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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 19:11

 


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Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : La voie de sortie européenne

Le droit européen peut donner raison à ceux qui manifestent contre l'aéroport.

Par Sandrine Bélier, eurodéputée EELV.

Des manifestants anti-aéroport face aux forces de l'ordre, le 17 octobre 2012. REUTERS/Stephane Mahe

-Photo :  Des manifestants anti-aéroport face aux forces de l'ordre, le 17 octobre 2012. REUTERS/Stephane Mahe -

C'est un nouvel aéroport vendu pour supporter la stratégie de développement économique du Grand Ouest de la France pour les 30 années à venir, alors que la région dispose déjà de l’aéroport Nantes-Atlantique.

 

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) fait l'objet d'oppositions légitimes citoyennes et politiques depuis son origine. Celles-ci, au regard des évènements récents, sont allées en se renforçant ces dernières semaines, mettant en cause la crédibilité politique du nouveau gouvernement.

 

Après son élection, François Hollande avait promis de ne pas procéder aux expropriations ni de commencer les travaux tant qu’il subsisterait des voies de recours juridiques. Le 16 octobre dernier, des expulsions ont été entamées sur le site, dans des conditions plus que contestables, notamment sur la méthode. Dans le quotidien Libération, le président PS de la région Pays-de-la-Loire, Jacques Auxiette, justifiait l’usage de la force publique, avec plus ou moins de mauvaise foi, par l'épuisement des voies de recours contre le projet de Notre-Dame-des-Landes.

 

Or, il reste des voies de recours. Devant les juridictions françaises pour contester notamment la légalité de l'autorisation au titre de la loi sur l'eau. Devant la juridiction européenne pour non respect du droit européen. La Commission des Pétitions du Parlement européen (dont je suis membre) a été saisie le 24 octobre dernier pour violation de plusieurs directives européennes.

 

Les arguments juridiques de l'Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de NDDL (ACIPA) et du Collectif des Elus doutant de la pertinence de l'aéroport de NDDL (CéDpa) sont solides: non respect de la directive sur l'évaluation des incidences sur l'environnement, de la directive cadre sur l'eau, des directives dites «Oiseaux» et «Habitats»...

 

Le droit européen, généralement âprement négocié par les Etats membres au Conseil, avant d'être voté par le Parlement européen, comprend certaines dispositions très claires. Des règles et dispositions dont l'Etat français s'est peut-être cru exempté, mais que le Parlement européen ne manquera pas de lui rappeler afin que dans les plus brefs délais il renonce à cette aberration économique, sociale et environnementale s'il ne veut pas encourir une condamnation de la Cour de justice de l'Union européenne et alourdir la charge que fait peser cet aéroport sur les citoyens français.

 

C’est le cas de la directive sur l’évaluation des incidences sur l’environnement (EIE), applicable pour tous les projets d’infrastructures dont l’impact sur l’environnement est potentiellement important. Elle prévoit que le public doit, en amont à la prise de décision, avoir «la possibilité d'exprimer son avis avant que le projet ne soit entamé» sur «toutes les options alternatives envisageables» (Directive 85/337, article 6), selon des procédures de consultation appropriées.

 

L’étude d’impact effectuée par les autorités françaises pour l'aéroport de NDDL n'aborde pas plus la question des solutions de substitution au projet retenu que les raisons de leur exclusion. Les impacts environnementaux et les enjeux économiques, sources potentielles de conflits d’intérêts, sont manifestes. Mais, rien dans le dossier ne permet d'évaluer pourquoi les objectifs de la région en termes de transport aérien ne pourraient pas être réglés par l’extension de l’aéroport Nantes-Atlantique existant?

 

Alors que la région Pays-de la-Loire a perdu 11.000 ha de terres agricoles entre 2000 et 2006, Notre-Dame-des-Landes présente des sols de forte qualité agronomique menacés par l’emprise de l’aéroport qui imperméabiliserait les sols, favorisant le risque d’inondations dans la zone, fragilisant la préservation de la ressource en eau et de la biodiversité.

 

La «Zone d’aménagement différée» (ZAD), renommée «Zone à défendre» par les opposants locaux, est composée à 98% de zones humides. Cette zone hydrologique d’importance est qualifiée de «Château d’eau de la Loire-Atlantique». Le document de référence qu'est le schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau Loire-Bretagne (SDAGE) –en application de la directive cadre sur l'eau (DCE)– prévoit explicitement que tout projet alternatif comportant un meilleur bilan environnemental doit conduire au refus du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Encore faudrait-il que soient présentées des alternatives au projet qui, comme dit précédemment, sont absentes du dossier...

 

A ceci s'ajoute la violation des principes concernant les mesures compensatoires obligatoires, faute de pouvoir éviter ou réduire les dommages sur la préservation de la ressource en eau. D'une part, l’entreprise Vinci s'obstine à ne vouloir compenser la destruction des zones humides qu’après la livraison des travaux, ce qui est contraire au principe de la compensation préalable, d'autre part, l'enquête publique d’août 2012 a révélé un manque de surfaces compensables par le projet. Les pétitionnaires démontrent que les mesures compensatoires prévues par le constructeur sont largement insuffisantes et qu’un bilan écologique neutre du projet est inatteignable.

 

Le projet d'aéroport porte atteinte au respect des objectifs des réglementations Natura 2000, pilier de la protection environnementale en Europe. Des habitats remarquables et des espèces protégées menacées d'extinction (ex: le Fluteau nageant) sont mis en péril par le projet. Les procédures de demandes de dérogations de destructions d'espèces protégées sont indéfendables...

 

Enfin, d'un point de vue économique, le projet est évalué à plus de 556 millions d’euros, et les aides publiques accordées aux promoteurs du projet sont de 245 millions, soit 44% du budget. La Commission européenne a rappelé que les gestionnaires d’aéroport doivent supporter le coût de construction et que l’attribution d’aides publiques pour les infrastructures, en l'espèce notamment, est de nature à porter atteinte au droit européen de la concurrence.

 

Tous les éléments sont bel et bien réunis, pour que la forte mobilisation citoyenne (qui se manifestera notamment ce week-end) demandant l'abandon d'un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes soit assurée d'être relayée au Parlement européen, en Commission des pétitions et entendue par la Commission européenne.

 

Je m'y engage. Je m'engage pour que ce dossier ne prenne pas le chemin annoncé d'un Notre-«Drame»-des-Landes, que cesse la violence des revendications et des réactions, que cesse la potentielle violence qui sera portée à un territoire qui mérite d'être préservé. Des lois sont votées par des parlements, elles doivent être respectées et appliquées par les exécutifs et rappelées, le cas échéant, par ledit pouvoir législatif voire par le pouvoir judiciaire... Et, malheureusement, si ce n'est pas dans un ultime sursaut de raison que le gouvernement renonce à ce projet, c'est l'Union européenne qui le rappellera à la raison par la voie juridique à respecter ses obligations législatives.

 

Sandrine Bélier

http://europeecologie.eu/-Sandrine-Belier-

 


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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:43

 

Médiapart - Blog

 

 

Il ne faut jamais avoir raison avant les autres. Lorsque j’écrivais en décembre 2002 « La crise, que le système bancaire français a connue à la fin du siècle dernier est à présent terminée. Une nouvelle dont la forme et l’ampleur surprendront, se prépare», je mettais un terme à un travail de 10 ans qui avait été consacré à la faillite des banques ("Droit des défaillances bancaires", Economica, 2002).

10 ans plus tard, si les causes des crises financières à répétition n’ont pas changé et sont toujours là, le rapport de force entre le politique et l’économique s’est inversé au profit des financiers. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire et c’est souvent le signe avant coureur d’un changement brutal dans la société.

