avocats spécialisés dans l’investissement à l’hôtel Amstel d’Amsterdam, après que les exigences du politiquement correct aient été un peu atténuées par le vin, nous avons interrogé Jeroen Luchtenberg, un avocat basé à Paris. « Bien sûr, vous avez raison, nous a-t-il dit. C’est un système injuste. Il y a un problème, même si tout le monde le nie. Mais à qui la faute ? Je ne pense réellement pas que cela soit dû à un manque d’intégrité parmi les arbitres. Écoutez : si un lion et un lièvre dans le même pré reçoivent soudain les mêmes droits, que se passera-t-il ? Rien. Le lion continuera à vouloir manger le lièvre. »

Visiblement, cette magnifique image biblique du lion pacifique, dans le bureau de Daly (lire l’épisode 2), ne reste qu’une vision de l’esprit. « Si le lièvre veut s’en aller dans un autre pré, le lion dit : “D’accord, mais d’abord il faut signer ça.” Et c’est ce que fait le lièvre. Mais cela ne change rien au fait que le lion veut toujours manger le lièvre. » C’est ainsi que va le monde. « Les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent. »

Et, après une autre gorgée de vin : « Le lion, c’est nous. »

 

Frank Mulder, Eva Schram and Adriana Homolova
Traduction de l’anglais : Olivier Petitjean

 

Photo : manifestation à Berlin contre le futur traité de libre-échange en négociation entre l’Europe et les Etats-Unis (nommé TTIP ou Tafta) et le traité similaire entre le Canada et l’Europe (Ceta).

- Lire l’épisode précédent : Quand des investisseurs spéculent sur les conflits commerciaux entre multinationales et Etats

À propos de cet article

Cette enquête a été publiée initialement en néerlandais par les magazines De Groene Amsterdammer et Oneworld. Elle est publiée en exclusivité en français par Basta ! et en allemand par le Spiegel online.

Voir aussi, des mêmes auteurs, cet autre article traduit par l’Observatoire des multinationales : « Pétrole ougandais : Total cherche à échapper à l’impôt grâce à un traité de libre-échange ».

Le texte ci-dessous présente la recherche qui sous-tend l’enquête :

Les critiques du TAFTA, le traité de commerce en discussion entre l’Union européenne et les États-Unis, ont pour cible prioritaire les mécanismes de résolution des litiges État-investisseurs, ou ISDS (pour Investor-State Dispute Settlement, en anglais). Il s’agit d’un mécanisme grâce auquel les investisseurs peuvent poursuivre un État s’ils estiment avoir été traités de manière inéquitable. Selon ces critiques, les multinationales se voient ainsi donner le pouvoir sans précédent d’échapper aux lois, à travers une sorte de système de justice privatisée contre lequel aucun appel n’est possible.

En réalité, l’ISDS n’est pas un phénomène si nouveau. Les plaintes ne sont pas simplement déposées contre nous, pays européens ; au contraire, c’est plus souvent de nous qu’elles proviennent. En 2014, pas mois de 52 % de toutes les plaintes connues avaient pour origine l’Europe occidentale.

Le nombre total de cas est impossible à connaître. Les données sont difficiles à obtenir. C’est pourquoi des journalistes de De Groene Amsterdammer et Oneworld ont entrepris quatre mois de recherches, avec le soutien d’EU Journalism Grants.

Ce travail a notamment débouché sur une cartographie interactive unique en son genre de tous les cas d’ISDS, dont beaucoup n’ont jamais été cités dans la presse. Cartographie qui inclut, autant que possible, le nom des arbitres, les plaintes, les suites et, dans de nombreux cas, le résumé des différends. Pour la présente enquête, nous avons interrogé de nombreux arbitres, des avocats, des investisseurs, des chercheurs et des fonctionnaires, y compris des représentants de pays qui se sentent dupés par l’ISDS, comme le Venezuela, l’Afrique du Sud ou l’Indonésie.

La cartographie et les articles qui l’accompagnent sont disponibles sur le site www.aboutisds.org. Ils ont été publiés initialement en néerlandais à l’adresse www.oneworld.nl/isds.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:40

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Droits humains

Coupe du monde : l’exploitation des travailleurs migrants du Qatar se poursuit

par

Construit en 1976, le Khalifa International Stadium, haut lieu sportif du Qatar, est en cours de rénovation pour doubler sa capacité et accueillir les 40 000 spectateurs qui voudront assister aux matches de la Coupe du monde de foot de 2022. Une toiture semi-ouverte a été savamment étudiée pour abriter tout ce beau monde de l’écrasant soleil de la péninsule arabique. « Des technologies de refroidissement révolutionnaires sont en cours d’installation, afin d’assurer une température fraîche et agréable pour les spectateurs et des conditions idéales pour les joueurs et les arbitres », souligne le Comité suprème, instance responsable de l’organisation de la Coupe du monde de 2022 et de la rénovation du stade.

Les travailleurs qui coulent le béton, montent les tribunes et peaufinent l’installation de ce stade tout confort ne bénéficient malheureusement pas de telles attentions. « Ici, je vis comme si j’étais en prison, rapporte Deepak, ouvrier métallurgiste venu du Népal. On a travaillé de nombreuses heures sous un soleil de plomb. La première fois que je me suis plaint au sujet de ma situation, peu après mon arrivée au Qatar, le chef m’a dit "si tu veux te plaindre, tu peux, mais cela aura des conséquences. Si tu veux rester au Qatar, reste tranquille et continue de travailler". »

 

La Coupe du monde de la honte ?

Plusieurs dizaines de collègues de Deepak ont raconté à des enquêteurs d’Amnesty international les conditions terribles dans lesquelles ils vivent et travaillent : après avoir versé des sommes considérables à des recruteurs dans leur pays d’origine – Bangladesh, Inde et Népal principalement – pour obtenir un emploi au Qatar, les travailleurs découvrent des conditions de travail apocalyptiques, et extrêmement dangereuses, sans être nécessairement payés. Ils s’entassent dans des logements sordides, et se voient parfois confisquer leurs passeports, ce qui leur interdit toute sortie du territoire [1].

Ceux qui osent prendre la parole pour réclamer que leurs droits soient respectés reçoivent des menaces. Quand Nabeel, ouvrier métallurgiste venu d’Inde qui a œuvré sur le chantier de rénovation du stade Khalifa, s’est plaint de ne pas avoir été payé pendant plusieurs mois, son employeur l’a insulté et lui a dit que s’il se plaignait de nouveau, il ne pourrait jamais quitter le pays. « Depuis, je fais attention à ne pas me plaindre au sujet de mon salaire ou de quoi que ce soit d’autre, dit-il. Bien sûr, si c’était possible je changerais de travail et je partirais du Qatar. »
 
Ces violations et abus sont dénoncés depuis quatre ans par plusieurs organisations internationales et syndicats. Mais la situation n’évolue pas. Selon Amnesty international, la fédération internationale du football (FIFA), principal commanditaire des installations construites en ce moment, tarde à y remédier. « Après avoir fait des promesses durant cinq ans, la FIFA a en grande partie manqué à son devoir d’empêcher que la Coupe du monde ne soit bâtie sur un socle d’atteintes aux droits humains », déclare Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

 

Responsabiliser les entreprises et les sponsors

« Très concernée » par la question du respect des droits humains des travailleurs, la Fifa a répondu à Amnesty international « avoir bâti depuis cinq ans, au Qatar, une solide relation de travail avec le Comité suprême ». Ce comité a publié en 2014 des « normes de bien-être des travailleurs », qui obligent les entreprises intervenant sur les chantiers de la Coupe du monde à accorder aux travailleurs de meilleures conditions de travail que celles prévues par la législation du Qatar. Problème, selon Amnesty international : le comité s’adresse en priorité aux principaux contractants pour faire appliquer ces standards. Or, de multiples sous-traitants opèrent sur les chantiers. « Par ailleurs, l’application de ces normes repose trop sur les audits réalisés par les entreprises elles-mêmes, ce qui ouvre la porte à des dissimulations », regrette l’ONG.

« Les sponsors de la FIFA, tels qu’Adidas, Coca-Cola et McDonald’s doivent faire pression sur elle et s’occuper de la question des conditions de travail des travailleurs migrants au Qatar », estime par ailleurs Amnesty international. Autres acteurs mis en cause : les entreprises qui opèrent sur la construction du stade Khalifa. « Midmac-Six Construct, dont l’une des sociétés mères est belge, est l’opérateur principal sur le complexe sportif où se situe le stade Khalifa. Ce groupe sous-traite des opérations à d’autres entreprises. Les abus identifiés dans ce rapport ont notamment eu lieu chez des fournisseurs indirects de cette entreprise. »

« Certains des abus ont été corrigés depuis que nous avons alerté les entreprises », relève Amnesty international. Et pour les ouvriers qui se sont entretenus avec l’ONG entre février et mai 2015, la situation s’est améliorée : certains ont été relogés dans de meilleures conditions et ont retrouvé leur passeport. Mais d’autres abus n’ont pas été réglés. « Certaines des plus grandes stars du football mondial joueront probablement bientôt dans des stades construits par des migrants exploités, remarque Salil Shetty. Il est temps que les dirigeants du football dénoncent à voix haute ces abus s’ils ne veulent pas être salis indirectement ». D’autant que les délais se rapprochant, la pression va augmenter, de même que le nombre de travailleurs migrants.

