Grèce

Vendredi 5 septembre 2014 5 05 /09 /Sep /2014 18:27

 

 

Source : cadtm.org


 

Grèce

Au moment où la Troïka et la Grèce clôturent leurs négociations à Paris, le CADTM exige l’annulation pure et simple de la dette odieuse à l’égard de la Troïka

Communiqué de presse

5 septembre par CADTM

 

 


La Troïka, composée des représentants du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne, a mené pour la première fois du 2 au 4 septembre des négociations avec le gouvernement grec à l’extérieur du pays. Lieu choisi : Paris, plus précisément le siège de la très libérale Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), au château de la Muette.

À croire que ces négociateurs craignent les manifestations du peuple grec qui subit depuis 2010 une cure d’austérité sans précédent et qui lutte pour sa dignité à l’image des 595 femmes de ménage du ministère des finance, licenciées abusivement et devenues le symbole de la résistance à la Troïka. Une journée internationale de mobilisation de soutien à ces 595 femmes est d’ailleurs prévue le 20 septembre prochain.

Ces négociations, qui se sont déroulées au moment où le gouvernement Valls renforce lui aussi l’austérité, représentent pour la Troïka « une évaluation de routine » des réformes en cours qui permettra, « dans le meilleur des cas » de débloquer l’ultime tranche de prêt de l’Union européenne (UE) d’environ 2 milliards d’euros à condition que le gouvernement applique de nouvelles mesures d’austérité.

Or, la cure d’austérité qui est imposée depuis quatre ans pour (officiellement) réduire une dette insoutenable, aggrave en réalité le poids de celle-ci et enfonce les Grecs dans la misère. Ces mesures d’une violence inouïe sont imposées en échange de prêts de la Troïka. Depuis 2010, cette dernière a déjà endetté le pays à hauteur de 240 milliards d’euros et c’est sans compter les intérêts que le peuple devra en plus rembourser en se saignant aux quatre veines.

Sur injonction de la Troïka, le gouvernement grec s’est engagé à licencier 6500 fonctionnaires d’ici la fin de l’année 2014 alors qu’environ 20 000 agents ont déjà été mis au chômage via la fusion ou la suppression d’organismes publics. Et ce n’est pas fini. Selon le quotidien grec Kathimerini, 600 nouvelles mesures doivent encore être adoptées. L’une d’elles pourrait bientôt permettre aux employeurs de licencier librement sans justification. Une autre mesure que la Troïka veut mettre en place pour aider les banques grecques ployant sous 70 milliards d’euros de créances douteuses est de leur permettre de saisir les biens immobiliers dans le cas de crédits non payés.

Pendant ce temps, et malgré la mascarade du plan d’allègement intervenu en 2012, la dette publique poursuit son ascension. Celle-ci s’élève aujourd’hui à 175,1% du PIB (318 milliards d’euros) contre 129,7% du PIB en 2009 avant l’arrivée de la Troïka.

La politique dictée par ses créanciers au gouvernement grec complice conduit logiquement au délabrement de la société toute entière, au chômage de masse qui stagne à 27 % de la population active (celui des jeunes a triplé depuis 2008) et à une profonde récession.
La réunion de Paris, comme chacune des missions précédentes de la Troïka, n’améliorera en rien les conditions de vie de la population. Les seuls bénéficiaires de la gestion de la crise sont les grandes entreprises multinationales et nationales qui profitent des privatisations et de la baisse des salaires et les quelques oligarques à leurs services.

Les recettes tirées des privatisations (réseau de télécoms – OTE, office des paris sportifs- OPAP, loteries nationales, compagnie de gaz, la compagnie des eaux de Thessalonique, les ports du Pirée et de Thessalonique, des aéroports régionaux, etc.) partent aussitôt en remboursement de la dette. De même, chaque prêt de la Troïka repart en grande partie en remboursement des dettes antérieures.

Le CADTM condamne l’ingérence de la Troïka qui viole la souveraineté du peuple grec, et exige l’annulation pure et simple de toutes les dettes odieuses, illégales et illégitimes de la Grèce. Le peuple grec rembourse depuis trop longtemps cette dette imposée par l’UE et le FMI pour l’asservir.
Pour de nombreux Grecs précarisés, affamés, en situation de survie, au bord du suicide ou sur le chemin de l’exode, les dommages sont irréversibles.

Plusieurs rapports officiels publiés en 2013 et 2014, dont celui du Commissaire européen aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe |1|, de l’Expert de l’ONU sur la dette ou encore l’opinion juridique du professeur de droit Andreas Fischer-Lescano commissionnée par la Chambre de travail de Vienne |2|, démontrent avec précision que la Troïka a violé une série de droits humains protégés par les textes internationaux.

Il est temps de poursuivre en justice la Troïka et d’exiger des réparations pour les dégâts humains et écologiques.

Enfin, le CADTM exige que soient rendues publiques les dépenses de cette fastueuse rencontre aux frais des contribuables.

Notes

|1| Rapport « Safegarding human rights in time of economic crises », publié le 3 décembre 2013

|2| Rapport « Human Rights in Times of Austerity Policy », publié le 17 février 2014

 

 

Source : cadtm.org

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Grèce
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Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 18:47

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/chalouette

 

Grèce : 850.000 travailleurs ne sont pas payés depuis 1 an

 

Publié le 19 août 2014

Ecrit par folamour

 

J'en profite pour  vous rappeler les deux documentaires sur la Grèce que nous avons passé récemment : La Grèce, crise et châtiments... , et Grèce, année zéro

 Amicalement,

 

f.

 

Greek_worker_19_08_2014.jpg

La crise financière a nettement changé les vies des millions de citoyens grecs dont les salaires ont été coupés tandis que leur pouvoir d'achat est retourné 30 ans en arrière.

 

Selon le rapport annuel de l'institut de travail de la confédération générale des travailleurs grecs (INE-GSEE), le pouvoir d'achat du salaire minimum actuel s'élève au niveau des années 1980. Ceci signifie qu'avec le salaire minimum actuel, les Grecs peuvent acheter les mêmes biens et services qu'ils ont achetés au début des années 80. Le rapport a également enregistré un numéro de travailleurs impressionnant qui ne sont pas payé a temps.

Le rapport prouve qu'environ 850.000 travailleurs attendent jusqu'à 12 mois pour recevoir leur salaire. Le phénomène de l'emploi bénévole est largement étendu, particulièrement dans les magasins de détail à moins de cinq employés.

 

Selon le rapport, les caractéristiques principales du marché du travail en Grèce sont :

  •     Faibles salaires
  •     Travail non assuré
  •     Formes souples d'emploi. Tandis qu'en 2009 l'emploi souple représentait 26% de nouveaux contrats, en 2013 l'emploi souple a représenté 51%.

 

Selon des chiffres, le salaire réel moyen dans le secteur privé est de 750-800 euros comparés à 1.100 euros au début de la crise économique, enregistrant une diminution de 23%.

La crise a également eu un impact dramatique sur le salaire minimum des travailleurs plus de 25 ans : Elle a chuté à 560 euros par mois, alors qu'elle était de 751 euros (diminution de 22%). Pour des travailleurs au-dessous de 24 ans, le salaire minimum s'élève à 510 euros.

 

Source : Greece.greekreporter.com via Maître Confucius ; )

 

Traduction : ~ folamour ~

Corrections : Chalouette

 

Si vous appréciez nos tentatives de traduction et plus globalement notre petit blog, n’hésitez pas à voter pour lui sur http://info.pinterac.net/

Pour lui donner un peu plus de visibilité, (vote comptabilisé toutes les 24h donc à renouveler svp).

Merci d’avance, ; )

f.

 

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr : La Grèce, crise et châtiments...

Crashdebug.fr : Grèce, année zéro

Crashdebug.fr : La Grèce devient médiévale – 66 % des salaires payés en troc

Crashdebug.fr : Grèce : Ils s’injectent le VIH pour 700€ d’aides sociales par mois...

