Egypte

Dimanche 11 mai 2014 7 11 /05 /Mai /2014 19:34

 

Source : www.mediapart.fr

 

Egypte: l'armée systématise les violences sexuelles pour réprimer la jeunesse

|  Par Claire Talon

 

 


Insultes, viols, tortures... L'armée et les forces de sécurité égyptiennes ont recours à une violence décuplée à quelques jours de l'élection présidentielle. Premières victimes : les jeunes, arrêtés en masse et au hasard, et tous ceux qui peuvent sembler proches de l'opposition. Des témoignages donnent l'ampleur du phénomène.

Le Caire, correspondance. « Dis : je suis une femme », « Dis : je suis une pute », « Dis : je suis un pédé », « Dis que ta mère est une pute », « Dis que ton père est une pute » : voilà en substance le grand oral auquel la police et l’armée égyptiennes soumettent la jeunesse à l’heure des examens de fin d’année.

Ce programme d’humiliation a été mitonné par le ministère de l’intérieur. Il vient appuyer des travaux pratiques destinés à « casser » une jeunesse frondeuse, soupçonnée de manquer d’empathie pour le régime en place. Viols, doigts dans l’anus, électrocution des parties génitales, attouchements, « tests de virginité », tests de grossesse, séances de déshabillages collectifs, menaces de viol sur les proches et la famille : par-delà les opposants au régime désigné par le général al-Sissi, les activistes ou les journalistes, ils sont des milliers de jeunes à être livrés en pâture à ce qui apparaît de plus en plus comme une gigantesque entreprise d’humiliation sexuelle collective.

Pris à partie au hasard, aux abords des manifestations, par la police ou par des hommes de main en civil, de plus en plus de jeunes, d’adolescents, voire d’enfants, sont précipités sans ménagement dans un labyrinthe de commissariats, de camps militaires, de prisons et de centres de détention secrets transformés en salles de torture. Une réalité d’autant plus répandue que, selon Reda Marhi, juriste à l’Initiative égyptienne pour les droits des personnes (EIPR), « tous les commissariats de l’Égypte se sont aujourd’hui transformés en prisons, sans compter les lieux de détention secrets. Cela fait plus d’un millier de prisons à l’échelle du pays : beaucoup plus que les 42 reconnues par les autorités ».

Une vidéo, qui circule sur les réseaux sociaux, dit montrer l’arrestation par l’armée de « manifestants contre le coup militaire », dans le quartier de Hanoville à Agami, à l’ouest d’Alexandrie :

 

 

Abasourdis, relâchés après des semaines, parfois des mois, de va-et-vient entre les mains des militaires, des policiers, et de juges iniques ou débordés, ils témoignent maladroitement, à grand renfort de périphrases, les mâchoires serrées, des manies scabreuses et sadiques des services de sécurité… Au fil des témoignages, un même scénario se répète, qui indique que la violence sexuelle est pratiquée à tous les échelons de la machine policière et judiciaire : des commissariats aux antichambres des salles d’audience, elles aussi transformées en salles de torture.

Ce chemin de croix commence dans les sous-sols des commissariats de quartier, aux alentours desquels, selon les témoignages de plusieurs parents, des vendeurs ambulants, soudoyés par les policiers, sont sommés de faire du chiffre en ramenant régulièrement de la chair fraîche aux gardiens de l’ordre.

À l’ombre des immeubles cossus de Garden City, le commissariat Qasr Al Nil, à deux pas de la place Tahrir, au Caire, est, comme ceux de Mosky et de Azbakya, le théâtre d’une véritable débauche. Hany Raif, étudiant en première année d’architecture, en a fait l’expérience, le 19 novembre dernier. Blessé dans l’attaque d’une manifestation antimilitaire, il se rend à l’hôpital pour soigner sa main atteinte par une balle réelle. Dénoncé par le personnel médical, il est arrêté par la police accourue sur place, qui l’emmène à Qasr Al Nil.

« Ils m’ont jeté dans une cellule au sous-sol. Dedans, il y avait deux hommes en érection qui se dandinaient en slip, et qui se sont jetés sur moi, dit Hany, baissant les yeux, peu enclin à s’appesantir sur les détails. J’ai hurlé tellement fort qu’ils ont fini par venir me sortir de là. » Près d’une semaine plus tard, quand il recouvre la liberté, il apprend qu’au même moment, son amie Rawda, 16 ans, partageait quant à elle sa cellule avec un groupe de prostituées hilares qui l’ont humiliée pendant des heures.

« Deux jours après mon arrestation, le 21 novembre, deux écoliers de quatorze ans sont arrivés d’une école toute proche, la Ibrahimya school, ajoute Hany. Ils avaient été dénoncés par leur professeur qui avait vu des tracts "Ni Morsi ni Sissi" dans leur cartable. Ils les ont déshabillés et les ont battus à même le sol pendant une heure. Ils baignaient dans le sang. Quand leurs parents sont arrivés pour les chercher, leurs mères se sont évanouies. »

Une fois débarqués au commissariat, les détenus sont systématiquement déshabillés, aspergés d’eau froide, frappés, torturés, harcelés sexuellement, photographiés et filmés avec des armes disposées devant eux. Pour les filles, un traitement spécial est prévu : les plus chanceuses se voient imposer des « tests de grossesse », les plus récalcitrantes des « tests de virginité », pratiqués avec des spéculums ou à main nue, menottées sous l’œil des policiers. « Examen vaginal » censé protéger les militaires de toute accusation de viol ultérieure, et protéger les victimes des tentatives d’agression, cette pratique constitue un trauma indescriptible pour des jeunes femmes, souvent très jeunes et qui, pour beaucoup, ne sont jamais allées chez le gynécologue.

« Ils ont mis leurs mains partout »

Arrivés au seuil de la prison, après des heures de tabassage dans les fourgons de la Sécurité centrale (Al Amn Al Markazi), le cauchemar continue. Dénudés, affublés de prénoms féminins, garçons et filles font à nouveau l’épreuve de la veulerie scabreuse de fonctionnaires de police qui rivalisent de perversité.

« Les soldats m’ont tirée par les cheveux jusque dans leur camion et là, le harcèlement a commencé, raconte Ayat Hamada, étudiante à Al Azhar, arrêtée le 28 décembre sur le campus de son université au cours d’une manifestation « contre le coup » d'État qui a renversé Morsi. Ils ont mis leurs mains partout. Le militaire qui avait glissé des cartouches dans mon sac s’est approché de moi, il m’a dit : “Je vais faire en sorte que tu ne sois plus une fille et je vais te faire toutes les choses que tu n’as pas envie que je te fasse.” Et là, ils nous ont harcelées sexuellement, verbalement et physiquement, moi et les 14 autres filles, en nous frappant tout le long du chemin. »

« Quand on est arrivé au camp de la Sécurité centrale, ils ont aligné toutes les filles contre un mur et ont placé les garçons devant nous. Ils les ont déshabillés sous nos yeux, en ne leur laissant que leurs sous-vêtements. Toute fille qui essayait d’avoir la moindre réaction, ils l’insultaient, elle et sa mère, d’une manière que personne ne pouvait supporter, en la menaçant d’un test de virginité, d’un viol, etc. Ils se sont mis à frapper les garçons avec des ceintures et des bâtons. Ils leur ont demandé de chanter “Bénies soient tes mains, armée de mon pays”. Et puis ils leur ont dit : “Allez ! Dites que vous êtes des femmes, vous êtes des femmes ou des hommes ?” Et ils les ont insultés jusqu‘à ce que l’un d’entre eux dise : “Ok, on est des femmes.” Ils leur ont aussi demandé de dire “nous sommes des chiens et des esclaves et vous êtes nos maîtres”.

« Ensuite, on nous a jetés dans une cellule dans laquelle ils ont ouvert l’eau. Une fois à la prison de Qanater, on a été déshabillées par des gardiennes à notre tour, soumises à un test de grossesse et menacées de tests de virginité. Et ainsi de suite », achève la jeune fille qui a, en tout, passé 54 jours en prison.

 

Manifestation contre les violences sexuelles à l'encontre des femmes, au Caire, le 12 février.Manifestation contre les violences sexuelles à l'encontre des femmes, au Caire, le 12 février. © (dr)

Une fois arrivé au tribunal, ce n’est pas fini : lorsque l’on n’est pas bastonné par le procureur lui-même ou son substitut, on est soumis à des fouilles au corps qui se transforment en harcèlement sexuel. Mercredi 9 avril 2014, en arrivant à une audience qui se tient au sein même de la prison de Tora, Hind Nafie est fouillée au département de sécurité :

« L’officier de police responsable de la sécurité a demandé à une gardienne de me fouiller au corps dans une pièce fermée ; elle s’est jetée sur moi et a attrapé toutes les parties sensibles de mon corps d’une manière déshonorante : une fois, deux fois, trois fois. Je me suis débattue, j’ai crié : “Tu me fouilles ou tu me harcèles ??!” Et elle m’a répondu : “Laisse-moi faire, c’est les ordres.” Cela a duré dix minutes ; dix minutes de cris et de combat. Quand il a fallu entrer dans le couloir vers la salle du tribunal, le même officier a dit : “Fouillez-la à nouveau”, et ça a recommencé. J’ai refusé de rentrer dans la pièce. Il a dit : “Si tu veux aller à l’audience, tu repasses à la fouille”, et comme je refusais, il a dit à la gardienne : “Dans ce cas, fais-lui ça ici, attrape-la par toutes les parties de son corps ici, devant tout le monde.”  L’un de mes collègues, Ahmed Hassan, est intervenu et il a dit à l’officier : “Tu aimerais qu’on fasse ça à ta fille ?” Il s’est immédiatement fait frapper par un autre policier. Ça a provoqué une bataille entre les policiers et les autres prisonniers. »

« En Égypte, la violence sexuelle est ce qu’il y a de pire pour les gens, explique Farah Shash, chercheur au centre Nadeem, l’une des plus importantes ONG de lutte contre la torture. Cela casse l’honneur de toute la famille. Les gens sont très pauvres, ils n’ont rien, pas d’argent : ils n’ont que leur honneur. On peut faire avouer n’importe quoi à quelqu’un dont on menace de violer la femme, la sœur, ou que l’on humilie sexuellement. C’est cela leur but : te casser au point où tu ne puisses pas te relever, c’est un traumatisme inimaginable. Nous savons que des filles ont affirmé avoir été violées (notamment celles arrêtées dans les rafles d’Al-Azhar et d’Alexandrie), mais on n’a pu obtenir aucune preuve : les familles refusent de parler. »

Surmontant la honte qui submerge les victimes, deux jeunes gens de 15 et 19 ans ont témoigné des viols dont ils avaient été victimes. Dans une conférence publique organisée par des ONG égyptiennes des droits de l’Homme, Fadi Samir, 15 ans, un Copte arrêté le 8 janvier, a décrit son arrivée dans les locaux de la Sécurité centrale en ces termes : « Ils nous ont fait entrer tous ensemble, ils nous ont agressé sexuellement, en nous faisant tomber par terre et en nous touchant à… des endroits que je ne peux pas nommer ici », a déclaré le jeune homme, à visage découvert, au cours d’une conférence de presse, avant d’avouer plus tard au Guardian qu’on lui avait introduit un doigt dans l’anus à deux reprises et fait subir des attouchements aux toilettes. « L’officier n’aimait pas mes réponses : il a demandé à un officier plus jeune de me mettre son majeur dans l’anus. Ce qu’il a fait à deux reprises. » Après 42 jours de détention et de torture, Fadi, accusé à tort d’appartenir aux Frères musulmans, est relâché.

