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Espagne

Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 20:46

 

 

Médiapart

 

 

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« Nous, les Espagnols, sommes arrivés à un point où nous ne pouvons pas choisir entre rester comme nous sommes et faire des sacrifices. Nous n’avons pas cette liberté. Les circonstances ne sont pas aussi favorables. L’unique option que la réalité nous laisse est d’accepter les sacrifices et de renoncer à quelque chose ou bien de refuser les sacrifices et de renoncer à tout. » C’est ce qu’a dit Mariano Rajoy, le président du gouvernement, le 11 juillet 2012 devant le Congrès, annonçant un coup brutal porté à l’État-providence. Des propos très éloquents qui, au fond, montrent que la démocratie est de plus en plus soumise aux intérêts de ceux qui ne sont pas élus. Le seul doute est de savoir jusqu’à quel point les innombrables coupes budgétaires peuvent être solubles dans la démocratie.

La question apparaît dans les conclusions du Rapport sur la démocratie en Espagne 2013 de la Fondation Alternativas, élaboré avec le concours de nombreux experts. « Les politiques économiques actuelles ne sont pas démocratiquement durables », a affirmé, lors de la présentation de l’étude le 12 juin, la sociologue Belén Barreiro, ex-présidente du Centre de recherches sociologiques (CIS) et directrice du laboratoire d’Alternativas. Car ces politiques ont pour résultat d’accroître la pauvreté et de rendre la « société plus duale, inégale et divisée ».

Le sous-titre de ce rapport de 258 pages en dit long : Un grand saut en arrière. La santé de la démocratie espagnole s’est progressivement détériorée depuis 2008 (année de lancement du premier rapport de cette fondation proche du PSOE) mais a brutalement chuté l’année dernière : le système était noté 5,2 contre 6,2 en 2008. Une baisse d'un point, dont six dixièmes sur la seule dernière année.


Site internet de Juventud sin futuro 
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Comment se traduit cette érosion de la démocratie ? D’abord par davantage d’inégalité et de fracture sociale. « La crise n’a pas le même prix pour tous », puisque les foyers « les plus vulnérables sont ceux qui en souffrent le plus », écrit Belén Barreiro en prologue. Luis Ayala, l’un des auteurs de l’étude, a expliqué que la crise produit « une inégalité sans précédent ». L’Espagne est aujourd’hui affaiblie parce qu’aucune politique de redistribution n’a été mise en place en période de croissance et que les inégalités n’ont donc pas été réduites alors. Incontestablement, « l’explosion du chômage » et ses répercussions de plus en plus fortes sur les chefs de famille ont amplifié le phénomène comme jamais. Selon Luis Ayala, les « changements rapides dans la structure salariale » et la baisse des salaires ont contribué au renforcement des inégalités. Autrement dit, ce qui atténue le plus les écarts sociaux, ce sont « les pensions, les impôts, la santé et l’éducation, précisément les piliers auxquels on est en train de toucher ».

Le résultat est que l’Espagne est aujourd’hui l’un des trois pays qui enregistrent le plus fort taux d’inégalité, juste après la Bulgarie et la Lettonie. « Même dans les pays qui ont bénéficié d’un plan de sauvetage, comme la Grèce ou l’Irlande, cet indice n’a autant augmenté. » Les revenus moyens ont été affectés et les revenus faibles se sont effondrés, alors que les hauts revenus « ont continué à augmenter au-dessus de la moyenne ». Le risque d’exclusion sociale de beaucoup de foyers s’en est trouvé augmenté en conséquence.

Les perspectives sont très sombres, selon Luis Ayala, parce qu’on peut prévoir que les taux d’inégalité et de pauvreté vont se maintenir malgré la reprise, de la même façon que les périodes de croissance n’ont pas été mises à profit pour réduire la brèche sociale. « L’avenir qui nous attend est un retour au passé, avec des indicateurs d’inégalité que l’on n’avait pas vu depuis deux ou trois décennies. »

 

L’euroscepticisme prend du poids

Deuxième conclusion du rapport : la hausse de l’euroscepticisme, des « critiques des politiques d’austérité et du déficit démocratique de l’Union européenne ». Les citoyens ont le sentiment de « ne pas être maîtres de leur propre destin », précise Belén Barreiro. D’où le constat que la démocratie est de plus en plus « sous contrôle », que « les élections ne sont pas l’instrument utile qu’elles devraient être ». Et elles ne le sont pas, explique la sociologue, parce que le parti socialiste (PSOE) a été écarté du pouvoir principalement pour avoir mis en place des politiques d’austérité à partir de 2010 et que le parti populaire (PP), qui avait promis qu’il n’y aurait plus de coupes budgétaires ni de corruption, fait finalement le contraire depuis qu’il dirige le gouvernement.

« Les politiques ne sont pas durables seulement en termes économiques mais aussi en termes démocratiques, avec un minimum de soutien des citoyens. Jusqu’à quel point peut-on mener des politiques non durables démocratiquement ? » s’est demandé Belén Barreiro. Comme l’explique bien le rapport, « le mécontentement populaire envers les politiques d’austérité et l’ordre public qui les soutient » a continué à augmenter, mais cela n’a pas suffi à faire changer de manière « notable » ces politiques, ni les formes « peu démocratiques » par lesquelles elles ont été « imposées ». La durabilité politique à moyen et long terme de ces politiques est plus que douteuse, prévient le rapport.

 

Manifestation à la Puerta del Sol, dimanche 12 mai 2013.  
Manifestation à la Puerta del Sol, dimanche 12 mai 2013. © Paul Hanna/Reuters

Pour quelle raison ? Il faut écouter les réponses de la rue, disent les auteurs, c’est là que se trouvent une grande « forteresse », un « rayon » d’optimisme : « La société n’est pas endormie, les citoyens ne sont pas indifférents. » En Espagne, rappelle Ignacio Urquizu, sociologue à l’université madrilène Complutense et l’un des auteurs du rapport, il existe un plus fort intérêt pour la politique et les citoyens se mobilisent plus (36 000 manifestations en 2012, presque le double de l’année précédente et le triple par rapport à 2006). Pourtant, pas d’explosion sociale.