Crashdebug.fr : L'austérité en Grèce a fait exploser le nombre de suicides et de meurtres

Crashdebug.fr : Grèce : privée d'électricité pour cause d'impayés, une tétraplégique décède

Crashdebug.fr : Grèce : la Commission européenne exige la saisie des logements des particuliers

Crashdebug.fr : En Grèce, privatisation et bétonnage du littoral : l’UE continue le dépeçage !

Crashdebug.fr : La Grèce malade de la rigueur

Crashdebug.fr : Grèce. 54 % des habitants ne pourront plus faire face à leurs dettes en 2013

Crashdebug.fr : Nouveau chômage record en Grèce, nouveau bénéfice record pour Goldman Sachs...

Crashdebug.fr : La Grèce, dossier noir de l'ancien VRP du hors-bilan chez Goldman ...

Crashdebug.fr : La Cour européenne de justice valide « le secret défense » pour la BCE

Crashdebug.fr : Olivier Delamarche - BFM Business 2 janvier 2014 : « Delamarche : La Grèce, c'est du Madoff fois 1000… »

Crashdebug.fr : « La Grèce était un paradis, ils en ont fait un enfer »

Crashdebug.fr : Nouvelle loi en Grèce : les opposants à l’UE risquent désormais deux ans de prison !

Crashdebug.fr : Europe : des milliers de manifestants contre l'austérité

Crashdebug.fr : Grande manifestation à Rome contre l'austérité

Crashdebug.fr : En Allemagne, les grèves se multiplient face à l’austérité

Crashdebug.fr : Espagne : manifestation contre l’austérité et la dictature des marchés

Crashdebug.fr : Spéculation : l’Espagne a déjà remboursé trois fois sa dette...

Crashdebug.fr : Nouvel Ordre Mondial : JPMorgan (Rockefeller) demande plus d’autoritarisme aux gouvernements européens

Crashdebug.fr : Comment les plans d’austérité dégradent la santé des Européens

Crashdebug.fr : Le FMI admet des erreurs dans la gestion du dossier grec

Crashdebug.fr : Le FMI le confirme : l’austérité était une erreur de calcul

Crashdebug.fr : Austérité : le grand mensonge

Crashdebug.fr : Ce soir (ou jamais) émission du 19 avril 2013 « Une simple erreur de calcul à l'origine des politiques d'austérité ? »

Crashdebug.fr : Révélations l'Humanité : le document de Bruxelles qui avoue l'échec de l'austérité

Crashdebug.fr : Quand le choix de rembourser la dette … augmente la dette ! Que la Troïka aille se faire voir !

Crashdebug.fr : Les pays qui ont appliqué l'austérité ont vu leurs dettes publiques exploser

Crashdebug.fr : Debtocracy - La gouvernance par la dette (vostfr)

Crashdebug.fr : Étienne Chouard inédit - Bonus du DVD « LA DETTE » non-censuré

Crashdebug.fr : « La Dette… » (N. Ubelmann et S. Mitrani)

Crashdebug.fr : « Lettre aux Français contre les tabous indiscutés » - Le cri d’alarme du seul prix Nobel d’économie français (1988) : Maurice Allais

Crashdebug.fr : L’éclatante faillite du nouveau credo, par Maurice Allais (1999)

Crashdebug.fr : La mondialisation, le chômage et les impératifs de l’humanisme, par Maurice Allais (2000)

Crashdebug.fr : Les fourches arrivent... Pour nous ploutocrates

 

 http://www.crashdebug.fr/index.php/international/9284-grece-850-000-travailleurs-ne-sont-pas-payes-depuis-1-an

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/chalouette

 

 

 

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Jeudi 14 août 2014 4 14 /08 /Août /2014 18:11

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Dix ans après, le fiasco des Jeux olympiques d'Athènes en photos

 

 

 

Abandoned: On the tenth anniversary of the 2004 Summer Olympics in Athens, Greece, the state-of-the-art sports venues lie empty, completely unused and decaying. Above, the canoeing and aquatics centre at the former Helliniko Olympic complex in southern Athens is now completely dried up and abandoned

Abandoned: On the tenth anniversary of the 2004 Summer Olympics in Athens, Greece, the state-of-the-art sports venues lie empty, completely unused and decaying. Above, the canoeing and aquatics centre at the former Helliniko Olympic complex in southern Athens is now completely dried up and abandoned

*Photo tirée de l'article du Daily Mail
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Source : www.mediapart.fr

 

Dix ans après, le fiasco des Jeux olympiques d'Athènes en photos

|  Par La rédaction de Mediapart


En plein marasme économique, la Grèce laisse les installations des Jeux olympiques à l'abandon. Le Daily Mail revient dix ans après sur ce désastre financier.

Ils auront coûté entre 8,6 et 13 milliards d'euros selon les sources. Dix ans jour pour jour après leur organisation, les Jeux olympiques d'Athènes prennent aujourd'hui l'allure d'un désastre financier.

Incapables de maintenir en fonction le site olympique après les crises économiques de 2008 puis 2010, l’État et la mairie d'Athènes ont laissé une partie des installations sportives à l'abandon.

Les piscines d'entraînement et les complexes aquatiques sont à sec. Les stades de beach-volley et d'haltérophilie demeurent inutiles, tandis que des herbes folles envahissent les pistes de l'aéroport desservant le site olympique au sud de la ville. 

Le Daily Mail présente ici un long portfolio de ces infrastructures devenues des fardeaux.

 

 

Source : www.mediapart.fr

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Lundi 4 août 2014 1 04 /08 /Août /2014 18:23

 

Source : www.mediapart.fr

 

Fausse reprise en Grèce

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

Deux instituts publient des chiffres encourageants pour l'économie grecque : la chute du PIB semble, enfin, enrayée. Mais après six années de récession, plus d'un tiers des Grecs vit en dessous du seuil de pauvreté. État des lieux d'une économie anémiée, alors que Jean-Claude Juncker, le président désigné de la Commission européenne, se rend ce lundi à Athènes.

C'est une nouvelle qui est passée inaperçue ce lundi 28 juillet. Dans son dernier rapport trimestriel, le bureau du budget de l’État à la Vouli, le parlement grec, indique que le pays aurait besoin d'un troisième plan « de sauvetage », c'est-à-dire un troisième accord avec ses créanciers afin de garantir de nouveaux prêts après ceux qui ont été signés en mai 2010 et en février 2012 avec la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Au total, ces mémorandums assortis d'une cure d'austérité sans précédent ont apporté 240 milliards d'euros de lignes de crédit à l’État grec, dont les versements se sont étalés dans le temps et sont toujours en cours, assortis, chaque fois, de nouvelles conditions.

« Les incertitudes demeurent », peut-on lire dans le rapport, qui montre que si « le pays est entré dans une phase de stabilisation économique » et si la fin de l'année verra « de manière presque certaine, une petite reprise », « la dynamique de cette reprise n'est pas saine malgré le confinement de la récession ». Le rapport met en évidence une situation bancaire problématique, où la proportion de crédits impayés des particuliers comme des entreprises continue à augmenter, ce qui limite les capacités des banques à accorder des prêts. Ce taux de prêts douteux sur lesquels les retards de remboursement s'accumulent fait partie des plus importants au monde, d'après le FMI. Le financement de l'économie grecque se retrouve par conséquent considérablement réduit. Autre problème soulevé par ce rapport : le retard dans les réformes, qui peut contribuer à une hausse des taux d'intérêt et freine la capacité d'emprunt du pays. « Le plus probable, écrit le rapport, est que le pays demande un nouveau crédit auprès de la Troïka ou d'un organisme international ad hoc. » D'après l'Union européenne en effet, d'ici à la fin 2015, la Grèce doit encore trouver 14,9 milliards d'euros, au risque de faire face à un défaut de paiement. Or ses capacités d'emprunt restent limitées : si le gouvernement a annoncé au printemps le grand retour sur les marchés du pays, l'emprunt est pour l'heure limité à une durée de cinq ans, et rien ne garantit que les taux d'intérêt ne vont pas à nouveau s'envoler.

