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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 01:47

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Optimisation fiscale

Procès Luxleaks : journalistes et lanceurs d’alerte sur le banc des accusés à la place des multinationales

par

 

 

 

Qui devrait être assis sur le banc des accusés ? D’un côté de la barre, PricewaterhouseCoopers, un cabinet de conseil luxembourgeois dont la spécialité est de permettre d’éviter à ses clients de payer des milliards d’euros d’impôts. De l’autre, deux anciens salariés de ce cabinet et un journaliste, déterminés à dénoncer ces pratiques à la limite de la légalité et moralement condamnables. Et pourtant ce sont bien ces trois hommes qui risquent entre cinq et dix ans de prison lors du procès qui se déroule jusqu’au 4 mai au tribunal correctionnel du Grand-duché. Voyage en car avec les proches et soutiens d’Antoine Deltour, partis de Lorraine pour venir encourager le lanceur d’alerte.

Malgré la pluie et le réveil aux aurores, Pierre, 32 ans, s’est motivé comme il a pu pour partir de Nancy dans le car des soutiens à Antoine Deltour, le lanceur d’alerte lorrain à l’origine des révélations sur les montages fiscaux de son ancien cabinet d’audit et d’expertise comptable, PricewatershouseCoopers. Des montages fiscaux qui ont permis à 340 grandes entreprises – dont les françaises LVMH, AXA, BNP Paribas ou encore Crédit Agricole... – de réduire considérablement leur avis d’imposition, de manière légale du point de vue du droit européen. « La pluie et le lever à 5 heures du mat’ me causaient bien des hésitations au moment de réserver une place dans le car, explique le jeune homme. Pour me donner du courage, j’ai pensé à Antoine Deltour qui ne s’est pas dit, au moment d’envoyer ses documents au journaliste : "Ah merde, il pleut, j’ai pas envie d’aller à La Poste"... Il risque dix ans de sa vie, un million d’euros d’amende, une partie de sa carrière à cause de l’affaire LuxLeaks. Je pouvais bien me faire un peu violence une matinée. »

Auditeur financier entre 2008 et 2010 pour PricewatershouseCoopers (PwC), Antoine Deltour a, juste avant son départ, copié des centaines de tax rulings. Ces fameux rescrits fiscaux, passés entre l’administration fiscale du Luxembourg et les multinationales, permettent à ces dernières de réduire considérablement leurs taxes sur les bénéfices – parfois moins de 3 % au lieu de 28,88 % ! Édouard Perrin, journaliste pour l’émission Cash Investigation n’a pas dévoilé ces documents compromettants, mais les a mis en avant dans son reportage diffusé sur France 2 en mai 2012 « Paradis fiscaux : Les petits secrets des grandes entreprises », à la suite duquel PwC a porté plainte. Les deux hommes, ainsi qu’un autre ex-salarié de PwC, sont poursuivis pour avoir commis ou être complices de « vol domestique », d’« accès frauduleux dans un système informatique », de « divulgation de secrets d’affaires » et de « violation du secret professionnel ». C’est justement à la première des six demi-journées de procès prévues au tribunal correctionnel de Luxembourg que nous nous rendons. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Antoine Deltour a ses supporters.

 

Ils ont connu Antoine « tout petit »

« J’imagine que s’il était condamné, cela ne pourrait être qu’à une peine extrêmement légère, parce qu’il y aurait des levées de boucliers énormes. Il suffit de voir la facilité avec laquelle on a rempli un bus et mobilisé les gens. Il y a quand même plus de 110 000 signatures à la pétition... [qui a depuis dépassé les 170 000 signataires] », explique Jean-Luc Tonnerieux, membre actif du comité de soutien. Retraité, cet ancien « petit patron d’une scierie » brandit et vend dès 6 heures du matin les tee-shirts officiels « Je soutiens Antoine ». A ses yeux, les 59 places du car et la voiture-balai chargée de ramasser les personnes supplémentaires constituent un indice assez fiable pour mesurer la mobilisation.

 

« Hier, j’ai passé la journée à organiser le départ en car, à passer et recevoir des coups de fil, poursuit Jean-Luc Tonnerieux. C’est un boulot à temps complet ! Mais j’ai fait ça avec un gigantesque plaisir, car pour moi c’est de l’action militante. » L’homme a connu Antoine « tout petit », car il militait avec son père, Jean-Paul Deltour, dans les années 70-80 au sein du mouvement écologiste à Épinal. « Jean-Paul a été candidat aux élections législatives de 80. J’ai même fait campagne avec lui aux législatives de 1997 pour les Verts. » D’autres ont connu le père du lanceur d’alerte via l’association Vosges Écologie, devenue Vosges Nature Environnement. Alors, forcément, le plus gros des troupes – 37 personnes – vient d’Épinal.

 

« C’est scandaleux qu’on juge aujourd’hui la personne qui a révélé l’évasion fiscale »

Mon voisin de droite, lui, est venu de Lucey, « village viticole » situé près de Toul. Michel Goujot, agriculteur, producteur de fruits, travaillait, jusque pas plus tard qu’hier, pour sa petite exploitation de 10 hectares. Son premier jour officiel en retraite, il le passera donc à soutenir Antoine Deltour. Chose naturelle pour lui : « Quand j’étais conseiller agricole pour la chambre d’agriculture de Moselle en 1976, je prévenais les agriculteurs qu’en leur revendant des semences de maïs, on leur mettait également des engrais chimiques, du désherbant et un insecticide très dangereux. Un paysan avait failli en mourir en l’inhalant ! Mais mon chef m’a demandé de fermer ma gueule. Cela revenait pour moi à être obligé d’être complice d’empoisonnement. J’ai démissionné. » Évidemment, lorsqu’il entend Antoine Deltour lors d’une conférence à Nancy, l’histoire du jeune homme de trente ans fait écho à la sienne.

Sans cette réflexion injuste de son supérieur, la carrière de Michel Goujot n’aurait jamais pris cette tournure. « Puisque j’étais grillé pour retrouver un boulot du même genre, ça m’a rendu ma liberté. C’est comme ça que je me suis tourné vers l’agriculture biologique, sans désherbant ni pesticide. Un salarié ne peut pas dire ce qu’il pense ! Regardez Antoine Deltour... » Le jugement de l’affaire LuxLeaks semble tellement grossier qu’il a le mérite d’être rassembleur. « C’est scandaleux que ce soit la personne qui a révélé l’évasion fiscale qu’on juge aujourd’hui », résume un organisateur, pendant la pause, sur une aire d’autoroute. Pierre, qui participe aux opérations menées par les « faucheurs de chaises », souligne aussi le paradoxe : « Aujourd’hui, on en arrive à désobéir juste pour demander que la loi soit respectée et que les entreprises payent leurs impôts... »

 

La petite dame du grand cabinet d’experts comptables

A l’arrivée (en retard) au palais de justice de Luxembourg, la salle d’audience est pleine, tout comme la salle annexe de 60 places qui retransmet la vidéo en direct. À l’écran, une dame apparaît, tête rentrée dans les épaules, regard obstinément bas. Elle lit d’une voix monocorde et placide ses fiches à la barre. Sauf, bien entendu, lorsqu’il s’agit de répondre à une question d’un avocat de la défense. Exercice durant lequel elle démontre une capacité d’improvisation limitée – « Je ne peux pas répondre à cette information précise », botte-t-elle souvent en touche. Il s’agit d’Anita Bouvy, auditrice interne pour PricewaterhouseCoopers, chargée de retrouver la personne à l’origine des fuites de son entreprise au lendemain du reportage de Cash Investigation.

Pendant de longues minutes, on s’interroge sur « l’architecture », et même « l’arborescence » des recherches d’Antoine Deltour dans le logiciel interne de PwC. On se demande comment il a pu accéder à tel ou tel « folder » [dossier]. On titille – a-t-il ouvert un « gros fichier » d’un coup ou « ouvert répertoire après répertoire » ?. On essaie de donner du sens à son geste. Le tout pour répondre à la grande question, ici formulée par l’avocat d’Antoine Deltour : « Est-ce qu’il a recherché activement ou non ces données confidentielles ? » « Je ne peux pas l’affirmer, répond Anita Bouvy. Je pense que la question doit être posée à monsieur Deltour. »

 

Des documents « secrets » pas si inaccessibles

Elle le sera, mais pas avant ce jeudi, jour du passage à la barre des prévenus, pour confronter leur témoignage à la version d’Anita Bouvy. Mais pour les proches d’Antoine Deltour, la réponse est évidente : l’intention initiale de celui-ci n’était pas de fouiller le serveur de PwC dans le but de tomber à tout prix sur les tax rulings. « Antoine allait quitter PwC, commente son père à la sortie du tribunal. Il est tombé dessus alors qu’il cherchait des documents destinés à lui servir dans sa reconversion actuelle (analyste au sein de l’administration française, ndlr). » Le 13 octobre 2010, la veille de son départ donc, il tombe sur 45 000 documents contenant 400 des fameux tax rulings et les copier. « Il n’a jamais voulu stigmatiser son employeur ni le Luxembourg, il voulait dénoncer un système qui existe en Europe, poursuit Jean-Paul Deltour. Beaucoup de boites d’audit fabriquent des arrangements fiscaux entre les multinationales et les administrations fiscales. »

À la barre du tribunal, Philippe Penning, avocat d’Antoine Deltour, demande à l’auditrice de PwC : « Combien de personnes peuvent accéder en moyenne à un même ATA (tax ruling) ? »
Quelle est la pertinence de la question ?, demande, pour la énième fois, le président du tribunal. Comme si chaque point soulevé par la défense était hors de propos.
Tout dépend du client. En moyenne 10, mais ça peut être plus, ça peut être moins, répond approximativement Anita Bouvy.
Si vous ne pouvez pas répondre, vous ne pouvez pas répondre », l’encourage le président. Qui coupe souvent la défense dans son élan par un flegmatique « Question suivante ! » ou « Avançons s’il vous plaît ».