 

- Lire aussi : Coupe du monde : Bouygues et Vinci s’installent au Qatar, un pays qui recourt massivement au travail forcé

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:26

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

La CGT Vinci demande l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

1 avril 2016 | Par Jade Lindgaard
 
 
 

La CGT de Vinci, première organisation syndicale au sein du groupe de BTP, dénonce « la machine infernale » du contrat de concession de l’aéroport, générateur de « dumping social » et fustige un projet né de « rêves mégalomaniaques périmés ».

C’est un apparent contre-pied au discours syndical : la CGT du groupe Vinci, concessionnaire pour la construction et l’exploitation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, réclame l’abandon du projet. Première organisation syndicale au sein du groupe de BTP, elle dénonce « la machine infernale » du partenariat public-privé : « financement opaque, des coûts immédiats sous-estimés, des gains futurs surestimés… et des profits permanents garantis ». Dans un communiqué publié le 21 mars, elle livre une critique virulente et détaillée du contrat de concession emporté en 2010, pour 55 ans, par le géant mondial de la gestion d’infrastructures publiques.

 

PDF - 334.1 ko
Déclaration de la CGT VINCI contre l’aérpoprt de NDDL
 

 

Pourquoi un syndicat de salariés, dédié à la préservation et à la création d’emplois, s’oppose-t-il à un projet générateur d’activités et de recettes pour son entreprise ? « Parce que ce système ne bénéficie pas du tout aux travailleurs ! » explique à Mediapart Francis Lemasson, délégué CGT à Vinci. Dans un partenariat public-privé, les coûts de construction d’un équipement commandé par la puissance publique (autoroute, ligne à grande vitesse, aéroport…) sont assurés par le concessionnaire privé, qui reçoit en retour un loyer durant les années ou les décennies du contrat. Ce système, en vogue depuis le début des années 2000, se révèle très coûteux pour l’État qui se retrouve dans la plupart des cas à payer une facture beaucoup plus élevée que s’il avait gardé la maîtrise de l’exploitation.

Dans son communiqué, la CGT explique que « sur ces projets, Vinci intervient à la fois comme constructeur et comme exploitant concessionnaire sur la base de contrats abusifs ». Concrètement, détaille Francis Lemasson, « Vinci Construction a pour client Vinci Concessions. Pour nous, c’est le pire client. Sur un chantier, il y a toujours des retards. Dans un marché public classique, on négocie alors des “réclamations” avec le client pour finir le contrat avec un délai et des coûts supplémentaires. Mais avec Vinci concession, on se heurte à un véritable mur. Cette négociation est impossible : “C’est ce prix là, et si vous vous êtes trompés dans les estimations, tant pis pour vous !” Quand Vinci signe un PPP, il s’engage sur un prix ferme. Cela produit un transfert de contraintes sur les filiales de Vinci Constructions et sur leurs sous-traitants, qui n’ont d’autres choix que de recourir à l’intérim, aux salariés détachés, aux travailleurs sans papiers, à la sous-traitance en cascade. C’est une machine infernale ». À ses yeux, le chantier de Notre-Dame-des-Landes « condense tous les dysfonctionnements en terme de démocratie locale, expertise indépendante, écologie ».

C‘est pourquoi la CGT considère dans son communiqué – « alors même que nos métiers sont durement touchés par une chute d’activité, elle-même due à la baisse des commandes publiques et aux exigences élevées de rentabilité de nos actionnaires » – que « la multiplication de ces contrats, loin d’être une solution, fait peser une grave menace sur nos emplois, nos salaires et nos conditions de travail » : « dumping social » et surexploitation des ouvriers employés par les entreprises de sous-traitance.

Le syndicat s’inquiète aussi d’un risque de destruction d’emplois en cas d’ouverture d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, par le biais de l’automatisation d’une partie des tâches et du recours à la sous-traitance : « C’est ce que Vinci a mis en place dans les aéroports qu’il a achetés au Portugal », précise Francis Lemasson. Combien d’emplois le groupe compte-t-il créer dans le nouvel aérogare s’il sort un jour de terre ? « C’est un secret d’État », selon le délégué CGT qui indique avoir interrogé le PDG du groupe à ce sujet, Xavier Huillard, sans obtenir de réponses.
 

Le groupe Vinci est divisé en deux branches : concessions (près de 6 milliards d’euros de chiffres d’affaires) et contracting (32,5 milliards de CA), dont les activités de construction. C’est l’équivalent de 2 500 petites entreprises, « un cartel de PME » selon Francis Lemasson, employant en moyenne une vingtaine de salariés. Dans cette structure, les petites équipes spécialisées en BTP se retrouvent sous la pression des concessionnaires, guidés quant à eux par une logique de rentabilité financière. Les PPP ne représentent qu’une minorité des contrats du groupe, mais ils lui rapportent beaucoup, alors que les activités de construction sont ralenties par la crise économique.

« Nous ne sommes ni des mercenaires, ni des esclaves : nous ne voulons pas travailler dans un climat de guerre civile, mais dans les meilleures conditions, avec des droits et des garanties collectives », conclut la CGT Vinci, qui ajoute souhaiter œuvrer à des « projets dont nous puissions être fiers pour leur utilité sociale et sociétale ». À l’inverse, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes provient de « rêves mégalomaniaques périmés ».

Selon Francis Lemasson, dans les filiales de Loire-Atlantique, département du projet, les salariés se sont vu distribuer des brochures provenant Des ailes pour l’Ouest, l’association des défenseurs de l’aéroport. Lors de comités de groupe, la direction de Vinci a demandé aux représentants du personnel de soutenir le projet de nouvel aéroport. Le communiqué de la CGT lui apporte une réponse en forme de cinglant désaveu.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:16

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Mouvement social

Loi travail : le mouvement de contestation s’élargit

par , Nolwenn Weiler

 

 

 

Il était 5h00 à Paris ce vendredi 1er avril quand les derniers manifestants ont quitté la place de la République, évacués par les forces de l’ordre. Occupée toute la nuit à l’appel du collectif Convergence des luttes, la place de la République pourrait être à nouveau investie ce vendredi soir pour une « Nuit debout », inspirée du mouvement des Indignés en Espagne ou du mouvement Occupy aux États-Unis. « Ce qui nous unit, c’est qu’on en a marre de ce système, explique un manifestant à l’hebdomadaire Politis. Nous en avons marre des patrons qui nous exploitent, du système bancaire qui nous saigne jusqu’à la moelle et de ce système qui détruit notre environnement. »

Qu’ils aient veillé ou pas, les manifestants ont défilé partout en France ce jeudi 31 mars malgré la pluie et le froid à de nombreux endroits. Selon les organisateurs, ils étaient plus d’un million, dont 200 000 jeunes dans 250 villes, avec plusieurs milliers d’arrêts de travail, à l’appel de sept syndicats salariés et étudiants (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, FIDL, UNL). Les autorités en ont décomptés moitié moins (environ 400 000). Plus de 200 lycées étaient bloqués selon les syndicats, ainsi que plusieurs universités.

 

En photos : la manifestation du 31 mars à Rennes / © Myriam Thiébaut

 

Des habitants des bassins miniers du Pas-de-Calais, aux travailleurs du BTP en passant par du personnel encadrant les jeunes handicapés, des artistes ou des agronomes : des centaines de métiers étaient représentés. Dans le défilé rennais, une croix blanche barrait le dos ou le bras de manifestants, symbole du mépris que représente selon eux la loi El Khomri. « Non au retour à Germinal, oui à la grève générale », lisait-on sur plusieurs panneaux. «  On ne veut pas se lever le matin en se demandant si on ne va pas se faire virer simplement parce qu’on n’est pas d’accord avec notre patron », lance une jeune lycéenne. « Nous sommes là pour eux, pour nos jeunes », dit Roseline, la soixantaine, indignée par le monde du travail que l’on promet aux générations futures.

 

Une loi « nécessaire et juste » selon le gouvernement

De nombreux retraités étaient eux aussi présents en solidarité. Dans le cortège parisien, des métallos défilaient en soutien aux salariés de Goodyear, récemment condamnés à des peines de prison pour avoir séquestré leur patron. Également visés par la colère des manifestants : les syndicats présentés comme « réformistes », qui s’accommodent du texte de loi proposé par le gouvernement. « Quand le Parti socialiste rétablira l’esclavage, la CFDT négociera le poids des chaînes », ironise une pancarte de la manifestation rennaise.

