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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:43

 

Rue89 - Entretien 12/11/2012 à 11h42

Pascal Riché | Redchef Rue89

 

 


Des meubles dans la rue à Glasgow, en Ecosse (Tomek Augustyn/Flickr/CC)

 

Diouldé Chartier dirige D’Cap Research, un cabinet d’étude sur les comportements des Français. D’Cap a mis en place un « observatoire système D » pour étudier leurs changements d’attitude face à la crise. Comment les Français s’adaptent-ils à celle-ci ? Comment se débrouillent-ils pour moins en souffrir ?

L’équipe de D’Cap a analysé des milliers de conversations sur des forums (Doctissimo.fr, AuFeminin.com, mais aussi Rue89...) et interrogé en profondeur, pendant plusieurs heures, une trentaine de Français modestes. Les clients de cette étude sont des entreprises qui s’intéressent à l’innovation sociale et cherchent à comprendre comment les comportements évoluent.

Pour Diouldé Chartier, cette étude ambitieuse a permis de mettre à nu une révolution en cours dans la société française : le mariage de la débrouille et d’Internet. Entretien.

 

Rue89 : Quelles sont les grandes tendances qui se dégagent de votre étude ?

Diouldé Chartier : Nous avons constaté, avec cette étude, l’apparition d’une très large économie « en réseau », largement invisible : des espaces où les gens échangent d’une façon nouvelle, souvent sans intervention d’aucune institution, parfois même sans monnaie.

Le phénomène est beaucoup plus massif que nous ne le pensions. Son développement est reflété par le succès spectaculaire de sites d’échanges comme Le Bon Coin, Super-Marmite ou Airbnb. Les gens revendent leurs objets, proposent leurs services, sous-louent leur appartement, s’échangent des tuyaux, s’entraident.

Un tel phénomène est né du mariage du Web et de la crise. Il se développe dans une immense zone grise. Quand je dis « grise », je ne veux pas dire « illégale » : ces échanges sont pour la plupart conformes à la loi, mais ils échappent aux statistiques et aux observations des économistes.

Cette économie en réseau est générée par la crise, mais aussi, plus généralement, par l’augmentation du nombre de « ruptures » dans les vies des Français. Le recul à la fois du CDI et du modèle du couple stable, avec enfants sous un même toit, laisse place à des vies au cours plus fragmenté. Des décalages temporels de plus en plus importants ont lieu entre les rentrées d’argent et les dépenses : il faut les gérer. Seuls l’entraide, la débrouille, le peer-to-peer, le système D permettent de faire face.

 


Diouldé Chartier (DR)

 

Chacun innove donc pour contourner les difficultés et accroître son espace de liberté. Et chacun, dans ce nouveau monde, peut devenir une unité de compétence valorisable. Si vous savez bricoler, par exemple, vous allez mettre cette ressource à la disposition des autres.

Si vous savez repasser, vous allez proposer de le faire gratuitement pendant un an contre le prêt d’une maison de campagne pendant un mois. Il n’y aura pas d’échange marchand, ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas d’échange économique.

Autre tendance lourde, la méfiance croissante vis-à-vis des institutions : les gens préfèreront prendre un crédit à leur centre de grande distribution plutôt qu’à la banque.

Les gens préfèreront faire affaire entre eux, par exemple sur Le Bon Coin ou sur eBay, avec des logiques très différentes entre ces deux sites, qui d’ailleurs attirent des gens différents :

  • Le Bon Coin prend le parti de la relation entre pairs jusqu’au bout : les gens se débrouillent entre eux ;

 

  • à l’inverse, sur eBay, les échanges sont plus cadrés, le site se posant en entremetteur, avec une séparation nette des acteurs : d’un côté les acheteurs, de l’autre les vendeurs.

 

Ces phénomènes touchent-ils toute les strates de la société ?

Oui, mais ils changent de visage en changeant de milieu. Un SDF qui fait les poubelles, ce n’est pas un « glaneur » qui va chercher les produits périmés à la sortie des magasins. Naît ensuite le « freeganisme », qui repose sur une philosophie du non-gaspillage... Et cette philosophie-là peut déboucher sur des actions structurées : le site Zéro-Gâchis, par exemple, invite les internautes à signaler les produits proches de la date de péremption vendus à prix cassés dans les supermarchés.

Prenez encore la vente de vieux objets inutiles pour arrondir ses fins de mois : elle n’a pas le même visage si elle a lieu à même le trottoir, ou dans le cadre d’un vide-grenier spontané, ou bien encore sur Le Bon Coin.

Des comportements innovants partent de citoyens qui cherchent à se débrouiller face à la crise, puis se diffusent vers le reste de la société. Airbnb, par exemple, la plateforme de location d’appartements de particuliers, n’est plus seulement un site pour des gens modestes ou des routards fauchés. De nombreuses personnes proposent leur appartement à la location, une semaine par-ci, une semaine par-là, pour arrondir leurs fins de mois.

On voit apparaître des nouveaux comportements. Mais il faut les distinguer en fonction des personnes : ils n’ont pas toujours le même sens. Les gens qui ont « deux boulots », par exemple, ne sont pas tous les mêmes. Vous pouvez avoir une personne qui est agent de surface en intérim dans la semaine, et qui fera de façon informelle des déménagements le week-end, parce qu’elle ne peut pas survivre autrement. Et puis vous pouvez avoir le postier qui a pour hobby la photo, et qui, en dehors de son boulot, ira vendre ses clichés sur un site... Ces deux profils n’ont rien à voir. Dans le second cas, le « deuxième boulot » est un facteur d’épanouissement.

Nous avons longuement interrogé une femme qui, à Marseille, cherche des objets jetés par les habitants de sa ville pour ensuite les retaper et les revendre sur Le Bon Coin. C’est pour elle devenu bien plus qu’un complément de revenu qu’elle considérait au départ comme un peu honteux : un vrai plaisir et une source de fierté.

 

En quoi est-ce nouveau ? Nos grands-parents n’échangeaient-ils pas déjà des services ?

Ce qui est nouveau, c’est le changement d’échelle. Une Africaine qui faisait de temps en temps la cuisine pour six personnes, dans son immeuble, peut, en allant sur Super-Marmite, se mettre au service de 50 personnes. Sa zone de chalandise est tout d’un coup élargie.

Le Web, contrairement à une idée reçue parmi les élites, n’est pas un monde détaché de la réalité quotidienne. Au contraire : dans le cadre de cette économie de réseau, il permet de façonner la vie réelle. Il n’est qu’un « média » entre les gens : leurs échanges, bien concrets, passent par lui.

 

C’est un mouvement plutôt positif...

Oui, mais il a des conséquences qui le sont moins. Ainsi, tous ces échanges informels se déroulent en dehors des cadres sociaux et légaux. La personne qui va échanger des heures de ménage contre un autre service n’a pas de Sécu, pas d’assurance chômage, pas de retraite... Il faudrait accompagner ce mouvement en prévoyant quelques filets sociaux. Les pouvoirs publics devraient s’y intéresser.

 

Pourquoi analyser la société à travers l’observation d’échanges sur des forums ? Les études classiques, menées par des enquêteurs, ne fonctionnent-elles plus ?

Sur les forums, comme ceux de AuFeminin.com, Doctissimo.fr ou CommentCaMarche.net, le ton est direct, sincère : les gens se parlent entre eux, spontanément, pour trouver des solutions, on ne crée pas l’artifice de l’enquêteur qui pose des questions. Les expressions qui y sont utilisées sentent l’authenticité. Informations et opinions sont intriquées : c’est un matériau très riche pour comprendre notre société.

 

MERCI RIVERAINS ! Lem87, Pierrestrato
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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:35
Rue89 - Rencontres 12/11/2012 à 18h38

Blandine Grosjean | Redchef adj Rue89

                                                                                                                                                                                                                                                

A Soria, dans le centre du pays, ceux qui n’ont pas tout perdu se réfugient dans la famille. Ils apprennent à se passer d’un tas de choses, et d’abord de leurs ambitions.

