Espagne

Mercredi 7 janvier 2015 3 07 /01 /Jan /2015 17:15

 

Source : www.marianne.net

 

 

L'Espagne diminue le nombre de ses chômeurs... en les exportant !

Mercredi 7 Janvier 2015 à 05:30
Aline Joubert

 

Une baisse de 5,39% du nombre de sans-emploi en Espagne soit 253 627 chômeurs de moins qu'en 2013, c'est ce qu'a claironné le gouvernement de Mariano Rajoy, lundi, sur les réseaux sociaux et dans la presse nationale. La nouvelle a été du plus bel effet dans un pays rongé par la crise depuis l'éclatement de sa bulle immobilière il y a sept ans. En France, "Le Figaro" s'en est même emparé. Sauf qu'à y regarder de plus près, l'Espagne a surtout la "chance" de voir une grosse partie de sa population fuir le pays.

 

Andres Kudacki/AP/SIPA
Andres Kudacki/AP/SIPA
« Nous avons plus de 253 000 raisons d'être optimistes » a déclaré hier la secrétaire d'Etat espagnole à l'Emploi Engracia Hidalgo. Mieux encore, le gouvernement s'enorgueillit d'avoir créé près de 2 millions de contrats de travail ! Une hausse de 13,1% par rapport à l'an passé. Le mois de décembre aurait été ainsi exemplaire avec une baisse de plus de 60 000 demandeurs d'emploi par rapport au mois précédent. La ministre de l'Emploi Fatima Bañez, confiante, a d'ailleurs d'ores et déjà annoncé que les chiffres de 2015 « surpasseront toutes les prévisions », nous rapporte le site du quotidien El Pais. Même Le Figaro et La Croix se réjouissent de la nouvelle en qualifiant l'Espagne de « bonne élève » et en saluant son « regain d'optimisme ».
 
Sauf que, comme le relève le Parti socialiste espagnol, dans l'opposition et qui ne peut s'empêcher de faire la fine bouche, nombre de ces contrats, s'ils sont à durée indéterminée, sont à temps partiel, et un quart de ceux à durée déterminée durent « moins d'une semaine » selon Mariluz Rodriguez, secrétaire à l'Emploi.
On pourrait ajouter qu'il existe une nette différence entre l'embauche des hommes (qui comptent 7,9% de chômeurs en moins) et des femmes (dont seulement 2,9% ont trouvé un emploi). Mais ce serait pinailler, vous dit-on.
 
Surtout, arrivent en tête du classement des plus fortes baisses du nombre de chômeurs la Catalogne (48 924 chanceux), la communauté de Madrid (36 914), celle de Valence (36 196) et l'Andalousie (24 901) selon le site Eleconomista.es.

Courage, fuyons !

Ce classement ressemble en fait trait pour trait à celui des régions au plus fort taux d'émigration. Même ordre. En Catalogne 54 736 personnes ont fait leurs valises, à Madrid elles sont 48 121, à Valence 27 631 et en Andalousie 19 682. Troublant.
 
Les chiffres très officiels de l'Institut national de statistiques montrent que le solde migratoire de l'Espagne est négatif depuis 2008, et qu'il s'est même fortement creusé en 2014. Pour le seul premier semestre de l'année 2014, il est déjà négatif de 124 915 personnes, soit quasi autant que pour toute l'année 2012 (-142 552 personnes).
 
Pendant ce même semestre, ce sont au total 206 492 Espagnols qui ont quitté le pays et plus de 150 000 d'entre eux venaient des quatre communautés autonomes précitées.
 

La recette miracle de Rajoy ?

La solution ibérique pour lutter contre le nombre croissant de chômeurs n'est peut-être pas sciemment pensée par le pouvoir en place. Néanmoins, dans les faits, elle consisterait presque à pousser une partie de sa population hors du pays et à proposer aux restants (et plus particulièrement aux hommes) des contrats à temps partiel, à la semaine, tout en baissant le niveau général des salaires. Ingénieux. On se demande alors pourquoi le quatuor Hollande-Valls-Macron-Rebsamen n'y a pas encore songé ?

 

 

Source : www.marianne.net

 

 


Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 18:38

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

De l’indignation au pouvoir (partie 7)

De l’impasse du bipartisme capitaliste à l’émancipation pour le changement de régime

20 décembre par Jérôme Duval

 

 


Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme, avec le PP (droite libérale au pouvoir) et le PSOE qui alternent au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. À n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

« Dans les pays gravement endettés, les électeurs européens réagissent au coup d’État oligarchique par lequel les impôts, la planification de l’économie et le contrôle des budgets, sont passés aux mains de quelques cadres désignés par le cartel international des banquiers. » Michael Hudson, 2011 |1|.

Les élections européennes de mai 2014 constituent un 1er test pour le gouvernement espagnol depuis l’arrivée au pouvoir du Parti Populaire (PP) en novembre 2012 et marquent un tournant historique pour au moins deux raisons : tout d’abord l’émergence de la nouvelle force politique Podemos dépasse, à la surprise générale, tout pronostic établi par les enquêtes d’opinion et, par la même occasion, on assiste à l’effondrement du bipartisme qui accuse un coup très dur.

Élections européenne 2014, le début de la fin de l’alternance bipartiste

En Espagne, malgré une participation de 45,85%, les élections au Parlement européen du 25 mai 2014 ont représenté le premier test de l’évolution de la situation politique et sociale espagnole depuis que le PP est au pouvoir |2|. Une comparaison avec les scores obtenus lors des dernières élections au Parlement européen en 2009, montre une tendance nettement marquée vers un effondrement du PP et du PSOE. Le PP passe alors de 42,12 % des votes exprimés en 2009 à 26,05 % en 2014 et de 23 à 16 sièges au Parlement européen. Sur la même période, le PSOE chute de 38,78 % à 23 % et passe de 21 à 14 sièges. Chacun de ces 2 partis - binôme capitaliste - perd environ 2,5 millions de votes. Cela représente près de 5 millions de votes en moins pour la caste du bipartisme qui alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature. De plus, résultat inédit, la somme de ces deux partis majoritaires passe en dessous de la barre des 50 %, et atteint 49 % des votes exprimés. C’est un dur revers aussi bien pour le PSOE qui a initié une politique antisociale d’austérité en temps de crise que pour le PP qui poursuit la besogne dans le même registre.

 

PSOE                                                               Votes                       % des votants                    eurodéputés
Total Espagne 2009                                 6 141784                           38,51                                     21
Total Espagne 2014                                 3 614232                           23,01                                     14
Pertes 2009 - 2014                                 -2 527552                         -15,5                                       -7

PP                                                                     Votes                       % des votants                    eurodéputés         
Total Espagne 2009                                6 670377                           42,12                                      23
Total Espagne 2014                                4 098339                           26,09                                      16
Pertes 2009 - 2014                                 -2 572038                        -16,03                                      -7

PP + PSOE                                                    Votes                         % des votants                    eurodéputés
Total Espagne 2009                              12 812161                          80,63                                       44
Total Espagne 2014                                 7 712571                         49,1                                          30
Pertes 2009 - 2014                                 -5 099590                        -31,53                                      -14

 

Sources : http://www.infoelectoral.interior.e... y http://www.resultados-elecciones201...

 

 

À noter qu’il subsiste de légères différences de chiffres entre ces 2 sources. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que le Parlement européen passe d’un total de 50 eurodéputés espagnols en 2009 à 54 en 2014. Sur la même période, le nombre total de députés au Parlement passe de 766 à 751 |3|.

En Catalogne, bastion historique du PSOE, sa branche catalane, le Parti Socialiste de Catalogne (Partido Socialista de Catalunya, PSC), est descendu de 36 % en 2009 à 14,28 %. Cela s’explique entre autre par un discours nationaliste du PSOE dans un contexte de campagne référendaire sur l’indépendance |4|. Tout cela constitue une profonde défaite qui conduira à une crise interne et au changement de leadership du parti puisque le secrétaire général du PSOE, Alfredo Pérez Rubalcaba, décidera de se retirer (presque en même temps que l’abdication du roi Juan Carlos I, le 2 juin). Cette négation constante à reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple catalan, quoi qu’on pense de l’indépendance régionale, jouera en défaveur du pouvoir central et de la monarchie qui montrent une fois de plus leur ingérence antidémocratique. Le parti nationaliste et indépendantiste Esquerra Republicana de Catalunya en tire profit et, pour la première fois depuis la fin de la dictature, devient la première force catalane avec 23,67% des votes.

Le 25 mai, après avoir pris connaissance des résultats, Pablo Iglesias affirmait devant ses militants : « Nous ne pouvons parler de la fin, mais bien du début de la fin du bipartisme. Il faut les virer parce qu’ils sont les responsables de la ruine du pays » |5|.

Ébranlé et désemparé par l’irruption de Podemos, à quelques mois de l’élection municipale de mai 2015, le PP annonce son intention de modifier la Loi électorale afin de permettre aux maires d’être directement élus s’ils obtiennent au moins 40 % des votes dès le premier tour ou, le cas échéant, de concourir au second tour. Les formations de gauche comme Podemos n’ayant pas encore d’implantation large seraient incitées à rejoindre d’autres candidatures unitaires. Cela réduirait ainsi les possibilités des forces minoritaires à s’insérer dans la politique au niveau municipal. En d’autres termes cela renforcerait les probabilités pour les partis majoritaires d’être élus par une minorité. La récente proposition de loi électorale pour protéger le PP de l’effet Podemos dévoile, s’il en était besoin, la peur du régime, c’est un nouveau signe de faiblesse du pouvoir qui craint de perdre bon nombre de votes. Si elle devait voir le jour, cette réforme serait un véritable coup contre la démocratie et la pluralité, le 2e coup de force après le changement constitutionnel d’août 2011, donnant la priorité absolue au paiement de la dette devant tout autre nécessité. Pourtant, face à l’opposition de toutes les autres composantes politiques et l’irruption de nouvelles coordinations unitaires à gauche (Ganemos ou Guanyem à Barcelone par exemple), le projet semble être reporté pour après les élections municipales.

Les récents scandales de corruption, la mauvaise gestion de la crise Ébola, la démission du ministre Alberto Ruiz Gallardón et les tensions entre la Catalogne et le pouvoir central ont aidé à la propulsion déjà bien amorcée de Podemos dans les sondages. Après s’être placée en troisième position avec 15,3 % des suffrages en juillet |6|, le 1er novembre 2014, Podemos devient la première force politique du pays avec 27,7 % d’intention de vote (sur les estimations de votes valides), au delà du PSOE (26,2 %) et du PP (20,7 %). Le PP serait relégué en troisième position devançant Izquierda Unida (3,8 %) et UPyD |7| (3,4 %) |8|.


Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5
Partie 6
Partie 7


Notes

|1| « ...un golpe de Estado oligárquico por el que los impuestos y la planificación de la economia y el control de los presupuestos están pasando a manos de unos ejecutivos nombrados por el cartel internacional de los banqueros » Michael Hudson, La transición de Europa de la socialdemocracia a la oligarquía. 6/12/2011.

|2| An niveau européen, les résultats définitifs délivrés deux mois plus tard, en plein mois d’août, affichent un taux de participation de 42,54% – soit le score le plus faible depuis les toutes premières élections de 1979. Voir le dossier Flagrant délit d’Attac Bruxelles, novembre 2014. http://bxl.attac.be/spip/spip.php?a...

|3| Voir la liste des eurodéputés élus en 2014 : http://www.europarl.europa.eu/pdf/e...

|4| Le 9 novembre, plus de 1 860 000 personnes sur les 2 305290 personnes qui ont participé au referendum non contraignant sur l’indépendance de la Catalogne, ont répondu oui aux deux questions posées, votant ainsi pour que la Catalogne soit une État indépendant. alors même que la votation n’est pas reconnu par le pouvoir central. Lire : 1,8 millones de personas votan por la independencia catalana en el 9-N, Fernando J. Pérez, Pere Ríos, El País, 10 novembre 2014. http://politica.elpais.com/politica...

|5| « Asumimos un diagnóstico político del 15M. No podemos hablar del fin, pero sí del principio del fin del bipartidismo. Hay que echarlos porque son los culpables de la ruina del país. ». Il ajoutait en déclaration à El País : « Pero no habremos cumplido nuestro objetivo hasta que no los derrotemos ». Jacobo Rivero, Conversación con Pablo Iglesias, Ediciones Turpial, 2014, page 15.

|6| En juillet 2014, Podemos apparaît pour la première fois dans une enquête du CIS (Centre d’Investigations Sociologiques). Selon ce sondage, le parti devient alors la troisième force politique avec 15,2% des suffrages.

|7| UpyD (Unión Progreso y Democracia) se définit comme un parti laïque, démocrate, progressiste et transversal, mais reste économiquement libéral.

|8| Podemos es la primera fuerza política en España, según una encuesta de El País, 01/11/2014. http://www.eldiario.es/politica/Pod... et Fernando Garea, ’Podemos supera a PSOE y PP y rompe el tablero electoral, 2/11/2014. http://politica.elpais.com/politica...

 

Source : cadtm.org

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 18:19

 

Source : www.marianne.net


 

Espagne : la rue bientôt bâillonnée ?

Dimanche 21 Décembre 2014 à 13:00

 

Loïc Le Clerc

 

 

Le Partido popular l'a voté seul, grâce à sa majorité absolue au Parlement espagnol : la "loi organique de sécurité citoyenne", connue sous le nom de "loi bâillon". Concrètement, le gouvernement souhaite ainsi donner plus de pouvoirs aux forces de l'ordre, afin de limiter fortement le nombre et l'ampleur des manifestations. Mais la dérive n'est pas très loin et ce sont plusieurs libertés fondamentales qui se verraient bafouées.

 

Andres Kudacki/AP/SIPA
Andres Kudacki/AP/SIPA

Les députés espagnols, ou du moins ceux de la majorité parlementaire conservatrice, ont voté en séance la semaine dernière la « loi organique de sécurité citoyenne  », plus connue sous le quolibet que lui ont donné ses détracteurs de « ley mordaza », littéralement « loi bâillon ». Pour Paul Aubert, professeur de civilisation espagnole contemporaine à l’université d’Aix-Marseille, que Marianne a interrogé à ce sujet, la traduction la plus exacte serait « loi muselière ». Pourquoi un tel surnom ? C’est que cette loi « ambiguë et dangereuse » vient fortement « limiter les droits et les libertés des citoyens (manifestations, réunions, expression, etc.) afin de mieux garantir la sécurité » en donnant plus de pouvoirs aux forces de l’ordre.
 
Quarante-cinq délits sont concernés et donc ce sont 45 peines qui se retrouvent durcies. Outre le fait que cette « loi muselière » punie plus sévèrement les délits liés à la prostitution, à la drogue ou aux occupations illégales d’un logement, elle a pour principale cible le manifestant. L’idée d'accentuer la répression a germé dans le cerveau du gouvernement depuis les manifestations des Indignés, ce mouvement lui étant devenue ingérable, non par sa violence mais par sa persévérance. Mais cette situation est loin maintenant, et l’Espagne, malgré la crise, la pauvreté et la rancœur permanente contre les élites ultra-corrompues, est calme. Alors beaucoup se demandent pourquoi une telle loi vient éclore aujourd’hui ? D’ailleurs, tous les partis d’opposition ont, pour l’occasion, formé un front commun. En vain.
 
Une justice... sans juge
 
Principale caractéristique de cette loi : « Elle transforme en actes administratifs des actes laissés autrefois à l’appréciation du juge », nous explique Paul Aubert. Dès lors, des délits punis par le code pénal deviennent des fautes administratives, ce qui entraîne donc le paiement d’amendes administratives. Désormais donc, pour les délits concernés, plus besoin de passer devant une cour de justice, c’est l’administration qui prend tout en charge. Plus de juge, d’avocat, etc. Rien que des policiers et des fonctionnaires. Il s’agit pourtant d’amendes classées en trois catégories pouvant monter jusqu’à 600 000 euros. En quelque sorte, une personne accusée d’avoir commis un de ces délits doit d’abord payer. Si elle souhaite contester sa peine, elle d’adresse à la juridiction « contentieux administratif » pour laquelle a été créée une toute nouvelle taxe. Pour une justice accessible à tous, on repassera !
 
Désormais, par exemple, manifester devant les bâtiments publics constitue une « faute grave » pouvant être punie d’une amende allant jusqu’à 30 000 euros. Faute qui devient « très grave » si les manifestants pénètrent dans l’édifice en question. Là, la bagatelle pourra coûter 600 000 euros. De même, il est interdit d’occuper une banque ou d’« escalader des édifices ou des monuments sans autorisation ». Et, pour chapoter le tout, comme il est plus qu’interdit de braver un interdit, ainsi, si une quelconque manifestation est prohibée, y participer relève là aussi de la faute « très grave ».
 
Afin de se justifier, le Partido popular a fait appel à Conrado Escobar, porte-parole de la commission Intérieur, lequel a osé déclarer que « les manifestations seront plus libres, car elles seront protégées des violences » ! Pour lui, sans rire, cette loi serait même une « avancée démocratique ». Mais pour Paul Aubert, cette nouvelle loi représente surtout une « menace pour les garanties constitutionnelles (inviolabilité du domicile, liberté d’expression, liberté de réunion, liberté de manifestation, etc.) ainsi que pour le droit d’asile ».
 
Car la deuxième cible de choix de cette loi, c’est le migrant. Tout individu qui serait pris en train de passer les frontières des enclaves marocaines de Ceuta et Melilla sera renvoyé « à chaud », illico presto de l’autre côté. Adios donc tout droit à l’assistance juridique, ou toute forme de prise en charge, qu’elle soit sanitaire ou humanitaire, jusqu'à ce qu’il soit décidé du sort du migrant.
 
Certains craignent de voir leur pays renouer avec des vieilles pratiques peu glorieuses. Et il n’est pas seulement question d’éditorialistes redoutant de revivre les — trop souvent convoquées en France — « heures sombres du passé ». Pedro Sanchez, le jeune chef de file du PSOE a qualifié Mariano Rajoy de président du gouvernement « le plus rétrograde de l’Histoire », ajoutant qu’il ne lui manquait plus que de reprendre à son compte cette expression franquiste : « La rue est mienne ». Ambiance…
 
Une police toute-puissante
 
Cette loi risque en tout cas, d’après Paul Aubert, de permettre « aux forces de police d’agir plus vite mais ne les met pas à l’abri d’abus ». Tout ce qui relèverait du manque de respect, de l’insulte ou de l’outrage est plus sévèrement puni. Mais, plus inquiétant, un policier peut donner une amende dite « légère » (entre 100 et 600 euros) a tout individu qui refuserait de décliner son identité. Filmer la police et diffuser les images sans autorisation devient par ailleurs une faute grave.
 
Pour Paul Aubert, « c’est bien la démocratie qui est en jeu ». Cette loi n’est pas encore en vigueur en Espagne, elle doit maintenant être ratifiée par le Sénat. Si celui-ci l’approuve sans l’amender, alors la « loi muselière » sera effective, au grand dam des Espagnols. Une manifestation de protestation s’est déroulée ce samedi 20 décembre. La dernière ?

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 29 novembre 2014 6 29 /11 /Nov /2014 20:31

 

Source : www.liberation.fr


 

 

Espagne : des milliers de manifestants pour «du pain, un travail, un toit»

AFP 29 novembre 2014 à 19:04 (Mis à jour : 29 novembre 2014 à 20:24)
Des manifestants effectuent une marche baptisée Des manifestants effectuent une marche baptisée "Marche pour la dignité" à Madrid afin de protester contre l'austérité, le 29 novembre 2014 (Photo Pierre-Philippe Marcou. AFP)

 

Des milliers de personnes sont descendues samedi dans la rue à Madrid, Barcelone et d’autres villes en Espagne pour protester contre l’austérité que la classe politique «corrompue» leur a imposée et la misère qui les frappe encore de plein fouet.

«Du pain, un toit, un travail»: une grande banderole a été déployée par les manifestants près du musée du Padro à Madrid. Ils marchent en direction du centre à l’appel de syndicats, partis de gauche, plateformes citoyennes et collectifs de défense des services publics notamment.

«Ni chômage ni exil ni précarité. Marchons, marchons pour la dignité», ou encore «Si se puede, si se puede!» (Oui, c’est possible !), scande la foule en écho au «Yes we can» de Barack Obama en 2008.

«Ni chômage ni exil ni précarité. Marchons, marchons pour la dignité», ou encore «Si se puede, si se puede!» (Oui, c’est possible !), scande la foule en écho au «Yes we can» de Barack Obama en 2008.

«C’est quoi cet oiseau ?» demande une fillette en montrant du doigt un grand volatile fabriqué avec des sacs en plastique. «Un, corbeau, non, un vautour», répond la mère. «Comme les politiques?», interroge la petite.

Le vautour est porté par Agustin Carretero, 41 ans, qui a la chance d’avoir un travail au sein d’un service d’assistance clients. Pour lui, le problème c’est le toit. Il vit dans un appartement de 50 mètres carrés avec deux enfants de six et huit ans, pour un loyer d’environ 500 euros. Son logement, de type HLM, a été vendu à un promoteur et en 2018 il n’aura plus le choix: soit il l’achète 140.000 euros, soit il s’en va, raconte-t-il.

