Consommer et agir autrement

Samedi 25 octobre 2014 6 25 /10 /Oct /2014 19:02

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

Démocratie vraiment populaire

Un oasis coopératif dans un monde néolibéral : le village utopique de Marinaleda en Espagne

par Anaël Kieber (Lutopik) 24 octobre 2014

 

 

 

 

 

Des maisons autoconstruites à 15 euros par mois, un salaire unique pour tous les membres de la coopérative, des assemblées générales pour décider de la politique communale : Marinaleda, petit village andalou de 2 770 habitants, tente depuis 35 ans de maintenir un système politique, social et économique qui place l’intérêt de ses citoyens au cœur des décisions. La nouvelle génération saura-t-elle poursuivre l’utopie mise en œuvre par les anciens ?

Cet article a initialement été publié dans le magazine Lutopik.

Dans les années 1970, Marinaleda, dans la province de Séville, en Espagne, était un village en ruine, dont la population majoritairement au chômage devait vivre dans des conditions particulièrement difficiles. À la fin de la dictature de Franco en 1975, ses habitants commencent à se réunir pour débattre des conditions de vie dans le village et des injustices sociales auxquelles ils sont confrontés, comme l’ensemble des journaliers d’Andalousie. Afin de donner plus d’ampleur et de reconnaissance à leur regroupement social, ils créent alors le Syndicat des ouvriers agricoles (SOC). Leur première revendication cible un problème récurrent dans la région : la structure de la propriété privée agricole caractérisée par les latifundiums, de grandes exploitations.

En dépit de l’important apport économique qu’elles génèrent pour la Junta de Andalucía (le gouvernement andalou), leur mode de culture des terres, très mécanisé, ne permet pas de créer d’emplois dans le secteur agricole. Pour les Marinalediens, la terre doit appartenir à ceux qui la travaillent. Ils décident alors, dès le début des années 80, d’occuper une exploitation agricole de 1 200 hectares nommée el Humoso, appartenant au Duc de l’Infantado, grand propriétaire de 17 000 ha au total. Les Marinalediens occuperont el Humoso pendant presque dix années, au cours desquelles ils mènent en parallèle de nombreuses actions symboliques, telles qu’une grève de la faim contre la faim en 1980, à laquelle participeront sept cents villageois pendant treize jours, de nombreuses manifestations à Séville et à Madrid et diverses occupations, dont la Banque Espagnole, l’aéroport de Séville et l’Exposition universelle de 1991. Cette même année, le gouvernement andalou exproprie et rachète les 1 200 ha du domaine du Duc, pour les donner au village de Marinaleda, qui en fait une parcelle agricole collective.

 

 

En 1999, les Marinalediens développent leur économie, que l’on peut qualifier de sociale et solidaire, en créant une usine de conditionnement des produits agricoles, elle aussi gérée par le biais d’une coopérative. Cette usine offre à Marinaleda une nouvelle étape dans la chaîne de production et permet de créer plus de postes de travail. Tous ceux travaillant pour la coopérative touchent le même salaire de 47 € par jour (pour six heures hebdomadaires aux champs ou huit heures à l’usine), qu’ils soient ouvriers, gérants ou administrateurs. Quant aux bénéfices générés, ils ne sont pas redistribués aux travailleurs, mais entièrement réinvestis dans la coopérative. Les Marinalediens tentent de gérer leurs activités selon un principe fondamental : essayer d’améliorer toujours plus les conditions de travail des ouvriers et offrir le plus d’emplois possible aux villageois.

Une démocratie participative

Mais la lutte pour la terre et l’organisation économique ne sont pas les seules particularités du village. L’organisation politique est elle aussi intéressante, car elle place la participation des habitants au cœur des débats politiques et des organes de décision. C’est en 1979 que les villageois décident de s’attaquer à la mairie. Estimant que le pouvoir politique ne les représente pas et ne répond pas à leurs attentes, ils décident de se présenter aux premières élections municipales libres depuis la fin de la dictature. Ils créent alors le Collectif unitaire des travailleurs (CUT), encore au pouvoir 35 ans après, et décident lors d’une assemblée générale du groupe de personnes qui les représentera. Le CUT, mené par Juan Manuel Sánchez Gordillo, gagne la mairie avec 77,31 % des voix contre l’Union du centre démocratique (UCD), et instaure une démocratie participative.

Toutes les décisions concernant le village, la politique, les budgets, les impôts, la coopérative, etc., sont discutées et votées lors d’assemblées générales, auxquelles tous les villageois peuvent participer. Les décisions ne sont pas adoptées à la stricte majorité, car pour le maire de Marinaleda, si elles ne sont pas soutenues par 80-90 % des votants, c’est qu’elles ne sont pas représentatives de l’ensemble de la population. C’est lors d’une de ces assemblées que les villageois ont adopté la proposition des maisons autoconstruites afin de lutter contre les problèmes de logement et contre la spéculation immobilière. La Junta de Andalucía finance le matériel, la mairie fournit le terrain et l’architecte, et les futurs propriétaires travaillent sur la construction ou embauchent eux-mêmes un professionnel pour le faire. Une fois les maisons construites, les occupants payent 15 € par mois pour rembourser l’investissement de l’Andalousie et du village. Toute personne ayant vécu au minimum un an dans le village peut demander à la mairie une maison autoconstruite.

 

 

Les élus politiques ne perçoivent pas de salaire pour leur « service rendu » au village et aux villageois. La plupart d’entre eux travaillent à l’Humoso ou à l’usine de conditionnement, en parallèle de leur charge politique, et touchent donc le même salaire que leurs camarades, entre 1 100 et 1 200 € par mois. Le maire, qui était professeur d’histoire, est maintenant député d’Andalousie, poste pour lequel il perçoit une rémunération de 3 020 € par mois. Une autre particularité du système politique de Marinaleda est que la mairie fonctionne en coopération avec le Syndicat des ouvriers agricoles créé en 1977, renommé depuis 2007 Syndicat andalou des travailleurs (SAT). C’est cette coopération entre le peuple, le syndicat et la mairie qui a permis au village d’avoir un poids important lors des mobilisations et de ses revendications.

