Espagne

Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 19:51

 

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De l’indignation au pouvoir (partie 3)

Injustice, expulsions et apartheid sanitaire

25 octobre par Jérôme Duval

 

 

 

Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. A n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

L’impunité règne

Le principe de compétence universelle (« Justicia universal »), établissant la possibilité pour les Cours espagnoles d’être saisies d’affaires concernant des personnes de quelque nationalité que ce soit, en n’importe quel lieu y compris hors de l’Espagne, pour des crimes graves (violations de droits humains, terrorisme, crimes de guerre ou génocide), est remis en question par le gouvernement |1|. La réforme approuvée en mars, retire toute compétence aux juges sur ces questions et permet d’archiver les affaires en cours, ouvrant la voie à l’impunité de responsables de crimes graves qui bénéficient déjà de la protection légale dans certains pays. Les délits en cours d’instruction, tels les cas de génocide au Guatemala (contre Efraín Ríos Montt et Carlos Mejía Víctores pour délits de génocide et tortures commis contre la population maya durant le conflit armé) et au Tibet ; les crimes de guerre à Gaza ; les tortures à Guantanamo ; l’assassinat en 2003 du cameraman espagnol de Telecinco, José Couso, par l’armée américaine en Irak ou encore la plainte contre Israël pour crime de guerre au sujet de la Flottille de la Liberté (l’assaut du commando israélien en mai 2010 s’était soldé par 9 morts), restent ainsi impunis et désormais classés sans suite. Les pressions des autorités chinoises ont semble-t-il constitué un motif déterminant dans l’élaboration de ce projet de loi. La Chine a d’ailleurs remercié chaleureusement le gouvernement espagnol pour mettre ainsi fin au mandat d’arrêt international de cinq ex-leaders chinois dont l’ex-président Jiang Zemin, impliqués dans l’affaire du génocide au Tibet. |2|

Attaques capitalistes en temps de crise

« Agosticidad », est un terme espagnol pour désigner spécifiquement les contre-réformes adoptées au mois d’août afin d’éviter tout débat public et les réactions hostiles qu’elles pourraient susciter. Ce fut le cas de la réforme de l’article 135 de la Constitution qui donne la priorité absolue au remboursement de la dette lancée en août 2011 par le PSOE et approuvée sans référendum en septembre avec l’appuie du PP. De la même manière, la contre-réforme fiscale proposée discrètement en août dernier et qui devrait entrer en application en janvier 2015, va encore aggraver les inégalités.

En dépit d’une mobilisation exceptionnelle, les expulsions de logements se poursuivent à un rythme effréné. Depuis le début de la crise, des centaines de milliers de familles ont été expulsées de leurs logements, les condamnant à la marginalisation sociale permanente due au maintient de la dette hypothécaire malgré la perte du foyer. |3| Rappelons que la législation espagnole ne permet pas d’annuler la dette de l’hypothèque en cédant son bien immobilier. Les familles expulsées sont donc toujours redevables de cette dette auprès de la banque créancière qui, de surcroît, bien souvent s’accapare l’appartement pour spéculer ou le revendre. Récemment, la Communauté de Madrid a vendu 3 000 logements sociaux aux fonds vautour Goldman Sachs – Azora. D’autre fonds comme Blackstone rachètent des appartements sans en informer leurs résidents et expulsent ceux qui ne peuvent plus payer. |4| Cependant, plus de 1 100 expulsions ont été paralysées depuis le début de la crise et près de 1 180 personnes ont pu retrouver un logement grâce à l’action de la coordination des affectés par l’hypothèque (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH) |5|.

Par ailleurs, la très controversée loi LOMCE sur l’éducation prend désormais en compte la notation en cours de religion dans tous les centres scolaires et renforce les établissements publics-privés (« concertados »).

Apartheid sanitaire

La nouvelle loi entrée en application dans les centres de santé et hôpitaux depuis le 1er septembre 2012 (Real Decreto Ley 16/2012) constitue un apartheid sanitaire qui excluent de couverture santé les plus de 26 ans qui n’ont pas cotisé à la Sécurité sociale et plus de 800 000 personnes immigrés sans papiers. Il sacrifie le concept d’universalité d’accès aux soins de santé et met en danger de nombreuses vies. Le 20 février 2013, Soledad Torrico, immigrée bolivienne, est décédée des complications d’une grippe après avoir passé 6 jours sans être reçue par le Service valencien de santé. Le 24 avril 2013, le jeune sénégalais Alpha Pam, de 28 ans, mourait chez lui d’une tuberculose après un périple de 6 mois durant lequel on lui a refusé à plusieurs occasions l’assistance de l’hôpital. |6| La célèbre revue scientifique The Lancet a déjà averti que les coupes budgétaires du gouvernement espagnol, pourraient avoir « de graves conséquences pour la santé de la population, spécialement en ce qui concerne la tuberculose et l’infection par le VIH ». |7| Comme le signale la Fédération des Associations pour la Défense de la Santé Publique, en seulement trois ans, 7,2 milliards d’euros ont été amputés du budget de la santé, et 53 000 personnes en moins travaillent dans le secteur. Pendant ce temps, comme le dit bien la coordination Yo sí sanidad universal, le secteur privé de la santé se convertit en un négoce prospère et réalise de juteux profits. |8|


Partie 1
Partie 2
Partie 3

Notes

|1| Le premier exemple connu est sans doute l’inculpation et arrestation à Londres en 1998 du dictateur chilien Augusto Pinochet par le juge Baltasar Garzón.

|2| "Acogemos con agrado los esfuerzos del Gobierno y sus departamentos competentes. China y España tienen una tradición de amistad y apoyan las preocupaciones del otro", dijo hoy la portavoz del ministerio chino de Asuntos Exteriores Hua Chunying. 24/06/2014. http://www.eldiario.es/politica/Chi... Los crímenes que pueden quedar impunes con la reforma del PP para limitar la justicia universal, Público, 12/02/2014. http://www.publico.es/politica/5013... Pour la réforme, voir : http://www.eldiario.es/desalambre/C...

|3| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2...

|4| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2...

|5| Voir le site de la PAH : http://afectadosporlahipoteca.com/

|6| Gladys Martínez López, Un año sin sanidad universal, Diagonal, 10/09/13. https://www.diagonalperiodico.net/c...

|7| « Such changes could have serious consequences for population health, especially with regard to tuberculosis and HIV infections ». Erosion of universal health coverage in Spain, The Lancet, 14 de diciembre de 2013. http://www.thelancet.com/journals/l... En espagnol : http://esmateria.com/2013/12/15/la-...

|8| Olga Rodriguez, Los recortes perjudican gravemente la salud. http://yosisanidaduniversal.net/not...

 

 

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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 22:09

 

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De l’indignation au pouvoir (partie 2)

Chaises musicales et corruption

19 octobre par Jérôme Duval

 


Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. A n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

Injustice et corruption

Pour l’année 2013, le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) relève 1 661 affaires en cours dans différents tribunaux espagnols pour des crimes liés à la corruption. |1| Dans un contexte d’enchaînement ininterrompu de scandales, le PP croule sous les affaires de corruption. En établir la liste ici serait fastidieux. Mentionnons toutefois le cas de l’ex député du PP, Rafael Blasco, condamné en mai dernier à huit ans de prison pour malversation, délits de corruption, trafic d’influence, contrefaçon et détournement de fonds publics. Entre 6 et 9 millions d’euros de l’Aide publique au développement, initialement destinés à des projets de développement parmi lesquels un hôpital en Haïti après le tremblement de terre de 2010 |2| ou des projets d’extraction d’eau au Nicaragua, ont été détournés. Par exemple, sur 1,8 million d’euros de projets au Nicaragua, seulement 43 000 euros sont arrivés à destination. Le reste, a entre autre servi à l’achat d’appartements à Valencia pour une valeur d’environ 1 million d’euros. Citons, par ailleurs, l’affaire de l’architecte valencien Calatrava qui a surfacturé des projets urbanistiques, tel le projet avorté de trois gratte-ciel pour lequel Calatrava a tout de même reçu 15 millions d’euros. Enfin, on ne peut éviter la macro affaire Gurtel de financement occulte du PP dans laquelle plus de 150 personnes sont accusées et dont seul l’ex trésorier du PP Luis Bárcenas est en prison. L’organisation de la visite du Pape en 2006 à Valence qui a été l’occasion de détournement de fonds publics importants est directement liée à l’affaire Gurtel et l’Opus Dei.

