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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:56

 

                                                                                                                                                                                                                           Y a un truc! On ne peut s’empêcher d’avoir ce réflexe dubitatif, lorsque, bluffé par un tour de passe-passe, abusé par ce que nos yeux n’ont pas pu détecter, on tente de remettre un peu de rationnel dans une réalité qui nous dépasse. Starbucks, Amazon ou Google sont des entreprises admirées pour leur capacité à dégager des bénéfices, mais leur habileté ne s’arrête pas là. Leur «truc» à elles s’appelle l’optimisation fiscale. Gagner le maximum dans un endroit donné, tout en payant le minimum d’impôts. Trop fort!

 

 

Ce petit manège agace de plus en plus les Etats, qui, asphyxiés par la dette, cherchent légitimement à récupérer leur dû. Une commission parlementaire britannique a ainsi réclamé, lundi 12 novembre, à ces trois multinationales américaines de lui révéler le dessous des cartes.

Par exemple, comment fait Starbucks pour continuer à s’évertuer à perdre de l’argent au Royaume-Uni? Treize ans que cela dure, et malgré tout, la chaîne de café s’entête à y investir. «Soit vous gérer mal l’entreprise, soit il y a un truc», s’est énervé un parlementaire britannique. «Nous n’avons gagné de l’argent qu’en 2006», s’est presque excusé le directeur financier de Starbucks, Troy Alstead. En fait, tout l’art de la magie consiste à s’adapter à son public. Car en 2009, la direction assurait la main sur le cœur aux analystes financiers que la filiale britannique gagnait de l’argent. Sans doute un excès de naïveté de leur part. Ou bien avaient-ils oublié de prendre en compte les «faux frais» de Starbucks dans ce pays. Ainsi, 6% du chiffre d’affaires doit être reversé à la filiale néerlandaise au titre de «l’usage de la marque». Sans compter la société interne de courtage, basée en Suisse, qui revend le café à Starbucks au Royaume-Uni en prenant au passage une marge de 20%. Une fois passés au percolateur de l’optimisation fiscale, on comprend que les bénéfices s’évaporent vers des contrées plus accueillantes en matière fiscale.

Chez Amazon, le «truc», c’est le Luxembourg. Les clients britanniques du libraire en ligne n’achètent pas leurs livres au pays de Shakespeare, mais auprès d’une société logée au Grand-duché. Le contribuable anglais n’a plus qu’à tourner la page. Le fisc français, lui, s’y refuse et réclame 252 millions de dollars d’arriérés d’impôts à Amazon. Pour Google, c’est l’Irlande, où le climat fiscal est des plus cléments, tout en disposant d’un siège aux Bermudes. On est jamais trop prudent avec la météo.

«Nous ne faisons rien d’illégal», clament en cœur ces multinationales, dont la liste n'est pas exhaustive. C’est bien le problème. Il ne tient qu’aux Etats de mettre fin à la prestidigitation.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:48

 

LE MONDE | 13.11.2012 à 14h11 • Mis à jour le 13.11.2012 à 17h29 Par Corinne Lepage, eurodéputée, Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, présidente de CAP21

 

 

Il serait temps que le débat devienne sérieux lorsque l'on aborde l'aspect économique et financier du gaz de schiste. Les tombereaux d'injures que déverse le géochimiste Claude Allègre ne font que caricaturer une argumentation absurde : l'exploitation du gaz de schiste relancerait la croissance française.

Le lobby pétrolier et gazier inonde les médias de ce nouveau mythe : si on exploitait le gaz de schiste comme les Américains, la croissance reviendrait. C'est trois fois absurde. Pour une question de chronologie d'abord. Dans le meilleur des cas, pour le lobby, une exploitation pourrait voir le jour vers 2020, ce qui n'aura aucun effet sur l'atonie de l'économie française en 2012 et 2013.

Deuxièmement, la France n'est pas les Etats-Unis. Autrement dit, les conditions physiques d'exploitation, les conditions juridiques font que les contraintes sont très différentes et, par voie de conséquence, le prix du baril ou du British Termal Unit (BTU unité d'énergie anglo-saxonne) serait sans commune mesure, peut être sans aucun intérêt au regard du prix auquel nous payons notre gaz.

Rappelons que le patron d'Exxon reconnaissait lui-même en juin manger sa chemise au prix auquel est vendu le BTU, soit 2 dollars (1,57 euro), alors que le prix de revient actuel aux Etats-Unis est de l'ordre de 7 dollars. C'est dans des difficultés financières immenses que se débattent aux Etats-Unis de très grandes sociétés exploitantes. Qu'en sera-t-il demain lorsque l'obligation de récupérer le méthane va s'imposer ?

Enfin, dans le meilleur des cas, l'exploitation du gaz de schiste pèserait pour 4 à 5 milliards d'euros, soit moins de 10 % de notre facture énergétique ou du déficit commercial. C'est important, mais pas de nature à changer la donne.

Alors pourquoi ces chiffres déraisonnables qui circulent sur des réserves que l'on ne connaît pas et des emplois virtuels, dont ceux qui lancent des chiffres savent qu'ils sont sans fondement. Pourquoi, au niveau européen, cette pression démente des lobbys pour interdire au Parlement européen de légiférer et mettre en place une législation qui impose l'étude d'impact par ailleurs déjà imposée par le droit communautaire ?

D'abord, parce que l'âge d'or du gaz de schiste aux Etats-Unis touche à sa fin ; outre le changement de législation, le caractère dramatique des dommages causés aux milieux et aux hommes apparaît. Les efforts pour cacher la nature des produits utilisés, les conséquences dans l'air et dans l'eau sont en échec. Et surtout le risque de faillite menace les entreprises exploitantes, qui vendent à un prix trop bas leur huile en raison de l'ouverture massive de puits, grâce au droit américain rendant le propriétaire du sol propriétaire du sous-sol.