Un autre étudiant, Omar Shouykh, affirme dans une lettre révélée par le Guardian, qu’il a réussi à faire passer hors de prison, avoir été violé le 24 mars, de la même manière et à deux reprises par des officiers en civil, dans un commissariat de l’est du Caire.

« C’est une répression sexuelle qui touche tout le monde : islamistes et laïcs, hommes et femmes, et même enfants et adolescents, affirme Ahmed Mefreh de l’ONG suisse Karama. Mais il est très difficile que les victimes acceptent de témoigner nommément, les familles refusent de donner les noms. Nous avons trois cas de viols de femmes documentés et des indications de dizaines d’autres, deux viols d'hommes reconnus nommément, mais on a des dizaines de cas d’agressions sexuelles par semaine, de viols d'hommes et femmes pendant les interrogatoires dans les prisons secrètes dans le désert, parfois avec des bâtons en bois. »

« La tête collée dans les ordures sous les insultes »

Ahmed Mefreh cite le cas d’une détenue, arrêtée dans une manifestation hostile à l’armée, à Abbasseya au Caire, violée pendant son interrogatoire alors qu'elle avait les yeux bandés : « Elle affirme que 30 femmes détenues avec elle ont été soumises au même traitement. »

D’autres détenus décrivent différentes formes de torture, notamment l’électrocution au moyen d’une barre de fer sur laquelle on fait asseoir une brochette de prisonniers nus que l'on asperge d’eau. Mais tous dénoncent surtout une entreprise beaucoup plus large d’humiliation, fondée sur l’insulte obscène et qui consiste à faire ramasser les ordures aux détenus, à les faire dormir nus, à inonder les cellules avec des eaux d’égout, etc. Pour ces jeunes, dont le seul tort est d’avoir été là au mauvais moment ou d'avoir manifesté, d'avoir filmé, d'exercer leur métier de journaliste, ou seulement d’appartenir à la famille d’un Frère musulman, la pilule passe d’autant plus mal que, malgré l’incohérence des charges qui pèsent contre eux, ils ne sont pour beaucoup relâchés – pour ceux dont on ne perd pas la trace – qu’après des semaines, voire des mois de détention.

« Le sentiment que tu as quand tu es comme ça, allongé par terre, nu, la tête collée au sol dans les ordures sous une pluie d’insultes, tu as juste envie de te mettre le feu à toi-même », décrit Mohammed Ihab, élève au collège, arrêté le13 mars à Alexandrie.

 

Le général Abdel Fattah al-Sissi, nouvel homme fort de l'Égypte. 
Le général Abdel Fattah al-Sissi, nouvel homme fort de l'Égypte. © (Reuters)

Désorientés, leurs proches sont intarissables sur l’absurdité des chefs d’accusation. Ils ont réuni les preuves qui attestent que leur parent n’était pas là où on l’accuse d’avoir mené un acte « terroriste ». « On a le certificat de l’employeur qui prouve qu’il était au bureau à l’heure de la manifestation », hurle la sœur d’un détenu, venue raconter le calvaire de son frère au siège de la fondation Hisham Moubarak (une organisation de défense des droits de l’Homme), mercredi 7 mai. « Ils accusent mon fils d’avoir stocké des tanks et des avions sur notre terrasse, ricane la mère de Abdel Rahmane Sayyed Rizq. Des tanks et des avions sur la terrasse ! Vous imaginez ça ? Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce pays : comment se peut-il que des jeunes de 16, 17, 18 ans disparaissent tous de la même manière, en rentrant de l’école ou en allant chercher du pain ? » 

Le phénomène jette une lumière complexe sur le fléau du harcèlement sexuel qui plombe la vie des Égyptiens et des Égyptiennes. Il suggère que la violence sexuelle en Égypte participe d’un système général de domination, rendu possible et pratiqué au premier chef par le pouvoir et les services de sécurité et qui atteint aujourd’hui un niveau sans égal.

« Nous sommes aujourd’hui convaincus que les viols collectifs place Tahrir ont été organisés par les forces de sécurité, affirme Farah Shash, du centre Nadeem contre la torture. Les agresseurs agissent selon une méthode identique pour chaque agression, en cercles concentriques : c’est d’ailleurs très visible sur les vidéos. Ils ont une méthode très précise : des dizaines d’hommes se focalisent sur une seule fille, il peut y en avoir dix autour dans la foule mais elles ne sont pas embêtées alors qu’elles sont à côté. La femme agressée n’est jamais volée : son sac à dos et ses affaires sont intacts. L’utilisation de la violence sexuelle est une stratégie qui remonte à la montée de la contestation contre Moubarak, en 2005. »

Abdel Fattah al-Sissi, premier défenseur des « tests de virginité » et dont le programme politique se résume pour l’instant à des protestations de virilité, incarne à lui seul, de ses meetings à ses affiches électorales, cette relation de plus en plus scabreuse tissée par leurs dirigeants avec les Égyptiens.

« Arrêtez, vous allez nous faire des problèmes avec les hommes », a susurré le général, plus sirupeux que jamais, à une foule de femmes en transe, venues l’acclamer aux cris de « Toi le Père, toi le Frère, Sissi, nous t’aimons », lundi 5 mai, dans une conférence retransmise en direct.

Dans sa première interview télévisée, à l’occasion du lancement de sa campagne électorale pour l'élection présidentielle qui se tient les 26 et 27 mai, il a par ailleurs promis de « rétablir la moralité en Égypte ». De là à faire passer ses opposants pour des déviants sexuels et des sous-hommes… Il n’y a qu’un pas, que les militaires, la police et des médias aux ordres sont prêts à franchir en toute bonne conscience. Le lancement de la campagne présidentielle coïncide d’ailleurs avec une série de raids et d’arrestations dans les milieux homosexuels, menés à grand renfort de fuites vidéo.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Vendredi 29 novembre 2013 5 29 /11 /Nov /2013 17:37

 

Source : mediapart.fr

En Egypte, la police réprime violemment une manifestation pacifique

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Après la promulgation, par le gouvernement intérimaire d'Adly Mansour, d'une loi limitant très fortement le droit aux réunions publiques, la police égyptienne a violemment réprimé une manifestation pacifique organisée contre les procès militaires.

Deux jours après la promulgation d'une loi qui restreint les libertés publiques, la police égyptienne a violemment dispersé, mardi 26 novembre, un groupe de 200 manifestants réunis pacifiquement devant le Conseil de la Choura, enceinte dans laquelle un comité élabore un projet de nouvelle Constitution pour l'Egypte.

Un groupe d'environ 200 militants s'étaient rassemblés devant le Conseil de la Choura, pour protester contre les lois liberticides du gouvernement intérimaire d'Adly Mansour et les procès militaires, quand, après quelques sommations, la police a tiré aux canons à eau et chargé la foule pour disperser la réunion publique interdite par le pouvoir.

« La manifestation de mardi contre les procès militaires était l'occasion de voir comment les autorités égyptiennes allait utiliser la nouvelle loi sur les réunions publiques », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de Human Rights Watch au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. « Ce que nous avons vu confirme que la nouvelle loi donne carte blanche à la police pour réprimer toute forme de manifestation. »

Dimanche 24 novembre, le président égyptien, Adly Mansour, a promulgué une nouvelle loi qui restreint considérablement les droits d'expression et de manifestation des citoyens, en totale violation des normes internationales, comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Le projet de loi permet au pouvoir d'interdire toutes les manifestations à proximité des bâtiments officiels. Il donne également à la police une immunité élargie et l'autorise à disperser toutes les manifestations pacifiques dès le premier jet de pierres. Il instaure également l'obligation, pour les organisateurs de manifestations ou réunions publiques, de prévenir la police avant chaque événement réunissant plus de dix personnes, dans un lieu public ou privé.

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 24 novembre 2013 7 24 /11 /Nov /2013 22:01

 

Souce : lemonde.fr

 

L’Égypte adopte une réforme controversée du droit de manifester

Le Monde.fr avec AFP | 24.11.2013 à 20h51 • Mis à jour le 24.11.2013 à 21h32

 
 

 

Un militaire devant l'université du Caire, le 24 novembre.

 

Le président égyptien par intérim a promulgué dimanche 24 novembre une loi très contestée, permettant aux autorités d'interdire des réunions ou des manifestations susceptibles de menacer la sécurité publique.

Le texte, qui provoque depuis des semaines l'ire des défenseurs des droits de l'homme, prévoit des peines d'un à cinq ans de prison ferme pour des délits allant du port de la cagoule à celui d'armes lors de défilés ou de rassemblements, a annoncé le porte-parole de la présidence. La loi oblige par ailleurs les organisateurs à informer les autorités de leur manifestation au moins trois jours avant sa tenue. Ces derniers doivent également fournir leurs coordonnées, le lieu et le trajet du cortège, leurs revendications et les slogans scandés. Si elle représente une "menace pour la sécurité", le ministre de l'intérieur peut décider d'interdire toute manifestation.

 

 UNE "APPROCHE OPPRESSIVE" DÉNONCÉE

Alors que le pays est en proie à des violences régulières depuis la destitution contestée par les islamistes du président Mohamed Morsi, le 3 juillet, la réforme prévoit, en cas de heurts, une "utilisation graduée de la force", allant d' "avertissements verbaux au tir de chevrotines, en passant par les matraques et les gaz lacrymogènes".

Lire aussi : Morsi va poursuivre en justice les "auteurs du coup d'Etat"

Une vingtaine d'organisations de défense des droits de l'homme ont dénoncé "l'approche oppressive" du gouvernement, ainsi qu'une réforme qui "criminalise les manifestations et les réunions publiques". Plusieurs ONG, de même que l'ONU, avaient également réclamé l'abandon du texte, accusant les autorités égyptiennes de vouloir revenir sur les acquis de la révolution populaire de 2011.