Le 9 septembre, le député PP au Parlement valencien David Serra, accusé dans l’affaire Gurtel, sera le neuvième parlementaire impliqué dans des cas de corruption à quitter son poste. Il en reste encore deux exerçant leur fonction dans les rangs du PP à Valence. |3| Capitale de la corruption, Valence n’est pas seule et sans toutefois atteindre le niveau de délabrement du PP, certes difficile à rivaliser, les autres partis ne sont pas épargnés. Citons par exemple, le cas emblématique de l’ex-président de Catalogne entre 1980 y 2003, Jordi Pujol i Soley du parti Convergencia y Unión (CiU) qui a confessé avoir dissimulé au Trésor Public durant 34 ans ses comptes dans les paradis fiscaux en Andorre et en Suisse. Enfin, l’affaire en cours des cartes bancaires de Caja Madrid devrait occasionner des dégâts importants auprès de banquiers et politiques : 86 administrateurs et dirigeants de Caja Madrid, dont l’ancien dirigeant du FMI Rodrigo Rato, sont sous le coup d’une enquête pour avoir ainsi dépensé plus de 15 millions d’euros non déclarés, à des fins personnelles. Le chef de cabinet du ministère du budget, José María Buenaventura, un des bénéficiaires, a déjà démissionné début octobre après avoir pris connaissance du scandale... à suivre.

Chaises musicales. Les banquiers et PDG sont nos ministres et vice-versa

Partout en Europe, la connivence entre le pouvoir et le secteur bancaire capitaliste est omniprésente. Mario Draghi, ancien responsable de Goldman Sachs et consacré "personnalité de l’année" par le Financial Times en 2012 |4| , préside la Banque centrale européenne (BCE). En France, le nouveau ministre de l’économie et l’un des inspirateurs des coupes budgétaire de 50 milliards d’euros, Emmanuel Macron, est un ancien gérant à la Banque Rotschild. Il était ainsi devenu millionnaire en menant à bien en 2012 le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer avant de devenir quelques semaines plus tard le Secrétaire général adjoint de l’Élysée et conseiller du président de la République sur les questions économiques et financières. |5|

Dans le même registre en Espagne, avant de devenir ministre de l’économie, De Guindos a été conseiller de Lehman Brothers jusqu’à sa faillite. Miguel Arias Cañete, ancien ministre (PP) de l’agriculture sous les gouvernements d’Aznar et Rajoy, fervent défenseur du fracking et en lien étroit avec l’industrie pétrolière, a été désigné au poste de commissaire européen en charge de l’Action pour le Climat et la Politique énergétique au sein de la Commission européenne pilotée par le très libéral Jean-Claude Juncker. Sous pression et largement soupçonné de conflit d’intérêt, il s’est alors décidé à vendre les actions qu’il détenait de deux entreprises qu’il présidait, Petrolífera Dúcar SL et Petrologis Canaris SL pour une valeur qu’il estimait lui-même en 2011 à plus de 320 000 euros. |6| Mais les affaires restent entre de bonnes mains puisque son fils, Miguel Arias Domecq, siège toujours au Conseil d’administration de Ducar depuis le 7 octobre 2013.

Certains regretteront le décès du réactionnaire Emilio Botín de la banque Santander survenue le 10 septembre sous les hommages larmoyants des médias. Quoi de plus naturel quand on sait, par exemple, que Santander est actionnaire du groupe Prisa, lui-même propriétaire du journal El País – et du quotidien français Le Monde. Mais nous sommes beaucoup plus nombreux à regretter l’arrivée de sa fille Ana Patricia Botín pour lui succéder. Cet épisode constitue un nouvel exemple du travail de désinformation effectué par les médias commerciaux qui, sans le vouloir, alimentent l’audience de médias alternatifs vers lesquels se tournent de plus en plus de citoyens en quête d’impartialité dans le traitement de l’information. Même l’ex président de l’organe de supervision des marchés boursiers (la Comisión Nacional del Mercado de Valores, CNMV) Manuel Conthe, a reconnu une presse aux ordres : « ...la presse espagnole a réalisé une couverture informative et élogieuse sur le banquier décédé tant excessive et servile que cela m’a paru "bananier" et incompatible avec l’idée d’une presse libre ». Il précise : « À quelques honorables exceptions près, la presse est dominée par de grands groupes d’entreprises et leurs bureaux de communication. Je l’avais déjà senti et manifesté quand j’étais président de la CNMV et, alors même que certains professionnels le niaient avec colère, cela reste une vérité incontournable. » |7|

Notes

|1| Radiografía de la corrupción en España : cerca de 1.700 causas, más de 500 imputados y sólo una veintena en prisión, Europa Press, 20 avril 2014. http://www.europapress.es/nacional/...

|2| Voir la vidéo de promotion de l’hôpital : http://vimeo.com/25776663

|3| Ignacio Zafra, Dimite David Serra, diputado autonómico del PP procesado en el ‘caso Gürtel’, El País, 09.09.14. http://ccaa.elpais.com/ccaa/2014/09...

|4| Le président de la BCE encourage les Etats à poursuivre leurs efforts, Le Monde, 14.12.2012. http://www.lemonde.fr/europe/articl...

|5| Grégory Raymond, Emmanuel Macron, l’hémisphère droit de Hollande, nouveau ministre de l’Économie, 26/08/2014. http://www.huffingtonpost.fr/2014/0...

|6| Information about Miguel Arias Cañate, 10 septembre 2014, Ecologistas en Acción. http://www.ecologistasenaccion.org/... ; Déclaration de Cañete, 29 novembre 2011. http://www.congreso.es/docbienes/le...

|7| « ...la prensa española ha hecho un despliegue informativo y encomiástico sobre el banquero fallecido tan desmesurado y servil que me ha parecido "bananero" e incompatible con la idea de una prensa libre. (…) Con honrosas excepciones, la prensa está dominada por los grandes grupos empresariales y sus gabinetes de comunicación. Ya lo percibí y manifesté cuando era presidente de la CNMV y aunque entonces algunos profesionales del sector lo negaron airados, sigue siendo una verdad como un templo. » Blog de Manuel Conthe, Reflexiones a la muerte del Sr.Botín, 17/09/2014. http://www.expansion.com/blogs/cont...

Partie 1

 

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Mardi 23 septembre 2014 2 23 /09 /Sep /2014 18:55

 

Source : www.liberation.fr

 

 

 

 

Le gouvernement espagnol retire son projet de loi controversé sur l'avortement

AFP 23 septembre 2014 à 14:36 (Mis à jour : 23 septembre 2014 à 18:05)

 

 


Lors d'une manifestation contre le projet de loi sur l'avortement en Espagne, à Madrid, le 1er février.Lors d'une manifestation contre le projet de loi sur l'avortement en Espagne, à Madrid, le 1er février. (Photo Dani Pozo. AFP)

 

Le texte, promesse phare de Rajoy, envisageait de réduire considérablement le droit à l'IVG, y compris en cas de malformation fœtale. Le ministre de la Justice a démissionné.