« Mais à moyen terme, quand l’Espagne va se redresser et que les gens n’auront plus peur, ils réclameront une base démocratique aux politiques économiques », estime Belén Barreiro. Pas avant ? « Les manifestations empêchent Mariano Rajoy de dormir ? J’en doute. Des effets réels ? Aucun. Il est sain que les gens protestent si le vote ne sert à rien, à condition que les manifestations restent pacifiques. Je ne sais pas quel pourcentage il faudrait pour que ces politiques marquent le pas… Si 70 % des gens manifestaient, peut-être qu’il y aurait des changements. » Il faudrait aussi, admet-elle, la goutte qui fait déborder le vase, une étincelle qui allume finalement le feu. « Et les conditions pour que le feu prenne sont là », dit-elle.

Troisième conclusion : ces blessures démocratiques laissent une société « politiquement orpheline », dans laquelle « un électeur sur deux ne sait pas pour qui voter », donnée insolite dans la démocratie espagnole. La sociologue fait remarquer une donnée récurrente dans les enquêtes : la crise du bipartisme et l’évaluation « négative » du gouvernement comme de l’opposition, qui s’accompagne d’une « certaine croissance des petits partis ».

On peut dès lors parler de « crise de la démocratie ». « L’Espagne est 17 points au-dessus de la moyenne européenne en ce qui concerne l’insatisfaction envers le système », analyse l’ex-présidente du CIS. Pour Ignacio Urquizu, la crise politique « va au-delà de la crise économique », parce qu’elle englobe la forte corruption, les coupes budgétaires, l’éloignement entre élus et électeurs, « l’attaque » des droits économiques, sociaux et syndicaux… De plus, la crise s’étend à d’autres institutions, comme les communautés autonomes régionales. En ce sens, Barreiro et Urquizu ont relevé la « polarisation » des opinions par rapport aux autonomies.

« Érosion » en Espagne et en Europe

Ignacio Urquizu explique que le peuple et les experts ont le sentiment que le pouvoir économique « conditionne plus que jamais » la politique et que l’« érosion démocratique », a une double dimension. En Espagne, on la remarque dans la manière de gouverner de Mariano Rajoy, « sans débat et sans se préoccuper de l’opposition », à coups de décrets (29 au cours des douze premiers mois de la législature). En Europe, elle concerne « l’intrusion » de l’Union européenne dans les affaires qui ne la concernent pas, par exemple quand la Banque centrale européenne (BCE), institution non élue, donne des « ordres » à Madrid et Rome sur les retraites, la santé ou la réforme de la Constitution : « L’Europe est allée trop loin. »

En ce qui concerne la monarchie, elle n’est que brièvement évoquée dans cette étude alors qu’elle connaît elle aussi une profonde crise. En fait, l’étude pour ce rapport a commencé un an avant sa publication et la Couronne figurera dans le prochain. La perte de crédit de l’institution monarchique était latente depuis plusieurs années, notamment parce que les plus jeunes s’y sentent moins liés que leurs aînés, a rappelé Belén Barreiro. Les soupçons de corruption pesant sur Iñaki Urdangarin, le gendre du roi, ont « accéléré » sa chute dans l’opinion, d’autant que le Palais de la Zarzuela a réagi de façon « peu stratégique ».

Au cours de la présentation du rapport, le recul du bipartisme a été largement discuté, ainsi que les chances électorales des partis minoritaires, comme Izquierda Unida (IU) et Unión Progreso y Democracia (UPyD), cailloux dans le pied du PSOE ou du PP, selon les régions. Même si ces partis gagnent du terrain, ils n’ont pas réussi à « canaliser tout le mécontentement » parce que beaucoup « pensent que c’est du pareil au même », expliquent Ignacio Urquizu et Belén Barreiro.

« Comment des partis dirigés par des hommes de plus de 60 ans peuvent-ils donner une image de renouveau et de fraîcheur ? » s’interroge l’ex-présidente du CIS. Elle n’exclut d’ailleurs pas l’apparition d’une nouvelle formation dirigée par un leader connu comme le régionaliste Miguel Angel Revilla ou par les plateformes sociales. Un Beppe Grillo à l’espagnole en somme. Quant à la direction du PSOE, elle juge « scandaleux » le manque d’appui à son secrétaire général, Alfredo Pérez Rubalcaba.

Le patriarche socialiste Felipe González a, lui, demandé au PSOE et au PP de se bouger pour retrouver la confiance des citoyens. En guise de solutions, il a proposé de rendre les primaires obligatoires pour tous les partis ou de « stimuler la mobilité sociale sur les réseaux » pour la transformer en un « activisme qui influence les décisions du pouvoir ». Il s’est aussi inquiété de l’apparition de mouvements populistes, démagogues ou nationalistes, qui proposent des solutions magiques ou se posent en « sauveurs de la patrie ». « Certains sont déjà sur ce terrain », a-t-il glissé, faisant clairement allusion à José María Aznar, l’ancien président (PP) du gouvernement, qui ne cesse de dire ses quatre vérités à Rajoy.


Juanma Romero, rédaction d’infoLibre

Version française : Laurence Rizet

Article original : El crecimiento « sin precedentes » de la desigualdad y la pobreza en España

 


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Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 00:09

 

 

CADTM

 

 

 

13 juin par Jérémie Cravatte

 


La troisième rencontre nationale de la Plateforme pour un Audit Citoyen de la Dette (PACD) s’est déroulée ces 31-1-2 juin à Barcelone. Une cinquantaine de personnes (de dix groupes locaux différents) étaient présentes, ainsi que trois personnes du Portugal (du collectif « Democracia e Dívida ») et moi-même de Belgique. Trois jours très riches en contenu et en apprentissage mutuel, à la fin desquels cette brève interview d’Emma Aviles, membre de la PACD Barcelone, a été réalisée.