Enfin, ajoute ce rapport parlementaire décidément peu encourageant, les investissements continuent de reculer, l'assainissement budgétaire est toujours une route semée d'embûches, et, last but not least, la dette publique du pays reste « une épée de Damoclès » sur l'économie grecque, pesant sur l'investissement interne comme étranger. « Jusqu'à présent et malgré les prévisions officielles optimistes, la dette continue d'augmenter. L'Union européenne prévoit que d'ici la fin 2014 la dette publique passe de 318,6 milliards d'euros à 322,3 milliards, avec comme conséquence une hausse de 175 à 177,2 % du PIB. »


Chantier naval de Perama, en banlieue d'Athènes. La plupart des ouvriers sont aujourd'hui des chômeurs de longue durée 
Chantier naval de Perama, en banlieue d'Athènes. La plupart des ouvriers sont aujourd'hui des chômeurs de longue durée © Reuters

Or l'objectif, lorsque la Troïka a administré la potion de l'austérité au pays, était de réduire le ratio de la dette à moins de 110 % du PIB pour 2022. Aujourd'hui, les économistes de tous bords admettent que cet objectif, en l'état, est impossible à atteindre, et qu'une nouvelle restructuration de la dette est nécessaire, après le « haircut » (effacement partiel) de février 2012 et le « buying back » (opération d'échange d'obligations) de novembre de la même année, qui ont tous deux permis d'alléger la dette de près de 130 milliards d'euros. Mais cette idée, si elle est partagée par l'exécutif lui-même (gouvernement de droite dirigé par Antonis Samaras, allié aux socialistes du Pasok), n'a cessé d'être remise à plus tard depuis un an et demi. D'abord repoussée après les élections allemandes de septembre 2013, tant il était évident qu'à l'aune d'un scrutin national Angela Merkel n'allait pas favoriser une décision en ce sens, si impopulaire aux yeux de son électorat, la négociation sur la dette a ensuite été retardée en raison des élections européennes et du renouvellement qui s'ensuit au sein des institutions bruxelloises. Maintenant que la nouvelle Commission est en train de se dessiner, les discussions devraient progressivement repartir.

Jean-Claude Juncker se rend d'ailleurs à Athènes ce lundi 4 août 2014 pour son premier voyage dans une capitale européenne depuis qu'il a été désigné président de la Commission – signe que la Grèce reste un dossier prioritaire pour l'UE, même si ces voyages dans les pays membres ont aussi pour objet d'attribuer les futurs postes de commissaires. Pour le gouvernement Samaras en tout cas, cette visite sera l'occasion de relancer la question de la restructuration d'une partie de la dette grecque, mais aussi de demander la fin des audits de la Troïka, dont chaque visite se traduit par de nouvelles mesures d'austérité – la prochaine étant prévue pour la deuxième quinzaine de septembre.

Baisses de salaire et chômage de longue durée

Néanmoins, pour la première fois depuis le début de la crise, le gouvernement grec a un atout en main : la chute de l'économie grecque semble enrayée. Dans son dernier bulletin publié jeudi 31 juillet, le KEPE – Centre de planification et de recherche économique, proche du gouvernement – indique que l'économie est revenue dans le positif au deuxième trimestre : entre avril et juin, le PIB s'est accru de 0,38 %. Une goutte d'eau, mais ce centre d'analyse juge la situation encourageante : « Ce chiffre reflète les conditions de stabilisation qui dominent aujourd'hui l'économie grecque, lit-on dans le rapport. Ces conditions proviennent principalement de la consolidation graduelle de la discipline budgétaire, de la mise en œuvre d'une série de réformes structurelles clés, ainsi que de la normalisation progressive des opérations dans le secteur du crédit. »

D'après le KEPE, la tendance devrait se renforcer d'ici à la fin de l'année, et le taux de croissance devrait ainsi atteindre 0,6 % sur l'ensemble de 2014. Des prévisions qui ne sont pas très éloignées de celles de la Banque centrale de Grèce (0,5 % pour 2014) ni de celles de l'IOBE – la Fondation pour la recherche économique et industrielle, proche du patronat – sorties une semaine plus tôt que celles du KEPE et qui tablent, elles, sur une croissance de 0,7 %. Le gouvernement se targue en outre d'avoir remis les comptes à l'équilibre : depuis fin 2013, le budget de l’État est en excédent primaire (c'est-à-dire sans les intérêts de la dette), et depuis le printemps, il a annoncé à grands renforts de communication le « retour de la Grèce sur les marchés ». Après quatre ans sans pouvoir emprunter tant les taux étaient prohibitifs, le pays peut en effet à nouveau emprunter sur les places financières, pour une durée de cinq ans. C'est la « success story » tant vantée par Antonis Samaras… Mais à quel prix ? Si ces résultats attestent que la Grèce a enrayé sa chute, pour les Grecs, la « lumière au bout du tunnel » qui ponctue régulièrement les discours du premier ministre n'est pas encore visible…

Car il ne faut pas s'y méprendre : cette stabilisation reste fragile et n'est pas, pour l'heure, créatrice d'emplois ; elle est en grande partie liée à des variations saisonnières, les professionnels du tourisme annonçant une saison spectaculaire cette année. Et même si le gouvernement obtenait gain de cause lors de la visite de Jean-Claude Juncker et si un allègement de la dette publique pourrait, à terme, faire repartir l'investissement, le mal est fait pour l'économie grecque : ces quatre dernières années, le PIB grec s'est effondré de 40 milliards d'euros, d'après Elstat, les autorités statistiques grecques, soit de près d'un quart. Le chômage continue de caracoler à près de 28 %, de plus en plus de gens s'enfoncent dans un chômage de longue durée dont ils auront toutes les peines du monde à se sortir, tandis que les actifs ayant un emploi continuent de voir leurs revenus chuter.

Car si le secteur public a été le premier touché par les cures d'austérité, en 2010, aujourd'hui ce sont les salariés du privé qui souffrent de baisses de salaire et d'importants retards de paiement : il n'est pas rare, dans les petites entreprises, de devoir attendre six mois consécutifs avant d'être payé. En 2013, le salaire moyen net dans le secteur privé grec s'élevait à 817 euros par mois… quand il était de 1 014 euros quatre ans plus tôt, selon des chiffres de la principale caisse d'assurance sociale. De leur côté, les travailleurs indépendants ont également vu leurs revenus chuter et près d'un sur deux n'est désormais plus en mesure de payer ses cotisations sociales (au total, un tiers de la population grecque n'est plus couvert par l'assurance maladie). Résultat, la Grèce affiche aujourd'hui le taux de pauvreté le plus élevé de la zone euro : en 2013, d'après Elstat, 36,4 % des citoyens grecs vivaient au-dessous du seuil de pauvreté (c'est-à-dire avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national), contre une moyenne de 23,3 % au sein de la zone euro.

L'an dernier, le FMI avait déjà fait son mea culpa par la voix d'Olivier Blanchard, économiste en chef, qui avait reconnu que l'institution avait sous-estimé dans le cas de la Grèce l'effet du multiplicateur budgétaire, à savoir l'impact d'une forte baisse des dépenses publiques sur la croissance. Dans un rapport publié le 22 juillet dernier, le FMI a en outre reconnu que les gains de compétitivité réalisés en Grèce par le biais des cures d'austérité n'étaient pas « durables », dans la mesure où ils ne reposaient que sur des baisses de salaire et des licenciements et avaient donc provoqué, en retour, une baisse de la consommation intérieure et une hausse du chômage. En effet. Un peu tard, peut-être…

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 21:29

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 

par Enjeux Electriques (son site) vendredi 11 juillet 2014 

La Grèce vend à la découpe son énergie

 

 

 

Enfant terrible de la crise économique européenne, la Grèce n’en finit plus de brader son patrimoine depuis six ans, hypothéquant son avenir. Sous la pression de ses créanciers, le gouvernement hellénique a dû se résoudre à mettre en vente, morceau par morceau, la compagnie publique d’énergie, DEI

Après avoir déjà cédé une bonne part du Pirée, le port d’Athènes, l’Etat grec a reçu le 9 juillet 2014 l’autorisation du Parlement de privatiser un autre bijou de famille : le principal énergéticien du pays, DEI. La situation économique de l’entreprise publique n’est pas brillante, ses dettes sont évaluées à plus de 5 milliards de dollars, l’équivalent de son chiffre d’affaires en 2013.

