Grèce

Jeudi 29 janvier 2015 4 29 /01 /Jan /2015 23:14

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Débattre Gauche européenne

Grèce : le nouveau gouvernement de Syriza laisse une large place aux activistes et aux chercheurs

par Nikos Smyrnaios 29 janvier 2015

 

 

 

 

 

Le nouveau gouvernement grec vient de prendre ses fonctions. Qui sont et d’où viennent les ministres sur qui pèse la lourde responsabilité de sortir la Grèce de la crise et de montrer qu’une alternative de gauche à l’austérité est possible ? L’alliance de Syriza avec le petit parti souverainiste de droite les Grecs indépendants est-elle contre-nature ? Les femmes sont-elles présentes au gouvernement et dans quelle proportion ? Quelle sera la place de l’écologie alors que tous les regards sont braqués sur la reprise économique ? Voici quelques réponses…

Alexis Tsipras a agi très rapidement pour donner les signes du changement. Premier chef de gouvernement dans l’histoire de la Grèce à refuser de jurer sur la Bible et devant un pope, il a effectué une visite symbolique dans la foulée de sa prise de fonction. Il a ainsi déposé une gerbe de fleurs dans le quartier athénien de Kessariani sur le monument aux 200 héros communistes de la Résistance exécutés par les nazis le 1er mai 1940.

Ce geste se veut symbole de la continuité historique entre les nombreuses générations qui se sont battues au péril de leur vie à travers les décennies – contre la barbarie, pour la démocratie, la justice sociale et l’indépendance nationale – et le nouveau gouvernement. C’est aussi un message aux néonazis de l’Aube dorée qui seront présents de nouveau au Parlement. Enfin, c’est un rappel à l’Allemagne concernant sa dette historique envers la Grèce.

L’alliance avec les Grecs indépendants

Conscient que le moindre vide de pouvoir pourrait avoir des conséquences imprévisibles, Tsipras a réussi à composer une majorité parlementaire avec le petit parti des Grecs indépendants [Syriza, avec 36,3% des voix, compte 149 députés sur 300, le Parti des grecs indépendants, avec 4,7% des voix, compte 13 députés, ndlr]. Bien sûr il s’agit là d’un choix qui pose problème, comme l’écrit justement Stathis Kouvelakis, membre de l’aile gauche de Syriza. Mais les Grecs indépendants ne sont pas un parti xénophobe comme on a pu le lire ici et là. C’est une formation conservatrice sur le plan sociétal, proche de l’Église orthodoxe et patriote à la limite du nationalisme. Elle ressemble donc à un parti de droite chrétienne comme il en existe beaucoup en Europe.

Le discours de son chef Panos Kammenos a parfois des relents complotistes. Mais il n’est en aucune façon un raciste xénophobe avéré, comme l’étaient à coup sûr de nombreux membres du précédent gouvernement. En effet, Il n’a jamais flirté avec l’Aube dorée, comme ont pu le faire régulièrement des collaborateurs proches d’Antonis Samaras [Aube dorée, d’inspiration néonazie, a obtenu 6,28 % des suffrages et 17 députés, ndlr].

C’est également ce qu’écrit Amélie Poinssot, correspondante de Mediapart en Grèce, fondée entre autres sur le témoignage du journaliste Dimitris Psarras, l’un des meilleurs experts de l’extrême droite en Grèce. Celui-ci dit : « Lorsque le parti s’est créé en 2012, il y avait en lui quelques éléments que l’on retrouve traditionnellement dans des partis d’extrême droite, comme le nationalisme, la dimension populiste, le rapport avec l’Église, un agenda anti-immigration. Mais l’identité de ce parti, c’est son positionnement anti-austérité. Dans son mode et son discours, je le caractériserais plutôt comme national-populiste. Il a par ailleurs complètement mis de côté les thèmes qu’il agitait en 2012. »

Concernant la question de l’immigration, le programme officiel des Grecs indépendants adopte certes un discours de « fermeté » mais qui est essentiellement du verbalisme. Dans le fond il ne demande que la reforme des accords européens (Dublin II et III) qui piègent des milliers de demandeurs d’asile dans le premier pays d’entrée à l’Union, en l’occurrence la Grèce.

Par ailleurs, la sous-ministre chargée de l’immigration Tassia Christodoulopoulou, membre de Syriza, est une défenderesse de long date des droits des immigrés. Celle-ci a annoncé très vite après sa prise de fonction son attention de naturaliser les milliers de jeunes d’origine étrangère nés en Grèce qui ne peuvent obtenir la nationalité Grecque ainsi que le remplacement les camps de rétention indignes pour les demandeurs d’asile par des centres d’accueil.

L’économie en priorité (mais sans banquier)

Au niveau économique le parti souverainiste de Kammenos a tenu bon sur sa ligne anti-austeritaire et pro-sociale depuis 2012 malgré les pressions incessantes incluant des tentatives de corruption de ses députes. Étant donné le fait que la relance de l’économie et la négociation de la dette sera la priorité du gouvernement il s’agit donc d’un choix pragmatique et cohérent de la part de Tsipras.

La participation de Kammenos au gouvernement en tant que ministre de la Défense compliquera un certain nombre de reformes importantes comme la séparation de l’Église et de l’État ou le mariage gay pour lequel Syriza est favorable. Mais elle permet à Tsipras de montrer qu’il a su composer un gouvernement d’union qui déborde largement le périmètre de son propre parti et de disposer au sein du gouvernement d’un interlocuteur crédible aux yeux des militaires. C’est aussi le point de vue de Panayotis Grigoriou, ethnologue, historien et chroniqueur infatigable du drame grec.

Sous la houlette de Yannis Dragasakis, vieux sage qui sera vice-premier ministre et coordinateur général, le gouvernement semble à la fois cohérent et équilibré. Les ministères de l’économie et du développement seront entre les mains des professeurs d’économie modérés, respectivement Yannis Varoufakis et Yorgos Stathakis.

Varoufakis a un profil intéressant : blogueur et twitto invétéré, il a été professeur d’économie en Australie et aux États-Unis avant de travailler pour la société des jeux vidéos mondialement connue Valve. Ancien conseiller de George Papandréou, il n’a pas sa langue dans sa poche. Connaisseur de l’establishment financier mondial il aura la charge de mener les négociations avec les créanciers. Ce choix, un peu surprenant, a fâché d’autres économistes plus à gauche comme Yannis Milios et Euclide Tsakalotos, pressentis pour ce ministère. Mais c’est un choix tactique intéressant en vue des négociations sur la dette qui peut s’avérer efficace.

Cohabitation entre productivistes et écologistes

Aux côtés de Varoufakis se retrouve une militante historique de la gauche grecque, Nadia Valavani, qui sera elle chargée de gérer le budget (et éventuellement de contrôler les mouvements du premier) . Une autre femme, Rania Antonopulou, directrice jusqu’à hier du programme Gender Equality and the Economy au Levy Institut de New York, prendra en charge la dure bataille contre le chômage. C’est une technocrate keynésienne plutôt classique qui défend le concept de l’État employeur en dernier ressort. Elle travaillera sous la houlette de Panos Skourletis très proche collaborateur de Tsipras et désormais ministre du travail.

Le choix d’économistes plutôt libéraux est contrebalancé par la nomination de Panayotis Lafazanis, chef de file de l’aile gauche de Syriza, au super ministère de la relance productive, de l’énergie et de environnement. Lafazanis, plutôt de tendance productiviste, sera flanqué par un sous-ministre de l’environnement membre des Verts, Yannis Tsironis. Ca sera intéressant d’observer si un équilibre sera trouvé ou si des conflits larvés se développeront entre Lafazanis le communiste et Tsironis l’écolo. En tout cas le premier a déjà fait savoir qu’il était hors de question de procéder à la privatisation de DEI, la société publique de production d’énergie, prévue par les accords du précédent gouvernement avec la Troïka.

Des universitaires et des activistes partout

Tsipras a décidé de créer un sous-ministère spécial pour la bataille contre la corruption, signe que c’est aussi une priorité pour son gouvernement. Il y a nommé Panayotis Nikoloudis, un procureur jusqu’à récemment à la tête de l’Autorité contre la corruption. La rude tâche de démocratiser les forces de police a été confiée au professeur de criminologie Yannis Panousis, ancien membre d’une formation qui n’a pas réussi son entrée au Parlement, la Gauche démocratique (DIMAR).

Son supérieur direct, ministre de l’intérieur, sera Nikos Voutsis cadre de Syriza expérimenté et pugnace qui a déjà eu maille à partir avec la police lors de nombreuses manifestation comme dans le cliché ci-dessous retweeté à foison. Le fait que le fils de Voutsis est un anarchiste revendiqué qui vient de sortir de prison rajoute du piment à la situation.

La santé sera confiée à un ancien du Pasok mais qui a tôt pris ses distance avec la politique de l’austérité, le non-voyant Panagiotis Kouroumplis. Nikos Kotzias un intellectuel reconnu d’origine social-démocrate et francophone sera ministre des affaires étrangères. Il incarne une ligne patriote de gauche, compatible avec Kammenos qui pourra permettre enfin à la Grèce de disposer d’une politique autonome et non pas vassalisée.

Le rappel de Tsipras aujourd’hui à Federica Mogherini, commissaire européenne aux affaires étrangères, qu’il ne faut pas oublier de consulter la Grèce avant de faire des déclarations au nom de tous les Etats membres au sujet du conflit Ukranien est surement inspiré par Kotzias. Il faut s’attendre donc à un rééquilibrage de la position grecque par rapport à la Russie, mais aussi Israel avec lequel les précédents gouvernements s’étaient rapprochés en dépit d’une relation historiquement privilégiée de la Grèce avec les pays arabes. Il faut dire aussi que de nombreux militants et proches de Syriza militent pour la cause palestinienne.

Enfin, Nikos Xydakis l’éditorialiste érudit du quotidien conservateur Kathimerini, devient sous-ministre de la Culture et Nikos Paraskevopoulos, professeur engagé depuis longtemps dans la défense des droits de l’homme et militant pour les droits des prisonniers, sera le nouveau ministre de la justice. Le constitutionnaliste Yorgos Katrougalos, personnalité montante de Syriza, quitte quant à lui son poste d’eurodeputé pour s’occuper de la reforme de l’administration, autre front urgent en Grèce.

Six femmes au gouvernement mais d’autres aussi ailleurs

Il y aura six femmes dans le gouvernement, dont au moins quatre ont des postes équivalents à ceux des ministres, même si elles n’en ont pas le titre. La tonitruante juriste et féministe convaincue Zoé Κonstantopoulou présidera elle le Parlement [lire son interview, avant les élections, alors qu’elle était pressentie au ministère de la Justice, ndlr]. C’est encore une première en Grèce. De ce poste elle aura la charge de discipliner les députés néonazis, habitués aux esclandres dans l’Hémicycle, et de mener à bien les diverses investigations parlementaires qui ne manqueront pas de se mettre en route relativement aux scandales du passé. C’est un pied de nez amusant après toutes les brimades que les députés machos de la droite lui avaient infligé ces dernières années (sans qu’elle ne se dégonfle bien entendu).