En 2008, quand la crise des subprimes a failli submerger l’économie mondiale, les gouvernements des Etats ont raté un rendez-vous avec l’histoire. Ils étaient en position de force et en capacité d’imposer des choix aux banques et aux marchés financiers.  Ils ont fléchi, ils ont cédé, et ils ont perdu une bataille. On commence à mieux comprendre la pusillanimité de certains quand on connaît les rapports incestueux que certaines grandes banques entretiennent avec les pouvoirs en place.

Depuis quatre ans, les marchés financiers et leurs alliés dictent aujourd’hui leur choix aux gouvernements. Mais au fait, qui sont ils ces marchés financiers ? Il faut distinguer trois grandes familles : d’abord, ce que l’on appelait jadis l’épargne (des ménages et des entreprises) qui correspond à l’économie réelle, au travail accumulé ; ensuite, la finance souveraine, qui correspond à des placements opérés par des Etats bénéficiant d’une rente de situation (pétrole, population d’esclaves pouvant être exploités comme en Chine) ; enfin les structures liées au grand recyclage de l’économie noire, du blanchiment de tous les trafics. Pour cela, ils utilisent une grande lessiveuse que l’on nomme les « paradis fiscaux ». On estime ainsi qu’environ 15 % du PIB mondial (la richesse produite chaque année) est liée à l’économie noire (trafic d’être humain, de drogue d’armes mais également des déchets ou de médicaments). Et les marchés financiers avec leurs banquiers, leurs auditeurs et leurs avocats profitent de la mondialisation pour rendre impossible les poursuites et pour contaminer l’économie réelle.

Voilà donc les nouveaux maîtres du monde, des gestionnaires de fonds de pension, des fonds d’investissement de pays tout sauf démocratiques, et l’argent de toutes les mafias.

Doit on se saigner aux quatre-veines pour rembourser des dettes qu’ils ont souvent acquises à la casse avec une décote de 30 à 70 % et pour lesquelles ils exigent un remboursement intégral au prix du plus grand sacrifice des peuples sommés de payer les dettes des générations ou des gouvernements précédents  ?

Alors que faire ? La solution est vieille comme le monde. Elle a pour nom la sisachtie de Solon, le jubilé des Hébreux (Lévitique 25 :8-34), ou la consolidation du Tiers par le Directoire (1797). Il s’agit de ne pas payer toutes ces dettes. Pour autant, il ne faut pas déstabiliser l’économie réelle, normale, propre.

D’où ma proposition, dès lors que le créancier (ou le bénéficiaire économique) est ou a été, directement ou indirectement, en droit ou en fait, situé, localisé, domicilié, dans un paradis fiscal, les Etats souverains peuvent refuser de payer leur dettes ou prélever au passage une taxe spoliatrice comprise entre 75 et 95 % suivant la nature du paradis fiscal.

On en parle au prochain G20 ? Chiche.

 

Pour aller plus loin : M. Koutouzis et P. Perez, Crime, trafics et réseaux, Géopolitiques de l’économie parallèle, Ellipses, 2012 – N. Shaxson, Les paradis fiscaux, enquête sur les ravages de la finance néolibérale, André Versaille éditeur, 2012.

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:37

 

Paris, le 13 novembre 2012 - Les Amis de la Terre en partenariat avec le Centre de recherche et d'information pour le développement (CRID) et Peuples Solidaires ont décerné ce soir à La Java, les Prix Pinocchio du développement durable. Cette année, plus de 17 000 internautes se sont exprimés pour élire leurs lauréats parmi les entreprises nominées.  Lesieur, Bolera et Areva sont les grands vainqueurs de l’édition 2012.

 

Lesieur a reçu le prix « Plus vert que vert » avec 38 % des votes pour sa campagne publicitaire « Aidons l’Afrique : une bouteille d’huile Lesieur achetée, une bouteille envoyée », illustrant l’engagement du groupe français en matière d’aide aux populations africaines souffrant de famine. Pourtant, Lesieur, via sa maison mère Sofiprotéol, est l’un des plus importants producteur et promoteur de l’industrie des agrocarburants, qualifiée de « crime contre l'Humanité » par Jean Ziegler, ancien rapporteur des Nations unies pour le droit à l'alimentation. Entre 2002 et 2008, près de 75 % de la hausse des prix alimentaires serait en effet imputable aux mouvements financiers spéculatifs utilisant les politiques de soutien aux agrocarburants dans l'Union européenne et aux États-Unis.

 

Bolera Minera, une joint venture formée par les groupes Bolloré et Eramet l’emporte dans la catégorie «  Une pour tous, tout pour moi » avec 35 % des votes. L’entreprise a obtenu en 2010 un permis d’exploration pour la recherche de lithium en Argentine, dans une région où vivent 33 communautés indigènes. S’estimant lésées dans leur droits à être consultées et à décider de leur propre développement, tel qu’inscrit dans le droit argentin, ces communautés se sont mobilisées : une plainte a été déposée devant la Cour Suprême d’Argentine à l’encontre des gouvernements locaux censés assurer l’effectivité des droits de ces communautés, ainsi qu’auprès du Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, qui en juillet 2012, a émis un rapport pointant du doigt les impacts socio-environnementaux de l’exploitation du lithium dans la région de Salinas Grandes.

 

Avec 45 % des votes, Areva remporte le Prix Pinocchio dans la catégorie « Mains sales, poches pleines ». Refusant de reconnaître sa responsabilité dans la dégradation des conditions de vie des populations vivant à proximité de ses mines d’uranium en Afrique et pour le décès d’un de ses ex-salarié par cancer du poumon, le groupe nucléaire français serait également impliqué dans un gigantesque montage financier litigieux en vue d’obtenir le marché de construction de centrales nucléaires en Afrique du Sud.

 

Lauréat l’année dernière dans la catégorie « Plus vert que vert », et de nouveau nominé cette année, Vinci ne pouvait être exempt de toute récompense. Romain Porcheron, chargé de mission aux Amis de la Terre France : « Les Amis de la Terre dénoncent les violences perpétrées par les autorités publiques envers les citoyens luttant contre les grands projets inutiles dont Vinci est concessionnaire, en Russie (projet de construction d’une autoroute au cœur de la forêt de Khimki) comme en France (projet de construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes). Les Amis de la Terre ont ainsi décidé de remettre un Prix Pinocchio d’honneur collégial hors vote, à Vinci, en tant qu’opérateur de ces projets dénoncés de longues dates par les populations locales, et aux décideurs publics français et russes qui en sont à l’origine ».

 

 

Depuis 2008, les Prix Pinocchio ont permis de dénoncer les mensonges de 33 multinationales françaises, faisant tomber les masques sur la réalité des pratiques de ces grands groupes économiques surfant allègrement sur la vague du développement durable pour accroître leurs profits. Le nombre sans cesse croissant de votes pour les prix Pinocchio prouve le soutien grandissant des citoyen-ne-s à  la lutte contre l’impunité dont bénéficient aujourd’hui ces multinationales françaises en matière d’impact social et environnemental de leurs activités, un combat mené de longue date par les Amis de la Terre, le CRID et Peuples Solidaires.

 

Classement complet, cliquer ici !

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:23

 

 

 

Il n’y aura pas de “Glass-Steagall Act” en France. Il n’y aura pas de séparation entre les banques de dépôts et les banques d’investissement. Jeudi dernier, le ministre des finances, Pierre Moscovici, a présenté devant la communauté financière, réunie à l’occasion d’un colloque organisé par l’autorité des marchés financiers, les premières lignes du projet de loi bancaire.

 

Pierre Moscovici. 
Pierre Moscovici.© (Reuters)

 

Le texte doit être discuté en conseil des ministres le 19 décembre. S’il n’est pas totalement arrêté, les grandes lignes en sont esquissées. Contrairement aux engagements pris pendant la campagne, le gouvernement n’a pas le dessein d’imposer une rupture franche dans les activités bancaires mais plutôt de coudre aux petits points un texte qui ne devrait pas trop bousculer le système bancaire français.

