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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:49

 

Source : http://www.marianne.net

 

Exemptions d'impôt, millions du CICE… Total, la pompe à fisc

Alors que Total a été exempté durant plusieurs années de l'impôt sur les sociétés, le groupe pétrolier perçoit aussi des dizaines de millions d'euros grâce aux crédits d'impôts de Bercy. Et menace malgré tout de réviser ses investissements prévus dans le pays, n'acceptant pas que des grévistes anti-loi Travail bloquent ses sites…
 
Le PDG de Total Patrick Pouyanné a menacé ce mardi 24 mai de réviser les projets d'investissements du groupe en France. - Sipa
 

"C'est quelque part une forme de rupture du pacte qui lie à la fois nos employés et notre entreprise", a argué ce mardi 24 mai Patrick Pouyanné. Le PDG de Total justifiait ainsi qu'à la suite des barrages montés par les grévistes anti-loi Travail aux abords de ses raffineries, le groupe allait "réviser sérieusement" les projets d'investissements dans ces sites. Un chantage à l'investissement qui passe d'autant plus mal quand on se souvient que le groupe a été exempté en France d'impôt sur les sociétés de 2012 à 2015, alors qu'il enregistrait des bénéfices record dans le monde. Et qu'il perçoit en plus, depuis 2013, des dizaines de millions d'euros du fisc grâce au CICE.

 

 

L'exemption d'impôt sur les sociétés dont a bénéficié Total est due aux pertes subies ces années-là par le groupe sur le territoire français. Parfaitement légale, mais qui a pu choquer au regard des bénéfices pharamineux que le groupe réalisait en même temps dans le monde : 8,4 milliards d'euros en 2013, 4,2 milliards en 2014, 5,1 milliards en 2015…

La manne des crédits d'impôt

48 millions de CICE et 60 millions de CIRMais les largesses de la France avec l'un de ses groupes phares ne s'arrêtent pas là. Depuis 2013, l'entreprise perçoit aussi des dizaines de millions d'euros aux titres du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), mis en place par François Hollande, ainsi que du Crédit d'impôt recherche (CIR). Selon une enquête menée en 2015 par , Total a eu droit à 48 millions d'euros en 2013 et 2014 rien que pour le CICE. Auxquels il faut ajouter près de 60 millions d'euros pour le CIR, selon . Soit, un total de plus de 100 millions d'euros.

Ces dispositifs, Total en bénéficie sous la forme d'une créance de crédits d'impôt sur les sociétés. En clair, une partie des millions servent à payer cet impôt si l'entreprise redevient bénéficiaire dans les quatre ans. Au terme de cette période, Total se verra reverser le reste. Un beau jackpot en perspective, donc. Si Patrick Pouyanné conçoit "une forme de rupture du pacte qui lie à la fois (ses) employés et (son) entreprise", le pacte entre Total et le contribuable semble, lui, bien consommé.

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:39

 

Source : http://www.marianne.net

 

Blocage des raffineries : Total menace les grévistes de représailles

En pleine crise sociale, le PDG de Total a cru bon ce mardi 24 mai de menacer les salariés grévistes des raffineries qu'il exploite en France d'y suspendre son plan d'investissement, soit 600 millions d'euros prévus. D'autant plus gros si l'on se souvient que le groupe a longtemps été exempté d'impôt sur les sociétés dans l'Hexagone malgré ses milliards d'euros de bénéfice...
 
Vous n'irez plus chez Total par hasard… et Total ne viendra peut-être plus chez nous par représailles ! - Sipa

 

Il a osé. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a annoncé ce mardi 24 mai devant l'assemblée générale des actionnaires que le groupe allait "réviser sérieusement" les projets d'investissements dans les raffineries françaises qu’il exploite, dont la totalité participe désormais au mouvement de grève voté contre la loi Travail, entraînant à certains endroits des pénuries de carburant et la panique dans les stations essence un peu partout en France. "C'est quelque part une forme de rupture du pacte qui lie à la fois nos employés et notre entreprise", a argué Patrick Pouyanné pour justifier cette annonce, alors que le gouvernement a entamé le déblocage par la force de plusieurs sites.

 

 

Une menace qui planait déjà dans un courriel envoyé ce week-end aux responsables des raffineries. Selon , le directeur général raffinage-chimie, Philippe Sauquet, y dénonçait en effet "des événements extrêmement graves", en l’occurrence "une prise d’otage" des activités de la compagnie qui, si elle devait se poursuivre, aboutirait à la révision des "projets d'avenir".

 

Total chantage à l'investissement

 

 

Autrement dit, poursuit Les Echos, la suspension du plan d'investissement qui prévoit, entre autres, d’injecter 600 millions d’euros dans la modernisation de la raffinerie de Donges, en Loire-Atlantique - où certaines unités sont aujourd’hui à l’arrêt dans le cadre de la mobilisation contre la loi El Khomri - ou encore dans la reconversion du site de Mède, dans les Bouches-du-Rhône, touché quant à lui par des blocages partiels.

C’est oublier bien vite non seulement que se déclarer en grève est un droit constitutionnel en France (soumis à certaines conditions, parmi lesquelles la retenu de salaire), mais aussi que le montant des investissements que Total fait miroiter à ses effectifs n’est rien comparé… aux exemptions d’impôts dont le groupe a bénéficié entre 2012 et 2015. Tandis que le contribuable se faisait allègrement ponctionner, Total ne payait en effet pas un centime d’impôt sur les sociétés en France malgré des bénéfices records de 4,2 milliards d’euros enregistrés, par exemple, en 2014. Cherchez le vrai ingrat…

 


Source : http://www.marianne.net

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:17

 

 

Libre-échange: avec TISA, les multinationales réclament un droit de veto sur les Etats

 
25 mai 2016 | Par martine orange et Julian Assange (WikiLeaks)
 
 
 

WikiLeaks rend publics de nouveaux documents sur les négociations secrètes d'un accord sur les services (TISA). Ils révèlent comment les grands groupes cherchent à organiser leur irresponsabilité juridique et financière. Ils font pression pour obtenir la suppression de toute réglementation contraignante et avoir un droit de veto à l’avenir sur toutes les lois nationales.

 

Moins connues que les négociations sur le traité commercial transatlantique (TAFTA), les discussions sur l’accord sur les services (TISA) n’en sont pas moins lourdes de conséquences. TISA, pour Trade in services agreement, est négocié dans un secret bien gardé par les pays de l’Union européenne, les États-Unis et une vingtaine d’États allant du Canada à la Chine. Il s'agit d'organiser une nouvelle libéralisation, celle des services, et de passer outre les blocages de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour aller plus loin dans la dérégulation.

Les dernières révélations de WikiLeaks, publiées ce 24 mai avec ses partenaires (Mediapart et Libération en France, l’Espresso en Italie et Público en Espagne), mettent une fois de plus en lumière ce qui se trame lors de ces pourparlers. Ce qui en ressort est effrayant : un désarmement démocratique face aux puissances de l’argent.

 

De nombreux documents révélés par WikiLeaks datent d’octobre ou novembre 2015, quelques mois à peine donc. À leur lecture, souvent très fastidieuse, une question s’impose : mais qui sont ces négociateurs, qui progressent dans l’ombre, cherchant à imposer des bouleversements considérables derrière un langage d’une sécheresse technique et juridique à toute épreuve ? Sont-ils à ce point insensibles à ce qui les entoure ? Dans leurs débats, ils semblent ignorer les angoisses et les attentes des opinions publiques, comme les promesses faites par les gouvernements, répétées de sommets internationaux en sommets internationaux, tant sur la protection de l’environnement que sur l’évasion fiscale.

 

Les documents de WikiLeaks montrent bien combien, dans l'esprit des négociateurs, il ne s’agit plus d’obtenir un nouvel abaissement de barrières douanières ou une entente sur des normes, mais de bâtir un monde uniforme, où la liberté de faire du profit serait sans entraves, face à des États – désignés dans tous les textes par le seul mot de “partie”, comme dans un vulgaire contrat commercial –, renonçant à tout pouvoir d’imposer et de réguler.