Zoé Κonstantopoulou et Rena Dourou, déjà présidente de l’immense Région d’Attique, sont les deux femmes les plus puissantes de Syriza, à moins de quarante ans. Le jeune Gabriel Sakellaridis, qui a failli gagner la mairie d’Athènes en juin, sera le porte-parole du gouvernement. C’est un réprésentant talentueux et populaire des trentenaires proches de Tsipras.

En conclusion, il s’agit d’un gouvernement divers et ouvert, dans lequel sont représentées trois formations politiques au-delà de Syriza (les Verts, la Gauche démocratique et les Grecs indépendants). Un gouvernement qui se veut rassurant pour les marchés et les créanciers, mais qui ménage également l’aile gauche de Syriza et récompense des personnes engagées depuis longtemps en faveur des droits sociaux. Les femmes y sont relativement nombreuses par rapport aux usages en Grèce, et à des postes clés. Les universitaires en constituent la colonne vertébrale.

Bien sûr de nombreuses critiques de ce gouvernement peuvent être formulées : les femmes pourraient être plus nombreuses ; la gauche radicale pourrait être plus ou mieux présentée, notamment aux ministères économiques ; Mais ce n’était pas un exercice facile de composer ce gouvernement qui doit s’attaquer très vite à des problèmes graves et urgents. A suivre.

Niκος Smyrnaios, enseignant à l’université de Toulouse et observateur de l’actualité grecque (voir son blog)

Photos :
- Alexis Tsipras lors d’un meeting à Bologne (Italie) en mai 2014 / CC Lorenzo Gaudenzi
- Dépôt d’une gerbe de fleurs, le 26 janvier, dans le quartier athénien de Kessariani sur le monument aux 200 héros communistes de la Résistance exécutés par les nazis le 1er mai 1940 / Source : EPA, Alexandros Beltes
- Zoé Κonstantopoulou est la première femme qui préside le Parlement grec / CC wikimédia
- Gabriel Sakellaridis avec Rena Dourou et Alexis Tsipras / Source : efsyn.gr

 

 

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Mercredi 28 janvier 2015 3 28 /01 /Jan /2015 23:55

 

 

Source : www.okeanews.fr

 

 

Arrêt de la privatisation de l'électricité grecque et du port du Pirée



28 janvier 2015 - 127 mots  

dehLe ministre de la restructuration productive, de l'Environnement et de l'Énergie, P. Lafazanis, a annoncé la décision de mettre fin immédiatement à la privatisation de l'organisme public d'électricité DEI.

Il a aussi annoncé un accès gratuit à l'électricité pour les chômeurs de longue durée. "Le but souhaité est de faire baisser le prix de l'électricité pour le public"...

 

*Suite de l'article sur okeanews

 

 

Source : www.okeanews.fr

 

 

 

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Source : ,www.express.be

 


La Grèce augmente son salaire minimum et suspend la privatisation du port du Pirée


Dès le second jour de sa mandature, le nouveau gouvernement grec du Premier ministre Alexis Tsipras démontre sa détermination. Lors d'une interview donnée à la télévision grecque, le nouveau ministre du Travail, Panos Skourletis, a annoncé le rétablissement du salaire  minimum à 751 euros avec effet immédiat (soit une augmentation de 10%) « pour atténuer la crise humanitaire dans le pays ». Le sous-ministre de la Réforme administrative, George Katrougalos, a également annoncé le retrait immédiat d’une mesure du précédent gouvernement qui prévoyait le licenciement de plusieurs fonctionnaires. Ce licenciement était une des mesures imposées par la troïka composée de la Commission européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale Européenne, dans le cadre du plan de sauvetage de la Grèce

Ainsi, SYRIZA tient déjà deux promesses de campagne.

Une autre décision remarquable porte sur la suspension de deux grands projets de privatisation, dont celui du port du Pirée à un consortium chinois, qui faisait également partie des accords du plan de sauvetage. Le gouvernement veut réviser l’accord qui avait été signé précédemment « en faveur du peuple grec ».

La privatisation du port de Thessalonique, le second plus grand port du pays, et celle de la compagnie ferroviaire grecque Trainose, ont aussi été suspendues.

 

Source : ,www.express.be

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Mardi 27 janvier 2015 2 27 /01 /Jan /2015 19:03

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

Le message d'espoir de SYRIZA

Syriza a donc vaincu et obtient 149 sièges. Alexis Tsipras, son charismatique dirigeant, est le grand triomphateur des élections de ce dimanche 25 janvier. Beaucoup de gens se sont réjouis, dont chez certains avec une impudeur outrancière. On a vu ainsi des dirigeants du PS français, n’est-ce pas MM. Cambadélis et Désir, qui il y a deux ans encore établissaient un véritable blocus à l’égard de Syriza voler au secours de la victoire. Il y a des gens « sans vergogne » comme l’on dit dans le midi de la France… Il est vrai que la défaite des « socialistes » grecs du PASOK est exemplaire (moins de 5% des suffrages) tout comme est clair la gifle donné à la droite libérale de la Nouvelle Démocratie (deux mensonges pour un seul titre). Mais, cette victoire ouvre surtout une nouvelle séquence politique pour la zone Euro.

A - Tsypras

Que fera Syriza ?

Le programme de Syriza n’est nullement révolutionnaire. Mais dans le contexte de la Grèce aujourd’hui il marque une véritable rupture. Dans le domaine social, il prévoit, une hausse du salaire minimum à 750 euros (contre moins de 600 actuellement), un 13e mois pour les retraites de moins de 700 euros et un relèvement du seuil annuel de revenus imposables pour les particuliers, abaissé à 5 000 euros, et qui s’établirait désormais à 12 000 euros. Le coût de cet ensemble de mesures est estimé par Syriza à un peu moins de 12 milliards d’euros. Mais, le point essentiel est que Syriza se déclare opposé à payer environ les deux tiers de la dette publique grecque. C’est là que le conflit potentiel avec les institutions européennes pourrait se concentrer. Car, les autorités européennes sont en fait plus sensibles à la question de la dette grecque qu’à celle de mesures macroéconomiques, mesures qui apparaissent largement inévitable.

Il est évident que la Grèce ne peut porter sa dette publique, qui ne cesse de s’accroître non pas en raison du déficit budgétaire (hors dette) mais du fait du poids des intérêts. Ceci est connu des économistes depuis la fin de 2009. Il convient donc d’annuler une large partie de cette dette, ce que de nombreux économistes disent. Mais, cette annulation va poser problème par rapport aux institutions européennes qui détiennent de fait (via la BCE, le Fond Européen de Stabilité Financière ou FESF et le Mécanisme Européen de Stabilité ou MES) une large partie de cette dette. Si la Grèce faisait défaut (ou répudiait tout ou partie de sa dette) cela imposerait une contribution financière aux contribuables de la zone Euro, sauf si la BCE acceptait de reprendre ces titre, et devenait dans les faits ce que l’on appelle une « bad bank » ou une structure chargée de porter des titres qui n’ont plus aucune valeur (ce que l’on appelle une « structure de défaisance »). Mais, une telle solution compromettrait gravement l’existence de la zone Euro. On comprend alors pourquoi les différents gouvernements, et les gouvernements allemand et français, sont contre une telle solution. Ils proposeront sans doute au gouvernement grec de surseoir aux paiements, tant du principal que des intérêts, pour une période pouvant aller de 5 ans à 20 ans. Mais le gouvernement grec n’a aucun intérêt à accepter ce « moratoire » pour une période de moins de trente ans.

Le conflit entre la Grèce et les pays de la zone Euro apparaît inévitable. La volonté du gouvernement Grec de refuser le plan « d’aide » (qui porte mal son nom puisqu’une grande part des sommes – 77% - est allée aux banques européennes) ainsi que la tutelle de la « Troïka » (la BCE, le Fond Monétaire International et la Commission Européenne) constituent ici une position de principe pour Athènes. On voit mal Alexis Tsipras transiger sur cette question.

De la discorde chez l’adversaire.

Dans ce conflit, il est clair que l’ennemi (ici les pays de la zone Euro) est divisé. Les français veulent éviter un choc budgétaire (par la matérialisation des procédures fédérales sur le FESF et le MES) et seraient partisans de transformer la BCE en une structure de défaisance. L’Allemagne s’y oppose absolument. La France et l’Italie pourraient soutenir une certaine expansion de la politique budgétaire grecque, ce qui est une autre pomme de discorde avec l’Allemagne. Sur le fond, l’Allemagne, mais on l’oublie souvent, la Finlande et l’Autriche, campe sur la position qu’un accord ne peut être renégocié, même si des arrangements sont possibles sur les conditions de cet accord. En réalité, le problème dépasse la Grèce. Si cette dernière obtient de nouvelles conditions, cela validera la stratégie de Podemos en Espagne, parti nouvellement crée qui est en pleine ascension, mais aussi celle du Movimente 5 Stelle de Beppe Grillo, en Italie. C’est surtout cela qui effraie les dirigeants allemands.

La politique qui sera adoptée en définitive tiendra plus compte des effets induits par le succès de Syriza (sur l’Espagne et l’Italie) que des mesures concrètes qui pourraient être prises à Athènes. Or, si l’Allemagne (et ses alliés) veulent stopper la contagion, elle doit faire preuve de fermeté. Mais, cette fermeté peut justement précipiter la crise entre la Grèce et la zone Euro.

Le choix de Tsipras

Tout ceci se résume en réalité au choix d’Alexis Tsipras. Il peut décider d’aller à l’affrontement avec les institutions européennes, fort de sa légitimité, comme il peut décider de commencer dès à présent à transiger. Cette seconde hypothèse le condamne à mort politiquement. C’est pourquoi, en dépit des espoirs de nombre d’européistes, elle n’apparaît pas très réaliste. On a dit, dans ce blog, qu’une trahison de plus serait une trahison de trop. Alexis Tsipras le sait parfaitement. Il a choisi le lundi 26 de s’allier avec les « Grecs Indépendants », et non avec « To Potami », petit parti centriste né de la décomposition du PASOK. Les « Grecs Indépendants » sont un parti souverainiste de droite, correspondant peu ou prou aux positions exprimées en France par Nicolas Dupont-Aignan. Il a donc une majorité au Parlement grec et surtout il affiche un choix très clair d’une politique de fermeté dans ses relations futures avec les institutions européennes.

