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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 15:47

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

Affaire Kerviel: la version officielle s'effondre à l'audience

17 juin 2016 | Par martine orange
 
 
 

L’audience du 16 juin devant la cour d’appel de Versailles marque un tournant dans l’affaire Kerviel. Entre l’audition partielle de l’enregistrement de la parquetière dénonçant une justice « manipulée », et des témoins qui démontrent que la banque ne pouvait rien ignorer des agissements du trader, c'est toute la version officielle du dossier qui est mise en loques.

Les juges de la cour d’appel de Versailles, qui conduisent le procès pour déterminer au civil les responsabilités entre Jérôme Kerviel et la Société générale, s’attendaient certainement à un procès compliqué, avec des coups d’éclat et le « cirque médiatique » si souvent dénoncé par les avocats de la Société générale. Mais ils n’avaient sans doute pas anticipé ce qui s’est passé à l’audience du 16 juin. Brusquement, le brouillard qui entoure ce dossier depuis plus de huit ans a commencé à se déchirer. Des témoins sont venus raconter à la barre des faits qui n’avaient jamais été entendus auparavant. Les juges eux-mêmes ont semblé mesurer une réalité qu’ils n’avaient jamais perçue dans les enquêtes judiciaires et les jugements d’appel.

Ce changement fut perceptible dès le début d’audience. Le président de la cour d’appel, Patrick Wyon, avait pris en fin de séance, la veille, une décision inattendue : la cour allait écouter des extraits de l’enregistrement du vice-procureur de la République, Chantal de Leiris, révélé partiellement par Mediapart et 20 minutes en janvier, que la défense de Jérôme Kerviel avait déposé au dossier.

Cet enregistrement d'une conversation entre Chantal de Leiris et Nathalie Le Roy, ancienne policière en charge de l'enquête, avait déjà causé beaucoup d’agitation dès l’ouverture du procès. Les avocats de la Société générale avaient tenté de s’opposer à sa prise en compte dans le dossier par tous les moyens. Était-on bien sûr qu’il s’agissait de Chantal de Leiris, avait questionné Jean Reinhart, avocat de la Société générale, mis en cause dans l’enregistrement pour essayer d’en différer l’écoute.

 

Plusieurs contre-feux avaient été allumés auprès des journalistes afin d’en minimiser la portée : cette conversation n’était qu’amicale, la parquetière avait raconté à Nathalie Le Roy, qui aurait de «graves problèmes de santé et familiaux »( sic), ce qu’elle voulait entendre. Chantal de Leiris était une « vieille » parquetière, qui n’avait jamais vraiment traité l’affaire. D’ailleurs, que penser de ses propos, elle qui avait docilement requis pour amnistier Jacques Chirac dans le procès de la Mairie de Paris ? Bref, tout cela était « beaucoup de bruit pour rien ».

 

Pourtant, quand la voix de Chantal de Leiris en conversation avec la commandante de police Nathalie Le Roy commença à être diffusée dans la salle, cela fit un certain effet, malgré la mauvaise qualité sonore. Toutes les questions posées de longue date sur le dossier Kerviel, sur la façon dont l’enquête avait été menée, sur l’indépendance de la justice face à la banque, trouvaient un certain écho.

« C’était surtout Maes [chef de la section financière de Paris à l’époque], sans arrêt il me disait : “Tu vas pas mettre en porte à faux, en défaut la Société générale”. » « J’ai trouvé que Van Ruymbeke [juge d’instruction chargé du dossier Kerviel en 2008], ça l’intéressait pas, je pense. C’est facile de dire “À toute vitesse, on avance, on boucle l’affaire”. Quand on voit que les scellés n’ont jamais été exploités. » « La Générale savait, savait, c’est évident, évident. Et alors, c’est vrai que sur le montant du préjudice, les 4 milliards et quelques, y a aucune expertise, y a rien », avait raconté la parquetière à la commandante de police.

Plus les extraits passaient, plus les avocats de la Société générale se tassaient sur leurs chaises, plus la cour était attentive, stupéfaite par ce qu’elle entendait. Une certaine vision de la justice s’émiettait. « Ils [le parquet de Paris] étaient complètement sous la coupe des avocats de la Générale. » « Ce que l’on dit, c’est que c’est pas Aldebert [ procureur au parquet de Paris en 2008] qui a rédigé l’ordonnance de renvoi, c’est un des avocats qui lui a communiquée. » « Reinhart, du temps d’Aldebert et même encore Maes, il était tout le temps, tout le temps là. Il arrivait pour parler d’un autre dossier avec M. Aldebert, il se positionnait, il s’asseyait, “Ah mais, je serai peut-être bientôt l’avocat de telle société”. Ce que j’ai appris, c’est un type qui renseignait tous les grands cabinets parisiens des affaires nouvelles pour se partager le gâteau. »

La diffusion était à peine terminée que l’avocat de Chantal de Leiris, Olivier Baratelli, déboula dans la salle. Il annonçait que sa cliente allait déposer plainte, demandait le retrait de l’enregistrement compte tenu de la manière illicite dont il avait été obtenu. « Sur le fond, précisait l’avocat, ma cliente ne regrette rien. C’est une conversation strictement privée. Mais cet enregistrement a été obtenu de manière illicite », a-t-il expliqué avant de demander son retrait du dossier.

Après un long de débat de procédure, le président trancha : dans un tribunal pénal, la preuve est libre ; les faits reprochés s’étaient passés en dehors de la cour ; et de toute façon, la plainte n’avait pas encore été déposée, donc l’enregistrement restait au dossier. Sage prudence : en janvier, à la suite de nos révélations, Jean Veil, avocat de la Société générale, avait déjà annoncé que Chantal de Leiris allait déposer plainte. L’annonce est restée sans suite.

Que dire après l’audition d’un tel témoignage qui décrit une justice manipulée, des petits arrangements entre parquet et avocats, au point qu’un procureur aurait pu accepter de se faire écrire une ordonnance de renvoi, les manœuvres en coulisses des grands cabinets pour se partager les dossiers ? Il n'y avait pas de mot. Le silence s'installa un moment. L’avocat de Jérôme Kerviel a toutefois annoncé qu’il allait déposer cette pièce comme nouvelle preuve auprès de la cour de révision.

« Desk » fantôme

 

 © Reuters © Reuters
 

L’enregistrement n’allait être que la première surprise de la journée. Entendu comme témoin de la défense, Jacques Werren, ancien directeur du Matif (marché à terme des instruments financiers), arriva très remonté à la barre. « Ce que j’entends, en résumé, c'est que la Société générale n’a pas vu les positions de Jérôme Kerviel. C’est un déni de bon sens, une insulte à la loi créée pour l’organisation de ces marchés à terme », attaqua-t-il d’emblée. Très remonté par ce qui lui semble être une grossière manipulation, il expliqua aux juges le fonctionnement des marchés à terme. Tous étaient bâtis sur le même modèle : c’étaient des marchés organisés, contrôlés tous les jours.

 

« Tous les jours, il y a un relevé des positions de chacun, des gains et des pertes. Tous les jours, les membres doivent régler en espèces leurs "déposits" [dépôts de garantie], leurs appels de marge. Il n’y a pas de dérogation à cette règle. Car c’est un mécanisme essentiel pour éviter le risque », expliqua-t-il. Avant d’insister : « Il n’y a pas de place pour la dissimulation dans ce système. »

Face aux juges qui semblaient découvrir certains détails, Jacques Werren entreprit de décrire ce fonctionnement : « Les traders n’ont pas accès au coffre-fort et heureusement », résuma-t-il. Le système informatique des traders par lequel ils passent leurs ordres est déconnecté des systèmes comptables. Avant de payer, tout est vérifié par les services des risques, des contrôles, pour s’assurer de la réalité des transactions, des contreparties. Bref, il y a des procédures, des vérifications, des contrôles des risques. Pouvait-on d'ailleurs imaginer qu'il puisse en aller autrement?

Dans ces conditions, les ordres fictifs réalisés par Jérôme Kerviel ne pouvaient avoir aucune incidence sur la comptabilité de la banque. Ils restaient en suspens, sans jamais être traités par les services comptables. D’ailleurs, précisa-t-il, « on nous parle d’un risque de 50 milliards d’euros pour Jérôme Kerviel. Mais le nominal ne correspond pas à l’exposition réelle. Les produits à terme ne se négocient pas comme cela, on évalue la volatilité, les risques de couverture. En gros, cela tourne autour de 5 % du montant nominal. L’exposition réelle de Jérôme Kerviel devait être de l’ordre de 2,5 milliards d’euros. La baudruche se dégonfle d'un coup. Cela ne représente pas un risque systémique. Pourquoi ce risque a-t-il été volontairement exagéré ? », s’interrogea-t-il.

Mais comment expliquer alors que la Société générale ait fait autant de bruit autour de l’affaire Kerviel, en prenant le risque de se tirer une balle dans le pied, d’endommager sa réputation ? demanda en substance le président. « J’ai un scénario mais ce n’est qu’un scénario car je n’ai pas toutes les clés. Pour moi, il a pu y avoir un desk fantôme qui prenait des positions contraires à celles de Jérôme Kerviel. Tout était couvert », dit-il. « Mais si vous voulez vraiment savoir la vérité, ce qui s’est vraiment passé, combien la Société générale a perdu, faites faire une expertise, allez voir dans la comptabilité de la banque, allez voir à la chambre de compensation Eurex. Vous saurez alors la vérité», conseilla Jacques Werren.

Le « desk » fantôme évoqué par l’ancien directeur du Matif prit une soudaine consistance avec l’audition de Philippe Houbé. Ancien responsable du back office chez Fimat, le courtier de la Société générale par lequel Jérôme Kerviel passait tous ses ordres, il avait été entendu lors du procès en appel de l’ancien trader en mai 2012. Les avocats de la Société générale et la présidente du tribunal, Mireille Filippini, avaient alors raillé « ce petit témoin du back office ». Philippe Houbé était ressorti en larmes du tribunal. Très peu de temps après ce témoignage, il a été licencié par la Société générale. Il n’a jamais retrouvé de travail depuis, figurant parmi la trop longue liste des « irradiés » de l’affaire Kerviel, punis pour avoir soutenu des propos contraires à la vérité officielle. 