(De Soria, Castille-et-León) Amaya Egaña s’est suicidée à Barakaldo (Pays basque) alors que les huissiers allaient l’expulser. L’ancienne élue socialiste est la deuxième victime d’un cauchemar qui attaque l’âme d’un pays viscéralement attaché à ses « pisos » (appartements) : plus de 83% des Espagnols sont propriètaires de leur logement.

L’appartement, en Espagne, est le socle de la famille. « Tu ne te maries que lorsque que tu as trouvé la personne capable d’acheter avec toi l’appartement de ta vie », explique Bélen, 35 ans, la propriétaire d’un quatre-pièces dans une des « urbanizaciones » (nouveaux quartiers) qui ont fleuri aux marges de Soria, en Castille-et-León.

Il est midi, il fait soleil sur l’unique place qui a eu le courage de sortir des terrasses, et nous sommes seules à prendre un café. Sa mère et sa belle-mère qui l’abreuvaient de mots sont reparties.

« Je vois la vie en rétréci »

Bélen m’a emprunté le journal. Son bébé dort dans la poussette. Elle s’excuse. « Le temps passe lentement.... » Son mari est fonctionnaire à Burgos (120 km), elle était secrétaire dans un cabinet d’architectes à Saragosse, qui a fait faillite. Il gagne 1 600 euros et ils remboursent 1 150 euros chaque mois de crédit immobilier. Il leur reste 210 000 euros à payer. Un peu plus de vingt ans :

« On a acheté il y a cinq ans, au plus fort des prix, avec un tout petit apport. Aujourd’hui, les mêmes appartements, dans le même immeuble, se vendent la moitié de ce qu’on a payé. »

 


Chambre d’un appartement à vendre dans le centre de Soria (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Ses parents, retraités, remplissent le frigidaire et habillent sa fille de 18 mois. Ses parents à lui, « des gens à l’aise », leur ont donné une voiture, et subviennent aux besoins de leurs deux autres fils, des adultes.

Le café du matin, en ville, tous les jours, elle le prend avec sa mère et sa belle-mère qui font la conversation. Elle me regarde en coin :

« Tu dis que l’Espagne a coulé. Moi, j’ai le sentiment qu’elle est suspendue. En attente de pire encore. Je vois la vie en rétréci. Pas de projets, à part m’occuper de ma fille et apprendre à nous passer d’un tas de choses. Chaque mois un peu plus. Dans le fond, je pense que toute la vie sera comme ça désormais. »

Les retraités, soutien de famille

Selon une enquête officielle, les retraités sont les seuls en Espagne à avoir augmenté leurs dépenses (+17,41% par rapport à 2006), alors que leurs revenus moyens ne sont que de 950 euros. Ils aident financièrement ou hébergent à nouveau leurs enfants adultes.

 

Les dépenses par famille sont passées de 32 000 en 2007 à 29 482 euros en 2011. Aujourd’hui 31,3% du budget familial est consacré au logement contre 24,8% en 2006. L’alimentation se maintient à 14,4%. Ont plongé les parts du budget consacrées à l’achat de voitures (-51,9%), meubles (-41,1%), équipement électronique (-30,3%) vêtements, livres, presse (-20%).

Le gouvernement a supprimé le treizième mois des fonctionnaires :

« On comptait dessus pour Noël. Et payer l’abonnement Internet pour l’année. Notre seule chance, c’est d’avoir un crédit dans une petite banque saine et bien gérée. Une banque d’ici. »

Elle accepte une cigarette. Elle me demande si l’un des Français avec lesquels elle m’a vue est mon compagnon :

« Même en rêve, je ne m’imagine plus dans une ville étrangère à prendre un verre avec mon mari. Nous aimions... – elle corrige – nous aimons l’art. Sortir le week-end avec nos amis de Saragosse.

Aujourd’hui, les plaisirs et le réconfort, c’est dans la famille. Ça ne se méprise pas. Il faut savoir être reconnaissant. Sans la famille, la plupart des gens comme nous auraient coulé. »

« Quand une ville se perd »

Entre 250 000 et 400 000 familles, étranglées par le remboursement des prêts immobiliers, ont été expulsées de leur logement par leurs banques depuis l’explosion de la bulle immobilière en 2008.

En sortant de Madrid, on traverse des villes neuves fantômes, qui se rêvaient peuplées d’enfants, de bars à tapas débordants de jeunes gens verres à la main... « Se vende » (à vendre), partout.

Les banlieues tentaculaires de la capitale espagnole, débarrassées des grues qui trouaient le ciel il y a six ans, débouchent sans transition sur les plateaux de Castille, jaunes, pelés, magnifiques et désertiques, à peine troublés par quelques villages en phase terminale de dépeuplement.

 

 

 

 

Soria, 40 000 habitants, semble être passée à côté de la Movida puis de l’explosion économique espagnole. Les rues sombres, la cafétéria New York (« depuis 1951 ») et les devantures désuètes des boutiques donnent l’impression que cette ville est tombée de moins haut.

Entre érudits et notables locaux, on parle encore du coup de poignard de Javier Marias, enfant adopté du pays, l’un des écrivains les plus populaires d’Espagne. « Quand une ville se perd » est un texte publié dans le quotidien El País en avril dernier :

« Si autrefois Soria était un lieu singulier, convenable et digne, au charme incomparable, aujourd’hui – comment le dire – avec sa “valencianisation” permanente, elle est devenue un lieu commun, comme n’importe quel autre.

De la ville de Machado et Becquer [deux poètes du début du XXe siècle, ndlr] il ne reste rien, les autorités actuelles n’en n’ont rien à faire.

La transformation est symptomatique de ce qu’est l’Espagne aujourd’hui : si une petite localité, castillane, austère, tranquille et froide s’est transformée en un espace bruyant, impersonnel et festif (je ne sais pas d’où sort l’argent pour tant de festivités municipales), cela fait froid dans le dos d’imaginer ce qu’il en est sous des climats plus cléments, en bord de mer. »

 


Soria, place de la mairie, à 22 heures (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Seule la vue ne s’est pas dépréciée

Beaucoup d’Espagnols seraient en train de quitter les villes. Du village où il s’est réfugié, à vingt kilomètres de là, Juan-Pablo, 48 ans, architecte, ne reçoit plus que de lointains échos de cette « agitation » que Javier Marias imagine.

Je le retrouve devant l’église de Vinuesa. Hormis le curé qui discute avec une employée municipale, les rues sont désertes.

Dans le bar-restaurant où l’on se réchauffe, le patron envoie son commis faire les courses au fur et à mesure des maigres commandes. On n’aura pas de fromage : la boutique vient de fermer.

« Ici, avant, ce n’est pas que c’était plein, c’était toujours plein, midi et soir, une usine à fabriquer de l’argent. »

Le prix du menu est passé de 25 à 15 euros en quatre ans

 


Juan-Pablo, dans un café-restaurant de Vinuesa, province de Soria (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Juan-Pablo était un architecte reconnu qui travaillait à Valladolid. Il avait des chantiers dans tout le nord-ouest de l’Espagne. 100 000 euros de revenus annuels, en moyenne. En 2012, il n’atteindra pas les 30 000. Les clients ont disparu.

« Ceux que j’envoyais au diable il y a trois ans, je leur lécherais les pieds désormais. »

2013 sera pire. A vrai dire, avoue-t-il au fil de la journée, il n’a plus de travail depuis sept-huit mois, et les réserves s’épuisent.

« Le temps s’est paralysé. Il n’y a plus d’investissements. Plus d’idées. »

Il y a deux ans, sentant le mauvais vent s’aigrir, il a acheté à très bon prix un appartement dans une résidence qu’il a conçue à Vinuesa.

Un appartement... sans vue, quand la vue est la seule chose qui ne se soit pas dépréciée ici, dans ces dures Tierras Altas (Terres Hautes). Il y a installé son lit et son étude.

Dans le village de Juan-Pablo, beaucoup de jeunes se retrouvent englués dans la drogue, fléau rural dont personne ne parle trop. Héroïne pour les plus débrouillards, acides en tout genre, dérivés de cocaïne pour les autres.