C’est un choix important. En acceptant de transiger sur des réformes sociétales pour mettre au premier plan la question de l’affrontement avec les institutions européennes, Alexis Tsipras montre quelles sont ses priorités, prouve son absence de sectarisme, et envoie un message clair aux peuples européens. La question fondamentale est donc bien celle de la souveraineté et cela conditionne les alliances qui peuvent être passées.

Ce message est un message d’espoir.

Un message digne d’émulation.

 

 

Source : www.marianne.net

 

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Mardi 27 janvier 2015 2 27 /01 /Jan /2015 18:50

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Grecs indépendants: l’allié contre-nature de Syriza

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

Alexis Tsipras a prêté serment lundi 26 janvier. Le nouveau premier ministre grec a commencé à nouer une alliance avec la formation de droite anti-austérité des Grecs indépendants (ANEL). Avec Syriza, les deux formations peuvent s’appuyer sur une majorité confortable de 162 députés. Mais quel est ce parti qui s’apprête à occuper un ministère dans le gouvernement Tsipras ? Décryptage.

Athènes, de notre envoyée spéciale.-  Il y a trois ans, lorsque autour de la figure de Panos Kammenos une vingtaine de députés issus de Nouvelle Démocratie se retiraient pour former un nouveau parti, les Grecs indépendants, nul ne pouvait sérieusement prédire qu’ils allaient se retrouver, un jour, à la tête du pays aux côtés de la gauche radicale. Et pourtant. Cela a été confirmé dès ce lundi matin à l’issue d’une rencontre entre Tsipras et Kammenos : les deux partis s’allient pour former la coalition gouvernementale, et le second devrait occuper un ministère dans le nouvel exécutif.

Panos Kammenos a commencé à se distinguer sur l’échiquier politique grec fin 2011, lorsqu’il refuse de voter la confiance au premier gouvernement de coalition qui se dessine entre PASOK et Nouvelle Démocratie, dans la foulée de la chute de Georges Papandréou. Il est alors exclu du groupe parlementaire de son parti – sans toutefois être exclu du parti lui-même. Trois mois plus tard, il vote contre le deuxième « mémorandum » d’austérité adopté en réponse aux prêts décidés par la Troïka. Il quitte alors définitivement Nouvelle Démocratie pour fonder une formation concurrente.

Kammenos est loin d’être un nouveau venu dans la classe politique grecque. Élu député pour la première fois en 1993 sous les couleurs de Nouvelle Démocratie, il est constamment réélu jusqu’à aujourd’hui. Il a même déjà fait partie d’un gouvernement : il fut ministre adjoint du commerce et de la marine dans le dernier gouvernement de droite avant l’arrivée de Georges Papandréou et le début des cures d’austérité. Poste qu’il devrait retrouver aujourd’hui si l’on en croit les informations diffusées par la presse grecque.

 

Alexis Tsipras, leader de Syriza et nouveau premier ministre grec. 
Alexis Tsipras, leader de Syriza et nouveau premier ministre grec. © Reuters

Pendant la campagne électorale de 2012, des scénarios de collaboration entre Syriza et les Grecs indépendants (ANEL, selon l’acronyme grec) avaient déjà surgi. Mais ils n’étaient pas vraiment pris au sérieux par les électeurs, et surtout, ils étaient très critiqués en interne des deux côtés. C’est alors que les Grecs indépendants avaient fait leur première percée : ils avaient obtenu, en mai 2012, 10,6 % des voix, soit la 4e place, sur fond d’un paysage politique en complète recomposition.

Cette fois-ci, pendant la campagne, le scénario d'une alliance ANEL-Syriza est devenu beaucoup plus probable. Panos Kammenos avait clairement indiqué sa volonté de participer à un gouvernement de coalition avec Syriza. Et c'est d'ailleurs le message subliminal qu'il avait fait passer dans son clip de campagne. On y voit un enfant jouer avec un petit train. Un adulte, incarné par le chef du parti, lui explique : « Si tu veux être le conducteur, il faut toujours contrôler sa vitesse. Pour prendre un virage, il faut commencer par freiner. C'est comme ça qu'on évite les accidents. » Dans le film, le petit garçon s’appelle… Alexis.

ANEL, la force modératrice du gouvernement d'Alexis Tsipras? En réalité, le résultat des Grecs Indépendants est assez modeste, deux fois moins élevé qu'en 2012 : il obtient 4,75 % des voix, 13 sièges à l’assemblée. Comparé aux 149 députés de Syriza, ANEL apparaît donc comme un partenaire mineur, dont il ne faut pas surestimer l’importance.

Mais il ne faut pas se voiler la face non plus : cette alliance entre Tsipras et Kammenos est bel et bien contre-nature. Panos Kammenos provient de cette droite nationaliste et sécuritaire traditionnellement hostile aux courants progressistes. En 1990, dans un ouvrage intitulé Terrorisme, théorie et pratique, il soutenait que des personnalités politiques issues du PASOK auraient participé à l’organisation terroriste du 17-Novembre, responsable de plusieurs assassinats entre la fin de la dictature et les années 1990. Même si ses positions ont évolué depuis, c’est quelqu’un qui a adopté une posture populiste, jetant volontiers tous les politiques dans le même sac, versant dans l’antigermanisme, et ne craignant pas d'utiliser un vocabulaire outrancier.

En 2013, il a même été inquiété par la justice quand il a invité les habitants de Chalcidique mobilisés contre les mines d’or de Skouriès (nord de la Grèce) à « lyncher » le maire de la commune, favorable aux investisseurs canadiens en dépit d’une résistance constante pour défendre l’environnement local. Il a par ailleurs été condamné à 30 000 euros d’amende dans une affaire de diffamation : il avait accusé le frère de Georges Papandréou d’avoir spéculé sur le sort de la Grèce. Plus récemment, au cours d'un meeting la semaine dernière, il déclarait que l’Europe était gouvernée par des « néonazis allemands »

Un parti national-populiste

Kammenos entretient par ailleurs des amitiés à droite sur le continent. Décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy, il est allié avec Debout la France, la formation du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, lequel n’a pas manqué de saluer l’accord entre Syriza et les Grecs indépendants. Nationaliste, arc-bouté sur la question de la Macédoine dont il ne veut pas reconnaître le nom, le parti de Panos Kammenos est souvent dans le registre de la provocation. Le racisme et la haine envers les immigrés ne font toutefois pas partie de son logiciel – à l’inverse de l’organisation néo-nazie d’Aube dorée.

Pour Dimitris Psarras, auteur de nombreux ouvrages sur l’extrême droite grecque, le parti des Grecs indépendants n’est pas une formation d’extrême droite. « Lorsque le parti s’est créé en 2012, il y avait en lui quelques éléments que l’on retrouve traditionnellement dans des partis d’extrême droite, comme le nationalisme, la dimension populiste, le rapport avec l’Église, un agenda anti-immigration, explique le journaliste à Mediapart. Mais l’identité de ce parti, c’est son positionnement anti-austérité. Dans son mode et son discours, je le caractériserais plutôt comme national-populiste. Il a par ailleurs complètement mis de côté les thèmes qu’il agitait en 2012. »

De fait, les discussions entre ANEL et Syriza ne semblent porter sur autre chose pour l’instant que sur le « programme de Thessalonique », ce programme officialisé par Syriza en septembre dans la deuxième agglomération grecque, et qui comprend la négociation sur la dette et les mesures économiques et sociales pour affronter la crise humanitaire et favoriser le retour de la croissance. Or, là-dessus, ANEL adhère complètement. Là où il peut y avoir divergence, estime Dimitris Psarras, c’est sur la question des privatisations. Syriza a été très critique, notamment, sur les investissements chinois dans le port du Pirée. Chose que n’ont pas contesté les Grecs indépendants, plus perméables aux thèses libérales. 

Pour le professeur de sciences politiques Michalis Spourdalakis, proche de Syriza, le parti de Tsipras, de toute façon, « n’avait pas le choix » : « Le parti n’a pas eu la majorité absolue. Aller vers de nouvelles élections aurait été perçu comme un chantage et aurait été irresponsable. Il fallait donc former une coalition au plus vite. Or le Parti communiste a de lui-même refusé toute alliance avec Syriza, et Syriza de son côté ne pouvait aller avec les partis responsables des politiques d’austérité, ni avec La Rivière, une formation fourre-tout qui rassemble opportunistes, néolibéraux et amis des marchés… »


Prise de fonctions d'Alexis Tsipras, une cérémonie civile, pour la première fois dans l'histoire politique grecque 
Prise de fonctions d'Alexis Tsipras, une cérémonie civile, pour la première fois dans l'histoire politique grecque © Reuters

D’autres projets de loi portés par Syriza pourraient ne pas susciter l’adhésion des députés ANEL : octroi de la nationalité grecque à la deuxième génération d’immigrés, possibilité d’un pacte de vie commune pour tous. Mais d’ici à ce que ces projets de loi passent devant l’assemblée… Pour l’heure, les urgences du pays sont telles que les deux partis n’ont, semble-t-il, même pas abordé ces sujets au cours des discussions pour mettre au point l’accord de coalition. Mais si l’on s’y attarde, il est évident que les divergences, sur ces questions sociétales, sont importantes. Les Grecs indépendants veulent par ailleurs renforcer la fermeture des frontières extérieures de la Grèce, tandis que Syriza souhaite améliorer l’accueil des demandeurs d’asile et arrêter le tout-répressif mis en place par Samaras…

ANEL ne sera toutefois qu'un partenaire secondaire de ce gouvernement de coalition. Seul Kammenos devrait y figurer, à la tête du ministère du commerce et de la marine. Un ministère économique, donc, ce qui laisse les mains libres à Syriza sur les questions sociétales. De fait, Kammenos a déclaré devant la presse, à la sortie de sa rencontre avec Tsipras, que ce n’était pas à lui de dévoiler l’accord de la coalition, mais bien au premier ministre de le faire, en temps et en heure. Il accepte donc ce rôle de partenaire mineur au sein de la coalition.

Enfin, deux moments de ce lundi 26 janvier inscrivent résolument ce gouvernement dans l’histoire de la gauche grecque. Alexis Tsipras a prêté serment de manière « laïque », en l’absence d’archevêque et sans poser la main sur la bible. C’est une première en Grèce, pays orthodoxe où État et Église sont étroitement liés.

