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Russie

Vendredi 8 mars 2013 5 08 /03 /Mars /2013 18:14

 

 

Le Monde.fr avec AFP | 08.03.2013 à 17h42


 

 

Mikhaïl Chichkine a décliné une invitation pour une Foire aux livres aux Etats-Unis pour protester contre un gouvernement qualifié de "ramassis de voleurs".

La Russie s'est dite "surprise", vendredi 8 mars, par la décision d'un de ses écrivains contemporains les plus célèbres, Mikhaïl Chichkine, de ne pas se rendre à une Foire aux livres aux Etats-Unis pour représenter le "régime criminel" de son pays.

L'Agence fédérale des médias et de l'impression (RosPetchat) avait invité M. Chichkine à faire partie de la délégation russe à BookExpo America, Foire aux livres qui aura lieu en mai à New York, pour promouvoir la littérature russe à l'étranger. Mais M. Chichkine a décliné l'offre, expliquant qu'il ne pouvait pas représenter un Etat avec la politique duquel il est en total désaccord, a indiqué l'agence Ria Novosti.
 

"Nous sommes très surpris, nous regrettons", a déclaré à Ria Novosti le directeur adjoint de RosPetchat, Vladimir Grigoriev, réagissant à la décision de l'écrivain russe résidant en Suisse depuis 1995. "C'est ce qui arrive quand un écrivain russe est loin de sa patrie depuis longtemps. Il y a eu beaucoup de cas comme celui-ci dans l'histoire", a estimé M. Grigoriev.

 

 "RAMASSIS DE VOLEURS"

Dans une lettre adressée à RosPetchat et citée par le quotidien britannique The Guardian, M. Chichkine a estimé que la Russie était dirigée par un "régime criminel", un "ramassis de voleurs", et il a vivement critiqué des "lois qui marquent un retour au Moyen-Age". L'écrivain a ajouté dans sa lettre qu'il voulait représenter "une autre Russie, ma Russie", un pays avec "des médias libres, des élections libres, des gens libres".

Interrogé sur ces propos par la radio Echo de Moscou, le directeur adjoint de l'Agence fédérale des médias et de l'impression a balayé les critiques de l'écrivain visant le régime du président Vladimir Poutine. "J'ai très peur que Mikhaïl ait cédé à la tentation, sous la pression du service de communication d'un éditeur anglais, de créer une certaine image de lui avant la publication de son livre, a déclaré M. Grigoriev. Je ne peux que regretter que l'un des auteurs contemporains les plus talentueux commence à faire du remue-ménage politique."

Mikhaïl Chichkine a remporté de nombreux prix littéraires en Russie, notamment le Booker Prize russe en 2000 pour La Prise d'Izmaïl. Il écrit en russe, et plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en allemand et en français.

 

 

 
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Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 19:43

 

26-02-2013


   

Les deux Pussy Riot, contestataires russes qui purgent une peine de deux ans de camp pour une "prière punk" contre Vladimir Poutine, pourraient bénéficier d'une libération anticipée avant 2014, a estimé lundi, à Moscou, une de leur camarade, Ekaterina Samoutsevitch. Cette dernière, la Pussy Riot libérée, a également critiqué dans une interview à l'AFP, l'acteur Gérard Depardieu, "devenu, selon elle, une partie du jeu médiatique des autorités" russes.
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Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 17:24

 

Le Monde.fr avec AFP | 21.02.2013 à 13h14 • Mis à jour le 21.02.2013 à 13h14

 

 

 

Le 21 février dans la cathédrale du Christ-Sauveur, à Moscou.

Deux femmes ont été interpellées jeudi 21 février dans la cathédrale de Moscou alors qu'elles voulaient marquer l'anniversaire de la "prière punk" contre Poutine chantée par le groupe contestataire Pussy Riot, dont deux femmes sont aujourd'hui emprisonnées.

Irina Katsouba et Elena Volkova, deux professeurs de l'Université de Moscou, ont été interpellées dans la matinée dans la cathédrale, alors qu'elles avaient revêtu des cagoules et tentaient de déposer des fleurs devant l'iconostase, rapporte le site d'informations en ligne Gazeta.ru. Mme Katsouba a raconté au site vouloir célébrer "l'anniversaire d'un événement qui a changé notre pays".

Le 21 février 2012, cinq jeunes femmes entrent dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, enfilent des cagoules colorées et interprètent une chanson punk dénonçant une collusion entre l'Eglise orthodoxe et le pouvoir politique. Elles prient la Sainte Vierge de "chasser Poutine". La scène, qui ne dure que 40 secondes, est filmée et aussitôt placée sur l'internet, ce qui fera la notoriété du groupe, quasi inconnu jusqu'alors.

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 SOCIÉTÉ RUSSE DIVISÉE

Face à des fidèles orthodoxes sous le choc, les jeunes femmes parviennent à s'enfuir ce matin-là, mais trois d'entre elles sont arrêtées quelques jours plus tard. Les autres n'ont jusqu'à présent pas été identifiées. Aujourd'hui, deux d'entre elles, Nadejda Tolokonnikova, 23 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, toutes deux mères d'enfants en bas âge, purgent une peine de deux ans dans des camps de l'Oural et de Mordovie.

La troisième, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, a vu en octobre sa peine commuée en sursis, ayant fait valoir qu'elle n'avait pas chanté avec les autres, ayant été interpellée une quinzaine de secondes après son arrivée dans l'église avec sa guitare.

