Espagne

Lundi 15 septembre 2014 1 15 /09 /Sep /2014 19:19

 

Source :  globalvoicesonline.org

 

 

Podemos, le parti politique alternatif espagnol qui étend la démocratie en ‘Cercles’

Image taken from the “Podemos” party's Facebook account.

Source photo : compte Facebook du parti Podemos.

 

Dans cet assemblage de maisons des collines espagnoles de Galice, non loin de la cité romaine de Lugo, le temps semble s'être arrêté il y a quarante ans. Les poules errent librement dans les rues, pendant que les paysans discutent à loisir de tracteurs au bord de la route. Pourtant, dans ce coin endormi de la province nord-ouest de l'Espagne, un nouveau modèle politique prend forme.

Jago, un professeur de langues de 48 ans, est en train de monter dans le village un “cercle”, une sorte d'assemblée de base informelle, démocratique et pluraliste, qui fonctionnera comme l'incarnation locale du nouveau parti politique Podemos. “Nous pouvons” en espagnol, Podemos espère attirer ceux qui désespèrent des approches politiques conventionnelles et contrer le ras-le-bol des mesures d'austérité en impliquant les citoyens pour modeler les réformes à partir de la base.

Nombreux sont les partis à travers l'Europe qui, voyant fondre les effectifs de leurs militants, partagent les mêmes ambitions. Podemos, lui, a des résultats à afficher sur l'intention de mettre la politique plus en phase avec le public”. Depuis ses débuts en mars avec une campagne entièrement financée par crowdfunding et un manifeste créé à partir des propositions du public, le parti s'est adjugé 8 % du vote espagnol aux élections pour le Parlement Européen. Beaucoup de ses sympathisants n'avaient probablement pas voté depuis des années. Un récent sondage a laissé entendre que Podemos serait en troisième place si des élections générales avaient lieu demain, et pourrait même se placer deuxième.

Les Cercles : des espaces politiques inclusifs

Un des facteurs des débuts prometteurs de Podemos est le système d'organisation communautaire en “cercles.” Tel est l'objectif de Jago. Les cercles sont des groupes sans dirigeants ni cotisations, qui fonctionnent en assemblées publiques ouvertes où les présents débattent de tout ce qui leur paraît s'appliquer à leur situation. “Les assemblées permettent aux personnes qui ne participent pas au mouvement de s'exprimer et de voir qu'il y en a d'autres qui pensent comme eux,” explique Oscar Gonzalez, un porte-parole du cercle de Podemos dans la cité portuaire galicienne de Vigo. Les cercles ont une focale locale marquée, à l'échelle d'une ville entière ou d'un arrondissement, ou se constituent autour d'un domaine particulier (par exemple, il existe actuellement des cercles sur la psychanalyse, la musique et le métier d'infirmier).

Les cercles se multiplient rapidement. Au moment d'écrire cet article, ils étaient plus de 700 dans toute l'Espagne, un accroissement de presque 80 % par rapport à leur nombre deux mois avant. L'assistance aux assemblées monte en flèche : de 20 à 30 personnes en moyenne avant les élections, Podemos Vigo en revendique désormais au moins 300 à chaque fois. Le concept des cercles peut fonctionner même dans les petites villes, mais il n'en va pas de même dans la Galice rurale. Les hameaux comme celui de Jago se vident rapidement, la Galice seule en compte au moins 1.400 déjà complètement déserts. Il y a peu de chances qu'ils se régénèrent spontanément : une naissance fait un article dans le journal local, tandis que le gouvernement régional de Galice va dépenser 70 millions d'euros sur les trois années qui viennent pour essayer de renverser le déclin de la natalité dans la région, dont le taux est le plus bas d'Espagne.

Un terreau qui paraît peu fertile pour un jeune mouvement dont le slogan électoral était : “quand avez-vous voté pour la dernière fois avec espoir ?” On a du mal à imaginer un cercle prospérer dans les confins ruraux de cette partie conservatrice de l'Espagne. Le dictateur Francisco Franco était Galicien, et le Parti Populaire de centre-droit qui gouverne au niveau national enregistre toujours dans la région certains de ses milleurs résultats. Dans l'unique bar du patelin (qui fait aussi office de boucherie et d'épicerie), Jago montre l'un des habitués, un homme d'une cinquantaine d'années aux tempes dégarnies : “Nos relations sont bonnes, évidemment. Mais un jour que je lui ai demandé du feu, j'ai vu qu'il avait encore un briquet à l'effigie de Franco.”

Jago ne se décourage pas pour autant. “Je suis un individu ordinaire, mais je sais parfaitement ce qu'est la discrimination et la corruption,” dit-il, citant ses propres difficultés à monter une entreprise et catalogant une série d'affaires récentes de dessous-de-table en Galice. Comme beaucoup d'Espagnols, Jago peine à rembourser son crédit immobilier, contracté à la banque juste avant la crise, une décision qu'il décrit comme la “plus grosse erreur de sa vie”.

Podemos collecting tin in a cafe in Vigo, Spain.

Podemos collecte de la petite monnaie dans un café de Vigo, en Espagne. Photo de l'auteur, Tom Walker.

Ce qui ne l'a pas empêché de donner cinq euros au fonds de campagne de Podemos pour les élections européennes. Considérant que Podemos n'a dépensé que 12 cents d'euros pour chacune des 1,25 million de voix obtenues en mai, sa contribution vaut en fait 40 électeurs. Si aucun de ces 40 n'est probablement venu du village de Jago, il reste à l'affût. “Je crois que Podemos peut être un havre pour beaucoup de gens ici qui ne sont jamais sentis chez eux dans aucun autre parti politique,” dit Jago. “Petit à petit, j'espère que nous pourrons arriver quelque part.”

Et c'est ce qu'a déjà fait Podemos à Navia, une circonscription au sud-ouest du centre de Vigo. Le parti a recueilli 20 % des voix ici, son meilleur résultat dans la ville. Navia est composé de logements sociaux construits ces huit dernières années pour loger une population jeune de quelque 8.000 âmes. Le succès de Podemos est d'autant plus remarquable ici qu'au milieu de l'austérité générale, de l'argent public a réellement été dépensé à Navia : la municipalité a investi dans l'amélioration de la voirie, les transports en commun, les jardins ouvriers et les installations sportives, tandis que l'administration régionale construit un centre de santé et un vaste espace vert.

“Il est vrai que les pouvoirs publics ont dépensé un tas d'argent pour notre quartier, mais la façon dont ils l'ont fait—les montants adjugés pour les travaux et les modifications, et l'absence d'entretien ou de planification—nous font voir ces investissements comme des tombeaux plantés dans notre environnement,” explique Antonio Saá, de la communauté en ligne Navia Merece.

Navia est aussi l'un des secteurs où Podemos Vigo a mené une campagne de mailing d'un nouveau genre, en distribuant à la main un message d'une page : “Cette lettre ne vous a pas atteint par la poste, parce qu'expédier une lettre comme celle-ci dans tout le pays coûte plus de 2 millions d'euros. Demandez aux partis qui vous ont envoyé un courrier électoral par la poste où ils ont trouvé l'argent pour le faire et en échange de quoi.” A Navia, où plusieurs projets publics de premier plan restent inachevés et d'autres sont parés de soupçons de corruption [espagnol], ce genre d'argument peut faire mouche.

