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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 21:37

« Neuf ménages sur dix, ce n’est pas très habile. Il aurait mieux valu dire deux sur trois : c’est plus conforme à la réalité. » Ce député socialiste n’a toujours pas compris la stratégie de communication du gouvernement autour du budget 2013. Certes, « neuf ménages sur dix » seront bien épargnés par les mesures, annoncées vendredi dernier, contenues dans le projet de loi de finances pour l’année prochaine, qui comprend près de 40 milliards d’euros d’économies et de hausses d’impôt. Par ailleurs, la hausse de la TVA, qui devait s'appliquer au 1er octobre 2012, a été abrogée en juillet par la nouvelle majorité.

Il n’en reste pas moins que certaines mesures fiscales prises par Nicolas Sarkozy, et jadis critiquées par la gauche, ne sont pas abrogées. Elles vont continuer à produire leurs effets l’an prochain. Et dans certains cas, les ménages modestes seront mis à contribution. Inventaire de ces « oublis » fiscaux de la gauche au pouvoir…, qui risquent de lui revenir en boomerang lors du débat sur le budget au Parlement, dans les prochaines semaines :

gel du barème de l’impôt sur le revenu

C'est d'abord le gel du barème de l’impôt sur le revenu. Techniquement, ce mécanisme consiste à ne pas réévaluer les tranches de l’impôt sur le revenu (IR) en fonction du coût de la vie, comme il est d’usage. Du coup, certains contribuables peuvent passer à une tranche supérieure alors même que leur salaire n’a été revalorisé qu’au minimum, sur la base de l’inflation. Ce gel avait été décidé par le gouvernement Fillon en 2011.

Pendant la campagne, François Hollande s’était engagé à le supprimer. « C’est ce qu’il y a de plus injuste », disait-il alors à L’Express. En fait, l’effet sera seulement neutralisé, grâce à une décote, pour les deux premières tranches (les revenus en dessous de 26 420 euros). « Aucun nouveau contribuable ne rentrera dedans et on épargne les ménages modestes »argumente le gouvernement. « Dans les faits cependant, près de 10 millions de foyers fiscaux verront leur IR progresser l'an prochain en raison du gel du barème », affirment Les Echos.

fiscalisation des indemnités journalières pour les accidents du travail

D’autres mesures, très critiquées par la gauche quand elle était dans l’opposition, ne seront pas non plus remises en cause. C’est le cas, par exemple, de la fiscalisation des indemnités journalières pour les accidents du travail, auparavant exonérées d’impôt sur le revenu. Votée par la droite dans la loi de finances 2010, cette mesure qui rapporte depuis 150 millions d’euros par an à l’Etat avait été vivement dénoncée par la gauche. « Il s’agit d’un revenu de réparation d’un préjudice. (…) Il n’y a pas lieu de le soumettre à l’impôt sur le revenu »expliquait en novembre 2009 le député PS Pierre-Alain Muet. Impossible pourtant de supprimer cette disposition dans le prochain budget. « C’est financièrement hors de portée », se désole un parlementaire qui, à l'époque, avait vivement combattu cette mesure.

taxe sur les mutuelles

La suppression de la taxe sur les mutuelles, instaurée en 2011 par le gouvernement Fillon, n’est pas non plus d’actualité. « Pas de marge de manœuvre », explique un cador de la majorité. « La hausse des tarifs qui se profile ravivera la question de l’accès à la couverture complémentaire dont bénéficient aujourd’hui près de 95 % des Français, voire conduira davantage de nos concitoyens à renoncer à s’assurer », craignait pourtant à l’époque la députée PS Catherine Lemorton, désormais présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée.

refiscalisation partielle des heures supplémentaires

À cette liste, il faut ajouter la refiscalisation partielle des heures supplémentaires, votée en juillet par le Parlement. Certes, la défiscalisation des heures sup instaurée en 2007 par Nicolas Sarkozy procédait d’une logique économique très contestable, puisqu’elle revenait à faire subventionner une hausse du pouvoir d’achat de certains salariés par l’Etat à hauteur de 4 milliards d’euros par an. Et dans une période de crise, la mesure a probablement joué contre l’emploi. Reste que de nombreux salariés ont vu en septembre leurs fiches de paie amputée de plusieurs dizaines d’euros. Ce que la droite ne se prive pas de rappeler depuis cet été.

 

« Grenade dégoupillée »

la demi-part fiscale pour les veuves

Ces jours-ci, dans les couloirs de l’Assemblée, les députés s’inquiétaient d’un autre héritage des années Sarkozy, jusqu’ici passé très inaperçu car ses effets ne se font sentir que très progressivement : la demi-part fiscale pour les veuves.

Le sujet semble technique, mais il concerne en réalité des millions de personnes. Depuis la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 2008, une demi-part supplémentaire était attribuée aux parents vivant seuls, qu’ils soient célibataires, divorcés ou veufs(-ves), à condition qu’ils aient élevé un enfant (seuls, dans le cadre d’un mariage ou d’un Pacs). Cette niche fiscale (à l’origine destinée aux veuves de guerre…) bénéficiait à plus 4 millions de personnes, bien souvent des parents âgés, et coûtait 1,6 milliard d’euros à l’Etat.

En 2009, le gouvernement Fillon, sur proposition de député centriste Charles de Courson, l’a limitée aux contribuables pouvant justifier qu’ils ont élevé seuls un enfant, et pendant au moins cinq ans. Des conditions très difficiles à remplir. Pour que la mesure soit moins douloureuse, l’avantage fiscal a été progressivement plafonné : 855 euros pour les revenus de 2009, 680 euros pour les revenus de 2010, 400 euros pour les revenus de 2011. Alors qu’il devait s’éteindre, l’avantage fiscal a été maintenu par la majorité sortante pour les revenus de 2012, mais dans la limite de 120 euros. 

Et ensuite ? Plus rien. Sur les revenus 2013 (qui seront donc imposés en 2014), cet avantage fiscal sera, en théorie, ramené à zéro. Pour la nouvelle majorité, ce dossier est un véritable boulet. La gauche l’avait d’ailleurs abondamment combattue. « Parmi les 500 niches fiscales qui existent dans notre droit, je ne pense pas que celle-ci soit la première qu’il fallait supprimer, car beaucoup de femmes seules connaissent de très grandes difficultés », expliquait le 27 janvier 2010 le désormais ministre du budget, Jérôme Cahuzac, devant la Commission des finances de l’Assemblée.

Sauf que cette mesure rapporte beaucoup d'argent. Car d’après les données du Sénat, la quasi-totalité de ceux qui bénéficiaient de la demi-part en 2008 (3,8 millions de personnes sur 4,1 millions) ne rentrent pas dans les nouveaux critères. Résultat : cette mesure, qui a déjà commencé à rapporter gros aux finances publiques (110 millions en 2010, 300 millions en 2011, et 566 millions en 2012) va permettre à l’Etat d’engranger près d’un milliard d’euros l’an prochain (901 millions très exactement). Un véritable pactole, auquel s'ajouteront aussi 323 millions de taxe d'habitation, de taxe foncière et de redevance pour l'audiovisuel public.

Problème : cette mesure risque d'être très impopulaire car elle touche de nombreuses personnes modestes. Selon le Syndicat national unifié des impôts (Snui), une mère isolée avec 18 000 euros de revenus devra payer 949 euros d’impôt quand elle n'aura plus le bénéfice de la demi-part, contre 165 euros en 2010.

Ces chiffres commencent à donner des sueurs froides aux élus de la majorité. « On va commencer à voir des gens arriver dans les permanences… », s’inquiète ce proche de Jean-Marc Ayrault. Sur son blog, le député apparenté PS Dominique Baert s’emporte contre cette « grenade dégoupillée de Sarkozy dans les pieds de la nouvelle majorité ». « Quel cadeau nous laissent les anciens gouvernements, écrit-il. (…) Ceux qui auront décidé de ce dispositif fiscal ne sont plus ceux qui en subiront l’impopularité. »

Plusieurs élus ont commencé à monter discrètement au créneau. Christian Eckert, le rapporteur général du budget à l’Assemblée, s’en est inquiété auprès de Bercy. Le député de Meurthe-et-Moselle a proposé de « figer les choses dans l’état actuel ». Autrement dit : maintenir pour l'an prochain le plafond de réduction fiscale de 120 euros. Coût estimé : 150 millions d’euros.

