Tunisie

Lundi 27 janvier 2014 1 27 /01 /Jan /2014 15:20

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

Rires, larmes et youyous : la Tunisie tient son Printemps arabe

Thierry Brésillon - Journaliste

Publié le 27/01/2014 à 10h37

 

 


Euphorie des députés à la sortie de le l’Hémicycle (Thierry Bresillon)

Sur l’écran où s’affichent les votes à la Constituante, les points verts (pour) s’allument. De plus en plus nombreux. Avant même l’annonce du résultat, l’évidence s’impose : c’est un raz-de-marée ! La majorité des deux tiers des membres est largement dépassée. Les applaudissements et les sifflets fusent : 200 pour, 12 contre et 2 abstentions. Un score inespéré.


L’affichage des votes de la Constitution (Thierry Bresillon)

Le long discours chargé d’émotion prononcé par le président de l’Assemblée entre la fin de lecture du texte et le vote a probablement eu raison des réticences des derniers sceptiques.

L’hymne national retentit. Des tribunes, où se massent plus de spectateurs qu’il n’y a de députés dans l’Hémicycle, des jeunes lancent des chansons de stade.

La IIe République est née

La Constitution qui fonde la IIe République tunisienne est née, portée par un consensus que les divisions idéologiques et l’âpreté des débats ne laissaient pas présager. Les députés tombent dans les bras des uns et des autres. Les larmes coulent. Les adversaires politiques, qui ne se sont pas ménagés pendant deux ans, s’embrassent. Même les deux élus les plus diamétralement opposés, Habib Ellouze, l’un des radicaux d’Ennahdha, et Mongi Rahoui, d’extrême gauche, se saluent chaleureusement !


Des députés s’embrassent après le vote (Thierry Bresillon)

Pendant plus d’une heure, députés, militants, observateurs des ONG (et même journalistes) ont prolongé cette fusion émotionnelle dans le hall de l’Assemblée, transcendant les clivages politiques. Salma Baccar, députée du parti El Massar (l’un des plus éloignés des islamistes), danse et lance des youyous avec ses collègues d’Ennahdha.

Les députés islamistes, inquiets jusqu’à la dernière journée de voir le processus politique interrompu, et d’être évincés de la vie politique sur le mode égyptien, n’en reviennent pas d’être allés au bout du processus. Le complexe hérité de l’exclusion sociale radicale imposée par la répression à l’époque de Ben Ali (en plus de l’emprisonnement et de la torture) semble s’éloigner un peu plus. Ils ne cessent de célébrer « l’unité du peuple tunisien ».

De son côté, l’opposition se réjouit des avancées obtenues depuis la version initiale du texte présentée le 1er juin : la notion d’islam religion d’Etat écartée, les droits acquis des femmes confirmés, l’indépendance de la justice renforcée, la liberté de conscience reconnue, les limitations aux libertés réduites…

Le spectre du scénario égyptien conjuré


Mehrezia Laabidi avec un député de l’opposition Yiedh Dahmani. (Thierry Bresillon)

Mehrezia Laabidi (Ennahdha), vice-présidente de l’Assemblée, exulte :

« Avec cette constitution, la Tunisie démontre qu’il existe une autre voix entre la dictature et le chaos. C’est la liberté ! »

Une slogan monte :

« Plus de peur, plus de terreur, c’est la Constitution du peuple ! »

Un contrepoint heureux à l’évolution tragique de la révolution égyptienne. En dépit des réserves que les uns et les autres peuvent avoir sur le texte, de la déconnexion entre le microcosme politique et une partie de la société, le spectacle de communion offert par les députés démontre que que les différends idéologiques peuvent cohabiter dans un même cadre politique.

Tous les scénarios catastrophes, redoutés depuis un an, ont été conjurés. Les menaces d’échec du processus de transition après les assassinat de Chokri Belaid le 6 février 2013 et de Mohamed Brahmi le 25 juillet, la déligitimation de facto de la Constituante par la mobilisation de l’opposition au Bardo cet été, la contestation de plus en plus menaçante de syndicats de police, puis le risque d’échec du Dialogue nationale, notamment le 14 décembre dernier, semblaient ouvrir la voie à une forme de restauration et à une reprise en main autoritaire.

Un nouveau Premier ministre

Finalement, le choix, accepté le 14 décembre, de Mehdi Jomaa comme Premier ministre par la majorité des forces politiques a relancé la transition. Un ultime suspens samedi soir a fait craindre un nouvel échec du processus : au terme d’un bras de fer, le nouveau Premier ministre a pu imposer à l’opposition le maintien de l’actuel ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, et Ennahdha et ses alliés, le relèvement de la majorité nécessaire à la censure du gouvernement et à la destitution des ministres.

Après un report de 24 heures, Mehdi Jomaa a annoncé son nouveau gouvernement juste avant le début du vote de la Constitution. La transition tunisienne continue et entre dans un nouvelle phase.

Pour l’heure, l’ambiance est la communion. Même si la suite s’annonce sans pitié dans la perspective des élections, le souvenir de cette nuit d’émotion partagée, inimaginable avant 2011, devrait laisser une empreinte dans les esprits.

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

 

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Lundi 27 janvier 2014 1 27 /01 /Jan /2014 15:10

 

 

Source : www.mediapart.fr

La Tunisie réveille l'espoir démocratique

|  Par Pierre Puchot

 

 

 

À l’heure où les voisins libyen et égyptien sombrent dans la violence et l’autoritarisme, l’adoption d'une nouvelle constitution marque une étape importante dans le cheminement du pays vers un idéal démocratique unique dans la région.

C’est un nouveau pas, décisif, sur le chemin de la construction démocratique tunisienne. Une étape qui, plus largement, prend valeur d'exemple et fait mentir tous ceux qui ne voyaient que régression, confusion et désespoir dans les révolutions arabes. Ce dimanche 26 janvier, les députés ont adopté une nouvelle Constitution, qui prendra la suite de celle votée le 1er juin 1959, suspendue en mars 2011 (lire ici notre analyse des principaux articles et le texte intégral traduit en français). Dimanche, le chef du gouvernement, Mehdi Jomaa (indépendant), a formé une nouvelle équipe. À charge pour le gouvernement et l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) de mener le pays vers de nouvelles élections. Peu à peu, la Tunisie se met en ordre de marche.

Avec ses contradictions, mais aussi ses avancées et ses innovations, le texte constitutionnel constitue une étape cruciale d’un processus politique bloqué pendant près d’une année. Pour les Tunisiens, 2013 fut une année noire : deux assassinats politiques, le retour du terrorisme, l'absence de réforme de la justice qui donnait lieu à plusieurs condamnations d’artistes et d’intellectuels… Fin novembre, le pessimisme était de rigueur.