Après quoi le nouveau premier ministre s’est rendu à Kaissariani, commune de la métropole athénienne où ont été assassinés des dizaines de partisans pendant la guerre civile qui opposa à la fin de la Seconde Guerre mondiale la résistance communiste aux collaborateurs et milices conservatrices. Un symbole : la résistance de gauche était sortie perdante de huit ans de guerre. Aujourd’hui, les héritiers de cette gauche, pour la première fois, accèdent aux commandes de l’État.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Grèce
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Lundi 26 janvier 2015 1 26 /01 /Jan /2015 15:20

 

Source : www.mediapart.fr

 

Grèce: Tsipras appelle à en finir avec le «cercle vicieux de l'austérité»

|  Par Amélie Poinssot

 

 

Syriza remporte haut la main les élections législatives en Grèce, avec un score de 36,34 % des voix, plus de huit points devant la droite de Nouvelle Démocratie (27,81 %). S’il rate à deux sièges près la majorité absolue à l’assemblée, il a annoncé dès ce lundi matin un accord avec le petit parti de droite Grec indépendant. Pour les Grecs qui fêtaient la victoire dimanche soir, c’est un tournant qui dépasse largement les frontières de leur pays.

 

Athènes, de notre envoyée spéciale.-  « Un énorme espoir », « une lourde responsabilité », « la seule solution » : pour les électeurs de gauche rassemblés dans le centre d’Athènes ce dimanche soir, Syriza vainqueur du scrutin, c’est tout cela à la fois. La promesse de jours meilleurs, de difficiles négociations à venir au niveau européen, et la conséquence logique de l’impasse dans laquelle s’étaient fourvoyés le gouvernement Samaras et ses prédécesseurs.

Devant l’ancienne université de la capitale, à quelques encablures du parlement, une foule de plusieurs milliers de personnes s’est rassemblée dans l’attente du discours d’Alexis Tsipras, le chef de Syriza et désormais futur premier ministre de Grèce. Les explosions de joie fusent çà et là, les drapeaux dansent, on s’embrasse de tous côtés. Combien de fois a-t-on vu passer en ce même endroit des cortèges anti-austérité, des visages abattus, des personnes en colère ? Ce dimanche soir, c’est l’optimisme qui l’a emporté.

Fotini Marfariti, professeur d’université, est venue là avec quelques-uns de ses amis. « J’ai fait un choix tout à fait rationnel et conscient en votant Syriza. Je crois en sa capacité de négociation pour effacer une partie de la dette, car je crois aussi en la volonté de l’Europe de changer son modèle d’austérité. À part peut-être en Allemagne, j’ai plutôt l’impression que de nombreux partis européens, y compris conservateurs, cherchent à sortir de l’impasse. »


Au kiosque électoral de Syriza dimanche soir 
Au kiosque électoral de Syriza dimanche soir © Amélie Poinssot

Pour Elli Leptourgou, « c’est un soulagement. On en a terminé avec ces dirigeants qui n’étaient vraiment pas sérieux. PASOK et Nouvelle Démocratie ont gaspillé énormément d’argent ! ». Retraitée, Elli a été particulièrement choquée par la manière dont Nouvelle Démocratie a mené campagne : « La droite a vraiment voulu faire peur aux personnes âgées, qui constituent une part prépondérante de l’électorat grec puisque nous sommes un pays vieux. C’était par ailleurs très hypocrite car les retraites risquaient de baisser encore avec de nouvelles mesures que Nouvelle Démocratie allait prendre si elle était restée au pouvoir... »

Maria Marmataki, elle, n’en a pas fermé l’œil la nuit précédente tant la victoire était proche. Cette étudiante en est convaincue : « Ce résultat peut provoquer une vague au niveau européen. » C’est bien ce qu’espèrent d'autres étudiants venus, eux, de l’autre côté de la mer Ionienne : Gian Luca Batzu et Matteo Dartagnan sont arrivés d’Italie la veille pour soutenir Syriza, avec une impressionnante délégation de la coalition « l’Altra Europa con Tsipras », une tentative de reconstitution d’une gauche alternative en Italie formée à l’occasion des élections européennes : « Ce soir, nous voyons ici l’Europe en marche. Un changement en Grèce, c’est un changement pour tout le continent. Le succès de Syriza va aider les gauches européennes à progresser, et particulièrement en Italie. » D’autres délégations sont présentes, notamment de France (Front de gauche et EELV), d’Espagne, du Portugal, mais aussi d’Europe du Nord et d’Allemagne en particulier (Die Linke).

Dans la foule, nous croisons une jeune élue Syriza à la mairie d’Athènes, Elthina Angelopoulou, conseillère municipale depuis mai dernier. « J’ai encore du mal à y croire. Après tant d’années de militantisme sur le terrain… On a vraiment réussi ces dernières années à conquérir les électeurs un à un. Je me rappelle encore, et ce n’est pas si loin, les scrutins où nous n’étions même pas sûrs d’entrer au parlement ! » C’est en 2004 que Syriza se forme comme une coalition rassemblant différents courants de la gauche grecque : eurocommunistes, radicaux, écologistes, trotskistes… Il obtient alors un petit 3,3 % des voix… et décroche six sièges de députés au parlement.

Onze ans plus tard, ce dimanche 25 janvier, le parti aura donc plus que décuplé son score : il a recueilli 36,34 % des suffrages, ce qui lui donne un total de 149 sièges sur 300 à l’assemblée, compte tenu de la prime de 50 députés accordée au parti vainqueur du scrutin. Il manque de deux sièges la majorité absolue. Une coalition avec un parti s’avérait donc nécessaire.

 

Reuters 
Reuters

« Une victoire de tous les peuples européens »

De fait, dès ce lundi matin, Tsipras a annoncé, à l'issue d'une rencontre avec le leader du petit parti Grec indépendant (4,75 %, 13 députés), qu'un accord avait été trouvé. Ce parti nationaliste et anti-austérité, issu d’une scission avec Nouvelle Démocratie en 2012, partage avec Syriza la volonté de sortir du régime des « mémorandums ». Les deux partis sont pourtant aux antipodes en termes de politique d’immigration et de sécurité, mais cette coalition qui paraîtrait en d’autres circonstances contre nature est celle qui avait été avancée le plus sérieusement par les cadres de Syriza ces dernières semaines (lire notamment notre reportage sur la campagne électorale).

Un communiqué de Syriza tombé au milieu de la nuit évoquait déjà le « soutien » et la « collaboration probable dans un nouveau gouvernement » de ce parti, signifiant qu’il pourrait obtenir un ministère. Alexis Tsipras a également prévu de rencontrer rapidement les chefs du parti centriste La Rivière (6,05 %, 17 députés) et du Parti communiste (5,47 %, 15 députés). La formation du nouvel exécutif est attendue dès ce mardi ou mercredi au plus tard.

 

Musique et danse improvisée devant le kiosque électoral de Syriza en fin de soirée 
Musique et danse improvisée devant le kiosque électoral de Syriza en fin de soirée © Amélie Poinssot

Mais dimanche soir, pour la foule, l’heure n’était pas aux tractations politiques. « Aujourd’hui le peuple a écrit l’histoire, a lancé Alexis Tsipras devant une foule compacte vers onze heures du soir devant l’ancienne université d’Athènes. « La Grèce laisse derrière elle l’austérité, la peur, l’autoritarisme. Elle laisse derrière elle cinq ans d’humiliation et de tristesse. »

Le peuple, a poursuivi le chef de Syriza, « nous a donné un mandat pour la renaissance nationale et la reconquête de la cohésion sociale de notre patrie (…) Notre victoire est en même temps la victoire de tous les peuples européens qui se battent contre l’austérité qui détruit notre avenir européen commun. (…) Je veux vous assurer que le nouveau gouvernement grec sera prêt à collaborer et à négocier pour la première fois avec nos partenaires pour une solution juste, profitable pour tous, et viable, afin que la Grèce sorte du cercle vicieux du surendettement, afin que l’Europe revienne vers la stabilité, la croissance, la cohésion sociale, les principes et les valeurs qui constituaient ses principes et valeurs fondateurs, tels que la démocratie et la solidarité. »

Sous les applaudissements et les cris de joie, Alexis Tsipras salue chaleureusement la foule. « People have the power » de Patti Smith résonne dans les haut-parleurs. Les résultats ne sont pas encore définitifs, quelque trois quarts des bulletins ont été dépouillés à ce moment-là, mais la tendance ne devrait plus bouger : victoire écrasante de Syriza, plus de huit points d’écart avec Nouvelle Démocratie.

Le chef de la droite Antonis Samaras s’était exprimé une demi-heure plus tôt depuis le palais Zappeion, le bâtiment officiel des événements électoraux grecs. Dans le kiosque électoral de Syriza, planté face à l’ancienne université et plein à craquer de militants depuis la fermeture des bureaux de vote, la retransmission à la télévision de l’allocution du premier ministre sortant est à peine audible sous les sifflements. « Nous avons commis des erreurs, s’est-il justifié, mais nous avons évité le pire. La Grèce est aujourd'hui un pays sérieux, sûr et sans déficit. Nous avons mis le pays sur le bon chemin pour sortir de la crise. J'ai dirigé le gouvernement d'un pays de l'Union européenne, nous l'avons maintenu au sein de l'Union européenne, et j'espère que le prochain gouvernement suivra le même chemin. »


Le kiosque électoral de Nouvelle Démocratie, en fin de soirée dimanche 
Le kiosque électoral de Nouvelle Démocratie, en fin de soirée dimanche © Amélie Poinssot

Au même moment, l’agitation est à son comble au siège de Syriza, place Koumoundourou, à un quart d’heure à pied de là. Pour la première fois, ce parti qui, à l’exception de mandats locaux, n’avait jamais accédé au pouvoir, va diriger l’exécutif du pays. Dans le bureau de Tsipras, au septième étage, plusieurs personnes se pressent. Il y a notamment l’économiste Yannis Varoufakis (que Mediapart avait interviewé en décembre, article à retrouver ici), qui partira parmi les derniers, dans la foulée de Tsipras, signe qu’il est bien placé pour obtenir l’un des deux portefeuilles stratégiques du nouvel exécutif, finances ou économie et développement.