Pour le financer, Eckert propose de « trouver 100 millions d’euros supplémentaires sur l’impôt sur les sociétés » et d'économiser les 50 millions restants en supprimant un amendement voté par l’UMP en juin 2011 qui permet aux assujettis à l’impôt sur la fortune (ISF) de déduire de leur impôt 300 euros par personne à charge. Bercy préfère attendre. « On s'est d'abord attelé aux urgences. On verra l'an prochain ce qu'il convient de faire », explique le ministère délégué au Budget.

Mais en tout état de cause, la gauche n'envisage pas de revenir au régime fiscal d'avant 2009, trop coûteux pour les finances publiques.

TVA dans la restauration

Ironie de l’histoire : l’extinction progressive de la demi-part pour les veuves avait été décidée afin de compenser en partie le trou financier causé par la baisse de la TVA dans la restauration. Un cadeau fiscal de Nicolas Sarkozy aux restaurateurs de 2,5 milliards d'euros par an. La mesure a créé très peu d'emplois. Mais l’exécutif ne compte pas la remettre en cause dans le budget 2013. Ce qui commence à agacer dans la majorité. « La première année, on va tenter de ne pas trop entrer dans un bras de fer sur les questions fiscales avec le gouvernement car ça pourrait dégénérer rapidement, dit un jeune parlementaire sous couvert d'anonymat. Mais après, on ira peut-être plus loin…»

 


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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 21:24

 

 

 

Le 13 octobre une nouvelle manifestation des Indignés contre le plan d'autérité est prévue en Espagne. Sylvain Cherkaoui, 34 ans, photoreporter longtemps installé en Espagne, a suivi les derniers rassemblements, violemment réprimés, de la fin septembre.

En partenariat avec    
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Madrid, 25 septembre 2012. Lors du rassemblement du mouvement espagnol des Indignés, le serveur d'un bar empêche les policiers d'entrer dans l'établissement où des manifestants ont trouvé refuge.

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Madrid, 25 septembre 2012. Des affrontements éclatent entre une partie des manifestants et la police, celle-ci tirant des balles en plastique pour disperser la foule. Le bilan de la journée s'établit à 64 blessés –dont 27 policiers– et 34 manifestants arrêtés.

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Madrid, 25 septembre 2012. Les manifestants protestent contre les mesures d'austérité du gouvernement de Mariano Rajoy.

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Madrid, 25 septembre 2012. Plus tôt dans la matinée, des milliers d’Espagnols de tous âges se réunissent pacifiquement sur la place Neptune. 

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Madrid, 25 septembre 2012. La foule des manifestants entendait encercler symboliquement le Parlement pour demander la dissolution de l’Assemblée.

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Madrid, 25 septembre 2012. Au fil des heures, la forte présence policière, perçue comme une provocation, électrise l'ambiance.

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Madrid, 25 septembre 2012. La répression policière est féroce, les coups de matraque pleuvent sans distinction : manifestants, cameramen, passants…

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Madrid, 26 septembre 2012. Nouvelle manifestation le lendemain. Nouvelle réponse policière.

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Madrid, 29 septembre 2012. Le samedi suivant, devant la chambre des Députés.

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Madrid, 29 septembre 2012. Brandie par les manifestants, une photo de Mariano Rajoy.

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Madrid, 29 septembre 2012. Si la participation à la manifestation est légèrement inférieure à celle du 25 septembre, la répression est semblable.

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Madrid, 29 septembre 2012. Dans le cortège des manifestants.

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Madrid, 29 septembre 2012. «On nous pisse dessus et nous disons "il pleut"», proclame cette affiche.

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Madrid, 29 septembre 2012. «Vous n'avez pas honte ?». A la démission du gouvernement, les manifestants ajoute la libération des détenus arrêtés le 25 septembre.

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Madrid, 29 septembre 2012. Vue de dos.

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Madrid, 29 septembre 2012. «Assez de coupes budgétaires, de chômage, de mensonges, de politiques corrompus, et de harcèlement ».

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Madrid, 29 septembre 2012. La risposte policière se solde par trois mises en détention le 26 septembre, et par 12 blessés légers et deux arrestations le 29 septembre.

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Madrid, 29 septembre 2012. Dans la manifestation des Indignés.

 

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 21:13

 

http://cadtm.org/Etats-Unis-Les-objecteurs-de

 

CATDM - 5 octobre par Stéphanie Jacquemont

 

Sur les bords de l’East River à Brooklyn, le 9 septembre dernier, des personnes se relaient au centre d’un cercle et prennent la parole pour expliquer comment leurs dettes leur sont devenues insupportables, par les paiements qu’elles supposent chaque mois et, plus fondamentalement, par les choix qu’elles les obligent à faire, ou plutôt l’absence de choix dans laquelle elles les enferment. Certaines disent la honte qu’elles ont ressenties, d’autres leur dégoût, leur incompréhension, le puissant sentiment d’injustice. Puis, dans un geste libérateur, elles mettent le feu à ce courrier leur rappelant le montant qu’elles doivent encore rembourser, ce relevé bancaire faisant état de crédits impayés... Cet acte rappelle celui des militants qui, pour protester contre la guerre du Vietnam, brûlaient leur carte d’incorporation dans l’armée. Mais le geste n’est pas seulement symbolique, il a une fonction cathartique : il s’agit aussi de se débarrasser du sentiment de culpabilité, de briser le tabou, le silence, l’isolement des personnes endettées afin de créer un mouvement de résistance. Strike Debt, le groupe « d’objecteurs de créances » à l’origine de cette action, a d’ailleurs pour slogan ce jeu de mots : « You are not a loan  !/ You are not alone !  |1| »

Les rouages du « système dette » mis à nu

Dans le combat que ces militant-e-s d’Occupy Wall Street (OWS) ont entrepris contre un des piliers – certes branlant-, de « l’American way of life », une des premières tâches consiste à comprendre et expliquer : analyser pour faire apparaître les rouages du système, dénoncer les vies pressurées, laminées, rognées, et éventuellement, être les grains de sable perturbant le bon fonctionnement de la machine. Tenter de décrypter parce que, pour reprendre les mots d’une militante qui, malgré la complexité du sujet, s’est attelée à l’étude de la dette municipale, cela arrange bien les 1% que les 99% n’y comprennent goutte.

Les membres surmotivé-e-s de Strike Debt saisissent donc toutes les occasions de partager le fruit de leurs recherches et leurs réflexions. Ainsi, le 17 septembre dernier, pour l’anniversaire d’OWS et après un été de travail intense, est sorti leur manuel du résistant, qu’ils distribuent gratuitement et qui est accessible en ligne sur leur site |2|. Ils/elles ont aussi animé plusieurs ateliers à la Free University organisée du 18 au 22 septembre 2012 au Madison Square Park à New York, et vont poursuivre ce travail d’éducation populaire pendant l’automne avec une série d’exposés et d’ateliers consacrés à la dette dans le cadre d’Occupy Université, l’université populaire d’OWS |3|.

Le travail de ce collectif n’en est peut-être qu’à ses débuts, mais il est très enthousiasmant et va déjà loin en termes de théorisation du « système dette ». « La dette, écrivent-ils/elles, n’est pas personnelle, elle est politique. Le système dette vise à nous isoler, à nous faire taire, et à nous soumettre par la peur des notes délivrées par les toutes-puissantes agences de notation de crédit |4| ». En effet, il faut savoir que des agences attribuent aux Etats-unien-ne-s des notes selon un système très opaque et injuste, notes qui sont ensuite utilisées par les banques et autres établissements de crédit pour déterminer l’octroi ou non d’une carte de crédit, d’un prêt hypothécaire, le taux appliqué à tel ou tel prêt, etc. De plus en plus, les employeurs exigent même de voir ces notes avant d’embaucher ! Ou comment approfondir les inégalités en rendant l’emploi plus inaccessible, le crédit plus cher ou simplement interdit aux plus pauvres.

La dette fonctionne clairement comme un instrument de soumission et de contrôle des populations, qui oblige à accepter des jobs sous-payés ou dissuade de faire grève pour revendiquer plus de droits par exemple. Ainsi, Noam Chomsky voit dans la dette faramineuse des étudiant-e-s un moyen de faire rentrer les plus idéalistes dans le rang : « Si, pour aller à l’université, vous devez contracter une dette importante, vous serez docile. Vous êtes peut-être allé à l’université avec l’intention de devenir un avocat qui défend des causes d’intérêt public : mais si vous sortez de là avec une dette de 100 000 dollars, vous devrez aller [travailler] dans un bureau d’avocats pratiquant le droit corporatif. Et si vous vous dites : “Je vais y aller le temps de rembourser ma dette et ensuite je serai un avocat qui défend des causes d’intérêt public”, ils sont assez brillants pour savoir qu’une fois que vous êtes piégé au sein de l’institution, vous en assimilez les valeurs et intériorisez bien d’autres choses encore : et vous devenez un avocat qui pratique le droit corporatif |5| ».