Mais lors de cette audience, Philippe Houbé fut écouté, de plus en plus attentivement même, au fur et à mesure de sa déposition. Il commença par témoigner de son étonnement en entendant les responsables de la banque parler en nominal. « Les professionnels ne parlent jamais en nominal sur les produits à terme. Le risque n’a jamais été de 50 milliards d’euros », dit-il, confirmant les propos du témoin précédent. Selon lui, la perte pour la banque  non plus n’a jamais été de 6,3 milliards d’euros. « Si un compte a effectivement perdu cette somme, un autre a gagné entre la période du 18 et 25 janvier [dates de débouclage des positions prises par Jérôme Kerviel] 1,8 milliard d’euros, et 2,2 milliards d’euros sur an », dit-il expliquant que, par sa position, il avait pu avoir accès à tous les comptes. La Société générale aurait donc menti ? 

Il poursuivit son récit. Il n’y avait pas que Jérôme Kerviel qui donnait énormément de travail au courtier Fimat, raconta-t-il. Deux autres comptes avaient aussi des volumes totalement délirants. L'un, semble-t-il, était celui de Maxime Kahn, le trader qui a débouclé les positions de Jérôme Kerviel et l'identité du détenteur de l'autre compte, SF 594, est inconnue. L’un de ces deux ccomptes était positionné exactement sur les mêmes produits de Jérôme Kerviel – des contrats Dax et Eurostoxx –, et pendant que Jérôme Kerviel se plaçait en position acheteuse, l’autre prenait exactement la position inverse. « Cela a continué pendant la période de débouclage. Il est resté vendeur jusqu’au bout », raconta-t-il devant des juges médusés. « Pour moi, la Société générale n’a rien perdu dans cette affaire, si on prend en compte le crédit d’impôt de 2,2 milliards d’euros », assura-t-il.

« La Société générale savait, savait »

 

Philippe Houbé © DR Philippe Houbé © DR
 

L’embarras devenait palpable. Toute la procédure, tous les jugements ont été bâtis à partir des seules déclarations de la Société générale. Toutes les demandes d’expertise ont été refusées. Mais comment établir des dommages et intérêts, évaluer les responsabilités, alors que le doute s’est désormais insinué sur la réalité de la perte de 4,9 milliards d’euros affichée par la Société générale ? L’avocat de Jérôme Kerviel a annoncé qu’il allait présenter une nouvelle demande d’expertise, à la suite de ce témoignage.

 

Mais les opérations fictives de Jérôme Kerviel ne faisaient-elles pas courir un risque ? hasarda le président. Philippe Houbé assura que non. Ces opérations mal renseignées, incomplètes tombaient en anomalies mais n’étaient jamais prises en compte par le back office, dans les résultats réels, les seuls qui importent, selon lui.

Mais pourquoi Jérôme Kerviel faisait-il cela ? demanda le président. « Honnêtement, il était couillon », répondit du tac au tac Philippe Houbé. « Il pensait masquer ses positions, alors qu’au contraire il attirait l’attention sur lui. Les différents services se sont plaints à de nombreuses reprises de lui, parce qu’il les embêtait, parce que les écarts entre sa situation réelle et ses positions fictives leur donnaient un surcroît de travail. Il y a eu des réunions avec des responsables haut placés sur le sujet. Mais il n’y a eu aucune décision, aucune sanction, parce qu’ils savaient que ces opérations n’existaient pas. Ils ont laissé faire », constata-t-il. Avant de révéler qu’un rapport de la direction des risques de Fimat avait été réalisé en novembre 2007 sur l’activité délirante de Jérôme Kerviel et transmis à la banque, car la multitude de ces opérations saturait les serveurs du courtier !

Interrogé sur les dysfonctionnements de la banque, l’ancien responsable de Fimat commença à leur décrire longuement le fonctionnement quotidien. Entre 500 millions et 1,5 milliard d’euros étaient payés chaque jour par la trésorerie de la Société générale pour couvrir les appels de marge. Il fallait bien s’assurer de la conformité des opérations avant de payer de telles sommes. 

Chaque jour, toutes les opérations passées étaient donc vérifiées. Toutes les informations venaient de l’extérieur – chambre de compensation, contreparties. Des fichiers indiquant toutes les positions prises, les risques, les appels de marge, les gains et les pertes, compte par compte, étaient envoyés aux différents services de la comptabilité, de la trésorerie, du contrôle de gestion, de la gestion des risques et bien sûr aux responsables des différentes salles de marché. « Dire que la Société générale n’a rien vu, cela sous-entend que pendant un an, des équipes entières n’ont pas fait leur travail », asséna Philippe Houbé.

Manifestement bousculé par ce qu’il entendait, un des assesseurs du président, chose rare, prit la parole pour demander s’il avait été interrogé lors de l’instruction judiciaire. « Non, jamais. Personne n’est jamais venu chez Fimat. Nous, on attendait le juge d’instruction. Il n’est jamais venu, on ne nous a jamais posé une seule question », répondit Philippe Houbé. Un gouffre semblait s’ouvrir sous les pieds des juges.

La déposition de la commandante de police Nathalie Le Roy devant le juge d’instruction Le Loire revenait comme en écho. « J’ai eu le sentiment d’avoir été instrumentalisée par la Société générale », a-t-elle déclaré au juge. C’est la Société générale elle-même qui m’adresse les personnes qu’elle juge bon d’être entendues. Je n’ai jamais demandé : “Je souhaiterais entendre telle ou telle personne.” C’est la Société générale qui m’a dirigé tous les témoins », a-t-elle confié.

Les avocats de la Société générale déclarèrent forfait : ils ne posèrent aucune question au témoin. Claire Dumas, la responsable de la Société générale qui conduit le dossier à la banque depuis le début de l’affaire Kerviel, se dévoua. Ses propos créèrent la dernière surprise, un aveu inattendu. Elle reconnut qu'il existait bien deux comptes chez Fimat, semblables à celui de Jérôme Kerviel, mais ceux-ci servaient à couvrir des portefeuilles actions par ailleurs et non à être en miroir avec les positions du trader, assura-t-elle. Avant de complèter : « Philippe Houbé a raison dans sa description des positions au quotidien. Tous les jours, il y a une réconciliation entre les données externes et les données internes sur les marchés des futures. Au niveau du back office, il n’y avait pas écart sur les positions de Jérôme Kerviel. »

En d’autres termes, les positions réelles prises sur le Dax et l'Eurostoxx par Jérôme Kerviel étaient relevées chaque jour. Elles étaient vérifiées par la banque. Elles correspondaient à ce que les contreparties extérieures déclaraient. « La Société générale savait, savait. C’est évident, évident. »

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 14:33

 

Source : https://reporterre.net

 

 

La tenace volonté de proposer la paix entre policiers et manifestants

15 juin 2016 / par Lorène Lavocat (Reporterre)
 


 

Grande manifestation, présence policière massive, vitrines brisées, blessés des deux côtés : le scénario est bien rôdé. Contre lui, des manifestants de Nuit debout et des policiers agissent ensemble pour tenter de stopper la violence.

- Paris, reportage

80.000 selon la préfecture, un million d’après les syndicats. Derrière ce grand écart des chiffres, un constat : à Paris, la manifestation du mardi 14 juin a massivement rassemblé. Venus des quatre coins de la France, des dizaines de milliers de personnes ont défilé entre la place d’Italie et les Invalides, contre le projet de loi travail.

Et c’est un cortège festif mais sous haute surveillance policière qui est parti de place d’Italie vers 14 heures. Au cœur de la foule, un petit groupe d’une vingtaine de manifestants attire l’attention. Autour de leur cou, des pancartes indiquent : « Je suis policier, contre la loi travail et les violences d’État. » Drapeau de son syndicat en main, Alexandre Langlois, secrétaire de la CGT-Police, se dirige vers un CRS qui, impassible, reçoit un tract. « Nous souhaitons que ce gouvernement ne puisse plus se servir de la police pour prendre les coups à sa place et qu’il arrête de ternir l’image des fonctionnaires qui sont du côté de la population », peut-on y lire.

 

« Nous sommes tous le peuple, civils et policiers, unissons-nous », lance Alexandre Langlois. « La sortie de crise passe par un rapprochement entre civils et policiers », enchérit Gaëlle Van der Maslow, de Nuit debout Brissac (Hérault). La jeune femme en sait quelque chose : il y a deux mois, elle s’est interposée entre des manifestants et des CRS à Montpellier. « Je disais aux policiers “nous sommes tous dans le même bateau, rejoignons-nous au lieu de nous taper les uns les autres” ». Son intervention a permis de pacifier la situation, et l’a poussée à continuer.

Avec des participants des Nuits Debout et des policiers — membres de la CGT —, elle tente de créer une alliance entre forces de l’ordre et manifestants.

- Écouter Gaëlle Van der Maslow :

 
 
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« En se divisant, on fait le jeu du gouvernement », dit-elle. Un avis partagé par Xavier Renou, des Désobéissants : « Quand médias dominants et politiques mettent l’accent sur les violences, ça permet de ne pas parler de la loi travail ; dans cette affaire, c’est d’abord travailleurs contre élite, et les policiers sont des travailleurs comme nous. »

Gaëlle et Xavier rêvent du jour où les CRS ôteront leur casque pour rejoindre les opposants à la loi travail. « Ceux avec qui on noue le dialogue sont d’accord avec nous, ils rejettent la loi travail. Mais ce n’est pas facile, ils ont des ordres et encourent de lourdes sanctions s’ils désobéissent. » En attendant ce grand soir, ils tractent depuis ce mardi matin auprès de tous les CRS et gardes mobiles.

