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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:25

 

Dans Opinions

Les indignés entre réforme et révolution

Publié par : M-C le avr 26, 2012

Après son succès initial, le mouvement cherche à se construire une pérennité et une méthode.

 

- A la Puerta del Sol à Madrid le 24 juillet Susana Vera / Reuters -

Où partent les indignés espagnols cet été? Fatigués de camper sur le bitume, certains vont substituer le slogan «Toma la plaza» par «Toma la playa».

 

Nouvelle campagne aux accents écolos, les cibles de cette indignation estivale sont des symboles de l’urbanisation du littoral comme le Palmar de Cadiz (un complexe touristique à 500m de la mer) ou l’hôtel Algarrobico à Almeria (un hôtel de 22 étages situé dans un parc naturel).

 

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D’autres préfèrent s’adonner à la randonnée pédestre. Depuis le 26 juillet, un groupe d’indignés a quitté Madrid pour Bruxelles. Arrivée prévue le 8 octobre après une pause le 17 septembre à Paris, jour où les indignés new-yorkais devraient envahir Wall Street. Derrière ces nouvelles formes de mobilisation, une même volonté de poursuivre le mouvement autrement avant la rentrée marquée par une manifestation internationale annoncée le 15 octobre.

 

Et après? Si le mouvement survit à la rupture estivale, peut-on prévoir son évolution à long terme?

«Les indignés inaugurent un nouveau cycle politique tant pour la société que pour les structures représentatives, dans le sillage des nouveaux mouvements globaux», annonce Angel Calle Collado dans une tribune publiée sur le quotidien espagnol Público.

 

Mais selon ce professeur de sociologie engagé dans le mouvement «Toma la plaza» à Cordoba, le mouvement émergent n’échappera pas à certains dilemmes: «comment construire des coordinations fluides entre les divers éléments qui composent le mouvement? Comment gérer les pressions internes et externes sans user l’horizontalité et la porosité du15M? Comment incorporer des dynamiques concrètes pour maintenir la tension militante? Quelles relations entretenir avec les «vielles formes» d’organisation politique?», se demande-t-il.

 

A circonstances inédites, nouveaux critères d’analyse

Le mouvement des indignés a trois têtes et d’autres pourraient pousser. A l’entité «Democracia Real Ya»s’ajoute l’activisme de «Toma la plaza» et des luttes contre les expulsions de logement. Et depuis qu’ils ont levé les acampadas des places publiques, les indignés nourrissent les assemblées de quartier des grandes villes espagnoles.

 

Ce qui fait dire à Luis Blanco, leader de l’Intersyndicale Alternative de Catalogne (IAC) que le mouvement tangue entre réforme et révolution: «On a d’un côté la volonté de transformation sociale avec des slogans comme “ce n’est pas une crise, c’est le système” (“no es una crisis, es el sistema”), et de l’autre des propositions concrètes plutôt réformatrices comme l’impôt sur les transactions financières ou la “dacion en pago” (une réforme législative qui permettrait aux ménages de rembourser la totalité de leur hypothèque avec la vente de leur logement. A l’heure actuelle, les banques exigent des ménages qu’ils continuent à rembourser leurs dettes même après avoir vendu leur logement, ndlr)», dit le syndicaliste.

 

Combien de temps peut-on concilier les deux? «On ne sait pas sur quoi va déboucher le 15M, mais il est fondamental qu’il maintienne sa méthodologie d’action, basée sur la décision collective et horizontale. Sur ce plan, l’apprentissage est permanent. Les militants plus expérimentés n’ont pas à imposer de grille de lecture».


Thomas Coutrot, vice-président d’Attac France, insiste aussi sur la nécessité de conserver l’essence du mouvement coûte que coûte: «Il ne faut pas retomber dans les ornières des formes politiques traditionnelle, où la parole est confisquée par quelques-uns, prévient-il. Mais il faudra trouver une traduction institutionnelle. On ne peut pas rester dans un mouvement de rue uniquement contestataire pour changer les institutions.»

 

D’ailleurs, «l’autre monde possible» des altermondialistes de 2001 n’est-il pas le même que celui qu’appellent les indignés de leurs vœux dix ans plus tard?

 

«Il y a certainement une filiation d’idées dans le constat commun de la crise de la démocratie et de la confiscation par l’élite politique et économique qui décrète que le seul horizon politique en vigueur est celui des marchés, admet Thomas Coutrot. La forme de mobilisation spontanée, horizontale et l’absence de porte-parole sont inspirés du mouvement altermondialiste. Mais les indignés vont plus loin.»

 

Les indignés se différencient dans les circonstances de leur naissance. En 2001, quand Attac parle d’altermondialisme pour la première fois, la crise économique ne touche que l’Argentine, pas l’Europe.

 

Dans le rapport à la violence aussi. Là où les altermondialistes étaient partagés entre une branche plus pacifiste que l’autre, les indignés font tout pour éviter le rapport de force.

 

Dans l’humour et l’originalité des initiatives: les indignés«ne sont pas anti-système, c’est le système qui est contre eux.» Et surtout dans l’éclectisme idéologique et générationnel du mouvement.

 

Alors quand on demande à David Iglesias Corada, spécialiste en marketing et engagé dans la commission communication de l’acampada de Barcelone, s’il qualifie plus le mouvement de réformateur ou de révolutionnaire, il répond forcément à côté: «Je préfère parler d’évolution. L’idée est d’aller au-delà de ce que nous connaissons et de créer quelque chose de nouveau parce qu’il a été démontré que ce qui a été fait jusqu’ici ne marche pas».

 

Une récupération, quelle récupération?

L’activiste de 32 ans souligne autant l’échec du système que des entités censées représenter une alternative. En Espagne et en Grèce où le mouvement a le plus d’écho, les gouvernements socialistes ont été critiqués tant pour leurs politiques d’austérité que pour la corruption de leurs dirigeants.

 

Le premier ministre socialiste espagnol vient d’appeler à des élections anticipées le 20 novembre (jour de la mort de Franco et du créateur de la Phalange José Antonio Primo de Rivera, ndlr) où selon le Centre d’Investigations Sociologiques (CIS), le parti populaire de Rajoy remporterait 43,1% des voix contre 36% pour les socialistes.

 

Dans ces conditions, ne pourraient-ils pas carrément créer un parti pour relancer la gauche, à l’heure où 79% des citoyens soutiennent les propositions des indignés selon une étude de Metroscopia pour El Pais?

 

«Je pense possible que demain, il se créé un certain type de parti politique, répond Ignacio Escolar, journaliste fondateur du quotidien Público. Mais à court terme, cela me paraît peu envisageable car les personnes impliqués dans les assemblées et dans le mouvement «Democracia Real Ya» ne sont pas dans cette démarche. Ils voient plus leur rôle comme celui d’un groupe de pression citoyen sur les partis pour peser sur l’agenda politique. Mais sans penser à devenir leader de cette masse citoyenne.»

 

Même opinion du côté de Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’économie de passage au premier Forum Social des indignés lundi 25 juillet: «Il est important qu’ils maintiennent le mouvement politique mais qu’en parallèle, ils donnent une place au plan analytique», a-t-il affirmé sur Público, avant d’ajouter que cela ne devait pas «nécessairement» passer par la création d’un parti politique: «Tout dépend de comment réagit la scène politique».

 

Le dilemme que les indignés se posent quant à leur relation aux «vieilles formes»politiques et syndicales ne dépend donc pas que d’eux. On attend de voir comment le système politique va réagir face à cette nouvelle voix qui refuse tout type de catégorisation. Là-dessus, les citoyens espagnols y croient moins. Selon le baromètre du Cabinet d’Etudes Sociales et de l’Opinion Publique (GESOp), 68,5% d’entre-eux sont persuadés que les partis ne feront pas le moindre cas des indignés. Pourtant, «les partis ne peuvent pas se permettre de ne pas leur prêter attention», prévient une journaliste d’El Pais.

 

«A court terme, le 15M peut faire augmenter le vote blanc, mais il n’aura pas d’influence réelle sur les élections, estime Luis Blanco. Après, en fonction de la manière dont le probable gouvernement Rajoy se positionne, ça peut changer. Et les partis de la gauche parlementaire pourraient opter pour le soutenir plus… D’ailleurs, ça commence déjà… »

 

Un parti aurait en effet bien du mal à se dire ouvertement contre le mouvement des indignés aujourd’hui, même si son slogan principal est «no nos representan»(«ils ne nous représentent pas»).Résultat, «que ce soit les partis de gauche ou de droite, tous essaient d’inclure les idées du 15M, précise Ignacio Escolar. Le candidat socialiste Rubalcalba en a reprises beaucoup, même si ce n’est pour l’instant qu’un discours de façade. Mais ça signifie que les idées du 15M se sont diffusées dans la société. Et pour les partis à la gauche de la gauche comme Izquierda Unida (IU) ou les Verts, l’attention va beaucoup plus loin car ils sont conscients que 90% ou 100% de leur électorat sont des sympathisants des indignés

 

«Si le mouvement meurt, un autre prendra sa place»

Une chose est sûre pour le journaliste espagnol, les indignés ont déjà fait bouger les lignes. «Le mouvement des indignés a réussi à amener sur la place publique des thèmes dont jusque-là personne ne s’intéressait vraiment: la question de l’absence d’alternance politique, celle de la réforme de loi électorale, le drame de l’endettement à vie des familles sous le coup de l’hypothèque».


 Les mouvements sociaux espagnols aussi sont à jamais bousculés. «Le 14 mai, la veille du 15M, les syndicats avaient réunis 50.000 personnes, soit cinq fois plus que le lendemain. Désormais, le rapport des forces est inversé: le 19 juin, 200.000 personnes sont descendues dans les rues de Barcelone à l’appel des indignés. Deux jours plus tard, la mobilisation de la Confédération Européenne des Syndicats a rameuté 500 personnes…», sourit le syndicaliste, bien content d’être plus proche des indignés que des syndicats majoritaires qui ont participé à cette marche ridicule. Il évoque les dissensions internes au sein des deux grands syndicats (UGT et CC OO), incapables de se mettre d’accord sur la relation à établir avec le mouvement citoyen.