Il y a aussi Konstantin Tsoukalas, sociologue éminent, tête de liste du parti sur la liste « d’État » (une liste hors circonscription), et dont le nom circule pour le ministère de l’éducation. Comme beaucoup, il est surpris par l’avance de Syriza sur le parti de gouvernement : « C'est une victoire encore plus spectaculaire que celle que l'on imaginait, explique-t-il à Mediapart. On ne s'attendait pas à une différence si importante avec Nouvelle Démocratie. »

Mais passé l’euphorie de la victoire, il va falloir rapidement se mettre au travail : « Sur le front intérieur, il faut traiter une crise humanitaire en toute urgence, et au niveau européen, la lutte sera longue et difficile. Mais cette victoire de Syriza peut mener à un changement des équilibres au niveau européen. Les politiques à sens unique du système européen depuis quinze ans pourraient changer. Pour la première fois depuis des années, je suis optimiste. Cette victoire nous permet d'imaginer un moyen de pression et d'agir avec une opinion publique européenne qui me paraît prête à penser en d'autres termes que l'austérité. »

Ce dimanche soir, tout le monde semble oublier que le parti néonazi Aube dorée, dont plusieurs dizaines de membres sont actuellement poursuivis par la justice, arrive en troisième position. Il comptera 17 députés dans le prochain parlement. Mais ce n’est pas le moment de s’interroger sur le sens de ce vote ni de jouer les pessimistes ; dans la foule, on a plutôt envie de se tourner vers des lendemains qui chantent. Tel cet électeur croisé parmi les sympathisants rassemblés dans le centre d’Athènes, Thanos Likourias. « Cette victoire de Syriza, c’est un premier pas immense. Mais c’est un premier pas. D’autres arriveront, encore plus beaux. »

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Vendredi 23 janvier 2015 5 23 /01 /Jan /2015 23:06

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Syriza : « Faire que la Grèce redevienne un pays civilisé »

par Pavlos Kapantais 23 janvier 2015

 

 

À 48 heures des élections législatives en Grèce, le parti de gauche Syriza est toujours en tête des sondages. Quelles seraient les premières mesures d’un gouvernement dirigé par Syriza ? Donner accès à tous à l’électricité, aux soins médicaux et à la nourriture, répond Zoé Konstantopoulou, députée de Syriza, pressentie comme ministre de la Justice. La priorité : faire face à la crise humanitaire que connait le peuple grec, agir pour annuler une partie de la dette, réinstaurer une réelle démocratie parlementaire aujourd’hui mise à mal. Entretien.

Les derniers sondages accordent toujours une importante avance au parti Syriza, dirigé par Alexis Tsipras, face à son principal adversaire à droite, la Nouvelle démocratie du Premier ministre Antonis Samaras. Le système électoral grec accorde une « prime » de cinquante sièges au parti qui se hisse en tête. Mais Syriza pourrait néanmoins avoir du mal à décrocher une majorité au sein des 300 députés de la Vouli, le Parlement grec.

Comment appréhendez-vous les élections du 25 janvier ?

Zoé Konstantopoulou : J’ai senti en parlant aux Grecs que le nuage de peur s’est dissipé. Malgré la campagne de terreur d’Antonis Samaras (actuel Premier ministre grec, ndlr), l’espoir qui nait dans la population à travers cette élection nous aide à préparer l’avenir, tant pour les Grecs que pour les autres peuples européens. C’est le message que nous portons, mais c’est aussi ce que l’on me dit tous les jours. Et c’est également vérifié par les sondages qui nous donnent tous, sans aucune exception, vainqueurs.

Au-delà du gouvernement grec, ce climat de peur a aussi été nourri par des articles de la presse allemande et européenne, ressortant le spectre d’une sortie de la Grèce de la zone euro...

On a essayé, comme lors des élections législatives de 2012, de faire peur au peuple grec. Mais cette fois-ci, vous l’avez vu, ils ont été obligé de reculer. La chancelière allemande Angela Merkel a même dû déclarer qu’elle souhaitait voir la Grèce rester dans la zone euro. Le contexte n’est plus le même qu’en 2012.

Quel serait le premier geste d’un gouvernement dirigé par Syriza ?

Il faut faire face immédiatement à la crise humanitaire que connait le peuple grec à cause des politiques mises en place par la Troïka et par les gouvernements grecs depuis 2010. Nous nous engageons à ce que toutes les familles frappées de plein fouet par la crise aient accès à l’électricité, aux soins médicaux et à la nourriture. Comme l’a très bien dit Alexis Tsipras, leader de Syriza, il faut que la Grèce redevienne un pays civilisé. Deuxièmement, il faut agir pour qu’une grande partie de la dette soit effacée. Et que le paiement de la dette restante soit liée à la croissance économique du pays. En ce moment, la politique du pays est dictée de facto par des organismes internationaux, et les nouvelles lois ne sont votées qu’avec leur accord. De fait, la démocratie parlementaire est abolie en Grèce. Nous allons la rétablir.

Ne craignez-vous pas les réactions des créditeurs européens de la Grèce ? Comment réagira la troïka (Banque centrale européenne, FMI, Commission européenne) ? Que fera l’Allemagne ?

Vous l’avez vu depuis la chute du gouvernement Samaras [1] : une vague de solidarité envers le peuple grec et Syriza se manifeste à travers l’Europe, car nous représentons bien plus que la volonté du peuple grec, mais aussi une volonté de changement des politiques économiques menées à travers l’Europe. Syriza sera la première pièce d’un domino européen pour restaurer la dignité des peuples et la démocratie. La solidarité est une flamme qui se propage très rapidement et très loin... Nous voulons nous battre pour une Europe sociale et solidaire : si l’Europe est là où elle en est aujourd’hui, c’est aussi parce que des gouvernements conservateurs similaires à celui d’Antonis Samaras gouvernent l’Union européenne depuis trop longtemps. Nous voulons être l’élément déclencheur d’un changement de gouvernance à travers l’Europe.

Syriza a dénoncé les scandales politico-financiers qui ont ébranlé la Grèce et a publié un « Livre noir de la Honte », avec des documents prouvant en détail ces scandales. Comment pensez-vous rétablir le sentiment de justice dans la société grecque une fois au pouvoir ?

La société grecque demande d’abord et avant tout la justice sociale et l’égalité devant la loi. Le peuple grec est dégouté non seulement par les scandales, mais aussi par leur dissimulation évidente orchestrée par le pouvoir et les médias dominants. D’un côté, les plus démunis subissent sans cesse des attaques fiscales, de l’autre les proches du pouvoir sont en permanence protégés, politiquement et fiscalement. Des lois spéciales sont même votées pour protéger des hommes d’affaires en particulier ! Notre priorité, c’est de faire la lumière sur toutes les affaires et de donner une réelle indépendance au pouvoir judiciaire.

Propos recueillis par Pavlos Kapantais

Cet article a été publié par le Courrier des Balkans, média partenaire de Basta !, le 14 janvier 2015. Retrouvez le dossier spécial du Courrier des Balkans : 
Législatives anticipées en Grèce : Syriza aux portes du pouvoir

Photo : Alexis Tsipras, lors d’un meeting de Syriza.

 

Notes

[1Après l’échec de l’élection présidentielle grecque de 2014, qui s’est déroulée, en 3 tours, les 17, 23 et 29 décembre 2014, le gouvernement Samaras s’est vu contraint d’organiser des élections législatives anticipées, en janvier 2015.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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Vendredi 23 janvier 2015 5 23 /01 /Jan /2015 22:43

 

Source : www.bastamag.net

 

Oligarchies

 

Grèce : milliardaires et multinationales se partagent le gâteau des privatisations

par Olivier Petitjean 23 janvier 2015

 

 

 

 

 

En échange de l’aide financière internationale, la Grèce s’est vue imposer un vaste programme de privatisations. Transport, énergie, loterie nationale, gestion de l’eau, infrastructures, patrimoine culturel... C’est la braderie générale ! Investisseurs russes, chinois ou azéris, multinationales françaises ou allemandes, et surtout les oligarques grecs, se ruent sur ces bonnes affaires, sur fond d’irrégularités et de soupçons de corruption. Au détriment des simples citoyens étouffés par les plans d’austérité. En cas de victoire électorale ce 25 janvier, le mouvement de gauche Syriza saura-t-il inverser la tendance ? Et s’appuyer sur les résistances citoyennes, qui ont par exemple réussi à réinventer un service public de l’eau ?

Ce dimanche 25 janvier, les Grecs se rendent aux urnes pour élire un nouveau gouvernement. La perspective d’une accession au pouvoir de Syriza, la coalition de la gauche radicale, seule ou avec d’autres partis, est réelle. Si cette victoire se confirme, ce sera en grande partie à cause du rejet de la politique d’austérité massive imposée au pays depuis plus de cinq ans. Celle-ci s’est traduite par une baisse sans précédent des revenus et des conditions de vie de la plupart des Grecs, jusqu’à menacer leur état de santé [1]. Économiquement, cette politique d’austérité apparaît comme un échec manifeste, si ce n’est pour tous ceux – banques françaises ou allemandes [2], investisseurs étrangers, fonds spéculatifs [3], mais aussi hommes d’affaires grecs – qui ont su y trouver leur compte.

Élément crucial du traitement de choc imposé par la « troïka » (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Commission européenne) en échange de son aide financière : le vaste programme de privatisations d’entreprises et de patrimoines appartenant à l’État grec. Sur la liste des actifs destinés à la privatisation figuraient notamment les entreprises publiques de production, de transport et de distribution d’électricité et de gaz, l’entreprise pétrolière nationale, les services d’eau d’Athènes et de Thessalonique, tous les aéroports du pays, tous les ports, des autoroutes, les entreprises ferroviaires nationales, le service postal, ou encore les organismes de loterie et de paris sportifs. Sans compter plusieurs milliers de biens fonciers [4], parmi lesquels de nombreux joyaux comme le manoir vénitien de Castello Bibelli, sur l’île de Corfou, la plage d’Agios Ioannis en Chalcidique, celle de Kassiopi encore à Corfou, ou celle d’Agia Triada, à proximité de Thessalonique. Autant de lieux désormais voués aux promoteurs touristiques.

Braderie du patrimoine national

C’est donc une véritable braderie du patrimoine national qui s’est organisée en quelques années. Pour quels résultats ? En 2010, des représentants de la troïka ont avancé le chiffre de 50 milliards d’euros de recettes attendues de ces privatisations. Depuis, ces estimations n’ont cessé d’être revues à la baisse. Fin 2013, l’État grec réussi seulement à récolter 4 milliards d’euros, dont seulement 2,6 effectivement versés – il en espérait encore 11 milliards d’ici 2016, et 25 milliards d’ici 2020. Fin 2014, le chiffre était de 7,7 milliards, dont 3,1 réellement reçus. Les recettes totales espérées à l’horizon 2016 n’étaient plus que de 9,6 milliards d’euros. Soit à peine 20% des espérances initiales...

Malgré l’atmosphère générale de précipitation et les pressions constantes exercées par la troïka pour faire avancer les privatisations, celles-ci progressent lentement, et n’obtiennent pas les résultats escomptées. Si plusieurs opérations significatives sont en voie d’achèvement (la loterie nationale, les aéroports régionaux, le site de l’ancien aéroport d’Athènes, l’entreprise de transport de gaz Defsa), d’autres sont des échecs retentissants, comme la vente des services d’eau d’Athènes et de Thessalonique, celle de l’entreprise de gaz Depa). Les cessions restantes ne cessent d’être retardées.