- Télécharger le tract :

PDF - 2.1 Mo
Communiqué : Rapprochement population et police

Régulièrement la petite troupe s’arrête devant les cordons de CRS, pour les apostropher. « Policiers rejoignez-nous, ôtez votre casque ! » Certains portent des miroirs flanqués d’une question, « Et vous ? » car tous veulent parler à « l’humain » qui se trouve derrière l’institution policière. Peu de réactions de l’autre côté des boucliers, mais qu’importe, Gaëlle assure qu’en coulisses, hors manif, « 90 % sont d’accord avec nous ». Un manifestant a pourtant du mal à la croire : « Tous ces gens qui se font taper dessus alors qu’ils n’ont rien fait, comment le justifier ? »

Pour pousser au rapprochement, le groupe propose aux forces de l’ordre de témoigner anonymement sur leurs conditions de travail. Un courriel vient d’être mis en place : levezvousavecnous@gmail.com. D’autres actions pour nouer le dialogue entre manifestants et policiers devraient avoir lieu. « On ne fera pas la révolution sans vous », lance un militant.

« Les policiers souffrent autant que les autres travailleurs », juge Frédéric, policier venu lui aussi manifester. Manque de moyens, ordres hiérarchiques contradictoires ou illogiques, blessures. « On en a aussi marre de cette politique ! » s’exclame Dominique, un collègue.

- Écouter Frédéric et Dominique :

 
 
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Frédéric, Gaëlle Van der Maslow et Alexandre Langlois

En chemin, des militants les interpellent, surpris : « Vous êtes policiers et vous êtes là, c’est une blague ? » Les applaudissements pleuvent sur leur passage, aux cris de « La police, avec nous ! ».

- Écouter une discussion entre Alexandre Langlois et une manifestante :

 
 
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Pourtant, leur message de dialogue et de non-violence détonne à côté des manifestants blessés — nous avons croisé au moins trois personnes avec des plaies importantes — et des vitrines cassées.

- Écouter Alexandre Langlois :

 
 
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« Tout est fait pour que ça dégénère », soupire Alexandre Langlois. Justement, en tête du défilé, les forces de l’ordre viennent d’isoler une partie du cortège, suscitant incompréhension et colère parmi les militants. « Créer des nasses, énerver les manifestants, laisser passer les casseurs : les ordres viennent d’en haut, policiers et gendarmes n’ont pas envie de taper des manifestants pacifiques ! » commente le policier syndicaliste. Sortir d’une vision binaire — « Méchants flics contre gentils manifestants » — et éviter les amalgames, c’est le but de la petite troupe. Et ils ont du pain sur la planche.

 

 

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 13:25

 

https://www.nuitdeboutnimes.fr/events/casserolesdebout-vendredi-109-mars-17-juin-partout-france/

 

 

#CasserolesDebout, vendredi 109 mars (17 juin) partout en France !

 

 

 

Casseroles_Debout

 

 

Mairie de Nîmes
Place de l'Hôtel de ville - Nîmes

 

Vendredi 17 juin aura lieu partout en France une opération #CasserolesDebout. L’objectif ? Faire un maximum de bruit contre la Loi Travail.

Alès – Saint-Félix de Pallières – Quissac – Nîmes – Bagnols sur Ceze etc.

Dernière minute : suite à un refus de la mairie de Quissac ( interdiction ? ), le rassemblement prévu dans ce village a été annulé. Il est proposé un rendez-vous sur le parking de la poste à 18h45 pour un covoiturage vers Alès.

 

 

Nous étions plus d’un million de manifestant.e.s mardi. Le gouvernement ne peut continuer à imposer ce projet alors qu’une écrasante proportion de citoyennes et citoyens est opposée à cette loi et qu’il ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale.

#CasserolesDebout, c’est l’occasion de rappeler notre exigence : ce projet doit être retiré ! Vendredi soir, 350 rassemblements sont d’ores et déjà prévus, dans tous les départements, à 19h30 pour se rencontrer et échanger avec toutes celles et ceux qui, dans notre ville, sont mobilisé.e.s contre la Loi Travail.

Dès 20h, partout en France, concerts de casseroles simultanés. Les concerts seront retransmis sur les réseaux sociaux, en direct.

Votre ville n’apparaît pas sur la carte ? Il suffit de l’inscrire en cliquant ici. Vous recevrez un flyer personnalisé et un mode d’emploi détaillé.

Evénement facebook : https://www.facebook.com/events/1583793208585207/

 

 

 

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Info reçue par mail

 

 

Bonjour,

Plus de 500 rassemblements #CasserolesDebout sont prévus demain, vendredi 17 juin, à 19h30, partout en France. Bravo à toutes et tous pour votre mobilisation !

Si vous n'avez pas encore inscrit votre Mairie sur la carte, c'est encore possible en cliquant ici.

 

 

Voici quelques éléments pour réussir l'événement près de chez vous :

> Il suffit d'être 4 ou 5 personnes pour une opération #CasserolesDebout. L'objectif est à la fois qu'un maximum de rassemblements, même petits, aient lieu pour montrer que nous sommes partout mobilisé.e.s contre la Loi travail. Cela va également nous permettre de rencontrer des citoyen.ne.s mobilisé.e.s. Plus de 3000 personnes se sont pré-inscrites sur Internet pour participer à l'événement près de chez elles. Demain, plusieurs médias annonceront l'événement.

> Toute la soirée et demain pendant la journée, continuez à partager l'information sur les réseaux sociaux. Cliquez pour partager sur Facebook et sur Twitter.

> Vendredi, dès 19h30, partagez une photo des casseroles sur les réseaux sociaux avec un  message du type "#CasserolesDebout à [VILLE] pour demander le retrait de la Loi travail". Pensez à tagger sur Facebook la page "Loi Travail, non merci". Nous diffuserons vos photos en direct.

> A partir de 19h30, accueillez les participant.e.s et présentez l'opération aux passant.e.s. Vous pouvez par exemple organiser une mini-AG d'échange sur la mobilisation et les suites possibles à donner au mouvement. N'hésitez pas à faire remonter vos idées d'actions à mener dans les semaines qui viennent. Une analyse complète de la loi, disponible sur le site de l'UGICT-CGT, peut vous aider à animer un débat. Pensez également à annoncer la manifestation intersyndicale du 23 juin, qui aura lieu partout en France.

> A 20h, début de concert de #CasserolesDebout. Une ou deux des personnes présentes peuvent être chargées de la communication. Pensez à poster des photos et une vidéo sur les réseaux sociaux. Vous pouvez également filmer l'opération en direct via des applications comme Periscope ou FacebookLive. Pensez à mettre systématiquement le hashtag #CasserolesDebout pour que nous puissions les relayer.

A bientôt,

Caroline De Haas
Loi Travail, non merci !
@carolinedehaas

 

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 14:35

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

Manifestation dans la capitale

Paris. Témoignage d’un docker du Havre sur la manifestation du 14 juin

Publié le 15 juin 2016

 

 

 

La manif du 14 juin à Paris a été une vraie première pour beaucoup de jeunes dockers du Havre. Habitués à des défilés massifs, mais sans réelle confrontation avec les forces de l’ordre, pourtant bien présentes dans les rues normandes, où tout se passe en général de façon tranquille. Les anciens, les délégués nous ont prévenu du potentiel face à face, de l’inévitable présence bien visible cette fois des forces de l’ordre et de la tension qui allait s’en résulter.

Dominique Ciabatte

 

Déjà depuis la semaine dernière, nous savions que la montée sur la capitale allait être compliquée, et trouver des cars et des trains pour venir de la province était problématique.
Finalement, au petit matin de ce mardi 14 tout se met en branle, le premier train part, les cars se remplissent et prennent la route. Casques et gilets rouges floqués à nos couleurs syndicales sont du voyage. Ils sont surtout indispensables pour nous identifier entre nous, savoir qui est qui, qui peut faire partie de notre cortège. Un service d’ordre, un encadrement composé de 300 de nos camarades a même été prévu. Une première chez les dockers...

 

Toute la matinée, les groupes arrivent, se retrouvent place d’Italie, les drapeaux sont préparés, l’ambiance, bonne forcément, est de circonstance... Les camarades dockers affluent de tout l’hexagone (Nantes, Fos, Marseille, Bordeaux, un drapeau basque se hisse même plus vite que l’habituel drapeau breton...), les gens nous reconnaissent et beaucoup saluent notre implication sans faille dans le mouvement. Cela fait chaud au cœur. Vers 13h, une fébrilité se fait sentir, la banderole est déployée, nous nous mettons en ordre de marche derrière elle et notre ligne de tambours, parmi une foule immense, bigarrée, de manifestants d’univers variés, professions et syndicats de tous horizons.

 

13h30 le grand moment est arrivé pour nous, premier roulement de tambour, premier pas et nous voilà parti pour ce défilé.


C’est lent, saccadé, on n’y est pas habitué. Nous, qui normalement défilons sur une douzaine de kilomètres à un rythme assez soutenu, sommes un peu fébriles mais la joie de tous se retrouver, de communier ensemble sur les avenues de la capitale prend le dessus, et les slogans et la bonne humeur font de ce début de manif un bon moment.


Très vite, nous rencontrons, fermant les accès aux rues perpendiculaires, les forces de l’ordre, les gardes mobiles, mais notre encadrement très efficace, empêche tout contact avec eux, ainsi pas de provocation possible. Notre mauvaise réputation (bien infondée de nos jours) nous colle toujours à la peau. A nous de démontrer qu’on sait gérer un défilé dans le plus grand calme possible.

 

Nombreux sont les autres manifestants massés sur le bord des rues à nous saluer et féliciter notre cortège ainsi que notre encadrement efficace, si efficace même que certains des gardes mobiles en sont étonnés.

