Syrie

Samedi 15 mars 2014 6 15 /03 /Mars /2014 18:54

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com

 

 

SYRIE. 3 ans de guerre, 140.000 morts et un statu quo

Céline Lussato

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Publié le 15-03-2014 à 08h23

Le pays entame sa quatrième année de bain de sang. Un tableau catastrophique où tous les acteurs semblent figés dans un rôle dont ils ne veulent ou ne peuvent plus sortir.

 

Des hommes secourent une jeune fille blessée, à Douma, près de Damas, le 7 janvier 2014. (Bassam Khabieh / Reuters) Des hommes secourent une jeune fille blessée, à Douma, près de Damas, le 7 janvier 2014. (Bassam Khabieh / Reuters)

 

 

 

La Syrie entre ce 15 mars dans sa quatrième année de violences. De l'espoir de changement, il ne reste rien. Balayé. Comme les vies de plus de 140.000 personnes, les quartiers rasés, la volonté de la communauté internationale, aussi, de faire cesser l'horreur qui se déroule dans le pays. Portrait d'un pays en ruines.

Assad, reclu dans son palais, et candidat à sa succession 

Lorsque les premiers manifestants syriens descendent dans les rues de Damas en mars 2011 c'est, portés par la vague de ce que l'on continue d'appeler les Printemps arabes, pour demander plus de liberté. Pour les plus audacieux, il s'agit de demander que le président Bachar al-Assad, héritier du pouvoir de son père Hafez, quitte ses fonctions.

Trois ans plus tard, reclus dans son Palais, Bachar al-Assad est toujours aux commandes, même si un certain flou entoure son entourage. Il continue de promulguer des lois, comme celle, mercredi, concernant la régulation de l'entrée et la résidence des étrangers dans le pays alors même que ses forces armées ne contrôlent plus certaines zones frontalières… Une manière de montrer son opposition à l'entrée sur le sol syrien de combattants mais aussi de personnels humanitaires sans autorisation de Damas.

Une "violation de la souveraineté de l'Etat syrien", dénonce Damas qui refuse pour autant de fournir toute autorisation aux ONG qui en font la demande.

Bachar al-Assad, qui n'a aucunement l'intention de passer la main, a d'ores et déjà annoncé son intention de briguer un nouveau mandat lors du prochain scrutin. Des élections une nouvelle fois sans réelle opposition, aux résultats sans doute aussi truqués que les précédentes et, cette fois, dans un pays ravagé par la guerre.

Une opposition intérieure traquée

En trois ans de lutte, les opposants qui ont fait le choix de rester en Syrie ont soit trouvé la mort, soit croupissent en prison, soit ont disparu. L'une des dernières figures du mouvement de contestation pacifique, Razan Zaitouneh, s'est elle aussi évanouie dans la nature, arrêtée par des hommes armés à Douma où elle s'était réfugiée après des mois passés dans la clandestinité. Enlevée par les sbires de Bachar pour avoir organisé la rébellion pacifique contre lui ? Réduite au silence par les islamistes ulcérés d'entendre sa voix laïque dans la rébellion ?

Les esprits libres n'ont aucune place dans la Syrie d'aujourd'hui. Pas plus qu'il y a trois ans. Et non seulement les prisons ne désemplissent pas, mais les prisonniers politiques y subissent un sort plus atroce qu'on ne pourrait l'imaginer comme en a témoigné il y a quelques semaines un photographe employé dans l'une d'entre elle qui a fini par fuir le pays.

Non sans emporter avec lui quelque 55.000 clichés pris dans le centre pénitentiaire où il travaillait. Les images de 11.000 personnes décédées, affamées, portant des marques de tortures, de strangulation…

 

Une opposition extérieure en lambeaux 

Quant à l'opposition extérieure, minée par les divisions, sans réel contrôle sur l'Armée syrienne libre,  ayant perdu le soutien de l'intérieur du pays face à ses échecs successifs, mais aussi sans soutien financier international de poids, elle s'apparente aujourd'hui à un "machin" dont on ne sait plus quel rôle il peut bien avoir. Dernière action en date : la participation à la Conférence dite "Genève 2" : un fiasco

Non seulement, ces pourparlers n'ont abouti à rien de concret, mais ils ont en quelque sorte prouvé l'impuissance de l'opposition extérieure.

La situation sécuritaire catastrophique

La situation sur le terrain reste donc bel et bien catastrophique. Bombardements incessants, civils pris en otages au milieu des combattants, viol comme arme de guerre… la violence à son paroxysme. Les rapports successifs des ONG de défense des droits de l'homme n'y changent rien, la violence perdure dans le pays où quelque 140.000 personnes sont officiellement décédées depuis le début du conflit, des centaines de milliers blessées.

Des quartiers entiers de villes sont désormais transformés en tas de gravats soit en raison de bombardements, soit en l'absence totale de tout objectif militaire comme l'a notamment dénoncé HRW.

Le quartier de Khaldye à Homs (AFP)

Les populations civiles se retrouvent prises en otages entre forces loyalistes et djihadistes qui n'ont que faire de leurs vies.

Les combattants islamistes les plus radicaux de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) s'en prennent, de plus, directement aux populations civiles qui ne respectent pas leur vision radicales des règles de l'Islam : torture, flagellation, exécutions sommaires sont monnaie courante dans les prisons secrètes gérées par l'EIIL dans les zones qu'ils contrôlent notamment dans le nord du pays à Raqqa ou Alep.

Ces violences induisent des conditions de vies absolument catastrophiques pour l'ensemble de la population.

La situation humanitaire épouvantable

Les cas de malnutrition voire de sous-nutrition ne sont plus rares dans le pays. Conséquence des difficultés à transporter les biens de consommation dans le pays en guerre mais aussi instrumentalisation de la faim comme une arme dans le pays.

Des quartiers entiers de villes sont assiégés pour en affamer les populations. L'horreur de la vie dans le centre de Homs ou dans le camp palestinien de Yarmouk au sud de Damas sont les exemples les plus criants de cette instrumentalisation de la faim par Assad : corps émaciés, témoignages poignants, cadavres à la pelle…

Une enfant du camp de Yarmouk (AFP)

Le monde médical est aussi totalement désorganisé dans le pays. Le régime vise depuis trois ans les médecins et infirmières qui ont l'audace de soigner les blessés soupçonnés de soutenir la révolte dans le pays. Le personnel soignant est décimé et de nombreux Syriens décèdent de maladie chronique en l'absence de soin et de médicaments dont l'approvisionnement n'est plus non plus assuré.

Un immense exode est donc en cours

Selon le Haut-commissariat de l'Onu aux réfugiés, les Syriens "sont en passe de devenir les réfugiés les plus nombreux dans le monde", avec quelque 2,5 millions de personnes ayant fui les combats et la misère, dont 1,2 million d'enfants.

Des personnes qui pour beaucoup trouvent un abri dans les pays limitrophes en particulier le Liban, la Jordanie et la Turquie mais dans des conditions souvent périlleuses et misérables. Les accueils dans les plus éloignés, notamment en Europe, sont ridiculement bas et les aides de la communauté internationale d'un niveau toujours insuffisant.

L'immense camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie (AFP)

Sans travail, avec un accès limité pour leurs enfants à l'éducation, ces populations plongent dans l'anxiété. Alors qu'une écrasante majorité d'entre eux espèrent pouvoir rentrer chez eux, ils sont plus de 65%, selon une étude d'Oxfam, à craindre de ne pas pouvoir mettre leur projet à exécution.

Et leurs conditions de vie se détériorent encore dans les pays d'accueil. Selon une étude de l'Unicef par exemple, "sur les 200.000 Syriens de moins de 5 ans qui se trouvent aujourd'hui au Liban, 2.000 présentent une malnutrition sévère qui peut entraîner la mort".

Une communauté internationale impuissante

Le ballet des voitures diplomatiques du sommet de "Genève 2" qui s'est tenu en janvier dernier symbolise parfaitement l'action de la communauté internationale ces trois dernières années concernant la Syrie : de l'agitation, un peu de bruits, mais des allers-retours qui ne mènent en fait nulle part.

Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov et le médiateur de l'Onu pour la Syrie Brahimi (AFP)

En trois années, les cartes n'ont pas été redistribuées. Deux camps indéfectibles se regardent en chien de faïence : d'une part Téhéran, Pékin et surtout Moscou qui soutiennent le régime de Damas ; de l'autre les Occidentaux et les pays arabes qui affirment soutenir l'opposition syrienne. Entre les deux, le fossé s'est creusé, aucune vision commune n'a abouti.

Si les deux camps disent vouloir le retour au calme dans le pays, ce n'est pas sous les mêmes auspices. Alors que Vladimir Poutine continue de souhaiter le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, le camp adverse n'a de cesse d'affirmer que le dirigeant syrien a bien trop de sang sur les mains pour rester impuni.

Les deux camps siègent au Conseil de sécurité, seule instance susceptible de permettre une intervention quelle qu'elle soit dans le pays, et bloquent toute décision.

