Syrie

Mardi 3 juin 2014 2 03 /06 /Juin /2014 19:05

 


Le coin des tyrans 03/06/2014 à 16h40

Réussir son simulacre d’élection en six leçons, par Bachar el-Assad

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 

Pour la première fois de l’histoire, une élection présentée comme « pluraliste » par le régime de Bachar el-Assad était organisée ce mardi en Syrie. Effectivement, le bulletin de vote comporte trois noms, ce qui n’est pas habituel. Bachar et son père Hafez el-Assad se contentaient jusque-là de plébiscites organisés tous les sept ans (en 2007, Bachar el-Assad a officiellement recueilli près de 98% de « oui », un point de mieux qu’en 2000).

Avec la guerre civile en cours, le président syrien a sophistiqué la formule du simulacre démocratique. Son nom figure donc sur les bulletins de vote aux côtés de deux concurrents, parfaits inconnus et parfaits faire-valoir  :

  • Maher Al-Hajjar, parlementaire d’Alep, membre du Parti communiste ;
  • Hassan Al-Nouri, ancien ministre producteur de cirage et brosses à reluire.

Un Syrien s’apprête à cocher son bulletin (avec les photos des trois candidats), à Damas le 3 juin 2014 (Dusan Vranic/AP/SIPA)

Les électeurs sont invités à cocher le nom du candidat de leur choix. Mais plutôt « Bachar el-Assad », le responsable de la mort de 200 000 Syriens.

1 Limiter le nombre de vos adversaires

 

  • Pour être candidat, il fallait l’aval de 35 membres du Parlement (pro-Assad) et il fallait avoir vécu en Syrie les dix dernières années, ce qui exclut les opposants en exil.
  • Vingt-quatre candidats se sont présentés, Assad étant le septième de la liste. Vingt-et-un ont été rejetés pour des « raisons obscures » par la Cour constitutionnelle. Parmi les trois validés : Bachar el-Assad, bien sûr.

2 ’afficher franchement

 

  • Couvrir les murs de portraits de Bachar el-Assad.

3 Exclure les électeurs réfugiés à l’étranger

 

  • Empêcher les trois millions de réfugiés de voter : les électeurs, à l’étranger, devront présenter leur passeport « avec le tampon attestant qu’ils sont sortis de leur pays de façon régulière ».

4 Forcer les fonctionnaires et les étudiants à voter

 

Damas annonce qu’il y aura 15 millions d’électeurs dans le pays. Ce qui, selon le calcul du Monde, est arithmétiquement impossible : La population était estimée à 23 millions avant 2011. On compte 3 millions de réfugiés, 6 millions de personnes déplacées... « Le nombre réel d’électeurs potentiels ne devrait pas dépasser les 5 ou 6 millions. »

 


Bachar el-Assad et son épouse Asma, en train de voter, à Damas le 3 juin 2014 (Agence officielle syrienne Sana/AP/SIPA)

Pour que le taux de participation soit crédible, il faut pousser le plus de monde possible à voter. Et il y a plusieurs méthodes.

  • Forcer les agents publics (soit la moitié des travailleurs syriens) à voter. Parlant sous couvert d’anonymat, plusieurs ont témoigné du fait qu’ils n’avaient pas trop le choix, ayant reçu « des ordres stricts d’aller aux urnes, sous peine d’être soumis à l’interrogatoire des services de sécurité ».
  • Colorer à l’encre rouge les index des personnes qui ont voté, officiellement pour éviter la fraude. Très utile pour contrôler qu’elles ont fait leur « devoir patriotique ». Menacer celles dont l’index n’a pas changé de couleur.
  • Fixer les examens universitaires le jour de l’élection, pour mieux contrôler le vote des étudiants. Une technique racontée au New York Times par un étudiant d’Hama contacté par Skype. Libération rapporte le témoigage d’une étudiante de la faculté des beaux-arts d’Alep, qui considère cette élection comme une comédie, mais qui est prise dans un dilemme : « Les membres de l’Union des étudiants du Baas, qui travaillent en étroite collaboration avec les services de sécurité, ne se priveront pas de me dénoncer. Ils peuvent m’interdire l’accès à la salle d’examen, voire me faire renvoyer de la faculté si je ne montre pas mon index rouge. »

5 Bien choisir ses observateurs

 

6 Préférer un résultat flatteur

 

  • Le résultat est à votre guise. Les dictateurs aiment généralement les situer aux alentours de 95% des voix. C’est le score atteint par le général Sissi en Egypte. Bachar el-Assad peut faire beaucoup mieux.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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Mardi 3 juin 2014 2 03 /06 /Juin /2014 18:47

 

Source : www.mediapart.fr

 

Le régime syrien s'acharne sur les opposants pacifistes

|  Par Marie Kostrz

 

 


En se faisant réélire président, Bachar al-Assad fait valoir qu'il est le meilleur rempart à la menace djihadiste dans le pays. Mais ces derniers mois, le régime a férocement réprimé tous les groupes d'activistes pacifistes pouvant représenter une alternative démocratique, misant sur la radicalisation du conflit.

Beyrouth, correspondance.   Le procès à Damas de Mazen Darwish, avocat et président du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression (SMC), prend depuis quelques semaines un tour ubuesque. Le 24 mars, la cour antiterroriste de Damas avait déclaré que Darwish, ainsi que quatre autres membres de l'organisation, seraient désormais poursuivis pour « avoir fait la promotion d'actes terroristes ». Arrêtés en février 2012 lors de la mise à sac des locaux du SMC par les services de renseignements de l'armée de l'air, ces cinq activistes documentaient les exactions commises contre les journalistes durant le soulèvement populaire qui a éclaté en 2011.

 

Mazen Darwish, arrêté et emprisonné en février 2012. 
Mazen Darwish, arrêté et emprisonné en février 2012. © (dr)

Leur dossier a ensuite été transféré devant la cour antiterroriste de Damas. Depuis, cette juridiction créée le 25 juillet 2013 attendait que des preuves de leurs présumées activités terroristes lui soit transférées pour débuter le procès. Le 18 juin prochain, il aura finalement lieu sans qu'aucune pièce n'ait besoin d'être présentée : le procureur général a décidé de s'en passer. A cour exceptionnelle, règles exceptionnelles...

Cette pratique ne cesse d'être dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme : « La nouvelle cour anti-terroriste fournit une couverture judiciaire pour la persécution des activistes pacifiques par les branches de sécurité syriennes, estime Nadim Houry, responsable de la section Proche-Orient de Human rights watch (HRW). Le gouvernement peut avoir une loi anti-terroriste mais il n'y a rien de légal dans le fait de poursuivre des activistes pacifiques sans garantie d'un procès équitable pour des actes qui ne devraient jamais être considérés comme des crimes ».

L'accusation de terrorisme dont Mazen Darwish et ses quatre collègues font l'objet est en effet difficile à justifier par les autorités syriennes. Depuis 2004, cet avocat répertoriait les violations des droits de l'homme en s'attachant à la situation des médias et des journalistes. Les accusés encourent aujourd'hui jusqu'à quinze ans de prison.

Ce procès est emblématique d'un phénomène relégué au second plan par les exactions des groupes radicaux qui prolifèrent aujourd'hui en Syrie. Trois ans après le début de la révolution, les opposants à Bachar al-Assad qui ont fait le choix de ne pas prendre les armes sont toujours les cibles premières du régime. « La prison est un moyen de les empêcher de travailler, regrette une proche de Mazen Darwish également arrêtée en février 2012. C'est pour cela que les autorités se permettent d'attendre un an pour obtenir des preuves alors qu'ils savent depuis le départ qu'ils n'en trouveraient aucune ».

Les méthodes du régime pour empêcher les activistes de poursuivre leur lutte s'avèrent souvent encore plus radicales. En novembre 2012, Ayham Ghazoul, membre du SMC, est mort sous la torture après avoir été arrêté à l'université. Et bien d'autres groupes d'activistes ayant fait le choix de la non-violence subissent la même répression. « Le régime nous a visés depuis le départ car nous avons des projets sérieux, on peut représenter une alternative au pouvoir en place », explique Majd Chourbaji, membre de l'organisation des Femmes libre de Daraya, ville de la banlieue de Damas assiégée depuis un an et demi par le régime (lire ici un précédent article sur les massacres survenus dans cette ville). « Nous savons ce que nous voulons pour le futur, c'est-à-dire un état démocratique non sectaire qui respecte toutes les religions », ajoute-t-elle. Un discours très éloigné de la manière dont le régime syrien dépeint ses opposants, qualifiés indistinctement de terroristes.

Majd Chourbaji, qui a aussi participé au lancement d'Ineb Baladi, un journal libre créé au début de la révolution à Daraya, souligne que la plupart de ces activistes croupissent aujourd'hui dans les prisons du régime. Rien que parmi les rangs d'Inab Baladi, trois membres ont été tués et quatre autres sont toujours emprisonnés. Daraya a particulièrement fait les frais de cette stratégie : cette ville est célèbre pour le mouvement non-violent qui a perduré pendant les premiers mois de la révolution. Dès mars 2011, des activistes sont arrêtés et meurent sous la torture pour avoir distribué de l'eau et des roses aux soldats qui tiraient sur les manifestants.