Dès lors, le marché européen, à la condition qu'il soit sans règles, peut être intéressant au moins le temps que les citoyens européens se rendent compte des dommages en grandeur réelle, d'où la très forte pression des sociétés américaines.

Ensuite, parce que la valeur est celle de la matière première. Dès lors, tout en sachant que l'exploitation n'est pas pour demain, le but est de préempter notre sous-sol pour valoriser dans les bilans les réserves. En effet, comme le titulaire du permis d'exploration est le futur titulaire du permis d'exploitation, sans qu'il soit possible de lancer un nouvel appel à concurrence, l'objectif est d'obtenir le plus vite possible les permis d'exploration. En réalité, c'est une expropriation larvée de notre bien collectif.

En admettant qu'une autre technologie que la fracturation hydraulique soit possible, que cette technologie fasse l'économie de l'eau et ne pollue pas, l'intérêt de la France est évidemment d'attendre, dans la mesure où, si nous avons du gaz, il sera encore là plus tard, et avec une valeur croissante.

Soit une technologie propre est trouvée, et dans ce cas il ne faut surtout pas accorder des droits qui n'auront que plus de valeur ultérieurement. Soit elle ne l'est pas, et dans ce cas il est irrationnel et déraisonnable de sacrifier nos milieux et notre richesse agricole et paysagère, de mettre en péril la santé des personnes vivant au voisinage des puits, de créer une irréversibilité pour une exploitation temporaire d'huile de schiste dont les inconvénients et les coûts économiques l'emporteront sur les avantages.

Dès lors, arrêtez la désinformation et reconnaissez quelles sont vos motivations réelles qui n'ont rien à voir avec le bien-être et l'intérêt économique des Français. Et, si le gaz de schiste présente un enjeu stratégique pour la France, alors, la recherche et le recensement public des réserves ne peuvent se faire que par l'Etat.

Corinne Lepage, eurodéputée, Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, présidente de CAP21

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:41

 

zad.nadir.org

 

mardi 13 novembre 2012, par zadiste


Chers dictateurs refoulés, continuez à assouvir vos caprices,

à épancher votre mégalomanie destructrice, piétinez les

fleurs, les légumes, coupez les arbres, chassez les oiseaux,

couvrez l’horizon de béton, persécutez la vie …et… cette

petite merveille qui vous a donné la grâce d’exister,

s’autodétruira sous votre nez !

 

En octobre, le premier sinistre climatique a frappé Notre Drame des Glandes ; le cyclone Jean Marc Ayrault a balayé une 20aine d’habitations et fait tomber beaucoup d’arbres. Dans le sillage de la tempête, les vitres de nombreuses permanences PS ont volé en éclats. Nous tenons à témoigner toute notre solidarité à ces réfugiés politiques qui devront passer l’hiver dans les courants d’air ! N’oublions pas d’exprimer également notre reconnaissance aux socio-collabos d’EELVMH que la valeureuse imposture a propulsé.e.s au cœur de la tourmente parlementaire. Heureusement les velours de l’assemblée devraient les habiller pour l’hiver. Quel dévouement, quel sens du sacrifice ! Leur gloire sera de plus courte durée que le cataclysme capitaliste sur lequel illes surfent. Mais assez de discours, on est pas de la politicaille ! On a une vraie vie … à reconstruire ! Et pour recycler les élites parasites de la république, on a peut-être des vrais boulots enfin utiles à quelque chose… Les chefs de toutes espèces, serviront d’épouvantails à la poulaille ! Les autres on en fera des barricades. Et les écolos, vous aurez même le droit de toucher la terre pour de vrai  ! (si vous ramenez vos petits drapeaux on a prévu des jeux rigolos !) Par contre étant donné le comportement déplorable de votre flicaille, vous leur direz qu’ils ne sont pas invités ni même autorisés à s’exhiber dans le paysage ! A moins qu’éventuellement certains d’entre eux se défroquent et créent un groupe affinitaire naturiste. Pour celles et ceux qui veulent planter des clous, des choux, jongler avec des cailloux, partager quelques bouffées de liberté, construire des cabanes, devenir cultivateureuses d’horizon…c’est par là que ça se passe ! Mode d’emploi pour construire une ZAD : D’abord il faut bien choisir la terre pour que ça prenne ; de préférence un beau bocage avec des forêts et un projet à la con qui plane au-dessus.

Plein de fumiers costumés qui veulent tout améliorer avec leur engrais au progrès. Ajoutez un système capitaliste mort vivant qui vous propose

une place de zombie en échange de votre vie. Pour que ça pousse bien : mélangez un brin d’espoir, de la sueur, de la joie, de l’amour et pour finir quelques pleurs de rage lacrymogènes … et recommencez !

A rmée des C lowns A gités du B ocage - A ll C lowns A re B astards

 

 

 

A propos d’éventuels soutiens d’extrême-droite.

mardi 13 novembre 2012, par zadist


Ayant remarqué que des appels à venir et à soutien à la manifestation de réoccupation circulait sur des sites et dans des réseaux fascisants, l’assemblée plénière d’organisation de la manif’ déclare unanimement refuser le soutien de tels groupes, nationalistes, identitaires ou autres synonymes de fascistes et ne pas leur souhaiter la bienvenue dans le cortège le jour-J. Ces groupes sont donc appelés à stopper leur appels à soutien et à mobilisation. On se passera de votre soutien et on se passera de vous le 17 !