 

Quel que soit l’avenir du 15M, «la plus grande erreur de tous ceux qui cherchent à l’enterrer est de croire que ces protestations peuvent disparaître avant que les causes qui ont provoqué leur naissance aient été résolues »,écrit Ignacio Escolar sur son blog politique, le plus lu en castillan. «Même si le 15M finissait par perdre le soutien populaire dont il jouit, un autre mouvement viendrait prendre sa place.»

 

Quant à savoir si le mouvement peut s’internationaliser, difficile à dire sur quoi va déboucher la marche populaire qui s’achèvera à Bruxelles le 8 octobre, date à laquelle ils livreront aux eurodéputés leurs revendications «globales».

 

Le fait que des Allemands d’Aquisgrán (à la frontière avec la Belgique) se joignent à la fête, ainsi que des Français partis de Toulouse et de Paris, n’augure pas encore la naissance d’un mouvement européen structuré.

 

L’appel des indignés américains à inonder Wall Street de «tentes, cuisines et barricades» le 17 septembre n’annonce pas non plus la promesse d’un soulèvement mondial. Mais pour Thomas Coutrot, la protestation espagnole a bien une saveur européenne, car «les racines des mouvements espagnol et grec sont présentes dans toutes l’Europe. La crise de la dette va s’étendre et atteindre d’autres pays qui appliquent le même type de restrictions budgétaires.»

 

Entre les Cassandres du 15M et celles des finances européennes, les paris sont ouverts.

 

Emmanuel Haddad

 


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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:18

 

BERLIN (ALLEMAGNE) [27.04.12] – Le mouvement des Indignés s’est emparé de la 7e édition de la Biennale de Berlin, à la demande de son Commissaire, l’artiste polonais Artur Żmijewski. Le ton est donné pour cet événement où le politique prend le pas sur l’art, du 27 avril au 1e juillet. PAR ISABELLE SPICER


 
La Biennale de Berlin n’avait pas encore commencé qu’elle suscitait déjà des polémiques. Les commissaires associés de la Biennale, le collectif Voina, a été arrêté par la police russe, et n’ayant pas l’autorisation de quitter Saint-Pétersbourg, a dû annuler sa participation. L’action d’un artiste tchèque, Martin Zet, appelant au recyclage, donc à la destruction d’un livre anti-immigration du député social-démocrate Thilo Sarrazin, avait été dénoncée comme une atteinte à la liberté d’expression, rappelant les autodafés nazis. Des opposants à ce projet avaient manifesté en janvier dernier place Bebel à Berlin, à l’endroit même où les nazis avaient brûlé plus de 20 000 livres proscrits par le régime en 1933.

Le ton était ainsi donné pour cette 7e Biennale, au nom évocateur « Forget Fear », « Oubliez la peur », consacrée à l’action politique des artistes, et placée sous le signe de la controverse.
Le commissaire principal de l’exposition, Artur Zmijewski, a confié les clés de la conférence de presse au mouvement des Indignés. En lieu et place des questions-réponses aux organisateurs et commissaires de l’exposition, les journalistes se sont donc fait interpeler par les Indignés. Les Indignés disposent également de la salle principale de la Biennale, où ils « font ce qu’ils veulent », selon mijewski, dans la limite du respect des lois, puisque la Biennale est financée par l’Etat fédéral allemand. Un autre projet intitulé Breaking The News, à la frontière entre art et journalisme, documente les appels à la désobéissance civile à travers le monde, sur une série d’écrans géants.

Autre signe de la primauté de la politique sur l’art dans cette Biennale, le catalogue ne comporte pratiquement que des textes politiques, ainsi que des entretiens avec les artistes, illustrés par de très rares photos. L’artiste Pawel Althamer y déclare ainsi qu’il serait nécessaire d’envoyer des artistes à la place de l’armée dans les zones de conflit. Ceux-ci pourraient permettre de renouer le dialogue grâce à la création artistique et éviter des conflits armés. Les soldats ne devraient être envoyés qu’en cas d’échec, voire de décès des artistes. Pour illustrer ce que pourrait être cette action artistique, il a mis en place un « congrès des dessinateurs », où tout visiteur de la Biennale peut venir s’exprimer à travers le dessin, sans aucune censure. Les murs d’une église désaffectée ont été recouverts de papier blanc, et Pawel Althamer, dont on a récemment pu voir les œuvres au Deutsche Guggenheim, donne l’exemple en dessinant sa carte d’identité au fusain. L’œuvre collective sera donnée au public à la fin de la Biennale.

Le conflit est un thème majeur de cette Biennale, à l’instar du projet de l’artiste Khaled Jarrar, qui, en réponse à l’absence d’un Etat palestinien a décidé de prendre les choses en main en créant un tampon fictif de cet état. Il tamponne les passeports des visiteurs de la Biennale qui le souhaitent. Il a également créé une série de timbres de l’Etat palestinien, en utilisant les programmes des postes qui permettent de réaliser les timbres à la demande. Les timbres ont été issus par les postes allemandes et néerlandaises. « La Poste française a refusé ce projet, sans nous donner de raison valable », déclare Khaled Jarrar. Ces timbres peuvent être achetés à la boutique souvenir de la Biennale.

L’Allemagne est renvoyée à son histoire par l’artiste polonais Lukasz Surowiec, dans le projet Berlin-Birkenau. Celui-ci a essaimé dans tout Berlin et sur le lieu principal de la Berlinale de jeunes pousses de boulots, issus de la région de Birkenau à proximité du camp d’extermination d’Auschwitz. Ces arbres deviendront des « archives vivantes ». A l’initiative de Maciej Mielecki, une reconstitution de la prise de Berlin en 1945 est prévue le 29 avril 2012. Nul doute que les Allemands, dont la confrontation à cette période de l’histoire est constante et toujours délicate, apprécieront. La Pologne doit également faire face à son histoire avec le projet de l’artiste Yael Bartana et du « Mouvement pour la renaissance juive en Pologne », qui proposent le retour de 3 300 000 juifs en Pologne, afin d’y reconstituer une communauté.

La Biennale est financée à hauteur de 2,5 millions d’euros par la Fondation pour la Culture fédérale. Selon Gabriele Horn, directrice de la Biennale, cette somme a permis une prise de risque dans l’élaboration du contenu de l’exposition. Prônant l’action démocratique, les organisateurs sont cohérents avec leur objectifs en ouvrant le vernissage au public et en instituant la gratuité totale de la Biennale, jusqu’au 1e juillet 2012.

Spicer Isabelle

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:09
| Par Laurent Mauduit

Quiconque veut prendre la mesure du bilan des interventions de Nicolas Sarkozy dans la vie des affaires peut avantageusement prendre le Fonds stratégique d’investissement (FSI) comme champ d’étude. Car l’histoire du FSI recèle de nombreux secrets, que Mediapart s’est appliqué à percer. Et les résultats de notre enquête sont accablants : en d’innombrables cas, l’Elysée a fait pression sur le fonds pour qu’il apporte des financements publics à des obligés du Palais ou des hommes d’affaires dont Nicolas Sarkozy s’était tout bonnement entiché.


D’ordinaire, dans le débat public, on ne retient du rôle de Nicolas Sarkozy dans la vie des affaires que ses activités de fondé de pouvoir du capitalisme du Fouquet’s. En clair, ce sont ses interventions les plus visibles au profit des plus grandes fortunes qui alimentent la controverse : son scandaleux coup de pouce au profit de Serge Dassault pour que son groupe puisse croquer à vil prix le groupe stratégique Thales ; les cadeaux faits au milliardaire belge Albert Frère et à son complice et associé le milliardaire canadien Paul Desmarais lors de la fusion GDF-Suez ou dans l’affaire Eiffage…


Mais du FSI, on ne parle que très peu. Ou si la presse évoque parfois le fonds, c’est le plus souvent à titre de contre-exemple : pour souligner que Nicolas Sarkozy a au moins eu l’idée intelligente de créer cette structure pour tenter de protéger des PME françaises innovantes ou stratégiques des appétits des marchés et de la spéculation.


Et Nicolas Sarkozy a tout fait pour entretenir cette légende. Lors du troisième anniversaire du FSI, il a ainsi réuni de nombreux patrons à l’Elysée, le 17 novembre 2011, faisant grief au FSI de s’écarter de ses missions fondatrices et de copier les mœurs délétères des fonds spéculatifs anglo-saxons. « Si le FSI se doit d'être un investisseur avisé, et donc de rentabiliser ses investissements, je souhaite qu'il soit un investisseur au service de l'intérêt général. Nous n'avons pas besoin d'un hedge fund de plus – il y en a assez – avec des exigences de rentabilité et de dividendes délirants ! » a-t-il claironné lors de son allocation (elle peut être consultée ici dans sa version intégrale).

 

La vérité est, pourtant, totalement à rebours de ce qu’a suggéré ce jour-là le président sortant : ce n’est pas lui qui a joué un rôle vertueux en rappelant à l’ordre le FSI, de sorte que ce dernier ne copie pas les pratiques parfois sulfureuses des fonds hautement spéculatifs ; c’est à l’inverse le FSI qui, sans pouvoir le clamer sur les toits, a pendant près de trois ans fait de la résistance pour s’opposer aux pressions ou aux intimidations de l’Elysée. Soit en différant ou en repoussant des projets dispendieux défendus par le chef de l’Etat. Soit, quand les pressions étaient trop fortes, en prenant mille et une précautions pour qu’au moins l’argent public soit sécurisé et ne parte pas en fumée.