Si l’avocat d’Antoine Deltour insiste sur ces traces informatiques (les « logs »), c’est parce qu’il affirme que les fameux tax rulings ont été vus en moyenne 649 fois, en deux ans. Bien loin des 10 accès lancés à la louche par l’auditrice interne. Il n’était donc pas si difficile d’accéder à ces documents « secrets »...

 

Centmilledollarsausoleil@gmail.com

Autre prévenu dont il a été question : Raphaël Halet, ex-salarié de PwC, qui a lui aussi transmis des infos à Édouard Perrin, le journaliste de Cash Investigation. La discrétion de cet homme dont le nom n’a été révélé que très récemment, s’explique plus clairement désormais... « Si Raphaël Halet s’engage à collaborer avec nous, on s’engage à ne lui demander de verser qu’un euro de dommages et intérêts, symboliquement », reconnaît Anita Bovy, tout en se dispensant de préciser qu’un accord signé, devant huissier en décembre 2014, entre PwC et Raphaël Halet menaçait ce dernier de poursuites s’évaluant à... 10 millions d’euros !

Pour éviter que sa source ne soit identifiée, Édouard Perrin proposera, en octobre 2012, à Raphaël Halet d’utiliser un procédé judicieux : placer les rulings en pièce jointe d’un e-mail, sans toutefois l’envoyer, mais en le conservant dans les « brouillons ». Édouard Perrin n’a plus qu’à se connecter sur le compte et à récupérer les pièces jointes. Juridiquement parlant, Raphaël Halet n’a envoyé aucun e-mail. Malheureusement, fin 2014, un huissier découvre la combine alors qu’il est envoyé chez Raphaël Halet, par le tribunal de grande instance de Metz, pour vérifier le contenu de ses ordinateurs. Étrangement, le procès-verbal rédigé par l’huissier ne figure pas dans le dossier. Maître Penning le signale : « Si PwC a payé un huissier pour faire un constat, c’est que ce PV comporte des choses importantes... » Le président esquive la remarque : « Autre question ? » Mais l’avocat insiste : « Est-ce que quelqu’un sait si un PV a été dressé par un huissier de justice ? » Conclusion mémorable du président : « Je crois que tout le monde le sait, mais personne ne l’a. »

 

Aucune commission d’enquête lancée par le Parlement européen

En se concentrant sur l’intention d’Antoine Deltour de vouloir dénoncer des montages financiers de PwC ou sur la relation entre Édouard Perrin et Raphaël Halet, l’autre ex-salarié de PwC qui lui a fourni des tax rulings, la justice luxembourgeoise décale totalement le débat provoqué par les lanceurs d’alerte. Celui de ces pratiques fiscales qui permettent à des entreprises d’échapper en partie au fisc. Elle préfère se demander, durant ces six demi-journées d’audience, s’il y a eu ou non « violation du secret professionnel, violation de secrets d’affaires ». Alors que, comme le souligne Paul Moreira, fondateur de Premières lignes, la société productrice de l’émission Cash Investigation, « ces deux chefs d’inculpation, au Luxembourg, c’est quasiment une définition de notre travail » [1].

À côté de cet enjeu de façade, donc, aucune commission d’enquête n’a été lancée par le Parlement européen, regrette le père de Antoine Deltour. « Autant les enquêteurs ont fouillé la vie privée d’Antoine en épluchant ses mails, autant il n’y a pas eu d’enquête pour savoir si les tax rulings étaient légaux ou pas. Il y a bien eu une commission spéciale sur les rescrits fiscaux, appelée TAXE, mais pas de commission d’enquête. Il y a un blocage, une protection des multinationales. » Et le frère d’Antoine de préciser : « La commission TAXE n’a pas le même mandat et a moins de pouvoir d’investigation qu’une commission d’enquête, c’est une nuance juridique. »

 

Pour une jurisprudence pour les lanceurs d’alerte

Parmi les soutiens qui attendent Antoine Deltour à la sortie de l’audience, une autre petite troupe est venue de loin. Représentants d’organisations appartenant à la Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires, ils sont une vingtaine à faire une allée d’honneur aux côtés des autres soutiens aux héros du jour, tandis que les équipes de tournage de plusieurs chaines télévisées s’agglutinent autour d’eux.

« Il faut rendre publics les rescrits fiscaux, exiger la publication des informations sur les impôts que paient les multinationales et les activités qu’elles mènent dans tous les pays où elles sont présentes... », lance Lucie Watrinet de l’ONG CCFD-Terre Solidaire, qui coordonne la Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires. La jeune femme est venue en soutien, avec l’espoir que ce procès soit un premier pas vers une jurisprudence pour les lanceurs d’alerte. Elle attend beaucoup de la loi Transparence, lancée par Michel Sapin, qui sera examinée le 7 juin en séance à l’Assemblée nationale. « L’idée, défend Lucie Watrinet, est d’obtenir l’indemnisation des frais de justice ou encore un statut global des lanceurs d’alerte. Car l’alerte ne se résume pas à la dénonciation de choses illégales, mais peut aussi concerner des choses défavorables à l’intérêt public. »

Justement, au même moment, Michel Sapin exprime sa « solidarité » avec les lanceurs d’alerte à l’Assemblée nationale. Tandis que Marine Le Pen appelle François Hollande « à faire pression sur le Luxembourg » et à soutenir les trois prévenus. Nage-t-on en plein délire ? À l’unanimité, le PS et le FN ont voté « pour » l’adoption, le 14 avril, de la directive européenne sur le secret des affaires [2]. Directive qui aurait très certainement empêché l’affaire LuxLeaks d’éclater si elle s’était appliquée au moment des révélations d’Antoine Deltour : les tax rulings qu’il a copiés sont tout à fait légaux et font même partie des meubles au Luxembourg – ou plutôt du « patrimoine » pour reprendre l’expression employée, fin 2014, par le ministre des Finances lui-même.

 

« Le problème, c’est ce pays qui protège ces multinationales qui nous volent »

Non loin de cet attroupement, Denis Robert, auteur des révélations sur l’affaire Clearstream, se dispense d’ambages inutiles envers les « politiques », dont il n’attend plus rien hormis de rendre « la situation de plus en plus insurrectionnelle » : « Ces discussions à n’en plus finir sur l’informatique, c’est bidon. Le problème, c’est ce pays qui protège ces multinationales qui nous volent et nous font les poches. Le problème, c’est cette justice qui sert à étouffer les lanceurs d’alerte. Il faut absolument les soutenir pour qu’ils soient relaxés. A mon avis Antoine ne le sera pas, car cela ouvrirait une brèche. En face, il y a ces multinationales, ces pays, ces banques qui protègent ce business-là. »

Odile Delaye, la porte-parole du comité de soutien d’Antoine, rend un peu plus concrètes les conséquences que ces techniques d’optimisation fiscale sur le quotidien des citoyens européens : « On nous dit d’un côté que les dépenses publiques en matière de santé, transport, d’éducation, etc., doivent être diminuées à cause du déficit public. Mais de l’autre côté, il y a mille milliards d’euros qui échappent à l’impôt. Autant d’argent qui pourrait servir à combler le déficit de la sécurité sociale ou encore à améliorer la qualité du système éducatif sur l’ensemble du territoire européen... » La justice luxembourgeoise entendra-t-elle ces arguments ?

Franck Dépretz, à Luxembourg

Photos : Mélanie Poulain

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 01:33

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Mafia du CO2: soupçons sur la police

27 avril 2016 | Par Fabrice Arfi
 
 

Des policiers entretiennent d’étonnants liens de proximité avec des figures de la mafia du CO2, acteurs de la plus grande escroquerie connue en France, dont les noms sont par ailleurs cités dans diverses affaires d’assassinats impunis. Les faits apparaissent en marge de plusieurs procédures. Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur, a été entendu comme témoin dans l'une d'elles. Révélations.

Mais que fait la police ? Des enquêteurs de la police judiciaire (PJ) entretiennent d’étonnants liens de proximité avec des figures de la mafia du CO2, acteurs de la plus grande escroquerie jamais constatée en France, dont les noms sont par ailleurs cités dans plusieurs affaires d’assassinats demeurant à ce jour impunis. Les faits, à l’origine de discussions feutrées dans certains couloirs de la PJ, sont abordés depuis des années avec précaution par la justice, bien qu’ils apparaissent clairement en marge de plusieurs procédures liées directement ou non aux dossiers du CO2.

Révélation d’informations confidentielles à des suspects, rencontres physiques en dehors de toute procédure, mails de la brigade criminelle qui se retrouvent entre les mains d’escrocs, pistes d’enquête connues en temps réel par des réseaux délinquants : la liste est longue des éléments qui permettent aujourd’hui de matérialiser cette porosité entre des milieux criminels et ceux qui, au sein de l’État, sont censés les appréhender.

Après plusieurs mois de recherches, fondées sur des dizaines documents judiciaires, des écoutes téléphoniques et des entretiens menés avec des policiers et des mis en cause, Mediapart a pu reconstituer une partie de ce sombre puzzle.

 

Arnaud Mimran. © DR Arnaud Mimran. © DR
 

Les interrogations sur des failles policières tournent, pour beaucoup, autour des affaires dArnaud Mimran. Présenté par les juges comme l’un des « organisateurs » de la fraude au CO2, dont le procès doit s’ouvrir ce 2 mai devant le tribunal correctionnel de Paris, son nom est également cité, sans mise en cause par la justice, dans plusieurs affaires de meurtre – de son associé dans le CO2 (Samy Souied), de son beau-père milliardaire (Claude Dray) et de l’homme de main d’un affairiste parisien (Albert Taïeb).