L'affaire a profondément divisé la société en Russie, mais le groupe est devenu depuis un symbole à l'étranger de la protestation contre le régime russe. Selon un sondage de l'institut indépendant Levada effectué en octobre, 35 % des Russes estiment que la peine de deux ans de prison est inappropriée, tandis que 43 % pensent que ce n'est pas assez sévère. Seuls 13 % des personnes interrogées jugent qu'elle est beaucoup trop sévère.

 

 

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Lundi 4 février 2013 1 04 /02 /Fév /2013 19:22

 

Ceux qui continuent à se goinfrer sous la gauche

 Marianne - Lundi 4 Février 2013 à 05:00

 

Arnaud Bouillin - Marianne

 

Quand elle était dans l'opposition, la gauche accusait Nicolas Sarkozy d'être le "président des riches". Au pouvoir, que fait-elle pour corriger les excès des profiteurs d'en haut et limiter la gloutonnerie de certaines professions ? Pas grand-chose, hélas ! Enquête sur ceux que ni la crise ni le gouvernement n'empêchent de dormir.

 

GILE MICHEL/SIPA
GILE MICHEL/SIPA
Ce fut l'un des thèmes fétiches du sarkozysme finissant : traquer les accros aux allocations chômage, les abuseurs de RSA, les biberonnés aux arrêts de travail, à la carte Vitale, à la CMU... Ces légions fantasmées de prébendiers brandis comme des épouvantails par un régime en fin de règne pour masquer sa propre incapacité à endiguer la montée du chômage et à colmater les trous béants ouverts par la crise dans le portefeuille des ménages. Dans ce concert d'outrances verbales, Laurent Wauquiez, pas encore porte-voix d'une motion UMP portée par La Droite sociale et qui prône, dans un magnifique oxymore, l'exact contraire de son intitulé, s'emporta contre «le cancer de l'assistanat». Son plagiaire de La Droite forte, Guillaume Peltier, jamais avare d'une surenchère, propose, lui, de «supprimer à vie les allocations pour tout fraudeur récidiviste».

Leurs deux motions sont arrivées en tête du dernier vote des militants UMP. On l'a peu relevé, tellement la bouffonnerie Copé-Fillon occupait les esprits. Mais c'est un fait : pour près de la moitié des cadres du principal parti d'opposition, les «profiteurs d'en bas» sont une menace majeure qu'il convient par tous les moyens d'éradiquer. Et ceux d'en haut, qui tous ont largement bénéficié de la mansuétude de l'ancienne majorité, si ce n'est de sa connivence, pour gonfler leur compte en banque déjà replet, qui s'en préoccupe ? Peu de monde à gauche. Encore moins au gouvernement.

Qu'est-il advenu de la volonté affichée du candidat François Hollande d'opérer une «redistribution en faveur des salariés et des familles au détriment des plus hauts revenus et des fortunes les plus importantes» ? Pas grand-chose. La chasse aux sorcières, façon UMP, n'honore pas ceux qui la pratiquent. Mais de là à rester inerte face à des rentes de situation pour lesquelles les mêmes qui sont aujourd'hui aux manettes criaient naguère au scandale, il y a tout de même un fossé... Ces atermoiements à corriger les excès manifestes de professions ou de castes, dont Marianne vous propose cette semaine quelques exemples édifiants, sont d'autant plus inquiétants qu'ils s'accompagnent d'un fatalisme déjà résigné... après huit mois seulement d'exercice du pouvoir.

Les péages, dont les prix poussent chaque année comme du chiendent sur le bas-côté et qui enrichissent toujours plus les concessionnaires privés ? «On ne peut rien faire», balaye Frédéric Cuvillier, le ministre des Transports. Et l'on s'étonne après que Cofiroute ose franchir la barre symbolique du 1 € le kilomètre - tarif pratiqué les vendredis et veilles de jours fériés pour les non-abonnés - dans son tunnel reliant Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) à Vélizy (Yvelines).

Les bonus des grands patrons du privé ? «Depuis 2002, les dirigeants du CAC 40 ont vu leurs salaires augmenter de 400 % quand les salaires du secteur privé n'ont augmenté en moyenne que de 3,5 %. De tels écarts de rémunération sont aussi injustifiables qu'intolérables», affirmait le projet socialiste 2012, censé servir de «boîte à outils» au candidat Hollande. De boîte noire, plutôt : avec l'arrivée de la gauche aux responsabilités, le sujet a brusquement disparu de l'agenda. Tout juste Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, promet-il du bout des lèvres «vouloir encourager les entreprises à améliorer leurs codes de bonne conduite».

Banquiers, notaires, autoroutiers etc.

La parade, professe-t-on dans son entourage, ne peut venir que du renforcement de la fiscalité sur les plus hauts revenus. D'où la création d'un nouveau barème d'imposition à 45 % - contre 41 % auparavant - pour la tranche supérieure à 150 000 € par mois. Et d'une «contribution exceptionnelle de solidarité» à 75 % pour la tranche supérieure à 1 million d'euros. «La première mesure n'enthousiasme pas mes clients, mais elle n'est pas insupportable au point de les décider à quitter la France, explique un avocat parisien en vue, spécialisé dans les questions fiscales. La seconde posait plus problème. On sait comment elle a fini...» Rembarrée par le Conseil constitutionnel pendant la trêve des confiseurs ! Vu l'importance symbolique de cette «supertaxe» dans le succès électoral de François Hollande, on se disait benoîtement que le gouvernement avait un plan B. En fait, non...