Si l'utilisation d'armes chimiques par Bachar al-Assad contre la population syrienne a fait penser un temps aux Occidentaux (surtout les Etats-Unis et la France) qu'ils avaient l'argument pour user de la force contre Damas, il a bien fallu qu'ils remettent leurs flingues dans leurs étuis : en brandissant la carte "diplomatie", Vladimir Poutine a convaincu chacun d'opter pour le démantèlement de l'arsenal et la tranquillité pour le dirigeant syrien. Un démantèlement toujours pas effectif.

Seule résolution à avoir finalement abouti, la 2139, exige l’arrêt des violences indiscriminées contre les civils, l’arrêt immédiat des tirs d’obus et des bombardements aériens, tels que l’utilisation des barils d’explosifs. Elle exige également que l’accès des Nations Unies et des acteurs humanitaires soit facilité et demande la levée immédiate des sièges imposés aux villes. Mais elle ne prévoit, conformément à la demande russe, aucun mécanisme de sanction en cas de non-respect.


Céline Lussato - Le Nouvel Observateur 

 

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com


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Jeudi 6 mars 2014 4 06 /03 /Mars /2014 10:25

 

Source : www.lemonde.fr

 

Le viol, arme de destruction massive en Syrie

LE MONDE | 04.03.2014 à 19h23 • Mis à jour le 06.03.2014 à 10h58 | Par Annick Cojean (Amman, envoyée spéciale)

 
 
L’œuvre de l'artiste syrien Khalil Tounès, "Hama 30" (2011, encre sur papier, 40 x 50 cm).

C'est le crime le plus tu, perpétré actuellement en Syrie. Un crime massif, organisé par le régime et réalisé dans les conditions les plus barbares. Un crime fondé sur l'un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle syrienne et sur le silence des victimes, convaincues de risquer le rejet par leur propre famille, voire une condamnation à mort.

C'est un crime qui anéantit les femmes, détruit les familles et disloque les communautés. Un crime que les hordes de réfugiés fuyant la Syrie pour les pays alentour désignent comme la cause principale de leur départ, mais que les enquêteurs de l'ONU et toutes les ONG peinent à documenter tant le sujet est douloureux.

Un crime absent des discussions de Genève alors qu'il obsède les Syriens et hante des dizaines de milliers de survivantes. Le viol. L'arme de guerre secrète de Bachar Al-Assad.

Lire l'éditorial du Monde : Syrie : l’atroce indifférence

Alma, 27 ans (les noms des victimes ont été changés), est allongée, décharnée, sur un lit d'hôpital au cœur d'Amman. Elle ne marchera plus, sa colonne vertébrale a été brisée par les coups administrés par un milicien du régime avec la crosse de son fusil. Dès les premiers mois de la révolution, cette mère de quatre enfants, diplômée en gestion, s'est engagée résolument du côté des rebelles, livrant d'abord de la nourriture et des médicaments, puis transportant des munitions dans un paquet noué sur son ventre afin de passer pour une femme enceinte.

« TU VOULAIS LA LIBERTÉ ? EH BIEN LA VOILÀ ! »

Arrêtée un jour à un checkpoint dans la banlieue de Damas, elle est restée pendant trente-huit jours dans un centre de détention des services de renseignement de l'armée de l'air, entourée par une centaine de femmes.

«Abou Ghraïb, à côté, devait être un paradis», lâche-t-elle avec un pauvre sourire, allusion à la prison américaine en Irak. « J'ai tout eu ! Les coups, le fouet avec des câbles d'acier, les mégots de cigarette dans le cou, les lames de rasoir sur le corps, l'électricité dans le vagin. J'ai été violée – les yeux bandés – chaque jour par plusieurs hommes qui puaient l'alcool et obéissaient aux instructions de leur chef, toujours présent. Ils criaient: “Tu voulais la liberté ? Eh bien la voilà !”»

Toutes les femmes, explique-t-elle, en plus de leurs souffrances, pensaient que leur famille les tueraient si elles apprenaient leur sort. Sa détermination à s'engager dans l'Armée libre n'en était que renforcée. A sa sortie, elle est devenue l'une des rares femmes chef de bataillon, à la tête de vingt hommes, avant d'être grièvement blessée et évacuée en Jordanie par ses camarades.

Lire : "Des enfants syriens utilisés comme boucliers humains"

Des centaines de milliers de Syriens ont afflué en Jordanie, et c'est là que nous avons pu, grâce à des médecins, avocates, psychologues, collecter et croiser de nombreux témoignages ainsi que rencontrer, en face-à-face, plusieurs victimes. Entretiens douloureux et sous haute pression: « Ma vie est entre vos mains. »

« ATTEINDRE LES PÈRES, FRÈRES ET MARIS »

« Il est grand temps que ce scandale soit dénoncé publiquement !, estime l'ancien président du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, membre influent de l'opposition. Car c'est cette arme, selon moi, qui a fait basculer dans la guerre notre révolution qui s'était voulue pacifique.»

Dès le printemps 2011, raconte-t-il, des campagnes de viols par les milices ont été organisées à l'intérieur des maisons alors que s'y trouvaient les familles. Des filles ont été violées devant leur père, des femmes devant leur mari. Les hommes devenaient fous et hurlaient qu'ils allaient se défendre et venger leur honneur. « Je pensais, moi, qu'il fallait tout faire pour ne pas entrer dans une phase militarisée, qu'armer la révolution allait multiplier par cent le nombre de morts. Mais la pratique du viol en a décidé autrement. Et je crois que Bachar l'a voulu ainsi. Une fois les révolutionnaires armés, il lui était facile de justifier les massacres de ceux qu'il appelait déjà “les terroristes”. »

Thèse difficile à vérifier. Ce qui est avéré, en tout cas, c'est que les violences sexuelles n'ont fait que croître, contribuant au climat de terreur. « Les femmes servent d'instruments pour atteindre les pères, frères et maris, dénonce l'écrivaine Samar Yazbek, réfugiée en France. Leurs corps sont des champs de torture et de bataille. Et le silence de la communauté mondiale sur cette tragédie me semble assourdissant.»

Lire notre post de blog : En Syrie, la crise humanitaire résumée en une file d'attente irréelle

Plusieurs organisations internationales ont fait état des viols commis par le régime – Amnesty International, l'International Rescue Committee, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Human Rights Watch… Mais toutes évoquent l'extrême difficulté à obtenir des témoignages directs, le silence obstiné des victimes, la peur des crimes d'honneur perpétrés contre les femmes violées et l'anxiété née de la perception généralisée qu'une femme arrêtée par le régime a forcément été violée.

Un rapport particulièrement bien documenté, publié en novembre 2013 par l'Euro-Mediterranean Human Rights Network, confirme l'ampleur du phénomène et proclame l'urgence d'enquêter sur ces crimes de guerre qui, si leur planification était avérée, pourraient être qualifiés de crimes contre l'humanité. « Le régime a fait des femmes ses premières cibles », affirme Sema Nassar, l'auteure principale du rapport, jointe par Skype, et dont les deux sœurs viennent tout juste d'être arrêtées. « Elles sont visées, en tant que telles, par les snipers, notamment les femmes visiblement enceintes, précise-t-elle. Elles servent de boucliers humains, comme dans le quartier Ashria d'Homs, en février 2012, quand l'armée a forcé des femmes à marcher devant les troupes ou les a même fait monter dans les tanks pendant des patrouilles. Elles font l'objet de kidnappings pour rançons et échanges. Les violer systématiquement, qu'elles aient 9 ans ou 60 ans, est une façon de détruire durablement tout le tissu social. »

VIOLÉES COLLECTIVEMENT SOUS L'ŒIL D'UNE CAMÉRA

Oui, elle a des histoires à raconter, Sema Nassar. Des cas précis, datés. Des dizaines. Comme celui de cette jeune fille d'Hama, actuellement réfugiée aux Etats-Unis, qui se trouvait chez elle avec ses trois frères quand des soldats ont fait irruption, et ont exigé que les trois jeunes gens violent leur sœur. Le premier a refusé, on lui a coupé la tête. Le deuxième a refusé, il a connu le même sort. Le troisième a accepté, ils l'ont tué sur la fille qu'ils ont eux-mêmes violée.

Ou l'histoire de cette Syrienne emmenée dans une maison de la banlieue d'Homs, à l'été 2012, avec une vingtaine d'autres femmes, torturées et violées collectivement sous l'œil d'une caméra dont le film a été envoyé à son oncle, un cheikh connu, prédicateur à la télévision, membre de l'opposition.

« La pratique est très fréquente lors des raids dans les villages, et systématique dans les centres de détention des services secrets », affirme au Monde Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue syrienne des droits de l'homme, actuellement au Caire, qui estime à plus de 50 000 le nombre de femmes violées dans les geôles de Bachar Al-Assad depuis le début de la révolution.

« LE BÂTON ÉLECTRIQUE DANS LE VAGIN OU L'ANUS »

Les régions sunnites sont assurément les plus touchées, et il note, dans les récits, une forte implication des troupes du Hezbollah libanais et de la brigade Abou Fadel d'Irak. « Avec les tortures les plus sadiques, comme le rat introduit dans le vagin d'une jeune fille de Deraa âgée de 15 ans. Avec des viols collectifs en public comme celui de quarante femmes, le matin du 5 janvier 2014, à Yelda. Et avec pour conséquence des centaines de crimes d'honneur sur les femmes sortant de prison dans les régions de Hama, Idlib ou Alep. »

C'est au camp de réfugiés syriens de Zaatari, à 80 km d'Amman, qu'on a rencontré Salma, lourde, épuisée, le regard éteint. Née à Deraa il y a une cinquantaine d'années, mais ayant habité Damas avec son mari et leurs huit enfants, elle a été stupéfaite, en 2011, d'apprendre qu'en rétorsion du soulèvement dans sa ville natale, ses enfants étaient renvoyés de leur école, dans la capitale. « Au nom de quoi punissez-vous mes petits ? Ils ne sont pour rien dans les événements ! », est-elle allée se plaindre à la directrice.