 

Arnaud Mimran, financier et ami devenu très gênant pour le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (voir notre précédente enquête), est par ailleurs sous le coup d’une quadruple mise en examen pour « enlèvement et séquestration », « extorsion en bande organisée », « association de malfaiteurs » et « blanchiment ».

Dans ce dernier dossier, qui porte sur une sordide affaire datée de janvier 2015, dont la victime est un financier genevois contraint par la force d’opérer des ordres d’achats boursiers vers un compte bancaire à Dubaï, il est apparu qu’Arnaud Mimran avait été prévenu en amont de son arrestation dans l’affaire du CO2. Celle-ci est souvent présentée comme le “casse du siècle”. Pour cause : il s’agit de la plus grande escroquerie que la France ait jamais connue ; une fraude sur le dos des droits à polluer des entreprises, qui a permis à plusieurs équipes d’escrocs de détourner en moins de huit mois 1,7 milliard d’euros de TVA en 2008 et 2009, le tout sous le regard aveugle de l’État.

C’est un ancien employé de Mimran qui, ayant décidé de se mettre à table devant les policiers, a vendu la mèche sur procès-verbal : « Le lundi 19 janvier 2015, Arnaud Mimran m’a balancé qu’on allait venir le chercher cette semaine et qu’on le retiendrait deux jours. Il parlait de la police. Il m’a dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter, qu’il n’y avait rien de grave. Il m’a dit qu’on était sur écoutes téléphoniques. […] Il ne m’a pas dit le jour, mais il savait qu’on l’arrêterait cette semaine », a-t-il expliqué en juin dernier. De fait, Mimran a été interpellé le lendemain par la douane judiciaire dans l’affaire du CO2.

 

De gauche à droite : Arnaud Mimran, Samy Souied (assassiné) et Marco Mouly, les trois associés du CO2, selon les juges. © DR De gauche à droite : Arnaud Mimran, Samy Souied (assassiné) et Marco Mouly, les trois associés du CO2, selon les juges. © DR

 

Le plus fou est que cette arrestation, qui débouchera sur cinq mois de détention provisoire pour Mimran, est intervenue en plein durant la séquestration du financier suisse, kidnappé le 16 janvier et relâché miraculeusement indemne le 21. Entretemps, le chef des ravisseurs, un dénommé Sabir Titouh, dit “Titax”, manœuvré d’après le dossier d’instruction par Arnaud Mimran, avait été exécuté devant chez lui dans la soirée du 19 janvier – son assassinat demeure à ce jour lui aussi inexpliqué par la justice.

Relâché en mai de sa détention provisoire liée au CO2, Mimran retournera en prison un mois plus tard après une nouvelle arrestation réalisée dans le cadre, cette fois, du dossier de kidnapping – le temps que la justice établisse son implication présumée, grâce à des écoutes. Or, d’après une audition judiciaire consultée par Mediapart, Mimran a aussi été informé du contenu de cette enquête policière dix jours avant son interpellation.

– Question du juge : « Il résulte que vous avez eu des informations sur l’enquête en cours. »
– Mimran, imperturbable : « Pour avoir discuté avec un policier, il m’a précisé qu’il y avait une investigation en cours à l’OCLCO [Office central de lutte contre la criminalité organisée, un service spécialisé de la police judiciaire — ndlr]. »
– Le juge : « Quel policier ? »
– Mimran : « Je ne veux pas répondre. Les gens de l’OCLCO savent qui c’est. »

Mimran dit avoir rencontré son informateur dix jours avant son arrestation dans un bar du XVIIe arrondissement de Paris et prend même le soin de préciser au magistrat instructeur qu’il a bu, ce jour-là, un Coca Zéro.

Le détail n’en est peut-être pas un : l’interpellation de Mimran dans cette affaire d’enlèvement avait dû être retardée de plusieurs jours. Bravant son contrôle judiciaire pourtant imposé dans le dossier du CO2, l’intéressé était parvenu à quitter la France pour se rendre en Italie, où il avait rencontré sa dernière compagne, Tamara Pisnoli – le père de celle-ci, Massimo, avait été abattu en 2008 dans un règlement de comptes mafieux, selon la presse de l’époque.

 

Arnaud Mimran, en manteau de fourrure blanc, et Farid Khider, en partance pour Milan. © Compte Instagram de Farid Khider Arnaud Mimran, en manteau de fourrure blanc, et Farid Khider, en partance pour Milan. © Compte Instagram de Farid Khider
 

Mais il y a mieux, ou pire. L’ex-employé de Mimran, qui avait donné de premières informations embarrassantes sur la police, en a livré d’encore plus gênantes, le 17 juin 2015, selon la retranscription de ses auditions. L’intéressé a ainsi expliqué avoir été approché au mois d’avril 2015, pendant que son patron était en prison, par un certain Farid Khider, ancien champion du monde de boxe et ami de Mimran. « Il représente Arnaud en dehors de la prison », a-t-il confié au sujet de Khider, également connu pour avoir participé à l’émission de télé-réalité « La ferme célébrités », sur TF1.  

 

Khider était accompagné de deux hommes, dont les policiers ont aujourd’hui un début de description : type européen, la cinquantaine, cheveux grisonnants, costard-cravate et bedonnant pour l’un, sportswear et de corpulence moyenne pour l’autre. Selon le témoin, les mystérieux bonshommes ont demandé que des fonds leur soient versés depuis le compte de Dubaï sur lequel avait atterri le produit financier de la séquestration et que la justice soupçonne d’appartenir en sous-main à Mimran. « Ils avaient l’air très informés sur l’état d’avancement de l’enquête… À la vue de tout cela, je ne sais pas à qui j’avais affaire, alors je suis au stade de me poser la question… Il s’agit peut-être de policiers », confie prudemment le témoin.

 

La peau de banane de Squarcini dans le bureau du juge

Il se montrera encore plus précis concernant l’un des deux hommes. Celui-ci se fait appeler “Seb”, dit-il ; il l’avait déjà vu en compagnie de Mimran par le passé. « Ce Seb avait l’air bien informé de l’enquête en cours. Il m’a dit qu’il ne fallait pas s’en faire », confie le témoin. Il a ajouté avoir revu Seb une dizaine de jours plus tard, à la demande de ce dernier, dans un café de la porte Dauphine, toujours en présence de Khider, qui avouera quant à lui ne plus se souvenir de quoi que ce soit, sans pour autant démentir. Cela lui serait difficile : des écoutes sur son téléphone ont depuis prouvé la réalité de ces rencontres.

« Au café, Seb et Farid Khider m’ont parlé d’Arnaud, m’ont dit qu’il n’y avait pas de soucis à se faire. […] Ils m’ont parlé de l’affaire des douanes [le dossier du CO2 – ndlr] et qu’il n’y avait rien dans le dossier », a précisé l’ex-employé de Mimran. Il pense à un policier, sans certitude, toujours très prudent dans ses déclarations devant les enquêteurs.

Arnaud Mimran prendra moins de pincettes. Après 48 heures de garde à vue, lors de sa sixième et dernière audition, la question lui est enfin posée par les policiers – ce sera l’ultime : « Connaissez-vous un prénommé Seb, la cinquantaine, les cheveux blancs et que vous auriez rencontré plusieurs fois ? » Réponse de Mimran : « C’est un policier qui travaille à la DCRI [Direction centrale du renseignement intérieur, devenue DGSI – ndlr]. Je le rencontre à titre amical. » Tellement amical, donc, que celui-ci pense pouvoir récupérer le fruit d’une extorsion de fonds. Bizarrement, les policiers ne poseront plus d’autres questions à Mimran sur le sujet, en tout cas, rien qui soit consigné dans les procès-verbaux de ses interrogatoires.

 

Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur. © Reuters Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur. © Reuters

 

Cet épisode sera l’une des raisons de l’audition par le juge en charge du dossier, le 16 mars dernier, de l’ancien directeur de la DCRI, le préfet Bernard Squarcini. « À ma connaissance, Arnaud Mimran n’a jamais intéressé la DCRI », a assuré l’ancien ponte du renseignement français, proche de Sarkozy. Concernant le mystérieux “Seb”, Squarcini dit ne pas le connaître. « Je note toutefois que d’après les déclarations que vous venez de me lire, a-t-il ajouté à l’attention du juge, il s’agirait de contacts purement personnels et individuels, pas de contacts professionnels au sens où on l’entend à la DCRI. » Pour appuyer son propos, Squarcini n’a pu s’empêcher de vanter le « cadre déontologique » dans lequel est censé évoluer son ancien service, pourtant éclaboussé, comme lui-même, par plusieurs scandales ces dernières années (surveillance de journalistes, financements libyens de Sarkozy, affaire du “parrain des parrains” Michel Tomi…).

En revanche, Bernard Squarcini, surnommé “le Squale”, ne se privera pas pendant son audition de jeter une jolie peau de banane sous les pieds de la police judiciaire : « Il se dit, par ailleurs, que l’intéressé [Mimran] entretient de très bons contacts avec des fonctionnaires des services de la police judiciaire, mais je ne sais pas avec qui, à quel titre, ni même si cette rumeur est fondée. »

Une anecdote, qui alimente depuis deux ans une certaine stupeur dans le Landerneau judiciaire parisien, permet aujourd’hui de penser que ce ne serait pas qu'une rumeur. Il s’agit d’une scène surréaliste dont Mediapart a pu se faire confirmer la réalité auprès de plusieurs témoins directs. Elle s'est déroulée le 10 janvier 2014, jour de l’interpellation à Roissy-Charles-de-Gaulle de Cyril Astruc, un homme d’affaires alors recherché par plusieurs juges français pour son implication présumée dans des affaires financières, dont celle du CO2.