Le ministre des finances, pour sa part, parle d’une réforme ambitieuse. « Nous voulons une réforme qui fasse référence en Europe et refonde notre paysage financier pour les vingt prochaines années contre la spéculation et pour le financement de l’économie réelle (…) Sans attendre la directive européenne, la France va adopter les recommandations de la commission Liikanen », a-t-il expliqué. Dans un rapport remis en octobre, la commission préconise de placer dans des entités séparées mais toujours contrôlées par la même holding bancaire les activités les plus risquées comme les activités sur les dérivés pour les clients financiers, les activités de tenue de marché, les participations dans les hedge funds ou les prêts qui leur sont consentis, les investissements en capital-risque.

L’adaptation qu’entend faire le gouvernement français des recommandations de la commission Liikanen n’est pas encore très précise. « Beaucoup de choses ne sont pas encore arbitrées », reconnaît un conseiller. Des connaisseurs du dossier redoutent, toutefois, une réforme très allégée, placée sous la haute surveillance des banquiers.

Même si les responsables du ministère des finances vantent la très large concertation menée avec les banquiers mais aussi les autorités de surveillance, les usagers, les syndicats pour élaborer le texte, d’autres relèvent les présences assidues comme les absences. Les experts de Terra Nova ou de Finance Watch, pourtant très en pointe sur le sujet et très écoutés à Bruxelles, n’ont jamais été auditionnés par Bercy. « Il y a un problème de méthode qui entache la pertinence de ce qui est proposé. La France reste dans le superbe isolement des experts, quelles que soient leurs qualités. Mais tous viennent du même moule et partagent la même opinion », note Thierry Philipponnat, secrétaire général de Finance Watch.  De fait, depuis l’été, les banquiers ont envahi les couloirs de Bercy, qu’ils connaissent si bien pour être tous ou presque issus de l’Inspection des finances. 

Les premières indications données par le ministre des finances devraient rassurer le monde bancaire. « Les banques pourront continuer toutes les activités qui servent au financement de l’économie », a assuré Pierre Moscovici. Mais elles devront placer dans des filiales spécialisées « les activités de marché qui ne sont pas nécessaires au financement de l’économie ». Certaines pratiques jugées trop risquées seront même simplement interdites comme le trading à haute fréquence ou les dérivés sur les matières premières agricoles.

 

Effet d'optique

Cela semble rigoureux. Mais cela pourrait n’être qu’un effet d’optique. Car tout est dans la définition de ce qui est « utile au financement de l’économie ». Avant le discours du ministre des finances, le monde bancaire avait commencé à donner ses définitions. À l’entendre, toutes les activités de marché ou presque – à l’exception de prises de participations dans les hedge funds – sont utiles à l’économie.

 

Frédéric Oudéa, président de la Société générale. 
Frédéric Oudéa, président de la Société générale.© (Reuters)

 

« Dans un monde de concurrence, les banques doivent pouvoir offrir l’ensemble des services à leurs clients », sous peine de les voir partir ailleurs, expliquait Frédéric Oudéa, président de la Société générale. Les dérivés ? Indispensable pour offrir des produits de couverture aux clients. Le capital investissement ? Comment en exclure les banques au moment où le gouvernement milite précisément pour aider les PME. Les activités de négociations de dettes pour compte propre ? Veut-on vraiment voir la négociation des dettes souveraines aux mains des seuls JPMorgan et Goldman Sachs ?

La liste peut être poursuivie. Les banques semblent souhaiter qu’elle soit la plus longue possible. Car les activités placées dans des entités séparées risquent de ne plus être rentables, compte tenu des ratios de capitaux qui seront imposés. « Si le lobbying bancaire persévère, il va finir par obtenir une adaptation de la loi bancaire en France en deçà des recommandations pourtant très souples de la commission Liikanen », dit un connaisseur du dossier. « L'évidence politique, c'est qu'on ne peut pas être en dessous de Liikanen », nuance cependant un conseiller.

À ce stade, il est impossible de dire quel sera l’équilibre trouvé. Le gouvernement ne semble avoir arrêté ni les activités jugées risquées ni la manière dont tout cela sera retranscrit. Dans la loi, par décret, ou confié aux bons soins des autorités de contrôle ? Là encore, le président de la Société générale, qui, selon nos informations, pèse très lourd dans toutes les discussions, a indiqué où allaient ses préférences. « Entre la réforme Volcker aux États-Unis et la démarche Vickers en Grande-Bretagne, je préfère la réforme Volcker », explique-t-il.

Derrière ce langage codé, il faut comprendre ce qui se joue. D’un côté, il y a la solution américaine, dure mais seulement en apparence. Revenant déjà largement sur les préconisations de l’ancien président de la Réserve fédérale qui recommandait une séparation stricte entre les banques de dépôt et banques d’investissement, la loi Dodd-Francks, votée à l'été 2010, a posé seulement des interdictions précises : la spéculation pour compte propre, les investissements trop importants dans le capital risque et le financement et les prises de participation dans les hedge funds.

Mais au fil des négociations, des règlements, tout le dispositif est en train d’être vidé de son contenu. Les banques ont déjà obtenu d’exclure des activités pour compte propre les activités de tenue de marché, les activités de couverture au sens très large du terme, permettant presque toutes les spéculations sur dérivés, etc., tandis que toutes les spéculations risquées, profitant des béances de la loi, sont en train de migrer vers des structures totalement opaques, non soumises à la surveillance des autorités de contrôle, censées ne plus appartenir aux banques.

Le modèle bancaire français

La réforme projetée en Grande-Bretagne s’annonce beaucoup plus dure. Afin de ne pas offrir la garantie publique à des activités de marché et de spéculation, le rapport Vickers préconise une séparation totale entre la banque de dépôts et les activités de marché, sans possibilité d’aménagement. Les deux branches devront être logées dans deux entités séparées, avec des tours de table et des conseils d’administration distincts. La séparation doit être achevée en 2019 et coûtera selon les premières estimations entre 5 et 10 milliards de livres (6,2 et 12,4 milliards d’euros).

Dès lors, la préférence des banquiers français pour la voie américaine se comprend mieux. Ceux-ci militent d’autant plus pour suivre l’exemple de Wall Street qu’ils s’estiment déjà victimes de la réglementation européenne par rapport à leurs concurrents américains. Tous jugent que la nouvelle réglementation bancaire dite Bâle III les entraîne dans une « démarche suicidaire ». 

Baudoin Prot, président de BNP Paribas.
Baudoin Prot, président de BNP Paribas.© (Reuters)

 

Mais depuis la semaine dernière, ils ne cachent plus leur fureur : la Fed, la réserve fédérale américaine, a annoncé vendredi dernier qu’elle reportait sine die l’application de cette nouvelle réglementation Bâle III aux États-Unis, le monde bancaire ayant manifesté son « inquiétude de se voir soumis à une réglementation définitive sur le capital au 1er janvier 2013 sans avoir suffisamment de temps pour la comprendre ou changer leur système comme il conviendrait ». « Je voudrais bien savoir ce que va faire M. Barnier (commissaire européen au marché intérieur et aux services). Il avait dit qu’il n’appliquerait pas Bâle III tant que les Américains ne le mettraient pas en œuvre », insistait Baudoin Prot, président de BNP Paribas.

Mettant en exergue cette « distorsion de concurrence», le monde bancaire a bien l’intention d’enfoncer le clou et de négocier jusqu’au bout une réforme à moindre coût. Dans leur plaidoyer, les banquiers ont ajouté un nouvel argument : la croissance. Qui soutiendra la croissance si les banques doivent limiter leurs crédits ? se répandent-ils. Le propos a fait mouche. « La finance est aujourd'hui jugée moins prioritaire que la situation économique et sociale. Comme Cahuzac et Moscovici n'affichent pas de volonté politique forte sur ce dossier, la technostructure suit son chemin. Et Bercy est un repaire de conservateurs. C’était vrai avant, c’est toujours vrai maintenant », note un conseiller.