Elle n'avait pas terminé sa phrase que débarquaient les services secrets. Une cagoule sur la tête, elle a été conduite dans le sous-sol d'un centre de détention, jetée dans une cellule plongée dans l'obscurité et pleine de rats. Deux jours à l'isolement, sans boire ni manger, avant de rejoindre pour six mois la cellule minuscule occupée par deux autres femmes. « Nous ne pouvions pas nous allonger. Pas le droit de nous laver, y compris pendant nos règles. Et nous étions violées tous les jours aux cris de : “Nous les alaouites allons vous écraser.” Une seule protestation et on avait le bâton électrique dans le vagin ou l'anus. On m'a tellement battue qu'on m'a cassé la jambe. Elle est devenue noire, on m'a opérée n'importe comment avant de me remettre dans ma cellule. Ma famille n'a eu aucune nouvelle pendant six mois. Comme je ne sais ni lire ni écrire, j'ai signé avec l'empreinte de mon index n'importe quel aveu. » A sa sortie, son mari avait disparu avec la voiture.

TRAUMATISMES « INCURABLES »

Oum Mohamed, 45 ans, a été arrêtée avec sa fille le 21 septembre 2012 au hasard d'une rue et conduite à l'aéroport militaire de Mazzé. Le portable de l'étudiante affichant le drapeau de la résistance et la photo d'un «martyr», les deux femmes ont été détenues pendant vingt jours, frappées, violées, enfermées dans une cellule de 4 mètres sur 4 avec dix-sept femmes et plusieurs enfants. L'une, épouse enceinte d'un membre de l'Armée syrienne libre suspecté d'avoir participé au kidnapping de quarante-huit Iraniens dans un autobus en août 2012, était accompagnée de ses enfants de 8 et 9 ans. Le mari d'une autre, directeur de prison sanctionné pour s'être opposé à des tortures outrancières, était détenu à l'étage au-dessous, de telle façon qu'il entende les cris de sa femme pendant qu'on la violait. « Tout était occasion de sévices sexuels », conclut-elle, les yeux humides, ravagée à l'idée que l'avenir de sa fille, qui a perdu 20 kg et nécessite un traitement psychiatrique, est définitivement compromis.

Les médecins décrivent des vagins « ravagés », des corps martyrisés, des traumatismes « incurables ». Yazan, psychologue de 28 ans venu s'installer à Amman pour « aider les victimes de la guerre », nous parle ainsi (en souhaitant rester anonyme) d'un de ses patients originaires d'Homs, dont les voisins avaient dénoncé des activités révolutionnaires, entraînant le kidnapping de sa femme et de son petit garçon de 3 ans. Arrêté quelques semaines plus tard, il a été emmené dans une maison privée utilisée pour des séances de torture. « Tu ferais mieux de parler ! Ta femme et ton fils sont là ! – Amenez-les d'abord !» La jeune femme est exsangue : « Ne dénonce personne ! Ce que tu redoutais est déjà arrivé. » On les a violemment frappés tous les deux. Puis, alors qu'il était suspendu au mur par les poignets, on a violé sa femme devant lui. « Tu parles ou tu veux qu'on continue ? » La femme a alors bondi, s'est emparée d'une petite hache utilisée par les bourreaux et s'est ouvert le crâne. Le petit sera plus tard égorgé sous ses yeux.

Voir notre infographie : Syrie : l'enlisement de l'insurrection

Alors ? Initiatives barbares et dispersées menées par des soudards livrés à eux-mêmes ou arme stratégique pensée, déployée par une hiérarchie aux ordres ? Le président de la Ligue syrienne des droits de l'homme, Abdulkarim Rihaoui, n'a aucun doute : « C'est un choix politique pour écraser le peuple ! Technique, sadisme, perversité : tout est méticuleusement organisé. Aucun hasard. Les récits sont similaires et des violeurs ont eux-mêmes avoué avoir agi sur ordre. » Les avocates jointes en Syrie partagent cette conviction, malgré la difficulté à rassembler des preuves. « J'ai des photos de boîtes de stimulants [sexuels] dont se munissent les miliciens avant de partir en raid dans un village », affirme Sema Nassar. Plusieurs témoignages font également état de produits paralysants injectés dans la cuisse des femmes avant les viols.

SUICIDÉE DE N'AVOIR PU AVORTER

L'une des victimes, Amal, explique que, dans un centre de détention de Damas, un médecin – surnommé « Docteur Cetamol »– faisait le tour des cellules pour noter les dates des règles de chaque femme et distribuer des pilules contraceptives. « Nous vivions dans la crasse, dans le sang, dans la merde, sans eau et presque sans nourriture. Mais nous avions une telle hantise de tomber enceinte que nous prenions scrupuleusement ces pilules. Et quand j'ai eu un retard de règles, une fois, le docteur m'a donné des cachets qui m'ont fait mal au ventre toute une nuit. » Un témoignage capital pour établir la préméditation des viols en détention.

Des bébés naissent pourtant de ces viols collectifs, provoquant des drames en cascades. A Lattaquié, une jeune femme s'est suicidée de n'avoir pu avorter. Une autre a été précipitée par son père du balcon du premier étage. Des nouveau-nés ont été trouvés au petit jour dans des ruelles de Deraa.

« Mais comment aider ces femmes ?, se désespère Alia Mansour, membre de la Coalition nationale syrienne. Elles ont si peur en sortant de détention qu'elles restent murées dans leur malheur sans pouvoir demander de l'aide. » A Homs, nous raconte la poétesse syrienne Lina Tibi, une femme a cependant réussi à organiser en une semaine, dans le plus grand secret, cinquante opérations d'hymenoplastie sur des filles violées de 13 à 16ans. « C'était la seule façon de leur sauver la vie. » Mais les familles explosent. Des maris se détournent et divorcent. Telle belle-famille d'Homs a rassemblé les affaires de sa bru en vue de son expulsion du foyer avant même qu'elle ne sorte de prison. Des parents se précipitent pour marier leur fille au premier volontaire venu, fût-il âgé et déjà marié.
« Le monde se préoccupe des armes chimiques ; mais, pour nous, Syriennes, le viol est pire que la mort », murmure en un sanglot une étudiante en droit qui n'a encore osé confier son drame à personne. Surtout pas à son mari.

Annick Cojean (Amman, envoyée spéciale)
Journaliste au Monde

 

 

 

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 



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Lundi 24 février 2014 1 24 /02 /Fév /2014 19:14

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Syrie, la montée en puissance des milices chiites maintient en vie le régime d'Assad

|  Par Pierre Puchot

 

 

C’est l’autre « djihadisme » international, celui dont on parle peu, quand il est pourtant plus imposant que celui des combattants étrangers sunnites. Arrivés d’Irak ou d’Iran, plusieurs milliers de miliciens chiites affluent depuis le début de la guerre, en appui de l’armée syrienne et du Hezbollah. Une tendance qui s'accentue et interroge toute la stratégie déployée par les pays occidentaux.

Dans le dossier syrien, le rapport de force sur le terrain prime sur toute autre considération politique et géostratégique. Là réside la principale leçon à tirer du dernier cycle de négociation, après le nouveau fiasco des pourparlers de Genève 2, qui a poussé le médiateur international de l'ONU, Lakhdar Brahimi, à présenter ses excuses aux Syriens.

Vendredi, faute d’avoir obtenu un accord à Genève entre le régime et l'opposition syrienne, les pays occidentaux ont soumis au vote du Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie. Le texte appelle toutes les parties à lever immédiatement les sièges des zones peuplées et demande l'arrêt de toutes les attaques contre les civils. Le conflit syrien a déjà fait plus de 140 000 morts depuis mars 2011, et l’enjeu humanitaire est aujourd’hui devenu la première préoccupation de l’ONU. Le texte présenté a été adopté sans veto de la Russie. Il faut dire qu'il n'est pas contraignant…

Si les pourparlers en Suisse entre l'opposition et le régime syrien ont été suspendus, samedi 15 février, après deux rounds parfaitement stériles et si le régime syrien est arrivé en Suisse peu enclin au moindre compromis, c’est en partie parce que le rapport de force sur le terrain a basculé depuis le début de l’année 2013 grâce à l’intervention des miliciens chiites de la région. 

L’afflux de ces milices venues du Liban ou d’Irak, et dont la plupart sont soutenues par l’Iran, est un facteur déterminant dans le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, et donc dans la poursuite du conflit, quand l’opposition semblait proche de la victoire à l’été 2012, avant de décliner peu à peu. « Il est probable que sans le réseau régional iranien de combattants chiites, le régime d’Assad n’aurait pas été capable de conduire la plupart de ses récentes contre-offensives », estime le chercheur Phillip Smyth, chercheur à l’université de Maryland, aux États-Unis, et spécialiste des mouvements chiites.

Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? La plupart des chercheurs les estiment plus nombreux que les djihadistes sunnites venus de l’étranger pour garnir les rangs de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL, lire notre article) et surtout Jabhat En-Nusra, plus proche de la population mais qui a saisi l’étiquette Al-Qaïda pour attirer les combattants étrangers.

Aux côtés du régime syrien, il y a d’abord les Gardiens de la révolution iraniens, l’armée idéologique de Téhéran, qui forment les militaires syriens et leur assurent un soutien logistique. Selon les différentes estimations, leur présence se chiffre en milliers d’hommes. Les forces du Hezbollah libanais, bien entraînées et directement liées au guide suprême iranien Ali Khamenei, sont estimées entre 3 000 et 5 000 hommes. De ces deux entités est issu le groupe Asa’ib Ahl al-Haq, très actif et qui menaça de frapper les États-Unis à l’été 2012, lorsque Washington avait encore en tête de bombarder le régime syrien. Les miliciens du groupe Badr constituent, eux, la principale force venue d’Irak. Parmi les autres milices, subsiste notamment la première formation chiite apparue en Syrie, désignée sous le nom de Liwa’ Abu Fadl al-Abbas, et principalement composée de combattants chiites syriens.

Identifier les groupes présents en Syrie est une chose. Mais estimer le nombre de leurs miliciens relève du casse-tête. « Ce sont des données très secrètes, explique Phillip Smyth. Je regarde d’abord les annonces de funérailles de combattants chiites en Irak, sur les réseaux sociaux, sur les sites internet. J’ai aussi des contacts en Syrie, que j’interroge. Si un groupe de combattants perd une dizaine d’hommes par semaine, et arrive à se maintenir en Syrie, on comprend alors que c’est un groupe important. Je dirais que leur nombre n’a cessé d’augmenter, pour atteindre entre 5 000 et 8 000 combattants. Ces organisations sont maintenant déployées autour d’Alep, jusqu’à des villages chiites isolés au nord du pays ou à Damas. » « Leur nombre fluctue, poursuit le chercheur, car à la différence des djihadistes sunnites, les combattants chiites rentrent chez eux, au Liban, en Irak, avant de se redéployer à nouveau. C’est tout particulièrement vrai pour les combattants expérimentés, qui rentrent également en Irak pour agir au niveau politique et recruter de nouveaux miliciens. »

La preuve de l’efficacité des miliciens chiites n’est plus à faire. Au printemps 2013, l’apport de ces combattants fut décisif pour reprendre l’aéroport d’Alep à l’opposition. Par la suite, la bataille et la victoire du Hezbollah à al-Qousseir – une ville à fort enjeu stratégique, puisque située entre Homs et la frontière libanaise, et devenue depuis une victoire symbolique pour le camp chiite (lire sur ce thème l’article de recherche « L’engagement du Hezbollah dans la guerre civile syrienne :
 Nouvelle mutation ou indice de décadence du mouvement ? ») – a démontré tout le savoir-faire des combattants d’Hassan Nasrallah et des milices.

« Les Libanais et Irakiens œuvrent en étroite collaboration avec l’Iran, explique Phillip Smyth. Le Hezbollah dispose notamment d’un commandant iranien des Gardiens de la révolution, qui assure la liaison avec Téhéran. Ils sont bien plus unis que les sunnites. La plupart arrivent en Syrie par avion, par l’aéroport de Damas qui est principalement sécurisé par les milices. Ce qui nécessite également une coordination avec l’armée syrienne. »

La guerre syrienne au-delà des frontières

Reste la question principale : pourquoi combattre aux côtés d’Assad ? La plupart des analystes mettent en avant le facteur « chiites contre sunnites », ce schisme au sein de l'Islam censé justifier une mobilisation automatique de part et d’autre. Le mouvement Al-Qaïda ne considère-t-il pas le régime iranien comme apostat et les chiites comme des hérétiques ? La réalité des rapports de force, des relations de hiérarchie et de solidarité militaires est pourtant bien plus complexe. « L’implication des acteurs chiites – Iran, Hezbollah libanais, groupes irakiens – est souvent présentée en des termes religieux, écrit le think tank américain Carnegie endowment for peace, dans une note publiée en janvier 2014. Mais les motivations des combattants chiites en Syrie (ou du moins des États et groupes qui les ont envoyés là-bas) sont plus nuancées, et dues à un nombre de facteurs géopolitiques, de défense ou impliquant le sens de l’autopréservation, plutôt qu’à un simple sectarisme comme il est souvent fait mention. » 

Souvent présenté comme automatique, le soutien des chiites à la communauté alaouite, dont sont issus la plupart des dignitaires du régime syrien, est un leurre, quand les Alaouites ne sont pas considérés comme des chiites par bien des groupes et clercs d’Irak et d’Iran. En lui-même, le régime d’Assad importe d’ailleurs peu aux miliciens. « Leurs motivations n’ont pas grand-chose à voir avec le fait de défendre le régime, estime Phillip Smyth. Il s’agit avant tout de défendre les lieux sacrés, autour de Damas en particulier, avec la mosquée Sayyida Zineb. À partir de 2013, un nouveau paradigme est apparu, quand des katibas (groupes de combattants) chiites ont affirmé s’engager en Syrie pour éviter que les djihadistes sunnites ne viennent les menacer… en Irak. »

L’autre facteur est la volonté directe du clergé iranien de s’impliquer dans le conflit syrien. Mi-2013, une fatwa, émise sur Facebook par l’ayatollah Al-Haeri, a déclaré la Syrie comme terre de djihad pour la défense de l’Islam, et mis fin aux atermoiements d’un clergé iranien, jusque-là divisé sur la question du djihad en Syrie. « Sans le soutien de l’Iran et la structure idéologique du régime syrien, il n’y aurait pas une telle présence de combattants chiites en Syrie, explique Phillip Smyth. Les Libanais du Hezbollah répondent par exemple à un commandement direct du clergé iranien, et pour eux, leur désobéir équivaudrait à désobéir à Dieu lui-même. La majorité des combattants chiites adhèrent à l’idéologie iranienne, en arabe Wilayat al-Faqih, la structure qu’utilise l’Iran sous la coupe du guide suprême, Ali Khamenei. Si Khamenei émet une fatwa, le groupe qui suit Wilayat al-Faqih obéira à cette fatwa. Or presque tous les groupes suivent cette idéologie. Ils ont foi en l’idéologie de l’Ayatollah Khomeiny, qui a pris l’Iran en 1979. » Téhéran tente en outre de séduire des clercs militants qui ne lui sont pas directement liés, et notamment Moqtada al-Sadr et ses milices irakiennes, pour les convaincre de se joindre à eux dans le djihad en Syrie.

L’extension du conflit sur le territoire libanais participe également de cette dynamique géostratégique, bien davantage que le seul facteur chiite qui n’était pas, du moins jusqu’à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine en 2003, un élément clé de la politique étrangère iranienne. L’attentat survenu à Beyrouth le 19 février 2014 contre le centre culturel iranien est d'ailleurs, selon la plupart des observateurs, une émanation directe du conflit syrien.

Dimanche 16 février, le chef du Hezbollah avait une nouvelle fois annoncé vouloir éliminer les takfiri (terme utilisé par Nasrallah pour désigner les djihadistes sunnites) de Syrie. Une stratégie en apparence sectaire, mais en réalité toute pragmatique, quand son engagement aux côtés du régime d’Assad a beaucoup nui à la capacité de soft power du Hezbollah et de l’Iran auprès des populations arabes, y compris chiites. « Sa déclaration confirmait les dernières évolutions de son discours, estime Romain Caillet, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) basé à Beyrouth. Nasrallah parle davantage de “l'ennemi takfiri” que de “l'ennemi sioniste”, et ce pour conserver le soutien des chiites libanais non islamistes, qui voient désormais dans le Hezbollah un protecteur contre les radicaux sunnites en Syrie et au Liban. »

« L’attentat et le conflit syrien sont clairement connectés, juge pour sa part Phillip Smyth. C’est une manière pour les groupes proches d’Al-Qaïda de dire à l’Iran et au Hezbollah : nous pouvons vous frapper quand nous voulons, où nous voulons, même là où vous vous croyez en sécurité. »

Si elle déborde aujourd'hui des frontières syriennes, l’influence des miliciens chiites demeure liée à la volonté de Téhéran de s’impliquer dans le conflit. L’Iran pourrait-il décider de les retirer de Syrie si des progrès par voie diplomatique se faisaient jour, comme l’espère Obama depuis la fin de l’année 2013 ? « La majorité de l’administration américaine est déconnectée de la réalité du terrain, juge au contraire Phillip Smyth. Les Iraniens ont implanté des milices en Syrie, gardent la haute main sur celles-ci et auraient certes la capacité de les faire se retirer. La question est : pourquoi le feraient-ils ? Ça n’arrivera pas à moyen terme. Une fois que vous avez déclaré le djihad, le but, c’est de remporter la victoire. Vous pouvez négocier ce que vous voulez avec l’Iran ; la réalité, c’est que pendant ce temps-là, les milices chiites continuent de se battre. Cette idéologie qu’ils ont bâtie est leur premier relais dans le monde arabe. Et Téhéran l’abandonnerait en échange d’une légère diminution de sanctions économiques ? Ce n’est pas réaliste. »

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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Mercredi 22 janvier 2014 3 22 /01 /Jan /2014 15:33

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Explicateur 22/01/2014 à 13h03

La Syrie à Genève 2 : pendant la diplomatie, le massacre continue

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 


Des Syriens à pied dans les débris de la ville de Deir Ezzor, le 4 janvier 2014 (Ahmad Aboud/AFP)

 

La seule certitude de la Conférence de paix sur la Syrie qui s’est ouverte ce mercredi à Montreux, près de Genève, c’est qu’elle ne suffira pas à ramener la paix dans ce pays martyr.