Sur le parvis de l’aéroport, alors que des douaniers (en charge de l’enquête sur le CO2 depuis 2009) et policiers de l’OCLCO (chargés, tels des marshalls français, d’exécuter des mandats d’arrêt) attendent de savoir lequel des deux services partira avec le trophée du jour, un homme se fait déposer en moto-taxi devant tout le monde. C’est Arnaud Mimran. Il salue Astruc, qu’il connaît, embrasse un policier de l’OCLCO et serre la main à un autre policier présent. L’incrédulité est totale pour certains douaniers présents sur place. Astruc partira finalement avec l’OCLCO, au grand dam des agents de la douane qui le pistent depuis des années. Mimran, en moto, suivra le convoi policier. Un haut gradé de la police m’a confié depuis que Mimran serait un discret informateur de l’OCLCO.

Quelques mois plus tard, dans le cabinet d’un juge parisien qui enquête sur l’assassinat par balles de Samy Souied (l’associé de Mimran), Cyril Astruc fera de surprenantes confidences : « J’ai rencontré Arnaud en 2013 (en Israël) et il se targuait d’avoir de solides protections policières en France, ce qui expliquait qu’il n’ait pas fait de garde à vue, que ce soit pour le CO2 ou pour l’homicide de Samy [ce qui est rigoureusement exact à l’époque – ndlr]. Ce sont des choses qu’il évoquait librement devant moi pour faire état de ses protections. »

Franck Douchy, patron de l’OCLCO à l’époque des faits et aujourd’hui directeur de la police judiciaire de Versailles, dément la moindre proximité coupable avec Arnaud Mimran. Il en veut pour preuve un fait incontestable : c’est bien l’OCLCO qui a arrêté Mimran dans l’affaire de l’enlèvement et de la séquestration du financier suisse. Vrai, mais à une nuance près – et de taille : toute l’enquête qui a permis de remonter la piste Mimran avait été initialement menée, non par l’OCLCO, mais par l’antenne des Hauts-de-Seine de la police judiciaire.

Il y a parfois de saisissants hasards de calendrier. Pendant le procès du CO2, une autre audience devrait agiter en mai la chronique médiatique au même moment à Paris : l’ancienne star de l’anti-gang français, le commissaire Michel Neyret, sera en effet jugée dans une salle voisine pour corruption en raison des faveurs consenties par deux escrocs lyonnais, Gilles Bénichou et Stéphane Alzraa, en échange de renseignements confidentiels. L’histoire est connue et a déjà fait grand bruit. Mais il est un pan peu exploré du dossier qui touche, lui, directement aux affaires du CO2 et à ses meurtres.

 

Michel Neyret, ancienne star de l'anti-gang français et ex-n° 2 de la PJ de Lyon. © Reuters Michel Neyret, ancienne star de l'anti-gang français et ex-n° 2 de la PJ de Lyon. © Reuters

 

Les nombreuses écoutes menées en mars 2011 sur les corrupteurs présumés de l’ancien numéro 2 de la PJ de Lyon, que Mediapart a pu consulter en intégralité, montrent ainsi combien il est parfois aisé pour des milieux peu réputés pour leur amour du code pénal de connaître en temps réel les avancées policières sur tel ou tel dossier – ça peut toujours servir. Le plus bavard des “amis” de Neyret est incontestablement Gilles Bénichou, pendu pendant des heures au téléphone avec Stéphane Alzraa, dont le nom a été associé dans certains volets de la fraude au CO2.

Six mois après l’assassinat de Souied, Bénichou se lâche sur son portable grâce aux informations obtenues par Neyret sur la disparition de l’associé de Mimran :

  • « On n’est pas simplement dans une affaire de règlement de comptes, là. C’est une très, très grosse affaire. […] D’après ce qu’on me dit, ce serait la plus grosse affaire de ces dix dernières années. […] Il y a énormément d’argent, ça débouche sur du trafic à l’international, sur du blanchiment, sur de l’association de malfaiteurs, ça débouche sur une tonne de merde. […] Elle va être étroitement liée au CO2. […] J’ai cru comprendre qu’il y aurait même des relations avec des gens du grand banditisme. » (écoute du 3 mars 2011)
     
  • « Là, je suis en train de prendre les infos pour savoir exactement où en est l’affaire de Samy [Souied]. Ils sont sur une affaire d’Arnaud [Mimran]. Ils veulent vraiment tout pour sauter tout le monde. Ils sont sur Arnaud Mimran pour un montant relativement important. » (écoute du 7 mars 2011)
     
  • « Alors, d’une affaire de meurtre, ça va découler sur l’affaire du CO2. […] Ça va vraiment gicler très haut. Je te dis, il y a des familles entières qui vont être décimées. Et puis c’est des peines [de prison] à deux chiffres qui arrivent. » (écoute du 9 mars)

Qui informe Neyret, qui n’a jamais été saisi de ces affaires, avant que lui-même ne rencarde Bénichou & Co ? Sur cette question précise, accessoire au regard du fond du dossier Neyret mais fondamentale pour les sujets touchant à la mafia du CO2, l’enquête de l’Inspection générale des services (IGS) et du juge d’instruction Patrick Gachon a été d’une grande pudeur.

En janvier et mars 2012, devant le magistrat instructeur, le commissaire Neyret a affirmé : « Mon seul interlocuteur sur Paris, pour cette affaire, c’était Franck Douchy [patron de l’OCLCO à l’époque – ndlr]. » « J’ai appelé Douchy car il a une connaissance étendue du banditisme parisien. Je l’ai appelé naturellement parce qu’en plus, c’est quelqu’un avec qui je corresponds régulièrement », a-t-il ajouté. Ce qui est vrai : une expertise technique a établi que les deux policiers avaient été en relation une trentaine de fois par mail sur la période, entre janvier et juillet 2011.

Entendu à son tour en décembre 2011 par la “police des polices”, le commissaire Douchy a seulement assuré que Neyret l’avait contacté pour savoir « s’il était intéressé par les affaires du milieu juif parisien (escroquerie sur les droits à polluer et règlements de comptes) ». Neyret lui aurait proposé de l’introduire auprès du frère du Samy Souied, ce que Douchy a « évidemment » accepté. Mais il dément aujourd’hui catégoriquement avoir pour autant donné la moindre information à Neyret sur le contenu des enquêtes en cours, les pistes privilégiées et les éventuels suspects dans le viseur des policiers. Dans l’entourage de Douchy, on se demande même si Neyret n’a pas protégé un autre informateur un peu trop bavard place Beauvau. Aucune enquête n’a permis à ce jour de tirer au clair cette question.

Un épais mystère entoure également la manière dont Neyret a pu se procurer un mail reçu par la brigade criminelle de Paris (en charge de l'affaire du meurtre de Souied), que Bénichou a pu lire avec gourmandise au téléphone en mars 2011 à un célèbre financier du trafic de cocaïne en cavale, Yannick Dacheville. Il est question dans ce message, une fois encore, d’Arnaud Mimran, qui aurait blanchi de l’argent de Samy Souied en Israël sur fond de business immobilier. Au téléphone, Bénichou dit « avoir tout reçu de Neyret, il m’a tout amené ce matin ». Mais Neyret n’est pas le destinataire initial du mail. Une autre adresse électronique apparaît sur le courriel. Qui se cache derrière ? Mystère. Au palais de justice et au 36, quai des Orfèvres, on se demande encore comment un tel document a pu tomber entre les mains de « voyous » avant d’être lu tranquillement au téléphone à l’une des plus grandes figures du trafic de drogue, toujours en fuite.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 01:11

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Cantine, infirmerie, bibliothèque… Nuit debout partage les communs

28 avril 2016 / Isaline Bernard (Reporterre)
 


 

En un mois d’occupation de la place de la République, Nuit debout a spontanément mis au point une organisation. Tous les jours, les bénévoles font vivre les biens communs pour que vive le mouvement.

- À Paris, reportage

Depuis le jeudi 31 mars, Nuit debout se tient place de la République. Chaque jour, des centaines de personnes s’y retrouvent pour discuter des possibilités de remplacer le système social et économique actuel. L’organisation est devenue un outil majeur du bon déroulement du mouvement. Au fur et à mesure, différents pôles se sont installés : infirmerie, cantine, accueil… Pour chacun d’eux, matériel et savoirs sont mis en commun par les occupants de la place. Des ressources autant nécessaires qu’éphémères car chaque jour, la police démonte des stands remontés le soir-même.

 

La cantine : « C’est bien d’avoir quelque chose dans le ventre pour réfléchir »

 

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Les bénévoles de la cantine préparent les sandwiches sur la place.

Vendredi 22 avril, à 14 h, quatre bénévoles se retrouvent au marché de Belleville, dans le quartier de Ménilmontant. Delphine, Paolo, Cécile et Nicolas occupent la place de la République depuis déjà plusieurs semaines. Certains en reconversion professionnelle, d’autres étudiants, ils ont décidé de donner de leur temps pour défendre les valeurs du mouvement Nuit debout, qui vont « bien au-delà du mécontentement du projet de loi travail El Khomri », dit Delphine, jeune restauratrice.

Équipés de plusieurs grands sacs, ils déambulent entre les étalages presque vides de fin de marché. Tout en distribuant des tracts pour informer les passants sur la Nuit debout, les quatre volontaires demandent aux commerçants de leur donner les invendus du jour. La plupart acceptent, comme Saïd, 43 ans, qui ne connaît pas vraiment le mouvement, mais « donne pour faire plaisir ». Une demi-heure plus tard, six sacs ont été remplis de melons, pommes, poires, poivrons, courgettes, etc. Deux autres bénévoles, Noémie et Stéphane, rejoignent le groupe pour donner un coup de main.