Ces arrestations ont sans nul doute affaibli la dynamique qui prévalait durant les premiers mois du soulèvement. « En arrêtant les opposants qui défendaient une ligne pacifique, le régime a permis à la révolte armée de prendre le dessus », poursuit Majd Chourbaji, qui est restée sept mois en prison. «Pendant ma détention je voyais des femmes qui avaient aidé les rebelles être relâchées au bout d'un mois ou deux, alors qu'on m'a libérée au bout de sept mois et dans le cadre d'un échange d'otages : je n'aurais même pas dû sortir !», témoigne-t-elle.

Imad (son nom a été changé pour des raisons de sécurité) observe chaque jour les retombées d'une telle stratégie. Cet activiste est membre du conseil local qui administre Daraya depuis octobre 2012. Joint par Skype, il explique que la révolte armée a donné un coup d'arrêt aux activités pacifiques. « Une fois que la bataille de Daraya a commencé en novembre 2012, le bureau militaire du conseil local est devenu très important alors que les bureaux qui s'occupent d'animer la société civile sont devenus minimes », regrette-t-il.

Un chaos bénéfique au régime de Damas

Avec l'arrivée des armes, les activistes pacifiques ont en effet perdu leur influence sur le terrain. Wesam Sabaaneh est coordinateur pour l'organisation Jafra, qui aide les habitants des camps palestiniens syriens. Originaire de celui de Yarmouk, au sud de Damas, il explique les difficultés rencontrées par les activistes restés dans cette ville assiégée par le régime depuis presque deux ans. « Contrairement aux rebelles, ils n'ont pas d'argent, ils ne sont pas armés , résume-t-il. C'est la guerre, le chaos, c'est très dangereux : de plus en plus d'activistes se sont donc affiliés à des milices car ils n'ont pas d'autre choix pour avoir une protection. A partir de là, beaucoup ont perdu leur indépendance ».

L'homme note aussi que le paysage des activistes a évolué : « Beaucoup ont fui avant le siège, ceux qui sont actifs à l'intérieur sont jeunes, ils étaient encore adolescents quand la révolution a commencé ; ils sont courageux et essayent de faire de leur mieux mais c'est difficile car ils n'ont pas d'expérience ».

Même s'ils sont aujourd'hui affaiblis, ces activistes continuent d'être pourchassés par le régime. A Yarmouk, ils sont systématiquement exclus des trêves conclues pour évacuer le quartier. Si des combattants ont été autorisés à quitter Yarmouk en janvier dernier, les activistes pacifistes n'ont pas fait partie de l'accord. Depuis la trêve, trois ont été arrêtés en essayant de sortir du camp. « Ahmad Qudaymi est détenu car il travaillait dans le seul hôpital de Yarmouk », dénonce un activiste originaire du camp. Lui-même a fui le pays après que toute sa famille a été arrêtée en septembre dernier, lorsque son père a transmis de l'argent à un commerçant censé fournir de la nourriture pour les habitants assiégés du camp.

 

Ruines dans la ville de Yarmouk à l'été 2013. 
Ruines dans la ville de Yarmouk à l'été 2013. © (dr)

Les activistes pacifistes en sont persuadés : le régime fait tout pour les pousser à l'exil afin d'affaiblir leur lutte. « Une fois qu'on est dehors, on est loin, plus confronté aux difficultés des Syriens de l'intérieur », admet un ancien membre du bureau des médias du comité local de coordination de Zabadani, installé en Turquie car il ne lui était plus possible de travailler sous les bombes. « Pour cette raison, je n'ai mené que des projets personnels depuis que je suis sorti du pays », dit-il.

Cet exil désole d'autant plus les opposants qu'il laisse le champs libre aux éléments les plus radicaux du conflit. Le régime n'est maintenant plus le seul à opprimer les activistes pacifiques. « Depuis plusieurs mois, les attaques et surtout les enlèvements de militants des droits humains et journalistes en particulier, se sont multipliés de la part d'acteurs non-étatiques armés », constate Marie Camberlin de la FIDH, organisation membre de Free Syria's Silenced Voice. Cette campagne lancée en mai répertorie les arrestations et disparitions d'activistes afin de « redonner une voix à ceux qui militent pacifiquement pour les droits des Syriens ».

Le plus emblématique de ces enlèvements est celui de Razan Zaitouneh. Cette avocate a fondé les Comités locaux de coordination qui organisent et couvrent les activités civiles opposées au régime, ainsi que le centre de documentation des violations (VDC). Avec trois autres activistes, elle a été kidnappée en décembre 2013 par un groupe armé à Douma, en banlieue de Damas. En avril 2014, ses proches ont publié une déclaration interpellant Ziad Alloush, leader du groupe rebelle L'Armée de l'Islam, responsable de la zone dans laquelle elle a disparu.

Ce chaos, qui dégrade l'image de l'opposition, est bénéfique au régime. « Il se montre comme la seule solution pour protéger les minorités et rétablir le calme, analyse une proche de Mazen Darwish. Mais il ne doit pas oublier qu'il a maintenant la responsabilité de protéger tout Syrien contre les éléments extrêmes et djihadistes ».

 

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Source : www.mediapart.fr

 


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Samedi 3 mai 2014 6 03 /05 /Mai /2014 22:24

 

Source : blogs.mediapart.fr/edition/paroles-syriennes

 

 

Vidéo : Reportage de SMART sur un projet de boulangerie bénévole à Deir Ez-Zor

Fidèles à notre ligne, consistant à faire la lumière sur les efforts des Syriens pour survivre, nous vous présentons ce court reportage sur la mise en route d’un four à pain à Deir Ez-Zor. Elle a été traduite par notre équipe.

Le contenu mis à part, ce qui est également intéressant est que cette vidéo a été produite par SMART, qui a été créé en 2011 comme un groupe de média Syrien amateur. De nombreux groupes médias se sont en effet constitués depuis 2011.

Les médias officiel syrien se sont tout de suite décrédibilisés en couvrant la crise syrienne de manière inique et totalement biaisée. Pour ceux qui en doutaient, ils sont pleinement apparus comme les outils de propagande du régime en place. Puisque les journalistes internationaux ont rapidement été menacés par le régime, et puis ensuite par l’émergence de groupes extrémistes, ce sont les Syriens ordinaires qui ont dû pallier à l’absence de couverture internationale en devenant journalistes amateurs. Depuis lors long chemin a été parcouru par ces journalistes et groupes médias.

Cette vidéo est un exemple parmi tant d’autre, montrant la progressive professionnalisation de ces groupes. La qualité s’améliore et l’on voit désormais émerger un véritable paysage médiatique, qui concurrence pleinement les médias “traditionnels” syriens, tous subordonnés au régime.

 

 

 

 


Source : blogs.mediapart.fr/edition/paroles-syriennes

 

 


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Samedi 15 mars 2014 6 15 /03 /Mars /2014 18:54

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com

 

 

SYRIE. 3 ans de guerre, 140.000 morts et un statu quo

Céline Lussato

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Publié le 15-03-2014 à 08h23

Le pays entame sa quatrième année de bain de sang. Un tableau catastrophique où tous les acteurs semblent figés dans un rôle dont ils ne veulent ou ne peuvent plus sortir.

 

Des hommes secourent une jeune fille blessée, à Douma, près de Damas, le 7 janvier 2014. (Bassam Khabieh / Reuters) Des hommes secourent une jeune fille blessée, à Douma, près de Damas, le 7 janvier 2014. (Bassam Khabieh / Reuters)

 

 

 

La Syrie entre ce 15 mars dans sa quatrième année de violences. De l'espoir de changement, il ne reste rien. Balayé. Comme les vies de plus de 140.000 personnes, les quartiers rasés, la volonté de la communauté internationale, aussi, de faire cesser l'horreur qui se déroule dans le pays. Portrait d'un pays en ruines.

Assad, reclu dans son palais, et candidat à sa succession 

Lorsque les premiers manifestants syriens descendent dans les rues de Damas en mars 2011 c'est, portés par la vague de ce que l'on continue d'appeler les Printemps arabes, pour demander plus de liberté. Pour les plus audacieux, il s'agit de demander que le président Bachar al-Assad, héritier du pouvoir de son père Hafez, quitte ses fonctions.

Trois ans plus tard, reclus dans son Palais, Bachar al-Assad est toujours aux commandes, même si un certain flou entoure son entourage. Il continue de promulguer des lois, comme celle, mercredi, concernant la régulation de l'entrée et la résidence des étrangers dans le pays alors même que ses forces armées ne contrôlent plus certaines zones frontalières… Une manière de montrer son opposition à l'entrée sur le sol syrien de combattants mais aussi de personnels humanitaires sans autorisation de Damas.

Une "violation de la souveraineté de l'Etat syrien", dénonce Damas qui refuse pour autant de fournir toute autorisation aux ONG qui en font la demande.

Bachar al-Assad, qui n'a aucunement l'intention de passer la main, a d'ores et déjà annoncé son intention de briguer un nouveau mandat lors du prochain scrutin. Des élections une nouvelle fois sans réelle opposition, aux résultats sans doute aussi truqués que les précédentes et, cette fois, dans un pays ravagé par la guerre.