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:35

 

zad.nadir.org

mardi 13 novembre 2012, par zadist

 

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Communiqué de presse 13 novembre 2012

Pour diffusion immédiate

 

Nous apprenons aujourd’hui par la presse qu’un vigile aurait été agressé dans la nuit du 12 au 13 novembre par un groupe d’une vingtaine de personnes, devant le lieu-dit la Pointe. Parce que ce lieu était récemment encore occupé et qu’il a été muré depuis le début de la vague d’expulsions le mardi 16 octobre, la Préfecture s’est empressée de dénoncer une action des opposants. Elle en a profité pour ressortir son sempirternel discours de dissociation entre opposants historiques et nouveaux venus présumés violents.

Nous voulons rappeler que sur le terrain cette dissociation n’existe pas et que c’est toutes et tous ensemble que nous luttons contre ce projet d’aéroport. Nous voulons également rappeler que jusqu’ici toutes les actions de solidarité effectuées en lien avec la lutte de la ZAD ont été revendiquées. Ca n’a pas été le cas pour l’action de cette nuit. Pour nous il est donc impossible de nous prononcer dessus en l’état.

L’hypothèse d’une manipulation est pour nous envisageable, cette action tombant parfaitement pour détourner l’attention de ce qui reste l’essentiel : la préparation de la manifestation de ré-occupation du 17 novembre, et d’une manière générale l’amplification de la lutte contre le projet d’aéroport.

Contact presse : 06 38 17 36 19

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:25

 


Pour nous rendre le plus nombreux possible à Notre Dame des Landes. Beaucoup de gens se mobilisent. Voici les dernières nouvelles du stand d'info de Nîmes :

Le bus de Millau (Aveyron) est plein , un 2ème bus est  pour la manif de réoccupation à Notre Dame des Landes partira de MENDE  le vendredi soir vers 20/21h. Il reviendra le samedi soir.


Le prix est environ 50/ 60E euros l'aller-retour. URGENT de s'inscrire auprès d'Aurélien aurelienorain@hotmail.fr
Téléphone : 06 82 25 16 87 / 04 66 32 29 01

Autre possibilité, pour rester plus longtemps sur place, le covoiturage pour un départ jeudi et un retour mardi ou mercredi contactez :
jerome.gon@gmx.fr

Enfin, pour du covoiturage pour la manif et aussi la collecte de matériel de construction, vêtements chauds etc. qui seront amenés là-bas aux occupants, et également pour prévoir l'hébergement là-bas contactez Stéphanie. Elle partira d'Alès, et elle est en contact avec des gens là-bas qui pourront prévoir l'hébergement. Voici son mail : lamie.doulibre@orange.fr

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:20

 

http:/:www.alternatifs44.com

Notre Dame des Landes : seuls notre nombre, notre détermination et nos mobilisations peuvent mettre en échec le projet d’aéroport

 

 
 
Après quatre semaines de destructions et de violences policières, et à quatre jours de la manifestation de réoccupation de la ZAD, l’expulsion musclée d’un vigile embauché par Vinci pour surveiller une maison avant sa destruction entraîne un véritable bal de pleureuses. Nous ne nous y joindrons pas. 

Depuis quatre semaines, à la demande de Vinci et sous l’autorité du Préfet, une violence inouïe s’abat sur les résidents et habitants de la ZAD : destruction de maisons occupées, de logements précaires, de cultures maraîchères, des dizaines de jeunes se retrouvent sans toit. Les atteintes à la liberté de circulation ne se comptent plus, les provocations policières contre les habitants non plus. Cette « violence légale » du Capital et de ses bandes armées, publiques et privées, n’a entraîné aucune protestation autre que celle des opposants au projet d’aéroport. Au contraire, les présidents des collectivités locales, Région et Département, l’ont ouvertement soutenue. 

Pour les Alternatifs 44, la priorité c’est de tout faire pour la réussite de la manifestation de réoccupation de samedi prochain. Car, seuls notre nombre, notre détermination et nos mobilisations peuvent mettre en échec le projet d’aéroport.

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:56

 

 

Samedi 10 Novembre 2012 à 05:00

 

Sandy a provoqué la mort de 52 personnes en Haïti et détruits les habitations déjà précaires de 200 000 personnes. Plus qu’aux USA. Et pourtant toutes les télés du monde se sont données rendez-vous à New York. Haïti n’intéresse plus personne, alors que le choléra continue à sévir et que de nouveau les morts jonchent les rues. Il est temps de réparer cet oubli.

 

(Port-au-Prince après le passage de Sandy, le 25 octobre 2012 - Dieu Nalio Chery/AP/SIPA)
(Port-au-Prince après le passage de Sandy, le 25 octobre 2012 - Dieu Nalio Chery/AP/SIPA)
Les haïtiens détestent qu’on dise de leur île qu’elle est maudite. C’est sans doute leur manière toute philosophique de conjurer l’enchaînement des malheurs. En moins de dix ans, deux tornades ont balayé l’île, un séisme a ravagé quelques grandes villes dont Port-au-Prince et provoqué la mort de 150 000 personnes, suivi quelques mois plus tar de l’explosion d’une épidémie de choléra apportée accidentellement par des troupes onusiennes qui pourtant voulaient du bien à la population.

Et voilà que des inondations frappent le nord de l’île à peine les 52 morts provoqués par Sandy enterrés. Bilan, provisoire : 16 morts. Et pendant la tornade, pendant les inondations, le choléra continue son œuvre, l’amplifiant même aux grès du chaos. «Après le passage de l'ouragan Sandy nous avons enregistré une recrudescence du choléra suite aux inondations, alors que de nombreux centres de traitement de la maladie ont été détruits ou endommagés», a déclaré à l'AFP le docteur Ronald François, coordonnateur national du choléra.