Par un communiqué plan-plan, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s'est contenté d'annoncer un «dispositif nouveau» dans le cadre de la prochaine loi de finances. Un an de gagné pour les très riches, et 300 millions d'euros en moins - au bas mot - dans les caisses de l'Etat. Brillant.

En ne maniant que le bâton fiscal pour réduire la carotte des contribuables les plus aisés, l'exécutif privilégierait, nous dit-on, l'efficacité. Mais au prix d'inextricables contorsions. Et, plus inquiétant encore, d'un silence radio général sur les questions de fond que posent certaines corporations. Pourquoi les notaires, dont le statut ultraprotégé est jugé contraire au principe de la libre concurrence par un arrêt de mai 2011 de la Cour de justice de l'Union européenne, continuent-ils de bénéficier du soutien inconditionnel du ministère de la Justice ?

>> Lire : Notaire, on ne change pas une profession qui gagne autant

En septembre dernier, Christiane Taubira, la garde des Sceaux, a pris le chemin du Sud - vers Montpellier, pas Canossa - pour tenir un discours tout sucre, tout miel au 108e congrès du notariat et affirmer «la détermination du gouvernement [...] à préserver la profession de notaire», parce qu'elle est «d'une autorité particulière et d'une indiscutable nécessité». Tellement nécessaire que la plus haute autorité judiciaire de l'Europe, et avant elle une batterie de rapports officiels franco-français, réclame l'abolition de ses privilèges hérités de l'Ancien Régime...

Les banquiers, dont les acrobaties sans filet ont largement contribué à plonger les économies européennes dans la récession, n'ont pas non plus de mouron à se faire : leurs bénéfices, qui se chiffrent en milliards d'euros, affichent de beaux niveaux, de même que leur cours de Bourse (lire ci-contre). Quant au projet de loi présenté par Pierre Moscovici, il préserve l'essentiel de leur sacro-saint modèle de «banque universelle», une spécificité française qui fait cohabiter sous le même toit le Livret A de M. Tout-le-Monde et le trading à haute fréquence - des transactions à la microseconde - sur les marchés des matières premières. «Les dirigeants de ces banques passent leur temps à dire qu'il y a des barrières étanches entre les dépôts des clients et les activités d'investissement. Eh bien, s'il y a des barrières aussi étanches que cela, cela veut dire que l'on peut facilement scinder les banques», notait récemment Bernard Esambert sur l'excellent blog lescrises.fr.

Ce faux ingénu n'est pas n'importe qui : conseiller de Georges Pompidou à Matignon puis à l'Elysée, il a ensuite présidé de 1977 à 1993 la Compagnie financière Edmond de Rothschild. Difficile, donc, de considérer cet ancien banquier, promu grand officier de la Légion d'honneur sous Sarkozy, comme un dangereux gauchiste... «Je ne vois pas de raisons, poursuit notre homme, de faire prendre des risques à chaque catégorie visée par la banque universelle sur des opérations qui ne la concernent absolument pas et qui peuvent créer des désordres importants. On n'a pas été loin en 2008 et en 2009 de voir des queues s'installer devant les banques. Ce sont des spectacles que l'on ne veut pas revoir, que l'on a connus en 1929, et pour les éviter définitivement, il faut séparer, encore une fois, ces deux catégories.» Du bon sens. Qui n'a pas eu l'heur d'inspirer les services de Pierre Moscovici...

Un avenir rose... pour certains

Certes, la messe n'est pas tout à fait dite et les parlementaires, saisis du texte, vont pouvoir apporter leur contribution dans les jours qui viennent. L'UFC-Que choisir les presse déjà de renforcer les droits des consommateurs en matière de frais bancaires, une jungle à peine éclaircie par les précédentes réformes de la droite et dont le gouvernement ne dit rien, ou si peu. L'économiste Gaël Giraud, plutôt classé à gauche, chercheur au CNRS et à l'Ecole d'économie de Paris, déplore lui, dans une note critique qui fait hurler à Bercy, que «le projet de loi français ne résout aucun des problèmes» et que la France, «en légiférant la première, risque de préempter le débat européen». On souhaite bon courage aux députés et sénateurs socialistes... D'autant, et c'est un signe, que leurs collègues de l'UMP ne semblent pas franchement remontés contre ce texte, préférant réserver leurs diatribes au mariage pour tous ou au logement social.

Concessionnaires autoroutiers, notaires, banquiers, mais aussi liquidateurs et administrateurs judiciaires, promoteurs immobiliers ou rentiers de tout poil. Des «profiteurs» qui voient leur avenir en rose. La couleur, pas l'emblème faussement menaçant du PS. Quand Nicolas Sarkozy stigmatisait ceux qui «volent la Sécu» et qui trahissaient à ses yeux «la confiance des Français», toute la gauche faisait bloc contre ces propos. Quand François Hollande entend mettre au pas la finance, la droite se dit prête à lui apporter son soutien. Il y a comme un hic, non ?
 