 

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Une bénévole en quête des invendus au marché de Belleville.

La prochaine étape se déroule dans l’appartement de Delphine. C’est l’heure de faire les comptes et de penser aux menus du soir. Ça sera riz aux légumes et salade de fruits. Tout le monde s’attelle à la fastidieuse tâche d’éplucher et de couper les fruits et les légumes. Pendant ce temps, une autre équipe va chercher des réserves de nourriture dans un squat du quartier, où les surplus sont stockés pour être cuisinés les jours suivants.

« Au début, on n’était pas très bien organisés, on a installé la cantine un peu dans l’urgence, explique Delphine, bénévole à la cantine Nuit debout presque chaque jour. Maintenant, on fait plus attention à l’aspect écologique de la cantine. On a installé depuis peu le système d’auto-wash  ; chacun fait sa vaisselle après avoir utilisé les couverts communs, cela évite le plastique. »

 

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Des volontaires de la cantine occupés à préparer légumes et fruits.

En fin d’après-midi, une nouvelle équipe de volontaires vient acheminer les préparations jusqu’à la place de la République à l’aide d’un véhicule. Ce n’est qu’une fois sur la place que les volontaires confectionnent sandwichs, salades, etc. « Dans un avenir proche, on souhaite ne plus faire de sandwichs mais des plats un peu plus élaborés », espère Delphine. Le restaurant Freegan Pony, qui cuisine les invendus de Rungis pour un prix libre, partage de temps à autre son hangar pour aider la Nuit debout. Cela permet à la cantine de disposer de plus de matériel pour les plats chauds.

À 18 h, sur la place de la République, la cantine s’installe tranquillement. Un barnum et quelques tables sont posés. Les bénévoles distribuent à manger à tous ceux qui le souhaitent pour un prix libre : « Il y a des gens qui viennent ici parce qu’ils n’ont pas à manger, et puis il y a surtout beaucoup de gens du mouvement qui passent et qui donnent ce qu’ils veulent. C’est bien d’avoir quelque chose dans le ventre pour réfléchir », affirme Roxanne, une volontaire habituée du pôle cantine. « On est une vingtaine de bénévoles à peu près, et des gens viennent nous donner un coup de main, il y a un roulement qui se fait. » Les aliments proviennent des invendus mais aussi de dons. Mickael, cuisinier pour la Nuit debout comme dans la vie professionnelle, explique : « On avertit les gens en fonction de nos besoins et les gens nous donnent. »

 

 

Ici, chacun paye ce qu’il veut après s’être servi. Bouba, un chômeur de 43 ans, vient se restaurer après avoir suivi plusieurs commissions en fin d’après-midi : « La caisse commune est une très bonne idée, si la société fonctionnait comme ça, elle serait plus juste. Cela permet à tout le monde de manger. » En bout de table, une boîte est mise à disposition pour récupérer la monnaie. Toutes les trois heures, un responsable récupère son contenu pour mettre l’argent à l’abri. « On nous pose beaucoup de questions sur le devenir de l’argent. Mais nous voulons être totalement transparents. On récupère environ 300 à 400 euros par jour et on les réinvestit pour les jours suivants, dans de la vaisselle ou de la nourriture », affirme Mickael.

Située au cœur du mouvement, la cantine est l’une des cibles préférées des forces de l’ordre, qui tentent de désorganiser le rassemblement. Le lundi 11 avril, plusieurs agents ont ainsi jeté la soupe dans le caniveau, sous l’œil de sans-abri. Depuis, des barrières humaines viennent de temps en temps entourer l’espace cantine afin de protéger les stocks. Mickael explique : « Les policiers savent très bien que, s’ils nous coupent nous, la cantine, ils affaiblissent le mouvement. » Tous les jours délogée, la cantine se réinstalle, encore et encore.

 

L’accueil : « Tous les jours, on nous déloge, tous les jours, on revient quand même, c’est pas grave »...

 

Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 01:05

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

Manifestation, en cas de problème avec les forces de l'ordre appelez Defcol

 

 

Projet de loi Travail
Daniel Roucous
Mercredi, 27 Avril, 2016

 

 

AFP/Loic Venance
 

Vous êtes témoin de violences policières, interpelé(e) lors d’une manif, mis en garde à vue, vous avez des droits que rappellent les juristes et avocats de Defcol (Défense collective)

Des juristes et des avocats ont mis en place une Defcol (Défense collective) de soutien juridique aux manifestants victimes de violence policière et/ou mis en garde à vue.

A l’occasion de chaque manifestation, de rassemblements, ils distribuent un tract intitulé « Groupe de défense soutien juridique ».

Un numéro de téléphone portable 07 53 82 19 10 et un e-mail sont mis à disposition des manifestants témoins ou victimes de violences policières.

Ces coordonnées sont également utiles aux proches d’une personne en garde à vue. Le tract indique en effet que les personnes en garde à vue ne peuvent pas utiliser leur téléphone portable mais ont le droit de prévenir ou de faire prévenir une personne de leur choix.

Le groupe de Défense collective conseille dans leur tract de désigner un(e) avocat(e) et de garder le silence. Il précise « qu’il n’est pas besoin de connaître le numéro de téléphone de l’avocat(e), il suffit de donner son nom aux policiers et contrairement à leur dire, ça ne prolonge pas la garde à vue. Des noms circulent dans les manif, notez-les.A défaut d’en connaître un(e), on peut demander un avocat(e) commis d’office. »

Un livret « Info juridique » rappelle :

- les règles à connaître dans les manifestations (avoir sur soi le numéro d’un(e) avocat(e) ou celui indiqué ci-dessus, ne jamais avoir sur soi un couteau même un canif, un cutter, une bouteille en verre, des cailloux etc., ne pas dissimuler son visage, se disperser si l’attroupement n’est pas autorisé etc.),

- les règles en matière de contrôle d’identité, de fouilles, de garde à vue.

Ce livret peut être consulté ici

Ces groupes de défenses collectives sont également présents sous d’autres noms sur les ZAD. Par exemple le « Legal Team » sur les lieux du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. On peut le contacter au 06 75 30 95 45. Leur but et fonctionnement est le même.

Profitons-en ici pour rappeler les droits des citoyennes et citoyennes face aux fouilles et gardes à vue.

 

Fouilles et palpations

En théorie les policiers comme les vigiles etc. doivent observer des règles. En pratique c’est une autre histoire. Toujours est-il que les fouilles et palpations dans les manifestations, les rassemblements, les arrestations comme  à l’entrée des lieux accueillant du public sont réglementées, état d’urgence ou pas. Pour connaître ces règles cliquez sur

Dans le cadre d’une garde à vue, la fouille est plus prononcée mais réglementée par les articles 63-5 à 63-7 du code de procédure pénale. Les policiers doivent s’assurer que la personne n’a aucun objet dangereux sur elle et lui retirent tout objet qui pourrait la blesser (lacets de chaussures, cordons de vêtement, ceintures, cravates, certains vêtements comme les soutiens-gorges, briquets, allumettes, sacs, bijoux, chaines, médailles etc.). Il est alors établi un procès-verbal que le gardé à vue doit signer après s’être assuré que tous ses objets ont été inventoriés.

Les fouilles corporelles sous les vêtements et internes doivent être faites par un officier de police judiciaire du même sexe, dans une pièce isolée. Quant aux fouilles en profondeur (anus, vagin), elles doivent se faire en présence d’un médecin.

La personne fouillée à droit au respect et à la dignité.

 

En garde à vue

Une notification des droits doit être immédiatement remise à la personne en garde à vue par un officier de police judiciaire. Cette notification ou déclaration des droits est téléchargeable ici

Dans le même temps la police ou la gendarmerie doit obligatoirement en aviser le Procureur de la République qui est le seul à même de décider l’abandon des poursuites ou la remise d’une convocation à une audience ultérieure pour répondre des faits pour lesquels le gardé à vue a été arrêté.

Dans ce dernier cas un avocat est indispensable. Ceux qui n’ont pas les moyens peuvent bénéficier de l’aide juridictionnelle comme indiqué ici

Y penser : le gardé à vue a droit à appeler ou faire prévenir un proche et surtout son employeur. C’est important car ne pas justifier son absence du travail est une faute grave qui peut mettre en route une procédure de licenciement.

Attention la garde à vue n’est pas en soi un motif de licenciement ou de sanction par l’employeur.

La garde à vue est de 24 heures au plus. Elle peut être prolongée de 24 heures soit 48 heures au plus seulement si le Procureur de la République ou le juge d’instruction le décide. Ce n’est pas aux policiers ni aux gendarmes de décider.

Précisions que la garde à vue (GAV) démarre à partir du contrôle et de la vérification d’identité au poste de police ou de gendarmerie.

 

Les questions qu'on peut se poser

- Peut-on refuser de donner ses empreintes digitales ?

Lors de la garde à vue, un policier ou un gendarme est chargé de contrôler l’identité et de relever les empreintes digitales. Ces empreintes sont enregistrées sur un fichier dans lequel elles sont conservées de 25 à 40 ans selon les cas… même si aucune condamnation n’est prononcée.

Le gardé à vue et donc fiché.

Normalement le policier doit avoir l’accord de la personne mais le fait de refuser la prise d’empreinte est une infraction passible d’une contravention plus ou moins sévère.- article 55-1 du code de procédure pénale ci-joint

Les policiers peuvent également faire un prélèvement d’ADN (article 706-54 du code de procédure pénale).

- La garde à vue figure-t-elle sur le casier judiciaire ?