Ana (son nom a été changé), médecin dans un dispensaire de Soria, parle d’un ravage silencieux, collatéral à la crise économique, que les familles préfèrent cacher :

« Les jeunes, garçons comme filles, qui sont obligés de revenir chez leurs parents, dans nos villages durs et bien moins chaleureux que la moyenne espagnole, n’ont que ce dérivatif pour combattre l’ennui et le manque de perspective. »

 


Le village de Oncala-los-Molinos (Phillipe Lançon)

 

Juan-Pablo nous conduit à travers les pistes forestières, au bord desquelles de nombreuses voitures (« des Roumains », accusent les journaux locaux) stationnent. Leurs occupants ramassent l’or local, les cèpes. Les cèpes qui pourraient sauver Soria et sa région du marasme, espèrent les autorités, qui se démènent pour en faire la capitale mondiale... du cèpe.

« Je suis le plus cher et je le fais savoir »

Il fait nuit noire et un froid de gueux sur ces plateaux qui émargent tout de même à 1 200 mètres, sans que l’on voie une seule montagne.

Juan-Pablo nous emmène chez le bon ami, le seul, qu’il se soit fait dans le coin. Jordi, 45 ans, catalan, ancien cadre supérieur dans le pétrole, a tout plaqué il y a deux ans pour ouvrir une « posada » (auberge) haut de gamme. Juste quand le pire de la catastrophe économique s’abattait sur l’Espagne.

 


Jordi, patron de la Real Posada de la Mesta (Blandine Grosjean)

 

Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Il nous offre un – puis d’autres – gin tonic, des gins rares, de ceux que l’on ne trouve que dans certains bars de Madrid, Barcelone ou Londres.

Jordi, lui, va bien. Loin de l’ambiance « suspendue » qui enveloppe Bélen, Juan-Pablo et tant d’autres rencontrés durant cette semaine. Il a investi 500 000 euros dans cette affaire et en a obtenu autant des banques.

La posada ne désemplit pas. « Mes clients sont des amis qui payent mon crédit », annonce-t-il, à la catalane :

« Je suis le plus cher de la région et je le fais savoir. Je ne propose aucune réduction, contrairement aux autres, car les gens intéressés par les réductions sont ceux qui ne peuvent pas payer l’essence pour venir en voiture. »

Dans ce village ravitaillé par les corbeaux, il faut soit beaucoup d’argent (et résider chez Jordi), soit beaucoup de vie intérieure pour apprécier son vide lunaire.

Il est venu dans cette province hostile par amour, pour construire une histoire avec une nouvelle femme. Il est le seul à se payer le luxe de parler d’amour quand toutes les conversations tournent autour des soucis économiques, ou du foot. (« Si je suis bien avec mon mari ? » m’a répondu une quinquagénaire rencontrée, via des amis, dans le meilleur bar à tapas de la ville. « Tant qu’il ne se fait pas virer de son boulot, je ne me plains pas. »)

« Tout ça va mal finir »

De retour à Soria, je retrouve au casino – un cercle en partie réservé aux sociétaires, un quart de la population vieillissante de Soria – Isidoro, qui est devenu en quelques jours une connaissance chaleureuse.

Isidoro fut administrateur d’une banque à Soria. Mais avant, il a travaillé comme ouvrier agricole dans la Beauce française. Il est rentré pour épouser une jeune fille qui avait des terres et des fermes dans les Tierras Altas.

 


Casino de Soria (Blandine Grosjean)

 

Isidoro aime lire, il est fier de son fils qui aurait pu être professeur de littérature aux Etat-Unis et a préféré un poste dans un lycée de Soria, pour vivre et respirer l’air de ses ancêtres. Il me fait découvrir cette vidéo prophétique qui « fait le buzz » dans la province.

La vidéo est tirée d’un documentaire tourné en 2007 et jamais sorti sur la vie d’un écrivain local. Deux petits vieux d’un village voisin du sien prédisaient la catastrophe financière dans laquelle allait sombrer l’Espagne.

Morceaux choisis :

  • « Les jeunes, ils ne font rien d’autres que dépenser l’argent sans compter. »
  • « Ils demandent 40 millions [les vieux parlent en pesetas, ndlr] et ils croient que 40 millions, ça sort du béret. Et ensuite, comme ils ne payent pas, hop ! On saisit. »
  • « Moi, si je ne les ai pas, je n’achète pas et tout ça va mal finir. »
  • « Le gars qui gagne 25 pesetas, il faut qu’il n’en dépensent que 5. Mais si le gars qui gagne 25 pesetas en dépense 30, l’économie elle part en couilles. »

 

 

« Se veía venir »

Extrait (en espagnol) d’un documentaire jamais sorti

« Mais pourquoi un petit appartement ? »

Isodoro se targue d’avoir prévenu les responsables de sa banque et, dit-il, en ville, on lui reconnaît aujourd’hui cette sagesse. Il connaît des dizaines de couples comme celui de Bélen et son mari :

« Ils débarquaient au guichet de la banque et disaient : “On voudrait acheter un petit appartement”. On leur répondait : “Mais pourquoi un petit ?”

C’était la multiplication des petits pains. Des ménages avec un seul salaire et sans apport se voyaient proposer des prêts de 200, 300, 400 000 euros. J’en connais beaucoup qui vont chercher à manger à la Croix-Rouge. »

Lui, en plus de toutes les chances qu’il a eues dans sa vie, a gagné au Loto. Beaucoup d’argent. Les kiosques à Loto sont le commerce le plus répandu à Soria, les seuls où l’on fasse la queue, à toute heure.


Kiosque de loterie à Soria (Blandine Grosjean/Rue89)

 

Les autres commerces sont le plus souvent vides. Beaucoup sont à vendre.

« Regarde ce vieux qui boîte, à qui tu donnerais l’aumône », me dit un commerçant qui raconte depuis deux heures la lente mort de son affaire. Il désigne une petite silhouette vacillante dans la rue vide :

« Il a vendu en 2005 les terrains de sa femme où on a construit des tas d’immeubles. C’est un homme riche. Ses enfants n’ont pas à s’en faire. »

Se contenter du moins, par peur de tout perdre

Je reçois un mail de l’amie d’une amie, originaire de Soria, qui devait me présenter sa petite sœur de 28 ans, fiancée et en pleins préparatifs de noces (au printemps 2013, mais « on ne se marie qu’une fois » lui ont dit ses parents, qui ont décidé de voir les choses en grand malgré la « crisis ») :

« Blandine, j’ai bien réfléchi, et je ne préfère pas que tu connaisses ma sœur. Nous sommes un peu en froid car je lui ai dit ce que je pensais.

Elle a abandonné toutes ses ambitions. C’est le pire de ce que nous vivons actuellement, se contenter du moins, par peur de tout perdre. C’est une artiste, elle a fait une école de design à Barcelone, a travaillé un an à New York.

Elle a décidé d’épouser un garçon avec qui elle est sortie “toute la vie”, qui est plus un camarade pour elle, de mon point de vue. Ses parents ont des affaires à Soria. Elle travaillera avec eux. »

Me revient alors en mémoire un petit bijou du cinéma réaliste des années cinquante, « El Pisito » (le petit appartement) de Marco Ferreri et Isidoro M. Ferry.

Dans une Madrid plombée par le national-catholicisme et la crise du logement, c’est l’histoire de Petrita et Rodolfo, fiancés depuis douze ans, qui ne peuvent se marier parce qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter un appartement.

Petrita pousse son fiancé à épouser sa vieille logeuse, malade, dont elle espère qu’il héritera rapidement.

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:30

 

 

Rue89 - Sacrifice 12/11/2012 à 13h07
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

C’est une photo terrible. Accablante. Elle a été postée sur Twitter par Tsering Woeser, poétesse et activiste tibétaine, sans commentaire.

En réponse à nos questions, Tsering Woeser, qui vit normalement à Pékin mais a été « exilée » pour quelques jours au Tibet, le temps du 18e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), nous indique que cette photo est celle de l’immolation d’un moine, qui s’est produite ce lundi à 15h15 heure locale, c’est-à-dire à peine deux heures avant que la photo soit postée.