Un travail à parfaire

Ces succès ne peuvent dissimuler le fait que Podemos est un travail toujours en cours, qui doit s'ajuster à la montée d'attention reçue depuis quelques mois. Les sympathisants locaux le reconnaissent ouvertement. “C'était bien plus facile de tenir des assemblées avant les élections, quand les groupes étaient plus petits et qu'on pouvait voter à main levée. Maintenant c'est devenu impossible. Tout le temps passe à compter et à vérifier que personne ne vote deux fois,” souligne Manuel Villot, un membre du cercle de Vigo.

Le cercle a aussi dû récemment instaurer un modérateur pour éviter que les discussions ne se dispersent dans les assemblées, restées jusque là assez peu structurées. Podemos mise sur la technologie pour conserver son éthique collaborative tout en absorbant des nombres croissants, et tente en ce moment d'introduire et génraliser Appgree et Loomio, des outils en ligne permettant de proposer des idées et de voter dessus.

Le parti a édifié une bonne partie de son profil par la télévision, avec notamment les apparitions dans les émissions-débats de l'universitaire et tête de proue du parti Pablo Iglesias, mais c'est l'Internet qui semble maintenant en première ligne au niveau local. Beaucoup de cercles n'ont pas de site web et se reposent sur la page Facebook dePodemos Vigo pour communiquer avec les partisans actuels et en attirer de nouveaux. “Podemos serait impensable sans Facebook et Twitter,” explique Mayka Arias, la coordinatrice de la page Podemos Vigo. Conscient que cette orientation technique pourrait en laisser certains hors du parti, Podemos Vigo organise des cours gratuits d'informatique pour expliquer les nouveaux outils et recrute des cybercafés fournissant un accès gratuit à ceux qui en sont dépourvus.

Les prochains mois seront déterminants pour Podemos, qui doit annoncer à l'automne une nouvelle structure d'organisation pour le parti. “Je suis sûr qu'il va continuer à grandir—il n'y a pas de plafond pour le moment,” prévoit Saá. “Nous allons voir si Podemos peut faire des choix qui soient réellement différents plutôt que de rajouter à la même chose.”

 

Source :  globalvoicesonline.org

 

 

 

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Samedi 6 septembre 2014 6 06 /09 /Sep /2014 19:39

 

Source : www.marianne.net

 

 

Pourquoi Podemos progresse quand le Front de gauche patine

Samedi 6 Septembre 2014 à 12:00

 

Loïc Le Clerc

 

Deux récents sondages font potentiellement de l'organisation Podemos la troisième force politique d'Espagne. Une enquête place même cet ovni sur les talons du Parti socialiste. A l'heure où l'avenir du Front de gauche est incertain et que ses membres se retrouvent pour en débattre, Marianne.net essaie de comprendre pourquoi les deux formations n'ont pas le même destin.

 

Pablo Iglesias, au centre de la phto, en chemise à carreaux, lors d'une assemblée de Podemos - Carlos Rosillo/NEWSCOM/SIPA
Pablo Iglesias, au centre de la phto, en chemise à carreaux, lors d'une assemblée de Podemos - Carlos Rosillo/NEWSCOM/SIPA

De l'autre côté des Pyrénées, à l'occasion des européennes, les deux partis majoritaires et historiques du pays ont pris la claque de leur vie. Le PP (Parti populaire, conservateur, au pouvoir) et le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) chutent alors de plus de 16 points chacun, au profit d'une nouvelle force montante incarnée par Izquierda Plural (IP, alliance d'une dizaine de partis de gauche et écologistes) et Podemos, glanant respectivement 9,9% et 7,9% des suffrages. Presque 10 points pour IP, ce rassemblement qui a des allures de Front de gauche (lui, en France, n'obtient que 6,6% des suffrages à cette même élection), voilà qui est impressionnant. Mais la révélation de l'année, c'est Podemos.

Tout part des indignados le 15 mai 2011, à la Puerta del Sol, kilomètre zéro de l'Espagne. Des manifestations à faire rêver nos syndicalistes et quelques mois plus tard, un néo-parti politique (qui revendique être plus un « outil pour que le citoyen récupère le protagonisme populaire », en deux mots : donner le pouvoir au peuple et non aux « élites corrompus »). Nommé Podemos (« Nous pouvons » en espagnol), il voit le jour, le 17 janvier 2014. En moins d'un an, il est en passe de devenir le parti sans lequel aucune majorité parlementaire ne sera possible en Espagne. En un mot, Podemos va peut-être mettre un terme au bipartisme. Une révolution.

Troisième force du pays

Deux sondages, du même genre que celui réalisé par Marianne il y a peu, viennent faire trembler PP et PSOE. C'est d'abord le quotidien El Mundo qui publie ce « Et si les élections avaient lieu aujourd'hui ? » qui retentit comme une alerte à la bombe. Podemos est à 21,2%, sur les talons du PSOE pronostiqué à 22,3% des suffrages. S'en suit un autre sondage, celui de La Razon, journal très conservateur, avec des résultats un peu plus modérés évidemment, mais qui mérite toujours notre attention : le PP arrive en tête avec 33,9% des voix, PSOE est en deuxième position avec 23,4% des suffrages et Podemos est confirmé troisième force du pays, juste derrière les socialistes, avec 15% des voix, doublant ainsi son score des Européennes.

Ça n'a peut-être l'air de rien, mais la gauche de la gauche espagnole, Podemos en tête de cortège, pourrait bien changer le fonctionnement de notre voisine démocratie, ce que les Espagnols nomment le « PPSOE ». Frustrés et déçus de l'alternance inefficace de ces dernières décennies, les Espagnols ont montré leur désir d'alternative, incarnée par Podemos, cavalier seul en l'absence d'une extrême droite organisée.

Évidemment, il ne s'agit que de sondages et rien n'est joué d'avance. Les élections municipales et régionales n'auront lieu qu'au printemps 2015 et les générales (l'équivalent de nos législatives, les députés nomment ensuite le Premier ministre) n'auront, elles, lieu qu'à la fin de l'année 2015. C'est aussi beaucoup de temps pour que le gouvernement de Mariano Rajoy continue sa politique de restriction (retour sur l'avortement, loi dite de sécurité citoyenne qui restreint la liberté d'expression et de manifestation, austérité comme s'il en pleuvait), mais aussi pour que l'opposition s'empêtre dans un attentisme devenu habituel.

Coalition indispensable et impossible

Pour Pablo Iglesias, le leader de Podemos, l'objectif pour 2015 est clair : prendre la place du PSOE en temps que première force d'opposition et renverser le système. Alors, le PPSOE ne pourra plus gouverner seul. Mais l'éventualité d'une grande coalition, de droite à gauche ou simplement à gauche, semblent pour l'instant bien loin dans les esprits. En face, Le PP espère que la gauche ne parviendra pas à créer une union. La secrétaire générale du PP, María Dolores de Cospedal, pour sa rentrée politique, a défendu l'existence de deux « grands partis nationaux qui peuvent discuter et se mettre d'accord ». Tout ce que les Espagnols adorent...

Il faut dire que Podemos est d'une habilité suprême avec les Espagnols. Aux Catalans, Pablo Iglesias dit « non » à l'indépendance, mais « oui » au droit à l'auto-détermination. Une position qui fait devrait lui permettre de faire une entrée fracassante au Parlement catalan.

Au niveau national, c'est toute la gauche qui se fait absorber. Podemos appuie tout son discours sur des idées de changement majeures des institutions, en instaurant la république et en mettant en place une « démocratie participative » à travers des réseaux sociaux ou des assemblées populaires. Le mouvement se veut d'une totale transparence en publiant ses comptes sur son site et en martelant ses slogans : « Reprendre en main l'économie, conquérir la liberté, construire la démocratie ».