Mais la dette est aussi un formidable moyen d’extorsion. Extorsion d’argent, mais aussi de travail, de temps, de possibilités à venir. Ainsi, la dette que les étudiant-e-s contractent pour suivre des formations supérieures, parfois de très mauvaise qualité (notamment dans des écoles privées à but lucratif |6|), peut être vue comme un achat de travail futur de ces mêmes étudiant-e-s. On se rapproche alors de l’idée du vol du temps développée par Maurizio Larazzato |7|, qui voit dans l’endettement généralisé une « dépossession […] de l’avenir, c’est-à-dire du temps comme porteur de choix, de possibles ». D’où aussi, parmi les militant-e-s, la référence très présente à l’esclavage, et ce d’autant plus que le système dette ne frappe pas indifféremment les Blancs et les personnes de couleur.

Les auteur-e-s du manuel ont, de leur propre aveu, été amené-e-s sur des terrains qu’ils/elles n’avaient pas envisagés et dont le lien avec la dette n’était pas a priori évident. Sans doute était-ce sans surprise pour nombreux d’entre eux/elles, mais il est vraisemblable que beaucoup d’autres découvrent maintenant grâce à Strike Debt comment la dette prolonge et accentue la discrimination contre les personnes de couleur. La pratique du « redlining » ou du « reverse redlining » consiste ainsi à refuser l’octroi de prêts ou à offrir des conditions différentes selon le lieu de vie de l’emprunteur/euse. Il va sans dire que les personnes vivant dans des quartiers où vit une majorité d’Afro-descendants ou d’enfants d’immigrés devront payer des taux d’intérêt plus élevés. De même, les personnes de couleur voulant bénéficier de la procédure de faillite personnelle sous le chapitre13 |8| ont 20% plus de risque que les Blancs de voir leur dossier rejeté par le juge. Et l’on pourrait citer bien d’autres exemples... Strike Debt résume le phénomène en ces termes : « L’endettement permanent est la caractéristique dominante du mode de vie moderne aux États-Unis. Pour contrôler le tout, un dispositif particulier propre aux États-Unis est en place, dans lequel l’incarcération de masse, la ségrégation raciale et la servitude de la dette se renforcent mutuellement |9| ».

Un autre lien à ne pas oublier a par ailleurs été développé dans un article paru dans Tidal, la revue d’Occupy Theory, par David Graeber, auteur de l’important ouvrage Debt : The First 5,000 Years (New York : Melville House Publishing, 2011) : celui entre la dette et l’exploitation de la nature. En effet, pour payer un intérêt de x% sur une somme empruntée, il faut produire x% de PIB supplémentaire. La dette, vue comme une « promesse de productivité future », alimente donc la course à la croissance et au productivisme. Une raison de plus de considérer toutes ces dettes comme littéralement insoutenables (et, espérons, un moyen de rallier les écologistes à la cause).

Le manuel du résistant : morceaux choisis

Le manuel a été conçu non pas comme un produit fini mais plutôt comme le début d’un projet collaboratif, « un manuel écrit de manière collective pour l’action collective ». Les lectrices et lecteurs sont invité-e-s à envoyer leurs corrections, ajouts, etc. pour améliorer le manuel. Produit en seulement deux mois, il est déjà dans sa forme actuelle un outil très utile, agréable à lire, et fourmille d’informations importantes, parfois choquantes, sur la dette, son fonctionnement, et sur les moyens à disposition des personnes endettées pour s’en sortir. En plus des solutions individuelles proposées, il n’omet jamais d’appeler à l’action collective et d’inscrire la lutte contre le système dette dans un combat plus large, contre la marchandisation de tous les aspects de la vie et pour la satisfaction des besoins élémentaires de toutes et tous.

Le manuel comprend dix chapitres qui se penchent chacun sur un aspect de la dette, et un dernier chapitre sur les perspectives de changement et les aspirations du mouvement. Voici quelques-unes des informations marquantes relevées au fil de la lecture.

La notation de crédit.

« Avoir une note de crédit, c’est un peu comme avoir un tatouage ou un code-barres sur le front, et le tatoueur serait l’agence de renseignements des consommateurs (consumer reporting agency, CRA) ». Les CRA collectent les informations auprès de différents créanciers et les compilent pour fournir des rapports de crédit détaillés ou attribuer des notes de crédit. Cette activité est très peu régulée par l’État (notamment pour encadrer qui peut envoyer les informations traitées par ces agences et à qui elles peuvent fournir leurs rapports et notes), alors même que son influence s’étend dangereusement : les employeurs, les propriétaires de plus en plus exigent qu’on leur présente un rapport de crédit, les assurances ont commencé à prendre en compte les notes de crédit pour déterminer leurs taux, et même les hôpitaux utilisent ces données !

La logique perverse de ce système veut que pour être bien noté, il faut être endetté. Une personne sans dette ne se verra pas attribuer une bonne note et peut donc se voir refuser un logement par exemple. De plus, les rapports sont truffés d’erreurs. Une étude de 2004 a révélé que 79% des rapports contenaient des erreurs !

Les cartes de crédit

La stagnation, voire la baisse, des salaires réels depuis les années 1970 ont fourni le terreau idéal à l’essor des cartes de crédit. Il y aurait quelque 700 millions de cartes de crédit en circulation aux États-Unis. Les cartes de crédit sont parmi les produits de crédit les plus complexes et dangereux. Les nombreux frais cachés dans les contrats coûteraient aux familles états-uniennes plus de 12 milliards de dollars par an.

Au début de leur histoire dans les années 1960, les banques ne faisaient pas de profit sur les cartes de crédit, qu’elles offraient à leurs clients les plus aisés pour s’assurer de leur fidélité. La dérégulation de la fixation des taux d’intérêt dans les années 1980 a radicalement changé la donne. « Le crédit « gratuit » utilisé par les ménages les plus riches est alors subventionné par les taux élevés et les frais payés par les ménages en difficulté ». Selon Robert D. Manning, auteur de Credit Card Nation, près des 2/3 des bénéfices dégagés sur les intérêts et pénalités sont réalisés sur seulement ¼ des usagers de cartes.

La dette liée aux soins médicaux

On estime qu’environ 62% des procédures de faillite personnelle aux États-Unis sont liées à des maladies et/ou des factures médicales. Cette situation est due au système de santé du pays qui, au lieu de répartir le risque sur toute la population, fait au contraire payer les plus vulnérables.

La dette des étudiant-e-s

Il existe deux types de prêts étudiants : les prêts fédéraux et les prêts privés. Entre 1972 et 2010, les prêts fédéraux étaient administrés par des institutions financières, mais étaient subventionnés ou garantis par le gouvernement fédéral. En 2010, Barack Obama a introduit une loi qui supprime les agents intermédiaires, et les prêts fédéraux sont maintenant gérés directement par l’État. Cependant, ces prêts affichent toujours des taux très élevés (6,8%), et ne couvrent pas toujours l’ensemble des frais, obligeant nombre d’étudiant-e-s à contracter d’autre part des prêts privés.

De plus, depuis 1998, les prêts fédéraux sont exclus des procédures de faillite personnelle. Après un travail de lobby acharné de Wall Street, les prêts privés ont également été exclus en 2005.

Notons qu’en cas de retard dans les remboursements, les intérêts échus sont généralement ajoutés au capital en fin d’année.

La dette hypothécaire

Le marché de la dette hypothécaire est né en 1934, à l’initiative du gouvernement et pour le plus grand bénéfice des banques. Le Housing Act de 1934 a créé la Federal Housing Administration chargée notamment de fournir des assurances contre le non remboursement de prêts hypothécaires. En 1938, le gouvernement a également mis sur pied la Federal National Mortgage Association (aussi connue sous le nom de Fannie Mae), destinée à offrir aux banques un marché secondaire où revendre leurs créances hypothécaires (et donc transférer leurs risques).

Le marché a pris rapidement de l’ampleur, et le nombre de ménages propriétaires de leur logement est passé de 40 % dans les années 1930 à 65% dans les années 1970.