Elle nous indique que cette immolation, la huitième en l’espace de huit jours, s’est déroulée à Rebkong, une préfecture autonome tibétaine située sur le plateau du Qinghai, à l’extérieur de la Région autonome du Tibet.

Si cette image est choquante, c’est d’abord par le geste désespéré de ce moine, qui s’ajoute à une liste de plus de 70 immolations en deux ans dans l’ensemble des régions de peuplement tibétain (Région autonome du Tibet, Sichuan, Gansu Qinghai, Yunnan), mais c’est aussi par la présence de ces moines tout autour, qui semblent observer sans bouger.

Tsering Woeser nous indique que les moines récitent les mantras, formules rituelles sacrées du bouddhisme tibétain, pour accompagner l’âme de celui qui est en train de mourir.

Non-assistance

Cette non-assistance à l’un d’eux qui a choisi de mourir pour attirer l’attention sur la cause des Tibétains face au rouleau compresseur chinois est bouleversante pour un esprit occidental.

Elle illustre à quel point ce mouvement est ancré dans les traditions du bouddhisme tibétain, sa foi en la réincarnation, et à quel point ce mouvement de sacrifices est soutenu par la communauté tibétaine, en particulier sa composante religieuse.

Ces morts sacrificielles pointent un doigt accusateur en direction de Pékin et de ce Parti communiste chinois, rationaliste et matérialiste, qui a comme principal atout sa force économique et le nombre.


Capture d’écran de la page Twitter de Tsering Woeser

 

A noter au passage que les Tibétains, longtemps absents des réseaux sociaux qui ont transformé l’activisme politique en Chine depuis quelques années, ont appris à utiliser la force des images et des réseaux pour faire connaître leur cause.

Tsoering Woeser, une Tibétaine mariée à un intellectuel chinois Han, est sans doute la plus expérimentée sur ces réseaux pour faire connaître le désespoir tibétain.

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:21

 

Rue89 - Blog - Benjamin Sourice 6 Journaliste pigiste
Publié le 12/11/2012 à 13h15

Des grains de maïs MON810, génétiquement modifiés, produits par Monsanto, lors d’une manifestation anti-OGM à Trèbes, près de Carcassonne, le 23 janvier 2012 (ERIC CABANIS/AFP)

Pour enterrer définitivement l’étude controversée du professeur Gilles-Eric Séralini tendant à démontrer la nocivité potentielle d’un maïs OGM et de l’herbicide Roundup,ses détracteurs ont trouvé un moyen simple : obtenir de la très sérieuse revue Food and Chemical Toxicology (FCT) qui l’a publiée, qu’elle se rétracte et « retire » l’étude de la liste de ses publications.

C’est à quoi s’emploient de nombreux experts, dans une bataille qui ressemble à une opération savemment orchestrée. Une véritable guerre de relations publiques où tous les coups sont permis.

La revue scientifique a publié en ligne une vingtaine de lettres de détracteurs ainsi qu’une « réponse aux critiques » rédigée par l’équipe Séralini. Débat scientifique légitime, me diriez-vous ? Pourtant, derrière la cohorte des titres universitaires affichés, se dessine une « biotech-sphère » où s’entremêlent chercheurs en biotechnologie, spécialistes en politique de régulation et représentants de l’industrie.

La tactique de ces partisans de la biotechnologie ? Dénoncer la « mauvaise science » (« junk science ») de ces « chercheurs-militants » systématiquement présentés comme des « activistes liés à la cause écologiste » et « animés d’intérêts personnels ».

Un réseau international

L’une des premières lettres publiées est collective. Elle est signée par 26 personnes, pour la plupart des scientifiques, dont le détracteur national de Séralini : Marc Fellous de l’Association française pour les biotechnologie végétale (AFBV).

OGM : deux articles pour poursuivre le débat

Nous publions ce lundi deux articles extrêmement contradictoires mais qui nous semblent intéressants l’un et l’autre, deux pièces à apporter au dossier OGM

Notre blogueur Benjamin Sourice, journaliste mais aussi militant anti-OGM (il a fondé le collectif « Combat Monsanto ») a enquêté sur les liens entre les détracteurs de l’étude de Gilles-Eric Séralini sur la supposée nocivité des OGM. Il en ressort que nombre d’entre eux sont liés à l’industrie agroalimentaire, voire à Monsanto.

Jérôme Quirant, pour sa part, membre du comité éditorial de « Science et pseudo-science », récapitule avec une grande clarté toutes les critiques – qu’il partage – contre l’étude de Séralini.

P. Riché

L’AFBV est également derrière le communiqué vengeur des Académies [PDF] dénonçant l’« orchestration de la réputation d’un scientifique […] pour répandre des peurs » ou insistant sur le profil « militant » de Gilles-Eric Séralini.

Après enquête, nombre des co-signataires, aux côtés de Marc Fellous, sont liés au groupe pro-OGM Agricultural biotechnology world (AgBioWorld) animé par le généticien C.S Prakash, lui-même signataire de la lettre collective.

Prakash et son organisation sont également les auteurs de deux pétitions [la première recueille 57 signatures  ; la seconde 731] pour réclamer « la diffusion des données brutes » de Gille-Eric Séralini. Etonnamment, les premières signatures de chaque pétition correspondent aux mandataires de lettres envoyées à la revue FCT. Par ailleurs, de nombreux signataires anonymes profitent de ces pétitions en ligne pour écorner la réputation du Pr. Séralini

Campagnes virales et diffamation

En 2002, le quotidien britannique The Guardian révélait qu’AgBioWorld avait joué un rôle majeur dans une « campagne virale » de diffamation contre le lanceur d’alerte Ignacio Chapela après qu’il eut découvert la pollution génétique du maïs mexicain par des OGM.

L’enquête indique que le site de l’association était hébergé par le cabinet de communication Bivings, mandaté par Monsanto et dirigé par un certain Jay Byrne.

Celui-ci utilisait de fausses identités (« Mary Murphy et Andura Smetacek ») pour parler au nom « de la communauté scientifique » et insister sur les liens de Chapela avec les écologistes, assimilés à des « terroristes » et des « vandales ».

La société Bivings a été dissoute en décembre 2011 suite à une cyber-attaque des Anonymous dans la cadre de l’opération « End Monsanto ». Mais Byrne a depuis repris ses quartiers à Saint Louis (Illinois, USA), où siège Monsanto, avec sa nouvelle société V-fluence.

C’est le même type de stratégie de diffamation que suit Henry Miller, signataire du courrier collectif à FCT, référent « régulation sanitaire » d’AgBioWorld et membre du think-tank néoconservateur Hoover Institution.

Dans une série d’articles publiée par Forbes, il qualifie l’étude Séralini de « frauduleuse » et dénonce les « profiteurs de peur » issus d’une « industrie de la protestation financée par les intérêts du bio ».

Or, cette tribune au vitriol est cosignée... par Jay Byrne. Le magazine a dû révéler a-posteriori son CV de responsable de la communication virale pour Monsanto (1997-2001).

Le CV de Henry Miller est tout aussi intéressant puisqu’il s’agit du « père fondateur » (1989-1994) de la réglementation des OGM au sein de l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and drug administration). Il est l’architecte, avec l’ancien avocat de Monsanto Michael Taylor, du fameux « principe d’équivalence en substance », la pierre angulaire de la réglementation des OGM dans le monde entier.

Des conflits d’intérêts masqués

Autre tactique saisissante parmi les détracteurs de Séralini : dissimuler leur lien avec l’industrie en se présentant systématiquement comme des scientifiques rattachés à des universités ou des centres de recherche.

Il en va ainsi pour Anthony Trewavas et Bruce Chassy, référents « biologie » et « OGM » d’AgBioWorld. Tous deux auteurs de courriers réclamant la rétractation de Food and Chemical Toxicilogy.

Se présentant comme professeur émérite en sécurité alimentaire à l’université de l’Illinois, Chassy est un lobbyiste ayant participé à la rédaction de travaux pour Dow Chemicals, autre géant des biotech, afin de simplifier, voir supprimer, les réglementations sanitaires sur les OGM. Il est également le directeur de publication, avec un salarié de Monsanto, de deux rapports d’orientation [2004, PDF ; 2008, PDF] sur la réglementation des OGM pour l’International life science institute (ILSI), le principal lobby sur les questions de réglementation sanitaire touchant à l’agroalimentaire.