 

Malgré cela au loin devant, le tout début du cortège, un premier rideau de fumée se devine.
La tension monte au sein du cortège. Nous nous approchons des Invalides. Au bout d’un moment d’arrêt, les tambours cessent. Nous sommes arrivés au bout de notre manifestation. Tout le monde se réjouit de cette réussite, de cette foule, du fait qu’aucun heurt n’est encore à déplorer de notre côté. Un dernier virage à l’angle du dôme doré et les cars sont en vue.
C’est alors qu’un premier nuage nous enveloppe. Des gaz lacrymogènes lancés par les crs dans cette fin de cortège pacifiste et pacifique.

 

Nous nous regroupons vite, toussant, pleurant, vomissant sur la place où se trouvent les cars nous attendant pour nous ramener vers nos villes d’origine.
Certains présentent déjà des traces de brutalité avec des ecchymoses dues à des flashballs, éclats de grenade de désencerclement, bombes lacrymogènes d’aveuglément utilisés.
La provocation est énorme du côté des CRS, leur réaction, leur réactivité nous surprend. Nous voyons débouler entre les colonnes de cars leurs renforts. Par dizaine les CRS accourent mais ô surprise ils s’en prennent aux familles, aux manifestants ayant fini leur défilé, qui tentent de rejoindre leur car. Gazage en masse, quelques coups de matraque pleuvent aussi, dans l’incompréhension la plus totale. Au bout de quelques dizaines de minutes d’incrédulité face à une telle injustice, nous pouvons enfin, dans un calme sommaire nous regrouper afin de repartir vers Le Havre.


Tous plus ou moins choqués à notre façon, nous essayons de débriefer les dernières minutes si brutales d’une manif pourtant tranquille pendant le trajet du retour.
Comment ces CRS ont pu intervenir si rudement contre nous ? Un défouloir peut-être ? Une volonté de casser l’envie de revendication ? Un moyen de dissuasion ?

 

Cette intervention musclée injuste et indigne aide de plus le gouvernement à nous assimiler a des « casseurs », décrédibilisant le mouvement auprès des téléspectateurs toujours prêts à gober ce que mère télévision veut bien leur faire ingurgiter.

 

Comme le dit un de nos mots d’ordre : " you will never walk alone ", notre unité est notre force et nous sauront, si nécessaire, en faire encore une fois la démonstration massive et pacifique...

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 14:20

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

 

Loi Travail : François Hollande peut-il vraiment interdire les manifestations ?

 

 

 

Loi Travail : François Hollande peut-il vraiment interdire les manifestations ?

Des manifestants affrontent les policiers lors de la manifestation contre la loi Travail du 14 juin 2016 à Paris. (ALAIN JOCARD/AFP)

 

L'exécutif a menacé d'interdire les prochaines manifestations contre la loi Travail, après les violences qui ont éclaté en marge du défilé mardi. Une décision légale mais controversée.

 

 

Droit à la sécurité contre droit de manifester. Le bras de fer entre le gouvernement et les syndicats se poursuit sur le terrain des libertés publiques. Après les violences qui ont émaillé le défilé contre la loi Travail mardi 14 juin, le gouvernement a menacé d'interdire les prochaines manifestations. Au cours des affrontements qui ont éclaté en marge du cortège, au moins 29 policiers et 11 manifestants ont été blessés et plusieurs bâtiments ont été caillassés, dont l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris.

Des débordements jugés inacceptables par l'exécutif qui brandit la sanction suprême. François Hollande a fait savoir qu'il n'y aurait plus d'autorisation de manifester si la préservation "des biens et des personnes" ne pouvait être "garantie". "Pour l'instant, elles ne le sont pas, à ce moment-là, les décisions seront prises au cas par cas de ne pas autoriser les manifestations", a affirmé le chef de l'Etat.

Interdiction de manifestation : la CGT tient tête à François Hollande

Dans le viseur du gouvernement, la CGT dont l'attitude envers les casseurs est jugée "ambiguë" par le Premier ministre, Manuel Valls. Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, est même allé plus loin en assurant qu'une centaine de militants CGTistes avaient participé à des actes de violence à la fin de la manifestation. Ce dont s'est défendu Philippe Martinez, le patron du syndicat sur France 2 :

 

"La CGT ne porte aucune responsabilité sur ce qui se passe en marge des manifestations. [...] Il n'y a aucune relation entre ce que font les casseurs et les manifestants."

Une interdiction autorisée par la loi

Le gouvernement peut en toute légalité prendre la décision d'interdire une manifestation, et ce même hors état d'urgence. Dans une décision rendue le 19 février dernier, le Conseil constitutionnel a rappelé le cadre de l'interdiction :

"Si l'autorité de police n'a pas d'autre moyen efficace que l'interdiction préventive, celle-ci peut être licite, dès lors que la menace pour l'ordre public apparaît suffisamment et exceptionnellement grave."

Le droit de manifester à proprement parler n'est pas inscrit dans la Constitution française mais est reconnu comme une liberté fondamentale par l'article 11 de la Convention européenne des droits de l'Homme. En France, ce droit est régi par le décret-loi du 23 octobre 1935 qui stipule que :

"Tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes et d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable."

Le texte précise ensuite qu'une manifestation déclarée est susceptible d'être interdite par arrêté préfectoral si elle est de nature "à troubler l'ordre public". Les contrevenants à cette interdiction s'exposent à six mois de prison et à 7.500 euros d'amende.

En outre, le régime d'état d'urgence, prévu par la loi de 1955, étend la possibilité d'interdire les manifestations "à titre général ou particulier" lorsque celles-ci sont de "nature à provoquer ou entretenir le désordre". C'est en vertu de cette loi que des interdictions de manifester individuelles ont été prononcées, pour la manifestation contre la loi Travail du 17 mai dernier, à l'encontre de dix manifestants antifascistes. Le tribunal administratif avait ensuite annulé neuf d'entre elles 24 heures plus tard.

 

Un pari risqué pour un gouvernement de gauche

Même si cette interdiction s'inscrit dans un cadre légal, elle peut constituer un pari risqué pour un gouvernement de gauche. Une telle décision confirmerait ainsi l'impuissance de l'exécutif à sortir de la crise par la voie du dialogue social. Jean-Claude Mailly, le numéro 1 de Force Ouvrière, s'est dit stupéfait qu'un "gouvernement de gauche puisse interdire des manifestations organisées par des syndicats".

 

 

L'annonce a également provoqué l'indignation d'une partie de la majorité pour qui le gouvernement fait montre d'autoritarisme. L'ancien ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a dénoncé ce jeudi matin sur France Culture la "politique du coup de force permanent" de l'exécutif :

"Vous avez un problème parlementaire, on sort le 49-3. Vous avez une motion de censure sur le point d'être déposée par des parlementaires de la majorité, fait exceptionnel, on sort la machine à sanctionner. Vous avez un problème avec les organisations syndicales, les pétitions, vous leur interdisez de manifester."

Enfin, ce n'est pas parce que la manifestation est interdite qu'elle n'aura pas lieu. Malgré les menaces du gouvernement, les syndicats ont exprimé leur volonté de maintenir leurs prochaines journées de mobilisation nationales prévues les 23 et 28 juin. L'intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, Fidl et UNL) a redit mercredi sa "détermination sans faille" à poursuivre le mouvement et a demandé au gouvernement "de garantir les bonnes conditions d'exercice du droit de manifester". Pour rappel, en dépit de l'arrêté préfectoral interdisant la manifestation du 26 mai à Nantes, les opposants à la loi Travail avaient tout de même défilé dans les rues. 

Maïté Hellio

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 13:50

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Loi travail: ce blessé grave qu'ont oublié Valls et Cazeneuve

 
 
 

Les responsables politiques, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve en tête, ont choisi de dire leur indignation devant les dégradations mineures subies par les façades de l’hôpital pour enfants Necker, lors de la dernière manifestation parisienne contre la loi sur le travail. Mais le silence est total sur un manifestant gravement blessé, sans doute par le tir d’une grenade lacrymogène.

 

Les bris de vitrines de l’hôpital pour enfants Necker à Paris, et plus généralement les dégradations massives d’un petit millier de manifestants sur les centaines de milliers qui ont défilé mardi à Paris, ont masqué l’essentiel : l’ampleur de la manifestation. Elles ont aussi rendu invisibles les violences policières alors que, selon nos informations, un manifestant a été sérieusement blessé après avoir été touché par un tir de grenade lacrymogène, selon plusieurs témoignages recueillis par Mediapart.

 

Dans son communiqué diffusé mardi soir, la préfecture de police de Paris indique que « 24 policiers ont été blessés ainsi que 17 manifestants tous en urgence relative. Un des manifestants est en cours d’opération mais son état n’inspire pas d’inquiétude majeure ». Mais selon nos propres sources, au moins 150 manifestants ont été blessés mardi, dont une quinzaine qui ont nécessité une évacuation d’urgence du cortège.

Lors d’une conférence de presse mercredi en fin de journée, le préfet Michel Cadot a cependant indiqué que 11 manifestants avaient été blessés, dont 8 admis dans des hôpitaux, soit déjà 6 de moins que la veille au soir. Sans doute conscient de ces problèmes de décompte qui se répètent à chaque manifestation, le préfet a souligné que d’autres chiffres pouvaient circuler, ses services ne prenant en compte que les informations qui remontent des pompiers ou du Samu.

Revenant sur le manifestant blessé grièvement vers 15 heures au croisement des boulevards Raspail et du Montparnasse, le préfet a indiqué qu’il n’y avait pas de « conséquences lourdes » pour cette personne. Selon nos informations, l’homme souffre d’une fracture d’une vertèbre et a nécessité une greffe de peau et une greffe de chair. Mercredi en fin d’après-midi, on ignorait s’il était toujours sous sédation.

En revanche, selon de nombreux témoignages que nous avons pu recueillir, les circonstances exactes qui ont provoqué cette blessure se sont précisées. Ainsi ce témoignage de S. – qui a souhaité rester anonyme – et qui se trouvait à proximité de l’homme au moment des faits. « Je n’ai pas vu ce qu’il a pris exactement dans le dos mais dès qu’il est tombé, j’ai vu des gens crier “À l’aide” et “Medics” [pour appeler les équipes de street medics ] », explique S. dans un message qu’il nous a envoyé. 