Avec TISA, les grands groupes ne seraient plus seulement des intaxables mais des irresponsables au sens propre du terme. Tout est pensé dans ces textes pour les dégager de toute obligation sociale, environnementale, et même prudentielle, pour leur permettre de réécrire la loi selon leurs intérêts, pour éviter la moindre poursuite judiciaire.

En guise de préambule à toutes ces discussions, les États-Unis ont déposé en octobre 2015 des propositions sur « les nouvelles disciplines et leurs améliorations » censées poser un cadre général à cet accord sur les services. Ces propositions, s’inspirant de l’accord sur le traité transpacifique, visent à libéraliser encore un peu plus tous les secteurs, à supprimer les contraintes qui pourraient peser sur les groupes.

Les États-Unis proposent ainsi d’en finir avec toutes les obligations locales. Dans le cadre de TISA, les pays devraient renoncer à toute législation imposant une implantation locale, liant les contrats à des emplois locaux, à des transferts de technologies, à des efforts de recherche et développement sur place, à l’utilisation de produits industriels nationaux.

« Les dispositions de ce texte restreignent la possibilité pour les pays en développement d’emprunter les mêmes chemins de développement que de nombreux pays développés », mettent en garde les auteurs d’une longue note d’explication diffusée par WikiLeaks (lire ci-dessous). Tous les pays développés, à commencer par les États-Unis, rappellent-ils, ont pris des dispositions pour protéger leurs industries locales, pour leur donner le temps de se développer à l’abri d’une concurrence mondiale.

 

 

C'est encore vrai dans de nombreux pays développés. Nombre d’entre eux lient les contrats publics, donc payés avec l’argent des citoyens, à des obligations de recourir à des PME, à des emplois locaux, voire à des associations. Toutes ces dispositions, inscrites souvent dans des cadres législatifs, devraient être supprimées dans le cadre de TISA. Cela vaudrait aussi pour les obligations de programmes audiovisuels ou radiophoniques locaux, imposés dans de nombreux pays pour protéger ou diffuser leur langue, leur culture nationale ou régionale.

Alors qu’Internet a déjà fait exploser les limites géographiques nationales, cette absence de tout ancrage local, exigée par TISA, risque de mettre à bas toutes les tentatives de régulation prises après la crise financière de 2008, notamment dans les services financiers. La note rappelle opportunément le cas de la banque IceSave en Islande. Cette entité bancaire britannique s’y était développée sans filiale, par le seul biais d’Internet. En 2008, elle s’était écroulée en quelques semaines, laissant derrière elle un imbroglio juridique et diplomatique entre la Grande-Bretagne et l’Islande et des clients ruinés, sans possibilité de réclamer devant une juridiction la réparation de leurs préjudices. 

Que se passera-t-il à l’avenir si une assurance suisse ou américaine, sans aucune filiale dans le pays, vend des contrats au Pakistan et qu’à la suite d’un désastre – un tremblement de terre par exemple –, elle ne veut ou ne peut payer ? s’interrogent les auteurs de la note. Auparavant, on pouvait encore saisir des actifs dans une filiale. Demain, il n’y aura rien, concluent-ils. 

« Cette absence de présence locale pourrait avoir de lourdes implications pour les lois sociales mais aussi pour toutes les régulations gouvernementales. Car pour que les lois soient effectives, elles doivent être appliquées », insiste la note. En effet, sans ancrage local, les gouvernements risquent de se retrouver sans aucun moyen de pression, sans aucune possibilité de négocier. Bien sûr, il existe des coopérations judiciaires entre les pays, des traités d’extradition. Mais ceux-ci ne s’appliquent que pour les crimes, pas pour les délits civils, encore moins pour les fraudes ou les préjudices causés à des clients. Ainsi, par le biais de TISA, les multinationales sont en voie d’organiser leur irresponsabilité juridique.

 

« Modifier ou éliminer les réglementations »

Une fois tracé ce cadre général – dont on ne sait, faute de documents, s’il prête à discussion parmi les pays négociateurs du traité –, les négociateurs sont en train de passer en revue les domaines où TISA devrait s’appliquer. Ils ont des vues sur tout : les services financiers, les télécommunications, les services publics – à libéraliser naturellement –, les transports, mais aussi certaines professions comme les experts-comptables, les médecins, les infirmières, les architectes et autres. Pour ces secteurs, les négociateurs demandent la suppression de toute réglementation contraignante, de reconnaissance de diplôme ou de travailler sur place. Ils ont même des idées précises sur la politique des visas qui doit être appliquée par les pays qui seront signataires de TISA !

Parmi les différents points abordés, il en est un qui retient particulièrement l’attention : celui sur les « réglementations domestiques », en d’autres termes les lois de chaque pays, rassemblé dans un document intitulé « Transparence » (voir document en fin d'article). Un lobbying actif des représentants des services s’est mis en place auprès des négociateurs de TISA sur cette question. Aux États-Unis, il a pignon sur rue. Mais il est certainement tout aussi actif, même si plus discret, en Europe. Son but affiché est de « modifier ou d’éliminer les réglementations ».

Le texte en négociation préconise ainsi de supprimer toutes les règles « plus contraignantes que nécessaires pour assurer la qualité du service », laissant la possibilité aux groupes de se retourner contre les États, s’ils s’estiment entravés dans leur quête aux profits. Qu’est-ce qui définit la réglementation nécessaire ? Mystère. Les enquêtes d’utilité publique pour des projets urbanistiques ou industriels pourraient ainsi à l’avenir être remises en cause, car beaucoup trop longues et contraignantes. Les obligations environnementales, les autorisations d’exploitation, les licences seraient aussi susceptibles d’être attaquées en justice, car bridant l’initiative privée.

La fédération américaine du commerce ne prend même plus la peine de cacher ses arrière-pensées. Devant le congrès américain, elle a expliqué qu’elle souhaitait que TISA permette d’ouvrir des marchés internationaux à ses membres, mais aussi fasse tomber les réglementations. « Y compris les restrictions sur la taille des magasins et les heures d’ouverture, qui ne sont pas nécessairement discriminatoires, mais gênent les grandes enseignes pour atteindre leur pleine efficacité économique », a-t-elle expliqué. L’objectif étant, pour elles, de travailler « relativement libre de toute réglementation gouvernementale ». Tout est dans le « relativement ».

Non seulement les grands groupes entendent attaquer les réglementations existantes, mais ils entendent avoir un droit de veto sur les dispositions légales prises dans le futur par les États. Le projet TISA sur la « transparence » précise ainsi les procédures que les gouvernements devront suivre, s’ils veulent prendre de nouvelles réglementations, afin que les intérêts étrangers puissent faire entendre leur voix dans les décisions.

Tout nouveau projet de réglementation et autres mesures devrait être ainsi publié suffisamment longtemps à l’avance et avec des détails suffisants, de telle sorte que les gouvernements étrangers et les grands groupes soient informés que leurs intérêts commerciaux peuvent en être affectés. « Les intérêts étrangers devraient se voir accorder un temps suffisant et des moyens raisonnables pour réagir aux réglementations prévues », est-il dit. Les gouvernements se devraient de tenir compte des commentaires qui leur sont adressés par ces intérêts étrangers. Enfin, un délai suffisant devrait être pris entre l’annonce de cette réglementation nouvelle et sa mise en application. Naturellement, toute nouvelle disposition législative ou réglementaire pourrait être attaquée par un groupe, s’il s’estime lésé.

Comment des gouvernements dits démocratiques peuvent-ils accepter de discuter de tels textes ? Qui leur a donné mandat de renoncer à leur pouvoir législatif, à consentir des droits de veto au pouvoir économique ? On comprend mieux, à la lecture des documents révélés par WikiLeaks, pourquoi les États veulent absolument garder ces négociations secrètes.

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 00:57

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Un élevage de 200 000 poules pondeuses aux conditions sanitaires « intolérables »

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 
 

Les cages se succèdent et s’empilent à perte de vue.

Les cages se succèdent et s’empilent à perte de vue. À l’intérieur, des poules se bousculent dans des espaces exigus et grillagés qui surplombent à peine des amas de fientes. Des asticots profilèrent au sol, des poux grouillent sur les œufs et les poules, et des cadavres en décomposition gisent au milieu des autres gallinacées, dont certaines en mauvaise santé.