Les plus optimistes y verront le début d’un processus pouvant éventuellement déboucher sur la paix, sur une paix hypothétique dont on voit mal les contours à ce stade.

Les plus réalistes savent que des millions de Syriens vont souffrir un deuxième hiver de privations, de froid, de souffrances, de peur, de mort.

Ces conclusions sont hélas le constat de la partie de dupes qui se déroule autour de la table et dans les coulisses de cette conférence convoquée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dont le mandat restera marqué par l’impuissance désespérante de l’organisation mondiale face au conflit central de ce début de siècle.

                                                                                                                                                                                                                             1 Les absents

 

 


Dessin de Baudry

 

La liste des participants est d’abord significative par le nombre et la qualité de ses absents :

  • les vrais représentants du régime syrien : Bachar el-Assad a bien joué en envoyant à Genève une délégation de « gentils » diplomates, pas de politiques du Baas ou du clan au pouvoir, et encore moins de responsables de la sécurité. Il signifie ainsi à la communauté internationale que la guerre de Syrie est une affaire « extérieure », pas une révolte contre le régime. Les diplomates ne sont pas là pour négocier l’effacement de Bachar el-Assad (qui laisse entendre qu’il pourrait se présenter pour un nouveau mandat...) ni pour répondre des atrocités commises par le régime : ils sont venus pour dénoncer les « ingérences » étrangères en Syrie, et conforter la place du gouvernement légal ;
  • les forces dominantes de la rébellion armée  : après de nombreuses péripéties, la Coalition nationale syrienne a accepté d’être présente à Genève. Mais cette organisation en principe unitaire est désormais loin de représenter les principales forces combattantes sur le terrain de la guerre de Syrie. En bientôt trois ans de soulèvement et deux ans de lutte armée, la donne a changé : le front islamique, qui regroupe les islamistes non-djihadistes, est devenu la principale force combattante, et a refusé de participer à la conférence, considérant les délégués comme des « traîtres ». Même rejet de la part des deux groupes djihadistes liés à Al Qaeda, le Front al-Nosra et l’Armée islamique de Syrie et du Levant (Isis selon son acronyme anglais), qui ont un agenda plus vaste qu’une simple « transition » à Damas ;
  • l’Iran : d’abord invité par Ban Ki-moon, la République islamique d’Iran a vu son invitation annulée sous la pression des rebelles de la Coalition nationale syrienne. Les opposants réclament le départ des conseillers iraniens qui aident l’armée de Bachar el-Assad, et l’arrêt du soutien financier de Téhéran à Damas. Les rebelles se méfient du soudain retour en grâce de l’Iran depuis son accord nucléaire avec les puissances occidentales, et de la lune de miel qui s’esquisse entre Téhéran et Washington, dont ils ne veulent pas faire les frais. L’absence de l’Iran prive néanmoins les négociateurs d’un levier possible sur Assad.

                                                                                                                                                                                                                             2 L’horreur

 

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A la veille de l’événement, un rapport accablant est venu saper un peu plus les fondements moraux de cette conférence qui réunit les bourreaux et les victimes.

Ce rapport [PDF], réalisé par trois anciens procureurs internationaux sur la base du témoignage d’un ancien geôlier, accuse Damas d’avoir systématiquement recours à la torture dans ses prisons. Le document de 31 pages a été publié lundi par CNN et The Guardian : il contient des images de corps portant des marques de lacérations, de strangulation ou d’électrocution, des visages sans yeux et des corps affamés dont la plupart montrent des signes de torture.

 


Un exemple des photos atroces contenues dans le rapport (Capture d’écran)

 

Les auteurs du rapport affirment disposer de 55 000 images d’au moins 11 000 victimes, mortes entre mars 2011 et août 2013. Ils les ont obtenues grâce à un policier militaire qui travaillait secrètement pour l’opposition. Identifié sous le pseudonyme de « Caesar », l’homme affirme avoir été photographe pour la police militaire, avant de faire défection. Sa mission, dit-il, était de prendre des images des cadavres.

La publication de ce rapport 48 heures avant Genève 2 n’est pas fortuite. Le rapport a été commandé par un cabinet d’avocats londonien agissant pour le Qatar, très engagé dans le soutien à l’opposition syrienne. Mais ses auteurs sont des juristes à la réputation internationale incontestable, et la documentation produite est accablante.

Elle peut servir de base à des poursuites contre les principaux dirigeants syriens et les responsables de la sécurité du régime pour « crimes contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale. Une menace qui pèse sur Bachar el-Assad et son entourage même si la communauté internationale a gardé cette « carte » en réserve jusqu’ici.

Mais peut-on négocier avec un pouvoir qui s’est rendu coupable de telles atrocités ? Ainsi posée, la question est dans le registre de la morale, pas de la diplomatie qui, on le sait, obéit plutôt au registre du cynisme.

                                                                                                                                                                                                                             3 L’impuissance

 

Il y a encore un an, les dirigeants occidentaux, la France en tête, misaient sur un départ rapide de Bachar el-Assad, face à la montée de la rébellion. L’optimisme a cédé la place à un sentiment croissant d’impuissance face à la résilience du régime et de ses alliés (Russie, Iran, Hezbollah..), aux divisions de l’opposition, et à l’incapacité à définir une stratégie cohérente pour les « Amis du peuple syrien ».

L’épisode des « frappes punitives » qui n’ont pu avoir lieu à la fin de l’été, après l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, a assurément constitué un tournant, laissant les plus va-t-en-guerre des Occidentaux, là encore la France en tête, orphelins d’une action plus déterminée.

 


Bachar el-Assad dans son Palais de Damas le 19 janvier 2014 (Photo de l’agence syrienne SANA, via AP/SIPA)

 

L’administration Obama en a décidé autrement, jugeant plus sage de s’entendre avec la Russie à la fois pour détruire l’armement chimique syrien, processus en cours en ce moment, et pour relancer le processus de Genève 2, amorcé avant l’été mais resté lettre morte.

Parallèlement, le rapprochement avec l’Iran avec l’accord nucléaire esquissait une redistribution possible des cartes au Moyen-Orient, remettant Téhéran dans le jeu comme contrepoids au djihadisme sunnite.

A l’arrivée, il n’y a donc plus guère que la France pour proclamer quotidiennement que le départ d’Assad est à l’ordre du jour, avec la création d’un « gouvernement de transition » excluant l’actuel Président.

A son arrivée à Montreux, mercredi, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, convenait que « la seule solution au drame en Syrie est une solution politique, et non une solution militaire ».

Il ajoutait au micro de BFM-TV :

« La vraie conférence va débuter dans deux jours, lorsque l’opposition modérée, que nous soutenons, et des représentants du régime commenceront à discuter. C’est à ce moment-là que cela peut avancer ou capoter.

Si cela capotait, ce serait le drame parce que ça signifierait que les tueries continueraient. Il faut à la fois avancer pour construire ce gouvernement de transition et en même temps prendre rapidement des mesures de confiance, c’est-à-dire des mesures humanitaires et de cessez-le feu. Notre effort va porter sur ces deux aspects. »

Autant dire qu’un miracle est improbable, et que Genève 2 n’a guère de chances de mettre fin au calvaire des Syriens. La poursuite du malheur des Syriens sera aussi la honte de la communauté internationale.

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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Mercredi 22 janvier 2014 3 22 /01 /Jan /2014 15:18

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Ce qui nous arrive sur la Toile 22/01/2014 à 11h08

La Syrie privée d’Internet : Assad ne peut rien contre un saladier en métal

Xavier de La Porte | France Culture

 

 

On le sait, la guerre en Syrie a lieu aussi sur les réseaux, à coups de vidéos postées sur YouTube contre photos de propagande sur Instagram, à coups d’opérations de piratages menées par l’Armée électronique syrienne – un groupe de hackers proche du pouvoir – contre opérations ponctuelles des Anonymous en soutien à l’opposition.

 


Capture d’écran du premier article de la série de CBS News (CBSnews.com)

 

Mais cette guerre n’est pas seulement une guerre SUR les réseaux – une guerre des contenus –, c’est aussi une guerre DES réseaux – une guerre pour la connexion. Car l’usage d’Internet, ça commence par là, par l’accès aux réseaux. De cette guerre, on ne sait pas grand-chose, car elle est invisible, car elle est moins folklorique que le piratage du compte Twitter d’Obama, car elle est bassement matérielle et technique. Et pourtant cette guerre est centrale. Pour qu’une vidéo de massacre nous arrive, il faut bien que quelqu’un, quelque part en Syrie, l’ait mise en circulation. Il y a quelques semaines, une série de papiers du site de CBS a apporté quelques informations intéressantes.