L’heureuse issue des débats parlementaires démontre aujourd’hui la capacité de la classe politique tunisienne à sortir des impasses pour bâtir un consensus qui dépasse les simples logiques partisanes. En cela, le vote de la Constitution est encore plus important que l'élection de l'Assemblée nationale constituante, le 23 octobre 2011, car il renforce la Tunisie dans son processus de sécularisation. Après de nombreux revirements de leur parti, tout au long de l’année 2013, plusieurs députés du parti musulman conservateur Ennahda, dont la vice-présidente de l’Assemblée, Mehrezia Labidi, ont ainsi voté aux côtés de l’opposition pour faire adopter une partie des articles les plus progressistes, comme celui instaurant l'objectif de parité au sein des instances élues. Inédit en Tunisie, ce processus « trans-partisan » est sans doute l’acquis le plus précieux, même si les échanges houleux qui ont eu lieu au sein de l’Assemblée n’ont pas manqué de souligner sa fragilité.

Largement dévoyé à l’époque de l’ancien dictateur Ben Ali, le terme « consensus » avait recouvré tout son sens déjà en décembre 2013, avec l’accélération d’un processus du dialogue national qui associait les principales forces politiques du pays autour d’une « feuille de route », élaborée en concertation avec le syndicat unique UGTT, mais aussi l’organisation patronale Utica. La Tunisie avait alors trouvé les ressources pour poursuivre son avancée en sortant du tête-à-tête stérile qui s’était installé entre Ennahda et la principale organisation d’opposition, Nida Tounes. Les présidents des deux partis s’étaient réunis à l’été 2013 à Paris pour décider ensemble de l’avenir politique de la Tunisie.

Fin 2013, la nomination du premier ministre Mehdi Jomaa fut une vraie victoire pour les Tunisiens, dans le sens où elle marquait clairement la volonté des acteurs politiques de tous bords de ne pas voir la révolution confisquée par un vulgaire marchandage entre les deux plus importantes formations politiques du pays.

Autre enseignement important de la séquence politique qui vient de s'achever : Ennahda a finalement joué le jeu de l’alternance, contrairement aux multiples supputations de l’opposition. Son bilan à la tête du pays demeure certes catastrophique : les gouvernements successifs menés par le parti de Rached Ghannouchi ne sont pas parvenus à améliorer la situation économique, ni à endiguer le retour de la violence, encore moins à amorcer une réforme des forces de sécurité et du système judiciaire. Mais en acceptant de passer la main sans pour autant « noyauter » l’Instance supérieure indépendante pour les élections, composée de neuf membres indépendants, la direction du parti Ennahda a montré qu'elle s’inscrivait dans une logique démocratique.

Tout imparfait qu’il soit, ce texte constitutionnel est le symbole de ce compromis politique désormais possible en Tunisie, au nom de l’intérêt général. Cette nouvelle étape du processus démocratique tunisien revêt pour le pays une portée considérable, dans un environnement régional marqué par une très forte polarisation politique, sociale et religieuse.  

En Égypte, le processus constituant s’est fait par le haut, sans que les citoyens égyptiens n’aient jamais eu l’espoir de pouvoir véritablement influer sur son contenu, que ce soit en 2011 avec l'armée, fin 2012 avec le président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, ou même cette année. Adopté par référendum les 14 et 15 janvier, grâce, officiellement, à un taux de participation de 38 %, le texte avait été une nouvelle fois amendé en toute discrétion par l’armée, qui garde la main sur les secteurs clés du pays et de l’économie. Depuis l'été 2013, la répression sanglante des forces de l’ordre contre les Frères musulmans a encore accentué la polarisation de la société égyptienne, qui doit faire face à une résurgence du terrorisme au cœur même de la capitale.

Voisine directe de la Tunisie, la Libye demeure en proie à la violence des milices et fait face à une crise politique ininterrompue qui favorise les vues séparatistes des acteurs régionaux. Issu des Frères musulmans libyens, le Parti pour la justice et la construction a annoncé ce jeudi le retrait de ses ministres du gouvernement de Ali Zeidan. Un retrait motivé par ce qu’ils considèrent comme l’« échec cuisant » du gouvernement actuel dans les dossiers de la sécurité, des réformes administratives et de la gestion des ports pétroliers dans l’est du pays, bloqués par des manifestations depuis plusieurs mois.

Face à ce contexte chaotique de deux sociétés gangrénées par la répression et l’omnipotence de l’armée (Égypte) ainsi que la persistance des milices locales (Libye), la Tunisie constitue une source d’inspiration sans égale pour toute la région. Pas un modèle, certes, qui pourrait s’exporter tel quel dans d’autres contextes moins apaisés. Mais un phare, ou l'exemple d'un esquif, encore frêle bien sûr, mais qui garde le cap.

En 2014, la Tunisie a devant elle l'obligation de traiter les dossiers mis de côté depuis trois ans, avec la nécessaire mise au pas du terrorisme via une refonte des services de renseignement, la réforme de l’administration, de la magistrature et des forces sécuritaires. L’article 133 de la Constitution, qui pose que « les collectivités locales sont dirigées par des conseils élus » et que les « les conseils municipaux et régionaux sont élus au suffrage universel, direct, libre, secret, intègre et transparent », fait figure de révolution en Tunisie, où les régions de l'ouest, du centre et du sud ont toujours été marginalisées par le pouvoir central.

La mise en place de cette décentralisation ne répondra aux attentes des Tunisiens des régions à l’origine de la révolution que si elle s’accompagne d’un plan de relance et de rééquilibrage de la répartition des richesses nationales, quand en Tunisie les bassins miniers les plus riches (Gafsa) sont aussi les plus pauvres en infrastructures. Après l’adoption de la Constitution, le nouveau défi tunisien est de démontrer que la future campagne électorale peut déboucher sur la réalisation des objectifs économiques et sociaux de la révolution, totalement ignorés jusqu’ici par les forces politiques.

Plus que jamais, il faut accompagner la Tunisie. La France et l'Europe, trop souvent spectatrices ou réticentes, doivent se mobiliser au service de cet espoir démocratique qui se concrétise enfin dans le monde arabe.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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Dimanche 12 janvier 2014 7 12 /01 /Jan /2014 15:53

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

Tunisie : vote historique pour les femmes à la Constituante

Thierry Brésillon - Journaliste

Publié le 12/01/2014 à 11h26

 

 


Réaction à l’adoption de l’amendement de l’article 45 (Thierry Bresillon)

 

Larmes d’émotion, cris de joie et chant de l’hymne national dans les rangs et les tribunes de la Constituante ont salué, jeudi, l’adoption d’un amendement qui inscrit dans la Constitution les droits acquis par les Tunisiennes et ouvre de nouvelles de perspectives.