 

 

Dans une nouvelle vidéo diffusée mercredi 25 mai, l’association de défense des animaux L214 révèle les conditions d’élevage « intolérables pour les animaux et inadmissibles du point de vue sanitaire » qui règnent au sein du GAEC du Perrat, une exploitation de 200 000 poules pondeuses située dans la commune de Chaleins (Ain). L’association s’apprête à déposer plainte devant le tribunal de grande instance (TGI) de Bourg-en-Bresse et lance une pétition demandant aux autorités la « fermeture immédiate » de l’élevage industriel.

 

Vue aérienne de l'élevage de poules pondeuses du Gaec du Perrat.

Vue aérienne de l'élevage de poules pondeuses du Gaec du Perrat. L214

Les images ont été tournées le 27 avril dans les deux hangars qui accueillent près de 100 000 poules, soit une taille d’exploitation moyenne en France. Les oiseaux y sont enfermés 68 semaines durant, depuis l’âge de 18 semaines jusqu’à leur réforme, sans jamais voir la lumière du jour. Seule activité : pondre des œufs réceptionnés par un tapis mécanique. Le GAEC du Perrat, qui emploie 20 salariés, produit ainsi 160 000 œufs par jour. Selon l’enquête de L214, ils sont notamment vendus sous la marque Matines, dans au moins cinq enseignes de la grande distribution : Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché et Super U.

« La vidéo révèle des infractions graves et répétées aux règles sanitaires et de bien-être des animaux », expose Sébastien Arsac, porte-parole de l’association L214. La directive européenne relative à la protection des poules pondeuses, adoptée en 1999 et entrée en vigueur en 2012, dispose ainsi que les gallinacées disposent d’un espace vital d’au moins 750 cm2 (en réalité à peine plus qu’une feuille A4), assorti d’un nid, d’un perchoir et d’une litière permettant le picotage et le grattage. Des aménagements absents au GAEC du Perrat, hormis des barres en fer.

Les conditions d’élevage des poules en batterie sont de longue date connues et dénoncées par les associations de bien-être animal. L214, à l’origine d’une dizaine d’enquêtes à ce sujet – au-delà de ses vidéos sur les abattoirs –, avait déjà publié des images de l’intérieur du GAEC du Perrat, en juin 2013. Mais elle avait dû en cesser la diffusion, à la suite d’une décision du TGI de Bourg-en-Bresse de juillet de la même année, avançant une « violation de la vie privée ».

 

Des poules déplumées ou en mauvaise santé.

Nombreuses alertes

« Trois ans plus tard, la situation reste inchangée et les conditions d’élevage des poules sont toujours aussi misérables, dénonce Sébastien Arsac. Les défaillances perdurent malgré les nombreuses alertes de riverains, de salariés, des autorités sanitaires et de la direction départementale de la protection des populations. »

Deux arrêtés préfectoraux pris en mars 2015 et en janvier 2016 ont constaté des non-conformités et prescrit des mesures correctives concernant notamment la gestion des fientes et l’importante prolifération de mouches. L’élevage a également dû réduire son activité pendant quelques jours, sur injonction d’un troisième arrêté préfectoral, suite à des plaintes de riverains liées aux nuisances. L’arrêté a été levé le 4 avril.

« Certains travaux avaient pris du retard. Il s’agissait de mettre en place une ventilation dans le hangar à fientes, afin d’en améliorer le séchage », justifie Dominic Raphoz, cogérant du GAEC du Perrat, qui affirme avoir déboursé 4 millions d’euros pour rénover l’exploitation en 2012. « On travaille avec du vivant. On n’est donc pas à l’abri de nuisances, même si on fait tout pour les réduire, poursuit-il. Cela arrive dans tous les autres élevages du pays. »

 

Des cadavres gisent au fond des cages.

15 milliards d’œufs produits en France

La France est le premier producteur européen d’œufs, avec 14,8 milliards d’unités en 2014, selon les données de la filière avicole (Itavi). 68 % des 47 millions de poules pondeuses sont aujourd’hui élevées en cage contre 25 % en bâtiments avec accès au plein air et 7 % au sol sans accès au plein air. Paris reste à la traîne de ses voisins européens, qui enregistrent une moyenne de 56 % d’élevages en batterie.

Pourtant, les consommateurs français étaient 90 % à se montrer favorables à l’interdiction des élevages en batterie, selon un sondage OpinionWay publié fin 2014. Mais les changements de pratique restent freinés par les différences de prix, la méconnaissance du code situé sur la coquille indiquant l’origine (s’il commence par 0, il s’agit d’élevage bio, par 1, de plein d’air, par 2, au sol, et par 3, en batterie), et les artifices des marques – comme Matines qui affiche « œufs frais » sur l’étiquette des œufs du GAEC du Perrat.

Surtout, seulement un tiers de la production d’œufs est vendue en coquille aux consommateurs. Le deuxième tiers est écoulé en restauration hors domicile tandis que le troisième est destiné à l’agroalimentaire (pâtes, pâtisseries, etc). A moins d’acheter des produits bio, qui bannissent les élevages en batterie, il s’avère alors quasi-impossible de tracer l’origine de l’œuf et de sa poule.

 

 

 Audrey Garric
Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde


 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 20:40

 

Source : http://www.humanite.fr/blogs/que-la-colere-est-belle-poussons-plus-fort

 

 

Que la colère est belle ! Poussons plus fort !

 

Jean Ortiz

afp
 
 

Que la colère est belle ! Poussons plus fort !

 
 

 

 

On peut gagner. Une chose est sûre : si l’on ne se bat pas, on perd.

 

Sur un ton martial, à défaut pour le moment de loi martiale , ils « sautent comme des cabris » et croassent comme grenouilles en rut : « libérez les sites !! », « libérez les otages !! ». Haro concerté contre la CGT pour la délégitimer et la casser. Oh le joli monde social des bisounours sans le grand syndicat de mobilisation, de rassemblement et de lutte des classes !

Le pauvre FH, Sapin (« le mouvement est illégitime »), Sarko, Cazenave, Valls, « droits dans leurs bottes versaillaises » d’apostats, ils braient, ils menacent, ils hurlent à « la dérive de la CGT », à « la subversion »... Rengaines éculées. Vieux discours cradingues, déshonorants, aussi vieux que leur système. C’est l’Elysée qu’il faut « libérer », qu’il faut contraindre à retirer cette loi pétainiste.

 

Le naufrage de ces minus qui jouent aux matamores est pathétique et dangereux. Ils sont en guerre contre les salariés, contre « l’ennemi intérieur », les « classes dangereuses », les routiers, les cheminots, les travailleurs des ports et des raffineries, ceux de la RATP, les jeunes, les pelés, les galeux, les pauvres, les gagne petit, les précaires, les chômeurs, les « riens ». Voilà leur tableau de chasse. Le Medef leur distribue citrons et réconfort à la mi-temps ; et il en redemande. Il se tape sur le ventre. Il n’a jamais trouvé de zélateurs aussi zélés pour faire le sale boulot : mater les travailleurs et les syndicats, les qui ne sont « ni vendus ni à vendre », les qui ne négocient pas « la grosseur des chaînes » qui enchaînent.

Ce printemps 2016 d’éclosion populaire inédite, inattendue, salutaire, leur fait peur. Il nous rassure, nous stimule, nous réenchante. Il ouvre enfin l’horizon... Il est à nous. Lorsqu’ils ont peur, c’est bon signe. Poussons ensemble plus fort ! « L’estaca », le pieu, va tomber si nous poussons tous ensemble. Tous des Luis Llach ! Tous cheminots ! Tous routiers ! Tous « raffineurs » ! Tous pour tous. « C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore » (Anatole France). « C’est Maintenant... » « Sí se puede ! ». On peut gagner. Une chose est sûre : si l’on ne se bat pas, on perd.

Ils auront beau réprimer, gazer, matraquer, enfumer, provoquer, cogner, menacer... l’espoir, le vrai, l’intarissable, celui des exploités, demeure irrépressible, résiste à toutes les répressions. « Répression ! Répression ! » (Colette Magny). Leur panique, leur agressivité, leur brutalité, met à nu leur faiblesse, leur fiasco, et la faillite du capitalisme. Leur monde.