Des mesures extrêmes

Imposée par la Troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international), la vente de parts de l’énergéticien hellène n’est pourtant pas une évidence économique et juridique. L’Etat grec ne détient déjà plus que 51% de DEI et sa participation va être ramenée à 20%. En comparaison, l’Etat français reste présent à hauteur de près de 85% chez EDF et de 70% chez GDF Suez, sans que la Commission européenne y trouve à y redire.

La porte-parole du gouvernement, Sophia Voultepsi, a elle-même convenu que « c'est un ordre de l'Union européenne qui est très sévère en matière de concurrence ». De plus, le coût social s’annonce élevé. Les syndicats et une partie de la classe politique ont prévenu que cette vente entraînera « une hausse des prix de l'électricité [...] et une baisse des salaires du personnel ».

Quel bénéfice pour la Grèce ?

Dans les faits, la vente telle quelle de DEI n’est pas acquise. Noyée sous les dettes et peu rentable, il semble décidé de séparer les actifs sains et toxiques de l’entreprise pour la rendre plus présentable auprès d’éventuels investisseurs. D’un côté, les activités rentables (mines de lignite, barrages hydroélectriques, réserves de gaz naturel) devraient être mises aux enchères aux alentours de 2 milliards d’euros, de l’autre, les activités non rentables devraient être conservées par l’Etat. Bref, les pertes seront assumées par les contribuables grecs (et européens via les fonds d’aide de l’UE) tandis que les profits seront privatisés.

Le cas grec est un cas extrême de la libéralisation boiteuse du secteur de l’énergie en Europe. Si une sortie de crise semble aujourd’hui envisageable pour le pays, son avenir économique semble plus qu’incertain, une bonne part des activités porteuses, dont l’énergie, ayant été bradées pour éponger les dettes.

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 

 

 

 


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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 23:15

 

Source : cadtm.org

 


CADTM

 

Grèce

595 femmes de ménage grecques : 11 mois de lutte acharnée contre le gouvernement et la Troïka

7 juillet par Sonia Mitralias

 


Après 11 mois d’un long et âpre combat, limogées depuis septembre, mises sous statut de "disponibilité », soit licenciées au bout de huit mois, 595 femmes de ménage de la fonction publique sont devenues l’incarnation, le symbole, l’âme, la vie-même de la résistance la plus farouche contre la politique de rigueur en Grèce ! Ces femmes sont devenues tour à tour « sujet politique » et le leadership de toute la résistance actuelle contre la politique de la Troïka, osant affronter un ennemi aussi puissant que le gouvernement grec, la Banque centrale européenne, la Commission et le FMI

Et pourtant, après ces 11 mois de combat, après avoir défié et être devenues l’ennemi principal du gouvernement et de la Troïka, après avoir court-circuité la mise en œuvre des mesures de rigueur, après une présence très médiatisée sur la scène politique, ces femmes de ménage en lutte ne sont toujours pas considérées comme sujet politique par les opposants à l’austérité.

Et pourtant, depuis le début des mesures d’austérités infligées par la Troïka, les femmes ont pris la rue en masse et leurs résistances semblent avoir une dynamique propre toute particulière et riche en leçons politiques.

Durant ces quatre ans de politiques d’austérité qui ont transformé la Grèce en un amas de ruines sociales, économiques et surtout humaines, on n’a parlé que très peu de la vie des femmes et bien sûr encore moins de leurs luttes contre les diktats de la Troïka. C’est donc avec surprise que l’opinion publique a accueilli cette lutte exemplaire faite entièrement par des femmes. Mais est-ce vraiment une surprise ?

Elles ont participé en masse aux 26 grèves générales. Dans le mouvement des indignés, elles occupaient les places, elles campaient, manifestaient. Elles se sont mobilisées en première ligne pour l’occupation et l’autogestion de l’ERT,* Exemplaires, elles étaient l’âme des assemblées des grévistes des administrateurs universitaires dans l’éducation et les universités contre la « disponibilité » c’est-à-dire le licenciement après 8 mois avec 75 % de leur salaire. 25 000 fonctionnaires de l’État, en majorité des femmes, seront concernés par le dégraissage des services publics. Elles constituent aussi l’écrasante majorité (95 %) des volontaires du Mouvement de Solidarité et des dispensaires autogérés qui essayent de faire face à la crise sanitaire et humanitaire.

La participation massive des femmes aux mouvements de résistance contre la destruction de l’État social par les politiques de l’austérité, n’est donc pas une surprise, elle n’est pas due au hasard : d’abord, et nous le savons, la condition des femmes est dans l’œil du cyclone de l’austérité. La destruction de l’État social et des services publics fait exploser leur vie : en tant qu’employées majoritaires dans la fonction publique et en tant qu’usagères principales des services publics, les femmes sont doublement impactées par les coupes de tous genres. Elles ont donc mille raisons pour ne pas accepter la régression historique de leur condition de femmes, qui équivaudrait à un véritable retour au 19e siècle !

C’est vrai que dans un premier temps elles ne se démarquaient pas en tant que « sujet politique femmes », partageant les mêmes revendications et les mêmes formes de luttes avec les hommes dans les mouvements. Elles y étaient nombreuses, c’est tout.

Mais, déjà dans la lutte pionnière contre l’extraction d’or dans la région de Skouries, à Chalkidiki au nord de la Grèce, s’opposant à la société canadienne multinationale « Eldorado », les femmes se sont très vite distinguées par leurs formes de lutte et leur radicalité. Et si la presse et l’opinion publique ignoraient l’incidence de leur identité de genre sur la façon de lutter, la police ne faisait pas autant ! En effet, la police anti-émeute avait ciblé tout particulièrement les femmes, utilisant une répression féroce et sélective pour terroriser toute la population à travers ELLES, pour anéantir toute désobéissance et tout mouvement de résistance. Criminalisées, emprisonnées, elles ont subi des violences humiliantes, aussi sexuelles et… spécifiques à leur corps et à leur…genre !

 

Dans un second temps, les femmes ont exprimé des initiatives et formes de luttes propres à elles.

Tout a commencé quand, pour imposer la partie la plus dure de son programme d’austérité et satisfaire les engagements à l’égard de ses créanciers, le gouvernement a ciblé en toute priorité les femmes de ménage du ministère des Finances, de l’administration fiscale et des douanes. Il les a placées dans le mécanisme de disponibilité déjà depuis fin août dernier, ce qui se traduit par ce qu’elles touchent les trois-quarts de leur salaire de 550 euros pendant huit mois avant qu’elles soient licenciées définitivement. Le gouvernement a suivi exactement la même stratégie qu’à Skouries. L’objectif : s’attaquer d’abord aux plus faibles et les moins susceptibles d’être soutenues…c’est-à-dire les femmes de ménage, pour ensuite faire passer le gros des employés à la trappe, c’est-à-dire aboutir au licenciement des 25 000 fonctionnaires publics !… Et cela dans un moment où les mouvements de résistances étaient saignés à blanc par l’austérité sans fin, étant atomisés, fatigués, extenués, vulnérables…

Il croyait qu’avec « cette catégorie de travailleurs », ces femmes pauvres de « basse classe » touchant des salaires d’à peine 500 euros et, croyait-il, pas très intelligentes (d’où le slogan des femmes de ménage : « Nous ne sommes pas des connasses, nous sommes des femmes de ménages »), il aurait vite fini par les écraser comme des mouches.