Les haïtiens ont beau être philosophes, il n’empêche. Ils ont de plus en plus de mal à s’habituer aux cadavres qui jonchent les rues, aux moyens de secours qui font défaut, aux villages de toile installés après le séisme, censés être provisoires et qui n’en finissent pas de durer. Pis, la solidarité internationale s’essouffle. Les dons se raréfient, les hôpitaux des ONG humanitaires plient bagage passant le relai aux autorités locales dont les caisses sont pourtant vides.

En pleine recrudescence de l’épidémie de choléra au printemps dernier, du fait de la saison des pluie, Médecin sans frontière constatait avec dépit que « plus de la moitié des intervenants de l’année dernières ne sont plus là, les stocks de médicaments sont vides, et une partie du personne n’a pas reçu de salaires depuis janvier.» Le passage de Sandy a aggravé la situation. « 200.000 personnes ont dû être relogées », explique à Marianne Vincent Rossigneux, coordinateur des opérations de l’ONG Enfants Bonheurs en Haïti, spécialisée dans la prise en charge des orphelins haïtiens, et particulièrement ceux du séisme.

Malgré cette souffrance, Haïti n’intéresse plus les medias. Lors du passage de Sandy, toutes les caméras des télévisions du monde entier se sont tournées vers New York, ajoutant le sentiment d’abandon aux malheurs des Haïtiens. Plus que jamais Haïti souffrent et les ONG appellent au secours. Il est temps de réparer cet oubli. Les dons seront les bienvenu à Médecin sans frontières  et à l'association Enfants Bonheur.
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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:43

 

Rue89 - Entretien 12/11/2012 à 11h42

Pascal Riché | Redchef Rue89

 

 


Des meubles dans la rue à Glasgow, en Ecosse (Tomek Augustyn/Flickr/CC)

 

Diouldé Chartier dirige D’Cap Research, un cabinet d’étude sur les comportements des Français. D’Cap a mis en place un « observatoire système D » pour étudier leurs changements d’attitude face à la crise. Comment les Français s’adaptent-ils à celle-ci ? Comment se débrouillent-ils pour moins en souffrir ?

L’équipe de D’Cap a analysé des milliers de conversations sur des forums (Doctissimo.fr, AuFeminin.com, mais aussi Rue89...) et interrogé en profondeur, pendant plusieurs heures, une trentaine de Français modestes. Les clients de cette étude sont des entreprises qui s’intéressent à l’innovation sociale et cherchent à comprendre comment les comportements évoluent.

Pour Diouldé Chartier, cette étude ambitieuse a permis de mettre à nu une révolution en cours dans la société française : le mariage de la débrouille et d’Internet. Entretien.

 

Rue89 : Quelles sont les grandes tendances qui se dégagent de votre étude ?

Diouldé Chartier : Nous avons constaté, avec cette étude, l’apparition d’une très large économie « en réseau », largement invisible : des espaces où les gens échangent d’une façon nouvelle, souvent sans intervention d’aucune institution, parfois même sans monnaie.

Le phénomène est beaucoup plus massif que nous ne le pensions. Son développement est reflété par le succès spectaculaire de sites d’échanges comme Le Bon Coin, Super-Marmite ou Airbnb. Les gens revendent leurs objets, proposent leurs services, sous-louent leur appartement, s’échangent des tuyaux, s’entraident.

Un tel phénomène est né du mariage du Web et de la crise. Il se développe dans une immense zone grise. Quand je dis « grise », je ne veux pas dire « illégale » : ces échanges sont pour la plupart conformes à la loi, mais ils échappent aux statistiques et aux observations des économistes.

Cette économie en réseau est générée par la crise, mais aussi, plus généralement, par l’augmentation du nombre de « ruptures » dans les vies des Français. Le recul à la fois du CDI et du modèle du couple stable, avec enfants sous un même toit, laisse place à des vies au cours plus fragmenté. Des décalages temporels de plus en plus importants ont lieu entre les rentrées d’argent et les dépenses : il faut les gérer. Seuls l’entraide, la débrouille, le peer-to-peer, le système D permettent de faire face.

 


Diouldé Chartier (DR)

 

Chacun innove donc pour contourner les difficultés et accroître son espace de liberté. Et chacun, dans ce nouveau monde, peut devenir une unité de compétence valorisable. Si vous savez bricoler, par exemple, vous allez mettre cette ressource à la disposition des autres.

Si vous savez repasser, vous allez proposer de le faire gratuitement pendant un an contre le prêt d’une maison de campagne pendant un mois. Il n’y aura pas d’échange marchand, ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas d’échange économique.

Autre tendance lourde, la méfiance croissante vis-à-vis des institutions : les gens préfèreront prendre un crédit à leur centre de grande distribution plutôt qu’à la banque.

Les gens préfèreront faire affaire entre eux, par exemple sur Le Bon Coin ou sur eBay, avec des logiques très différentes entre ces deux sites, qui d’ailleurs attirent des gens différents :

  • Le Bon Coin prend le parti de la relation entre pairs jusqu’au bout : les gens se débrouillent entre eux ;

 

  • à l’inverse, sur eBay, les échanges sont plus cadrés, le site se posant en entremetteur, avec une séparation nette des acteurs : d’un côté les acheteurs, de l’autre les vendeurs.

 

Ces phénomènes touchent-ils toute les strates de la société ?

