Russie

Lundi 24 mars 2014 1 24 /03 /Mars /2014 18:21

 

Source : slate.fr

 

Publié le 24/03/2014
Mis à jour le 24/03/2014 à 17h32

 

 

Après la Crimée, quels pays de l'ex-URSS se retrouvent dans le collimateur de Poutine?

Le président russe a fait de la défense de ses compatriotes vivant hors des frontières de la Russie le cœur de sa doctrine expansionniste.

 

Vladimir Poutine lors de la cérémonie de clôture des JO paralympiques, le 16 mars à Sotchi. REUTERS/Alexander Demianchuk

- Vladimir Poutine lors de la cérémonie de clôture des JO paralympiques, le 16 mars à Sotchi. REUTERS/Alexander Demianchuk -

Ancien dissident prisonnier du Goulag, devenu un temps président du Comité des droits de l’homme, Sergueï Kovaliev cite volontiers un proverbe qui n’est pas seulement russe: l’appétit vient en mangeant. Après avoir détaché l’Ossétie du sud et l’Abkhazie de la Géorgie en 2008, après avoir avalé la Crimée, où Vladimir Poutine va-t-il s’arrêter? Dans son discours du mardi 18 mars devant la nomenklatura réunie au grand complet, il a déclaré: n’ayez pas peur, nous ne voulons pas annexer l’est et le sud de l’Ukraine. «D’ailleurs nous n’en avons pas besoin», a-t-il ajouté laissant à penser qu’il a déjà accumulé assez de moyens de pression sur Kiev.

Cependant il a fait de la défense de ses compatriotes vivant hors des frontières de la Russie le cœur de sa doctrine expansionniste. Or ils sont 25 millions de Russes qui, à la suite de la dissolution de l’Union soviétique en 1991, se sont retrouvés à l’extérieur, dans ce que Boris Eltsine appelé déjà «l’étranger proche».

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En Géorgie comme en Crimée, la méthode a été la même: les Russes ou russophones se disent menacés, ils appellent à l’aide la «mère partie», la Russie vole à leur secours et en profite pour engranger un nouveau territoire appartenant à un Etat souverain.

1. Arménie, 2. Azerbaïdjan, 3. Biélorussie; 4. Estonie; 5.Géorgie; 6. Kazakhstan; 7.Kirgyzistan; 8. Lettonie; 9.Lituanie; 10. Moldavie; 11. Russie; 12. Tadjikistan; 13. Turkmenistan; 14.Ukraine; 15. Ouzbekistan. Carte Wikimedia Commons license by 3.0.

Les voisins de la Russie ont de quoi s’inquiéter. A peine l’annexion de la Crimée avait-elle été officialisée que les autorités sécessionnistes de Transnistrie manifestaient leur intention de demander leur rattachement à la Fédération de Russie. La Transnistrie est une région de quelques centaines de milliers d’habitants appartenant à l’ex-république soviétique de Moldavie mais occupée par les troupes russes depuis les années 1990.

En Asie centrale, les minorités russes représentent moins de 10% de la population, sauf au Kazakhstan où les citoyens d’origine russe sont près de 24%. Noursultan Nazarbaïev, le président tout puissant de cet Etat riche en matières premières, a de quoi s’inquiéter. Même s’il est un allié de Poutine dans la zone de libre-échange que le président russe voudrait transformer en Union eurasienne, il s’est montré très prudent sur l’affaire de Crimée. Il ne veut pas pour ne pas donner l’impression de cautionner ce qui pourrait être un précédent. Même chose pour le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko qui ne serait pas opposé à une union avec Moscou à condition de garder son pouvoir.

Les plus fortes minorités russes se trouvent par ailleurs dans deux républiques baltes, l’Estonie et la Lettonie –un quart environ de la population et même 50% à Riga, la capitale lettone. (En Lituanie, le troisième Etat balte, les Russes représentent moins de 6%). Au début des années 1990, Moscou a essayé d’agir sur ces minorités pour retarder, voire empêcher, l’adhésion de l’Estonie et de la Lettonie à l’Otan et à l’Union européenne. Sans y parvenir. Les Baltes restent très dépendants de la Russie, notamment pour leur approvisionnement énergétique (100% pour le gaz). Pourtant ils se sentent moins vulnérables que l’Ukraine, par exemple, du fait de leur intégration dans le système occidental.

La protection fournie par l’Europe ou l’Otan est certes relative. Elle n’a pas encore été mise à l’épreuve. Vladimir Poutine s’est attaqué jusqu’à présent à des Etats ex-soviétiques qui avaient des velléités d’adhérer à l’Otan mais avant que cette adhésion soit effective. Au printemps 2008, la France et l’Allemagne se sont opposées à la participation de la Géorgie et de l’Ukraine au programme de pré-adhésion à l’Otan soutenu alors par le président américain George W. Bush. Paris et Berlin voyaient dans cette opposition un geste de conciliation vis-à-vis de Moscou. Vladimir Poutine l’a comprise comme un signe de faiblesse. Quelques mois plus tard, il profitait d’une maladresse de Mikhail Saakachvili pour entrer en guerre contre la Géorgie.

Six ans plus tard, les Occidentaux jugent tout aussi inacceptable l’annexion de la Crimée par la Russie que le dépeçage de la Géorgie. Mais hors du recours à la force qu’ils refusent à juste titre, ont-ils les moyens de couper l’appétit du président russe?

Daniel Vernet

 

Source : slate.fr

 



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Mercredi 26 février 2014 3 26 /02 /Fév /2014 16:25

 

Source : www.mediapart.fr

 

Après l'Ukraine, la Russie? Le nouveau cauchemar de Poutine

|  Par François Bonnet

 

 

 

La révolution ukrainienne peut être un poison mortel pour Vladimir Poutine. Déjà en 2004, Moscou avait tout fait pour mettre en échec la révolution orange. Dix ans plus tard, ce qui se passe à Kiev déstabilise un régime russe en pleine stagnation. Il vient de choisir de réagir par la force contre l'opposition à Moscou même, et met en accusation Europe et États-Unis.

Pour mesurer l'immense risque que peut faire courir la révolution ukrainienne au régime autoritaire construit par Vladimir Poutine depuis quinze ans, la seule journée du lundi 24 février est éclairante. Répression de manifestants à Moscou, condamnation d'opposants, déclarations incendiaires contre les nouvelles autorités de Kiev et propagande d’État massive : la retenue notée samedi et dimanche, le temps de la clôture des JO de Sotchi, n'aura donc pas duré. Quelques exemples :

Lundi, un tribunal de Moscou a lourdement condamné des manifestants qui avaient participé, le 6 mai 2012, à un rassemblement sur la place Bolotnaïa de Moscou pour dénoncer la réélection de Vladimir Poutine. Huit personnes, accusées de « participation à des troubles de masse et violences », ont été condamnées à des peines allant de trois mois de prison avec sursis à quatre ans de camp.

Le soir même, un rassemblement de plusieurs centaines de personnes, en soutien aux manifestants condamnés, a été immédiatement dispersé : au moins 420 interpellations ont eu lieu, selon l'agence russe Ria-Novosti. L'un des leaders de l'opposition, le blogueur anticorruption Alexeï Navalny, déjà condamné l'an dernier à cinq ans de prison avec sursis, a été arrêté tandis qu'une partie du centre de Moscou était cadenassé par la police. Ci-dessous, une vidéo du rassemblement et de l'interpellation de Navalny, condamné mardi à sept jours de prison.

 

 

Dans l'après-midi de lundi, le premier ministre Dmitri Medvedev est pour la première fois intervenu afin de dénier toute légitimité aux nouvelles autorités de Kiev. « Si l'on considère que des gens qui se baladent dans Kiev en masques noirs et avec des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement (...). Certains de nos partenaires occidentaux considèrent que (ce pouvoir) est légitime. Je ne sais pas quelle constitution ils ont lue, mais il me semble que c'est une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte », a-t-il dit.

Enfin, lundi toujours, comme s'il s'agissait de donner un contre-exemple, Moscou a annoncé deux décisions concernant directement l'Arménie, pays qui a justement fait le choix, à l'automne dernier, de rejoindre l'Union douanière eurasienne, ce grand projet stratégique de Vladimir Poutine qui devait inclure l'Ukraine de Viktor Ianoukovitch : la compagnie pétrolière russe Rosneft va y investir 500 millions de dollars, et une escadrille d'hélicoptères renforcera les moyens déployés sur la base militaire russe d'Erebouni, à moins de dix kilomètres de la capitale arménienne.

Suivie depuis des semaines avec passion par tous les opposants russes, abondamment relayée et analysée par les rares médias indépendants de Moscou, la révolution ukrainienne pourrait se révéler un poison mortel pour le régime de Vladimir Poutine. Ces derniers jours, des analystes russes se sont replongés dans l'histoire, d'abord de la "stagnation brejnévienne" puis de l'effondrement de l'URSS.

 

Cérémonie d'ouverture des JO de Moscou, le 19 juillet 1980. 
Cérémonie d'ouverture des JO de Moscou, le 19 juillet 1980.

Des parallèles sont faits : les JO de Sotchi ne seraient-ils pas pour Poutine ce que furent les JO de Moscou de 1980 pour un régime Brejnev à l'agonie, c'est-à-dire le début de la fin ? La révolution de Maïdan n'est-elle pas comme ce soulèvement des pays baltes en 1989 qui avait donné le signal de l'effondrement de l'URSS deux ans plus tard ? La fuite de Ianoukovitch pourrait-elle annoncer la fin de Poutine que l'ex-président ukrainien s'était empressé de copier en bien des points : opposante emprisonnée (Ioulia Timochenko), "verticale du pouvoir" (changement de constitution en 2010), justice aux ordres, palais et fortune sur fond de corruption massive (lire ici notre enquête Vladimir Poutine : combien de milliards ?).

À ce jour, Vladimir Poutine continue à détenir la totalité des leviers du pouvoir russe et n'apparaît guère menacé. Il peut même encore espérer se maintenir au pouvoir jusqu'en 2024 (terme d'un deuxième mandat présidentiel), battant ainsi d'une petite année le "grand maître" Staline (en situation de plein pouvoir de 1929 à 1953). Mais la nervosité et l'agressivité de Moscou viennent souligner les risques nouveaux et imprévisibles que l'Ukraine et ses 46 millions d'habitants font peser sur le Kremlin. Ces risques avaient été pris très au sérieux en 2004, lorsque la révolution orange conduisait à l'annulation de l'élection truquée à la présidence de Viktor Ianoukovitch – déjà lui. Moscou avait alors déployé des trésors d'énergie pour empêcher toute contagion, déclenchant toute une série de mesures de rétorsion économiques.