Article publié dans le magazine Marianne (823), du 26 janvier au 1er février

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Mardi 22 janvier 2013 2 22 /01 /Jan /2013 18:35

 

Le Monde.fr | 22.01.2013 à 18h07

 

 

 

22-01-2013

  Par lemondefr

Des militants en faveur des droits des homosexuels ont été passés à tabac, mardi 22 janvier devant le Parlement (Douma) à Moscou, alors qu'ils étaient rassemblés pour un "kiss-in". Au moins cinq assaillants auraient été arrêtés, rapporte Têtu.

Les organisateurs de la manifestation entendaient protester contre l'intention affichée par le Parlement russe d'interdire toute "propagande homosexuelle" en Russie, sur le modèle d'un loi déjà entrée en vigueur l'année dernière à Saint-Pétersbourg. Cette loi punirait au niveau national tout "acte public" faisant l'apologie de l'homosexualité avec des amendes allant jusqu'à 500 000 roubles (12 500 euros).

Images : Reuters
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Vendredi 18 janvier 2013 5 18 /01 /Jan /2013 18:05

 

LE MONDE | 18.01.2013 à 12h27 Par Marie Jégo - Moscou, correspondante


 

Maria Alyokhina dans le box des accusés, le 16 janvier, durant son procès devant le tribunal de Beriozniki de la région de Perm (Oural).

 

 

 

Maria Alyokhina, 24 ans, la militante du groupe Pussy Riot qui purge actuellement une peine de deux ans de prison pour avoir entonné un chant anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, s'est vu refuser, mercredi 16 janvier, sa demande de remise en liberté. Selon la loi russe, les condamnées mères de jeunes enfants ont pourtant droit à un report de peine.

Maria, qui a un fils de 5 ans, a tenté d'en bénéficier, en vain...

(  L’accès à la totalité de l’article est protégé)

 

 

                                                                           ************************************

 

 

http://www.lecourrierderussie.com/2013/01/16/pussy-riot-pas-de-liberation-anticipee-pour-maria-alekhina/#.UPmOyfLuqn8

 

 

Pussy Riot : pas de libération anticipée pour Maria Alekhina

Publié le 16 janvier 2013 à 19:22

 

Mercredi 16 janvier, la demande de libération conditionnelle de Maria Alekhina, une des deux membres de Pussy Riot encore en détention, a été rejetée par le tribunal de Berezniki, dans la région de Perm, où l’activiste purge actuellement sa peine.


maria_alekhina

« Maria Alekhina purgera sa peine jusqu’à la fin », a rapporté le portail RAPSI, The Russian Legal Information Agency. Le tribunal de Berezniki a refusé la demande de liberté conditionnelle de la jeune femme, estimant que « son statut de mère était connu depuis les premiers jugements et qu’il ne pouvait donc plus compter en tant que nouvel élément dans l’affaire », comme cela avait été demandé par la défense de l’activiste.

La défense de Maria Alekhina a désormais dix jours pour faire appel de la décision.

Selon la loi russe, une mère de famille peut bénéficier d’une libération conditionnelle jusqu’à ce que son enfant atteigne l’âge de 14 ans. Si aucune infraction n’est commise entre-temps, la prévenue peut ensuite obtenir une annulation de peine. Dans le cas de Maria Alekhina, cela signifiait dix ans de liberté conditionnelle, son fils étant âgé de 4 ans.

En colonie pénitentiaire depuis le 3 mars 2012, Maria Alekhina aurait ainsi pu être la deuxième membre de Pussy Riot à être libérée après Ekaterina Samoutsevitch, le 10 octobre 2012. Rappelons que les trois jeunes femmes ont été condamnées le 17 août dernier à deux ans de colonie pénitentiaire pour avoir chanté une prière punk dans la cathédrale Christ-Sauveur à Moscou en février 2012.

 

  Thomas GRAS Source : Rapsi

 

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Mardi 15 janvier 2013 2 15 /01 /Jan /2013 20:38

 

 

Marianne - Mardi 15 Janvier 2013 à 16:45

 

Paul Antone

 

Ekaterina (Katia) Samoutsevitch – la seule des trois Pussy riot condamnées en août dernier qui ne soit pas en prison – donnait une vidéo conférence à la Maison d’Europe et d’Orient, à Paris, lundi 7 janvier. Portrait d’une activiste qui n’a pas froid aux yeux.

 

Ekaterina (Katia) Samoutsevitch - Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA
Ekaterina (Katia) Samoutsevitch - Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA
« Pour nous, ça n’était pas facile de mettre la cagoule rapidement ». Cela se passait de manière furtive avant qu’elles fassent leur « coup ». Elles étaient conscientes du risque mais voulaient protester contre le pouvoir poutinien, en place depuis 2000.

Les Pussy riot, un groupe punk féministe, composé de cinq jeunes militantes, avaient brièvement entonné, cagoulées et vêtues de couleurs vives, une joyeuse « prière punk », baptisée « Ste Vierge, débarrasse nous de Poutine », dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou le 21 février 2012.


Cette histoire avait suscité de vives réactions. Accusées de profanation et de blasphème, trois d’entre elles avaient été arrêtées et jugées fin août 2012. Tandis que ses deux amies étaient déportées dans des camps où elles purgent actuellement leur peine, Katia avait été relâchée le 10 octobre. « Je ne m'attendais pas du tout à être libérée », confait-elle à l'Express quelques jours après cette décision.