 

 

Des heurts et violences ont éclaté dans divers endroits, comme Paris, Nantes, Toulouse et Grenoble. À Rennes, les odeurs de lacrymos ont envahi la ville jusqu’au milieu de l’après-midi. Une partie des manifestants souhaitait rallier la place du Parlement, située en plein centre ville. Les forces de l’ordre les en ont empêchés. Après cinq heures d’affrontement, douze personnes ont été interpellées. Plusieurs journalistes ont été victimes de violences, à tel point que Xavier de Bontride, co-président du club de la presse de Bretagne, a publié un communiqué en milieu de journée pour dénoncer ces abus. « Suite aux récentes manifestations, plusieurs confrères font état de violences policières envers des journalistes. Semblent particulièrement visés les journalistes pigistes sans carte de presse qui font souvent l’objet de contrôles d’identité parfois musclés. La violence gratuite constatée à plusieurs reprises sur des journalistes en marge des manifestations notamment à Rennes est inacceptable et doit être fermement condamnée. »

 

 

L’ampleur de la mobilisation n’a pas fait ciller le gouvernement. La ministre du travail a déclaré qu’il était « légitime » que des organisations syndicales utilisent le droit de grève et le droit de manifester. Elle a estimé qu’il était également légitime que la jeunesse « fasse part de son exaspération ». Mais sa loi est « nécessaire et juste », estime-t-elle... Les confédérations syndicales CGT, FO, Solidaires et FSU, ainsi que les organisations étudiantes et lycéennes Unef, FIDL et UNL ont déjà appelé à « amplifier l’action », mardi 5 avril puis samedi 9 avril. Objectif : élargir la mobilisation aux salariés qui n’osent pas débrayer en semaine. Le printemps ne fait que commencer.

 

En photos : la manifestation du 31 mars à Rennes / © Myriam Thiébaut

 

- Voir notre dossier « transformer le travail

 

 

Source : http://www.bastamag.net

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:00

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

A Paris, la première «Nuit debout» tient jusqu'au petit matin

1 avril 2016 | Par christophe Gueugneau
 
 
 

Hier soir place de la République, ils étaient des centaines, jeunes et moins jeunes, pour un rassemblement ludique et studieux à la fois. L’évacuation du site par la police au petit matin ne leur a pas coupé l’envie : un nouveau rendez-vous est donné ce soir à 18 heures.

Et la pluie s’arrêta. Après une journée de défilé parisien sous des trombes d’eau mais fort d'une grosse mobilisation, les quelques courageux qui étaient allés directement au rendez-vous place de la République, pour une première « Nuit Debout », ont finalement été récompensés. D’une petite centaine à 18 heures jeudi soir, la foule a vite grossi, pour atteindre un bon millier – peut-être plus – quelques heures plus tard alors que la pluie avait cessé.

L’idée a germé lors d’une petite réunion le 23 février dernier, autour de journalistes de Fakir, de membres du collectif Les Engraineurs, ou encore du DAL. Une AG de recrutement s’est tenue le 14 mars, soit 5 jours après la première grosse manifestation du 9. Des 200 personnes qui avaient fait le déplacement, une grosse centaine s’est portée volontaire pour organiser ce qui allait devenir la « Nuit Debout » : commission médias, commission matériel, commission communication, etc. Outre Paris, l’événement est prévu également dans certaines villes de province comme Lyon, Caen, Nantes, etc. (voir ici la liste complète où des événements étaient prévus).

Ce jeudi soir à Paris, les commissions semblent avoir fonctionné : une grande bâche est installée pour accueillir une AG permanente à l’abri de la pluie, un camion est équipé pour donner des concerts, un écran géant pour diffuser Merci Patron, le documentaire de François Ruffin, lui-même journaliste à Fakir (nous y reviendrons). Une tente est estampillée « Infirmerie », entourée d’un côté d’une tente du DAL et de l’autre d’une bâche « Paris 8 ». Les organisateurs ont obtenu de la préfecture la possibilité de rester trois jours sur place – ce qui n’a pas empêché la police de procéder à l’évacuation, dans le calme, des lieux vers 5 heures vendredi matin. Un nouveau rendez-vous est d’ores et déjà fixé pour ce soir 18 heures.

Les premières heures de cette « Nuit Debout » sont consacrées à peaufiner l’organisation. Chacun peut prendre le micro et parler deux minutes. Comme c’était le cas lors du mouvement des Indignados espagnols ou du Occupy Wall Street américain, on évite d’applaudir, préférant agiter la main en l’air. « Comment rester ici pendant trois jours et pour y faire quoi ? », interroge un orateur. « Il faut créer des commissions sanitaires, nourriture, etc. », dit un autre. « Il faut que les femmes soient représentées, et déjà qu’elles puissent parler comme les hommes », lance une jeune femme.

 

Jeudi 31 mars, place de la République à Paris © CG Jeudi 31 mars, place de la République à Paris © CG

 

La place se remplit peu à peu, des gens se massent devant le concert en cours. Bientôt interrompu par un discours de l’économiste Frédéric Lordon (filmé par un collègue de Politis et à retrouver intégralement ici). Une courte allocution, parce que, comme il le dit, « il y a des AG, y a des concerts, toutes ces choses se suffisent à elles-mêmes et n’ont besoin de rien d’autre ». « Mine de rien, il est possible que l’on soit en train de faire quelque chose (…) aujourd’hui nous changeons les règles du jeu », ajoute-t-il devant un public conquis. Lordon se félicite de l’émergence d’un « désir politique qui pose et qui affirme ». « Ceux dont on attendait qu’ils revendiquent sagement ne veulent plus revendiquer, ceux qui étaient séparés se réunissent. » De fait, l’économiste semble avoir consacré ces trois derniers jours à réfléchir au moment en cours. Il était déjà intervenu la veille, le 30 mars, à l’AG de Tolbiac (voir la vidéo ci-dessous) et avait écrit un long texte sur son blog du Monde diplo (à lire ici). On l’apercevra quelques minutes plus tard sautillant sur la musique du prochain concert.

 

 

 

Intervention de Frédéric Lordon à l'AG de Tolbiac le 30 mars 2016. © Convergence des Luttes

 

Vers 21 heures, la foule grossit encore. Beaucoup de jeunes mais aussi de moins jeunes. Souvent repassés par chez eux pour changer leurs vêtements détrempés par la manifestation sous la pluie de l’après-midi. Samy est là avec un groupe d’amis. Casquette, sweat à capuche, de la bière plein les yeux, il roule une cigarette en lançant « le salariat c’est foutu, monsieur. Moi, je suis chômeur parce que je ne veux plus prendre le fric des autres »

 

« Ça me rappelle énormément ce qui s’était passé en Espagne en 2011 »

 

Sur la scène, HK et les Saltimbanks jouent devant un public survolté. « Vous savez, il y a un truc qui nous tient tous à cœur ici, c’est la convergence des luttes », lance le chanteur sous les applaudissements.

Il est 23 heures à présent, de l’autre côté de la place, un organisateur se tient devant un écran géant. Il propose de couper l’AG pour diffuser le film Merci patron« mais bon, je ne veux pas vous couper, c’est super important qu’on discute, et on ne sait pas encore ce que ça va donner mais on est là et bien là ». L’AG est déplacée pour laisser place au documentaire de François Ruffin sur une famille du Nord licenciée par une filiale de LVMH qui finit par gagner son combat contre son ancien patron, Bernard Arnault (Mediapart en avait parlé entre autres ici, et ). La séance improvisée fait vite le plein, des gens s’assoient à même le sol, d’autres restent debout, tous sont attentifs et réagissent. Ainsi la famille Klur est très applaudie dès sa première apparition, tandis que Bernard Arnault, François Hollande ou même François Chérèque, l’ancien patron de la CFDT, sont copieusement sifflés.

 

Pendant la diffusion de Merci Patron © CG Pendant la diffusion de Merci Patron © CG

 

Lisa suit le documentaire de loin en loin, discutant aussi avec deux camarades. Éducatrice, elle est au chômage depuis 8 mois, et a déjà vu le film. « Il montre ce qu’on ne voit pas forcément, il fait prendre conscience de la merditude des choses comme dirait l’autre. » Elle ne sait pas si elle va passer la nuit complète ici, et pour tout dire cela semble compromis étant donné qu’elle n’a ni tente ni même couverture. Sur l’échiquier politique, elle « ne sait plus en quel parti croire » et vote Verts par défaut au premier tour, et pour le candidat « qui l’énerve le moins au second »« Je rêve d’une révolution », dit-elle dans un sourire.