De Matignon à Bercy, les arguments des banquiers se retrouvent ainsi repris en boucle. Pour beaucoup, il ne faut surtout pas pénaliser les banques françaises, « victimes plus que coupables de la crise financière ». « On voit l’action efficace du lobby bancaire français. Les grandes banques françaises ont réussi à vendre l’idée qu’on avait un modèle solide et rentable », regrette Laurence Scialom, économiste à l’université Paris-Ouest, experte auprès de Terra Nova.

« Le modèle de la banque française universelle a montré sa résistance pendant la crise », ont répété en chœur banquiers et hauts fonctionnaires jeudi. À les entendre, le système bancaire français n’a souffert d’aucun accident grave, qui justifierait une réforme radicale. Les ombres des faillites de Dexia, Natixis, Caisses d’épargne, des déboires du Crédit agricole et de la Société générale, de l’effondrement du Crédit immobilier de France, de l’étranglement du Crédit foncier et de la banque PSA… passaient.


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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:17

 

 

Marianne - Mardi 20 Novembre 2012 à 12:00

 

Propos recueillis par Aude Lancelin

 

Le patron de la Villa Gillet, institution culturelle lyonnaise qui fête cette année ses 25 ans, lance ce mardi 20 novembre un festival international d'idées d'une ampleur inédite. Rencontre.

 

Guy Walter : l'appel de l'intelligence

Il y a Cannes pour le cinéma, il y a Avignon pour le théâtre, il y a désormais Lyon pour la littérature. En créant les Assises internationales du roman en 2007, Guy Walter n'aurait jamais pu imaginer un tel succès. Chaque printemps, le gotha des lettres françaises et même mondiales joue désormais des coudes pour se rendre dans la capitale des Gaules devant des salles de 1 000 personnes, réputées pour la qualité alchimique de leur écoute.

Bosseur infatigable, sélectionneur très exigeant, l'écrivain et ancien prof de lettres de 57 ans, passionné de Bossuet autant que de French Theory, s'est cet hiver fixé un nouveau défi. L'année des 25 ans de la Villa Gillet, institution qu'il dirige depuis 1989, il se lance dans la création de Mode d'emploi, «festival des idées» en partenariat avec le Centre national du livre (CNL), événement auquel Marianne s'est également associé (renseignements sur www.festival-modemploi.net ).

Du 20 novembre au 2 décembre, une centaine de philosophes, d'acteurs de la société civile, d'artistes, de théologiens et de politologues seront ainsi réunis pour débattre ensemble du changement climatique, du mal, du cyborg, de la liberté sexuelle, des neurosciences ou encore de l'avenir politique des religions, dans le cadre de tables rondes internationales ciselées, loin du tout-venant des forums trop souvent proposés au public français.

Sa méthode de programmation, engagée, ambitieuse, unique en son genre, Guy Walter, qui refuse pourtant le terme de «programmateur», trop impersonnel, l'a notamment testée depuis trois ans à New York, dans le cadre du programme Walls And Bridges, dont nous avions pu observer l'originalité sur place en 2010. Epaulé par le producteur Marin Karmitz, alors en charge du Conseil pour la création artistique (CCA), Guy Walter y avait réussi la prouesse d'amener un vrai public américain - soit à peu près le plus difficile à déplacer du monde - à la rencontre de nouveaux intellectuels français, à la mythique NY Public Library ou dans des librairies de Brooklyn.

Aujourd'hui, avec Mode d'emploi, l'enjeu est à nouveau de taille. Rien de moins que de tenter de redonner à la France un peu de son lustre philosophique et de son rang perdu de «méridien de Greenwich» des sciences humaines mondiales. C'est peu de dire que tous nos vœux accompagnent ce chantier monumental.

Marianne : La pensée française a beaucoup perdu en poids depuis les années 70. Pensez-vous que notre pays puisse un jour redevenir ce grand carrefour intellectuel international que vous appelez de vos vœux ?

Guy Walter : De par mon âge, j'ai traversé la belle époque des sciences humaines et sociales. En 1973, j'ai fait ma classe de philo en pleine efflorescence. Comme tous les gens de ma génération, j'ai lu passionnément Michel de Certeau, Foucault, Deleuze, même si je n'ai jamais été pris totalement dans un effet de génération, car j'ai aussi toujours été un grand lecteur de «hors temps», du XVIIe siècle notamment. Je suis donc sensible, bien sûr, à cette fin de l'âge d'or que vous pointez. Mais soyons précis. Ce qui a longtemps disparu, ce n'est pas tant l'intelligence dans le domaine des sciences sociales et de la philosophie que la force intime des écritures et le goût du style. On a en effet glissé vers des exercices plus scientifiques, des travaux d'experts qui n'engageaient plus une vision du monde. Je pense cependant que cette période est en train de s'achever. Depuis le début des années 2000, je vois revenir des plumes, des auteurs qui s'engagent dans une aventure de la pensée et sont porteurs d'une réflexion beaucoup plus incarnée.

Vous pensez à qui ?

G.W. : Je pense par exemple à des gens comme Pierre Zaoui, Pierre Cassou-Noguès ou Thierry Hoquet, des intellectuels qui reviennent vers la philosophie justement, qui essayent de dessiner des territoires personnels avec de vraies focales.

Ils ne sont toutefois connus que d'un public assez happy few...

G.W. : Il n'y a pourtant pas plus de technicité chez eux qu'il n'y en avait chez Foucault, à l'époque où ses livres étaient des best-sellers. Simplement, les philosophes ne sont plus invités à la télévision aux heures de grande écoute ou dans les radios généralistes. Pourquoi ? On prétend que ça va être trop compliqué, qu'il faut s'adapter à la capacité d'écoute des gens. C'est inouï. J'ai un credo qui me guide dans ce que je fais : je pense que la complexité est un bien public. Mon travail, ce n'est pas de rendre les choses plus simples, mais de les rendre plus complexes justement. Je suis absolument convaincu qu'il y a une ruse idéologique qui consiste à aliéner l'appétit d'intelligence, qui est pourtant évident chez tout le monde. Au fond, personne ne veut prendre le risque de faire entendre ces paroles-là, là où elles pourraient l'être. Il est vrai aussi que trop peu de médiateurs culturels et de journalistes prennent le risque de réfléchir vraiment à leur propre travail. Penser vraiment est toujours une mise en danger.

Pour vous, ce sentiment que l'on peut avoir de ne pas voir émerger une nouvelle génération intellectuelle est donc moins dû à une réelle stérilité qu'à un délabrement du champ médiatique et de l'écosystème de transmission de la pensée en France ?

G.W. : Oui, ça, je le pense. Il faut sortir du marketing culturel neutralisant où tout vaut tout. Il faut cesser de voir les livres comme de simples produits sur le marché. A chaque époque, ceux-ci sont issus de tout un paysage intellectuel collectif qu'il faut essayer de dessiner et de comprendre. A ce moment-là, les œuvres commencent à dialoguer les unes avec les autres, on peut recréer une véritable socialité intellectuelle, être dans cette énergie architecturante qui a existé dans les années 70. Chacun prenait alors position par rapport aux autres pensées. Je ne crois pas du tout à la fin des idéologies, c'est une formule creuse. Mais il est certain qu'aujourd'hui on fait moins équipe. A l'exception de tentatives comme la revue Vacarme, par exemple.

Même ce genre de revues le fait aujourd'hui de façon cloisonnée, dans une sorte d'entre-soi, vous ne trouvez pas ? D'après ma propre expérience, rien n'est plus difficile, par exemple, que de mettre un bourdieusien en face d'un de ses adversaires idéologiques...