A noter que deux dirigeants du panel OGM de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), Harry Kuiper, qui l’a dirigé pendant près de dix ans (2003-2012) et Gijs Kleter, son actuel vice-président, ont travaillé sur ces documents stratégiques de l’ILSI sous la direction de Chassy.

Par ailleurs, si trois auteurs de lettres spécifient ouvertement leur lien contractuel avec Monsanto, le Dr. Andrew Cockburn se présente modestement comme « toxicologiste à l’université de Newcastle ». Pourtant, jusqu’en 2003, M. Cockburn était Directeur Scientifique pour Monsanto Europe/Afrique avant de monter sa société de lobbying Toxico-Logical Consulting Ltd...

Et puisque ce monde est petit, le Dr. Cockburn est également directeur du Groupe d’Experts de l’ILSI sur l’évaluation des aliments contenant des nano-matériaux...

Un lobby à 13 milliards de dollars

La litanie des conflits d’intérêts et autres positionnements pro-biotech de la cinquantaine de détracteurs publics de l’étude Séralini pourrait se poursuivre sur des pages. On croise des représentants de syndicats indiens de promotion des biotechnologie, d’autres souhaitant stopper la faim dans le monde avec une ration d’OGM, ou encore des spécialistes de la communication pro-OGM (David Tribe) et autres lobbyistes travaillant entre São Paulo (Lucia de Souza), Washington et Bruxelles, le triangle d’or des OGM...

Un monde clos qui réagit de façon épidermique à l’étude Séralini, celle-ci menaçant la stratégie commerciale bien huilée d’une industrie des semences OGM engrangeant 13 milliards de dollars en 2011. Face au poids de ce lobby, déterminé à enterrer toute voix discordante, la revue Food and Chemicals Toxicology pourra-t-elle résister ?

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 18:03

 

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 12.11.2012 à 16h39 • Mis à jour le 12.11.2012 à 19h01

 

 

Le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Lisbonne le 12 novembre.

Les Lisboètes ont essayé par tous les moyens d'exprimer leur rejet de l'austérité et leur mécontentement à l'occasion de la première visite officielle au Portugal de la chancelière allemande Angela Merkel lundi 12 novembre, soigneusement tenue à l'écart de la foule par un imposant dispositif de sécurité.
 

"Le Portugal n'est pas le pays de Merkel", "Angela Merkel assassin", "Une Allemagne européenne oui, une Europe allemande non", pouvait-on lire sur les banderoles tandis que des protestataires, réunis à l'appel de mouvements apolitiques, lâchaient des ballons noirs en signe de deuil. Dans la matinée des Lisboètes en colère avaient recouvert de draps noirs plusieurs monuments de la capitale pour marquer leur mécontentement.

 "Nous venons protester contre le gouvernement, contre Merkel et tous ceux qui représentent un pouvoir qui agit en toute impunité alors que les gens sont dans la misère", déclarait Ricardo Castelo Branco du collectif Anonymous, un mouvement qui se manifeste plus habituellement sur Internet.

 

Lire en édition abonnés : Portugal : la montée de l'amertume


Angela Merkel, dont c'est la première visite officielle au Portugal, est venue à Lisbonne pour soutenir les efforts de redressement économique entrepris par le gouvernement de centre droit en échange d'un plan d'aide de 78 milliards d'euros, accordé en mai 2011 par l'Union européenne et le Fonds monétaire international. Hasard du calendrier, la visite de la chancelière a coïncidé avec le début d'une nouvelle mission de la "troïka" (UE, FMI et BCE) représentant les créanciers du Portugal et chargée d'évaluer, trimestre après trimestre, les mesures de réformes et d'austérité mises en œuvre par le gouvernement en contrepartie du plan de sauvetage.

 

 "LE FRANKENSTEIN DE L'ÉCONOMIE EUROPÉENNE"

"Dehors Merkel et la troïka" pouvait-on lire sur des petites affiches agitées par les manifestants devant la présidence, au moment où Mme Merkel s'entretenait avec le président Anibal Cavaco Silva. Le principal syndicat portugais, la CGTP, a prévu dans l'après-midi un défilé "en défense de la souveraineté nationale" en opposition à Mme Merkel, perçue comme imposant ses vues au gouvernement portugais.

Pour éviter d'autres mouvements de foule lors de l'entretien d'Angela Merkel avec le premier ministre, Pedro Passos Coelho, les autorités ont préféré organiser la rencontre loin du centre de la capitale, dans un ancien fort situé
à l'embouchure du Tage, dans la banlieue ouest de Lisbonne.

De manière inhabituelle, le principal quotidien économique portugais, Diario Economico, pourtant connu pour sa retenue, a joint sa voix aux critiques en affirmant dans un éditorial que "Merkel a fait du Portugal le Frankenstein de l'économie". "Merkel a voulu faire du Portugal et de la Grèce des cobayes pour ses expériences en matière économique économique. Elle a réussi. Le Portugal, sans monnaie pour dévaluer [...] est aujourd'hui un véritable Frankenstein de l'économie qui continue à rejeter la mise en œuvre de l'austérité pour l'austérité", a écrit le journal.

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:51

 

 

LE MONDE | 12.11.2012 à 14h00 • Mis à jour le 12.11.2012 à 17h45 Par Ulrich Beck, sociologue et philosophe allemand

 

 

 
La chancelière allemande, Angela Merkel, le 16 octobre 2012 à Berlin.

Nombreux sont ceux qui voient en la chancelière allemande la reine sans couronne de l'Europe. Quand on pose la question de savoir d'où Angela Merkel tient son pouvoir, on est renvoyé à l'une des caractéristiques qui définissent sa façon de faire : une habileté machiavélique.

Selon Nicolas Machiavel (1467-1529), premier penseur à se pencher sur la nature du pouvoir, le prince ne doit tenir sa parole donnée hier que si elle peut lui apporter des avantages. Si l'on transpose cette maxime à la situation d'aujourd'hui, cela donne : il est possible de faire aujourd'hui le contraire de ce que l'on a annoncé hier, si cela augmente les chances de gagner les prochaines élections. Les affinités politiques entre Merkel et Machiavel - le fameux modèle Merkiavel, comme je l'appelle - reposent en gros sur quatre composantes destinées à se compléter les unes les autres.

1. L'Allemagne est le pays le plus riche et économiquement le plus puissant de l'Union européenne. Dans l'actuel contexte de crise financière, tous les pays endettés dépendent de la bonne volonté des Allemands prêts à se porter garants des crédits nécessaires. Le machiavélisme de la chancelière tient au fait que, dans le conflit virulent qui oppose les architectes de l'Europe et les souverainistes, elle se garde de prendre parti - ou plutôt elle reste ouverte aux deux options.

Elle n'est pas solidaire des Européens (ni en Allemagne ni à l'étranger) qui demandent à cor et à cri des garanties allemandes, pas plus qu'elle ne soutient la fraction des eurosceptiques qui s'opposent à toute aide. Mme Merkel préfère - et c'est là toute l'ironie machiavélique de sa posture - faire dépendre la disposition de l'Allemagne à accorder des crédits de la disposition des pays endettés à accepter les conditions de la politique allemande de stabilité. C'est le premier principe de Machiavel : quand il s'agit d'aider les pays endettés avec l'argent allemand, la position d'Angela Merkel n'est ni un oui franc ni un non catégorique, mais un "mouais" entre les deux.

2. Comment est-il possible de faire passer cette position paradoxale dans la pratique politique ? Chez Machiavel, il conviendrait à cet endroit de faire preuve de vertu, mélange d'énergie politique et de pugnacité. C'est ici que nous touchons du doigt une autre forme d'ironie : le pouvoir de Merkiavel repose en effet sur le désir de ne rien faire, sur son penchant pour le ne-pas-encore-agir, à agir plus tard, à hésiter. Cet art de l'atermoiement sélectif, ce mélange d'indifférence, de refus de l'Europe et d'engagement européen est à l'origine de la position de force de l'Allemagne dans une Europe malmenée par la crise.