Tout un pays hors ligne plusieurs jours durant

Ils affirment ce qu’on savait, le régime de Bachar el-Assad fait en sorte de réduire l’accès des Syriens à Internet. La connexion est le plus souvent difficile. Et, d’après les témoignages, ceci a commencé dès le 12 mars 2011, lendemain des premières manifestations dans plusieurs villes du pays. A Damas, à Alep, à Deraa, Internet a été coupé à la fois en connexion fixe et en connexion mobile par la 3G.

A plusieurs reprises, en novembre 2012, puis en mai et en août 2013, ces coupures ont même attiré l’attention de l’étranger, toute la Syrie se retrouvant hors ligne pendant plusieurs jours consécutifs. A chaque fois, le gouvernement a accusé les rebelles d’être à l’origine de ces coupures, ils se seraient attaqués aux câbles de fibre optique qui relient la Syrie au monde extérieur (il y a quatre câbles : l’un va à Chypre, l’autre en Egypte…).

Les experts contestent cette version, car du fait de la nature décentralisée du réseau, si un câble est coupé, les paquets d’information trouvent une autre voie et passent par un autre câble. Et puis la manière dont ces coupures se sont déroulées – pas brutalement, mais en quelques minutes, comme si un programme entrait en action – fait pencher la responsabilité du côté du fournisseur d’accès.

Un droit de plus retiré aux Syriens

En Syrie, un seul fournisseur d’accès, le Syrian Telecommunications Establishment, contrôle la plupart de l’infrastructure du pays, et il est propriété de l’Etat. Or, il est techniquement possible pour le fournisseur d’accès de faire en sorte que les routeurs qui, à l’entrée du pays, orientent les paquets d’information vers les bons réseaux et les machines auxquelles ils sont destinés, n’aient pas les indications nécessaires pour le faire. Auquel cas les paquets n’arrivent jamais à destination. Il semble bien donc que le gouvernement syrien prive ainsi son peuple d’un droit supplémentaire – pas le plus grave évidemment, mais un droit important – celui de se connecter à Internet.

Alors, comment font les Syriens ? Eh bien ils font preuve « de ruse et de courage », dit le journaliste de CBS. Et ils bricolent.

Son modem 3G dans un saladier

Un des moyens, quand on habite pas loin d’une frontière, c’est de se greffer au réseau mobile du pays voisin, quitte à avoir recours à des outils maison. Un opposant au régime explique comment il met un modem 3G dans un saladier en métal et l’oriente vers l’antenne jordanienne la plus proche pour améliorer la réception. Le saladier en métal amplifie considérablement le signal, et permet à ce monsieur d’atteindre un débit suffisant pour regarder des vidéos en streaming. Mais, plus important encore, en se connectant à une borne Wi-Fi de bonne qualité, ce monsieur fournit du réseau à 3 km à la ronde, devenant une sorte de fournisseur d’accès à Internet pour les opposants de la ville. Et ce monsieur explique au journaliste qu’il en va de même aux frontières de la Turquie, de l’Irak ou du Liban.

La leçon. La lutte pour la connexion est inégale entre un gouvernement qui contrôle le seul fournisseur d’accès et les usagers qui doivent d’abord sauver leur peau, se nourrir, se tenir au courant du sort de leur proche ou faire avec les coupures d’électricité (et avant même d’être connecté, un téléphone et un ordinateur doivent être alimentés en électricité). La lutte est inégale mais il est presque impossible pour le gouvernement de la gagner complètement car Internet, c’est du matériel, ça se bricole et que le réseau a une vertu, il est invisible.

 

Publié initialement sur
France Culture
                                                                                                                                                                                                                           Source : rue89.nouvelobs.com

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Mercredi 27 novembre 2013 3 27 /11 /Nov /2013 16:47

 

Source : rue89.com

 

Arme de guerre 26/11/2013 à 13h16

En Syrie, les femmes violées dans les geôles du régime

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

 

 


Des réfugiées syriennes qui ont fui Alep étendent du linge à Bab Al-Salameh, près de la frontière turque, le 30 août 2012 (Muhammed Muheisen/AP/SIPA)

 

Combien sont-elles ? Plusieurs milliers ? Impossible de savoir combien de femmes ont été violées en Syrie depuis le début du conflit en mars 2011. D’après un chiffre donné par la fondation Thomson Reuters en novembre 2013, elles seraient au moins 4 000 à avoir été victimes de violences sexuelles. Le SNHR (Syrian Network for Human Rights) en comptabilise plus de 6 000.

Dans une région où les victimes de viol sont stigmatisées et considérées comme des coupables – certaines sont chassées par leurs familles –, leur réticence à témoigner laisse craindre un chiffre nettement supérieur.

 

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Ce 25 novembre, dans son rapport [PDF] consacré à la Syrie, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) qualifie les agressions sexuelles en Syrie de « tactique délibérée visant à blesser l’autre partie ».

Sa lecture et celle des précédents rapports, publiés régulièrement depuis le début de la guerre, décrivent l’épouvante dans laquelle sont plongées les femmes syriennes. Menaces, viols, enlèvements, chantage, pressions : elles sont en première ligne des combats.

Torture et violences sexuelles

Plus de 700 cas de viols commis dans les prisons du régime de Bachar el-Assad ont été documentés. Un systématisme tel qu’on est quasiment certain qu’une femme vue dans un commissariat ou interpellée par les forces gouvernementales a été victime de harcèlement ou de violences à caractère sexuel, écrit la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Certains récits, rapportés par les soignants, témoignent de la cruauté des agresseurs, comme celui d’une jeune syrienne dont le frère avait été forcé de la violer.

 

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Dans son rapport [PDF] publié en décembre 2012, la FIDH rapporte ce témoignage d’un homme syrien témoin d’actes de torture et de violences sexuelles perpétrés contre trois jeunes étudiantes :

« On les a forcées à se déshabiller intégralement devant 42 prisonniers. L’une des jeunes filles qui refusait d’enlever ses sous-vêtements parce qu’elle avait ses règles, fut forcée de le faire. Pendant tout ce temps, elles firent l’objet de jurons et d’avances sexuelles.

On les fit se pencher puis se relever, puis les hommes s’approchèrent et commencèrent à leur faire des attouchements tout en ayant des comportements de nature sexuelle à leur égard. Des traces de coups étaient visibles sur leurs corps. J’ai appris qu’elles avaient été amenées de la section antiterrorisme. Cette scène de harcèlement envers ces jeunes filles, qui s’est déroulée devant moi, a duré environ 15 minutes...

Dans les casernes dans lesquelles j’ai été détenu, la plupart des prisonniers étaient en isolement carcéral en raison de problèmes avec le personnel de sécurité.

Je pense qu’ils ont voulu que nous assistions à cette scène, en guise de menace, pour que nous sachions que la même chose pouvait arriver à “nos femmes” si nous poursuivions nos activités contre le régime. »

Humilier les familles

Lorsqu’elles ne sont pas violées, certaines Syriennes contrôlées par la police subissent des pressions insoutenables. Une jeune femme citée par le REMDH raconte qu’en détention, un officier de policier s’est vanté d’avoir violé dix-sept prisonnières :

« Quand je lui ai demandé quel crime ces filles avaient commis, il m’a dit qu’il avait envie de les violer et d’humilier leurs familles. Il m’a aussi dit qu’il autorisait ses hommes à violer les femmes et à filmer leur sauterie, comme il disait. Il m’a dit qu’il allait envoyer la vidéo à l’oncle d’une des filles, un religieux très connu et membre de l’opposition. »

Des vidéos de violences et de viol en réunion circulent effectivement sur Internet.

Ce témoignage d’une femme enlevée et victime d’attouchements fait également état de méthodes d’interrogatoire violentes :

« L’homme qui m’avait dit que je lui plaisais proposa de m’interroger. Il me conduisit dans une pièce minuscule. J’avais très peur. J’ai demandé à rester là où j’étais pour être interrogée devant les autres, mais il me frappa et me força à entrer dans la pièce.

Il commença à me toucher, en mettant ses doigts sur mes lèvres et en s’amusant avec. Il m’indiqua que j’avais été arrêtée parce que certains de mes amis avaient avoué que j’étais impliquée dans la révolution. J’ai nié.

Nous sommes restés dans le studio de 10 heures à 15 heures Ils nous ont ensuite amenées dans une toute petite maison. Après un moment, deux hommes sont entrés et nous ont dit que nous n’étions pas en détention, mais que nous avions été enlevées.

Les résidents de Harasta avaient enlevé X et Y et ils nous avaient kidnappées pour les échanger contre nous. Dans la nuit, trois jeunes hommes arrivèrent accompagnés d’un homme plus âgé. L’un d’eux me ligota les mains et les pieds, me bâillonna, et m’assit sur le sol.

Peu de temps après, deux d’entre eux s’approchèrent de moi, en me faisant des attouchements sur tout le corps et sur mes parties intimes. Ils se mirent à boire et revinrent vers moi de temps en temps, mais ils ne m’ont pas violée. »

Utilisées comme boucliers humains

Le rapport du REMDH fait état d’une pratique courante mais méconnue : l’utilisation des femmes et des enfants comme boucliers humains par l’armée régulière syrienne.