Le partenariat entre les banques et le gouvernement continue aujourd’hui, le gouvernement fédéral ayant garanti plus de 95% des prêts hypothécaires émis en 2011.

Le rêve d’une nation de propriétaires s’est cependant transformé en cauchemar, avec l’explosion de la crise des subprime. Aujourd’hui, près de 11% de logements sont vides, la part des propriétaires de leur logement est retombée au niveau observé en 1998. Près de 8 millions d’États-unien-ne-s accusent au moins un mois de retard dans leurs remboursements, 5 millions au moins deux mois. 5 millions de logements ont été saisis. Les Afro-descendant-e-s et les Latino/a-s sont les plus sévèrement touché-e-s, puisqu’un quart d’entre eux/elles ont perdu leur maison ou risquent de la perdre, contre « seulement » 12% des propriétaires blancs/blanches.

Des communautés entières sont plongées dans un cercle vicieux : les saisies de maisons font baisser les prix de l’immobilier et réduisent les recettes issues des taxes foncières. Cela augmente la dette des municipalités, qui réduisent leurs services publics, ce qui augmente la spirale baissière du marché de l’immobilier local.

La dette municipale

Les municipalités ont vu les financements fédéraux s’amenuiser au cours des trente dernières années, et ont dû s’endetter, principalement via l’émission de bons municipaux. Ces bons sont une aubaine pour les investisseurs puisque les intérêts empochés sont exemptés d’impôts.

Services et produits financiers pour les « interdits bancaires »

Comme l’a justement souligné l’écrivain James Baldwin, il est extrêmement coûteux d’être pauvre. Les personnes qui n’ont pas accès au secteur bancaire traditionnel, ou celles qui ont besoin de multiplier les crédits pour joindre les deux bouts se trouvent contraintes de recourir à des services financiers « alternatifs » (alternative financial services, ou AFS en anglais), que l’on peut considérer comme une forme légale de vol. Si l’on cumule les bénéfices dégagés par le secteur AFS, en plein essor, et qu’on les divise par le nombre de ménages qui doivent vivre avec moins de 30 000 dollars par an (40 millions), on s’aperçoit que ce secteur reçoit chaque année l’équivalent de 2 500 dollars de chaque ménage à bas revenu. C’est ce que l’on peut appeler une « taxe sur la pauvreté » de presque 10%.

Les services et produits AFS sont variés mais ont en commun leur prix exorbitant : une commission de 1,5% à 3,5% pour l’encaissement de chèques, jusqu’à 20% pour les transferts d’argent à l’étranger, plus de 400% d’intérêt pour les prêts à court terme (les fameux « payday loans », des avances d’argent consenties rapidement, sans formalité, censées aider en attendant la prochaine paye, mais qui sont généralement renouvelées plusieurs fois, avec capitalisation des intérêts dus et pénalités de retard), et parfois jusqu’à plus de 900% d’intérêt pour les prêts sur gage auto (prêts en échange du titre de propriété d’une voiture).

Au commencement, la dette des étudiants...

Le mouvement anti-dette a débuté l’an dernier autour de la dette des étudiant-e-s. Une dette qui atteint des proportions inquiétantes et qui fait l’objet d’une attention particulière dans la presse. La dette étudiante a en effet dépassé les 1000 milliards de dollars, soit plus que les encours de dette liés aux cartes de crédit. Certains y voient même une menace équivalente à celle qu’ont constituée les crédits hypothécaires subprime dans un passé récent. Il faut dire que les conditions pour les emprunteurs/euses sont sévères : contrairement à d’autres types de dette, la procédure de faillite est pratiquement impossible et il n’y a pas non plus de prescription ; par ailleurs, la majorité des prêts étant délivrés ou garantis par le gouvernement fédéral, l’État met en œuvre des moyens considérables pour le recouvrement, qui peuvent aller jusqu’à la saisie d’une partie des salaires, des remboursements d’impôts ou même des allocations pour personnes handicapées ! Certes, des aménagements ont été prévus pour les étudiant-e-s ayant des petits revenus ou se trouvant au chômage ou en incapacité de travailler, mais le manque d’information des étudiant-e-s d’une part, et l’absence d’incitation financière pour les institutions gérant cette dette à éviter le défaut de paiement (voire la prime au recouvrement après défaut !) font que trop peu d’étudiant-e-s recourent à cette solution. En ces temps de chômage important, et avec des frais de scolarité toujours plus hauts, le nombre de défauts sur la dette étudiante ne cesse d’augmenter. Près de 5,9 millions de personnes dans le pays ont au moins 12 mois de retard sur les remboursements, un chiffre en hausse d’un tiers sur les cinq dernières années. Pour l’exercice 2011, le montant moyen de dette en défaut était de 17 005 dollars, et les sommes collectées par l’État ou les agences travaillant pour sont compte se sont élevées à 12 milliards de dollars |10|.

Face à ce problème pressant, des militant-e-s d’Occupy se sont rassemblé-e-s autour de l’Occupy Student Debt Campaign (campagne d’Occupy contre la dette étudiante), pour revendiquer une éducation supérieure publique gratuite, des prêts étudiants à taux 0, l’ouverture des comptes des écoles privées et à but lucratif, et l’effacement des dettes existantes. Un combat qui a logiquement débouché sur la remise en cause d’autres types de dettes et sur la dénonciation de l’enrichissement d’une minorité par l’endettement de la majorité.

Au-delà des actions concrètes d’entraide, des objectifs ambitieux

Le groupe de Strike Debt a des objectifs ambitieux : plus qu’un mouvement de débiteurs, il se veut un mouvement de résistance général à la dette, qui permette de modifier le discours sur la dette et in fine, de transformer radicalement la société.

La résistance que Strike debt oppose à la dette prend de nombreuses formes, l’une d’entre elles étant l’entraide. C’est notamment un des objectifs du manuel du résistant : offrir des informations et des solutions concrètes aux personnes endettées pour qu’elles puissent se battre contre les créanciers. C’est également le sens du projet du « Rolling Jubilee », qui constitue par ailleurs un moyen d’action directe : l’objectif est d’acheter à bas prix sur le marché secondaire des dettes en défaut pour ensuite les annuler |11|.

Bien sûr, la résistance va au-delà de la stricte question de la dette et inclut la lutte pour la gratuité de l’éducation, des soins de santé, etc. La question de la dette municipale, au nom de laquelle les autorités locales licencient des fonctionnaires, gèlent leurs salaires ou réduisent les services fournis aux habitant-e-s, est aussi à l’ordre du jour, et le groupe Strike Debt y voit un sujet potentiellement très fédérateur (la question de la dette privée est parfois perçue comme un problème de « classes moyennes », les populations les plus marginalisées étant exclues de fait du circuit bancaire et du crédit).

L’objectif pour les militant-e-s de New York est que le mouvement s’étende à d’autres villes et États ; Strike Debt s’inscrit d’emblée dans une perspective internationaliste et souhaite également multiplier les contacts avec les mouvements à l’échelle internationale qui partagent nombre de leurs revendications. Ils/elles portent d’ailleurs le carré rouge des étudiant-e-s québécois-es et ont repris à leur compte un slogan qui a fleuri dans les manifestations grecques, portugaises, espagnoles, etc. : « On ne vous doit rien ! ». On ne peut qu’adhérer !

 

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 21:09

 

http://cadtm.org/25S-Le-peuple-debout-face-a-la

 

CATDM 6 octobre par Jérome Duval

 

« La police a agi magnifiquement » s’est exclamé le ministre de l’intérieur, Jorge Fernández Díaz, le 26 septembre 2012 |1|. La veille, la manifestation « Encercle le Parlement » (Rodea el Congreso) se soldait par au moins 35 détentions dont Miguel Quinteiro, militant d’ATTAC de 72 ans venu de Pontevedra (Galice) en autobus pour manifester |2|, et 64 blessés. Le plus inquiétant est que ces 35 détenus ont été arrêtés non pas pour résistance ou trouble à l’ordre public mais pour attaque contre les institutions de la Nation, accusation tout à fait disproportionnée. Ils seront libérés suite à 49 heures de détention et de mauvais traitements |3|.