Le citoyen d'abord !

Désormais membre du même groupe au Parlement européen, il suffit de prendre les programmes du Front de gauche et de Podemos pour se rendre compte de leurs similitudes : renversement du régime (monarchie, Ve République), égalité femmes-hommes, lutte contre les discriminations, remise en cause du traité de Lisbonne, redonner le pouvoir au peuple, etc. Tant de sujets qui rassemblent les deux partis.

Pour Raquel Garrido, porte-parole internationale du Parti de gauche, l'heure est désormais à la « mutualisation des méthodes ». Elle insiste sur l'apport du PG à Podemos, notamment en matière d'organisation du militantisme. Cependant, Garrido reconnait la facilité technique avec laquelle les Espagnols organisent des forums (sur le web et via des applications pour smartphones) et des assemblées constituantes, bien que le PG « en faisait avant eux, pour les présidentielles de 2012 », du moins le pensent-ils. L'hyper-démocratie, en appelait au peuple et pas seulement à la gauche, voilà bien quelques idées de Pablo Iglesias et ses camarades que Jean-Luc Mélenchon semble vouloir faire sienne avec son mouvement pour la VI République  lui que certains soupçonnent de vouloir tuer le Front de gauche et le PG car ils seraient devenus des « outils » inefficaces. Mais Mélenchon saura-t-il s'oublier pour atteindre ce qui fait tout l'intérêt de Podemos, à savoir l'horizontalité totale des décisions ?

Marche ou crève

Mais au-delà des méthodes et des pratiques, il y a aussi les sujets, non pas qui divisent, mais qui font prendre à chacun des chemins différents. Le Front de gauche parle énormément d'argent et de son « pouvoir » qu'il faut « reprendre aux banques et aux marchés financiers ». Podemos aussi est farouchement opposé à l'ensemble du système néolibéral. Comme le Front de gauche, l'organisation critique la BCE mais ne prône pas pour autant la sortie de l'euro. Cependant, le parti espagnol accorde une plus grande importance à des aspects de la vie plus concrets, comme l'accès pour tous à une alimentation saine, à l'eau, et aux libertés et droits fondamentaux. Cause directe de la politique de Rajoy anti-avortement, anti-manifestations et de plusieurs années de diète économique.

Autre différence, et elle est de taille : Podemos n'a eu besoin d'aucune alliance avec d'autres partis politiques pour percer. Les communistes espagnols, ou même les socialistes, vont avoir de quoi débattre longuement en interne sur la position à prendre face à ce parti grandissant, à moins qu'il ne soit déjà trop tard.

 

Source : www.marianne.net

 

 

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Dimanche 3 août 2014 7 03 /08 /Août /2014 19:38

 

Source : fr.globalvoicesonline.org

 

 

VIDÉO : Interruption flamenco au parlement d'Andalousie pour protester contre la crise

Screenshot from FLO6x8's protest in Andalusia's parliament.

Capture d'écran de l'action de FLO6x8 au parlement d'Andalousie.

L'Andalousie, dans le sud de l'Espagne, est la patrie du flamenco, un genre artistique sur base de folklore, caractérisé par sa musique riche d'émotion, son chant puissant et sa danse sensuelle. Les paroles évoquent souvent l'amour et la séparation, mais aussi la douleur, la pauvreté et le chagrin — des sujets qui ne sont que trop familiers ces dernières années pour les Andalous.   

L'Espagne a taillé sans pitié dans les dépenses depuis que le pays est aux prises, ces dernières années, avec une crise économique destructrice. Le nombre de pauvres et de chômeurs a explosé dans toute l'Espagne, mais l'Andalousie souffre particulièrement.

Si les manifestations n'ont rien de rare, un collectif donne aux siennes un cachet purement andalou. Fin juin, trois membres de FLO6x8 ont interrompu successivement une séance du parlement d'Andalousie en chantant des chansons dans le style flamenco, qui dénonçaient le chômage, la corruption et la crise.  

A chaque fois, les protestataires ont été évacués de la galerie du public à peine avaient-ils commencé à chanter. A l'époque, les médias n'en ont que peu parlé, mais une vidéo de l'action avec un nouveau montage publiée sur Facebook est devenue virale depuis, avec plus de 48.000 partages. La performance est ici sous-titrée en anglais : 

 

 

 


La première chanteuse a fustigé le manque d'emplois en Espagne, qui a forcé beaucoup de jeunes Espagnols à s'expatrier à la recherche de travail

Mendier
voilà comment tu veux me voir
ou que j'émigre.
Mendier
pour un travail de merde
pendant que vous vous engraissez avec les licenciements
et vous êtes des valets de la troïka.

Les deux tiers des Andalous sont au chômage, selon les derniers chiffres de l'agence de statistiques de l'Union Européenne Eurostat [anglais]. La pauvreté dans la région, dont l'agriculture et le tourisme sont les principales activités, a augmenté de 11 % entre 2007 et 2012 atteignant 24,1 %, une des plus élevées d'Espagne. 

L'Andalousie a demandé un sauvetage financier [anglais] de Madrid en septembre 2012, la quatrième région à y recourir. L'Espagne a elle-même obtenu un renflouement [anglais] de126 milliards de dollars de la “troïka” — composée du Fonds Monétaire International, de la Commission Européenne et de la Banque Centrale Européenne — quelques mois auparavant pour recapitaliser son secteur bancaire malade. 

FLO6x8 a mis en scène de semblables actions de protestation dans des agences bancaires, avec chant, danse et guitare. Ainsi :

 

 

Le collectif demande l'élaboration d'une nouvelle constitution avec la participation de tous les Espagnols. En attendant, ils promettent aux politiciens qu'ils “s'exprimeront dans tous les espaces publics où vous montrerez vos vénérables figures.”

 

 

 

Source : fr.globalvoicesonline.org

 

 

 

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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 23:35

 

Source : www.tv5.org

 

 

Espagne : une loi au parfum de franquisme
 
17.07.2014par Pascal Priestley
Malgré les nombreuses oppositions, le gouvernement conservateur espagnol a finalement adopté son projet de loi sur la "sécurité citoyenne", en suspens depuis l'automne dernier. Celui-ci prévoit pour des fait de manifestations des amendes sans jugement pouvant atteindre une soixantaine d'années du salaire minimum.
Manifestation contre l'austérité à Madrid en juillet 2012 (photo © AFP – PEDRO ARMESTRE)

Ordre

Ni les protestations de la société civile, ni les réserves des autorités judiciaires ou du Conseil d'Etat, ni les inquiétudes d'organisations internationales (Amnesty, OXFAM, Greenpeace...), ni la (molle) opposition du Parti Socialiste (PSOE) n'ont finalement fait réellement fléchir Mariano Rajoy.

Légèrement atténué mais confirmé dans ses grandes lignes et sa philosophie répressive, son projet sur la « sécurité citoyenne » a été adopté par son gouvernement conservateur le 11 juillet, après neuf mois de controverses et dans la torpeur de l'été. Celle-ci se révélant propice aux réformes à problèmes et le Parti Populaire au pouvoir (droite) disposant de la majorité absolue au parlement, le vote définitif pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Pour le ministre de l'intérieur, le nouveau dispositif - qui couvre un vaste champ mêlant les perquisitions, fouilles, manifestations de rue et ... prostitution - garantira « plus et mieux la sécurité citoyenne, avec d'avantage de sécurité juridique ». Pour ses opposants qui l'ont qualifiée de « loi-muselière », c'est un monstre juridique liberticide. Son objectif, estime Joaquim Bosch, porte parole de l'association de magistrats « Juges pour la démocratie » est de donner « au gouvernement un instrument pour faire taire les critiques sociales ».
Zoom:
Rassemblement contre une expulsion en 2012 (photo AFP)

Sur mesure


Ses dispositions, en tout cas, semblent clairement taillées sur mesure pour répondre aux diverses formes de protestations nées avec la crise, en accordant à l'administration un pouvoir punitif arbitraire sans précédent depuis Franco.