Non ! La garde à vue ne figure pas sur le casier judiciaire. Pour que ce soit le cas, il faut un jugement et encore, le juge doit décider si cette mention est portée sur le casier judiciaire.

 

INFOS +

- les règles de la garde à vue : articles 62-2 à 77 du code de procédure pénale téléchargeable sur

- le CIDJ (Centre d’information de la jeunesse) à propos de la garde à vue

- les consultations juridiques des avocats « Debout » entretien avec son initiateur sur notre site

- historique,  but et conseils du groupe de Défense collective

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Se protéger
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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 00:43

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

Succès de la manifestation qui vient de s’achever Place Bellecour

Lyon. 15.000 manifestants et des flics déchainés épaulés par l’extrême droite

Publié le 28 avril 2016

 

 

 

Encore une fois, les violences policières étaient au rendez-vous, à Lyon, pour cette huitième journée de mobilisation contre la Loi Travail. La seule différence, c’est que l’extrême droite était venue en renfort des « forces de l’ordre » pour assurer les provocations.

Correspondant
Au moment où le cortège lycéen, parti de la Place Jean Macé, est arrivé à Sans-Souci, d’où devait s’ébranler la manifestation, ils se sont trouvé nez-à-nez, séparés par une haie de CRS, avec des militants de l’ultra-droite lyonnaise stationnés devant l’Université de Lyon 3. Après quelques heurts, les nazillons étant toujours solidement couverts par les flics, la manifestation est partie en direction de Bellecour, à 13h, avec les jeunes en tête de cortège.
Après une centaine de mètres à peine, le cortège, composé de lycéens, d’étudiants et de salariés ayant répondu à l’appel de l’Intersyndicale lyonnaise de la CGT-FO-FSU et Sud, a été gazé et chargé par les CRS. C’est à ce moment, à Garibaldi, qu’un manifestant se trouvant aux côté des lycéens a été atteint d’un tir de grenade au visage.
Les agressions policières se sont succédé tout au long de la manifestation, quoi qu’en dise Le Progrès, qui insiste sur des « heurts » entre des jeunes et les policiers épaulés par la Gendarmerie. A Saxe-Gambetta, un manifestant au sol a été savaté par une dizaine de CRS. A Guillotière, par la suite, c’est une manifestante d’une quarantaine d’années qui a été atteinte par un tir de flashball aux jambes.
En dépit de toutes ces violences et des multiples interpellations opérées parfois au sein même du cortège, ce sont 15.000 manifestants qui sont arrivés peu après 15h30 sur une Place Bellecour ceinturée par les canons à eau et des douzaines de véhicules de police. Par la suite, les intermittents et des manifestants sont partis occuper le Théâtre des Célestins où devrait se tenir une AG. La Nuit Debout lyonnaise, pour sa part, se réunira Place Quentin Guichard.

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

 

 

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 00:33

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

Nîmes : suivez en direct la journée de mobilisation contre la loi Travail

  • Nîmes : suivez en direct la journée de mobilisation contre la loi Travail
    Une grève interprofessionnelle à l'appel de sept organisations syndicales.
    LYDIA CHASSIER
  • Nîmes : suivez en direct la journée de mobilisation contre la loi Travail
    Un millier de manifestants était en fin d'après-midi devant la préfecture.
    CATHERINE UNAC
  • Nîmes : suivez en direct la journée de mobilisation contre la loi Travail
    Une grève interprofessionnelle à l'appel de sept organisations syndicales.
    LYDIA CHASSIER
  • Nîmes : suivez en direct la journée de mobilisation contre la loi Travail
    Un millier de manifestants était en fin d'après-midi devant la préfecture.
    CATHERINE UNAC

 

Une grève interprofessionnelle à l'appel de sept organisations syndicales (FO, CGT, Solidaires, FSU, Unef, UNL, FIDL) touche différentes entreprises gardoises ce jeudi 28 avril contre le projet de loi Travail. Un défilé départemental rassemblant environ 2 000 personnes est parti ce jeudi à 15 heures des Jardins de la fontaine. 

Après les différentes mobilisations de ces dernières semaines, une nouvelle manifestation départementale contre le projet de loi Travail est organisée ce jeudi 28 avril. Le départ a eu lieu à 15 heures des Jardins de la fontaine. Le cortège passe par l'avenue Jean-Jaurès, la rue de la République, devant les arènes pour terminer devant la préfecture du Gard, avenue Feuchères.

Les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, NL, FIDL sont environ 2 000 ce jeudi après-midi, journée de grève interprofessionnelle.

 

Suivez la manifestation en direct :

 

  1. Environ 1500 personnes devant la prefecture

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 00:16

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

Loi "Travail". Face aux matraques, des défilés à l’unité sans faille

Christophe Deroubaix, Fanny Doumayrou, Joseph Korda, Clotilde Mathieu, Loan Nguyen et Lola Ruscio
Vendredi, 29 Avril, 2016
L'Humanité

 

 

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REUTERS
 

 

La mobilisation était au rendez-vous, jeudi, malgré les vacances, pour exiger le retrait de la loi travail. Des manifestations unitaires parfois gâchées par une répression policière indiscriminée déclenchée à l’occasion du passage de perturbateurs violents et isolés.

A Paris, au départ de la place Denfert-Rochereau, les jeunes et les étudiants étaient en tête, suivis de FO, Solidaires, puis la CGT, et des centaines de pancartes au mot d’ordre tout simple : « Non ! » Du fait des vacances scolaires, la mobilisation est certes en retrait par rapport aux journées précédentes mais de bon niveau, ont plaidé les leaders syndicaux, qui maintiennent le cap : « Nous avons déjà obtenu des mesures importantes sur les jeunes, mais l’objectif reste le retrait de ce projet de loi », martèle William Martinet, dirigeant de l’Unef. « Malgré les vacances, la mobilisation est là », pointe Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, estimant que « la balle est dans le camp du gouvernement. Notre première revendication, c’est le retrait de ce projet de loi ». Et de citer l’accord trouvé dans la nuit sur le régime d’assurance-chômage des intermittents, comme exemple de mobilisation qui porte ses fruits.

« On n’est qu’au début de ce mouvement social », estime Eric Beynel, porte-parole de Solidaires, pour qui « il faut renverser la table, et renverser ce projet de loi ». Jean-Claude Mailly, pour Force ouvrière, confirme qu’« on ne lâche pas, on veut préserver la République sociale ! » L’intersyndicale se réunit lundi soir pour faire le bilan du mouvement et des remontées d’assemblées générales dans les entreprises, mais rendez-vous est déjà pris pour le 1er Mai ce dimanche, et un rassemblement mardi devant l’Assemblée nationale et en province, à l’occasion de l’ouverture du débat parlementaire sur le projet de loi.

« Je suis là pour l’avenir de la jeunesse, contre les licenciements abusifs, pour les embauches en CDI », raconte Dorothée, technicienne à l’usine Snecma de Gennevilliers et syndiquée chez FO depuis peu. « Chez nous il y a beaucoup de CDD et d’intérim, on prend des jeunes, on les forme et au bout de quelques mois on les jette pour en prendre d’autres, c’est très décevant pour tout le monde. Ma fille termine ses études, j’ai envie qu’elle ait un travail, un CDI ». Dominique, salariée d’un Carrefour Market de Seine-et-Marne et syndiquée CGT depuis vingt ans, « espère » le retrait de la loi. « Dans le commerce, on a déjà des conditions de travail et des salaires au minimum, le droit du travail est fondamental pour nous, on veut conserver nos acquis. »

 

à Marseille, des sigles syndicaux différents mais mêlés

Les deux cortèges sont arrivés au même moment sur la place Castellane. Celui de FO par la rue de Rome, celui de la CGT par le boulevard Baille. Timing parfait. Une radio avait annoncé le matin même que pour la première fois depuis 1995, les deux syndicats manifesteraient ensemble. L’information était imprécise. Les deux organisations se sont retrouvées ensemble à de nombreuses reprises en 2003, en 2010 et même cette année depuis le début de la mobilisation contre la loi El Khomry. Mais généralement, les militants, bien que participant au même défilé, ne se côtoyaient pas, les uns devant, les autres derrière. L’arrivée simultanée des deux cortèges a donc offert aux photographes une photo presque inédite de drapeaux rouges aux sigles différents mais mêlés.

« Il ne s’agit pas de fusionner les syndicats. C’est de l’ordre du symbole, explique Emmanuel Carrié, responsable FO de l’enseignement. Pour montrer qu’il y a une unité syndicale claire sur un objectif clair, le retrait de la loi El Khomry, et qu’il existe un axe CGT-FO sur lequel peuvent s’appuyer les travailleurs. » Du côté de FO, la mobilisation s’est affichée « un peu en retrait par rapport au 31 mars, selon Gérard Rué, responsable des territoriaux. On a autant de grévistes mais moins de manifestants ». Crèches, écoles, conseil général, hôpitaux : le gros des troupes de FO venait de ses « bastions » de la fonction publique dans une ville où, depuis Gaston Defferre, il est le syndicat privilégié par le pouvoir municipal. En revanche, à Airbus Helicopters, plus grosse entreprise de la région, FO, syndicat majoritaire, n’a pas mobilisé les salariés. Seuls les délégués sont venus manifester.

Pour Olivier Mateu, secrétaire général de l’UD CGT, cette manifestation a marqué « la reprise du ‘‘tous ensemble’’. On se prépare désormais à entrer dans une nouvelle phase. Dès la semaine prochaine, il faudra définir les modalités d’élévation de la poursuite de l’action et de la mobilisation ». La CGT Marseille a par ailleurs rencontré des organisateurs locaux des Nuits debout. « On a vérifié que l’on était d’accord sur les objectifs. » Les manifestants étaient invités hier à poursuivre sur le Vieux-Port par un atelier-débat sur « le travail en question ».