« En décembre 2012, Samia et son amie Loubna ont été arrêtées par les forces gouvernementales au checkpoint d’Al-Arbaeen, sur la route qui relie Al-Moadamieh au quartier Dari (sud de Damas).

Un échange de tirs a eu lieu entre l’armée et des groupes armées. Le commandant a utilisé les femmes pour se protéger en les plaçant en première ligne jusqu’à ce que les troupes aient atteint un endroit sûr. »

Monnaie d’échange

Le Réseau syrien des droits de l’homme estime qu’entre décembre 2011 et mai 2012, 125 femmes et deux enfants ont été pris en otage. Les personnes enlevées servent de monnaie d’échange ou « pour faire pression sur les hommes de la famille afin qu’ils se rendent ».

A ce sujet, le rapport de la FIDH écrit :

« Selon plusieurs femmes et des organisations proposant des services de soutien, les familles forcent quelquefois les survivantes d’un viol à se marier pour “ sauver l’honneur familial ”.

Les risques de stigmatisation et de rejet des survivantes impose une culture du silence, empêchant les femmes de dénoncer les crimes sexuels subis. De ce fait, une grande partie de celles qui ont besoin d’un soutien médical et psychosocial n’y ont pas accès. »

Le cauchemar continue dans les camps

Les Syriennes réfugiées en Jordanie ne sont pas forcément en sécurité, alerte Amnesty International. Outre les hommes qui « visitent » le camp à la recherche d’épouses, souvent très jeunes, des cas de viols ont été constatés :

« Le dernier cas d’agression sexuelle signalé est celui d’une réfugiée syrienne de 14 ans qui, selon les informations parues dans la presse, a été violée en réunion par trois hommes syriens le 24 septembre 2013.

Une organisation jordanienne qui propose des services psychosociaux aux femmes et aux jeunes filles syriennes dans le camp de Zaatari nous a indiqué qu’elle recevait chaque mois, en moyenne, trois à cinq d’entre elles qui se plaignaient d’avoir subi une forme de violence sexuelle ou de violence liée au genre. »

 

 

 

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Vendredi 15 novembre 2013 5 15 /11 /Nov /2013 20:20

 

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MARCHÉ NOIR – Pour passer l’hiver, de nombreux réfugiés syriens au Liban vendent leurs organes

 

 

 

Un camp de réfugiés syriens situé dans l'est du Liban, en janvier 2013. (AP/Hussein Malla)

 

Alors que l'interminable guerre civile ravage leur pays depuis mars 2011, de nombreux réfugiés syriens au Liban sont tentés d'obtenir de l'argent en vendant leurs organes, révèle une enquête de l'hebdomadaire allemand Spiegel.  « Très lucratif, ce marché noir trouve de plus en plus de vendeurs chez les réfugiés, au point de concurrencer les donneurs palestiniens. Le manque à gagner leur permet tout juste de passer l'hiver avec leur famille. »

Quand Raïd, Syrien de 19 ans, a accepté de confier son histoire au Spiegel, il souffrait de douleurs atroces et maintenait le bandage encore taché de sang qui lui barrait l'estomac, sept jours après s'être fait enlever le rein gauche.

Il y a sept mois, le jeune homme a fui Alep avec ses parents et ses six frères et sœurs pour s'installer à Beyrouth, où il connaît rapidement une extrême précarité. Quand la possibilité de vendre un de ses reins pour 7 000 dollars (5 200 euros) s'est présentée à lui, il n'a pas hésité.

 

Les autorités libanaises ferment les yeux

Des connaissances l'ont mis en relation avec un homme du nom d'Abu Hussein, l'intermédiaire d'un groupe de trafiquants d'organes spécialisés dans les reins. Surnommé  « Big Man », Abu Hussein a été recruté il y a quinze mois pour trouver des « reins syriens » quand ses patrons ont compris l'aubaine que représentait l'afflux massif de réfugiés : un million d'entre eux ont trouvé refuge au Liban depuis le début de la guerre.

Comme nombre d'autres groupes de trafiquants, celui de Big Man officie, en toute discrétion, dans une clinique clandestine d'un immeuble résidentiel de Beyrouth.

 

Plus de donneurs que d'acheteurs

Chaque année, ce sont des dizaines de milliers de riches portefeuilles du Moyen-Orient qui viennent à Beyrouth, réputé pour ses excellents hôpitaux, se faire greffer un nez ou un rein. Les autorités ne prêtent pas grande attention à la nature ou à la provenance des organes.  « Les conditions sont idéales pour que le marché prospère tranquillement », déplore Luc Noel, un spécialiste des greffes à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Avant l'afflux de Syriens dans le pays, ce trafic s'alimentait surtout d'organes de donneurs palestiniens. Maintenant que les deux groupes de réfugiés se concurrencent, les prix de ce marché noir s'effondrent : « Nous avons désormais plus de vendeurs que d'acheteurs », confie Abu Hussein.

Ces douze derniers mois, ses patrons ont négocié plus de cent cinquante reins, pour la plupart sur des patients âgés de 14 à 30 ans, choisis pour leur meilleure santé. « Beaucoup de nos organes sont vendus à l'étranger, comme par exemple, dans les pays du Golfe, ou parfois les Etats-Unis et l'Europe. » Des experts estiment entre cinq mille et dix mille le nombre de reins illégalement greffés dans le monde.

 

Juste de quoi survivre jusqu'au printemps

Fort d'une bonne hygiène de vie de sportif – il était footballeur dans la jeune équipe nationale en Syrie – et de non-fumeur, Raïd a eu la « chance » d'être choisi tout de suite. Au cours de son examen, le docteur lui a menti sur les suites de l'opération pour être sûr qu'il ne recule pas : avec un peu de chance, lui a-t-il assuré, son rein repousserait et il n'y aurait aucun effet secondaire. En réalité, bien sûr, les patients qui font don d'un organe doivent être contrôlés plusieurs années après l'opération.

Les 7 000 dollars qu'a récoltés Raïd permettront à peine à sa famille de passer l’hiver, quand les trafiquants en ont tiré, eux, 15 000 dollars. Abu Hussein touche quant à lui entre 600 et 700 dollars de commission pour chaque vente qu'il arrange, soit plus que ce que gagne un professeur libanais en un mois.

« Pendant que je conduisais Raïd à la clinique, un collègue à moi à emmené son père faire du shopping », raconte Abu Hussein. Le père a ainsi acheté de quoi se nourrir, des matelas, des vêtements d'hiver et un réfrigérateur, qu'il entreposera dans l'unique pièce que la famille occupe à huit. Et après ? « Je ne sais pas », répond Raïd.

Une semaine après son opération, Raïd souffre de douleurs atroces. «  J'ai besoin de médicaments, vous m'aviez dit que vous m'en donneriez », implore-t-il Abu Hussein, qui confiait au Spiegel, quelques minutes plus tôt, que grâce à ce trafic son organisation aide les Syriens à survivre. Mais ce dernier a rembarré Raïd d'un « ta gueule, je m'en fous si tu meurs. Tu es fini de toute façon ».


Carte montrant la répartition des réfugiés syriens au Liban (Le Monde).

 

 

 

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Lundi 9 septembre 2013 1 09 /09 /Sep /2013 17:42

 

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Publiée le 5 sept. 2013

En sous-main du conflit, la rivalité entre le Qatar et l'Iran autour du champ gazier le plus important du monde et les intérêts géostratégiques des pays du Golfe.

http://www.lavie.fr/medias/webreporta...

A lire aussi sur lavie.fr, notre enquête : "La Syrie, otage d'une bataille pour l'énergie"
http://www.lavie.fr/actualite/monde/l...

 

 

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Dimanche 8 septembre 2013 7 08 /09 /Sep /2013 16:55

 

 

legrandsoir.info

Pierre Charasse

Diplomate de carrière de 1972 à 2009, Pierre Charasse fut ambassadeur [1], notamment au Pakistan, en Uruguay et au Pérou, et a représenté la France dans de nombreuses instances internationales. Depuis le Mexique où, retraité, il réside, il vient d’adresser une lettre aussi ironique que cinglante à François Hollande sur la crise syrienne.

Mexico, le 2 septembre 2013

Monsieur le Président de la République

Dans l’épreuve que subit actuellement l’humanité du fait de la présence d’armes chimiques en Syrie, vous avez pris la tête d’un grand mouvement mondial au nom de « l’obligation de protéger » les populations civiles menacées. Vous avez très bien expliqué dans votre discours du 27 août devant vos Ambassadeurs que c’était là la vocation de la France, comme elle l’a fait en Libye récemment, et qu’elle ne manquerait pas à son devoir. Votre détermination exemplaire devrait rapidement convaincre vos partenaires européens flageolants et les opinions publiques pleutres, en France, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et partout dans le monde, du bien-fondé d’une intervention militaire chirurgicale en Syrie.