À la fin du film, les gens reprennent en chœur « Merci patron », la chanson des Charlots. François Ruffin prend le micro, refait, il le confesse lui-même, le même speech qu’il tient à toutes les projections. Il ajoute : « C’est émouvant de voir son film repris comme un outil de lutte. À la fin, Bernard Arnault dit : “J’espère que les révolutionnaires se calmeront l’année prochaine”, eh bien, moi, j’espère que non. »

Ailleurs sur la place, des petits malins sont allés acheter des bières en grande quantité et tentent de les vendre, mais à 4 euros la canette, la foule ne se bouscule pas vraiment. D’autant que chacun est venu bien pourvu, en bouteilles de bière comme de vin. Il est plus d’une heure du matin et la place reste motivée. Une fanfare a attiré les danseurs, pendant que l’AG se poursuit. Sophie Tissier, l’intermittente qui vient tout juste de gagner en appel son combat contre la chaîne Direct 8 (lire sa tribune sur Mediapart), intervient à son tour pour témoigner de ce qu’il est « possible de gagner aussi parfois ». Un autre intervenant propose une organisation pour tenir les trois jours, « d’ailleurs une caisse a circulé, j’aimerais bien savoir où elle se trouve à présent ».

Il est deux heures. Nino et Olivier d’ENS Cachan, et Justine, d’Ulm, ne vont pas tarder à rentrer chez eux. « À Cachan, c’est vrai qu’on n’est pas très nombreux, mais il y a quand même des AG », dit Nino. « Écrivez bien aussi qu’on va organiser là-bas une diffusion de Merci Patron mercredi prochain, ça va faire venir du monde », ajoute Olivier. Des volontaires circulent avec des sacs-poubelle pour ramasser bouteilles et gobelet. 

 

Un brasero à proximité de la tente de Paris 8 © CG Un brasero à proximité de la tente de Paris 8 © CG

 

Dans l’AG, un Espagnol d’environ 30 ans intervient : « Ça me rappelle énormément ce qui s’était passé en Espagne en 2011. » Fort de cette expérience, il se permet quelques conseils : « Il faut commencer tout de suite à réfléchir à comment structurer le mouvement ici, il faut faire des commissions avec un petit nombre de personnes dans chacune d’elles. » Un autre lance : « Il faut se sortir les doigts du cul. » Depuis l’assistance, quelqu’un crie : « Faudrait peut-être aussi laisser parler des filles. » Une femme de 40 ans environ prend la parole, elle aussi est espagnole : « La première chose qui manque, c’est des toilettes sèches ! »

Il est près de 5 heures, ne reste qu’une cinquantaine de personnes qui quittent sans heurts la place à la demande de la police. Rendez-vous est d’ores et déjà donné ce soir à 18 heures, même endroit, même principe. Le DAL et le CIP (coordination des intermittents et précaires) annoncent leur présence, de même que les étudiants de Paris 1 et Paris 4. Sur Twitter, certains ne manquent pas de rappeler que les indignés qui occupaient des places en Espagne étaient systématiquement évacués au début, mais qu’ils revenaient chaque fois plus nombreux. 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 14:24

 

 

 

https://webmail.laposte.net/service/home/~/?auth=co&loc=fr&id=27720&part=2

 

https://webmail.laposte.net/service/home/~/?auth=co&loc=fr&id=27720&part=3

 

...rien que pour monter une tente une place sur une pelouse ça a été tout un bordel, une affaire d’État apparemment vu le nombre de keuf en civils qui nous ont entourés en 2 mn à peine.

Heureusement une "Quechua" ça se monte vite et puis ça se déplace facile, pas trop besoin d'écouter ce que ces types nous disaient (verbotten !  je crois...). Pas sur la pelouse? Bon, OK m'sieur l'agent...on est allé se réfugier contre les grilles de la Préfecture et là, miracle, ils nous ont laissé tranquille, protégés par l'incantation magique que vous pouvez lire sur une des photos ci jointes.
On a fait un p'tit rassemblement informe d'une soixantaine de personnes qui sont parties une à une, aut' chose d'urgent à faire probablement. Puis la banderolle magique est partie aussi, pour pas en recevoir l'ordre nous a t-on dit, comme si l'ordre n'était pas implicite dès le début de l'affaire et que dans ces cas là il vaut pas mieux faire l'andouille et attendre qu'on nous le réitère, explicitement!

Finalement on est resté à une p'tite dizaine, puis juste 6 entourés d'une bonne cinquantaine de flic de tous corps (Bac, Gendarmerie, municipale etc...). Beaucoup étaient en civil, avec auto collant de la CGT même...mais ils se sont tous dévoilés bêtement quand ça a été l'heure du repas: ils ont tous reçus la bouteille d'eau et le sandwich règlementaire...c'est que ça mange ces grosses bêtes...prochaine manif à l'heure du repas svp, pour savoir qui est qui.
On a bien rigolé  autour de la "Quechua une place" sous les regards attendris de ces zélés fonctionnaires à qui nous faisions gagner des heures supplémentaires (bientôt majorées par "accord d'entreprise" à 10% seulement?), jusque vers 21 h, heure à laquelle ces messieurs des RG sont venus nous dire que tout rassemblement non déclarés de plus de deux personnes était interdit par ordre express du ministère, État d'Urgence, circulez...On était trop nombreux, vous le croyez ça !

Le ministère et son si gentil ministre qu'a jamais donné des ordres d'extrême fermeté (et surtout pas, non, non, non à Sivens, Tarn), c'est çui là même qu'à commandé tantôt de quoi nous tirer dessus 350 flash ball par jour, (115 000 unités par an pendant 4 ans), juste pour vous dire de quelle manière ils comptent s'occuper de la jeunesse, priorité du quinquennat ! (en temps "normal" la consommation de FB est de 3000 par an, y compris les années "Sivens"...). Je sais pas par quel adjectif les agences de com' vont qualifier le prochain Prez mais "normal", non, on en veut plus des "normaux" . Et d'ailleurs, des Prez, on n'en veut plus du tout ! (c'est comme pour les Berger). On dirait qu'ils sont tout exprès sélectionnés psychopathes, effet probable du suffrage universel-ment manipulé.

En principe, partout en France, les rassemblements "Nuit Debout" on été aussi aimablement priés de décamper par la "promotion Voltaire", on attend des nouvelles de ceusse qui auraient eu la chance de rassembler un peu plus de monde ou de ceusse avec qui "on" aurait été moins aimable ou qui l'aurait été moins que nous quand "on" les as empêchés d'exercer leur droit à manifester leurs opinions (çui qui s'use quand on s'en sert pas...).

La manif de la journée était une grosse manif, ça c'est le point positif. Pour être complet, l'Intersyndicale de Nîmes (CGT, Sud-Solidaire, CNT...) est allé faire chier Vinci, péage gratuit à Nîmes ouest ce matin et les lycéens sont allés bloquer les voies à la gare après la manif. Ça bouge! C'est bien!

Re belote le 5.04, Indigné-e-s, debout ! Vive la Sociale!

 

                                                                                             https://webmail.laposte.net/service/home/~/?auth=co&loc=fr&id=28200&part=2

 

 

 

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Source : http://www.objectifgard.com

 

 

GARD Loi El Khomri : la mobilisation s’intensifie

10 000 personnes ont manifesté à Nîmes selon les organisations syndicales. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

10 000 personnes ont manifesté à Nîmes selon les organisations syndicales. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Syndicats, étudiants, travailleurs, chômeurs... : ils étaient des milliers ce jeudi dans le Gard à descendre dans la rue pour protester contre le projet de loi de la ministre du travail Myriam El Khomri.

À Alès, ce matin, des manifestants par centaines se sont massés petit à petit devant la sous-préfecture avant de défiler, en musique, dans les rues du centre-ville. En tête de cortège, des lycéens survoltés brandissant des banderoles du type "El Khomri, quelle connerie !". Toutes les générations et tous les profils étaient mêlés, des jeunes aux retraités en passant par des actifs et des personnes en recherche d'emploi. Leur point commun : un rejet pur et simple du projet de loi destiné à réformer le droit du travail.

"Ce soir, le gouvernement a deux options : retirer ce projet de loi ou affronter la grève générale ! Car s'ils ne veulent rien entendre, nous avons les moyens de bloquer le pays !", crie Dany Bertrand pour Force Ouvrière. Pour les syndicats, il n'y aucune négociation possible. "Cette loi va faire régresser le progrès social, va nous faire retourner au temps de l'esclavage", lance Bernard Coste, secrétaire de l'union locale CGT d'Alès. "Elle est faite pour faire plaisir au Medef et aux actionnaires. Le peuple crève et eux s'engraissent", poursuit-il. Au plus fort de la manifestation, 2 000 personnes ont défilé dans la rue selon la police, dont 300 lycéens, contre 3 500 manifestants selon la CGT.