« Beaucoup de gens ont cru, à tort, à une attaque anti-chrétienne ! Mais c’est parce que l’on leur a martelé cela, et qu’ils sont mal informés», explique la jeune trentenaire, depuis son appartement moscovite via skype, coiffée d’un casque, l’air juvénile, à la fois réservée et déterminée. Il n’y a jamais eu de sens religieux à leur action : « L’objectif était de faire réagir le public en utilisant les mêmes symboles que le pouvoir, car Poutine a récupéré les symboles cléricaux pour asseoir sa politique ». Pourtant, le « happening » des Pussy riot a beaucoup indigné en Russie.

Et tout au long du procès, la composante religieuse a monopolisé le débat. Finalement, deux membres des Pussy riot sur trois demeurent en détention. Leur état de santé est relativement acceptable. « Nadia a souvent des mots de tête, mais le plus grave c’est qu’elle ne peut pas voir son enfant », indique Katia.

 

Sergey Ponomarev/AP/SIPA
Sergey Ponomarev/AP/SIPA

Accusée d’extrémisme

Lorsqu’on leur reprochait d’être un groupe athée et anticlérical, Katia répond « C’est vrai mais on n’était pas non plus un groupe de musique religieuse ». Ses projets pour le futur ? « J’ai eu beaucoup de propositions, dont certaines fort inattendues », lâche-t-elle modestement. L’une d’elle vient de l’excellent théâtre moscovite teatr.doc, qui s’est fait une spécialité de mettre en scène des affaires récentes qui agitent la Russie. Mais, pour la jeune femme, il est bien difficile d’oublier les Pussy riot. D’une part parce qu’elle n’aura de cesse de faire libérer ses deux amies. Mais aussi parce que c’est une image qui lui colle à la peau. Car dans son pays, Katia est considérée comme une extrémiste, en vertu d’une nouvelle législation permettant de qualifier ainsi toute activité sortant de l’ordinaire.  « Il y a un préjugé négatif contre moi », souligne-t-elle, d’un sourire narquois. 

À tel point que certains artistes reconnus sont réticents à l’idée de manifester à ses côtés. « C’est une façon se protéger. Les artistes ne veulent pas avoir de problème. C’est pourquoi on ne veut pas laisser entrer les Pussy Riot dans ce monde des artistes reconnus ».
 

N’en déplaise à Depardieu. Lorsqu’on demande à Katia si elle voudrait la nationalité française, elle répond d’un sourire amusé qu’elle serait ravie d’être « citoyenne française et même du monde » et de voyager. Mais tout de suite elle recentre le sujet : « On n’a pas fait tout cela pour rien. Il faut continuer la lutte. »

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Vendredi 14 décembre 2012 5 14 /12 /Déc /2012 23:04

 

Le Monde.fr avec AFP | 14.12.2012 à 13h04


 
Manifestation à Moscou à la mémoire de la journaliste russe d'opposition, Anna Politkovskaïa, en 2010.

Un ancien policier russe a été condamné, vendredi 14 décembre, à Moscou à onze ans de camp pour avoir organisé l'assassinat en 2006 de la journaliste d'opposition Anna Politkovskaïa, dont le commanditaire reste inconnu.

Lire : L'affaire Politkovskaïa, dossier noir de Poutine

L'ancien lieutenant-colonel Dmitri Pavlioutchenkov avait reconnu sa culpabilité devant le tribunal municipal de Moscou. Condamné à onze ans de camp à régime sévère, c'est une année de moins que les réquisitions du procureur, mercredi.

Lors de sa plaidoirie, l'avocate de la famille de la journaliste Me Anna Stavitskaïa, avait annoncé que si l'ex-policier n'était pas condamné à la peine maximale en tant qu'organisateur, soit treize ans, elle ferait appel du jugement. Elle a également protesté contre la décision du tribunal d'ordonner le huis clos partiel. Le parquet avait en effet estimé que certains documents "secrets" ne pouvaient être lus en public, selon l'agence de presse Interfax.

L'homme aurait reconnu avoir pris en filature Anna Politkovskaïa, acheté un pistolet et remis l'arme au tueur. "Il n'a pas participé à la phase finale du crime", avaient soutenu les avocats de la défense, qui demandaient une peine avec sursis. "Pourquoi n'a-t-il rien dit sur le crime [qui allait se produire] ? C'est qu'il a eu peur pour sa vie et celle de ses proches", a expliqué Me Karen Nersessian, citée par Interfax, soulignant que l'ex-policier redoutait que ses complices dans cette affaire ne l'éliminent.

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Mardi 11 décembre 2012 2 11 /12 /Déc /2012 16:48

 

 

Le Monde.fr | 11.12.2012 à 09h39 • Mis à jour le 11.12.2012 à 15h20 Par Marie Jégo - Moscou, correspondante


 

 

 
Sur la tombe de Sergeï Magnitski, le 20 novembre 2009 à Moscou.

 RÉCIT. Lorsque, le 13 novembre 2005, William Browder se voit refuser l'entrée en Russie par la police des frontières à l'aéroport Cheremetievo de Moscou, il pense qu'il s'agit d'une erreur. Installé dans la capitale russe depuis 1996, le financier britannique est alors à la tête de Hermitage Capital, le plus gros fonds d'investissement étranger présent dans le pays (3 milliards d'euros). Sans explications, le voilà renvoyé à Londres par le premier avion, il n'en revient pas. Ses affaires sont en règle, son visa aussi, alors pourquoi est-il chassé comme un malpropre ?