Ils sont plus de 2.300 dans son cas. «Le promoteur les a achetés en moyenne 60.000 euros et maintenant il veut les vendre le double ou le triple à ceux qui sont dedans», s’insurge-t-il.

Près de 23,7% des Espagnols sont au chômage, soit quelque 5,4 millions de personnes et ce même si la croissance devrait atteindre 1,3% en 2014, «la plus forte de la zone euro», selon le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, au pouvoir depuis fin 2011.

- 'Marre de ces gouvernements' -

«Ce que raconte le gouvernement c’est de la propagande. La crise se poursuit. On continue à imposer des coupes claires dans la santé, l’éducation (...) », explique Carlos, 48 ans, dénonçant le plan d’austérité qui doit déboucher sur 150 milliards d’euros d’économie fin 2014.

Pour cet agent administratif au chômage depuis un an et demi, en fin de droits dans cinq mois, les journées s’écoulent «entre CV et CV, dans le combat».

«Je suis enseignante en philologie anglaise, j’ai des diplômes en éducation dans le primaire, éducation physique, mais je suis au chômage depuis deux ans et je n’ai plus aucune aide», témoigne Yolanda Garcia, 42 ans.

«Mon ex-mari a dû venir vivre avec moi pour éviter que l’on nous expulse», car il participe au paiement du crédit, explique cette mère de deux enfants.

«Un pays ne peut subir les conséquences d’une équipe de corrompus», ajoute-t-elle alors que depuis début octobre deux nouveaux scandales de corruption, touchant la droite et la gauche, ont éclaté.

Le premier concerne de cartes bancaires du groupe Bankia sauvé de la faillite et dont ont profité des dizaines de personnalités, y compris syndicales, sans rien déclarer au fisc. Le deuxième porte sur des marchés publics truqués, principalement dans la région de Madrid.

«On en a marre de ces gouvernements», national comme régional, se plaint, à Barcelone, Francisco Crespín, retraité de 73 ans qui a manifesté avec quelque 2.000 autres personnes. «C’est pas juste que l’on expulse les gens alors que l’on sauve les banques», souligne-t-il.

«Il faut changer cette situation de fond en comble. Et l’an prochain nous en aurons l’occasion», promet-il en évoquant les législatives de 2015 pour lesquelles le nouveau parti antilibéral Podemos est en tête selon deux sondages.

Sur 46,5 millions d’habitants plus de cinq ont été assistés par la Croix-Rouge, qui estime que 84% sont menacés par la pauvreté.

AFP
Source : www.liberation.fr


Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 5 novembre 2014 3 05 /11 /Nov /2014 18:51

 

Source : www.mediapart.fr

 

Espagne: l'alternative citoyenne Guanyem veut «dynamiter le système catalan»

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Comme leurs cousins du mouvement Podemos, les Guanyem (« Gagnons ») sont des héritiers du mouvement des indignés qui se lancent dans l'arène électorale. Mais eux ont opté pour le local. Ils visent la mairie de Barcelone en 2015. Leur stratégie: importer les méthodes des mouvements sociaux pour rénover la politique institutionnelle. Reportage dans l'ébullition catalane.

De notre envoyé spécial à Barcelone. Oubliez les débats enflammés sur l'indépendance de la Catalogne, et les élections régionales anticipées qui pourraient s'y dérouler dans quelques mois. C'est à l'approche des scrutins municipaux – en mai 2015 à travers toute l'Espagne – qu'a surgi à Barcelone l'une des initiatives « post-indignés » les plus inventives du moment : Guanyem (« Gagnons », en catalan), une plateforme citoyenne, emmenée par des acteurs des mouvements sociaux, qui a des chances de ravir la mairie à la droite nationaliste.

À l'instar de leurs collègues de Podemos, les Guanyem veulent recycler dans les urnes l'esprit du « 15-M », le mouvement « indigné » qui a bousculé l'Espagne en 2011. Mais le collectif, né au début de l'été, s'y prend différemment pour négocier ce virage institutionnel : là où la formation Podemos de Pablo Iglesias s'est présentée d'entrée de jeu aux européennes avec l'ambition de sortir l'Espagne du marasme, les activistes catalans jouent la carte de l'ancrage local. Ils misent sur un travail de fond, depuis les quartiers de Barcelone, pour préparer l'alternative.

« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c'est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s'engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l'ont saisie à l'échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation », explique Ada Colau, porte-parole de Guanyem, dans un entretien à Mediapart.

« La mobilisation citoyenne est sans précédent. Les gens comprennent que la délégation de la politique à des “professionnels” nous a conduits à la ruine. La démocratie ne peut plus se résumer à un vote tous les quatre ans. Il faut profiter de ces énergies-là. C'est maintenant ou jamais », poursuit Colau. Cette Barcelonaise de 40 ans, brune et énergique, est connue dans toute l'Espagne pour avoir été la voix de la Plateforme des personnes touchées par l'hypothèque (PAH), un mouvement qui a empêché des centaines d'expulsions immobilières dans le pays.

 

 

Le discours d'Ada Colau lors du lancement de Guanyem en juin 2014.

Ce jeudi soir d'octobre, dans un square du quartier résidentiel San Antoni dans l'Eixample, ils sont une grosse centaine à s'être rassemblés pour écouter Ada Colau débattre avec des « voisins ». La table, les chaises et les amplis ont été installés un peu plus tôt, il fait encore chaud alors que la nuit tombe. Dans le public, beaucoup de retraités, mais tous les âges sont représentés. À l'un des angles de la place, on vend des badges, des sacs et des T-shirts « Guanyem » – cela sent déjà la campagne électorale. La réunion est filmée et diffusée en direct sur le site du mouvement.

Une photo de campagne d'Ada Colau. 
Une photo de campagne d'Ada Colau. © Francesc Maseguer

Depuis la publication, en juin dernier, de leur manifeste, qui a récolté 30 000 signatures, l'équipe enchaîne les rencontres dans les quartiers de la capitale, pour présenter son projet et dresser l'inventaire des doléances. Ce soir-là, Ada Colau parle (en catalan) des méfaits du tourisme de masse qui n'enrichissent que « les élites », des multinationales étrangères qui construisent des hôtels à Barcelone mais paient leurs impôts dans des paradis fiscaux, et des inégalités qui se creusent dans cette ville de 1,6 million d'habitants (« L'espérance de vie varie de huit années selon le quartier de Barcelone où l'on naît »). 

À ses côtés, l'avocat des droits de l'homme Jaume Assens, un autre porte-parole de Guanyem, diagnostique, lui, la « crise de régime » que traverse l'Espagne, et tempête contre le « clan Pujol », référence à Jordi Pujol, l'ex-président de la Catalogne, et sa famille, aujourd'hui empêtrés dans un vaste scandale de corruption.

Dans le public, on écoute et, parfois, on se lève pour prendre la parole au micro. « Barcelone est une ville qui a toujours beaucoup discuté d'elle-même. Il y a toujours eu d'intenses débats pour savoir ce que devient la ville, si la ville d'aujourd'hui nous plaît, etc. Le mouvement des vecinos (voisins – Ndlr) est très vivant. Le mouvement du “15-M” (indigné – Ndlr) fut très intense ici. C'est l'un des éléments qui nous fait dire que Guanyem est possible, et peut gagner », commente Joan Subirats, un universitaire spécialiste des questions d'exclusion sociale à Barcelone, et chroniqueur réputé dans la presse locale.

Subirats a milité, à la fin des années 1960, au sein d'un groupe anti-franquiste proche des communistes catalans, l'éphémère Bandera roja. Il n'a plus jamais, depuis, adhéré à un parti traditionnel. À 53 ans, cette figure de la vie intellectuelle barcelonaise est l'un des initiateurs de Guanyem, pour dit-il, « rénover la politique ». « Barcelone n'est pas n'importe quelle ville de Méditerranée : ce qui se construit ici peut créer un précédent pour d'autres villes ailleurs en Espagne et en Europe », s'enthousiasme-t-il. À la seule annonce du lancement de Guanyem à Barcelone, en juin, des dizaines de « Ganemos » (la traduction en castillan) ont surgi partout en Espagne. 

« Faire tenir les pièces du puzzle »

Affiche de campagne de Guanyem qui exploite le scandale de corruption qui frappe Jordi Pujol. 
Affiche de campagne de Guanyem qui exploite le scandale de corruption qui frappe Jordi Pujol.

Ce jeudi soir-là dans l'Eixample, à la fin de son intervention, l'avocat Jaume Assens finit par lâcher l'un des concepts-clés de la jeune formation : la « confluence ». La plateforme, pour former une majorité dans les urnes, applique une méthode “boule de neige” : agréger du vieux et du neuf, des partis institutionnels comme des mouvements sociaux. En clair, s'entendre, par-delà les identités politiques des uns et des autres, sur des objectifs concrets, pour « récupérer Barcelone ». C'est à leurs yeux la seule manière efficace pour transformer un mouvement citoyen participatif en une majorité dans les urnes.

Depuis la sortie de l'été, les négociations sont intenses. La liste des soutiens à Guanyem ne sera définitive qu'à la fin de l'année, mais on en connaît déjà les principales têtes d'affiche. Aux côtés de jeunes formations surgies pendant la crise, comme Podemos Barcelona ou le parti X (une autre structure héritière des « indignés », sans leader, qu'avait soutenue un temps le Français Hervé Falciani), figurent des partis de la gauche alternative plus traditionnelle, comme les écologistes d'ICV, le parti vert EQUO, ou encore – ce n'est pas acquis – les indépendantistes catalans de la CUP. S'il se débrouille bien, cet attelage hétéroclite, sur lequel se greffe une population d'activistes très mobilisés à Barcelone, pourrait finir par propulser Ada Colau à la tête de Barcelone.

D'autant que la liste ne s'arrête pas là. Guanyem pourra aussi compter sur le soutien d'un drôle de collectif, révélateur de l'ébullition catalane des derniers mois : le Proces constituent. Lancé en 2013, ce mouvement social, qui prône à la fois l'indépendance de la Catalogne, la transparence absolue de la vie politique et la fin du capitalisme financier, fédère très largement sur le terrain, emmené par un économiste de renom, Arcadi Oliveres, et une religieuse habituée des plateaux de télévision, Teresa Forcades. Cette dernière s'était fait connaître du grand public en 2009, pour avoir dénoncé la gestion de l'épidémie de la grippe aviaire, et la manière dont l'industrie pharmaceutique a dopé ses profits pendant cette période.

 

 

En août 2013, la religieuse Teresa Forcades (Proces Constituent) dénonce les « sauvetages » des banques en Europe.