 

L'impact de la grenade qui a brûlé et creusé une large plaie en haut du dos du manifestant grièvement blessé mardi à Paris. © KZH L'impact de la grenade qui a brûlé et creusé une large plaie en haut du dos du manifestant grièvement blessé mardi à Paris. © KZH

 

Thibaud Le Floch, journaliste qui couvrait la manifestation pour LCP, la chaîne parlementaire, témoigne : « J’étais peut-être à trois mètres de lui, un homme massif habillé tout en noir. J’ai vu un objet tomber du ciel et se coincer dans son dos, entre sa tête et son sac à dos. Immédiatement, il a explosé et un gros nuage de fumée s’est dégagé. L’homme s’est tout de suite effondré, face contre terre, sans faire un geste des bras pour se retenir. » « L’objet qui a explosé est une bonbonne grise, qui est arrivée par au-dessus », explique encore le journaliste. Le journaliste a filmé les instants qui ont immédiatement suivi l’explosion, et a bien voulu confier ces images à Mediapart (voir ci-dessous).

© Thibaud Le Floch / LCP

Jointe par téléphone, C. – qui elle aussi n’a pas voulu que son nom apparaisse – est plus précise. « Il y avait des affrontements qui venaient tout juste d’avoir lieu. On voulait rejoindre le groupe de manifestants qui se trouvaient à l’avant pour ne pas voir la manifestation séparée en deux, donc on était en train de courir. Je me suis retournée quand j’ai entendu un bruit. Le mec qui était juste derrière moi s’est effondré avec un bruit épouvantable, un “pschiiiiit”. Il avait un truc fiché dans le dos, entre la colonne et l'omoplate, qui faisait énormément de fumée. Quelqu’un lui a enlevé et il y avait un trou béant dans son dos, son t-shirt avait brûlé. »

Sur la nature de l’objet incendiaire qui a provoqué la blessure, le préfet Cadot a déclaré lors de sa conférence de presse qu’il ne pouvait pas « qualifier » le projectile qui a « touché la colonne vertébrale sans atteindre la moelle épinière ». Mais selon quasiment tous les témoins que nous avons interrogés, il ne fait pas de doute qu’il s’agit bien d’une grenade lacrymogène, envoyée donc par les forces de l’ordre qui se trouvaient non loin de là. Un des street medics qui a pris en charge le blessé en est certain, une ogive grise ayant été trouvée sur place. Notre témoin C. aussi, de même qu’un photographe qui se trouvait sur les lieux et qui a témoigné dès mardi soir sur le site de L’Obs

Le préfet Cadot a indiqué qu’une enquête de l’IGPN avait été ouverte mais qu’« apparemment il n'y avait pas la moindre présence des forces de l'ordre à proximité ». Ce n’est pas ce que montrent les images filmées par les journalistes sur place ni les témoignages recueillis. Dans la vidéo du journaliste indépendant Nnoman ci-dessous (son fil Twitter ici, son facebook là), on voit clairement que les policiers arrivent immédiatement sur place. On voit par ailleurs dans cette vidéo que les personnes qui entourent l’homme à terre sont chassées à coups de matraque. Un autre manifestant est d’ailleurs blessé au crâne et s’effondre.

© Nnoman

Cette vidéo a visiblement échappé à la préfecture de police de Paris. Lors de sa conférence de presse, Michel Cadot a ainsi estimé que « les forces de l'ordre ont fait un travail remarquable ». Lors de la manifestation d’hier, 1 500 grenades lacrymogènes ont été utilisées, ainsi que 175 grenades de désencerclement. Un tir de LBD (successeur du Flash-Ball) est annoncé. Il y a eu 58 interpellations et 41 personnes placées en garde à vue, toujours selon le préfet, dont cinq Allemands et un Italien. 

 

À Necker, des vitres brisées

Il est probable que la plupart d’entre eux ont pris part au plus violent des affrontements de cette manifestation. Il a eu lieu à partir de 15 h 30, au niveau de l’hôpital Necker, à la frontière entre les VIIe et XVe arrondissements, au niveau de l’intersection du boulevard du Montparnasse et de la rue de Sèvres (voir ici le plan de l’hôpital). À cet endroit, la police a stoppé l’avancée du cortège pendant une bonne heure, et a subi au moins pendant vingt minutes des jets de projectile de toutes sortes, et a répliqué massivement à coups de gaz lacrymogènes, avant de disperser les plus violents à coup de canons à eau (cette vidéo donne une bonne idée de l’ambiance générale à ce moment).

Philippe Bonnet, secrétaire général-adjoint du syndicat CGT de l’AP-HP à l’hôpital Necker, était présent à la manifestation avec ses collègues, dont certains étaient devant leur hôpital au moment des affrontements. Il condamne les violences, et raconte : « L’épisode a été très violent, et pas si bref que cela. En remontant le parcours, les casseurs, qui étaient plusieurs centaines, avaient déjà brisé de très nombreuses vitrines, et bombardé la façade de la maison de Solenn, une maison médicalisée pour adolescents, qui dépend de l’hôpital Cochin. Devant Necker, les policiers étaient d’un côté, et les casseurs de l’autre. Ces derniers ont arraché, parfois avec des burins, de grandes parties de bitume juste à côté de la station de métro, et ils avaient aussi quelques pavés en main. Ils ont bombardé pendant de longues minutes les CRS devant la façade de la rue de Sèvres. Ces projectiles ont endommagé la façade en hauteur, du côté de la rue de Sèvres, mais aussi au moins un bus qui était stationné là, et dont les vitres ont été brisées. »

 

Bus et façade de l'hôpital caillassés, le 14 juin, juste après les principaux affrontements. © Rachida El Azzouzi Bus et façade de l'hôpital caillassés, le 14 juin, juste après les principaux affrontements. © Rachida El Azzouzi

 

Durant ces échauffourées, les baies vitrées de l’hôpital, côté boulevard du Montparnasse, ont aussi été endommagées, à hauteur d’homme. Pierre Trouvé, journaliste du Monde.fr, a filmé la fin de cette séquence de dégradation, et l’a diffusée en direct sur Periscope. Le Monde a publié l’extrait en question sur son site. On y voit un homme en noir, cagoulé et seul, porter méthodiquement des coups de masse sur les vitres à sa portée, sur la longueur de la façade. Un autre homme, en blanc, donne deux coups de pied à l’une des vitres. Un dernier homme tente de les arrêter, en criant : « Hé, c’est un hôpital de gosses ! »

Voilà pour les violences qui ont touché l’hôpital. Ce mercredi, de larges bandes adhésives orange et une planche en bois protégeaient les façades vitrées, où l’on pouvait voir par ailleurs trois impacts de projectiles en hauteur. En tout, quinze vitres ont été endommagées, à des degrés divers. Personne n’est entré dans l’hôpital, et très peu de manifestants l’ont visé explicitement. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement de marteler son indignation sur ces événements. Peu importe leur impact réel.

 

La façade de l'hôpital Necker, boulevard du Montparnasse, le 15 juin. © D.I. La façade de l'hôpital Necker, boulevard du Montparnasse, le 15 juin. © D.I.

 

Invité sur France Inter mercredi matin, le premier ministre Manuel Valls n’a pas hésité à décrire un hôpital « dévasté ». La ministre de la santé Marisol Touraine a quant à elle condamné dans un communiqué les « dégradations révoltantes de la part de casseurs ». Tous deux se sont rendus sur les lieux dans la matinée. Martin Hirsch, le directeur général de l'AP-HP, a pour sa part dénoncé les « casseurs », qui « ont délibérément visé l’hôpital, en lançant des pavés, sur la façade du bâtiment Laennec, alors même que la signalétique montrait sans ambigüité qu’il s’agit d’un établissement de soins »

« Juste derrière les vitres visées, il y a des blocs opératoires. Pendant ces attaques, il y avait des enfants qui étaient opérés et des équipes soignantes au travail, sous les bruits et les menaces des projectiles. Les soins ont été perturbés », s’est-il indigné. Il est exact que, selon les témoignages recueillis, nombre de personnels et de patients de l’hôpital ont été choqués par le passage de la manifestation et les affrontements. Mais difficile de dire s’ils l’ont été en particulier par les quelques projectiles envoyés sur les façades. Par ailleurs, des blocs opératoires sont bien situés du côté de la rue de Sèvres, où Mediapart a relevé deux impacts. Mais les vitres endommagées ne donnent pas sur ces salles d’opérations, séparées d’elles par un espace vide et inaccessible, et par une façade de type tôle ondulée.

Devant les réactions outrées de l’exécutif, Philippe Bonnet de la CGT Necker s’inquiète : « On essaie de discréditer totalement la CGT. Or, ce n’est pas parce que le syndicat organise la manifestation qu’il peut gérer des casseurs comme ceux-là. La France organise bien l’euro, et il y a des débordements de hooligans à Marseille et ailleurs, mais les organisateurs expliquent que ce n’est pas leur faute. Ce n’est pas plus celle de notre syndicat. » Il en convient néanmoins, « s’attaquer à un hôpital pédiatrique, c’est le summum. Pour retourner l’opinion publique il n’y a pas mieux. » 

 

Hollande évoque l'interdiction des manifestations

Une bonne partie de la classe politique n’a en effet pas raté l’occasion, reliant immédiatement les débordements, la grosse casse et les slogans anti-police au double meurtre de policiers revendiqué par l’État islamique intervenu lundi 13 juin. « Je n'accepterai plus que dans des manifestations comme celle qui s’est déroulée aujourd’hui, il y ait des sauvageons qui puissent tenir ce type de propos, avec 27 policiers blessés, les vitres de l’hôpital Necker brisées, alors que l'enfant du couple tué s'y trouve, a prévenu Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, sur France 2 mardi soir. Tout cela est inacceptable. »

Interrogé sur ces débordements sur France Inter, Manuel Valls a par ailleurs clairement ciblé la CGT, dénonçant une « attitude ambiguë du service d'ordre du syndicat vis-à-vis des casseurs qui ont sévi tout au long du cortège ». Le premier ministre est même allé plus loin. « Ces manifestations ne peuvent plus durer ainsi, j'en appelle à la responsabilité d'un syndicat, la CGT, qui, hier, à l'évidence, a été débordé. Beaucoup plus d'ultras et de casseurs, que d'habitude, 700 à 800, plus difficiles à encadrer (…) Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris. Et au cas par cas nous prendrons, nous, nos responsabilités. » 

© France Inter

Michel Cadot, préfet de Paris, a détaillé en conférence de presse dans l’après-midi la pensée du premier ministre, évaluant le rassemblement en amont du cortège syndical à 3 000 manifestants, « pas forcément violents », dont « une quarantaine de drapeaux CGT »« Il n'y a pas de profil type des personnes interpellées, poursuit le préfet. Ils font partie pour certains d'entre eux de mouvements radicaux. De tous âges. » Il note néanmoins qu’« une petite partie des manifestants de la CGT a participé à des violences », notamment des militants « du Havre », après appel à la dispersion par les organisateurs de la manifestation.