Le futur du village

La question de la transmission du système à la jeune génération de Marinaleda est un sujet important pour ce village, et sera dans quelques années un enjeu majeur pour sa pérennité. En effet, le fonctionnement politique, économique et social de Marinaleda est né il y a 35 ans. Les personnes actuellement en charge du maintien de ce système font encore partie de celles qui ont vécu et participé aux diverses luttes du village ou, pour les plus jeunes, qui ont grandi dans cet environnement. Ce sont donc des individus conscients de la situation du village avant tous ces changements et qui ont connu d’autres formes d’organisation sociale, politique et économique.

Mais les jeunes de moins de 25 ans qui n’ont connu que ce système ont une perception différente de celle de leurs parents. Eux n’ont pas toujours conscience de la situation du village et de l’importance de la participation citoyenne dans son fonctionnement. Ils ont tendance à considérer le fonctionnement du village comme quelque chose de normal et perçoivent moins la difficulté qu’ont leurs aînés à le maintenir. Ils sont aussi plus ouverts au monde et aux technologies actuelles. Bien que beaucoup soient affiliés au SAT, comme leurs parents, ils ne s’impliquent plus au quotidien. Si les villageois et la mairie tentent de transmettre au mieux leur idéologie à la jeune génération, plusieurs problèmes persistent, notamment en ce qui concerne l’éducation scolaire.

« Il y a beaucoup de professeurs qui viennent enseigner dans nos écoles et qui ne sont pas partisans du modèle, des valeurs que nous avons à Marinaleda. C’est un problème pour nous que ces professeurs donnent des cours aux élèves et qu’ils nous critiquent. Cela crée comme un bouclier pour que les enfants ne participent pas. C’est le principal problème que nous avons ici. Ce que nous souhaitons c’est que les professeurs du collège et du lycée soient des professeurs d’ici, des natifs. Qu’ils sachent transmettre, qu’ils sachent enseigner ces valeurs », indique Sergio, conseiller du maire.

 

Toutefois le renouvellement générationnel n’est pas le seul problème que devra affronter le village. Le départ de Juan Manuel Sánchez Gordillo, son maire et leader depuis 1979, est aussi une question préoccupante, puisqu’il est devenu au fil du temps le moteur du village de Marinaleda. Beaucoup de personnes se demandent, à l’heure actuelle, si le village pourra faire face à la crise économique qui touche l’Espagne, à la transmission intergénérationnelle et à la disparition de Juan Manuel Sánchez Gordillo.

Anaël Kieber (texte et photos)

Photo de une : Philippe Baqué

Cet article est tiré du magazine Lutopik, dont Basta ! est partenaire. Retrouvez sa présentation sur cette page.

- Lire notre précédent reportage sur Marinaleda : Andalousie : des centaines d’ouvriers se réapproprient des terres livrées à la spéculation

 

 

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Vendredi 24 octobre 2014 5 24 /10 /Oct /2014 16:12

 

 

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ça bouge ! Logiciel libre

Framasoft lance une ambitieuse campagne pour dégoogliser Internet

par Rédaction 21 octobre 2014

 

 

 

 

Framsoft s’attaque aux géants de la Silicon Valley. L’association qui promeut logiciel et culture libres vient de lancer une grande campagne de dons afin de poursuivre le développement de ses outils. Objectif : proposer des services alternatifs aux applications de Google (et d’autres), qui « menacent nos vies numériques ». Basta ! relaie son appel.

Avec ses services (GMail, YouTube, Google Docs…) envahissant la toile, ses brevets sur l’électronique, la robotique et le vivant, la deuxième capitalisation boursière au monde qu’est Google devient le symbole de ces sociétés qui exploitent les données et activités des internautes. L’association Framasoft, qui œuvre depuis 12 ans à l’éducation populaire pour le logiciel et la culture libre, se lance dans un défi audacieux : offrir des alternatives sans publicité ni but lucratif.

« Nous proposons déjà au grand public des alternatives libres, éthiques, décentralisées et solidaires. Des applications web telles que Framapad (pour écrire un document à plusieurs, comme Google Docs) ou Framadate (sondages à la “Doodle” pour décider d’une date de réunion) qui en respectant les données de nos utilisateurs, connaissent un succès exponentiel, nous explique Simon Giraudot, secrétaire de l’association Framasoft. Mais il faut aller plus loin, car les internautes aspirent à plus de respect et de protection de leur vie privée. Nous venons d’ouvrir Framasphère, un accès au réseau social Diaspora qui est une alternative à Facebook, et avons déjà plus de 2000 inscriptions. Sur trois ans, nous souhaitons pouvoir proposer des alternatives concrètes et simples d’utilisation à Google Books, Dropbox, Skype, Twiter… voire YouTube et GMail ! »

Le secret de Framasoft, c’est l’utilisation de logiciels libres, des logiciels au code ouvert que chacun peut corriger, surveiller et améliorer.

« Nous ne sommes pas une entreprise mue par le profit, nous rappelle Simon Giraudot. Nous sommes une association soutenue par le travail de bénévoles actifs et financée principalement par les dons. Avec un budget équivalent à 2,27 secondes du chiffre d’affaires annuel de Google, nous arrivons déjà à proposer des services utilisés par des dizaines de milliers de personnes, associations, écoles, syndicats… Si le public nous suit dans cette campagne de dons, nul doute que nous pourrons aller beaucoup plus loin. »

Avec sa charte définissant sa vision des services LEDS (Libres, Éthiques, Décentralisés et Solidaires), et son site www.degooglisons-internet.org évoquant le petit village gaulois résistant à l’envahisseur romain (ici représentés par Google, Amazon, Facebook, Apple ou Microsoft), Framasoft entend susciter l’adhésion à son projet. Celui de revisiter, à l’ère du numérique, un affrontement biblique : le logiciel libre contre Googoliath.

A lire sur Basta ! :
- L’univers de la culture libre et non-marchande a sa galaxie : Framasoft

 


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Source: www.bastamag.net

 

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Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 18:08

 

Source : www.amisdelaterre.org

 

 

 

Au revoir Windows, je passe au libre !

En avril dernier, Microsoft a mis fin au support Windows XP entraînant peut-être la mort artificielle de 500 millions d’ordinateurs qui en étaient équipés à travers le monde. L’obsolescence logicielle frappera-t-elle encore ? Windows pense-t-il par cette décision unilatérale nous imposer ses nouvelles machines ? C’est sans compter sur les logiciels libres !