« Nous voulons dynamiter le système politique catalan », raconte Josep Maria Antentas, professeur de sociologie de l'université autonome de Barcelone, qui intègre le comité exécutif du Proces – et votera Guanyem aux municipales. « Podemos peut le faire à lui tout seul en Espagne, contre le bipartisme PP-PSOE. Mais en Catalogne, c'est plus compliqué, parce que le paysage politique est plus éclaté : il y a toujours eu beaucoup plus d'acteurs politiques qu'ailleurs dans le pays. »

« À Guanyem comme au sein du Proces, il y a de la place pour tout le monde, y compris pour les “anciens” partis. Mais l'important, c'est que les nouvelles pratiques soient majoritaires au sein du collectif. Ce sera le grand défi des semaines à venir : faire que les pièces du puzzle catalan tiennent ensemble, que les vieilles pièces trouvent leur place aux côtés des nouvelles…, poursuit Antentas. Nous sommes dans un moment de transition, où les initiatives sont nombreuses. Parce que l'époque que l'on vit est très difficile. Il faudra que cela se stabilise, à terme, d'une manière ou d'une autre. »

 

 

Mais comment, concrètement, parvenir à faire dialoguer des représentants de la « vieille » et de la « nouvelle » politique, au sein d'une plate-forme électorale ? Comment s'entendre sur un programme précis ? Ici ou là, des microfissures apparaissent. Certains secteurs des indépendantistes de la CUP, une formation de la gauche radicale, rechignent à rejoindre Guanyem si les écologistes d'ICV, qui ont longtemps gouverné en Catalogne aux côtés des socialistes, y sont également. « Il y a de la place pour tout le monde, tente de désamorcer l'eurodéputé d'ICV Ernest Urtasun. L'important, c'est de construire une dynamique gagnante. Si l'on commence à s'exclure les uns les autres, on ne va pas y arriver. »

Ada Colau semble, elle aussi, confiante sur sa méthode, misant sur les acquis des batailles passées : « Nous avons appris du cycle des mobilisations antérieures, des mouvements altermondialistes aux mobilisations contre la guerre en Irak (en 2003 – Ndlr), puis, plus tard, dans les actions pour le droit au logement, comme V de Vivienda (à partir de 2006 – Ndlr). Cela fait plus d'une décennie que l'on teste de nouvelles manières de s'organiser, de mener des campagnes citoyennes. Le dernier exemple en date, c'est la PAH : une organisation horizontale, la plus ouverte possible, mêlant des gens de tous les horizons, mais qui a su se montrer efficace sur le terrain en obtenant des résultats concrets. Nous voulons faire de même avec Guanyem. »

Les leçons de la PAH, plateforme anti-expulsions

 

 

Si l'on veut mieux comprendre la stratégie de Guanyem, il faut ici s'autoriser un détour, et revenir aux sources de la PAH, success story des mouvements sociaux espagnols. La structure a été créée en Catalogne dès 2009, et s'étend au reste du pays grâce au surgissement des « indignés » à partir de 2011. Pendant la crise, de nombreux ménages ont perdu leur emploi et n'ont pu rembourser leurs prêts immobiliers. Beaucoup d'entre eux se sont trouvés piégés par des clauses abusives dans leur contrat : les banques ont été autorisées à récupérer les biens immobiliers aux prix du marché, alors que ce marché s'était, entre temps, effondré, à cause de la crise immobilière. Il restait encore aux ménages à rembourser la différence. Des milliers d'Espagnols se sont donc trouvés expulsés, sans emploi, mais aussi endettés à vie.

Dans ce contexte, la PAH va devenir l'un des mouvements les plus populaires d'Espagne, en réclamant :

  • La suppression de l'ensemble de la dette des ménages, en cas de saisie d'un bien immobilier,
  • Un moratoire sur les expulsions,
  • La transformation des biens immobiliers saisis par les banques en un parc de logements sociaux.

Parmi ses faits d'armes, la plate-forme a rassemblé l'an dernier plus de 1,4 million de signatures pour inscrire son « initiative législative populaire » sur l'agenda du congrès espagnol, malgré l'opposition du PP, parti de droite, majoritaire aux Cortes. Elle mène aussi des « scratches » spectaculaires, des rassemblements d'activistes devant les domiciles d'élus opposés à une modification de la loi sur les expulsions. Et, à côté de ces actions « coups de poing », la PAH remplit, presque sans aucun moyen financier, des fonctions proches du travail d'une administration : aide juridique et psychologique pour les ménages endettés, suivi juridique des dossiers et négociations avec les banques, etc. Elle a bloqué des centaines d'expulsions dans le pays.

En 2013, la Cour de justice européenne a reconnu, comme le clamait la PAH depuis le départ, que la loi hypothécaire espagnole violait les droits fondamentaux : la législation a dû être modifiée. C'est l'une des grandes victoires de Colau (elle parle d'une « petite grande victoire », parce que, sur le fond, rien n'est encore réglé). La Catalane finit par abandonner le porte-parolat de la PAH en mai 2014, pour lancer Guanyem le mois suivant.

Aujourd'hui, la dynamique de rassemblement autour de Guanyem doit beaucoup à la figure consensuelle d'Ada Colau, dont les batailles des années passées ont marqué la population et les acteurs sociaux. Des partis politiques ont souvent essayé de l'enrôler, mais elle a toujours décliné. Son nom avait aussi circulé au moment du lancement de Podemos.

Affiche de campagne de Guanyem : « Ils le savaient » (Lire la Boîte noire). 
Affiche de campagne de Guanyem : « Ils le savaient » (Lire la Boîte noire).

Pour l'universitaire Joan Subirats, Guanyem est un cas typique de « leadership “quincemayista” (issu du 15-M, le mouvement indigné – Ndlr) » : « D'un côté, on met en avant des porte-parole plutôt qu'un leader unique, qui sont tous reconnus pour leur capacité à créer des liens, à articuler les luttes, sur le terrain comme sur internet. Et de l'autre, on assume un message très personnalisé, un “hyper-leadership”, en la personne d'Ada Colau, qui nous sert de raccourci, pour attirer des gens venus d'horizons très différents. »

Porté par la figure médiatisée de Pablo Iglesias, qui vient, lui, du champ universitaire, Podemos s'y prend à peu près de la même façon. Mais Ada Colau garde ses distances, en douceur, avec son collègue madrilène : elle ne va pas aussi loin que le patron des Podemos, qui dénonce la « caste » au pouvoir, appelle désormais à la défense de la « patrie » espagnole et refuse de se placer sur un échiquier gauche-droite. Ada Colau s'en tient à critiquer les « élites » du pays et, surtout, continue de revendiquer des « valeurs de gauche » pendant sa campagne, soucieuse de conserver un ancrage dans les mouvements sociaux dont elle est issue.

Contrer le « tourisme de masse »

Au-delà des discours, le programme de Podemos semble, jusqu'à présent, plus étatiste sur le front économique, quand celui de Guanyem paraît plus poreux aux modèles alternatifs, par exemple dans sa défense des coopératives. « Nous sommes moins centrés sur le rôle de l'État, c'est sans doute l'influence du terreau anarchiste à Barcelone », sourit Joan Subirats. « Guanyem a déjà réussi à dépasser le côté “anti” : ils sont en train de devenir une force de propositions. Ils ont un côté positif, que n'a pas Podemos. Et ils articulent, ce qui est très important pour EQUO, les questions de justice sociale et de crise environnementale », juge de son côté Florent Marcellesi, l'un des dirigeants de ce parti écolo.

 

Préparatifs de l'« assemblée citoyenne » de Podemos, en octobre. Podemos devrait soutenir Guanyem à Barcelone aux municipales. 
Préparatifs de l'« assemblée citoyenne » de Podemos, en octobre. Podemos devrait soutenir Guanyem à Barcelone aux municipales. © Podemos.

Mais le programme de Guanyem, comme celui de Podemos, est encore flou, lenteurs de la démocratie participative obligent. Une vingtaine de commissions – certaines thématiques, d'autres par quartier – travaillent à élaborer des « pré-propositions », qui devront ensuite fusionner, sans doute en début d'année prochaine, avec les « propositions » des partis qui soutiendront officiellement Guanyem… De longues discussions – et foires d'empoigne ? – en perspective.

Certains axes de travail ont été déblayés. Guanyem est sur le point de se doter d'un « code éthique » (lire le document en chantier, en catalan et en espagnol). Les élus municipaux devront être transparents sur l'intégralité de leurs revenus et rendre publics leurs agendas professionnels. Ils ne pourront pas travailler, dans les cinq ans suivant la fin de leur mandat, pour des secteurs du privé avec lesquels ils ont été en contact. La charte prévoit aussi de limiter la durée dans le temps du travail d'un élu (mais la période maximale de huit ans, fixée par certains, ne fait pas consensus) et veut aussi plafonner les salaires des élus (le chiffre de 2,5 fois le Smic espagnol, soit 1 600 euros par mois, en plus des défraiements, figure dans le texte, mais ne recueille pas non plus l'unanimité).

En matière d'urbanisme, Guanyem veut contrer les « ravages » du tourisme de masse. « Le maire Xavier Trias a marchandisé la ville dans tous les sens, il a privatisé à tout-va. Une partie du port va être privatisée pour accueillir des paquebots de luxe », énonce l'écologiste Ernest Urtasun. Ada Colau est sur la même longueur d'ondes : « Le modèle actuel est suicidaire : exactement comme l'Espagne a connu une bulle immobilière il y a quelques années, une bulle touristique menace d'éclater à Barcelone qui risque, à moyen terme, de tuer le tourisme… Le centre est devenu un parc d'attractions », juge-t-elle. Avant d'énumérer ses idées : moratoire sur la construction de nouveaux équipements touristiques, débat citoyen sur l'utilisation de la taxe touristique pour redistribuer les revenus du tourisme aux habitants, incitations fiscales pour des entreprises touristiques plus écolos…

Avec Madrid, Barcelone est la seule ville d'Espagne à disposer de compétences élargies en matière d'éducation et de santé. « Cette loi spéciale doit nous permettre de construire un bouclier, pour les habitants de Barcelone, contre les politiques d'austérité décidées à Madrid », promet Joan Subirats. Sur le front du logement, sans surprise, l'ex-porte-parole de la PAH veut transformer en logements sociaux l'ensemble des biens immobiliers qui ont été confisqués par les banques depuis le début de la crise. « Cela peut se faire très rapidement, il manque simplement de la volonté politique aujourd'hui », assure-t-elle.

Les propositions commencent à se mettre en place, mais la route de Guanyem vers la mairie de Barcelone est encore longue. Principale inconnue : les aléas du mouvement indépendantiste en Catalogne. Guanyem est loin d'avoir la maîtrise de l'agenda électoral. À tout moment, le patron de la Generalitat, Artur Mas (un conservateur de CiU, du même parti que l'actuel maire de la capitale), peut accélérer les choses, et décider de convoquer des élections régionales anticipées, dès 2015 (en théorie, les Autonomicas se tiendront en Catalogne en 2016). Ce scénario compliquerait la donne pour Guanyem, qui n'a pas fait de l'indépendance un marqueur prioritaire.