Juteuses plus-values, irrégularités et voyage en jet privé

Plusieurs raisons expliquent cet échec relatif pour la troïka et les dirigeants grecs. Tout d’abord, le programme de privatisation s’est heurté à de nombreuses résistances, notamment de la part du pouvoir judiciaire, des syndicats et des citoyens. Ensuite, les investisseurs potentiels ne se sont pas forcément montrés très empressés, notamment les premières années, du fait de l’incertitude politique et parce que ces entreprises connaissaient parfois des dysfonctionnements, aggravés par la crise que traversait le pays tout entier. Enfin, comme c’est souvent le cas en matière de privatisations, les repreneurs se sont retrouvés en position de force, face à des pouvoirs publics désespérés de pouvoir remplir les conditions de la troïka ans les délais imposés, et ont su négocier des prix avantageux.

« C’était le pire moment possible pour initier un programme de privatisations. Normalement on ne devrait pas privatiser au beau milieu d’une crise », déplore un ancien dirigeant de Taiped, l’agence grecque en charge des privatisations, cité par une enquête approfondie du quotidien allemand Tagesspiegel sur les privatisations en Grèce et au Portugal cite. Même du point de vue de ses promoteurs, la manière dont le programme grec a été conçue et menée est un non-sens...

Les entreprises françaises veulent une part du gâteau

Les repreneurs des parts de la loterie nationale (Opap), privatisées par le gouvernement grec, ont ainsi versé 652 millions d’euros, sensiblement moins que le prix théorique correspondant à la capitalisation boursière de la société. Le jour même de l’acquisition, la valeur de l’action a cependant bondi de 6,13 à 9,13 euros. Elle est aujourd’hui de 13 euros, soit le double de sa valeur ! Une juteuse plus-value pour les hommes d’affaires grecs et tchèques qui ont négocié le rachat, et qui étaient les seuls candidats à la reprise. Le président de Taiped de l’époque s’est consolé en partant immédiatement en vacances dans le jet privé du milliardaire grec Dimitris Melissianidis, l’un des repreneurs. Le scandale l’a contraint à la démission. Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres des problèmes et des irrégularités qui auront entaché le travail de l’agence. Depuis sa création, celle-ci a déjà changé cinq fois de dirigeant... Un fait qui en dit long sur ce que cache, réellement, la mise en œuvre du programme de privatisation grec.

Les entreprises françaises ne pouvaient pas rester à l’écart d’une telle aubaine. Nombreuses sont les firmes tricolores qui se sont portées candidates à la reprise d’entreprises publiques grecques, encouragées en cela par le président François Hollande, au nom de la « solidarité » des Français avec les souffrances du peuple grec… C’est ainsi qu’Alstom a fait acte de candidature au rachat de Rosco, entreprise de matériel ferroviaire, tandis que la SNCF est retenue parmi les trois repreneurs potentiels de TrainOSE, la société de transport ferroviaire (la décision est attendue pour 2015)
 [5]. Le géant du BTP Vinci figure parmi les candidats à la reprise des aéroports régionaux grecs, mais s’est vu préférer un consortium germano-grec. Le groupe pourrait se rattraper avec l’aéroport d’Athènes ou l’autoroute Egniata, dans le Nord de la Grèce. La Poste est également citée parmi les repreneurs potentiels de son homologue grecque, pendant que BNP Paribas et le Crédit agricole conseillent l’agence chargée des privatisations... [6]

Grâce aux mobilisations, l’eau demeure un service public

Paradoxalement, les entreprises publiques françaises apparaissent au premier rang lorsqu’il s’agit de privatiser à l’étranger. EDF a ainsi manifesté publiquement son intérêt pour le rachat de l’entreprise publique de production d’électricité DEI. La firme française s’intéresserait particulièrement aux actifs et à l’expertise de DEI dans le domaine du lignite, cette forme particulièrement polluante du charbon qu’EDF souhaite également développer en Serbie(lire notre article). Peu importe que les salariés de DEI aient organisé une grande grève en juillet dernier pour protester contre la privatisation de leur entreprise [7] : EDF fait valoir qu’en tant qu’entreprise publique, elle est peut-être la seule en Europe à ne pas avoir peur du pouvoir des syndicats [8]. Les enchères sont attendues en 2015.

Le cas le plus emblématique reste celui de Suez environnement, auquel l’Observatoire des multinationales a consacré une enquête approfondie. L’entreprise française s’est positionnée pour acquérir les services publics de l’eau d’Athènes et de Thessalonique à des conditions particulièrement avantageuses, alors que ces services sont en bonne santé financière et ne paraissent pas avoir besoin d’investissements. Les obstacles à la privatisation se sont accumulés. À Thessalonique, les partisans du service public ont organisé en mai 2014 un référendum populaire : 98% des votants se sont prononcé contre la privatisation de l’eau. Quelques semaines plus tard, la Cour suprême grecque a rendu un arrêt déclarant inconstitutionnelle la privatisation des services d’eau d’Athènes et de Thessalonique, cela portant atteinte aux obligations de l’État en matière de protection de la santé des citoyens. Dans son rapport de décembre 2014, Taiped ne mentionne plus ces deux entreprises dans la liste des entités à privatiser.

Ruée de capitaux chinois, russes, azéris…

Le programme de privatisations est parfois présenté comme une ruée sur les actifs bon marché, attirant des investisseurs de divers horizons, et notamment de l’Est. Outre le tourisme, l’autre grand projet économique sur lequel parient les technocrates est celui de faire de la Grèce un « hub », une porte d’entrée vers l’Europe depuis l’Asie. D’où l’importance du secteur des transports dans la liste des biens à privatiser. Du fait d’une culture orthodoxe partagée et de la stratégie d’influence du Kremlin, les entreprises russes se sont montrées particulièrement actives. Gazprom a longtemps été le repreneur pressenti de l’entreprise gazière Depa, avant de retirer sa candidature. L’entreprise ferroviaire publique russe RZD s’intéresse aux chemins de fer grecs, ainsi qu’au port de Thessalonique. Mais ces velléités pourraient bien se trouver entravées par la crise ukrainienne et les sanctions occidentales.

Côté Chinois, des investisseurs sont impliqués dans le projet de développement immobilier d’Hellenikon, l’ancien aéroport d’Athènes, qui deviendra le plus important projet urbain d’Europe, sur 620 hectares, si la résistance citoyenne ne parvient pas à préserver cet espace. D’autres s’intéressent à l’aéroport international actuel. L’entreprise Cosco a signé en 2009 un bail pour rénover et gérer une partie du port du Pirée, le plus important de Grèce ; elle est aujourd’hui candidate à son rachat pur et simple. Ses concurrents sont américain, néerlandais et philippin [9]. Plus inattendu, le rachat de l’entreprise de transport de gaz Defsa par une entreprise pétrolière et gazière d’État de l’Azerbaïdjan, s’explique par les grands projets de gazoducs visant à acheminer le gaz de la mer Caspienne vers l’Europe via la Grèce.

Les grands gagnants : les milliardaires grecs

Les principaux bénéficiaires des privatisations grecques ne sont peut-être pas au final les multinationales européennes et les investisseurs orientaux. Ce sont plutôt les milliardaires grecs. On les retrouve dans les consortiums qui se sont vus attribuer la loterie nationale (Dimitris Melissianidis), le site Hellenikon (groupe Lamda Development, appartenant à Spyros Latsis) ou les aéroports régionaux (Dimitris Copelouzos). Les entreprises françaises l’ont bien compris, qui n’ont pas manqué de s’associer aux fortunes locales pour déposer leurs propres candidatures : Aktor (propriété de l’homme d’affaires George Bobolas) pour Suez et Vinci, Damco Energy (groupe Copezoulos) pour Alstom… « Cette privatisation montre l’hypocrisie totale de ce programme : il s’agissait soi-disant de faire venir les capitaux étrangers... Or avec Lamda Development, les décideurs grecs ont en réalité placé l’un des leurs ! », observait une urbaniste interrogée par Mediapart à propos du site d’Hellenikon.

Si la gauche grecque accède au pouvoir, changera-t-elle le cours des choses ? Syriza a toujours promis de suspendre le programme de privatisations, voire de revenir en arrière. Le mouvement a quelque peu modéré ses discours dans la perspective des échéances électorales. Le parti a en revanche ouvertement axé sa campagne sur la remise en cause des privilèges et de l’influence de ces « oligarques », qui ont profité des années de boom de la Grèce et profitent encore aujourd’hui des souffrance de leurs concitoyens [10].

Tracer un chemin alternatif pour la Grèce nécessitera d’aller au-delà du simple rejet de l’austérité, des privatisations et de leurs profiteurs. Il faudra notamment que Syriza sache perpétuer et exploiter la mobilisation et l’esprit de solidarité et d’innovation sociale dont ont fait preuve des millions de citoyens grecs confrontés à l’austérité. C’est ce qu’illustre à sa manière la lutte exemplaire – et victorieuse - contre la privatisation de l’eau de Thessalonique. Il ne suffit pas de défendre les positions acquises, il s’agit aussi d’inventer de nouvelles alliances entre syndicats et citoyens, et de nouvelles formes d’organisation sociale (comme la forme coopérative proposée par l’« Initiative 136 ») pour réinventer des services publics plus transparents, plus efficaces et plus démocratiques. Voilà la vraie réponse aux idéologues de la privatisation.

Olivier Petitjean

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Photo : Sam Judson CC

Notes

[1Sur la dégradation des indicateurs de santé liés à l’austérité, lire ici.

[2Lire notre article.

[4Le Fonds de développement des actifs de la république grecque (Taiped selon l’acronyme grec), c’est-à-dire l’agence publique chargée de procéder aux privatisations, évoque dans son rapport d’étape de décembre 2014 « plus de 80 000 propriété évaluées, 3 000 présélectionnées en vue de leur développement [euphémisme pour privatisation, ndlr] et environ 1000 déjà transférées à Taiped ».

[5Ses deux concurrents sont l’entreprise ferroviaire publique russe RZD, en partenariat avec le groupe grec GEK Terna, et la société roumaine Grup Ferroviar Roman (GFR). GEK Terna et RZD sont aussi candidats à la reprise de Rosco, en concurrence avec Siemens et Alstom. Dans les deux cas, la décision est désormais prévue pour 2015, après l’avoir été en 2013, puis en 2014.

[6BNP Paribas pour l’aéroport international d’Athènes et le Crédit agricole pour le service d’eau de la capitale.

[7Lire ici.

[8Source.

[9Source.

[10Lire cet article du Financial Times, presque favorable à Syriza.

 

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Source : www.bastamag.net

 

 

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Vendredi 23 janvier 2015 5 23 /01 /Jan /2015 22:14

 

Source : www.greekcrisis.fr

 

 

greek crisis



mardi 20 janvier 2015

Pseudologies troïkannes ultimes



L’espoir est en route. Pour une fois le slogan exprime tout simplement la réalité. Le parti de la Gauche radicale a ainsi installé son grand kiosque au centre-ville d’Athènes aux couleurs de l’espoir. L’image est forte, Alexis Tsípras, un soleil alors radieux, en plus... du sans-abri du coin, la tête baissée... assis pourtant si près de l’espoir et de sa route et toutefois si loin. Presque toute la Grèce du moment est contenue dans cette image.