Les craintes de voir le Code du statut personnel, promulgué en 1956 par Habib Bourguiba, remis en question, semblent définitivement écartées. L’enjeu c’est noué autour de deux articles : l’article 20, adopté en début de semaine, et l’article 45.

 

L’égalité et la virgule

La portée de l’article 20 qui évoque le principe de l’égalité était incertaine et son interprétation divise même les députés du groupe démocrate.

Pour Nadia Chaabane :

«  L’article 20 n’est que la féminisation de l’ancien article 6 de la Constitution de 1959 qui établit le principe de l’égalité des citoyens devant la Loi. »

Fadhel Moussa estime à l’inverse que

«  L’article 20 pose bien le principe de l’égalité hommes-femmes, en stipulant dans un premier temps que “ citoyens et citoyennes sont égaux en droits en devoirs ” puis, après une virgule, qu’ils sont égaux devant la loi.  »

Une virgule semble un rempart bien fragile pour préserver toutes les avancées sociétales que la Loi tunisienne accorde aux femmes, et pour ouvrir la voie à de nouveaux progrès.

C’est sur l’article 45 que s’est investie toute la charge émotionnelle et politique de cet enjeu à la fois symbolique et humain qu’est le statut des femmes dans une société musulmane.

 

Craintes pour le Code de statut personnel

Si le CSP est depuis longtemps présenté comme une loi d’avant garde dans le monde arabe, il est a été également vécu dans les milieux conservateurs comme un des éléments du traumatisme identitaire imposé par la modernisation autoritaire menée par Habib Bourguiba.

Pour Ennahdha, la question du maintien du CSP est tranchée depuis longtemps. Mais la pression des mouvements religieux radicaux dénonçant le féminisme et l’émancipation des femmes comme des influences néfastes de l’Occident, contraires à l’islam, ajouté au machisme encore largement ancré dans les mentalités, a suscité l’inquiétude.

D’où la volonté d’inscrire dans la Constitution les acquis du CSP. Sans se limiter à ce texte, insiste Nadia Chaabane :

«  L’objectif n’était pas de sanctuariser un code du statut personnel encore inégalitaire par certains aspects. D’autant qu’il se limite aux questions relatives à la famille. Des sujets comme l’avortement, la contraception, l’accès l’emploi, dépassent le champ du CSP.  »

 

Les acquis essentiels de l’article 45

                                                                                                                                                                                                                             1 L’Etat garantit les droits acquis des femmes

 

La formulation initiale de l’article 45 prévoyait que

«  L’Etat garantit la protection des droits de la femme et soutient ses acquis.  »

Une formule encore trop floue aux yeux de Selma Mabrouk, députée du groupe démocrate et membre de la commission de consensus chargée de proposer à l’Assemblée des amendements sur les points restés litigieux et susceptibles d’avoir un large soutien.

Elle y a défendu une rédaction plus précise et qui ne limite pas la portée de l’article à la défense d’un statu quo, rédigée par la députée Samia Abbou avant la crise de l’été :

«  L’Etat garantit les droits acquis des femmes et œuvre à les soutenir et à les développer.  »

                                                                                                                                                                                                                             2 L’égalité des chances dans tous les domaines

 

Les avancées du CSP ont concerné essentiellement le divorce, l’abolition de la polygamie, et accordé une relative autonomie juridique aux femmes qui ont pu accéder aux études et à l’emploi. Mais sans réellement transformer les inégalités économiques et sociales. Comme le souligne Lobna Jribi, député Ettakatol :

«  62 % des diplômes sont des femmes, mais on est loin de retrouver cette proportion dans les emplois.  »

Sans parler de la condition des femmes dans les zones rurales où elles continuent à assumer des tâches mal rémunérées et où même l’accès à l’école n’est pas toujours garanti pour les filles.

La version initiale de l’article posait le principe de l’égalité des chances :

«  L’État garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme pour assumer les différentes responsabilités.  »

Amna Guellali, représentante du bureau de Human Rights Watch qui avait, conjointement avec d’autres associations, suggéré certaines améliorations au texte, estime qu’il fallait élargir le champ de cette égalité :

«  mentionner seulement les responsabilités pouvait limiter l’égalité des chances au seul exercice des fonctions dans l’entreprise ou l’administration, alors que les inégalités concernent toutes les femmes.  »

Conformément à ces recommandations, l’article adopté a été enrichi :

« L’État garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines.  »

La Constitution ouvre donc la voie à des dispositifs pour corriger les inégalités structurelles entre hommes et femmes.

                                                                                                                                                                                                                             3 Le principe de la parité dans les assemblées élues

 

C’est la notion la plus audacieuse introduite dans le texte au niveau de la commission de consensus :

«  L’Etat veille à mettre en œuvre la parité entre l’homme et la femme au sein des assemblées élues.  »


Des élus d’Ennahdha protestent après l’adoption de l’amendement (Thierry Bresillon)

 

La députée Mounia Brahim (Ennahdha) s’est insurgée contre un principe qu’elle estime contraire au principe d’égalité. Après le vote de l’amendement, elle a vivement protesté, déclenchant l’une des empoignades les plus passionnées qu’a connues la Constituante.
 Le principe a en effet divisé les rangs islamistes.

Ameur Laarayedh, président du bureau politique d’Ennahdha expliquait la polémique :

«  Nous ne sommes pas contre l’égalité. Mais la parité pose problème à certains de nos élus. Notamment parce qu’ils craignent que cette obligation irréalisable à court terme place de facto les assemblées élues hors la loi. D’autres estiment que cette disposition ne relève d’une Constitution mais de la Loi.  »

D’autres élus islamistes ont estimé que ce dispositif niait la capacité des femmes à être reconnues pour leurs compétences.

Porte parole d’Ennahdha, Zied Laadhari explique également que

«  Les réticences viennent aussi du sentiment que certains articles sont passés en force, imposés par quelques députés  ».

Ce principe de parité avait déjà été appliqué pour l’élection de l’assemblée constituante où siègent 49 femmes sur 217 députés (dont 42 dans les rangs d’Ennahdha).