Spot TV, alerte au démarrage du PC, pages web dédiées, Microsoft n’a pas lésiné sur la communication pour inciter à passer à la technologie supérieure, jouant sur la peur des virus et vantant les mérites des nouveaux PC.
Une « invitation » qui implique de mettre au rebut les ordinateurs équipés XP et trop « faibles » pour son nouveau système d’exploitation… et qui pourrait rapporter 32 milliards de dollars à l’industrie informatique. Quid de l’impact social et environnemental de cette décision ? Microsoft est resté très silencieux à ce sujet malgré l’interpellation publique des Amis de la Terre (1).

Car le secteur des nouvelles technologies est loin d’être vert. Un ordinateur contient du plomb et du mercure, des substances qui présentent un risque sanitaire si elles ne sont pas dépolluées correctement. Le recyclage des déchets électriques et électroniques est encore loin d’être performant : pour produire de nouveaux PC, de nouvelles ressources doivent toujours être prélevées.

Apprivoiser les logiciels libres

Pour réduire l’impact écologique de nos appareils, donnons la priorité à l’allongement de leur durée de vie. Oui, les géants de l’informatique usent de toutes les stratégies pour accélérer le rythme de renouvellement des produits. Non, tous les consommateurs ne veulent pas suivre ce rythme effréné. Ainsi, malgré la commercialisation de 3 nouveaux systèmes d’exploitation, 30 % des utilisateurs de Windows ont continué à utiliser XP. Système privé, verrouillé et fermé, l’abandon de sa mise à jour ouvre maintenant la fenêtre (J) aux alternatives populaires, collaboratives, libres.

Car il est possible d’abandonner Windows, sans abandonner son matériel, en passant aux logiciels libres.
Pourquoi passer au libre ? Les logiciels libres sont souvent totalement gratuits, très fiables, beaucoup plus ergonomiques, sans virus, et permettent de prolonger très longtemps la durée de vie des appareils électroniques tout en étant plus économes en énergie. C’est par exemple le cas du système d’exploitation Linux/Ubuntu, dont certaines versions sont spécifiquement conçues pour être installées sur des ordinateurs anciens.

Au quotidien, nous utilisons d’ailleurs de plus en plus d’applications développées par le monde du logiciel libre : Mozilla Firefox pour naviguer sur le web, l’encyclopédie Wikipédia, ou encore Thunderbird pour la messagerie, VLC pour visionner des films, SPIP pour le site web des Amis de la Terre.

Le libre repose sur 4 libertés fondamentales : la liberté d’utiliser, de copier, d’étudier le logiciel, ainsi que de modifier et redistribuer les versions modifiées.
L’univers du libre est à découvrir, en privilégiant les applications ou en installant une distribution libre sur votre ordinateur.
Des associations comme April, Coagul ou Emmubuntus proposent bénévolement de vous accompagner dans cette démarche. N’hésitez pas à vous informer à rencontrer un groupe de bénévoles près de chez vous ou de votre groupe local Amis de la Terre : http://wiki.april.org/w/Liste_des_Gulls_ en_2014.

 

                                                                                      Logiciel commercial                                      Logiciel libre
Système d’exploitation                                                    Windows                                        GNU/Linux (ex : Ubuntu)  
Navigateur                                                Internet Internet Explorer, Google Chrome                         Firefox  
Organiser un RDV                                                                Doodle                                                       Framadate
Partager des documents                                               Google docs                                                 Framapad
Traitement de texte, bureautique, tableurs...      Microsoft office                              Open Office ou Libre Office
Messagerie                                                                  Microsoft Outlook                                            Thunderbird
Traitement d’image                                                         Photoshop                                                        GIMP

 

> CAMILLE LECOMTE

Chargée de campagne Modes de production et de consommation responsables

(1) Windows programme l’obsolescence de 500 millions de PC dans le monde et un immense gaspillage écologique.

 

 

Source : www.amisdelaterre.org

 

 

 

 

 

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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 16:15

 

 

Source : creatoulouse.squat.net

 

Nouveau lieu d’organisation et d’activités

annabell's

 

Salut, l’AP2P vient d’être refermé, son propriétaire va le détruire pour faire plein de mini studios tres chers… La CREA a ouvert un nouveau lieu d’auto-organisation et d’activités, au 71 bvd de la marquette. (Métro canal du midi, bus 70 arret pont du bearnais) C’est la 75e ouverture ! Y’a de la place, venez nous aider à continuer l’installation, proposer des ateliers, activités… participer. La CREA cherche pour ce nouveau Centre Social Autogéré du mobilier, de la vaisselle, de l’électroménager (frigos, machines à laver…), des draps et grands tissus, des tapis, des jouets pour les enfants (balançoire et trampoline ça serait le rêve) etc… (pas de vêtements! la fripe est déjà pleine!), un gros aspiro de chantier, de la peinture (pots, bombes, rouleaux, toutes les couleurs…) On cherche aussi des graffeu.se.s, (qui bossent pas avec la mairie) et qui déchirent et qui comprennent ce qu’on fait… parce qu’on a des bêtes de murs à transformer…urgemment.

Sinon la plupart des ateliers ont déjà repris (boxe, langues, activités enfants le mercredi après-m…) , et vendredi 24 à 18h, cantine et fête de la solidarité !! Et les ouvertures de bâtiments continuent avec les gens qui en ont besoin.

A bientôt,

tout pour tou.te.s, pouvoir au peuple !

 

 

Source : creatoulouse.squat.net

 

 

 

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Mercredi 15 octobre 2014 3 15 /10 /Oct /2014 19:25

 

 

Source : www.bastamag.net


 

 

Alternatiba Gironde

Pour sauver des légumes de la poubelle et cuisiner en fête : lancez une « disco soupe » !

par Sophie Chapelle 15 octobre 2014

 

 

 

 

 

Transformer des fruits et légumes invendus en un repas festif : voilà ce à quoi s’amusent des dizaine de disco soupes. Lancé en 2012, ce mouvement entend lutter contre le gaspillage alimentaire, sans culpabilité ni sanction mais dans une ambiance joyeuse ! Cette année, 25 000 kilos de fruits et légumes ont déjà été sauvés de la poubelle, et 30 000 repas ont été servis ! Reportage à Bordeaux, lors de la disco soupe d’Alternatiba Gironde.