Oui, mais ils changent de visage en changeant de milieu. Un SDF qui fait les poubelles, ce n’est pas un « glaneur » qui va chercher les produits périmés à la sortie des magasins. Naît ensuite le « freeganisme », qui repose sur une philosophie du non-gaspillage... Et cette philosophie-là peut déboucher sur des actions structurées : le site Zéro-Gâchis, par exemple, invite les internautes à signaler les produits proches de la date de péremption vendus à prix cassés dans les supermarchés.

Prenez encore la vente de vieux objets inutiles pour arrondir ses fins de mois : elle n’a pas le même visage si elle a lieu à même le trottoir, ou dans le cadre d’un vide-grenier spontané, ou bien encore sur Le Bon Coin.

Des comportements innovants partent de citoyens qui cherchent à se débrouiller face à la crise, puis se diffusent vers le reste de la société. Airbnb, par exemple, la plateforme de location d’appartements de particuliers, n’est plus seulement un site pour des gens modestes ou des routards fauchés. De nombreuses personnes proposent leur appartement à la location, une semaine par-ci, une semaine par-là, pour arrondir leurs fins de mois.

On voit apparaître des nouveaux comportements. Mais il faut les distinguer en fonction des personnes : ils n’ont pas toujours le même sens. Les gens qui ont « deux boulots », par exemple, ne sont pas tous les mêmes. Vous pouvez avoir une personne qui est agent de surface en intérim dans la semaine, et qui fera de façon informelle des déménagements le week-end, parce qu’elle ne peut pas survivre autrement. Et puis vous pouvez avoir le postier qui a pour hobby la photo, et qui, en dehors de son boulot, ira vendre ses clichés sur un site... Ces deux profils n’ont rien à voir. Dans le second cas, le « deuxième boulot » est un facteur d’épanouissement.

Nous avons longuement interrogé une femme qui, à Marseille, cherche des objets jetés par les habitants de sa ville pour ensuite les retaper et les revendre sur Le Bon Coin. C’est pour elle devenu bien plus qu’un complément de revenu qu’elle considérait au départ comme un peu honteux : un vrai plaisir et une source de fierté.

 

En quoi est-ce nouveau ? Nos grands-parents n’échangeaient-ils pas déjà des services ?

Ce qui est nouveau, c’est le changement d’échelle. Une Africaine qui faisait de temps en temps la cuisine pour six personnes, dans son immeuble, peut, en allant sur Super-Marmite, se mettre au service de 50 personnes. Sa zone de chalandise est tout d’un coup élargie.

Le Web, contrairement à une idée reçue parmi les élites, n’est pas un monde détaché de la réalité quotidienne. Au contraire : dans le cadre de cette économie de réseau, il permet de façonner la vie réelle. Il n’est qu’un « média » entre les gens : leurs échanges, bien concrets, passent par lui.

 

C’est un mouvement plutôt positif...

Oui, mais il a des conséquences qui le sont moins. Ainsi, tous ces échanges informels se déroulent en dehors des cadres sociaux et légaux. La personne qui va échanger des heures de ménage contre un autre service n’a pas de Sécu, pas d’assurance chômage, pas de retraite... Il faudrait accompagner ce mouvement en prévoyant quelques filets sociaux. Les pouvoirs publics devraient s’y intéresser.

 

Pourquoi analyser la société à travers l’observation d’échanges sur des forums ? Les études classiques, menées par des enquêteurs, ne fonctionnent-elles plus ?

Sur les forums, comme ceux de AuFeminin.com, Doctissimo.fr ou CommentCaMarche.net, le ton est direct, sincère : les gens se parlent entre eux, spontanément, pour trouver des solutions, on ne crée pas l’artifice de l’enquêteur qui pose des questions. Les expressions qui y sont utilisées sentent l’authenticité. Informations et opinions sont intriquées : c’est un matériau très riche pour comprendre notre société.

 

MERCI RIVERAINS ! Lem87, Pierrestrato
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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:35
Rue89 - Rencontres 12/11/2012 à 18h38

Blandine Grosjean | Redchef adj Rue89

                                                                                                                                                                                                                                                

A Soria, dans le centre du pays, ceux qui n’ont pas tout perdu se réfugient dans la famille. Ils apprennent à se passer d’un tas de choses, et d’abord de leurs ambitions.

(De Soria, Castille-et-León) Amaya Egaña s’est suicidée à Barakaldo (Pays basque) alors que les huissiers allaient l’expulser. L’ancienne élue socialiste est la deuxième victime d’un cauchemar qui attaque l’âme d’un pays viscéralement attaché à ses « pisos » (appartements) : plus de 83% des Espagnols sont propriètaires de leur logement.

L’appartement, en Espagne, est le socle de la famille. « Tu ne te maries que lorsque que tu as trouvé la personne capable d’acheter avec toi l’appartement de ta vie », explique Bélen, 35 ans, la propriétaire d’un quatre-pièces dans une des « urbanizaciones » (nouveaux quartiers) qui ont fleuri aux marges de Soria, en Castille-et-León.

Il est midi, il fait soleil sur l’unique place qui a eu le courage de sortir des terrasses, et nous sommes seules à prendre un café. Sa mère et sa belle-mère qui l’abreuvaient de mots sont reparties.