Le voici le vrai secret du FSI : créé par le chef de l’Etat, il est en fait entré discrètement en dissidence. Et son histoire se confond avec d’innombrables tensions et coups de gueule avec la présidence de la République. C'est en quelque sorte le monde à l'envers : alors que des personnalités du privé ont été placées à des postes de commandement du FSI pour décider de l'affectation de fonds publics – ce qui était choquant –, c'est malgré tout le FSI qui a rappelé en plusieurs circonstances à la puissance publique ce qu'était... l'intérêt général.


Cette histoire secrète et très révélatrice de ce qu’a été le pouvoir sarkozyste, Mediapart a eu beaucoup de mal à la reconstituer. Mais grâce à des témoignages de parlementaires, y compris de l’UMP, et de hauts fonctionnaires de Bercy, choqués par les interventions intempestives de l’Elysée – mais pas seulement –, nous sommes parvenus à reconstituer un florilège des plus folles histoires dont le FSI a été le théâtre ces derniers mois, celles qui ont abouti ou celles qui, pour finir, se sont enlisées. Là aussi, on y croise des figures éminentes du capitalisme du Fouquet’s mais pas seulement…


  • 20 millions d’euros pour faire plaisir à Serge Dassault. 

Mis à part dans le Canard enchaîné (28 juillet 2010) et la presse spécialisée, l’affaire Altis n’a pas fait les gros titres de la grande presse – et évidemment pas ceux du Figaro. Et pourtant, c’est un tort. Car elle a été un véritable casse-tête pour le FSI quasiment pendant toute l’année 2010 et début 2011. Et elle est très illustrative des méthodes utilisées par l’Elysée tout au long du quinquennat, tendant à considérer le FSI comme étant “sa” chose, et qu’il pouvait lui tordre le bras à sa guise pour investir des fonds publics où bon lui semble.


Spécialisée dans les semi-conducteurs, la société Altis aurait pu péricliter en 2010 ou être vendue, sinon même fermer ses portes, au risque que ses 1 400 salariés ne se retrouvent sur le carreau. Confrontée à de graves difficultés économiques, elle traverse de surcroît de violentes turbulences car ses deux principaux actionnaires, Infineon et IBM, qui sont aussi ses deux seuls clients, veulent se retirer.


Seulement voilà ! Altis a une chance inouïe. Un pur hasard : il se trouve que la société est implantée à Corbeil-Essonnes, ville dont le milliardaire, propriétaire du Figaro et sénateur UMP, Serge Dassault, a été le maire depuis 1995, avant que l’élection municipale ne soit invalidée le 8 juin 2009 par le Conseil d’Etat au motif que, pendant la campagne, des dons d’argent à des habitants ont été effectués, « de nature à altérer la sincérité du scrutin ».

 

Corbeil-Essonnes, c’est le fief politique de Serge Dassault, son pré carré, sur lequel il veille jalousement. Le milliardaire et ami de Nicolas Sarkozy ne veut donc pas qu’une société aussi importante pour sa commune qu’Altis soit condamnée. Mais dans le même temps, même s’il y est disposé, le milliardaire ne peut mettre de l’argent de sa poche : après l’invalidation dont il a fait l’objet, précisément pour avoir pris de l’argent dans sa poche pour arroser sa ville, ce serait prendre un trop grand risque.


Serge Dassault a donc l’idée d’entrer en contact avec Yazid Sabeg, qui est haut-commissaire à la diversité et à l’égalité des changes, mais qui est aussi le patron d’une importante société, Communication et Systèmes, intervenant sur le même secteur qu’Altis et pouvant être intéressée à en prendre le contrôle, à la condition d’une opération de “downsizing” comme on dit dans le jargon financier – en clair de réduction de périmètre.


Yazid Sabeg juge que l’opération industrielle est intéressante, mais ne veut pas financièrement en prendre le risque. Pour apporter 40 millions d’euros à Altis, il fait donc un emprunt obligataire auquel souscrit… Serge Dassault. Magique ! C’est l’avionneur et marchand d’armes qui est à la manœuvre, mais publiquement cela ne se voit pas.


Il y a un second “hic” : c’est que les 40 millions d’euros en question ne suffisent pas. Quand il signe le protocole d’acquisition, Yazid Sabeg veille donc à y faire figurer une clause suspensive : l’opération ne sera finalisée qu’à la condition que… le FSI – nous y voilà – y soit associé !


Or, le FSI ne veut pas, dans un premier temps, en entendre parler. Jugeant que l’opération est financièrement risquée, que la société Altis ne dispose pas d’un “business plan” cohérent, et que Yazid Sabeg ne vient pas avec un co-investisseur, le fonds rechigne. Selon une très bonne source au ministère des finances, cela s’est à l’époque très mal passé. Eclats de voix, intervention de l’Elysée mais aussi du ministre de l’intérieur Claude Guéant : en haut lieu, on a très mal compris que le FSI ait l’insolence de rechigner à apporter de l’argent à une opération voulue par Serge Dassault, un si proche ami du chef de l’Etat.


Le FSI s’en tient ainsi à l’époque à la stratégie pour laquelle il opte quand il pressent que les pressions seront trop fortes : il cède mais en veillant au mieux à sécuriser l’argent public. Les négociations traînent en longueur – plus d’un an au total –, mais le fonds obtient gain de cause sur ses demandes. Le “business plan” de l’opération est musclé ; un co-investisseur est trouvé, en la personne du fonds Qatari Diar qui apporte aussi 30 millions d’euros. Finalement, le FSI apporte lui aussi 20 millions d’euros, mais sous la forme d’obligations convertibles, ce qui là encore limite le risque de pertes.


Dans les archives du Figaro, on ne trouve pas grand-chose sur cette opération assez atypique. Mais la rumeur dit que, après s’être beaucoup agacé des réticences du FSI, Serge Dassault est maintenant aux anges. On le serait à moins…


De l'avion renifleur au tramway sur pneus

  • 30 millions d’euros pour un avion renifleur.  

Cette dénomination “d’avion renifleur” est peut-être un peu trop cruelle, mais elle résume tout de même assez bien les pressions qui s’exercent sur le FSI depuis de très longs mois pour lui faire apporter 30 millions d’euros d’argent public à un projet dont la rentabilité est très loin d’être assurée et qui pourrait s’avérer être un gouffre financier.


Ce projet, c’est celui qu’a conçu voilà quelques années, sous le nom de code de Skylander, la société Geci, sous l’impulsion de son PDG, Serge Bitboul, visant à développer en Lorraine un avion low-coast de 20 à 25 places : une sorte d’avion de brousse ou d’avion pour régions difficilement accessibles.


Voilà environ trois ans, Geci approche une première fois le FSI. Ce dernier ne ferme pas la porte mais soulève de nombreuses questions. Il cherche en particulier à s’assurer si la société a les capacités techniques de mener son projet à bien ; si elle s’est bien assurée qu’il existe un marché pour ce type d’appareils. En vérité, le FSI n’est pas très chaud. Même si le projet est soutenu par les élus de Lorraine de toutes obédiences, droite et gauche confondues, le fonds est hésitant parce que la construction d’avion n’est pas le métier de Geci, et parce qu’en résumé l’opération apparaît très aventureuse.


Les choses traînent en longueur pendant quelques années, jusqu’à ce que, à la fin de 2011, Geci frappe de nouveau, avec plus d’insistance, à la porte du FSI. Mais ce dernier est, en vérité, toujours réticent. D’abord l’avion n’a toujours pas volé ; et les spécialistes du secteur, Dassault et Airbus, sont à ce point circonspects qu’ils ne veulent pas entrer dans le projet. Deuzio, la société Geci apparaît comme un puits sans fond, où ont déjà été englouties des aides publiques pour des montants considérables : 16 millions d’euros d’avances remboursables de la région Lorraine ; 7,4 millions d’euros en provenance d'Oséo ; 2,5 millions d’euros sous forme de prime d’aménagement du territoire ; 2 millions d’euros d’aides régionales diverses ; 11,5 millions d’euros au titre du crédit d’impôt recherche ; 5 millions d’euros en provenance de la Direction générale de l’armement. Le FSI se prend donc à penser qu’en crachant eux aussi au bassinet, il pourrait s’exposer à une plainte de la Commission européenne.


Malgré ses réticences, le FSI commandite une étude. Et celle-ci vient confirmer ses craintes : le projet est techniquement intelligent mais le marché est très étroit et les coûts de conception et de fabrication de l’avion devraient être très supérieurs à ce qui était annoncé, de l’ordre de 300 millions d’euros. Au total, il faudrait donc injecter pas loin de 200 millions d’euros dans l’entreprise pour que le projet aboutisse.


Le FSI est pourtant soumis à très forte pression. Pour une fois tous unis, les élus lorrains y concourent. Et l’Elysée entre aussi dans la danse, sommant le FSI d’épauler le projet, en lui apportant 30 millions d’euros, le Commissariat général à l’investissement de René Ricol devant apporter de son côté 30 autres millions d’euros publics, et Aérofund, un fonds de la profession, 10 autres millions d’euros.


Les sommations à l’adresse du FSI sont si impérieuses qu’il est finalement contraint de faire un premier geste : même s’il se doute que les financements demandés s’avéreront insuffisants et que l’affaire pourrait être un gouffre financier, il accepte de signer un premier protocole provisoire. Poussant son avantage, Geci, qui est une entreprise cotée, suggère que le rapport d’experts commandité par le FSI lui est favorable. Mais des fuites dans la presse établissent qu’il n’en est rien.


Malgré les pressions des élus et de l’Elysée, le conseil du FSI n’a toutefois pas encore voté le projet.

  • Un cadeau de 30 millions d'euros pour Alstom.

Dans la légende que Nicolas Sarkozy essaie d’entretenir de lui-même, le groupe Alstom occupe une place singulière : le président sortant entretient l’idée que sans lui, sans son intervention en 2004, du temps où il était ministre des finances, le groupe d’infrastructures de transport ferroviaire aurait été rayé de la carte. Si cette version des faits est très largement enjolivée, il faut au moins lui concéder un mérite : il a contribué indirectement à sauver une grosse PME alsacienne, Translohr qui, sans l’amitié entre Patrick Kron, le patron d’Alstom, et Nicolas Sarkozy, aurait connu de graves difficultés.