Une opposition intérieure traquée

En trois ans de lutte, les opposants qui ont fait le choix de rester en Syrie ont soit trouvé la mort, soit croupissent en prison, soit ont disparu. L'une des dernières figures du mouvement de contestation pacifique, Razan Zaitouneh, s'est elle aussi évanouie dans la nature, arrêtée par des hommes armés à Douma où elle s'était réfugiée après des mois passés dans la clandestinité. Enlevée par les sbires de Bachar pour avoir organisé la rébellion pacifique contre lui ? Réduite au silence par les islamistes ulcérés d'entendre sa voix laïque dans la rébellion ?

Les esprits libres n'ont aucune place dans la Syrie d'aujourd'hui. Pas plus qu'il y a trois ans. Et non seulement les prisons ne désemplissent pas, mais les prisonniers politiques y subissent un sort plus atroce qu'on ne pourrait l'imaginer comme en a témoigné il y a quelques semaines un photographe employé dans l'une d'entre elle qui a fini par fuir le pays.

Non sans emporter avec lui quelque 55.000 clichés pris dans le centre pénitentiaire où il travaillait. Les images de 11.000 personnes décédées, affamées, portant des marques de tortures, de strangulation…

 

Une opposition extérieure en lambeaux 

Quant à l'opposition extérieure, minée par les divisions, sans réel contrôle sur l'Armée syrienne libre,  ayant perdu le soutien de l'intérieur du pays face à ses échecs successifs, mais aussi sans soutien financier international de poids, elle s'apparente aujourd'hui à un "machin" dont on ne sait plus quel rôle il peut bien avoir. Dernière action en date : la participation à la Conférence dite "Genève 2" : un fiasco

Non seulement, ces pourparlers n'ont abouti à rien de concret, mais ils ont en quelque sorte prouvé l'impuissance de l'opposition extérieure.

La situation sécuritaire catastrophique

La situation sur le terrain reste donc bel et bien catastrophique. Bombardements incessants, civils pris en otages au milieu des combattants, viol comme arme de guerre… la violence à son paroxysme. Les rapports successifs des ONG de défense des droits de l'homme n'y changent rien, la violence perdure dans le pays où quelque 140.000 personnes sont officiellement décédées depuis le début du conflit, des centaines de milliers blessées.

Des quartiers entiers de villes sont désormais transformés en tas de gravats soit en raison de bombardements, soit en l'absence totale de tout objectif militaire comme l'a notamment dénoncé HRW.

Le quartier de Khaldye à Homs (AFP)

Les populations civiles se retrouvent prises en otages entre forces loyalistes et djihadistes qui n'ont que faire de leurs vies.

Les combattants islamistes les plus radicaux de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) s'en prennent, de plus, directement aux populations civiles qui ne respectent pas leur vision radicales des règles de l'Islam : torture, flagellation, exécutions sommaires sont monnaie courante dans les prisons secrètes gérées par l'EIIL dans les zones qu'ils contrôlent notamment dans le nord du pays à Raqqa ou Alep.

Ces violences induisent des conditions de vies absolument catastrophiques pour l'ensemble de la population.

La situation humanitaire épouvantable

Les cas de malnutrition voire de sous-nutrition ne sont plus rares dans le pays. Conséquence des difficultés à transporter les biens de consommation dans le pays en guerre mais aussi instrumentalisation de la faim comme une arme dans le pays.

Des quartiers entiers de villes sont assiégés pour en affamer les populations. L'horreur de la vie dans le centre de Homs ou dans le camp palestinien de Yarmouk au sud de Damas sont les exemples les plus criants de cette instrumentalisation de la faim par Assad : corps émaciés, témoignages poignants, cadavres à la pelle…

Une enfant du camp de Yarmouk (AFP)

Le monde médical est aussi totalement désorganisé dans le pays. Le régime vise depuis trois ans les médecins et infirmières qui ont l'audace de soigner les blessés soupçonnés de soutenir la révolte dans le pays. Le personnel soignant est décimé et de nombreux Syriens décèdent de maladie chronique en l'absence de soin et de médicaments dont l'approvisionnement n'est plus non plus assuré.

Un immense exode est donc en cours

Selon le Haut-commissariat de l'Onu aux réfugiés, les Syriens "sont en passe de devenir les réfugiés les plus nombreux dans le monde", avec quelque 2,5 millions de personnes ayant fui les combats et la misère, dont 1,2 million d'enfants.

Des personnes qui pour beaucoup trouvent un abri dans les pays limitrophes en particulier le Liban, la Jordanie et la Turquie mais dans des conditions souvent périlleuses et misérables. Les accueils dans les plus éloignés, notamment en Europe, sont ridiculement bas et les aides de la communauté internationale d'un niveau toujours insuffisant.

L'immense camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie (AFP)

Sans travail, avec un accès limité pour leurs enfants à l'éducation, ces populations plongent dans l'anxiété. Alors qu'une écrasante majorité d'entre eux espèrent pouvoir rentrer chez eux, ils sont plus de 65%, selon une étude d'Oxfam, à craindre de ne pas pouvoir mettre leur projet à exécution.

Et leurs conditions de vie se détériorent encore dans les pays d'accueil. Selon une étude de l'Unicef par exemple, "sur les 200.000 Syriens de moins de 5 ans qui se trouvent aujourd'hui au Liban, 2.000 présentent une malnutrition sévère qui peut entraîner la mort".

Une communauté internationale impuissante

Le ballet des voitures diplomatiques du sommet de "Genève 2" qui s'est tenu en janvier dernier symbolise parfaitement l'action de la communauté internationale ces trois dernières années concernant la Syrie : de l'agitation, un peu de bruits, mais des allers-retours qui ne mènent en fait nulle part.

Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov et le médiateur de l'Onu pour la Syrie Brahimi (AFP)

En trois années, les cartes n'ont pas été redistribuées. Deux camps indéfectibles se regardent en chien de faïence : d'une part Téhéran, Pékin et surtout Moscou qui soutiennent le régime de Damas ; de l'autre les Occidentaux et les pays arabes qui affirment soutenir l'opposition syrienne. Entre les deux, le fossé s'est creusé, aucune vision commune n'a abouti.

Si les deux camps disent vouloir le retour au calme dans le pays, ce n'est pas sous les mêmes auspices. Alors que Vladimir Poutine continue de souhaiter le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, le camp adverse n'a de cesse d'affirmer que le dirigeant syrien a bien trop de sang sur les mains pour rester impuni.

Les deux camps siègent au Conseil de sécurité, seule instance susceptible de permettre une intervention quelle qu'elle soit dans le pays, et bloquent toute décision.

Si l'utilisation d'armes chimiques par Bachar al-Assad contre la population syrienne a fait penser un temps aux Occidentaux (surtout les Etats-Unis et la France) qu'ils avaient l'argument pour user de la force contre Damas, il a bien fallu qu'ils remettent leurs flingues dans leurs étuis : en brandissant la carte "diplomatie", Vladimir Poutine a convaincu chacun d'opter pour le démantèlement de l'arsenal et la tranquillité pour le dirigeant syrien. Un démantèlement toujours pas effectif.

Seule résolution à avoir finalement abouti, la 2139, exige l’arrêt des violences indiscriminées contre les civils, l’arrêt immédiat des tirs d’obus et des bombardements aériens, tels que l’utilisation des barils d’explosifs. Elle exige également que l’accès des Nations Unies et des acteurs humanitaires soit facilité et demande la levée immédiate des sièges imposés aux villes. Mais elle ne prévoit, conformément à la demande russe, aucun mécanisme de sanction en cas de non-respect.


Céline Lussato - Le Nouvel Observateur 

 

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com


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Jeudi 6 mars 2014 4 06 /03 /Mars /2014 10:25

 

Source : www.lemonde.fr

 

Le viol, arme de destruction massive en Syrie

LE MONDE | 04.03.2014 à 19h23 • Mis à jour le 06.03.2014 à 10h58 | Par Annick Cojean (Amman, envoyée spéciale)

 
 
L’œuvre de l'artiste syrien Khalil Tounès, "Hama 30" (2011, encre sur papier, 40 x 50 cm).

C'est le crime le plus tu, perpétré actuellement en Syrie. Un crime massif, organisé par le régime et réalisé dans les conditions les plus barbares. Un crime fondé sur l'un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle syrienne et sur le silence des victimes, convaincues de risquer le rejet par leur propre famille, voire une condamnation à mort.

C'est un crime qui anéantit les femmes, détruit les familles et disloque les communautés. Un crime que les hordes de réfugiés fuyant la Syrie pour les pays alentour désignent comme la cause principale de leur départ, mais que les enquêteurs de l'ONU et toutes les ONG peinent à documenter tant le sujet est douloureux.

Un crime absent des discussions de Genève alors qu'il obsède les Syriens et hante des dizaines de milliers de survivantes. Le viol. L'arme de guerre secrète de Bachar Al-Assad.

Lire l'éditorial du Monde : Syrie : l’atroce indifférence

Alma, 27 ans (les noms des victimes ont été changés), est allongée, décharnée, sur un lit d'hôpital au cœur d'Amman. Elle ne marchera plus, sa colonne vertébrale a été brisée par les coups administrés par un milicien du régime avec la crosse de son fusil. Dès les premiers mois de la révolution, cette mère de quatre enfants, diplômée en gestion, s'est engagée résolument du côté des rebelles, livrant d'abord de la nourriture et des médicaments, puis transportant des munitions dans un paquet noué sur son ventre afin de passer pour une femme enceinte.