Cette fois il est élargi aux conseils des collectivités locales. Les partis devront donc présenter autant de femmes que d’hommes, y compris dans les zones rurales où la discrimination est la plus forte. L’impact promet d’être considérable pour apporter à la situation des femmes en Tunisie, une dimension de participation citoyenne qui, à terme, peut profondément faire évoluer les mentalités.

                                                                                                                                                                                                                              4 L’engagement de l’Etat à lutter contre les violences

 

Le dernier alinéa préconise que

«  L’Etat prend les mesures nécessaires à l’élimination de la violence contre les femmes.  »

Dans un pays où les violences domestiques concernent pratiquement une femmes sur deux, l’engagement de l’Etat ne sera pas superflu pour faire évoluer les mentalités.

Une adoption à suspens

Le texte de l’amendement avait été finalisé rapidement par la commission de consensus, et après d’intenses débat, le groupe parlementaire d’Ennahdha et le bureau exécutif du parti ont choisi de le soutenir. Mais la protestation de Mounia Brahim a instillé le doute sur l’issue du vote et le résultat a été précédé d’un vrai suspens.

L’amendement n’a été adopté qu’avec sept voix de majorité (116 voix) et de manière exceptionnelle, le groupe Ennahdha a manqué à sa légendaire discipline puisque seuls 46 députés islamistes sur 89 ont voté pour, et 23 sont allés à l’encontre de la consigne de vote.

Le suspens s’est donc prolongé tout l’après midi. Ennahdha a fait circuler une proposition reformulant l’alinéa concernant la parité pour préciser que l’obligation ne concernait que les candidatures. Le Président du parti Rached Ghannouchi et le ministre des Droits de l’Homme Samir Dilou ont fait le déplacement à l’Assemblée.

Finalement l’article a été soumis au vote tel qu’amendé, et adopté cette fois avec 127 voix. Une majorité encore inférieure aux 145 exigées pour l’adoption de l’ensemble de la Constitution.

Un article visionnaire

L’enthousiasme qu’a soulevé l’adoption du texte, y compris de la part de certains élus d’Ennahdha, s’explique par la portée d’un article qui ne se réduit pas à préserver l’existant.

Pour Selma Mabrouk,

«  la combinaison de l’article 20, de l’article 45 et du principe de l’Etat civil est parfaite compte tenu de la réalité de la Tunisie d’aujourd’hui, et c’est assez pour avancer. La question de l’égalité de l’héritage, reste très sensible dans la société. Ce n’est pas à nous de profiter du pouvoir que nous donne la Constituante pour trancher sur des sujets qui requièrent une évolution des mentalités.  »

Lobna Jribi salue :

«  Un texte visionnaire comme l’a été le Code du statut personnel en son temps  ».

Amira Yahyaoui, présidente de l’association Al Bawsala, qui a poussé le travail d’influence auprès des députés jusqu’à appeler les députés absents en séance juste avant le passage au vote, est persuadée que

«  L’article 45 est celui qui aura le plus d’impact sur le reste du monde arabe.  »

En abordant les aspects économiques et sociaux à travers l’égalité des chances, l’article 45 indique aussi la limite d’une démarche purement juridique, c’est par la transformation sociale du pays que passeront les progrès réels de la condition des femmes en Tunisie.

 


Dans une localité proche du Kef, à l’ouest de la Tunisie. (Thierry Bresillon)

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

 


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Lundi 6 janvier 2014 1 06 /01 /Jan /2014 16:44

 

Source : www.lemonde.fr

 

Constitution : la Tunisie adopte la liberté de conscience et rejette la charia

Le Monde.fr avec AFP | 04.01.2014 à 22h06 • Mis à jour le 05.01.2014 à 10h30

 

 

L'assemblée nationale constituante tunisienne, le 3 janvier.

 

L'assemblée constituante tunisienne a approuvé samedi 4 janvier les premiers articles de la future Constitution, garantissant la liberté de conscience, faisant de l'Etat le « protecteur du sacré », mais rejetant l'islam comme source de droit – des points qui ont suscité de vives controverses pendant des mois.

Les deux premiers articles, non amendables, définissent la Tunisie comme une République guidée par la « primauté du droit », un Etat « libre, indépendant, souverain » et « civil » dont la religion est l'islam. Deux amendements, proposant comme « source principale de la législation » l'islam, et le Coran et la sunna (ensemble des paroles du prophète, de ses actions et de ses jugements) , ont été rejetés.

En revanche, conformément à un compromis entre le parti islamiste Ennahda (majoritaire) et l'opposition, la Constitution fera de l'islam la religion du pays.

 

 COMPTE À REBOURS AVANT LE 14 JANVIER

Si la constituante, élue en octobre 2011, a consacré l'Etat comme « garant de la liberté de conscience », malgré la vive opposition de certains élus, le même article 6 lui confère le rôle de « protecteur du sacré » et de « gardien de la religion ». Cette formulation vague a été critiquée par des ONG craignant l'interprétation qui pourrait être faite d'une notion qui n'a pas été définie. Pour la Ligue tunisienne des droits de l'homme, il pourrait « aboutir à des interprétations menaçant la citoyenneté, les libertés ».

L'assemblée constituante avait approuvé samedi en début de journée douze articles, sur un total de 146. Les députés vont continuer de travailler dans le but d'adopter la loi fondamentale, ainsi qu'une loi électorale avant le 14 janvier, troisième anniversaire de la révolution qui marqua le début du printemps arabe. Ce calendrier est la clé de voûte d'un accord entre opposants et Ennahda pour résoudre une profonde crise déclenchée par l'assassinat le 25 juillet du député de gauche Mohamed Brahmi – le deuxième meurtre en 2013 attribué à la mouvance djihadiste.

 

Lire (édition abonnés) : Les islamistes d’Ennahda veulent tourner la page de la transition tunisienne

 

Source : www.lemonde.fr

 

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Vendredi 13 septembre 2013 5 13 /09 /Sep /2013 19:05

 

marianne.net

 

 

Rédigé par Martine GOZLAN le Vendredi 13 Septembre 2013 à 13:10

 

Jabeur Mejri, jeune Tunisien d'un village de pêcheurs, près de Mahdia, a été arrêté le 5 mars 2012 après avoir publié des caricatures de Mahomet sur Facebook. Condamné à 7 ans et demi de prison, sa grâce, promise à la famille cet été par le président Moncef Marzouki, n'a pas été accordée. Le sort de ce prisonnier d'opinion, adopté par Amnesty International, rappelle ainsi que la liberté d'expression et de conscience reste bafouée dans la Tunisie post-révolutionnaire, sous le gouvernement islamiste.Son comité de soutien organise un rassemblement et un concert ce 13 septembre, place des droits de l'homme, à Tunis. Le dessinateur Plantu a adressé un SOS pour Jabeur à Marzouki le 2 septembre. Pas de réponse. Curieux silence de la part du président tunisien, naguère président en exil de la ligue tunisienne des droits de l'homme!