Contre les campements dans des lieux publics popularisés par le mouvement des Indignés en 2011-2012 et sporadiquement réitérés depuis, le texte punit le « refus de dissolution de réunions et de manifestations dans des lieux de passage public ».

Contre les rassemblements visant à empêcher les expulsions immobilières, innombrables avec la crise et combattues par différents collectifs, la nouvelle loi punit « l'obstruction visant à empêcher à toute autorité ou employé public » l'exécution des « résolutions administratives ou judiciaires ».

Contre les débordements qui ont émaillé les fins de manifestations au cours des dernières années : un article dédié à « la perturbation au déroulement d'une réunion ou manifestation », définition vague qui ouvre le champ libre aux interprétations policières.

Pour ces différentes atteintes à l'ordre public, la sanction encourue s'échelonne de 600 à 30.000 euros, selon l'humeur de l'administration. Le même tarif s'applique aux rassemblements non-autorisés aux abords du Congrès des députés, du Sénat ou des Assemblées régionales.

Contre les escalades spectaculaires de bâtiments publics, particulièrement prisées par l'organisation Greenpeace, le nouveau texte double les peines encourues en les faisant passer à 600 euros. Des militants de cette ONG n'ont d'ailleurs pas tardé à y répondre par l'escalade d'une tour de 90 mètres près de Palais de la Moncloa, résidence officielle du chef du gouvernement.
Zoom:
Affrontements à Madrid le 22 mars 2014 (photo AFP)

Soixante-six ans de salaire d'amende


On passe à une autre échelle de répression pour les fautes qualifiées de « très graves » : parmi elles, l'organisation de manifestations non autorisées dans des infrastructures publiques susceptibles de mettre en danger les personnes ou simplement de « perturber le fonctionnement des services publics » (article 35.1). Amende encourue : 600.000 euros, soixante-six ans du salaire minimum espagnol. Bon prince, la loi précise qu'elle doit tenir compte des ressources du réprimé.

Ces peines n'ont pas besoin de juge pour être prononcées. Elles sont à la discrétion du Ministère de l'intérieur pour les plus graves, voire du Secrétaire d’État à la sécurité pour les autres.

Le gouvernement affirme par cette loi sécuritaire répondre à une « demande de la population », argument qui peut sembler plaisant dans un pays surtout dévasté par un chômage de près de 30 % - 50 % dans la jeunesse et certaines régions - et par l’appauvrissement de couches entières de la dite population.

Selon la dernière étude du Centre d'études sociologiques, la question de la sécurité n'est la priorité première que pour … 0,4 % des Espagnols et l'une des trois priorités pour 2,8 % d'entre eux.

 

 

Source : www.tv5.org

 

 

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Dimanche 13 juillet 2014 7 13 /07 /Juil /2014 20:41

 

Source : www.pauljorion.com/blog

 

 

LES CHOSES BOUGENT EN ESPAGNE, par Diego Carretero

5 juillet 2014 par Paul Jorion | 

Billet invité.

Voici quelques informations sur ce qui se passe chez nous en Espagne. Un phénomène très intéressant est en train de se passer. Ce que vous en savez c’est qu’un nouveau parti, PODEMOS, a raflé 5 députés d’un coup aux élections européennes. Ce que je vous en dis est que cela a constitué le début d’une lame de fond qui est en train de changer la donne dans ce pays.

D’abord, ce n’est pas « un parti ». Depuis le 15M (Indignados) le feu couve dans tous les coins du pays. Les mesures prises par les différents gouvernements et leurs répercussions dans la vie quotidienne des gens servent de carburant. Et cette galaxie d’initiatives diverses découlant du mouvement du 15M a pris consistance en plusieurs partis et mouvements, qui travaillent depuis des mois et des années en forme de groupes s’opposant physiquement (d’une manière non-violente) aux différentes politiques du gouvernement.

Pablo Iglesias, commentateur habituel de deux chaînes de télévision, lui-même issu du mouvement 15M, et participant à un de ces petits partis, a eu l’énorme intelligence, aidé par son entourage de la même famille, de lancer le mouvement à partir de ses apparitions en télévision, s’adressant directement aux gens ordinaires, leur parlant un langage vrai et simple. Et en ce langage vrai et simple il leur a dit que la division gauche-droite n’était pas aussi importante que la division bas-haut : nous sommes les gens d’en bas et allons déboulonner les gens d’en haut, tout en ne cachant pas sa position de gauche.

 

Il faut dire que le panorama dessiné par « la crise », les compromissions étalées au grand jour, de politiques de droite et de gauche, socialistes et communistes compris, de syndicats socialistes et communistes, objets de scandales sans fin, pris la main dans le sac, les destructions des différents aspects de l’état de bien-être que les élites, discréditées au plus haut point, ont perpétré, n’ont laissé aux citoyens qu’un sentiment d’écœurement profond (la notion de ciudadanos est continuellement invoquée, en Espagne, mais en France l’utilisation du mot « citoyen » classe la personne qui l’utilise. Ici, je l’emploie dans le sens espagnol, sans préjuger de ce que j’en pense dans le contexte français). Le mécontentement est généralisé et des signes de fermeté sont en train d’apparaître (Les marches du 22 mars… le quartier du Gamonal à Burgos, à Barcelone..). L’on sent, de manière palpable que les gens ne veulent plus se laisser faire… d’où le succès des différents aspects de réponse qui apparaissent

Ce mouvement se tient par son organisation et son attitude ouverte et tolérante, son fonctionnement en assemblées qui font et défont inlassablement en une pratique démocratique poussée. Ce faisant il a rassemblé en peu de temps énormément de gens. Les dernières prévisions sont qu’ils constituent, aujourd’hui, la troisième force politique en Catalogne, dont la donne locale est en train de changer à toute vitesse, et probablement la deuxième force dans le levant (Valencia).

Parallèlement, la gauche/système (IU : Izquierda Unida) change également à toute vitesse, sa tête de liste au parlement européen s’est vue obligée de démissionner, ses pratiques discutables ayant été mises en évidence, et la tête même d’IU vacille au profit d’un jeune issu lui aussi du 15M, Alberto Garzón, qui dit que les idées et la tâche à accomplir passent avant le parti. Une certaine forme de dirigisme communiste est en train de disparaître (ou de se cacher). Et Alberto se trouve en phase avec Pablo Iglesias. Et dans cette même phase se trouvent les gens ordinaires, les activistes sociaux, tous les contestataires antisystème… en somme une part majoritaire du pays. La composition et l’interaction des éléments composant cette majorité est sans cesse en mouvement vital, s’influençant les uns les autres continuellement. On peut dire, sans risque de se tromper, que trois personnes, actuellement, incarnent le mouvement en marche : par ordre subjectif d’influence, Ada Colau, de Catalogne, Pablo Iglesias, de Madrid, et Alberto Garzón, d’Andalousie. À mon avis, cela peut-être une garantie de bonne fin, mais il n’est pas question d’ignorer les difficultés, aussi bien internes au mouvement (attention à la vieille garde) qu’externes (l’ordre établi se défend et se défendra plus durement…) Mais ne pas perdre de vue ce que ces personnes incarnent, et si cette incarnation fait défaut, ces personnes ne sont plus qu’elles-mêmes… et elles le savent bien, et pour le moment leur attitude de service n’a pas été prise en défaut.