L'exaspération du pouvoir russe explique pour partie l'incroyable propagande d’État déployée depuis trois mois par les télévisions et journaux proches ou contrôlés par le pouvoir. De la même manière que le Moscou soviétique avait dénoncé les manifestants baltes de la fin des années 1980 comme de « dangereux nationalistes aux tendances fascistes et nazies » manipulés par l'Otan, le Moscou poutinien ne décrit les insurgés ukrainiens que comme une milice ultranationaliste, voire néonazie, actionnée par les Américains.

La grande visée nationale de Poutine

Le quotidien Rossiïskaïa gazeta, contrôlé par le pouvoir et proche de l'armée, est un bon relais de cette version officielle. Lundi, il s'en prenait à l'attentisme de Ianoukovitch, incapable d'avoir maté la rébellion de Maïdan, et regrettant que la répression n'ait pas été engagée dès novembre. « À Kharkov, écrit le quotidien, Ianoukovitch a qualifié la situation de "banditisme" et de "coup d’État". "Nous assistons au retour des nazis, comme quand dans les années 1930 ils étaient arrivés au pouvoir et interdisaient les autres partis… C'est la même chose aujourd'hui – on interdit les partis, on persécute et lynche des gens, on brûle des bureaux", a déclaré le chef d’État. Ianoukovitch semble avoir mûri un peu tard. Si cette déclaration avait été faite il y a quelques mois, appuyée par des mesures réelles pour rétablir l'ordre constitutionnel, elle aurait été approuvée par une grande partie de la population ukrainienne. »


Journaux et télévisions russes ont massivement diffusé des images montrant des policiers et militaires ukrainiens blessés. 
Journaux et télévisions russes ont massivement diffusé des images montrant des policiers et militaires ukrainiens blessés. © (Reuters)

Mardi, le même quotidien enrage et fait d'une pierre deux coups : incompétent, Ianoukovitch serait en plus un traître, s'étant vendu aux Américains pour assurer son impunité ! « Ianoukovitch aurait forcément continué à résister s'il n'avait pas reçu des garanties de sécurité considérables pour lui, sa famille et son entourage proche, écrit le quotidien. Qui pouvait fournir de telles garanties dans la situation ukrainienne actuelle ? Il ne peut s'agir que de Washington qui, comme en témoignent les événements récents à Kiev, s'avère être l'"éminence grise" du Maïdan. On peut comprendre les Américains. Ils n'ont pas besoin de Ianoukovitch : ils veulent l'Ukraine. »

La rhétorique anti-américaine, anti-Otan et, de manière plus mesurée, anti-européenne est donc repartie de plus belle dans les sphères du pouvoir russe pour dénoncer « le changement forcé de pouvoir à Kiev » et les méthodes « dictatoriales et parfois terroristes » des nouvelles autorités, selon les termes du ministère russe des affaires étrangères. Tout au long des années 2000, Vladimir Poutine s'était employé, non sans succès, à réaffirmer les droits de la Russie sur des pays toujours considérés comme satellites. Profitant de la demande de l'administration Bush pour collaborer dans la « guerre globale contre le terrorisme », Vladimir Poutine avait obtenu l'arrêt de tout nouvel élargissement vers l'est de l'Otan, œuvré à l'échec de la révolution orange de 2004, achevé d'écraser la sécession tchétchène, et s'était réinstallé en Géorgie à l'occasion de la guerre éclair de l'été 2008 et de la reconnaissance de l'Ossétie du Sud.

Le deuxième étage de la fusée visant à formaliser cette sphère d'influence reconquise devait être l'Union douanière et économique eurasienne. Une priorité stratégique, selon Vladimir Poutine qui en faisait le grand chantier de son mandat présidentiel retrouvé en 2012. Sans l'Ukraine, cette union ne signifie plus grand-chose : limitée à la Biélorussie, pays misérable de 10 millions d'habitants sous la férule de Loukachenko, à l'Arménie, pays pauvre de 3 millions d'habitants, et au Kazakhstan, dictature pétrolière d'Asie centrale, l'Union eurasienne ne sera rien de plus que la communauté économique qui vivotait déjà sous Boris Eltsine durant les années 1990.

 

Nazarbaïev, Loukachenko et Poutine. 
Nazarbaïev, Loukachenko et Poutine. © (dr)

Or ce projet d'une union renforcée porte aussi les traditionnelles ambitions impériales russes, ce projet eurasiate théorisé depuis le XIXe siècle, d'une grande Russie se déployant du cœur de l'Europe aux confins de l'Asie et de la mer Baltique à la mer Noire. Projet largement réalisé par les Soviétiques, et que les conseillers idéologues de Poutine tout comme les nationalistes russes ont remis au goût du jour depuis plusieurs années.

« Au seuil du XXIe siècle, la Russie se cherche une visée nationale », notait le grand historien Michel Heller en 1995 dans son livre Histoire de la Russie et de son empire. L'Union eurasiate est la réponse voulue par Vladimir Poutine à la situation nouvelle née de l'effondrement de l'URSS et ainsi résumée par Michel Heller : « Que veut la Russie nouvelle ? Ses frontières, à l'exception de la Sibérie conquise plus tardivement, rappellent celles de l’État moscovite au XVIe siècle. Les rives de la Baltique et de la mer Noire ont été perdues – hormis, dans les deux cas, une minuscule bande –, la Crimée aussi, pour laquelle la Russie s'était battue durant plus de deux siècles. D'un autre côté, les lignes de chemins de fer, le réseau des gazoducs et des oléoducs, les liens économiques reliant des régions lointaines ont été préservés. L'héritage de l'empire reste bien vivant, alors même que ses formes politiques ont été anéanties. »

C'est l'enjeu principal, vu de Moscou, de la révolution ukrainienne : rendre impossible cette construction géopolitique post-soviétique voulue par Vladimir Poutine. Pire encore est le risque de voir émerger une Ukraine démocratique ancrée sur les valeurs européennes : démocratie parlementaire, multipartisme, État de droit, pouvoirs renforcés des collectivités locales et liberté d'information. Qu'un tel modèle prenne forme à une heure d'avion de Moscou et dans un pays culturellement si proche des Russes constituerait une grave menace pour le régime néosoviétique de Moscou, cette « démocratie dirigée », selon la formule de Poutine.

« Chez nous, c'est impossible... »

Vladimir Vassiliev, vice-président de la Douma (chambre basse du parlement russe) et président des députés du parti du pouvoir Russie unie, s'est d'ailleurs empressé d'exclure tout risque de contagion venue de Kiev. « Beaucoup se demandent si ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine pourrait arriver chez nous. Chez nous, c'est impossible… Nous avons une autre société et des forces politiques différentes », a-t-il expliqué mardi 25 février alors que les mouvements d'opposition russes regardent tous vers Kiev et discutent sur le fait de savoir si un "Maïdan" serait désormais possible sur la place Bolotnaïa, lieu symbolique depuis l'automne 2011 des manifestations anti-Poutine.

 

« Le parti des escrocs et des voleurs » : slogan des manifestations de l'hiver 2011/2012. 
« Le parti des escrocs et des voleurs » : slogan des manifestations de l'hiver 2011/2012. © (dr)

Les répressions des opposants depuis ces manifestations sans précédent de l'hiver 2011/2012 (lire nos articles ici et également ici) mettent pour l'instant le pouvoir russe à l'abri de tout débordement. L'inexistence de partis d'opposition structurés, la faiblesse de ce qu'il est convenu d'appeler "la société civile" et des lois électorales empêchant de fait toute alternance sont d'autres éléments décisifs mettant Vladimir Poutine à l'abri. Mais pour combien de temps ? La fracture grandissante entre les classes moyennes urbaines, la jeunesse et le régime russe isole le tout-puissant président. La plupart des Russes ont évidemment noté les principales revendications exprimées durant trois mois à Kiev : des élections libres et non truquées, un État de droit et une justice impartiale, la fin de la corruption et de l'autoritarisme.

Or ces revendications sont aujourd'hui celles d'une large partie de la société russe et ne cessent de progresser tant la corruption et l'insécurité juridique entravent toute reprise économique. Qu'elles puissent aboutir en Ukraine, dans ce qui a été considéré durant des décennies (voire des siècles) non comme un État voisin mais comme une région russe au cœur même de l'identité slave, aura dans tous les cas un impact considérable en Russie. En 1891, l'écrivain français Armand Silvestre, dans un récit de voyage intitulé En Ukraine, souvenirs de Gogol, écrivait ceci : « Le Petit-Russien (nom donné à l'Ukrainien – ndlr) est essentiellement farceur et presque craint de son grand frère moscovite, qui en redoute toujours quelque tour. » Les réactions vindicatives de Moscou depuis deux jours montrent que c'est un bien sale tour que Kiev est en train de jouer à Moscou.

 

Lire aussi

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Russie
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Jeudi 20 février 2014 4 20 /02 /Fév /2014 16:29

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Taisez-vous 19/02/2014 à 18h32

Pendant ce temps-là, à Sotchi : arrestations, sportifs muets, CIO ravi

Clément Guillou | Journaliste Rue89
 
  • Avant les JO : « C’est un scandale Sotchi, magouille, catastrophe environnementale, homophobie d’Etat, on attend quoi pour boycotter ? »

 

Sur Rue89 comme ailleurs. J’adore les Jeux olympiques, surtout le biathlon, mais faisons le point sur ce qui s’est passé en marge des épreuves olympiques depuis deux semaines.

3 février : arrestation du militant écologiste Evgueni Vitichko

L’auteur d’un rapport sur les dégâts causés à l’environnement par les Jeux de Sotchi est accusé d’avoir juré à un arrêt de bus – délit puni par la loi (qui appelle ça « légère insolence », article 20.1 du code pénal) –, dans une ville proche de Sotchi. Un citoyen l’aurait entendu et serait allé porter plainte.

La même mésaventure est arrivée à plusieurs militants de la région dans les semaines précédant les Jeux. Cette arrestation survient à la veille de l’arrivée de la flamme olympique dans la capitale régionale, Krasnodar, et de quantité de journalistes à Sotchi. Elle permet aussi d’empêcher l’activiste d’assister à un procès en appel prévu le 13 février à Krasnodar.

13 février : Evgueni Vitichko est condamné en appel à 3 ans d’incarcération dans un camp pour « vandalisme »

L’affaire remonte à 2012 : à l’époque, il avait tagué « la nature est à tout le monde » sur une barrière de la résidence d’été du gouverneur régional. Selon les associations écolos, cette palissade était illégale.

Vitichko a depuis entamé une grève de la faim. Le CIO (Comité international olympique) est régulièrement interrogé sur son cas. Il répond :

« Cela n’a pas de lien avec les Jeux olympiques. »

16 février : arrestation d’une personnalité italienne transgenre à Sotchi

En faisant la queue pour acheter des billets pour un match de hockey sur glace, elle agitait un drapeau portant l’inscription russe : « Etre gay, c’est OK ».

Vladimir Luxuria, actrice, présentatrice de télévision et ancienne députée, sera relâchée quelques heures plus tard, dans la nuit de dimanche à lundi, sur intervention de la diplomatie italienne.