 

Tunisie: Jabeur Mejri, le libre penseur au cachot pour 7 ans


Qui se souvient de Jabeur Mejri? En ces heures où le gouvernement tunisien tangue face à la révolte d'une population exaspérée par l'incurie islamiste, ce jeune homme est abandonné dans son cachot de la prison de Mahdia avec comme seul horizon: les murs et encore les murs pour 7 ans. Il symbolise pourtant la fronde ironique, blagueuse, iconoclaste de cette jeunesse qui avait tout espéré de la révolution et a en réalité tout perdu comme l'a rappelé amèrement  Amina Sboui, elle-même ex-prisonnière pour délit de féminisme juvenile,  sur le plateau de TV5 Monde. 
Jabeur avait posté sur Facebook des caricatures de Mahomet, comme son camarade Ghazi Beji. Ghazi est l'auteur d'une "Illusion de l'Islam" dont le seul titre a dû faire dresser les cheveux sur la tête des bigots qui ont malheureusement tous les pouvoirs aujourd'hui. Lui, il  a pu prendre  la fuite. Après une épouvantable errance à travers 7 pays, il a enfin rejoint la France qui lui a offert l'asile politique ( voir son portrait dans le Monde du 11 octobre 2012).
Jabeur a été jeté en prison. Il pensait librement dans son coin -  16 correspondants seulement  sur sa page Facebook! - mais cette insupportable liberté a été  métamorphosée en une série de chefs d'inculpation abracadabrants: trouble à l'ordre public, offense à autrui, atteinte aux bonnes moeurs... Le verdict a été rendu le 28 mars 2012, en l'absence d'un avocat ! En appel, la condamnation a été confirmée en juin 2012. La cour de Cassation a laissé l'affaire s'enterrer dans les méandres de l'oubli. Désespéré, placé dans des conditions de détention éprouvantes, Jabeur Mejri n'espérait plus qu'en une grâce présidentielle promise pour l'Aid, à la fin du Ramadan 2013.
Puis rien. Rien de rien alors que la Tunisie découvrait les assassinats politiques, la fureur djihadiste sur les monts Chaambi. Rien alors que le peuple, massé devant l'Assemblée Constituante, au Bardo, contestait un pouvoir dont le laxisme avait favorisé dans l'ombre et même dans la lumière les groupes extrémistes. Ah, cette " Pax islamica" , cette alliance entre Ennahda et les salafistes conclue dès le lendemain de la victoire islamiste aux élections du 23 octobre 2011! Même si le gouvernement tunisien la dénonce aujourd'hui et qualifie désormais de terroriste  le groupe Ansar al Charia, l'obscurantisme d'Etat a fait des ravages. Et ça continue.

     " DEFENDRE JABEUR, C'EST DEFENDRE LE DROIT DE TOUS LES TUNISIENS A LA LIBERTE D'EXPRESSION"

" Comment peut-on parler de révolution si Jabeur est en prison pour des idées?" rappelait son comité de soutien lors de la conférence de presse organisée fin août à Tunis. Des jeunes femmes et des jeunes gens déterminés qui résument le sens de leur combat:

"- Ce qui a commencé avec Jabeur Mejri a continué. Les atteintes aux libertés et les menaces ont concerné des artistes, des expositions, des chanteurs, puis des journalistes ou patrons de médias, puis les medias en totalité. Jabeur est en prison. D'autres Jabeur suivent. Pensent-ils, comme Ben Ali avant eux, mettre des idées en prison? Pensent-ils pouvoir nous faire taire? Mais d'autres Jabeur se révèlent. Nous sommes tous Jabeur. Tous en danger maintenant! Mais nous avons décidé de nous exprimer haut et fort. Defendre Jabeur aujourd'hui, c'est défendre le droit de chaque Tunisienne et Tunisien à la liberté d'expression"

C'est ainsi qu'a été lancé le mouvement du 13 mars. Ce n'est pas une date ésotérique: le 13 mars 2012, Moncef Marzouki a décrété que ce jour serait le symbole de la liberté d'expression sur Internet. Jabeur Mejri était alors au cachot depuis huit jours!
Ce que le jeune homme a enduré les premiers temps, de la part des autres détenus, confirme le témoignage que m'avait livré Amina sur son expérience tragique à la prison de Sousse. Dans les deux cas, il y avait eu " préparation" des co-détenus à l'arrivée de prisonniers d'opinion. Présentation comme "blasphémateurs " dans un climat pénitentiaire de violence physique et morale. 

" Au début, Jabeur a été agressé, les autres étaient très durs avec lui. Et puis, petit à petit, grâce à la campagne des ONG, à l'arrivée des lettres de soutien, à l'Organisation mondiale contre la torture, les conditions se sont un peu améliorées, il est maintenant dans une cellule avec un nombre restreint de co-détenus " explique son comité de soutien.

Jabeur sait qu'il n'est pas seul, que, dehors, on le défend. Sa cause, emblématique, n'est pourtant pas adoptée par les grands partis de l'opposition et reprise comme symbolique à l'heure des vastes contestations. Trois communiqués demandent sa libération: ceux du parti El Massar, du Front Populaire, et du Parti Pirate. C'est un début. Mais la solidarité se heurte toujours aux mêmes raisons qui ont fait si longtemps hésiter le camp progressiste face à l'affaire d'Amina: aller trop loin, ce serait offenser les émotions populaires, faire le jeu d'Ennahda,etc...Les mêmes vieilles lunes ont été agitées depuis septembre 2011 et la diffusion par la chaine de télévision Nessma du film de la réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi, " Persépolis". Et encore avec la campagne de haine et les poursuites déclenchées contre la réalisatrice franco-tunisienne Nadia el Fani et sa " Laïcité Inch Allah!". Laquelle ne peut plus revoir son pays!
Peurs rancies, électoralisme à courte vue, vieilles lunes empoisonnées: la liberté d'expression est pourtant une et indivisible. Jabeur Mejri en paie le prix douloureux. Aujourd'hui, des banderoles se déploient pour lui dans Tunis. Un concert va lui rendre hommage.
Au delà de Tunis, n'oublions pas le libre penseur enchainé de Mahdia!