L’invitation peut paraître curieuse : « Venez déguster des fruits et légumes qui allaient finir à la benne », apostrophe une affiche. Une quinzaine de personnes nettoient et épluchent des fruits et légumes pour confectionner des brochettes aux pastèques, des smoothies au melon et, plus traditionnellement, des salades ou des soupes aux choux. « Ici, c’est une cuisine participative, précise Hugo. Autour de vous, il n’y a que des bénévoles. » Une cuisine participative et festive joliment appelée « disco soupe ». Nous sommes à Bordeaux. Le village des alternatives « Alternatiba Gironde » bat son plein. La disco soupe s’active dans l’espace « objectif zéro déchet », dédié aux initiatives de récupération.

Mais d’où viennent donc ces fruits et légumes ? « Tout le contenu de ces cagettes allait être jeté », répond Aude. Ils ont été récupérés à la fin d’un marché de gros et auprès d’un supermarché bio [1]. « Nous nous rendons surtout en fin de marchés, mais pas en grande distribution, précise Sarah, une des initiatrices du mouvement Disco Soupe à Bordeaux. Le but du jeu c’est que le concept de disco soupe ne soit pas récupéré. Ceux qui donnent ne doivent pas communiquer dessus ni en faire un outil de greenwashing. » Et gare aux entreprises qui seraient tentées d’utiliser le mouvement afin valoriser de façon abusive leur image écolo : elles sont d’emblée épinglées sur le site discosoupe.org.

Open source contre greenwashing

Une fois la disco soupe prête à servir, l’heure est à la dégustation joyeuse. « Et en plus, c’est super bon ! », sourit Marie-Pauline. Lutter contre le gaspillage alimentaire, tout en rendant les gens acteurs grâce à la fête, en voilà une belle idée. Une idée sans droit de propriété et librement reproductible. « Le mouvement Disco Soupe est complètement open source », explique Sarah. Basé sur une communauté de plusieurs centaines de personnes en France et à l’étranger, ce mouvement mise sur l’autogestion, l’esprit hacker et la débrouille de ses membres. Le format de l’événement est diffusé librement afin de permettre à chacun d’organiser une disco soupe à son échelle. Une vingtaine de ces cuisines festives ont ainsi été organisées à Bordeaux depuis avril 2013. « Nous avons plus de demandes que de temps, alors nous tâchons de transmettre nos savoirs pour que ce mouvement essaime partout. »

« C’est un moment d’échange non-marchand, mais ce n’est pas non plus gratuit », explique Sarah. « Nous proposons un prix libre pour qu’il n’y ait pas de discrimination sociale, mais l’on vit entièrement des dons ». Marmites, mixers, saladiers, ustensiles... autant de matériels « chinés à Emmaüs », non jetables, et indispensables à la tenue de ce type d’événement. « Sur une Disco Soupe, nous valorisons de 300 à 700 kilos. Ce que nous ne pouvons pas cuisiner, nous le redistribuons. Lors de la dernière Disco Soupe par exemple, tout le monde est reparti avec son cageot ! » 

Lancé en mars 2012, ce mouvement citoyen foisonne en France et dans le monde. De janvier à juin 2014, 180 disco soupes ont eu lieu dans 86 villes et 10 pays, soit une disco soupe chaque jour en moyenne. En six mois, 25 000 kilos de fruits et légumes ont été sauvés de la poubelle, et 30 000 repas servis par les « Discocuistots » aux quatre coins du globe. Pas étonnant que ces zones de convivialité éphémères accompagnent la dynamique Alternatiba, ces villages des alternatives festifs qui essaiment partout en France (nos articles). « La transition écologique et sociale se construit dès maintenant, observe Txetx Etcheverry, un des initiateurs d’Alternatiba. Toutes ces alternatives permettent de prendre confiance en la capacité de changer les choses, à partir de là où l’on est. » A Bordeaux, ces disco alternatifs étaient plus de 10 000.

Texte et photos : @Sophie_Chapelle

Photo de une : Disco Soupe Bordeaux / twitter

Sur le même sujet :
Glanage, cueillette et partage des aliments : comment éviter le gaspillage

 

P.-S.

Si vous souhaitez devenir bénévole pour Disco Soupe Bordeaux, vous pouvez écrire à : discosoupebordeaux@gmail.com

Notes

[1Plus précisément au MIN – le marché d’intérêt national de Bordeaux Brienne – ainsi qu’au So.bio de Pessac.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

 

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Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 03:33

 

Source : www.terraeco.net

 

Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France

 

 

 

Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France
(Crédit photo : Graines de troc)
 
Les grainothèques veulent être aux semences ce que les Incroyables comestibles sont aux légumes. Né à La Rochelle, le concept essaime un peu partout.

« Prenez, déposez librement les graines qui vous plaisent. » Au milieu des livres de jardinage, la petite boîte en carton étonne. Depuis janvier dernier, la médiathèque de Lagord (Charente-Maritime) accueille l’une des premières grainothèques de France. Celle-ci permet aux visiteurs de partager leurs semences en toute liberté. Vous risquez bien d’en croiser d’autres dans les semaines qui viennent, car cette pionnière inspire... Une quarantaine de bibliothèques, restaurants et lieux associatifs (voir carte ci-dessous) ont construit et installé des boîtes de ce type depuis le lancement de cette initiative, en octobre 2013, par l’association Graines de Troc – qui anime par ailleurs une plateforme de partage de graines via une monnaie complémentaire. Et bien d’autres sont en cours d’installation : « On reçoit quasiment une demande par jour », assure Sébastien Wittevert, président de Graines de Troc.

Des haricots, le yin et le yang

« L’idée est née à la fois d’une envie de partager les semences et aussi d’inspirations diverses comme les Incroyables comestibles ou la coopérative de semences des fraternités ouvrières de Mouscron. On tenait surtout à ce que les gens puissent s’approprier la démarche, et que l’action soit reproductible », explique ce militant de la graine libre. Pour faciliter les échanges, aucun registre n’est tenu, le système repose sur la confiance en la bonne volonté des utilisateurs et sur le partage « du savoir-faire ses graines ». De même, libre à chacun d’adapter le concept à ses besoins : « Au début, nous proposions un modèle de boîte mais quand je vois la diversité et la beauté des boîtes qui ont été créées je suis content de laisser chacun s’exprimer », raconte Sébastien Wittevert.