Dirigée par un octogénaire alsacien, Robert Lohr, reconnu pour sa compétence industrielle, cette société traverse depuis quelque temps des difficultés conjoncturelles. Fabriquant des remorques porte-voiture pour le transport routier et ferroviaire ainsi que des tramways sur pneus (prisés pour les villes ayant de fortes pentes), elle subit une baisse cyclique très importante de ses ventes.


Pour sauver son entreprise qui traverse une situation financière très difficile, Robert Lohr a l’idée à l’automne 2011 de céder sa division spécialisée dans les tramways sur pneus. Alstom, qui exerce le même métier, fait logiquement une offre, mais elle est en vérité très basse. Une société chinoise se met donc sur les rangs et fait une offre deux fois plus élevée.


Affolement chez Alstom ! Le mastodonte français comprend vite que s’il ne surenchérit pas – ce dont il a tout à fait les moyens –, il risque d’avoir un concurrent direct sur le sol français. Alstom finit par s’aligner sur le montant de l’offre chinoise, mais le groupe français, qui se sait choyé par Bercy et l’Elysée, a une idée passablement tordue qui lui vient à l’esprit : d’accord, il s’aligne, mais le complément de prix, c’est… le FSI qui va l’assumer. Aussitôt dessiné, le schéma alimente d'innombrables rumeurs au ministère des finances et choque de nombreux hauts fonctionnaires.


Le FSI, lui, fait grise mine et rechigne de nouveau. Car il sait qu’Alstom n’a aucun besoin de son coup de pouce. Mais là encore, c’est le psychodrame ! Bercy et l’Elysée somment le FSI d’apporter la moitié de la somme, soit 30 millions d’euros. La tempête est si violente que le fonds est finalement obligé de céder. Mais, conformément à sa stratégie, le FSI s’applique tout aussitôt à sécuriser l’accord, de sorte que l’argent public ne parte pas en fumée. Le FSI demande que le protocole financier comprenne une clause au terme de laquelle Alstom lui rachète en cas de besoin ses titres à leur valeur d’acquisition. Selon une source à l'Agence des participations de l'Etat (APE), Alston refuse même ce geste ! Et dans la foulée, l’Elysée s’énerve et fait savoir au FSI qu’il doit aussitôt obtempérer.


Pourquoi le groupe Alstom n’a-t-il donc pas déboursé la somme de 60 millions d’euros ? Pourquoi le FSI a-t-il été appelé à la rescousse alors qu'Alstom avait parfaitement les moyens financiers de se débrouiller tout seul ? C’est en réalité un cadeau que le FSI a été sommé par Nicolas Sarkozy de faire à Patrick Kron. Entre amis, on ne se refuse rien...


  • Des pressions élyséennes pour aider l’ami Joël Seiché.

 

Le patron du groupe Seiché Environnement (troisième acteur français de l’environnement, présent à la fois dans l'eau et les déchets), Joël Seiché, est un ami personnel du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy a tenu à ce que cela se sache. Publiquement, il en a donc donné de nombreux gages. Le 20 octobre 2011, Nicolas Sarkozy est ainsi venu rendre visite à son ami, à Changé dans la Mayenne, pour inaugurer une nouvelle installation, comme le site Internet de la société s'en glorifie.

 

Et à peine quelques mois plus tard, le 16 février 2012, il est revenu au même endroit, pour de nouvelles effusions (vidéo ci-dessous) au cours desquelles les deux amis ont célébré en public la naissance de la fille du candidat sortant. Touchant, n’est-ce pas ? Avant cela, Joël Séché avait déjà été distingué en recevant la Légion d’honneur.



Le FSI n’aurait-il pas compris qu’on ne refuse rien à un ami du président ? Cela lui a valu, en tout cas, une cascade d’ennuis ces dernières années. L’histoire commence voilà cinq ans quand Joël Seiché, à la suite du retrait du fonds PAI, devient le principal actionnaire de la Saur (le numéro trois français de l’eau), avec la possibilité à terme de faire jouer une option lui permettant de monter encore au capital, de 33 % à 51 %, et d’en détenir la majorité, en reprenant les parts (18 % du capital) détenues par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) – parts transférées en 2009 par la CDC au sein du FSI, sa filiale.


Au début de 2012, l’histoire s’accélère parce que d’un seul coup, Joël Seiché est pressé. Désireux de croquer une entreprise qui est en réalité trois plus grosse que la sienne mais sans disposer des moyens financiers pour y parvenir, il sait de surcroît que l’éventuelle alternance risque de compliquer les choses. Car un nouveau président pourrait ne pas avoir pour lui les mêmes attentions que Nicolas Sarkozy. Or, les échéances ont été prévues lors du retrait de PAI : Joël Seiché a jusqu’au 27 mai pour faire jouer son option. Son mandat de président de la Saur, dont il a aussi hérité, arrive d’ailleurs à échéance au même moment.


Sans les moyens financiers de ses ambitions, Joël Seiché soumet le FSI a une formidable pression, pour pouvoir faire jouer l’option de rachat, mais à prix cassé. En clair, il demande que le prix prévu par l’option soit très fortement minoré. Le FSI, lui, résiste à bon droit. Considérant qu’il est gardien de l’argent public, il fait valoir qu’une option d’achat n’est pas une option de… cadeau. De surcroît, une clause prévoit qu’en cas de changement de contrôle de la Saur, les banques, qui détiennent de considérables créances sur la société, peuvent en exiger immédiatement le remboursement.


Ce qui rend le FSI justement d’autant plus inflexible : il fait valoir que sa volonté de prendre la majorité de la Saur va coûter très cher à l’actionnaire public et que celui-ci a donc d’autant moins de raison de lui rétrocéder ses titres en les bradant.


Cette position, pourtant justifiée du FSI, a le don de déclencher une violente colère du chef de l’Etat, qui charge son obligé Eric Besson, ministre de l’industrie de son état, de forcer la main du FSI. Trois réunions sont ainsi organisées par le directeur de cabinet d’Eric Besson, dans le souci d’amener le FSI à la raison… élyséenne, et de faciliter la prise de contrôle de la Saur par Seiché.


Peine perdue ! Cette fois-là, l’Elysée a perdu la partie car le FSI a tenu bon. L’échéance du 27 mai va donc arriver sans que Joël Seiché ait fait jouer son option. Le 17 avril, le FSI s’est même permis de publier un communiqué public (il est ici) qui prend des allures de camouflet pour l’Elysée car il s’applique à rappeler ce que sont les principes qui guident l’intérêt général : « L’argent public mis à la disposition du FSI sert au développement des entreprises, non à servir des intérêts particuliers. »


La morale de l’histoire, c’est le site d’information financière Wansquare (19 avril 12), pourtant peu réputé pour son hostilité aux milieux d'affaires, qui la tire : « Certains aimeraient faire croire que le groupe Caisse des dépôts et son bras armé, le Fonds stratégique d'investissement, ne respecteraient pas leur parole dans cette affaire. Mais où serait-il écrit, dit ou considéré comme acquis, qu'un actif détenu indirectement par l'Etat puisse être privatisé pour rien ? »


 

Il faut que Mediapart ne l'apprenne pas...

  • 6 millions pour sauver le soldat Pierre Bellanger. 

Les controverses autour de la radio Skyrock et sa plateforme de blogs, les fameux skyblogs, sont maintenant depuis longtemps éteintes. Mais en ces temps de campagne présidentielle, sans doute n’est-il pas inutile de les exhumer, pour comprendre dans quelle conditions le FSI a dû injecter 6 millions d’euros dans une affaire qui ne relevait sans doute pas de sa compétence. Sous la pression de l’Elysée, mais tout autant, il faut être juste, sous celle de la gauche.


Tout commence en avril 2011, quand le géant de la gestion d’actifs Axa Private Equity, qui est l’actionnaire majoritaire de cette radio très populaire auprès des jeunes, décide de licencier pour mauvaise gestion son très médiatique fondateur et PDG, Pierre Bellanger.


Aussitôt, c’est le tollé. Habile, Pierre Bellanger fait jouer ses relations et appelle le Crédit agricole au secours, pour jouer les chevaliers blancs et, à l’antenne, la banque est présentée – pour qui la connaît, cela fait sourire – comme un établissement citoyen. Anne Meaux, la grande prêtresse de la communication des grands patrons, s’active, elle aussi, dans les coulisses. Le directeur des relations institutionnelle de la radio, qui n’est autre que le socialiste Malek Boutih, l’ancien secrétaire général de SOS Racisme, se démène lui aussi en tous sens, tant et si bien que toute la gauche monte au créneau, de François Hollande jusqu’à Jean-Luc Mélenchon, comme le raconte la vidéo ci-dessous :


Trois jours après l’annonce de son éviction, Pierre Bellanger téléphone de son côté à Xavier Musca, le secrétaire général de l’Elysée, et à Franck Louvrier, porte-parole de Nicolas Sarkozy, pour s’assurer de leur soutien. La suite est racontée à l’époque par Marianne : « Pierre connaît le président depuis très longtemps. Sa première radio, la Voix du Lézard (qui deviendra Skyrock en 1986), était installée à Neuilly, explique le conseiller en communication du président. On lui a dit qu’on allait l’aider à trouver une solution, parce que Skyrock est un média utile . »


Le FSI est alors sommé par l’Elysée de venir épauler le Crédit agricole pour racheter les parts d’Axa Private Equity. Un membre du gouvernement annonce même que le FSI en a pris la décision, alors que son conseil ne s’est pas même tenu.