G.W. : Ah ça, c'est sûr [rires]. D'ailleurs, le cas s'est présenté récemment en préparant le programme de Mode d'emploi. Un grand nom de la sociologie a refusé catégoriquement de dialoguer avec quelque libéral que ce soit. Et j'ai essuyé d'autres refus du même genre. Pour moi, c'est une faute morale. La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie, c'est ainsi, il faut l'accepter. Il y a d'ailleurs pas mal d'invités qu'on pourrait cataloguer à droite dans ce programme. Alain Bauer, par exemple, qui évoquera la question de la sécurité avec le prof de droit américain Jeffrey Rosen. Cela m'est déjà vivement reproché.

Vous pourriez inviter des gens catalogués comme plus sulfureux encore ? Quelqu'un comme Alain de Benoist, par exemple ?

G.W. : Je n'ai pas beaucoup d'estime pour son travail, donc je ne le ferai pas, mais je pourrais le faire, oui. Au fond, les deux seuls grands problèmes que j'ai rencontrés dans la programmation depuis des années, c'était avec des médiatiques, étrangement. Quand on a invité Alain Finkielkraut il y a quatre ou cinq ans, nous avons reçu de nombreux mails de menaces. Beaucoup de gens voyaient cette invitation comme une trahison. Que je sache, pourtant, c'est un intellectuel conservateur, sans doute, mais courageux et ferme, et qui compte beaucoup dans le paysage français. On peut être irrité par ses propos, mais je ne vois pas à quel titre on ne les discuterait pas dans un espace démocratique de pensée. L'autre cas, c'était BHL, au moment de la parution d'American Vertigo. Il y avait 1 000 personnes dans la salle, dont au moins 500 détracteurs. Ce fut une séance extrêmement intense, je crois qu'il en est sorti vainqueur.

Quel public se déplace aujourd'hui pour écouter des sciences humaines ?

G.W. : Tous ceux que la joie de l'intelligence réunit. Des lecteurs et des citoyens. Quand les gens ont le sentiment qu'une vraie question est posée, ils viennent. Le débat où il y a actuellement le plus de préréservations pour Mode d'emploi, c'est celui sur le mal avec Bruno Cotte, magistrat au TPI, avec le philosophe Ruwen Ogien et un théologien de l'école de Jérusalem [le 2 décembre à 14 h 30]. Je crois vraiment au plaisir de la pensée et à la force des assemblées. Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. Je garde, à cet égard, un souvenir ébloui du dialogue que nous avions organisé entre le théoricien de l'art Carlo Ginzburg et Paul Holdengräber, l'intervieweur de la New York Public Library. A la fin, le public les a ovationnés debout. Ginzburg a une telle générosité que, soudain, le public a eu le sentiment de pénétrer dans le labyrinthe de sa pensée. Evidemment, cela crée une jubilation incroyable.

Vous êtes un acteur culturel français désormais très courtisé. On vous a déjà proposé de quitter Lyon, notamment pour prendre la tête du prestigieux Festival d'automne à Paris, il y a deux ans. Pourquoi n'avoir pas cédé à la tentation de la capitale ?

G.W. : Paris n'est plus une plus-value aujourd'hui, et rien n'est plus ridicule à mes yeux que l'idée de carrière. Je resterai toujours là où je suis le plus utile, là où ma liberté d'action est la plus grande. Au fond, je ne sais pas comment ce truc a réussi, car tout aurait dû rater ! [Rires] Je suis superintello, je suis assez radicalement moi-même, je fais peu de concessions, je n'aime pas les stratégies, je suis toujours persuadé qu'il faut convaincre plutôt que séduire, bref, ça partait mal. Je suis un mixte assez improbable : j'aime l'aristocratie de l'esprit, mais je suis un dandy démocrate. Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. 

 

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:09

 

Marianne - Mardi 20 Novembre 2012 à 09:29

 

 

 

JPDN/SIPA
JPDN/SIPA
C’était assez attendu, mais cela fait mal : l’agence financière Moody’s  a annoncé cette nuit  la dégradation de la note de la dette publique de la France, qui passe de Aaa à Aa1.

C’est la deuxième agence à procéder ainsi, après Standard & Poor’s, en janvier dernier.  Ce qui est le plus difficile à avaler pour le gouvernement socialiste, c’est que non seulement Moody’s reprend grosso modo les arguments de The Economist (marché du travail rigide, marché des services segmentés, etc.), qui a fait de la France « l’homme malade de l’Europe », mais en plus, prend à revers les récents efforts réformistes de François Hollande, en particulier après les décisions consécutives au rapport Gallois. Mais ils seront insuffisants à garantir l’économie de l’Hexagone face à un « prochain choc dans la zone euro ». Bonjour la confiance dans le « pacte de compétitivité » !


Deuxièmement, et c’est plus logique, Moody’s rejoint les critiques à l’encontre de la politique d’austérité concertée dans la zone euro rendant improbable les perspectives de croissance affichées par le gouvernement français (0,8% en 2013) et donc sa capacité à réduire le déficit sous les 3% du PIB. Les deux piliers de la politique économique de François Hollande sont déclarés minées.  Au Bourget le candidat Hollande avait dénoncé : « mon adversaire, c’est la finance ». Il ne se trompait pas : l’hydre vient juste de montrer le bout de son museau, et c'est aujourd'hui que le véritable combat débute… 

Car là où est le paradoxe, c’est que les « marchés », représentés par Moody’s et Standard & Poor’s, qui sont d’une certaine manière l’expression de leurs inquiétudes ou de leurs exigences, reconnaissent que le pays est dans la bonne direction, mais  ils attribuent un handicap à la France, comme on le fait pour un cheval de course, à qui on rajoute quelques kilos pour lui rendre l’épreuve plus difficile. Car la dégradation veut dire, à terme, un  service de la dette plus lourd pour le budget, puisque les notes sont prises en compte par les investisseurs, notamment les fonds de placements collectifs, donc plus de difficultés encore pour l’économie française. 

Pour la plupart, les gérants de fonds doivent placer l’argent des épargnants dans des produits notés « triple A », par au moins deux agences notoirement connues. Or dans cette catégorie, ne reste que Fitch qui conserve la meilleure note à la dette française.

Quand les fonds commenceront-ils à se détourner des obligations d’Etat et donc provoqueront l’augmentation des taux d’intérêts ? Difficile à dire. Actuellement les taux d’intérêt sont historiquement bas juste au-dessus de 2%. Le budget 2013 prévoit d’ailleurs un taux moyen plus élevé en 2013, soit 2,9%. Mais la France sera avec 171 milliards d’émissions d’obligations le premier emprunteur de la zone euro, devant l’Italie. Cela peut être une chance : dans un marché obligataire européen en réduction générale, et alors que tout le monde  se méfie de tout le monde, les « bons » français très liquides (c’est à dire facile à revendre), peuvent demeurer le seul moyen de placer l’épargne très abondante. Au contraire cela peut provoquer une panique dans la zone euro et en dehors. Si la France n’est pas sûre, ne reste que la dette allemande, alors que Berlin émet très peu de « bunds »…

Le plus probable, c’est que la France soit sanctionnée lorsque la croissance sera revenue ! Car alors, les investisseurs auront alors beaucoup d’opportunités de placement rentables.


Si François Hollande veut réellement combattre « la finance » il doit alors piloter rapidement une opération de « renationalisation de la dette ». Car si la France est placée à la merci des agences et des investisseurs étrangers, c’est parce qu’elle a choisi dans les années 1980 et 1990 d’internationaliser ses emprunts, pour « vendre » la dette publique à l’étranger. Actuellement 63% des emprunts d’Etat sont détenus par des non résidents en France , contre 23% en 1998. Le stock de créances détenues par des étrangers est de 1150 milliards.
Une arme lourde en possession de gens chatouilleux. 