Naturellement, comme vous l’avez rappelé le 27 août, « l’obligation de protéger » s’inscrit dans une démarche très réglementée par les Nations Unies et incombe en premier lieu aux Etats concernés : protéger leur propre population. En cas de défaillance de leur part, c’est au Conseil de Sécurité qu’il appartient de décider des modalités de mise en œuvre de ce principe. Sous votre conduite, la France s’honorera si elle fait respecter à la lettre cette avancée importante du droit international. Je suis sûr que le Président Poutine sera sensible à vos arguments tout comme le Président Xi Jiping et qu’ils ne feront pas obstacle à vos projets en opposant un veto au Conseil de Sécurité. Peu importe que l’objectif final soit encore un peu flou, ce qui compte c’est la défense énergique de principes clairs.

De même, je suis sûr que d’autres pays suivront la France dans son intention de livrer des armes aux rebelles syriens, malgré les risques que cela comporte. M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, a annoncé qu’il exigerait des destinataires des armes françaises qu’ils signent un « certificat d’utilisateur final ». Avec une telle fermeté nous aurons l’assurance que nos armes ne tomberont pas entre les mains des combattants Jihadistes du Front Al Nusra-Al Qaeda, qui font partie de la Coalition rebelle (encore très hétéroclite mais que avez le mérite de vouloir unifier, bon courage !) et ne se retourneront pas contre les pays occidentaux qui les ont aidé ou leurs rivaux au sein de la Coalition, voire des populations civiles.

Nous voilà rassurés. Al Qaeda devrait comprendre le message fort que vous lui envoyez. Il est important de bien expliquer que notre ennemi reste le Terrorisme International, même si de temps en temps il faut se montrer pragmatique, comme disent nos amis anglo-saxons, et tendre la main à ceux qui veulent notre perte. Ceux-ci ne devraient pas être insensibles à nos gestes amicaux. Vos services devraient pouvoir sans peine démentir l’information diffusée par l’agence Associated Press selon laquelle des armes chimiques livrées par notre allié l’Arabie Saoudite (le Prince Bandar Bin Sultan, chef des services saoudiens de renseignement) au Front Al Nusra-Al Qaeda auraient été manipulées maladroitement par ces apprentis-sorciers.

Une fois ce point éclairci vous aurez les mains libres pour agir sur la base des informations fournies par les Etats-Unis et Israël qui ont toute votre confiance. Toutefois il ne serait pas inutile d’éviter que se reproduise le scénario de 2003 aux Nations Unies lorsque Colin Powell a exhibé des photos truquées et un flacon de poudre de perlimpinpin comme preuves irréfutables de la présence d’armes de destruction massive en Irak ! Principe de précaution élémentaire. On vous fait confiance, c’est la crédibilité de la France qui est en jeu.

Quand aux objectifs militaires de cette opération, il paraît évident qu’ils doivent être en priorité de détruire par des moyens aériens les dépôts d’armes chimiques sans les faire exploser au nez de la population civile, ce qui serait un véritable désastre, et de neutraliser tous les engins qui permettent leur utilisation (missiles, chars, lance-roquettes etc.), sans mettre en péril la vie de nos soldats sur un terrain incertain. Si les Américains ont du mal à identifier les cibles, les services français de renseignement se feront un plaisir de leur fournir toutes les informations dont ils disposent, de telle sorte que l’opération soit courte et cinglante et que grâce à vous les armes chimiques soient définitivement éradiquées de la planète.

Les populations que nous allons protéger auront un prix à payer pour le service rendu et doivent accepter d’avance les quelques centaines ou milliers de morts que peuvent provoquer les effets collatéraux de cette opération et leurs conséquences en cascade. Mais c’est pour leur bien. Si vous prenez la tête de la manœuvre à la place de vos collègues Obama et Cameron, qui semblent rétropédaler avant même que le coup d’envoi ait été donné, Bashar Al Assad comprendra très vite à qui il a affaire. L’Occident ne doit pas de mollir, ce serait un mauvais signal au reste du monde, on compte sur vous pour tenir la barre fermement.

Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront la bonté de laisser aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes.

Après cette victoire pratiquement acquise d’avance, il vous appartiendra de porter ailleurs le message humanitaire universel de la France. Les crises sont nombreuses dans le monde, la liste des dictateurs sanguinaires est longue, et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants attendent avec joie que la France puisse les protéger comme elle s’en est donnée la mission. On pense toujours à l’Afrique qui arrive au premier rang de nos préoccupations. Mais il y a le feu dans de nombreuses régions du monde. Une intervention humanitaire en Palestine serait la bienvenue, vous y songez certainement.

Au Mexique, on estime à 70.000 les morts provoqués par la violence des groupes criminels et des forces de sécurité et 26.000 disparus durant de sexennat du Président Calderón (2006-2012). Après la première année du mandat du Président Peña Nieto, on dénombre déjà 13.000 morts. En toute logique avec de tels chiffres la population civile mexicaine devrait être éligible aux bénéfices du programme « obligation de protéger » concocté par la « communauté internationale », même si celle-ci se réduit aujourd’hui à la France seule. Au point où nous en sommes, il faut bien qu’un pays se dévoue pour être l’avant-garde agissante d’une communauté internationale amorphe et irresponsable, « ensemble gazeux et incertain » comme a dit Hubert Védrine à propos de l’Union Européenne. Mieux vaut être seul que mal accompagné. S’agissant du Mexique, on pourra tirer les leçons de l’intervention militaire française de 1862 et ne pas répéter l’erreur qui a conduit à la déconfiture les armées de Napoléon III : déclencher des opérations militaires injustifiées et lointaines qui dépassent nos forces.

Pour cela il faudra, mais vous l’avez évidement prévu, programmer davantage de moyens budgétaires, par exemple pour la construction de nouveaux porte-avions nucléaires, les avions et missiles qui vont avec. Le « Charles de Gaulle » rend de brillants services lorsqu’il n’est pas immobilisé dans nos arsenaux pour de trop longues périodes de révision, mais il aura du mal à répondre seul à toutes les demandes d’intervention surtout lorsqu’il devra croiser dans des mers lointaines, exotiques et dangereuses. Je suis sûr que vous saurez persuader nos compatriotes que dans les circonstances actuelles, le monde occidental, pour poursuivre sa mission civilisatrice, pilier de la globalisation, devra s’en donner les moyens budgétaires.

On se souvient des contraintes qui ont empêché les forces françaises de frapper encore plus massivement la Libye. Leurs stocks de missiles se sont rapidement épuisés et le budget de la Défense n’avait pas prévu que l’abominable Khadafi, pourtant ami intime de votre prédécesseur, serait aussi peu sensible à nos problèmes budgétaires en opposant une résistance aussi farouche qu’inutile. La population, si elle est bien informée, acceptera certainement de bon gré l’augmentation des impôts et les coupes dans les dépenses publiques, notamment sociales, comme les bourses scolaires pour les français de l’étranger, ainsi que la réduction des moyens du réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel français dans le monde si c’est le prix à payer pour que la France garde son statut de grande puissance mondiale. Tout est question de pédagogie.

Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que nos amis et alliés américains n’ont pas toujours une très bonne image dans le monde. La France, avec les Présidents De Gaulle, Mitterrand et Chirac, a joui d’un grand prestige international, justement parce ce qu’elle parlait d’une voix différente de celle de ses alliés occidentaux. Le Président Sarkozy a mis fin à cette tradition diplomatique, pensant que la France avait tout intérêt, dans le contexte de la mondialisation et face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, à se fondre dans « la famille occidentale » et à réintégrer l’appareil militaire de l’OTAN, c’est à dire à mettre ses forces conventionnelles sous le commandement américain.

« O tempora ! O mores ! » comme a dit Ciceron en son temps. Mais vos Ambassadeurs ont déjà du vous signaler que dans de nombreux pays la France est désormais perçue comme un relais servile de la politique américaine. Des épisodes récents, comme l’affaire Snowden avec l’interception du Président Evo Morales lors de son survol de l’Europe, ont pu donner cette impression fâcheuse, mais je suis convaincu que vous n’aurez aucun mal à persuader vos interlocuteurs du monde entier que cette perception est erronée, car c’est en toute indépendance que vous avez confirmé l’ancrage de la France dans sa « famille occidentale ».

Enfin, je pense que vous avez réfléchi à la meilleure manière de protéger les populations mondiales des catastrophes humanitaires provoquées par le capitalisme mafieux et prédateur à l’origine des dernières crises économiques et financières. Il est probablement dans vos intentions de proposer à vos collègues du G7 et du G20 que vous allez rencontrer au Sommet de Saint Pétersbourg de changer de cap pour mettre fin à l’économie-casino et à l’empire de la finance sans contrôle. L’opinion publique mondiale, les chômeurs en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et ailleurs, apprécieraient vraisemblablement des frappes chirurgicales sur le FMI, la Banque Centrale européenne, la City de Londres, quelques paradis fiscaux « non-coopératifs » ou d’improbables agences de notation qui font plier les gouvernements.

Une telle cohérence dans l’application de « l’obligation de protéger » honorera la France et son Président. En continuant sans relâche sur cette voie et en défendant comme vous le faites le droit international et les normes fixées par les Nations Unies, il ne fait aucun doute qu’avant la fin de votre mandat vous rejoindrez votre collègue et ami Barack Obama dans le club très sélect des Prix Nobel de la Paix. Vous l’aurez bien mérité.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération.

Pierre Charasse, Français de l’étranger, contribuable et électeur.

 


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