 

Les manifestants devant la mairie d'Alès. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard

Les manifestants devant la mairie d'Alès. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard

 

Du côté de Nîmes, la mobilisation était plus importante encore. Selon les organisations syndicales présentes (CGT, FO, Solidaire, FSU, CNT), pas moins de 10 000 personnes ont défilées dans le cortège parti de la Maison Carré jusqu'au Jean Jaurès, avant de prendre la direction de la rue de la République et pour finir devant la Préfecture. "Dans tous les cas, c'est certainement la plus grosses manifestations depuis celle des retraites" s'est réjouit Vincent Bouget, secrétaire départemental du PCF qui ajoute : "Cette manifestation fait office de point de départ plus que d'un point d'arrivé."

Car si la mobilisation a été intense au niveau nationale, d'autres journées d'actions sont d'ores et déjà prévues dont le 5 avril, et une grande manifestation le samedi 9. Outre Alès et Nîmes, 500 personnes auraient manifestés à Uzès et Bagnols sur Cèze, toujours selon les organisations syndicales.

 

10 000 personnes ont manifesté à Nîmes selon les organisations syndicales. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

10 000 personnes ont manifesté à Nîmes selon les organisations syndicales. (photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

 

 

Source : http://www.objectifgard.com

 

 

 

Autre photos ici

 

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Portfolio

Notre 31 mars nîmois !

 

 

 

 

Grande réussite à Nîmes aujourd'hui ! Après quelques blocages dans les lycées de la ville, les lycéens ont marché ensemble le matin, avant de rejoindre la manifestation interprofessionnelle prévue dans l'après-midi. 10000 personnes ont ainsi défilé à Nîmes, grand succès qui montre qu'ici aussi le mouvement s'amplifie. Petit aperçu de la mobilisation.
  1. Formation du cortège avec des lycéens venus principalement des lycées Dhuoda, Hemingway et Daudet. 

  2. Devant le lycée Alphonse Daudet à 10h, il y a du monde. 

  3. Après une semaine d'intense préparation et communication, entre 500 et 1000 lycéens sont venus manifester, ici devant les arènes. 

  4. La pause de midi, au cours de laquelle les militants servent à manger, permet d'échanger sur les motivations de la manifestation. Pour Thomas, "c'est une question de principes. Cette loi va faire bosser plus en gagnant moins". Quant à Hugo, il est aussi présent "à cause d'un système à la tête de l'Etat qui met en place des réformes ultralibérales tout en se disant socialiste, et qui attaque toujours plus les plus faibles et notamment la jeunesse". Les lycéens se sentent concernés et répondent présent ! 

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  7. Quai de la Fontaine, le cortège inter-syndical se forme : il est très dense, composé de lycéens, de travailleurs et de retraités. 

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  11. Avenue Jean Jaurès, on marche en direction de la préfecture du Gard. 

     

     

     

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Source : https://blogs.mediapart.fr/clement-luy

 

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 18:41

 

Source : http://blog.mondediplo.net/2016-03-29-Nous-ne-revendiquons-rien

 

 

 

Nous ne revendiquons rien

par Frédéric Lordon, 29 mars 2016
 
 
 
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Au point où nous en sommes, il faut être épais pour ne pas voir qu’il en va dans les mouvements sociaux actuels de bien plus qu’une loi et ses barèmes d’indemnités. Mais l’épaisseur, en tout cas en ce sens, c’est bien ce qui manque le moins à ceux qui nous gouvernent et à leurs commentateurs embarqués. Aussi tout ce petit monde continue-t-il de s’agiter comme un théâtre d’ombres, et à jouer une comédie chaque jour plus absurde, les uns affairés à peser au trébuchet leurs concessions cosmétiques, les autres leurs gains dérisoires, les troisièmes à faire l’éloge du raisonnable ou à préparer gravement « la primaire ». Et tous se demandent quelle est la meilleure couleur pour repeindre la clôture du jardinet qu’ils continuent d’entretenir sur les flancs du volcan déjà secoué de grondements.

Lire aussi Sophie Béroud, « Imposture de la démocratie d’entreprise », Le Monde diplomatique, avril 2016. Par un paradoxe caractéristique des époques finissantes, ce sont les seigneurs du moment qui accélèrent eux-mêmes le processus de la décomposition, dont on reconnaît les étapes aux seuils de corruption du langage enfoncés l’un après l’autre. On a pour habitude en cette matière de faire d’Orwell une référence. Mais Orwell était un petit joueur qui manquait d’imagination. Soyons juste : il n’était pas complètement sans talent, il a d’ailleurs fallu attendre un moment pour que son clou lui soit rivé. Enfin c’est fait. Et c’est Bruno Le Roux, président du groupe « socialiste » à l’Assemblée, qui s’est chargé de lui enseigner à quels sommets on peut emmener le prodige du renversement des mots : « il faut que le CDI ne soit pas une prison pour le chef d’entreprise (1». Il faut admettre qu’on peine à faire le tour d’un trait de génie pareil et qu’il faut être bien accroché pour ne pas céder complètement au vertige. Ceux qui s’en souviennent penseront également à cet extrait des Nouveaux chiens de garde (2) où Bénédicte Tassart (RTL), croyant vitupérer les séquestrations de patrons, s’exclamait qu’il « est inadmissible de retenir des personnes contre leur volonté dans des bureaux », manifestement sans se rendre compte qu’elle livrait par-là même un point de vue éditorial aiguisé sur le rapport salarial (sans doute limité au secteur tertiaire mais aisément généralisable). La malheureuse cependant était tout à fait innocente. Les évocations carcérales de Bruno Le Roux sont bien mieux pesées. Tellement bien d’ailleurs qu’elles donnent considérablement à penser — quoique peut-être hors de ses intentions de départ.

Il se pourrait en effet que tout ce qui se passe en ce moment se joue précisément autour de la connexion, puissamment mise en évidence par Bruno Le Roux, du contrat salarial et de la prison. Qui se trouve enfermé vraiment, c’est bien sûr là le point de controverse résiduel, auquel par bonheur ne s’arrêtent pas trop longtemps tous ceux qui, bombes de peinture à la main, réélaborent pour leur propre compte, et de manière assez vigoureuse, la grande intuition rouquinienne.

 

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Loi travail : des étudiants s’expriment sur la « jeunesse » du mouvement
Source : lundi.am
 
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À franchement parler, le travail ne nous intéresse pas
Source : lundi.am

Et pas seulement celle-là. Car c’est décidément un gouvernement qui ne manque pas de philosophes et s’y entend dans l’art de donner à penser. On se souvient d’Emmanuel Macron méditant sur les fins dernières et qui suggérait qu’« il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires ». Passer à l’article indéfini pour lui faire dire qu’il faudrait que « les jeunes aient envie de devenir milliardaires » serait-il faire violence à une pensée que, visiblement, seule la crainte de réactions arriérées retient de la conséquence ? De l’un à l’autre en tout cas — de Le Roux à Macron — et quoique par des voies différentes, c’est bien une idée générale de l’existence qui nous est proposée.

Lire aussi Vanessa Pinto, « Deux jeunesses face à la “loi travail », Le Monde diplomatique, avril 2016. Il y a là une invitation et il faut y être sensible. Prenons donc les choses au niveau même de généralité où elles nous sont soumises — le seul moyen de leur apporter une réponse adéquate. Disons avec honnêteté que celle-ci a pris du temps à murir. Il est vrai que tant la brutalité de l’assaut néolibéral que l’effondrement de l’« alternative communiste » n’étaient pas propices à reprendre rapidement ses esprits. Cependant trois décennies d’expérimentation soutenue en vraie grandeur ne pouvaient pas ne pas produire quelques aperceptions. Le travail du réel fait son chemin, et il le fait d’autant mieux que se développent les lieux de mise en commun (au tout premier chef le site #OnVautMieuxQueCa), où les gens découvrent que ce qu’ils vivaient chacun par devers soi est en fait très largement partagé.

Et puis, mais il faut en savoir gré à ce gouvernement dont les stimulations à penser n’ont jamais cessé, ladite « loi travail » vient là, comme une sorte d’apothéose, qui aide considérablement à ce que s’opèrent les dernières clarifications. L’idée de la vie que ces personnes nous offrent nous apparaît maintenant avec une grande netteté. C’est pourquoi, désormais en toute connaissance de cause, et y ayant bien réfléchi, nous pouvons leur répondre que non. Soulignons-le à l’usage des mal-entendants, qui se sont toujours comptés en grand nombre du côté du manche : c’est de cela qu’il est question aujourd’hui. Pas de CDD télescopiques, de comptes rechargeables, ou de barèmes à mollette : de cela, une idée de l’existence.

On peut convaincre avec des principes, on le peut encore mieux avec des images. Pour qui n’aurait pas encore les idées bien fixées quant au type de monde que la philosophie gouvernementale désire pour nous — en tous les sens de l’expression : à notre place et pour nous l’imposer —, il suffirait de regarder une ou deux choses dont le pouvoir d’éloquence posera un rude défi à la pédagogie ministérielle. Il y a bien sûr, mais tout le monde les a vues, ces images d’une controverse entre trois policiers et un lycéen parisien surarmé, celles également d’un retour des CRS sur les bancs de la faculté de Tolbiac, qui font entendre une résonance particulière des propos de François Hollande en 2012 — « Je veux redonner espoir aux nouvelles générations » — ou bien plus récemment de Najat Vallaud-Belkacem (24 mars 2016) — « Education : ce que nous faisons pour la jeunesse ». A moins qu’il ne s’agisse en fait de leur note tout à fait juste.