Le FSI est finalement contraint de céder et apporte 6 millions d’euros, aux côtés d’Orange et du Crédit agricole. Et comme à chaque fois en ce type de circonstances, il s’applique au moins à sécuriser l’argent public ainsi investi : une clause dans le protocole d’acquisition prévoit que le FSI peut reclasser auprès de France Télécom 90 % de ses titres à leur valeur d’achat. Au moins, cela limite au maximum les pertes éventuelles…


Pourtant, la question demeure : alors que Skyrock n’est pas franchement une entreprise qui peut être considérée comme stratégique, et qu’elle n’est pas non plus une entreprise sur laquelle pèsent des menaces de délocalisation, entrait-il dans le cahier des charges du FSI de voler à son secours ?


En tout cas, le résultat est là : le FSI a aidé Axa Private Equity à sortir de la radio, bénéfice en poche.


  • 10 millions d’euros pour le sulfureux homme d’affaires Alain Duménil.

 

Condamné mais protégé ! La formule résume l’histoire pour le moins paradoxale dont a profité l’homme d’affaires Alain Duménil – histoire que Mediapart a déjà racontée par le menu (Caisse des dépôts : le financement qui fait scandale, Alain Duménil : un homme d’affaires sous haute protection).

 

Ancien propriétaire du chausseur de luxe Stéphane Kélian, l’homme d’affaires Alain Duménil (ancien propriétaire de la banque du même nom) a été condamné, lundi 6 février, par la cour d’appel de Grenoble à un an de prison avec sursis et 75 000 euros d'amende pour complicité de banqueroute, pour avoir orchestré la faillite de l'entreprise en 2005.


Mais il bénéficie de très forts appuis, jusque dans les sommets de l’Etat, puisque le FSI lui a débloqué 10 millions d’euros d’apports publics, au profit d’une autre entreprise, AD Industrie, dont le président du conseil est un certain… Alain Madelin. Il entretient, en outre une relation de proximité avec le proche de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, qui, selon nos informations, est venu s’entretenir avec lui peu après que la juridiction eut rendu son arrêt.


Qui a poussé le FSI à faire cet investissement ? Nous relevions dans nos enquêtes que le FSI n’était pas favorable à cet apport financier mais avait visiblement obtempéré après que des instructions extérieures lui eurent été données. Cet apport était d’autant plus surprenant qu’Alain Duménil, qui a un contentieux fiscal très important, est résident suisse et que la société holding qui contrôle AD Industrie est une société de droit belge.


En fait, tout le monde savait, en haut lieu, que l’homme d’affaires avait été condamné en première instance et risquait de l’être de nouveau en appel. Mais l’intéressé a visiblement profité d’importants appuis. Le directeur général de la Caisse des dépôts, Augustin de Romanet (dont le mandat est depuis arrivé à échéance), suivait l’affaire de près, lui qui a été dans le passé membre du cabinet d’un ministre des finances dénommé… Alain Madelin. Et Bercy et l’Elysée suivaient le dossier avec tout autant d’attention.


Le FSI a donc traîné des pieds, même s’il estimait que l’opération industrielle avait du sens. Et bien que la procédure autorise le patron du FSI à user d’une délégation pour les investissements inférieurs à 25 millions d’euros, l’investissement a été soumis au conseil du FSI. Pour que chacun prenne ses responsabilités.


Mais comme nous le racontions dans notre précédente enquête, tout le monde espérait que l’affaire ne profite d’aucune publicité. Lorsque les différentes parties prenantes de l’opération financière se sont retrouvées dans le bureau de l’avocat d’Alain Duménil, Me Maurice Lantourne, pour signer le pacte d’actionnaires, c’est le représentant du FSI qui a dit publiquement la consigne : « Il faut faire en sorte que Mediapart ou le Canard enchaîné ne l’apprennent pas… »


Raté…

 


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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:00

 

Marianne - Vendredi 27 Avril 2012 à 05:00

 

Greek Crisis
Historien et ethnologue, ancien correspondant en France pour la revue grecque Nemecis, Panagiotis... En savoir plus sur cet auteur

 

En Grèce, où les élections législatives se tiendront le 6 mai, l'heure est aux questionnements. Selon Panagiotis Grigoriou, le résultat des urnes est très incertain tant les partis politiques sont éloignés de la réalité sociale du pays. Notre blogueur associé explique que l'extrême droite – la seule à proposer la sortie de la zone euro – pourrait être créditée de nombreuses voix.

 

(Manifestation devant le Parlement grec - ARGYROPOULOS/SIPA)
(Manifestation devant le Parlement grec - ARGYROPOULOS/SIPA)
C'est au petit garage sur l'avenue Olof Palme, près de la cité universitaire d'Athènes, que Monsieur Thanassis, un client, vient de déposer sa voiture, une Toyota Carinna II de 1992, ce mercredi matin. « Aidez-moi à descendre de mon véhicule, j'ai soixante douze ans, vous, vous êtes encore jeunes. Mais arriverez-vous vraiment sains et saufs à mon âge ? Juste une vidange, sans changer le filtre... » Georges, le garagiste, lui a répondu, mais après un bref moment de silence : « Nous n'y arriverons pas je pense, mais le plus grave est réservé à nos enfants. Ils n'ont pas de travail et ils n'en auront pas à l'avenir non plus. » Thanassis, enfin sorti de sa voiture, a levé son regard vers le ciel : « C'est un effondrement global qui se prépare. Nos voleurs venus du PASOK et de la Nouvelle démocratie se sont bien nourris de cette chute, mais sa vraie cause est ailleurs. Où allons-nous ? Personne ne peut nous le dire. Tout le monde se déclare étonné et impuissant, que l'on pose la question à un garagiste ou à un prix Nobel, les gens ne savent plus quoi dire. Et alors, quelle démocratie et quelles élections ? Les décisions ont été déjà prises il y a trente ans, mais nous étions endormis sur nos... cartes de crédit. En fait Georges, mettez-en de l'huile ordinaire, minérale... »

Hier soir, au centre-ville on manifestait contre la xénophobie. La police ne nous laissait pas nous déplacer dans une partie du centre-ville, à pied comme en voiture ou en moto. Certains photographiaient les splendeurs de la prochaine collection devant la Bibliothèque nationale, effet de mode ? Dans une salle au centre culturel de la mairie d'Athènes, des universitaires débattaient sur les responsabilités économiques endogènes, à l'origine de notre crise. Gerasimos a conclu que c'est désormais très difficile, mais il faut pourtant trouver une solution sans quitter le cadre européen.

Pour Cornélius Castoriadis, notre société n’est pas une démocratie, mais une oligarchie dominée par la bureaucratie des partis. Et suivant ce même motif, les élections sont une illusion de choix, car nous sommes tellement loin de la parrhèsia, cette obligation de dire franchement ce que l’on pense à propos des affaires publiques. Mais en 2012, nous sommes plutôt dominés par la bureaucratie des « guichets automatiques ». Est-ce un vrai changement déjà ?

Les élections relèveraient de la mascarade, sauf que pour une (dernière ?) fois, le personnel politique des pays de l'Union européenne finira par faire preuve de parrhèsia, car il n'aura guère le choix, et c'est pour bientôt. Et nous tous désormais, sachant que « nos » élections auront enfin un ultime sens avant leur probable suppression, une fois n'est pas coutume, agissons aussi en votant. Je ne commenterai pas directement le dernier scrutin en France, ce n'est pas de mon ressort je pense, publiquement en tout cas. J'ai lu avec la plus grande attention les analyses de la presse française, ainsi que les contributions sur le blog de Paul Jorion, et ainsi je peux me permettre une petite réflexion sur l'air du temps européen, ressenti, depuis les collines d'Attique. À travers les rencontres dans les cafés, les retrouvailles lors des manifestations politiques, les nouvelles depuis les îles de l'archipel Égéen, celles aussi tout autant contrastées, nous voilà enfin témoins des plus belles incertitudes jamais pressenties en Grèce, depuis la fin de la Guerre civile. Elles courent déjà sur les plages, ou dans le métro. Elles sont partout si on prend soin d'observer et surtout d'écouter les gens. Ainsi, le contraste devient saisissant, lorsqu'on passe d'un milieu social à un autre, et cette « baignade sociale » fait alors subir bien des écarts dans les températures. Comment par exemple, faire comprendre à certaines personnes au parti de gauche SYRIZA, rencontrées samedi soir lors d'un diner politique, que leur perception du syllogisme (par définition) commun, ne risque pas de rencontrer celui des jeunes gens, à l'assaut des plages et des guinguettes dimanche midi, sous une « musique » d'ailleurs assez abrutissante, à mon goût, y compris pour le sens politique.

Pourtant, ces écarts dans les « températures », vont se croiser dans les urnes le 6 mai prochain, lors des législatives. Et il en sortira du « chaud », du « froid » ou du « tiède », et de toute manière, il y aura parousie des sables mouvants et autres démons et merveilles, vents et marées (pour paraphraser le poète), balayant sans doute un certain constructivisme du fait politique. Les analystes sur ce blog de Paul Jorion ont pu comprendre, ce dont de nombreux « politiques » font encore semblant d'ignorer. À savoir, le questionnement sur l'Union européenne désormais posé, celui concernant les nations européennes aussi, par la même occasion. Comme l'extrême droite occupe ce terrain pratiquement seule (sur cette question), elle suit ainsi le sens dans l'opportunité créatrice du moment historique. Si, de surcroît, elle demeure encore longtemps seule sur ce « modernisme », elle finira par saisir cette opportunité, car je ne pense pas que le vide structurel de ce que je nomme « la bancocratie » (pour aller vite) va tenir encore trop longtemps, à moins sous une forme de dictature « ouverte », celle des technocrates des banques, ce qui ne me paraît pas impossible non plus, nous y sommes presque en Grèce.