Un idéal d’autonomie qui a déjà fait le bonheur de Matthieu, jardinier amateur de 35 ans à La Rochelle (Charente-Maritime) : « Pour mes semences, j’ai l’habitude de commander via Kokopelli. Mais je fréquente les grainothèques de La Rochelle régulièrement pour trouver des semences qui ne sont pas commercialisées. Il y a quelques jours, je suis tombé comme ça sur un bout de papier plié en quatre où il était indiqué au crayon de bois “SainFoin récolte 2013”. J’ai aucune idée de qui l’a déposé mais c’est forcément quelqu’un qui veille à la préservation des semences, parce que le SainFoin est une plante super qui fournit de l’azote et qui a tendance à disparaître de nos campagnes. C’est exactement ce qu’on cherchait pour notre jardin partagé. »

Plus tôt, Matthieu avait déposé des graines d’haricots nains Starazagorski : « Les graines sont noires et blanches avec des points, exactement comme le yin et le yang. ». Peut-être que l’heureux bénéficiaire de ces graines y verra un signe : dans la philosophie orientale, le yin et yang est symbole d’interdépendance, les points de couleur montrant que le noir et le blanc sont inconcevables l’un sans l’autre et que chacun recèle un germe de l’autre.

Voir la carte en plein écran

 

A lire aussi :

- Jardiniers, voici 7 plantes invasives à éviter

- Où acheter des semences bios pour votre potager ?

- « Les plantes bougent, sentent et réagissent mais nous ne sommes pas capables de le voir »

 

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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 19:00

 

Source : www.reporterre.net

 

Alternatiba marque un nouveau et joyeux succès à Bordeaux

Benjamin Pietrapiana (Reporterre)

lundi 13 octobre 2014

 

 

À Bordeaux, le grand projet des alternatives écologiques débute et fait mouche. Débats, concerts et spectacles ont su trouver leur public et poser les bonnes questions.


- Bordeaux (Gironde), reportage

Lancé en 2013 à Bayonne, l’appel Alternatiba a semé ses graines et celles-ci germent. Suivant de prêt les événements de Nantes et de Lille, Alternatiba Gironde - dont Reporterre était partenaire - s’est tenu sur les pavés de la Belle Endormie, dans le quartier de l’Église Sainte-Croix. Dans le viseur, le réchauffement climatique et les bouleversements environnementaux.

Dès vendredi, les étudiants ont lancé ces « trois jours festifs pour relever le défi climatique » : en ce jour Alternatiba leur était consacré. Dans les spacieux locaux de l’IUT Bordeaux-Montaigne, les étudiants de la filière Carrière Sociale ont rencontré des intervenants des mondes associatif et institutionnel. Ils ont pu simuler des conférences sur le climat ou encore faire une table ronde sur l’éducation relative à l’environnement.

Ludivine Landrodie, vingt ans, était déjà familière des problématiques évoquées lors des ateliers et conférences qui leur étaient destinés. Elle y a pourtant découvert les idées des Incroyables Comestibles et s’enthousiasme de cette initiative qui propose simplement de faire de la ville un grand jardin partagé pour tous. « Chaque espace vert sera pris d’assaut par des volontaires et on y plantera des graines. Je trouve l’initiative intéressante et ludique ! »

Les intervenants étaient tous unanimes, c’est un succès. « C’était intéressant, car les questions des étudiants ont permis de recouper tous les niveaux de l’écologie », résume Myriam Reffay, d’Itinérance Culturelle Arts et Rencontre (ICARE). « On a surtout insisté sur la définition de l’environnement, afin qu’ils comprennent qu’ils n’en sont pas extérieurs, mais bien une composante à part entière. Aussi nous avons misé sur l’importance d’avoir une vision globale et systémique de l’écologie. Si le message est passé, c’est déjà une petite bataille de gagnée. »

Samedi, le temps s’est montré imprévisible, hésitant entre la grisaille et les averses. Pour autant cela n’a pas été un problème, car le plus important se passait en intérieur : place aux débats. Au total, sept conférences autour de grands sujets comme le TAFTA, le bilan à l’approche de la COP21 à Paris, ou encore le rapport entre initiative citoyenne et changement de société.

Pendant ce temps, la pluie refroidissait l’air, mais pas l’entrain des bénévoles. Ceux-ci, nombreux, montaient tentes et installations pour les concerts du soir et le village des alternatives du lendemain, point d’orgue de l’événement. En tout, ils étaient quatre cent cinquante, comme nous l’a indiqué Romain Porcheron des Amis de la Terre et de l’équipe de coordination d’Alternatiba. « Cet événement a permis de créer un collectif d’associations, de citoyens, d’entreprises afin d’initier un mouvement global ! »

Il était allé à Copenhague en décembre 2009 et se remémore sans amertume les déboires du sommet : « On était assommé après Copenhague, mais après Bayonne, en octobre 2013, on est revenu vraiment motivés. Maintenant avec les Amis de la Terre, et Alternatiba, on insiste sur l’importance d’un discours positif, ni discriminant ni culpabilisateur ! On propose des solutions et on fédère ».

Dispersée par les averses, la foule s’est souvent regroupée à l’intérieur de l’IUT (Institut universitaire de technologie), alors que les lieux des conférences faisaient salle comble. Il a souvent fallu refuser l’entrée dans les salles bondées, et du coup, des « contre-conférences » se sont organisées sous la grande tente Buen Vivir. Avec notamment pour thème, les « grands projets inutiles », et animé par Camille - nom que se donnent tous les Zadistes, des militants implantés sur les Zones À Défendre (Z.A.D). On entendait parler de Notre-Dame des Landes et de la zone humide du Testet, d’occupation de l’espace public et d’action - tout comme dans la grande salle où se tenait aussi le débat sur les Grands projets inutiles, et qui a convenu de la nécessité de la mobilisation sans laquelle l’expertise citoyenne est impuissante.

Sur la scène Jacques Ellul, la journée s’est achevée sur des touches plus légères : en rires, ceux provoqués par l’humour de Désiré Prunier et de son hilarante conférence gesticulée La sortie des fossiles. Et en musique, avec les chansons artisanales et rebelles de Christian Leduc & Sept Robots, et le rock engagé d’El Comunero.