Le but étant de privatiser le travail des femmes de ménage pour en faire cadeau aux entreprises privées de nettoyage. Ces sociétés mafieuses connues pour être des champions de la fraude fiscale, réembauchent avec des salaires de 200 euros par mois, soit 2 euros par heure, avec assurance partielle, sans aucun droit du travail, ce qui équivaut à des conditions de semi-esclavage et de galère.

Ces femmes limogées et sacrifiées sur l’autel de l’anthropophagie de la Troïka, ces femmes de 45 à 57 ans, souvent monoparentales, divorcées, veuves, endettées, ayant à leur charge des enfants ou maris chômeurs ou des personnes handicapées, se trouvant devant l’impossibilité de toucher prématurément leur retraite et cela après plus de 20 ans de travail, et dépourvues de toute possibilité de retrouver du boulot, ont alors décidé de ne pas se laisser faire. Elles ont pris leur vie en mains !

Et voilà qu’une poignée de femmes décident de bousculer les routinières formes de lutte des syndicats traditionnels. Quelques-unes prennent l’initiative de s’organiser par et pour elles-mêmes, un noyau des femmes de ménage qui avaient déjà lutté et gagné 10 ans plus tôt pour obtenir des contrats de longue durée. Elles ont travaillé comme des fourmis, tissant patiemment une toile d’araignée à l’échelle du pays…
Et comme ces servantes du ministère des Finances ont été jetées dans la rue et que faire la grève n’a plus de sens dans leur cas, elles ont décidé de faire un mur humain avec leur corps dans la rue, devant l’entrée principale du Ministère des Finances à la Place de « Syntagma », la place devant le Parlement, la place la plus emblématique du pouvoir…
Ce n’est pas un hasard que ce soient des femmes qui ont fait naître des formes de lutte pleines d’imagination. Déconsidérées à cause de leur genre et de leur classe sociale, marginalisées par les syndicats et n’ayant point de liens avec les organisations traditionnelles de la gauche grecque, elles ont dû faire du bruit pour être audibles, pour se faire entendre, elles ont dû se créer une image pour être visibles !

Aux grèves passives, aux journées d’actions éphémères et inefficaces, elles ont substitué l’action directe et collective. Elles misent sur la non-violence, l’humour et le spectaculaire. Avec des couronnes d’épines sur la tête à Pâques, avec la corde passée autour de leur cou devant le siège du parti de la Nouvelle Démocratie, avec de la musique et des danses elles réclament : la réembauche pour toutes et tout de suite ! Tout cela est inédit en Grèce…

 

 

Elles occupent et bloquent l’accès au Ministère, et surtout elles pourchassent les membres de la Troïka quand ils veulent entrer au Ministère (!) les obligeant à fuir en courant et à prendre la porte de service, ensemble avec leurs gardes du corps. Elles affrontent et se battent corps à corps avec les unités spéciales de la police. Tous les jours, elles inventent des nouvelles actions, qui sont reprises par les médias, elles alertent toute la population : en somme elles brisent l’isolement.
Et voici que, ce qui d’habitude était représenté par une statistique sans vie et sans âme, par le chiffre du record du chômage, de la pauvreté, voici que ces « abstractions » s’humanisent, acquièrent un visage, deviennent des femmes en chair et en os, qui en plus ont une personnalité et une volonté politique propre. Elles s’appellent Litsa, Despina, Georgia, Fotini, Dimitra… Et avec leur exemple, leur courage, leur persévérance, leur rage de vaincre, elles redonnent espoir à toutes les victimes de l’austérité…

 

 

Mais attention, les forces antiémeutes brutalisent presque quotidiennement ces femmes, pour l’exemple, car leurs patrons craignent la contagion. Et c’est toute la Grèce qui assiste au triste spectacle de ces femmes souvent âgées qui, jour après jour, sont piétinées, maltraitées et blessées par des Rambos de la police, qui auraient pu être leurs fils ! Et pourquoi ? Parce que c’est la Troïka elle-même qui veut les abattre, parce qu’elles sont l’exemple à imiter par tous les opprimés, parce elles sont à la pointe de la contestation anti-austérité, non seulement en Grèce mais partout en Europe. Parce que leur lutte peut devenir contagieuse…
Plus que jamais, le combat de ces 595 femmes de ménage héroïques est le nôtre. Ne les laissons pas seules. Elles se battent pour nous, battons-nous pour elles. Organisons la solidarité européenne et mondiale !

 

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

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Mardi 20 mai 2014 2 20 /05 /Mai /2014 23:32

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Privatisation

Un référendum sur le droit à l’eau interdit en Grèce

par Ivan du Roy 20 mai 2014

 

 

 

Le 18 mai, Thessalonique, dont l’agglomération dépasse un million d’habitants, devait voter pour ou contre la privatisation de son eau. Ce référendum populaire consultatif devait se tenir en même temps que les élections locales. Son organisation était soutenue par onze maires de l’agglomération, dont celui de Thessalonique. Qu’importe ! Le gouvernement grec du conservateur Antònis Samaràs a déclaré la consultation illégale.

C’est la « Troïka » – FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne – qui exige de la Grèce de privatiser la gestion de l’eau dans les deux plus grandes villes du pays, Athènes et Thessalonique. L’entreprise qui gère la distribution de l’eau à Thessalonique (EYATH) est déjà une société anonyme. Elle reste cependant contrôlée par l’Etat à 51%, qui doit donc vendre sa participation. Plusieurs municipalités de l’agglomération ont proposé de racheter les parts de l’État grec. En vain. Un collectif de syndicats et de citoyens ont tenté de participé à l’appel d’offre, via un réseau de coopératives d’usagers : chaque habitant de la ville aurait acquis une part du service de l’eau, pour un montant de 136 euros par logement connecté au réseau. D’où le nom donné à cette mobilisation, « l’initiative 136 » [1]. L’appui d’« investisseurs éthiques » internationaux et des acteurs de la finance solidaire pour aider les résidents à acquérir leur part était même envisagé. En vain.

« Right2Water » : la Commission européenne méprise les citoyens

Ce sont au contraire deux entreprises privées qui sont, pour l’instant, sur les rangs : la société israélienne Mekorot et la française Suez environnement, associée à un groupe de BTP grec. Suez détient déjà 5% des parts d’EYATH. Les entreprises sont en négociation avec l’agence spéciale en charge du programme de privatisations grecques, qui n’est soumise à aucune forme de supervision parlementaire (lire ici). « Thessalonique a des besoins en infrastructures d’eau et d’assainissement importants nécessitant des investissements chiffrés par le management de Thessalonique. Des chiffres de l’ordre de 250 millions d’euros sont évoqués », fait valoir la direction de Suez, contactée par notre Observatoire des multinationales. Par la voix de Diane d’Arras, directrice adjointe Eau Europe de Suez, l’entreprise promet la création de 2 000 à 4 000 emplois et de transformer EYATH en « opérateur de premier rang au niveau mondial ». Les opposants à la privatisation craignent une augmentation drastique de l’eau.

En attendant, comme s’il fallait justifier sa privatisation, le service de l’eau est laissé quasiment à l’abandon. Selon les syndicats, l’effectif d’EYATH serait passé de 700 à 235 employés, faute de remplacement des départs à la retraite. La compagnie ne disposerait plus aujourd’hui que de onze plombiers pour plus de 2 300 kilomètres de canalisations !

A l’automne dernier, l’initiative citoyenne européenne sur le droit à l’eau et contre la privatisation, « Right2Water », annonçait avoir recueilli suffisamment de signatures – 1,9 million dans toute l’Union – pour obliger les institutions européennes à se saisir du dossier. C’est la première fois que cette nouvelle procédure participative, introduite par le traité de Lisbonne, est mise en œuvre avec succès (lire aussi ici). La Commission a donc été obligée de reconnaître que l’eau est un « bien public » et qu’il revient aux collectivités locales d’assumer la responsabilité ultime de ce service. En totale contradiction avec ce qui se passe aujourd’hui à Thessalonique. Malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, le référendum a malgré tout été organisé, devant les bureaux de vote. Les municipalités ont fourni les listes électorales. Selon les premiers dépouillements, le résultat serait de 98% contre la privatisation de l’eau (voir les résultats ici).