Philippe Martinez, contacté par Mediapart, a immédiatement réagi à ces critiques : « Quand on est en difficulté sur un texte, on cherche à faire diversion. Mais c’est gravissime. Nous condamnons ce qui s’est passé à Necker, c’est évidemment scandaleux mais la CGT n’a rien à voir avec ça. Or elle est constamment pointée du doigt. Il y a un mois, on nous a accusés d’avoir sorti les gros bras pour faire le ménage chez les casseurs, donc faudrait savoir ce qu’on attend de nous. » 

François Hollande, un peu plus tard dans la journée de mercredi, a lui aussi alimenté la polémique, par l’entremise de Stéphane Le Foll, au sortir du conseil des ministres. « À un moment où la France accueille l’Euro, où elle fait face au terrorisme, il ne pourra plus y avoir d’autorisation de manifester si les conditions de la préservation des biens et des personnes et des biens publics ne sont pas garanties. » Pour Jean-Claude Mailly, c’est le coup de trop : « Ça suffit », a tonné le leader de Force ouvrière, mercredi midi sur France Info : « Les casseurs, ça pénalise aussi les manifestants. Je considère que sur l’antenne de France Inter ce matin, le premier ministre a été un pyromane », a ajouté Jan-Claude Mailly. 

« Les violences devant, c’est au ministère et à la préfecture de les gérer, complète Philippe Martinez. Nous, on a pris la décision d’arrêter la manifestation avant les Invalides parce qu’il y avait des problèmes, on a pris nos responsabilités. » Pour la CGT, la menace de l’interdiction est « scandaleuse » : « La préfecture et le ministère savaient que des groupuscules venus d’un peu partout en France allaient monter, pourquoi ils n’ont rien fait ? Et ça fait trois mois qu’ils savent qu’il y a des problèmes dans les manifestations, et ils n’agissent pas en conséquence. À titre de comparaison, on a arrêté les hooligans après les heurts à Marseille en moins de 48 heures. » 

Michel Cadot, à la tête de la préfecture de police de Paris, n’a pas souhaité dire s’il serait « favorable à une interdiction ou non », mais il aimerait que ceux qui envisagent de manifester trouvent une autre manière de s'exprimer. En tête du cortège, les syndicalistes « n'ont pas souhaité prendre leurs distances, au contraire ils se rapprochaient » au moment des interpellations, selon le préfet.

La préfecture de police de Paris peut, selon le droit, interdire une manifestation, sur le principe qu’il y a trop d’éléments perturbateurs et pas assez de forces de l’ordre pour les gérer. Une telle décision est néanmoins rarissime, surtout pour des mouvements sociaux, le conseil d’État contestant régulièrement la légalité du procédé. La prolongation de l’état d’urgence a cependant permis d’élargir considérablement le cadre d’une telle interdiction. Ainsi, lors de la COP21 en novembre 2015, les rassemblements de militants en marge ont été interdits, en raison du double impératif de la menace terroriste et de la sécurisation du forum de Paris et de son aréopage de chefs d’État. Ce printemps, l’Euro 2016 a remplacé la COP. 

« Dans cette légitime question de la balance sur les moyens, où est la démocratie ?, s’insurge Florian Borg, du syndicat des avocats de France, qui maintient que le cortège syndical du 14 juin était « bon enfant »« protégé par le SO »« Bien sûr que la présence de ces personnes en amont du cortège complique la tâche et il n’est pas question d’excuser ces actes, poursuit l’avocat, mais ça ne peut exonérer les pouvoirs publics dans leur manière de gérer l’ordre public. La responsabilité est multiple, mais dire que les casseurs, c’est la faute des organisateurs est un raccourci trop facile pour interdire la contestation sociale. »

Les deux prochaines journées de mobilisation sont prévues pour les 23 et 28 juin, à l’issue de l’examen du texte au Sénat. La CGT rencontre par ailleurs Myriam El Khomri vendredi prochain. La ministre a laissé entendre ces derniers jours, à demi-mots, que des aménagements étaient encore possibles sur sa loi. Un processus de négociation sabré par le premier ministre, toujours sur France Inter, mercredi matin : « Chacun doit savoir que le gouvernement ne changera pas un texte qui est déjà le résultat d'un compromis avec les syndicats réformistes, il y a plusieurs mois », a répété Manuel Valls. « Vous voyez dans quelles conditions se prépare notre rencontre de vendredi ?, souligne Philippe Martinez. On aurait voulu que ça se passe mal qu’on ne s’y serait pas pris autrement. »

 

 

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 13:39

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

Connaître ses droits est une infraction : un écrit d'avocat à lire à vos risques et périls

 

LE PLUS. Le fait, pour un manifestant, d'avoir en sa possession un tract syndical donnant des conseils en cas d'interpellation fait-il automatiquement de lui un suspect ? C'est ce qu'a estimé le procureur général de Paris. Cela en dit long sur la politique pénale de notre gouvernement, pour l'avocate Laure Heinich.

Édité par Rozenn Le Carboulec 

 

 

 

 

Interpellation lors d'une manifestation contre la loi travail à Nantes, le 9/06/16 (S.SALOM-GOMIS/SIPA)

 

Devant donner sa position sur la demande de mise en liberté d’un individu soupçonné d’avoir participé à des violences lors d’une manifestation, le procureur général de Paris choisit de s’y opposer. Parmi les raisons invoquées, un tract trouvé en perquisition. Il s’agit d’un document d’un syndicat d’avocats donnant des conseils en cas d’interpellation. Sur ce tract, sont énoncés les droits des personnes placées en garde à vue (le droit au silence, le droit de se faire assister d’un avocat, de prévenir sa famille, de bénéficier d’un examen médical), il y est aussi prescrit de ne pas insulter les forces de l’ordre ni d’avoir un comportement violent envers eux.

 

Pour le procureur général, détenir un tel document prouve la volonté de participer à une action violente et justifie ainsi la répression la plus ferme. Il semble donc que connaître ses droits en cas de placement en garde à vue caractériserait une intention de nuire.

 

Au pays de "Charlie", lire est un danger

 

Suspecter un citoyen qui s’informe, cela en dit long sur la politique pénale de notre gouvernement… Au pays de "Charlie", si la liberté d’écrire est sauve, lire est un danger. On recommanderait trop de ne pas s’intéresser au droit des prisonniers, la sanction semblant dictée par l’intitulé du papier.

 

Par un tel positionnement, le procureur général entend ni plus ni moins sanctionner l’accès au droit par les citoyens. Et puisque nul n’est censé ignorer la loi, impossible d’échapper à la répression : c’est une infraction de la méconnaître et une infraction de l’apprendre…

 

Celui qui se défend, suspect de trop connaître son dossier

 

Dans les tribunaux, la suspicion pèse depuis longtemps sur celui qui se défend, suspect de trop connaître son dossier, suspect de ne pas plier devant le système, de ne pas se confondre en excuses bien formatées.

 

Aujourd’hui, ces suspicions pèsent sur celui qui s’informe avant de participer ou non à une manifestation avec pour objectif évident de l’en dissuader. C’est ce constat que dresse mon confrère Emmanuel Daoud qui voit, dans ces réquisitions écrites du procureur, une volonté de l’État de criminaliser le mouvement social. La répression guette dès lors qu’on manifeste pour ses droits, qu’on les exerce ou qu’on tente simplement de les connaître.

 

Tous prennent le risque de l'illégalité

 

On comprend mieux pourquoi les avocats font l’objet d’autant d’intimidations (écoutes téléphoniques, perquisitions, garde à vue, etc.) puisqu’ils sont les vecteurs de l’objet du délit : la connaissance de la loi qu’ils transmettent.

 

Toutes les issues étant bloquées, les contestataires, les intéressés, les curieux, les lecteurs, ceux qui veulent participer à l’espace public, prennent donc le risque de l’illégalité. Le message adressé aux citoyens est clair : mieux vaut ne pas bouger.

 

Il faut peut-être se poser autrement la question de qui paralyse la France ? La politique pénale affichée démontre une crainte démesurée face aux mouvements citoyens. Quelle vérité craignent-ils à ce point qu’il faille nous museler ? Au moment où il nous est demandé de résister, nous sommes en droit de nous interroger : qui a peur ?  

 

 

 Le tract syndical donnant des conseils en cas d'interpellation

 

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 21:08

 

Source : https://lundi.am/Sur-l-instrumentalisation-des-vitres-de-l-hopital-Necker

 

 

 

 

 

Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker - Témoignage d’un parent

 

 

"Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?"

 

Un lecteur de lundimatin nous a fait parvenir ce témoignage à vif.

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.