La police de Sotchi dit n’avoir eu aucun Italien en garde à vue et le maire de la ville dit n’avoir aucune information à ce sujet. Commentaire du porte-parole du CIO :

« Nous demandons aux gens de se plaindre ailleurs que dans le parc olympique et sur les sites olympiques. »

17 février : arrestation et condamnation d’un soutien de Evgueni Vitichko

Il s’est écoulé trois minutes entre l’arrivée de cet homme, David Khakim, tenant une banderole, sur une place centrale de Sotchi, et son arrestation. Il demandait la libération du militant écologiste.


David Khakim le 17 février 2014 (David Goldman/AP/SIPA)

Les manifestations solitaires sont autorisées en Russie mais, en vertu d’une loi d’exception, pas sans autorisation pendant les Jeux olympiques, et sur un lieu éloigné des sites olympiques. L’audience de David Khakim s’est tenue à huis clos.

Le même jour, manifestation devant l’ambassade américaine à Moscou contre l’arbitrage du match Russie - Etats-Unis en hockey sur glace. La police n’est pas intervenue.

18 février : deux membres des Pussy Riot sont arrêtées dans les rues de Sotchi

Elles étaient sur place depuis le 16 février. Elles sont accusées d’avoir commis un vol de sac à main dans un hôtel. Plusieurs journalistes et activistes sont également interpellés.


Des membres du groupe punk Pussy Riot et un policier le 19 février 2014 (Morry Gash/AP/SIPA)

Les chanteuses sont relâchées trois heures plus tard et échappent à une condamnation. A la sortie du tribunal, devant la presse mondiale, elles chantent leur dernier morceau « Poutine va t’apprendre à aimer la patrie ». Les Pussy Riot affirment être suivies depuis leur arrivée à Sotchi et avoir été maltraitées par les policiers.

Commentaire du porte-parole du CIO :

« Ce n’était pas dans le cadre d’une manifestation contre les Jeux olympiques, donc cet incident n’est pas notre problème. »

19 février : les Pussy Riot molestées par des gardes cosaques

 

 

Les Pussy Riot prises à partie par des Cosaques à Sotchi - vidéo du quotidien britannique The Telegraph

Six membres des Pussy Riot sont molestées par des Cosaques, venus grossir les rangs des forces de sécurité russes pendant les Jeux olympiques. Elles s’apprêtaient à chanter à Sotchi devant un mur peint aux couleurs des Jeux olympiques.

Le silence forcé des athlètes

Côté athlètes, c’est la même chose. Quelques récriminations avant. Place à la compétition pendant. Les athlètes défenseurs de la cause LGBT n’ont pas souhaité se manifester pendant les Jeux – seul le bobsleigh australien a affiché le logo de « Principle 6 », une campagne de défense des droits LGBT, qui rappelle le principe de non-discrimination inscrit dans la charte olympique. Saluons aussi ce courageux snowboardeur russe, qui a concouru sur une planche représentant les Pussy Riot.

Le nouveau président du CIO, Thomas Bach, est resté dans son rôle : il a découragé les athlètes de se manifester, demandant que toute opinion politique se résume aux conférences de presse. Mais personne n’a envie d’embêter les athlètes avant ou après leur compétition avec ce genre de questions.

Sur Instagram, le snowboardeur de Toronto Michael Lambert a résumé ainsi son état d’esprit pendant sa conférence de presse :

« La question, c’est : est-ce que je souris et je hoche la tête ou est-ce que je dis la vérité ?

L’absence de toute forme de recyclage dans le village olympique. La qualité catastrophique des bâtiments où les fenêtres se fissurent, la destruction des rivières alentour, la foule de camions qui tournent au ralenti sans raison aucune, la fumée de pot d’échappement qui émane de la flamme olympique.

Il n’y a pas moins durable dans mon esprit. 80% des constructions ne serviront plus jamais. Meilleure question du jour : “Certains disent que ce sont des ‘Jeux parfaits’, qu’en pensez-vous ?” »

« Très bonne atmosphère »

Le CIO a également refusé aux athlètes ukrainiens de porter un brassard noir mercredi au lendemain d’une nuit de violences à Kiev.

Il a, enfin, interdit aux sportifs de porter un autocollant en hommage – comme à chaque compétition – à la figure du ski acrobatique Sarah Burke, disparue en 2012 à l’âge de 29 ans. Les compétitions ne sont « pas le bon endroit pour ça ».

Tout se passe comme Thomas Bach l’avait prévu :

« Il y a toujours des discussions politiques avant les Jeux, nous avons quelques motifs d’inquiétude mais je crois que les gens savent, dans le monde entier, qu’il s’agit de sport et je suis confiant dans le fait que nous aurons donc une très bonne atmosphère. »

Suffit de se taire.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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Samedi 15 février 2014 6 15 /02 /Fév /2014 20:14

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Vladimir Poutine : combien de milliards ?

|  Par Agathe Duparc

 

 

 

En 2012, le président russe a déclaré 100 000 euros de revenus. Mais au vu de l'enrichissement fulgurant de ses anciens camarades et proches, sa fortune pourrait atteindre des milliards. Tour d'horizon des épisodes et affaires troubles qui ont rythmé la carrière de Vladimir Poutine.

Quatorze ans de pouvoir et toujours les mêmes interrogations et les mêmes soupçons sur la fortune du président russe. « L’homme le plus riche d'Europe », selon les rares francs-tireurs qui osent s’aventurer sur ce terrain. Doublé d’un businessman hors pair. Depuis son parachutage en qualité de président par intérim le 31 décembre 1999, puis sa première élection en mars 2000, le faisceau de présomptions n’a fait que se renforcer. À mesure que ses anciens camarades, pour la plupart natifs de Saint-Pétersbourg et anciens du KGB, devenaient eux-mêmes milliardaires, aujourd’hui à la tête d’empires dans la banque, les matières premières, les médias, etc. Et que son premier cercle noyautait toutes les plus grandes entreprises d’État.

 

Vladimir Poutine à Sotchi 
Vladimir Poutine à Sotchi © Reuters

Fin 2007, le politologue Stanislav Belkovski avait été le premier à articuler un chiffre, estimant que Vladimir Poutine, businessman de l’ombre, pesait près de 40 milliards de dollars à travers diverses participations secrètement détenues dans des sociétés pétrolières et gazières. Sans cependant fournir ni preuves, ni documents.

Depuis, certaines pièces du puzzle sont apparues. Comme celles apportées fin 2010 par un ancien homme d’affaires, Sergeï Kolesnikov, qui fut directement impliqué dans d’opaques montages autour d’une société d’importation de matériel médical – Petromed – qui aurait permis d’alimenter en centaines de millions les comptes du président dans des paradis offshore. Il a raconté son histoire dans de nombreux médias, révélant l’existence du « palais de Poutine » : une forteresse à la James Bond construite au bord de la mer Noire. Il a créé son propre site internet. Mais dans aucun des nombreux documents (lire ici) qu'il met en ligne ne figure le nom de Poutine, preuve qu'il s'agit d'un des secrets les mieux gardés.

En 2010, la fuite de câbles diplomatiques dans Wikileaks a montré à quel point les Américains disposaient de peu d’informations, reprenant celles publiées dans les médias sur la possible « fortune secrète » de Poutine, ses liens avec certains hommes d’affaires, ou encore son amitié particulière avec Silvio Berlusconi, sur fond de mirobolants contrats entre les géants gaziers Eni et Gazprom (voir la liste des câbles consacrés à Poutine).

Les jeux Olympiques de Sotchi et leur débauche de dépenses (37 milliards d'euros) au profit d’oligarques poutiniens (voir ici le rapport en anglais de l’opposant Boris Nemtsov sur les coûts des JO), ravivent la question du magot du président russe.

Tour d’horizon des principaux épisodes troubles de la carrière de Vladimir Poutine, pour la plupart relatés dans les médias russes.

UNE « VIEILLE » AFFAIRE DE TROC À SAINT-PÉTERSBOURG

C’est le scandale, déjà largement prescrit du point de vue de la justice, qui a marqué le début de la carrière de Vladimir Poutine, alors qu’il était adjoint du maire « démocrate » Anatoly Sobtchak, et dirigeait le Comité des relations extérieures de Saint-Pétersbourg.

 

Vladimir Poutine, officier du KGB 
Vladimir Poutine, officier du KGB

En 1991, l’ex-officier du KGB, ancien élève du professeur Sobtchak à la faculté de droit, découvre le pouvoir et les affaires. Le voilà autorisé par le vice-premier ministre Egor Gaïdar à recevoir des quotas pour l’exportation de produits pétroliers et de matières premières, dans le cadre d’une vaste opération de « barter » (troc). Alors que l’URSS vient de disparaître et que les réseaux d’approvisionnement sont totalement désorganisés, le but est d’obtenir en échange des produits alimentaires pour les habitants de la ville.

L’opération prévoit l'exportation de 150 000 tonnes de produits pétroliers, 750 000 m3 de bois, des métaux rares et ferreux, de l'aluminium, du ciment et du coton. Soit l'équivalent de 124 millions de dollars. En échange, la ville recevra, en janvier, février et mars 1992, de la viande, du beurre et de l'huile, du lait en poudre, de la nourriture pour enfants, du sucre, des pommes de terre.

Tout aurait pu se passer à l’abri des regards si, en 1992, la députée du soviet local Marina Salié – disparue en mars 2012 – n’avait décidé d’y mettre son nez. La commission d’enquête parlementaire qu’elle préside obtient alors une partie des contrats signés entre le Comité des relations extérieures de Poutine et douze sociétés intermédiaires chargées de mettre en place le troc, choisies sans appel d’offres.

 

Anatoly Sobtchak et Vladimir Poutine, années 90 
Anatoly Sobtchak et Vladimir Poutine, années 90

Le rapport qu’elle rédige le 23 mars 1992, avec le député Iouri Gladkov, relève une accumulation d'« infractions » ou d'« étrangetés » (voir ici). Les contrats de troc sont lacunaires et imprécis. Certains ne comportent aucune indication sur les prix et bénéfices escomptés, ne sont ni datés, ni signés. Dans le barter n° 11 (métaux rares contre viande), signé avec la société Djikop (qui a été enregistrée fin octobre 2001), les prix des métaux à l'exportation sont 7, 10, 20 et 2 000 fois inférieurs à ceux pratiqués sur le marché mondial. Une différence de plus de 8 millions de dollars. Dans nombre de contrats, les sanctions en cas de non-respect du contrat sont ridicules, et les commissions perçues par les sociétés intermédiaires exceptionnellement élevées, de 25 à 50 % des bénéfices en devises. Un contrat au moins porte la signature de Vladimir Poutine (voir ci-dessous). 