Cette réforme intervient alors que le nouveau pouvoir a lancé une vague de répression visant la confrérie des Frères musulmans. Plus d'un millier de manifestants pro-Morsi ont été tués depuis la mi-août, et plus de 2 000 Frères ont été arrêtés. Dimanche, les partisans de Mohamed Morsi ont pourtant défilé dans différentes villes du pays, appelant quasi-quotidiennement à la mobilisation.

 

Lire aussi notre analyse (édition abonnés) : L'Egypte dans l'engrenage de la répression et de la radicalisation

 

 

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Samedi 7 septembre 2013 6 07 /09 /Sep /2013 18:09

 

Médiapart.fr

 

En Egypte, l'armée tisse sa toile à l'abri des regards

|  Par Pierre Puchot

 

 

Coup d’État, refonte de l’exécutif, répression sanglante contre les Frères musulmans et possible interdiction de l'association qui sert de vitrine à la confrérie, censure médiatique… L’ancien régime est-il déjà de retour en Égypte ? Analyse et détail du processus politique en cours au Caire.

En catimini, pendant que la communauté internationale a le regard rivé sur la Syrie, le pouvoir égyptien tente-t-il d’éradiquer le plus ancien et plus important mouvement d’obédience islamique de l’histoire, fondé en 1928, qui avait jusque-là survécu à tous les méandres de la construction de l’Égypte indépendante ? Au Caire, le nouvel exécutif aurait décidé de dissoudre l’association des Frères musulmans, rapporte vendredi 6 septembre le journal officiel égyptien Al-Akhbar. Lundi, la justice égyptienne avait déjà recommandé sa dissolution.

Pourquoi la justice égyptienne s’attaquerait-elle à l’organisation non gouvernementale liée aux « Frères » ? « Les autorités accusent l'association des Frères musulmans de commettre des actions violentes, d'utiliser son siège social pour faire de la politique et d'y stocker des armes pouvant servir à tirer sur les manifestants », affirme Hany Mahana, porte-parole du ministre de la solidarité sociale, cité par Al-Akhbar. « Nous avons donné l'opportunité aux leaders des Frères musulmans de s'expliquer sur ces faits, mais ils ne sont pas venus », ajoute-t-il.  

 

La police égyptienne se déploie sur le site de l'attentat contre le ministre de l'intérieur, au Caire, le 5 septembre. 
La police égyptienne se déploie sur le site de l'attentat contre le ministre de l'intérieur, au Caire, le 5 septembre.© Reuters

Depuis sa dissolution et son passage à la clandestinité en 1954, la confrérie n’a jamais été autorisée, même sous la présidence de Mohamed Morsi, destitué par le coup d’État de l’armée égyptienne le 30 juin dernier. L’association ciblée aujourd’hui par l’État égyptien, qui porte le nom de « Frères musulmans », avait cependant été créée sous sa présidence. « Cette association que l’on parle de dissoudre est une coquille vide, explique Clément Steuer, chercheur associé au Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) du Caire et à l’institut oriental de République tchèque. Elle était là pour créer un vague cadre aux "Frères", sachant que la trésorerie de l’association telle qu’elle a été déclarée ne correspond pas du tout à la réalité des Frères musulmans, qui possèdent des entreprises, et qui reçoivent sans doute, même si on ne détient aucune preuve, de l’argent de l’étranger. En elle-même, la dissolution de l'association n’aurait aucune conséquence sur les "Frères". »

Le pouvoir actuel va-t-il aller encore plus loin, et interdire le parti de la liberté et de la justice des Frères, voire tenter d’éradiquer totalement la confrérie ? « Ce serait étonnant, juge Clément Steuer. Même Nasser n’est pas allé jusque-là. Et cela entraînerait une catastrophe économique et sociale d’ampleur dans le pays, puisque les "Frères" gèrent un certain nombre d’entreprises, mais dispensent surtout des services de santé et d’éducation que l’État n’est pas en capacité de prendre à sa charge. Pour détruire la confrérie, il faudrait donc que le pouvoir initie un véritable tournant social, qui changerait profondément le paysage économique du pays. Je ne crois pas qu’il soit question de cela aujourd’hui. » Sur le papier, il n’existe d'ailleurs aucun parti religieux en Égypte. La constitution (depuis 2007), et avant elle la première loi fixant le cadre des partis (1977), posent qu’un parti égyptien ne peut pas être totalement homogène et constitué de militants uniquement musulmans, chrétiens ou de quelque religion que ce soit.  

Signe supplémentaire de la grande complexité de l'actualité politique égyptienne, une bataille est néanmoins en cours au sein du comité des 50 membres mis en place selon la feuille de route énoncée par le général Sissi après son coup d'État du 30 juin (Lire le détail du processus constitutionnel en cours page 3 de cet article.). Une proposition vise de manière quasi explicite les Frères musulmans, car elle ajouterait à l'article existant dans l'actuelle constitution l’interdiction de créer un parti qui pratiquerait dans le même temps une activité sociale et/ou disposerait d’une organisation secrète, ou d'une branche armée, ou paramilitaire.

« Cet ajout sera mis en débat, mais je pense que l’on se dirige davantage, si jamais tel était au final le choix du pouvoir, vers une interdiction des Frères musulmans pour une question d’ordre public et d’atteinte à la sécurité de l’État, que via une interdiction totale des partis religieux avec un texte plus strict, ce qui aliénerait à la coalition au pouvoir le parti salafiste Noor, dont l'armée a besoin », commente le chercheur Clément Steuer.

L’interdiction du parti de la liberté et de la justice, celui des Frères, serait pour la confrérie autrement plus problématique que la disparition de l'association. Mais ils auraient alors toujours le loisir de se présenter en tant que candidats indépendants aux prochaines élections, comme sous l’ancien régime. Une jurisprudence de 1987 de la cour constitutionnelle égyptienne pose que l’on ne peut pas empêcher un candidat indépendant de se présenter.

1 000 morts, plus de 2 000 arrestations chez les « Frères »

Pour la confrérie, le problème majeur aujourd’hui vient de la répression féroce et de l’acharnement judiciaire qui visent ses cadres et militants, et demeurent facteurs d’une grande désorganisation. Plus de 1 000 personnes, en majorité des militants des Frères musulmans, ont péri depuis la mi-août sous la répression conjointe de la police et de l’armée. Mardi 3 septembre, un tribunal militaire égyptien a condamné un membre des Frères musulmans à la prison à perpétuité, et 51 autres à des peines de réclusion pour l’agression de militaires dans la ville de Suez.

Les militants islamistes jugés mardi étaient accusés d’avoir tiré à la chevrotine et jeté des pierres sur les soldats. Les condamnations prononcées par la justice militaire concernent des violences s’étant produites après la dispersion de partisans du président destitué Mohamed Morsi au Caire le 14 août, au cours de laquelle plusieurs centaines de « Frères » furent tués par les forces l’ordre. Le Guide suprême de la confrérie Mohamed Badie, Mohamed Morsi et plusieurs de ses principaux dirigeants répondent actuellement devant la justice d'« incitation au meurtre » de manifestants.

Dans de telles conditions, les « Frères » auront-ils à nouveau les moyens de mobiliser autour d'eux plusieurs milliers de sympathisants dans les mois à venir pour maintenir la pression sur la coalition gouvernementale et l’armée ? « Les Frères musulmans continuent de publier des communiqués en expliquant que lors des manifestations du 30 août, il y a eu plus de manifestants dans toute l’Égypte que pendant toute la révolution du 25 janvier, rapporte la chercheuse Marie Vannetzel, spécialiste des « Frères ». C’est donc avant tout une guerre de l’image qui est à l’œuvre. Je ne crois pas que la popularité des "Frères" puisse se mesurer dans l’absolu, elle est forcément contextuelle, comme on le voit depuis trois ans. Le pouvoir les a frappés très durement. Nous étions à 2 095 arrestations au 30 août, au niveau des dirigeants, mais aussi des militants de base. Cela a forcément un effet dissuasif sur la mobilisation. »

La confrérie s’apprête-t-elle pour autant à retourner dans la clandestinité comme par le passé ? La chercheuse ne le pense pas : « Leur image est considérablement dégradée, à la fois du fait de l’échec dans leur exercice du pouvoir, de la propagande de l’armée expliquant qu’elle était en "guerre contre le terrorisme", et puis de la violence que les militants des "Frères" ont eux-mêmes pratiquée (lire ici le communiqué d’Amnesty International), rappelle Marie Vannetzel. Même si l’on ne dispose que de peu de données aujourd’hui pour le mesurer, il est évident que tout cela a profondément changé le rapport des "Frères" à la société, et de la société aux "Frères". »

Isolés, les Frères le sont certainement sur le plan médiatique. La justice égyptienne a ordonné mardi la fermeture définitive de quatre télévisions, dont une filiale égyptienne d’Al-Jazeera et la chaîne des Frères musulmans. Outre Al-Jazeera Mubasher Misr et Ahrar 25, le tribunal administratif du Caire a également ordonné la fermeture de deux autres chaînes islamistes, Al-Quds et Al-Yarmouk.

La chaîne satellitaire qatarie Al-Jazira a récemment évoqué une « campagne » menée contre elle, en particulier depuis que ses locaux ont été fouillés dès le 3 juillet, après qu’elle eut diffusé une vidéo dans laquelle Mohamed Morsi se disait le seul président « légitime » d’Égypte. Dimanche 1er septembre, trois journalistes indépendants étrangers travaillant pour la chaîne qatarie en anglais ont par ailleurs été expulsés d’Égypte. Un correspondant d’Al-Jazeera en langue arabe, Abdallah al-Chami, et un caméraman de la station égyptienne de la chaîne satellitaire, Mohamed Badr, ont en outre été détenus pendant plus d’un mois, selon Al-Jazeera. Les autorités et les médias locaux accusaient la chaîne qatarie de couvrir de façon partiale les événements sanglants qui ont suivi la destitution de Mohamed Morsi.  

« Il y a depuis deux mois une guerre des médias, qui est clairement à l’avantage des généraux, car ils ont derrière eux tout l’appareil médiatique d’État, commente Marie Vannetzel. L’impact va être important. La filiale d’Al-Jazeera était regardée par une large partie de la population égyptienne. Pour les "Frères", cela va devenir très compliqué de communiquer. Reste internet, et encore : le site du parti en arabe était inaccessible ces derniers jours… »

Dans ce contexte de guerre médiatique permanente, où la rumeur fait le jeu du pouvoir en place, l’armée continue de bombarder le Sinaï pour lutter contre plusieurs groupes terroristes. Et, jeudi 5 septembre, une attaque a visé le convoi du ministre de l'intérieur égyptien, Mohammed Ibrahim, alors qu'il circulait dans les rues du Caire. L'explosion a frappé le convoi du ministre à proximité de son domicile, dans le quartier de Nasr City. Mohammed Ibrahim est ensuite apparu à la télévision d'État pour dénoncer « une lâche tentative » d'assassinat. Il a affirmé que « quatre voitures » de son escorte avaient été détruites par une « bombe déclenchée à distance » et a évoqué « de nombreux blessés dans le convoi ». « J'avais prévenu avec la dispersion qu'il y aurait une vague de terrorisme (...) Même si je deviens un martyr, un autre ministre de l'intérieur viendra pour continuer la guerre contre le terrorisme », a-t-il ajouté. L'attaque, qui n'a pas encore été revendiquée, a été « condamnée énergiquement » par les Frères musulmans.