 

 

Source : https://lundi.am/Sur-l-instrumentalisation-des-vitres-de-l-hopital-Necker

 

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 20:58

 

Source : https://www.mediapart.fr
 

 

 

Loi travail, la plus grande des manifs

 
 
 

Contrairement au discours du gouvernement sur l'essoufflement du mouvement social, la manifestation du mardi 14 juin n'a pas été le baroud d’honneur annoncé d’une CGT marginalisée. C’est au contraire la plus forte mobilisation depuis le début du mouvement.

Vu du ciel, le pari est largement gagné. Un cortège serré et bruyant a traversé Paris de la place d’Italie aux Invalides mardi, rassemblant des centaines de milliers de personnes pour cette première journée de manifestation nationale depuis le début du mouvement contre la loi El Khomri. Selon les syndicats FO, CGT et Solidaires, plus d’un million de personnes ont défilé dans la capitale (1,3 million dans toute la France), alors que la préfecture de police de Paris a dénombré 75 000 personnes. Quelle que soit l’échelle retenue, c'est beaucoup plus que lors des grosses journées des 9 et 31 mars derniers.

Au ras du sol, tout dépend de l’optique choisie. Le gouvernement n’a pas tergiversé, insistant longuement sur les vitrines endommagées ou taguées tout au long du boulevard du Montparnasse, les abris de bus défoncés, et les affrontements entre les forces de police et le gros cortège autonome en tête (nous y revenons page suivante). Plusieurs policiers et manifestants ont été blessés. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a même, à ce propos, allègrement mélangé les genres en appelant « tous ceux qui sont dans la violence à retrouver un peu d'humanité, de tolérance, en respect de ce petit enfant auquel nous nous devons de donner une image digne de la France » en référence au double meurtre de policiers dans la nuit revendiqué par l’État islamique.

Le cortège n’en était pas moins, pour une très large part, calme et bon enfant, concentré sur le retrait de la loi sur le travail, dont le texte est arrivé lundi 13 juin au Sénat. Partis à 13 heures de la place d’Italie, une partie des manifestants n’étaient pas encore arrivés à Invalides à 19 heures. « C’est énorme, j’ai rarement vu ça », assure David, cheminot venu de Bordeaux. Le fait que le gouvernement ait lâché du lest sur la convention relative au statut de sa profession n’entame pas sa détermination. « On peut dire ce que l’on veut, mais nous sommes dans le mouvement depuis le mois de mars. Et même si on a obtenu une convention collective de haut niveau, on sait bien que la loi El Khomri peut signifier pour nous aussi la régression sociale. »

David a fait le déplacement à Paris et il n’est pas le seul. Les portuaires et dockers du Havre électrisent le parcours avec leurs tambours, un Breton fend la foule avec son drapeau noir et blanc et une pancarte agrafée à son sac à dos : « Cazeneuve à Rennes, ni oubli ni pardon » (voir à ce sujet l’article de Karl Laske). Sur un camion, une jeune femme crie : « On ne s’est pas levé à une heure du matin pour rien ! On est à Paris, retrait de la loi travail ! »

Les délégations régionales ou départementales, arrivées en bus ou en train, expliquent la forte mobilisation du jour. Beaucoup de militants, surtout CGT, racontent que leur dernier déplacement dans la capitale remonte à 2010, à l’occasion du mouvement contre la réforme des retraites. Derrière la banderole CGT-Roanne, ils sont 200, explique Franck. « On est là et bien là. Cela fait trois mois que le gouvernement dit que le mouvement s'essouffle, mais c’est de l’enfumage. » Noël, syndiqué FO venu d’Aveyron, est parti à 3 h 30 du matin pour monter dans un car puis un train. « Je suis saisonnier, et ne travaille que 9 mois par an, mais je fais quand même 27 heures supplémentaires par mois. Pour le moment, elles sont majorées à 25 %, mais si on m’enlève ça, je serai encore plus précaire qu’aujourd’hui. »

 

Manifestation contre la loi sur le travail, 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi Manifestation contre la loi sur le travail, 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi

 

Chacun sa vision du mouvement : bataille pour des acquis ou combat pour la survie. Pierre l’avoue bien volontiers : « À dix ans de la retraite, je me bats pour mes enfants, et pour conserver quelques protections. » « Petit cadre » dans la filiale d’un grand groupe œuvrant dans le domaine de la défense, il n’est pas syndiqué, est monté dans un bus CGT grâce à un copain, expérimente pour la première fois de sa vie une manifestation parisienne. « Ici, c’est anonyme, je peux me permettre. Chez moi, vu ma boîte, et même si je suis civil, ce n’est pas possible. »
Guillaume Brante, délégué syndical CGT pour le site Haribo d’Uzès, distribue à tout-va des tracts appelant à signer la pétition contre la délocalisation de la ligne chamallows en Belgique, ainsi que des sachets de bonbons multicolores. « FO et la CFE ont lancé une consultation sur le plan de compétitivité que la société nous propose, et qui prévoit quand même 110 suppressions de postes alors que notre entreprise ne s’est jamais aussi bien portée. Il a été approuvé à 63 % grâce au chantage à l’emploi. Pour le moment, la CGT est majoritaire, donc on peut quand même refuser l’accord mais si la loi El Khomri passe, c’est fini. Pour nous, c’est très concret ce qui se passe aujourd’hui. »

 

Guillaume Brante, délégué CGT chez Haribo © MG Guillaume Brante, délégué CGT chez Haribo © MG

 

Révision de la majoration des heures supplémentaires, possibilité d’accords offensifs sur l’emploi, réforme du licenciement économique, possibilité de référendum, les raisons de la grogne sont toujours aussi nombreuses. Des inspecteurs du travail, présents dans le cortège, pointent le risque d’une « focalisation sur l’article 2 », au cœur des tractations depuis l’arrivée du texte au parlement. « C’est un piège, souligne Yacin, qui travaille en Ile-de-France. Certains tentent de dire que si cet article est réécrit, le texte devient acceptable, mais pour ceux qui pratiquent le droit du travail tous les jours, il est évident qu’une série d’autres articles posent problème. »

« Ce serait quand même une sacrée victoire », note de son côté Fernand Gonzalez, ancien membre de la fédération métallurgie où œuvrait anciennement Philippe Martinez, et actuellement au bureau de l’Union départementale CGT du Lot-et-Garonne. « Mais faut pas se faire de cinéma, les enseignants sont bientôt en vacances, il va falloir tenir pendant l’été, c’est assez inédit. »

Dans le carré de tête, les leaders syndicaux sont assez réticents à dévoiler leur jeu, et l’étendue de la négociation à l’œuvre avec la ministre du travail, sous l’ombre portée de Matignon et de l’Élysée. Pour Philippe Martinez, l'objectif de la CGT « n'est pas simplement de supprimer l'article 2 de la loi, c'est toute la colonne vertébrale du texte qui est à revoir ». La CGT doit rencontrer le gouvernement vendredi. Mais le syndicat a déjà prévu deux nouvelles dates de manifestations, « au cas où », les 23 et 28 juin.

 

Le carré de tête syndical Le carré de tête syndical

À deux pas, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, appelle lui aussi à poursuivre le mouvement même s’il a rencontré vendredi la ministre du travail Myriam El Khomri, et l'a trouvée « attentive » à ses propositions. « Est-ce une amorce ou est-ce de la com' ? Je crois qu'elle a compris que tout le monde peut sortir par le haut de ce dossier. » FO est-elle donc prête à négocier, et à cesser le mouvement contre une réécriture de l'article 2 de la loi ? Éric Beynel, chez Solidaires, assure de son côté qu’il n’y a pas d’« hiatus » dans le front syndical : « L’intersyndicale reste soudée, la journée d’aujourd’hui est très belle et le mot d’ordre reste le retrait. Après, chacun sa stratégie. »

 

En tête, présence massive des autonomes

Loin des tractations de coulisses, et tout à l’avant, dans ce qu’il convient d’appeler la tête du cortège, la manifestation a également fait le plein. Selon un bon connaisseur de ce type de manifestations, c’est sans doute « l’une des plus grosses manifestations d’autonomes de ces trente dernières années ». Ce qui est sûr, c’est que le nombre de personnes portant coupe-vent à capuche noir et lunettes de soleil ou masque de plongée a atteint un niveau jamais observé ces trois derniers mois. Les deux heures suivantes, jusqu’à l’arrivée place des Invalides, ne sera qu’un lent piétinement, alternant charges, lacrymogènes, jets de pierre, vitrines brisées et tags sur les murs, ce qui ralentit tout le reste du cortège et lui donne son rythme. Les 300 « casseurs » infiltrés que dénonce régulièrement le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve sont aujourd’hui au moins 1 000.

 

En tête du cortège autonome, mardi 14 juin © CG
En tête du cortège autonome, mardi 14 juin © CG

 

Avant même que la manifestation ne s’ébranle, la foule stationnée était déjà repoussée à plus de 200 mètres de la place d’Italie, au niveau de la station de métro Gobelins, boulevard du Port Royal. Comme chaque fois, la banderole « Soyons ingouvernables » servait de point de ralliement. Et comme chaque fois, des syndicalistes, comme des cheminots CGT ou des militants à SUD étaient parmi la foule. On dénombrait également les Jeunes écologistes, ou encore la CNT et Alternative libertaire. Un phénix de carton monté sur un caddie était « rené » de ses cendres, après avoir été brûlé lors de la manifestation du 1er Mai.
L’ambiance est motivée, les chants variés. Le cortège s’est élancé peu après 13 heures. La fête ne sera que de courte durée. Si la présence policière est plutôt discrète au début, à chaque croisement, les forces de l’ordre qui sont là pour empêcher la manifestation de dévier de sa trajectoire sont l’objet de jets de pierre, de pétards, voire de feux d’artifice. Très vite, la police, aidée de la gendarmerie, réplique. Le cortège est stoppé dès 14 heures.