« Il n'y a pas, pour le moment, d'unité au sein de Guanyem sur le sujet », reconnaît Joan Subirats. Un consensus se dégage pour défendre « le droit à décider » – c'est-à-dire la possibilité pour les Catalans de se prononcer par référendum sur l'indépendance, ce que refuse Madrid. Mais au-delà (l'indépendance ? une nouvelle fédération ?), c'est très incertain, et le collectif se garde d'aller plus loin sur ce terrain miné. « C'est vrai que le scénario catalan est très ouvert, qu'il peut se passer beaucoup de choses, y compris des élections anticipées. Il va falloir se montrer agiles… », sourit Ada Colau, qui en a vu d'autres.

 

 

 

 

 

Boîte noire :

Les entretiens avec les porte-parole de Guanyem, dont celui avec Ada Colau, ont été réalisés mi-octobre à Barcelone. J'ai échangé avec Ernest Urtasun et Florent Marcellesi à Bruxelles (au Parlement européen, où ils travaillent tous les deux).

Concernant les vidéos dans l'article :

page 1 : le discours d'Ada Colau lors du lancement de Guanyem, en juin 2014 à Barcelone

page 2 : une intervention sur la crise économique de Teresa Forcades, religieuse à la tête du Proces Constituent qui soutient Guanyem

page 2 : un clip de campagne de Guanyem Barcelona

page 4 : l'audition « historique » d'Ada Colau, à l'époque porte-parole de la PAH, devant la commission parlementaire des affaires économiques, à Madrid, en février 2013. Elle traite de « criminel » le responsable de l'association bancaire espagnole, Javier Rodríguez Pellitero, qui vient de justifier, lors de son audition, la nécessité des expulsions immobilières qui se multiplient alors en Espagne. Cette séquence, qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux, a permis à Ada Colau de franchir une étape majeure en terme de notoriété dans toute l'Espagne. Voici un extrait de sa déclaration, devant ce parterre de députés : « Je n'ai pas lancé ma chaussure sur cet homme, parce que je crois que c'est important que je puisse participer à cette audition. Mais cet homme est un criminel et vous devriez le traiter comme tel. Ce n'est pas un expert. Les représentants des structures financières sont à l'origine du problème. Ce sont eux qui l'ont provoqué, qui ont ruiné l'économie entière de ce pays, et vous continuez à les considérer comme des experts. »

Dernière précision, en page 3 de l'article : le slogan de l'affiche, « Ils le savaient », fait référence à Jordi Pujol (à gauche sur l'image) et Felipe Gonzalez (à droite). Le conservateur Pujol, ex-président de la Generalitat catalane, a reconnu cet été avoir fraudé le fisc espagnol pendant plus de trente ans, via un compte bancaire en Andorre. Guanyem accuse Felipe Gonzalez, ex-chef de gouvernement espagnol, grande figure du PSOE (socialistes), d'avoir fermé les yeux.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 1 novembre 2014 6 01 /11 /Nov /2014 22:38

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Podemos, ce mouvement qui bouscule l'Espagne

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

 

L'esprit des « indignés » a-t-il un avenir dans les urnes? Podemos cherche à transformer le mouvement surgi des assemblées en Espagne en une machine électorale pour les législatives de 2015. Mêlant références à la gauche latino-américaine et à la social-démocratie des années 1980, la mue de Podemos, orchestrée par Pablo Iglesias, en surprend plus d'un. Enquête à Madrid.

De notre envoyé spécial à Madrid. Pablo Iglesias est un fan de la série télé Game of Thrones. La figure du mouvement Podemos s'apprête à publier ces jours-ci à Madrid un livre qu'il a coordonné sur les « leçons politiques » à tirer de cette saga produite par HBO, récit de guerres civiles moyenâgeuses sous forte influence shakespearienne. Avec une certaine dose de provocation, le titre de l'ouvrage reflète assez bien l'état d'esprit qui règne parmi les « meneurs » de Podemos en cette fin d'année : Gagner ou mourir (éditions Akal).

Gagner ou mourir ? Appliqué au contexte espagnol très tendu, l'alternative devient : remporter les élections générales de novembre 2015, ou laisser s'effondrer le pays, ravagé par les politiques de la « caste » au pouvoir. « Nous vivons des temps de réorganisation systémique (…) et si nous voulons livrer la bataille idéologique nécessaire pour aller jusqu'à gouverner, il faut miser sur le rajeunissement, la radicalisation et l'habileté à communiquer », écrit Iglesias, 36 ans, dans un essai publié à la fin de l'été (Disputar la democracia, éditions Akal).

Surgi en janvier dernier, Podemos (« Nous pouvons ») est devenu, à la surprise quasi générale, la quatrième force politique du pays, aux européennes de mai (1,2 million des voix, 8 % des suffrages, cinq eurodéputés). Depuis, la dynamique est de leur côté. Iglesias et ses lieutenants sont des invités réguliers des plateaux télé, où ils tempêtent contre la « caste » des vieux partis qu'ils jugent corrompus et responsables des 24 % de chômeurs dans le pays. Des sondages les donnent désormais au coude à coude avec le parti socialiste (PSOE, opposition), pour la deuxième place, devant les écolo-communistes d'Izquierda Unida (IU), mais derrière le parti populaire (PP, droite au pouvoir).    

Le mouvement, qui veut « convertir l'indignation en changement politique », vient de franchir une étape clé. Au terme d'un congrès mouvementé, où deux projets se sont opposés, il s'est doté d'une organisation stable. Plus de 80 % des 112 000 Espagnols qui ont voté sur le site de Podemos, pendant la semaine qu'a duré la consultation, ont soutenu la résolution défendue par Iglesias et son équipe, selon des résultats dévoilés lundi.

C'est un succès majeur pour le professeur de science politique de l'université de Madrid, qui a fait ses gammes tout au long des années 2000 au sein de La Tuerka, « sa » chaîne de télé indépendante diffusée sur internet, spécialisée dans les débats politiques. Iglesias devrait être élu haut la main, en novembre, pour devenir le secrétaire général de Podemos, conformément à l'organigramme qu'il a lui-même mis au point. Mais l'homme a aussi pris un risque majeur : banaliser un mouvement dont l'ADN est celui de la démocratie directe, au nom de l'« efficacité politique ».

Son projet met sur pied un « conseil citoyen », censé exprimer la voix des « cercles », ces centaines d'assemblées qui forment la colonne vertébrale du mouvement, mais surtout un « conseil de coordination » – un bureau d'une dizaine de personnes toutes désignées par le secrétaire général. Pendant le congrès, nombre d'activistes de base de Podemos ont critiqué une organisation trop verticale, qui donnera presque tous les pouvoirs à un seul homme et ses proches.

Pablo Iglesias, le 30 mai, à Madrid, après le succès électoral de Podemos aux européennes. © Reuters. 
Pablo Iglesias, le 30 mai, à Madrid, après le succès électoral de Podemos aux européennes. © Reuters.

« Le projet d'Iglesias fait un peu trop "vieille politique", avec ce leader unique du parti, qui va pouvoir désigner ses conseillers à sa guise », commente Victor Alonso Rocafort, un sociologue passé par la Complutense de Madrid, qui suit Podemos depuis ses débuts. « Ils sont en train d'inventer une Sparte numérique. À Sparte, les dirigeants fixaient l'agenda, et les citoyens décidaient par acclamation. Podemos réinvente l'acclamation via internet. Mais il n'y aura pas de dialogue, de prise en compte au quotidien de l'avis de tous ces gens qui forment les "cercles" de Podemos. » L'universitaire redoute qu'une nouvelle « oligarchie » se forme, par-delà les discours sur la démocratie retrouvée.

Le projet concurrent à celui de Pablo Iglesias, rejeté par la majorité des votants, prévoyait une structure plus souple, avec trois porte-parole, et surtout une meilleure prise en compte des « cercles » dans les processus de décision. Il imaginait même l'introduction du tirage au sort, pour désigner une partie d'un « conseil citoyen ». Iglesias et ses alliés ont bataillé ferme contre ce projet, au nom d'un certain réalisme politique, pour gagner en « efficacité » d'ici aux élections de l'an prochain.

En ouverture du congrès à Madrid, Iglesias eut cette formule définitive, qui a dû bousculer plus d'un « indigné » dans la salle : « Ce n'est pas par consensus que l'on s'empare du ciel. On le prend d'assaut. » Le message lyrique – une référence à Marx – était limpide : impossible, selon Iglesias, de remporter les élections de 2015, en continuant à pratiquer le « consensus », cette marque de fabrique des assemblées « indignées » de 2011, qui prend du temps et affadit parfois les positions les plus offensives.

Le combat du « peuple » contre la « caste »

Au fil des mois, Podemos s'est transformé en un objet politique étrange, pétri des contradictions qui affleuraient déjà sur les places d'Espagne il y a trois ans. Le mouvement défend l'« horizontalisme » des assemblées mais recourt à un leader très médiatisé et tout-puissant. Son programme est ancré à gauche (Podemos appartient au groupe de la GUE au parlement européen, le même que celui du Front de gauche), mais le collectif se considère « ni de droite ni de gauche ». C'est un mouvement très identifié à une poignée d'universitaires à Madrid, mais il a fait son meilleur score électoral, en mai… dans les Asturies, une province du nord-ouest (13,6 %).

Il est facile de se perdre, tant les fausses pistes sont nombreuses. « Podemos rassemble des gens venus d'horizons très divers, qui partagent au moins trois convictions : le rejet absolu de la corruption, la nécessité d'appliquer d'autres politiques économiques à celles en place aujourd'hui, et le besoin de récupérer la politique pour les citoyens, alors qu'elle est aujourd'hui confisquée par une élite », clarifie Cesar Castañon Ares, un historien de 27 ans, membre intégrant du « cercle » Podemos de Barcelone.

 

« A partir du moment où l'on ressemblera à la caste, on sera morts. » Entretien de P. Iglesias sur la Sexta (lire boîte noire) 
« A partir du moment où l'on ressemblera à la caste, on sera morts. » Entretien de P. Iglesias sur la Sexta (lire boîte noire)

S'ils se gardent de la formuler haut et fort, Iglesias et ses proches ont une intuition : l'important n'est pas tant d'accompagner les mouvements sociaux qui secouent toute l'Espagne (ils ont déjà leur soutien), que d'aller séduire des classes populaires les plus dépolitisées du pays – ce vivier d'électeurs frappés par la crise, dégoûtés par la politique, et que Podemos estime être le seul capable de « récupérer ». C'est ici, selon eux, que se situe la majorité électorale, celle qui leur permettra de passer devant le PP et le PSOE d'ici un an.