 

 

Sur le même sujet

Le gouvernement de droite espagnol a retiré son projet de loi très controversé sur l’avortement, a annoncé mardi le chef du gouvernement Mariano Rajoy, qui avait fait de cette réforme l’une de ses grandes promesses électorales.

Ce projet, modifiant la précédente loi adoptée en 2010 par le gouvernement socialiste, réduit considérablement le droit à avorter en Espagne, y compris dans les cas de malformations du fœtus.

A lire aussi  La carte commentée du droit à l'avortement en Europe

«Le gouvernement a fait le plus d’efforts possibles pour tenter de parvenir au meilleur consensus possible», a déclaré Mariano Rajoy devant des journalistes.

«Nous allons continuer à étudier des formules permettant de parvenir à un meilleur accord sur la réforme. Mais en ce moment, je crois avoir pris la décision la plus sensée», a ajouté le chef du gouvernement.

Le gouvernement Rajoy avait adopté en décembre ce projet, qui n’autorise l’avortement qu’en cas de danger prouvé pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, ou après un viol, mais exclut les cas de malformation du foetus comme motif valable.

Démission du ministre de la Justice

La loi, qui a soulevé une levée de boucliers à gauche mais a suscité aussi de fortes résistances jusqu’au sein du Parti populaire de Mariano Rajoy, n’avait toujours pas été présentée au Parlement, où les conservateurs pourtant disposent de la majorité absolue.

«C’est une loi compliquée, sensible socialement», avait reconnu vendredi la numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria. «Le gouvernement veut travailler pour atteindre le consensus le plus large possible», avait-elle ajouté. La loi actuelle autorise l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse pour toutes les femmes.

De plus, en fin d'après-midi mardi, le ministre espagnol de la Justice, Alberto Ruiz Gallardon, a annoncé sa démission après le retrait du projet de loi. «La décision que j’ai prise n’est pas seulement d’abandonner le ministère de la Justice, mais aussi d’abandonner la politique au bout de 30 ans», a déclaré le ministre à la presse, reconnaissant qu’il «n’avait pas été capable» de porter jusque devant le Parlement le texte de loi controversé.


AFP
Source : www.liberation.fr

 

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Lundi 15 septembre 2014 1 15 /09 /Sep /2014 19:19

 

Source :  globalvoicesonline.org

 

 

Podemos, le parti politique alternatif espagnol qui étend la démocratie en ‘Cercles’

Image taken from the “Podemos” party's Facebook account.

Source photo : compte Facebook du parti Podemos.

 

Dans cet assemblage de maisons des collines espagnoles de Galice, non loin de la cité romaine de Lugo, le temps semble s'être arrêté il y a quarante ans. Les poules errent librement dans les rues, pendant que les paysans discutent à loisir de tracteurs au bord de la route. Pourtant, dans ce coin endormi de la province nord-ouest de l'Espagne, un nouveau modèle politique prend forme.

Jago, un professeur de langues de 48 ans, est en train de monter dans le village un “cercle”, une sorte d'assemblée de base informelle, démocratique et pluraliste, qui fonctionnera comme l'incarnation locale du nouveau parti politique Podemos. “Nous pouvons” en espagnol, Podemos espère attirer ceux qui désespèrent des approches politiques conventionnelles et contrer le ras-le-bol des mesures d'austérité en impliquant les citoyens pour modeler les réformes à partir de la base.

Nombreux sont les partis à travers l'Europe qui, voyant fondre les effectifs de leurs militants, partagent les mêmes ambitions. Podemos, lui, a des résultats à afficher sur l'intention de mettre la politique plus en phase avec le public”. Depuis ses débuts en mars avec une campagne entièrement financée par crowdfunding et un manifeste créé à partir des propositions du public, le parti s'est adjugé 8 % du vote espagnol aux élections pour le Parlement Européen. Beaucoup de ses sympathisants n'avaient probablement pas voté depuis des années. Un récent sondage a laissé entendre que Podemos serait en troisième place si des élections générales avaient lieu demain, et pourrait même se placer deuxième.

Les Cercles : des espaces politiques inclusifs

Un des facteurs des débuts prometteurs de Podemos est le système d'organisation communautaire en “cercles.” Tel est l'objectif de Jago. Les cercles sont des groupes sans dirigeants ni cotisations, qui fonctionnent en assemblées publiques ouvertes où les présents débattent de tout ce qui leur paraît s'appliquer à leur situation. “Les assemblées permettent aux personnes qui ne participent pas au mouvement de s'exprimer et de voir qu'il y en a d'autres qui pensent comme eux,” explique Oscar Gonzalez, un porte-parole du cercle de Podemos dans la cité portuaire galicienne de Vigo. Les cercles ont une focale locale marquée, à l'échelle d'une ville entière ou d'un arrondissement, ou se constituent autour d'un domaine particulier (par exemple, il existe actuellement des cercles sur la psychanalyse, la musique et le métier d'infirmier).

Les cercles se multiplient rapidement. Au moment d'écrire cet article, ils étaient plus de 700 dans toute l'Espagne, un accroissement de presque 80 % par rapport à leur nombre deux mois avant. L'assistance aux assemblées monte en flèche : de 20 à 30 personnes en moyenne avant les élections, Podemos Vigo en revendique désormais au moins 300 à chaque fois. Le concept des cercles peut fonctionner même dans les petites villes, mais il n'en va pas de même dans la Galice rurale. Les hameaux comme celui de Jago se vident rapidement, la Galice seule en compte au moins 1.400 déjà complètement déserts. Il y a peu de chances qu'ils se régénèrent spontanément : une naissance fait un article dans le journal local, tandis que le gouvernement régional de Galice va dépenser 70 millions d'euros sur les trois années qui viennent pour essayer de renverser le déclin de la natalité dans la région, dont le taux est le plus bas d'Espagne.

Un terreau qui paraît peu fertile pour un jeune mouvement dont le slogan électoral était : “quand avez-vous voté pour la dernière fois avec espoir ?” On a du mal à imaginer un cercle prospérer dans les confins ruraux de cette partie conservatrice de l'Espagne. Le dictateur Francisco Franco était Galicien, et le Parti Populaire de centre-droit qui gouverne au niveau national enregistre toujours dans la région certains de ses milleurs résultats. Dans l'unique bar du patelin (qui fait aussi office de boucherie et d'épicerie), Jago montre l'un des habitués, un homme d'une cinquantaine d'années aux tempes dégarnies : “Nos relations sont bonnes, évidemment. Mais un jour que je lui ai demandé du feu, j'ai vu qu'il avait encore un briquet à l'effigie de Franco.”

Jago ne se décourage pas pour autant. “Je suis un individu ordinaire, mais je sais parfaitement ce qu'est la discrimination et la corruption,” dit-il, citant ses propres difficultés à monter une entreprise et catalogant une série d'affaires récentes de dessous-de-table en Galice. Comme beaucoup d'Espagnols, Jago peine à rembourser son crédit immobilier, contracté à la banque juste avant la crise, une décision qu'il décrit comme la “plus grosse erreur de sa vie”.

Podemos collecting tin in a cafe in Vigo, Spain.

Podemos collecte de la petite monnaie dans un café de Vigo, en Espagne. Photo de l'auteur, Tom Walker.

Ce qui ne l'a pas empêché de donner cinq euros au fonds de campagne de Podemos pour les élections européennes. Considérant que Podemos n'a dépensé que 12 cents d'euros pour chacune des 1,25 million de voix obtenues en mai, sa contribution vaut en fait 40 électeurs. Si aucun de ces 40 n'est probablement venu du village de Jago, il reste à l'affût. “Je crois que Podemos peut être un havre pour beaucoup de gens ici qui ne sont jamais sentis chez eux dans aucun autre parti politique,” dit Jago. “Petit à petit, j'espère que nous pourrons arriver quelque part.”