 

Des gendarmes bloquent l'avancée du cortège © CG Des gendarmes bloquent l'avancée du cortège © CG

 

On entend parler allemand, italien, sous les cagoules, quand d'autres slogans revendiquent l’appartenance à une région comme Toulouse, Clermont-Ferrand – apparemment en force –, ou encore Rennes et Nantes. Comme les fois précédentes, il n’y a absolument aucune désolidarisation dans ce cortège de tête. Quand les visages masqués entament un « Et tout le monde déteste la police ! », l’ensemble des personnes présentes reprennent en chœur. La violence du gouvernement et de ses policiers depuis le début du conflit social a vraisemblablement marqué les esprits.
Philippe et Pascale, masques sur le visage, ont marché vite. Sans s’en rendre compte. Les voilà dans le quartier Duroc, boulevard du Montparnasse, « dans le merdier », à quelques dizaines de mètres du face-à-face entre les CRS et les autonomes sous les nuages de lacrymogènes. Le cortège ne peut plus avancer. Les yeux piquent, la colère aussi. « Le gouvernement a gagné. Voilà la CGT assimilée aux casseurs. Les images vont tourner en boucle. Uniquement celles-ci, pas les manifestants pacifiques qui revendiquent le retrait de la loi El Khomri pour de justes raisons », s’énerve Philippe.

Philippe a 58 ans, plus de 25 ans d’ancienneté dans un grand groupe dont il préfère taire le nom et un salaire qui dépasse à peine le Smic, 1 450 euros net. Il est ouvrier, venu de Rennes, une ville rompue aux violences policières depuis le début du mouvement contre la réforme du code du travail. Il a fait toutes les manifestations, sept jours de grève, soit plus de 500 euros soustraits à son salaire. « Mais cela vaut le coup de se battre ; je le fais pour les jeunes car moi, j’aurai une petite retraite mais vous, vous n’aurez rien », lance-t-il en nous prenant à partie.

Syndicaliste depuis une quinzaine d’années à la CGT – un coup d’arrêt à sa carrière, selon lui –, Philippe dit que « le problème, c’est l’Europe qui nous gouverne et qui fait que les patrons nous voient comme des charges et non comme des plus-values ».

 

Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi

 

Tandis que le cortège reprend sa marche pour quelques minutes de répit avant une nouvelle charge des CRS qui fera reculer la foule en l’arrosant de gaz, il raconte qu’il vote Front national, que « ce n’est pas incompatible avec son engagement syndical à la CGT ». « On peut être catho et à la CGT, pourquoi ne serait-on pas au FN et à la CGT ? » renchérit sa compagne Pascale, elle aussi encartée à la CGT. « Marine Le Pen n’aurait jamais fait une telle réforme. Avec elle, il n’y aurait pas eu cet article 2 sur l’inversion de la hiérarchie des normes », jure-t-elle. Le couple, des déçus du « socialisme », vote extrême droite depuis une dizaine d’années, « pas par adhésion mais par colère ». « On n’est pas d’accord avec tout ce que dit le FN mais tout de même, il dit des vérités sur l’Europe, l’assistanat », appuie Philippe. Au travail, il est complètement « démotivé » : « Les salaires n’augmentent pas. Un jeune qui rentre gagne quasiment autant que moi au bout de 25 ans d’ancienneté. »
Non loin de là, une colère, physique celle-ci, s’exprime. Le long du boulevard du Montparnasse, les vitrines de banques, d’agences immobilières, des magasins de luxe ou même des chaînes de fast-food sont systématiquement attaquées. Au croisement avec le boulevard Raspail, un homme s’écroule, touché au dos vraisemblablement par une grenade non explosée.

Selon L’Obs, qui a recueilli un témoignage de photographe présent au moment des faits, l’homme d’une quarantaine d’années « s'est pris une grosse bombe lacrymo dans le dos, une grosse bombe grise. (…) Il était debout au milieu de la rue, seul, quand les forces de l'ordre ont tiré. L'homme est tombé au sol, sur le ventre, inanimé. (…) La bombe lacrymo était enfoncée dans son dos, elle a fait un trou de 5 centimètres de diamètre ». Toujours selon ce témoin, la bombe « a continué à se consumer et à faire de la fumée, elle a fait fondre son t-shirt ». L’homme a été évacué par les pompiers. Rien n’avait filtré sur son état en début de soirée.

 

Un arrêt de bus ravagé sur le parcours © CG
Un arrêt de bus ravagé sur le parcours © CG

 

Trois jeunes cagoulés s’immiscent dans le Starbuck aux vitrines explosées et ressortent avec des mugs aux couleurs de l’enseigne américaine. Un vieux routier des luttes de la CGT, descendu du Pas-de-Calais, les interpelle : « Vous n’avez pas honte ? Vous êtes venus pour ça ? Nous, on est là pour défendre le code du travail ! » Il n’a pas le temps de finir qu’il doit se réfugier derrière la porte cochère d’un bel immeuble haussmannien. Nouvelle charge violente des CRS qui fait remonter la foule. Il ne s’y était pas préparé et manque de s’écrouler. Dans le hall, une dame en tailleur filtre les entrées et ne laisse passer que « les manifestants qui lui inspirent confiance ». Elle annonce une mauvaise nouvelle à un homme d’une cinquantaine d’années en chemise blanche et pantalon noir : « Ils ont brisé la vitrine de ton commerce ! » Il veut sortir, elle le lui déconseille, « c’est trop dangereux ».
Dehors, des explosions se font entendre. Des grenades. Une dame, d’une cinquantaine d’années, commissaire aux comptes qui connaît bien le monde de l’entreprise, se dit « atterrée devant tant de violences », dénonce « une CGT radicalisée, arc-boutée sur des privilèges d’un autre temps ». Elle allait chercher des médicaments quand elle s’est retrouvée au milieu des manifestants. Un débat s’instaure dans le hall d’immeuble entre pro et opposants de la loi El Khomri et c’est le commerçant qui a le dernier mot : « Ce pays est impossible à réformer », avant de braver la foule et les gaz pour rejoindre sa boutique aux vitres brisées et appeler son assurance.

Quelques mètres plus loin, c’est un autre hall d’immeuble qui est rempli de manifestants. Ici, personne ne filtre les entrées, les portes sont grandes ouvertes. Des “street medics” y soignent des blessés, un journaliste, une étudiante. D’autres s’échangent du sérum physiologique, des gouttes d’huiles essentielles, des masques d’hôpital. Une brune, la cinquantaine, se réjouit devant tant de solidarité : « Ça rappelle Mai 68. »

 

Un manifestant harangue les CRS près de l'hôpital Necker © Rachida El Azzouzi Un manifestant harangue les CRS près de l'hôpital Necker © Rachida El Azzouzi

 

La grande affaire de la journée sera sans doute les vitrines brisées d’un bâtiment de l’hôpital Necker, situé sur le parcours de la manifestation. Des manifestants cagoulés ont mis des coups de marteau dans certaines baies vitrées, un tag a été rajouté, indiquant « Ne travaillez jamais ». Il n’en a pas fallu plus pour que la classe politique réagisse et que l’AP-HP annonce déposer plainte. Sur les réseaux sociaux, certains tentent un rapprochement saugrenu, expliquant que l’enfant du couple policier tué dans la nuit par un terroriste en banlieue y était soigné (ce qui n'a pas été confirmé par l'hôpital Necker).

L’arrivée place des Invalides, destination finale de la manifestation, se passe sans heurts dès lors que les policiers se sont retirés de quelques centaines de mètres. Des gens s’assoient sur les pelouses, d’autres appellent leurs amis dispersés dans la foule. Le répit n’est que de courte durée. Alors que quelques policiers casqués sont pris à partie, d’autres se déploient, un camion lance-eau en appui. Des grenades lacrymogènes volent sur la foule éparpillée, alors même qu’une large partie du cortège n’est pas encore arrivée. Un groupe de cégétistes, venu de Toulon, panique, ne sachant plus comment quitter la place.

 

Place des Invalides, un canon à eau fait son entrée © CG Place des Invalides, un canon à eau fait son entrée © CG

 

Les minutes passent sans que la situation ne s’améliore. Aux jets de grenades lacrymogènes et autres grenades assourdissantes répondent des jets de pierre et des slogans contre la police. Un photographe quitte en boitant un des affrontements. Des “street-medics” portent un homme qui vient de prendre un tir de LBD (nouveau Flash-Ball) dans l’abdomen. Un deuxième camion lance-eau arrive sur la place, déversant la moitié de son contenu. 

Une brèche s’ouvre vers les quais, des manifestants s’y engouffrent et gagnent le pont des Invalides avant que les policiers ne changent d’avis et nassent ce qu’il reste de manifestants. Des « Libérez nos camarades » retentissent cependant qu’une partie de ceux qui ont pu sortir lancent des appels à marcher vers les Champs-Élysées, ou vers l’Élysée, ou vers le Sénat. En fait, personne ne sait vraiment où aller. Les groupes se disloquent peu à peu. Des syndicalistes de la CGT ou de SUD regagnent leurs cars qui se trouvaient de ce côté de la Seine. Vers 19 heures, il ne restait plus grand monde dans le quartier.

 

Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 11:45
 
Info reçue par mail
 
 
 
Un nouvel atelier de philo pour tous à Nîmes!
 
Dans le cadre de l'association nîmoise Anima (http://www.zoanima.fr/anima/), un atelier mensuel "Lectures critiques pour tous" va avoir lieu à partir du 25 juin 2016 et reprendra à partir de septembre tous les mois. Il est ouvert à tous. Il sera animé par Philippe Corcuff et Frédéric Toussaint et aura une sensibilité libertaire pluraliste et ouverte. Il s'agira à chaque fois pendant 1h30 de lire ensemble de courts textes de penseurs classiques ou contemporains qui seront distribués en début de séance et de mutualiser nos questionnements et nos réflexions.
 
Première séance :
 
Penser en dehors des automatismes
 
samedi 25 juin 2016 - 11h - 12h30
Lieu artistique et culturel Le ZO
18 rue de l'Agau - Nîmes (écusson)
 
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