« TU VOULAIS LA LIBERTÉ ? EH BIEN LA VOILÀ ! »

Arrêtée un jour à un checkpoint dans la banlieue de Damas, elle est restée pendant trente-huit jours dans un centre de détention des services de renseignement de l'armée de l'air, entourée par une centaine de femmes.

«Abou Ghraïb, à côté, devait être un paradis», lâche-t-elle avec un pauvre sourire, allusion à la prison américaine en Irak. « J'ai tout eu ! Les coups, le fouet avec des câbles d'acier, les mégots de cigarette dans le cou, les lames de rasoir sur le corps, l'électricité dans le vagin. J'ai été violée – les yeux bandés – chaque jour par plusieurs hommes qui puaient l'alcool et obéissaient aux instructions de leur chef, toujours présent. Ils criaient: “Tu voulais la liberté ? Eh bien la voilà !”»

Toutes les femmes, explique-t-elle, en plus de leurs souffrances, pensaient que leur famille les tueraient si elles apprenaient leur sort. Sa détermination à s'engager dans l'Armée libre n'en était que renforcée. A sa sortie, elle est devenue l'une des rares femmes chef de bataillon, à la tête de vingt hommes, avant d'être grièvement blessée et évacuée en Jordanie par ses camarades.

Lire : "Des enfants syriens utilisés comme boucliers humains"

Des centaines de milliers de Syriens ont afflué en Jordanie, et c'est là que nous avons pu, grâce à des médecins, avocates, psychologues, collecter et croiser de nombreux témoignages ainsi que rencontrer, en face-à-face, plusieurs victimes. Entretiens douloureux et sous haute pression: « Ma vie est entre vos mains. »

« ATTEINDRE LES PÈRES, FRÈRES ET MARIS »

« Il est grand temps que ce scandale soit dénoncé publiquement !, estime l'ancien président du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, membre influent de l'opposition. Car c'est cette arme, selon moi, qui a fait basculer dans la guerre notre révolution qui s'était voulue pacifique.»

Dès le printemps 2011, raconte-t-il, des campagnes de viols par les milices ont été organisées à l'intérieur des maisons alors que s'y trouvaient les familles. Des filles ont été violées devant leur père, des femmes devant leur mari. Les hommes devenaient fous et hurlaient qu'ils allaient se défendre et venger leur honneur. « Je pensais, moi, qu'il fallait tout faire pour ne pas entrer dans une phase militarisée, qu'armer la révolution allait multiplier par cent le nombre de morts. Mais la pratique du viol en a décidé autrement. Et je crois que Bachar l'a voulu ainsi. Une fois les révolutionnaires armés, il lui était facile de justifier les massacres de ceux qu'il appelait déjà “les terroristes”. »

Thèse difficile à vérifier. Ce qui est avéré, en tout cas, c'est que les violences sexuelles n'ont fait que croître, contribuant au climat de terreur. « Les femmes servent d'instruments pour atteindre les pères, frères et maris, dénonce l'écrivaine Samar Yazbek, réfugiée en France. Leurs corps sont des champs de torture et de bataille. Et le silence de la communauté mondiale sur cette tragédie me semble assourdissant.»

Lire notre post de blog : En Syrie, la crise humanitaire résumée en une file d'attente irréelle

Plusieurs organisations internationales ont fait état des viols commis par le régime – Amnesty International, l'International Rescue Committee, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Human Rights Watch… Mais toutes évoquent l'extrême difficulté à obtenir des témoignages directs, le silence obstiné des victimes, la peur des crimes d'honneur perpétrés contre les femmes violées et l'anxiété née de la perception généralisée qu'une femme arrêtée par le régime a forcément été violée.

Un rapport particulièrement bien documenté, publié en novembre 2013 par l'Euro-Mediterranean Human Rights Network, confirme l'ampleur du phénomène et proclame l'urgence d'enquêter sur ces crimes de guerre qui, si leur planification était avérée, pourraient être qualifiés de crimes contre l'humanité. « Le régime a fait des femmes ses premières cibles », affirme Sema Nassar, l'auteure principale du rapport, jointe par Skype, et dont les deux sœurs viennent tout juste d'être arrêtées. « Elles sont visées, en tant que telles, par les snipers, notamment les femmes visiblement enceintes, précise-t-elle. Elles servent de boucliers humains, comme dans le quartier Ashria d'Homs, en février 2012, quand l'armée a forcé des femmes à marcher devant les troupes ou les a même fait monter dans les tanks pendant des patrouilles. Elles font l'objet de kidnappings pour rançons et échanges. Les violer systématiquement, qu'elles aient 9 ans ou 60 ans, est une façon de détruire durablement tout le tissu social. »

VIOLÉES COLLECTIVEMENT SOUS L'ŒIL D'UNE CAMÉRA

Oui, elle a des histoires à raconter, Sema Nassar. Des cas précis, datés. Des dizaines. Comme celui de cette jeune fille d'Hama, actuellement réfugiée aux Etats-Unis, qui se trouvait chez elle avec ses trois frères quand des soldats ont fait irruption, et ont exigé que les trois jeunes gens violent leur sœur. Le premier a refusé, on lui a coupé la tête. Le deuxième a refusé, il a connu le même sort. Le troisième a accepté, ils l'ont tué sur la fille qu'ils ont eux-mêmes violée.

Ou l'histoire de cette Syrienne emmenée dans une maison de la banlieue d'Homs, à l'été 2012, avec une vingtaine d'autres femmes, torturées et violées collectivement sous l'œil d'une caméra dont le film a été envoyé à son oncle, un cheikh connu, prédicateur à la télévision, membre de l'opposition.

« La pratique est très fréquente lors des raids dans les villages, et systématique dans les centres de détention des services secrets », affirme au Monde Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue syrienne des droits de l'homme, actuellement au Caire, qui estime à plus de 50 000 le nombre de femmes violées dans les geôles de Bachar Al-Assad depuis le début de la révolution.

« LE BÂTON ÉLECTRIQUE DANS LE VAGIN OU L'ANUS »

Les régions sunnites sont assurément les plus touchées, et il note, dans les récits, une forte implication des troupes du Hezbollah libanais et de la brigade Abou Fadel d'Irak. « Avec les tortures les plus sadiques, comme le rat introduit dans le vagin d'une jeune fille de Deraa âgée de 15 ans. Avec des viols collectifs en public comme celui de quarante femmes, le matin du 5 janvier 2014, à Yelda. Et avec pour conséquence des centaines de crimes d'honneur sur les femmes sortant de prison dans les régions de Hama, Idlib ou Alep. »

C'est au camp de réfugiés syriens de Zaatari, à 80 km d'Amman, qu'on a rencontré Salma, lourde, épuisée, le regard éteint. Née à Deraa il y a une cinquantaine d'années, mais ayant habité Damas avec son mari et leurs huit enfants, elle a été stupéfaite, en 2011, d'apprendre qu'en rétorsion du soulèvement dans sa ville natale, ses enfants étaient renvoyés de leur école, dans la capitale. « Au nom de quoi punissez-vous mes petits ? Ils ne sont pour rien dans les événements ! », est-elle allée se plaindre à la directrice.

Elle n'avait pas terminé sa phrase que débarquaient les services secrets. Une cagoule sur la tête, elle a été conduite dans le sous-sol d'un centre de détention, jetée dans une cellule plongée dans l'obscurité et pleine de rats. Deux jours à l'isolement, sans boire ni manger, avant de rejoindre pour six mois la cellule minuscule occupée par deux autres femmes. « Nous ne pouvions pas nous allonger. Pas le droit de nous laver, y compris pendant nos règles. Et nous étions violées tous les jours aux cris de : “Nous les alaouites allons vous écraser.” Une seule protestation et on avait le bâton électrique dans le vagin ou l'anus. On m'a tellement battue qu'on m'a cassé la jambe. Elle est devenue noire, on m'a opérée n'importe comment avant de me remettre dans ma cellule. Ma famille n'a eu aucune nouvelle pendant six mois. Comme je ne sais ni lire ni écrire, j'ai signé avec l'empreinte de mon index n'importe quel aveu. » A sa sortie, son mari avait disparu avec la voiture.

TRAUMATISMES « INCURABLES »

Oum Mohamed, 45 ans, a été arrêtée avec sa fille le 21 septembre 2012 au hasard d'une rue et conduite à l'aéroport militaire de Mazzé. Le portable de l'étudiante affichant le drapeau de la résistance et la photo d'un «martyr», les deux femmes ont été détenues pendant vingt jours, frappées, violées, enfermées dans une cellule de 4 mètres sur 4 avec dix-sept femmes et plusieurs enfants. L'une, épouse enceinte d'un membre de l'Armée syrienne libre suspecté d'avoir participé au kidnapping de quarante-huit Iraniens dans un autobus en août 2012, était accompagnée de ses enfants de 8 et 9 ans. Le mari d'une autre, directeur de prison sanctionné pour s'être opposé à des tortures outrancières, était détenu à l'étage au-dessous, de telle façon qu'il entende les cris de sa femme pendant qu'on la violait. « Tout était occasion de sévices sexuels », conclut-elle, les yeux humides, ravagée à l'idée que l'avenir de sa fille, qui a perdu 20 kg et nécessite un traitement psychiatrique, est définitivement compromis.