* On peut écrire à Jabeur Mejri dans sa prison, avec le numéro d'écrou et l'adresse indiquée sur la photo qui illustre cet article
* Pour contacter le comité de soutien et le mouvement du 13 mars:
http://jabeurghazifree.blogspot.fr

 

 

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Dimanche 8 septembre 2013 7 08 /09 /Sep /2013 18:39

 

 

Le Monde.fr avec AFP

 

08.09.2013 à 01h04 • Mis à jour le 08.09.2013 à 10h41

 
 
Manifestations contre le gouvernement islamiste le 7 septembre à Tunis.

Plusieurs milliers de Tunisiens ont manifesté, samedi 7 septembre dans la soirée, pour réclamer la chute du gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahda. La foule a défilé jusqu'à la place du Bardo, aux portes de Tunis, devenue théâtre de protestations quasi permanentes depuis la mort de l'opposant Mohamed Brahmi, abattu de 14 balles tirées à bout portant, le 25 juillet.

"Le sang a coulé, plus de légitimité pour Ennahda", "Brahmi martyr, sur tes pas nous marcherons", "A bas les oppresseurs du peuple, à bas la bande des Frères", a scandé la foule, faisant référence aux liens entre Ennahda et les Frères musulmans d'Egypte. La famille de M. Brahmi et les proches de Chokri Belaid, un autre opposant de gauche assassiné en février, ont pris la tête de la marche, soigneusement encadrée par la police.

Le meurtre des deux opposants a été attribué par les autorités à des salafistes djihadistes liés à Al-Qaida, qui ne les a toutefois pas revendiqués. Certains de leurs proches accusent Ennahda, qui dément régulièrement toute responsabilité. La veuve de Mohamed Brahmi a fait savoir que les représentants du gouvernement étaient indésirables aux cérémonies commémoratives, et a appelé à sa chute.

 

 DÉMISSION DU GOUVERNEMENT ET DISSOLUTION DE L'ANC

Le Front du salut national (FSN), qui chapeaute le mouvement de protestation, a affirmé que la date symbolique du quarantième jour depuis le décès de Brahmi – qui marque la fin du deuil –, signifiait une "nouvelle étape de mobilisation" pour la chute du cabinet et la dissolution de l'Assemblée nationale constituante (ANC), dont les travaux ont été suspendus après son boycott par plusieurs députés.

Les islamistes ont déjà rejeté ces revendications, proposant à la place d'élargir la coalition au pouvoir et d'organiser des élections à la mi-décembre. Beji Caïd Essebsi, le chef de Nidaa Tounès, principal rival d'Ennahda, a affirmé son engagement avec le FSN "pour sortir la Tunisie de l'ornière" et "dévoiler les commanditaires de l'assassinat de nos martyrs", a-t-il martelé en direction de la foule.

 

Lire l'entretien avec Béji Caïd Essebsi : "Ennahda ne doit plus présider le gouvernement"


Favorable à la chute du cabinet, mais opposée à la dissolution de l'ANC, la centrale syndicale UGTT, qui a aussi mobilisé pour le rassemblement, tente de son côté une médiation laborieuse entre Ennahda et la coalition d'opposition, allant de l'extrême gauche au centre droit. Le chef du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon a par ailleurs fait le déplacement à Tunis pour rendre un hommage posthume à Mohamed Brahmi.

 

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Jeudi 25 juillet 2013 4 25 /07 /Juil /2013 19:26

 

Rue89

 

Electrochoc 25/07/2013 à 14h36
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

 


Mohamed Brahmi (Nawaat.org)

 

Pour la deuxième fois en quelques mois, un dirigeant d’un parti de gauche tunisien a été assassiné ce jeudi à Tunis. Mohamed Brahmi a été abattu de onze balles tirées à bout portant alors qu’il sortait de chez lui, à la cité el-Ghazela, un mode opératoire qui rappelle l’assassinat de Chokri Belaïd en février dernier. Ses meurtriers ont pu s’enfuir en scooter et n’ont pas été identifiés.

Ce nouvel assassinat a provoqué de très vives réactions en Tunisie, notamment dans sa ville natale, Sidi Bouzid, le point de départ de la révolution de 2011, où le gouvernorat a été incendié, et à Tunis où une des rassemblements ont eu lieu.

Tous les partis membres de la coalition du Front populaire, auquel appartenait Mohamed Brahmi, ont appelé jeudi à :

  • la désobéissance civile,
  • la chute du gouvernement dominé par les islamistes d’Ennahdha,
  • la dissolution de l’Assemblée nationale,
  • la création d’un gouvernement de salut public,
  • la grève générale « le jour de l’enterrement du martyr ».

Un couple recouvert du drapeau tunisien derrière l’ambulance transportant la dépouille de Mohamed Brahmi à Tunis jeudi (Lilia Blaise via Nawaat.org)

 

Agé de 58 ans, député élu à Sidi Bouzid, ancien président du mouvement Echaab (Peuple), Mohamed Brahmi avait récemment fondé un nouveau parti, Attayar Echaab (Courant populaire).

Militant de gauche depuis ses études, notamment dans un mouvement nassérien clandestin, Mohamed Brahmi avait été arrêté deux fois à l’époque de Ben Ali, en 1981 et 1986.

Cet assassinat survient le jour anniversaire de la proclamation de la République en Tunisie.

L’épouse et la fille de Mohamed Brahmi ont mis en cause les islamistes d’Ennahdha au pouvoir dans le meurtre de leur mari et père.

 


La femme et la fille de Mohamed Brahmi jeudi, après la mort du dirigeant tunisien (Via Zied Mhirsi, @zizoo sur Twitter)

 

La radio Shems FM a mis en ligne une vidéo montrant l’émotion de l’une des filles de Mohamed Brahmi, dans laquelle elle s’en prend à Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahdha :

« Vous avez fait de nous des orphelins... L’assassinat de mon père ne passera pas comme ça.

Nous grandirons tout en aimant la Tunisie, et en haïssant Ennahdha et Rached Ghannouchi ».

 

 

La fille de Mohamed Brahmi jeudi, via Shems FM

Electrochoc en Tunisie

La nouvelle a fait l’effet d’un électrochoc en Tunisie, alors que le meurtre de Chokri Belaïd n’a toujours pas été élucidé. Une foule considérable avait participé aux funérailles du leader de gauche en février.

Le parallèle entre les deux meurtres est d’autant plus frappant que les deux hommes, comme le montre cette photo d’archives diffusée sur Twitter, étaient dans le même camp de l’opposition de gauche aux islamistes d’Ennahdha.