Une coalition gouvernementale en place malgré tout

Dans ce climat proche du chaos, où l’économie demeure très affaiblie, comment l’armée est-elle parvenue à bâtir le nouvel exécutif ? La nomination début juillet d’Adly Mansour, ancien président de la cour constitutionnelle, au poste de président de la République par intérim, participait de l’idée de Sissi de s’appuyer sur un corps judiciaire qui s’était illustré par sa résistance à l’administration Morsi, lorsque celui-ci avait tenté de passer en force, notamment sur la mise en place d’une nouvelle loi électorale. Le nouveau premier ministre Beblaoui a ensuite fait consensus autour de son statut d’économiste à la réputation internationale.

Propulsé vice-président en charge des relations internationales, Mohammed El-Baradeï contribuait également à l’équilibre des forces au sein de ce nouvel appareil. Le gouvernement a ensuite été composé pour ménager un équilibre entre tous les courants qui ont appuyé le coup d’État du 30 juin. Le général Sissi et le ministre de l’intérieur Ibrahim, dont les forces de l’ordre ont largement contribué par leur passivité au coup d'État, ont conservé leur poste, ainsi que plusieurs ministres au profil de technocrates nommés aux lendemains de la révolution de janvier 2011.

Un fait marquant : la nomination de l’ancien gouverneur d’Alexandrie, Adel Labib, au poste de ministre du développement local. Ancien cadre du PND d’Hosni Moubarak, Adel Labib était en poste en 2010 à l’époque de la mort du jeune Khaled Saïd, tué par les forces de l’ordre dans un cyber-café. Un meurtre qui a contribué au soulèvement de la population et à la révolution égyptienne. Son intégration au gouvernement a été largement interprétée comme un signe envoyé aux partisans de l’ancien régime par l'armée, qui cependant a vu très large : Parti sociale démocrate, Wafd (l'un des plus anciens partis égyptiens), partis nassériens… C’est au final l’ensemble du spectre libéral égyptien que Sissi est parvenu à capter, dont le fondateur du premier syndicat égyptien indépendant en 2008 (celui des contrôleurs des impôts), à la tête depuis 2011 de la première fédération des syndicats indépendants (3 millions de salariés), Kamal Abou Eita, propulsé ministre du travail et de l’immigration.

La sanglante répression contre les Frères musulmans, et les centaines de manifestants tués par l’armée à partir du 14 août, n’ont pas ébranlé cet édifice savamment construit. En dehors de Mohamed El-Baradeï et du porte-parole du Front national du salut – l’ancienne coalition d’opposition aux Frères qui a par la suite justifié la répression –, aucune figure marquante de la coalition gouvernementale n’a démissionné. En dehors du gouvernement, plusieurs partis ont même soutenu la répression de l’armée, comme le parti communiste, la coalition populaire et socialiste, et le principal parti salafiste, Noor.

Les points de litige entre les différentes organisations se situent davantage dans les décisions constitutionnelles à prendre dans les prochains mois. La feuille de route, qui a valeur de déclaration constitutionnelle, annoncée par Sissi le 30 juin, prévoyait la formation d’un comité d’expert pour amender la constitution et proposer ses amendements à un comité plus large, de 50 membres. Ce comité d’experts a rendu ses travaux à la fin du mois d’août. Les 50 membres ont été nommés et devraient se réunir à compter du 8 septembre. Seuls trois d’entre eux représentent les courants islamistes et sont issus d’un parti salafiste. Dans les débats à venir, plusieurs ne manqueront pas de diviser la coalition gouvernementale bien davantage que ce que ne l'a fait la répression sanglante contre les Frères musulmans.

L’article 2 de l’actuelle constitution, lui-même repris du texte en vigueur sous Moubarak et qui pose la Charia comme source principale de la législation, va demeurer inchangé. Le litige porte en revanche sur l’article 219, ajouté en 2012 par les « Frères », qui précise ce que l’on entend par Charia, et la lie aux quatre écoles juridiques sunnites égyptiennes. Arguant que ces références aux écoles permettaient de faire appel à des jurisprudences et rendraient donc effective la référence à la Charia, dans les faits quasi virtuelle jusque-là, menaceraient le droit des femmes et des minorités ainsi que l’indépendance de la justice civile, le comité d’experts propose de supprimer cet article. Le parti salafiste Noor, qui a accepté de participer au comité de 50 membres, menace à l’opposé de s’en retirer si l’article 219 disparaît du texte constitutionnel.

Autre point de litige : le futur mode de scrutin. Le comité des experts a proposé de revenir au scrutin individuel, quand les précédentes élections se sont déroulées selon les règles d’un scrutin mixte, avec les deux tiers des sièges élus à la proportionnelle. Le comité souhaite en outre que soit supprimé le quota des sièges réservés aux ouvriers et aux paysans. Il s’agirait donc de revenir à l’ancien système des années 2000, en réduisant en outre par deux la taille des circonscriptions, pour n’y élire qu’un député au lieu de deux, dont au moins un attribué aux ouvriers/paysans. Un système qui avantage très clairement les notables locaux, au détriment des nouveaux partis politiques, et favorise donc les partisans de l’ancien régime. La crainte d’un retour à l’ère de Moubarak mobilise tout le champ de l’ancienne opposition, des salafistes à la gauche nassérienne, sans compter le mouvement des jeunes révolutionnaires. Ici, se situera sans doute le combat politique majeur dans les mois à venir.  

Concernant les prochaines élections présidentielles, la feuille de route prévoit que le comité de 50 membres dispose en théorie de deux mois pour rendre ses travaux. Un référendum doit ensuite être organisé dans un délai de deux semaines. Les élections législatives doivent par la suite se dérouler deux mois après le référendum, et la date de l’élection présidentielle doit être annoncée dans le mois qui suit l’élection du parlement. « Tout cela reste cependant au conditionnel, explique le chercheur Clément Steuer, puisque la feuille de route, qui a valeur constitutionnelle, a vocation à être remplacée par la future constitution, approuvée par le référendum. Or il y a de fortes chances pour que la constitution prévoie un nouveau calendrier pour la suite des événements. » 

Y a-t-il un plan Sissi pour rétablir l'ancien régime ?

En tapant fort, en choisissant de réprimer les manifestations dans le sang pour décourager les mobilisations des Frères musulmans, qui ne se mobilisent plus dans la rue par dizaines de milliers comme au plus fort de l’été, le général Sissi n’a-t-il pas, au bout du compte, doublement réussi son « coup », et manœuvré pour favoriser le retour de l’ancien régime, dans une Égypte désormais à l’abri des regards médiatiques ?

« Je ne crois pas que nous observions déjà le retour du régime d’Hosni Moubarak, tempère Yasmine Nagaty, analyste diplômée en sciences politiques et salariée au sein d’une ONG au Caire. Beaucoup d’Égyptiens font ce raisonnement après avoir suivi le procès Moubarak (l’ancien président a été remis en liberté conditionnelle le 21 août 2013). Mais il est important de noter que le fonctionnement des tribunaux est avant tout basé sur des preuves, et que nous n’en avons pas aujourd’hui dans le dossier Moubarak, tel qu’il a été monté. De mon point de vue, nous avons d’ailleurs loupé l’occasion au lendemain de la révolution, quand nous aurions dû monter des tribunaux révolutionnaires ad hoc. »

Voir la période actuelle, du coup d’État à la fermeture des télévisions, comme le plan de Sissi pour rétablir l’ancien régime, ne satisfait pas non plus Clément Steuer : « C’est une grille de lecture limitée, car on oublie un peu vite que le 30 juin, les partisans de l’ancien régime n’étaient pas, loin s’en faut, les seuls à manifester dans la rue, rappelle le chercheur. Ce n’est pas non plus l’armée qui a appelé à manifester. Beaucoup de forces révolutionnaires, y compris celles les plus opposées au pouvoir transitoire actuel, comme les jeunes de 6 avril ou les socialistes révolutionnaires, avaient appelé à descendre dans les rues. Pour tous les révolutionnaires, le 30 juin 2013 constitue la deuxième révolution. La première a permis de se séparer du Parti national démocratique (PND, de Moubarak), la seconde, des Frères musulmans. Les deux voies auxquelles le monde arabe est confronté depuis des décennies. C’est un succès de la révolution, mais aussi, il faut bien le dire, de la contre-révolution, puisque c’est l’armée qui a chassé Morsi, appuyée par la police dont on observe le retour, et par les anciens du PND et les hommes d’affaires, dont certains proches de Gamal Moubarak, et enfin par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (actuellement en discussion pour accorder une aide de deux millards de dollars à l'Égypte). Les "Frères" ont eu tous ces éléments contre eux. »

« Mais dire que la contre-révolution triomphe, cela reste exagéré, poursuit le chercheur. Ne serait-ce que parce que figurent dans le gouvernement des membres de l’opposition progressiste, qui n’avait jamais été dans un gouvernement auparavant. C’était d'ailleurs l’une des revendications des révolutionnaires fin 2011 à l’époque des événements de la rue Mohammed-Mahmoud. La limite, c’est qu’il est vrai aujourd’hui que les réseaux des partis de l’ancien régime se sont reconstitués, et qu’ils essaient de reprendre le contrôle. L’appareil de sécurité et la police ont été restaurés tels qu’ils étaient avant le 25 janvier 2011. Mais, encore une fois, il n’y a pas eu un retour au contrôle du champ politique tel qu’avant 2011, pas de reconstitution du PND. Et le mode de scrutin proposé par le comité a contre lui l’ensemble des forces libérales, révolutionnaires, et les quelques islamistes qui soutiennent le gouvernement. » 

Sur cette réforme du mode scrutin, un compromis devra être trouvé pour que la constitution soit approuvée par les Égyptiens par référendum. Car même dissous, les Frères musulmans bénéficieraient encore de puissants relais au sein de la société, et se mobiliseraient contre le retour au scrutin individuel. L’Égypte a encore plusieurs mois de bataille politique devant elle.