Certes, il y a de multiples raisons qui poussent à hésiter - la situation mondiale est si complexe que personne n'est capable de la débrouiller ; on n'a souvent plus le choix qu'entre des alternatives dont on ne peut mesurer les risques. Mais ces raisons justifient en même temps la politique de l'atermoiement comme stratégie de pouvoir. Angela Merkel a mené à un point de perfection la forme de souveraineté involontaire légitimée par le credo de l'austérité.

La nouvelle puissance allemande en Europe ne repose donc pas, comme ce fut le cas par le passé, sur la violence en tant qu'ultima ratio. Elle n'a besoin de recourir à aucune arme pour imposer sa volonté à d'autres Etats. Voilà pourquoi il est absurde de parler de "IVe Reich". La nouvelle puissance fondée sur l'économie est bien plus souple et bien plus mobile : elle est partout présente, sans qu'il soit nécessaire de lancer les troupes.

3. C'est de cette façon que peut être réalisé ce qui apparaissait comme la quadrature du cercle : réunir en une seule et même personne la capacité à être réélue dans son propre pays et à passer en même temps pour une architecte de l'Europe. Mais cela veut dire aussi que toutes les mesures nécessaires au sauvetage de l'euro et de l'Union européenne doivent d'abord réussir leur test d'aptitude à l'intérieur des frontières allemandes - savoir si elles sont propices aux intérêts de l'Allemagne et à la position de force de Merkel.

Plus les Allemands deviennent critiques à l'égard de l'Europe, plus ils se sentent encerclés par des pays peuplés de débiteurs qui n'en veulent qu'au porte-monnaie des Allemands, plus il sera difficile de maintenir ce grand écart. Merkiavel a répondu à ce problème en sortant sa carte "l'Europe allemande", qui est un véritable atout autant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières de l'Allemagne.

En politique intérieure, la chancelière rassure les Allemands, qui ont peur pour leurs retraites, leur petit pavillon et leur miracle économique, et elle défend avec une rigueur toute protestante la politique du non - bien dosé -, tout en se profilant comme la maîtresse d'école seule capable de donner des leçons à l'Europe. En même temps, elle conçoit, dans les affaires extérieures, sa "responsabilité européenne", en intégrant les pays européens dans une politique du moindre mal. Son offre qui a aussi valeur d'appât se résume en cette formule : mieux vaut que l'euro soit allemand plutôt qu'il n'y ait pas d'euro du tout.

En ce sens, Mme Merkel continue à se révéler une très bonne élève de Machiavel. "Vaut-il mieux être aimé que craint ?" demande celui-ci dans Le Prince. "La réponse est qu'il faudrait l'un et l'autre, mais comme il est difficile d'accorder les deux, il est bien plus sûr d'être craint qu'aimé, si l'on devait se passer de l'un d'eux." La chancelière allemande recourt à ce principe de façon sélective : elle veut être crainte à l'étranger et aimée dans son pays - peut-être justement parce qu'elle a enseigné la crainte aux autres pays. Néolibéralisme brutal à l'extérieur, consensus teinté de social-démocratie à l'intérieur : telle est la formule qui a permis à Merkiavel de consolider sa position de force et celle de l'Europe allemande.

4. Angela Merkel veut prescrire et même imposer à ses partenaires ce qui passe pour être une formule magique en Allemagne au niveau économique et politique. L'impératif allemand est le suivant : Economiser ! Economiser au service de la stabilité. Mais dans la réalité, cette politique d'économie révèle qu'elle est surtout synonyme de coupes claires au niveau des retraites, de la formation, de la recherche, des infrastructures, etc. Nous avons affaire à un néolibéralisme d'une extrême violence, qui va maintenant être intégré dans la Constitution européenne sous la forme d'un pacte budgétaire - sans faire cas de l'opinion publique européenne (trop faible pour résister).

Ces quatre composantes du merkiavellisme - la liaison opérée entre souverainisme et leadership de la construction européenne, l'art de l'atermoiement comme stratégie de mise au pas, le primat donné aux échéances électorales et enfin la culture allemande de stabilité - se confortent les unes les autres et constituent le noyau dur de l'Europe allemande.

Et on trouve même chez Merkel un parallèle avec ce que Machiavel appelle la necessita, cette situation d'urgence à laquelle le prince doit être capable de réagir : l'Allemagne comme "aimable hégémon", position tant vantée par Thomas Schmid, directeur de la publication du quotidien Die Welt, se voit contrainte de placer ce qui résulte d'un danger au-dessus de ce qui est interdit par les lois. Pour élargir à toute l'Europe, et de façon contraignante, la politique d'austérité de l'Allemagne, les normes démocratiques peuvent, selon Merkiavel, être assouplies ou même contournées.

Certes on assiste en ce moment à l'émergence d'un front d'opposition constitué par tous ceux qui pensent que l'avancée rapide de l'européanisation met à mal les droits du Parlement allemand et qu'elle est contraire à la Loi fondamentale, l'équivalent de la Constitution. Mais, en habile manoeuvrière, Mme Merkel parvient à instrumentaliser ces bastions de résistance en les intégrant dans sa politique de domestication par atermoiement. Une fois de plus, elle gagne sur les deux tableaux : davantage de pouvoir en Europe et davantage de popularité à l'intérieur, tout en recueillant la faveur des électeurs allemands.

Il se pourrait néanmoins que la méthode Merkiavel touche peu à peu à ses limites, car il faut bien reconnaître que la politique d'austérité allemande n'a pour l'instant enregistré aucun succès. Au contraire : la crise de l'endettement menace maintenant aussi l'Espagne, l'Italie et peut-être même bientôt la France. Les pauvres deviennent encore plus pauvres, les classes moyennes sont menacées de déclassement et l'on ne voit toujours pas le bout du tunnel.

Dans ce cas, ce pouvoir pourrait bien conduire à l'émergence d'un contre-pouvoir, d'autant plus qu'Angela Merkel a perdu l'un de ses plus solides alliés en la personne de Nicolas Sarkozy. Depuis que François Hollande est arrivé au pouvoir, les équilibres ont changé. Les représentants des pays endettés pourraient se regrouper avec les promoteurs de l'Europe à Bruxelles et à Francfort pour mettre sur pied une alternative à la politique d'austérité de la chancelière allemande, souvent très populiste, surtout axée sur les seuls intérêts allemands et motivée par la peur de l'inflation, et repenser ainsi la fonction de la Banque centrale européenne pour qu'elle se cale davantage sur la politique de croissance de la Banque centrale américaine.

Un autre scénario est aussi possible : on pourrait assister à un duel entre Angela Merkiavel, l'européenne hésitante, et Peer Steinbrück, candidat du SPD contre Mme Merkel en 2013, passionné d'échecs, qui s'est découvert une vocation de Willy Brandt sur le plan européen. Si la formule gagnante de ce dernier était "le changement par le rapprochement" [entre l'Est et l'Ouest], la formule de M. Steinbrück pourrait être : plus de liberté, plus de sécurité sociale et plus de démocratie - par le biais de l'Europe. On pourrait alors assister à une surenchère de deux proeuropéens. Soit Peer Steinbrück parvient à mettre Merkiavel mat au niveau européen ; soit Merkiavel l'emporte parce qu'elle aura découvert l'importance stratégique de l'idée européenne et se sera convertie en fondatrice des Etats-Unis d'Europe.

D'une façon ou d'une autre, l'Allemagne est confrontée à la grande question de l'Europe : être ou ne pas être. Elle est devenue trop puissante pour pouvoir se payer le luxe de ne pas prendre de décision.

Traduit de l'allemand par Pierre Deshusses

Ulrich Beck, sociologue et philosophe allemand

Ulrich Beck est l'auteur notamment de "La Société du risque" (Aubier, 2001) et, avec Edgar Grande, de "Pour un empire européen" (Flammarion, 2007). Il enseigne à la London School of Economics et à Harvard. Dernier ouvrage : "L'Europe allemande" (non traduit, éd. Suhrkamp).