Lire également notre enquête : Privatisations forcées en Grèce : Suez convoite l’eau d’Athènes et de Thessalonique.

 

Notes

[1Lire ici (en anglais).

 

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 13:41

 

Violences néo-nazies sur les touristes en Grèce et autres nouvelles.

 



Ante-scriptum : suite à un incident informatique, j'ai perdu quelques courriels auxquels je n'ai pu répondre. Si vous n'avez pas reçu de réponse à l'un de vos messages, merci de me le renvoyer à yannis@youlountas.net et d'ajouter en second destinataire maud@nevivonspluscommedesesclaves.net pour être sûrs de ne pas passer à côté. Avec toutes mes excuses pour le contretemps !


Salut à tou-te-s,

Un petit bonjour depuis MARINALEDA, un village en utopie entre Séville et Jerez, au sud de l'Espagne, où le film "Ne vivons plus comme des esclaves" continue son petit bonhomme de chemin et participe à la convergence et à la globalisation des luttes. Le constat est le même d'un bout à l'autre de l'Europe : on ne renversera le cours des choses qu'ensemble et on n'arrivera à étendre la mobilisation qu'en montrant partout les alternatives en marche et en multipliant les Exarcheia et les Marinaleda. La joie de nous retrouver est palpable. Les sourires s'étirent dans la nuit chaude. La résignation n'a pas sa place ici. On trinque à vous tou-te-s qui brûlez de faire de même en France et ailleurs. Viennent le temps des cerises et la fête au berceau d'un autre monde.

Pour commencer avec humour les nouvelles, voici un CANULAR "VIVONS COMME DES ESCLAVES !" qui résume bien la situation :
http://www.youtube.com/watch?v=Lk2QWl9Bq3U

Beaucoup moins drôle : les VIOLENCES NÉO-NAZIES SUR LES TOURISTES À L'AÉROPORT D'ATHÈNES se multiplient, sans que le gouvernement grec n'intervienne pour l'instant. Malgré les nombreuses lettres de protestation depuis plusieurs mois, ni l'ambassade de Grèce en France, ni le ministère français des affaires étrangères n'a daigné répondre. Une victime et sa famille ont accepté de témoigner ci-dessous (vidéo de 3mn) :
https://www.youtube.com/watch?v=n_nqIdJCaPo

Si vous voulez en savoir plus sur la nouvelle stratégie d'Aube dorée qui va bientôt s'appeler « Aube nationale », vous trouverez un article dans le numéro d'avril de SINÉ MENSUEL, ainsi qu'un entretien dans CASSANDRE/HORSCHAMP (excellent numéro sur les nouveaux rapports entre arts et politique). En résumé, le Front national fait des émules en Europe et beaucoup de mouvements néo-fascistes plongent leurs pattes dans la farine pour mieux rouler les naïfs… Ce sera également le sujet principal des débats que j'animerai après les projections spécifiques du film à PARIS (7 mai, avec les proches de Clément Méric, dans leur café à Ménilmontant, suivi d'un concert du rappeur Adam l'ancien, interprète en français du répertoire de Pavlos Fyssas alias Killah P), à ORLY (le 9 mai, avec la Ligue des Droits de l'Homme), à ORANGE (13 mai, où le sinistre Bompard a été réélu dès le premier tour), à LYON (16 mai, à la MJC Léo Ferré dans le vieux quartier St-Jean infesté d'identitaires et de néo-nazis) et à HÉNIN-BAUMONT (mi-juin, où le maire FN essaie déjà d'éliminer tout ce qui le dérange). Bref, nous ne nous laisserons pas intimider, continuerons à aller partout et comptons beaucoup sur votre présence. Détails ici :
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article30&lang=fr

Objet d'étude made in Groland, « le nazillon des neiges » :
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid1787-c-groland.html?vid=1021774

A l'instar de l'affaire des violences à l'aéroport d'Athènes, en France aussi, certaines plaintes ou doléances restent lettres mortes. Notamment la pétition MENACE SUR L'AGORA : DES MAIRES CONTINUENT D'INTERDIRE DE DIFFUSER DES TRACTS SUR LES MARCHÉS ! Un an après, toujours aucune réponse ni de projet de loi du gouvernement. Des maires continuent à se croire tout-puissants en privant de liberté d'expression des habitants durant les marchés. Un second dossier sera déposé prochainement sur le bureau du nouveau premier ministre. Des actions juridiques sont envisagées, jusqu'au niveau européen si nécessaire. Pour continuer à signer et faire signer la pétition en ligne :
http://www.netoyens.info/index.php/contrib/24/10/2012/menace-sur-l-agora

A Rodez, la clinique St-Louis reprise en coopérative par les anciens salariés :
http://www.frituremag.info/Home-Page/A-Rodez-la-clinique-Saint-Louis.html

Certaines projections-débats du film promettent d'être plus délirantes que d'autres, notamment notre tournée en BELGIQUE du 4 au 6 mai (Namur, Liège, Bruxelles), avec la participation de NOËL GODIN, Pape des entarteurs, et ALESSANDRO DI GIUSEPPE, Grand-prêtre de l'Eglise-de-la-Très-Sainte-Consommation. Avis aux spectateurs belges : chaud devant !
http://www.dailymotion.com/video/x14rp67_les-attentats-patissiers-par-l-entarteur-belge-noel-godin_webcam

Les mass-médias européens ne sont plus à un mensonge près quand il s'agit de la situation en Grèce : contresens, déformations, mensonges par omission… A fortiori en période électorale, surtout européenne ! Ce serait carrément risible si la réalité n'était pas si dramatique. Bien que nous ne soyons pas forcément d'accord sur tout, je ne peux que recommander la réponse cinglante de l'ami économiste Franco-Grec GABRIEL COLLETIS aux ANNONCES MENSONGÈRES CONCERNANT LA PSEUDO EMBELLIE SOCIO-ÉCONOMIQUE GRECQUE :
http://blogs.mediapart.fr/blog/gabriel-colletis/160414/la-grece-ne-veut-pas-mourir-guerie

Le nombre de YAYAS (« GRANDS-MÈRES » EN GREC) JETÉES EN PRISON pour « impayés excessifs » n'a cessé d'augmenter ces dernières semaines, jusqu'à la bronca générale de la population. Même atteintes d'Alzheimer, même après un pontage cardiaque, même avec un conjoint centenaire, elles étaient enfermées une nuit ou plus au cachot, comme n'importe quel mauvais payeur actuellement en Grèce, dès que la somme dépasse 5000 € (règles imposées par le ministère des finances sur les conseils de la troïka).

L'ancien aéroport d'Athènes vient d'être vendu pour une bouchée de pain à un consortium regroupant des hommes d'affaires grecs, chinois et d'Abou Dabi. 915 millions d'euros seulement, pour plus de 60 hectares dans l'une des zones les plus riches au sud d'Athènes avec, en prime, plus de trois kilomètres au bord de la mer, sur les emplacements désaffectés des Jeux Olympiques 2004. Le projet ? Des hypermarchés, des centres d'affaires, des hôtels de luxe… Oui, mais il y a un os ! Le lieu est devenu une zone à défendre, avec un hôpital autogéré, des jardins partagés, des squats et autres occupations ! ENCORE UNE ZAD SOLIDAIRE ET CRÉATIVE QUI DÉFIE LES INTÉRÊTS DES PUISSANTS ! Marre des utopistes, n'est-ce pas messieurs les ministres et les investisseurs ?

Si de plus en plus de Grecs se séparent de leur télé depuis plusieurs mois, parfois de façon très drôle, un symbole fait néanmoins exception. C'est ERT, l'ancien groupe de radio et télévision publique qui, supprimé par le gouvernement, a non seulement migré pour résister sur Internet, en streaming, mais surtout fonctionne désormais de façon indépendante et en autogestion, avec des programmes beaucoup plus subversifs. Ce 14 avril à 16h, à la demande du public grec, Ne vivons plus comme des esclaves a d'ailleurs été diffusé pour la quinzième fois sur ERT ! Mais les circonstances restent difficiles. LE GOUVERNEMENT GREC CONTINUE DE HARCELER LES SOURCES D'INFORMATION INDÉPENDANTE : radios pirates pourchassées, serveurs de sites internet coopératifs saisis, intimidations sur des journalistes insoumis, expulsion des irréductibles d'ERT de leur locaux le 7 décembre dernier et, maintenant, suppression ce 13 avril des lettres géantes sur la façade de l'immeuble qui était le siège d'ERT depuis 1970.
http://www.ertopen.com/eidiseis/item/18769-kyriakh-twn-baiwn-xhlwsan-thn-istorikh-epigrafh-ths-ert#.U1Boa6kTFHK
Coluche disait : « La dictature, c'est ferme ta gueule, la démocratie, c'est cause toujours ». La Grèce n'est-elle pas en train de basculer ?

Déjà, durant le tournage du film, nous avions dû protéger nos rushes en raison de plusieurs tentatives d'intimidation, dont une agression. Quelques mots à ce sujet ici :
http://www.youtube.com/watch?v=VQMMY5FeMiY
D'où notre émotion de voir le film continuer à tourner en Algérie au cœur d'une situation très tendue. A ce propos, après Alger, Montréal, Turin et Buenos Aires, l'une des prochaines destinations sera le festival de Bogota en Colombie. Une tournée avec la version catalane est également prévue fin mai à Barcelone et aux environs, puis au Chiapas à l'automne. La version catalane est disponible ici (merci à Núria Mitjans et au collectif x-pressed) :
http://www.x-pressed.org/?xpd_article=lets-not-live-like-slaves&lang=ca
Voici également la version italienne, peaufinée par l'ami Sergio Ghirardi (auteur du remarquable livre Nous n'avons pas peur des ruines, éditions l'Insomniaque, 2003) qui nous a également accompagné en Italie début avril :
http://www.x-pressed.org/?xpd_article=lets-not-live-like-slaves&lang=it

Autre sujet qui nous tient à cœur : sachez que les COMPTES de Ne vivons plus comme des esclaves sont à l'équilibre. Et que NOUS AVONS DÉJÀ VERSÉ PLUS DE 4000 € EN GRÈCE (film à but non lucratif). Merci encore à tou-te-s d'avoir rendu possible cette aventure passionnante et solidaire. Tous les détails ici :
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/IMG/pdf/Comptes_film_au_21_mars_2014_pour_site_rubrique_souscription_de_soutien.pdf

Certains d'entre vous envisagent un SÉJOUR À ATHÈNES et nous ont demandé les coordonnées de l'espace social libre Nosotros :
66, rue Themistokleous à Exarcheia (juste à côté de la place, allez-y plutôt en fin de journée et n'hésitez pas à dire que vous venez de notre part).
http://www.nosotros.gr/langswitch_lang/en/
Un hôtel pas trop cher et pas loin du tout :
Juste en face du Nosotros, au 55 de la même rue, il y a l'hôtel Exarchion, qui peut servir de point de départ avant de faire connaissance…
http://www.exarchion.com ou tél. 00 30 21 03 80 07 31 (ils parlent anglais).
Certains d'entre vous souhaitaient également savoir de quels types de MÉDICAMENTS on a surtout besoin à Exarcheia. Voici une liste détaillée qui vient d'être mise à jour :
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/IMG/pdf/Besoin_en_me_dicaments_de_la_structure_me_dicale_autoge_re_e_d_Exarcheia.pdf
Quant à l'adresse de Mikropolis à THESSALONIQUE : 18, rue Vas. Irakleiou (au croisement de l'avenue Venizelou).
http://micropolis-socialspace.blogspot.fr/2009/04/blog-post.html
Il existe beaucoup d'autres lieux que vous découvrirez sur place, en commençant par les plus connus… Bonne route !

Un guide utile si vous partez (ou l'un de vos proches) : le livre EXARCHEIA LA NOIRE VIENT D'ÊTRE RÉÉDITÉ AVEC 20 PAGES DE PLUS ET ACTUALISÉ (seul livre en français sur le sujet). Disponible ici, toujours au profit des initiatives solidaires en Grèce :
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/IMG/pdf/bon_de_commande_printemps_2014.pdf

Pour parler de vive voix de tout ça et de bien d'autres choses, et pour voir ou revoir le film dans des conditions « cinéma », voici nos projections-débats du mois à venir :
21/04 SEVILLE, 22/04 MARINALEDA (Espagne), 23/04 JEREZ (Espagne), 24/04 GRAMAT (46), 25/04 AMBERT (63), 26/04 LE-PUY-EN-VELAY (43), 27/04 BEAUMONT (63), 02/05 TOULOUSE, 04/05 NAMUR (Belgique), 05/05 LIÈGE (Belgique), 06/05 BRUXELLES, 07/05 PARIS, 09/05 PARIS puis ORLY (94), 10/05 PARIS, 11/05 BERRE-L-ÉTANG (13), 12/05 MARSEILLE, 13/05 ORANGE (84), 14/05 TOULOUSE, 15/05 RODEZ (12), 16/05 LYON, 17/05 ST-ETIENNE, 21/05 PONT-AUDEMER (27), 22/05 CAEN (14), 28/05 au 01/06 BARCELONE (…)
http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?article30&lang=fr
Contact programmation : maud@nevivonspluscommedesesclaves.net
Merci de faire suivre. Le bouche à oreille, c'est mieux que le lavage de cerveau des JT ! Et les médias alternatifs, mieux que les médias de masse !

Bon, je la remets en veilleuse ! À la prochaine, QUE NO VIVAMOS COMO ESCLAVOS et BANZAÏ !

Yannis
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Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 00:26

 

 

Source : www.bastamag.net

 

Athènes : l’ancien aéroport transformé en un champ d’expérimentations alternatives

par Roxanne Mitralias 10 avril 2014

 

 

 

 

L’ancien aéroport d’Athènes, abandonné depuis 2001, est devenu un terrain d’expérimentations sociales et écologiques : dispensaire et épicerie solidaires, jardin autogéré, oliveraie « participative » de plus de 2 000 arbres ont trouvé refuge sur cet immense espace. Mais l’État grec vient de vendre le terrain à un promoteur immobilier. Dont le projet de luxueuse zone touristique est incompatible avec les alternatives qui ont fleuri. Devront-elles céder la place à une résidence pour nouveaux riches ?

L’ancien aéroport d’Athènes est coincé entre mer et montage. Niché parmi des quartiers résidentiels du sud de l’agglomération, il a été abandonné en mars 2001 au profit d’un aéroport plus grand et neuf installé sur la plaine fertile du Nord de la ville. Ce terrain de 623 hectares a également servi aux Jeux Olympiques de 2004. Sur cet espace, aujourd’hui entouré de barbelés et gardé par des entreprises de sécurité, se construisent depuis plusieurs années les résistances et les initiatives d’une ville en crise.

Elliniko est un filet, comme on dit en grec pour qualifier un terrain convoité. Malgré cela, « les installations sportives, les bâtiments construits à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 et même des hangars construits pour accueillir des expositions, ont été sciemment laissées à l’abandon par les différents gouvernements », déplore Nikos Belavilas, professeur émérite d’urbanisme à l’Ecole Polytechnique. Les pouvoirs publics avaient pourtant promis qu’un parc « métropolitain » devait voir le jour sur cette immense friche.

Les raisons ne manquent pas : la capitale grecque est une ville tentaculaire qui compte près de la moitié de la population grecque (entre 4 et 5 millions d’habitants). Elle fut construite suite à l’énorme exode rural d’après-guerre. « Athènes compte le moins d’espaces verts par habitant au mètre carré en Europe », indique Natassa Tsironi, architecte et militante de l’Initiative pour un parc métropolitain à Elliniko. Mais, les uns après les autres, les différents gouvernements ont repoussé la réalisation de ce « poumon vert » d’Athènes, en aiguisant la convoitise des promoteurs.

Liquidation des biens publics, bradés au plus offrant

Dans le but d’augmenter ses recettes, l’État grec cherchait à se séparer des terres de Elliniko : plus de 600 hectares, avec 480 bâtiments, sans oublier la plage, le port de plaisance et les antiquités qui s’y trouvent. Le tout pour moins d’un milliard d’euros. « L’équivalent de la vente de 100 à 300 villas luxueuses avec vue sur mer », note Nikos Belavilas lors d’une réunion publique en faveur du parc métropolitain. Mais la vente de l’ancien aéroport d’Athènes à Spyros Latsis, plus grande fortune grecque, par le biais d’une « caisse des dénationalisations », nommée Taiped, s’inscrit dans un processus plus large. Pour rembourser les intérêts d’une dette jugée illégitime par une grande partie de la population grecque [1], la Troïka (Commission européenne, FMI et banque centrale européenne) oblige à vendre le patrimoine du pays (lire notre enquête).

« Le gouvernement et les promoteurs immobiliers souhaitent la construction d’une riviera pour accueillir les nouveaux riches de ce monde », s’insurge Panos Totsikas, militant et urbaniste. « Ils rêvent de milliers de logements privés, de centres commerciaux et de casinos, d’hôtels de luxe et de ports de plaisance pour les yachts. » Un sort qui n’est pas réservé uniquement à Elliniko : désormais 60 km de littoral, du cap Sounion au port d’Éleusine, sont concernés. Selon Michalis Mbourgos, ingénieur et militant écologiste, on ne peut pas comprendre ce processus sans le lier aux attaques contre les droits sociaux : « L’objectif des investisseurs est de maximiser les profits : sans réglementation et compensation environnementale, l’exploitation de certaines ressources dévient profitable. A cela il faut ajouter la baisse du coût d’une main d’œuvre très qualifiée ».

Résistances, d’Elliniko à Notre-Dame-des-Landes

Pour les résistants d’Elliniko et les quatre mairies limitrophes qui s’opposent à ce projet, les arguments ne manquent pas. Ils craignent un impact défavorable sur l’économie fragile du quartier, sur le marché immobilier qui pourrait s’effondrer comme en Espagne, ou sur l’environnement terrestre et marin déjà fortement impacté par l’urbanisation. Certains économistes inquiets face à l’ampleur du projet gouvernemental, évoquent aussi le problème de la dette qui risque d’augmenter quand l’État devra assumer les investissements colossaux nécessaires pour l’achèvement de cette riviera athénienne.

Mais pour Natassa Tsironi, riveraine, présente à Notre-Dame-des-Landes lors du Forum européen des grands projets inutiles, il ne faut pas céder à la propagande gouvernementale : « C’est toujours la même chose, que ce soit à Notre-Dame-des-Landes, à Iérissos [lieu d’une importante lutte contre des mines d’or dans le nord de la Grèce, ndlr] ou à Elliniko : on nous sert l’argument de l’emploi. Pour quelques postes précaires, mal payés et incertains, nous devrions accepter de détruire les emplois déjà existants, et de sacrifier les communs gratuits et accessibles à tous… Après, il ne nous restera rien ! »

Alternatives agricoles et sociales

Plusieurs structures de solidarité ont trouvé refuge sur cet immense espace. Le dispensaire « métropolitain » de santé et l’épicerie solidaire tentent de combler provisoirement les besoins sanitaires et alimentaires d’une population de plus en plus pauvre. Un peu plus loin, on découvre une oliveraie qui compte plus de 2 000 arbres plantés et arrosés avec le soutien de la mairie, des citoyens et des écoles des communes limitrophes. « Le but est d’occuper les terres autrement, et d’impliquer les riverains, explique Panos Totsikas. On espère pouvoir recommencer à planter des arbres, mais on manque de terres, les entreprises de sécurité nous mettent des bâtons dans les roues ».


Le « Jardin autogéré de Elliniko » que l’on découvre près d’une ancienne base militaire américaine, est encore plus ambitieux. « Nous avons voulu occuper les terres et leur donner une nouvelle fonction. Les cultiver pour retrouver nos racines paysannes. Et plus d’autonomie économique et alimentaire dans la vie citadine, dans le cadre de l’économie sociale et solidaire », explique Kostas, qui est au potager presque tous les jours. L’expérience est frappante : en poussant la porte d’entrée, c’est dans un petit paradis de légumes que l’on entre. « Ici nous travaillons sans hybrides. Enfin on essaye ! La tomate vient de l’Attique, c’est une variété d’ici, elle est très bonne et productive ».

Sur cette ancienne friche de 2 500 m2, les différentes variétés et espèces cultivées côtoient la flore sauvage et les gravats : de l’ail des ours, des herbes aromatiques, des carottes et des aubergines, des haricots verts et quelques épis de maïs. Tester les méthodes alternatives, « cela va de soi, cela fait partie du même projet politique. On fait de l’agroécologie, on teste l’empaillage et les variétés locales, sans engrais et sans pesticides », affirme Panagiota Maltezou, porte-parole du jardin autogéré et agronome de formation.

Construire un espace vert, lieu de rencontre et de créativité

Cultiver la terre, même en ville, semble être un casse-tête. Accueillir des animaux pour avoir du bon fumier, trouver des semences et des plants fiables, installer des ruches... « Il faut que quelqu’un s’en occupe tous les jours », avoue Kostas. Mais faire « paysan sans terres et sans débouché » n’est pas dans ses projets, malgré ses trois années de chômage. La situation est devenue compliquée, dans un pays où la formation et le conseil agricole se désintègrent, où le gouvernement oriente les nouveaux agriculteurs vers des projets sans lendemain, et où les circuits de proximité restent peu fiables.

Dans un ultime effort pour convaincre les pouvoirs publics, le collectif des habitants a commandité auprès d’un laboratoire de recherche de l’Ecole Polytechnique une étude pour évaluer la faisabilité du « parc métropolitain ». Avec un coût d’investissement très faible, financé par les revenus de certaines installations existantes, le parc métropolitain pourrait ouvrir ses portes immédiatement, et dans dix ou vingt ans être complètement fonctionnel.

L’idée : conserver et améliorer les installations existantes, y implanter des musées, des théâtres, des lieux artistiques et des centres de formation et de recherche, en valorisant les bâtiments administratifs existants et les équipements sportifs. Évidemment, l’objectif est d’augmenter les espaces verts arborés, et d’accueillir des cultures en privilégiant des variétés locales, et en renonçant à toute nouvelle construction. 400 000 mètres carrés sont en effet déjà bâtis dans Elliniko. Le parc, gratuit, serait un lieu de rencontre et devrait attirer plusieurs milliers de visiteurs. Lors d’une journée de présentation de ce projet, tout le monde avouait avec amertume que la seule chose qui empêchait la réalisation de ce parc était le manque de volonté politique. Les résistants vont devoir désormais affronter un nouveau problème : le promoteur immobilier grec Lamda Development vient d’acquérir un tiers des surfaces d’Elliniko et la totalité des parts de la société gestionnaire.

Roxanne Mitralias

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Photos : Oliveraie / © Dimitris V. Geronikos - Jardin autogéré / © Roxanne Mitralias

 

Notes

[1Contractée pour payer les flamboyants JO, des sous-marins qui penchent, ou tout simplement pour remplir le manque à gagner crée par les innombrables niches et exonérations fiscales...


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Grèce
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