William Browder, fondateur d'Hermitage Capital, en avril 2006.

Lettres à l'administration russe, interventions au plus haut niveau, rien n'y fait. Bientôt l'explication tombe : M. Browder est une menace pour "la capacité de défense du pays, la sécurité de l'Etat, l'ordre public, la santé de la population", indique le ministère des affaires étrangères russe. Les diplomates ne sont pour rien dans cette décision, tout vient du FSB, les services de sécurité russes redevenus tout-puissants depuis que le pays est dirigé par Vladimir Poutine, un ancien de la "Corporation" KGB (police politique et services secrets soviétiques).

Visiblement, William Browder dérange. Il a dû marcher sur les doigts de pied de quelqu'un de très haut placé. Est-ce parce qu'il dénonce à voix haute la mauvaise gouvernance au sein de Gazprom, le géant gazier cher au Kremlin ? Est-ce parce que son fonds, enregistré off shore, revend les actions minoritaires des grandes sociétés publiques (Gazprom, RAO EES, Rosneft) et privées (Sidanko, Surgutneftegaz) ?

Jusqu'ici, le financier avait toujours soutenu la politique de Vladimir Poutine. En 2003, il salua l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski, le golden boy du pétrole russe, riche patron de la major Ioukos condamné ensuite pour fraude fiscale.

Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron du groupe pétrolier Ioukos, dans le box des accusés, à Moscou, le 25 octobre 2004.

En janvier 2005, son discours dithyrambique sur l'économie russe à Davos plut tellement au Kremlin qu'il fut aussitôt édité et cité en exemple par les représentations commerciales de la Russie à l'étranger. Dix mois plus tard, William Browder est déclaré persona non grata.

Qu'à cela ne tienne, Hermitage Capital se retire du marché russe. Mais son patron ne baisse pas les bras. Le petit-fils d'Earl Browder – fondateur du Parti communiste américain –, diplômé de la Stanford Business School, est convaincu que le nouvel eldorado se trouve à l'Est. Le 26 janvier 2007, à Davos, William Browder demande à Dmitri Medvedev, alors vice-premier ministre, d'intervenir en sa faveur. Il veut un nouveau visa. C'est le début des ennuis.

Un mois plus tard, les représentants d'Hermitage à Moscou reçoivent l'appel téléphonique d'un certain lieutenant-colonel Artiom Kouznetsov, un enquêteur du ministère de l'intérieur (MVD). Celui-ci fait miroiter un possible arrangement pour le visa. L'homme évoque une rencontre informelle en des termes sibyllins : "La réponse dépendra de votre attitude et de ce que vous fournirez. " Hermitage ne donne pas suite.

William Browder, en avril 2006.

Le fonds britannique possède encore trois entités juridiques en Russie. Inactives, elles sont vouées à la liquidation. Le 7 juin 2007, vingt-cinq policiers, conduits par le lieutenant-colonel Kouznetsov, perquisitionnent les bureaux de ces trois sociétés à Moscou. Ils remplissent deux minibus d'ordinateurs, de cartons, de dossiers, de documents. Parmi ces papiers figurent les titres de propriété des trois sociétés, leurs sceaux, leurs enregistrements fiscaux.

Sur le coup, ni William Browder, ni ses juristes ne comprennent de quoi il retourne. Quelques mois plus tard, ils découvrent que les trois sociétés ne sont plus la propriété d'Hermitage. Elles sont passées aux mains du prête-nom Viktor Marguelov, une petite frappe du milieu criminel, qui vient de faire un séjour en prison pour homicide.

En Russie, ce genre de machination n'est pas rare, surtout pour les petites sociétés. On appelle cela le rederstvo (du mot anglais raid) : vous croyez être propriétaire d'une entreprise florissante et, un beau matin, vous découvrez qu'elle ne vous appartient plus ; vous courez au registre du commerce, aux impôts, et là, surprise, votre nom a été remplacé par celui d'un d'autre. En général, l'employé aux écritures qui a supervisé le tour de passe-passe est parti en retraite ou a démissionné, bref il est introuvable.

Dans le cas d'Hermitage, les faux ont forcément été réalisés à partir des sceaux et des titres de propriété confisqués lors de la perquisition. Qui, sinon la police, a pu remettre ces documents au nouveau propriétaire ?

LE REMBOURSEMENT LE PLUS RAPIDE DE L'HISTOIRE DU FISC RUSSE

L'affaire va prendre un tour surréaliste. En décembre 2007, les nouveaux propriétaires réclament au fisc russe le remboursement d'un trop-perçu de 150 millions d'euros sur la TVA. La demande est présentée le 21 décembre au bureau des impôts n° 28 à Moscou. Le 24, les autorités fiscales donnent leur feu vert. Le 26, l'argent est versé en roubles sur deux comptes (à la banque russe USB et à la Intercommerz Bank), puis changé en dollars et transféré aux Etats-Unis. C'est le remboursement le plus rapide de toute l'histoire du fisc russe.