 

amia slim @_LamiaS

& manifestant ensemble et tous deux assassinés à moins de 6mois d'intervalle pic.twitter.com/VgtxmvTYPS

Voir l'image sur Twitter

 

Une foule s’est réunie spontanément sur l’avenue Habib-Bourguiba, au centre de Tunis, le point de ralliement de tous les rassemblements depuis la Révolution de 2011, pour exprimer sa colère. La police a fait usage de gaz lacrymogènes, tandis que des renforts ont été déployés devant le Ministère de l’Intérieur, interdit d’accès.

Au premier rang des manifestants, Basma Khalfaoui, veuve de Chokri Belaïd, dirigeant de gauche assassiné le 6 février dernier devant sa maison par des extrémistes religieux, a appelé à la chute du gouvernement et au départ d’Ennahdha, responsable à ses yeux de la situation sécuritaire difficile par laquelle passe le pays, rapporte le site tunisien Kapitalis.com.

Devant ministère de l’intérieur entouré de barbelés, selon Nawaat, la foule scande « dégage », « Ministère de l’intérieur, ministère terroriste », « Ghannouchi [leader d’Ennahdha, ndlr] assassin »

 

Nawaat ~ Tunisia @nawaat

Devant MI, La foule scande "dégage", "Ministère de l'intérieur, ministère terroriste", "ghannouchi assassin" pic.twitter.com/ykUxWgQ50D

Voir l'image sur Twitter

 

David Thomson, le correspondant de France 24, signale qu’une foule est également réunie devant l’hôpital où se trouve le corps de Mohamed Brahmi, et réclame le départ du pouvoir du parti Ennahdha.

 

David Thomson @_DavidThomson

Devant l'hôpital, une foule demande "la chute du régime" et accuse Ennahda pic.twitter.com/OHa5vp6Ix1

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« Une photo circule »

Un autre témoin à l’hôpital raconte sur Twitter qu’il y a « un monde fou à l’hôpital Mahmoud-Materi. La colère et l’incompréhension sur tous les visages ».

 

Firas Guefrech @gFiras

Un monde fou à l'hôpital Mahmoud Materi.. La colère et l'incompréhension sur tous les visages.. pic.twitter.com/UxDAuak4wA

Voir l'image sur Twitter

 

Sur Twitter, un internaute rapporte que « les médias veulent filmer le corps du martyre... Une photo circule... Atroce et non publiable ».

 

Bassem Sabry باسم @Bassem_Sabry

RT @gFiras: Les médias veulent filmer le corps du martyre.. Une photo circule.. Atroce et non publiable.. pic.twitter.com/sajMmNZbQR

Voir l'image sur Twitter

 

Selon Mosaïque Radio, le siège du parti Ennahdha au pouvoir a été incendié jeudi à Meknessi, dans la province de Sidi Bouzid dont était originaire Mohamed Brahmi. A Sidi Bouzid même, des affrontements ont éclaté entre manifestants de gauche et forces de l’ordre devant le siège du gouvernorat qui est en flammes, selon Nawaat.

 


Le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid est en feu. (SBZone via Nawaat.org)

 

La puissante centrale syndicale tunisienne UGTT a de son côté décrété une grève générale vendredi 26 juillet, en signe de protestation.

« Tomber dans le piège de la violence »

La Présidence de la République tunisienne a réagi jeudi après-midi en condamnant l’assassinat de Mohamed Brahmi, appelant les Tunisiens « à ne pas tomber dans le piège de la violence ».

Le site Nawaat.org fait observer que le communiqué du président Moncef Marzouki fait également référence « à la situation de l’Egypte où la violence a pris le pas sur le processus démocratique ».

Alors que les dirigeants de l’opposition tunisienne devaient se réunir en urgence jeudi après-midi au siège d’un des partis pour décider de leur attitude, des appels ont été lancés à la démission d’un député d’Ennahdha, Sabhi Atig, qui, il y a dix jours, avait déclaré que le « sang devait couler » pour défendre le régime contrôlé par les islamistes.

Pour sa part, le député du Bloc démocratique, Iyed Dahmani, a annoncé qu’il démissionnerait de l’Assemblée nationale après le meurtre de son collègue Mohamed Brahmi.

Sur les réseaux sociaux, d’autres voix appellent les députés d’opposition à e faire autant, et le site tunisien Business News annonce que l’opposition démocratique se dirige effectivement vers une démission collective, au risque de provoquer l’effondrement du processus de transition.

La propre fille du leader assassiné a demandé à l’opposition de présenter sa démission pour faire chuter le gouvernement. Elle a affirmé que son père avait l’intention de le faire mais il a été tué avant cela.

Selon Nawaat, Rached Ghannouchi, le leader du parti Ennahdha, a pris la parole jeudi après-midi pour condamner lui aussi le meurtre et appeler à la création d’une « coalition nationale contre la violence » :

« C’est un meurtre contre l’Etat tunisien et la démocratie. On cherche à travers ça à mettre la Tunisie dans l’instabilité et pousser les Tunisiens à s’accuser les uns et les autres. » (…)

« Ceux qui ont commis ce meurtre sont les opposants de la démocratie. La révolution tunisienne était pacifique, on cherche a la rendre sanguinaire alors que nous sommes en train de finir la Constitution et mettre en place les institutions qui vont mener le pays vers des élections libres… » (…)

« Nous demandons la mise en place d’une coalition nationale contre la violence. »

L’Elysée condamne « avec la plus grande fermeté »

A Paris, François Hollande, qui se trouvait il y a peu en Tunisie, a lui aussi condamné « avec la plus grande fermeté », le meurtre du dirigeant de gauche.

 

Élysée         @Elysee

Le président de la République condamne avec la plus grande fermeté l'assassinat à du député Mohammed BRAHMI pic.twitter.com/AxQdSyOWHa

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Mercredi 17 juillet 2013 3 17 /07 /Juil /2013 16:13

 

Marianne

Mercredi 17 Juillet 2013 à 12:09

 

Caroline Amouyal

 

A l’heure où les manifestations font rage, le berceau du printemps arabe connaît l’éveil de nouveaux indignés ; ces « faters » du ramadan qui depuis le début de la fête religieuse, la semaine dernière, revendiquent leur droit de ne pas jeûner, via Google, Twitter et Facebook.

 

Capture d'écran de la page facebook « Photos prises durant Ramadan chmeta fi Adel Almi »
Capture d'écran de la page facebook « Photos prises durant Ramadan chmeta fi Adel Almi »

Le 10 juillet dernier, date du début du ramadan, un groupe de jeunes tunisiens s’est emparé de la toile pour revendiquer leur droit à ne pas jeûner, dans un pays ou Etat et religion sont étroitement liés. À l’origine de cette vague de résistance, les menaces d’Adel Almi, président de l’association « centriste » pour la sensibilisation et la réforme, proche du parti islamiste Ennahda, qui a fait savoir qu’il souhaitait que les « fattaras » (les non-jeûneurs) soient pris en « flagrant délit ».
 