 

à Lyon, la mobilisation « redonne la pêche aux militants »

Environ 15 000 manifestants ont défilé à Lyon, soit autant de participants que le 9 avril. Des cheminots aux métallos en passant par les personnels hospitaliers et les enseignants, l’ensemble des secteurs étaient représentés dans le cortège. Du côté de la chimie, la mobilisation était « à peu près du même niveau que pour les journées d’actions précédentes », estime Jacques Lacaille, responsable CGT. Si le mouvement ne faiblit pas, les militants peinent à l’amplifier. Dans certaines entreprises, les situations locales supplantent parfois les revendications contre la loi travail. « La direction risque de nous annoncer des suppressions d’emplois demain, les salariés sont plus préoccupés par cela », explique Olivier Minoux, délégué CGT sur le site Rhodia-Solvay de Saint-Fons. S’il trouve que les discussions sur le projet de réforme du Code du travail sont « plus difficiles » en ce moment avec ses collègues, le syndicaliste, qui était présent au congrès de la CGT, se réjouit en revanche que cette mobilisation a « redonné la pêche aux militants qui n’ont pas connu de mouvement d’ampleur depuis la réforme des retraites de 2010 ».

Une situation un peu similaire à celle que connaît actuellement Sanofi Pasteur, la division vaccin du géant pharmaceutique. « La direction vient de nous annoncer le plan de compétitivité qu’elle veut nous imposer et qui comprend des suppressions de RTT, l’annualisation du temps de travail et un changement de rythme de travail qui aurait pour conséquence de faire travailler plus certains salariés gratuitement. Ce qui a provoqué d’importants débrayages mardi, mais qui fait que les salariés sont moins présents dans la grève aujourd’hui », affirme Tristan Teyssier, délégué du personnel CGT sur le site de Marcy-l’Etoile. « On explique aux salariés que le plan de compétitivité de Sanofi Pasteur, c’est la même chose que la loi El Khomri, et certains comprennent bien le lien, mais cela reste difficile de mobiliser, parce qu’on repart de zéro. La CGT a été un peu attentiste sous le mandat de Hollande. Maintenant, il y a un frémissement », juge-t-il.

 

à Orléans, les suites du mouvement en débat

Plus de 2 000 manifestants ont défilé dans la ville-préfecture du Loiret. Parmi eux, une grande partie de salariés du secteur privé qui s’interrogeaient sur les suites à donner à cette mobilisation. « Nous, à la CGT, nous sommes clairs sur cette question, affirme Aurélio Ramiro, secrétaire de l’union départementale. Le syndicat a appelé à l’organisation, dès la semaine prochaine, d’assemblées générales dans toutes les entreprises pour que les salariés eux-mêmes débattent de la reconduite de la grève. »

Cette perspective de blocage à grande échelle est portée depuis plusieurs semaines par les animateurs d’un appel baptisé « On bloque tout ! ». Théo Roumier, l’un de ses fondateurs défilait lui aussi, micro en main. « Le constat est simple : ce n’est pas facile, malgré une volonté forte que le débat soit posé, explique-t-il. Nous ne sommes pas dans un contexte de suiveurs d’une hypothétique corporation qui donnerait le top départ de la grève générale. Les mouvements de 2003 et 2010 (contre les réformes des retraites) ont prouvé que ce modèle était épuisé. Nous ne sommes plus non plus dans une attitude proclamatoire. Les choses avanceront en partant d’un travail de terrain et de la prise en compte des revendications locales. »

Pour François, salarié chez Famar, si la loi passe, le risque est palpable, surtout « pour les plus anciens ». « La boîte cherche par tous les moyens à réduire les frais de fonctionnement, notamment au travers du nombre de CDI. Elle est prête à utiliser cette loi pour licencier les plus anciens, sans mobile et pour trois fois moins d’indemnités. Elle n’attend que ça. » Pour autant, François estime que les esprits ne sont pas prêts à « un blocage général de l’économie française ». D’après Emmanuel, de FO-Éducation, la clef pourrait se trouver entre les mains de Valls et Hollande. « Si le gouvernement n’est pas capable d’entendre le mécontentement de centaines de milliers de Français, on sera obligé d’en passer par un blocage du pays », pense-t-il. A ses côtés, Laure, agent non-syndiquée du secteur médico-social, craint que « la mobilisation ne s’essouffle à force de descendre dans la rue tous les quinze jours ».

 

à Nantes, la belle journée a tourné au chaos

« Une belle journée de manifestation ». Il est 11 heures, le cortège part de l’île de Nantes. Le soleil est au rendez-vous, tout comme plus de 20 000 manifestants. « Dans l’usine nous sommes beaucoup plus nombreux à être en grève que lors de précédents mouvements. C’est bien, mais nous ne sommes pas encore assez nombreux », estime ce salarié d’Airbus, syndiqué chez FO. Sa collègue de la CGT, Laurence Dannet, souhaite également voir le mouvement s’amplifier. Le débat parlementaire qui s’ouvre mardi prochain, est pour la syndicaliste, « un point d’appui ». « Beaucoup de salariés sont conscients que cette loi est destructrice pour nos droits, mais comment transformer cette prise de conscience en lutte gagnante ? », s’interroge-t-elle. Juste à côté, les Arcelor Mittal du site de Basse-Indre sont venus en masse. « Chez nous, 80 % des salariés du site ont participé à la journée du 31 mars et nous sommes à peu près autant aujourd’hui, affirme Joël Viaud, élu CGT. En 2012, nous avons fait quatre jours de grèves consécutifs pour empêcher la fermeture du site. Et il n’est toujours pas sauvé. Nous avons de vraies inquiétudes et cette loi scélérate n’est pas là pour nous rassurer ».

Beaucoup de fonctionnaires sont également descendus dans les rues. Comme ceux de la Semitan, les transports urbains de l’agglomération nantaise. Parmi eux, des militants CFDT venus « surtout par solidarité », Une belle journée, une belle manifestation, qui, une demi-heure plus tard, à l’abord du centre ville, a tourné au chaos. Le cortège n’a pas fini sa course, alors qu’une Agora était prévue par les organisations syndicales. Après avoir divisé le cortège en deux, les CRS ont poussé une partie des manifestants tout droit au centre des affrontements avec quelques dizaines de casseurs. Des salariés ont subi durant plus d’une demi-heure les tirs de gaz lacrymogènes, certains ayant même été blessés. « Une attitude irresponsable », a réagi, le secrétaire de l’UD CGT, Fabrice David qui, quelques heures plus tôt, déplorait « ces violences » qui, déjà, posaient « un réel problème » pour mobiliser les salariés.

 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 23:59

 

Info reçue par mail


 

 

Vrais chiffres chômage Mars 2016,
7600 chômeurs de moins, mais 323400 radiations


Sources :
Rapport complet de la DARES de 13 pages
(et non pas le simple communiqué de presse envoyé aux médias) :
 http://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/pi-mensuelle-cttqa38a.pdf
mercredi 27 avril 2016.
__________

7 600 chômeurs de moins ce mois, mais aussi 9 200 radiés de + ce mois, même scénario qu'au mois d'aout donc ... (sans doute pire, vu qu'ils atténuent les coups de massues en lissant sur 3 mois les calculs)

6 486 100 privés d'emploi et travailleurs occasionnels officieux, toutes catégories confondues, + 4 030 000 environ d'invisibles qui n'entrent pas ou plus dans les statistiques officieuses ( chiffres détaillés bas de page ).

Total : + de 10,51 MILLIONS de chômeurs en France (fourchette basse), et autant de pauvres largement sous les seuils de pauvreté.

Radiations des listes A,B,C,(D,E) de Pôle Emploi par motifs, moyenne mensuelle (basée sur 1 trimestre) de Mars 2016 :

- Défauts d'Actualisation (bugs informatiques + oublis + des découragés non indémnisés) : 225 800, 44 % des sorties des listes. (+ 9,3 % sur 1 an)

- Radiations Administratives (les punis) : 43 700, 8,5 % des sorties. (-2,2 % sur 1 an)

- Autres Cas (morts, suicidés, emprisonnés, expulsés etc) : 53 900 et 10,5 % des sorties. (+ 6,1 % sur 1 an)
 
soit 323 400 radiés des listes (63 % des sorties) ce mois (moyenne mensuelle sur 1 trimestre) pour autres motifs que :

- Stages parking : 49 200, 9,6 % des sorties. (+ 10,6 % sur 1 an)

- Arrêts maladie, maternité, départs en retraite : 39 600, 7,7 % des sorties. (+ 7 % sur un an)

- Reprises d'emploi déclarées : 100 600, ne représentent que 19,6 % des sorties des listes de pôle emploi. ( + 15,1 % sur 1 an )

 
Demandeurs d'emploi par catégories :

A : 3 531 000 -1,4 % ( + 0,5 % sur 1 an ).
B : 720 200 +2 % ( + 4,8 % sur 1 an ) travailleurs pauvres moins de 78 heures.
C : 1 209 900 + 3,2 % ( + 10 % sur 1 an ) travailleurs pauvres de + de 78 heures.

D : 273 100 -0,4 % ( -2,1 % sur 1 an ) stages parking, occupationnels etc.
E : 424 200 +0,4 % ( +12,2 % sur 1 an ) contrats aidés etc.

TOTAL : 6 151 400 ( données corrigées ), hors DOM TOM, soit + 3,3 % sur 1 an, 7 600 chômeurs de moins, par rapport à Février

TOTAL, dom-tom compris : 6 486 100

Quelques chiffres qui parlent :

Chômage Longue durée (entre 2 et 3 ans) : + 3,8 % sur 1 an.
Chômage Très Longue Durée + de 3 ans : + 12,7 % sur 1 an.