Les médecins décrivent des vagins « ravagés », des corps martyrisés, des traumatismes « incurables ». Yazan, psychologue de 28 ans venu s'installer à Amman pour « aider les victimes de la guerre », nous parle ainsi (en souhaitant rester anonyme) d'un de ses patients originaires d'Homs, dont les voisins avaient dénoncé des activités révolutionnaires, entraînant le kidnapping de sa femme et de son petit garçon de 3 ans. Arrêté quelques semaines plus tard, il a été emmené dans une maison privée utilisée pour des séances de torture. « Tu ferais mieux de parler ! Ta femme et ton fils sont là ! – Amenez-les d'abord !» La jeune femme est exsangue : « Ne dénonce personne ! Ce que tu redoutais est déjà arrivé. » On les a violemment frappés tous les deux. Puis, alors qu'il était suspendu au mur par les poignets, on a violé sa femme devant lui. « Tu parles ou tu veux qu'on continue ? » La femme a alors bondi, s'est emparée d'une petite hache utilisée par les bourreaux et s'est ouvert le crâne. Le petit sera plus tard égorgé sous ses yeux.

Voir notre infographie : Syrie : l'enlisement de l'insurrection

Alors ? Initiatives barbares et dispersées menées par des soudards livrés à eux-mêmes ou arme stratégique pensée, déployée par une hiérarchie aux ordres ? Le président de la Ligue syrienne des droits de l'homme, Abdulkarim Rihaoui, n'a aucun doute : « C'est un choix politique pour écraser le peuple ! Technique, sadisme, perversité : tout est méticuleusement organisé. Aucun hasard. Les récits sont similaires et des violeurs ont eux-mêmes avoué avoir agi sur ordre. » Les avocates jointes en Syrie partagent cette conviction, malgré la difficulté à rassembler des preuves. « J'ai des photos de boîtes de stimulants [sexuels] dont se munissent les miliciens avant de partir en raid dans un village », affirme Sema Nassar. Plusieurs témoignages font également état de produits paralysants injectés dans la cuisse des femmes avant les viols.

SUICIDÉE DE N'AVOIR PU AVORTER

L'une des victimes, Amal, explique que, dans un centre de détention de Damas, un médecin – surnommé « Docteur Cetamol »– faisait le tour des cellules pour noter les dates des règles de chaque femme et distribuer des pilules contraceptives. « Nous vivions dans la crasse, dans le sang, dans la merde, sans eau et presque sans nourriture. Mais nous avions une telle hantise de tomber enceinte que nous prenions scrupuleusement ces pilules. Et quand j'ai eu un retard de règles, une fois, le docteur m'a donné des cachets qui m'ont fait mal au ventre toute une nuit. » Un témoignage capital pour établir la préméditation des viols en détention.

Des bébés naissent pourtant de ces viols collectifs, provoquant des drames en cascades. A Lattaquié, une jeune femme s'est suicidée de n'avoir pu avorter. Une autre a été précipitée par son père du balcon du premier étage. Des nouveau-nés ont été trouvés au petit jour dans des ruelles de Deraa.

« Mais comment aider ces femmes ?, se désespère Alia Mansour, membre de la Coalition nationale syrienne. Elles ont si peur en sortant de détention qu'elles restent murées dans leur malheur sans pouvoir demander de l'aide. » A Homs, nous raconte la poétesse syrienne Lina Tibi, une femme a cependant réussi à organiser en une semaine, dans le plus grand secret, cinquante opérations d'hymenoplastie sur des filles violées de 13 à 16ans. « C'était la seule façon de leur sauver la vie. » Mais les familles explosent. Des maris se détournent et divorcent. Telle belle-famille d'Homs a rassemblé les affaires de sa bru en vue de son expulsion du foyer avant même qu'elle ne sorte de prison. Des parents se précipitent pour marier leur fille au premier volontaire venu, fût-il âgé et déjà marié.
« Le monde se préoccupe des armes chimiques ; mais, pour nous, Syriennes, le viol est pire que la mort », murmure en un sanglot une étudiante en droit qui n'a encore osé confier son drame à personne. Surtout pas à son mari.

Annick Cojean (Amman, envoyée spéciale)
Journaliste au Monde

 

 

 

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 



Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Syrie
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Lundi 24 février 2014 1 24 /02 /Fév /2014 19:14

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Syrie, la montée en puissance des milices chiites maintient en vie le régime d'Assad

|  Par Pierre Puchot

 

 

C’est l’autre « djihadisme » international, celui dont on parle peu, quand il est pourtant plus imposant que celui des combattants étrangers sunnites. Arrivés d’Irak ou d’Iran, plusieurs milliers de miliciens chiites affluent depuis le début de la guerre, en appui de l’armée syrienne et du Hezbollah. Une tendance qui s'accentue et interroge toute la stratégie déployée par les pays occidentaux.

Dans le dossier syrien, le rapport de force sur le terrain prime sur toute autre considération politique et géostratégique. Là réside la principale leçon à tirer du dernier cycle de négociation, après le nouveau fiasco des pourparlers de Genève 2, qui a poussé le médiateur international de l'ONU, Lakhdar Brahimi, à présenter ses excuses aux Syriens.

Vendredi, faute d’avoir obtenu un accord à Genève entre le régime et l'opposition syrienne, les pays occidentaux ont soumis au vote du Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie. Le texte appelle toutes les parties à lever immédiatement les sièges des zones peuplées et demande l'arrêt de toutes les attaques contre les civils. Le conflit syrien a déjà fait plus de 140 000 morts depuis mars 2011, et l’enjeu humanitaire est aujourd’hui devenu la première préoccupation de l’ONU. Le texte présenté a été adopté sans veto de la Russie. Il faut dire qu'il n'est pas contraignant…

Si les pourparlers en Suisse entre l'opposition et le régime syrien ont été suspendus, samedi 15 février, après deux rounds parfaitement stériles et si le régime syrien est arrivé en Suisse peu enclin au moindre compromis, c’est en partie parce que le rapport de force sur le terrain a basculé depuis le début de l’année 2013 grâce à l’intervention des miliciens chiites de la région. 

L’afflux de ces milices venues du Liban ou d’Irak, et dont la plupart sont soutenues par l’Iran, est un facteur déterminant dans le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, et donc dans la poursuite du conflit, quand l’opposition semblait proche de la victoire à l’été 2012, avant de décliner peu à peu. « Il est probable que sans le réseau régional iranien de combattants chiites, le régime d’Assad n’aurait pas été capable de conduire la plupart de ses récentes contre-offensives », estime le chercheur Phillip Smyth, chercheur à l’université de Maryland, aux États-Unis, et spécialiste des mouvements chiites.

Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? La plupart des chercheurs les estiment plus nombreux que les djihadistes sunnites venus de l’étranger pour garnir les rangs de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL, lire notre article) et surtout Jabhat En-Nusra, plus proche de la population mais qui a saisi l’étiquette Al-Qaïda pour attirer les combattants étrangers.

Aux côtés du régime syrien, il y a d’abord les Gardiens de la révolution iraniens, l’armée idéologique de Téhéran, qui forment les militaires syriens et leur assurent un soutien logistique. Selon les différentes estimations, leur présence se chiffre en milliers d’hommes. Les forces du Hezbollah libanais, bien entraînées et directement liées au guide suprême iranien Ali Khamenei, sont estimées entre 3 000 et 5 000 hommes. De ces deux entités est issu le groupe Asa’ib Ahl al-Haq, très actif et qui menaça de frapper les États-Unis à l’été 2012, lorsque Washington avait encore en tête de bombarder le régime syrien. Les miliciens du groupe Badr constituent, eux, la principale force venue d’Irak. Parmi les autres milices, subsiste notamment la première formation chiite apparue en Syrie, désignée sous le nom de Liwa’ Abu Fadl al-Abbas, et principalement composée de combattants chiites syriens.

Identifier les groupes présents en Syrie est une chose. Mais estimer le nombre de leurs miliciens relève du casse-tête. « Ce sont des données très secrètes, explique Phillip Smyth. Je regarde d’abord les annonces de funérailles de combattants chiites en Irak, sur les réseaux sociaux, sur les sites internet. J’ai aussi des contacts en Syrie, que j’interroge. Si un groupe de combattants perd une dizaine d’hommes par semaine, et arrive à se maintenir en Syrie, on comprend alors que c’est un groupe important. Je dirais que leur nombre n’a cessé d’augmenter, pour atteindre entre 5 000 et 8 000 combattants. Ces organisations sont maintenant déployées autour d’Alep, jusqu’à des villages chiites isolés au nord du pays ou à Damas. » « Leur nombre fluctue, poursuit le chercheur, car à la différence des djihadistes sunnites, les combattants chiites rentrent chez eux, au Liban, en Irak, avant de se redéployer à nouveau. C’est tout particulièrement vrai pour les combattants expérimentés, qui rentrent également en Irak pour agir au niveau politique et recruter de nouveaux miliciens. »

La preuve de l’efficacité des miliciens chiites n’est plus à faire. Au printemps 2013, l’apport de ces combattants fut décisif pour reprendre l’aéroport d’Alep à l’opposition. Par la suite, la bataille et la victoire du Hezbollah à al-Qousseir – une ville à fort enjeu stratégique, puisque située entre Homs et la frontière libanaise, et devenue depuis une victoire symbolique pour le camp chiite (lire sur ce thème l’article de recherche « L’engagement du Hezbollah dans la guerre civile syrienne :
 Nouvelle mutation ou indice de décadence du mouvement ? ») – a démontré tout le savoir-faire des combattants d’Hassan Nasrallah et des milices.