 

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Petit collage aimablement proposé par le compte Twitter @vivelefeu de Sébastien Fontenelle.
 

La réalité de l’ordre social se trouve pourtant autrement mieux figurée dans deux vidéos dont la première, de pur témoignage, a été faite par Fakir et laisse Henri (son nom n’est pas donné) raconter comment, employé d’un sous-traitant, il s’est trouvé dénoncé par Renault où il intervenait pour avoir, depuis sa messagerie personnelle, fait la promotion du film Merci patron ! auprès des syndicats du Technocentre… Dénoncé et puis, il va sans dire, interdit d’accès au site… et maintenant en procédure de licenciement auprès de son propre employeur. Plus confondante encore, cette scène filmée au bureau de Poste d’Asnières, lors d’une réunion syndicale à laquelle des étudiants sont venus participer pour informer de leur mobilisation… tous se retrouvant face à des policiers armés de flashball, semble-t-il appelés par la direction, et que seule la cohésion du groupe, emmené par une grande gueule de Sud PTT, armée de ce qu’il reste de droits syndicaux, permet de refouler.

Et c’est peut-être celle-là la scène canonique, celle qui dit tout : la hantise du pouvoir — la réunion des étudiants et des salariés ; la surveillance en dernière instance policière du salariat rétif, c’est-à-dire la fusion de l’Etat et du capital, paradoxalement — ou à plus forte raison — quand il s’agit du capital public ; l’alternative radicale de la soumission ou de la lutte collective. Il est bien certain qu’avec de pareils spectacles la clarté de l’entendement reçoit un puissant renfort de l’imagination. Une fameuse poussée des affects aussi. Et voici ce que cette belle propulsion nous permet de leur dire : comprenez bien que nous ne revendiquons rien. Entendez qu’après quelques décennies à faire, vous et vos semblables, la démonstration de vos talents et de votre hauteur de vue, l’idée de négocier quoi que ce soit avec vous nous apparaît absolument sans objet. C’est que « revendiquer » n’a de sens que dans un certain cadre qu’on reconnaît par-là implicitement comme légitime, et tautologiquement comme hors du champ de la revendication elle-même — puisqu’il en est le cadre… Or, vient fatalement un moment où, à force de combats dérisoires pour des miettes, et même en l’occurrence pour simplement résister à la diminution des miettes, l’impensé du cadre revient à la pensée. Non plus comme objet de « revendication » mais comme objet de renversement.

Lire aussi Serge Halimi, « Le temps des colères », Le Monde diplomatique, mars 2016. Certes, nous le savons, pour continuer d’entretenir l’illusion, vous pouvez compter sur le syndicalisme du bouton d’or, celui qui voit des « ambitions de progrès (3» au fond des plus notoires régressions, et dont la science héraldique a maintenant établi aussi bien les armoiries — « de serpillière sur balais de pont croisés » — que l’éternelle devise : « Affalé toujours déjà ». Contre un certain syndicalisme couché, ce qui naît en ce moment serait plutôt de l’ordre du mouvement debout. Comme on sait, le mouvement, entendu en ce sens, commence par le rassemblement. Des gens ont opiné que simplement manifester une fois de plus sur des trajets convenus, c’est-à-dire « revendiquer », ne serait plus suffisant. En conséquence de quoi, ils ne rentreront pas chez eux et se retrouveront quelque part pour commencer quelque chose de tout autre. Nuit Debout (4), est le nom de cette initiative, et son exposé des motifs, décalqué à même le message du film Merci patron ! dit assez son nouveau rapport au « cadre » : « leur faire peur »… Nous rassembler, ne pas rentrer, ne pas revendiquer : concentré d’inquiétante étrangeté en effet pour les administrateurs de cadre.

Et c’est vrai que, même si nous ne connaissons pas encore bien notre force, ce qui ne fait peut-être que commencer ici a tout du cauchemar pour l’Etat, qui voit ses grand-peurs s’aligner dans une conjoncture astrale du pire : la hantise de la convergence, l’abandon « en face » de la revendication, son remplacement par des affirmations.

Il se pourrait en effet que nous soyons sur le point de vivre un de ces moments bénis de l’histoire ou des groupes ordinairement séparés redécouvrent ce qu’ils ont de profondément en commun, ce commun massif institué par le capitalisme même : la condition salariale. Salariés maltraités d’aujourd’hui, lycéens et étudiants, maltraités de demain, précarisés de toutes sortes, mais aussi toutes les autres victimes indirectes de la logique générale du capital : objecteurs aux projets d’aménagement absurdes, mal-logés, sans-papiers corvéables à merci, etc.

Mais que peut faire un ministre, ou son directeur de cabinet, de tous ces gens qui en ont soupé de revendiquer ? Rien, absolument rien, ils le savent d’ailleurs, et c’est bien ce qui leur fait peur. C’est que, quand ils abandonnent le registre infantile de la revendication, les gens retrouvent aussitôt le goût du déploiement affirmatif — effroi de l’Etat qui s’est réservé le monopole de l’affirmation. Pour son malheur, la loi El Khomri aura peut-être été l’abus de trop, celui qui fait passer un point de scandale et produit dans l’esprit des gens un remaniement complet de la vision des choses, des places et des rôles. Nous n’avons aucune intention de nous battre pour des codicilles : nous voulons affirmer de nouvelles formes de l’activité et de la politique (5).

Lire aussi Frédéric Lordon, « Pour la république sociale », Le Monde diplomatique, mars 2016. Il faut entendre le poignant appel de Michel Wieviorka à « sauver la gauche de gouvernement (6» pour mesurer le degré d’inclusion des desservants intellectuels du « cadre », et par suite leur incompréhension radicale, fussent-ils sociologues, de ce qui se passe dans la société. Dans une tentative de redéfinition performative des catégories politiques qui dit tout de la glissade à droite de ce personnel d’accompagnement (à la suite de leurs maîtres auxquels il s’agit de toujours bien coller), Wieviorka fait désormais représenter « la gauche de la gauche » par… Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ! Manière d’indiquer où se situent à ses yeux les bords du monde fini — car par définition, à gauche de la gauche de la gauche… il n’y a plus rien. Ou plutôt si : il y a les fous. « La gauche folle », c’est l’expression préférée de tous les éberlués de gauche passés à droite qui n’en reviennent pas qu’on puisse ne pas se rendre à la simple raison qui donne à choisir entre « la gauche libérale-martiale de Manuel Valls » (sic), « la gauche sociale-libérale d’Emmanuel Macron », et donc « la gauche de la gauche, de Benoît Hamon à Arnaud Montebourg ». Et qui s’efforcent sans cesse, repliés dans leur peau de chagrin, de ramener toujours plus près d’eux le commencement du domaine de la folie. Alors il faut le dire à Wieviorka et à tous ses semblables, Olivennes (7), Joffrin, etc. : c’est vrai, nous sommes complètement fous. Et nous arrivons.

Frédéric Lordon

 

 

 

 

 

(1) LCP, 10 mars 2016.

(2) Les nouveaux chiens de garde, film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, Epicentre films éditions, 2011.

(3) Laurent Berger, « La loi Travail “peut répondre à une ambition de progrès” », L’Obs, 24 mars 2016.

(4) Voir également sur le site Convergence des luttes.

(5) Voir « Pour la république sociale », Le Monde Diplomatique, mars 2016.

(6) Michel Wieviorka, « Il faut sauver la gauche de gouvernement », entretien, L’Obs, 27 mars 2016.

(7) Denis Olivennes, La maladie de la gauche folle, Plon, 2000.

 

 

 

Source : http://blog.mondediplo.net/2016-03-29-Nous-ne-revendiquons-rien

 

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 14:41

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Carlos Tavares

Augmentation de ses dirigeants : comment PSA a profité de l’Etat avant de piétiner ses consignes

Après avoir profité, pour redresser ses comptes, de la garantie de l’Etat en échange de laquelle il avait accepté de ne plus verser de salaire variable à ses dirigeants, le groupe automobile PSA Peugeot Citroën s’est trouvé un autre partenaire et s’assoit désormais allègrement sur les demandes de son actionnaire minoritaire.
 
Carlos Tavares (à droite), peut remercier l'Etat, qui l'a bien aidé à redresser PSA… - Sipa
 
 

Oui, la rémunération de Carlos Tavares double, mais cela faisait plusieurs années que les dirigeants du groupe avaient renoncé à leur part variable !La communication de la direction de PSA Peugeot Citroën, au téléphone ce mardi 29 mars, est sacrificielle : ce ne serait qu’après des années de pain sec que le Conseil de surveillance du groupe (l’instance qui décide sa politique de rémunération) aurait décidé, cette année, d’augmenter ses dirigeants.