Le contrat qui porte la signature de Vladimir Poutine, à gauche 
Le contrat qui porte la signature de Vladimir Poutine, à gauche

Combien de produits ont été exportés, et combien livrés ? Dans une première réponse à la commission d’enquête, Vladimir Poutine a affirmé que 20 tonnes de nourriture pour enfants avaient déjà été livrées. Une lettre signée par son adjoint indique qu'au 3 février 1992, deux mois après le début de l'opération, 125 tonnes d'huile sont arrivées. Les quotas, et les licences à l'exportation pour les produits pétroliers, la moitié du bois, les métaux rares, le ciment ont en revanche été distribués.

La question n’a jamais été résolue. Dans ses conclusions, Marina Salié recommande de transmettre l’affaire à la justice et d’écarter Poutine de ses fonctions. Aucune enquête n’est finalement ouverte. Mieux encore : quelques mois après, le ministre des relations extérieures, le banquier oligarque Piotr Aven, fait du Comité des relations extérieures de Poutine le seul organisme municipal autorisé à mener des opérations de commerce extérieur. Entre politique et business, la carrière de Poutine peut décoller. 

LA MYSTÉRIEUSE NOTE SUR MONSIEUR POUTINE

En 1996, après la défaite aux élections municipales de son mentor Anatoly Sobtchak, Vladimir Poutine, encore largement inconnu, est appelé à Moscou. Au sein de l’administration présidentielle, il progresse vite et le voilà nommé à la direction du contrôle, position stratégique pour garder l’œil sur les régions et accumuler des kompromaty (documents compromettants) sur les gouverneurs. Il s’acquitte si bien de cette tâche qu’il est propulsé en 1998 à la tête du FBS, à la surprise de ceux qui ont en mémoire sa terne carrière d’officier du KGB au sein de la 1re direction (contre-espionnage et surveillance des dissidents).

À l’été 1999, l’entourage de Boris Eltsine, dont le redoutable Boris Berezovski, cherche de toute urgence un successeur au président malade. Deux candidats sont pressentis : le ministre de l’intérieur Mikhaïl Rouchaïlo et Vladimir Poutine à qui les intrigants prêtent, à tort, un caractère conciliant et « fidèle ».

C’est alors qu’apparaît dans deux médias, Versia et Moskovski Komsomolets, une étrange note sur Vladimir Poutine, émanant visiblement des services de sécurité.

 

La note "blanche" sur Vladimir Poutine 
La note "blanche" sur Vladimir Poutine

Le document le dépeint déjà comme fortement impliqué dans les affaires, et couvrant de nombreuses malversations. « Selon des gens de l’entourage proche de Poutine, son désir de s’enrichir personnellement et l’absence de barrières morales (qui le caractérisent) sont apparus dès le début de sa carrière », indique la note. Outre le rappel du fameux troc à Saint-Pétersbourg, le document recense les différentes opérations qu’il aurait chapeautées. Dont le dépeçage au milieu des années 1990 de la Baltic Shipping Compagny (BMP) dont la flotte comptait, du temps de l’URSS, 170 grands cargos et navires et 46 000 employés.

Des centaines de navires russes auraient alors été vendus à des prix sous-évalués, sous le contrôle d’un proche de Poutine. La privatisation du grand hôtel Astoria, le palace de Saint-Pétersbourg, aurait permis au futur président d’empocher quelque 800 000 dollars.

Tout au long des années pétersbourgeoises, Vladimir Poutine aurait flirté avec les milieux du crime organisé, tirant toujours son épingle du jeu, et aidant même Anatoly Sobtchak à échapper à des poursuites judiciaires au lendemain de sa défaite en 1996 à la tête de la mairie de Saint-Pétersbourg.

En 2003, Boris Berezovski, de son exil londonien, avait dressé dans Kommersant (le journal qu'il contrôlait alors) « la liste des crimes de Poutine » qu’il avait lui-même contribué à installer au pouvoir. Alors fin connaisseur des turpitudes des uns et des autres dans les plus hautes sphère de l’État, il reprenait largement le contenu de la note de 1999. L'ancien intrigant du Kremlin a été retrouvé mort dans sa salle de bains le 23 mars 2013, à Londres. L'enquête a conclu à un suicide, mais nombre de ses proches estiment qu'il a été assassiné.

 

Boris Berezovski 
Boris Berezovski © Reuters

LES CAMARADES DE LA COOPÉRATIVE « OZERO »

La couverture du rapport : Poutine et la corruption 
La couverture du rapport : Poutine et la corruption

La liste des camarades, anciennes connaissances ou amis de Vladimir Poutine devenus milliardaires ou occupant des postes de premier plan est longue. L'opposant Boris Nemtsov, ancien ministre sous Eltsine et fondateur du mouvement démocratique Solidarnost, publie depuis 2008 d’épais rapports sur la question. Le dernier en date, financé en partie par les dons des internautes – Poutine et la Corruption 2 – passe en revue les mirobolantes carrières des proches du président russe.

Il y a d’abord les membres de la coopérative Ozero. En 1996, huit camarades, dont Vladimir Poutine, décidaient de créer cette structure pour se faire construire des datchas sur les bords du lac de Komsomolskoye, dans la région de Leningrad. Figure parmi eux Vladimir Iakounine, le P-DG de l'entreprise publique RJD, les chemins de fer russes, à qui l’on prête une immense fortune. Il a remporté une médaille d’or dans la carte interactive de la corruption de Sotchi – « Sotchi 2014 : l’encyclopédie des dépenses » – récemment faite par l'activiste et blogueur Alexeï Navalny.

 

Vladimir Iakounine et Vladimir Poutine, 2010 
Vladimir Iakounine et Vladimir Poutine, 2010 © Reuters

C’est Iakounine qui a supervisé la construction de la route combinée (route et chemin de fer) de 48 km qui relie la ville d’Adler, sur les bords de la mer Noire, à la station de sports d’hiver Krasnaya Polyana, où se déroulent les compétitions olympiques. Son coût a augmenté de 93 % pour arriver à la somme astronomique de 8,7 milliards de dollars. La société de construction SK-Most, dont Guennadi Timtchenko (une autre vieille connaissance de Poutine, voir ci-dessous) est actionnaire depuis 2012, a remporté une partie de ce juteux marché. 

 

Iouri Kovaltchouk, actionnaire majoritaire de la banque Rossiya 
Iouri Kovaltchouk, actionnaire majoritaire de la banque Rossiya

Autres gagnants de la coopérative Ozero : les milliardaires Iouri Kovaltchouk et Nikolaï Shamalov, qui contrôlent respectivement 33,5 % et 12,7 % de la banque Rossiya laquelle, de petit établissement, est devenu une banque de tout premier plan. La banque a pu, dès 2004, récupérer certains actifs de Gazprom dont 50 % de Sogaz, l’une des plus grandes compagnies d’assurances russes, à un prix nettement sous-évalué. Boris Nemtsov estime à 60 milliards de dollars le montant total des actifs de Gazprom ainsi transférés à la banque Rossya, ou à d’autres structures contrôlées par des proches de Poutine.

La banque Rossiya contrôle aussi la holding de presse National Media Groug, propriétaire de plusieurs chaînes de télévision, du quotidien Izvestia et de 25 % de Pervyi Kanal, la chaîne la plus regardée en Russie. Ce qui fait de Iouri Kovaltchouk une sorte de Murdoch à la russe.

Autres camarades de datcha : les frères Sergeï et Andreï Fursenko. Le premier après avoir été directeur de Lentransgaz, l’une des filiales de Gazprom, a pris de 2008 à 2010 la tête du National Media Group, et dirige aujourd'hui la Ligue de football russe. Le second est ministre de l’éducation et des sciences. 

SES AMIS LES OLIGARQUES MILLIARDAIRES

À peine propulsé au pouvoir, le président par intérim Poutine signait un oukase pour offrir à la famille Eltsine l’immunité judiciaire. À la tête du FSB, il avait déjà torpillé l’enquête du procureur général Iouri Skouratov sur l’affaire Mabetex, ce scandale de pots-de-vin lié à la restauration du Kremlin qui touchait de près les Eltsine.

Mais une fois installé dans ses fonctions, Vladimir Poutine change rapidement de cap. Il promet d’instaurer la « dictature de la loi » et de tenir à « égale distance » du Kremlin les oligarques de l’époque Eltsine, désormais interdits de politique. En 2003, l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovski donne la mesure de sa volonté. Certains milliardaires, comme Roman Abramovitch, se soumettent aux nouvelles règles. D’autres, comme Vladimir Goussinski et Boris Berezovski, s’exilent, suivis par les principaux actionnaires de Ioukos. Alors qu’un cercle de proches de Poutine les remplace peu à peu.

Guennadi Timtchenko et Gunvor

C’est à cette époque qu’émerge la figure de Guennadi Timtchenko, actionnaire principal et fondateur du géant du négoce des matières premières Gunvor (93 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2012, voir ici la brochure du groupe), et dont la fortune s’élève aujourd’hui à 14,1 milliards de dollars selon le magazine Forbes

 

Guennadi Timtchenko en 2013 
Guennadi Timtchenko en 2013 © Journal Forbes

Le 4 juillet 2013, Guennadi Timtchenko, qui préside le conseil économique de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR), a été élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur.

En 2003, le Russo-Finlandais, ancien camarade de Poutine à Saint-Pétersbourg, est encore un parfait inconnu dont il n’existe même pas une photo sur Internet. Le magazine suisse l’Hebdo est le premier média à l’avoir débusqué sur les bords du Léman, à Cologny, dans la banlieue chic de Genève où il s’est installé depuis 2001 avec sa femme et ses enfants. Il bénéficie d'un forfait fiscal et se présente alors comme un businessman peu important, retiré des affaires. 

À l'époque, les milieux genevois du pétrole bruissent d’interrogations sur ses sociétés de commerce d'hydrocarbures et de produits pétroliers – International Petroleum Products (IPP) et Gunvor, présentes à Genève – qui ne cessent de progresser, déjà partenaires privilégiés de deux compagnies pétrolières, Rosneft et Surgutnefgazet du géant Gazprom.

Les rumeurs se répandent sur ses liens privilégiés avec Vladimir Poutine. Les deux hommes se sont connus à Saint-Pétersbourg à la fin des années 1980. Ils font du judo ensemble dans le club Yavara-Neva dont Poutine est président d’honneur. Timtchenko est alors employé de la société étatique Kirishineftekhimexport, qui exporte les produits pétroliers de la raffinerie du même nom. Lors de la fameuse opération de troc (voir ci-dessus), une petite société nommée Golden Gates (créée par Kirishineftekhimexport et le Comité des relations extérieures de la ville dirigé par Poutine) avait obtenu des quotas à l’exportation de 100 000 tonnes de produits pétrolier (à l’époque 70 millions de dollars), sans qu’aucun produit alimentaire ne soit livré, selon le Financial Times. Une accusation que le fondateur de Gunvor a réfutée, dans l’une de ses nombreuses lettres de rectification adressées aux médias.