« Les Libanais et Irakiens œuvrent en étroite collaboration avec l’Iran, explique Phillip Smyth. Le Hezbollah dispose notamment d’un commandant iranien des Gardiens de la révolution, qui assure la liaison avec Téhéran. Ils sont bien plus unis que les sunnites. La plupart arrivent en Syrie par avion, par l’aéroport de Damas qui est principalement sécurisé par les milices. Ce qui nécessite également une coordination avec l’armée syrienne. »

La guerre syrienne au-delà des frontières

Reste la question principale : pourquoi combattre aux côtés d’Assad ? La plupart des analystes mettent en avant le facteur « chiites contre sunnites », ce schisme au sein de l'Islam censé justifier une mobilisation automatique de part et d’autre. Le mouvement Al-Qaïda ne considère-t-il pas le régime iranien comme apostat et les chiites comme des hérétiques ? La réalité des rapports de force, des relations de hiérarchie et de solidarité militaires est pourtant bien plus complexe. « L’implication des acteurs chiites – Iran, Hezbollah libanais, groupes irakiens – est souvent présentée en des termes religieux, écrit le think tank américain Carnegie endowment for peace, dans une note publiée en janvier 2014. Mais les motivations des combattants chiites en Syrie (ou du moins des États et groupes qui les ont envoyés là-bas) sont plus nuancées, et dues à un nombre de facteurs géopolitiques, de défense ou impliquant le sens de l’autopréservation, plutôt qu’à un simple sectarisme comme il est souvent fait mention. » 

Souvent présenté comme automatique, le soutien des chiites à la communauté alaouite, dont sont issus la plupart des dignitaires du régime syrien, est un leurre, quand les Alaouites ne sont pas considérés comme des chiites par bien des groupes et clercs d’Irak et d’Iran. En lui-même, le régime d’Assad importe d’ailleurs peu aux miliciens. « Leurs motivations n’ont pas grand-chose à voir avec le fait de défendre le régime, estime Phillip Smyth. Il s’agit avant tout de défendre les lieux sacrés, autour de Damas en particulier, avec la mosquée Sayyida Zineb. À partir de 2013, un nouveau paradigme est apparu, quand des katibas (groupes de combattants) chiites ont affirmé s’engager en Syrie pour éviter que les djihadistes sunnites ne viennent les menacer… en Irak. »

L’autre facteur est la volonté directe du clergé iranien de s’impliquer dans le conflit syrien. Mi-2013, une fatwa, émise sur Facebook par l’ayatollah Al-Haeri, a déclaré la Syrie comme terre de djihad pour la défense de l’Islam, et mis fin aux atermoiements d’un clergé iranien, jusque-là divisé sur la question du djihad en Syrie. « Sans le soutien de l’Iran et la structure idéologique du régime syrien, il n’y aurait pas une telle présence de combattants chiites en Syrie, explique Phillip Smyth. Les Libanais du Hezbollah répondent par exemple à un commandement direct du clergé iranien, et pour eux, leur désobéir équivaudrait à désobéir à Dieu lui-même. La majorité des combattants chiites adhèrent à l’idéologie iranienne, en arabe Wilayat al-Faqih, la structure qu’utilise l’Iran sous la coupe du guide suprême, Ali Khamenei. Si Khamenei émet une fatwa, le groupe qui suit Wilayat al-Faqih obéira à cette fatwa. Or presque tous les groupes suivent cette idéologie. Ils ont foi en l’idéologie de l’Ayatollah Khomeiny, qui a pris l’Iran en 1979. » Téhéran tente en outre de séduire des clercs militants qui ne lui sont pas directement liés, et notamment Moqtada al-Sadr et ses milices irakiennes, pour les convaincre de se joindre à eux dans le djihad en Syrie.

L’extension du conflit sur le territoire libanais participe également de cette dynamique géostratégique, bien davantage que le seul facteur chiite qui n’était pas, du moins jusqu’à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine en 2003, un élément clé de la politique étrangère iranienne. L’attentat survenu à Beyrouth le 19 février 2014 contre le centre culturel iranien est d'ailleurs, selon la plupart des observateurs, une émanation directe du conflit syrien.

Dimanche 16 février, le chef du Hezbollah avait une nouvelle fois annoncé vouloir éliminer les takfiri (terme utilisé par Nasrallah pour désigner les djihadistes sunnites) de Syrie. Une stratégie en apparence sectaire, mais en réalité toute pragmatique, quand son engagement aux côtés du régime d’Assad a beaucoup nui à la capacité de soft power du Hezbollah et de l’Iran auprès des populations arabes, y compris chiites. « Sa déclaration confirmait les dernières évolutions de son discours, estime Romain Caillet, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) basé à Beyrouth. Nasrallah parle davantage de “l'ennemi takfiri” que de “l'ennemi sioniste”, et ce pour conserver le soutien des chiites libanais non islamistes, qui voient désormais dans le Hezbollah un protecteur contre les radicaux sunnites en Syrie et au Liban. »

« L’attentat et le conflit syrien sont clairement connectés, juge pour sa part Phillip Smyth. C’est une manière pour les groupes proches d’Al-Qaïda de dire à l’Iran et au Hezbollah : nous pouvons vous frapper quand nous voulons, où nous voulons, même là où vous vous croyez en sécurité. »

Si elle déborde aujourd'hui des frontières syriennes, l’influence des miliciens chiites demeure liée à la volonté de Téhéran de s’impliquer dans le conflit. L’Iran pourrait-il décider de les retirer de Syrie si des progrès par voie diplomatique se faisaient jour, comme l’espère Obama depuis la fin de l’année 2013 ? « La majorité de l’administration américaine est déconnectée de la réalité du terrain, juge au contraire Phillip Smyth. Les Iraniens ont implanté des milices en Syrie, gardent la haute main sur celles-ci et auraient certes la capacité de les faire se retirer. La question est : pourquoi le feraient-ils ? Ça n’arrivera pas à moyen terme. Une fois que vous avez déclaré le djihad, le but, c’est de remporter la victoire. Vous pouvez négocier ce que vous voulez avec l’Iran ; la réalité, c’est que pendant ce temps-là, les milices chiites continuent de se battre. Cette idéologie qu’ils ont bâtie est leur premier relais dans le monde arabe. Et Téhéran l’abandonnerait en échange d’une légère diminution de sanctions économiques ? Ce n’est pas réaliste. »

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Syrie
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Mercredi 22 janvier 2014 3 22 /01 /Jan /2014 15:33

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Explicateur 22/01/2014 à 13h03

La Syrie à Genève 2 : pendant la diplomatie, le massacre continue

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 


Des Syriens à pied dans les débris de la ville de Deir Ezzor, le 4 janvier 2014 (Ahmad Aboud/AFP)

 

La seule certitude de la Conférence de paix sur la Syrie qui s’est ouverte ce mercredi à Montreux, près de Genève, c’est qu’elle ne suffira pas à ramener la paix dans ce pays martyr.

Les plus optimistes y verront le début d’un processus pouvant éventuellement déboucher sur la paix, sur une paix hypothétique dont on voit mal les contours à ce stade.

Les plus réalistes savent que des millions de Syriens vont souffrir un deuxième hiver de privations, de froid, de souffrances, de peur, de mort.

Ces conclusions sont hélas le constat de la partie de dupes qui se déroule autour de la table et dans les coulisses de cette conférence convoquée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dont le mandat restera marqué par l’impuissance désespérante de l’organisation mondiale face au conflit central de ce début de siècle.