Bien que brouillée depuis Athènes, nous avons désormais une assez belle vue sur les matériaux du passé, à défaut d'en avoir une autre, plus claire sur ceux de notre avenir. C'est ainsi que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir nous détacher complétement de l'Union européenne, et pas seulement de l'euro. Je sais que pour le moment cette idée rencontre, outre la propagande ambiante, les vraies peurs chez les gens, mais après tout, on préfère croire au chaos, plutôt qu'à Bruxelles. Alors, après avoir consommé un café sous le temple de Poséidon au Cap Sounion, et avec le recul généré par le « chronotopisme » de l'endroit, nous nous disions entre nous, Grecs en âge de voter depuis un moment déjà, que la question du jour d'après (pas encore celle des élections du 6 mai), sera pratiquement « simple » (en apparence en tout cas) : qui organisera ce chaos en premier, l'extrême méta-droite, ou une forme de méta-gauche ? En attendant, nous avons la « dette totale » qui nous occupe.

 

Grèce : « on préfère croire au chaos, plutôt qu'à Bruxelles »
Retrouvez Panagiotis Grigoriou sur son blog.
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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 14:53

 

 

Vendredi 27 Avril 2012 à 11:24

 

Journaliste économique à Marianne En savoir plus sur cet auteur

 

Cinq millions de chômeurs en mars: +0,7% sur un mois, +6% sur un an et plus de 30% sur cinq ans.
Les chiffres du chômage sont cruels pour le locataire de l'Elysée.

 

 

(FRANCOIS MORI/AP/SIPA)
(FRANCOIS MORI/AP/SIPA)
Le quinquennat s’achèvera donc sur un mauvais chiffre. La dernière livraison d’une des statistiques les plus suivies des français ne sera pas fêtée à l’Elysée : les chiffres du chômage sont  à nouveau mauvais pour le mois de mars. Les listes de Pôle emploi, toutes catégories confondues, ont grossi de 33 100 personnes, soit une progression de 0,7% sur un mois, et 6 % sur l’ensemble de l’année.  Au total ce sont près de 5 millions de personnes qui sont maintenues hors de l’emploi selon l’Agence pour la France métropolitaine. 

 

 

Un quinquennat à 1,3 millions de chômeurs

 

Un quinquennat à 1,3 millions de chômeurs
Le chiffre dépasse allègrement cette barre, si est pris en compte l’ensemble du territoire, Outremer incluse. Le chômage caché, incluant les personnes disposant d’un emploi à temps partiel, mais désireuses d’un obtenir un à plein temps, ainsi que les personnes en stage et celles dispensées de recherche comme les pré-retraités, sont plus de 2 millions. Bref, rien de bon. Même si au pôle emploi on a appuyé sur le champignon des radiations administratives et autres stratagème pour réduire le nombre de demandeurs d'emplois, comme le montre notre dernier graphique. Si la part des personnes qui sortent de la catégorie A pour un vrai contrat de travail a régulièrement diminué, 26,5% fin 2006, elle peine à se maintenir au delà de 20%. Elle a même subit une grosse chute depuis novembre dernier de près de 1,5 point. Sur le quinquennat, le chômage a donc gonflé de plus de 1,3 millions de personnes, soit une progression de plus d’un tiers en 5 ans.

Et l’avenir est sombre. Si la France conserve une maigre croissance, nombre de nos voisins européens sont entrés en récession, limitant du même coup notre marge de croissance. L'Unedic prévoit ainsi plus de 3 millions de chômeurs officiels en fin d’année. Pessimisme relayé par l'Insee: l’institut estime que le taux de chômage officiel atteindra 10,1 % cet été contre 9,4% en mars 2012.

 

 

Un quinquennat à 1,3 millions de chômeurs
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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 14:47

 

 

Rue89 - Justice 27/04/2012 à 15h24

 

 

 

Des timbres de 1944 à l’effigie du maréchal Pétain (Hispalois/Wikimedia Commons/CC)

 

« Un grand rassemblement » le 1er mai autour du « vrai travail »... Depuis lundi, de nombreux partis ou médias ont souligné l’ambiguïté de cette initiative lancée par Nicolas Sarkozy, le maréchal Pétain ayant lui aussi essayé de reprendre le 1er Mai aux syndicats. Nicolas Sarkozy a mis jeudi ces parallèles au compte de la « stupidité ».

Ce qui est moins connu, c’est que plusieurs citoyens anonymes ont, ces dernières années, été condamnés après avoir comparé la politique gouvernementale à celle de Vichy. Retour sur trois procès.

1 L’anarchiste jurassien

 

Parce qu’il avait comparé Nicolas Sarkozy à Pétain dans un e-mail, Romain Dunand, animateur de 35 ans qui militait dans la section de la CNT du Jura et dans le collectif RESF local, a comparu devant la justice le 17 janvier 2007.

Le 19 décembre 2006, il avait envoyé au ministère de l’Intérieur un e-mail intitulé « Bas les pattes sur Florimond Guimard », pour dénoncer la garde à vue d’un instituteur marseillais poursuivi après s’être opposé à l’expulsion d’un sans-papiers :

« Voilà donc Vichy qui revient ; Pétain avait donc oublié ses chiens ! »

Quelques mois plus tard, alors que Romain Dunand croit l’affaire oubliée, Nicolas Sarkozy saisit le ministère de la Justice pour « outrage ». Son avocat réclame un euro symbolique de dommages et intérêts.

Dans le procès verbal du jugement en appel, on peut lire :

« Une telle assimilation [entre la politique du ministère de l’Intérieur et celle du gouvernement de Vichy, ndlr], qui vient conforter et renforcer l’accusation de racisme, est, en raison de l’opprobre qui s’attache au régime de Vichy, offensante envers le ministre de l’Intérieur, qu’elle excède par sa gravité les limites de la liberté d’expression politique sans contrevenir ni aux principes constitutionnels ni [à la liberté d’expression]. »

  • Condamnation le 15 février 2008 par la 10e chambre correctionnelle de Paris : 800 euros d’amende et 1 euro symbolique de dommages et intérêts.
  • Condamnation en appel le 26 novembre 2008 : 800 euros d’amende, dont 600 avec sursis.

Lors de ce procès, l’historien et militant Maurice Rajsfus avait été cité comme témoin aux côtés de l’anthropologue Emmanuel Terray, qui avait lui-même publié dès 2006 un texte affirmant dans certains cas la « légitimité » de la comparaison de la politique gouvernementale envers les étrangers et de la politique anti-juive du gouvernement de Vichy.

Contacté par Rue89, Maurice Rajsfus indique que son soutien à Romain Dunand en 2008 constituait une « démarche citoyenne » :

« Quand Nicolas Sarkozy déclare que “Le Pen est compatible avec la République”, eh bien ça me paraît beaucoup plus grave. »

2 La militante de Vesoul

 

En décembre 2007, choquée par l’expulsion d’une jeune géorgienne dans sa ville de Vesoul, Simone Levavasseur, militante syndicale, politique et associative, écrit sous le coup de la colère au préfet de la Haute-Saône pour lui signifier qu’il « déshonore la France » :

« Il ne faut pas être profondément d’origine française pour le comprendre, ou bien être nostalgique de la période hitlérienne. »

A la veille des élections cantonales où elle se présente sur une liste des Verts, Simone Levavasseur est convoquée au commissariat. Le préfet porte plainte et demande un euro symbolique. La procureure requiert 400 euros d’amende.

Pour Randall Schwerdorffer, avocat de Simone Levavasseur :

« On n’outrage pas. On interpelle très fermement et très vivement dans un contexte politique. »

  • Condamnation le 19 février 2009 par le tribunal correctionnel de Vesoul : une amende de 300 euros pour outrage et 1 euro symbolique de dommages et intérêts au préfet Lamy.
  • Transformation en simple sursis de cette peine le 1er avril 2010 par la cour d’appel de Besançon.
3 Les quatre de Tours

 

Les Tourangeaux Jean-Christophe Berrier et Muriel El Kolli (de Soif d’UtopieS), et Chantal Beauchamp et Abd-El-Kader Ait Mohamed (de RESF) militaient contre l’utilisation du fichier Base élèves par l’administration, soupçonnée de s’en servir pour recueillir des information sur les enfants.

Ils publient en 2010 un communiqué assimilant les pratiques de la police à l’égard des sans-papiers aux « méthodes employées sous Vichy ».

Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, porte plainte en 2010, pour « diffamation publique contre les administrations publiques ».

  • Condamnation le 5 avril 2011 par le tribunal correctionnel de Tours : trois des Tourangeaux ont été condamnés à 500 euros d’amende avec sursis, plus 300 euros de dommages et intérêts.
  • La peine est alourdie le 10 avril 2012 par la cour d’appel d’Orléans : ils devront également verser 6 000 euros solidairement pour la partie civile (le ministère de l’Intérieur) et 120 euros de taxe chacun.

Les quatre de Tours, qui ont été soutenus par onze intellectuels et militants cités comme témoins durant leur procès, ont fait savoir qu’ils comptaient maintenant se pourvoir en cassation.

Dès le début de l’affaire, les quatre militants s’étaient étonnés d’un « deux poids, deux mesures » :

« Des éditorialistes célèbres, des intellectuels ou des grands noms de la politique ayant effectué des comparaisons analogues ne seront jamais traduits devant les tribunaux ! »

Le 26 octobre 2009, le numéro deux du PCF, Pierre Laurent, avait qualifié le débat sur l’identité nationale de « retour du pétainisme le plus nauséabond ». Dans Marianne du 7 août 2010, Michel Rocard avait lancé à propos de la proposition de loi instaurant la responsabilité pénale collective pour les parents de mineurs délinquants :

« On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. »

Ils n’ont pas été inquiétés.

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 14:41

Recadrage | Facebook n’en finit pas de gagner du terrain sur l’intimité de ses abonnés. Au grand dam de notre reporter

http://www.telerama.fr/medias/adieu-facebook-je-t-aimais-bien,80720.php

 

Le 26/04/2012 à 15h24 - Mis à jour le 26/04/2012 à 17h54
Nicolas Delesalle - Télérama n° 3250

 

Illustration : Emmanuel Ferrari.