Guennadi Timtchenko se lancera ensuite dans le business privé, avec la création de Kinex qui exporte les produits de Surgutneftegaz, via deux sociétés offshore dont la fameuse Gunvor enregistrée à Chypre en 1997. En 1999, il s’installe en Finlande.

C'est pendant le second mandat de Vladimir Poutine, à partir de 2004, que sa carrière décolle. Durant la campagne électorale, le candidat Ivan Rybkine, la marionnette de Boris Berezovski, qui s’est exilé à Londres, brandit à plusieurs reprises le nom encore inconnu de Guennadi Timtcheko, qualifié de « caissier noir du Kremlin ».

Les affaires de Gunvor explosent comme prévu, alors que le dépeçage de Ioukos commence. Fin 2004, Rosneft rachète aux enchères le gisement Iougansneftegaz – l’un des joyaux de l’empire de Khodorkovski –, après qu’il est passé entre les mains d’une mystérieuse société écran : Baikal Finance Group. À partir de cette date, Guennadi Timtchenko remporte une grande partie des « appels d’offres » de Rosneft. Sa compagnie commercialise aussi le brut de Gazpromneft, de Surgutneftegaz et de BP TNK.

Il faudra attendre trois ans pour que ces succès fulgurants et les questions qu’elles posent sur l’implication directe de Vladimir Poutine soient relatés dans les médias. Des articles paraissent dans Le Monde, The Guardian et le Financial Times

Les diplomates américains s’y mettent avec passablement de retard. Une note datée du 24 novembre 2008 (voir ici) – publiée en 2010 sur Wikileaks – estime que « Gunvor pourrait contrôler jusqu’à 50 % du total des exportations de brut russe ». « Selon les rumeurs, la compagnie est l’une des sources de la fortune secrète de Poutine. Elle est détenue par Guennadi Timtchenko qui serait un ancien collègue du KGB de Poutine », lit-on également. Le fondateur de Gunvor vient alors de faire son entrée dans la liste du magazine américain Forbes, avec 2,5 milliards de dollars. En 1999, année de son départ de Russie, il déclarait au fisc finlandais 327 000 euros. En 2000 : 1,5 million, et en 2001 : 5 millions, selon Boris Nemtsov.

Aujourd’hui, le Russo-Finlandais ne rate jamais l’occasion de marteler qu’il ne doit en rien ses fulgurants succès aux liens d’amitié qu’il avait avec Poutine. Il met un point d'honneur à répondre à tous ceux qui l'écrivent. En 2011, il a déposé plainte pour atteinte à l'honneur contre Boris Nemtsov, obtenant d'une cour moscovite que deux phrases soient retirées du rapport Poutine 10 ans : le bilan. Dont celle qui disait que « les vieux amis de Poutine (dont Timtchenko) sont devenus des milliardaires en dollars ». Nemtsov a immédiatement lancé sur Internet un concours de périphrases pour dire la même chose. 

Dans un droit de réponse au Nouvel Observateur en 2012, Guennadi Timtchenko écrit que « Gunvor est transparente. Monsieur Poutine n'en est pas actionnaire ni directement ni indirectement et n'y a aucun intérêt. Elle est détenue à hauteur de 45 % par chacun de ses fondateurs, messieurs Guennadi Timtchenko et Torbjörn Törnqvist, le reste des parts sociales étant détenues par un trust au bénéfice des employés ». En 2007, dans une lettre au Guardian, son associé, Torbjorn Tornqvist, mentionnait à la place de ce trust, un « troisième investisseur » dont l’identité n’a jamais été formellement établie.

En septembre 2011, devant des rumeurs insistantes, Vladimir Poutine avait démenti tout lien avec Gunvor, qui aujourd'hui s'est développée bien au-delà du commerce de brut russe, s'activant dans le gaz, le charbon et le LNG (liquefied natural gas), en Afrique et en Asie. 

La structure du groupe est complexe : une holding enregistrée aux Pays-Bas – Gunvor International BV –, détenue par une offshore, Gunvor Cyprus Holding Ltd. Depuis avril 2007, cette compagnie chypriote mène, selon le Financial Times, à une autre structure enregistrée dans les îles Vierges britanniques (BVI) et nommée EIS Clearwater Advisors Corp. 

Les frères Rotenberg

Ce sont les amis d’enfance du président, ceux avec qui il a fait du judo toute sa jeunesse.

 

Poutine écolier (à gauche), Arcady Rotenberg au premier plan 
Poutine écolier (à gauche), Arcady Rotenberg au premier plan

Les frères Arcadi et Boris Rotenberg pèsent aujourd’hui respectivement 3,3 milliards et 1,4 milliard de dollars. Ils ont créé le groupe Stroygazmontazh, qui compte six sociétés de construction, spécialisées dans les pipe-lines et gazoducs, et dont le principal client est Gazprom. Ils sont aussi les actionnaires principaux de la SMP Bank


Arcady Rotenberg 
Arcady Rotenberg © Rapport "Poutine et la Corruption"

À Sotchi, les Rotenberg ont reçu des morceaux de choix. Comme l’indique la carte de la corruption d’Alexeï Navalny, une de leur sociétés a construit 17 km d’une route escarpée de Sotchi pour 2,5 milliards de dollars, ainsi qu’une partie de la route combinée rejoignant la mer à la montagne dont le montant est astronomique.

 

Boris Rotenberg 
Boris Rotenberg © Rapport "Poutine et la Corruption"

Ils sont aussi actionnaires de Mostotrest, la société qui construit la nouvelle autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg. Dès 2006, ce tracé qui traverse la forêt de Khimi a provoqué une forte résistance chez les écologistes et les habitants de la région. Un journaliste local qui dénonçait la corruption, Mikhaïl Beketov, était resté infirme après avoir été tabassé. Il est mort en avril 2013. 

LE TÉMOIGNAGE DE SERGEI KOLESNIKOV ET LE « PALAIS DE POUTINE »

C’est le premier témoin à lever le voile sur la manière dont Vladimir Poutine a pu amasser, via ses anciens camarades, une fortune considérable. En décembre 2010, Sergeï Kolesnikov, un homme d’affaires de 64 ans, quitte précipitamment la Russie. Trois mois auparavant, il avait adressé une lettre au président Dmitri Medvedev (voir ici la version en russe 1, 2, 3, 4). Il y détaille les malversations à grande échelle qui se sont déroulées autour de la société Petromed, créée en 1992 à Saint-Pétersbourg avec le concours du Comité des relations extérieures de la ville alors dirigé par Vladimir Poutine.

 

Sergeï Kolesnikov 
Sergeï Kolesnikov © New York Times

Kolesnikov est alors l’un des actionnaires. En 2000, Nikolaï Shamalov, un ancien de la coopérative Ozero (voir ci-dessus), alors représentant de Siemens AG en Europe de l’Est et en Russie, lui propose de gérer de gros contrats d’importation de matériel médical. La proposition émane de Vladimir Poutine lui-même : « Comme l’a expliqué plus tard Shamalov, la condition avancée par Poutine était que Petromed reverse 35 % du financement reçu sur des comptes à l’étranger », écrit Sergeï Kolesnikov. Il est prévu que des oligarques financent gracieusement le projet et que les 35 % accumulés sur les comptes de sociétés offshore reviennent ensuite en Russie sous forme d’investissements, sous le contrôle direct du président russe.

En 2001, le milliardaire Boris Abramovitch offre 203 millions de dollars à travers son fond Polious Nadejdi (pôle de l'espoir), créé pour venir en aide aux habitants de la Tchoukotka. Puis Alexeï Mordachov, de Servestal (le géant de l'extraction de métaux et de la sidérurgie), donne 14,9 millions de dollars. D'autres oligarques s'y mettent aussi. Soit un total de quelque 400 millions. Du matériel médical est bien livré en Russie. Comme convenu, 148 millions de dollars atterrissent sur le compte d’une offshore enregistrée à Tortola, (BVI) Rollings International, et d’une panaméenne, Santal Trading. Une compagnie d’investissement est alors créée, Rosinvest, une société avec des actions aux porteurs, ce qui permet aux bénéficiaires de rester anonymes.

 

Le cheminement de l'argent 
Le cheminement de l'argent © Sergeï Kolesnikov

Des projets sont développés, dans la construction navale et l’immobilier. Mais en 2009, toujours sur demande de Poutine, toutes les forces sont mises sur le développement d’un chantier baptisé Projet Sud. Il prévoyait au départ la construction d’une zone de repos sur les bords de la mer Noire près de Praskoveyevka, et la plantation de vignes. Dès 2009, l’ensemble prend des allures de chantier de la démesure. « Tout cela a abouti à la construction d’un énorme palais, dans le style italien, avec un casino, des théâtres, des piscines, un complexe de sport, des pistes d’atterrissage pour hélicoptères (...), des maisons pour le personnel », écrit l’ancien de Petromed, qui estime à près d’un milliard de dollars les dépenses. En 2009, tout cet ensemble passe entre les mains d’une société privée proche de Nikolaï Shamalov. Serge Kolesnikov comprend qu’il est impliqué dans une vaste opération de détournement. Il reçoit des menaces et quitte le navire.


Le "palais de Poutine" sur Google Earth 
Le "palais de Poutine" sur Google Earth

Sa lettre très détaillée adressée à Medvedev est restée sans effet. Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a apporté un démenti en disant que « M. Poutine n’entretient aucun rapport avec cet édifice ». Quelque chose qui pourrait ressembler au « palais de Poutine » a été localisé sur les bords de la mer Noire à Gelendjik, près de l'endroit indiqué par Kolesnikov. Une forteresse gardée par les FSO (services d'ordre de la présidence), auxquels se sont heurtés des activistes locaux.

RuLeaks, le site russe de Wikileaks, avait en 2011 posté des photos, tout en précisant ne pas savoir s’il s’agissait bien du même palais. Aujourd’hui, les clichés sont inaccessibles à cette adresse, mais on peut les retrouver ici. 

Selon la Novaya Gazeta, le palais a finalement été vendu, en mars 2011, à Alexandre Ponomarenko, un proche des frères Rotenberg, via une compagnie chypriote.

 

Un des clichés du prétendu "palais de Poutine" 
Un des clichés du prétendu "palais de Poutine"

En prenant la fuite, Sergeï Kolesnikov a emmené avec lui des documents qui prouvent son implication dans les projets avec Nikolaï Shamalov, et de nombreux enregistrements.

Il a raconté son histoire à plusieurs médias dont le Washington Post, le New York Times, la Novaïa Gazeta et, plus récemment, il apparaît dans un reportage de l'agence Capa, La fortune cachée de Poutine, diffusé le 3 février sur Canal +. On peut aussi voir son témoignage en russe, filmé par Golos Amerika (la Voix de l'Amérique). En mai 2012, il était auditionné devant le parlement britannique (voir ici).