« Je vois la vie en rétréci »

Bélen m’a emprunté le journal. Son bébé dort dans la poussette. Elle s’excuse. « Le temps passe lentement.... » Son mari est fonctionnaire à Burgos (120 km), elle était secrétaire dans un cabinet d’architectes à Saragosse, qui a fait faillite. Il gagne 1 600 euros et ils remboursent 1 150 euros chaque mois de crédit immobilier. Il leur reste 210 000 euros à payer. Un peu plus de vingt ans :

« On a acheté il y a cinq ans, au plus fort des prix, avec un tout petit apport. Aujourd’hui, les mêmes appartements, dans le même immeuble, se vendent la moitié de ce qu’on a payé. »

 


Chambre d’un appartement à vendre dans le centre de Soria (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Ses parents, retraités, remplissent le frigidaire et habillent sa fille de 18 mois. Ses parents à lui, « des gens à l’aise », leur ont donné une voiture, et subviennent aux besoins de leurs deux autres fils, des adultes.

Le café du matin, en ville, tous les jours, elle le prend avec sa mère et sa belle-mère qui font la conversation. Elle me regarde en coin :

« Tu dis que l’Espagne a coulé. Moi, j’ai le sentiment qu’elle est suspendue. En attente de pire encore. Je vois la vie en rétréci. Pas de projets, à part m’occuper de ma fille et apprendre à nous passer d’un tas de choses. Chaque mois un peu plus. Dans le fond, je pense que toute la vie sera comme ça désormais. »

Les retraités, soutien de famille

Selon une enquête officielle, les retraités sont les seuls en Espagne à avoir augmenté leurs dépenses (+17,41% par rapport à 2006), alors que leurs revenus moyens ne sont que de 950 euros. Ils aident financièrement ou hébergent à nouveau leurs enfants adultes.

 

Les dépenses par famille sont passées de 32 000 en 2007 à 29 482 euros en 2011. Aujourd’hui 31,3% du budget familial est consacré au logement contre 24,8% en 2006. L’alimentation se maintient à 14,4%. Ont plongé les parts du budget consacrées à l’achat de voitures (-51,9%), meubles (-41,1%), équipement électronique (-30,3%) vêtements, livres, presse (-20%).

Le gouvernement a supprimé le treizième mois des fonctionnaires :

« On comptait dessus pour Noël. Et payer l’abonnement Internet pour l’année. Notre seule chance, c’est d’avoir un crédit dans une petite banque saine et bien gérée. Une banque d’ici. »

Elle accepte une cigarette. Elle me demande si l’un des Français avec lesquels elle m’a vue est mon compagnon :

« Même en rêve, je ne m’imagine plus dans une ville étrangère à prendre un verre avec mon mari. Nous aimions... – elle corrige – nous aimons l’art. Sortir le week-end avec nos amis de Saragosse.

Aujourd’hui, les plaisirs et le réconfort, c’est dans la famille. Ça ne se méprise pas. Il faut savoir être reconnaissant. Sans la famille, la plupart des gens comme nous auraient coulé. »

« Quand une ville se perd »

Entre 250 000 et 400 000 familles, étranglées par le remboursement des prêts immobiliers, ont été expulsées de leur logement par leurs banques depuis l’explosion de la bulle immobilière en 2008.

En sortant de Madrid, on traverse des villes neuves fantômes, qui se rêvaient peuplées d’enfants, de bars à tapas débordants de jeunes gens verres à la main... « Se vende » (à vendre), partout.

Les banlieues tentaculaires de la capitale espagnole, débarrassées des grues qui trouaient le ciel il y a six ans, débouchent sans transition sur les plateaux de Castille, jaunes, pelés, magnifiques et désertiques, à peine troublés par quelques villages en phase terminale de dépeuplement.

 

 

 

 

Soria, 40 000 habitants, semble être passée à côté de la Movida puis de l’explosion économique espagnole. Les rues sombres, la cafétéria New York (« depuis 1951 ») et les devantures désuètes des boutiques donnent l’impression que cette ville est tombée de moins haut.

Entre érudits et notables locaux, on parle encore du coup de poignard de Javier Marias, enfant adopté du pays, l’un des écrivains les plus populaires d’Espagne. « Quand une ville se perd » est un texte publié dans le quotidien El País en avril dernier :

« Si autrefois Soria était un lieu singulier, convenable et digne, au charme incomparable, aujourd’hui – comment le dire – avec sa “valencianisation” permanente, elle est devenue un lieu commun, comme n’importe quel autre.

De la ville de Machado et Becquer [deux poètes du début du XXe siècle, ndlr] il ne reste rien, les autorités actuelles n’en n’ont rien à faire.

La transformation est symptomatique de ce qu’est l’Espagne aujourd’hui : si une petite localité, castillane, austère, tranquille et froide s’est transformée en un espace bruyant, impersonnel et festif (je ne sais pas d’où sort l’argent pour tant de festivités municipales), cela fait froid dans le dos d’imaginer ce qu’il en est sous des climats plus cléments, en bord de mer. »

 


Soria, place de la mairie, à 22 heures (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Seule la vue ne s’est pas dépréciée

Beaucoup d’Espagnols seraient en train de quitter les villes. Du village où il s’est réfugié, à vingt kilomètres de là, Juan-Pablo, 48 ans, architecte, ne reçoit plus que de lointains échos de cette « agitation » que Javier Marias imagine.

Je le retrouve devant l’église de Vinuesa. Hormis le curé qui discute avec une employée municipale, les rues sont désertes.

Dans le bar-restaurant où l’on se réchauffe, le patron envoie son commis faire les courses au fur et à mesure des maigres commandes. On n’aura pas de fromage : la boutique vient de fermer.

« Ici, avant, ce n’est pas que c’était plein, c’était toujours plein, midi et soir, une usine à fabriquer de l’argent. »

Le prix du menu est passé de 25 à 15 euros en quatre ans

 


Juan-Pablo, dans un café-restaurant de Vinuesa, province de Soria (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Juan-Pablo était un architecte reconnu qui travaillait à Valladolid. Il avait des chantiers dans tout le nord-ouest de l’Espagne. 100 000 euros de revenus annuels, en moyenne. En 2012, il n’atteindra pas les 30 000. Les clients ont disparu.