Le village des alternatives : point d’orgue des trois jours


 

Le village des alternatives s’est animé le dimanche 12 octobre. C’était l’occasion d’observer un panorama des signataires de l’Appel Alternatiba-Gironde. En tout, quelque cent soixante associations étaient réparties dans le quartier Sainte-Croix, en neuf espaces organisés selon des thèmes variés, allant de « Mobilité soutenable », à « la Jeunesse », en passant par « Objectif zéro déchet » et « Tous Consom’acteurs ! »

La principale ambition de cette journée était de proposer des solutions concrètes et applicables au quotidien pour initier la transition écologique et sociale. Des couples endimanchés avec leurs enfants pouvaient découvrir la profusion d’alternatives possibles : que ce soient la Monnaie d’Intérêt Économique Locale (MIEL) en circulation dans toute la moitié Est de la Gironde, ou encore le Collectif Gironde en Transition, représenté par Pascal Bourgois. « Alternatiba est un accélérateur de dynamiques alternatives, dit celui-ci. Il y a aujourd’hui une multitude d’initiatives, mais elles sont souvent isolées, et centrées sur elle même. Un de nos buts, au-delà de la multiplication et de l’accélération, est de faire converger ces initiatives et de les montrer au plus grand nombre. » C’est réussi...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 18:45

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Permaculture

Une forêt comestible pour atteindre l’auto-suffisance alimentaire

par SideWays 13 octobre 2014

 

 

 

 

 

 

Produire des fruits sains, avec le moins de travail possible, et en respectant la nature : voici les objectifs de Juan Anton Mora, un espagnol de 78 ans. Depuis sa retraite, il s’est mis en tête de changer le monde, grâce à sa forêt comestible ! Il expérimente l’auto-suffisance alimentaire et transmet ses savoir-faire. « De cette manière, quoi qu’il se passe, si nous n’avons plus de travail, nous aurons toujours de quoi manger. » Reportage vidéo.

Juan Anton Mora, 78 ans, va courir 40 minutes plusieurs fois par semaine. Il organise chez lui des réunions de plusieurs jours avec des dizaines de personnes. « Chacun apporte son sac de couchage et on se débrouille », explique-t-il. Y-a-t-il besoin de le dire : Juan Anton a une forme impressionnante ! Comment fait-il ? Une vie saine et son envie de changer le monde doivent avoir leur rôle à jouer.

Car oui, chacune de ses actions a pour but de "changer le monde" ou pour être plus précis, combattre la faim dans le monde. Rien de moins. « La société devrait être basée sur deux piliers : le "travail", ce que nous savons faire et qui participe à la société, et la production de sa nourriture. De cette manière, quoi qu’il se passe, si nous n’avons plus de travail, nous aurons toujours de quoi manger. »

Et tout cela ne s’arrête pas à un beau discours. Juan Anton met en pratique ces conseils et il va même plus loin : il expérimente toutes les manières possibles de faciliter le travail de la terre. Gagner en indépendance alimentaire n’est pas seulement une sécurité, c’est aussi une manière de regagner une certaine liberté dans une société où nous n’avons plus le choix (de rien).

 

 

L’histoire a commencé il y a environ 30 ans. Juan Anton souhaitait trouver un lieu au calme pour faire un petit potager et avoir des poules. Il a acheté une petite parcelle plantée d’orangers. Avant de prendre sa retraite, il suivait les conseils du jardinier qui s’occupait du terrain de manière conventionnelle. Jusqu’au jour où ce dernier lui propose un herbicide qui tuerait l’herbe pendant 8 ans. C’est une prise de conscience. Sans savoir où il met les pieds, Juan Anton décide d’arrêter tous les produits chimiques. Le jardinier donne sa démission. En quelques mois, c’est un désastre. L’herbe grandit, les arbres se meurent par manque de nourriture. « J’ai commencé à m’intéresser à la manière dont fonctionne la terre. J’ai été à des cours d’agriculture écologique puis à un cours de permaculture et j’ai acheté quelques livres de Fukuoka. Puis j’ai commencé à appliquer ce que j’apprenais. »

Pour voir la suite du reportage (photos, interviews, vidéos).


Reportage réalisé par le site SideWays, web-série documentaire présentant des initiatives solidaires, positives et originales, qui sont « des idées pionnières ou bien des remèdes au système actuel, dans lequel de moins en moins de personnes se retrouvent », expliquent les initiateurs du projet, Hélène Legay et Benoit Cassegrain de l’association Contre-courant. Chaque épisode se décline sous un même format : une vidéo de 5 min, un article multimédia et un espace de discussion avec les protagonistes et les auteurs.

Pour en savoir plus : le site de SideWays.

Photo (une) : CC Irene Kightley

 

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

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Dimanche 12 octobre 2014 7 12 /10 /Oct /2014 18:32

 

Source : www.article11.info

 

 

samedi 11 octobre 2014

Entretiens

posté à 14h13, par Lémi

« On est des ibu, et basta ! »

 

En 1983 était publié en Suisse alémanique un ouvrage des plus étranges : Bolo’bolo. Œuvre d’un certain P. M., il proposait rien de moins qu’un modèle alternatif de société à l’échelle mondiale. Une forme d’utopie concrète, basée sur la multiplication de communautés auto-suffisantes, les bolo. Trente ans plus tard, le modèle en question tient toujours la route. Plus que le capitalisme, en tout cas.

Cet entretien a été publié dans le numéro 15 d’Article11, et magnifiquement illustré par Baptiste Alchourroun1.

*

Il est déconseillé d’aborder Bolo’bolo en le feuilletant au petit bonheur la chance. Au risque, sinon, de buter sur d’étranges envolées, presque incompréhensibles. Page 149, par exemple : « Chaque IBU reçoit son NUGO de son BOLO comme c’est le cas du TAKU. » Ou encore, page 115 : « Un Islam-BOLO ne s’occupe jamais de cochons, un Franco-BOLO a besoin d’une basse-cour, d’herbes fraîches et de fromage. Un Hasch-BOLO plante du cannabis, un Alcolo-BOLO du malt et du houblon (et on trouve une distillerie dans l’une de ses étables). » Passé l’effet de surprise, l’ouvrage ainsi consulté est vite reposé, classé au rayon des loufoqueries New Age. Grave erreur ! Bolo’bolo, s’il clapote parfois en zone absurde, est plus sérieux qu’il n’en a l’air.

C’est en fait un livre bipolaire. À la fois drôle et sérieux. Zigzaguant dans le ciel des idées et solidement arrimé au concret. Les deux pieds dans le présent et la tête perchée dans un lointain futur. Dual de bout en bout. Et c’est sans doute cette dimension bicéphale qui explique l’aura mythique entourant Bolo’bolo, son magnétisme intemporel. Une première fois publié en Suisse allemande en 1983, l’ouvrage a depuis été traduit un peu partout dans le monde (en Chine, en Turquie, au Portugal, etc.) et a plusieurs fois été édité en français (en 1985, 1997 et 20132). Pour ajouter un brin au mystère, son auteur, l’écrivain suisse P. M. a opté pour l’anonymat, brouillant les pistes à dessein3. En trente ans, affirme-t-il en préambule à notre discussion dans un café parisien, c’est seulement le deuxième entretien qu’il accorde sur le sujet.

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Bolo’bolo est scindé en deux parties bien distinctes. La première est une dénonciation sans appel de l’âge industriel et de la servitude imposée à l’humanité par « la Machine-Travail Planétaire ». La seconde est plus surprenante : P. M. y dessine très précisément les contours d’une société post-capitaliste viable à l’échelle mondiale. Une forme d’utopie concrète, dotée de son propre langage (l’asa’pili), dans laquelle les individus (ibu) sont regroupés en bolo, des collectivités de cinq cents personnes privilégiant l’autonomie (alimentaire, énergétique, etc.) et l’hospitalité (sila). Le reste est à l’avenant : frontières mises à bas, propriété privée abolie, système fédératif mondial, conflits désamorcés par la collectivité, etc. Un doux rêve ? Balivernes, répond P. M., un tantinet provocateur : si tout le monde retrousse ses manches, « Bolo’bolo peut être réalisé à l’échelle mondiale en cinq ans4 ».

Ne pas s’y tromper, cependant : il n’y a rien de prophétique dans Bolo’bolo. Si l’ouvrage garde sa force de frappe plus de trente ans après sa première édition, c’est parce qu’il se veut avant tout force de proposition. Une première pierre, avec ses erreurs, ses maladresses revendiquées. Car P. M. n’a rien d’un gourou. Et il ne prétend nullement faire œuvre programmatique. Lui se contente de pointer les possibilités et invite le lecteur à poursuivre l’investigation – une forme d’utopie collaborative. À vous de jouer...

*

Dans quel contexte a été rédigé Bolo’bolo ?

« Pour comprendre l’essence de ce livre, il faut remonter au début des années 1980. Il se jouait alors une forme d’insurrection urbaine européenne, un moment historique très fort. Les squats se multipliaient à Paris, Vienne, Berlin ou Amsterdam, avec des actions en pagaille. À l’époque, j’habitais (et habite toujours) Zurich, et on enchaînait les manifestations : l’activisme se vivait sans relâche. En peu de temps, on a occupé une cinquantaine de maisons, dont un grand bâtiment qui servait plus ou moins de centre de jeunesse – c’était un lieu de rencontre inspiré par les centres sociaux italiens.

Il s’agissait d’un mouvement européen : tous ces gens se connaissaient et s’entraidaient. À Vienne, Hambourg, partout, des liens se tissaient, des méthodes se partageaient. On rêvait tous d’une forme d’insurrection indépendante, loin des partis et des syndicats. De quelque chose de différent. On ne savait pas quelle forme cette insurrection prendrait, mais on cherchait. Tout ce qui pouvait rendre la situation plus liquide nous semblait alors bon à prendre, en matière d’activisme, de communication (brochures, radios pirates) comme de théorie politique – dadaïsme, situationnisme, conseillisme... Bref, ça bouillonnait.

Malheureusement, cette forme d’insurrection européenne n’a pas fait long feu. Dès 1982, c’en était fini de la dernière révolte européenne contre le néolibéralisme – vainqueur par KO. L’élection de Mitterrand en 1981 et de Thatcher en 1982 ont (entre autres) entériné notre défaite, la droite et la gauche s’alliant pour accoucher d’un capitalisme encore plus féroce.

Une vague d’expulsions a suivi : la police est intervenue contre les squats de toutes les grandes villes européennes. Certains d’entre eux ont tenu bon ou ont essaimé ailleurs, mais dans l’ensemble on perdait du terrain. Au mieux, on stagnait. Notre révolte se réduisait à une guerre des espaces agitant les villes. Chez les activistes, le désespoir était la norme. »

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Illustration de Baptiste Alchourroun

C’est pour dépasser ce désespoir que tu as imaginé une utopie post-capitaliste se voulant viable à court terme ?

« À l’époque, j’étais à la fois impliqué dans le mouvement et observateur – j’écrivais beaucoup et j’avais déjà rédigé deux-trois romans. Et au beau milieu de cette dépression générale qui nous frappait tous, j’ai pris la décision de me rendre en Grèce avec quelques amis. Je voulais mettre les choses à plat, à l’écart. Là-bas, j’ai débuté la rédaction d’une liste, vue comme un prélude à la mise en place d’une autre société. Elle commençait en évoquant la question la plus basique qui soit : l’individu. Puis elle s’élargissait à d’autres problématiques, s’intéressant notamment aux rapports de l’individu à son voisinage et aux moyens de s’organiser autrement.

Il s’agissait de dresser un panorama de l’étendue des possibles. Qu’est-ce qui était réalisable ? Désirable ? Et comment ? Mon approche se voulait très modeste, sinon cela aurait demandé vingt volumes. Je souhaitais simplement produire un instantané, une sorte de base de recherche à compléter par la suite. Ma seule ambition était de donner naissance à une proposition pouvant être mise en actes sans attendre. »

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Illustration de Baptiste Alchourroun

Dans la préface à l’édition française de 1997, tu écrivais : « Cette esquisse n’a pas le caractère d’une utopie ou d’un système fondé sur une théorie particulière. Il s’agit d’un ensemble de propositions concrètes à partir desquelles nous pourrions discuter de l’avenir. »

« Je le pense toujours. Bien qu’il s’agisse d’une position un peu ingénue, parce que le livre porte quand même une idéologie très forte. Si tu le fais lire à un type de droite, il le considérera comme foncièrement gauchiste. Mais peu importe : l’ouvrage n’était pas conçu pour combattre des idées adverses, mais pour avancer celles me tenant à cœur. Il ne s’agissait pas d’inviter les gens à la résistance, plutôt de les inciter à continuer la réflexion, avec leurs propres points de vue. Ce qu’on n’aime pas, il faut le délaisser jusqu’à ce qu’il périsse de lui-même.

À l’époque où j’ai rédigé Bolo’bolo, je voulais dépasser le conflit inhérent aux années 1970. À mes yeux, il fallait abandonner la violence, alors si présente. J’avais bien sûr des contacts avec les désespérés du mouvement, qui s’étaient lancés dans la lutte armée ; mais si je comprenais leur désespoir, leur action me semblait contre-productive. On avait perdu et eux disaient : ’’Ok, on va gagner avec nos fusils.’’ Je n’y croyais pas, et je voulais proposer autre chose, rompre avec le négatif. »

Ce livre sonne en fait comme un encouragement...

« On peut aussi bien le lire comme une digression politique que comme une proposition pratique, à prendre au sérieux. Il a été utile à certains projets collectifs qui en ont retenu des éléments. Quoi qu’il en soit, je ne crois pas qu’il faille tout préméditer : l’important est de partir des bases. Au lieu d’inventer une société particulièrement raffinée, il convient d’abord d’envisager les besoins basiques : l’habitat, la nourriture, les formes élémentaires de vie sociale.

Quelques principes fondamentaux émergent pourtant. Un bolo anti-immigrés est par exemple inconcevable, puisqu’il irait contre les principes mêmes de cette organisation, basée sur l’hospitalité et la tolérance. Mais hors les cas de ce genre, il revient à chacun de touiller sa propre sauce, d’élaborer sa recette. Je crois évidemment aux utopies, mais pour peu qu’elles n’imposent pas un modèle précis. Il faut s’en inspirer, pas les dupliquer.

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Illustration de Baptiste Alchourroun

C’est pour ça que j’ai dressé dans le livre une longue liste de bolos, avec des déclinaisons particulières : chaque ville accueille ainsi des christo-bolo, des végé-bolo, des haschich-bolo... L’idée n’est pas de forcer les gens à adopter une identité donnée, mais plutôt de les laisser décider quel cadre culturel leur convient, sans en faire un élément déterminant. Au fond, le projet bolo’ repose sur une philosophie un peu existentialiste : on est des gens, on cause, on mange, voilà tout. On peut très bien vivre sans identité, et même sans nom. On est des ibu, et basta ! Le reste n’est que fardeau.

Bolo’bolo a été appréhendé différemment selon les contextes nationaux. Je sais par exemple que la version turque a beaucoup circulé à Istanbul, où elle était considérée comme une petite bible de l’anarchisme. Un contre-sens absolu : ma démarche s’inscrivait justement dans le refus d’un tel fétichisme. Il ne peut pas y avoir de boloïste. »

Dans le calendrier du livre, tu annonçais que le projet serait réalisé dans les cinq ans à venir. Trente ans après, il se fait toujours attendre...

« J’ai composé le calendrier avec l’idée qu’il n’avait pas vocation à être respecté. C’était juste une projection idéale, une provocation joyeuse. J’avais déjà 35 ans, et je savais que les choses vont toujours plus lentement qu’on ne le veut. Mais je crois qu’à tout projet ambitieux, il faut accoler un calendrier idéalisé. Si tu écris ’’on peut le faire dans un siècle’’, tu auras plus de mal à rendre ton projet attrayant et à provoquer l’étincelle. Il faut parfois ne pas hésiter à se montrer immodeste, au risque sinon de ne rien faire. Personnellement, je suis optimiste avec les idées et pessimiste avec les politiques. »

Cet optimisme est omniprésent dans le livre. On en ressort avec l’impression qu’il faudrait peu de choses pour que le modèle proposé devienne réalité...

« C’était le but. Ce qui est défendu dans Bolo’bolo n’est pas une recette du bonheur individuel, mais simplement une manière d’organiser collectivement et rationnellement un monde qui jusqu’ici marche sur la tête. Ce livre ne se base sur aucun système sociologique ou politique. C’est seulement du bon sens, une manière d’organiser la vie de la manière la plus agréable et écologique possible. Avec l’idée fondamentale de ne plus s’attacher à la croissance économique comme facteur prééminent d’une société humaine.

Il n’y a rien de nouveau dans Bolo’bolo. Il présente des éléments que tout le monde connaît, mais les agence différemment. L’idée n’était pas de créer un nouveau ’’-isme’’, mais plutôt un répertoire de la normalité. Avec cette évidence en filigrane : la normalité ne correspond pas à la réalité capitaliste. »

C’est pourtant cette « réalité capitaliste » qui domine le monde...

« Selon David Graeber, un ami new-yorkais qui se revendique de l’anarchisme, le capitalisme est un communisme mal géré. À ses yeux, nous vivons déjà dans une forme de communisme, parce que tout le monde coopère et que le capitalisme a besoin de la société pour survivre. Sans la collaboration constante des ouvriers, des consommateurs, etc., ce système ne tiendrait pas. Il se trouve simplement que le capitalisme gère très mal ce communisme, parce qu’il n’a d’autre obsession que la quête du profit.

J’aime cette approche parce qu’elle va à l’encontre de la vision classique des choses. On estime généralement qu’il faut d’abord se débarrasser du capitalisme avant d’instaurer le communisme, mais David Graeber renverse la marche à suivre. Le communisme a toujours été là, dit-il, il suffit juste de le débarrasser de sa croûte capitaliste.

Un changement d’ampleur peut advenir très vite. D’ailleurs, la nouvelle insurrection urbaine globale confirme cette hypothèse de la rapidité : quelques jours suffisent à se débarrasser d’un Moubarak ou d’un Ben Ali. Mais c’est ensuite que les choses se compliquent. Parce que le capitalisme mondial reste en place. Et parce que ce système ne nous est pas seulement extérieur : il existe aussi en nous.

La majorité des gens ne croient pas au capitalisme. Ils n’y adhèrent pas, ils acceptent simplement de vivre avec. Le psychologue allemand Harald Welzer parle à ce sujet de ’’dissonance cognitive’’ : on a beau savoir quelque chose, on fait le contraire. Bolo’bolo repose sur le postulat inverse : vivons dans la forme d’organisation à laquelle on adhère réellement. »

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Illustration de Baptiste Alchourroun

 


1

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2 L’édition 2013 est publiée aux éditions de l’Éclat.

3 Son éditeur français le présente comme habitant l’île fictive d’Amberland (sur laquelle il a d’ailleurs rédigé un guide de voyage imaginaire).

4 Dans la préface à l’édition de 2013, P. M. enfonce le clou : « Il est vrai que nous avons pris du retard, mais pourquoi ne pas prendre rendez-vous en 2018 pour danser sur les ruines de la Machine-Travail

 

 

Source : www.article11.info

 

 

 

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