Mais c’est au journal New Times et à sa directrice Evguenia Albats qu’il a donné, en février 2012, les éléments les plus intéressants, dont deux heures et demie d’enregistrements effectués au siège de la société Petromed. Dans une des conversations, on entend Nikolaï Shamalov et un autre camarade de Poutine faire le point sur « l’argent de Mikhaïl Ivanovitch », soit 439 millions de dollars déposés sur les comptes de la offshore Rollings. Or, comme l’affirme Sergeï Kolesnikov, « Mikhaïl Ivanovitch » est le nom de code utilisé pour désigner le président. À ce jour, aucune poursuite n'a été lancée contre le “whistleblower” russe. Joint aux États-Unis par Mediapart, Sergeï Kolesnikov explique être désormais « obligé de changer très souvent de lieu d'habitation » pour assurer sa sécurité. 

LES GOÛTS DE LUXE DE VLADIMIR VLADIMOROVITCH

Si « Mikhaïl Ivanovitch » n’a pas été formellement identifié, les goûts de luxe du président russe apparaissent, eux, au grand jour. Dans un rapport de 2012, Boris Nemtsov s’attaque aux signes extérieurs de richesse du président, sous le titre Une vie de galérien : palais, yachts, automobiles, avions et autres accessoires (voir ici le rapport en russe).

 

La vie d'un galérien : palais, yachts, automobiles, avions et autres accessoires 
La vie d'un galérien : palais, yachts, automobiles, avions et autres accessoires © Boris Nemtsov

Toutes les résidences du président y sont recensées, ainsi que les somptueux achats faits ces dernières années par l’administration présidentielle, comme deux énormes yachts, Sirius et Olympia, acquis pour 87 millions de dollars.

Sa passion pour les montres de luxe est particulièrement connue. Le mouvement Solidarnorst a réalisé un petit film intitulé « Les Montres d’un kleptocrate » (voir ici).  

À deux reprises, en 2009, le leader russe a fait cadeau à de simples citoyens de la montre suisse qu’il portait au poignet. Un modèle qui coûte 10 500 dollars. En 2010, il en a jeté une autre dans le ciment alors qu’il visitait un chantier. Solidarnost en a recensé une quatrième du même modèle, ainsi que d’autres coûtant respectivement 65 000 et 500 000 dollars. Ce qui fait un total de 22 millions de roubles (à l’époque 545 000 euros), alors que la dernière déclaration de revenus produite en 2012 par Vladimir Poutine indique la somme de 3,6 millions de roubles (108 000 euros pour l'année 2011).

 

Déclaration de revenus du candidat Poutine en 2012

Déclaration de revenus du candidat Poutine en 2012 © Solidarnost

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

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Vendredi 7 février 2014 5 07 /02 /Fév /2014 20:38

 

Source : www.reporterre.net

 

Sotchi : les Jeux de la répression des droits de l’homme

Andrea Barolini (Reporterre)

vendredi 7 février 2014

 

 

 

Les Jeux olympiques de Sotchi, en Russie, s’ouvrent aujourd’hui. Derrière les flonflons et les projecteurs de la "fête", la réalité est celle de la répression qui s’est abattue sur les écologistes russes qui ont documenté la destruction écologique causée par cette manifestation sportive.

 


 

Aujourd’hui, la flamme olympique sera allumée à Sotchi. En attendant de connaître les noms des vainqueurs des compétitions sportives, on sait qui a déjà perdu : ceux qui s’opposent aux manœuvres du président Vladimir Poutine (photo).

Reporterre a raconté les nombreux dégâts écologiques causés par l’organisation des Jeux olympiques et dénoncés par plusieurs organisations internationales. Mais les opposants au pouvoir, à Sotchi, sont plutôt rares. Car depuis longtemps, le Kremlin tâche de réduire au silence les voix critiques.

En octobre 2013, Yulia Genin, avocat spécialisée en droit de l’environnement, a publié un article dans lequel elle a dénoncé la guerre que les autorités russes ont mené contre la plus importante association environnementaliste locale, Environmental Watch on North Caucasus (EWNC).

« Il n’y a aucun doute que les autorités russes sont sur le point de fermer l’association à cause de notre activisme pour l’environnement, et pour le fait d’avoir révélé les violations liées à la préparation des Jeux olympiques de Sotchi », explique-t-elle. « Pendant l’un des inspections qu’on a subi, les fonctionnaires publiques ont été très clairs en nous ‘recommandant’ d’arrêter la publication d’un rapport qui révèle les dégradations écologiques provoquées par les JO ».

En documentant ce qu’elle considère comme des délits environnementaux - « La destruction de l’habitat des espèces rares et menacées, la pollution de la rivière Mzimta » -, Genin rappelle le manque d’études d’impact sur l’environnement : « Une bonne partie des infrastructures a été édifiée sans avoir d’abord attendu les études obligatoires. Ensuite, les documents ont été présentés antidatés, et sans aucune participation de la part des populations concernées ».

 

- La rivière Mzimta -

 

Ce comportement heurte contre les principes affichés par le Comité International Olympique (CIO). Dans sa Charte olympique, le CIO affirme que son rôle est de « promouvoir l’Olympisme à travers le monde » et « d’encourager et soutenir une approche responsable aux problèmes de l’environnement, de promouvoir le développement durable dans le sport et d’exiger que les Jeux Olympiques soient organisés en conséquence ».

Yulia Gorbunova, chercheuse de l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, écrit que les environnementalistes sont harcelés : « Le 31 octobre, la police de Sotchi a arrêté le coordinateur de l’EWNC, Andrei Rudomahka, pour des faits qui remontent à un an : à l’époque, il avait pointé publiquement un juge local qui avait sanctionné de quinze jours de prison un avocat environnementaliste. Ses déclarations avaient été citées par la presse ».

Selon Gorbunova, il s’agissait d’un prétexte : « Ces dernières années, l’EWNC a été placé sous une pression de plus en plus forte de la part des autorités. En 2012 des activistes ont été incriminés pour des délits mineurs. En mars 2013, le groupe a été fouillé, comme plusieurs autres ONG en Russie, après l’entrée en vigueur de la loi sur les ‘ agents étrangers ’ ».

Promulguée par les autorités russes le 21 novembre 2012, la loi sur les « agents étrangers » dispose que toutes les ONG qui reçoivent de l’argent de l’étranger doivent s’enregistrer en tant qu’« organisations remplissant les fonctions d’agents étrangers », si elles prennent part à des « activités politiques ». Anna Kotova, directrice adjointe du département pour les ONG du ministère russe de la Justice, avait déclaré en juillet que « les contrôles imprévus d’ONG sont nécessaires, de nombreuses organisations de ce type servant à légaliser des activités illégales ». Selon Amnesty International, grâce à cette loi « plus d’un millier d’ONG ont été inspectées et des dizaines ont reçu des avertissements. Des organisations de défense des droits humains de premier plan ont été condamnées à verser des amendes et plusieurs ont dû fermer ».

 


- Des membres de l’association EWNC ont enquêté sur la destruction de la nature occasionnée par les Jeux de Sotchi - ici sur la route des pistes de ski de Krasnaya Polyana -

 

"Une véritable dictature"

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 


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Mardi 4 février 2014 2 04 /02 /Fév /2014 17:27

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

A Sotchi, les oligarques ont payé et n’ont pas eu le choix

 

Pierre Sautreuil - Etudiant en journalisme

Publié le 04/02/2014 à 10h36

 

 


De gauche à droite : Dimitri Medvedev, à l’époque président russe, Vladimir Poutine et Vladimir Potanine, patron d’Interros, à Rosa Khoutor, 18 février 2011 (Mikhail Klimentyev/AP/SIPA)

 

La station de ski des Jeux olympiques de Sotchi n’est pas un petit village alpin. À « Rosa Khoutor » s’élèvent des hôtels, des restaurants coûteux, des boutiques de sport et de vêtements, des salons de beauté, des concessions automobiles et des enseignes de fourrure. En amont de ce village olympique de 32 hectares, des dizaines de kilomètres de pistes sinuent sur 1500m de dénivelé.

C’est là que se tiendront les compétitions de ski et de snowboard, et c’est presque le cadeau d’un milliardaire à l’Etat russe. Il y a onze ans, Vladimir Potanine (ne pas confondre), adepte de ski alpin et 7e fortune russe, à la tête de la holding Interros, a décidé de dépenser quelques dizaines de millions de dollars pour construire à Sotchi un petit domaine privé à Krasnaïa Poliana.

Qui est Vladimir Potanine ?

Son conglomérat industriel, Interros, représente près de 1,4% du PIB de la Russie. Il s’est bâti autour d’une banque et de l’entreprise d’extraction minière Norilsk Nickel. La fortune de Potanine s’élève à près de 11 milliards d’euros en 2013, selon Forbes.

Brièvement Premier ministre en 1996, il faisait partie des « sept banquiers », les oligarques qui ont exercé une grande influence lors des années Eltsine, aux côtés de Mikhaïl Khodorkovski et de Boris Berezovski. Comme les autres, il a quitté la vie politique à l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine

Cette fantaisie s’est au final transformée en un gigantesque chantier olympique, qui aura coûté pas moins de 2,5 milliards de dollars à Potanine. Pour les Jeux Olympiques de Sotchi, l’industriel de 53 ans a dépensé bien plus que n’importe quel autre investisseur privé.

Dans une interview à Forbes (en russe), cet oligarque de l’industrie minière raconte comment il a investi personnellement 700 millions de dollars dans le domaine sportif de Rosa Khoutor :

« Je n’avais jamais fait un cadeau aussi somptueux. Quand Rosa Khoutor n’était encore qu’un projet privé, je ne comptais pas dépasser un budget de 70 millions de dollars. Quand des conseillers m’ont dit qu’on avait ici la place pour un complexe comprenant une centaine de kilomètres de pistes et pouvant accueillir plus de 6000 touristes, il m’est apparu clair qu’on s’approchait d’un budget de 350 millions de dollars.

Mais quand la candidature russe a été retenue pour organiser les JO d’hiver de 2014, j’ai compris que ça me coûterait des milliards. »

Les investisseurs privés en première ligne

Monter la candidature de Sotchi avait déjà coûté 30 millions de dollars à Interros, près d’un tiers du montant total. Ce n’était qu’un début. Pour convaincre le CIO, les compagnies publiques et les hommes d’affaires les plus puissants de Russie ont avancé 100 millions de dollars de plus.

L’intense lobbying de Poutine et son discours remarqué au Guatemala – en anglais, avec même quelques mots de français – ont achevé de consacrer Sotchi ville olympique. Mais après le triomphe se pose une question : comment construire une ville à partir de rien, rapidement et efficacement ?

Recourir aux programmes fédéraux aurait pris trop de temps. Moscou crée donc une entreprise publique, Olympstroï, sans statut juridique ni mandats clairement établis. Olympstroi a déjà connu quatre patrons. Un signe de désordre selon Vladimir Potanine :

« Ce remue-ménage est dû à un dilemme permanent en Russie : faut il donner des responsabilités à un homme compétent ou à un homme honnête ? Le processus de désignation des responsables n’a pas été simple, et c’est un euphémisme. »

Dans un premier temps, les investisseurs se sont enthousiasmés pour Sotchi, mais ils se sont rendus compte qu’y investir ne serait pas nécessairement synonyme de ruée vers l’or.