Nucléaire, eurobonds : l'art des volte-face

 

 

Angela Merkel s'est longtemps battue pour que soit prolongée la durée de vie des centrales nucléaires, tout en considérant avec désinvolture leur possible abandon par le reste de l'Europe. Après la catastrophe de Fukushima, on a assisté à une volte-face et elle a prôné l'abandon du nucléaire et l'ancrage dans l'Europe. Depuis, elle se révèle être une virtuose du "sauvetage de dernière minute".

 

A propos des eurobonds, forme de mutualisation de la dette publique européenne, son credo d'hier était : pas question, "tant que je vivrai". Aujourd'hui, elle laisse le soin au ministre des finances, Wolfgang Schäuble, de trouver un détour-retour et accepte que la Banque centrale européenne accorde des crédits aux banques et aux Etats en faillite, qui, si ça tourne mal, devront être remboursés en fin de compte par le contribuable allemand. Tergiverser pour mieux domestiquer - telle est la tactique de Merkiavel.

 

La contrainte ne prend plus la forme d'une intrusion agressive d'argent allemand, au contraire : il s'agit désormais de menace de repli, de report et de refus de crédits. Si l'Allemagne refuse de donner son aval, c'est la ruine sans appel pour tous les pays endettés. Il n'y a donc qu'une chose qui soit pire que d'être victime de l'afflux massif d'argent allemand, c'est de ne pas en être victime.

 

En même temps, il faut bien se rendre compte que, si l'Allemagne s'est hissée au niveau de puissance dominante dans "l'Europe allemande", ce n'est pas le résultat d'un plan de grande ampleur issu d'une tactique préméditée et d'une débauche de ruses. Tout s'est passé de façon involontaire et sans calcul ; ce fut d'abord le résultat de la crise financière et de l'anticipation de cette catastrophe. Mais au fil du temps (et c'est une chose que l'on peut supposer en voyant le déroulé des événements), on a assisté à une organisation plus planifiée et plus consciente des choses. La chancelière a bien vu que la crise était pour elle la grande occasion, "la faveur du moment". Dans un mélange de fortuna [hasard] et de vertu, elle a réussi à mettre à profit cette occasion historique pour en tirer parti, tant au niveau intérieur qu'extérieur.

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:37

 

humanite.fr - le 9 Novembre 2012

 

 

  

A l’appel de la Confédération Européenne de Syndicats et en France des syndicats CGT, CFDT, FSU, UNSA, Solidaires se tiendra une journée européenne d’actions, de manifestations et de mobilisations.

Chaque jour, dans toute l’Europe, les politiques d’austérité montrent leurs effets néfastes pour les salariés, les retraités et les privés d’emploi, pour la croissance et le bien vivre ensemble.
En France, les stratégies financières des grands groupes et les politiques d’austérité budgétaire ont comme effets : fermetures d’usines, délocalisations, chantage éhonté à l’emploi et aux salaires, précarisation, chômage record, taxation des pensions, restructurations des administrations et des services publics, coupes budgétaires...

Dans toute l’Europe, les syndicats expriment leur ferme opposition aux mesures d’austérité qui font plonger le continent dans la stagnation économique, voire la récession.

Les traitements de choc infligés aux travailleurs, notamment en Grèce, en Espagne et au Portugal, montrent l’impasse de politiques qui conduisent à la destruction des droits sociaux...

La France et l’Europe peuvent sortir de la spirale infernale ! à l’appel de la CES, la journée de mobilisation du 14 novembre permettra aux travailleurs de toute l’Europe d’agir, ensemble et solidairement, pour des conditions de travail et de vie décentes.

 

>>> Lire le communiqué commun des cinq organisations syndicales françaises


Avec les syndicats européens, nous exigeons :
- une véritable coordination des politiques économiques intégrant les dimensions sociales et des mesures de solidarité concrètes vis-à-vis des peuples les plus en difficulté ;
- la négociation d’un « contrat social » européen pour mettre fin au dumping social entre état ;
- des mesures de relance au plan européen pour renouer avec une croissance durable et favoriser l’emploi.

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:28

 

Le Monde.fr avec AFP | 12.11.2012 à 16h22 • Mis à jour le 12.11.2012 à 16h34

 

 
Des dizaines de manifestants rassemblés devant le siège du Parti Populaire à Madrid le 12 novembre.

Aux cris de "Assassins", des dizaines de manifestants se sont rassemblés lundi 12 novembre à Madrid sous les fenêtres du parti conservateur au pouvoir en Espagne, dénonçant la vague de milliers d'expulsions de propriétaires endettés qui a tourné au drame avec deux suicides en quinze jours. "Terrorisme immobilier, non !", "Stop aux expulsions", pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les manifestants, pour beaucoup touchés directement, qui tapaient sur des casseroles.

Environ 350 000 propriétaires surendettés ont été expulsés depuis l'éclatement de la bulle immobilière en 2008, qui a précipité la crise en Espagne et fait bondir le taux de chômage à 25 %. Mais sous la pression sociale, accentuée après le suicide de deux personnes en quinze jours alors que les huissiers étaient sur le point de les expulser, les petits propriétaires risquant l'expulsion pourraient obtenir un sursis.

 

GEL TEMPORAIRE POUR LES CAS LES PLUS GRAVES

Lundi, l'Association espagnole des banques (AEB) et celle des Caisses d'épargne (CECA) ont annoncé le gel temporaire des saisies dans les cas les plus graves.  "J'espère que nous pourrons parler lundi de l'arrêt temporaire des expulsions qui touchent les familles les plus vulnérables", avait déclaré vendredi le chef du gouvernement, Mariano Rajoy. Des responsables de son Parti populaire devaient rencontrer lundi des représentants de l'opposition socialiste pour tenter de s'entendre sur des mesures d'urgence, qui pourraient inclure un moratoire.

Pas assez pour les militants de la plate-forme PAH, qui aide les personnes menacées d'expulsion et affirme avoir bloqué 463 saisies depuis 2009. Ces derniers exigent que toutes les expulsions de domiciles principaux soient paralysées, et que la saisie du logement suffise à solder la dette, contrairement à la législation espagnole en vigueur, amplement dénoncée.

 

 "PROBLÈMES DE CONSCIENCE"

Ils sont soutenus par un mouvement de protestation sociale croissant, alimenté par le drame des suicides mais aussi un fort sentiment de défiance envers les banques, dont certaines ont été sauvées par des fonds publics. Parmi elles, le géant Bankia, qui fait l'objet d'un sauvetage de près de 24 milliards d'euros. "C'est injuste qu'il faille les aider alors qu'eux refusent de nous aider", dénonce Maria Vivar, retraitée élégante de 70 ans venue manifester car elle risque d'être expulsée pour s'être portée garante du prêt de son fils, aujourd'hui au chômage.

Le malaise s'est même étendu à la police et la justice. Le principal syndicat de policiers, le SUP, a annoncé dimanche qu'il soutiendrait les agents refusant de participer à des expulsions pour "problèmes de conscience". Dans un rapport écrit en octobre, plusieurs magistrats espagnols ont eux dénoncé "des procédures juridiques extrêmement agressives" tandis que des juges sont de plus en plus critiques dans les médias.

Lire : Les juges au secours des expulsés en Espagne


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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:23

 

 

LE MONDE | 12.11.2012 à 13h57 • Mis à jour le 12.11.2012 à 16h08 Par Sandrine Morel

 

 

L'association espagnole des banques a annoncé lundi le gel, pour deux ans, des expulsions de propriétaires surendettés dans les cas les plus graves, après deux suicides en quinze jours qui ont provoqué un mouvement de protestation sociale.

Une femme de 53 ans, Amaya Egaña, s'est jetée dans le vide, vendredi 9 novembre, sautant de sa fenêtre, au quatrième étage d'un immeuble de Barakaldo, au Pays basque espagnol. Elle est morte sur le coup. Le 23 octobre, Manuel G., au chômage depuis quatre ans, s'était quant à lui lancé depuis son balcon, au deuxième étage, à Burjassot, près de Valence. Il est hospitalisé, dans un état grave. Le même jour, José Miguel Domingo s'était pendu dans le patio de l'immeuble où il résidait à Grenade, en Andalousie.