CADTM : Il y a deux semaines le 15M fêtait son deuxième anniversaire. D’après toi, qu’est-ce que ce mouvement a apporté – en termes politiques et sociaux – à la société espagnole ?

Emma : Le 15M, plus qu’un mouvement, a été un changement de mentalité et la rencontre d’une très grande partie de la société qui a laissé derrière elle des réseaux de communication, de collaboration et d’interaction importants. Je ne le désignerais donc pas comme un mouvement social en tant que tel. C’est un réseau dispatché, chaotique, qui fonctionne de manière organique et avec de nombreux points complètement déconnectés entre eux. Je le désignerais plutôt comme un mouvement citoyen.

Ce qu’il a apporté à notre société c’est une dynamique de changement, recouvrer la responsabilité et l’action entre nos mains, renforcer la citoyenneté. Il a beaucoup fait pour briser la peur et la déception, atteignant fortement les bases, comme le mouvement de la PAH qui a été capable de mobiliser des citoyens qui ne sont pas des activistes pour stopper les expulsions, qui d’habitude étaient vécues comme un problème individuel par des personnes qui souffraient dans le silence et la honte. Cela s’est rompu, et maintenant les gens ont tout l’aplomb nécessaire pour dire : « j’ai ce problème », et surtout ils se retrouvent avec un groupe qui les soutient. Donc, en plus d’être une force qui, je crois, maintient des mouvements fascistes à l’écart de la base (ce qui ne veut pas dire qu’ils ne soient pas, comme toujours, présents dans la politique), cela est aussi apparu grandement dans les médias. Après ce qui s’est passé avec la PAH et la présentation de l’ILP |1|, presque tout le monde en Espagne connaît cette lutte. Cela apporte un message très fort aux citoyens pour ne pas tomber dans le désespoir et garder en tête que, si rien ne sort de la politique, du pouvoir, il y a des réseaux citoyens qui sont là, non seulement en tant que réseaux de supports mutuels mais aussi comme lutte collective qui va se défendre contre la violation des droits.

Il y a des milliers de différentes actions et luttes de différents collectifs 15M, pour les appeler ainsi, qui selon moi font qu’au final l’Espagne – tout en étant dans la situation dans laquelle elle est – compte une partie très grande de citoyens dotés d’une énergie très forte de changement, d’espoir. Et on peut voir qu’il y a un exercice intellectuel et de collaborations, d’échanges, entre de nombreuses personnes qui pour moi est source d’alternatives pour surmonter les moments auxquels nous sommes confrontés actuellement. Je pense que les prochaines élections espagnoles seront cruciales (si ce fantastique gouvernement ne tombe pas avant). C’est déjà le cas, nous assistons à de nombreux mouvements au niveau académique, des collectifs d’experts de certains domaines et d’autres plateformes citoyennes qui ne veulent plus continuer à jouer ce jeu bipartite traditionnel qui ne nous mène nulle part et auquel nous avons joué pendant tellement de temps, mais qui veulent présenter à la citoyenneté une alternative.

Le 15M est un acteur très important dans ce moment de changement. Notre transition a durée cinq ans et puis nous avons eu trois décennies postérieures, je suis convaincue que le 15M était comme le signal qui a marqué l’ouverture d’un nouvel espace de transition vers quelque chose de nouveau, qui est encore sous la forme de création, de construction. Par exemple, il est intéressant de regarder toutes les enquêtes de l’institut national de la statistique au microscope et de voir que le niveau de soutien populaire pour des groupes citoyens comme la PAH est beaucoup plus grand que n’importe lequel des deux partis traditionnels. Si on sait conjuguer avec cela et soumettre une proposition, une alternative solide en laquelle les citoyens peuvent avoir confiance, je suis convaincue qu’il va s’ouvrir un nouveau dialogue de pacte social, très différent du précédent.

Par rapport à tout cela, peux-tu nous dire comment est née la PACD ?

Je vais te le raconter à partir de ce que j’ai vécu personnellement. Avec le 15M et le moment cathartique que nous avions sur les places, de récupérer l’espace politique dont nous avions été expulsés et au sein duquel nous n’avions jamais été durant si longtemps, de nombreuses idées ont été partagées et a commencé à se former l’idée selon laquelle « nous devons faire quelque chose nous-mêmes ». J’ai travaillé avec une équipe fantastique et très grande dans la commission environnement de la Plaza Catalunya et nous sommes allés à l’Université d’été 2011 d’Izquierda Anticapitalista avec quelques compagnons. Nous y avons vu la présentation d’Eric Toussaint sur la dette et l’audit, et là nous avons eu une sorte d’électrochoc. On s’est dit : « Oui ! C’est ça qu’il faut faire ». Ensuite nous avons cherché quels groupes experts de la question existaient et il y avait justement cette rencontre en octobre du réseau « ¿Quien debe a quien ? » à Madrid. Des gens de Grèce, du Portugal, d’Irlande, etc. ont été invités et nous y sommes allés avec un groupe de personnes du 15M pour voir si nous pouvions faire des alliances. Et en effet, il y eut une petite rencontre où ensemble nous avons dit que, oui, il fallait monter un collectif et travailler sur ce sujet de l’audit de la dette. Après, durant quelques mois, nous sommes allés à la rencontre d’autres forces dans différentes localités et assemblées du 15M. En mars 2012, il y avait différentes parties de la géographie espagnole, des collectifs, des activistes et des organisations expertes qui s’étaient réunis et on a vu qu’on avait la force suffisante pour faire une première rencontre nationale, à Madrid, où la plateforme est née formellement.

Tu parles de la première rencontre, hier s’est terminée la troisième. Comment était-ce ?