Et c'est ce qu'a déjà fait Podemos à Navia, une circonscription au sud-ouest du centre de Vigo. Le parti a recueilli 20 % des voix ici, son meilleur résultat dans la ville. Navia est composé de logements sociaux construits ces huit dernières années pour loger une population jeune de quelque 8.000 âmes. Le succès de Podemos est d'autant plus remarquable ici qu'au milieu de l'austérité générale, de l'argent public a réellement été dépensé à Navia : la municipalité a investi dans l'amélioration de la voirie, les transports en commun, les jardins ouvriers et les installations sportives, tandis que l'administration régionale construit un centre de santé et un vaste espace vert.

“Il est vrai que les pouvoirs publics ont dépensé un tas d'argent pour notre quartier, mais la façon dont ils l'ont fait—les montants adjugés pour les travaux et les modifications, et l'absence d'entretien ou de planification—nous font voir ces investissements comme des tombeaux plantés dans notre environnement,” explique Antonio Saá, de la communauté en ligne Navia Merece.

Navia est aussi l'un des secteurs où Podemos Vigo a mené une campagne de mailing d'un nouveau genre, en distribuant à la main un message d'une page : “Cette lettre ne vous a pas atteint par la poste, parce qu'expédier une lettre comme celle-ci dans tout le pays coûte plus de 2 millions d'euros. Demandez aux partis qui vous ont envoyé un courrier électoral par la poste où ils ont trouvé l'argent pour le faire et en échange de quoi.” A Navia, où plusieurs projets publics de premier plan restent inachevés et d'autres sont parés de soupçons de corruption [espagnol], ce genre d'argument peut faire mouche.

Un travail à parfaire

Ces succès ne peuvent dissimuler le fait que Podemos est un travail toujours en cours, qui doit s'ajuster à la montée d'attention reçue depuis quelques mois. Les sympathisants locaux le reconnaissent ouvertement. “C'était bien plus facile de tenir des assemblées avant les élections, quand les groupes étaient plus petits et qu'on pouvait voter à main levée. Maintenant c'est devenu impossible. Tout le temps passe à compter et à vérifier que personne ne vote deux fois,” souligne Manuel Villot, un membre du cercle de Vigo.

Le cercle a aussi dû récemment instaurer un modérateur pour éviter que les discussions ne se dispersent dans les assemblées, restées jusque là assez peu structurées. Podemos mise sur la technologie pour conserver son éthique collaborative tout en absorbant des nombres croissants, et tente en ce moment d'introduire et génraliser Appgree et Loomio, des outils en ligne permettant de proposer des idées et de voter dessus.

Le parti a édifié une bonne partie de son profil par la télévision, avec notamment les apparitions dans les émissions-débats de l'universitaire et tête de proue du parti Pablo Iglesias, mais c'est l'Internet qui semble maintenant en première ligne au niveau local. Beaucoup de cercles n'ont pas de site web et se reposent sur la page Facebook dePodemos Vigo pour communiquer avec les partisans actuels et en attirer de nouveaux. “Podemos serait impensable sans Facebook et Twitter,” explique Mayka Arias, la coordinatrice de la page Podemos Vigo. Conscient que cette orientation technique pourrait en laisser certains hors du parti, Podemos Vigo organise des cours gratuits d'informatique pour expliquer les nouveaux outils et recrute des cybercafés fournissant un accès gratuit à ceux qui en sont dépourvus.

Les prochains mois seront déterminants pour Podemos, qui doit annoncer à l'automne une nouvelle structure d'organisation pour le parti. “Je suis sûr qu'il va continuer à grandir—il n'y a pas de plafond pour le moment,” prévoit Saá. “Nous allons voir si Podemos peut faire des choix qui soient réellement différents plutôt que de rajouter à la même chose.”

 

Source :  globalvoicesonline.org

 

 

 

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Samedi 6 septembre 2014 6 06 /09 /Sep /2014 19:39

 

Source : www.marianne.net

 

 

Pourquoi Podemos progresse quand le Front de gauche patine

Samedi 6 Septembre 2014 à 12:00

 

Loïc Le Clerc

 

Deux récents sondages font potentiellement de l'organisation Podemos la troisième force politique d'Espagne. Une enquête place même cet ovni sur les talons du Parti socialiste. A l'heure où l'avenir du Front de gauche est incertain et que ses membres se retrouvent pour en débattre, Marianne.net essaie de comprendre pourquoi les deux formations n'ont pas le même destin.

 

Pablo Iglesias, au centre de la phto, en chemise à carreaux, lors d'une assemblée de Podemos - Carlos Rosillo/NEWSCOM/SIPA
Pablo Iglesias, au centre de la phto, en chemise à carreaux, lors d'une assemblée de Podemos - Carlos Rosillo/NEWSCOM/SIPA

De l'autre côté des Pyrénées, à l'occasion des européennes, les deux partis majoritaires et historiques du pays ont pris la claque de leur vie. Le PP (Parti populaire, conservateur, au pouvoir) et le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) chutent alors de plus de 16 points chacun, au profit d'une nouvelle force montante incarnée par Izquierda Plural (IP, alliance d'une dizaine de partis de gauche et écologistes) et Podemos, glanant respectivement 9,9% et 7,9% des suffrages. Presque 10 points pour IP, ce rassemblement qui a des allures de Front de gauche (lui, en France, n'obtient que 6,6% des suffrages à cette même élection), voilà qui est impressionnant. Mais la révélation de l'année, c'est Podemos.

Tout part des indignados le 15 mai 2011, à la Puerta del Sol, kilomètre zéro de l'Espagne. Des manifestations à faire rêver nos syndicalistes et quelques mois plus tard, un néo-parti politique (qui revendique être plus un « outil pour que le citoyen récupère le protagonisme populaire », en deux mots : donner le pouvoir au peuple et non aux « élites corrompus »). Nommé Podemos (« Nous pouvons » en espagnol), il voit le jour, le 17 janvier 2014. En moins d'un an, il est en passe de devenir le parti sans lequel aucune majorité parlementaire ne sera possible en Espagne. En un mot, Podemos va peut-être mettre un terme au bipartisme. Une révolution.

Troisième force du pays

Deux sondages, du même genre que celui réalisé par Marianne il y a peu, viennent faire trembler PP et PSOE. C'est d'abord le quotidien El Mundo qui publie ce « Et si les élections avaient lieu aujourd'hui ? » qui retentit comme une alerte à la bombe. Podemos est à 21,2%, sur les talons du PSOE pronostiqué à 22,3% des suffrages. S'en suit un autre sondage, celui de La Razon, journal très conservateur, avec des résultats un peu plus modérés évidemment, mais qui mérite toujours notre attention : le PP arrive en tête avec 33,9% des voix, PSOE est en deuxième position avec 23,4% des suffrages et Podemos est confirmé troisième force du pays, juste derrière les socialistes, avec 15% des voix, doublant ainsi son score des Européennes.

Ça n'a peut-être l'air de rien, mais la gauche de la gauche espagnole, Podemos en tête de cortège, pourrait bien changer le fonctionnement de notre voisine démocratie, ce que les Espagnols nomment le « PPSOE ». Frustrés et déçus de l'alternance inefficace de ces dernières décennies, les Espagnols ont montré leur désir d'alternative, incarnée par Podemos, cavalier seul en l'absence d'une extrême droite organisée.

Évidemment, il ne s'agit que de sondages et rien n'est joué d'avance. Les élections municipales et régionales n'auront lieu qu'au printemps 2015 et les générales (l'équivalent de nos législatives, les députés nomment ensuite le Premier ministre) n'auront, elles, lieu qu'à la fin de l'année 2015. C'est aussi beaucoup de temps pour que le gouvernement de Mariano Rajoy continue sa politique de restriction (retour sur l'avortement, loi dite de sécurité citoyenne qui restreint la liberté d'expression et de manifestation, austérité comme s'il en pleuvait), mais aussi pour que l'opposition s'empêtre dans un attentisme devenu habituel.

Coalition indispensable et impossible

Pour Pablo Iglesias, le leader de Podemos, l'objectif pour 2015 est clair : prendre la place du PSOE en temps que première force d'opposition et renverser le système. Alors, le PPSOE ne pourra plus gouverner seul. Mais l'éventualité d'une grande coalition, de droite à gauche ou simplement à gauche, semblent pour l'instant bien loin dans les esprits. En face, Le PP espère que la gauche ne parviendra pas à créer une union. La secrétaire générale du PP, María Dolores de Cospedal, pour sa rentrée politique, a défendu l'existence de deux « grands partis nationaux qui peuvent discuter et se mettre d'accord ». Tout ce que les Espagnols adorent...

Il faut dire que Podemos est d'une habilité suprême avec les Espagnols. Aux Catalans, Pablo Iglesias dit « non » à l'indépendance, mais « oui » au droit à l'auto-détermination. Une position qui fait devrait lui permettre de faire une entrée fracassante au Parlement catalan.

Au niveau national, c'est toute la gauche qui se fait absorber. Podemos appuie tout son discours sur des idées de changement majeures des institutions, en instaurant la république et en mettant en place une « démocratie participative » à travers des réseaux sociaux ou des assemblées populaires. Le mouvement se veut d'une totale transparence en publiant ses comptes sur son site et en martelant ses slogans : « Reprendre en main l'économie, conquérir la liberté, construire la démocratie ».

Le citoyen d'abord !

Désormais membre du même groupe au Parlement européen, il suffit de prendre les programmes du Front de gauche et de Podemos pour se rendre compte de leurs similitudes : renversement du régime (monarchie, Ve République), égalité femmes-hommes, lutte contre les discriminations, remise en cause du traité de Lisbonne, redonner le pouvoir au peuple, etc. Tant de sujets qui rassemblent les deux partis.

Pour Raquel Garrido, porte-parole internationale du Parti de gauche, l'heure est désormais à la « mutualisation des méthodes ». Elle insiste sur l'apport du PG à Podemos, notamment en matière d'organisation du militantisme. Cependant, Garrido reconnait la facilité technique avec laquelle les Espagnols organisent des forums (sur le web et via des applications pour smartphones) et des assemblées constituantes, bien que le PG « en faisait avant eux, pour les présidentielles de 2012 », du moins le pensent-ils. L'hyper-démocratie, en appelait au peuple et pas seulement à la gauche, voilà bien quelques idées de Pablo Iglesias et ses camarades que Jean-Luc Mélenchon semble vouloir faire sienne avec son mouvement pour la VI République  lui que certains soupçonnent de vouloir tuer le Front de gauche et le PG car ils seraient devenus des « outils » inefficaces. Mais Mélenchon saura-t-il s'oublier pour atteindre ce qui fait tout l'intérêt de Podemos, à savoir l'horizontalité totale des décisions ?

Marche ou crève

Mais au-delà des méthodes et des pratiques, il y a aussi les sujets, non pas qui divisent, mais qui font prendre à chacun des chemins différents. Le Front de gauche parle énormément d'argent et de son « pouvoir » qu'il faut « reprendre aux banques et aux marchés financiers ». Podemos aussi est farouchement opposé à l'ensemble du système néolibéral. Comme le Front de gauche, l'organisation critique la BCE mais ne prône pas pour autant la sortie de l'euro. Cependant, le parti espagnol accorde une plus grande importance à des aspects de la vie plus concrets, comme l'accès pour tous à une alimentation saine, à l'eau, et aux libertés et droits fondamentaux. Cause directe de la politique de Rajoy anti-avortement, anti-manifestations et de plusieurs années de diète économique.

Autre différence, et elle est de taille : Podemos n'a eu besoin d'aucune alliance avec d'autres partis politiques pour percer. Les communistes espagnols, ou même les socialistes, vont avoir de quoi débattre longuement en interne sur la position à prendre face à ce parti grandissant, à moins qu'il ne soit déjà trop tard.

 

Source : www.marianne.net

 

 

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Dimanche 3 août 2014 7 03 /08 /Août /2014 19:38

 

Source : fr.globalvoicesonline.org

 

 

VIDÉO : Interruption flamenco au parlement d'Andalousie pour protester contre la crise

Screenshot from FLO6x8's protest in Andalusia's parliament.

Capture d'écran de l'action de FLO6x8 au parlement d'Andalousie.

L'Andalousie, dans le sud de l'Espagne, est la patrie du flamenco, un genre artistique sur base de folklore, caractérisé par sa musique riche d'émotion, son chant puissant et sa danse sensuelle. Les paroles évoquent souvent l'amour et la séparation, mais aussi la douleur, la pauvreté et le chagrin — des sujets qui ne sont que trop familiers ces dernières années pour les Andalous.   

L'Espagne a taillé sans pitié dans les dépenses depuis que le pays est aux prises, ces dernières années, avec une crise économique destructrice. Le nombre de pauvres et de chômeurs a explosé dans toute l'Espagne, mais l'Andalousie souffre particulièrement.

Si les manifestations n'ont rien de rare, un collectif donne aux siennes un cachet purement andalou. Fin juin, trois membres de FLO6x8 ont interrompu successivement une séance du parlement d'Andalousie en chantant des chansons dans le style flamenco, qui dénonçaient le chômage, la corruption et la crise.  

A chaque fois, les protestataires ont été évacués de la galerie du public à peine avaient-ils commencé à chanter. A l'époque, les médias n'en ont que peu parlé, mais une vidéo de l'action avec un nouveau montage publiée sur Facebook est devenue virale depuis, avec plus de 48.000 partages. La performance est ici sous-titrée en anglais : 

 

 

 


La première chanteuse a fustigé le manque d'emplois en Espagne, qui a forcé beaucoup de jeunes Espagnols à s'expatrier à la recherche de travail

Mendier
voilà comment tu veux me voir
ou que j'émigre.
Mendier
pour un travail de merde
pendant que vous vous engraissez avec les licenciements
et vous êtes des valets de la troïka.

Les deux tiers des Andalous sont au chômage, selon les derniers chiffres de l'agence de statistiques de l'Union Européenne Eurostat [anglais]. La pauvreté dans la région, dont l'agriculture et le tourisme sont les principales activités, a augmenté de 11 % entre 2007 et 2012 atteignant 24,1 %, une des plus élevées d'Espagne. 

L'Andalousie a demandé un sauvetage financier [anglais] de Madrid en septembre 2012, la quatrième région à y recourir. L'Espagne a elle-même obtenu un renflouement [anglais] de126 milliards de dollars de la “troïka” — composée du Fonds Monétaire International, de la Commission Européenne et de la Banque Centrale Européenne — quelques mois auparavant pour recapitaliser son secteur bancaire malade. 

FLO6x8 a mis en scène de semblables actions de protestation dans des agences bancaires, avec chant, danse et guitare. Ainsi :

 

 

Le collectif demande l'élaboration d'une nouvelle constitution avec la participation de tous les Espagnols. En attendant, ils promettent aux politiciens qu'ils “s'exprimeront dans tous les espaces publics où vous montrerez vos vénérables figures.”

 

 

 

Source : fr.globalvoicesonline.org

 

 

 

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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:35

 

Source : www.tv5.org

 

 

Espagne : une loi au parfum de franquisme
 
17.07.2014par Pascal Priestley
Malgré les nombreuses oppositions, le gouvernement conservateur espagnol a finalement adopté son projet de loi sur la "sécurité citoyenne", en suspens depuis l'automne dernier. Celui-ci prévoit pour des fait de manifestations des amendes sans jugement pouvant atteindre une soixantaine d'années du salaire minimum.
Manifestation contre l'austérité à Madrid en juillet 2012 (photo © AFP – PEDRO ARMESTRE)

Ordre

Ni les protestations de la société civile, ni les réserves des autorités judiciaires ou du Conseil d'Etat, ni les inquiétudes d'organisations internationales (Amnesty, OXFAM, Greenpeace...), ni la (molle) opposition du Parti Socialiste (PSOE) n'ont finalement fait réellement fléchir Mariano Rajoy.

Légèrement atténué mais confirmé dans ses grandes lignes et sa philosophie répressive, son projet sur la « sécurité citoyenne » a été adopté par son gouvernement conservateur le 11 juillet, après neuf mois de controverses et dans la torpeur de l'été. Celle-ci se révélant propice aux réformes à problèmes et le Parti Populaire au pouvoir (droite) disposant de la majorité absolue au parlement, le vote définitif pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Pour le ministre de l'intérieur, le nouveau dispositif - qui couvre un vaste champ mêlant les perquisitions, fouilles, manifestations de rue et ... prostitution - garantira « plus et mieux la sécurité citoyenne, avec d'avantage de sécurité juridique ». Pour ses opposants qui l'ont qualifiée de « loi-muselière », c'est un monstre juridique liberticide. Son objectif, estime Joaquim Bosch, porte parole de l'association de magistrats « Juges pour la démocratie » est de donner « au gouvernement un instrument pour faire taire les critiques sociales ».
Zoom:
Rassemblement contre une expulsion en 2012 (photo AFP)

Sur mesure


Ses dispositions, en tout cas, semblent clairement taillées sur mesure pour répondre aux diverses formes de protestations nées avec la crise, en accordant à l'administration un pouvoir punitif arbitraire sans précédent depuis Franco.

Contre les campements dans des lieux publics popularisés par le mouvement des Indignés en 2011-2012 et sporadiquement réitérés depuis, le texte punit le « refus de dissolution de réunions et de manifestations dans des lieux de passage public ».

Contre les rassemblements visant à empêcher les expulsions immobilières, innombrables avec la crise et combattues par différents collectifs, la nouvelle loi punit « l'obstruction visant à empêcher à toute autorité ou employé public » l'exécution des « résolutions administratives ou judiciaires ».

Contre les débordements qui ont émaillé les fins de manifestations au cours des dernières années : un article dédié à « la perturbation au déroulement d'une réunion ou manifestation », définition vague qui ouvre le champ libre aux interprétations policières.

Pour ces différentes atteintes à l'ordre public, la sanction encourue s'échelonne de 600 à 30.000 euros, selon l'humeur de l'administration. Le même tarif s'applique aux rassemblements non-autorisés aux abords du Congrès des députés, du Sénat ou des Assemblées régionales.

Contre les escalades spectaculaires de bâtiments publics, particulièrement prisées par l'organisation Greenpeace, le nouveau texte double les peines encourues en les faisant passer à 600 euros. Des militants de cette ONG n'ont d'ailleurs pas tardé à y répondre par l'escalade d'une tour de 90 mètres près de Palais de la Moncloa, résidence officielle du chef du gouvernement.
Zoom:
Affrontements à Madrid le 22 mars 2014 (photo AFP)

Soixante-six ans de salaire d'amende


On passe à une autre échelle de répression pour les fautes qualifiées de « très graves » : parmi elles, l'organisation de manifestations non autorisées dans des infrastructures publiques susceptibles de mettre en danger les personnes ou simplement de « perturber le fonctionnement des services publics » (article 35.1). Amende encourue : 600.000 euros, soixante-six ans du salaire minimum espagnol. Bon prince, la loi précise qu'elle doit tenir compte des ressources du réprimé.

Ces peines n'ont pas besoin de juge pour être prononcées. Elles sont à la discrétion du Ministère de l'intérieur pour les plus graves, voire du Secrétaire d’État à la sécurité pour les autres.

Le gouvernement affirme par cette loi sécuritaire répondre à une « demande de la population », argument qui peut sembler plaisant dans un pays surtout dévasté par un chômage de près de 30 % - 50 % dans la jeunesse et certaines régions - et par l’appauvrissement de couches entières de la dite population.

Selon la dernière étude du Centre d'études sociologiques, la question de la sécurité n'est la priorité première que pour … 0,4 % des Espagnols et l'une des trois priorités pour 2,8 % d'entre eux.

 

 

Source : www.tv5.org

 

 

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Dimanche 13 juillet 2014 7 13 /07 /Juil /2014 20:41

 

Source : www.pauljorion.com/blog

 

 

LES CHOSES BOUGENT EN ESPAGNE, par Diego Carretero

5 juillet 2014 par Paul Jorion | 

Billet invité.

Voici quelques informations sur ce qui se passe chez nous en Espagne. Un phénomène très intéressant est en train de se passer. Ce que vous en savez c’est qu’un nouveau parti, PODEMOS, a raflé 5 députés d’un coup aux élections européennes. Ce que je vous en dis est que cela a constitué le début d’une lame de fond qui est en train de changer la donne dans ce pays.

D’abord, ce n’est pas « un parti ». Depuis le 15M (Indignados) le feu couve dans tous les coins du pays. Les mesures prises par les différents gouvernements et leurs répercussions dans la vie quotidienne des gens servent de carburant. Et cette galaxie d’initiatives diverses découlant du mouvement du 15M a pris consistance en plusieurs partis et mouvements, qui travaillent depuis des mois et des années en forme de groupes s’opposant physiquement (d’une manière non-violente) aux différentes politiques du gouvernement.

Pablo Iglesias, commentateur habituel de deux chaînes de télévision, lui-même issu du mouvement 15M, et participant à un de ces petits partis, a eu l’énorme intelligence, aidé par son entourage de la même famille, de lancer le mouvement à partir de ses apparitions en télévision, s’adressant directement aux gens ordinaires, leur parlant un langage vrai et simple. Et en ce langage vrai et simple il leur a dit que la division gauche-droite n’était pas aussi importante que la division bas-haut : nous sommes les gens d’en bas et allons déboulonner les gens d’en haut, tout en ne cachant pas sa position de gauche.

 

Il faut dire que le panorama dessiné par « la crise », les compromissions étalées au grand jour, de politiques de droite et de gauche, socialistes et communistes compris, de syndicats socialistes et communistes, objets de scandales sans fin, pris la main dans le sac, les destructions des différents aspects de l’état de bien-être que les élites, discréditées au plus haut point, ont perpétré, n’ont laissé aux citoyens qu’un sentiment d’écœurement profond (la notion de ciudadanos est continuellement invoquée, en Espagne, mais en France l’utilisation du mot « citoyen » classe la personne qui l’utilise. Ici, je l’emploie dans le sens espagnol, sans préjuger de ce que j’en pense dans le contexte français). Le mécontentement est généralisé et des signes de fermeté sont en train d’apparaître (Les marches du 22 mars… le quartier du Gamonal à Burgos, à Barcelone..). L’on sent, de manière palpable que les gens ne veulent plus se laisser faire… d’où le succès des différents aspects de réponse qui apparaissent

Ce mouvement se tient par son organisation et son attitude ouverte et tolérante, son fonctionnement en assemblées qui font et défont inlassablement en une pratique démocratique poussée. Ce faisant il a rassemblé en peu de temps énormément de gens. Les dernières prévisions sont qu’ils constituent, aujourd’hui, la troisième force politique en Catalogne, dont la donne locale est en train de changer à toute vitesse, et probablement la deuxième force dans le levant (Valencia).

Parallèlement, la gauche/système (IU : Izquierda Unida) change également à toute vitesse, sa tête de liste au parlement européen s’est vue obligée de démissionner, ses pratiques discutables ayant été mises en évidence, et la tête même d’IU vacille au profit d’un jeune issu lui aussi du 15M, Alberto Garzón, qui dit que les idées et la tâche à accomplir passent avant le parti. Une certaine forme de dirigisme communiste est en train de disparaître (ou de se cacher). Et Alberto se trouve en phase avec Pablo Iglesias. Et dans cette même phase se trouvent les gens ordinaires, les activistes sociaux, tous les contestataires antisystème… en somme une part majoritaire du pays. La composition et l’interaction des éléments composant cette majorité est sans cesse en mouvement vital, s’influençant les uns les autres continuellement. On peut dire, sans risque de se tromper, que trois personnes, actuellement, incarnent le mouvement en marche : par ordre subjectif d’influence, Ada Colau, de Catalogne, Pablo Iglesias, de Madrid, et Alberto Garzón, d’Andalousie. À mon avis, cela peut-être une garantie de bonne fin, mais il n’est pas question d’ignorer les difficultés, aussi bien internes au mouvement (attention à la vieille garde) qu’externes (l’ordre établi se défend et se défendra plus durement…) Mais ne pas perdre de vue ce que ces personnes incarnent, et si cette incarnation fait défaut, ces personnes ne sont plus qu’elles-mêmes… et elles le savent bien, et pour le moment leur attitude de service n’a pas été prise en défaut.

Tout récemment, un rassemblement (il faut tenir compte du caractère fluide et peu-dirigiste du contexte) autour d’Ada Colau, à Barcelone, sous le nom de Guanyem (Gagnons), prétend se faire avec la municipalité de Barcelone, et il est sympathique que les analystes sérieux pensent que cela est possible. Aussitôt, Madrid embraye avec le même schéma, et apparaît un groupe, Municipalia, avec les mêmes caractéristiques, englobant les différents éléments de 15M en évolution, dont PODEMOS, qui se plie à la discipline majoritaire, en consultations répétées, aussi bien à Barcelone qu’à Madrid. Non content de cela, des villes moyennes s’y mettent, Saragosse y est déjà, ainsi que Valladolid. Malaga est en route, il est bien probable que Séville aussi.

Un détail d’importance concernant la question catalane, est qu’au sein de Guanyem il y a des indépendantistes et des non indépendantistes, et apparemment il y a consensus pour ne pas traiter la question à ce niveau en ce moment. Une qualité d’attitude est en train d’émerger, partout dans le pays, qui était impensable avant le 15M.

Où l’on voit donc que PODEMOS n’est le centre du processus qu’à un moment, ensuite il rentre dans le rang du mouvement lui-même, pour jouer le rôle que le mouvement, dans ses délibérations va lui attribuer. Ceci n’est pas exempt d’explications musclées, comme les différents avis exprimés par les « dirigeants » de PODEMOS en préparation de la grande réunion de cet automne qui dotera PODEMOS de structures politiques intégrant tous les avis.

Un aspect important est l’entrecroisement de on peut dire tout avec tout, et les groupes, de PODEMOS, ou du Partido X, ou de EQUO, etc. se forment dans les villes, les quartiers, les zones géographiques (cantons…), mais aussi chez les professionnels de la santé, les travailleurs indépendants, les défenseurs de la nature…etc., il n’y a pas de domaine à l’abri, et cela tisse un réseau dont nous verrons dans le futur les avantages et les inconvénients.

Mon sentiment personnel est qu’un mouvement a été lancé qu’il est impossible, au moment présent, d’arrêter. Et il s’amplifie à vue d’œil. Aux dernières nouvelles, l’influence de cette « ambiance » a obligé les parlementaires socialistes en Europe à s’interroger et à envisager de ne pas voter Junker, de peur des répercussions négatives dans l’électorat qu’il reste encore aux socialistes. Pour l’heure, que je sache, il n’y a pas encore de décision définitive. Un petit événement (beaucoup moins important que les processus exposés) a lieu en ce moment, l’élection du prochain secrétaire général du parti socialiste, et il y a trois candidats. Les trois se sont prononcé contre le vote à Junker… Il est certain que si les événements à l’intérieur du parti socialiste prennent la tournure de participer au mouvement, les choses changeraient dans le sens imprimé jusqu’à maintenant, certainement avec des ajustements et une certaine influence de la vieille garde… Mais il n’est pas bon de broder le futur, soyons attentifs et aidons-en l’enfantement… un peu de maïeutique sied !

 

 

Source : www.pauljorion.com/blog

 

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Lundi 23 juin 2014 1 23 /06 /Juin /2014 22:57

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Lois rétrogrades

Face à la corruption du pouvoir politique, des juges espagnols entrent en dissidence

par Nathalie Pédestarres 23 juin 2014

 

 

 

 

 

Conflits d’intérêts et collusions menacent l’indépendance de la justice, estiment des magistrats espagnols. Certains d’entre eux, qui s’intéressent de trop près à des affaires sensibles, se retrouvent victimes d’acharnement judiciaire ou sont écartés de leurs fonctions par le pouvoir politique. Une situation que dénoncent des avocats et juges. Solidaires des mouvements sociaux, ils participent également à la résistance contre des lois nationales jugées de plus en plus rétrogrades.

« Les hommes politiques maltraitent ceux qui, un jour, pourraient avoir à enquêter sur eux. » Le juge espagnol Elpidio Silva est amer. L’année dernière, il a tenté de placer en détention Miguel Blesa, l’ancien PDG de la banque Bankia, impliquée dans la vente frauduleuse de produits financiers toxiques (appelés preferentes) à des milliers d’épargnants en 2009 (lire ici). Le juge risque aujourd’hui d’être radié de l’administration judiciaire pendant 30 ans ! Il a d’abord été accusé de prévarication – suspecté d’avoir laissé filtrer à la presse des courriers électroniques de Miguel Blesa dans lesquels celui-ci confiait à ses collaborateurs avoir « trompé les clients » –, puis de « maltraitance psychologique à un témoin protégé ». Le verdict tombera le 7 juillet prochain.

L’affaire Blesa a révélé des collusions entre les pouvoirs bancaire, politique et même judiciaire. L’ensemble du Conseil d’administration de Bankia avait été mis en examen en 2012, avant d’être relaxé. Au sein de ce conseil siègent des hauts fonctionnaires, des membres du Parti populaire, la droite espagnole, ainsi qu’une poignée d’administrateurs venus de la gauche – du Parti socialiste espagnol, de la Gauche unie, et deux représentants du syndicat CCOO. Et un membre influent du Parti populaire, Rodrigo Rato, ancien ministre de l’Économie sous la présidence de José María Aznar, successeur du PDG Miguel Blesa avant la nationalisation de la banque.

Pour le magistrat, il n’y a aucun doute : l’acharnement judiciaire dont il fait l’objet vise à servir d’exemple à destination de ses collègues qui seraient tentés de s’intéresser de trop près à certaines affaires. « En Espagne à l’heure actuelle, c’est la peur qui fait la loi », accuse-t-il. La Cour supérieure de justice de Madrid a dû insister en mars auprès de la juge María Tardón pour qu’elle s’écarte de l’enquête concernant le juge Silva. Car elle cumule les fonctions de conseillère du Parti populaire et de membre de l’Assemblée générale de... Bankia ! Vous avez dit conflit d’intérêt ?

Des magistrats au service des mouvements sociaux

Depuis la Constitution de 1978, négociée au sortir de la dictature franquiste, les membres du Tribunal suprême – la plus haute instance pénale – sont nommés par le Conseil général du pouvoir judiciaire, lui-même élu par le Parlement. Pour renforcer cette dépendance, l’actuel ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardón, vient de faire passer une nouvelle loi pour réorganiser la Justice. Une réforme plutôt mal reçue par les magistrats et les avocats, car elle renforce l’immunité parlementaire, mettant à l’abri les députés, dénonce l’avocat Jesús Gimenez Gallo. Il fait partie de cette génération de juristes espagnols progressistes, ouvertement critiques vis-à-vis de l’exécutif et s’engageant pour la défense des citoyens.

Avec l’imposition de mesures d’austérité par la « Troïka » (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fonds monétaire international), de nombreux avocats et juges se sont montrés solidaires des mouvements de défense des droits sociaux. Le juge barcelonais José María Fernández Seijo, membre de l’association Juges pour la démocratie (Jueces para la Democracia), a par exemple saisi la Cour européenne des Droits de l’Homme pour démontrer que la législation espagnole en matière de crédits hypothécaires ne protège pas les consommateurs des clauses abusives des banques. Une lacune réglementaire qui a causé un demi million de saisies immobilières.

Résistance face à des lois de plus en plus rétrogrades

Ces magistrats ont aussi obligé des entreprises à réincorporer des milliers d’employés licenciés de façon injustifiée, les patrons se croyant exonérés de leurs obligations grâce à la réforme de la loi du marché du travail, qui flexibilise les licenciements. Le FMI, qui a inspiré la réforme, a même critiqué la justice espagnole pour son « interprétation restrictive » des procédures de licenciement ! « Les personnes ne peuvent pas être traitées comme des marchandises soumises exclusivement aux lois du marché et leur dignité suppose que l’on protège leurs droits fondamentaux », a rétorqué l’association Juges pour la démocratie. Mais ce n’est que le début de la bataille : les nouveaux projets de loi concoctés par le ministre de la Justice présentent un caractère si rétrograde que même le Conseil général du pouvoir judiciaire s’en est inquiété.

Ainsi la réforme de la loi sur l’avortement prévoit de revenir aux années 1960 : l’interruption de grossesse ne sera reconnue légale qu’en cas de viol ou de danger pour la vie ou la santé physique et morale de la femme. Autre « réforme » : le durcissement des « lois de sécurité citoyenne », rebaptisées « lois muselières » ou « lois anti-manifs » par ceux qui s’y opposent. Elles autorisent tout un arsenal de pratiques répressives « préventives » (amendes exorbitantes, fouilles corporelles, identifications et détentions arbitraires, dissolutions de réunions estimées dangereuses). Une restriction de la liberté d’expression et de manifestation au prétexte de garantir la sécurité publique. Mais les critiques de la société civile et des magistrats sont telles que le gouvernement a été obligé de freiner.

Même le droit international est menacé

Même la « compétence universelle » de l’Espagne en matière de droit international est menacée [1]. Le pays est pourtant pionnier dans ce domaine. Souvenez-vous : le 16 octobre 1998, l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est arrêté à Londres alors qu’il vient s’y faire opérer. C’est le « super-juge » espagnol Baltasar Garzón qui avait lancé un mandat d’arrêt au nom de victimes espagnoles de la dictature. Pinochet ne sera jamais extradé vers l’Espagne mais sera cependant retenu près d’un an et demi à Londres avant de pouvoir rentrer au Chili pour raison médicale. Rendre justice au nom du principe de compétence universelle sera-t-il encore possible en Espagne ?

En mars dernier, le gouvernement de Mariano Rajoy réforme la loi pour en limiter la juridiction. Et ce, sous la pression des autorités chinoises ! Le 19 novembre 2013, l’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale, avait émis un mandat d’arrêt contre plusieurs dirigeants chinois, dont l’ancien Président Jiang Zemin, pour leur responsabilité politique ou militaire dans le génocide et crimes contre l’humanité pratiqués dans les régions tibétaines de la Chine. D’autres affaires de ce type pourraient bien être classées sans suite. A l’exemple de l’enquête sur l’assassinat du cameraman espagnol José Couso par des militaires américains à Bagdad en 2003, l’un des dossiers les plus médiatisés de la « compétence universelle ».

Pas touche à mes pots-de-vin

Là encore, la réforme conservatrice a suscité de nombreuses protestations. En particulier à l’occasion du premier Congrès mondial de la compétence universelle, organisé par la Fondation du juge Baltasar Garzón, une semaine avant les élections européennes. Le procureur états-unien Benjamin Ferencz, l’avocate iranienne Shirin Ebadi ou Raúl Zaffaroni de la Cour suprême argentine ont critiqué publiquement la décision du ministre de la Justice. Des positions qui ont probablement pesé. Le 6 juin, l’Audience nationale permet au juge Santiago Pedraz de poursuivre son instruction sur l’assassinat de José Couso en Irak. Un sacré pied de nez au gouvernement de Mariano Rajoy.

Baltasar Garzón a été suspendu de la magistrature pour avoir recouru à des écoutes téléphoniques – jugées illégales – entre les suspects et leurs avocats dans « l’affaire Gürtel », un réseau de versements de pots-de-vin à des dirigeants politiques du Parti populaire par des chefs d’entreprise dans le but d’obtenir des contrats exclusifs [2]. La droite espagnole ne lui a pas non plus pardonné de rouvrir en 2008 le dossier tabou des crimes commis pendant la dictature franquiste, mis sous le tapis grâce à une loi d’amnistie qui n’a jamais été remise en cause depuis 1977 (lire ici).

L’ombre de Franco

« Le grand problème du système judiciaire espagnol, c’est qu’il n’a pas été « assaini » et débarrassé de certains postes issus du franquisme, ce qui perpétue encore aujourd’hui l’impunité », assène María Garzón, la fille aînée du juge, scandalisée par l’ostracisme dont est victime son père. « Il y a trois mécanismes qui se déclenchent dès lors qu’on touche au pouvoir en Espagne : le parti au pouvoir lui-même, les médias au service de la droite espagnole et le pouvoir judiciaire espagnol, en particulier le Tribunal suprême, un organe hérité du franquisme dont les membres sont élus par l’exécutif. Et si un juge comme mon père contredit la « morale » de ce Tribunal, s’en est fini de sa carrière. »

Pour María Garzón, le courage de son père a « fait jurisprudence » chez d’autres magistrats : « La résistance des juges espagnols a cela de positif qu’elle met en évidence la nécessité de doter le pouvoir judiciaire d’une véritable indépendance. Le gouvernement ne peut pas continuer à destituer des juges parce que leur quête de la vérité dérange. Ce serait revenir à un état dictatorial ! La société ne va jamais le permettre ». Ces magistrats bénéficient en effet du soutien accru de la société civile, en particulier des mouvements sociaux issus du 15-M et des partis de gauche minoritaires. Ils ont leurs « fans club » sur les réseaux sociaux et dans la rue. Baltasar Garzón et sa Fondation Fibgar pour les droits humains et la justice universelle mènent campagne pour que soit créée en Espagne une commission de la vérité sur les crimes commis pendant la dictature franquiste. José Elías Esteve, l’avocat de la partie civile dans le dossier du Tibet contre la Chine, est confiant : « Vu la situation dans laquelle se trouve l’Espagne, le mécontentement des gens ne va pas diminuer, au contraire ! Cela ne peut mener qu’à un changement profond, un système meilleur. De toute façon, il serait difficile de faire pire. »

Nathalie Pédestarres

Photo : CC Fotomovimiento (manifestation des indignés espagnols à Barcelone le 27 mai 2011)

 

Notes

[1La compétence universelle en matière de droit international permet à un État de poursuivre les auteurs de certains crimes (génocide, terreur, torture, crimes de guerre...), quel que soit le lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes. Elle est incluse dans la législation espagnole depuis 1985.

[2Pour obtenir des preuves, le juge Garzón a recours à des écoutes téléphoniques qui seront jugées illégales par le Tribunal Suprême espagnol qui démet Baltasar Garzón de ses fonctions en 2012 pour une durée de 11 ans.


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Source : www.bastamag.net

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
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