« Ceux que j’envoyais au diable il y a trois ans, je leur lécherais les pieds désormais. »

2013 sera pire. A vrai dire, avoue-t-il au fil de la journée, il n’a plus de travail depuis sept-huit mois, et les réserves s’épuisent.

« Le temps s’est paralysé. Il n’y a plus d’investissements. Plus d’idées. »

Il y a deux ans, sentant le mauvais vent s’aigrir, il a acheté à très bon prix un appartement dans une résidence qu’il a conçue à Vinuesa.

Un appartement... sans vue, quand la vue est la seule chose qui ne se soit pas dépréciée ici, dans ces dures Tierras Altas (Terres Hautes). Il y a installé son lit et son étude.

Dans le village de Juan-Pablo, beaucoup de jeunes se retrouvent englués dans la drogue, fléau rural dont personne ne parle trop. Héroïne pour les plus débrouillards, acides en tout genre, dérivés de cocaïne pour les autres.

Ana (son nom a été changé), médecin dans un dispensaire de Soria, parle d’un ravage silencieux, collatéral à la crise économique, que les familles préfèrent cacher :

« Les jeunes, garçons comme filles, qui sont obligés de revenir chez leurs parents, dans nos villages durs et bien moins chaleureux que la moyenne espagnole, n’ont que ce dérivatif pour combattre l’ennui et le manque de perspective. »

 


Le village de Oncala-los-Molinos (Phillipe Lançon)

 

Juan-Pablo nous conduit à travers les pistes forestières, au bord desquelles de nombreuses voitures (« des Roumains », accusent les journaux locaux) stationnent. Leurs occupants ramassent l’or local, les cèpes. Les cèpes qui pourraient sauver Soria et sa région du marasme, espèrent les autorités, qui se démènent pour en faire la capitale mondiale... du cèpe.

« Je suis le plus cher et je le fais savoir »

Il fait nuit noire et un froid de gueux sur ces plateaux qui émargent tout de même à 1 200 mètres, sans que l’on voie une seule montagne.

Juan-Pablo nous emmène chez le bon ami, le seul, qu’il se soit fait dans le coin. Jordi, 45 ans, catalan, ancien cadre supérieur dans le pétrole, a tout plaqué il y a deux ans pour ouvrir une « posada » (auberge) haut de gamme. Juste quand le pire de la catastrophe économique s’abattait sur l’Espagne.

 


Jordi, patron de la Real Posada de la Mesta (Blandine Grosjean)

 

Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Il nous offre un – puis d’autres – gin tonic, des gins rares, de ceux que l’on ne trouve que dans certains bars de Madrid, Barcelone ou Londres.

Jordi, lui, va bien. Loin de l’ambiance « suspendue » qui enveloppe Bélen, Juan-Pablo et tant d’autres rencontrés durant cette semaine. Il a investi 500 000 euros dans cette affaire et en a obtenu autant des banques.

La posada ne désemplit pas. « Mes clients sont des amis qui payent mon crédit », annonce-t-il, à la catalane :

« Je suis le plus cher de la région et je le fais savoir. Je ne propose aucune réduction, contrairement aux autres, car les gens intéressés par les réductions sont ceux qui ne peuvent pas payer l’essence pour venir en voiture. »

Dans ce village ravitaillé par les corbeaux, il faut soit beaucoup d’argent (et résider chez Jordi), soit beaucoup de vie intérieure pour apprécier son vide lunaire.

Il est venu dans cette province hostile par amour, pour construire une histoire avec une nouvelle femme. Il est le seul à se payer le luxe de parler d’amour quand toutes les conversations tournent autour des soucis économiques, ou du foot. (« Si je suis bien avec mon mari ? » m’a répondu une quinquagénaire rencontrée, via des amis, dans le meilleur bar à tapas de la ville. « Tant qu’il ne se fait pas virer de son boulot, je ne me plains pas. »)

« Tout ça va mal finir »

De retour à Soria, je retrouve au casino – un cercle en partie réservé aux sociétaires, un quart de la population vieillissante de Soria – Isidoro, qui est devenu en quelques jours une connaissance chaleureuse.

Isidoro fut administrateur d’une banque à Soria. Mais avant, il a travaillé comme ouvrier agricole dans la Beauce française. Il est rentré pour épouser une jeune fille qui avait des terres et des fermes dans les Tierras Altas.

 


Casino de Soria (Blandine Grosjean)

 

Isidoro aime lire, il est fier de son fils qui aurait pu être professeur de littérature aux Etat-Unis et a préféré un poste dans un lycée de Soria, pour vivre et respirer l’air de ses ancêtres. Il me fait découvrir cette vidéo prophétique qui « fait le buzz » dans la province.

La vidéo est tirée d’un documentaire tourné en 2007 et jamais sorti sur la vie d’un écrivain local. Deux petits vieux d’un village voisin du sien prédisaient la catastrophe financière dans laquelle allait sombrer l’Espagne.