Que la colère est belle lorsqu’un peuple se lève et crie « Basta ya ! » !! « Basta » de leurs mensonges, de leur mépris! Dans leur esprit, le capitalisme est immuable et le seul système possible. Ils sont en train de prendre une sacrée baffe ! « Palante ! » « En avant ! ». Quelle que soit l’issue, ce printemps 2016 aura marié et marie le soleil, les éclaircies, le tonnerre, les aurores flamboyantes, l’envie d’un monde désirable. Oui c’est possible ! On peut retourner l’omelette. Rien ne peut effacer ce qu’écrivent les « olvidados », les damnés d’aujourd’hui. Comme ceux d’hier. Une « passion jouissive » est en marche. J’aime les rosiers de mon patio. Ils rougissent chaque jour davantage.

 

 

 

Source : http://www.humanite.fr/blogs/que-la-colere-est-belle-poussons-plus-fort

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 20:31

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Après les raffineries, grève annoncée dans les centrales nucléaires

LE MONDE | | Par

 

La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne).

Après les raffineries, les centrales nucléaires vont-elles être bloquées à leur tour ? Telle est en tous les cas la menace agitée par la CGT-Energie. La puissante fédération du secteur a décidé, mardi 24 mai, de lancer un appel au personnel d’EDF pour compliquer la production électrique jeudi, journée d’action syndicale dans l’ensemble du pays. L’objectif consiste à faire pression sur le gouvernement pour obtenir le retrait de la réforme du code du travail.

 

Lire :   Le patron de la CGT se hisse au rang de chef de l’opposition à la loi travail

 

La CGT, rejointe dans certaines unités par Force ouvrière, a prévu des blocages de sites jeudi, des barrages pour filtrer l’accès du personnel, mais aussi des baisses de production électrique. Elles pourraient aller jusqu’à l’arrêt complet de certaines centrales. La direction d’EDF se prépare à faire face à ces perturbations, même si elle ne peut pas, pour l’heure, en prédire l’ampleur.

« C’est en ce moment que se joue le sort du [projet de] loi travail, donc c’est maintenant qu’il faut agir, argumente Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération CGT-Energie. Jeudi, nous appelons donc le personnel à participer au mouvement et à faire monter la pression, que ce soit par des baisses de charge ou des coupures sur le réseau. »

 

Coupure de courant à Plan-de-Campagne

A la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), le personnel réuni en assemblée générale a voté dès mardi après-midi le principe d’une action forte à partir de mercredi à 22 heures. « La baisse de charge pourrait conduire à l’arrêt des deux réacteurs », précise Arnaud Pacot, secrétaire général de la CGT-Energie de l’Aube.

La journée de mardi a aussi été marquée par des coupures de courant revendiquées par les salariés en colère contre la loi El Khomri. A Plan-de-Campagne, près de Marseille, le plus grand centre commercial d’Europe a été victime d’une interruption de ce type, selon la CGT, et d’autres ont eu lieu à Nantes.

« Ce genre d’actions va s’accentuer au fil des jours, assure Marie-Claire Cailletaud. On ne le fait pas par plaisir, et on souhaite que le mouvement soit le plus court possible. Mais c’est le premier ministre qui a les cartes en main… »

Dans les raffineries, la situation s’est durcie dans la journée. L’intervention mardi matin des forces de l’ordre pour débloquer les accès aux dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer et de Lorient a incité le personnel à faire bloc. En France, « il y a maintenant huit raffineries sur huit en grève », selon la CGT, qui souhaite clairement paralyser le pays pour que le gouvernement renonce à son projet de loi.

 

 


Source : http://www.lemonde.fr

 

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 20:13

 

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SNCF, EDF, raffineries : les mobilisations contre le projet de « loi travail »à venir

LE MONDE |

 

 

Le dépôt pétrolier de Douchy-Les-Mines,le 24 mai 2016.
Le dépôt pétrolier de Douchy-Les-Mines,le 24 mai 2016. FRANCOIS LO PRESTI / AFP
 

Manifestations et mouvements de grève sont prévus dans les prochaines semaines contre le projet de loi de la ministre du travail, Myriam El Khomri, portant sur une réforme du code du travail.

 

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a appelé mardi 24 mai « à une généralisation de la grève partout, dans tous les secteurs ». « Il y a beaucoup de mouvements de grève », dans « des tas d’entreprises », assure-t-il.

Depuis deux mois, M. Martinez a rompu tout contact avec le gouvernement, à la différence de son homologue de FO. Il juge que sa seule chance, même si elle est mince, d’obtenir un retrait de la « loi travail » ne viendra pas de journées d’action à répétition — malgré un léger regain de participation le 19 mai —mais de blocages ciblés de l’activité économique.

Sans appeler à la grève générale, le secrétaire général de la CGT prône des grèves reconductibles, en espérant qu’elles gagneront peu à peu des entreprises du secteur privé qui, pour l’heure, sont largement à l’écart.

 

Lire aussi :   Le patron de la CGT se hisse au rang de chef de l’opposition à la loi travail

 

  • Journée nationale de grève

La CGT, FO, Solidaires, la FSU, l’UNEF, la FIDL et l’UNL ont appelé à manifester jeudi 26 mai contre le projet de loi.

Une autre journée de grève et de manifestation est d’ores et déjà prévue le 14 juin, avec un rassemblement unique à Paris.

Alors que le mouvement semblait s’essouffler depuis le 31 mars (entre 390 000 et 1,2 million de manifestants, selon les sources), il a repris de l’ampleur le 19 mai, avec 128 000 à 400 000 opposants dans la rue.

 

  • SNCF

La CGT-Cheminots et SUD-Rail appellent, pour la cinquième fois, à débrayer mercredi 25 et jeudi 26 mai contre le projet de loi et pour peser sur les négociations en cours sur les conditions de travail à la SNCF et dans la branche.

La SNCF prévoit mercredi et jeudi un trafic « perturbé » avec trois TGV sur quatre, quatre RER sur cinq, deux TER sur trois et six Intercités sur dix.

La CGT (premier syndicat) a durci mardi son préavis, qui sera reconductible par période de vingt-quatre heures à compter du 31 mai au soir. L’UNSA (deuxième force) et la CFDT (quatrième) ont déjà lancé des préavis illimités à partir du 31 mai, et SUD-Rail (troisième) couvre les cheminots depuis une semaine par un préavis reconductible jusqu’au 11 juillet.

 

  • Aviation civile

Conformément aux recommandations de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), 15 % des vols devraient être annulés jeudi à l’aéroport d’Orly.

Des perturbations sont également attendues sur l’ensemble du territoire en raison de l’appel à la grève interprofessionnelle, relayé au sein de la DGAC par l’USAC-CGT, premier syndicat tous corps confondus (contrôleurs aériens, personnels administratifs, ingénieurs, techniciens, etc.).

Du 3 au 5 juin, l’ensemble des syndicats de la DGAC appelle à la grève, mais cette fois pour des revendications purement internes.

 

  • EDF

La CGT de l’énergie a décidé mardi de lancer un appel général à compliquer la production dans l’ensemble des centrales nucléaires jeudi.

Rejointe dans certaines unités par Force ouvrière, la CGT a prévu des blocages de site, des barrages pour filtrer l’accès du personnel, mais aussi des baisses de production électrique. Elle pourrait aller jusqu’à l’arrêt complet de certaines centrales. La direction d’EDF se prépare à faire face à ces perturbations, même si elle ne peut pas, pour l’heure, en prédire l’ampleur.

A la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), le personnel réuni en assemblée générale a voté dès mardi après-midi le principe d’une action forte à partir de mercredi soir 22 heures.

 

Lire aussi :   Après les raffineries, grève annoncée dans les centrales nucléaires

 

  • Raffineries

Les huit raffineries que compte la France sont à l’arrêt ou tournent au ralenti, selon la CGT.

Parmi les cinq raffineries de Total, Feyzin, dans le Rhône, et Gonfreville-L’Orcher, en Seine-Maritime, sont à l’arrêt. Grandpuits (Seine-et-Marne) est en cours d’arrêt total, « quelques unités » ne fonctionnent plus à Donges (Loire-Atlantique), et La Mède (Bouches-du-Rhône) fonctionne « en débit réduit », selon un communiqué du groupe pétrolier.