Bien qu’autorisée par la déléguée du gouvernement de Madrid Cristina Cifuentes, la convocation à la manifestation du 25 septembre avait été qualifiée d’illégale par le ministre Fernandez. Cristina Cifuentes et la secrétaire générale du Parti Populaire María Dolores de Cospedal ont clairement fait référence à une tentative de coup d’Etat comme celle, avortée, du 23 février 1981 |4| : « La dernière fois que je me rappelle qu’on ait encerclé le Parlement, qu’on ait pris le Parlement, c’était lors de la tentative de coup d’Etat » a déclaré Cospedal |5|. Elle fait l’impasse sur une différence de taille : le mouvement du 25S, lui même issu du 15M (la révolte des indigné-e-s a éclaté le 15 mai 2011 en Espagne) est un mouvement profondément pacifique luttant pour une réelle démocratie - tout en la pratiquant - et par essence opposé à toute tentative de coup d’État, qui plus est d’origine fasciste comme la tentative du 23 février 1981.

La peur change de camp

Plus de 1300 policiers anti-émeutes de l’Unidad de Intervención Policial (UIP) sont venus de tout l’Etat pour barricader le Congrès transformé en bunker |6|. Malgré ce dispositif ahurissant et une violence policière impressionnante, l’action ‘Rodea el Congreso’ a été un succès de mobilisation soutenu dans de nombreuses villes en Europe et ailleurs (manifestation de soutien aux mouvements grec et espagnol à Tel Aviv malgré le Yom Kipour par exemple). De nombreux bus sont venus de toute l’Espagne rallier la capitale, parfois non sans peine : certains autobus, comme ceux en provenance de Zaragoza, Grenade ou Valladolid, ont été contrôlés, fouillés ou déviés par la police.

Déjà le 15 septembre, lors de la manifestation contre l’austérité agressive du gouvernement et exigeant un référendum sur cette politique, quatre personnes de la Plataforma En Pie (Plateforme Debout, à l’origine de l’appel à manifester le 25 septembre devant le Parlement) dont Chema Ruiz, membre actif de la PAH (Plataforma de Afectados por la Hipoteca de Madrid) ont été arrêtées et accusées de désobéissance et résistance à l’autorité. Cette arrestation est intervenue au moment où ils tentaient pacifiquement de déployer une banderole portant l’inscription “25S rodea el Congreso” (25S : Encercle le Parlement) |7|. Le lendemain, des contrôles d’identité ont été effectués auprès de personnes participant à une assemblée préparatoire à ladite action dans le parc du Retiro.

Face à une réelle démocratie pratiquée dans la rue, la répression s’amplifie. Esther Vivas nous rappelle que « des amendes d’une valeur de 133.000 euros sont exigées par le ministère de l’Intérieur contre 446 activistes du 15M de Madrid ; 6.000 euros contre 250 étudiants du « Printemps de Valence » ; des centaines d’euros contre des activistes en Galice, pour ne citer que quelques exemples. A côté de cela : plus d’une centaine d’arrestations en Catalogne depuis la grève générale du 29 mai ; l’ouverture d’une page web de délation des manifestants à la police… Et, aujourd’hui, on modifie le Code Pénal pour criminaliser les nouvelles formes de protestation » |8|. Comble de l’injustice, « depuis le 15 M (15 mai 2011), alors qu’aucun policier anti-émeute n’a été sanctionné pour agression, la police a recueilli plus de 217.000 euros en amendes contre les manifestants en seulement une année » nous signale la télévision Sexta |9|. Malgré cela, les plaintes se multiplient pour agression, coups et blessures, sans suite.

Une proportion importante - quoique insuffisante - de la population est arrivée à un niveau de conscience collective qu’elle n’avait pas avant le 15M. C’est un acquis irremplaçable du mouvement du 15M, une force de nature à faire changer la peur de camp. Le 25S le montre bien tout comme la volonté du gouvernement depuis, de modifier le droit de manifester sous prétexte de sécurité. Les policiers, qui en tant que fonctionnaires ont vu leur salaire réduit de 5% en moyenne en 2010 (sous le gouvernement Zapatero) puis gelé en 2011 et 2012, font face à une recrudescence de manifestations et manifestent eux mêmes. Le syndicat de la police SUP (Sindicato Unificado de Policía) prépare une grande manifestation contre ces coupes le 17 novembre à Madrid.

Contexte d’instabilité politique

Il faut dire qu’après la lutte des mineurs du nord et la marche du SAT |10| au sud, l’Espagne évolue dans une ambiance politique et sociale tendue. En effet, la Catalogne, qui a réussi sa démonstration de force lors de la manifestation du 11 septembre en faveur de son autonomie |11|, s’affronte au gouvernement central de Rajoy. Le président du Parlement catalan (la Generalitat) Artur Mas a décidé de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections anticipées le 25 novembre. Pendant ce temps, on ne parle que trop peu de l’austérité pourtant dévastatrice appliquée en Catalogne par le même Artur Mas. Pourtant le 15 juin 2011, des milliers de personnes « assiégeaient » le Parlement catalan et obligeaient Artur Mas et de nombreux députés à rejoindre l’enceinte du Parlement en hélicoptère, à l’occasion des débats sur le budget qui impliquaient alors les plus importantes mesures d’austérité de la démocratie catalane. Des images qui rappelaient le président argentin Fernando de La Rúa fuyant la Casa Rosada (siège de la présidence en Argentine) en hélicoptère le 20 décembre 2001 pour aller se réfugier aux Etats-Unis quand le peuple argentin luttait contre la dette et l’austérité. L’Espagne de 2012 n’est pas encore l’Argentine de 2001 mais les mêmes ingrédients sont là…

De la coordination à l’action

En Espagne, l’appel à manifester avec comme mot d’ordre « ocupamos el congreso » (Occupons le Congrès), fut d’abord lancé par la nouvelle Plataforma en Pie (Plateforme Debout). Celle-ci exigeait la démission du gouvernement et l’occupation du Congrès pour ouvrir un processus constituant. La formulation de tels objectifs pouvant sembler empreinte d’illusion, de radicalité et peut être d’une certaine naïveté, a suscité un débat polémique |12|. C’est au cours d’un long processus qu’est née la Coordination 25S |13| et que le texte de l’appel a été amendé, s’est amélioré et a mûri au fil du temps pour s’éloigner de positions portant à confusion ou susceptibles de diviser. De Ocupamos el Congreso, on est passé à Rodea el Congreso (Encercle le Parlement). La dernière version de l’appel a finalement suscité un vif intérêt, a été relayé au sein du mouvement indigné du 15M et a reçu un certain écho |14|.

Madrid 25 septembre 2012, la politique se fait dans la rue

Une assemblée populaire de plusieurs centaines de personnes s’est tenue au Paseo del Prado peu avant le ralliement sur la Place Neptuno. L’écrivain et professeur Carlos Taibo y a fait une intervention remarquable en faveur d’un audit citoyen de la dette afin de répudier la part illégitime de cette dette. Il a cependant rappelé la nécessité de réclamer la reconnaissance d’une dette écologique, de genre et historique qui doivent être honorées.

« S’il n’y a pas de solution, il y aura une révolution », « démission, démission », « ce n’est pas une crise c’est une escroquerie » |15| scandaient des milliers de manifestants regroupés au Paseo del Prado et sur la Plaza de España, avant de rejoindre la Place Neptuno à proximité du Parlement. La suite a été relayée par de nombreux médias alternatifs à travers le monde |16|, pendant que Mariano Rajoy, fumant le cigare à New York, rendait hommage à la majorité silencieuse qui ne manifestait pas |17|.

La violence est la réponse du système face à la conscientisation de masse

Il est important de souligner que les violences qui ont surgi ce jour là sont le fait d’une poignée d’individus et de policiers infiltrés, mais ne représentent pas la grande majorité qui manifestait avec rage mais de manière totalement pacifique. « Ceci sont nos armes » (« estas son nuestras armas ») scandait la foule les mains en l’air et parfois assise par terre, face à la police prête à charger, pour montrer le caractère pacifique de cette action. Comme souvent, la violence est surtout le fait des « forces de l’ordre », réponse d’un système pris de panique face à la conscientisation de masse. La furie policière s’est même déchaînée à la gare Atocha, pourtant plus éloignée du Parlement, où une trentaine d’agents ont tiré des salves « dissuasives » et matraqué sans distinction entre des voyageurs attendant leur train et quelques manifestants. Un jeune, la tête en sang, s’indigne d’avoir reçu des coups sans motif. L’opération a semé la panique et la stupeur dans l’enceinte de la gare et discrédite totalement, si besoin était, le soutien aveugle du ministre de l’intérieur à la police. Les rares images filmées par les passants rappellent froidement la police franquiste ou celle de Pinochet… Le slogan « ils l’appellent démocratie mais ça ne l’est pas » (« lo llaman democracia y no lo es ») prend tout son sens…

Le lendemain 26 septembre, et surtout le 29 septembre, de nouvelles concentrations ont eu lieu à Madrid et dans de nombreuses villes d’Espagne. Le samedi 29 septembre, alors que le gouvernement espagnol transmettait au Parlement un projet de budget assorti d’un nouveau plan d’austérité, la 3ème manifestation du mouvement 25S se déroulait pacifiquement sur la glorieta de Neptuno et la Puerta del Sol pour réclamer la démission du gouvernement et une nouvelle constitution. Plus tard, l’objectif d’encercler le Parlement se concrétisait par une chaîne humaine. La Coordination 25S rappelle qu’il s’agit d’une « action de désobéissance civile non violente ». Sur la place Neptuno, la plus grande banderole affirmait : « Deuda odiosa, referéndum ya » (dette odieuse, référendum maintenant).