Dans les trois cas, ces Espagnols d'une cinquantaine d'années tentaient d'échapper, dans un geste désespéré, à l'arrivée de la police et des huissiers, venus les expulser de leur logement. Depuis le début de la crise économique, en Espagne, près de 400 000 familles ont été expulsées. Des drames devenus quotidiens dans un pays où le chômage frappe un quart de la population active.

Pour répondre à cette hémorragie, le gouvernement avait approuvé en mars un "code de bonnes pratiques" qui incite les banques, sans les obliger, à suspendre les processus d'expulsion dans les cas de dénuement les plus extrêmes, mais il a été très peu appliqué. Devant ces faits divers tragiques, qui ont bouleversé l'opinion publique, Madrid s'est engagé à revoir la législation, comme le leur demandent en outre les associations de magistrats. "Il existe des situations d'injustice si claire que l'on finit par questionner la loi", assure au Monde Edmundo Rodriguez Achutegui, juge au tribunal de commerce du Pays basque et porte-parole régional de l'association Juges pour la démocratie. Dans le cas des expulsions, "la protection donnée aux banques est déséquilibrée par rapport à celle accordée aux clients", poursuit-il.

Confrontés aux drames quotidiens et aux multiples visages que prend la crise en Espagne, les juges d'instance ont le blues. Ces dernières semaines, ils ont exprimé tout haut leurs cas de conscience face au nombre croissant d'expulsions immobilières. Dans un rapport mandaté par le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) visant à l'"accélération et à la réforme des procédures civiles" et publié fin octobre, le groupe de six magistrats chargé de son élaboration a ajouté une annexe sur le surendettement familial, destinée à aborder le problème des expulsions.

Le texte critique les "mauvaises pratiques des banques" qui ont permis une "extension généralisée du crédit immobilier sans mesurer les possibilités réelles du débiteur". Et propose des mesures destinées à éviter l'"exclusion sociale" des familles "incapables de satisfaire les traites des prêts accordés durant le boom" du fait de la perte de leur emploi ou d'une forte baisse de leurs revenus. Le chômage touche un quart de la population active.

Les magistrats proposent qu'une fois défini le concept de "débiteur de bonne foi" - celui qui n'a pas recherché la spéculation -, il leur soit possible de dicter des moratoires sur les expulsions ou des périodes de carence sur les intérêts, de permettre aux anciens propriétaires de demeurer dans leur logement en échange d'un faible loyer et de permettre, dans certaines circonstances, la saisiedu logement comme moyen d'extinction du crédit. Car, en Espagne, rendre le bien hypothéqué ne suffit pas pour solder la dette. Lorsqu'il est saisi, la banque peut se l'adjuger pour 60 % de sa valeur actuelle et continuer d'exiger la différence. "Dans la plupart des pays européens voisins, la loi offre une seconde chance aux citoyens surendettés en leur permettant de repartir de zéro. En Espagne, non", résume M. Achutegui.

Toutes les associations de magistrats s'accordent pour dénoncer le drame des expulsions. Juges pour la démocratie a accusé les banques de "surcharger les tribunaux" après avoir "agi négligemment avec des opérations financières risquées". L'Association professionnelle de la magistrature (APM), majoritaire, a accusé les banques de transformer les tribunaux en "bureaux de recouvrement".

En attendant que la loi évolue, des juges font preuve d'imagination pour éviter les expulsions. Certains tentent de qualifier le prêt d'"abus de droit" ou qualifient la saisie d'"enrichissement injuste". Ou utilisent des "instruments" pour retarder les saisies, ainsi que l'explique M. Achutegui : chercher un accord avec la banque, poser une question d'inconstitutionnalité... Tout, pourvu que l'on ralentisse au maximum la procédure.

Le juge au tribunal de commerce n0 3 de Barcelone, José Maria Fernandez Seijo, a demandé en 2011 à la Cour de justice de l'Union européenne (Curia) de se prononcer sur la législation espagnole, qui ne permet pas d'empêcher l'expulsion lorsqu'un recours est déposé. "La loi communautaire défend les consommateurs en permettant de suspendre une procédure judiciaire le temps que soit résolu le recours, explique M. Seijo au Monde. Cela pourrait permettre au particulier de garder son logement ou de lui laisser le temps de retrouver un emploi." L'avocate générale de la Curia, Juliane Kokott, s'est rangée du côté du magistrat espagnol en considérant que la loi espagnole "ne constitue pas une protection efficace contre les clauses abusives".

M. Seijo, connu pour sa recherche d'alternative aux expulsions, s'en félicite. "Si le gouvernement ne résout pas les problèmes, c'est peut-être aux juges de le faire", affirme-t-il, reconnaissant qu'il existe un malaise dans la profession, "comme dans toute la société, chez les médecins, les enseignants... Le désespoir est grand".

sandrine.morel@gmail.com

Sandrine Morel

Les banques gèlent les expulsions dans les cas les plus graves

 

 

L'association espagnole des banques (AEB) a annoncé lundi le gel, pour deux ans, des expulsions de propriétaires surendettés dans les cas les plus graves, après deux suicides en quinze jours qui ont provoqué un mouvement de protestation sociale.

 

L'association dit avoir pris, jeudi dernier, "l'engagement de tous ses membres, pour des raisons humanitaires et dans le cadre de leur politique de responsabilité sociale, de bloquer les expulsions pendant les deux prochaines années, dans les cas d'extrême nécessité", selon un communiqué.

 

Elle ne précise pas les critères définissant ces "cas d'extrême nécessité" mais indique avoir été interpellée par "l'alarme sociale générée par les expulsions de propriétaires".

 

Cette annonce survient alors que le gouvernement présente lundi des propositions à l'opposition socialiste afin de s'accorder sur des mesures d'urgence dans ce domaine.

 

L'association des banques explique lundi que son nouvel engagement, pris auprès du secrétaire d'Etat à l'Economie, "a fait l'objet d'un débat intense et profond des banques membres de l'AEB, afin de contribuer à pallier la situation de détresse de beaucoup de personnes, en raison de la crise économique".

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 17:06

 

http://zad.nadir.org

Dernier ajout : 12 novembre.

 


 

 

La lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des dernières années. Entre autres initiatives, un mouvement d’occupation s’est étendu sur les bâtis et bocages menacés.

Il y un an, face aux menaces croissantes sur les différentes maisons, cabanes et potagers, des habitant.e.s de la ZAD et collectifs solidaires appelaient à une manifestation de réoccupation en cas d’expulsion.

Elle aura lieu le 17 novembre.
Elle partira de Notre-Dame-des-Landes à 11h

Nous appelons tous les collectifs et individuEs qui soutiennent ce projet à commencer à mobiliser et s’organiser dès maintenant à ce sujet.

Pour tous contacts : reclaimthezad@riseup.net

Des informations restent à définir : lieu du rendez-vous, directions pour vous rendre sur le campement la veille. Consultez régulièrement le site web de la ZAD : http://zad.nadir.org

Appel à la manif de réoccupation

Nous vous invitons à relayer l’appel, le tract et l’affiche le plus largement et le plus rapidement possible, afin que chacun-e puisse s’organiser pour venir.

- le texte d’appel
- affiches, tracts, jingles
- l’appel relayé par d’autres
- communiqués de presse

Infos pratiques

- accès et points de rendez-vous
- covoiturage/bus
- hébergement
- programme
- le drapeau de la manif

Besoin de coups de main/de matos

Vous êtes les bienvenu-e-s à participer à la préparation et rejoindre les rendez-vous proposés par les commissions.

Et puis en attendant on cherche d’ores et déjà des cuisines collectives, chapiteaux, musiciens, batukadas, cabanes en kit, matériaux, outils, tracteurs...en vue de la réoccupation.

- tractage et affichage
- liste de besoin de matos
- appel à participation au programme
- appel à hébergement
- prochaines dates d’AG, réunions, chantiers...
- organisation depuis d’autres villes

Des manifs ailleurs le 17
- les manifs en parallèle à celles de NDDL

Histoire

- Les différents textes publiés avant les expulsions pour appeler à la manif de réoccupation

 

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