« L’Etat a mis la pression sur les investisseurs privés, qui très vite ont dû déclarer chaque dépense à l’Etat et assumer les pertes. En gros, si ton investissement te rapporte, tant mieux. Si tu y perds, tant pis. »

Les oligarques négocient

 


Dimitri Medvedev et Vladimir Potanine en discussion à Gorki, près de Moscou, 12 avril 2012 (Vladimir Rodionov/AP/SIPA)

 

Les propriétaires de la Compagnie des mines et de métallurgie de l’Oural ont déjà déclaré qu’ils n’obtiendraient aucune compensation de l’Etat pour les infrastructures qu’ils ont fait construire à Sotchi. Vladimir Potanine et d’autres hommes d’affaires comme Oleg Deripaska et Viktor Vekselberg espèrent toujours un retour sur investissement, mais il est clair qu’il n’en obtiendront jamais sans un soutien du gouvernement.

Les projets menés par Interros, à savoir Rosa Khoutor, l’Université internationale olympique russe et le village olympique de montagne, ont coûté près de 2,5 milliards de dollars. Après les JO, il est prévu que la propriété de l’Université olympique revienne à l’Etat. Une perte sèche pour Vladimir Potanine :

« Nous étions des investisseurs, mais nous nous sommes transformés à vue d’œil en entrepreneurs d’Etat. (Le vice-premier ministre chargé de l’organisation des JO, Dmitri) Kozak coordonnait à lui seul tout le projet. La Banque de développement russe (VEB) décidait qui recevrait des financements, et qui n’en recevrait pas. Et nous, on devait en permanence justifier pourquoi on avait besoin d’argent. »

La VEB a prêté environ 80% des capitaux nécessaires aux investisseurs privés pour la construction des structures olympiques. Aujourd’hui, le principal enjeu pour les oligarques est la restructuration de ces prêts. Sans intervention de l’Etat, Potanine pourrait perdre jusqu’à 700 millions de dollars de capitaux propres :

« Cela fait un an que tous les investisseurs olympiques, y compris Gazprom et Sberbank (première banque russe, ndlr), écrivent des lettres au gouvernement pour qu’il subventionne les crédits de la VEB et pour qu’il crée à Sotchi une zone économique spéciale, avec un régime fiscal préférentiel. »

Pour l’instant, les investisseurs ont obtenu de ne pas payer les intérêts sur les prêts de VEB avant 2015. Reste à savoir ce qu’il adviendra après ce sursis.

Investir davantage pour être rentable

En janvier, dans une interview à Russie 24, Dimitri Kozak estimait que les investisseurs étaient séduits par Sotchi car ils y obtenaient le soutien de l’Etat pour leurs affaires.

Mais les affaires sont-elles si bonnes ? Pendant les JO, les hôtels seront pleins. Ensuite, il faudra investir encore davantage, estime Potanine :

« Dans les trimestres qui vont suivre la fin des Jeux, la station Roza Khoutor aura besoin de 100 millions d’euros d’investissement pour devenir enfin rentable. Le problème c’est que le cash flow nécessaire pour réaliser cet investissement n’existe pas ! »

Dans une interview au journal russe Izvestia, Potaine semble déjà résigné :

« En l’état actuel des choses, tout ce que ce projet peut générer, c’est des pertes. »

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

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Dimanche 2 février 2014 7 02 /02 /Fév /2014 18:59

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Sotchi 02/02/2014 à 16h12

Les JO de Sotchi ? Du grand n’importe quoi : la preuve en cinq histoires

Clément Guillou | Journaliste Rue89

 

l faut reconnaître deux choses au moins au Comité international olympique :

  • on n’a jamais autant parlé des JO d’hiver ;
  • les confier à une station balnéaire défraîchie n’était pas aussi absurde qu’offrir la Coupe du monde de foot à un émirat grand comme l’Ile-de-France, où les températures l’été atteignent 45 degrés à l’ombre.

Mais les mois de polémiques qui ont précédé les Jeux olympiques de Sotchi montrent à quel point le CIO a fait, en 2007, le choix le plus compliqué en choisissant cette petite ville du bord de la mer Noire. Aux dépens des candidatures, plus modestes et de saison, de Salzbourg (Autriche) et Pyeongchang (Corée du Sud).

Rappel, en cinq histoires, de la façon dont Poutine a préparé « ses » Jeux.

                                                                                                                                                                                                                              1 l y a quatre ans, il y avait une seule remontée mécanique à Sotchi


 


Sur une plage de Sotchi en 1992 (SICHOV/SIPA)

 

Un jour de l’hiver 2002, skiant en Autriche avec son ami oligarque Vladimir Potanine et le chancelier Wolfgang Schüssel, Vladimir Poutine fait le constat qu’il serait incapable d’en faire de même dans son pays, qui ne compte pas une seule station de sports d’hiver digne de ce nom.

Développer ce nouveau tourisme en Russie devient un nouvel objectif du sportif président, et c’est un Américain spécialiste des stations de sports d’hiver qui lui suggère le Caucase du Nord, plus particulièrement le village de Krasnaïa Poliana, comme lieu d’implantation.

Il confie le projet à Potanine, qui annonce la construction de la station de Rosa Khoutor (« Ferme rose ») en 2005.

En 2007, les inspecteurs du CIO découvrent un champ de neige. En 2010, l’actuel exploitant de Rosa Khoutor, le Français Jean-Marc Farini, visite un site doté d’une seule remontée mécanique. La station ouvre l’année suivante.

Trois ans plus tard, Rosa Khoutor revendique seize remontées mécaniques pour 77 kilomètres de pistes.

Moscou ambitionne de construire dix stations dans le Caucase du Nord, y compris au Daguestan et en Tchétchénie, et d’y attirer 3,5 millions de touristes par an.

Farini raconte au magazine Néon :

« Les Russes ont réalisé en quelques années ce que les Français ont fait en quarante ans de Plan neige. Peu de pays seraient capables de ça, même si on peut émettre des critiques. »

                                                                                                                                                                                                                                 2 Le pionnier des sports d’hiver en Russie a dû revendre sa station à Gazprom


 


Le chantier de la piste de bobsleigh des JO dans la station d’Alpika (LEON NEAL / AFP)

 

Ces dernières années, les expropriations abusives se sont multipliées dans la région de Sotchi (lien payant), comme avant les JO d’été à Pékin. Les habitants ont été relogés dans des barres HLM sans âme en périphérie.

Les immeubles ont poussé anarchiquement dans le centre-ville, défiant toute logique urbanistique, et les projets de l’oligarque Oleg Deripaska ne sont accessibles qu’aux touristes millionnaires.

Piotr Fedine, lui, n’a pas été exproprié. Mais on lui a fait une offre qu’il ne pouvait refuser.

Plusieurs journaux, dont Le Monde et Géo, ont raconté l’histoire de ce visionnaire amateur de ski extrême qui, dès 1992, a misé sur le développement des sports d’hiver dans le Caucase du Nord.

Il monte alors, avec ses petits moyens et ses trois enfants, la station de ski d’Alpika, autour de Krasnaïa Poliana. Un succès limité jusqu’à la visite du nouveau président Vladimir Poutine, en 2000. Il prend l’unique télésiège, dévale la piste avec adresse, et reviendra fréquemment, inspirant quelques admirateurs fortunés.

En 2008, peu après l’attribution des Jeux, un avion de la compagnie Gazprom, monopole d’Etat, se pose à Krasnaïa Poliana. Des hommes suggèrent à Fedine de l’accompagner et, sur le chemin du retour à Moscou, lui expliquent qu’il va falloir vendre.

Ce sera 15 millions de dollars, « alors que le prix est trois fois supérieur », s’est-il plaint au Monde (lien payant) :

« Après trois ans de pressions, on a dû affronter des plaintes absurdes en justice, ainsi que des tentatives de liquidation judiciaire. Je n’en pouvais plus. »

A Alpika seront disputées les épreuves de bobsleigh.

                                                                                                                                                                                                                               3 Le maire de Sotchi a obtenu 77% des voix aux élections


 


Anatoli Pkhomov, maire de Sotchi, brandit le drapeau olympique que vient de lui donner Jacques Rogg, président du CIO, à Vancouver en 2010 (Jae C. Hong/AP/SIPA)

 

Vladimir Poutine s’est rendu fréquemment à Sotchi pour surveiller l’avancée des travaux. Mais il lui fallait tout de même placer un fidèle à l’hôtel de ville. En 2009, une parodie d’élections a permis à Anatoli Pakhomov d’être réélu à 77% – 25 candidats déclarés, six habilités à se présenter, un seul autorisé à dépasser les 50%.

Le libéral Boris Nemtsov, originaire de Sotchi et ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, faisait figure d’opposant crédible. Il fut aspergé d’ammoniac et sali dans des clips diffusés par la télévision locale.

Dans un reportage (lien payant) réalisé à l’époque des élections, la correspondante du Monde en Russie, Marie Jégo, écrivait :

« Une semaine avant le scrutin, les fonctionnaires – enseignants, médecins, employés – ont été incités à voter par anticipation, au prétexte qu’ils travailleront dimanche 26 avril.

“Je n’y comprends rien. En réalité, nous ne travaillons pas le dimanche, or on nous emmène voter pendant nos heures de travail”, s’étonne un instituteur ramené en autobus, mercredi 15 avril, dans un bureau de vote improvisé à Adler, à dix kilomètres de Sotchi.

Lui et des centaines d’autres personnes vont cocher leur bulletin autour d’une table ronde, sous l’œil attentif de leur hiérarchie. »

Le maire Pakhomov, un apparatchik rondouillet, est plus poutinien que le président lui-même. Il est persuadé qu’il n’y a pas d’homosexuels dans sa ville de 400 000 habitants, pourtant dotée de deux bars gays. Et demande à ceux qui viendront pendant les Jeux de ne pas « imposer leurs habitudes aux autres », en vertu de la loi contre la « propagande homosexuelle ».

                                                                                                                                                                                                                             4 Les tremplins de saut à ski ont coûté 200 millions d’euros et deux exils

 


Le chantier de construction d’un tunnel train-route entre Sotchi et Alpia, en 2010 (MIKHAIL MORDASOV / AFP)

 

La gabegie des Jeux de Sotchi est illustrable par mille exemples. Le plus connu : la route et le chemin de fer reliant Adler, dans la banlieue de Sotchi, aux montagnes de Krasnaïa Poliana, pour un coût estimé de 6,5 milliards de dollars, l’équivalent du coût total de l’organisation des JO de Vancouver.

Un désastre environnemental, « l’une des plus grandes escroqueries de l’histoire des Jeux », selon l’opposant Boris Nemtsov. Une prouesse technique équivalente au TransSibérien, selon son promoteur, la président de la compagnie ferroviaire publique russe.