 

Comment en est-on arrivé là ? Quand tu as débarqué dans nos vies, fin 2007, on t'a d'abord regardé de biais. Tu avais 3 ans. Tu sentais le neuf. Tu venais des Etats-Unis. De Harvard. A quoi pouvais-tu bien servir ? Par curiosité, on a commencé à te fréquenter. Tu nous as montré des jeux, on y a tué quelques heures, avant de se détourner. Mais tu devenais populaire, du monde tournait autour de toi, tu nous permettais de renouer avec des amours perdues, des amitiés accidentées, des copains de collège. Nos préventions sont tombées.

Grâce à toi, on organisait des fêtes en trois clics, on pouvait papoter à quatre sur messagerie pour décider d'un ciné, on partageait le dernier lien en vue, et pas seulement du léger, mais des articles politiques, des infos sur les crises. Tu as même participé aux révolutions arabes, en Tunisie ou en Egypte. En échange, tu ne demandais rien, un nom, un prénom. Certes, on pouvait ajouter des photos, apposer des « like » sous des statuts, des films, des disques, des séries, des marques, mais on n'y était pas obligé. C'était facile de ne pas dévoiler sa vie privée. Exposer l'épaule sans montrer le sein.

On a commencé à te trouver utile, on partageait emmerdes, joies, surprises, indignations. On cherchait des contacts. Tu es devenu un outil. Tout le monde est venu. Neuf cents millions de personnes. Toutes les marques. Les choses ont commencé à déraper quand tu t'es mis aux publicités ciblées. Les célibataires en recevaient pour des sites de rencontres, les chauves, pour des bonnets. Tu t'es excusé. Tu as dit que tu avais besoin des revenus de la pub, c'est grâce à elle si tu étais gratuit. On a aussi appris que tu conservais tout ce qu'on te disait depuis ta création, des péta-octets d'infos, même quand on te quittait. Pour ça, tu n'as jamais donné d'explication.

Par lassitude, on a fini par jouer les victimes consentantes. Prends ce qu'on aime, prends nos noms, vends-les si tu veux, on s'en fiche. Grâce à toi, des couples se font et se défont, et la vie suit son cours, et on organise des fêtes si simplement... Et puis, en 2011, tu nous as servi la « timeline », le « journal », ta nouvelle interface : grâce à toi, disais-tu, toute notre vie serait résumée sur une page, une frise intime. C'était un peu ridicule et même Nicolas Sarkozy s'y est mis. La goutte de trop est tombée sur notre profil avec ton application Open Graph. qui permet à tous nos amis de savoir en temps réel quelle musique on écoute sur Spotify, quelle vidéo on regarde sur Dailymotion.

Tu ne vends plus ce qu'on aime, tu vends ce qu'on fait, ce qu'on est, parfois malgré nous. Il faut aujourd'hui un doctorat pour verrouiller tous les judas que tu ouvres sur nos comptes, sans nous prévenir. Bientôt, tu diffuseras peut-être nos SMS en direct avec SFR et l'heure à laquelle on baise avec l'application Dunlopillo. Si tu ne comprends pas qu'on aimerait bien pouvoir regarder des vidéos débiles sans le clamer à la Terre entière ou écouter l'album de Christophe Hondelatte sans avoir à se justifier, ça veut dire que tu ne nous comprends plus. Et quand on ne se comprend plus, généralement, Facebook, on se quitte.

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:17

 

 

 

LE MONDE | 27.04.2012 à 14h54 • Mis à jour le 27.04.2012 à 15h13

Par Service Economie

 
 
Des employés de Goodyear, à Amiens, protestent contre le plan de licenciements, mardi 2 juin 2009.

Frappés par la crise, plusieurs grands groupes envisageraient de fermer des usines ou des services en France après les élections présidentielle et législatives. Tour d'horizon de ces "points chauds".

 

Eclairage : "Plans sociaux en série pour l'après-élection" (abonnés)


Automobile Plusieurs usines automobiles sont au coeur des interrogations. Les syndicats de Renault craignent la concurrence du nouveau site de Tanger pour l'avenir des salariés français, notamment ceux de Maubeuge, et de Douai, département du Nord, qui fabriquent les Scenic et Kangoo, potentiellement menacés par les véhicules produits au Maroc.

 

Deux sites de PSA Peugeot Citroën sont aussi sur la sellette. Le premier, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), est menacé de fermeture à la fin de la production de l'actuelle C3 de Citroën, prévue en 2014. La direction de PSA refuse de s'engager sur l'après-2014, malgré la mobilisation importante des syndicats de ce site de 3 000 salariés. L'avenir de l'usine de Sevelnord, à Valenciennes (Nord), semble moins problématique. Après 2017, Fiat, qui la gère avec PSA, doit en effet se retirer. Selon les syndicats, Toyota pourrait remplacer l'Italien, mais la direction refuse pour l'instant de le confirmer.

 

Transports La compagnie aérienne d'Air France, à l'origine de la plus grande part des pertes d'Air France-KLM, a gelé les embauches et les salaires, et commencé avec les syndicats des négociations sur la révision des conventions sur les conditions de travail. Fin juin, le groupe doit présenter la deuxième phase d'un plan de transformation, qui ne devrait pas être accompagnée d'un plan social, laisse filtrer pour l'instant la direction.

Dans le ferroviaire, Novatrans, la filiale de transport combiné rail-route de la SNCF, fortement déficitaire, pourrait mettre la clé sous la porte : 260 salariés sont dans l'expectative.

Enfin, après SeaFrance, liquidé début janvier, l'avenir de la compagnie maritime Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM) est en question. Privée par la justice d'un contrat avec la Collectivité territoriale de Corse, cette filiale de Veolia de 2 000 salariés menace de supprimer 800 emplois.

 

Finance Touchés de plein fouet par la crise de la dette en zone euro et le ralentissement économique, contraints par les régulateurs à renforcer leurs capitaux propres, les banques et les assureurs français ont déjà annoncé leur intention de supprimer 7 200 emplois, dont 2 500 en France, dans les mois à venir, sur une ou plusieurs années. La plupart de ces plans, centrés sur les activités de banque d'investissement, les plus coûteuses en capital, s'engagent tout juste dans l'Hexagone, comme au Crédit agricole (- 2 350 emplois), à la Société générale (- 1 500), et chez BNP Paribas (- 1 400).

Du côté des assureurs, le numéro un Axa va supprimer 1 600 postes en Allemagne d'ici à 2015, pour améliorer sa compétitivité. Malgré ses difficultés, le mutualiste Groupama récuse, pour l'instant, toute idée de plan social. Enfin, le secteur du crédit à la consommation, en chute libre du fait de la crise, devrait réduire ses effectifs : déjà, Cofinoga a annoncé 433 suppressions d'emplois.

 

Pharmacie Le Leem, le syndicat des industriels du médicament, qui fédère 270 entreprises, s'attend à des pertes d'emplois dans la visite médicale comme dans la production en 2012 et en 2013. Chez Sanofi, si "aucun licenciement" n'est prévu, selon la direction, les syndicats alertent de l'imminence d'un deuxième plan d'économie, avec "des décisions sur l'emploi" prévues après les élections.

 

Télécommunications Jean-Ludovic Silicani, le président de l'Autorité de régulation des télécommunications (Arcep), a déclaré, le 23 mars, que l'entrée de Free sur le marché de la téléphonie mobile est susceptible d'entraîner la disparition de 10 000 emplois chez ses concurrents. Chez France Télécom, on s'attend à de nombreux départs à la retraite à partir d'octobre 2012, ce qui devrait permettre à la direction de réduire la voilure sans passer par un plan social. De son côté, le syndicat patronal des centres d'appel SP2C estime que l'arrivée de Free "menace jusqu'à 10 000 emplois" dans le secteur de la "relation client à distance".

Technicolor (ex-Thomson) a lancé fin 2011 un plan de réduction de ses effectifs en Europe avec 600 suppressions de postes, dont 125 en France. Le groupe souhaite également se séparer de son dernier site de production français, situé à Angers (350 salariés), qui fabrique des décodeurs.

 

Sidérurgie Hautement symbolique, le sort de l'aciérie ArcelorMittal de Florange (Moselle) n'est toujours pas réglé. Les deux haut-fourneaux du site, où sont employées environ 600 personnes, sont à l'arrêt depuis juin et octobre 2011. Mi-mai, la direction du groupe doit décider si elle les redémarre où si elle prolonge leur mise en sommeil pour au moins le troisième trimestre. Mais les syndicats craignent qu'une fermeture définitive soit déjà actée.

Malgré un prix renégocié à la hausse avec EDF, l'usine Rio Tinto Alcan (RTA, ex-Péchiney) de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), est toujours susceptible d'être cédée par son propriétaire. En jeu, l'avenir de 600 salariés, et 2 200 emplois indirects.

 

Nucléaire Areva traverse une passe très difficile, accentuée par l'accident de la centrale japonaise de Fukushima, qui a entraîné un ralentissement de l'activité de la filière nucléaire. Le gouvernement sortant avait interdit à son patron, Luc Oursel, de réduire les effectifs en France (28 000 salariés sur 48 000), alors que certaines sources indiquaient sa volonté de supprimer un millier d'emplois dans le cadre de son "plan d'action stratégique". Pour l'heure, il s'est contenté de geler les embauches dans l'administration.

 

Médias Le premier acteur de la distribution de la presse, Presstalis (ex-NMPP), est au bord du dépôt de bilan. Le médiateur du crédit, Gérard Rameix, a remis cette semaine à Matignon des préconisations pour maintenir à flot la trésorerie dans les semaines à venir. L'entreprise a besoin de 170 millions d'euros pour se restructurer et faire partir 800 à 1 000 salariés sur 2 500. Ceux-ci appartiennent pour la plupart au SGLCE, la branche dure du Syndicat du livre. Autant dire qu'il y a un vrai risque de blocage de la distribution de la presse en cas de conflit social. Certains journaux ne s'en relèveraient pas.