Hermitage se croit victime d'un gang criminel. Des lettres sont envoyées partout, au parquet, au ministère de l'intérieur, au gouvernement, au président, au comité de lutte contre la corruption, à la Cour des comptes, en vain. Le résultat est plutôt surprenant. En riposte, le parquet lance des poursuites contre les avocats russes du fonds. William Browder leur propose d'émigrer provisoirement à Londres, à ses frais, avec leur famille. Six des sept avocats acceptent. Le septième, Sergueï Magnitski, 36 ans à l'époque, décide de rester.

Photo distribuée par Hermitage Capital Management de Sergueï Magnitski en septembre 2007 à Moscou.

Fiscaliste apprécié, père de deux jeunes enfants, propriétaire de son appartement moscovite, Sergueï est représentatif de cette classe moyenne en plein essor dans la Russie poutinienne gonflée aux pétrodollars. Londres n'est pas pour lui, car il a confiance en la justice de son pays. Il en est sûr, la captation des sociétés, le remboursement indu, tout ceci est le résultat d'une machination ourdie par la pègre avec la complicité de policiers ripoux. Il dépose donc plainte contre l'inspecteur Artiom Kouznetsov.

Le 14 octobre 2008, Sergueï Magnitski vient témoigner au Comité d'enquête, une structure directement subordonnée au Kremlin. Pendant qu'il dépose, un homme entre dans la pièce : Artiom Kouznetsov. L'officier a été convié à assister au récit du plaignant qui l'accuse. Le résultat ne se fait pas attendre. Un mois plus tard, le 24 novembre 2008, le lieutenant-colonel Kouznetsov envoie ses subordonnés arrêter Sergueï Magnitski à son domicile.

"Fraude fiscale", dit le mandat d'arrêt. Placé en détention préventive, donc théoriquement innocent, le juriste est pressé par les enquêteurs de témoigner à charge contre William Browder. Qu'il retire sa plainte et il sera libéré. Comme il refuse, les juges, les enquêteurs, le personnel pénitentiaire, les médecins décident de lui mener la vie dure.

La prison de Matrosskaïa Tichina, à Moscou.

Ballotté de cellule en cellule, il ne reçoit pas ses colis, encore moins ses médicaments et ne peut avoir de contacts avec sa famille. La petite bouilloire électrique qu'il avait conservée lui est confisquée. L'homme est procédurier, il écrit, se plaint. Plus il se plaint, plus on l'affecte à des cellules immondes, inondées, sans WC, glaciales, sans eau. En un an passé en prison, Sergeï Magnitski perd vingt kilos et commence à souffrir de douleurs à l'estomac. A la prison de Matrosskaïa Tichina, dotée d'un dispensaire, le médecin diagnostique des calculs dans la vésicule biliaire. C'est promis, Sergueï sera opéré le 1er août 2009.

A quelques jours de l'opération, ordre est donné de le transférer à la Boutyrka, une prison dépourvue d'infrastructures médicales. L'enquêteur qui suit son dossier, Oleg Siltchenko, lui impose de signer une déposition prérédigée, le prisonnier refuse. "Maintien en détention", préconise Dmitri Komnov, le directeur de la prison Boutyrka. "Echographie du bas-ventre refusée", confirme l'enquêteur Oleg Siltchenko dans le dossier. "Le tribunal estime que les plaintes de Magnitski ne justifient pas la tenue d'un examen médical", conclut la juge Elena Stachina.

Vue générale de la prison de Boutyrka, à Moscou, en novembre 2011.

Dans le journal qu'il rédige chaque jour depuis sa cellule, Sergueï Magnitski raconte son martyre. Ses compagnons de cellule ont beau tambouriner à la porte, réclamer des soins, personne ne vient. Le 16 novembre 2009, il est tellement mal en point que l'administration de la Boutyrka décide de le transférer à la Matrosskaïa Tichina, dotée d'une antenne médicalisée. Lorsque l'ambulance arrive à destination, le malade n'est pas conduit au dispensaire mais dans une cellule isolée, où il est battu à mort.

Entretemps, une équipe d'urgentistes a été appelée par la prison. A 20 heures, l'ambulance est là, mais le docteur Kornilov n'est pas autorisé à se rendre au chevet du malade, et pour cause : celui-ci est soumis aux gourdins de huit gardiens. "Il était très agité", dira l'administration pénitentiaire. Quand le médecin urgentiste pénètre dans la cellule, à 21 h 15 exactement selon son rapport, un corps inerte gît sur le sol, celui de Sergueï Magnitski. Les témoignages des médecins divergent. Pour l'urgentiste, Sergueï Magnitski est décédé un peu avant 21 heures, sur le sol en béton. Pour Alexandra Gaouss, le médecin de la prison, il est mort à 21 h 55 sur la table de réanimation du dispensaire, après avoir reçu des soins.

Vue générale à l'intérieur de la prison de Boutyrka, en novembre 2011.

L'autopsie réclamée par la famille est refusée. "Pourquoi martyriser ce corps ? Vous feriez mieux de l'enterrer au plus vite. De plus, le réfrigérateur est en panne", explique l'employée de la morgue à Tatiana Roudenko, la tante de Sergueï, venue pour les formalités le 18 novembre 2009.

Lors des funérailles de Sergeï Magnitski, le 20 novembre 2009 à Moscou.

Le jour de l'enterrement, Tatiana demande aux journalistes présents de photographier les mains du défunt, enflées et meurtries.

Les mains de Sergueï Magnitski prises lors de son enterrement.