Le magazine russe Esquire a calculé qu’on aurait pu, pour ce prix, recouvrir la route d’un centimètre de caviar Beluga (ce qui eût été pire gâchis encore).

Le cas du tremplin de saut à ski est tout aussi absurde et vaut aujourd’hui un exil londonien à deux frères jusqu’à peu très en cour au Kremlin. Comme pour tant d’autres installations, les scientifiques ont été plutôt négligés avant le début des travaux.

Le chantier, qui doit coûter initialement 28 millions d’euros, commence en 2008 sans étude géologique préalable selon l’enquête de Bloomberg Businessweek. Sur un sol trop meuble, gorgé d’eau, sujet aux glissements de terrains. Au printemps 2012, des millions de tonnes de boue dévalent la colline où le tremplin est en cours de construction.

A ce stade, la facture est déjà de 100 millions d’euros. Elle doublera. Victime de ce fiasco : les frères Bilalov, « gagnants » du contrat. Magomed l’entrepreneur, Akhmed le politique, copain du gouverneur régional et vice-président du Comité olympique.

Lorsque Vladimir Poutine vient visiter le chantier le 6 février 2013, un an avant les Jeux, il feint de découvrir que le tremplin n’est pas terminé et que les coûts ont explosé. Devant les caméras, manteau noir et visage fermé, Poutine lâche un sarcastique : « Bravo, bon boulot. » Le sort des Bilalov est scellé.

Ils vivent aujourd’hui à Londres après un passage, selon eux, à l’hôpital de Baden-Baden pour soigner un empoisonnement au mercure.

Depuis avril, Akhmed Bilalov est poursuivi par la justice russe pour abus de pouvoir. Ses dépenses somptuaires aux frais de l’Etat ont été étalées dans la presse. Leurs parts majoritaires dans l’entreprise Krasnoïa Poliana ont été rachetées pour une bouchée de pain.

                                                                                                                                                                                                                              5 Les combats dans la région ont fait près de mille morts l’an dernier

 


Des policiers en patrouille sur un site olympique de Krasnaya Polyana samedi (Gero Breloer/AP/SIPA)

 

Vladimir Poutine a fait de l’événement un enjeu de politique intérieure. Il s’agit aussi d’affirmer le pouvoir du Kremlin dans la région, où les islamistes opèrent sur un territoire grandissant. Des Jeux sans incident majeur justifieraient son virage en la matière ces derniers mois, décrit comme « maladroit » par le groupe de réflexion International Crisis Group :

« Au Daguestan, par exemple, les tentatives de réinsertion des insurgés et de dialogue avec les salafistes les plus modérés ont fait place à une large répression contre les fondamentalistes. La même politique a été appliquée en Ingouchie et la sécurité a été renforcée partout.,

Ces mesures pourraient temporairement supprimer les symptômes de l’insurrection au Caucase du Nord, mais elles ne peuvent mettre fin aux problèmes de fond. La région a besoin d’une paix durable, plus d’opérations à grande échelle. “

Sotchi et Krasnaïa Poliana vont ressembler à des forteresses avec, selon les sources, entre 37 000 et 100 000 hommes sous l’autorité du FSB, pour 343 000 habitants en temps normal. L’atmosphère risque d’être un peu moins légère que lors d’autres éditions des JO d’hiver. Ils étaient 6 000 policiers à Vancouver, il y a quatre ans.

Une loi d’exception interdit certains déplacements en voiture, donne aux forces de l’ordre des moyens d’écoute et des pouvoirs d’enquête et d’interpellation faisant passer les services français pour de gentils militants des droits de l’homme.

Les autorités américaines affichent leur inquiétude et laissent à disposition en cas de crise deux vaisseaux de l’US Navy en mer Noire ; les athlètes français seront accompagnés par le Raid et le GIGN. Bonne ambiance.

Il faut dire que le conflit armé dans le Nord-Caucase a fait 986 victimes en 2013 (selon le site Caucasian Knot) et que trois attentats suicide ont frappé Volgograd en fin d’année.

Les cibles des forces russes sont les ‘veuves noires’, des compagnes d’islamistes tués et coupables des attentats suicide les plus marquants ces dernières années en Russie . Tous les agents patrouillant à Sotchi ont sur eux des photos de jeunes femmes du Daguestan, couvertes d’un foulard ou d’un hidjab, et qui se sont évanouies dans la nature ces dernières semaines.

Plus Poutine lie son image au succès des Jeux de Sotchi, plus ceux-ci deviennent une cible de choix pour les islamistes. Mais les experts soulignent que plus Sotchi devient difficile à frapper, moins les autres villes russes sont sécurisés.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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Jeudi 26 décembre 2013 4 26 /12 /Déc /2013 19:35

 

Source : www.rue89.com

 

 

Rebelles un jour 24/12/2013 à 16h40

La leçon punk des Pussy Riot

Renée Greusard | Journaliste Rue89

 


En Russie, Nadezhda Tolokonnikova, membre des Pussy Riot, sort de prison, le 23 décembre 2013 (Tatyana Vishnevskaya/AP/SIPA)

 

Deux ans qu’elles étaient dans des camps pour leur « prière punk » contre le président Vladimir Poutine. Ce lundi, Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina ont été amnistiées et libérées.

Elles rejoignent Ekaterina Samoutsevitch, libérée elle en octobre parce qu’elle n’avait pas eu le temps de participer à la prière punk.

On aurait pu penser que les Pussy Riot se tiendraient à carreau. On redoutait qu’elles remercient le tsar Poutine et enfilent des bas de contrition. Au lieu de ça, elles ont rouvert les hostilités. Punk un jour, punk toujours. Elles donnent une bonne leçon de persévérance.

                                                                                                                                                                                                                             1 La libération, une opération de com de Poutine

 

Au New York Times, Alekhina a dit :

« Je pense que c’est une tentative d’embellir un peu l’image du gouvernement actuel, avant les Jeux de Sotchi, particulièrement auprès des Européens. Mais je ne considère pas que ce soit un geste humain ou miséricordieux. »

                                                                                                                                                                                                                             2 Elles auraient préféré y rester

 

Dès qu’elle est sortie, Nadejda Tolokonnikova a estimé l’amnistie et sa libération inacceptables.

Alekhina a précisé que seuls 10% des détenus en profiteraient et a déclaré à un journaliste du Figaro :

« Si j’avais eu ne serait-ce qu’une petite possibilité de refuser cette amnistie, je l’aurais fait, insiste-t-elle. Mais je n’ai été qu’un corps, que l’on a déplacé. »

Les officiels l’ont, dit-elle, forcée à quitter la prison. Elle aurait préféré finir sa peine normalement.

 


Maria Alekhina, membre des Pussy Riot, le 23 décembre 2013 (Filipp Romanov/AP/SIPA)

                                                                                                                                                                                                                             3 Elles se foutent de la gueule de Poutine

 

A la radio des Echos de Moscow, Nadejda Tolokonnikova a dit :

« Il m’ont mise à ’intérieur, ils me laissent sortir. L’un de ces faits était drôle, l’autre ne l’est pas moins. [... ]

Nous aurions pu tout aussi bien rester en détention jusqu’à la fin de notre peine, sans ce geste humoristique des autorités. »

                                                                                                                                                                                                                             4 Pas décidées à se taire sur les conditions de détention

 

Dès qu’elle est sortie, Maria Alekhina s’est rendue dans les locaux du Comité contre les tortures. Là, elle a évoqué le sort de ses co-détenues :

« Le plus dur en prison était de voir comment ils cassent les gens. »

                                                                                                                                                                                                                             5 L’une d’elles a porté plainte contre la Russie

 

La première des trois Pussy Riot libérées, Ekaterina Samoutsevitch, a porté plainte, le 10 octobre dernier contre la Russie, devant la Cour européenne des droits de l’homme, au sujet de ses conditions de détention. Son avocate avait notamment expliqué à l’époque :

« Elles dormaient peu durant la journée, ne mangeaient pas du tout et ne buvaient pas. Du point de vue de la Convention européenne, c’est un traitement inacceptable pour des personnes incarcérées. »

                                                                                                                                                                                                                             6 Elles recommenceraient

 

Interviewée par une foule de journaliste, Maria Alekhina n’a rien regretté de ces actes et a même ajouté au sujet de la prière punk :

« Non seulement on recommencerait, mais on la chanterait jusqu’au bout ! »

 

 

Source : www.rue89.com

 


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Mardi 19 novembre 2013 2 19 /11 /Nov /2013 16:33

 

Source : blogs.mediapart.fr

 

Les autres visages de la Russie

 

 

Déjà moins de trois mois avant l’ouverture des Jeux Olympiques de Sotchi. On nous promet des installations sportives exemplaires, on construit pour l’occasion et au pas de course des autoroutes, des hôtels de luxe... Mais sitôt que nous passons de l’autre côté du miroir, saute aux yeux une autre réalité, celle que le discours officiel ne nous montrera jamais ! Allons à la rencontre de Nikolai, Ilya, Sergueï, Svetlana et de tous les autres.

Allons à la rencontre de ces citoyennes et citoyens de la Russie d’aujourd’hui. Artistes, journalistes, écologistes, juristes, professeurs, militants ou tout simplement citoyens…, ils sont l’Autre visage de la Russie. Celui d’une Russie qui refuse de se plier à la loi de l’arbitraire, d’une Russie riche de ses esprits libres, de ses militants déterminés à défendre la liberté, d’une Russie qui fait vivre au quotidien la flamme des droits de l’Homme. Ils forment un peuple qui ne se contente pas de pain et de Jeux pour exister. Harcelés, stigmatisés, emprisonnés, torturés, mais tout autant déterminés, opiniâtres, engagés, ce sont eux que nous devons aujourd’hui écouter et encourager. Nous parlerons ici de ceux que le Président Vladimir Poutine voudrait à tout prix nous faire oublier. Nous dénoncerons le racisme, les nouvelles lois liberticides, l’homophobie, l’enfermement systématique des opposants, la condamnation des manifestants, la torture des prisonniers, les attaques contre les associations...

Parce qu’il est encore temps de faire de ces Jeux Olympiques d’hiver une fête universelle, parce qu’il est encore temps de libérer les prisonniers d’opinion, d’entendre la voix de la rue, de rendre justice aux victimes, de mettre la loi au service de la justice. Parce que derrière l’apparat artificiel des cérémonies officielles, ces femmes et ces hommes nous donnent une vraie leçon de courage. Parce que leur dignité exemplaire nous invite à briser leur isolement.

Ainsi va la Russie d’aujourd’hui. C’est celle-ci que nous vous proposons de découvrir ensemble.

 

Signataires :

Amnesty International France (AIF),
Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT),
FIDH (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme),
LDH (Ligue des Droits de l’Homme),
Inter-LGBT,
l’association Russie-Libertés
Reporters sans Frontières (RSF).

 

 


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