Dès lors, un groupe Facebook a été crée, regroupant les photos des « pêcheurs » en action, sirotant des cafés sur les terrasses ensoleillées, cigarettes au bec, ou engloutissant leurs gâteaux en plein milieu de l’après-midi. Sur Twitter, un hashtag #fater « ne pas jeûner » permet aux internautes concernés d’indiquer les restaurants et les cafés ouverts durant la journée pour se regrouper. Un google Map, créé par la bloggeuse Myriam Karoui (@Myriii), recense quant à lui les différents lieux de restauration ouverts au public.

 

Myriam Karoui @Myriii

Donc RT la google map de .. c'est publique et accessible pour modification .. http://goo.gl/maps/86S1e  

 

L’opération est un franc succès puisque le mot clef est utilisé plusieurs dizaines de fois par heure en Tunisie (également en Algérie). En revanche, elle a suscité nombre de réactions hostiles. Des internautes réfractaires ont en effet apporté leur soutien au ministre des affaires religieuses, Nourddine Kadhemi,  qui souhaite la fermeture de certains lieux de restauration. L'initiative des faters « va à l’encontre des sentiments des gens et à l’encontre de l’identité du peuple tunisien ainsi qu’à la sacralité de ce mois… » avait-il récemment déclaré sur Radio Mosaïque FM. Néanmoins, les restaurants et cafés des zones touristiques ne sont pas concernés, a affirmé lundi 8 juillet, à l’agence TAP, le ministre du Tourisme, Jamel Gamra, de manière à garantir le bon déroulement de la saison touristique.

Rien ne garantit pour l’heure que le système restera actif. Des détracteurs ont ainsi d’ores et déjà commencé à saboter le Google Map des faters, révélant à la fois l’emprise de la religion sur l’Etat tunisien et le rôle joué par internet : une échappatoire pour ceux qui souhaitent en découdre.
 

L’année passée, le parti Ennahda, qui avait officiellement rejeté l’intégration de la loi islamique au sein de la Constitution tunisienne de 1959, avait fait l’objet de contestations pour avoir tenté de passer insidieusement un projet  permettant de réintégrer la Charia au sein du texte constitutionnel. Une information aussitôt mise en circulation sur la toile, contraignant les membres d’Ennahda à reporter l’islamisation des institutions.

 

 

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Vendredi 12 juillet 2013 5 12 /07 /Juil /2013 21:24

 

 

HuffPost Maghreb

  Publication: 11/07/2013 12h39 CEST  |  Mis à jour: 11/07/2013 12h39 CEST

 


ramadan restaurant ouvert

 

En ce mois de Ramadan, la plupart des restaurants et cafés sont fermés en Tunisie. Pour les "fattaras" (ceux qui ne jeûnent pas), c'est le mois de tous les interdits. Où déjeuner en journée? Où boire son indispensable café matinal? Où fumer sa cigarette à l'abri des regards accusateurs? La vie de ceux qui ne jeûnent pas devient vite un vrai parcours du combattant.

"Les cafés doivent fermer, ceux qui ne jeûnent pas peuvent très bien manger chez eux", ordonnait Noureddine Khadmi, imam et homme politique tunisien. Mais tout le monde n'est pas de cet avis et les internautes se sont donc mobilisés pour recenser les restaurants ouverts en journée, à Tunis et dans sa banlieue.

Ainsi, sur le réseau social Twitter, un Hashtag a été créé en ce sens: #Fater (je ne jeûne pas). Un hashtag utilisé pour donner les bons plans, restaurants et autres cafés ouverts, ou encore commenter, ironiser ou critiquer ceux qui n'observent pas le jeûne.

 

  1. ugh i just got a craving for mozzarella sticks †

 

 

  1. Donc, le hashtag est un fameux pied de nez aux Islamistes... la preuve que non, tous les ne font pas le

 

 

  1. pic.twitter.com/2FsQ76y8X1

    View image on Twitter

 

 

  1. Café delcapo au manar ( en face de colisée soula ) est ouvert :)

    Retweeted by rania hammi

 

 

  1. et sinon la carte des n'est plus opérationnelle hein ?

    Retweeted by rania hammi

 

 

  1. Poste de police d'Hammam-lif (oui oui) Ils déjeunent tranquilles les gars. C'est le garçon du cafe d'en face qui vient les servir

    Retweeted by Tunisie

 

 

  1. Le moussa qu'a saboté la carte a cherché son chemin le 11 sept 2011 mil 7ancha jusqu'au bur. Nahdha ariana https://maps.google.com/maps/ms?hl=fr&ptab=2&ie=UTF8&oe=UTF8&msa=0&msid=203498314108737449883.0004aca9a01383d5e0ade 

    Retweeted by wad

 

 

  1. : la carte mise à jour :) http://shr.tn/Y02V  fi

    Retweeted by Félicie le Dragon

 

 

  1. Poste de police d'Hammam-lif (oui oui) Ils déjeunent tranquilles les gars. C'est le garçon du cafe d'en face qui vient les servir

    Retweeted by Devil Angel
  1. God

 

  1. et fier de l'être !

 

  1. je peux comprendre les malades etc. et les membres des autres religions mais le musulmans qui s'enfoutent du ramadan c'est la folie

 

 

  1. 俺が爆睡してる間にfate新アニメ化決まってた件

 

 

  1. RT @Moncef_Marzouki

 

 

  1. Watch من أعطي شي فلا يرده ـ الشيخ صالح المغامسي https://www.youtube.com/watch?v=7eArnsN8kk8 

 

 

  1. RT @weldelkabba: La carte est mise à jour http://shrd.by/OnLMYQ 

 

 

Une carte interactive collaborative a, de plus, été créée sur Google, pour situer tous les cafés et restaurants qui ont pu être listés. Cette carte évolue régulièrement, selon les ajouts des utilisateurs.


Afficher #Fater sur une carte plus grande

D'autres internautes ont décidé de répondre aux propos de Adel Almi, un prédicateur tunisien qui avait appelé à installer des caméras pour ceux qui ne respecteraient pas les prescriptions du jeûne. Ils ont donc décidé de poster des photos de leur déjeuner ou de leur café, réunies sur une page appelée "Photos prises durant Ramadan "chmeta" fi Adel Almi" (...pour narguer Adel Almi).

 

 

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