L'espoir est en route. Événement SYRIZA à Paris. Janvier 2015. Source: Internet

Notre historicité... Syrisienne deviendrait déjà affaire de tous et surtout des autres. C’est le moment opportun ou jamais, et tout le monde sait combien la distance est courte, entre une victoire SYRIZA “simple” et acquise déjà, et sa réussite lui permettant enfin de gouverner en disposant d’une majorité d’élus au Parlement.

Or, on réalise que la réponse à cette dernière question se fabrique en ce moment même dans les rues et dans les quartiers d’Athènes et du pays... neurone après neurone. L’influx nerveux de la victoire SYRIZA (relative ou éclatante) se concrétise, autant que sa sociologie, plus large que jamais.

Le changement en Europe commence au Sud. Quotidien “El Pais”, Espagne, le 16 janvier

Le contexte, est donc à la fois grave et heureux. L’ouverture soudaine, au-delà du prévisible imposé par les politiques criminelles de la bande connue des usurpateurs méta-démocrates, est fort perceptible. Sauf, qu’elle se réalise plutôt à travers une impulsion relativement muette, sans trop de mimodrames de la part des lieux et des dieux grecs. Ces derniers sont fatigués et pour tout dire meurtris. Et c’est alors un cas d’école, que d’observer combien l’escroc (politique) Antonis Samarás n’a plus tellement prise avec la réalité lorsqu’il déclare par exemple que “SYRIZA au pouvoir, sera synonyme de la destruction de la classe moyenne”. Les Grecs en rigolent.

Samarás alors encore aux affaires pour très peu de temps, et dont les services du bureau de Premier ministre, viennent de passer commande (à trois semaines des élections), d’un destructeur de documents (reportage de la radio 105,5 “Sto Kókkino”, le 20 janvier). Urgences tellement certaines... à faire passer en bandelettes, et en même temps cependant, certaines gesticulations on dirait “mafieuses” de sa gouvernance, à moins de cinq jours du scrutin.

Samarás: “Je suis.. à sec”. Hebdomadaire “To Pontíki”, le 15 janvier

Les Grecs sont pardonnés. 26 janvier 2015. “Quotidien des Rédacteurs” du 19 janvier

C’est ainsi que Níkos Tagarás, vice-ministre... de transition à l’Environnement et député Nouvelle démocratie de la circonscription de Corinthe, ordonne, et cela, au-delà de ses compétences, aux fonctionnaires de la municipalité d’Aristotélis (région de Chalkidiki au nord de la Grèce), d’accorder d’urgence, un permis de construire à la société “Or Grec” à Skouriés, concernant certains immeubles et locaux.

Un développement lequel intervient seulement quelques jours après que de menaces ont été directement proférées par certains cadres de cette entreprise, la semaine dernière, à l’encontre de l’agent responsable à la planification et aux permis de construire. D’après le reportage disponible, ce pauvre agent devrait se plier aux exigences de l’entreprise avant les élections, sinon, il serait “dénoncé” au Procureur se chargeant des affaires de corruption de la région. Samarás, les siens et leurs pratiques... tout un programme.

Le Rapt de la Grèce. Livre de Nadia Valaváni. Janvier 2015

Nadia Valaváni lors de la présentation de son livre. Athènes, le 19 janvier

Un programme alors riche en pratiques que certains qualifient de mafieuses, quant à un certain niveau de crime organisé, en interne comme en externe. C’est à ce point, que le livre de Nadia Valaváni “Le Rapt de la Grèce”, résumant son travail de parlementaire SYRIZA, présenté lundi 19 janvier à Athènes est d’une actualité plus que brulante.

Les termes du débat ont été les suivants: Le livre défait de la manière la plus évidente, toute la... pseudologie des apôtres du mémorandum, de tous ces criminels présumés, comme Samaras, Venizélos et Papandréou, piètres politiciens ayant sciemment violé la souveraineté nationale et populaire, bradant ainsi le pays au seul profit des rapaces financiers internationaux (et de certains oligarchies d’Athènes), pour lesquels ils œuvrent d’ailleurs et cela, depuis longtemps.

Tout cela, dans le but évidemment d’instaurer en Grèce un régime de féodalité postindustrielle et de créer à cette triste fin, la mécanique sociale nécessaire à la soumission au régime... néolibéral avancé de la Troïka (régime consubstantiel, je le répète, aux orientations de l’UE). À savoir: Production destinée à l’exportation et/ou tourisme pratiquant des rémunérations de type asiatique, le tout, après avoir aboli le cadre régulateur préexistant et notamment, les Conventions collectives et les droits des salariés.

Panagiótis Lafazánis, porte-parole SYRIZA. Athènes, le 19 janvier

D’après Nadia Valaváni (et selon de nombreux analystes et penseurs de notre temps), le capitalisme du XXIe siècle, redevient celui du pur rapt et du vol alors très violents: usurpation des biens, des êtres, des libertés et des pays, comme désormais (dès lors en Occident puisque cela est fort pratiqué depuis toujours ailleurs, à travers la planète), étant sa seule manière de donner suite à sa... perte et si cela ne change pas, la nôtre. Une première expérimentation du modèle actuel de la Troïka en Europe fut, comme le souligne Nadia dans son livre, celui si tragiquement introduit jadis par le 11 septembre (1973) au Chili.

Et quant au reste du si pauvre et vaste monde, il a été aussi rappelé lors de la présentation de cet ouvrage, que les premières mesures adoptées par l’administration américaine en Irak (sous Bush), furent très précisément, les privatisations, l’interdiction de l’action syndicale, ainsi que la dévaluation intérieure de la monnaie comme celle des salaires. En somme, toutes ces “reformes” lesquelles ont été identiquement adoptées en Grèce, non pas sous la pression des chars d’assaut, et pourtant sous la violence écrasante des... panzers économiques de l’Allemagne actuelle, faisant ainsi usage du levier bien commode de la dette publique.

Un autre grand mythe (orchestré) est à son tour aboli par l’argumentaire de Nadia Valaváni. Il s’agit des fameuses privatisations des biens et des entreprises du pays “pour ainsi faire diminuer le fardeau de la dette”. Ainsi, et lorsque la dite dette avoisinerait (les) 300 milliards d’euros, il a été alors question de brader des entreprises publiques pour quelques milliards d’euros seulement, lorsque par exemple, le titre de la Régie d’électricité (DEI qui est “à vendre”) s’est effondré et ne vaut guère plus que 70 centimes d’euros à la Bourse. Cette pratique n’a aucunement résolu le problème de la dette et en plus, il a transformé l’État (par ses pratiques), en un immense conglomérat... d’agences immobilières.

Voleur et menteur, Venizélos et Samarás. Athènes, le 19 janvier

À travers donc cette même... parabole, les privatisations nous conduiraient tout droit vers l’accomplissement de l’éthique largement protestante, et qui consisterait à faire récompenser les travailleurs et non pas par exemple les... (fonctionnaires) paresseux. Déjà, la Grèce est d’emblée un cas caractéristique du capitalisme de la fraude et les privatisations ne sont rien d’autre qu’exactement cela.

Ainsi et pour faire dans le concret, le ministre de l’Éducation de la Nouvelle démocratie soutient par sa présence, l’inauguration d’un nouvel grand établissement privé de formation professionnelle appartenant à un proche, et le lendemain, (ce même ministre) supprime de l’enseignement analogue public, ces formations dorénavant proposées dans le cadre de l’enseignement privé nouvellement conçu par l’ami entrepreneur.

Capitalisme alors libre... et concurrentiel, conflits et surtout intérêts compris. Externes d’ailleurs comme internes, au pays et à chaque pays dans pareille situation. Nadia Valaváni a enfin insisté sur un point à revoir d’urgence dans l’éventualité d’un gouvernement SYRIZA: Le TAIPED, “le fonds grec chargé de vendre et valoriser les biens publics grecs dans le cadre du large plan de privatisation exigé par les créanciers de la Grèce pour faire entrer de l'argent dans les caisses de l'État”, lequel n’aura plus raison d’être et ainsi, cet instrument inventé par les usuriers internationaux sera tout simplement supprimé. Dont acte.

Figures du Théâtre d'ombres. Athènes, janvier 2015

Samarás, figure du théâtre politique aux mains de la Troïka. Presse grecque, janvier 2015

Depuis l’affaire répétée de la gouvernance de la Troïka par e-mails adressés aux membres du cabinet Samarás, la presse grecque ironise encore et de manière bien amère, sur le... marionnettisme d’Antonis Samarás et des autres semblables. On croit savoir par exemple que le mémorandum aurait été rédigé (directement ou indirectement) dès 2009 par le banquier Stournáras (ministre des Finances encore récemment) et actuellement Gouverneur de la Banque de Grèce ; sous la... dictée des créanciers et autres sources forcement hétéronomes.

L’autre moment finira par arriver. En attendant, une certaine douceur est dès lors de retour, les rues et les places d’Athènes sont pleines de monde, au grand plaisir des correspondants internationaux, très présents en ce moment en Grèce. Triste réalité... aux belles perspectives ?

Réalité. Athènes, janvier 2015

Place Monastiráki. Athènes, janvier 2015

Enfin, lors de la présentation du livre de Nadia Valaváni, Panagiótis Lafazánis, porte-parole SYRIZA et chef de la Mouvance Gauche au sein du parti, a répété sa volonté de faire disparaître le mémorandum, de même que plus d’une grande partie de la dette grecque. Car cette dernière n’est en effet que l’arme de destruction (et le prétexte) de la guerre faite aux sociétés et aux pays lorsqu’on n’utilise pas les autres moyens.

C’est autant plus vrai, que du côté de la Nouvelle démocratie c’est la panique. Déjà, de nombreuses voix en Grèce (et pas uniquement Syrizistes), s’élèvent pour exiger dans le cas d’un vrai changement politique à travers un renouveau démocratique, le jugement des responsables politiques ayant délibérément pu commettre certains crimes potentiellement prouvés. Faire assujettir l’essentiel des titres de la dette grecque (et assimilés) au droit étranger (Anglais) quant aux possibilités d’encours, en est un. Ensuite, faire passer les intérêts vitaux du pays (santé, éducation, nourriture, enfance, vieillesse) en second plan, bien derrière ceux des usuriers internationaux relève aussi du crime, sans évoquer les violations répétées de la Constitution.