Un budget 2013 contesté, une répartition des richesses injuste

Dans une ambiance tendue ou les marchés font pression pour que l’Espagne se mette sous perfusion des fonds européens (MES), le gouvernement espagnol adopte un projet de budget pour 2013 assorti de nouvelles coupes budgétaires pour économiser 39 milliards d’euros avec une diminution des prestations chômage, du budget de la santé et de l’éducation à la clef. « Le budget doit servir de levier pour surmonter la crise et faire revenir la confiance en l’Espagne » a expliqué le ministre du Budget Cristobal Montoro |18|. Surprenante déclaration quand on regarde de près ce budget voué à la récession et au chômage de masse. Les intérêts de la dette passent de 28,9 milliards en 2012 à 38 milliards en 2013, soit une augmentation de près de 10 milliards d’euros (9114 millions) par rapport à 2012. La charge des intérêts, sans tenir compte du capital arrivant à échéance, dépasse pour la première fois depuis 1995 la partie destinée au paiement du personnel de toute l’Administration de l’État.

Dans la foulée de cette mobilisation historique, la coordinadora25s renouvelle l’appel à manifester fin octobre 2012 pour protester contre l’approbation du budget prévisionnel pour 2013 entaché de nouvelles mesures d’austérité. Il est clair que ce mode d’action - point fixe d’occupation d’espace public pour encercler les lieux de pouvoir - est une réussite à renouveler.

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:44

 

Rue89 - Flora Zanichelli - Journaliste

Publié le 05/10/2012 à 17h52

 

Un matin en regardant Rai News 24, je suis tombée sur l’interview d’un monsieur. Il semblait fatigué et passablement énervé à la fois.

Je relevé son exclamation :

« Aujourd’hui, les politiques n’ont même plus honte. Avant quand on se faisait prendre la main dans le sac, au moins on se cachait de honte... Aujourd’hui, ce sentiment a complètement disparu. Honte, honte, honte ! ».

Recontextualisons.


« La loi est la même pour tous », proclame cette inscription au tribunal à Rome (GIUSEPPE ARESU / AFP)

Fêtes romaines, huîtres et champagne aux frais du contribuable

Ces dernières semaines, l’équipe politique en charge de la région du Latium (Rome) s’est complètement effondrée. En cause, la mise au jour d’un vaste système de corruption et détournement de fonds.

Des enquêtes menées par le parquet de Rome ont fait état des dépenses mirobolantes des membres du conseil régional du Latium.

A l’origine du scandale, Franco Fiorito, le trésorier du PdL (Peuple de la Liberté - parti de Silvio Berlusconi) en région et le chef de file au conseil régional.

L’individu a soulevé la curiosité de la justice italienne en ouvrant une dizaine de comptes sur lesquels étaient versés des milliers d’euros. Qui se sont révélés être ceux du parti.

Une enquête un peu poussée a permis de voir que cet homme en avait aussi largement fait profiter ses amis et collègues.

Au total, des millions dépensés pour acheter des voitures de luxe, payer des repas à base de champagne et huîtres. Sans oublier les cadeaux de Noël ou les cravates de marques. Le tout bien sûr aux frais du contribuable italien.


les photos du scandale s’étalent dans la presse italienne (capture d’écran L’Espresso)

La politique décadente du Latium est illustrée dans une série de photos prises au cours d’une petite sauterie organisée par l’un des conseillers régionaux. Au programme, vestales, amphores et hommes travestis... en porcs.

La politique italienne affronte scandale sur scandale : la Ligue du Nord en avril dernier, suivie de près par la Marguerite, un parti de gauche, pour finir en beauté avec le Peuple de la Liberté.

Franco Fiorito a été arrêté ce mardi matin alors que la presse italienne continuait d’allonger la liste de ses forfaits.

L’homme a entraîné dans sa chute la présidente de la région, Renata Polverini, qui a déclaré jusqu’au bout tout ignorer de ces folles dépenses.

Loin d’avoir honte, « Je serai de nouveau candidat » a aussitôt proclamé Fiorito tandis qu’à Rome pullulent les affiches à l’image de Renata Polverini dont le slogan a tout d’une blague de mauvais goût.

On peut y lire : « Ora facciamo pulizia » (« Maintenant, nettoyons »).


« Maintenant, nettoyons » ! L’affiche électorale de Renata Polverini (ANDREAS SOLARO / AFP)

Quelle ironie à l’heure où le pays s’interroge sur les dépenses des politiques et l’impunité de certains de ses élus.

Les crapules doivent bien être représentées

Signe que les choses ne sont pas près d’avancer : l’immobilisme du Parlement face à la corruption qui ronge la politique italienne. Les chambres sont incapables de voter une loi anticorruption, plusieurs élus du parti de Silvio Berlusconi s’y opposant fermement.

Dans son premier rendez-vous de la saison, l’émission d’investigation Report établissait « le coût de la corruption » à 60 milliards d’euros par an.

La présentatrice, Milena Gabanelli, poursuivait :

« De 1994 à aujourd’hui, le conseil des autorisations de la chambre des députés (laissant la possibilité à un magistrat d’enquêter sur un élu) a relevé 500 requêtes de procédures judiciaires. »

S’ensuivait une interview surréelle du journaliste Bernardo Iovene avec Piero Longo, sénateur du parti de Silvio Berlusconi :

Piero Longo (sénateur PDL) : « (…) Mais, je vous dirai encore plus, une personne condamnée de manière définitive a toute sa place au Parlement. »

Bernardo Iovene : « C’est à dire les personnes ayant une charge publique... ? »

Piero Longo ; « Mais pourquoi, pardonnez-moi, le peuple ne serait-il pas libre de voter qui il veut ? »

B. I. : « Mais le parlementaire décide des lois qui régissent notre vie, il devrait être irréprochable. »

P. L. : « Pourquoi ? Le Parlement doit être la représentation moyenne du peuple qu’il représente. Pourquoi devrait-il être mieux ? »

Milena Gabanelli résumait :

« Si nous comprenons bien, comme le parlementaire représente tous les citoyens, mais aussi les criminels, les crapules, les mafieux et les corrompus, il est juste que quelqu’un au sein du Parlement les représente et protège leurs intérêts. C’est un point de vue que beaucoup de citoyens malhonnêtes de pays rigoureux nous envient. »

Une impunité qui dégoûte les Italiens et les éloignent de la politique, à la veille de la campagne électorale pour les législatives du printemps prochain.

Le pays tourne le dos à la politique traditionnelle : 65 % des Italiens déclarent s’en désintéresser.

Autre indice : la confiance accordée au technocrate Mario Monti qui vole dans les sondages à plus de 50 % d’opinions favorables, malgré sa dure politique de rigueur.

Ce dernier a au moins le mérite de ne pas être grossier. Impossible, en effet, de l’imaginer affublé d’un masque de cochon et entouré de jeunes Romaines à demi-nues.

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:39

 

Faire la fête pour montrer que l’écologie ne doit pas être associée au pessimisme et à la morosité, tel est le créneau de la GreenPride, dont la deuxième édition aura lieu samedi 6 et dimanche 7 octobre à Paris.

 

Santé vous bien !

La première édition de la Greenpride parisienne a vu le jour en octobre 2011. "Cet événement est né de la rencontre avec Malissa Phitthayaphone", raconte l'une des organisatrices, Elise Vertier : "ce fut un véritable coup de foudre militant ! Nous avions la même manière d'aborder l'action associative : s'amuser tout en menant des campagnes de sensibilisation sur des sujets sérieux, parfois graves". Les deux jeunes femmes n'ont pas envie de moraliser et veulent sortir des codes attendus de l'écologie.