 

 

 

 

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Jeudi 22 août 2013 4 22 /08 /Août /2013 19:31

 

Le grand bond en arrière de l’Egypte

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

L'annonce de la libération conditionnelle de Moubarak est l'ultime symbole du retour des militaires aux commandes de l'Egypte. L'éradication des Frères musulmans, la faiblesse des autres forces politiques et l'impuissance occidentale augurent mal de l'avenir du pays.

Des trois pays qui avaient renversé leurs dirigeants lors du « printemps arabe » de 2011, le cas de l’Égypte, comparé à la Tunisie et la Libye, s’était toujours annoncé comme le plus problématique. Non seulement cette nation est la plus peuplée du monde arabe (85 millions d’habitants), avec une population relativement pauvre et peu éduquée, mais la chute d’Hosni Moubarak était autant due aux manifestants réclamant la démocratie qu’à l’armée qui avait simplement décidé de changer de cheval. Dès le départ, la « révolution égyptienne » n’en était pas vraiment une, malgré des élections présidentielles relativement libres qui avaient conduit à la victoire du candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, en juin 2012.

Aujourd’hui, les masques sont véritablement tombés et le « régime des officiers », mis en place par Gamal Abdel Nasser en 1954 est de retour en force. L’annonce de la libération conditionnelle de l’ancien raïs Hosni Moubarak, mercredi 21 août 2013, après deux années de détention, représente l’ultime symbole de ce grand bond en arrière. Un éteignoir sur les espoirs, qui avaient toujours été fragiles, d’une Égypte démocratique et libre.

Quand, le 3 juillet dernier, les militaires avaient arrêté le président Morsi après des semaines de manifestations populaires dirigées contre sa gouvernance et établi un « gouvernement d’union nationale », il pouvait encore y avoir l’espoir raisonnable d’une phase de transition, compliquée certes, afin de ramener l’Égypte vers la stabilité qui lui fait tant défaut depuis deux ans et demi. Mais maintenant que l’armée et la police ont entrepris d’éradiquer les Frères musulmans au prix d’un millier de morts – quasiment tous des civils –, ont rétabli l’État d’urgence tant détesté des années Moubarak, procèdent à des arrestations de masse arbitraires, tentent de museler la presse, le tout enrobé dans une rhétorique orwello-bushienne de « guerre au terrorisme », il est difficile d’imaginer comment le pays pourra sortir d’une spirale infernale de violence, d’autocratie et d’appauvrissement.

  • L’armée reprend fermement les rênes du pays

Un jour avant que l’armée et la police ne décident d’évacuer sauvagement, avec toute la puissance de frappe d’un régime répressif, les différents campements des Frères musulmans qui protestaient contre la destitution de « leur » président, la plupart des observateurs estimaient que les forces de sécurité se contenteraient d’affamer et de couper l’électricité aux manifestants, afin de régler le problème lentement, mais sûrement. C’était même l’assurance que des représentants (civils) de l’exécutif égyptien avaient donné aux gouvernement étrangers, à Washington en particulier. Mais la décision de frapper fort – et de frapper pour tuer, pas seulement pour disperser ou effrayer –, puis de pourchasser et d’arrêter tous les cadres dirigeants de l’organisation, signifie bien que l’armée n’entend pas juste réduire l’influence des Frères, mais véritablement les anéantir. L’arrestation très médiatisée, mardi 20 août, de leur guide spirituel, Mohamed Badie, le montre bien : jamais Moubarak n’avait pris cette décision.

 

"Non au coup d'État, oui à la légitimité !" Le sang d'un militant des Frères musulmans coule devant un poster de M. Morsi. 
"Non au coup d'État, oui à la légitimité !" Le sang d'un militant des Frères musulmans coule devant un poster de M. Morsi.© Amr Abdallah Dalsh/REUTERS

Le porte-parole de l’armée, Ahmed Ali, s’est d’emblée lavé les mains de toutes les accusations que l’on pourrait porter contre les forces de sécurité en déclarant : « Quand on a affaire à des terroristes, on ne peut pas s’embarrasser de considérations pour les droits humains ou civiques ! » Quant au nouvel homme fort du régime, le général Khalil al-Sisi, il a justifié ces opérations en expliquant : « L’armée et la police sont les gardiens de la volonté du peuple. » S’il est exact qu’une grande partie de la population continue de soutenir l’armée, il est aujourd’hui évident que l’exécutif actuel a tué bien plus de protestataires que Moubarak en 2011 ou que Morsi, quand il a lui aussi choisi d’user de la violence.

De plus, les militaires ont repris leurs vieilles pratiques : l’État d’urgence bien entendu, mais aussi les nominations des gouverneurs provinciaux (la moitié des édiles régionaux choisis la semaine passée sont des officiers), l’intimidation des journalistes étrangers et indépendants (les locaux d’Al Jazira ont été saccagés), l’interdiction des sit-ins, et les menaces judiciaires contre les dissidents. La caution libérale du nouveau régime, le prix Nobel de la paix Mohamed el-Baradei, a démissionné de son poste de vice-président dès le début de la répression : voilà aujourd’hui qu’il est attaqué en justice pour « trahison de confiance ». Officiellement, c’est un simple citoyen qui a porté plainte, mais ce genre de tactique était courante depuis des décennies.

Même si le gouvernement actuel n’a rien à voir avec l’élargissement d’Hosni Moubarak, personne ne peut sérieusement imaginer qu’il ne pouvait pas s’y opposer – la justice n’étant pas un parangon d’indépendance en Égypte. L’image d’un Moubarak libéré après le retour au pouvoir de ses pairs, et n’ayant plus à répondre de ses années de dictature, est le symbole de la réaffirmation du retour des officiers aux manettes.

  • Les Frères musulmans sont affaiblis, mais certainement pas morts

Le millier de morts, les centaines de blessés et d’emprisonnés, le deuil et la nécessité de se cacher… les Frères musulmans ont indubitablement reçu un coup aussi débilitant que celui des années 1950. Dans un témoignage accordé au New York Times, un cadre de l’organisation islamiste explique : « Poser des questions sur la structure de notre mouvement aujourd’hui, c’est comme demander des nouvelles de la carrière professionnelle d’un homme en train de mourir. » Selon une militante égyptienne des droits de l’Homme jointe par téléphone, « les militants des Frères musulmans ont désormais peur : ils ont peur de sortir dans la rue, peur de se faire arrêter et torturer, peur pour leur famille. Il n’y a pas que les instances dirigeantes qui ont été démantelées, il y a aussi la base qui est découragée. »

Mais, malgré la volonté affichée par les militaires d’éradiquer définitivement l’organisation, peu d’analystes estiment cela possible. Certainement pas sur le long terme. Car le mouvement est fortement implanté depuis des dizaines d’années partout en Egypte et ce ne sont pas les errements de Mohamed Morsi lors de son année à la tête du pays ni la répression en cours, qui peuvent éliminer son influence d’un coup de baguette magique. Surtout, toutes les tentatives d’éradication de l’islam politique par la force entreprises depuis un siècle n’ont jamais fonctionné autrement que ponctuellement, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie, de l’Irak, de l’Afghanistan, des Républiques soviétiques, de la Syrie ou même de l’Algérie. Comme l’explique l’historien spécialiste du Moyen-Orient Juan Cole : « Tous les exemples que nous avons suggèrent qu’il est impossible d’éradiquer les mouvements politiques basés sur la religion par la force. Les engagements religieux se transmettent par la famille, et chaque génération de politicien peut y faire appel. Les généraux égyptiens sont en train d’essayer quelque chose qui ne peut être réalisé sur le long terme autrement que par des techniques génocidaires. »

La question la plus immédiate est celle de la réponse des Frères musulmans. Le gouvernement égyptien a agité le spectre de la guerre civile pour justifier sa réaction violente. Mais c’est au contraire l’acharnement du régime qui pourrait précipiter cette hypothèse, en radicalisant les éléments les plus jusqu’au boutistes de l’organisation et en les coupant des dirigeants qui avaient, pour la plupart, une influence modératrice. Pourtant, plus que la guerre civile, ce sont des actes terroristes revanchards qui sont à craindre. On l’a déjà constaté depuis une semaine avec des attaques contre des commissariats de police et des églises coptes, et surtout l’assassinat de 25 recrues de la police dans le Sinaï, cette vaste région qui est depuis des mois hors du contrôle gouvernemental.

Le Sinaï, ainsi que la province du nord-ouest qui jouxte la Libye sont deux des régions qui ont voté le plus massivement en faveur de Mohamed Morsi lors des élections de 2012 : elles risquent de se transformer en zone de repli pour les plus radicaux des Frères musulmans qui seraient tentés d’abandonner les directives de non-violence de l’organisation et de recourir à la lutte armée. En retour, ce genre de développement ne ferait que renforcer la brutalité du régime et son discours sécuritaire, éloignant la perspective de toute transition démocratique.

  • L’impuissance occidentale

Une fois de plus, dans la foulée de la destitution du président Morsi début juillet, les puissances occidentales ont été incapables de prendre une position de principe, rappelant les hésitations de janvier 2011. L’administration Obama et l’Union européenne ont soigneusement évité d’appeler le coup d’État par son nom et le secrétaire d’État américain John Kerry a été jusqu’à qualifier les actions de l’armée de processus de « restauration de la démocratie ». Fortement décrédibilisés par leurs années de soutien inconditionnel aux autocrates arabes, les Occidentaux n’avaient plus que l’arme financière pour, éventuellement, se faire entendre. Or celle-ci est en train de disparaître. Les réticences européennes et américaines à couper les appuis financiers offerts à l’Égypte ou à les assortir de conditions strictes ne font que renforcer l’indécision et l’imprécision des politiques occidentales.

Surtout, l’Arabie saoudite et les émirats du golfe persique se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont promis 12 milliards de dollars d’aide à l’Égypte sans l’assortir de la moindre condition (de quoi ridiculiser les 1,5 milliards de dollars annuels des États-Unis et le milliard des différents pays de l’UE). L’Arabie saoudite, qui déteste autant les Frères musulmans que l’esprit démocratique des « révolutions arabes », a adopté une attitude particulièrement provocatrice en annonçant qu’elle avait amplement les moyens de compenser toute diminution de l’aide occidentale. Le Qatar, qui penche lui du côté des Frères musulmans, a également promis de continuer à appuyer financièrement l’Égypte.

Le problème n’est pas tant que les promesses émanant des États de la péninsule arabique ne sont pas toujours tenues (les Palestiniens en savent quelque chose), mais que cet afflux de cash n’est qu’une rustine sur une chambre à air passablement usagée. La situation actuelle en Égypte ne risque pas de faire revenir les touristes ni les investisseurs dont le pays a tant besoin. Le fait que l’armée ait sciemment restreint l’approvisionnement en électricité et nourriture juste avant de se débarrasser de Morsi, afin de pouvoir se targuer d’améliorations ultérieures, ne plaide pas en faveur d’une gestion apaisée et impartiale de l’économie, qui reste le principal problème des Égyptiens.