Tout récemment, un rassemblement (il faut tenir compte du caractère fluide et peu-dirigiste du contexte) autour d’Ada Colau, à Barcelone, sous le nom de Guanyem (Gagnons), prétend se faire avec la municipalité de Barcelone, et il est sympathique que les analystes sérieux pensent que cela est possible. Aussitôt, Madrid embraye avec le même schéma, et apparaît un groupe, Municipalia, avec les mêmes caractéristiques, englobant les différents éléments de 15M en évolution, dont PODEMOS, qui se plie à la discipline majoritaire, en consultations répétées, aussi bien à Barcelone qu’à Madrid. Non content de cela, des villes moyennes s’y mettent, Saragosse y est déjà, ainsi que Valladolid. Malaga est en route, il est bien probable que Séville aussi.

Un détail d’importance concernant la question catalane, est qu’au sein de Guanyem il y a des indépendantistes et des non indépendantistes, et apparemment il y a consensus pour ne pas traiter la question à ce niveau en ce moment. Une qualité d’attitude est en train d’émerger, partout dans le pays, qui était impensable avant le 15M.

Où l’on voit donc que PODEMOS n’est le centre du processus qu’à un moment, ensuite il rentre dans le rang du mouvement lui-même, pour jouer le rôle que le mouvement, dans ses délibérations va lui attribuer. Ceci n’est pas exempt d’explications musclées, comme les différents avis exprimés par les « dirigeants » de PODEMOS en préparation de la grande réunion de cet automne qui dotera PODEMOS de structures politiques intégrant tous les avis.

Un aspect important est l’entrecroisement de on peut dire tout avec tout, et les groupes, de PODEMOS, ou du Partido X, ou de EQUO, etc. se forment dans les villes, les quartiers, les zones géographiques (cantons…), mais aussi chez les professionnels de la santé, les travailleurs indépendants, les défenseurs de la nature…etc., il n’y a pas de domaine à l’abri, et cela tisse un réseau dont nous verrons dans le futur les avantages et les inconvénients.

Mon sentiment personnel est qu’un mouvement a été lancé qu’il est impossible, au moment présent, d’arrêter. Et il s’amplifie à vue d’œil. Aux dernières nouvelles, l’influence de cette « ambiance » a obligé les parlementaires socialistes en Europe à s’interroger et à envisager de ne pas voter Junker, de peur des répercussions négatives dans l’électorat qu’il reste encore aux socialistes. Pour l’heure, que je sache, il n’y a pas encore de décision définitive. Un petit événement (beaucoup moins important que les processus exposés) a lieu en ce moment, l’élection du prochain secrétaire général du parti socialiste, et il y a trois candidats. Les trois se sont prononcé contre le vote à Junker… Il est certain que si les événements à l’intérieur du parti socialiste prennent la tournure de participer au mouvement, les choses changeraient dans le sens imprimé jusqu’à maintenant, certainement avec des ajustements et une certaine influence de la vieille garde… Mais il n’est pas bon de broder le futur, soyons attentifs et aidons-en l’enfantement… un peu de maïeutique sied !

 

 

Source : www.pauljorion.com/blog

 

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Lundi 23 juin 2014 1 23 /06 /Juin /2014 22:57

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Lois rétrogrades

Face à la corruption du pouvoir politique, des juges espagnols entrent en dissidence

par Nathalie Pédestarres 23 juin 2014

 

 

 

 

 

Conflits d’intérêts et collusions menacent l’indépendance de la justice, estiment des magistrats espagnols. Certains d’entre eux, qui s’intéressent de trop près à des affaires sensibles, se retrouvent victimes d’acharnement judiciaire ou sont écartés de leurs fonctions par le pouvoir politique. Une situation que dénoncent des avocats et juges. Solidaires des mouvements sociaux, ils participent également à la résistance contre des lois nationales jugées de plus en plus rétrogrades.

« Les hommes politiques maltraitent ceux qui, un jour, pourraient avoir à enquêter sur eux. » Le juge espagnol Elpidio Silva est amer. L’année dernière, il a tenté de placer en détention Miguel Blesa, l’ancien PDG de la banque Bankia, impliquée dans la vente frauduleuse de produits financiers toxiques (appelés preferentes) à des milliers d’épargnants en 2009 (lire ici). Le juge risque aujourd’hui d’être radié de l’administration judiciaire pendant 30 ans ! Il a d’abord été accusé de prévarication – suspecté d’avoir laissé filtrer à la presse des courriers électroniques de Miguel Blesa dans lesquels celui-ci confiait à ses collaborateurs avoir « trompé les clients » –, puis de « maltraitance psychologique à un témoin protégé ». Le verdict tombera le 7 juillet prochain.

L’affaire Blesa a révélé des collusions entre les pouvoirs bancaire, politique et même judiciaire. L’ensemble du Conseil d’administration de Bankia avait été mis en examen en 2012, avant d’être relaxé. Au sein de ce conseil siègent des hauts fonctionnaires, des membres du Parti populaire, la droite espagnole, ainsi qu’une poignée d’administrateurs venus de la gauche – du Parti socialiste espagnol, de la Gauche unie, et deux représentants du syndicat CCOO. Et un membre influent du Parti populaire, Rodrigo Rato, ancien ministre de l’Économie sous la présidence de José María Aznar, successeur du PDG Miguel Blesa avant la nationalisation de la banque.

Pour le magistrat, il n’y a aucun doute : l’acharnement judiciaire dont il fait l’objet vise à servir d’exemple à destination de ses collègues qui seraient tentés de s’intéresser de trop près à certaines affaires. « En Espagne à l’heure actuelle, c’est la peur qui fait la loi », accuse-t-il. La Cour supérieure de justice de Madrid a dû insister en mars auprès de la juge María Tardón pour qu’elle s’écarte de l’enquête concernant le juge Silva. Car elle cumule les fonctions de conseillère du Parti populaire et de membre de l’Assemblée générale de... Bankia ! Vous avez dit conflit d’intérêt ?

Des magistrats au service des mouvements sociaux

Depuis la Constitution de 1978, négociée au sortir de la dictature franquiste, les membres du Tribunal suprême – la plus haute instance pénale – sont nommés par le Conseil général du pouvoir judiciaire, lui-même élu par le Parlement. Pour renforcer cette dépendance, l’actuel ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardón, vient de faire passer une nouvelle loi pour réorganiser la Justice. Une réforme plutôt mal reçue par les magistrats et les avocats, car elle renforce l’immunité parlementaire, mettant à l’abri les députés, dénonce l’avocat Jesús Gimenez Gallo. Il fait partie de cette génération de juristes espagnols progressistes, ouvertement critiques vis-à-vis de l’exécutif et s’engageant pour la défense des citoyens.

Avec l’imposition de mesures d’austérité par la « Troïka » (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fonds monétaire international), de nombreux avocats et juges se sont montrés solidaires des mouvements de défense des droits sociaux. Le juge barcelonais José María Fernández Seijo, membre de l’association Juges pour la démocratie (Jueces para la Democracia), a par exemple saisi la Cour européenne des Droits de l’Homme pour démontrer que la législation espagnole en matière de crédits hypothécaires ne protège pas les consommateurs des clauses abusives des banques. Une lacune réglementaire qui a causé un demi million de saisies immobilières.

Résistance face à des lois de plus en plus rétrogrades

Ces magistrats ont aussi obligé des entreprises à réincorporer des milliers d’employés licenciés de façon injustifiée, les patrons se croyant exonérés de leurs obligations grâce à la réforme de la loi du marché du travail, qui flexibilise les licenciements. Le FMI, qui a inspiré la réforme, a même critiqué la justice espagnole pour son « interprétation restrictive » des procédures de licenciement ! « Les personnes ne peuvent pas être traitées comme des marchandises soumises exclusivement aux lois du marché et leur dignité suppose que l’on protège leurs droits fondamentaux », a rétorqué l’association Juges pour la démocratie. Mais ce n’est que le début de la bataille : les nouveaux projets de loi concoctés par le ministre de la Justice présentent un caractère si rétrograde que même le Conseil général du pouvoir judiciaire s’en est inquiété.

Ainsi la réforme de la loi sur l’avortement prévoit de revenir aux années 1960 : l’interruption de grossesse ne sera reconnue légale qu’en cas de viol ou de danger pour la vie ou la santé physique et morale de la femme. Autre « réforme » : le durcissement des « lois de sécurité citoyenne », rebaptisées « lois muselières » ou « lois anti-manifs » par ceux qui s’y opposent. Elles autorisent tout un arsenal de pratiques répressives « préventives » (amendes exorbitantes, fouilles corporelles, identifications et détentions arbitraires, dissolutions de réunions estimées dangereuses). Une restriction de la liberté d’expression et de manifestation au prétexte de garantir la sécurité publique. Mais les critiques de la société civile et des magistrats sont telles que le gouvernement a été obligé de freiner.

Même le droit international est menacé

Même la « compétence universelle » de l’Espagne en matière de droit international est menacée [1]. Le pays est pourtant pionnier dans ce domaine. Souvenez-vous : le 16 octobre 1998, l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est arrêté à Londres alors qu’il vient s’y faire opérer. C’est le « super-juge » espagnol Baltasar Garzón qui avait lancé un mandat d’arrêt au nom de victimes espagnoles de la dictature. Pinochet ne sera jamais extradé vers l’Espagne mais sera cependant retenu près d’un an et demi à Londres avant de pouvoir rentrer au Chili pour raison médicale. Rendre justice au nom du principe de compétence universelle sera-t-il encore possible en Espagne ?

En mars dernier, le gouvernement de Mariano Rajoy réforme la loi pour en limiter la juridiction. Et ce, sous la pression des autorités chinoises ! Le 19 novembre 2013, l’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale, avait émis un mandat d’arrêt contre plusieurs dirigeants chinois, dont l’ancien Président Jiang Zemin, pour leur responsabilité politique ou militaire dans le génocide et crimes contre l’humanité pratiqués dans les régions tibétaines de la Chine. D’autres affaires de ce type pourraient bien être classées sans suite. A l’exemple de l’enquête sur l’assassinat du cameraman espagnol José Couso par des militaires américains à Bagdad en 2003, l’un des dossiers les plus médiatisés de la « compétence universelle ».

Pas touche à mes pots-de-vin

Là encore, la réforme conservatrice a suscité de nombreuses protestations. En particulier à l’occasion du premier Congrès mondial de la compétence universelle, organisé par la Fondation du juge Baltasar Garzón, une semaine avant les élections européennes. Le procureur états-unien Benjamin Ferencz, l’avocate iranienne Shirin Ebadi ou Raúl Zaffaroni de la Cour suprême argentine ont critiqué publiquement la décision du ministre de la Justice. Des positions qui ont probablement pesé. Le 6 juin, l’Audience nationale permet au juge Santiago Pedraz de poursuivre son instruction sur l’assassinat de José Couso en Irak. Un sacré pied de nez au gouvernement de Mariano Rajoy.

Baltasar Garzón a été suspendu de la magistrature pour avoir recouru à des écoutes téléphoniques – jugées illégales – entre les suspects et leurs avocats dans « l’affaire Gürtel », un réseau de versements de pots-de-vin à des dirigeants politiques du Parti populaire par des chefs d’entreprise dans le but d’obtenir des contrats exclusifs [2]. La droite espagnole ne lui a pas non plus pardonné de rouvrir en 2008 le dossier tabou des crimes commis pendant la dictature franquiste, mis sous le tapis grâce à une loi d’amnistie qui n’a jamais été remise en cause depuis 1977 (lire ici).

L’ombre de Franco

« Le grand problème du système judiciaire espagnol, c’est qu’il n’a pas été « assaini » et débarrassé de certains postes issus du franquisme, ce qui perpétue encore aujourd’hui l’impunité », assène María Garzón, la fille aînée du juge, scandalisée par l’ostracisme dont est victime son père. « Il y a trois mécanismes qui se déclenchent dès lors qu’on touche au pouvoir en Espagne : le parti au pouvoir lui-même, les médias au service de la droite espagnole et le pouvoir judiciaire espagnol, en particulier le Tribunal suprême, un organe hérité du franquisme dont les membres sont élus par l’exécutif. Et si un juge comme mon père contredit la « morale » de ce Tribunal, s’en est fini de sa carrière. »

Pour María Garzón, le courage de son père a « fait jurisprudence » chez d’autres magistrats : « La résistance des juges espagnols a cela de positif qu’elle met en évidence la nécessité de doter le pouvoir judiciaire d’une véritable indépendance. Le gouvernement ne peut pas continuer à destituer des juges parce que leur quête de la vérité dérange. Ce serait revenir à un état dictatorial ! La société ne va jamais le permettre ». Ces magistrats bénéficient en effet du soutien accru de la société civile, en particulier des mouvements sociaux issus du 15-M et des partis de gauche minoritaires. Ils ont leurs « fans club » sur les réseaux sociaux et dans la rue. Baltasar Garzón et sa Fondation Fibgar pour les droits humains et la justice universelle mènent campagne pour que soit créée en Espagne une commission de la vérité sur les crimes commis pendant la dictature franquiste. José Elías Esteve, l’avocat de la partie civile dans le dossier du Tibet contre la Chine, est confiant : « Vu la situation dans laquelle se trouve l’Espagne, le mécontentement des gens ne va pas diminuer, au contraire ! Cela ne peut mener qu’à un changement profond, un système meilleur. De toute façon, il serait difficile de faire pire. »

Nathalie Pédestarres

Photo : CC Fotomovimiento (manifestation des indignés espagnols à Barcelone le 27 mai 2011)

 

Notes

[1La compétence universelle en matière de droit international permet à un État de poursuivre les auteurs de certains crimes (génocide, terreur, torture, crimes de guerre...), quel que soit le lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes. Elle est incluse dans la législation espagnole depuis 1985.

[2Pour obtenir des preuves, le juge Garzón a recours à des écoutes téléphoniques qui seront jugées illégales par le Tribunal Suprême espagnol qui démet Baltasar Garzón de ses fonctions en 2012 pour une durée de 11 ans.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Dimanche 22 juin 2014 7 22 /06 /Juin /2014 23:35

 

 

 

Source : communismeouvrier.wordpress.com

 

 

20.000 manifestants à Séville pour "du pain, un travail et un toit"

20.000 personnes environ ont manifesté ce samedi 21 juin dans les rues de Séville (Andalousie) pour "du pain, un travail et un toit pour toutes et tous" et contre les politiques d’austérité. Appelée par un collectif d’organisations sociales, politiques et syndicales (comme le SAT ou la CGT), la manifestation a pu entouré le parlement andalou. Les manifestants étaient venus de toutes les villes d’Andalousie pour cette grande manifestation.

Conséquence de la crise du capitalisme, plusieurs centaines de milliers de familles ont perdu leurs maisons ces dernières années en Andalousie, le chômage explose et de nombreux jeunes sont obligés d’émigrer comme l’ont fait leurs grands-parents, et on compte plus de 300.000 personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

 

Une pétition a été remise aux parlementaires andalous, revendiquant entre autres :

1. Contre la précarité et le chômage, le partage du travail sans réduction de salaire, l’égalité de salaires entre les femmes et les hommes.

2. Arrêt des coupes budgétaires dans la protection sociale, la santé, l’éducation et les autres services publics fondamentaux.

3. Arrêt de la privatisation des services publics.

4. Contre la corruption, transparence dans les comptes des institutions gouvernementales, financières, économiques et judiciaires.

5. Audit de la dette illégitime.

6. Contre la répression, amnistie des militants syndicaux et de mouvements sociaux condamnés ces dernières années.

 

 

Source : communismeouvrier.wordpress.com

 


 

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Vendredi 20 juin 2014 5 20 /06 /Juin /2014 19:05

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Couronnement de Felipe VI : les manifestations républicaines interdites

par Nathalie Pédestarres 20 juin 2014

 

 

 

Interdiction d’afficher ses convictions républicaines le jour du couronnement du nouveau roi d’Espagne Felipe VI. C’est la décision que le gouvernement espagnol a pris à la hâte, préoccupé par le mécontentement croissant d’une partie de la population qui réclame un référendum populaire sur la poursuite ou non de la monarchie parlementaire depuis l’abdication de Juan Carlos I, le 2 juin dernier. Entachée de scandales – les coûteux safaris pour chasser les éléphants du roi en Afrique, les présomptions de détournements de fonds publics par le gendre du roi, l’ancien joueur de handball Iñaki Urdangarin, avec la complicité de son épouse, l’infante Cristina –, la famille royale espagnole cristallise le ras-le-bol d’une partie des Espagnols envers une classe dirigeante et des institutions jugées au mieux inefficaces au pire corrompues.

Le gouvernement a donc interdit une manifestation convoquée par divers collectifs anti-monarchiques à Madrid le 19 juin. Et a poussé le zèle jusqu’à prohiber l’exhibition de symboles républicains à proximité de la parade royale. Un affichage considéré comme un « risque potentiel » par le Tribunal supérieur de justice de Madrid. Excédées, des milliers de personnes ont alors décidé de braver l’interdiction et se sont réunies sur la Puerta del Sol, la place centrale de Madrid, pour manifester leur refus de la monarchie. La réponse de la police ne s’est pas faite attendre. Bilan : des dizaines de contrôles d’identité, des échanges de coups avec les manifestants et l’arrestation de trois personnes – relâchées depuis – dont Jorge Verstrynge, une personnalité proche du mouvement de gauche Podemos.

Democracia Real Ya !

Une partie des partisans du retour à la République n’a pas digéré qu’un nouveau monarque soit imposé sans référendum préalable, comme le prévoit la Constitution [1]. Le royal passage de relais s’est opéré visiblement à la hâte, avec une cérémonie plutôt simple et sans faste tapageur, à laquelle n’ont pas assisté de chefs d’État étrangers. Les deux principaux groupes parlementaires, ceux du PP (droite) et du PSOE (sociaux-démocrates), ont signé , à huis clos, avec la Maison Royale, la loi qui permet à Felipe VI de succéder à son père. Un député socialiste basque, qui s’est abstenu lors du vote, s’est vu imposer une amende de 400 euros par la direction de son parti. Certains groupes parlementaires minoritaires – Izquierda Unida, les écologistes et la gauche catalane – ont également réclamé un référendum populaire après l’annonce de l’abdication de Juan Carlos I. En vain.

Une cinquantaine de collectifs ont alors organisé leur propre référendum populaire, Referendum Real Ya. En 10 jours, ils ont créé une plateforme de vote sécurisé en ligne et ont installé des « bureaux de vote » ambulants. A la question d’élire le chef de l’Etat au suffrage universel et de lancer une réforme constitutionnelle, plus de 80 000 votants ont répondu oui, presque à l’unanimité. Le vote a bien sûr davantage valeur de symbole que de sondage. « Nous voulions réveiller la conscience des citoyens en leur montrant que nous vivons dans une fausse démocratie en Espagne », précise Enrique Martín, activiste du mouvement Democracia Real Ya ! (Démocratie réelle immédiate) qui a participé à l’organisation de ce symbolique référendum. « Nous continuerons à organiser des actions comme celle-ci, pour exiger que l’on consulte systématiquement les citoyens avant de prendre des décisions importantes qui les concernent. »

 

Notes

[1L’article 92 de la Constitution prévoit une consultation populaire pour toutes les décisions de grande envergure.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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Vendredi 20 juin 2014 5 20 /06 /Juin /2014 18:01

 

Source : www.mediapart.fr

 

Pablo Iglesias (Podemos): « Nous ne voulons pas être une colonie allemande»

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Le fondateur de Podemos, collectif issu des mouvements sociaux en ébullition en Espagne, fait son entrée au parlement européen. Dans un entretien à Mediapart, cet universitaire médiatique fixe les priorités de son mandat, revient sur la « crise de régime » qui secoue son pays au moment de l'entrée en scène du roi Felipe, et observe les errements de la gauche française.

Pablo Iglesias incarne à lui seul certaines des mutations de la gauche espagnole. Ce professeur de sciences politiques, né en 1978 à Vallecas, dans la banlieue sud de Madrid, a fondé début 2014 Podemos (« nous pouvons »), un collectif né dans le sillage des mobilisations « indignées ». À peine quatre mois plus tard, ce mouvement rassemblait 1,2 million de voix aux élections européennes de mai et décrochait cinq sièges d'eurodéputés. Vedette des réseaux sociaux, connu pour des émissions télé de débat politique (dont La Tuerka), Iglesias veut faire de Podemos une alternative aux partis de gauche traditionnels, à commencer par les socialistes du PSOE. Entretien.

 

Pablo Iglesias le 30 mai à Madrid, après le succès électoral de Podemos aux européennes. © Reuters. 
Pablo Iglesias le 30 mai à Madrid, après le succès électoral de Podemos aux européennes. © Reuters.

Podemos veut faire de la politique autrement, contre les partis traditionnels. Comment rester différents entre les murs du parlement européen ?

C'est vrai qu'il y a beaucoup d'éléments de politique traditionnelle au parlement européen, dans lesquels on ne se reconnaît pas. Et c'est un parlement qui dispose de peu de compétences – même si elles sont de plus en plus importantes. Mais il nous semble décisif de faire de l'espace européen un espace d'intervention, pour dire, en tant qu'élus venus d'Espagne, un certain nombre de choses.

Nous ne voulons pas être une colonie de l'Allemagne. Nous ne voulons pas être une colonie de la Troïka. Nous n'assumons pas un modèle institutionnel européen mis au service des pouvoirs financiers et des banques. Le parlement européen constitue pour nous une magnifique occasion pour construire des alliances avec d'autres Européens, notamment du Sud, pour imaginer quelles autres formes de gouvernement sont possibles en Europe. 

Quelle sera votre priorité durant le mandat ? 

Nous voulons redimensionner certains débats européens, qui sont absolument décisifs pour les populations, en particulier dans le sud de l'Europe. Nous assistons à la création d'une Europe avec un centre riche au nord et une périphérie au sud, qui fournit une main-d'œuvre bon marché, avec des structures politiques coloniales. À l'arrivée, nos pouvoirs politiques sont à genoux face aux pouvoirs financiers.

À quels débats pensez-vous ?

Nous voulons discuter du traité de libre-échange avec les États-Unis, de l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) et de la politique monétaire, de la manière dont la BCE ne protège pas la dette des États, pour mieux la livrer aux marchés financiers.

Podemos compte cinq élus. Comment faire pour lutter contre cette « Europe allemande » que vous dénoncez, depuis les marges du parlement ? 

Depuis le traité de Maastricht, c'est toute la structure de l'Union qui s'est mise au service de l'Allemagne. Notre stratégie sera d'essayer, au moins, d'ouvrir le débat. Parce que l'une des techniques des gouvernements – en Espagne en tout cas –, c'est de l'étouffer.

Dès que l'on en arrive à un certain stade des discussions, on nous explique que ce n'est plus de notre ressort, que c'est imposé par l'Europe, etc. Il devient très difficile de situer les véritables lieux du pouvoir. Mais si le FMI veut gouverner en Espagne, qu'il se présente d'abord aux élections en Espagne. Si Angela Merkel veut gouverner en Espagne, idem.

Soutenez-vous le conservateur luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pour la présidence de la commission européenne ?

Je voterai contre, si le conseil européen soumet sa candidature au parlement. Martin Schulz (socialiste allemand, candidat des socialistes européens, ndlr) et Jean-Claude Juncker sont les deux faces d'une même monnaie. De fait, leurs familles gouvernent ensemble en Allemagne. Je rappelle que l'attitude de Juncker, au plus dur de la crise grecque, fut terrible : il a personnifié ce colonialisme européen que nous dénonçons (il présidait à l'époque l'Eurogroupe, ndlr). Nous avons soutenu pendant la campagne Alexis Tsipras (le candidat du parti de la gauche européenne, et patron du parti grec Syriza, ndlr), parce que nous y avons vu la promesse de ne pas nous satisfaire d'un rôle de subalterne, depuis les pays du Sud.

Mais êtes-vous d'accord pour dire que Juncker est un candidat légitime, vu le résultat des élections, remportées par la droite en Europe ? 

C'est une question qui divise au sein de la GUE (gauche unitaire européenne, le groupe du parlement auquel appartient Podemos, ndlr). On peut penser qu'avoir accepté de présenter un candidat à la présidence de la commission, en l'occurrence Alexis Tsipras, pour les élections, implique de reconnaître la légitimité du vainqueur des élections par la suite. Pour moi, c'est avant tout une question méthodologique, pas une différence sur le fond : on peut être contre Juncker, contre Merkel, contre Rajoy en Espagne, et accepter qu'il existe des processus électoraux qui permettent à ces personnes de gouverner.

« L'Espagne vit une crise de régime »

Quelle est la différence entre Podemos et les écolo-communistes d'Izquierda Unida (IU) ? Tous deux appartiennent désormais au même groupe au parlement européen (la GUE, à laquelle appartient également le Front de gauche)…

Ce qui nous différencie, ce n'est pas tant le programme. Nous voulons un audit de la dette, la défense de la souveraineté, la défense des droits sociaux pendant la crise, un contrôle démocratique de l'instrument monétaire… Ce qui nous différencie, c'est le protagonisme populaire et citoyen. Nous ne sommes pas un parti politique, même si nous avons dû nous enregistrer comme parti, pour des raisons légales, en amont des élections. Nous parions sur le fait que les gens "normaux" fassent de la politique. Et ce n'est pas une affirmation gratuite : il suffit de regarder le profil de nos eurodéputés pour s'en rendre compte (parmi les cinq élus, on trouve une professeur de secondaire, un scientifique, etc., ndlr).

L'Espagne vit une période très particulière : abdication de Juan Carlos, mort d'Adolfo Suarez, qui fut l'un des piliers de la « transition », effondrement dans les urnes des deux grands partis politiques traditionnels, le parti populaire (PP) et le parti socialiste (PSOE) sur fond de crise économique et sociale… Qu'en pensez-vous ?

C'est une crise de régime. La crise économique a provoqué une crise politique, qui a débouché sur une crise de régime. À présent, le régime né en 1978 se trouve dans une situation de décadence avancée. Les partis politiques qui se sont construits pendant la période discutable de la « transition », qui fonctionnent par dynasties, n'ont cessé d'alterner au pouvoir.

La monarchie, qui s'est construite comme le rempart contre un coup d’État des militaires, finit par être associée à la corruption et à l'impunité. Sans parler d'organisations syndicales et patronales, qui ont conclu accords et compromis, pour valider les grands axes d'une politique d'austérité. Aujourd'hui, une partie de ce régime commence à s'effriter. Nous, en à peine quatre mois d'existence, avons récolté 1,2 million de voix aux élections…

La monarchie espagnole est aux abois ?

On a vu le parti populaire (droite, au pouvoir, ndlr) et les socialistes du PSOE négocier ces derniers jours le processus d'abdication du roi, au profit de son fils. Cela s'est fait sans aucune consultation des citoyens, à toute vitesse, en forçant une majorité parlementaire – avec une discipline de vote très stricte, y compris côté socialistes. Et tout cela a été annoncé juste avant le début de la coupe du monde de football, pour terminer en un acte de proclamation sans présence de chefs d’État et de gouvernement d'autres pays… C'est la preuve qu'ils sont morts de trouille. Ils ont voulu le faire par la petite porte, dans l'empressement. Ils se rendent compte qu'ils sont en train de perdre, petit à petit, le pouvoir.

Des reconfigurations de la gauche sont à l'œuvre en Espagne, sous l'effet de la crise. Quel regard portez-vous sur la situation française, où la gauche semble plus que jamais mal en point ?

L'axe fondamental pour appréhender la situation politique n'est plus l'axe gauche-droite. Je suis de gauche, mais l'échiquier politique a changé. Le déclic en Espagne a été le mouvement du « 15-M » (en référence au 15 mai 2011, date du surgissement des « Indignés », ndlr). L'alternative se définit désormais entre la démocratie et l'oligarchie, entre ceux d'en haut et ceux d'en bas, entre une caste de privilégiés qui a accès aux ressources du pouvoir et une majorité sociale. L'enjeu, pour nous, c'est de convertir cette majorité sociale en majorité politique et électorale.

Nous voulons dire des choses simples : on est contre la corruption, contre l'absence d'un vrai contrôle démocratique sur l'économie, pour que les riches paient des impôts. On pense qu'il est possible de construire une majorité sur ces sujets, pour changer les règles du jeu. C'est ce qu'il se passe depuis 15 ans en Amérique latine : la contestation du libéralisme ne s'est pas tant faite sur une base idéologique que sur des thématiques nationales-populaires. Ce schéma peut aussi fonctionner en Europe. Le pouvoir n'a pas peur de l'unité des gauches, mais de l'unité populaire.

Et vous l'imaginez en France aussi ?

Cela se passe en France ! Mais le problème, c'est que c'est l'extrême droite qui occupe ce terrain. Le succès électoral de Marine Le Pen ne veut pas dire que la France déborde de fascistes. Madame Le Pen, d'extrême droite, s'est montrée suffisamment habile pour contester à d'autres acteurs politiques ce terrain qui, à l'origine, ne lui appartient pas. En Italie, cet espace a été occupé par Beppe Grillo (le fondateur du Mouvement cinq étoiles, M5S, ndlr) – qui n'est pas non plus un de nos alliés. En Grèce, c'est Syriza. À nos yeux, si la gauche n'assume pas une option populaire, elle ne gagnera pas.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

 


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