Selon Maxime Picard, secrétaire départemental de la CGT, le taux de grévistes serait de 70 à 80 % dans les raffineries Esso à Fos-sur-Mer, Total de La Mède et de Petroineos à Lavéra, près de Martigues (Bouches-du-Rhône), où la production serait très réduite et où aucun produit ne sortirait de l’établissement. Esso n’a pas confirmé l’information.

De son côté, la porte-parole d’Exxon Mobil France, Catherine Brun, a confirmé à l’agence de presse Reuters que « quelques personnes » avaient rejoint le mouvement à Fos-sur-Mer et à Notre-Dame-de-Gravenchon. A Fos-sur-Mer, où les voies d’accès ont été endommagées, « les chargements sont bloqués, mais on ne peut pas dire que la raffinerie est arrêtée », tandis qu’à Gravenchon, « ça n’impacte pas le fonctionnement du site », a-t-elle ajouté.

Deux dépôts pétroliers de Total sont bloqués : celui de la Côte d’Opale (DPCO) et celui de Valenciennes.

 

Lire aussi :   Loi travail : une journée de conflit autour des installations pétrolières

 

  • Ports et docks

La fédération CGT des ports et docks, qui avait déjà appelé à la grève pour jeudi, a décidé mardi de prolonger son mouvement de vingt-quatre heures, jusqu’à vendredi 27 mai, « en réponse à la répression » lors du déblocage des accès au dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Les modalités d’action pour les jours suivants et jusqu’au 14 juin, « et après si besoin », seront définies ultérieurement, précise-t-elle. La CGT avait auparavant appelé ses syndicats portuaires à s’associer aux « initiatives territoriales ».

Au grand port maritime de Marseille, les employés de Fluxel ne déchargent plus aucun bateau depuis lundi, visant à tarir l’approvisionnement des raffineries, des dépôts et des pipelines en brut ou en produits raffinés. lls ont reconduit mardi matin leur mouvement jusqu’à vendredi. Toutes les autres activités portuaires — conteneurs, passagers, vracs solides (céréales, charbon...), réparation navale — fonctionnent.

Le personnel des terminaux pétroliers du Havre, qui assure 40 % des importations françaises, a également voté la grève à partir de mardi en fin d’après-midi.

 

  • Transports

La CGT, premier syndicat à la Régie parisienne des transports (RATP), appelle à la grève illimitée à partir du 2 juin pour demander la réouverture des négociations salariales annuelles et le retrait du projet de loi travail.

 

  • Construction

La CGT organise jeudi une « journée morte » dans la branche construction, bois et ameublement, avec des « blocages de grands chantiers » et « l’interpellation de politiques » sur l’emploi, les salaires et la retraite. Prévue de longue date, l’opération est rattachée également au mouvement contre la loi travail.

 

  • Amazon

Les salariés des entrepôts sont appelés à la grève mercredi par la CGT, sur des revendications salariales, mais aussi contre la loi travail.

 

  • Routiers

Le mouvement lancé par la CGT et FO semble à l’arrêt depuis les assurances apportées par le gouvernement sur le calcul des heures supplémentaires pour les routiers. FO, qui avait suspendu vendredi les actions de blocage, décidera en fin de semaine d’une éventuelle reprise de la grève au moment de l’Euro de football (10 juin-10 juillet).


 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 19:41

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Les raffineries au ralenti, la grève reconductible prend forme

24 mai 2016 | Par Mathilde Goanec
 
 
 

Raffineries en grève, cheminots partant pour un mouvement reconductible, aviation civile qui embraye. Malgré les tentatives gouvernementales pour décrédibiliser le mouvement, il monte en puissance. Mais les raffineurs mettent en garde : « Pas question d’y aller seuls. »

« Il était 4 h 30, on était encore bien 200 sur le barrage, et les gardes mobiles ont chargé, sans aucune sommation. On a eu droit à toute la panoplie : grenades lacrymogènes, Flash-Ball, canons à eau… » Yann Manneval, secrétaire de l’union locale CGT de Martigues, l’un des “bloqueurs” de Fos-sur-Mer, raconte l’ampleur de l’intervention policière dans les Bouches-du-Rhône, mardi matin, contre les deux barrages érigés à l’entrée de la raffinerie et du dépôt pétrolier, sous la surveillance de drones et d’un hélicoptère.

Une intervention « extrêmement violente », pour Emmanuel Lépine, secrétaire fédéral de la branche pétrole de la CGT, qui parle de blessés du côté des syndicalistes, ce que ne confirme pas Yann Manneval. « On n’a personne à l’hôpital, même s’il y a bien eu des coups de matraque, ainsi que pas mal de nausées dues aux lacrymos. »

La préfecture évoque sept blessés légers pour les forces de l’ordre. « Malgré la résistance des grévistes, les forces de l’ordre ont pu libérer les sites sans incident et avec beaucoup de sang-froid, essuyant de très nombreux jets de projectiles et devant faire face à des obstacles disposés sur leur progression dont des feux de pneus et de palettes », relate le communiqué de presse de la préfecture.

 

Vidéo du "Huffington Post" sur l'évacuation de Fos-sur-Mer © Le Huffington Post

 

Après ce réveil en fanfare, la tension n’est pas redescendue : les manifestants délogés ont gagné au petit matin la maison des syndicats à Fos-sur-Mer, vite rejoints par de nouvelles unités de gardes mobiles. « D’autres militants nous ont accueillis, alertés par ce qui s’était passé au blocage, poursuit Yann Manneval. Les forces de l’ordre ont encerclé les lieux, nous poussant à l’intérieur. Je crois que c’est la première fois que ça arrive, une maison des syndicats envahie jusqu’au 1er étage par les gaz lacrymogènes et encerclée par des gardes casqués, bouclier au poing. » Une heure et demie plus tard, le local est finalement libéré, de même que les cinq militants arrêtés un peu plus tôt.

Le gouvernement a dit, à plusieurs reprises, qu’il n’hésiterait pas à intervenir pour lever les blocages, et tient pour le moment sa ligne dure. « La CGT trouvera une réponse extrêmement ferme de la part du gouvernement. Nous continuerons à évacuer les sites bloqués par cette organisation », a ainsi assuré Manuel Valls, mardi matin sur Europe 1. La menace de pénurie, alimentée par le récit non-stop des stations-service prises d’assaut par les automobilistes, sert de justification, même si pour le moment seuls 25 % des points de distribution semblent concernés.

Pas sûr que la stratégie soit efficace. Toutes les raffineries françaises sont désormais en grève, les deux dernières ayant embrayé en réaction à l’intervention musclée de mardi matin dans les Bouches-du-Rhône, et les blocages pourraient eux aussi se poursuivre sur les dépôts de carburant, comme ce mardi à Brest ou Lorient. À Fos-sur-Mer, les salariés de la raffinerie Exxon Mobil n’étaient pas encore mobilisés, c’est le récit de mardi qui les a décidés.

Même émotion dans une autre raffinerie du groupe à Notre-Dame-de-Gravenchon, en Seine-Maritime, où la grève a été votée en solidarité. « Valls et Vidalies [le ministre des transports – ndlr] peuvent faire tout le buzz qu’ils veulent, le résultat c’est que les camions rentrent mais comme le personnel de l’expédition est en grève, ça ne change rien », note Emmanuel Lépine. Au Havre, les salariés d’Exxon ont voté à 50 % pour la poursuite du mouvement, et ceux de la CIM à 95 %. À Grandpuits, dans la Meuse, 60 % des 284 salariés qui se sont exprimés ont voté pour un arrêt total de la raffinerie, à l’appel des syndicats CGT et FO.

Engagés à des degrés divers, les salariés des plus grands ports de France pourraient bien aussi être touchés par l’effet domino. À Marseille, les dockers, partis initialement pour une grève de 24 heures à compter du 26 mai, ont voté mardi pour un mouvement de 48 heures, et les portuaires sont en grève illimitée depuis dimanche soir.

Au Havre (lire ici notre reportage), la consigne nationale de grève massive les 26 mai et 14 juin prochains devrait être suivie, avec possibilité de reconduction entre ces deux dates. « L’activité sera à zéro dans la plupart des ports », a déclaré au Monde Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération des ports et docks.