 

Distribution Le PDG de Carrefour, Lars Olofsson, a annoncé, fin mars, le gel "jusqu'à nouvel ordre" des embauches "au sein de tous les sièges en France". D'après la CFDT, la direction continue de réduire les effectifs "de façon anarchique" (départs naturels non compensés, licenciements pour inaptitude...). Pour les mois à venir, les syndicats s'attendent à des mesures drastiques, d'autant que le successeur de M. Olofsson, Georges Plassat, qui doit entrer en fonction en juin, a la réputation d'être un redoutable cost killer (tueur de coûts).

 

Agroalimentaire L'avenir de l'usine Fralib de Gémenos (Bouches-du-Rhône) est toujours flou. En septembre 2010, la multinationale Unilever annonçait la fermeture de ce site, qui conditionne le thé Lipton et les infusions Eléphant, pour en délocaliser la production en Pologne et en Belgique. Dix-huit mois et deux plans sociaux plus tard, les 103 salariés sont toujours là. Pour combien de temps ? Le 20 avril, les employés ont été déboutés de leur demande d'annulation du troisième plan social par le tribunal de grande instance de Marseille.

Service Economie

 

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:09

 

 

LE MONDE | 27.04.2012 à 10h42 • Mis à jour le 27.04.2012 à 12h07

Par Claire Gatinois avec Clément Lacombe

 
 
La crise est arrivée en Espagne par le biais de l'effondrement du secteur immobilier.

 

Les efforts de l'Espagne pour réduire ses déficits, ses sacrifices pour couper dans les dépenses de l'Etat et la saignée imposée à ses régions, au prix d'atteinte à son modèle social et politique, seraient-ils vains ? Semblant ignorer les dernières coupes budgétaires annoncées par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, l'agence de notation de crédit Standard & Poor's (S & P) a, dans la soirée du jeudi 26 avril, de nouveau dégradé la note du pays, passée de A à BBB +. En outre, le pays n'est toujours pas à l'abri d'une nouvelle dégradation puisque cette note est assortie d'une perspective négative.

Il s'agit de la troisième dégradation du pays en un peu plus de six mois. Encore "triple A" en 2009 la dette publique de la quatrième économie de la zone euro n'est désormais plus qu'à trois crans de la catégorie des "junk bonds", ces obligations pourries que seuls les investisseurs audacieux ou les spéculateurs avertis ont en portefeuille.

La décision de S & P est, une fois encore, susceptible d'accentuer les difficultés du pays. Dans le viseur des marchés depuis plusieurs semaines, ses coûts de financement ne cessent de grimper. Vendredi dans la matinée, la Bourse de Madrid, en recul de plus de 2 %, accusait d'ailleurs le coup tandis que sur le marché de la dette les taux des emprunts espagnols poursuivaient leur ascension à plus de 5,9 %.

Autrement dit la série noire continue pour l'Espagne. A tort ? Aux yeux de Pierre-Olivier Beffy, économiste chez Exane BNP Paribas, S & P n'invente rien et ne fait que confirmer ce que le marché a déjà compris depuis janvier. "Ça va mal en Espagne", résume Jésus Castillo chez Natixis.

En appui de sa décision, S & P mentionne un système bancaire qui, plombé par la crise immobilière dans le pays et la possession de dettes souveraines espagnoles susceptibles de perdre de leur valeur, pourrait avoir besoin d'une nouvelle recapitalisation.

Autrement dit, les banques n'auraient peut-être pas dû acheter ces quelque 70 milliards d'euros de dettes espagnoles depuis décembre, avec l'argent que leur a prêté la Banque centrale européenne (BCE) via ses opérations dites de "LTRO" (des prêts à trois ans aux taux proches de 1 %).

"Un raisonnement circulaire" fait remarquer Gilles Moëc, chez Deutsche Bank. De fait, en rachetant ces dettes, les banques ne cherchaient pas qu'à gagner de l'argent mais devaient permettre de faire baisser le coût du crédit.

 

 CHÔMAGE RECORD

Reste que la décision de S & P est surtout motivée par la récession de plus en plus sévère dans le pays. La chute du produit intérieur brut (PIB), désormais estimée à -1,5 % cette année mine les efforts menés pour éponger les déficits au rythme attendu.

Et la publication du chiffre du chômage espagnol pour le premier trimestre, vendredi, avec 24,44 % de la population active sans emploi - un "record" depuis 1996 - ne fait pas fait mentir S & P. Autrement dit, l'agence américaine, pas plus que le Fonds monétaire international (FMI) ou que la plupart des économistes, ne croit à la promesse d'un déficit à 5,3 % du PIB cette année.

S & P émet ainsi implicitement une nouvelle critique à l'encontre de la méthode employée par le pays, mais aussi par toute l'Europe, pour sortir de la crise de surendettement. "De notre point de vue, la stratégie pour gérer la crise des dettes souveraines en Europe manque toujours d'efficacité", écrit ainsi l'agence.

Un sentiment partagé par M. Beffy l'économiste d'Exane BNP Paribas. Selon lui, l'Espagne est arrivée aux limites de l'austérité. Les mesures prises pour réduire les dépenses entament maintenant la croissance et réduisent d'autant les recettes fiscales attendues. Quant aux réformes menées comme celle du marché du travail, potentiellement positives pour la conjoncture, elles ne porteront leurs fruits que dans cinq ans estime-t-il. Plus grave, le pays s'attaque aux dépenses d'éducation : la force de travail future qui devrait, au contraire, être préservée.

Ce qu'il faudrait, poursuit M. Beffy, ce sont des outils pour aider la croissance à repartir. Mais cela réclame de l'argent et une solidarité entre pays de la zone euro, qui, pour le moment, n'existe pas.

Claire Gatinois avec Clément Lacombe

 

 

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:01

 

 

LE MONDE | 27.04.2012 à 12h12

Par Gilles van Kote

 
 

 

Le phénomène des achats et locations de terres agricoles à grande échelle est l'objet, depuis la fin des années 2000, de débats passionnés. Le projet Land Matrix, qui rassemble cinq partenaires dont, pour la France, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), s'est donné pour but d'y insuffler un peu de rationalité et d'approche scientifique. D'où l'ouverture, vendredi 27 avril, d'un nouveau site Internet sur lequel doit être accessible la masse de données rassemblées.
 

"La course à la terre est une réalité, même si elle s'est ralentie depuis son pic de 2009", constate le rapport publié à cette occasion. Les chercheurs se sont concentrés sur les transactions internationales à des fins agricoles : depuis 2000, ils en ont recensé 1 217 - en négociations ou finalisées - concernant 83,2 millions d'hectares, soit 1,7 % de la surface agricole mondiale.

Plus de la moitié de ces transactions ont pu être vérifiées auprès d'une "source fiable". Le nombre de contrats signés recensés s'élève à 403, pour une superficie totale de 26,2 millions d'hectares. En 2011, un rapport du Cirad et de l'International Land Coalition, autre partenaire du projet, avait évoqué un chiffre de 203 millions d'hectares, mais y étaient inclus les transactions impliquant des acteurs nationaux ainsi que les achats et locations de terres à des fins autres qu'agricoles (mines, tourisme, agroforesterie, etc.).

 

ACCAPAREMENT DES TERRES

Le projet Land Matrix se base sur toutes les mentions de transactions foncières, généralement relevées dans les médias ou sur Internet, et entreprend de les vérifier, notamment en faisant appel à des partenaires locaux. "Bien que basées sur une méthodologie solide, les données inclues dans le Land Matrix doivent être traitées avec précaution", préviennent les auteurs du rapport, qui estiment que "certains pays peuvent être concernés par un grand nombre de transactions simplement parce qu'ils font preuve d'une plus grande transparence" que d'autres.

Par ailleurs, certains contrats ne font l'objet d'aucune publicité, alors que d'autres sont annulés, comme celui qui aurait dû permettre, en 2008, à la firme sud-coréenne Daewoo d'exploiter 1,3 million d'hectares de terres à Madagascar.

Le phénomène d'accaparement des terres, ainsi que le qualifient ses détracteurs, s'est accéléré à la fin des années 2000, avec la hausse des prix alimentaires. Il touche l'Afrique (62 % des transactions), l'Asie du Sud-Est (plus de cinq millions d'hectares ont fait l'objet de transactions vérifiées aux Philippines, ce qui en fait le pays du monde le plus concerné) et - à un degré moindre - l'Amérique latine.

Les principaux investisseurs sont les pays émergents, emmenés par la Chine, ceux du golfe Persique, qui cherchent à assurer leur sécurité alimentaire, ainsi que les pays anglo-saxons. Le rapport basé sur Land Matrix montre que l'exportation des cultures est l'objectif de la majorité des projets, et dans un peu moins de la moitié de ces cas, à destination du pays d'origine de l'investisseur.

 

CULTURES NON ALIMENTAIRES

Les auteurs relèvent également que les entreprises privées sont les principales bénéficiaires des transactions, et qu'environ un quart de celles-ci concernent des cultures non alimentaires, majoritairement destinées à produire des biocarburants. Ils notent que les investisseurs s'intéressent particulièrement à des pays pauvres où la propriété foncière est mal garantie.

"Très peu de projets semblent avoir engagé les consultations adéquates avec les communautés locales", estiment-ils, ajoutant que, bien souvent, les autorités locales se révèlent incapables de préserver les intérêts des habitants. Ils admettent cependant n'avoir eu connaissance que d'un nombre limité de projets ayant donné lieu à des "évictions substantielles" de populations.

Le rapport relève que "près de la moitié des transactions concernent des zones déjà cultivées" et s'inscrit en faux contre l'idée que ces investissements permettraient d'exploiter des terres en friche. Il note que ces projets sont particulièrement gourmands en eau et ponctionneront donc les ressources des pays-cibles. "On ne sait pas grand-chose des effets à court et à long terme de ces investissements", reconnaissent les auteurs du document.

Gilles van Kote

 

 

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