Si les dirigeants du Directoire se sont astreints à ne pas se verser de part variable de 2011 à 2013, ce n'est toutefois pas par pur sens du devoir mais tout simplement parce qu’ils y étaient obligés. D’abord, par le fait que ces rémunérations sont tout de même soumises à une obligation d’objectifs, qu’ils n’avaient pas atteints durant ces années noires pour le groupe. Puis par… l’Etat lui-même. Des consignes que l'industriel s'empressera de piétiner dès qu'il en aura l'occasion.

L’Etat garant impose des contreparties

Le 29 décembre 2012, le Parlement français a en effet voté, sous l’impulsion d’un Bercy alors dirigé par Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici, un coup de pouce que l’on peut résumer ainsi : PSA, en difficultés financières, avait besoin de lever des fonds sur les marchés mais ne pouvait le faire qu’à des prix prohibitifs, du fait justement de sa mauvaise situation ; l’Etat s’en est donc porté garant pour la période 2013-2016, à hauteur de 7 milliards d’euros. Or, l’une des contreparties exigées par le gouvernement était que “l’octroi d’une part variable aux membres du Directoire suppose l’autorisation préalable de l’Etat, et ce pendant la durée de la garantie”. Dans les faits, Bercy venait de s’octroyer un droit de veto sur une partie de la rémunération des dirigeants du constructeur automobile.

Mais à peine un an plus tard, surprise : voilà que la rémunération variable refait son apparition dans les comptes 2014 de PSA ! Que s’est-il passé ? Eh bien, PSA a tout simplement trouvé cette année-là un autre partenaire (Santander), qui lui permet désormais de pénétrer les marchés sans réclamer la garantie de l’Etat. L’accord avec ce dernier est donc renégocié, et prévoit désormais que le gouvernement ne puisse plus appliquer son droit de regard qu’”en cas de non-atteinte de certains ratios de solvabilité et de liquidité”. Le veto a fait long feu.

 

L’Etat actionnaire vote dans le vide

Et le moins que l’on puisse dire c’est que, surfant sur le redressement de ses finances, PSA n’aura pas traîné à en faire profiter ses dirigeants. N’ayant plus son encombrant garant sur le dos, le groupe peut s’adonner à nouveau joyeusement à ses bonnes vieilles pratiques. Dès 2014, Carlos Tavares bénéficie ainsi d’1,6 million d’euros brut de rémunération variable qui, s’ajoutant à son salaire fixe, lui garantit un total de 2,75 millions d’euros. Pour 2015, les objectifs du groupe ayant été dépassés, c’est le jackpot : le président du directoire atteint le plafond de rémunération variable que lui autorisent les statuts de PSA (+150%), plus 130.000 actions qui valent 2 millions d’euros. Sa rémunération a donc doublé en un an (pour atteindre 5,24 millions d’euros).

 

 

Entre-temps, l’Etat est pourtant devenu actionnaire du groupe. Or, le gouvernement avait fait savoir en 2013 aux entreprises dont il est actionnaire minoritaire qu'il se prononcerait pour une baisse de 30% de la rémunération de leurs dirigeants. Mais justement, il n'est que minoritaire : avec 14% de participation, il ne dispose que de deux membres au conseil de surveillance de PSA, ce qui ne lui donne pas, loin s’en faut, de droit de veto. Michel Sapin a donc eu beau assurer, ce mardi matin sur France Inter, que ses représentants avaient voté “contre” cette décision “dommageable”, il sait que ces paroles sont sans effet.

De son côté, le délégué syndical central CGT du groupe, Jean-Pierre Mercier, ne veut pas entendre cet argument de l'impuissance, comme il s'en explique aurpès de Marianne : “A partir du moment où l’Etat tient les cordons de la bourse, à travers ses garanties ou à travers des dispositifs d’aide comme le CICE, il a les moyens de s’imposer. Il vote contre mais tout en sachant que ça ne sert à rien et quand il a les leviers pour s’imposer, il ne le fait pas !Or, si la direction a pu se dédouaner facilement de toute obligation de se serrer la ceinture, le syndicaliste craint que les salariés subissent encore, très bientôt, un sort inverse : “L’actuel plan destiné à améliorer la compétitivité du groupe, en demandant notamment des efforts aux salariés, devait courir jusqu’en décembre. Mais PSA a décidé de le renégocier dès la fin avril, ce qui n’augure rien de bon pour les salariés qui pourraient se voir demander de nouveaux sacrifices…”

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 14:25

 

Source : http://www.sciencesetavenir.fr

 

 

L’eau d’une station d’épuration manipulée par des hackers

Arnaud Devillard

 

 

L’opérateur de télécommunications américain Verizon révèle dans un rapport une cyberattaque ayant touché à la composition et à la distribution d’eau potable d'une station. Le système informatique était perclus de failles.

 

Krautergersheim, première station d'épuration française recyclant du jus de choucroute. G. Varela/20 minutes/SIPAKrautergersheim, première station d'épuration française recyclant du jus de choucroute. G. Varela/20 minutes/SIPA
 
 
KEMURI. Le bilan dressé par l'opérateur américain Verizon publié en mars 2016 et consacré aux fuites de données a de quoi faire frémir. Il recense pas moins de cinq cents incidents de cybersécurité dans quarante pays en 2015 (le rapport en anglais ici). Parmi eux, l'un attire tout particulièrement l'attention : il concerne  la Kemuri Water Company (KWC), une station d’épuration bien réelle mais dont le nom a été changé et le pays d'implantation non divulgué pour éviter de la compromettre. Et pour cause ! Verizon relate la façon dont des hackers ont réussi, très facilement, à manipuler la composition chimique de l’eau qui est redistribuée aux habitants après traitement ! Le tout, sans même en avoir eu l’intention au départ...

L'affaire a été révélée lorsque la société a décidé de faire appel aux équipes chargées du cyber-risque de Verizon pour renforcer son système d’information afin d’anticiper tout problème éventuel. Or, une fois sur place, les experts ont constaté avec stupeur que la station d’épuration était déjà la proie de pirates informatique depuis deux mois ! Et que ses responsables s'en doutaient... Des mouvements suspects de valves et de tuyauteries avaient été remarqués. Beaucoup plus grave ! Les gestionnaires avaient constaté des modifications inexpliquées de dosage dans les produits injectés dans l’eau pour la rendre portable. Sans conséquence désastreuse heureusement...

 

AS/400. « Pour tout dire, KWC était un candidat tout trouvé pour une fuite de données. Son interface Internet présentait plusieurs failles à haut risque dont on sait qu’elles sont souvent exploitées» mentionne le rapport de Verizon. Et son système opérationnel, qui commande les applications industrielles (traitement des eaux, gestion du débit), reposait quant à lui sur une infrastructure informatique vieille de plusieurs dizaines d’années.

En outre, de nombreuses fonctions de ce système cohabitaient avec des applications « business » de l’entreprise sur un même et unique serveur, un AS/400 d'IBM, ordinateur commercialisé en… juin 1988. En clair, si des hackers pénétraient le système, ils pouvaient sans peine passer du contrôle du traitement des eaux aux informations financières et aux données de facturation de la compagnie. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

 

L'opérateur liste une série de failles assez confondantes

Au cours de son enquête, Verizon s’est rendu compte que des adresses IP de hackers déjà rencontrées dans trois autres affaires s’étaient connectées au système de paiement en ligne de la KWC, cette interface permettant aux clients d’accéder à leur compte à distance (depuis un ordinateur, un mobile) ; c’est a priori par cette voie que les hackers sont passés, comme d'autres l'ont fait lors du piratage en octobre 2015 de l’hydrolienne Sabella.

2,5 MILLIONS. L’opérateur liste ensuite une série de failles confondantes : l’accès aux données clients n’était protégé que par un login/mot de passe, sans double authentification ;  une "connexion directe par câble" existait entre l’application de paiement en ligne et l’AS/400, ce dernier ayant un accès ouvert à Internet, avec une adresse IP et des données d’identification administrative disponibles sur le serveur web de paiement, écrites en clair dans un fichier ! Au final, les pirates ont pu sortir du système 2,5 millions de dossiers clients avec leurs données de paiement. Pour l’heure, il semble qu'ils n'en aient pas fait usage.

 

ALERTE. Mais le plus grave restait à venir. Une fois à l’intérieur du réseau, les pirates se sont en effet rendus compte qu’ils pouvaient accéder aux fonctions opérationnelles.En se servant des données d’identification administrative, ils ont ainsi pu intervenir sur des fonctions clés :  le débit de l’eau potable, son traitement chimique et le temps de remplissage des réserves. A priori - et c'est une chance - les hackers ne semblent pas avoir eu l'intention de nuire et ne poursuivaient pas un but précis, mais les autorités frémissent à l'idée des conséquences dramatiques qu'une telle ingérence aurait pu occasionner. "Si les attaquants avaient eu un peu plus de temps et avaient été un peu plus familiers du système de contrôle industriel, la KWC et les populations locales auraient pu subir de sérieux dommages" conclut le rapport.