Morceaux choisis :

  • « Les jeunes, ils ne font rien d’autres que dépenser l’argent sans compter. »
  • « Ils demandent 40 millions [les vieux parlent en pesetas, ndlr] et ils croient que 40 millions, ça sort du béret. Et ensuite, comme ils ne payent pas, hop ! On saisit. »
  • « Moi, si je ne les ai pas, je n’achète pas et tout ça va mal finir. »
  • « Le gars qui gagne 25 pesetas, il faut qu’il n’en dépensent que 5. Mais si le gars qui gagne 25 pesetas en dépense 30, l’économie elle part en couilles. »

 

 

« Se veía venir »

Extrait (en espagnol) d’un documentaire jamais sorti

« Mais pourquoi un petit appartement ? »

Isodoro se targue d’avoir prévenu les responsables de sa banque et, dit-il, en ville, on lui reconnaît aujourd’hui cette sagesse. Il connaît des dizaines de couples comme celui de Bélen et son mari :

« Ils débarquaient au guichet de la banque et disaient : “On voudrait acheter un petit appartement”. On leur répondait : “Mais pourquoi un petit ?”

C’était la multiplication des petits pains. Des ménages avec un seul salaire et sans apport se voyaient proposer des prêts de 200, 300, 400 000 euros. J’en connais beaucoup qui vont chercher à manger à la Croix-Rouge. »

Lui, en plus de toutes les chances qu’il a eues dans sa vie, a gagné au Loto. Beaucoup d’argent. Les kiosques à Loto sont le commerce le plus répandu à Soria, les seuls où l’on fasse la queue, à toute heure.


Kiosque de loterie à Soria (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Les autres commerces sont le plus souvent vides. Beaucoup sont à vendre.

« Regarde ce vieux qui boîte, à qui tu donnerais l’aumône », me dit un commerçant qui raconte depuis deux heures la lente mort de son affaire. Il désigne une petite silhouette vacillante dans la rue vide :

« Il a vendu en 2005 les terrains de sa femme où on a construit des tas d’immeubles. C’est un homme riche. Ses enfants n’ont pas à s’en faire. »

Se contenter du moins, par peur de tout perdre

Je reçois un mail de l’amie d’une amie, originaire de Soria, qui devait me présenter sa petite sœur de 28 ans, fiancée et en pleins préparatifs de noces (au printemps 2013, mais « on ne se marie qu’une fois » lui ont dit ses parents, qui ont décidé de voir les choses en grand malgré la « crisis ») :

« Blandine, j’ai bien réfléchi, et je ne préfère pas que tu connaisses ma sœur. Nous sommes un peu en froid car je lui ai dit ce que je pensais.

Elle a abandonné toutes ses ambitions. C’est le pire de ce que nous vivons actuellement, se contenter du moins, par peur de tout perdre. C’est une artiste, elle a fait une école de design à Barcelone, a travaillé un an à New York.

Elle a décidé d’épouser un garçon avec qui elle est sortie “toute la vie”, qui est plus un camarade pour elle, de mon point de vue. Ses parents ont des affaires à Soria. Elle travaillera avec eux. »

Me revient alors en mémoire un petit bijou du cinéma réaliste des années cinquante, « El Pisito » (le petit appartement) de Marco Ferreri et Isidoro M. Ferry.

Dans une Madrid plombée par le national-catholicisme et la crise du logement, c’est l’histoire de Petrita et Rodolfo, fiancés depuis douze ans, qui ne peuvent se marier parce qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter un appartement.

Petrita pousse son fiancé à épouser sa vieille logeuse, malade, dont elle espère qu’il héritera rapidement.

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:30

 

 

Rue89 - Sacrifice 12/11/2012 à 13h07
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

C’est une photo terrible. Accablante. Elle a été postée sur Twitter par Tsering Woeser, poétesse et activiste tibétaine, sans commentaire.

En réponse à nos questions, Tsering Woeser, qui vit normalement à Pékin mais a été « exilée » pour quelques jours au Tibet, le temps du 18e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), nous indique que cette photo est celle de l’immolation d’un moine, qui s’est produite ce lundi à 15h15 heure locale, c’est-à-dire à peine deux heures avant que la photo soit postée.

Elle nous indique que cette immolation, la huitième en l’espace de huit jours, s’est déroulée à Rebkong, une préfecture autonome tibétaine située sur le plateau du Qinghai, à l’extérieur de la Région autonome du Tibet.

Si cette image est choquante, c’est d’abord par le geste désespéré de ce moine, qui s’ajoute à une liste de plus de 70 immolations en deux ans dans l’ensemble des régions de peuplement tibétain (Région autonome du Tibet, Sichuan, Gansu Qinghai, Yunnan), mais c’est aussi par la présence de ces moines tout autour, qui semblent observer sans bouger.

Tsering Woeser nous indique que les moines récitent les mantras, formules rituelles sacrées du bouddhisme tibétain, pour accompagner l’âme de celui qui est en train de mourir.

Non-assistance

Cette non-assistance à l’un d’eux qui a choisi de mourir pour attirer l’attention sur la cause des Tibétains face au rouleau compresseur chinois est bouleversante pour un esprit occidental.

Elle illustre à quel point ce mouvement est ancré dans les traditions du bouddhisme tibétain, sa foi en la réincarnation, et à quel point ce mouvement de sacrifices est soutenu par la communauté tibétaine, en particulier sa composante religieuse.

Ces morts sacrificielles pointent un doigt accusateur en direction de Pékin et de ce Parti communiste chinois, rationaliste et matérialiste, qui a comme principal atout sa force économique et le nombre.


Capture d’écran de la page Twitter de Tsering Woeser

 

A noter au passage que les Tibétains, longtemps absents des réseaux sociaux qui ont transformé l’activisme politique en Chine depuis quelques années, ont appris à utiliser la force des images et des réseaux pour faire connaître leur cause.

Tsoering Woeser, une Tibétaine mariée à un intellectuel chinois Han, est sans doute la plus expérimentée sur ces réseaux pour faire connaître le désespoir tibétain.

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