                                                                                                                                                                                                                             1 Les absents

 

 


Dessin de Baudry

 

La liste des participants est d’abord significative par le nombre et la qualité de ses absents :

  • les vrais représentants du régime syrien : Bachar el-Assad a bien joué en envoyant à Genève une délégation de « gentils » diplomates, pas de politiques du Baas ou du clan au pouvoir, et encore moins de responsables de la sécurité. Il signifie ainsi à la communauté internationale que la guerre de Syrie est une affaire « extérieure », pas une révolte contre le régime. Les diplomates ne sont pas là pour négocier l’effacement de Bachar el-Assad (qui laisse entendre qu’il pourrait se présenter pour un nouveau mandat...) ni pour répondre des atrocités commises par le régime : ils sont venus pour dénoncer les « ingérences » étrangères en Syrie, et conforter la place du gouvernement légal ;
  • les forces dominantes de la rébellion armée  : après de nombreuses péripéties, la Coalition nationale syrienne a accepté d’être présente à Genève. Mais cette organisation en principe unitaire est désormais loin de représenter les principales forces combattantes sur le terrain de la guerre de Syrie. En bientôt trois ans de soulèvement et deux ans de lutte armée, la donne a changé : le front islamique, qui regroupe les islamistes non-djihadistes, est devenu la principale force combattante, et a refusé de participer à la conférence, considérant les délégués comme des « traîtres ». Même rejet de la part des deux groupes djihadistes liés à Al Qaeda, le Front al-Nosra et l’Armée islamique de Syrie et du Levant (Isis selon son acronyme anglais), qui ont un agenda plus vaste qu’une simple « transition » à Damas ;
  • l’Iran : d’abord invité par Ban Ki-moon, la République islamique d’Iran a vu son invitation annulée sous la pression des rebelles de la Coalition nationale syrienne. Les opposants réclament le départ des conseillers iraniens qui aident l’armée de Bachar el-Assad, et l’arrêt du soutien financier de Téhéran à Damas. Les rebelles se méfient du soudain retour en grâce de l’Iran depuis son accord nucléaire avec les puissances occidentales, et de la lune de miel qui s’esquisse entre Téhéran et Washington, dont ils ne veulent pas faire les frais. L’absence de l’Iran prive néanmoins les négociateurs d’un levier possible sur Assad.

                                                                                                                                                                                                                             2 L’horreur

 

Voir le document

(Fichier PDF)

 

A la veille de l’événement, un rapport accablant est venu saper un peu plus les fondements moraux de cette conférence qui réunit les bourreaux et les victimes.

Ce rapport [PDF], réalisé par trois anciens procureurs internationaux sur la base du témoignage d’un ancien geôlier, accuse Damas d’avoir systématiquement recours à la torture dans ses prisons. Le document de 31 pages a été publié lundi par CNN et The Guardian : il contient des images de corps portant des marques de lacérations, de strangulation ou d’électrocution, des visages sans yeux et des corps affamés dont la plupart montrent des signes de torture.

 


Un exemple des photos atroces contenues dans le rapport (Capture d’écran)

 

Les auteurs du rapport affirment disposer de 55 000 images d’au moins 11 000 victimes, mortes entre mars 2011 et août 2013. Ils les ont obtenues grâce à un policier militaire qui travaillait secrètement pour l’opposition. Identifié sous le pseudonyme de « Caesar », l’homme affirme avoir été photographe pour la police militaire, avant de faire défection. Sa mission, dit-il, était de prendre des images des cadavres.

La publication de ce rapport 48 heures avant Genève 2 n’est pas fortuite. Le rapport a été commandé par un cabinet d’avocats londonien agissant pour le Qatar, très engagé dans le soutien à l’opposition syrienne. Mais ses auteurs sont des juristes à la réputation internationale incontestable, et la documentation produite est accablante.

Elle peut servir de base à des poursuites contre les principaux dirigeants syriens et les responsables de la sécurité du régime pour « crimes contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale. Une menace qui pèse sur Bachar el-Assad et son entourage même si la communauté internationale a gardé cette « carte » en réserve jusqu’ici.

Mais peut-on négocier avec un pouvoir qui s’est rendu coupable de telles atrocités ? Ainsi posée, la question est dans le registre de la morale, pas de la diplomatie qui, on le sait, obéit plutôt au registre du cynisme.

                                                                                                                                                                                                                             3 L’impuissance

 

Il y a encore un an, les dirigeants occidentaux, la France en tête, misaient sur un départ rapide de Bachar el-Assad, face à la montée de la rébellion. L’optimisme a cédé la place à un sentiment croissant d’impuissance face à la résilience du régime et de ses alliés (Russie, Iran, Hezbollah..), aux divisions de l’opposition, et à l’incapacité à définir une stratégie cohérente pour les « Amis du peuple syrien ».

L’épisode des « frappes punitives » qui n’ont pu avoir lieu à la fin de l’été, après l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, a assurément constitué un tournant, laissant les plus va-t-en-guerre des Occidentaux, là encore la France en tête, orphelins d’une action plus déterminée.

 


Bachar el-Assad dans son Palais de Damas le 19 janvier 2014 (Photo de l’agence syrienne SANA, via AP/SIPA)

 

L’administration Obama en a décidé autrement, jugeant plus sage de s’entendre avec la Russie à la fois pour détruire l’armement chimique syrien, processus en cours en ce moment, et pour relancer le processus de Genève 2, amorcé avant l’été mais resté lettre morte.

Parallèlement, le rapprochement avec l’Iran avec l’accord nucléaire esquissait une redistribution possible des cartes au Moyen-Orient, remettant Téhéran dans le jeu comme contrepoids au djihadisme sunnite.

A l’arrivée, il n’y a donc plus guère que la France pour proclamer quotidiennement que le départ d’Assad est à l’ordre du jour, avec la création d’un « gouvernement de transition » excluant l’actuel Président.

A son arrivée à Montreux, mercredi, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, convenait que « la seule solution au drame en Syrie est une solution politique, et non une solution militaire ».

Il ajoutait au micro de BFM-TV :

« La vraie conférence va débuter dans deux jours, lorsque l’opposition modérée, que nous soutenons, et des représentants du régime commenceront à discuter. C’est à ce moment-là que cela peut avancer ou capoter.

Si cela capotait, ce serait le drame parce que ça signifierait que les tueries continueraient. Il faut à la fois avancer pour construire ce gouvernement de transition et en même temps prendre rapidement des mesures de confiance, c’est-à-dire des mesures humanitaires et de cessez-le feu. Notre effort va porter sur ces deux aspects. »

Autant dire qu’un miracle est improbable, et que Genève 2 n’a guère de chances de mettre fin au calvaire des Syriens. La poursuite du malheur des Syriens sera aussi la honte de la communauté internationale.

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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Mercredi 22 janvier 2014 3 22 /01 /Jan /2014 15:18

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Ce qui nous arrive sur la Toile 22/01/2014 à 11h08

La Syrie privée d’Internet : Assad ne peut rien contre un saladier en métal

Xavier de La Porte | France Culture

 

 

On le sait, la guerre en Syrie a lieu aussi sur les réseaux, à coups de vidéos postées sur YouTube contre photos de propagande sur Instagram, à coups d’opérations de piratages menées par l’Armée électronique syrienne – un groupe de hackers proche du pouvoir – contre opérations ponctuelles des Anonymous en soutien à l’opposition.

 


Capture d’écran du premier article de la série de CBS News (CBSnews.com)

 

Mais cette guerre n’est pas seulement une guerre SUR les réseaux – une guerre des contenus –, c’est aussi une guerre DES réseaux – une guerre pour la connexion. Car l’usage d’Internet, ça commence par là, par l’accès aux réseaux. De cette guerre, on ne sait pas grand-chose, car elle est invisible, car elle est moins folklorique que le piratage du compte Twitter d’Obama, car elle est bassement matérielle et technique. Et pourtant cette guerre est centrale. Pour qu’une vidéo de massacre nous arrive, il faut bien que quelqu’un, quelque part en Syrie, l’ait mise en circulation. Il y a quelques semaines, une série de papiers du site de CBS a apporté quelques informations intéressantes.

Tout un pays hors ligne plusieurs jours durant

Ils affirment ce qu’on savait, le régime de Bachar el-Assad fait en sorte de réduire l’accès des Syriens à Internet. La connexion est le plus souvent difficile. Et, d’après les témoignages, ceci a commencé dès le 12 mars 2011, lendemain des premières manifestations dans plusieurs villes du pays. A Damas, à Alep, à Deraa, Internet a été coupé à la fois en connexion fixe et en connexion mobile par la 3G.

A plusieurs reprises, en novembre 2012, puis en mai et en août 2013, ces coupures ont même attiré l’attention de l’étranger, toute la Syrie se retrouvant hors ligne pendant plusieurs jours consécutifs. A chaque fois, le gouvernement a accusé les rebelles d’être à l’origine de ces coupures, ils se seraient attaqués aux câbles de fibre optique qui relient la Syrie au monde extérieur (il y a quatre câbles : l’un va à Chypre, l’autre en Egypte…).

Les experts contestent cette version, car du fait de la nature décentralisée du réseau, si un câble est coupé, les paquets d’information trouvent une autre voie et passent par un autre câble. Et puis la manière dont ces coupures se sont déroulées – pas brutalement, mais en quelques minutes, comme si un programme entrait en action – fait pencher la responsabilité du côté du fournisseur d’accès.

Un droit de plus retiré aux Syriens

En Syrie, un seul fournisseur d’accès, le Syrian Telecommunications Establishment, contrôle la plupart de l’infrastructure du pays, et il est propriété de l’Etat. Or, il est techniquement possible pour le fournisseur d’accès de faire en sorte que les routeurs qui, à l’entrée du pays, orientent les paquets d’information vers les bons réseaux et les machines auxquelles ils sont destinés, n’aient pas les indications nécessaires pour le faire. Auquel cas les paquets n’arrivent jamais à destination. Il semble bien donc que le gouvernement syrien prive ainsi son peuple d’un droit supplémentaire – pas le plus grave évidemment, mais un droit important – celui de se connecter à Internet.

Alors, comment font les Syriens ? Eh bien ils font preuve « de ruse et de courage », dit le journaliste de CBS. Et ils bricolent.