  • Une coalition politique introuvable

Un des aspects les plus séduisants du mouvement de la place Tahrir demandant le départ de Moubarak en janvier 2011 était l’alliance de circonstance entre les Frères musulmans et les mouvements laïques et progressistes. Mais ces derniers (que l’on regroupe généralement sous l’appellation anglo-saxonne de “libéraux”), qui représentent le meilleur espoir d’un renouveau de la politique égyptienne et de l’ancrage dans la démocratie, n’ont jamais été capables de s’unir autrement que contre quelqu’un ou quelque chose. D’abord opposés au « régime des officiers », ils ont néanmoins soutenu un ancien premier ministre et général d’aviation, Ahmed Shafik, lors du second tour de l’élection présidentielle plutôt que Mohamed Morsi, contre lequel ils se sont ensuite battus. Ce sont à nouveau eux qui sont descendus dans la rue en juin pour appeler à la fin de la gouvernance des Frères musulmans et qui ont applaudi des deux mains au retour musclé de l’armée.

 

En 2011, les jeunes manifestants de la place Tahrir, encore pleins d'espoir.  
En 2011, les jeunes manifestants de la place Tahrir, encore pleins d'espoir. © Thomas Cantaloube

Aujourd’hui, à nouveau, les “libéraux” se divisent : certains continuent de soutenir Khalil al-Sisi et le régime militaire qu’il est en train de réinstaurer, d’autres réalisent qu’ils ont fait fausse route. Les salafistes d’al-Nour, eux aussi opposés aux Frères musulmans et qui s’étaient rangés aux côtés de l’armée, ont pareillement fait marche arrière. Ces forces d’opposition sont en train de comprendre que ce qui est en train de se mettre en place n’est rien d’autre qu’un retour à l’ordre ancien qui a prévalu pendant soixante ans et que, si l’armée était capable de réprimer aussi durement les partisans de Morsi, elle n’hésiterait pas à le faire contre des entités politiques plus faibles.

Tant qu’une coalition sérieuse entre les “libéraux” et ceux des Frères musulmans qui décideront de poursuivre le processus politique (à condition qu’on les y autorise) ne se mettra pas en place, les militaires auront les mains libres pour gouverner comme ils l’entendent. Mais les dissensions internes et désormais, le sentiment de trahison de ces deux groupes l’un envers l’autre rendent encore plus compliquée une telle alliance. Sans oublier le poids de l’Histoire et des institutions qui prévalent depuis un demi-siècle dans le monde arabe. Comme le constate le politologue palestinien Rami Khouri, « la triste leçon venue d’Égypte est que les deux groupes les mieux organisés et les plus populaires, les forces armées et les Frères musulmans, se sont tous deux montrés incompétents à gouverner ». « L’absence d’autres mouvements organisés et crédibles de citoyens qui pourraient participer au processus politique et bâtir un nouveau système constitutionnel est malheureusement la conséquence de la domination, depuis plusieurs décennies dans toute la vie publique arabe, des officiers, des tribus et des fanatiques religieux »écrit-il dans le Daily Star de Beyrouth. Le grand bond en arrière de l’Égypte, deux ans et demi après le vent d’espoir qui s’était levé, augure très mal de l’avenir du pays et de la région.

 

 

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Vendredi 16 août 2013 5 16 /08 /Août /2013 20:31

 

Rue89

L’édito 16/08/2013 à 18h55

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

 

 

Massacre sans précédent en Egypte, voiture-suicide près de Beyrouth, assassinats ciblés en Libye et en Tunisie, 100 000 morts dans la guerre civile en Syrie... La liste est incomplète, mais donne une idée des drames que traverse une bonne partie du monde arabe, un peu plus de trois ans après ce qui fut justement surnommé le Printemps arabe.

La référence explicite dans le choix de cette appellation avait été le Printemps des peuples de cette année fatidique 1848 à travers l’Europe, qui avait vu des soulèvements populaires, des barricades, des révolutions, réprimés dans le sang mais dont l’impact fut décisif sur l’évolution des systèmes politiques et des nations du continent.

Le Printemps de 1848 n’avait pas débouché du jour au lendemain sur la démocratie parfaite. Au contraire, en France, la révolution de 1848 s’achève dans le sang et les divisions.


Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge, par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux (via Wikipédia)

 

Il fallait être d’un optimisme sans failles pour croire que le Printemps arabe de 2011 permettrait de passer sans écueils de la dictature à une démocratie pluraliste et tolérante comme les pays en question n’en ont jamais connue. Plusieurs décennies d’autoritarisme abêtissant laissent des traces durables.

Le cimetière des analyses

Depuis le premier jour, le monde arabe défie les prédictions et les analyses des meilleurs experts, et fait exploser les illusions ou les effets d’optique de l’instant :

  • Il y a eu la vague des blogueurs qui ont donné l’illusion qu’il suffisait de tweeter pour faire tomber les dictatures ;
  • Il y a eu la contagion de la Tunisie à l’Egypte, avec le même succès, qui a fait penser que d’autres pays suivraient avec autant de facilité ;
  • Il y a eu l’analyse un peu rapide selon laquelle l’absence des islamistes du déclenchement des soulèvements les priverait d’influence ou même de succès ;
  • Il y a eu l’illusion « BHLienne » du coup de pouce sans douleur aux « démocrates » libyens, pour se retrouver avec une déstabilisation générale, sensible jusqu’au Mali ;
  • Il y a eu le cliché maintes fois répété selon lequel l’« hiver islamiste » succédait désormais au « printemps démocratique » ;
  • Il y a aujourd’hui le risque de croire que tout ça n’aura été qu’un interlude entre deux périodes de dictature, que deux ans et demi et beaucoup d’agitation plus tard, les peuples arabes n’auront réussi qu’à changer la photo du despote de l’heure.

L’échec de ces prophéties devrait inciter à la prudence analytique, et à penser que rien, décidément, n’est écrit d’avance dans ces événements d’ampleur historique qui traversent l’ensemble d’une zone géopolitique-clé.

Plusieurs fractures

Ce qui est certain, c’est que l’onde de choc partie d’une obscure bourgade tunisienne, Sidi Bouzid, a réveillé une région que l’on pouvait croire condamnée à l’immobilisme politique.

Mais en même temps, elle a réveillé ou exacerbé des lignes de fractures colossales, qui produisent aujourd’hui les drames auxquels nous assistons impuissants.

  • La fracture sociale et culturelle à l’intérieur des sociétés arabes, comme le montrent à l’évidence les impasses politiques de Tunisie et d’Egypte, et l’impossible dialogue traditionnalistes/modernistes. Entre une partie de la population éduquée, connectée, qui aspire au changement, et des sociétés restées très conservatrices, la rupture est consommée là où un compromis serait nécessaire.
  • La fracture chiite-sunnite, évidemment pas nouvelle (la guerre Iran-Irak des années 80 pour ne pas remonter au VIIe siècle), est centrale dans le conflit en cours en Syrie ou dans les événements de Bahreïn ou du Liban, et plus généralement dans la lecture des événements de nombreux Arabes.
  • La rivalité Qatar-Arabie saoudite est aussi l’un des éléments importants en toile de fond de nombreuses situations, qu’il s’agisse du soutien à telle ou telle faction en Syrie, ou aux pouvoirs successifs en Egypte.

Les Occidentaux en retard d’une crise

Depuis deux ans et demi, il est un acteur qui court derrière les événements sans grand impact : les Occidentaux.

Ils ont été pris par surprise alors qu’ils pensaient eux-aussi que les dictateurs étaient inamovibles (souvenez-vous d’Assad sur les Champs-Elysées ou des efforts de Nicolas Sarkozy pour faire de Moubarak et Ben Ali les parrains de son éphémère Union pour la Méditerranée), et sont toujours en retard d’une crise.

Les hésitations françaises, initialement en flèche pour aider l’opposition syrienne sans trop savoir désormais comment le faire, en sont le révélateur cruel.

Dernier piégé par l’imprévisibilité et la rapidité des événements, John Kerry, le Secrétaire d’Etat américain, qui a salué le renversement de Mohamed Morsi par l’armée comme un « rétablissement de la démocratie », pour mieux devoir aujourd’hui condamner le massacre commis par les mêmes militaires dans les rues égyptiennes.

Les éditoriaux de la presse américaine qualifient ouvertement l’administration Obama de « complice » de la tuerie insensée de cette semaine, une tâche de sang sur le bilan diplomatique déjà passablement contestable du prix Nobel de la paix avant l’heure.

Une étape dans la quête de modèle

Le risque d’un rétablissement autoritaire dans la région n’est pas à exclure, pas plus qu’une victoire relative de Bachar el-Assad n’est pas impossible.

Mais tout comme l’écrasement du Printemps des peuples de 1848 en Europe n’a pas marqué la fin de l’histoire, les heures sombres que traverse le monde arabe ne marquent qu’une étape dans l’ère nouvelle ouverte depuis 2011.

Une étape de plus dans la quête d’un modèle de développement politique, culturel, identitaire et social, qui agite le monde arabe depuis des décennies, et qui est encore loin d’avoir abouti.

Pour l’heure, au-delà des souffrances et des morts, les images du Caire sont tragiques car elles renvoient les islamistes dans l’idée que la démocratie n’est pas faite pour eux, elles placent les libéraux dans une cruelle contradiction aux allures de piège, et elles transforment durablement les « arbitres » militaires en nouveaux bourreaux.

Tous les ingrédients de l’échec, voire pire si rien n’est fait pour stopper l’engrenage de la guerre civile, sont là.

 

 

 

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Mercredi 14 août 2013 3 14 /08 /Août /2013 23:48

 

 

 Médiapart

|  Par Juliette Chapalain et lorraine kihl et Walid Youssef

 

 

Les forces de l'ordre ont violemment évacué les partisans du président déchu qui occupaient deux places du Caire depuis six semaines. Le ministère de la santé égyptien faisait état de 278 morts mercredi soir alors que les Frères musulmans parlaient de milliers. L'état d'urgence est déclaré pour un mois dans tout le pays. Le vice-président par intérim et prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei a démissionné. 