Leur idée ? Elargir le cercle de convaincus et rencontrer plus de jeunes dans les opérations mises en place, comme l'explique clairement la vidéo suivante :

 

 

Le collectif Appel de la jeunesse, qui porte l'événement, a vu le jour suite au décès du cancer d'un étudiant dans une école d'ostéopathie en 2009. "Ses camarades se sont intéressés à la question du cancer et des épidémies chroniques émergentes. Ils ont découverts que deux tiers de ces maladies sont évitables puisqu'elles sont liées à la pollution de notre environnement et à nos modes de vie", explique Elise Vertier. Avec cet appel, les étudiants souhaitent interpeler les responsables politiques et les inciter à prendre des décisions plus audacieuses en termes de santé publique.

Cette année, la Greenpride attire donc l'attention sur les impacts de notre environnement sur la santé et insiste sur le rôle des Perturbateurs Endocriniens (PE), ces substances chimiques (phtalatesBisphenol A, mercure, pesticides, parabène, etc.) qui interférent avec le fonctionnement hormonal normal des êtres vivants.

Blanche Neige et les PE

Ce qui vous attend

Côté programmation, les animations proposées ne manquent pas : concert Pop-Rock au Divan du monde samedi 6 octobre, grand brunch bio et ateliers dimanche matin, défilés et village de super-héros l'après-midi. Un cycle de conférences ouvert à tous sera même organisé dès le 25 octobre dans les grandes écoles et universités franciliennes.

Les organisateurs attendent plus de 1000 personnes lors de ce week-end. Si l'événement rencontre le succès espéré, les organisatrices aimeraient reproduire la Greenpride ailleurs "et notamment à Bruxelles pour que relier les structures qui œuvrent pour le changement à l'échelle européenne" précise Elise Vertier, enthousiaste.  "Le message que nous véhiculons reçoit de plus en plus d'échos favorables et les nouvelles générations s'approprient ces sujets. C'est très enthousiasmant de se dire que de nouveaux modèles responsables sont à inventer ou à mettre en place ! Il y a beaucoup à faire !"

Une ambition qui devrait être facilement réalisable, vu l'ensemble des partenaires de l'événement, dont neuf soutiens financiers parmi lesquels se trouvent la fondation Charles Léopold Meyer (qui a financé une partie de l'étude sur les OGM publiée le 20 septembre dernier), mais aussi l'ADEME, la Région Île de France, la Fondation Lea Nature, la fondation de France et quatre entreprises (My biotiful bag, les 2 vaches, Generali et Sevene Pharma).

N'hésitez donc pas à aller rejoindre les biomans ce week-end, les héros du quotidien sont absolument nécessaires !

 

 

++ Le site web www.greenpride.me et le fil twitter : @appeljeunesse

 

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:35

 

La spéculation fait de la résistance

 

AFP PHOTO / Bay ISMOYO

 

On citait en exemple les Etats-Unis comme le pays en pointe dans la lutte contre la spéculation sur les matières premières grâce à leur loi Dodd-Frank votée en 2010. Le régulateur américain, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), avait prévu d’imposer, le 12 octobre, des limites de position sur 28 produits comme le maïs, le soja, le coton, le fuel, le cacao ou le platine, afin d’empêcher que l’excès d’achats ou de ventes – autrement dit, la spéculation – ne provoque une volatilité des cours.

Saisi par deux lobbys d’acteurs (Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Barclays) sur le marché de dérivés, Securities Industry and Financial Markets Association (SIFMA) et International Swaps and Derivatives Association (ISDA), un juge fédéral de Washington, Robert Wilkins, a estimé le 28 septembre qu’en installant des limites de position, la CFTC n’avait pas apporté la preuve que celles-ci correspondaient au vœu du législateur. La CFTC étudie le moyen d’appliquer malgré tout un système limitant la spéculation.

Cette victoire des négociants et des banques confirment que le monde de la finance s’évertue à faire sauter par tous les moyens les contraintes de la loi Dodd-Frank. En ce qui concerne les matières premières, il est évident que la réduction de la volatilité profiterait aux agriculteurs, aux industriels et aux consommateurs, mais qu’elle rognerait les gains des 85 négociants dans le domaine énergétique, des 12 négociants en métaux et des 84 négociants de produits agricoles qui font l’essentiel de leurs gains grâce aux mouvements de yoyo des cours.

A noter que les républicains sont hostiles à la régulation et les démocrates favorables, ce qui politise le débat à outrance. De ce point de vue, l’Europe est plus unie et Michel Barnier, commissaire européen au commerce intérieur, qui prépare une réglementation comparable, aura moins de mal à la faire appliquer…lorsqu’elle sera publiée.

Alain Faujas

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:24

 

Le Monde.fr | 04.10.2012 à 11h47 • Mis à jour le 04.10.2012 à 13h07

 

 

Plantation de canne à sucre servant à produire de l'éthanol, au Brésil.

 

La superficie totale des terres agricoles acquises depuis dix ans au gré d'investissements internationaux permettrait de nourrir un milliard d'humains, autant que de personnes souffrant de la faim dans le monde, assure l'organisation Oxfam dans un rapport publié jeudi 4 octobre.

L'ONG s'alarme du risque de nouvelle flambée des accaparements de terres du Sud par des investisseurs de pays développés. Des acquisitions largement destinées à produire du carburant, alors même que les pénuries alimentaires menacent.

 

 TROIS FOIS LA FRANCE

Entre 2000 et 2010, les investissements étrangers dans des terres agricoles ont atteint une surface totale équivalent à trois fois la taille de la France. Or 60% de ces transactions ont eu lieu dans des régions "gravement touchées par le problème de la faim" et "plus des deux tiers étaient destinées à des cultures pouvant servir à la production d'agrocarburants comme le soja, la canne à sucre, l'huile de palme ou le jatropha", souligne l'organisation, dans ce rapport intitulé "Notre Terre, notre Vie".

 

Une plantation d'huile de palme en Côte d'Ivoire.

 

Le phénomène atteint de telles proportions que dans les pays pauvres, "une superficie équivalant à celle de Paris est vendue à des investisseurs étrangers toutes les 10 heures", selon l'ONG. Ainsi, au Liberia, sorti en 2003 de plus de vingt ans ans de guerre, "30 % du territoire national a fait l'objet de transactions foncières en seulement cinq ans" et au Cambodge, les ONG estiment que "56 à 63% des terres arables ont été cédées à des intérêts privés".

Lire : La course aux terres ne profite pas aux pays du Sud

L'accaparement de terres a été dopé par la flambée des cours des matières premières agricoles au point que "les transactions foncières ont triplé lors de la crise des prix alimentaires en 2008 et 2009", note encore Oxfam. Le prix du blé avait atteint un record absolu à ce jour le 9 mars 2008, cotant à 295 euros la tonne sur le marché européen (contre 257 euros mercredi 3 octobre, un niveau encore très élevé).

Lire : La spéculation coupable de la flambée des prix des aliments ?

Après la nouvelle flambée des cours en août et les perspectives déficitaires en céréales pour l'année, Oxfam réclame des "mesures urgentes pour désamorcer la menace d'une nouvelle vague d'accaparements de terres".

L'organisation demande notamment à la Banque mondiale d'appliquer "un gel pour six mois de ses investissements dans des terres agricoles" des pays en développement, le temps d'adopter "des mesures d'encadrement plus rigoureuses pour prévenir l'accaparement des terres".

 

Plantation de canne à sucre destiné à produire de l'éthanol, à Piracicaba, au Brésil.

 

Pour Jeremy Hobbs, directeur général d'Oxfam, "la Banque mondiale est la mieux placée pour éviter que ce phénomène ne devienne l'un des plus grands scandales du XXIe siècle". L'institution de Washington joue un double rôle de conseiller auprès des pays en développement et d'investisseur foncier, dont les prises de participation dans l'agriculture ont augmenté de 200% ces dix dernières années.

 

 AMÉLIORER LA TRANSPARENCE

Selon Oxfam, "depuis 2008, 21 plaintes ont été officiellement déposées par des communautés estimant que des projets de la Banque mondiale violaient leurs droits fonciers". L'ONG souhaite qu'à l'occasion de son assemblée annuelle, à Tokyo, du 12 au 14 octobre, la Banque mondiale "envoie aux investisseurs du monde entier un signal fort selon lequel ils doivent mettre fin à l'accaparement des terres" et veille à améliorer la transparence des transactions foncières, en accord avec les communautés concernées.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:18

 

 

LE MONDE | 05.10.2012 à 10h30 • Mis à jour le 05.10.2012 à 11h29

Par Grégoire Allix

 
Un mobile peut renfermer jusqu'à 40 éléments contenant des métaux lourds et des polluants organiques persistants.