Mensonges, perfidie, faux témoignages, occultation de preuves émaillent tout le dossier. Officiellement, la mort de Sergueï Magnitski est survenue "par négligence". Les enquêteurs du Comité d'enquête (qui ont le fin mot sur les conditions de la détention préventive), l'administration pénitentiaire, les juges, les médecins n'y sont pour rien. Pis, l'année qui suit sa mort, les officiers qui l'ont persécuté sont promus et décorés. L'impunité dont jouissent les tortionnaires est totale, non pas à cause de la faiblesse du système judiciaire, mais parce qu'une collusion existe au plus haut niveau entre les fonctionnaires de l'Etat russe et le monde du crime.

Ainsi les 150 millions d'euros indûment remboursés par le fisc n'ont pas été perdus pour tout le monde. L'enquête menée depuis Londres par William Browder prouve que les principaux protagonistes de l'affaire Magnitski ont considérablement amélioré leur train de vie. Prenons le cas d'Artiom Kouznetsov, le lieutenant-colonel à la section des enquêtes du ministère de l'intérieur (MVD). Avec un salaire de 364 euros par mois, l'officier est néanmoins propriétaire d'appartements et de terrains à Moscou d'une valeur totale de 2 millions d'euros.

Une partie de ces biens sont enregistrés au nom de sa mère, Lilia Gueorguievna, titulaire d'une retraite de 122 euros mensuels. Modeste, l'officier n'a qu'une seule voiture avec laquelle il se rend à son travail, une Mercedes 200 SLK Kompressor achetée 55 000 euros. Sa femme, Ina, fait ses courses au volant d'une Land Rover à 89 000 euros. Bizarrement, son collègue, le major Pavel Karpov est dans le même cas : il roule en Porsche Cayenne (86 000 euros) et sa mère a acquis pour plus d'un million d'euros d'appartements et de terrains.

Bizarrement, ils se sont enrichis au même moment, à la fin de l'année 2007. L'ancienne perceptrice en chef du bureau n° 28, Olga Stepanova, qui autorisa jadis le remboursement express de 150 millions d'euros, est à l'abri du besoin, selon l'enquête diligentée par Hermitage.

Villa de luxe à Moscou, au Monténégro, appartements à Dubaï, comptes en Suisse, la dame n'a plus besoin de travailler. D'ailleurs, elle a quitté le fisc en 2010 pour rejoindre le ministère de la défense, où elle ne travaille plus désormais.

De cette saga financière, le Russe lambda ne saura rien, sauf s'il est un geek passionné d'Internet. Certes les médias russes se sont émus de la mort tragique de Sergueï Magnitski – "une vengeance médiévale" dira Vedomosti, le quotidien des affaires –, mais ils se sont bien gardés d'enquêter sur les thèmes "chauds" : l'argent (où sont passés les 150 millions d'euros ?), la collusion fonctionnaires-criminels, l'enrichissement vertigineux des principaux protagonistes du dossier.

C'est bien trop risqué. Le 10 novembre à Londres, l'informateur principal du fonds Hermitage, l'homme d'affaires Alexandre Perepilitchni, 44 ans, a succombé à un malaise devant la porte de son domicile londonien. Installé en Grande-Bretagne depuis trois ans, il coopérait à l'enquête menée depuis ces derniers mois par des procureurs suisses sur l'implication d'un groupe criminel russe dans un schéma de fraude fiscale et de blanchiment (les 150 millions). Confiée à la police criminelle britannique, une enquête est en cours sur les circonstances exactes de sa mort.

A Genève, à Londres, à Washington, la justice fonctionne, pas en Russie. En trois ans, l'enquête sur la mort de Sergueï Magnitski a conduit à une mise en examen, une seule, celle de Dmitri Kratov, ancien médecin chef adjoint de la prison Boutyrka.

Selon Irina Doudoukina, porte-parole du ministère de l'intérieur, le juriste était lui-même l'auteur du "schéma d'évasion fiscale" qu'il dénonçait. Le défunt comparaîtra bientôt, post-mortem, dans le cadre d'un procès pour fraude fiscale appelé à s'ouvrir sous peu à Moscou. Mais personne n'est dupe. Aux yeux de l'opinion publique, l'affaire Magnitski est devenue le symbole de l'arbitraire de la justice russe.

La tombe de Sergeï Magnitski, le 16 novembre 2012 à Moscou.

Voilà pourquoi, à Moscou, défenseurs des droits de l'homme et opposants russes ont salué, vendredi 7 décembre, l'adoption par le Congrès américain de la "liste Magnitski". Ce texte prévoit des sanctions – gel des avoirs, refus de visas – envers soixante citoyens russes impliqués dans le calvaire du juriste, dont les personnes citées dans cet article (Artiom Kouznetsov, Oleg Siltchenko, Olga Stepanova, Elena Stachina, etc.).

La liste, que les proches du dossier espèrent voir bientôt adoptée par plusieurs pays européens, frappe les fonctionnaires véreux là où ça fait mal. Car l'argent volé, celui du contribuable russe, a été investi, non pas en Russie, mais en Occident, sous la forme de biens immobiliers, de yachts, de comptes bancaires. "Je salue ceux qui ont contribué à l'adoption de cette loi. C'est un grand succès qui servira les intérêts des citoyens russes", s'est félicité l'opposant Alexeï Navalny sur son blog.

Marie Jégo - Moscou, correspondante

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Russie
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