 

 

 

Les corps de membres des Frères musulmans et de partisans de Morsi allongés à la mosquée Rabiya Al-Adawiyya, le 14 août 2013
Les corps de membres des Frères musulmans et de partisans de Morsi allongés à la mosquée Rabiya Al-Adawiyya, le 14 août 2013© REUTERS/Amr Abdallah Dalsh
 
 

L’évacuation par les forces de l’ordre égyptiennes de deux places du Caire, occupées depuis six semaines par des partisans du président déchu Mohamed Morsi, s’est transformée, mercredi 14 août, en un véritable bain de sang, au Caire et dans certaines villes de province. L'état d'urgence est déclaré dans tout le pays pour un mois, et selon Associated Press, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un couvre-feu nocturne au Caire et dans dix autres provinces. Il se tiendra de 19 h à 6 h du matin, selon une annonce du conseil des ministres du gouvernement par intérim. Le vice-président et prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei a présenté sa démission. Il avait été envisagé pour le poste de premier ministre, mais sa nomination, décriée tant par les islamistes que la coalition laïque, avait été annulée.

 

 

Dans sa lettre de démission au président par intérim, Mohamed El-Baradei a déclaré : « Comme vous le savez, j’avais imaginé plusieurs façons de disperser ces manifestants de manière pacifique, et suggéré des procédés pour entamer une réconciliation nationale. Mais, après ce jour, je pense que nous paierons le prix fort pendant longtemps avant l’avènement de la réconciliation. Par conséquent, il est devenu incroyablement difficile pour moi de porter la responsabilité d’actions que je ne cautionne pas, de décisions dont je crains les conséquences, et je ne peux pas être responsable d’une seule goutte de sang versée. Les seuls qui profitent des événements d’aujourd’hui sont les terroristes, les anarchistes, les extrémistes, et vous feriez bien de vous souvenir de ce que je vous avais dit. Que Dieu bénisse l’Égypte et son peuple. »

L'AFP avance le nombre de 140 manifestants pro-Morsi tués sur la place Rabiya Al-Adawiyya. Un bilan réalisé dans des morgues improvisées, qui ne tient pas compte des morts éventuels dans les autres rassemblements du Caire, ni de ceux d'autres affrontements en cours dans le pays. Des dizaines de blessés et de morts seraient acheminés vers les hôpitaux toutes les minutes, selon des journalistes sur place : « Le nombre de cadavres a triplé en moins de 15 minutes dans une chambre », a twitté un membre du New York Times

 

 

Les Frères musulmans évoquent un « massacre » et le chiffre de 2 200 morts et d'au moins 10 000 blessés, relate Le Monde. Quant au ministère de la santé, il chiffre à 278 le nombre de morts pour l'ensemble du pays. 

 

Exfiltration de militants par la police et utilisation de bombes lacrymogènes, dans la matinée du 14 août. © Al-Jazeera

Bulldozers et voitures pour évacuer les campements


Depuis six semaines, les partisans de Mohamed Morsi occupent deux places de la capitale égyptienne. Situé autour de la mosquée Rabiya Al-Adawiya, le principal campement regroupait plusieurs milliers d'hommes. Son évacuation, laissée en suspens à la faveur du ramadan, était attendue, contrairement à la tournure extrêmement violente prise par les événements. La police a entièrement bouclé les quartiers des deux campements mercredi matin avant d'envoyer véhicules blindés et bulldozers. « À l'aube ce matin, j'étais au campement près de la mosquée de Rabiya al-Adawiyya dans le quartier de Nasser City au Caire, raconte le journaliste Mike Giglio, dans Newsweek. Vers 7 h, j'ai vu les forces de sécurité s'engager sur la route. Une voiture blindée noire de police a pris la tête, suivi par les transporteurs sables. Les manifestants ont paniqué. Ils avaient construit des barricades de sacs de sable et de pavés autour des tentes qui abritaient quelque 5 000 partisans de Morsi, peut-être plus. Mais rien qui nécessite que les forces de sécurité amènent des bulldozers. »

 

 


Afficher Bain de sang au Caire sur une carte plus grande



Les tentes ont été enfoncées et les manifestants assaillis de gaz lacrymogènes. Un journaliste de CNN a évoqué des tirs venant des toits des immeubles. Selon des témoignages concordants, plusieurs personnes auraient été abattues. Les personnes enfermées dans le camp de Rabiya Al-Adawiyya et qui ne souhaitaient pas poursuivre les affrontements ont été autorisées à rentrer chez elles aux alentours de 17 h 30, selon les images diffusées sur la chaîne égyptienne ONTV, au même moment, des manifestants ont mis le feu au ministère des finances, selon cette même chaîne. 

Selon le ministère de l'intérieur, le second camp, place Nahda, est passé sous le contrôle de la police en fin de matinée et 200 opposants « armés » ont été arrêtés.



 
Affrontements sur le pont du Six Octobre. Un hummer de la police est précipité du pont alors que cinq hommes sont à l'intérieur© Chaîne égyptienne Elfagr Mubasher
 

Armes automatiques contre jets de pierre ?

Sur Al-Jazeera, CNN et dans la presse anglo-saxonne, plusieurs journalistes ont affirmé ne pas avoir vu de manifestants pro-Morsi faire usage d'armes à feu. Toutefois, Video 7 a diffusé des images montrant des manifestants munis d'armes automatiques dans le quartier d'El Mohandesin, au Caire : 

 

Des pro-morsi armés, rue de la Ligue des pays, au Caire.
 
 
 Des manifestants pro-Morsi tirent en direction de la police.© Vidéo7

 

Si la situation au camp de la mosquée Rabiya Al-Adawiyya était encore confuse mercredi matin, le ministère de l’intérieur a par contre affirmé que la place Nahda était « totalement sous contrôle ». Environ 200 « manifestants armés » y auraient été arrêtés. D'après Reuters, les manifestants ont tenté d'établir un camp sur une troisième place de la ville : Mohamed Mahmoud. 

Les manifestations se sont également tenues dans diverses provinces égyptiennes. Selon le Ahramonline, des centaines de manifestants ont bloqué une route principale à Assiut, plusieurs marches de protestation se sont déroulées à Alexandrie et à Aswan, où les manifestants ont jeté des pierres sur les bureaux du gouvernement, et des manifestants ont mis le feu à des véhicules de police à Minya. Cinq personnes seraient mortes à Suez. Plusieurs routes majeures ont été bloquées dans le pays, notamment celles reliant Le Caire à Alexandrie. Selon l’agence officielle Mena, des pro-Morsi auraient incendié trois églises coptes dans la province d'el-Menia, dans le centre de l’Egypte. Le responsable d’Human Rights Watch en Allemagne, Wenzel Michalski, lui, compte six églises attaquées. Des commerces et magasins détenus par des coptes auraient également été visés. 

Les Frères musulmans, de leur côté, ont appelé les Égyptiens à « descendre dans la rue contre le massacre », jeudi 15 août. Dans la soirée, Essam Al-Erian et Mohamed Al-Beltagi, deux dirigeants de la confrérie, ont été arrêtés, selon Reuters. La fille de ce dernier avait été tuée par balles dans l'après-midi.

Les journalistes, visés

Deux journalistes sont morts et beaucoup ont été arrêtés. Un caméraman de la chaîne britannique Sky News a été tué par balles au Caire, selon la chaîne, ainsi que la jeune Habiba Ahmed Abd Elaziz, reporter d'Xpress, le site anglophone de Dubaï. Mike Giglio, le correspondant de Newsweek, raconte sur son compte Twitter avoir été arrêté avec plusieurs confrères par la police : « Les flics ont pris mon ordinateur portable et l'ont ouvert sur place. Ils m'ont frappé au visage jusqu'à ce que je leur donne le mot de passe. Ordinateur, porte-feuille et portable ne m'ont pas été rendus. »

 

© Twitter
 

Il est ensuite emmené avec un groupe de personnes interpellées dans un stade de foot, où les policiers anti-émeute entourent un groupe de prisonniers agenouillés. Le journaliste raconte avoir croisé d'autres journalistes lors de sa détention, parmi lesquels deux Français.
« J'ai été arrêté en même temps qu'un photographe indépendant égyptien, Mahmoud Abou Zeid, et un autre français, Louis Jammes (...) Ils ont aussi été frappés après avoir été identifiés comme journalistes. Je suis aussi tombé sur le photojournaliste français Mani. (...) Mani était du côté des manifestants à Rabiya, il essayait de filmer. » L'envoyé spécial d'Al-Jazeera au Caire a été arrêté en fin de journée.

Le correspondant du Guardian au Caire, Patrick Kingsley, raconte que, sous une pluie de balles, les pro-Morsi préparent des cocktails Molotov dans la rue. Les accès aux campements et aux alentours ont été bouclé par la police. « À ceux qui essayent d'accéder à Rabaa : laissez tomber. »

 

© Twitter
 

Le journaliste a été arrêté peu après à un check-point.

Les condamnations unanimes ont émergé au cours de la journée

  • Amnesty International : « La promesse des autorités d’utiliser la méthode fatale en dernier recours seulement a été brisée. Bien trop souvent par le passé, les forces de sécurité égyptiennes ont usé d’une force excessive envers les manifestants, entraînant des conséquences catastrophiques », a déclaré Philip Luther, directeur d’Amnesty International au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Selon l’ONG, le sit-in de Rabia Al-Adawiyya est interdit d’accès, et plus de 200 personnes ont été tuées durant les affrontements et autres violences politiques depuis la chute du président Morsi.
  • L'OTAN : le secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen a déclaré : « Je suis profondément concerné par la situation en Égypte, et les effusions de sang incessantes. Je déplore la perte des vies. L'Égypte est un partenaire important pour l'OTAN, pour le dialogue méditerranéen. J'appelle les deux camps à refréner la violence et à travailler à la restauration du processus politique. » 
  • L’Union européenne : « J'appelle les forces de sécurité à faire preuve de la plus grande retenue et tous les citoyens égyptiens à éviter de nouvelles provocations et une escalade de la violence », a écrit la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton dans un communiqué.
  • L'ONU :  le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon « regrette que les autorités égyptiennes aient choisi la force pour répondre aux manifestations en cours ». « Bien que l'Onu continue de réunir des informations précises sur les événements de la journée, il semble que des centaines de personnes ont été tuées ou blessées dans les affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants », a précisé un communiqué en provenance de l'organisation mondiale.
  • Les États-Unis : « Les États-Unis condamnent sévèrement l'usage de la violence envers les manifestants égyptiens », a annoncé Josh Earnest, l'un des porte-parole de la Maison Blanche. « Nous avons appelé à maintes reprises les forces de sécurité égyptiennes à faire montre de réserves. (...) Tout comme nous avons vivement incité les protestataires à manifester avec calme », a-t-il rappelé. 
  • La France : « La France déplore très vivement les violences survenues au Caire lors des opérations d'évacuation », a déclaré un porte-parole du Quai d'Orsay.
  • L'Iran :  le ministère des affaires étrangères redoute la « guerre civile ». « L'Iran suit de près les événements amers en Égypte, désapprouve les actions violentes, condamne le massacre de la population et met en garde contre ses graves conséquences », a affirmé le ministère iranien des affaires étrangères, dans un communiqué.
  • Le Qatar : le principal soutien des Frères musulmans a dénoncé l'assaut de la police. « Le Qatar dénonce avec force la méthode utilisée contre les manifestants pacifiques (...) qui a coûté la vie à un certain nombre d'innocents sans armes », a déclaré un porte-parole du ministère des affaires étrangères du Qatar.
  • La Turquie : « La communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe, doit agir immédiatement pour faire cesser ce massacre », a déclaré le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan, dans un communiqué.
  • L'Allemagne :  Berlin a demandé une « reprise immédiate des négociations » pour contrer « toute nouvelle effusion de sang ».
  • L'Angleterre : Londres « condamne » l'utilisation de la force pour disperser les manifestants.
  • L'Italie : la ministre italienne des affaires étrangères a estimé qu'il était « nécessaire que les forces de police exercent le maximum d'auto-contrôle et tous doivent éviter toute incitation à la violence ».

