Consommer et agir autrement

Mercredi 15 octobre 2014 3 15 /10 /Oct /2014 19:25

 

 

Source : www.bastamag.net


 

 

Alternatiba Gironde

Pour sauver des légumes de la poubelle et cuisiner en fête : lancez une « disco soupe » !

par Sophie Chapelle 15 octobre 2014

 

 

 

 

 

Transformer des fruits et légumes invendus en un repas festif : voilà ce à quoi s’amusent des dizaine de disco soupes. Lancé en 2012, ce mouvement entend lutter contre le gaspillage alimentaire, sans culpabilité ni sanction mais dans une ambiance joyeuse ! Cette année, 25 000 kilos de fruits et légumes ont déjà été sauvés de la poubelle, et 30 000 repas ont été servis ! Reportage à Bordeaux, lors de la disco soupe d’Alternatiba Gironde.

L’invitation peut paraître curieuse : « Venez déguster des fruits et légumes qui allaient finir à la benne », apostrophe une affiche. Une quinzaine de personnes nettoient et épluchent des fruits et légumes pour confectionner des brochettes aux pastèques, des smoothies au melon et, plus traditionnellement, des salades ou des soupes aux choux. « Ici, c’est une cuisine participative, précise Hugo. Autour de vous, il n’y a que des bénévoles. » Une cuisine participative et festive joliment appelée « disco soupe ». Nous sommes à Bordeaux. Le village des alternatives « Alternatiba Gironde » bat son plein. La disco soupe s’active dans l’espace « objectif zéro déchet », dédié aux initiatives de récupération.

Mais d’où viennent donc ces fruits et légumes ? « Tout le contenu de ces cagettes allait être jeté », répond Aude. Ils ont été récupérés à la fin d’un marché de gros et auprès d’un supermarché bio [1]. « Nous nous rendons surtout en fin de marchés, mais pas en grande distribution, précise Sarah, une des initiatrices du mouvement Disco Soupe à Bordeaux. Le but du jeu c’est que le concept de disco soupe ne soit pas récupéré. Ceux qui donnent ne doivent pas communiquer dessus ni en faire un outil de greenwashing. » Et gare aux entreprises qui seraient tentées d’utiliser le mouvement afin valoriser de façon abusive leur image écolo : elles sont d’emblée épinglées sur le site discosoupe.org.

Open source contre greenwashing

Une fois la disco soupe prête à servir, l’heure est à la dégustation joyeuse. « Et en plus, c’est super bon ! », sourit Marie-Pauline. Lutter contre le gaspillage alimentaire, tout en rendant les gens acteurs grâce à la fête, en voilà une belle idée. Une idée sans droit de propriété et librement reproductible. « Le mouvement Disco Soupe est complètement open source », explique Sarah. Basé sur une communauté de plusieurs centaines de personnes en France et à l’étranger, ce mouvement mise sur l’autogestion, l’esprit hacker et la débrouille de ses membres. Le format de l’événement est diffusé librement afin de permettre à chacun d’organiser une disco soupe à son échelle. Une vingtaine de ces cuisines festives ont ainsi été organisées à Bordeaux depuis avril 2013. « Nous avons plus de demandes que de temps, alors nous tâchons de transmettre nos savoirs pour que ce mouvement essaime partout. »

« C’est un moment d’échange non-marchand, mais ce n’est pas non plus gratuit », explique Sarah. « Nous proposons un prix libre pour qu’il n’y ait pas de discrimination sociale, mais l’on vit entièrement des dons ». Marmites, mixers, saladiers, ustensiles... autant de matériels « chinés à Emmaüs », non jetables, et indispensables à la tenue de ce type d’événement. « Sur une Disco Soupe, nous valorisons de 300 à 700 kilos. Ce que nous ne pouvons pas cuisiner, nous le redistribuons. Lors de la dernière Disco Soupe par exemple, tout le monde est reparti avec son cageot ! » 

Lancé en mars 2012, ce mouvement citoyen foisonne en France et dans le monde. De janvier à juin 2014, 180 disco soupes ont eu lieu dans 86 villes et 10 pays, soit une disco soupe chaque jour en moyenne. En six mois, 25 000 kilos de fruits et légumes ont été sauvés de la poubelle, et 30 000 repas servis par les « Discocuistots » aux quatre coins du globe. Pas étonnant que ces zones de convivialité éphémères accompagnent la dynamique Alternatiba, ces villages des alternatives festifs qui essaiment partout en France (nos articles). « La transition écologique et sociale se construit dès maintenant, observe Txetx Etcheverry, un des initiateurs d’Alternatiba. Toutes ces alternatives permettent de prendre confiance en la capacité de changer les choses, à partir de là où l’on est. » A Bordeaux, ces disco alternatifs étaient plus de 10 000.

Texte et photos : @Sophie_Chapelle

Photo de une : Disco Soupe Bordeaux / twitter

Sur le même sujet :
Glanage, cueillette et partage des aliments : comment éviter le gaspillage

 

P.-S.

Si vous souhaitez devenir bénévole pour Disco Soupe Bordeaux, vous pouvez écrire à : discosoupebordeaux@gmail.com

Notes

[1Plus précisément au MIN – le marché d’intérêt national de Bordeaux Brienne – ainsi qu’au So.bio de Pessac.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

 

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Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 03:33

 

Source : www.terraeco.net

 

Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France

 

 

 

Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France
(Crédit photo : Graines de troc)
 
Les grainothèques veulent être aux semences ce que les Incroyables comestibles sont aux légumes. Né à La Rochelle, le concept essaime un peu partout.

« Prenez, déposez librement les graines qui vous plaisent. » Au milieu des livres de jardinage, la petite boîte en carton étonne. Depuis janvier dernier, la médiathèque de Lagord (Charente-Maritime) accueille l’une des premières grainothèques de France. Celle-ci permet aux visiteurs de partager leurs semences en toute liberté. Vous risquez bien d’en croiser d’autres dans les semaines qui viennent, car cette pionnière inspire... Une quarantaine de bibliothèques, restaurants et lieux associatifs (voir carte ci-dessous) ont construit et installé des boîtes de ce type depuis le lancement de cette initiative, en octobre 2013, par l’association Graines de Troc – qui anime par ailleurs une plateforme de partage de graines via une monnaie complémentaire. Et bien d’autres sont en cours d’installation : « On reçoit quasiment une demande par jour », assure Sébastien Wittevert, président de Graines de Troc.

Des haricots, le yin et le yang

« L’idée est née à la fois d’une envie de partager les semences et aussi d’inspirations diverses comme les Incroyables comestibles ou la coopérative de semences des fraternités ouvrières de Mouscron. On tenait surtout à ce que les gens puissent s’approprier la démarche, et que l’action soit reproductible », explique ce militant de la graine libre. Pour faciliter les échanges, aucun registre n’est tenu, le système repose sur la confiance en la bonne volonté des utilisateurs et sur le partage « du savoir-faire ses graines ». De même, libre à chacun d’adapter le concept à ses besoins : « Au début, nous proposions un modèle de boîte mais quand je vois la diversité et la beauté des boîtes qui ont été créées je suis content de laisser chacun s’exprimer », raconte Sébastien Wittevert.

Un idéal d’autonomie qui a déjà fait le bonheur de Matthieu, jardinier amateur de 35 ans à La Rochelle (Charente-Maritime) : « Pour mes semences, j’ai l’habitude de commander via Kokopelli. Mais je fréquente les grainothèques de La Rochelle régulièrement pour trouver des semences qui ne sont pas commercialisées. Il y a quelques jours, je suis tombé comme ça sur un bout de papier plié en quatre où il était indiqué au crayon de bois “SainFoin récolte 2013”. J’ai aucune idée de qui l’a déposé mais c’est forcément quelqu’un qui veille à la préservation des semences, parce que le SainFoin est une plante super qui fournit de l’azote et qui a tendance à disparaître de nos campagnes. C’est exactement ce qu’on cherchait pour notre jardin partagé. »

Plus tôt, Matthieu avait déposé des graines d’haricots nains Starazagorski : « Les graines sont noires et blanches avec des points, exactement comme le yin et le yang. ». Peut-être que l’heureux bénéficiaire de ces graines y verra un signe : dans la philosophie orientale, le yin et yang est symbole d’interdépendance, les points de couleur montrant que le noir et le blanc sont inconcevables l’un sans l’autre et que chacun recèle un germe de l’autre.

Voir la carte en plein écran

 

A lire aussi :

- Jardiniers, voici 7 plantes invasives à éviter

- Où acheter des semences bios pour votre potager ?

- « Les plantes bougent, sentent et réagissent mais nous ne sommes pas capables de le voir »

 

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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 19:00

 

Source : www.reporterre.net

 

Alternatiba marque un nouveau et joyeux succès à Bordeaux

Benjamin Pietrapiana (Reporterre)

lundi 13 octobre 2014

 

 

À Bordeaux, le grand projet des alternatives écologiques débute et fait mouche. Débats, concerts et spectacles ont su trouver leur public et poser les bonnes questions.


- Bordeaux (Gironde), reportage

Lancé en 2013 à Bayonne, l’appel Alternatiba a semé ses graines et celles-ci germent. Suivant de prêt les événements de Nantes et de Lille, Alternatiba Gironde - dont Reporterre était partenaire - s’est tenu sur les pavés de la Belle Endormie, dans le quartier de l’Église Sainte-Croix. Dans le viseur, le réchauffement climatique et les bouleversements environnementaux.

Dès vendredi, les étudiants ont lancé ces « trois jours festifs pour relever le défi climatique » : en ce jour Alternatiba leur était consacré. Dans les spacieux locaux de l’IUT Bordeaux-Montaigne, les étudiants de la filière Carrière Sociale ont rencontré des intervenants des mondes associatif et institutionnel. Ils ont pu simuler des conférences sur le climat ou encore faire une table ronde sur l’éducation relative à l’environnement.

Ludivine Landrodie, vingt ans, était déjà familière des problématiques évoquées lors des ateliers et conférences qui leur étaient destinés. Elle y a pourtant découvert les idées des Incroyables Comestibles et s’enthousiasme de cette initiative qui propose simplement de faire de la ville un grand jardin partagé pour tous. « Chaque espace vert sera pris d’assaut par des volontaires et on y plantera des graines. Je trouve l’initiative intéressante et ludique ! »

Les intervenants étaient tous unanimes, c’est un succès. « C’était intéressant, car les questions des étudiants ont permis de recouper tous les niveaux de l’écologie », résume Myriam Reffay, d’Itinérance Culturelle Arts et Rencontre (ICARE). « On a surtout insisté sur la définition de l’environnement, afin qu’ils comprennent qu’ils n’en sont pas extérieurs, mais bien une composante à part entière. Aussi nous avons misé sur l’importance d’avoir une vision globale et systémique de l’écologie. Si le message est passé, c’est déjà une petite bataille de gagnée. »

Samedi, le temps s’est montré imprévisible, hésitant entre la grisaille et les averses. Pour autant cela n’a pas été un problème, car le plus important se passait en intérieur : place aux débats. Au total, sept conférences autour de grands sujets comme le TAFTA, le bilan à l’approche de la COP21 à Paris, ou encore le rapport entre initiative citoyenne et changement de société.

Pendant ce temps, la pluie refroidissait l’air, mais pas l’entrain des bénévoles. Ceux-ci, nombreux, montaient tentes et installations pour les concerts du soir et le village des alternatives du lendemain, point d’orgue de l’événement. En tout, ils étaient quatre cent cinquante, comme nous l’a indiqué Romain Porcheron des Amis de la Terre et de l’équipe de coordination d’Alternatiba. « Cet événement a permis de créer un collectif d’associations, de citoyens, d’entreprises afin d’initier un mouvement global ! »

Il était allé à Copenhague en décembre 2009 et se remémore sans amertume les déboires du sommet : « On était assommé après Copenhague, mais après Bayonne, en octobre 2013, on est revenu vraiment motivés. Maintenant avec les Amis de la Terre, et Alternatiba, on insiste sur l’importance d’un discours positif, ni discriminant ni culpabilisateur ! On propose des solutions et on fédère ».

Dispersée par les averses, la foule s’est souvent regroupée à l’intérieur de l’IUT (Institut universitaire de technologie), alors que les lieux des conférences faisaient salle comble. Il a souvent fallu refuser l’entrée dans les salles bondées, et du coup, des « contre-conférences » se sont organisées sous la grande tente Buen Vivir. Avec notamment pour thème, les « grands projets inutiles », et animé par Camille - nom que se donnent tous les Zadistes, des militants implantés sur les Zones À Défendre (Z.A.D). On entendait parler de Notre-Dame des Landes et de la zone humide du Testet, d’occupation de l’espace public et d’action - tout comme dans la grande salle où se tenait aussi le débat sur les Grands projets inutiles, et qui a convenu de la nécessité de la mobilisation sans laquelle l’expertise citoyenne est impuissante.

Sur la scène Jacques Ellul, la journée s’est achevée sur des touches plus légères : en rires, ceux provoqués par l’humour de Désiré Prunier et de son hilarante conférence gesticulée La sortie des fossiles. Et en musique, avec les chansons artisanales et rebelles de Christian Leduc & Sept Robots, et le rock engagé d’El Comunero.

Le village des alternatives : point d’orgue des trois jours


 

Le village des alternatives s’est animé le dimanche 12 octobre. C’était l’occasion d’observer un panorama des signataires de l’Appel Alternatiba-Gironde. En tout, quelque cent soixante associations étaient réparties dans le quartier Sainte-Croix, en neuf espaces organisés selon des thèmes variés, allant de « Mobilité soutenable », à « la Jeunesse », en passant par « Objectif zéro déchet » et « Tous Consom’acteurs ! »

La principale ambition de cette journée était de proposer des solutions concrètes et applicables au quotidien pour initier la transition écologique et sociale. Des couples endimanchés avec leurs enfants pouvaient découvrir la profusion d’alternatives possibles : que ce soient la Monnaie d’Intérêt Économique Locale (MIEL) en circulation dans toute la moitié Est de la Gironde, ou encore le Collectif Gironde en Transition, représenté par Pascal Bourgois. « Alternatiba est un accélérateur de dynamiques alternatives, dit celui-ci. Il y a aujourd’hui une multitude d’initiatives, mais elles sont souvent isolées, et centrées sur elle même. Un de nos buts, au-delà de la multiplication et de l’accélération, est de faire converger ces initiatives et de les montrer au plus grand nombre. » C’est réussi...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 18:45

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Permaculture

Une forêt comestible pour atteindre l’auto-suffisance alimentaire

par SideWays 13 octobre 2014

 

 

 

 

 

 

Produire des fruits sains, avec le moins de travail possible, et en respectant la nature : voici les objectifs de Juan Anton Mora, un espagnol de 78 ans. Depuis sa retraite, il s’est mis en tête de changer le monde, grâce à sa forêt comestible ! Il expérimente l’auto-suffisance alimentaire et transmet ses savoir-faire. « De cette manière, quoi qu’il se passe, si nous n’avons plus de travail, nous aurons toujours de quoi manger. » Reportage vidéo.

Juan Anton Mora, 78 ans, va courir 40 minutes plusieurs fois par semaine. Il organise chez lui des réunions de plusieurs jours avec des dizaines de personnes. « Chacun apporte son sac de couchage et on se débrouille », explique-t-il. Y-a-t-il besoin de le dire : Juan Anton a une forme impressionnante ! Comment fait-il ? Une vie saine et son envie de changer le monde doivent avoir leur rôle à jouer.

Car oui, chacune de ses actions a pour but de "changer le monde" ou pour être plus précis, combattre la faim dans le monde. Rien de moins. « La société devrait être basée sur deux piliers : le "travail", ce que nous savons faire et qui participe à la société, et la production de sa nourriture. De cette manière, quoi qu’il se passe, si nous n’avons plus de travail, nous aurons toujours de quoi manger. »

Et tout cela ne s’arrête pas à un beau discours. Juan Anton met en pratique ces conseils et il va même plus loin : il expérimente toutes les manières possibles de faciliter le travail de la terre. Gagner en indépendance alimentaire n’est pas seulement une sécurité, c’est aussi une manière de regagner une certaine liberté dans une société où nous n’avons plus le choix (de rien).

 

 

L’histoire a commencé il y a environ 30 ans. Juan Anton souhaitait trouver un lieu au calme pour faire un petit potager et avoir des poules. Il a acheté une petite parcelle plantée d’orangers. Avant de prendre sa retraite, il suivait les conseils du jardinier qui s’occupait du terrain de manière conventionnelle. Jusqu’au jour où ce dernier lui propose un herbicide qui tuerait l’herbe pendant 8 ans. C’est une prise de conscience. Sans savoir où il met les pieds, Juan Anton décide d’arrêter tous les produits chimiques. Le jardinier donne sa démission. En quelques mois, c’est un désastre. L’herbe grandit, les arbres se meurent par manque de nourriture. « J’ai commencé à m’intéresser à la manière dont fonctionne la terre. J’ai été à des cours d’agriculture écologique puis à un cours de permaculture et j’ai acheté quelques livres de Fukuoka. Puis j’ai commencé à appliquer ce que j’apprenais. »

Pour voir la suite du reportage (photos, interviews, vidéos).


Reportage réalisé par le site SideWays, web-série documentaire présentant des initiatives solidaires, positives et originales, qui sont « des idées pionnières ou bien des remèdes au système actuel, dans lequel de moins en moins de personnes se retrouvent », expliquent les initiateurs du projet, Hélène Legay et Benoit Cassegrain de l’association Contre-courant. Chaque épisode se décline sous un même format : une vidéo de 5 min, un article multimédia et un espace de discussion avec les protagonistes et les auteurs.

Pour en savoir plus : le site de SideWays.

Photo (une) : CC Irene Kightley

 

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

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Dimanche 12 octobre 2014 7 12 /10 /Oct /2014 18:32

 

Source : www.article11.info

 

 

samedi 11 octobre 2014

Entretiens

posté à 14h13, par Lémi

« On est des ibu, et basta ! »

 

En 1983 était publié en Suisse alémanique un ouvrage des plus étranges : Bolo’bolo. Œuvre d’un certain P. M., il proposait rien de moins qu’un modèle alternatif de société à l’échelle mondiale. Une forme d’utopie concrète, basée sur la multiplication de communautés auto-suffisantes, les bolo. Trente ans plus tard, le modèle en question tient toujours la route. Plus que le capitalisme, en tout cas.

Cet entretien a été publié dans le numéro 15 d’Article11, et magnifiquement illustré par Baptiste Alchourroun1.

*

Il est déconseillé d’aborder Bolo’bolo en le feuilletant au petit bonheur la chance. Au risque, sinon, de buter sur d’étranges envolées, presque incompréhensibles. Page 149, par exemple : « Chaque IBU reçoit son NUGO de son BOLO comme c’est le cas du TAKU. » Ou encore, page 115 : « Un Islam-BOLO ne s’occupe jamais de cochons, un Franco-BOLO a besoin d’une basse-cour, d’herbes fraîches et de fromage. Un Hasch-BOLO plante du cannabis, un Alcolo-BOLO du malt et du houblon (et on trouve une distillerie dans l’une de ses étables). » Passé l’effet de surprise, l’ouvrage ainsi consulté est vite reposé, classé au rayon des loufoqueries New Age. Grave erreur ! Bolo’bolo, s’il clapote parfois en zone absurde, est plus sérieux qu’il n’en a l’air.

C’est en fait un livre bipolaire. À la fois drôle et sérieux. Zigzaguant dans le ciel des idées et solidement arrimé au concret. Les deux pieds dans le présent et la tête perchée dans un lointain futur. Dual de bout en bout. Et c’est sans doute cette dimension bicéphale qui explique l’aura mythique entourant Bolo’bolo, son magnétisme intemporel. Une première fois publié en Suisse allemande en 1983, l’ouvrage a depuis été traduit un peu partout dans le monde (en Chine, en Turquie, au Portugal, etc.) et a plusieurs fois été édité en français (en 1985, 1997 et 20132). Pour ajouter un brin au mystère, son auteur, l’écrivain suisse P. M. a opté pour l’anonymat, brouillant les pistes à dessein3. En trente ans, affirme-t-il en préambule à notre discussion dans un café parisien, c’est seulement le deuxième entretien qu’il accorde sur le sujet.

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Bolo’bolo est scindé en deux parties bien distinctes. La première est une dénonciation sans appel de l’âge industriel et de la servitude imposée à l’humanité par « la Machine-Travail Planétaire ». La seconde est plus surprenante : P. M. y dessine très précisément les contours d’une société post-capitaliste viable à l’échelle mondiale. Une forme d’utopie concrète, dotée de son propre langage (l’asa’pili), dans laquelle les individus (ibu) sont regroupés en bolo, des collectivités de cinq cents personnes privilégiant l’autonomie (alimentaire, énergétique, etc.) et l’hospitalité (sila). Le reste est à l’avenant : frontières mises à bas, propriété privée abolie, système fédératif mondial, conflits désamorcés par la collectivité, etc. Un doux rêve ? Balivernes, répond P. M., un tantinet provocateur : si tout le monde retrousse ses manches, « Bolo’bolo peut être réalisé à l’échelle mondiale en cinq ans4 ».

Ne pas s’y tromper, cependant : il n’y a rien de prophétique dans Bolo’bolo. Si l’ouvrage garde sa force de frappe plus de trente ans après sa première édition, c’est parce qu’il se veut avant tout force de proposition. Une première pierre, avec ses erreurs, ses maladresses revendiquées. Car P. M. n’a rien d’un gourou. Et il ne prétend nullement faire œuvre programmatique. Lui se contente de pointer les possibilités et invite le lecteur à poursuivre l’investigation – une forme d’utopie collaborative. À vous de jouer...

*

Dans quel contexte a été rédigé Bolo’bolo ?

« Pour comprendre l’essence de ce livre, il faut remonter au début des années 1980. Il se jouait alors une forme d’insurrection urbaine européenne, un moment historique très fort. Les squats se multipliaient à Paris, Vienne, Berlin ou Amsterdam, avec des actions en pagaille. À l’époque, j’habitais (et habite toujours) Zurich, et on enchaînait les manifestations : l’activisme se vivait sans relâche. En peu de temps, on a occupé une cinquantaine de maisons, dont un grand bâtiment qui servait plus ou moins de centre de jeunesse – c’était un lieu de rencontre inspiré par les centres sociaux italiens.

Il s’agissait d’un mouvement européen : tous ces gens se connaissaient et s’entraidaient. À Vienne, Hambourg, partout, des liens se tissaient, des méthodes se partageaient. On rêvait tous d’une forme d’insurrection indépendante, loin des partis et des syndicats. De quelque chose de différent. On ne savait pas quelle forme cette insurrection prendrait, mais on cherchait. Tout ce qui pouvait rendre la situation plus liquide nous semblait alors bon à prendre, en matière d’activisme, de communication (brochures, radios pirates) comme de théorie politique – dadaïsme, situationnisme, conseillisme... Bref, ça bouillonnait.

Malheureusement, cette forme d’insurrection européenne n’a pas fait long feu. Dès 1982, c’en était fini de la dernière révolte européenne contre le néolibéralisme – vainqueur par KO. L’élection de Mitterrand en 1981 et de Thatcher en 1982 ont (entre autres) entériné notre défaite, la droite et la gauche s’alliant pour accoucher d’un capitalisme encore plus féroce.

Une vague d’expulsions a suivi : la police est intervenue contre les squats de toutes les grandes villes européennes. Certains d’entre eux ont tenu bon ou ont essaimé ailleurs, mais dans l’ensemble on perdait du terrain. Au mieux, on stagnait. Notre révolte se réduisait à une guerre des espaces agitant les villes. Chez les activistes, le désespoir était la norme. »

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Illustration de Baptiste Alchourroun

C’est pour dépasser ce désespoir que tu as imaginé une utopie post-capitaliste se voulant viable à court terme ?

« À l’époque, j’étais à la fois impliqué dans le mouvement et observateur – j’écrivais beaucoup et j’avais déjà rédigé deux-trois romans. Et au beau milieu de cette dépression générale qui nous frappait tous, j’ai pris la décision de me rendre en Grèce avec quelques amis. Je voulais mettre les choses à plat, à l’écart. Là-bas, j’ai débuté la rédaction d’une liste, vue comme un prélude à la mise en place d’une autre société. Elle commençait en évoquant la question la plus basique qui soit : l’individu. Puis elle s’élargissait à d’autres problématiques, s’intéressant notamment aux rapports de l’individu à son voisinage et aux moyens de s’organiser autrement.

Il s’agissait de dresser un panorama de l’étendue des possibles. Qu’est-ce qui était réalisable ? Désirable ? Et comment ? Mon approche se voulait très modeste, sinon cela aurait demandé vingt volumes. Je souhaitais simplement produire un instantané, une sorte de base de recherche à compléter par la suite. Ma seule ambition était de donner naissance à une proposition pouvant être mise en actes sans attendre. »

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Illustration de Baptiste Alchourroun

Dans la préface à l’édition française de 1997, tu écrivais : « Cette esquisse n’a pas le caractère d’une utopie ou d’un système fondé sur une théorie particulière. Il s’agit d’un ensemble de propositions concrètes à partir desquelles nous pourrions discuter de l’avenir. »

« Je le pense toujours. Bien qu’il s’agisse d’une position un peu ingénue, parce que le livre porte quand même une idéologie très forte. Si tu le fais lire à un type de droite, il le considérera comme foncièrement gauchiste. Mais peu importe : l’ouvrage n’était pas conçu pour combattre des idées adverses, mais pour avancer celles me tenant à cœur. Il ne s’agissait pas d’inviter les gens à la résistance, plutôt de les inciter à continuer la réflexion, avec leurs propres points de vue. Ce qu’on n’aime pas, il faut le délaisser jusqu’à ce qu’il périsse de lui-même.

À l’époque où j’ai rédigé Bolo’bolo, je voulais dépasser le conflit inhérent aux années 1970. À mes yeux, il fallait abandonner la violence, alors si présente. J’avais bien sûr des contacts avec les désespérés du mouvement, qui s’étaient lancés dans la lutte armée ; mais si je comprenais leur désespoir, leur action me semblait contre-productive. On avait perdu et eux disaient : ’’Ok, on va gagner avec nos fusils.’’ Je n’y croyais pas, et je voulais proposer autre chose, rompre avec le négatif. »

Ce livre sonne en fait comme un encouragement...

« On peut aussi bien le lire comme une digression politique que comme une proposition pratique, à prendre au sérieux. Il a été utile à certains projets collectifs qui en ont retenu des éléments. Quoi qu’il en soit, je ne crois pas qu’il faille tout préméditer : l’important est de partir des bases. Au lieu d’inventer une société particulièrement raffinée, il convient d’abord d’envisager les besoins basiques : l’habitat, la nourriture, les formes élémentaires de vie sociale.

Quelques principes fondamentaux émergent pourtant. Un bolo anti-immigrés est par exemple inconcevable, puisqu’il irait contre les principes mêmes de cette organisation, basée sur l’hospitalité et la tolérance. Mais hors les cas de ce genre, il revient à chacun de touiller sa propre sauce, d’élaborer sa recette. Je crois évidemment aux utopies, mais pour peu qu’elles n’imposent pas un modèle précis. Il faut s’en inspirer, pas les dupliquer.

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Illustration de Baptiste Alchourroun

C’est pour ça que j’ai dressé dans le livre une longue liste de bolos, avec des déclinaisons particulières : chaque ville accueille ainsi des christo-bolo, des végé-bolo, des haschich-bolo... L’idée n’est pas de forcer les gens à adopter une identité donnée, mais plutôt de les laisser décider quel cadre culturel leur convient, sans en faire un élément déterminant. Au fond, le projet bolo’ repose sur une philosophie un peu existentialiste : on est des gens, on cause, on mange, voilà tout. On peut très bien vivre sans identité, et même sans nom. On est des ibu, et basta ! Le reste n’est que fardeau.

Bolo’bolo a été appréhendé différemment selon les contextes nationaux. Je sais par exemple que la version turque a beaucoup circulé à Istanbul, où elle était considérée comme une petite bible de l’anarchisme. Un contre-sens absolu : ma démarche s’inscrivait justement dans le refus d’un tel fétichisme. Il ne peut pas y avoir de boloïste. »

Dans le calendrier du livre, tu annonçais que le projet serait réalisé dans les cinq ans à venir. Trente ans après, il se fait toujours attendre...

« J’ai composé le calendrier avec l’idée qu’il n’avait pas vocation à être respecté. C’était juste une projection idéale, une provocation joyeuse. J’avais déjà 35 ans, et je savais que les choses vont toujours plus lentement qu’on ne le veut. Mais je crois qu’à tout projet ambitieux, il faut accoler un calendrier idéalisé. Si tu écris ’’on peut le faire dans un siècle’’, tu auras plus de mal à rendre ton projet attrayant et à provoquer l’étincelle. Il faut parfois ne pas hésiter à se montrer immodeste, au risque sinon de ne rien faire. Personnellement, je suis optimiste avec les idées et pessimiste avec les politiques. »

Cet optimisme est omniprésent dans le livre. On en ressort avec l’impression qu’il faudrait peu de choses pour que le modèle proposé devienne réalité...

« C’était le but. Ce qui est défendu dans Bolo’bolo n’est pas une recette du bonheur individuel, mais simplement une manière d’organiser collectivement et rationnellement un monde qui jusqu’ici marche sur la tête. Ce livre ne se base sur aucun système sociologique ou politique. C’est seulement du bon sens, une manière d’organiser la vie de la manière la plus agréable et écologique possible. Avec l’idée fondamentale de ne plus s’attacher à la croissance économique comme facteur prééminent d’une société humaine.

Il n’y a rien de nouveau dans Bolo’bolo. Il présente des éléments que tout le monde connaît, mais les agence différemment. L’idée n’était pas de créer un nouveau ’’-isme’’, mais plutôt un répertoire de la normalité. Avec cette évidence en filigrane : la normalité ne correspond pas à la réalité capitaliste. »

C’est pourtant cette « réalité capitaliste » qui domine le monde...

« Selon David Graeber, un ami new-yorkais qui se revendique de l’anarchisme, le capitalisme est un communisme mal géré. À ses yeux, nous vivons déjà dans une forme de communisme, parce que tout le monde coopère et que le capitalisme a besoin de la société pour survivre. Sans la collaboration constante des ouvriers, des consommateurs, etc., ce système ne tiendrait pas. Il se trouve simplement que le capitalisme gère très mal ce communisme, parce qu’il n’a d’autre obsession que la quête du profit.

J’aime cette approche parce qu’elle va à l’encontre de la vision classique des choses. On estime généralement qu’il faut d’abord se débarrasser du capitalisme avant d’instaurer le communisme, mais David Graeber renverse la marche à suivre. Le communisme a toujours été là, dit-il, il suffit juste de le débarrasser de sa croûte capitaliste.

Un changement d’ampleur peut advenir très vite. D’ailleurs, la nouvelle insurrection urbaine globale confirme cette hypothèse de la rapidité : quelques jours suffisent à se débarrasser d’un Moubarak ou d’un Ben Ali. Mais c’est ensuite que les choses se compliquent. Parce que le capitalisme mondial reste en place. Et parce que ce système ne nous est pas seulement extérieur : il existe aussi en nous.

La majorité des gens ne croient pas au capitalisme. Ils n’y adhèrent pas, ils acceptent simplement de vivre avec. Le psychologue allemand Harald Welzer parle à ce sujet de ’’dissonance cognitive’’ : on a beau savoir quelque chose, on fait le contraire. Bolo’bolo repose sur le postulat inverse : vivons dans la forme d’organisation à laquelle on adhère réellement. »

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Illustration de Baptiste Alchourroun

 


1

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2 L’édition 2013 est publiée aux éditions de l’Éclat.

3 Son éditeur français le présente comme habitant l’île fictive d’Amberland (sur laquelle il a d’ailleurs rédigé un guide de voyage imaginaire).

4 Dans la préface à l’édition de 2013, P. M. enfonce le clou : « Il est vrai que nous avons pris du retard, mais pourquoi ne pas prendre rendez-vous en 2018 pour danser sur les ruines de la Machine-Travail

 

 

Source : www.article11.info

 

 

 

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Samedi 11 octobre 2014 6 11 /10 /Oct /2014 22:26

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 

L’économie du partage : nouvel eldorado du capitalisme ?

 

 

 

 

 

Blablacar, Airbnb, Uber, YoupiJob, Ouishare, troc, partage, coworking, crowfunding, peer to peer etc... c'est toute une myriade de sigles et de concepts nouveaux qui nous feraient enfin partager une voiture, un logement, de l'outillage et des compétences dans la convivialité, intelligemment, tout en préservant les ressources de la planète. Grâce à l'intermédiation du réseau mondial et une bonne dose d'algorithmes savants, on peut, dans la minute, après avoir défini avec précision son profil, ses goûts et ses envies, trouver l'appartement de ses rêves pour un week-end à Londres ou la personne la plus compétente pour donner des cours de chinois aux enfants ou encore réunir les fonds pour la réalisation d'un projet. Le gourou Jeremy Rifkin, héraut d’un avenir radieux, dans son dernier livre (1) annonce, après avoir prédit la fin du travail, tout simplement la fin du capitalisme avec la venue de "la société à coût marginal zéro et l'émergence des communaux collaboratifs". On aurait enfin trouvé la potion magique pour tordre le cou à la société de consommation et au capitalisme productivisme, tout cela sans soulèvement populaire ni effusion de sang. Mais ce système capitaliste qui régente nos vies depuis deux siècles est-il prêt à se faire tout doux, séduit qu'il serait pas cette nouvelle société fondée sur l'échange, la confiance et la convivialité ?

 

 

L' ECONOMIE DU PARTAGE EN PASSE DE REMPLACER L'ECONOMIE DE MARCHE TRADITIONNELLE ?

Aujourd'hui tous les secteurs de la vie quotidienne sont concernés par cette nouvelle économie du partage. Que ce soit en échangeant de la musique sur les réseaux sociaux, en effectuant des achats de matériels d’occasion sur Internet, en pratiquant le covoiturage ou en fréquentant un jardin partagé, nous goûtons à la consommation collaborative, terme rendu célèbre par Rachel Bostman dans son livre « What is mine is yours » en 2009 (lien ). Cette économie du partage repose sur le stock illimité des biens et des compétences disponibles sur la planète et la croissance exponentielle des formes de revente, de location, de partage, de troc, d’échange permise par les nouvelles technologies, et notamment les technologies peer-to-peer, au point d’optimiser l’utilisation des objets, mais aussi les services et les compétences de chacun : il est possible ainsi de maximiser l’usage des biens que l’on possède en partageant leur usage avec d’autres. Cette « co-révolution » a tout pour bousculer à la fois les modes de consommation et les modes de production. Non seulement l’économie du partage permet l’optimisation de l’usage (une voiture reste en moyenne à l’arrêt 92% de son temps), mais surtout, contribue au développement du lien social. Les sites spécialisés dans cette nouvelle économie ajoutent à leur dimension de « consommer malin » une dimension sociale et communautaire. Nous serions en train de passer de l’économie de marché à une économie de réseau. Il n’est plus nécessaire de posséder pour participer : dans l’économie du partage, vous pouvez aussi donner de votre temps pour rendre un service, ou encore partager vos compétences et vos connaissances. Partager signifiant à la fois « diviser ce que l'on a » et « mettre en commun ce qui nous appartient ». On peut enfin jouir d'un bien sans être obligé de le posséder tout en s'ouvrant à l'autre et en s'enrichissant au sens propre comme au figuré. Fini "la guerre de tous contre tous", la course à la possession et à la consommation, l'individualisme forcené qu'engendre l'appropriation ; la force de la communauté l'emporterait sur l'égoïsme de chacun.

Jeremy Rifkin dans son dernier livre fait valoir que partout des millions de « prosommateurs ou producteurs-consommateurs » collaborent gratuitement sur les réseaux sociaux, conçoivent de nouvelles technologies informatiques, de nouveaux logiciels, de nouvelles formes de divertissement, de nouveaux outils pédagogiques, de nouveaux médias, de nouvelles énergies vertes, de nouveaux produits fabriqués par impression 3D.

Alors que tout au long de la deuxième moitié du XXeme siècle, tout a été fait pour éliminer toute convivialité dans les rapports de voisinage, pour détruire les liens sociaux, pour vider la rue et les places de toute urbanité et échanges au profit de gigantesques centres commerciaux, agora des temps modernes, alors que les petits commerces de proximité des centres villes, que les cafés, ces "lieux intermédiaires" entre le domicile et le lieu de travail où l'on pouvait nouer des contacts, partager, échanger, ont aussi disparus, alors que l'espace public est totalement préempté par le marché et que la sociabilité est condamnée à se replier dans les lieux, clubs et réseaux privés, il fallait bien inventer de nouveaux espaces conviviaux alternatifs. Bien que virtuels ils sont capables à nouveau de mettre en face à face, en lien direct, un producteur et un consommateur, pour échanger des services ou des biens. Le développement des réseaux a permis cette résurrection d'une économie de "proximité virtuelle" fondée sur l'échange. Mais cette nouvelle économie horizontale ne peut se dispenser d'emprunter les portails des temps modernes que sont les sites d'échanges, les navigateurs et réseaux sociaux et, pour contractualiser le partage, il faut verser la taille et la gabelle à ces nouveaux seigneurs 2.0. Comment cette nouvelle économie collaborative peut-elle ne pas être rattrapée par ce marché qui ne cesse de se métamorphoser pour monétiser à son profit tout ce que l'homme peut créer ou faire. Contrairement à ce que nous prédit Jeremy Rifkin ce n'est pas encore la mort douce du capitalisme qui est en vue mais bien la poursuite de la prédation de toute action humaine par une petite minorité propriétaires des moyens et des réseaux d'intermédiation nécessaires à la mise en rapport de ces nouveaux consommateurs.

L'ECONOMIE DE PARTAGE AU SERVICE DE L'ECONOMIE DE MARCHE ?

Cette désintermédiation est naturellement rendue possible par l’existence d’Internet, l’essor du Web mobile, le paiement en ligne et l'évaluation réciproque des utilisateurs. Elle s’appuie aussi sur l’analyse des données de masse (« big data »), qui servent de socle à des algorithmes de plus en plus puissants, et permet à l’offre et à la demande de coïncider en une fraction de seconde. Dans le domaine des réseaux numériques, il ne faut pas perdre de vue les rapports de force en place avec les « géants du net », les G.A.F.A. ( 2 ) qui règnent en maîtres sur le réseau mondial, se moquent des Etats et ne sont pas prêts à partager leurs compétences. Ils gagnent chaque année des milliards de dollars payés directement ou indirectement par les usagers, et sont accessoirement étroitement associés aux plus puissants services d'espionnage du monde, la CIA, la NSA. Tous ces nouveaux entremetteurs des temps modernes comme Airbnb ou Uber, Blablacar ou YoupiJob sont nés dans les bras de Google et de Facebook. S'ils ont rendu la location de biens entre particuliers considérablement plus simple et conviviale, ils n'ont pas négligé de se payer sur la bête (15 à 20 % de la transaction). Certains comme Airbnb dégageant des profits gigantesques, valorisés en bourse plus de dix milliards de dollars. Comme les géants du net, certains sont logés dans les paradis fiscaux et ils se dispensent de payer leur quote-part aux Etats. En quelques années ces nouveaux acteurs économiques sont en train de prendre une position hégémonique aux dépens d'acteurs traditionnels et de systèmes indépendants du monde marchand. Au point que ces modèles sont dits « disruptifs », ainsi nommés parce qu’ils détruisent des marchés bien installés, parfois avec des méthodes agressives, inspirées du capitalisme le plus sauvage.

Si, jusqu'à il y a peu, le capitalisme tirait exclusivement son profit du travail humain dans la fabrication et la commercialisation des marchandises. Avec la mécanisation, l'automatisation et l'informatisation des processus de fabrication, le taux de profit n'a cessé de diminuer. Pour maintenir les bénéfices, il a fallu vendre toujours de plus en plus à des travailleurs de plus en plus précarisés. Pour doper une consommation à bout de souffle on a eu recours au crédit et à l'endettement. La crise de 2008 a montré les limites du subterfuge de ce capitalisme fictif. Dans les pays au marché saturé, au chômage et à la précarité endémique il fallait trouver le moyen d'extraire encore de la valeur. La propriété privée, habitée par des êtres aux compétences sous exploitées, encombrée d'objets, d'outils ou de moyens de transports sous utilisés, est devenue le lieu où l'on pouvait encore extraire de la valeur.

Ainsi toutes ces plates-formes reposent sur le même système : permettre la rencontre d'une offre et d'une demande en organisant une concurrence dans laquelle une partie des acteurs (qui souvent complètent ainsi leurs revenus) sont prêts à brader le prix de leurs biens ou services parce qu'ils n'ont pas les mêmes contraintes que les acteurs institutionnels (pas de charges sociales, revenu d'appoint). C'est banco pour les plates-formes rémunérées en commissions et c' est à terme la paupérisation de l'ensemble des autres acteurs avec la destruction de nombreux emplois et une fragilisation de tout le système social financé par des cotisations adossées sur le travail rémunéré.

En conclusion citons Jean Gadrey qui dans un article sur Jeremy Rifkin "le gourou du gotha européen" ( lien ),écrit : « ce rêve de réorientation démocratique partant de l’oligarchie et de la technologie est une impasse, une dépossession, un piège à citoyens. Si ces derniers ne s’emparent pas de la transition, si en particulier ils ne reprennent pas le contrôle de la finance (une priorité totalement absente chez Rifkin) et des technologies, l’oligarchie, qui en a vu d’autres, va récupérer les idées de Rifkin et n’en retenir que ce qui conforte ses intérêts ».

Si les vertus de l'économie collaborative sont indéniables, la lutte pour un monde plus humain fondé sur le partage et la convivialité passe par le contrôle par les utilisateurs de l'ensemble des acteurs et en particulier par l'appropriation et la gestion par la communauté de tous les moyens techniques et des intermédiaires qui parasitent les échanges et empêchent l'émergence d'une nouvelle économie fondée réellement sur l'équité entre tous les acteurs. Pour la prise de cette nouvelle bastille, la bataille risque fort d'être rude, elle exigera la mobilisation et la détermination de l'ensemble de la société civile et de ses représentants politiques.

LA SCIENCE DU PARTAGE

 

__________________

(1) Le dernier livre de Rifkin s’intitule " La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme" Editions Les Liens qui libèrent.

(2 ) Voir l'article G.A.F.A. l'acronyme d'un quatuor qui accapare notre existence

 


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Source : www.agoravox.fr

 

 

 

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Samedi 11 octobre 2014 6 11 /10 /Oct /2014 22:05

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Ces vignerons qui se battent pour un vin éthique

Lorène Lavocat (Reporterre)

jeudi 9 octobre 2014

 

 

 

Des vignerons alsaciens mettent en place une « récolte éthique » pour faire apprécier la juste valeur de leur travail en biodynamie, sans intrants ni pesticides, et qui tente de s’affranchir de la grande distribution. Vivre de la culture de la vigne, non pas du cours du litre de vin sur le marché mondial, et défendre un vin biologique et naturel, c’est le combat qu’ils mènent chaque jour.


Toute la journée, il a récolté le raisin, les bottes dans la terre brune. Malgré la fatigue, Luc Faller parle toujours de son métier avec passion et entrain. « J’aime observer, écouter la nature », commence-t-il. Cet Alsacien n’est pas un vigneron conventionnel. Depuis plus d’un quart de siècle, il cultive ses huit hectares de vignes sans intrants ni pesticides.

Un mode de culture qui met en avant le respect du cycle des plantes et de l’écosystème, à l’opposé des préceptes productivistes de l’agriculture intensive.
Problème, Luc Faller peine à vendre ses bouteilles à leur juste valeur. « Le marché international tend à tirer les prix vers le bas, dit-il. On voudrait une bouteille à 2,50 € mais c’est impossible si on veut continuer à travailler comme nous le faisons. »


- Luc Faller -

Du commerce équitable pour le vin

Comme lui, cinq vignerons alsaciens, en agriculture biologique, ont décidé de mettre un coup de pied dans le tonneau. Ils mettent en place une « récolte éthique ». Le principe : proposer des bouteilles à un « juste prix », 10 €, qui garantisse une rémunération décente. « Il faut que les consommateurs comprennent que produire un vin de qualité, ça a un coût », explique Luc Faller. Ni charte ni label, il s’agit surtout d’une opération de communication. « Nous voulons être visibles, mettre en valeur notre démarche. »

Une quête commune de qualité et de durabilité. Tous pratiquent une agriculture biodynamique. Sans intrants, ce mode de culture prend en compte le calendrier astronomique, et utilise des préparations aux noms de potion magique (bouse de corne), à base de minéraux ou de végétaux fermentés.

Luc Faller a découvert la biodynamie en 2002. « Au début, je n’en comprenais pas le sens, puis j’ai observé sur mes vignes. La qualité du vin s’est améliorée, au niveau de sa personnalité et de son expression aromatique. »

Le vigneron ne se repose pas sur ses récompenses et les labels de son vin, il s’efforce toujours de faire connaître son travail. « Notre situation n’est pas catastrophique, nous vivons bien, mais je suis inquiet pour la suite », précise-t-il. Pas facile de convaincre des jeunes de s’installer quand tout ce qu’on leur promet, c’est beaucoup de travail et très peu de rémunération.

Concurrence internationale, baisse des prix. L’avenir de la petite viticulture française lui paraît incertain. D’où l’importance à ses yeux de sensibiliser le consommateur au « vrai » prix du vin. Dans les rayons des supermarchés, les prix s’étalent de 2 € à plus de 50 €. Des cépages obscurs, des appellations exotiques ou des récompenses floues. Comment s’y retrouver ?

S’affranchir de la grande distribution

Outre promouvoir le travail des viticulteurs bio, la récolte éthique vise à s’émanciper de la grande distribution. « Les négoces négligent complètement les dimensions de respect des hommes et de la terre. » Lui aimerait s’affranchir de ce réseau de commercialisation.

« Ils nous poussent vers des produits standardisés, façonnés avec des technologies et des protocoles bien rodés », déplore-t-il. Il rêve d’être indépendant. Mission presque impossible : 88 % du vin est commercialisé par la grande distribution en France.

Mais Luc Faller ne baisse pas les bras. Il privilégie la vente directe. Un tiers de sa production est écoulé au caveau. Mais depuis quelques années, les clients sont de moins en moins nombreux. « Je n’ai pas le temps de communiquer, de nous faire connaître. » Il espère que la promotion de la récolte éthique lui apportera des nouveaux palais désireux de goûter ses vins....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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Jeudi 9 octobre 2014 4 09 /10 /Oct /2014 19:41

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

ça bouge ! Changement climatique

Un village des alternatives en plein coeur de Bordeaux

par Collectif 8 octobre 2014

 

 

 

 

 

Du 11 au 13 octobre, un village des alternatives écologiques et sociales dénommé Alternatiba s’installe dans le centre-ville de Bordeaux. Porté par plus de 90 associations, cet événement revendicatif et festif est une manière de montrer de manière positive qu’il existe des initiatives individuelles et collectives face à la crise climatique. Basta !, partenaire de l’événement, relaie l’appel.

Depuis la révolution industrielle, l’état de santé de la planète se dégrade à un rythme effréné et contribue à renforcer les inégalités. Sous la pression des activités humaines, les ressources naturelles se raréfient, la biodiversité s’érode, les sols s’artificialisent, les pollutions chimiques et toxiques s’accentuent, la qualité de l’eau se dégrade et les déchets s’accumulent. Certains sujets majeurs ont émergé (changement climatique, risque nucléaire, OGM) et l’urgence écologique est une réalité que les indicateurs scientifiques nous rappellent chaque jour.

Le 5e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat sorti en septembre 2013 est sans appel : si nous n’agissons pas significativement pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, la température moyenne pourrait augmenter de 5,5°C d’ici la fin du siècle. Nous sommes ici très loin du seuil de + 2°C à ne pas dépasser pour éviter un emballement du climat. Les conséquences seront dramatiques pour tous les territoires et toutes les populations, notamment les plus vulnérables.

Changement radical

Un changement radical de cap est nécessaire pour concilier la justice sociale et l’impératif écologique. Si les gouvernements successifs lâchent « gracieusement » quelques mesurettes, à l’évidence, c’est très insuffisant. Car, pour faire face à l’urgence écologique et sociale, la politique des petits pas est aujourd’hui dépassée et un changement radical de système s’impose.

En octobre 2013, Alternatiba Bayonne a lancé avec succès le signal de la mobilisation et a appelé à l’essaimage d’autres initiatives jusqu’à la conférence internationale sur le changement climatique à Paris en 2015 (COP 21) [1]. C’est pourquoi, nous décidons à notre tour d’organiser à Bordeaux un week-end de mobilisation revendicative et festive à l’automne 2014 : un « Alternatiba Gironde » qui prendra la forme d’un village des utopies devenues concrètes, véritable foisonnement d’initiatives et actions individuelles, collectives et territoriales pour faire face à la crise écologique et sociale.

Son objectif est triple :
- Informer sur l’urgence climatique et la nécessité de baisser rapidement et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Sensibiliser aux conséquences dramatiques de l’absence éventuelle d’un accord international sur le climat ambitieux et équitable pour tous. Il s’agit sur ce point précis de mobiliser massivement pour la COP 21 de 2015 en France.
- Appeler à s’engager très vite dans la transition pour répondre à l’urgence écologique et sociale.
- S’attaquer à l’indifférence et à la résignation en montrant qu’il existe de nombreuses solutions, créatrices d’emplois et porteuses d’un monde convivial et solidaire, aussi bien à l’échelon international qu’au niveau local dans les territoires.

Un mouvement de fond pour « bien vivre ensemble »

Il est également nécessaire de dénoncer les mauvais choix industriels (nucléaire, agrocarburants, hydrocarbures non conventionnels, marchés carbone, OGM, géo-ingénierie, etc.) défendues par des promoteurs qui en sont bien souvent les principaux bénéficiaires. Au final, ces fausses solutions s’avèrent inefficaces, coûteuses et dangereuses et empêchent les vraies solutions telles que la sobriété, le réemploi ou le renouvelable d’émerger ou de prendre de l’ampleur.

Il est temps aujourd’hui de mettre en avant les nombreuses alternatives et divers projets mis en œuvre localement par des individus, des organisations, des coopératives, des collectivités, etc. et qui permettent de réduire l’empreinte climatique tout en réduisant les inégalités sociales. S’il prend de l’ampleur, ce mouvement de fond contribuera fortement à générer in fine le « bien vivre ensemble ».

Les domaines concernés et les solutions à imaginer sont multiples et variées : sobriété et énergies renouvelables, territoires en transition, relocalisation de l’économie, lutte contre la précarité énergétique, économie sociale et solidaire, agriculture paysanne, finance éthique, solidarité internationale, réduction des déchets, récupération et réemploi, savoir-faire soi même, vélo, marche et mobilité soutenable, éco-habitat, lutte contre l’artificialisation des sols, lutte contre les grands projets inutiles, défense de la biodiversité, culture du libre, résistance à l’agression publicitaire, art et écologie, etc.

Si vous vous sentez concernés, n’hésitez pas à rejoindre la dynamique Alternatiba Gironde. Les alternatives existent, elles ne demandent qu’à être renforcées, développées et multipliées ! En tant qu’association, collectif ou organisation, vous pouvez être signataire de cet appel, merci d’envoyer un courriel à : gironde(a)amisdelaterre.org. Si vous ne faites pas partie d’un collectif mais que vous souhaitez nous rejoindre, remplissez le formulaire de contact, vous êtes les bienvenus !

- Voir la liste des signataires et des partenaires ;
- Voir le programme d’Alternatiba Gironde les 10, 11 et 12 octobre 2014 ;
- Basta ! animera le samedi 11 octobre de 11h à 12h30 la conférence "L’agriculture paysanne, une réponse aux limites du modèle productiviste et au défi climatique". L’équipe interviendra également le dimanche 12 octobre, entre 14h et 15h30, à la table ronde "Comment informer librement et à la destination du plus grand nombre sur les questions sociales, écologiques et économiques".

Notre dossier sur le défi du changement climatique

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Vendredi 3 octobre 2014 5 03 /10 /Oct /2014 18:49

 

Source :  www.bastamag.net

 

 

 

Transition énergétique

Des fournisseurs d’énergie publics, locaux, écolos et rentables... Mais interdits en France !

par Rachel Knaebel 3 octobre 2014

 

 

 

 

Des dizaines de villes allemandes choisissent de reprendre la main sur leur énergie grâce à des régies communales. Ces entreprises publiques locales gèrent les réseaux, vendent gaz et électricité et s’investissent dans la production d’énergies renouvelables. Elles ouvrent aussi leur capital à des coopératives de citoyens. Pendant ce temps, les grands groupes énergétiques, après avoir encensé le nucléaire, misent toujours sur le charbon, ultra-polluant, et vendent leur électricité plus cher. Le mouvement vers une transition énergétique décentralisée prend de l’ampleur. La France doit-elle suivre l’exemple ? Enquête.

« Aujourd’hui, Il est tout simplement interdit de créer une régie municipale d’énergie en France », déplore Raphaël Claustre, président du réseau pour la transition énergétique Cler. Un mouvement qui viserait à re-municipaliser l’énergie, sur le modèle de ce qui s’est produit pour la gestion et la distribution de l’eau (voir notre enquête), et à favoriser localement le recours à des énergies renouvelables, est donc impossible. Pourtant, 160 régies municipales de l’énergie existent bel et bien en France. Les habitants de Grenoble, Metz, Elbeuf en Normandie ou Péronne en Picardie sont ainsi approvisionnés en électricité ou en gaz par des entreprises locales, aux tarifs réglementés. Plusieurs de ces régies sont 100 % communales. D’autres, comme Gaz et électricité de Grenoble, sont des sociétés d’économie mixte, où la collectivité détient la majorité du capital, à côté d’un groupe privé, GDF Suez dans le cas de Grenoble [1].

Ces régies sont souvent à la pointe en matière d’énergies renouvelables. Celle de Grenoble produit de l’électricité photovoltaïque, éolienne et hydraulique. À Montdidier, dans la Somme, la régie a inauguré en 2011 le premier parc éolien communal de France. Les collectivités françaises gèrent aussi 55 entreprises publiques locales actives dans le champ des énergies renouvelables. Mais ces régies publiques de l’énergie, qui gèrent elles-mêmes leurs réseaux, ne couvrent que 5% du territoire. Ailleurs, c’est-à-dire sur 95 % du territoire français, c’est ERDF qui s’en occupe.

Une situation héritée de 1946, quand l’État nationalise les entreprises privées d’électricité, pour les fondre dans un monopole public, EDF. Depuis, les quelques régies municipales de l’énergie ont survécu. Le service public de l’électricité s’est, lui, affaibli sous les coups de boutoir de « la concurrence libre et non faussée ». Des fournisseurs privés se sont créés. EDF, partiellement privatisée, demeure centrée sur l’électricité nucléaire. Et si le gestionnaire du réseau ERDF reste dans le giron public, il verse 75 % de ses résultats nets à sa société mère, EDF, au lieu de les réinvestir dans les réseaux dont il est censé assurer l’entretien [2]. Quant à la transition énergétique, elle est à la peine : la consommation d’énergie primaire (avant sa transformation en électricité) d’origine renouvelable est passée, en une décennie, de 6% à... 8% [3]. Une progression bien lente, trop lente.

Un millier de régies publiques de l’énergie en Allemagne

De l’autre côté du Rhin, les régies publiques locales d’énergie sont monnaie courante. Il en existe plus d’un millier, entièrement détenue par la collectivité ou en société mixte. Elles fournissent plus de 45 % de l’électricité consommée dans le pays ! Comment expliquer cette différence ? L’Allemagne n’a jamais connu de monopole national dans le domaine de l’énergie. Avant la libéralisation du marché de l’électricité – qui s’est faite dès 1998 outre-Rhin –, il existait des monopoles régionaux. La plupart détenus par les entreprises privées qui ont fusionné pour donner naissance aux quatre grands groupes énergétiques actuels : Eon, RWE, Vattenfall et EnBW. Ces géants de l’énergie sont loin d’être des partenaires idéaux pour des communes qui souhaitent développer les énergies moins polluantes, sans charbon par exemple. Du coup, de plus en plus de villes reprennent en main leurs réseaux et productions d’énergie.

« Nous avons lancé le projet de la régie début 2011, quand la concession de nos réseaux est arrivée à terme. C’était avant Fukushima. Nous voulions être plus indépendant de l’énergie nucléaire à un moment où ce n’était pas encore la tendance, raconte Stefan Altenberger, maire de Kernen, une commune de 15 000 habitants dans le sud-ouest de l’Allemagne. Kernen a créé fin 2012 une régie intercommunale d’énergie, avec trois villes voisines. Celle-ci fournit aujourd’hui de l’électricité à 2 000 des 40 000 habitants de la zone.

La plupart des concessions actuelles sur les réseaux énergétiques allemands ont été accordées il y a une vingtaine d’années. Et arrivent à échéance. L’occasion pour les élus locaux d’y réfléchir à deux fois avant de reconduire une gestion privée. Beaucoup optent pour une gestion publique par une régie municipale, qui devient souvent productrice d’énergie. Depuis 2005, 120 nouvelles régies locales ont ainsi vu le jour en Allemagne ! Et 200 concessions ont été reprises par des régies depuis 2007 [4]. Un mouvement de fond.

Une électricité locale souvent plus « verte » et moins chère

« Les communes dorment pendant 20 ans. Puis, à la fin de la concession, elles se demandent tout à coup ce qu’elle peuvent bien faire », résume Michael Hildebrand, directeur de la régie municipale de Lohmar, près de Cologne. Celle-ci existe depuis 2011. Dans cette ville, c’est RWE – qui exploite les mines de charbon de la Ruhr et plusieurs centrales nucléaires – qui détenait la délégation des réseaux électriques et de gaz. « Nous avons récupéré les concessions cette année. Et nous négocions en ce moment, plus ou moins amicalement, pour racheter les réseaux. » Les sommes en jeu restent secrètes. Mais une telle opération représente beaucoup d’argent pour une petite ville comme Lohmar. Les régies sont-elles alors en mesure de garantir des tarifs raisonnables à leurs usagers ? « Nous proposons des prix plus bas que ceux de l’ancien concessionnaire privé », répond Stefan Altenberger, maire de Kernen. Le kilowattheure fourni par la régie coûte 26 centimes. Ce qui peut sembler énorme en France, où le prix du kW/h, s’il augmente, demeure deux fois inférieur. Il reste cependant sous la moyenne nationale allemande, qui se situe plutôt au-dessus des 27 centimes/kWh (les taxes qui financent notamment le développement des énergies renouvelables y sont beaucoup plus élevées). « Nous avons moins de frais d’organisation », souligne le maire. Autre avantage de taille : « Contrairement à un grand groupe, nous pouvons décider de baisser les gains de la régie pour stabiliser les prix. »

Les régies de Kernen et de Lohmar proposent par ailleurs à leurs clients un abonnement d’électricité verte et achètent le courant à des fournisseurs d’énergie certifiées renouvelables. L’abonnement « vert » est devenu un produit quasi-incontournable des régies locales allemandes. « Quand l’électricité sort de la prise, on ne peut pas savoir si elle a été produite par des énergies renouvelables ou par du nucléaire. Mais plus il y a de personnes qui achètent chez des fournisseurs qui s’approvisionnent en énergies renouvelables, plus il y aura d’énergies renouvelables dans les réseaux », estime Andreas Graf, directeur commercial de la régie municipale de Titiensee-Neustadt, créée en 2011. Celle-ci fournit à ses 600 clients une électricité certifiée « renouvelable ». Elle s’approvisionne auprès de son associée, la plus grande coopérative énergétique d’Allemagne, l’EWS Schönau, qui compte 150 000 clients dans le pays. La coopérative détient 30 % de la régie, la commune en possède 60 %. Les 10 % restants sont entre les mains d’une coopérative citoyenne locale.

Des citoyens impliqués dans la politique énergétique de leur ville

Ouvrir les régies communales à des coopératives citoyennes engagées sur la transition devient une pratique courante en Allemagne. « Certaines régies communales mettent en place un comité des habitants-clients. Mais c’est seulement consultatif. En leur ouvrant leur capital, elles sont obligées de prendre en compte la participation citoyenne », souligne Ralf Lang, président de la coopérative citoyenne de Iéna, en Thuringe. Elle a levé 8 millions d’euros auprès de 800 sociétaires. Et a pu acquérir 2 % de la régie. À Wolfhagen, en Hesse, la participation change d’échelle. Dans cette ville de 12 000 habitants, la coopérative citoyenne locale possède un quart du capital de la régie énergétique !

Ces coopératives citoyennes adoptent un fonctionnement interne égalitaire, sur le principe « une personne, une voix », quel que soit le nombre de parts acquises. L’investissement minimum est de 500 euros, un placement qui est ensuite rémunéré. Ces coopérative fixent en général un plafond maximum par sociétaire, de 5 000 ou 10 000 euros, pour éviter la spéculation. Mais une critique émerge : les membres d’une coopérative, qui disposent des moyens financiers d’y investir, ont de fait plus d’influence sur les décisions d’une régie municipale que les simples citoyens de la commune.

Vers une coopérative citoyenne de l’énergie à Berlin ?

« Il y a des voix critiques qui disent que nous sommes des capitalistes. Mais tout le monde peut devenir membre de notre coopérative. Si on ne peut pas payer 500 euros d’un coup, on peut payer dix fois 50 euros », se défend Wilfried Steinbock, de la coopérative de Wolfhagen. « Depuis que la coopérative est entrée au capital, le directeur de la régie va beaucoup plus à la rencontre des habitants, notamment lors les réunions que nous organisons. Il y parle des projets, des investissements. Ça, c’est vraiment nouveau », note aussi Ralf Lang, de la coopérative citoyenne de Iéna.

Les coopératives citoyennes d’énergie sont devenues des acteurs essentiels de la transition allemande. Le pays en compte aujourd’hui près de 900, avec plusieurs centaines de milliers de membres. La plupart produisent des énergies renouvelables. Quelques-unes investissent dans les régies locales. Certaines ont même essayé d’obtenir elles-mêmes la gestion de réseaux électriques. Sans succès pour l’instant. Dans la ville de Kirchheim, une coopérative déjà fournisseur d’électricité, a tenté en 2013 de reprendre la concession du réseau local. « Mais les élus ont eu peur », regrette Felix Denzinger, de la coopérative Teckwerke Bürgerenergie. C’est finalement la commune qui a repris le réseau. « Si l’argent va au moins dans les caisses de la ville plutôt que chez un géant de l’énergie, c’est déjà ça. » Le coup d’essai de Kirchheim a donné des idées ailleurs en Allemagne. Jusqu’à Berlin. La ville a déjà repris en main la gestion de l’eau. Une coopérative a le projet de reprendre fin 2014 la concession du réseau électrique de la plus grande ville du pays. Objectif : investir les gains dans les énergies vertes.

Et en France ?

En France aussi, le mouvement des coopératives citoyennes de production d’énergie renouvelable prend son essor. Le réseau Énergie partagée en accompagne 35 actives. Avec celles en gestation et en attente de permis, la France en compterait une centaine. Sans oublier Enercoop, la première coopérative française de fourniture d’électricité, créée en 2004, qui approvisionne 18 000 usagers. Mais la loi interdit toujours les collectivités de se lancer dans l’aventure pour accélérer le développement des énergies renouvelables.

Une situation que le Cler a contestée en 2012 devant le tribunal administratif de Paris [5] et par le biais d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Avec l’argument que l’interdiction de créer des régies locales contrevient au principe d’égalité des citoyens et à celui de libre administration des collectivités. La contestation est pour l’instant restée vaine. « Les réseaux de distribution d’énergies, qui appartiennent aux collectivités locales, sont donnés en concession à ERDF. Du coup, les élus ne mettent pas trop leur nez dans la manière dont cela est géré. Il faudrait pourtant remettre dans les mains des élus locaux les questions énergétiques », estime Raphaël Claustre, du Cler. Une solution décentralisée pour accélérer la transition.

Rachel Knaebel

Photo : CC Sterling College (une) - CC Bert Kaufmann (mine et centrale au charbon de RWE en Allemagne).

 

Notes

[1Actionnaire à 42 % du capital de Gaz et électricité de Grenoble via sa filiale Cogac.

[2L’association de consommateurs UFC Que Choisir dénonçait encore en juin cette situation. Voir ici.

[3Commissariat général au développement durable, juin 2013.

[4Chiffres du Verband Kommunaler Unternehmen, groupement des entreprises locales allemandes.

[5L’association demandait l’annulation d’une décision de la capitale de 2009, qui prolongeait de quinze ans le contrat de concession entre la ville de Paris et ERDF pour la distribution de l’électricité


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Source :  www.bastamag.net

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Consommer et agir autrement
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