Lire la suite sur le blog d'Hervé Nathan : « Antibobards ».

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:01

 

 

Rue89 - Ayrault airport 18/02/2012 à 18h36
Sophie Caillat | Journaliste Rue89

 

Alors que la construction de l’aéroport nantais semble inéluctable, une poignée d’irréductibles opposants rêve d’une mobilisation semblable à celle du Larzac.

 

 


Le local des opposants, « La Vache rit » (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

 

(De Nantes) C’est l’histoire d’une ville de province qui se prenait pour une capitale. Son maire, Jean-Marc Ayrault, ne parle plus du « projet » de Notre-Dame-des-Landes, mais d’un aéroport du Grand-Ouest qui est « en train de se faire ». Ce conseiller spécial de François Hollande, que l’on dit « ministrable », a convaincu le candidat PS d’inscrire dans son programme la poursuite de ce projet, vieux de plus de quarante ans, soutenu par la droite locale, indispensable à la région. Circulez, y a rien à voir.

Pour nombre de Nantais, il est trop tard pour inverser le cours de l’histoire. La question de l’aéroport a été écartée de l’accord de gouvernement PS-EELV, et chaque jour dans la presse locale, le syndicat mixte annonce le « décollage imminent “ du futur aéroport.

Présentation du projet d’aéroport par Vinci

Guidée par Ariel Aliega, producteur chilien marié à la fille d’un agriculteur de Notre-Dame-des-Landes, je suis allée à la rencontre de ceux qui peuvent apparaître, vus de Paris, comme des jusqu’au-boutistes défendant leur pré carré, des écolos radicaux refusant le progrès, des décroissants préférant les petits oiseaux à l’emploi. Et je suis tombée sur des citoyens de tous horizons politiques, prônant la bonne gestion des deniers publics, en révolte contre les ‘mensonges’ de l’oligarchie, où les deux partis majoritaires sont alliés aux intérêts économiques des géants du BTP.

‘Décider de la société dans laquelle on veut vivre’

Odile Martin se gèle cet après-midi-là, place Royale à Nantes. C’est son tour de tenir la ‘vigie citoyenne’, montée il y a trois ans sur le modèle de celle installée devant le siège de l’OMS à Genève pour demander la vérité sur l’après-Tchernobyl. Odile alpague les passants un par un. Certains ajoutent leur signature aux 25 000 déjà recueillies contre l’aéroport. Odile :

‘Il s’agit de décider de la société dans laquelle on veut vivre. Il n’y a qu’une personne sur dix qui soutient cet aéroport, mais les gens ne vont pas s’afficher. Nantes est certes une ville socialiste, mais bourgeoise.’


La vigie citoyenne à Nantes (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

 

Débordement par la gauche

A première vue, l’affaire Notre-Dame-des-Landes ressemble à un Larzac qui n’aurait pas trouvé son José Bové.

Après le premier Camp action climat de 2009, quelques dizaines de manifestants ont commencé à squatter des friches et maisons vides. Ces promoteurs de l’autogestion sont toujours sur la lande, mais bien cachés derrière les haies. L’été dernier, des violences avaient éclaté en marge d’une manifestation, et les militants historiques avaient craint que leur mouvement ne soit discrédité.

 


Ariel Aliega (Sophie Verney-Caillat)

 

‘En 2014, toute cette histoire sera oubliée’, prophétise Cyril Bouligand, dont la ferme est située à 10 km de la future tour de contrôle.

Quand le promoteur Vinci l’a invité à participer à la ‘ferme pédagogique’ projetée à la sortie de l’aérogare ‘haute qualité environnementale’, il a répondu que c’était ‘odieux de vouloir nous mettre dans un zoo’. Depuis, il boycotte les réunions, empêche le rachat de ses terres, et attend les bulldozers.

‘Ce sont les contribuables qui paieront la facture’

Christian Grisollet consacre son temps libre à la distribution du tract ‘Danger et bruit, mensonges et propagande’, dans 100 000 boîtes aux lettres de l’agglomération nantaise. Ce formateur technique, pas personnellement concerné par le futur aéroport, est l’un des coprésidents de l’Acipa, l’association citoyenne, qui revendique 3 000 cotisants dont une cinquantaine de membres très actifs. Il nous jure que ‘la mobilisation grandit’ :

‘Depuis la crise, les gens ont compris qu’on a bien d’autres choses à faire avec l’argent public. Vinci a promis 12% de rentabilité à ses actionnaires et si l’aéroport est déficitaire, ce sont les contribuables qui paieront la facture. C’est un cas d’école de ce qu’il ne faut plus faire.’

Une étude prône l’optimisation de Nantes-Altantique

Désormais, c’est sur le terrain économique que les opposants combattent le maire et ses soutiens (l’UMP locale, le conseil général et régional, la chambre de commerce et bien sûr Vinci le concessionnaire).


L’aéroport de Nantes-Atlantique (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

 

L’ancienne maire de Bouguenais, la commune où est situé l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique, conseillère générale Front de Gauche, a pris la tête du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (le Cedpa, regroupant écologistes, Front de Gauche, NPA, MoDem, une moitié de locaux, une moitié de nationaux) créé en 2009.

Françoise Verchère explique pourquoi il n’y a pas de ‘nimbysme (de Not in my backyard’, pas dans ma cour arrière en anglais) dans cette lutte :

‘Notre credo est : ni ici ni ailleurs, c’est un projet inutile. Je n’arrive pas à comprendre comment les gens de gauche que je connais déroulent un tel tapis rouge à Vinci.’

Espérant se faire mieux entendre, le millier d’élus du Cedpa a trouvé 20 000 euros pour faire faire une analyse indépendante. Le cabinet hollandais CE Delft, connu pour ses études d’impact économique des grands projets, a rendu en octobre un document de 50 pages qui démonte point par point les scénarios sur lesquels se fonde la Déclaration d’utilité publique (DUP) (décret du 9 février 2008) du projet d’aéroport. Florilège des erreurs relevées :

 

Voir le document

(Fichier PDF)

  • le prix du pétrole est projeté comme étant 15 à 50% moins cher que ce qu’il est réellement ;
  • le marché des émissions de CO2, qui renchérit le coût de l’aviation, a été omis ;
  • la nouvelle liaison TGV Rennes-Paris prévue pour 2020-2025 devrait inciter beaucoup de Rennais à prendre l’avion à Paris plutôt qu’à Notre-Dame-des-Landes ;
  • si le tram-train pour l’aéroport ne se fait pas tout de suite (or son coût n’est pas dans le budget prévu), cela oblige nombre de passagers à venir en voiture et engendre des coûts de parking élevés...

Et de conclure :

‘L’optimisation de Nantes-Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.’

‘C’est de la spoliation’

 


Un autocollant anti-Notre-Dame-des-Landes sur une voiture (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

 

Etienne Boittin lance des procédures tous azimuts pour tenter de bloquer les bulldozers, programmés pour 2014 :

‘Parcelle par parcelle, je conteste devant le tribunal administratif les arrêtés de cessibilité de 23 requérants. Tous les jours, j’attaque les actes d’expropriation que reçoivent les agriculteurs.

Les indemnités proposées aux propriétaires sont de 16 centimes par m2, alors que l’un d’eux a acheté son terrain 24 centimes par m2 en 1977. Je demande 5 euros et je considère qu’en-dessous d’1 euro, c’est de la spoliation.’

‘On n’y a jamais cru à leurs prévisions’

Gérard Lefèvre, le directeur du Syndicat mixte Aéroport Grand-Ouest réagit tranquillement sur l’analyse économique du cabinet néerlandais. Pour lui :

‘Il n’y a rien de nouveau dans les arguments des opposants. Cette étude est très sommaire par rapport à l’analyse de la DUP, et ces accusations sont un peu gratuites. Il n’y a pas de raison de dire qu’on ne sera pas aux 4 millions de voyageurs par an à l’ouverture.’

Pas de raison, sauf que, se souvient Michel Tarin, agriculteur à la retraite et mémoire de la résistance à l’aéroport :


Michel Tarin (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

‘Les politiques rêvaient d’un aéroport intercontinental comme Roissy et ses 55 millions de passagers, mais Nantes a vocation à rester une plateforme régionale.

En France, on a déjà 147 aéroports dont 14 dans le Grand-Ouest, on n’a pas besoin d’un quinzième. Regardez l’aéroport d’Angers tout neuf, et quasi désert...

Lui jure que pour l’exproprier, il faudra l’expulser. Il y aura peut-être des drames mais la violence sera de leur côté.’

Vinci, grand bénéficiaire de l’opération ?

Les militants s’appuient désormais sur l’expertise technique de spécialistes de l’aéronautique. Thierry Masson est pilote de ligne chez Air France. Piqué au vif un jour de 2007 où il entend dire que le survol de Nantes est ‘dangereux’, il s’engage :

‘Certes, pour atterrir, il faut survoler la ville. Si on veut interdire les survols, il faudra fermer Toulouse, Marseille, Paris...’

Avec quelque 200 collègues, il se met à fournir des arguments aux opposants ‘dans l’ombre, hors de toute association, en raison des pressions que l’on subit de toutes parts’. Littérature de l’aviation civile en main, il démontre techniquement l’inutilité d’un nouvel aéroport à Nantes :

  • L’approche : ni relief ni météo particulièrement sensibles à Nantes-Atlantique ;
  • La capacité de la piste : l’actuelle (2 900 m + 100 m roulables et un taxiway parallèle) permet d’absorber 35 avions par heure, alors qu’il n’y en a que 10 à 12 actuellement ;
  • La capacité du terminal peut aller jusqu’à 4,1 millions de passagers, il y en a pour l’instant 3,2 millions par an ;
  • Les parkings : il y a un manque à Nantes-Atlantique, mais pourquoi ne pas en construire en étages comme ça se fait partout ailleurs ?
  • Les servitudes, c’est-à-dire le réseau reliant à l’aéroport : il y a justement des voies de chemin de fer s’arrêtant à 150 mètres de Nantes-Atlantique, et le tram a son terminus à 1 km, pourquoi ne pas le prolonger ?’

La communication officielle laisse croire à un transfert d’un aéroport désuet vers un autre tout neuf, mais en réalité, Nantes-Atlantique conservera sa piste pour les besoins de l’usine Airbus de Bouguenais, donc il y aura bien deux aéroports à Nantes.

Libérer des terrains dans cette partie sud-ouest de l’agglomération répond surtout à une logique d’aménagement global : selon l’Insee, répète Jean-Marc Ayrault, Nantes accueillera 150 000 habitants supplémentaires d’ici 2030.

Et c’est notamment le groupe Vinci, qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, qui aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés. Le géant du BTP semble soumettre les pouvoirs publics à tous ses désirs. N’a-t-il pas obtenu d’agrandir les parkings du futur aéroport du Grand-Ouest de 7 000 à 11 000 places de parking, alors que les pistes ont été revues à la baisse, faute de moyens ?

MERCI RIVERAINS ! Malène
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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 17:54

 

 

Rue89 - Sylvain Gouz
Journaliste
Publié le 20/11/2012 à 10h43

 

 

Mais quand donc les institutions européennes (Commission européenne et chefs d’Etat ou de gouvernement, qui se réunissent ces tout prochains jours en Conseil) vont-elles reconnaître ce qui est aujourd’hui un secret de Polichinelle : l’Europe se condamne à la récession généralisée, à une sorte d’auto-mutilation, si elle ne bouscule pas le calendrier dit du retour aux équilibres budgétaires dans tous les pays qui la composent ?

Tout le monde le sait dans le petit monde des gouvernants et de la finance : à vouloir rétablir les équilibres budgétaires à marche forcée, les pays européens s’enfonceront dans la crise. Tout le monde le sait et bien peu osent le dire à haute voix. Quelques hiérarques socialistes français s’y sont risqués tel Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, qui, à la mi-octobre, soulignait le « côté absurde » de l’objectif de retour à ce fameux chiffre de 3% de déficit pour la France en 2013.

Assez sèchement recadré sur l’heure par le ministre du Budget Jérôme Cahuzac, Claude Bartolone l’a été également, mais de manière plus nuancée, par le président de la République lors de sa dernière conférence de presse.

3% : objectif maintenu, mais...

Qu’a déclaré en substance le président de la République ? Qu’il maintenait fermement cet objectif des 3% et qu’en aucun cas il ne prendrait l’initiative de demander une révision de cet objectif, confiance des marchés et engagement devant les électeurs obligent. Et ce n’est pas la petite volée de bois vert – dont Pierre Moscovici a accusé réception – que vient d’administrer l’agence Moody’s en dégradant d’un cran la « note » française, qui modifiera cette posture…

… mais François Hollande ajoutait qu’il comptait « en même temps sur la volonté de croissance et la souplesse qui doivent être la marque de l’Europe ». Voilà pour la France qui ne se veut et ne peut donc pas s’afficher à la manœuvre.

Allemagne : alerte sur la croissance

Tel n’est pas le cas de l’Allemagne. La performance de croissance allemande du troisième trimestre (0,2%, comme en France, du reste) est un clignotant inquiétant. Plus alarmiste que ce chiffre est le rapport de la Bundesbank publié ce lundi (voir le commentaire qu’en donne Challenge) : plafonnement des exportations, chômage à la hausse, détérioration des comptes publics…

La raison en est toute simple : l’économie allemande est construite sur les exportations ; la Chine, un des débouchés importants de l’industrie allemande ralentit et se referme ; les pays européens, l’autre grand débouché, sont à l’arrêt, l’Union européenne se trouvant globalement en récession. C’est tout bête : si les uns n’ont plus les moyens d’importer, les autres n’arrivent plus à exporter.

Et voilà pourquoi Angela Merkel, confrontée à des élections générales dans moins d’un an, se trouve contrainte de mettre de l’eau dans son vin économico-libéral et de faire montre d’une souplesse inhabituelle chez elle. Plus encore que François Hollande, elle a un intérêt majeur à ce que la croissance frémisse un peu plus en Europe et à ce que les politiques d’austérité se modèrent.

L’austérité contre-productive

Et puis il y a les pays qui paient déjà le prix fort au principe de retour accéléré à l’équilibre de leurs comptes : Grèce, Portugal, Espagne, Italie, Irlande...

Déjà la Grèce et l’Espagne ont obtenu des reports d’échéances pour certains de leurs engagements. Athènes compte sur un nouveau report pour éviter une nouvelle crise politique qui menace.

Tous en tout cas constatent que la potion « austérité » (coupes sombres dans les dépenses publiques, privatisations…) mitonnée par la Commission européenne et le FMI ne produit pas les effets escomptés, bien au contraire.

Ne rien voir, ne rien entendre

En principe, le Conseil européen de jeudi et vendredi doit être consacré à la préparation du budget futur de l’Union européenne. Sujet d’importance certes, qui verra la Grande-Bretagne, seule contre presque tous, réclamer une diminution des fonds européens.

Mais au-delà, sauf à se fermer les yeux – face à la dégringolade de la croissance – et à se boucher les oreilles – face aux clameurs protestataires qui montent des pays plongés dans la récession – les dirigeants européens doivent admettre que « le roi est nu ». Autrement dit que la stratégie actuelle les conduit tous – peut-être par des chemins différents – dans le mur et que donc le temps est venu de « donner du temps au temps ». Même les « marchés » applaudiront.

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 17:34

 

 

Rue89 - Arrêt sur images 20/11/2012 à 09h46
Arretsurimages.net"
Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images

Tiens, pendant ce temps-là, on a perdu le triple A. Encore ? On ne l’avait pas déjà perdu ? Si. Mais la première fois, c’était Standard and Poor’s. Aujourd’hui, c’est Moody’s. Ah. Bien. Tu me le mets en titre, coco, mais seulement en deuxième titre, après Copé, hein. Copé, c’est quand même plus important.

Si la deuxième dégradation de la France semble susciter moins d’émotion que la première (on se souvient du feuilleton haletant de la première perte du triple A, en janvier dernier, de la lutte héroïque et vaine de Sarkozy pour le conserver) c’est que les conséquences ont été loin de celles qui étaient redoutées.

Non seulement la France n’emprunte pas plus cher sur « lémarchés », mais elle emprunte moins cher. Dans un article de vendredi dernier, signé Clément Lacombe, Le Monde totalisait les économies théoriques que ce discount sur le crédit ferait faire à l’Etat.

Dès 2012, l’Etat aura gagné 2,4 milliards, soit l’équivalent du budget annuel de la Culture (hors médias, livres, et industries culturelles). Et entre 2010 et 2019, les économies théoriques pourraient atteindre 70 milliards d’euros. Vous ne l’avez pas lu en titre ? Non. The Economist, Aphatie, BFM Business, n’en ont pas fait leur sujet du jour ? Non. Cette bonne nouvelle, il fallait aller la chercher en page 14 du Monde.

Les bonnes nouvelles ne font pas vendre

Pourquoi une telle nouvelle ne fait-elle pas les gros titres ? On peut supputer plusieurs raisons. D’abord, article 1, parce que « lémédias » n’aiment pas les bonnes nouvelles, qui ne font pas vendre. Ensuite, parce que pour des raisons que vous ne comprendriez pas, bande d’écervelés, ce n’est pas une vraie bonne nouvelle. Je tente tout de même de vous expliquer.

Si lémarchés « regardaient vraiment l’état des finances publiques et de l’économie, les taux français seraient loin de ces niveaux », explique un banquier au Monde. Et un autre banquier d’exprimer son inquiétude : « C’est fou, c’est très inquiétant et montre l’ampleur de la crise. » Autrement dit, lémarchés sont mal informés. Ils ne regardent pas BFM Business. Ils ne lisent pas Le Monde. Ils ne connaissent même pas The Economist. On le leur cache soigneusement. Le jour où un banquier, passant par hasard devant un kiosque de la City, va tomber sur les baguettes explosives de The Economist, alors ce jour-là, petits Frenchies, va falloir planquer vos abattis.

La presse éco nous raconte n’importe quoi

Comme l’écrit Clément Lacombe, « ces calculs donnent la mesure des défis qui attendraient la France si jamais la confiance des marchés venait brutalement à s’inverser ». Relisez cette phrase magnifique d’éco-fiction. Il fait beau, certes, mais il pourrait brutalement pleuvoir, et alors ça mouillerait grave.

A ce stade, vous pourriez conclure que la presse économique nous raconte n’importe quoi. Je ne peux pas vous donner tort. Et il en est une qui le dit mieux que moi, c’est notre « éconaute » préférée, Anne-Sophie Jacques qui, heureuse coïncidence, publie ces jours-ci un petit manuel de résistance au matraquage médiatico-économique, « La Crise et moi ».

Je ne saurais trop vous conseiller d’en acheter des pelletées entières, et de le distribuer généreusement autour de vous. C’est un antidote efficace, doublé d’un excellent investissement.

 

Publié initialement sur
Arretsurimages.
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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 17:24

 

 

LE MONDE | 20.11.2012 à 08h31 • Mis à jour le 20.11.2012 à 10h55 Par Elise Vincent

 

 

 
Vue du centre de rétention administrative de Lyon.

Pour la deuxième année consécutive, les cinq associations qui interviennent dans les centres de rétention pour faire de l'assistance juridique aux étrangers en instance d'expulsion (la Cimade, France Terre d'asile, l'Ordre de Malte, Forum réfugiés et l'Assfam) ont rendu public, mardi 20 novembre, leur rapport annuel. L'enjeu de ce document : établir un premier bilan de la mise en application de la loi Besson sur l'immigration, entrée en vigueur en juin 2011.

L'un des principaux changements introduits par la loi est une mesure technique qui a fortement bousculé l'organisation de la rétention durant l'année écoulée: le recul du deuxième au cinquième jour du passage de l'étranger en situation irrégulière en rétention devant le juge judiciaire. En 2011, 25 % des personnes ont ainsi été éloignées avant même de le rencontrer, contre 8 % auparavant.
Une évolution problématique au regard des droits de la défense, selon les associations.

 

ÉLOIGNER LES ÉTRANGERS AVANT QU'ILS NE RENCONTRENT LE JUGE JUDICIAIRE

Officiellement, l'esprit de la loi Besson était de simplifier la procédure. Dès son arrivée en rétention, l'étranger passe en effet déjà devant un premier juge – administratif celui-là – qui examine la légalité de la décision d'éloignement. Mais, dans les faits, le gouvernement de l'époque souhaitait surtout se donner du temps pour éloigner les étrangers avant qu'ils ne rencontrent le juge judiciaire. Un juge qui, dans la pratique, est celui qui annule le plus de procédures et libère le plus.

Cette réforme du moment d'intervention du juge judiciaire a eu un autre effet : la baisse du nombre d'assignations à résidence. Alors que 1 150 personnes avaient pu bénéficier de cet aménagement de peine en 2010 (presque 5 % du total), seules 425 y ont eu droit en 2011, soit moins de 2 %. Auparavant, c'est en effet le juge judiciaire qui était souvent amené à prendre une telle décision.

L'autre grande modification introduite par la loi Besson est la possibilité, en plus de l'expulsion, de prononcer à l'égard de l'étranger en situation irrégulière une mesure dite d'"interdiction de retour sur le territoire français" (IRTF) pour une durée de deux ou trois ans. L'administration s'est tout de suite saisie de cet outil. Quelque 4270 IRTF ont été prononcées en 2011, soit dans 12 % des cas. Or, dans la pratique, un certain nombre d'étrangers reviennent malgré tout en France après leur expulsion, ce qui limite d'autant les possibilités de régularisation, selon les associations.

 

LA DURÉE EN RÉTENTION RALLONGÉE

La loi Besson a par ailleurs augmenté la durée maximum légale de rétention de 32 à 45 jours. Cette possibilité s'est traduite par un léger allongement de la durée de rétention moyenne: 7,9 jours avant l'entrée en vigueur de la loi, contre 11,2 jours après. "Comme les années précédentes, notent toutefois les associations, pour 85 % des personnes, la rétention s'est terminée avant la fin du 17e jour." D'après les données recueillies par les cinq associations, plus de 70% des étrangers en situation irrégulière qu'elles ont vu passer dans les centres de rétention en 2011 ont été interpellés lors de déplacements en voiture, sur la voie publique ou dans les transports en commun. Soit plus de 10 % d'augmentation par rapport à 2010. Les autres ont été interpellés aux frontières de l'Hexagone ou dans les gares.

Au cours de l'année 2011, la France a vu son système de rétention mis à mal par un retard dans la transposition d'une directive européenne, dite directive "retour" (Le Monde du 23 mars 2011). Ce retard a entraîné une "cacophonie" dans l'application de la loi en fonction des juges, pointe le rapport. Un dysfonctionnement qui s'est traduit par une chute de 30 % des placements en rétention d'avril à juillet 2011.

Le rapport ne dit pas si ce contexte a eu un impact sur le taux global des expulsions. Mais, en 2011, malgré les durcissements législatifs de la loi Besson, la part des étrangers placés en rétention qui ont finalement été reconduits à la frontière n'a presque pas bougé: 40%, contre 41% en 2010.

Elise Vincent

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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