De cette intuition découle une rhétorique musclée, qui renforce encore le leadership d'Iglesias. Il n'est plus question d'un clivage gauche/droite, mais bien du « peuple » contre la « caste » (un face-à-face qui rappelle le slogan « 99 % » contre « 1 % » d'Occupy Wall Street). Les expressions de « crise de régime » ou de « néolibéralisme », qu'Iglesias et ses proches ont théorisées à longueur d'émissions de La Tuerka, sont désormais bannies, jugées trop « académiques » : elles sont laissées aux écolo-communistes d'IU. À l'inverse, Iglesias parle de plus en plus souvent de la « patrie espagnole », qu'il lie à la défense des services publics, et à la souveraineté économique qu'il faudrait reconquérir.

« Cela ne veut pas dire que le clivage droite-gauche n'existe plus. Mais le système d'opposition traditionnel droite-gauche issu de la transition (après la mort de Franco en 1975, ndlr) a volé en éclats. Pendant des décennies, être de gauche, c'était voter pour le PSOE. Être de droite, c'était voter pour le PP. On est en train de dépasser cela », estime Cesar Castañon Ares.

 

« Si je ne gagne pas les législatives, je ne reste pas (simple député). » Entretien d'Iglesias sur la Sexta (lire boîte noire) 
« Si je ne gagne pas les législatives, je ne reste pas (simple député). » Entretien d'Iglesias sur la Sexta (lire boîte noire)


Dans les discours de ses dirigeants, Podemos se risque à une alliance étonnante, entre un populisme assumé, venu des gauches latino-américaines, et des références issues des débuts de la social-démocratie européenne – en particulier sur le front économique. Ces croisements viennent de loin : ils ont été imaginés par plusieurs proches d'Iglesias, tous passés par l'Amérique latine, qui forment le noyau dur du mouvement.

Juan Carlos Monedero est l'une des figures les plus influentes du collectif. À 51 ans, le « Mick Jagger de la science politique », comme il se fait appeler dans les émissions décontractées de la Tuerka, est le maître à penser d'Iglesias. Il a conseillé au début des années 2000 le patron des écolo-communistes (IU), Gaspar Llamazares, a donné des cours dans de nombreux pays d'Amérique latine et rêve aujourd'hui de s'emparer de la mairie de Madrid aux municipales de 2015, en surfant sur le succès de Podemos.

Son dernier essai, Leçon de politique dans l'urgence, à l'usage de gens décents (édition Seix Barral, 2013), en est à sa dixième édition. C'est un texte lyrique et foisonnant de références (Gramsci, Debord, Semprun, Harvey…) qui se présente comme une « boîte à outils subversive ». Monedero y passe surtout son temps à trucider la « vieille politique » espagnole, responsable d'avoir fait basculer le régime issu de la transition dans une forme de « fascisme social » (« Les démocraties de basse intensité sont des régimes démocratiques, d'un point de vue formel, mais fascistes, d'un point de vue social »).

L'autre très proche d'Iglesias est l'un de ses meilleurs amis (encore un homme) : Iñigo Errejon, 32 ans. Iglesias et Errejon ont partagé, durant leurs études madrilènes, le même directeur de thèse. Errejon a consacré ses recherches au MAS, le parti socialiste créé par Evo Morales en Bolivie, et a vécu un temps à La Paz. Il travaillait comme politologue au Venezuela quand l'aventure Podemos l'a convaincu de revenir en Espagne. Il fut le concepteur de la campagne (à succès) des européennes de mai.

Quelles propositions concrètes ?

C'est lui, Errejon, qui tire le parti vers une forme de péronisme adapté à l'Espagne. Sa référence principale n'est autre qu'Ernesto Laclau, intellectuel argentin contesté, théoricien subtil d'un « populisme » qui n'aurait rien de péjoratif ou d'irrationnel, et qui pourrait même être mobilisé au service d'idéologies progressistes. Si l'on s'en tient à Laclau, c'est à la condition d'appliquer des politiques progressistes et radicales que l'on peut parvenir à former un « peuple ».

À la mort de Laclau au printemps 2014, Errejon s'est fendu de plusieurs hommages dans la presse espagnole (ici ou ). Ce jeune universitaire fait de l'Europe du Sud, frappée par la crise, l'arène d'une politique européenne en voie de « latino-américanisation », « non pas pour copier, sinon pour traduire, reformuler, s'emparer d'une batterie de concepts et d'exemples », écrit-il. Avant d'affirmer, en référence à Podemos : « Ce n'est un secret pour personne qu'une initiative politique récente dans notre pays n'aurait pas été possible, sans la contamination intellectuelle, et l'apprentissage des processus de changement en cours en Amérique latine. »

Cette mainmise d'une poignée d'universitaires sur la stratégie de Podemos ne se fait pas sans heurts. Teresa Rodriguez, l'une des cinq eurodéputés du mouvement, s'est moquée, en douceur, de cette stratégie des « cerveaux » de la Complutense de Madrid, efficace sur le papier, mais qu'il reste à concrétiser : « Podemos n'est pas une expérience universitaire », a-t-elle mis en garde lors du congrès d'octobre.

Pour le sociologue Victor Alonso Rocafort, la volonté des « meneurs » de Podemos de ne pas s'enfermer sous l'étiquette, trop étriquée à leurs yeux, de la « gauche critique » pose d'autres problèmes. « Podemos s'est montré très discret, pendant la campagne des européennes, sur le projet de loi qui devait durcir l'accès à l'avortement dans le pays (le texte a depuis été retiré - ndlr). Même chose sur l'immigration aujourd'hui. Ils évitent de monter au créneau sur ces sujets qui divisent la société espagnole. Sur le fond, Podemos est opposé à ce texte de loi anti-avortement, et défend une politique migratoire différente de ce qui se pratique aujourd'hui. Mais ils ont choisi de ne pas le dire. C'est un choix dangereux. Ce sont des sujets délicats sur lesquels il me semble important de faire de la pédagogie, si l'on prétend gouverner. C'est bien de vouloir gagner les élections, mais encore faut-il les gagner correctement. »

 


 

Un débat de l'émission « Fort Apache » consacré à François Hollande (lire la boîte noire)

Au-delà de ces débats sur la stratégie électorale, qui ont beaucoup occupé les esprits des responsables de Podemos cet automne, d'autres s'inquiètent des flous et des manquements béants de leur programme. « Les Podemos ont tout misé sur la crise de régime, sur les questions de représentation politique, sur la dénonciation de la "caste" des politiques », constate Florent Marcellesi, un membre du parti écolo EQUO, qui sera eurodéputé à partir de 2017. « À nos yeux, c'est nécessaire, mais ce n'est pas suffisant. La crise n'est pas seulement liée aux failles du système politique, c'est une crise de civilisation qui est devant nous. Il faut sortir du modèle productiviste. »

Mais que défend Podemos, au juste ? Le mouvement est jeune et l'élaboration d'un programme prend du temps. Dix mois après la naissance, les contours restent flous. À l'occasion de son congrès, Podemos a soumis aux votes des internautes inscrits sur le site 97 propositions qui sont remontées des « cercles », partout en Espagne. Au terme de trois jours de consultation sur internet, le collectif a adopté les cinq résolutions les plus recommandées. Les voici, par ordre décroissant de soutien :

  • La défense de l'éducation publique, en soutien aux mouvements des « marées » contre les coupes budgétaires dans le secteur éducatif (17 289 votes, 45 %).
  • La lutte contre la corruption avec, notamment, un durcissement des peines pour les cas de corruption d'agents publics, et la suppression des privilèges de juridiction pour les élus (16 186 votes).
  • L'interdiction des expulsions immobilières « sans alternative » et la reconnaissance du droit au logement social (14 889 votes).
  • La défense de la santé publique – y compris pour les migrants sans papiers – qui prévoit, par exemple, la suspension des règlements qui autorisent certaines communautés autonomes à privatiser certains hôpitaux publics (12 129 votes).
  • Un audit citoyen de la dette (8 981 votes) pour identifier les dettes « illégitimes » et « restructurer » la dette globale de l'Espagne, en fonction des résultats (c'est-à-dire en supprimant la part de dette « illégitimement » contractée).

En vrac, d'autres résolutions proposaient le blocage du projet de traité de libre-échange avec les États-Unis, l'aide aux migrants, le renforcement des droits des animaux, le recours régulier aux référendums… Mais elles n'ont pas obtenu de scores suffisants pour être retenues (lire l'intégralité des 97 propositions et leur classement ici).

Vers une « social-démocratisation » de Podemos ?

Lors des dernières semaines, Pablo Iglesias s'est aussi prononcé pour le « droit à décider » des Catalans (c'est-à-dire pour la tenue d'un référendum sur l'indépendance, ce que refusent PP et PSOE), même s'il reconnaît, à titre personnel, ne pas souhaiter l'indépendance de la Catalogne. Idem pour les Canaries : Podemos soutient, tout comme les autorités locales et les écologistes, la tenue d'un référendum sur les prospections pétrolières au large de l'archipel – ce que refuse le gouvernement de Mariano Rajoy, favorable au démarrage du projet.

Au-delà de ces prises de position, des débats de fond agitent le mouvement. En particulier sur les orientations économiques. Relance, alternatives à l'austérité, mandat de la BCE, euro, régulation financière… Impossible de mettre en avant des positions officielles et précises sur ce type de sujets. Tout au plus Iglesias a-t-il multiplié les sorties, ces dernières semaines, pour vanter le programme social-démocrate des années 1980, se référant explicitement… au Felipe Gonzalez de 1982.

Extrait de son dernier ouvrage, sorti fin août (Disputar la democracia) : « Parler de réforme fiscale, d'un audit de la dette, de contrôle collectif des secteurs énergétiques, de la défense et de l'amélioration des services publics, de la récupération des attributions de la souveraineté et du tissu industriel, des politiques d'emploi par l'investissement, de favoriser la consommation, de s'assurer que les entités financières publiques protègent les PME et la famille, et bien d'autres choses, c'est ce que n'importe quelle formation sociale-démocrate d'Europe occidentale aurait dit il y a 30 ou 40 ans. »

Iglesias, caricaturé par certains médias comme un dangereux gauchiste adorateur de Chávez, cherche à donner des gages à l'électorat traditionnel du PSOE, pour mieux siphonner les voix du vieux parti social-démocrate. Il dit même désormais vouloir « occuper la "centralité" de l'échiquier politique ». Début octobre, l'universitaire a surpris tout le monde, en annonçant lors d'un entretien télé avoir demandé à deux économistes (Vicenç Navarro et Juan Torres) de travailler à un programme de « sauvetage citoyen » qui serait appliqué lors des cent premiers jours suivant l'arrivée de Podemos au pouvoir.