 

« Traumatisés par l’échec de 2010 »

Le durcissement, manifeste, du mouvement dans la raffinerie, la pétrochimie et l’activité portuaire, semble faire tache d’huile dans d’autres secteurs stratégiques. La CGT cheminots, aux prises avec sa propre négociation sur le statut des travailleurs du rail, vient de rejoindre la position de Sud Rail et appelle désormais à une grève reconductible à partir du 31 mai. « C’est clair que la loi Travail bouscule un peu notre agenda revendicatif, mais ça ne veut pas dire qu’on va rester dans notre coin, expliquait un cheminot normand, jeudi dernier. Nous savons bien que le décret socle qu’ils nous préparent et la loi Travail, c’est le même topo. Début juin, si ça ne bouge toujours pas pour nous, on va monter d’un cran. »

Également engagés dans une négociation sociale difficile depuis l’an dernier (lire ici notre papier), les syndicats de l’aviation civile ont fini par embrayer et appellent à la grève les 3, 4 et 5 juin prochains. Enfin, les adhérents CGT à la RATP se lancent aussi dans une grève illimitée à partir du 2 juin.

Ailleurs, c’est plus compliqué. Même si Philippe Martinez, secrétaire national de la CGT, a appelé sur BFM-RMC à « une généralisation des grèves partout en France », la grève ne décolle pas dans un certain nombre de secteurs. Les postiers sont essorés par les restructurations internes subies depuis des mois, l’enseignement s’épuise dans sa contestation de la réforme du collège, la fonction publique dans son ensemble peine à se mobiliser, loin statutairement des enjeux de la loi sur le travail.

« L’opinion publique est clairement défavorable à la loi, c’est net, mais dans un certain nombre d’entreprises, les difficultés à se mobiliser sont réelles, explique l’un des animateurs du collectif On bloque tout. Les gens sont traumatisés par l’échec de 2010 sur les retraites. » Par ailleurs, la faible syndicalisation générale des salariés français, notamment dans les secteurs les plus précarisés, ne favorise pas non plus les mouvements de masse.

Emmanuel Lépine, de la CGT raffinerie, est quant à lui bien conscient du risque que prend la CGT à laisser partir seuls les gros bastions, sans un élargissement réel du mouvement. « Pas question d’aller une nouvelle fois à l’abattoir. Là, on ouvre une fenêtre de tir pour l’ensemble des salariés, pour leur donner confiance, en leur disant “ça monte en puissance, profitez-en !”. Mais si d’ici à deux semaines, ce n'est pas plus fort ailleurs en termes de grève, alors on prendra nos responsabilités. »

Le gouvernement, de son côté, appuie sans vergogne sur les hésitations du corps militant. Pour l’exécutif, la mobilisation actuelle serait le fait des gros bastions traditionnels de la CGT, noyau d’irréductibles et de « radicaux », une « minorité » à contre-courant. L’argumentaire s’appuie notamment sur l’analyse à grands traits du dernier congrès de la CGT, en avril dernier à Marseille, qui a effectivement consacré la fin du « syndicalisme rassemblé » avec la CFDT – fracturé par la profonde divergence sur la loi El Khomri –, et prôné une ligne dure, faisant craindre à certains observateurs une forme de « repli sur soi ».

« On est pour un syndicalisme de lutte, un syndicalisme de classe, et on bosse avec ceux qui sont sur cette ligne. Les autres, on n’a pas besoin d’eux », assurait en écho jeudi dernier Reynal Kubecki, le secrétaire CGT de l’Union locale du Havre. L'image accolée à Philippe Martinez, ancien métallo de Boulogne-Billancourt, moustache d’Astérix et contre-exemple parfait du louvoyant Thierry Le Paon, rentre à merveille dans ce tableau.

 

Portfolio sur l'arrêt de la raffinerie de Feyzin © Henri Granjean

 

Mais cette analyse résiste mal à la réalité composite du printemps social de 2016. Les huit appels à la grève sont portés depuis trois mois par une intersyndicale constituée également, pour les organisations professionnelles, par FO, la FSU et Solidaires. Sur les blocages pétroliers et dans les raffineries, un certain nombre de syndiqués FO sont mobilisés (voir en illustration cette vidéo sur le blocage à Feyzin).

Les routiers, majoritairement affiliés à la CFDT, n’ont pas attendu l’appel de Laurent Berger pour bloquer les routes, la semaine dernière, avant de rentrer dans le rang sur la promesse que la loi El Khomri soit « neutralisée » dans leur branche. Enfin, au sein de l’appel unitaire « On bloque tout ! », 1 500 syndicalistes d’horizons différents et une centaine de syndicats, unions locales, fédérations et structures nationales d’obédience syndicale large, sont rassemblés. « Le gouvernement, qui est minoritaire au sein de sa propre majorité, n’a pas de leçon de démocratie à nous donner, ironise Emmanuel Lépine. Il y a du monde de manière continue dans la rue depuis trois mois, 1,5 millions de personnes ont dit non à la loi sur le travail en signant la pétition. Seulement, les grèves presse-bouton, même à la CGT, ça n’existe pas… La grève est un droit individuel, ce sera toujours aux salariés de décider. »

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 13:47

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Sur le radar

Enquête pour fraude fiscale : perquisition chez Google à Paris

 

 

 

Une perquisition est en cours ce mardi au siège parisien de Google depuis cinq heures du matin. C’est Le Parisien qui a sorti l’info, confirmée à l’AFP par une source policière.

 

Le siège de Google à Paris, avril 2015

Le siège de Google à Paris, avril 2015 - MEIGNEUX/SIPA
 

Le quotidien évoque la présence d’une « centaine de fonctionnaires du fisc et de la brigade de répression de la grande délinquance financière (BRGDF) dans les locaux, avec le renfort de cinq magistrats du parquet national financier ».

Cette opération a lieu dans le cadre d’une enquête pour fraude fiscale ouverte par le parquet national financier.

 

Un milliard d’euros d’arriérés d’impôts

De passage à Paris en février dernier, Sundar Pichai, le patron de Google, avait rencontré Emmanuel Macron. 

Plusieurs médias avaient évoqué un projet de redressement fiscal de 1,6 milliard d’euros infligé à Google par le Trésor public français (la dernière estimation connue des arriérés d’impôts de Google en France s’élevait à un milliard d’euros). 

La direction de l’entreprise avait alors reconnu être « en discussions » avec le fisc français depuis quatre ans.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 13:23

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Purge à “L’Obs”, reprise en main à “Marianne”

23 mai 2016 | Par Laurent Mauduit
 
 

Manœuvres dans la presse avant la présidentielle : la directrice adjointe de la rédaction de L'Obs, Aude Lancelin, fait l'objet d'un licenciement manifestement politique. Le propriétaire de Marianne promeut, lui, un nouveau directeur, Renaud Dély.

Loin d’être une coïncidence, sans doute est-ce le signe de grandes manœuvres souterraines à l’approche de l’élection présidentielle : au même moment, deux des magazines les plus influents en France, L’Obs d’un côté, Marianne de l’autre, connaissent des jours de tourmente ou de bouleversements. Dans le premier cas c’est le licenciement, manifestement pour des raisons politiques, de la directrice adjointe de la rédaction Aude Lancelin, qui indigne la quasi-totalité de l’équipe. Et dans le second cas, le parachutage d’un nouveau directeur de la rédaction, Renaud Dély, laisse présager une reprise en main éditoriale, même si l'intéressé le conteste.

C’est à L’Obs que les turbulences ont pris ces derniers jours la tournure la plus spectaculaire et la plus violente. Sans que rien ne le laisse vraiment présager, l’hebdomadaire, qui était autrefois la propriété de Claude Perdriel et qui est tombé en 2014 dans l’escarcelle du trio Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé, déjà propriétaire du groupe Le Monde depuis 2010, est entré dans une crise grave.

 

Aude Lancelin Aude Lancelin
 

Tout commence, selon le récit que Mediapart a établi grâce aux témoignages de nombreux journalistes, le lundi 9 mai. Ce jour-là, le directeur de la rédaction, Matthieu Croissandeau, installé à ce poste par les nouveaux propriétaires, convoque l’un après l’autre ses deux adjoints, Aude Lancelin et Pascal Riché.