 

 

Source : http://www.sciencesetavenir.fr

 

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 14:04

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Menteur, menteur

Vie privée : faites du bruit pour vous protéger de Google et compagnie

 

Générer de « fausses » recherches pour égarer les traqueurs, c’est l’idée de l’extension TrackMeNot (« Ne me piste pas »).

 

 

 

Pour brouiller vos traces, plutôt que de couper le fil de votre routeur, d’installer des systèmes pour anonymiser vos discussions et d’emballer votre téléphone dans du papier aluminium, mieux vaut générer du bruit.

C’est le principe de l’« obfuscation », une tactique développée par des chercheurs et des activistes, et dont on vous parle parce qu’en ces temps de surveillance généralisée, c’est de salut public.

L’idée est de se protéger de la surveillance en générant des informations superflues, inutiles, ambiguës ou inexactes, qui rendent alors le ciblage peu précis et inefficace.

Pour en parler, nous avons rencontré Vincent Toubiana, qui s’occupe d’un programme appelé TrackMeNot, cas d’école en matière d’obfuscation. Il travaille à la Cnil mais insiste pour dire qu’il ne parle qu’en son nom.

TrackMeNot (littéralement « Ne me piste pas ») a été développé par deux chercheurs américains, Daniel C. Howe et Helen Nissenbaum, en 2006.

A l’époque, la société AOL vient de mettre en ligne par erreur les données de recherche de plus de 650 000 de ses utilisateurs, révélant non seulement l’ampleur de ses archives mais aussi à quel point les recherches effectuées en disent long sur un utilisateur.

 

L’historique de l’utilisatrice n°711391

Un exemple ? La bande-son du film documentaire qui suit est constituée des recherches effectuées par l’utilisatrice enregistrée sous le numéro 711391 par AOL. Elles révèlent son manque de confiance et ses histoires d’amour.

 

Suivez les recherches effectuées par l’utilisatrice 711391 : touchant et glaçant à la fois, ce film montre tout ce que nos données disent de nos rêves et de nos fragilités.

 

Le principe de TrackMeNot est simple et efficace : une fois installée sur le navigateur (pour l’instant Firefox et Chrome), elle génère automatiquement des recherches sur le moteur de recherche choisi (Yahoo, Google, Bing), noyant celles de l’utilisateur dans une nuée de recherches non pertinentes. Ainsi, explique la page de l’extension :

« TrackMeNot cache vos recherches dans un nuage de recherches “fantômes” afin de complexifier le profilage des utilisateurs et de le rendre inefficace. »

L’extension est totalement paramétrable par l’utilisateur, qui peut décider d’exclure certains mots clefs des recherches générées automatiquement.

 

Des vertus de « Dragon Ball »

Vincent Toubiana a rejoint le projet en 2008, à New York, où il était alors post-doctorant. Il a pris conscience pendant ses études du rôle essentiel que jouent les recherches sur les moteurs, à la fois dans l’économie du Web et dans le marketing :

« A l’époque, j’étais en thèse à Télécom Paris et Google parrainait l’une des promos. Ils étaient venus nous expliquer leur business model, comment les mots clés généraient de l’argent. Et ils nous ont raconté que le mot clé qui générait le plus d’argent, c’était “mesothelioma” (mésothéliome en français) : c’est un cancer rare pour lequel le traitement est très cher. Donc si quelqu’un cherchait ce mot clé, il était probablement malade et prêt à débourser des dizaines de milliers de dollars. »

A l’époque, le discours de protection de la vie privée se concentre beaucoup sur l’anonymat. Vincent Toubiana, lui, imagine une approche différente – avec des sources d’inspiration peu orthodoxes :

« Dans un épisode de “Dragon Ball”, Son Goku s’énerve et fait en sorte que son ennemi absorbe trop d’énergie pour qu’il explose. »

 

Extrait de « Dragon Ball », en anglais : aux origines de l’obfuscation.
 

Une évidence est apparue à Vincent Toubiana : la surveillance ne marche que parce qu’on fournit nous-mêmes des informations exactes.

 

Capture d'écran de Jim Carrey dans

Capture d’écran de Jim Carrey dans « Menteur, menteur », de Tom Shadyac, 1997
 
 

« Je ne mens pas beaucoup, en général. Mais pourquoi est-ce qu’on ne ment pas plus souvent aux moteurs de recherche ?

Bien sûr, on les utilise pour obtenir des informations précises et on perd du temps si on leur donne de fausses informations. Mais si on arrive à automatiser le processus, ça n’a presque plus de coût pour l’utilisateur. »

Aujourd’hui, TrackMeNot est utilisé par 28 000 utilisateurs sur Firefox et 11 000 sur Chrome. Vincent Toubiana insiste :

« C’est le seul moyen de pression que les gens ont contre ces grosses sociétés. Le retrait, les sociétés peuvent l’ignorer et le jour venu, couper l’accès. »

 

L’arme des faibles

« Obfuscation », par Finn Brunton et Helen Nissenbaum, éd. The MIT Press, septembre 2015
 

On a reproché à l’extension de surcharger inutilement les bandes passantes ou de consommer trop d’électricité. Vincent Toubiana hausse les épaules : par rapport à l’énergie qu’utilise Google lui-même, c’est une goutte d’eau.

Helen Nissenbaum, professeure à l’université de New York et l’une des créatrices du projet, a récemment publié avec Finn Brunton (auteur d’une passionnante histoire des spams) un petit ouvrage sur l’obfuscation, mi-plaidoyer mi-manuel.

Pour eux, l’obfuscation est « l’arme des faibles ». Car la déconnexion est une option de plus en plus irréaliste, réservée aux plus puissants ou aux plus radicaux. Surtout, la plupart des gens ne veulent pas se priver de toute interaction en ligne mais ils veulent avoir plus de contrôle sur l’utilisation de leurs données, ou être moins pistés.

 

De « Spartacus » à Best Buy

Les tactiques d’obfuscation sont vieilles comme la domination. Dans « Obfuscation », les auteurs donnent de nombreux exemples, parmi lesquels :

  • « Spartacus » : dans le film de Kubrick, les Romains viennent chercher Spartacus, mais ils ignorent qui il est. Chaque esclave se lève alors et déclare « C’est moi Spartacus ».

 

L’obfuscation en toge version Kubrick, en anglais
 
  • Le papier argenté pour semer les radars : pendant la Seconde Guerre mondiale, certains avions larguaient, au moment de passer dans une zone de radars, des papiers argentés, qui les masquaient quand ils traversaient la zone dangereuse, comme le raconte aussi ce témoignage :

« Les premières fois que nous avions vu des nuages de rubans scintillants descendre du ciel, nous avions cru qu’il s’agissait de tracts, de messages d’amitié et d’espoir semés par les Alliés. Tout le monde avait couru pour les attraper, en ramasser. Déception, ce n’étaient pas des messages, mais de simples bandes de papier métallisé. [...]

Nous avons finalement appris que ces nuages de bandelettes, s’éparpillant en altitude et sur de grandes distances, avaient pour but de brouiller les ondes du radar allemand : ils réfléchissaient vers le poste radar des échos imprécis venant de toutes les altitudes et de tous les azimuts, empêchant de détecter la position exacte et la direction des avions. »

  • Plus récent et plus drôle : les trublions américains de Improv Everywhere se sont rendus dans un supermarché Best Buy tous vêtus comme les vendeurs du magasin, semant ainsi une confusion totale.

 

Parmi ces gens vêtus de T-shirts bleus, certains sont employés par Best Buy. Mais lesquels ?

 

Un « epsilon de bruit »

Contrairement aux techniques d’anonymisation, souligne Vincent Toubiana, l’obfuscation est une tactique plus généreuse car elle protège potentiellement tout le monde :

« Le retrait est assez individualiste parce que ça ne protège que vous.

Mais si vous savez que 5% de vos utilisateurs utilisent TrackMeNot, sans savoir qui en détail, vous êtes obligé de supposer que toute personne que vous essayez de “profiler” masque potentiellement ses actions.

Avec cette probabilité non nulle, vous ne pouvez plus affirmer avec certitude que telle personne a fait telle action. Ça protège tout le monde – de façon diluée, certes, mais chacun y gagne un droit à la répudiation. »

Pour ce faire, il suffit de rien, d’un « epsilon de bruit » dans les données.

« Epsilon de bruit » : c’est une formule de matheux qui résonne aussi comme un concept poétique. Mentir un peu, introduire des intervalles entre soi et le monde, des intervalles d’imprécision ou de mystère.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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