L'initiative en a braqué plus d'un, au sein du mouvement. Sur la forme d'abord, elle revient à court-circuiter le travail d'un des « cercles » les plus respectés des Podemos, celui consacré à à l'économie et l'énergie, en imposant deux « experts » venus de l'extérieur… Sur le fond, l'affaire est encore plus délicate : Navarro est un économiste prestigieux né en 1937, ex-conseiller de Salvador Allende au Chili, mais aussi de Bill Clinton dans les années 1990. Certains ont du mal à comprendre comment ce vieil économiste étiqueté « néokeynésien », soucieux du retour de la sacro-sainte « croissance », aurait les réponses à la hauteur de la crise protéiforme des années 2010…

Faut-il voir dans ce passage en force, par-delà les assemblées, un avant-goût de la gestion de Podemos par son futur secrétaire général ? Sans doute. Mais il reste très difficile d'anticiper le reste, d'ici novembre 2015. Un an est une éternité à l'échelle de la crise espagnole, scandée, presque chaque mois, par de nouveaux scandales de corruption. Des élections municipales sont prévues en mai (Podemos a décidé de faire l'impasse, pour ne pas se brûler les ailes), couplées, dans certains cas, avec des scrutins régionaux (auxquels Podemos devrait, cette fois, participer), en amont des législatives fin 2015.

Iglesias, lui-même, se montre très prudent pour la suite : « Le PSOE peut remonter dans les sondages, avec le nouveau leadership de Pedro Sanchez. Les médias privés, qui ne cessent de parler de nous, et d'inviter nos porte-parole, peuvent nous blacklister si leurs propriétaires le décident. Et nous-mêmes pouvons commettre des erreurs que, pour l'instant, nous n'avons pas commises dans un contexte nouveau et très complexe. Quant au PP, il fait montre d'une grande capacité de résistance électorale, malgré les scandales de corruption et le désastre de sa gestion. » Le scénario espagnol est plus ouvert que jamais.

 

 

La conférence de lancement de Podemos, le 16 janvier 2014 à Madrid.


Prochain reportage : avec Ada Colau, figure des mouvements sociaux espagnols, candidate à la mairie de Barcelone en 2015, à partir d'une plateforme inédite de partis et mouvements de la gauche catalane.

J'ai suivi les deux journées de l'« assemblée citoyenne » de Podemos les 18 et 19 octobre derniers à Madrid. L'ensemble des personnes citées dans l'article ont été interrogées à cette occasion, à l'exception de Florent Marcellesi, avec qui j'ai échangé à Bruxelles, où il travaille.

Une partie des illustrations de l'article (page 2) sont des captures d'écran du dernier numéro de Salvados, le programme phare de la chaîne de télé La Sexta, diffusé dimanche dernier et intitulé Pablo en Ecuador (« Pablo en Équateur »). Cette visite de Quito aux côtés d'Iglesias a attiré près de cinq millions de téléspectateurs... un record d'audience pour ce programme.

J'ai aussi glissé dans l'article (page 3) l'un des derniers débats de Fort Apache, l'une des émissions sur internet de Pablo Iglesias, consacré aux « adieux de François Hollande à la social-démocratie » (Fort Apache, le titre de l'émission, est une référence à l'un des westerns de John Ford, qui est l'un des premiers westerns à dénoncer le racisme envers les Indiens – Iglesias adore le cinéma politique). Iglesias, eurodéputé depuis mai, y débat notamment avec un autre eurodéputé espagnol, socialiste celui-là, Juan Fernando Lopez Aguilar (ex-ministre de la justice sous Zapatero), des raisons de l'impasse française.

 

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 19:51

 

Source : cadtm.org

 


CADTM

 

 

De l’indignation au pouvoir (partie 3)

Injustice, expulsions et apartheid sanitaire

25 octobre par Jérôme Duval

 

 

 

Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. A n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

L’impunité règne

Le principe de compétence universelle (« Justicia universal »), établissant la possibilité pour les Cours espagnoles d’être saisies d’affaires concernant des personnes de quelque nationalité que ce soit, en n’importe quel lieu y compris hors de l’Espagne, pour des crimes graves (violations de droits humains, terrorisme, crimes de guerre ou génocide), est remis en question par le gouvernement |1|. La réforme approuvée en mars, retire toute compétence aux juges sur ces questions et permet d’archiver les affaires en cours, ouvrant la voie à l’impunité de responsables de crimes graves qui bénéficient déjà de la protection légale dans certains pays. Les délits en cours d’instruction, tels les cas de génocide au Guatemala (contre Efraín Ríos Montt et Carlos Mejía Víctores pour délits de génocide et tortures commis contre la population maya durant le conflit armé) et au Tibet ; les crimes de guerre à Gaza ; les tortures à Guantanamo ; l’assassinat en 2003 du cameraman espagnol de Telecinco, José Couso, par l’armée américaine en Irak ou encore la plainte contre Israël pour crime de guerre au sujet de la Flottille de la Liberté (l’assaut du commando israélien en mai 2010 s’était soldé par 9 morts), restent ainsi impunis et désormais classés sans suite. Les pressions des autorités chinoises ont semble-t-il constitué un motif déterminant dans l’élaboration de ce projet de loi. La Chine a d’ailleurs remercié chaleureusement le gouvernement espagnol pour mettre ainsi fin au mandat d’arrêt international de cinq ex-leaders chinois dont l’ex-président Jiang Zemin, impliqués dans l’affaire du génocide au Tibet. |2|

Attaques capitalistes en temps de crise

« Agosticidad », est un terme espagnol pour désigner spécifiquement les contre-réformes adoptées au mois d’août afin d’éviter tout débat public et les réactions hostiles qu’elles pourraient susciter. Ce fut le cas de la réforme de l’article 135 de la Constitution qui donne la priorité absolue au remboursement de la dette lancée en août 2011 par le PSOE et approuvée sans référendum en septembre avec l’appuie du PP. De la même manière, la contre-réforme fiscale proposée discrètement en août dernier et qui devrait entrer en application en janvier 2015, va encore aggraver les inégalités.

En dépit d’une mobilisation exceptionnelle, les expulsions de logements se poursuivent à un rythme effréné. Depuis le début de la crise, des centaines de milliers de familles ont été expulsées de leurs logements, les condamnant à la marginalisation sociale permanente due au maintient de la dette hypothécaire malgré la perte du foyer. |3| Rappelons que la législation espagnole ne permet pas d’annuler la dette de l’hypothèque en cédant son bien immobilier. Les familles expulsées sont donc toujours redevables de cette dette auprès de la banque créancière qui, de surcroît, bien souvent s’accapare l’appartement pour spéculer ou le revendre. Récemment, la Communauté de Madrid a vendu 3 000 logements sociaux aux fonds vautour Goldman Sachs – Azora. D’autre fonds comme Blackstone rachètent des appartements sans en informer leurs résidents et expulsent ceux qui ne peuvent plus payer. |4| Cependant, plus de 1 100 expulsions ont été paralysées depuis le début de la crise et près de 1 180 personnes ont pu retrouver un logement grâce à l’action de la coordination des affectés par l’hypothèque (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH) |5|.

Par ailleurs, la très controversée loi LOMCE sur l’éducation prend désormais en compte la notation en cours de religion dans tous les centres scolaires et renforce les établissements publics-privés (« concertados »).

Apartheid sanitaire

La nouvelle loi entrée en application dans les centres de santé et hôpitaux depuis le 1er septembre 2012 (Real Decreto Ley 16/2012) constitue un apartheid sanitaire qui excluent de couverture santé les plus de 26 ans qui n’ont pas cotisé à la Sécurité sociale et plus de 800 000 personnes immigrés sans papiers. Il sacrifie le concept d’universalité d’accès aux soins de santé et met en danger de nombreuses vies. Le 20 février 2013, Soledad Torrico, immigrée bolivienne, est décédée des complications d’une grippe après avoir passé 6 jours sans être reçue par le Service valencien de santé. Le 24 avril 2013, le jeune sénégalais Alpha Pam, de 28 ans, mourait chez lui d’une tuberculose après un périple de 6 mois durant lequel on lui a refusé à plusieurs occasions l’assistance de l’hôpital. |6| La célèbre revue scientifique The Lancet a déjà averti que les coupes budgétaires du gouvernement espagnol, pourraient avoir « de graves conséquences pour la santé de la population, spécialement en ce qui concerne la tuberculose et l’infection par le VIH ». |7| Comme le signale la Fédération des Associations pour la Défense de la Santé Publique, en seulement trois ans, 7,2 milliards d’euros ont été amputés du budget de la santé, et 53 000 personnes en moins travaillent dans le secteur. Pendant ce temps, comme le dit bien la coordination Yo sí sanidad universal, le secteur privé de la santé se convertit en un négoce prospère et réalise de juteux profits. |8|


Partie 1
Partie 2
Partie 3

Notes

|1| Le premier exemple connu est sans doute l’inculpation et arrestation à Londres en 1998 du dictateur chilien Augusto Pinochet par le juge Baltasar Garzón.

|2| "Acogemos con agrado los esfuerzos del Gobierno y sus departamentos competentes. China y España tienen una tradición de amistad y apoyan las preocupaciones del otro", dijo hoy la portavoz del ministerio chino de Asuntos Exteriores Hua Chunying. 24/06/2014. http://www.eldiario.es/politica/Chi... Los crímenes que pueden quedar impunes con la reforma del PP para limitar la justicia universal, Público, 12/02/2014. http://www.publico.es/politica/5013... Pour la réforme, voir : http://www.eldiario.es/desalambre/C...

|3| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2...

|4| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2...

|5| Voir le site de la PAH : http://afectadosporlahipoteca.com/

|6| Gladys Martínez López, Un año sin sanidad universal, Diagonal, 10/09/13. https://www.diagonalperiodico.net/c...

|7| « Such changes could have serious consequences for population health, especially with regard to tuberculosis and HIV infections ». Erosion of universal health coverage in Spain, The Lancet, 14 de diciembre de 2013. http://www.thelancet.com/journals/l... En espagnol : http://esmateria.com/2013/12/15/la-...

|8| Olga Rodriguez, Los recortes perjudican gravemente la salud. http://yosisanidaduniversal.net/not...