 

Le statut de la réunion est ambigu : il ne s’agit pas, à proprement parler, d’en entretien préalable à un licenciement et aucune sanction n’est encore évoquée, mais la directrice générale de L’Obs, Jacqueline Volle, y assiste. Aux directeurs adjoints, le patron de L’Obs fait des reproches imprécis mais sur un ton pesant et lourd, leur disant qu’il y a entre eux et lui des dysfonctionnements et qu’il va devoir réorganiser la direction.

À Aude Lancelin, il émet en particulier des reproches de nature “managériale”, lui faisant grief de ne pas l’avoir assez soutenu face à la rédaction, notamment lorsqu’il a décidé de suspendre la parution en kiosque du supplément TéléObs, pour ne plus le diffuser qu’aux abonnés. Des reproches passablement obscurs, car à l’époque de la décision sur le supplément, Aude Lancelin ne s’était pas opposée à la décision.

La rumeur commence donc à circuler dans la rédaction qu’il se trame quelque chose de mystérieux dans les sommets de la rédaction ou que Matthieu Croissandeau ne fait qu’obtempérer à des instructions données par les actionnaires. Mais pour quelles raisons ?

Le lendemain, mardi 10 mai, les choses s’accélèrent. Factotum de Louis Dreyfus, le directeur général du groupe, Jacqueline Volle fait savoir à Aude Lancelin qu’elle veut la voir en fin d’après-midi pour lui remettre une lettre de convocation à un entretien préalable. Pascal Riché apprend lui qu’il est suspendu de ses fonctions de directeur adjoint en charge du numérique, dans l’attente d’une nouvelle affectation. Toute la rédaction comprend alors que la journaliste ciblée par Matthieu Croissandeau est Aude Lancelin, et que dans la confrontation qui se prépare, « Pascal Riché a pris une balle perdue ». En clair, la mise en cause des deux journalistes permet d’arguer de problèmes managériaux alors que le vrai motif est autre, mais ne peut pas être affiché publiquement : si Aude Lancelin doit être licenciée, c’est pour une raison politique…

Le mercredi 11 mai, c’est ce qui commence d'ailleurs à transparaître. À l’occasion d’un conseil de surveillance de L’Obs, Claude Perdriel, qui y siège encore puisqu’il détient toujours près de 30 % du capital, dit publiquement sa colère contre la journaliste. Violant tous les principes de la presse indépendante qui fait obligation aux actionnaires de ne jamais se mêler des questions éditoriales, il admet que Aude Lancelin « a beaucoup de talent », mais il affirme qu’elle est « en faute » car elle ne respecte pas la charte du journal et sa ligne éditoriale « social-démocrate », puisqu’elle publie dans les pages “Débats” des points de vue qui sont en fait des « articles antidémocratiques ». Des propos que dénonce peu après avec ardeur la journaliste Elsa Vigoureux, qui siège au conseil en sa qualité de présidente de la Société des rédacteurs.

Xavier Niel se garde, lui, de marcher sur ces brisées. Il se borne à dire que le journal ne marche pas et que si c’est le cas, c’est pour des raisons éditoriales. Il renouvelle donc sa confiance à Matthieu Croissandeau et affirme que les actionnaires lui ont donné les pleins pouvoirs pour organiser le rebond.

Il n’empêche ! Dans les heures qui suivent le conseil de surveillance, toute la rédaction comprend que c’est Claude Perdriel qui, détestant viscéralement à gauche toute voix qui n’est pas furieusement néolibérale, a lâché le fin mot de l’affaire : à son goût, dans les pages “Débats” de l’Obs, il y a trop de points de vue de la première gauche, ou de la gauche radicale ; trop de place donnée à des intellectuels comme Jacques Rancière ou Emmanuel Todd.

Le lendemain, le jeudi 12 mai, la rédaction de L’Obs, qui n’est ordinairement pas frondeuse, manifeste pourtant son indignation. Une motion de défiance à l’encontre de Matthieu Croissandeau – la première dans l’histoire du journal – est soumise à la rédaction. Et le résultat est sans ambiguïté : 80 % des votants manifestent leur défiance à l’encontre du directeur de la rédaction ; pour l'hebdo, c'est un séisme.

 

Croissandeau seul face à toute la rédaction

Certains journalistes pensent alors que le directeur de la rédaction et les actionnaires vont céder du terrain, face à une réaction aussi unanime de l’équipe. Espoirs vains ! Malgré le camouflet qu'il a subi, Matthieu Croissandeau, qui répète à l’envi n’avoir reçu aucune instruction des actionnaires et agir de sa propre initiative, ne veut rien entendre. Le vendredi 20 mai, Aude Lancelin est donc reçue par Jacqueline Volle pour un entretien préalable à son licenciement. Ce qui renforce l'indignation de la rédaction.

Le même jour, la Société des rédacteurs de L’Obs fait paraître un point de vue qui dit sa sidération. Cela commence par ces mots solennels : « Forts et fiers de notre histoire, nous résistons. » Et cela se poursuit par ces mots : « Engager une procédure de licenciement contre un journaliste de cette manière et dans de telles circonstances est contraire aux principes que l’Obs défend. Cette situation laisse peser le soupçon grave et inacceptable d’une intervention politique. À un an d’une élection présidentielle, alors que la presse souffre de difficultés économiques qui la fragilisent toujours davantage, une telle atteinte à la liberté d’opinion et d’informer serait extrêmement inquiétante. Nous, journalistes de l’Obs, demandons à la direction du journal et du groupe Le Monde libre d’interrompre cette procédure de licenciement, de nous donner la garantie de notre indépendance, et les moyens d’une stratégie. Il ne saurait être question pour nous d’aborder une campagne électorale dans un tel climat de suspicion. »

Ce même 20 mai, l’intersyndicale de L’Obs dit aussi son indignation : « Nous avons demandé l’arrêt de la procédure en cours. Les raisons managériales invoquées par Matthieu Croissandeau pour justifier un ”éventuel” licenciement lors de la conférence de rédaction du 18 mai sont inacceptables. Si licenciement il devait y avoir, il serait particulièrement choquant au moment où ont filtré dans la presse et au conseil de surveillance de L’Obs des raisons politiques à l’éviction de cette journaliste. »

Peine perdue ! Alors qu’au sein de la rédaction, certains pensent qu’il existe peut-être encore une marge de négociation et que les trois actionnaires Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé ne vont pas prendre le risque d’affronter une équipe aussi soudée, aucun geste de conciliation n’intervient.

Ce lundi 23 mai, c’est donc plus que jamais l’impasse. À l’unanimité (moins une petite poignée d’abstentions mais aucun vote contre), les salariés de L’Obs décident le matin, à l’occasion d’une assemblée générale, de faire un débrayage de 15 heures à 16 heures l’après-midi même, « avec rassemblement sur la place de la Bourse pour protester contre le licenciement d’Aude Lancelin et le traitement réservé aux salariés de l’Obs, de Rue 89 et de O, amenés à changer de postes ou à quitter l’entreprise (ruptures conventionnelles en lieu et place de licenciements économiques, promesses de reclassement dans le groupe non tenues, souffrance au travail) ». « Les salariés considèrent inacceptables ces méthodes qui vont à l’encontre des valeurs fondamentales de ce journal. L’Intersyndicale, les représentants du personnel et la SDR demandent à être reçus par la direction pour discuter de l’ensemble de ces sujets, en présence de Matthieu Croissandeau à 15 h », affirme un texte publié par l’Intersyndicale et les représentants du personnel, avec le soutien de la Société des rédacteurs.

 

Lundi 15 heures, place de la Bourse, en face de "L'Obs", pendant le débrayage... Lundi 15 heures, place de la Bourse, en face de "L'Obs", pendant le débrayage...

 

Comment l’épreuve de force va-t-elle donc se dénouer ? En fait, l’histoire est passablement mystérieuse. Car nul ne comprend véritablement ce qui a pu conduire à un conflit aussi soudain et aussi obscur. On en est donc réduit à recenser les hypothèses.