Chômage des 50 ans et +, + 7,7 % sur 1 an.

1 chomeur inscrit à pôle emploi sur 2 (49,59 %) ne perçoit AUCUNE INDEMNITE, ni ARE (allocation retour à l'emploi), ni allocation de solidarité (ASS, AER)

Offres d'emploi disponibles, dernier chiffre connu : 663 127, environ 150 000 collectées via pole emploi, les autres via des "partenaires" privés, certaines pouvant apparaitre 7 fois, d'autres sont fictives et/ou mensongères (remplissages de candidatures de boites d'intérim, annonces faussement classées en CDI, etc).


Le + scandaleux, LE CHÔMAGE INVISIBLE, complètement en dehors des statistiques :

Ne sont pas comptés dans ces 6 486 100 demandeurs d'emploi et travailleurs pauvres occasionnels :
 
1 530 000 foyers bénéficiaires du RSA, en effet sur 2 530 000 environ de foyers (dernier chiffre connu) , seuls 1 000 000 environs sont inscrits à Pôle Emploi, les autres bénéficient d'autres suivis (associations, collectivités locales, etc.) en sachant qu'un foyer bénéficiaire, comporte parfois + d'un demandeur d'emploi en son sein, donc si on parle en nombre d'individus c'est pire.

+ encore 1 100 000 au bas mot, sur les environs 2 millions de bénéficiaires de l'AAH ou d'une pension d'invalidité, qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi, malgré une aptitude et un désir d'accès à un emploi adapté.

+ encore 1 400 000 de SANS-DROITS, qui sont principalement :

- des jeunes de moins de 25 ans, primo demandeurs d'emploi, qui comme vous le savez n'ont même pas droit au RSA. (quasi unique en Europe), favorisant délits, crimes, trafics, prostitution, esclavagisme moderne, radicalisations etc.

- des sans droits, pour motif, dépassement des plafonds de ressources dans le foyer, exemple, votre conjoint(e) perçoit 700€ d'allocation chomage, ou 807€ d'allocation adulte handicapé, vous n'aurez même pas droit au RSA, car vous dépasserez le plafond couple qui est de 660€ par mois, si vous êtes NON SDF.

- des bénéficiaires de pensions de reversions ( veufs, veuves ) de 55 ans et +, qui dépassent les plafonds du RSA ( 462€ pour une personne seule ), et qui n'ont pas l'âge pour prendre leur propre retraite ou pour percevoir le minimum vieillesse ( 65 ans ) qui s'appelle aujourd'hui "A-S-P-A" (allocation solidarité aux personnes âgées), qui est récupérable sur le patrimoine, au décès.

- des bénéficiaires de pensions alimentaires qui dépassent les plafonds du RSA (plafonds 2 fois inférieurs aux seuils de pauvreté, une véritable honte)

- des étudiants, boursiers ou non, qui cherchent des petits jobs alimentaires, qui sont donc bien demandeurs d'emploi, en concurrence avec les autres (même si beaucoup sont aussi exploités en stages sous payés, voire gratuits).

- des auto-entrepreneurs, qui ne gagnent rien ou presque, et sont demandeurs d'emploi en parallèle.

- on peut parler également de retraités qui cherchent un emploi car leur retraite ne couvre pas les charges fixes pour survivre ( loyer, énergie, assurances, voiture, téléphone, eau, nourriture, santé (lunettes, dentiste ..) incalculable.

=> au total, + de 10,51 MILLIONS demandeurs d'emploi en France, et travailleurs pauvres occasionnels.
 


Liste d'échange entre les comités locaux d'Attac
 

 

 

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 00:22

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

VIDÉO - Chômage : ces archives que Hollande et Sarkozy aimeraient qu'on oublie…

 
Ce mercredi était le 14ème anniversaire du 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen avait porté le FN au second tour de l'élection présidentielle. Tandis que beaucoup s'interrogent sur les moyens d'éviter que cela ne se reproduise en 2017, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont à leur disposition une solution toute simple : respecter la parole qu'ils ont donnée.
 
Capture d'écran TF1/France 2.
 

Toute la journée de ce mercredi 21 avril, le souvenir de 2002 a ressurgi sur les réseaux sociaux. Avec une question récurrente, à un an de la prochaine élection présidentielle : comment éviter que ne se reproduise le séisme politique d'alors, quand Jean-Marie Le Pen avait porté le FN au second tour ? Et ce, alors que l'hypothèse, crédible à ce stade, d'un nouvel affrontement entre François Hollande et Nicolas Sarkozy pour 2017, ne paraît guère porteuse d'un réenchantement de la politique.

Président sortant, François Hollande a promis de ne pas se représenter s'il n'est pas parvenu d'ici là à tenir sa promesse de 2012 : inverser la fameuse courbe du chômage. Au plus bas dans les sondages, contesté dans la rue par la fronde anti-loi El Khomri mais aussi par les "Nuit Debout" de République, le chef de l'Etat ne donne pourtant aucun signe qu'il compte renoncer à l'aventure.

De son côté, l'ex-président Nicolas Sarkozy s'évertue, bien qu'il ne l'ait pas encore officiellement déclaré, à revenir à l'Elysée. Lui aussi avait pourtant promis, en 2007, de faire passer le chômage de 10 à 5%. Et d'en tirer les conséquences en cas "d'échec". Mais nous sommes en 2016 et le taux de chômage en France n'a toujours pas été ramené sous la barre des 10%…

Alors, on prend les mêmes et on recommence ? Ou on se tient enfin aux engagements donnés, et répétés, comme le rappelle la vidéo ci-dessous…

 

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 23:49

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Militer autrement: Daniel, agent immobilier «équitable»

27 avril 2016 | Par Patrick Artinian
 
 

Deuxième portrait de notre série de militants qui n'ont pas choisi les partis politiques pour lutter contre un système ou simplement mener une action citoyenne. Aujourd'hui, Daniel Pérénic. Après dix passés dans une grosse société américaine à vendre des matériaux en bois composites à des constructeurs à travers l’Europe, il a décidé de « faire quelque chose de sa vie ». Associé à une juriste, il lance en Alsace où il réside une agence immobilière « équitable ». Sur chaque vente de bien, il cède 5 % de ses bénéfices à une association généralement en lien direct avec les problèmes de mal-logement.

  1. Avril 2016. Daniel Pérénic, créateur de l'agence immobilière Robin des Toits, visite une maison à Petite-Pierre, en banlieue de Strasbourg. Son agence ne fait que de la vente aux particuliers. En Alsace, lors de la vente d’un bien immobilier, c’est l’acheteur qui paie la commission d’agence. Daniel Pérénic demande donc deux chèques : le premier d’un montant de 95 % de la commission destiné à son agence et le second de 5 % destiné à une association de son choix. Ces associations étant souvent d’utilité publique, elles peuvent délivrer des reçus fiscaux permettant à l'acheteur de récupérer une partie de ces 5 %.

     

  2. Avril 2016. L’agence compte aujourd'hui huit commerciaux qui travaillent en Alsace. « C’est vrai que je gagne moins d'argent qu’avant, analyse Daniel Pérénic dans la vidéo ci-dessous, mais j’ai l’impression d’en avoir dix fois plus. Désormais, je raisonne en fonction de mes besoins, je n’ai pas l’impression d’être mal loti. Quand on raisonne besoin et non argent, on ne manque de rien alors que si on raisonne argent, il n’y en a jamais assez. »

     

 

  1. Avril 2016. Daniel Pérénic photographie les alentours d'une maison pour enrichir l'annonce. Pour Daniel Pérénic, la principale qualité de l’agence, avant même son côté équitable, est le professionnalisme. « Ce que je veux, c’est être reconnu comme une agence immobilière qui fait bien son boulot et qui, en plus, pense aux autres. Notre métier, c’est de vendre. Il faut être bon là-dedans. Le reste, c’est la cerise sur le gâteau. »

     

  2. Avril 2016. Daniel Pérénic visite des biens immobiliers dans les environs de Strasbourg. Donner 5 % de sa commission à des associations qui œuvrent contre le mal-logement ou pour les SDF, c'est à ses yeux « penser à la problématique du logement de A à Z, jusqu'à ceux qui n’ont rien ». Dans l'est de la France, « il y a une dizaine d'associations qui travaillent sur ces thèmes. Nous présentons aux acheteurs celles avec lesquelles nous travaillons : leur fonctionnement, leurs priorités, leurs actions. Mais si un acheteur préfère donner à une structure qui œuvre pour une maladie particulière, ou qui s'intéresse aux enfants… du moment qu'elle est reconnue d’utilité publique, nous n'y voyons aucun inconvénient. »

  3. Avril 2016. Daniel Pérénic en prospection à Petite-Pierre, en banlieue de Strasbourg. Lorsque l'acheteur n'émet pas de souhait particulier vers telle ou telle association, l'agence effectue elle-même le don en privilégiant les actions d'urgence, notamment pendant les périodes hivernales. En dix ans, son agence a ainsi reversé environ 250 000 € de dons aux associations. Daniel Pérénic souhaiterait arriver à 1 million d’euros.

     

  4. Avril 2016. « La profession n’a pas une belle image, faut pas se leurrer, reconnaît Daniel Pérénic. Mais je trouve que c’est un super beau métier de trouver une maison ou un appartement pour une famille. Lorsque les gens visitent des logements qui leur correspondent, qu’ils s’y projettent et que leurs yeux s’illuminent, c'est top. »

    • Retrouvez le premier portrait de cette série “Militer autrement” : Les « batailles concrètes » de Cécile pour le climat, en cliquant ici.

     

     

    Source : https://www.mediapart.fr

     

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