Ceux qui ont peur d'aller en prison en cas de victoire de SYRIZA. Janvier 2015
Du côté de la Nouvelle démocratie, c’est bien la panique en ce moment et parmi ses ministres les plus emblématiques, Makis Vorídis, admirateur des Colonels et proche de Samarás, n’hésite pas à prétendre que la Droite fera tout pour ne pas laisser SYRIZA accéder au pouvoir ; sous-entendu, en dépit du vote, comme le remarque le site francophone et ami, Okeanews. Pourtant, y compris au sein de la Nouvelle démocratie, ces déclarations ont été vivement critiquées.

Temps concentré et historicité bien en... cacahouètes. Dans le quartier, tous les voisins se disent désormais Syrizistes, ce qui ne contredira plus les sondages ; tous prévoient la victoire du parti de la Gauche radicale. Temps concentré et pourtant encore reclus.

Dieu, c'est l'amour. Athènes, janvier 2015

“Dieu, c'est l'amour”, peut-on lire sur un mur près du marché central d’Athènes, tandis qu’aux dernières nouvelles, un acteur du Théâtre national s’est suicidé avant-hier, il rencontrait certaines difficultés financières. Ce dernier reportage est alors passé inaperçu sous le flot de l’autre grande actualité politique, très dense en ce moment.

L’espoir est en route. Pour une fois, le slogan exprime tout simplement la réalité... ou presque.

Athènes, janvier 2015

* Photo de couverture: Presque toute la Grèce du moment est contenue dans cette image. Athènes, janvier 2015


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Jeudi 22 janvier 2015 4 22 /01 /Jan /2015 19:06

 

Source : www.mediapart.fr

 

A Patras, au meeting de Tsipras: «Donnons-lui sa chance!»

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

Les Grecs sont appelés dimanche à renouveler leur parlement. Syriza, premier parti d’opposition, mène une campagne offensive avec pour objectif la fin des politiques d’austérité à l’œuvre en Grèce depuis 2010. À Patras, ce mercredi 21 janvier, Alexis Tsipras a déroulé son programme devant une foule enthousiaste.

Patras, de notre envoyée spéciale.-  Patras n’est pas une étape anodine pour Syriza. C’est la quatrième ville de Grèce, et c’est l'une des circonscriptions qui lui a rapporté proportionnellement le plus de voix aux Européennes de mai dernier : 36,6 % des électeurs y ont voté pour la Coalition de la gauche radicale (contre 26,6 % au niveau national). Autrefois bastion du PASOK, le parti socialiste, le district d’Achaïe qui entoure Patras se trouve être aussi le berceau d’origine de la famille Papandréou qui a donné trois premiers ministres au pays… Une histoire ancienne : aujourd’hui Georges Papandréou, qui s’était déjà coupé d’une grande partie de l’électorat socialiste en conduisant le pays sur la voie de l’austérité en 2010, a quitté le PASOK pour fonder son propre mouvement. Ni l’un ni l’autre ne sont assurés, pour l’heure, de passer le seuil des 3 % nécessaire pour entrer au parlement.

Mais c’est bien le cadet des soucis de la foule venue ce mercredi soir au gymnase Tofalos à la sortie de ville, à deux pas de l’université. Tous n’attendent qu’une chose : que ceux qui ont mené cette politique d'austérité laissent maintenant la place à Syriza pour faire advenir une alternative. Quelque 4 000 personnes sont présentes. « Donnons-lui sa chance ! Il n’a jamais gouverné, donc on ne peut pas le juger a priori… Certes, il ne va peut-être pas tout changer dès le premier jour, mais au moins il va faire une tentative, c’est cela qui compte ! » estiment Yorgos et Tatiana, un couple de cinquantenaires.

 

Alexis Tsipras, en meeting à Patras 
Alexis Tsipras, en meeting à Patras © Amélie Poinssot

Ville portuaire située sur la côte ouest du pays, Patras était dotée d’une importante activité industrielle, on y produisait du textile, et deux importantes usines de pneus et de frigidaires y étaient implantées. Tout cela a fermé, progressivement, entre les années 1990 et 2000. Quand la cure d’austérité arrive, en 2010, une bonne partie de la population est déjà au chômage. C’est le cas de Dimitra, venue au meeting pour avoir le sentiment de « participer ». Dans le passé, cette dame avait toujours voté PASOK. « Je me suis sentie trahie par le parti, il faut que tous ces politiciens s’en aillent maintenant. Et que l’on fasse de la place à tous les jeunes qui ont été obligés de partir à l’étranger pour travailler. » Aujourd’hui, la région Grèce-Occidentale dont fait partie Patras est l’une des douze régions du pays les plus affectées par le chômage : il s’élevait à 27,5 % au troisième semestre 2014, soit le taux le plus élevé après celui de la région Macédoine-Centrale.

Dans la foule venue ce mercredi soir, il y a aussi les Jeunesses du parti, les vieux compagnons de route, les militants actifs... Quelque 4 000 personnes sont venues écouter le leader charismatique de Syriza. « Le parti a connu ici une croissance sans précédent, explique le secrétaire de la section locale, Andreas Rizoulis. De 300 membres en 2012, nous sommes passés à 900 membres aujourd’hui. »Mais Syriza n’a pas encore décroché ici de mandat local : aux dernières municipales, il s’est rangé au second tour derrière le Parti communiste.

Cette fois-ci, l’enjeu est autre, national, voire européen. Dans un discours tonique ponctué d’attaques visant la droite de Nouvelle Démocratie accusée de « servir les intérêts de 1 % de la population », Alexis Tsipras appelle les électeurs de Patras à donner la majorité absolue à Syriza. Ce n’est qu’ainsi, sans être obligé de former une coalition, que le parti pourra appliquer son programme, dit-il. Fidèle à son art de manier la rhétorique, il joue sur les mots, le terme grec pour désigner la « majorité absolue » se confondant avec celui d’« autonomie » : « Un Syriza autonome signifie une Grèce forte, clame Tsipras sous les applaudissements. Et un Syriza fort signifie une Grèce autonome. Cela signifie la fin de l’humiliation nationale. Cela signifie la fin des mémorandums responsables de la catastrophe. » Et ce n’est pas, conformément à la campagne de Nouvelle Démocratie, la Grèce qui va s’effondrer en cas de victoire de Syriza : « Le seul qui va faire faillite, ce sera M. Samaras ! »

Au-delà des bons mots, Tsipras confirme la stratégie du parti en cette dernière ligne de campagne : il en appelle aux électeurs de Nouvelle Démocratie. « Aujourd’hui, beaucoup croient en nous, notamment des gens qui dans le passé n’ont jamais été de gauche : des citoyens conservateurs. Eh bien, disons-leur bienvenue, tendons-leur la main afin de reconstruire ensemble la Grèce ! On sait qu’ils ne viennent pas vers nous par idéologie, mais par besoin. Alors répondons à ce besoin ! »

Continuer à se battre

En déroulant les grandes lignes de son programme, Tsipras fait apparaître un discours plus mesuré qu’en 2012, lorsque se sont tenues les dernières législatives. La campagne de Syriza était axée sur l’annulation pure et simple des mémorandums d’austérité. Il ne s’agit pas, cette fois-ci, de revenir « à la situation de 2009 ». Il s’agit, précise Tsipras, de lutter contre « les causes qui nous ont conduits à la crise ». Parmi lesquelles la corruption, les niches et l’évasion fiscales, le copinage, le commerce illégal. C’est de là que viendront, pour Syriza, les recettes budgétaires.

Autres mesures annoncées : le rétablissement du seuil d’imposition sur le revenu à 12 000 euros par an (contre 5 000 aujourd’hui), l’annulation de l’impôt foncier mis en place sous le gouvernement Samaras, la création à la place d’un impôt visant uniquement la grande propriété afin d’épargner les résidences principales de la classe moyenne. Tsipras brosse son électorat dans le sens du poil.

Car cet impôt foncier, arrivé tardivement après de nombreuses mesures d’austérité, est très mal passé auprès de l’opinion publique, dans un pays où les classes moyennes, sans être riches, sont traditionnellement propriétaires de leur logement, ayant souvent hérité de la maison familiale au village. Mal ficelé, déconnecté des prix du marché, cet impôt aurait pu au contraire contribuer à davantage de justice fiscale. Mais l’option choisie par Syriza n’est pas plus convaincante, et Tsipras ne s’engage pas dans les détails. Au siège du parti à Athènes, on nous avait précisé que seraient soumis au nouvel impôt sur la propriété les logements d’une valeur égale ou supérieure à 400 000 euros. Devant notre étonnement face à ce niveau élevé, quand ailleurs en Europe l’impôt foncier touche tous types de logements, notre interlocuteur, membre du bureau des questions fiscales, s’était repris en avouant que le seuil n’était pas figé.

Sous des applaudissements nourris, Tsipras ajoute que le parti s’engage à mettre un coup d’arrêt à la mise aux enchères des logements confisqués. « Pas une maison dans les mains des banquiers ! » répète-t-il devant le public de Patras. Il parle également de rétablir le salaire minimum à 751 euros brut par mois (contre 512 depuis 2012) et la 13e mensualité de retraite pour les pensions inférieures à 700 euros mensuels (supprimée en 2010). Tout cela, qui fait partie du programme dit « de Thessalonique » (la deuxième agglomération du pays, où il avait été présenté par le parti en septembre), s’appliquera « avant et indépendamment du lancement et du dénouement de la négociation avec les créanciers ». La ligne du parti est désormais claire : si l’effacement d’une partie de la dette publique ne peut se faire de manière unilatérale, les mesures économiques et budgétaires, elles, s’appliqueront quel que soit l’avis de la Commission européenne ou du FMI.

À la fin de son discours, Alexis Tsipras propose de relancer le tourisme dans la région… mais aussi de mettre fin aux privatisations de la zone côtière. Des mots particulièrement bien reçus au gymnase Tofalos, le port de Patras figurant sur la liste des biens publics à vendre. Au passage, le chef de Syriza annonce que les jours du TAIPED – cet organisme monté en 2011, chargé des privatisations – sont désormais comptés.

Une victoire de Syriza dimanche va-t-elle réellement permettre de tourner la page de l’austérité en Grèce ? « Il va falloir continuer à se battre, estime pour sa part Yorgos, un jeune militant, à la sortie du meeting. De tout ce programme, les milieux économiques ne sont pas prêts à accepter même 1 % ! Car s’ils commencent à lâcher du lest sur la Grèce, ils seront obligés de faire de même sur les autres pays. Il y aura un effet domino, c’est certain. » C’est précisément ce sur quoi misent les autres gauches européennes, espagnoles et françaises notamment. Ce jeudi 22 janvier, le chef de Podemos, Pablo Iglesias sera aux côtés de Tsipras pour son avant-dernier meeting à Athènes. Et du côté du Front de gauche et d’Europe Écologie-Les Verts, des délégations seront aussi en Grèce ces jours-ci pour soutenir Syriza.

 

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