D’abord, François Hollande s’inquiète indéniablement – nous en avons recueilli plusieurs témoignages concordants – des traitements que lui réservent depuis plusieurs mois des journaux “amis” ou avec lesquels il pensait entretenir au moins des relations dénuées d’hostilité. Sans doute est-ce un signe du climat de panique qui prévaut dans les sommets du pouvoir en cette fin crépusculaire du quinquennat socialiste : à des visiteurs, le chef de l’État a dit à plusieurs reprises ces derniers temps l’agacement que lui procurait la lecture du Monde, de Libération et surtout de L’Obs, qui a longtemps fait office de Journal officiel pour les hiérarques du parti socialiste.

Au sein de la rédaction de L’Obs, les bruits les plus divers circulent à ce sujet – ou les bruits les plus fous – et dans tous les cas difficilement vérifiables. Certains croient même que depuis l’irruption de Nuit debout, sur fond de contestation de la loi sur le travail, la nervosité de François Hollande s’est encore renforcée et qu’il a informé l’un de ses visiteurs de la découverte qu’il venait de faire, à savoir que la responsable des pages “Débats” et “Culture” de L’Obs, Aude Lancelin, aurait pour compagnon l’une des figures du mouvement de la place de la République, en la personne de l’économiste Frédéric Lordon.

François Hollande s’est-il ouvert de son inquiétude auprès de Xavier Niel ? Il est évidemment impossible de le savoir. La seule chose qui soit certaine, c’est que la dernière rencontre entre les deux hommes remonte au mois de janvier, c'est-à-dire avant l'accélération de la crise sociale, sans que l’on ne sache ce qu’ils se sont dit pendant le rendez-vous.

 

Une rencontre Hollande-Chaisemartin

Dans les facteurs multiples qui peuvent expliquer cette crise, il y a donc aussi la croisade engagée depuis quelques semaines par l’ancien propriétaire du journal, Claude Perdriel, qui ne décolère pas de constater que les pages “Débats” de L’Obs ne sont plus monopolisées par les représentants de l’aile la plus libérale du parti socialiste – celle qu’incarne aujourd’hui Emmanuel Macron. L’opinion de Claude Perdriel, qui a fait sa fortune grâce aux sanibroyeurs SFA, est assez bien résumée par l’un de ses “porte-flingues”, le chroniqueur de Challenges Bruno Roger-Petit, qui sonne cette semaine le tocsin sur le même registre : « Hollande, victime d’un complot des gauches de la gauche ? » Alors, si complot il y a, n’est-il pas temps de faire le ménage, jusqu’à L’Obs ?

Or, si Xavier Niel a toujours la prudence de dire publiquement qu’il ne se mêle pas des questions éditoriales et que son seul souci est de redresser L’Obs, sans doute faut-il prendre en compte le fait qu’il entretient des relations beaucoup plus proches qu’on ne le pense avec Claude Perdriel. Plus habile que son ami, le patron de Free ne dira donc pas publiquement qu’il voit en Aude Lancelin une « militante » ; mais en son for intérieur, c’est sûrement ce qu’il pense. De même qu’il n’est sûrement pas homme à accepter les mises au placard, préférant un licenciement pur et simple.

On ne peut donc pas suspecter le patron de Free de répondre aux sollicitations de l'Élysée : sa fortune est tellement considérable qu'il n'est plus homme à répondre à ce genre d'invitation. En revanche, Xavier Niel est sûrement très sensible à l'opinion des milieux d'affaires et des grands patrons qu'il côtoie. Et il n'a dû guère apprécier que certains lui fassent observer, comme on nous l'a rapporté, que L'Obs donne parfois la parole à des intellectuels qui, pour les cercles de la finance, passent pour de dangereux révolutionnaires…

Le propos public que tient Xavier Niel sur son rôle à L’Obs n’est certes pas que de forme. Car l’hebdo se porte effectivement très mal. Selon les meilleures sources, ses ventes en kiosque se sont effondrées à un niveau absolument sans précédent, ne dépassant parfois pas les 20 000 exemplaires vendus en kiosque. Mais la crispation autour d’Aude Lancelin n’a rien à voir avec la situation économique du magazine. C’est exclusivement la sensibilité qu’elle incarne, et l'ascendant qu'elle peut avoir sur une partie de l'équipe, qui sont à l’origine de tout ce tohu-bohu.

Incidemment, l'affaire Lancelin dévoile aussi le double jeu fréquent du banquier d'affaires Matthieu Pigasse – absent lors du dernier conseil de surveillance – qui, dans les dîners en ville, aime beaucoup prendre une posture très à gauche, ou signer des tribunes avec Arnaud Montebourg, mais qui dans la vie des affaires défend les mœurs du CAC 40.

Bref, il y a sûrement plusieurs facteurs qui se combinent pour expliquer les turbulences à L’Obs. Mais tous mènent à la même conclusion : c’est bel et bien un licenciement politique qui est engagé, ce qui est gravissime. Et la rédaction de l’hebdomadaire en a bien pris la mesure…

L’affaire prend d’autant plus de relief qu’elle n’est pas la seule : visiblement, l’Élysée suit également de très près les évolutions de Marianne. Mais dans ce cas, sans doute les changements en cours ont-ils une double clef d’explication : économique et politique. Depuis qu’il a pris le contrôle de l’hebdomadaire, Yves de Chaisemartin, l’ancien homme fort du groupe Hersant, n’a cessé de tirer des sonnettes pour essayer de sortir le magazine de l’ornière et de trouver des financements complémentaires.

Mais ces derniers mois, selon nos informations, c’est vers l’Élysée qu’il s’est aussi tourné, pour tenter d’obtenir des aides à la presse complémentaires. Une rencontre dans le courant du mois de décembre a même eu lieu entre Yves de Chaisemartin et François Hollande pour évoquer le sujet. D’après de bonnes sources, le chef de l’État aurait d’abord enregistré la demande de son visiteur sans y donner suite. Mais ultérieurement, le propriétaire de Marianne aurait obtenu des assurances.

Dans le “deal” implicite, y aurait-il donc eu une contrepartie, avec le remplacement de Joseph Macé-Scaron, l’actuel directeur de la rédaction, par Renaud Dély ? Le fait est que les deux journalistes n’incarnent pas du tout la même sensibilité. Au cours des derniers mois, sous la houlette du premier, le magazine a pris des résonances qui pendant longtemps n’étaient pas les siennes. Alors qu’en d’autres temps, le magazine avait un souci de ménager tous les camps, en faisant suivre une charge contre la gauche par une autre contre la droite, tout en ayant une coloration assez fortement pro-européenne sous l’impulsion de Jean-François Kahn, il a changé progressivement de musique. Très anti-européen, très critique contre la gauche, il fait souvent entendre des accents qui s’apparentent au souverainisme de gauche.

Or, si les choses ici vont se passer en douceur – Joseph Macé-Scaron devrait garder son éditorial –, Renaud Dély, qui n’a pas encore quitté L’Obs, incarne une tout autre orientation – beaucoup plus “hollando-compatible”. Dans les tractations en coulisses qui ont précédé cette révolution de palais, c'est Jean-François Kahn qui a susurré à l'oreille d'Yves de Chaisemartin l'idée de faire venir le journaliste de L'Obs.

Renaud Dély dit tout ignorer des rencontres qu’Yves de Chaisemartin aurait pu avoir avec François Hollande, mais il assure que cette interprétation n’est pas la bonne. Il affirme qu’il n’a nullement « l’intention de changer la ligne éditoriale actuelle de Marianne au profit d’une ligne social-démocrate », et qu’il « n’a reçu aucune instruction en ce sens ». Il fait valoir que « ce serait d’ailleurs suicidaire », car la ligne éditoriale actuelle de Marianne est « beaucoup plus en phase » avec l’attente des lecteurs et du pays. On peut sûrement donner crédit à Renaud Dély de ce qu’il dit : Yves de Chaisemartin ne lui a sans doute pas fait ses confidences. Mais à travers le choix d’un nouveau directeur, on devine tout de même le choix d’une nouvelle orientation.

Triste époque, en tout cas… Dans un univers où la presse est devenue le jouet de puissances financières considérables, on en est, semaine après semaine, à scruter les remises au pas ou changements de pied qu’elles peuvent inspirer…

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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