Son modem 3G dans un saladier

Un des moyens, quand on habite pas loin d’une frontière, c’est de se greffer au réseau mobile du pays voisin, quitte à avoir recours à des outils maison. Un opposant au régime explique comment il met un modem 3G dans un saladier en métal et l’oriente vers l’antenne jordanienne la plus proche pour améliorer la réception. Le saladier en métal amplifie considérablement le signal, et permet à ce monsieur d’atteindre un débit suffisant pour regarder des vidéos en streaming. Mais, plus important encore, en se connectant à une borne Wi-Fi de bonne qualité, ce monsieur fournit du réseau à 3 km à la ronde, devenant une sorte de fournisseur d’accès à Internet pour les opposants de la ville. Et ce monsieur explique au journaliste qu’il en va de même aux frontières de la Turquie, de l’Irak ou du Liban.

La leçon. La lutte pour la connexion est inégale entre un gouvernement qui contrôle le seul fournisseur d’accès et les usagers qui doivent d’abord sauver leur peau, se nourrir, se tenir au courant du sort de leur proche ou faire avec les coupures d’électricité (et avant même d’être connecté, un téléphone et un ordinateur doivent être alimentés en électricité). La lutte est inégale mais il est presque impossible pour le gouvernement de la gagner complètement car Internet, c’est du matériel, ça se bricole et que le réseau a une vertu, il est invisible.

 

Publié initialement sur
France Culture
                                                                                                                                                                                                                           Source : rue89.nouvelobs.com

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Mercredi 27 novembre 2013 3 27 /11 /Nov /2013 16:47

 

Source : rue89.com

 

Arme de guerre 26/11/2013 à 13h16

En Syrie, les femmes violées dans les geôles du régime

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

 

 


Des réfugiées syriennes qui ont fui Alep étendent du linge à Bab Al-Salameh, près de la frontière turque, le 30 août 2012 (Muhammed Muheisen/AP/SIPA)

 

Combien sont-elles ? Plusieurs milliers ? Impossible de savoir combien de femmes ont été violées en Syrie depuis le début du conflit en mars 2011. D’après un chiffre donné par la fondation Thomson Reuters en novembre 2013, elles seraient au moins 4 000 à avoir été victimes de violences sexuelles. Le SNHR (Syrian Network for Human Rights) en comptabilise plus de 6 000.

Dans une région où les victimes de viol sont stigmatisées et considérées comme des coupables – certaines sont chassées par leurs familles –, leur réticence à témoigner laisse craindre un chiffre nettement supérieur.

 

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(Fichier PDF)

 

Ce 25 novembre, dans son rapport [PDF] consacré à la Syrie, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) qualifie les agressions sexuelles en Syrie de « tactique délibérée visant à blesser l’autre partie ».

Sa lecture et celle des précédents rapports, publiés régulièrement depuis le début de la guerre, décrivent l’épouvante dans laquelle sont plongées les femmes syriennes. Menaces, viols, enlèvements, chantage, pressions : elles sont en première ligne des combats.

Torture et violences sexuelles

Plus de 700 cas de viols commis dans les prisons du régime de Bachar el-Assad ont été documentés. Un systématisme tel qu’on est quasiment certain qu’une femme vue dans un commissariat ou interpellée par les forces gouvernementales a été victime de harcèlement ou de violences à caractère sexuel, écrit la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Certains récits, rapportés par les soignants, témoignent de la cruauté des agresseurs, comme celui d’une jeune syrienne dont le frère avait été forcé de la violer.

 

Voir le document

(Fichier PDF)

 

Dans son rapport [PDF] publié en décembre 2012, la FIDH rapporte ce témoignage d’un homme syrien témoin d’actes de torture et de violences sexuelles perpétrés contre trois jeunes étudiantes :

« On les a forcées à se déshabiller intégralement devant 42 prisonniers. L’une des jeunes filles qui refusait d’enlever ses sous-vêtements parce qu’elle avait ses règles, fut forcée de le faire. Pendant tout ce temps, elles firent l’objet de jurons et d’avances sexuelles.

On les fit se pencher puis se relever, puis les hommes s’approchèrent et commencèrent à leur faire des attouchements tout en ayant des comportements de nature sexuelle à leur égard. Des traces de coups étaient visibles sur leurs corps. J’ai appris qu’elles avaient été amenées de la section antiterrorisme. Cette scène de harcèlement envers ces jeunes filles, qui s’est déroulée devant moi, a duré environ 15 minutes...

Dans les casernes dans lesquelles j’ai été détenu, la plupart des prisonniers étaient en isolement carcéral en raison de problèmes avec le personnel de sécurité.

Je pense qu’ils ont voulu que nous assistions à cette scène, en guise de menace, pour que nous sachions que la même chose pouvait arriver à “nos femmes” si nous poursuivions nos activités contre le régime. »

Humilier les familles

Lorsqu’elles ne sont pas violées, certaines Syriennes contrôlées par la police subissent des pressions insoutenables. Une jeune femme citée par le REMDH raconte qu’en détention, un officier de policier s’est vanté d’avoir violé dix-sept prisonnières :

« Quand je lui ai demandé quel crime ces filles avaient commis, il m’a dit qu’il avait envie de les violer et d’humilier leurs familles. Il m’a aussi dit qu’il autorisait ses hommes à violer les femmes et à filmer leur sauterie, comme il disait. Il m’a dit qu’il allait envoyer la vidéo à l’oncle d’une des filles, un religieux très connu et membre de l’opposition. »

Des vidéos de violences et de viol en réunion circulent effectivement sur Internet.

Ce témoignage d’une femme enlevée et victime d’attouchements fait également état de méthodes d’interrogatoire violentes :

« L’homme qui m’avait dit que je lui plaisais proposa de m’interroger. Il me conduisit dans une pièce minuscule. J’avais très peur. J’ai demandé à rester là où j’étais pour être interrogée devant les autres, mais il me frappa et me força à entrer dans la pièce.

Il commença à me toucher, en mettant ses doigts sur mes lèvres et en s’amusant avec. Il m’indiqua que j’avais été arrêtée parce que certains de mes amis avaient avoué que j’étais impliquée dans la révolution. J’ai nié.

Nous sommes restés dans le studio de 10 heures à 15 heures Ils nous ont ensuite amenées dans une toute petite maison. Après un moment, deux hommes sont entrés et nous ont dit que nous n’étions pas en détention, mais que nous avions été enlevées.

Les résidents de Harasta avaient enlevé X et Y et ils nous avaient kidnappées pour les échanger contre nous. Dans la nuit, trois jeunes hommes arrivèrent accompagnés d’un homme plus âgé. L’un d’eux me ligota les mains et les pieds, me bâillonna, et m’assit sur le sol.

Peu de temps après, deux d’entre eux s’approchèrent de moi, en me faisant des attouchements sur tout le corps et sur mes parties intimes. Ils se mirent à boire et revinrent vers moi de temps en temps, mais ils ne m’ont pas violée. »

Utilisées comme boucliers humains

Le rapport du REMDH fait état d’une pratique courante mais méconnue : l’utilisation des femmes et des enfants comme boucliers humains par l’armée régulière syrienne.

« En décembre 2012, Samia et son amie Loubna ont été arrêtées par les forces gouvernementales au checkpoint d’Al-Arbaeen, sur la route qui relie Al-Moadamieh au quartier Dari (sud de Damas).

Un échange de tirs a eu lieu entre l’armée et des groupes armées. Le commandant a utilisé les femmes pour se protéger en les plaçant en première ligne jusqu’à ce que les troupes aient atteint un endroit sûr. »

Monnaie d’échange

Le Réseau syrien des droits de l’homme estime qu’entre décembre 2011 et mai 2012, 125 femmes et deux enfants ont été pris en otage. Les personnes enlevées servent de monnaie d’échange ou « pour faire pression sur les hommes de la famille afin qu’ils se rendent ».

A ce sujet, le rapport de la FIDH écrit :

« Selon plusieurs femmes et des organisations proposant des services de soutien, les familles forcent quelquefois les survivantes d’un viol à se marier pour “ sauver l’honneur familial ”.

Les risques de stigmatisation et de rejet des survivantes impose une culture du silence, empêchant les femmes de dénoncer les crimes sexuels subis. De ce fait, une grande partie de celles qui ont besoin d’un soutien médical et psychosocial n’y ont pas accès. »

Le cauchemar continue dans les camps

Les Syriennes réfugiées en Jordanie ne sont pas forcément en sécurité, alerte Amnesty International. Outre les hommes qui « visitent » le camp à la recherche d’épouses, souvent très jeunes, des cas de viols ont été constatés :

« Le dernier cas d’agression sexuelle signalé est celui d’une réfugiée syrienne de 14 ans qui, selon les informations parues dans la presse, a été violée en réunion par trois hommes syriens le 24 septembre 2013.

Une organisation jordanienne qui propose des services psychosociaux aux femmes et aux jeunes filles syriennes dans le camp de Zaatari nous a indiqué qu’elle recevait chaque mois, en moyenne, trois à cinq d’entre elles qui se plaignaient d’avoir subi une forme de violence sexuelle ou de violence liée au genre. »

 

 

 

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