Montée des violences fin juillet

Avant ces événements, la nuit du 26 au 27 juillet 2013 était considérée comme la plus dramatique depuis le début de la révolution en Égypte, en janvier 2011. Les chiffres différaient également selon les sources. Au moins 120 personnes avaient été tuées lors des affrontements entre les partisans de l’ancien président déchu, Mohamed Morsi, et les forces de l’armée dans la banlieue du Caire, selon les Frères musulmans. De son côté, le ministère égyptien de la santé ne faisait état que de 20 morts. 

Cette flambée de violence fait suite à une montée des tensions depuis plusieurs jours en Égypte. Le 24 juillet, le général Abdel Fattah Al-Sissi, homme fort de l’armée qui avait mené l'opération de destitution du président Mohamed Morsi, avait exhorté « tous les Égyptiens honnêtes » à manifester pour lui « donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme »Cette exhortation avait été interprétée comme un appel ouvert à une confrontation directe de la rue avec les Frères musulmans, qui avaient appelé leurs sympathisants à manifester contre le coup de force de l'armée. 

La chute de Morsi, point de départ des affrontements

Depuis dimanche 30 juin, soit un an jour pour jour après l'élection du représentant des Frères musulmans à la tête du pays, Tamarod (“rébellion” en arabe) avait réclamé la démission du chef d'État égyptien avant le mardi 2 juillet, 17 heures, et assurait avoir collecté plus de 22 millions de signatures, soit plus que le nombre de votes récoltés par Mohamed Morsi lors de la présidentielle. Le mouvement contestataire avait rassemblé plus de 14 millions d'Égyptiens dans les rues du Caire les premiers jours. Parmi les partisans de Tamarod, on retrouve des personnalités laïques, libérales, ou de gauche, dont le cyberdissident charismatique de la révolution égyptienne de 2011, Wael Ghonim.

 

Sur Twitter, le cyberdissident Wael Ghonim prend parti pour Tamarod

Justifiant qu'« il n'y a pas d'autre alternative que la fin politique du pouvoir des Frères musulmans et de leur représentant Mohamed Morsi », le mouvement a rejeté tout dialogue avec le président. Les partisans de Tamarod s'étaient attaqués au siège des Frères musulmans au Caire, incendié pendant la nuit du 1er au 2 juillet.

Tamarod réclamait également de l'armée égyptienne qu'elle se positionne clairement pour ou contre son action, laquelle avait adressé le 1er juillet, un ultimatum de 48 heures au gouvernement pour résoudre cette crise politique. 

Après la chute de Mohamed Morsi le 3 juillet, destitué par l'armée et emprisonné, l'économiste et ex-ministre des finances Hazem El-Beblaoui, avait été nommé le 9 juillet premier ministre du gouvernement de transition par le président par intérim. Un gouvernement par intérim dont les Frères musulmans sont absents, et qui est vivement contesté par leurs partisans. 

 

 

 

 

 

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Mercredi 3 juillet 2013 3 03 /07 /Juil /2013 17:24

 

 

Le Monde.fr avec AFP

03.07.2013 à 10h31 • Mis à jour le 03.07.2013 à 10h46

 

 


Human Rights Watch fait état de 91 cas d'agressions sexuelles au moins depuis le 28 juin sur la place Tahrir, certaines tournant au viol.

Près d'une centaine d'agressions sexuelles ont été commises sur la place Tahrir et ses environs au Caire en quelques jours, en marge des manifestations contre le président Mohamed Morsi, a rapporté l'ONG Human Rights Watch (HRW), mercredi 3 juillet.

L'organisation, située à New York, fait état de 91 cas d'agressions au moins, certaines tournant au viol, depuis le 28 juin, sur la base d'informations recueillies par des associations locales luttant contre ce phénomène, devenu récurrent en marge des manifestations en Egypte. Le communiqué de HRW fait état de cinq attaques contre des femmes le 28 juin, 46 le dimanche 30 juin – journée des plus fortes manifestations –, 17 le 1er juillet et 23 le 2.

 

Lire l'enquête Place Tahrir, le viol comme crime politique

 

Le scénario le plus souvent décrit par les victimes est celui d'un groupe de jeunes hommes "qui repère une femme, l'encercle, la sépare de ses amis", avant de l'agresser, de lui arracher ses vêtements ou de la violer. Dans certains cas, la victime est traînée au sol pour continuer d'être agressée dans un autre endroit. Dans plusieurs cas, ces attaques, dont certaines ont duré près d'une heure, ont conduit à des hospitalisations.

HRW rapporte que des femmes ont été "battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises et attaquées avec des couteaux". Le communiqué déplore que "le désintérêt du gouvernement" pour ce problème se traduise par une culture "d'impunité".

 

 DISSUADER LES FEMMES DE MANIFESTER

Devant l'ampleur du phénomène, des groupes se sont mis en place au Caire depuis plusieurs mois pour recenser les agressions sexuelles et protéger les femmes lors des manifestations. Ces attaques ont dans plusieurs cas visé des journalistes étrangères. Faute d'arrestations, les responsables de ces actes sont mal identifiés. Certains mettent en cause des groupes de voyous profitant du fait que la police a renoncé à être présente sur Tahrir pour commettre des agressions.

Des groupes militant contre la violence estiment que ces actes visent à dissuader les femmes de participer aux rassemblements contre le pouvoir, et à ternir l'image des manifestations sur ce site emblématique pour le mouvement pro-démocratie.

 

Lire aussi : Le harcèlement sexuel, la onzième plaie d'Egypte


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Lundi 1 juillet 2013 1 01 /07 /Juil /2013 18:48

 

 

Marianne

 

 Rédigé par Martine GOZLAN le Dimanche 30 Juin 2013 à 23:50

 

 

C'est la plus grande manifestation de l'histoire du pays. 14 millions d'Egyptiens se sont rassemblés dans toutes les grandes villes pour crier " dégage !" au président Mohamed Morsi. Le leader des Frères musulmans a réussi à dégoûter l'Egypte des islamistes!




Affrontements le 28 juin à Alexandrie. Photo AFP
Affrontements le 28 juin à Alexandrie. Photo AFP
Misère. Clanisme. Fanatisme. Immobilisme absolu des appareils  au coeur des tempêtes qui ont déjà balayé un premier monde, celui de la dictature renversée, et s'apprêtent à emporter le second monde : la dictature des apparences, celle qui se grime en démocratie. Le sang coule à nouveau en Egypte, des  foules énormes se jaugent et s'affrontent. Trois morts le 28 juin: deux Egyptiens dont un journaliste tué à Port Said et un  photographe américain de 21  ans à Alexandrie, près du siège des Frères musulmans. Cinq nouvelles victimes ce week-end.

Mais les majoritaires ne sont plus ceux qu'on pensait. Le mouvement " Tamarrod", " Rébellion", a réussi à mobiliser 14 millions d'e manifestants( chiffres donnés par des sources militaires)  le dimanche 30 juin contre Mohamed Morsi, Frère musulman désormais récusé par le peuple. Ce peuple qui l'avait pourtant élu voici un an;

Incroyable renversement! L'énigme du Nil!

Que va faire l'armée?

Que n'avait-on pas dit de Mohamed Morsi, pourtant, voici un an! Comme d'habitude, les commentaires macéraient dans l'eau bénite: l'homme, oint par le suffrage universel, avait bien entendu " changé" du tout au tout, il n'était plus ce Frère musulman ultra-réactionnaire, bigot, d'envergure limitée, dont le charisme avait pourtant échappé à la plupart des journalistes dans les mois précédents.  Le nouveau président devait conjuguer le talent oratoire et la diplomatie, tirer le fellah du Nil de son malheur, en finir avec la corruption qui avait été le vrai moteur de l'insurrection anti-Moubarak.
En matière diplomatique, on célébrait son art de la médiation à Gaza. En matière économique...il était urgent d'attendre!

Un an plus tard, où en est l'Egypte? Plus pauvre, plus divisée, plus corrompue, plus meurtrie, elle a vu ses enfants s'entretuer à Port-Saïd, ses jeunes toujours embastillés, son aura sur la scène internationale sombrer.
La sécurité est une chimère: le lynchage est devenu une sorte de réflexe dans plusieurs villes et villages. Pas de police, pas de justice: la pulsion règne.
Haine de l'autre: les Coptes, bien sûr, ces chrétiens que Moubarak non plus n'avait pas protégés, mais aussi la haine des chiites, minorité musulmane de l'Egypte majoritairement sunnite. On a lynché à mort toute une famille la semaine passée;

Et là-haut, dans le ciel et les ors des palais de la révolution bénie par Dieu, qu' a fait Mohamed Morsi?
Il a perpétué la gouvernance par clan, le sien, celui des Frères musulmans. Bafouant la gouvernance pour le peuple, il s'est installé dans le fauteuil du Raïs en se contentant d'ajouter un Coran- et la charia- à son sceptre de pseudo-démocrate. Il a multiplié les recommandations  sociétales archaïques et flatté les salafistes: tout ce qui devait condamner le tourisme, vital pour l'ex-grande puissance des bords du Nil. Sa dernière bévue? Nommer par décret gouverneur de Louxor  le chef du groupe des Gamaat Islamiya, responsables en 1997 d'un attentat qui avait tué 58 touristes sur le site des pyramides. On cauchemarde! La population et les employés du site de Louxor ont crié leur révolte. Prise de conscience tardive: le terroriste promu gouverneur a dû démissionner.
Cette folie dit tout.
A cette folie, 14 millions d' Egyptiens disent non sur les places d'une nouvelle Révolution.

 

 

 

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