Très bien ! En fait, la progression après un an et demi, en tenant compte des ressources dont on dispose et que tout le travail est bénévole – que tout le monde essaie de combiner travail et vie personnelle à un projet auquel il donne la priorité – est énorme. Tout d’abord, et ce qui me fascine le plus, c’est le groupe de personnes qui font et rejoignent la PACD. Ensuite, nous avons beaucoup avancé sur tous les sujets de contenu, nous avons déjà deux documents : le « projet photo » qui analyse les vingt dernières années de l’Etat espagnol pour localiser les points chauds où il y a probablement des cas flagrants de dette illégitime et les « idées fortes » qui essaient de condenser et expliquer quels sont nos principes et fondements idéologiques pour pouvoir développer un discours et que les gens puissent comprendre ce que nous entendons par l’utilisation de plusieurs concepts. Il y aussi toute une compilation de données et d’indicateurs (qui est en construction mais est déjà bien avancée).

Nous avons avancé dans la définition de ce que nous entendons exactement par « dette illégitime », par « audit citoyen », par « éducation populaire », quelles formules peuvent être utilisées pour la mobilisation sociale, etc. Cette rencontre a surtout été la première rencontre où nous nous sommes assis pour réellement penser notre stratégie. Dans le court terme, mais c’était très important de le faire. Toute la question de la communication, des relations avec les médias et de l’utilisation des réseaux sociaux, a également énormément avancée. Cette rencontre a été beaucoup plus productive que les précédentes et on voit que nous avons acquis une certaine maturité et qu’on sait beaucoup mieux vers où nous allons et ce que nous voulons.

Selon toi, quelles sont les accomplissements de la plateforme et quels sont tes espoirs pour le futur ?

Je pense que la plateforme a déjà obtenu – en particulier dans les milieux militants, mouvements sociaux, organisations, etc. – le fait que la question du non-paiement soit fortement mise en avant. Le sentiment ici est qu’il y a un problème avec la dette et que nous n’avons pas vécu au-dessus de nos moyens, que ce n’est pas de notre responsabilité et qu’on ne la paiera pas en échange de notre sacrifice et de nos droits. Dans le cas espagnol je pense que c’est très facile car le sauvetage a été celui des banques et qu’il y a également tous ces procès ouverts actuellement contre des institutions financières qui aident à renforcer l’illégitimité de la dette. Et ainsi, par exemple, des groupes d’étudiants dans les universités, sans que nous ayons dû aller vers eux, comprennent la base que cette dette ne doit pas être payée et le slogan est « Nous ne paierons pas vos dettes avec notre éducation ». Si déjà, de manière autonome, différents groupes de différents secteurs utilisent ce language, pour moi c’est un accomplissement énorme. En plus cela nous indique vers où nous devons aller : que dans toutes les luttes sectorielles, que ce soit pour la santé, pour l’éducation, contre les privatisations, etc., soit présent ce cri de « ce n’est pas notre dette et nous ne voulons pas payer ».

Je pense que le 15M a eu comme conséquence que les gens comprennent très bien cela. Le fait que ce changement mental soit fait dans la société me donne vraiment à penser qu’avec le temps nous aurons la force et la base sociale nécessaires pour vraiment pousser vers un changement et vers un non-paiement. Nous avons encore beaucoup de travail supplémentaire, je veux dire que nous devons aller beaucoup plus vers des groupes tels que des universitaires et des experts (j’ai souvent entendu parler des personnages connus du monde économique, par exemple, qui ne mentionnent pas qu’il est en train de se faire un travail pour défendre le sujet de l’audit). Je pense que là nous avons encore un manque à combler. Pareil pour les médias, d’une manière ou d’une autre il faudrait mettre beaucoup plus l’accent sur ce point.

Par rapport à d’autres accomplissements, nous sommes énormément approchés par des partis politiques. Souvent pour capter et profiter de l’image qu’a la plateforme, il y a eu très peu d’approches vraiment sincères. Mais cela nous donne aussi un signal de l’importance qu’est en train de générer cette question et sur la position sociale et de référent dans laquelle la plateforme est en train de se convertir. Ici, en Catalogne, Iniciativa Per Catalunya Verds y la CUP (Candidatura d’Unitat Popular) ont voulu présenter une motion pour un audit public au parlement catalan et ils nous ont demandé de les aider à l’élaborer. Fantastique, car on nous proposait de faire quelque chose de différent que nous considérons complémentaire et qui pourrait aider. Au final le vote a été négatif, mais c’est un indicateur très intéressant. Il y aussi tout ce bouillonnement politique et social qui a lieu, avec la recherche d’alliances pour créer des fronts communs pour les prochaines élections, alliances que l’on nous invite à rejoindre, ce qui signifie qu’au niveau du mouvement social nous sommes également reconnus comme plateforme. Donc, à partir de là quand nous serons capables de vraiment commencer à produire le travail d’audit, je pense qu’il y aura une explosion très intéressante. Mais nous gardons toujours à l’esprit que le travail de l’audit de la dette est un processus à moyen et long terme.

Notes

|1| Initiative Législative Populaire (avec plus d’1,4 millions de signatures) pour un gel des expulsions, rejetée en tant que telle et rectifiée par la majorité absolue du PP (Partido Popular).

 

 


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Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 19:00

 

 

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Jeudi 16 mai, Miguel Blesa a été arrêté par la Garde civile à Madrid (lire l’article en espagnol), incarcéré, puis libéré sous caution le lendemain. Une première pour un patron d’une grande banque espagnole. La justice l’accuse d’administration déloyale pour avoir acheté en 2008 la City National Bank de Floride, lorsqu’il était président de Caja Madrid et alors que la bulle immobilière avait déjà explosé en Espagne, avec ses conséquences pour les emprunteurs et les banques créditrices. Il est soupçonné de mauvaise gestion au sens large aussi. En quasi faillite, Caja Madrid, la caisse d’épargne contrôlée par la région de Madrid, a fusionné avec six autres caisses d’épargne fin 2010 pour former Bankia, symbole de la crise bancaire en Espagne, pour laquelle le gouvernement a dû demander des milliards d’aide à Bruxelles. Et un véritable scandale dans lequel est mis en cause Rodrigo Rato, ancien ministre de l’économie de José María Aznar et ancien directeur du Fonds monétaire international, entre autres responsabilités…

Jeudi 23 mai, la rédaction d'infoLibre a eu accès à la comptabilité du Parti populaire (PP) du président du gouvernement Mariano Rajoy. Et a découvert que ce même Miguel Blesa avait touché un demi-million d'euros de la part du PP alors qu'il présidait Caja Madrid, semble-t-il pour des “prestations de conseil”. Une double rémunération pour une double activité interdite par la loi. Voici l'article d'infoLibre. 


 

Miguel Blesa en 2008, quand il était président de Caja Madrid. 
Miguel Blesa en 2008, quand il était président de Caja Madrid.© Sergio Perez/Reuters

Miguel Blesa, président jusqu’en janvier 2010 de Caja Madrid et déjà mis en cause pour irrégularités, a reçu 594 000 euros du Parti populaire (PP) entre 1999 et 2006. C’est ce qui ressort de l’examen de la comptabilité officielle du parti, à laquelle infoLibre a eu accès. En 2007, date à partir de laquelle des données officielles figurent dans les enquêtes sur Caja Madrid, les rémunérations de Blesa comme président de la caisse d’épargne se sont élevées à 3,1 millions d’euros. En 2010, année de son départ, la banque lui a versé 3,5 millions.

Mercredi soir, des responsables de la comptabilité du parti « croyaient se souvenir » que ces paiements avaient été effectués pour des “prestations de conseil”, même s’ils ont dit ne pas pouvoir préciser lesquelles. La loi sur les caisses d’épargne de la Communauté de Madrid interdisait déjà en 2003 aux présidents des caisses de mener quelque autre activité rémunérée que ce soit, sauf la gestion de leur propre patrimoine.

Miguel Blesa, qui a passé la nuit du jeudi 16 en prison mais a recouvré la liberté en moins de vingt-quatre heures après avoir payé la caution de 2,5 millions d’euros, s’est vu remettre par le PP une somme moyenne annuelle de 74 000 euros pendant ces huit années. Mercredi soir, infoLibre n’est pas parvenu à localiser Blesa, pas plus que son avocat ou un membre de son entourage.

Dans la comptabilité du PP, l’ancien président de Caja Madrid apparaît clairement, avec ses deux noms : Miguel Blesa de la Parra. L’addition des sommes notées entre 1999 et 2006 est précisément de 594 431 euros. Le dernier chiffre, dans la case “Solde Avoir”, est de 19 652 euros. Ce qui ne peut signifier que deux choses : ou une erreur comptable ou que le parti devait cette somme facturée par Blesa fin 2006.

Ami de longue date de l’ancien président PP du gouvernement José María Aznar, Blesa a connu une ascension fulgurante à partir de l’arrivée du parti au gouvernement en 1996. En septembre de cette année-là, et avec les voix des conseillers du PP, d’Izquierda Unida (Gauche unie) et du syndicat Comisiones obreras, Blesa a remplacé Jaime Terceiro à la présidence de Caja Madrid.

Après une longue décennie de pouvoir financier, l’étoile de Blesa s’est éteinte en 2009. Esperanza Aguirre, alors présidente (PP) de la Communauté de Madrid, a essayé de placer son vice-président Ignacio González à la tête de la caisse d’épargne. Le véto de Mariano Rajoy en personne a mis un terme provisoire à l’ascension d'Ignacio González, qui finira par succéder à Aguirre à la tête de la région, et a ouvert la voie à Rodrigo Rato. L’ancien vice-président et ministre de l’économie d’Aznar et ensuite directeur général du FMI a remplacé Blesa le 28 janvier 2010.

Si le juge Pablo Ruz, qui instruit l’affaire Gürtel, scandale lié au financement du PP via des dons d'entreprises privées, n’avait pas décidé d’enquêter sur lesdites “notes de Bárcenas”, celles de l’ancien trésorier du parti impliqué dans ces financements, la comptabilité du PP serait restée dans cette opacité qui protège encore les partis politiques en Espagne. Personne n’aurait su que Miguel Blesa a profité d’un doublon salarial –au moins– en percevant des rémunérations comme président de Caja Madrid et comme “fournisseur” du Parti populaire.

 

Alicia Gutiérrez, de la rédaction d’infoLibre

Version française : Laurence Rizet

Leer el artículo en español : Miguel Blesa cobró medio millón de euros del PP mientras presidía Caja Madrid

 


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Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 17:53

 

Le Monde.fr

Le Monde.fr avec AFP | 19.05.2013 à 17h10

 
 
Des milliers de personnes ont manifesté dimanche 19 mai à Madrid contre la privatisation du système de santé.

 

Des milliers de personnes, dont de nombreux médecins et infirmières, ont manifesté dimanche 19 mai à Madrid contre les coupes dans le secteur de la santé et la privatisation de la gestion de plusieurs hôpitaux madrilènes. Les manifestants, au nombre de 6 000, selon la police, ont défilé dans le centre de la capitale, précédés par une banderole sur laquelle on pouvait lire : "La santé ne se vend pas, elle se défend".

Brandissant des pancartes proclamant "On brade la santé" ou "Il est criminel de faire des coupes dans la santé", les manifestants ont réclamé la fin des réductions budgétaires dans ce secteur. Ils ont également demandé que le gouvernement régional conservateur revienne sur sa décision de privatiser la gestion de six des vingt plus grands hôpitaux madrilènes, de même que de vingt-sept centres de soin — sur les deux cent soixante-dix que compte la communauté autonome.

Arrivés sur l'emblématique Porta del Sol, les manifestants ont lu un manifeste dans lequel ils affirmaient qui'"ils n'accept[ai]ent pas la destruction du système de santé". Depuis novembre, les syndicats protestent régulièrement contre les coupes budgétaires qui, selon eux, mettent en péril la santé publique.

La réforme du système de santé, annoncée au printemps 2012 par le gouvernement de droite de Mariano Rajoy, prévoit d'économiser 7 milliards d'euros par an, un effort qui se répercute dans les finances des régions espagnoles, chargées de gérer les budgets de santé.

 

 

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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 18:48

 

Le Monde.fr 

 

 18.05.2013 à 10h55

  Par Sandrine Morel

 

Dans la rue, les Espagnols demandaient depuis longtemps la tête des banquiers, qu'ils accusaient d'être à l'origine de la grave crise dont souffre le pays. La justice leur a donné celle de Miguel Blesa, incarcéré de manière préventive dans la soirée de jeudi 16 mai à Madrid, avant d'être relâché vendredi dans l'après-midi, le temps qu'il rassemble les 2,5 millions d'euros de caution qui lui étaient réclamés.

Entre 1996 et 2010, Miguel Blesa était le président de Caja Madrid, la grande caisse d'épargne aux mains de la région de Madrid qui, en fusionnant avec six autres cajas, a donné naissance à Bankia, la banque à problème de l'Espagne.

Ami de l'ancien premier ministre José Maria Aznar, militant du Parti populaire (PP, droite, au pouvoir), Miguel Blesa est soupçonné "d'administration déloyale" pour avoir acheté en 2008 la City National Bank de Floride. Un achat "aberrant", selon le juge, réalisé en pleine explosion de la bulle immobilière, et qui aurait provoqué des pertes de près de 500 millions d'euros pour la caisse d'épargne, selon un rapport de la Banque d'Espagne.

 

"DÉPOLITISATION DES CAISSES D'ÉPARGNE"

Mais les pertes liées à l'achat de la banque de Floride ne sont en fait qu'un exemple des "erreurs" de gestion commises par les caisses d'épargne qui ont formé Bankia. Des erreurs qui ont contribué à sa quasi-faillite. Nationalisée en mai 2012 après que la nouvelle direction a demandé 23 milliards d'euros d'aide, Bankia...

 

L’accès à la totalité de l’article est protégé

 


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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 19:13

 

Rue89

Publié le :
16/05/2013 à 11h55

 

 

 

 

 

Ce jeune journaliste espagnol au chômage s’est inventé une manière originale de chercher du travail : Enzo Viscaíno, 24 ans, a pris son ukulélé et est descendu dans le métro de Barcelone pour chanter son CV aux passagers.

« J’ai une licence en journalisme et je suis diplômé d’un master », chante le jeune homme, dont le but, selon eleconomista.es, est de trouver un travail pour écrire des infos et non pas d’en devenir une. Pourtant, la nouvelle de son vidéo a été largement répandue sur Internet.

« Expérience professionnelle dans une radio commerciale », avec un contrat de stagiaire « évidemment non-rémunéré », continue-t-il dans la vidéo.

Pour refrain il lance : « J’ai été caissier chez Media Markt (chaîne de distribution Allemande d’électroménagers) », « Même si ce n’est pas dans mon secteur ».

« J’ai un bon niveau d’anglais. I used to fly with Ryan Air. Parlo anche italiano, grâce à mon premier amour d’été. »

Le jeune homme cherche du travail comme journaliste, rédacteur ou écrivain. Mais, termine Enzo Vizcaíno, « Pour un prix spécial j’accepte même qu’on me fouette. »

MERCI RIVERAINS ! frapadingue
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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 19:29

 

http://parti-ouvrier-independant.fr 

construction logements

 

 

La banque centrale d’Espagne annonce que 40 000 logements ont été saisis pour défaut de paiement en 2012 dont 32 500 résidences principales. A cela s’ajoute les locations : le pouvoir judiciaire a fait savoir que 75 500 ordres d’expulsion ont été donnés, soit 16 ,7% de plus qu’en 2011, considérée comme une année déjà record. Au total, depuis la crise de 2008, 350 000 expulsions ont été prononcées.

Ces expulsions suscitent l’indignation de la population qui doit outre l’ expulsion  continuer à payer aux banques les prêts que celles-ci leur ont consentis. Face aux drames humains mis en lumière par plusieurs suicides (estimés à 120) dans un pays où plus d’un actif sur quatre est au chômage, les rassemblements de militants devant les appartements de petits propriétaires pour tenter de bloquer les expulsions sont devenus courants en Espagne.

Des associations se sont constituées dont la PAH (Plateforme des victimes d’expulsions) qui a organisé des manifestions en février dans une cinquantaine de villes et fait circuler une pétition aux parlementaires recueillant 1,4 millions de signatures pour la fin des expulsions et l’annulation des dettes des propriétaires insolvables.

Les députés du Parti Populaire ont adopté jeudi dernier une loi, qui, loin des exigences de la population, paralyse pendant deux ans les expulsions des familles les plus vulnérables dans de strictes conditions, limite les pénalités de retard de paiement, très élevées en Espagne, et permet à la justice de suspendre une procédure d’expulsion si elle détecte d’éventuelles clauses abusives dans le contrat de crédit.

Les deux principaux syndicats espagnols, UGT et CCOO, ont réclamé le retrait du texte, dénonçant un «véritable scandale qui favorise les banques» et un «maquillage pour que tout continue».

 

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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 17:55

 

 

A Madrid, les indignés célèbrent leur deuxième anniversaire

Le Monde.fr avec AFP | 12.05.2013 à 19h32 • Mis à jour le 12.05.2013 à 19h33

 
 
Certains agitaient des drapeaux républicains et d'autres portaient le t-shirt vert symbolisant les mobilisations dans le secteur de l'éducation, durement frappé, comme la santé, par les coupes budgétaires.

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche 12 mai en Espagne pour célébrer le deuxième anniversaire du mouvement des indignés, ne parvenant pas à mobiliser autant qu'à leurs origines malgré un chômage record et un programme d'austérité historique. Sous le mot d'ordre "De l'indignation à la rébellion", les manifestants ont convergé à Madrid vers la Puerta del Sol, place emblématique du mouvement où ils prévoyaient de marquer leur anniversaire avec un "cri muet", une minute de silence, à 20 heures.
 

"La lutte continue", "Ensemble, c'est possible", "Ils l'appellent démocratie mais ça n'en est pas une", pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les "indignés" de tous âges, partis de trois points différents de la capitale. Certains agitaient des drapeaux républicains et d'autres portaient le t-shirt vert symbolisant les mobilisations dans le secteur de l'éducation, durement frappé, comme la santé, par les coupes budgétaires.

Lire (édition abonnés) : En Espagne, la tentation de la "violence" pointe chez certains manifestants


PERTE DE VISIBILITÉ

Des manifestations avaient été convoquées dans une trentaine de villes, dont Barcelone, en Catalogne. Le mouvement, spontané et apolitique, témoignant du ras-le-bol face au chômage, à la corruption et aux excès du libéralisme, avait il y a deux ans surpris un pays où, malgré la crise, le mécontentement s'était jusque là peu exprimé.

Depuis, le chômage a encore augmenté en Espagne, jusqu'au taux record de 27,16%. Il frappe désormais 6,2 millions de personne dans ce pays de 45 millions d'habitants. A coup de coupes budgétaires et de hausses d'impôts, le gouvernement de droite, arrivé au pouvoir fin 2011, espère récupérer 150 milliards d'euros d'ici 2014 afin de réduire son déficit public.

Malgré le malaise social, les indignés, qui répondent à une structure horizontale et refusent de se constituer en parti, ont largement perdu en visibilité, ne parvenant pas à convoquer les foules de leurs premiers mois d'existence. Le mouvement "n'est plus le même qu'avant mais il a changé de forme", affirmait à Madrid Irene de la Torre, une enseignante au chômage âgée de 26 ans. "Les forces se sont reportées ailleurs", ajoutait-elle, notamment vers les "assemblées de quartiers" et les organisations luttant contre les expulsions de propriétaires surendettés.

Lire aussi le post de blog : Jeunes Espagnols : "On ne part pas, ils nous virent"

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Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 17:07

 

Médiapart

 

 

 

Lire aussi

D’une pierre deux coups. La plus haute juridiction espagnole a non seulement refusé d’extrader Hervé Falciani vers la Suisse, mais en plus, dans sa décision, que Mediapart publie intégralement (sous l’onglet Prolonger), les juges de l’Audience nationale livrent une très lourde charge contre la banque HSBC Genève. En reprenant ainsi point pour point l’argumentaire déroulé par la procureur Dolores Delgado lors de l’audience d’extradition le 15 avril dernier. Déjà très offensive, elle n’avait pas hésité à rappeler que « la HSBC est elle-même un paradis fiscal », comme le souligne notre partenaire Infolibre. Pour l’ancien informaticien de la HSBC, à l’origine de la révélation, en 2009, du plus gros fichier de fraudeurs fiscaux jamais découvert et qui n’a de cesse de dénoncer les pratiques mafieuses de la banque, cette décision, en ces termes, est plus qu’inespérée. 

« Que dire ? réagit Hervé Falciani auprès de Mediapart. C’est plus que positif. C’est le résultat d’un travail acharné pour restituer la vérité. Le message de la justice espagnole à l’égard de la banque est clair. Il l’a été lors de l’audience dans la bouche de la procureure Dolores Delgado. Et aujourd’hui, il est clair au niveau de l’ensemble de la plus haute juridiction espagnole. » « Je suis très content pour mon client, réagit l'un de ses avocats, Me Patrick Rizzo. Je considère que cette décision correspond exactement à sa cause. Fortement motivée, elle correspond à un travail important effectué tant par les magistrats espagnols que la défense. »

La décision des juges – qui sonne comme un réquisitoire contre la banque –, détaillée sur 29 pages, se fonde sur plusieurs points. À commencer par l’absence de double incrimination : la Suisse poursuit Hervé Falciani notamment pour « violation du secret bancaire » et « violation du secret commercial ». Or en Espagne, ces faits ne sont pas considérés comme des délits et le secret bancaire a été aboli en 1977. Au contraire, s’agissant de blanchiment des capitaux et du financement du terrorisme, « il y a une obligation des citoyens de collaborer avec les administrations pour expliquer ce qui permet ce genre de délits, en particulier pour ceux qui travaillent dans ce genre d’établissements financiers », avait déclaré la procureure lors de l’audience d’extradition.

Les juges reviennent aussi sur un point central de l’accusation suisse : Hervé Falciani aurait, lors d’un périple au Liban en février 2008, tenté de vendre les données HSBC à la banque Audi, filiale d’une banque suisse à Beyrouth. Pour l’Audience nationale, « ces faits apparaissent confus » et rien n’établit que Falciani a voulu vendre ces données.

Enfin, le tribunal souligne que la collaboration de Falciani avec diverses autorités est « prouvée » et qu’il « a fait parvenir les données de manière efficace aux autorités administratives et judiciaires de plusieurs pays, parmi lesquels l’Espagne » et que cela a eu pour « effet direct et immédiat la révélation de situations criminelles dissimulées ou permises par l’établissement financier lui-même », situations inconnues jusqu’à la collaboration de Falciani, « puisqu’il n’avait pas été possible de mener une enquête efficace ».

« Je sais que cela va permettre de restituer l’importance du sujet, donner une meilleure connaissance des actions possibles et donc d’ouvrir la voie à ce qu’enfin, de vraies actions soient entreprises, renchérit Hervé Falciani. Contre les dérives d’une finance incontrôlée et toute puissante. »

Ce sont d’ailleurs ces dérives que pointe l’Audience nationale. Elle note la « complaisance » de la banque avec des activités criminelles d’évasion et de blanchiment des capitaux», expliquant dans les détails comment les filiales d’HSBC captent l’argent espagnol qui trouve refuge dans des paradis fiscaux à travers des sociétés écran. Comme l’indique Infolibre, partenaire espagnol de Mediapart, les juges s’appuient sur un rapport d’enquête du parquet anticorruption espagnol qui estime que « HSBC Private Bank viole les exigences de déclaration énoncés dans les normes internationales, au point même de soutenir et d’aider la fraude fiscale ». Le journal en ligne précise que la justice a fait le premier pas vers ce qui pourrait, si l'enquête n'avorte pas d'ici là, fissurer la défense juridique de HSBC. Le 15 janvier, dans une réponse à Cayo Lara (député d'IU), le procureur général Torres Dulce a confirmé que les services de lutte contre la corruption avaient entrepris, dès le 21 septembre 2012, des démarches afin d'évaluer les éventuels risques sur le plan pénal de l'activité de HSBC Private Bank Suisse. C’est aussi depuis septembre qu’Hervé Falciani leur apporte son expertise sur les mécanismes de blanchiment des capitaux et de fraude fiscale mis en place par la banque.

 

HSBC dans le collimateur de la justice française

La banque est aussi, depuis peu, dans le collimateur de la justice française. Après une enquête préliminaire ouverte en 2009 pour blanchiment de fraude fiscale, qui semblait avoir été laissée aux oubliettes, le parquet de Paris a fini par ouvrir le 23 avril dernier une information judiciaire contre X pour démarchage bancaire ou financier illicite et blanchiment en bande organisée de fraude fiscale. Deux juges du pôle financier, Charlotte Bilger et Renaud Van Ruymbeke, par ailleurs chargés de l'instruction pour blanchiment de fraude fiscale visant Jérôme Cahuzac, ont été désignés. Avec de tels chefs d’accusation, le message est clair : au-delà de la soixantaine de cibles – personnes physiques et morales confondues – identifiées par la Section de recherche de la gendarmerie de Paris et la douane judiciaire, ce sont bien les pratiques de la HSBC Genève, en relation avec sa filiale française, qui sont visées, en particulier comment les gestionnaires de compte et intermédiaires procèdent pour conduire une clientèle française à placer ses avoirs en Suisse.

Dans ce cadre, le témoignage d’Hervé Falciani, « disposé depuis toujours à collaborer avec la justice », sera sans doute capital pour les juges. « Nous souhaitons faire en sorte que l’expertise d’Hervé Falciani soit partagée avec toutes les associations et les institutions qui aujourd’hui œuvrent dans le sens d’une régulation effective de la planète finance, c'est-à-dire de réduire sa part sombre, celle qui appauvrit les citoyens européens », précise encore Me Bourdon. « Je suis très content pour sa famille. Il lui appartiendra désormais de faire les choix pour l'avenir », ajoute quant à lui Me Rizzo. 

Après dix mois passés en Espagne, dont près de six en prison, Hervé Falciani est donc très attendu en France. À commencer par sa famille. « J’ai des responsabilités professionnelles et familiales. Le plus dur pour moi est de savoir ma femme et ma fille inquiètes. J’ai hâte de pouvoir les rassurer et de pouvoir m’occuper davantage de notre fille, confie l’informaticien à Mediapart. Je veux évidemment rentrer en France. Je le ferai dès que les conditions de sécurité seront réunies. »

Dans un récent entretien au quotidien espagnol El País, Hervé Falciani avait expliqué craindre pour sa vie. En Espagne, il est protégé par les policiers des Unités spéciales 24 heures sur 24. Des équipes de plusieurs personnes se relaient en permanence pour l’accompagner dans ses moindres faits et gestes. « Ma protection est nécessaire compte tenu des enjeux, poursuit-il. S’il m’arrive quelque chose, ce sera au détriment de la lutte contre les paradis fiscaux. Cela établira la faiblesse d’institutions censées protéger leurs témoins. » Quand l’affaire a éclaté en France en 2009, une protection officielle lui avait été refusée, Éric de Montgolfier, procureur de Nice en charge du dossier, ne la jugeant pas « nécessaire ». Aujourd’hui, le principe de la protection d’Hervé Falciani est acquis. Les détails pratiques sont en train d’être mis en place. De source judiciaire, la gendarmerie devrait s’en charger.

L’intérêt du gouvernement – sur le papier au moins – lui aussi est désormais acquis. Aujourd’hui plus qu’hier. Dans un courrier à l'avocat William Bourdon, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, les ministres de l’économie et des finances et du budget s’engagent : « Nous pensons effectivement important, dans l’hypothèse que vous envisagiez (un retour de Falciani en France), une coopération de monsieur Falciani avec les autorités compétentes, s’organise dans les meilleures conditions possibles. Les services du ministère de l’économie et des finances se tiennent prêts à y prendre part dans toute la mesure de leurs attributions. »

Et le timing n’a rien d’anodin : le courrier, qui répond à une lettre de l’avocat envoyée pourtant un mois plus tôt, est dépêché par motard, le jour de l’ouverture de l’information judiciaire, le 23 avril. « Il n’y a jamais de coïncidence pure, commente maître Bourdon. Cette lettre des ministres est l’expression d’une prise de conscience de l’importance capitale du témoignage d’Hervé Falciani et de la nécessité de mettre un terme à des errements judiciaires et administratifs coupables. »

L’avocat se réjouit cependant du regain d’intérêt manifesté pour son client et compte sur la décision espagnole pour encourager la justice française, et à plus large échelle l’Union européenne, à prendre ses responsabilités. « C’est une décision porteuse d’avenir, elle doit préfigurer ce que devra être demain une loi européenne commune, c’est-à-dire une loi qui encourage et protège ceux qui, en rompant des secrets, servent l’intérêt général et réduisent ainsi la capacité des banques à être des partenaires de l’évasion fiscale et sanctuaires de l’argent sale. »

 


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