Quand nous utilisons nos téléphones mobiles, nous nous collons au visage un concentré de poisons : plomb, brome, chlore, mercure, cadmium... "Chaque téléphone testé contient au moins un de ces produits toxiques dangereux", constate l'Ecology Center. Cette organisation écologiste américaine vient de publier, mercredi 3 octobre, les résultats d'une vaste étude de toxicologie menée sur 36 modèles de téléphones portables mis sur le marché depuis cinq ans par dix constructeurs.

Un mobile peut renfermer jusqu'à 40 éléments contenant des métaux lourds et des polluants organiques persistants. Armés de pinces, de ciseaux et de tournevis, les chercheurs de l'Ecology Center ont intégralement démonté les appareils pour soumettre tous leurs composants – processeur, circuits imprimés, écran, boutons, batteries... – à une analyse par fluorescence de rayons X. Plus de mille échantillons ont été passés au crible, à la recherche de 35 éléments ou substances chimiques.

"La conclusion est que les téléphones mobiles sont toxiques et pleins de produits chimiques à risques, mais qu'ils s'améliorent", résume Jeff Gearhart, directeur de recherches à l'Ecology Center, qui souligne que "même les meilleurs téléphones de notre étude sont porteurs d'un danger chimique".

 

POLLUANTS DANS L'AIR

Les meilleurs ? Le trio de tête est formé du Motorola Citrus, de l'iPhone 4S d'Apple et du LG Remarq. L'iPhone 5, dernier-né de la marque à la pomme, est cinquième, tandis que son grand rival, le Samsung Galaxy S III, est en 9e position. Apple enregistre ainsi un net progrès de génération en génération : l'iPhone 2G, premier de la série apparu en 2007, est de loin le plus toxique des 36 modèles.

"Les préoccupations des consommateurs amènent les fabricants à dessiner et produire des produits plus sains", estime M. Gearhart, qui se félicite aussi du renforcement des réglementations et des contrôles, notamment en Europe et en Asie. Même avec un forfait illimité, le risque d'ingérer les produits toxiques contenus dans un mobile reste limité, bien que l'usure des composants puisse rendre ces poisons volatils.

Mais ces substances peuvent entraîner des pollutions à chaque étape du cycle de vie du téléphone. Leur extraction suscite des dégradations de l'environnement, parfois des conflits. Les employés des constructeurs sont exposés aux poisons lors du processus de fabrication. Et, surtout, les téléphones rejettent encore trop souvent leurs polluants dans l'air, les sols et les nappes phréatiques une fois jetés à la poubelle.

Une grande partie des téléphones usagés finissent dans des décharges ou sont exportés vers des sites de recyclage informel en Asie. "Ces produits chimiques, qui entraînent des malformations congénitales, des difficultés d'apprentissage et d'autres graves problèmes de santé, ont été retrouvés dans le sol à des niveaux dix à cent fois supérieurs à la normale sur des sites de recyclage en Chine", rappelle Jeff Gearhart.

L'Ecology Center appelle donc à un meilleur encadrement national et international de la gestion des déchets électroniques.

Grégoire Allix

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:13

 

 

Amis des bêtes, apprenez-le si vous ne le savez déjà : l'engouement actuel pour les animaux de compagnie exotiques - lézards, serpents, suricates ou petits singes - est mauvais pour eux, mauvais pour l'environnement, mauvais pour la santé. Telle est, en substance, la teneur du rapport que la coalition internationale ENDCAP, spécialisée dans la protection des animaux sauvages en captivité, a déposé, mercredi 3 octobre,  sur le bureau du Parlement européen.

 

Commerce de perroquets.

Intitulé "Animaux sauvages dans l'Union européenne", ce document d'une vingtaine de pages donne un aperçu de la vitalité de ce commerce - légal ou non –, et du nombre ahurissant d'animaux exotiques détenus dans les foyers européens. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO),  plus de 1,5 milliard de poissons d'ornement sont ainsi exportées chaque année de plus de 100 pays,  l'Union européenne constituant pour eux une porte d'entrée majeure. Dans le seul Royaume-Uni,  245 millions de ces poissons ont été importés entre 2006 et 2011, soit une moyenne de plus de 40 millions de poissons (pour combien d'aquariums ?) par an.

Si les poissons ne posent guère de problèmes à leurs propriétaires (c'est aussi pour cela qu'ils sont si nombreux), il en va autrement des reptiles, serpents, oiseaux ou singes exotiques. Souvent imprévisibles, parfois dangereux pour ceux qui les hébergent, ces animaux ne sont pas toujours adaptés à la vie en captivité. Et moins encore si l'on s'en occupe mal - ce qui est assez courant.  Nécessitant des soins spécifiques et devenant trop difficiles à gérer, ils sont alors purement et simplement abandonnés, chahutant au passage  l'environnement local en entrant en concurrence avec les espèces indigènes. A moins qu'ils ne meurent prématurément en captivité, ce qui a le mérite de résoudre le problème.

C'est notamment le cas des reptiles, particulièrement sensibles au stress de la captivité. Selon le rapport de ENDCAP, 90 % de ceux qui sont capturés pour l'exportation ne survivent pas à leur première année de prison, alors que leur durée de vie dans la nature s'étend de 8 à ... 120 ans (pour certaines tortues).

Qu'importent ces arguments, diront certains, il ne s'agit que d'animaux. Mais Daniel Turner, co-auteur du rapport et porte-parole de ENDCAP, aborde un autre problème, qui nous concerne cette fois directement :

"Le commerce de ces espèces ne menace pas seulement la biodiversité et l'écologie locale. De nombreux experts en conviennent, il représente aussi un risque croissant pour la santé des citoyens européens", rappelle-t-il.

Si la majorité des poissons, grenouilles, tortues, mammifères et oiseaux exotiques  importés dans l'Union européenne en tant qu’animaux de compagnie sont commercialisés légalement, on estime que 25 % d’entre eux proviennent d’un trafic illégal. Outre que celui-ci compromet gravement la survie dans leur milieu de certaines espèces,  ces animaux capturés dans la nature peuvent véhiculer des agents pathogènes potentiellement infectieux pour l'homme. Appelées "zoonoses", ces maladies transmises de l’animal à l’homme constituent plus de 60 % de toutes les maladies humaines infectieuses. Et 75 % des maladies émergentes.

Des exemples ? Il en existe à foison, en provenance de toutes les familles d’animaux. "La grippe aviaire et la psittacose à partir des oiseaux. La salmonellose à partir des amphibiens, des reptiles et des oiseaux. L'hépatite A, la tuberculose, la variole du singe et l’herpès virus B à partir des primates", énumère Daniel Turner. Dans les années 1960 et 1970, 280 000 cas annuels de salmonellose ont ainsi été enregistrés aux Etats-Unis, chez des enfants possédant une petite tortue aquatique. Au point que le commerce intérieur des tortues de moins de 10 cm de long y a été interdit en 1975. Avec comme résultat une diminution de 77 % de ces gastro-entérites dans l'année suivante.

Considérant qu'il est du devoir de la Communauté européenne, notamment dans le cadre de sa stratégie sur les espèces exotiques envahissantes, de restreindre ce commerce contre-nature, ENDCAP recommande à la  Commission et aux États membres de "revoir d'urgence les impacts causés par le commerce des animaux de compagnie sauvages en ce qui concerne la biodiversité, les espèces exotiques, la sécurité publique et le bien-être animal". La coalition d'ONG demande également que "des mesures appropriées et immédiates soient prises pour harmoniser la réglementation de protection des animaux dans l'Union européenne". Et que les contrôles à l'importation soient étendus afin d'inclure la certification selon laquelle "la capture, le stockage et l'expédition des animaux sauvages n'entraînent pas de souffrance".

Gare aux dents du singe capucin !

La Commission européenne inscrira-t-elle ce sujet sur son prochain agenda ? Le commerce des animaux exotiques représentant chaque année un marché international de plusieurs milliards d'euros, on se doute que l'affaire ne sera pas simple. En attendant, chacun reste libre d'accueillir dans son foyer un  iguane, un chien de prairie ou un cacatoès plutôt qu'un chien ou un chat. Mais en adoptant, en même temps que ce nouvel arrivant, un comportement responsable.

Catherine Vincent

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