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 22:09

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

De l’indignation au pouvoir (partie 2)

Chaises musicales et corruption

19 octobre par Jérôme Duval

 


Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. A n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

Injustice et corruption

Pour l’année 2013, le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) relève 1 661 affaires en cours dans différents tribunaux espagnols pour des crimes liés à la corruption. |1| Dans un contexte d’enchaînement ininterrompu de scandales, le PP croule sous les affaires de corruption. En établir la liste ici serait fastidieux. Mentionnons toutefois le cas de l’ex député du PP, Rafael Blasco, condamné en mai dernier à huit ans de prison pour malversation, délits de corruption, trafic d’influence, contrefaçon et détournement de fonds publics. Entre 6 et 9 millions d’euros de l’Aide publique au développement, initialement destinés à des projets de développement parmi lesquels un hôpital en Haïti après le tremblement de terre de 2010 |2| ou des projets d’extraction d’eau au Nicaragua, ont été détournés. Par exemple, sur 1,8 million d’euros de projets au Nicaragua, seulement 43 000 euros sont arrivés à destination. Le reste, a entre autre servi à l’achat d’appartements à Valencia pour une valeur d’environ 1 million d’euros. Citons, par ailleurs, l’affaire de l’architecte valencien Calatrava qui a surfacturé des projets urbanistiques, tel le projet avorté de trois gratte-ciel pour lequel Calatrava a tout de même reçu 15 millions d’euros. Enfin, on ne peut éviter la macro affaire Gurtel de financement occulte du PP dans laquelle plus de 150 personnes sont accusées et dont seul l’ex trésorier du PP Luis Bárcenas est en prison. L’organisation de la visite du Pape en 2006 à Valence qui a été l’occasion de détournement de fonds publics importants est directement liée à l’affaire Gurtel et l’Opus Dei.

Le 9 septembre, le député PP au Parlement valencien David Serra, accusé dans l’affaire Gurtel, sera le neuvième parlementaire impliqué dans des cas de corruption à quitter son poste. Il en reste encore deux exerçant leur fonction dans les rangs du PP à Valence. |3| Capitale de la corruption, Valence n’est pas seule et sans toutefois atteindre le niveau de délabrement du PP, certes difficile à rivaliser, les autres partis ne sont pas épargnés. Citons par exemple, le cas emblématique de l’ex-président de Catalogne entre 1980 y 2003, Jordi Pujol i Soley du parti Convergencia y Unión (CiU) qui a confessé avoir dissimulé au Trésor Public durant 34 ans ses comptes dans les paradis fiscaux en Andorre et en Suisse. Enfin, l’affaire en cours des cartes bancaires de Caja Madrid devrait occasionner des dégâts importants auprès de banquiers et politiques : 86 administrateurs et dirigeants de Caja Madrid, dont l’ancien dirigeant du FMI Rodrigo Rato, sont sous le coup d’une enquête pour avoir ainsi dépensé plus de 15 millions d’euros non déclarés, à des fins personnelles. Le chef de cabinet du ministère du budget, José María Buenaventura, un des bénéficiaires, a déjà démissionné début octobre après avoir pris connaissance du scandale... à suivre.

Chaises musicales. Les banquiers et PDG sont nos ministres et vice-versa

Partout en Europe, la connivence entre le pouvoir et le secteur bancaire capitaliste est omniprésente. Mario Draghi, ancien responsable de Goldman Sachs et consacré "personnalité de l’année" par le Financial Times en 2012 |4| , préside la Banque centrale européenne (BCE). En France, le nouveau ministre de l’économie et l’un des inspirateurs des coupes budgétaire de 50 milliards d’euros, Emmanuel Macron, est un ancien gérant à la Banque Rotschild. Il était ainsi devenu millionnaire en menant à bien en 2012 le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer avant de devenir quelques semaines plus tard le Secrétaire général adjoint de l’Élysée et conseiller du président de la République sur les questions économiques et financières. |5|

Dans le même registre en Espagne, avant de devenir ministre de l’économie, De Guindos a été conseiller de Lehman Brothers jusqu’à sa faillite. Miguel Arias Cañete, ancien ministre (PP) de l’agriculture sous les gouvernements d’Aznar et Rajoy, fervent défenseur du fracking et en lien étroit avec l’industrie pétrolière, a été désigné au poste de commissaire européen en charge de l’Action pour le Climat et la Politique énergétique au sein de la Commission européenne pilotée par le très libéral Jean-Claude Juncker. Sous pression et largement soupçonné de conflit d’intérêt, il s’est alors décidé à vendre les actions qu’il détenait de deux entreprises qu’il présidait, Petrolífera Dúcar SL et Petrologis Canaris SL pour une valeur qu’il estimait lui-même en 2011 à plus de 320 000 euros. |6| Mais les affaires restent entre de bonnes mains puisque son fils, Miguel Arias Domecq, siège toujours au Conseil d’administration de Ducar depuis le 7 octobre 2013.

Certains regretteront le décès du réactionnaire Emilio Botín de la banque Santander survenue le 10 septembre sous les hommages larmoyants des médias. Quoi de plus naturel quand on sait, par exemple, que Santander est actionnaire du groupe Prisa, lui-même propriétaire du journal El País – et du quotidien français Le Monde. Mais nous sommes beaucoup plus nombreux à regretter l’arrivée de sa fille Ana Patricia Botín pour lui succéder. Cet épisode constitue un nouvel exemple du travail de désinformation effectué par les médias commerciaux qui, sans le vouloir, alimentent l’audience de médias alternatifs vers lesquels se tournent de plus en plus de citoyens en quête d’impartialité dans le traitement de l’information. Même l’ex président de l’organe de supervision des marchés boursiers (la Comisión Nacional del Mercado de Valores, CNMV) Manuel Conthe, a reconnu une presse aux ordres : « ...la presse espagnole a réalisé une couverture informative et élogieuse sur le banquier décédé tant excessive et servile que cela m’a paru "bananier" et incompatible avec l’idée d’une presse libre ». Il précise : « À quelques honorables exceptions près, la presse est dominée par de grands groupes d’entreprises et leurs bureaux de communication. Je l’avais déjà senti et manifesté quand j’étais président de la CNMV et, alors même que certains professionnels le niaient avec colère, cela reste une vérité incontournable. » |7|

Notes

|1| Radiografía de la corrupción en España : cerca de 1.700 causas, más de 500 imputados y sólo una veintena en prisión, Europa Press, 20 avril 2014. http://www.europapress.es/nacional/...

|2| Voir la vidéo de promotion de l’hôpital : http://vimeo.com/25776663

|3| Ignacio Zafra, Dimite David Serra, diputado autonómico del PP procesado en el ‘caso Gürtel’, El País, 09.09.14. http://ccaa.elpais.com/ccaa/2014/09...

|4| Le président de la BCE encourage les Etats à poursuivre leurs efforts, Le Monde, 14.12.2012. http://www.lemonde.fr/europe/articl...

|5| Grégory Raymond, Emmanuel Macron, l’hémisphère droit de Hollande, nouveau ministre de l’Économie, 26/08/2014. http://www.huffingtonpost.fr/2014/0...

|6| Information about Miguel Arias Cañate, 10 septembre 2014, Ecologistas en Acción. http://www.ecologistasenaccion.org/... ; Déclaration de Cañete, 29 novembre 2011. http://www.congreso.es/docbienes/le...

|7| « ...la prensa española ha hecho un despliegue informativo y encomiástico sobre el banquero fallecido tan desmesurado y servil que me ha parecido "bananero" e incompatible con la idea de una prensa libre. (…) Con honrosas excepciones, la prensa está dominada por los grandes grupos empresariales y sus gabinetes de comunicación. Ya lo percibí y manifesté cuando era presidente de la CNMV y aunque entonces algunos profesionales del sector lo negaron airados, sigue siendo una verdad como un templo. » Blog de Manuel Conthe, Reflexiones a la muerte del Sr.Botín, 17/09/2014. http://www.expansion.com/blogs/cont...

Partie 1

 

Source : cadtm.org

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 23 septembre 2014 2 23 /09 /Sep /2014 18:55

 

Source : www.liberation.fr

 

 

 

 

Le gouvernement espagnol retire son projet de loi controversé sur l'avortement

AFP 23 septembre 2014 à 14:36 (Mis à jour : 23 septembre 2014 à 18:05)

 

 


Lors d'une manifestation contre le projet de loi sur l'avortement en Espagne, à Madrid, le 1er février.Lors d'une manifestation contre le projet de loi sur l'avortement en Espagne, à Madrid, le 1er février. (Photo Dani Pozo. AFP)

 

Le texte, promesse phare de Rajoy, envisageait de réduire considérablement le droit à l'IVG, y compris en cas de malformation fœtale. Le ministre de la Justice a démissionné.

 

 

Sur le même sujet

Le gouvernement de droite espagnol a retiré son projet de loi très controversé sur l’avortement, a annoncé mardi le chef du gouvernement Mariano Rajoy, qui avait fait de cette réforme l’une de ses grandes promesses électorales.

Ce projet, modifiant la précédente loi adoptée en 2010 par le gouvernement socialiste, réduit considérablement le droit à avorter en Espagne, y compris dans les cas de malformations du fœtus.

A lire aussi  La carte commentée du droit à l'avortement en Europe

«Le gouvernement a fait le plus d’efforts possibles pour tenter de parvenir au meilleur consensus possible», a déclaré Mariano Rajoy devant des journalistes.

«Nous allons continuer à étudier des formules permettant de parvenir à un meilleur accord sur la réforme. Mais en ce moment, je crois avoir pris la décision la plus sensée», a ajouté le chef du gouvernement.

Le gouvernement Rajoy avait adopté en décembre ce projet, qui n’autorise l’avortement qu’en cas de danger prouvé pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, ou après un viol, mais exclut les cas de malformation du foetus comme motif valable.

Démission du ministre de la Justice

La loi, qui a soulevé une levée de boucliers à gauche mais a suscité aussi de fortes résistances jusqu’au sein du Parti populaire de Mariano Rajoy, n’avait toujours pas été présentée au Parlement, où les conservateurs pourtant disposent de la majorité absolue.

«C’est une loi compliquée, sensible socialement», avait reconnu vendredi la numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria. «Le gouvernement veut travailler pour atteindre le consensus le plus large possible», avait-elle ajouté. La loi actuelle autorise l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse pour toutes les femmes.

De plus, en fin d'après-midi mardi, le ministre espagnol de la Justice, Alberto Ruiz Gallardon, a annoncé sa démission après le retrait du projet de loi. «La décision que j’ai prise n’est pas seulement d’abandonner le ministère de la Justice, mais aussi d’abandonner la politique au bout de 30 ans», a déclaré le ministre à la presse, reconnaissant qu’il «n’avait pas été capable» de porter jusque devant le Parlement le texte de loi controversé.


AFP
Source : www.liberation.fr

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Espagne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Présentation

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22

Calendrier

Janvier 2015
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Images Aléatoires

  • DSCF1007
  • 1
  • 15
  • 25
  • DSC00896
  • DSC00529

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés