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Alertes- Ce que vous devriez savoir

Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 17:54

 

 

CATDM

 

CADTM

19 juin par Éric Toussaint

 

 


 

Si une banque essuie des pertes importantes (par exemple par le non-remboursement de crédits suite à la faillite d’une grande entreprise, ou plus souvent, par des pertes sur les produits financiers échangés sur les marchés dérivés, ABS-RMBS, CDO… - notamment liées à la crise de l’immobilier ou à de mauvais paris sur l’évolution des taux de change, des taux d’intérêt… quelquefois pertes sur des titres souverains…), elle doit absorber ses pertes en ayant recours à son capital (ses fonds propres) |1|.

Si ce capital est insuffisant, alors elle se retrouve en faillite… ! En principe, selon les règles de prudence en vigueur, une banque ne peut pas prêter plus de 12,5 fois son capital. Cette règle est basée sur le postulat qu’avec 8% de capital par rapport à ses actifs totaux |2|, une banque ne peut pas faire faillite car il est fort probable que ses pertes soient inférieures à 8 % et donc qu’elle pourra y faire face. Nous allons montrer qu’en réalité, les banques peuvent développer des activités (c’est-à-dire prendre des risques) qui dépassent de très loin ce ratio. Au lieu de 1 / 12,5 (8%), le ratio Fonds propres/Actifs ne dépasse pas souvent 1/20 (5%). De plus, plusieurs très grandes banques ont un ratio de 1/25 (4%), voir 1/33 (3,33%) jusqu’à 1/50 (2%). Nous allons montrer comment, en toute légalité, c’est possible.

Le Comité de Bâle (voir encadré) envisage de baisser la limite à 1/33, ce qui est scandaleusement exagéré. Autoriser une banque à « prêter » 33 fois son capital laisse subsister une situation dans laquelle une (petite) perte de 3,33% sur les actifs entraîne la faillite. Une telle décision rend la poursuite des crises bancaires quasiment garantie.

 

Le Comité de Bâle et la Banque des règlements internationaux

Les accords de Bâle sont élaborés par le Comité de Bâle sur la supervision bancaire. Ce Comité dont la composition a évolué depuis les années 1980 rassemble aujourd’hui les banquiers centraux des pays du G20 sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI, voir plus bas) à Bâle. Il est responsable de quatre missions principales : le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier, l’établissement de standards minimaux en matière de contrôle prudentiel bancaire, la diffusion et la promotion de meilleures pratiques bancaires et de surveillance, et la promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel. La BRI est quant à elle une organisation internationale créée en 1930, chargée de promouvoir la coopération monétaire et financière internationale. Elle joue également le rôle de banque des banques centrales. Son mandat s’articule autour de plusieurs axes : forum de discussion et d’analyse des politiques monétaires des banques centrales, centre de recherche économique et monétaire, première contrepartie des banques centrales dans leurs transactions internationales et agent financier. Elle associe 56 banques centrales dont celles du G10. Plusieurs comités et organisations voués à la stabilité monétaire et financière ou au système financier international ont été institués en son sein, comme le Comité de Bâle et le Committee on the Global Financial System (CGFS). |3|

Mais avant cela, nous allons expliquer pourquoi les banques sont à la recherche d’un effet de levier élevé, l’implication que cela a sur le gonflement des actifs des banques, l’augmentation du recours des banques à l’emprunt et les risques qui en découlent.

 

L’effet de levier

A partir de la dérèglementation néolibérale des années 1980, on a assisté à une baisse radicale du ratio entre les fonds propres (capital+réserves) que les banques doivent réunir et le volume de leurs dettes (les fonds propres + les dettes = le passif). Pour 1000 euros de capital, le nombre d’euros que les banques pouvaient emprunter a considérablement augmenté : c’est ce que l’on appelle l’effet de levier. Les banques ont progressivement augmenté cet effet de levier avec l’autorisation des autorités de contrôle. Le but est d’augmenter la rentabilité que les actionnaires retirent de leur investissement dans la banque en augmentant les montants empruntés. Pourquoi l’effet de levier le plus élevé possible constitue-t-il un objectif poursuivi par les grandes banques ? En quoi cela augmente-il la rentabilité de la banque du point de vue des actionnaires ?

 

A la poursuite du « ROE » maximum

La notion de ROE (« Return on Equity », ou rendement sur fonds propres) constitue une clé de compréhension. Schématiquement, les fonds propres d’une banque sont constitués du capital apporté par les actionnaires |4|. Il y a 25 ans, en principe, ils représentaient environ 8 % du bilan de la banque. Prenons une banque qui avait des actifs qui atteignaient 100 milliards d’euros (qui se répartissent en crédits aux ménages et aux entreprises, en titres de la dette souveraine, en obligations d’entreprises et autres titres financiers), son capital équivalait à 8 milliards d’euros.

Dans ces conditions, pour atteindre un rendement sur fonds propres (ROE) de 15%, il faut un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros (soit 15% de 8 milliards). Obtenir un tel bénéfice net à partir d’actifs qui s’élèvent à 100 milliards d’euros paraît aisé : cela représente 1,2% de la somme.

 

Le gonflement exponentiel du bilan des banques afin d’augmenter le ROE

A partir du milieu des années 1990, se développent très rapidement de nouveaux produits financiers : des dérivés de différents types, des produits structurés… Les grandes banques veulent leurs parts de marché de ce secteur en plein développement. Elles sont convaincues que si elles ne s’y lancent pas, elles seront dépassées et peut-être absorbées par des concurrents. Le rendement de ces produits est relativement faible, ils rapportent en général moins de 1%. Du coup, une banque dont les actionnaires veulent que le ROE passe de 20 à 30% est poussée à augmenter de manière exponentielle ses actifs et simultanément à recourir de plus en plus à des emprunts pour faire jouer au maximum l’effet de levier. Dans l’exemple mentionné précédemment, le bilan de la banque est alors multiplié par 3 en une dizaine d’années pour atteindre 300 milliards tandis que le capital n’est pas augmenté. Il représente toujours 8 milliards, soit 2,66% du bilan. Le financement de cette croissance du bilan est passé par le recours à l’endettement.

 

Entre 2002 et 2011, les banques ont multiplié leurs actifs par 2,5

Selon le FMI |5|, les actifs bancaires mondiaux sont passés de 40.000 à 97.000 milliards de dollars entre 2002 et 2007. Entre 2007 et 2011, ils ont encore augmenté pour atteindre 105.000 milliards de dollars |6|.

Si on considère l’ensemble du secteur bancaire européen, les actifs sont passés de 25.000 milliards d’euros en 2001 à 43.000 milliards en 2008, soit 3,5 fois le PIB de l’UE |7| !

Vu la sévérité de la crise, on aurait pu s’attendre à une rapide restructuration du secteur bancaire avec un dégonflement des bilans des banques et la fermeture des firmes les plus faibles. Cela ne s’est pas produit, le volume des actifs n’a pas diminué depuis l’éclatement de la crise en 2008 |8|. En effet, alors que le volume de leurs actifs atteignait 43.000 milliards euros en 2008, il a atteint 45.000 milliards euros en 2011. Tandis que le PIB européen diminuait légèrement, les actifs des banques européennes poursuivaient leur augmentation pour atteindre 370% du PIB européen en 2011 ! |9|

Entre 2007 et 2011, les actifs de la Deutsche Bank ont augmenté de 12,4% (la plus grande banque à l’échelle mondiale), ceux de la britannique HSBC de 22,2% (deuxième banque mondiale), ceux de la principale banque française BNP Paribas de 16%, ceux du Crédit Agricole de 22%, ceux de Barclays de 12%, ceux de la principale banque espagnole Santander de 37,1%, ceux de la principale banque suédoise Nordéa de 84,1%, ceux de la deuxième banque allemande Commerzbank de 7,3%, ceux de la banque italienne Intesa de 11,6%, ceux de la deuxième banque espagnole BBVA de 19,1%. Sur les 18 principales banques européennes, seules trois ont connu une baisse des actifs : Royal Bank of Scotland (-28%), la principale banque hollandaise ING (-3,3%) et la principale banque italienne Unicredit (-9,3%) |10|.

 

Conséquences de l’augmentation de l’effet de levier

Première conséquence : une prise de risque de plus en plus élevée |11| et des débâcles bancaires à répétition. Deuxième conséquence : le sauvetage des banques par les pouvoirs publics qui mettent le peuple à contribution. Dans nombre de pays (Irlande, Islande, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Etats-Unis, Chypre, Grèce…), la dette publique a augmenté fortement depuis 2008 en raison des sauvetages bancaires.

Pourtant, comme mentionné plus haut, six années après le démarrage de la plus grande crise bancaire depuis les années 1930, les gouvernements et les autorités de contrôle se proposent de ramener l’effet de levier à 1/33. La banque qui a 1 euro en fonds propres peut donc emprunter 32 euros et mener des activités pour 33 euros. Cela promet inévitablement la poursuite des crises bancaires.

Le recours à l’effet de levier a été favorisé en plusieurs étapes.

 

Bâle 1 : un encouragement à la dérèglementation voulue par les banques

Première étape : à partir de 1988, les accords de Bâle 1 prévoient que les banques doivent avoir à leur disposition sous forme de fonds propres l’équivalent de 8% de leur bilan. Cela veut dire que si elles disposent de 1 euro en fonds propres (apporté en principe par les actionnaires), elles peuvent prêter 12,5. Cela signifie également que pour prêter 12,5 alors qu’elles n’ont que 1 de fonds propres, elles peuvent emprunter 11,5. Par rapport aux normes en vigueur depuis les années 1930, il s’agissait déjà d’un important encouragement à recourir à l’endettement pour augmenter le volume des activités de la banque. Or ces 8% apparaissent comme un montant élevé depuis les accords de Bâle 2 que nous verrons plus loin.

Attention, il faut nuancer de manière importante la description qui vient d’être faite. En effet, ce n’est pas 12,5 qu’elles peuvent prêter… En réalité, elles peuvent « prêter » 25 (c’est le cas de BNP Paribas), voire 50 (c’est le cas de Deutsche Bank ou de Barclays) tout en respectant Bâle 1 (et Bâle 2 actuellement en vigueur). Pourquoi est-ce possible ? Parce qu’elles peuvent jouer sur le dénominateur |12| du ratio fonds propres / actifs, car ce ratio n’est pas appliqué au total des actifs. En effet, Bâle 1 (tout comme Bâle 2 et Bâle 3 que nous analyserons plus loin) permet à la banque de « réduire » la valeur des actifs en considérant qu’une grande partie d’entre eux ne sont pas risqués. La valeur des actifs est calculée en fonction du risque qu’ils représentent. Les titres de dette souveraine émise par des Etats membres de l’OCDE sont considérés comme ne présentant aucun risque. Les prêts aux banques cotées entre AAA et AA- ne présentent que 20% de risque. Bâle 1 établissait 5 catégories de risque en fonction du débiteur ou de la contrepartie : 1) Etats et pouvoirs publics, 2) grandes entreprises non financières, 3) banques, 4) particuliers et petites entreprises (retail) et 5) autres.

 

Comment un ratio de 4% peut être transformé en un ratio de 10%

Si la banque Banxia a 4 de fonds propres et 100 d’actifs, cela représente un ratio de 4% alors qu’elle doit atteindre 8% dans le cadre de Bâle 1 (et de Bâle 2 qui est d’application en 2013-2014). Comme fait-elle pour l’atteindre sans rien changer ? Elle va pondérer ses actifs en fonction du risque. Prenons le cas théorique suivant : sur les 100, elle détient des titres souverains de pays qui disposent d’une note comprise entre AAA et AA- pour un montant de 30. Elle peut alors soustraire ces 30 du total de ses actifs. Pourquoi ? Parce que la législation en vigueur considère que des créances sur des pays notés entre AAA et AA- ne nécessitent aucun capital pour amortir des pertes éventuelles. Il lui reste 70 d’actifs en face desquels elle doit mettre un montant suffisant de capital. Son ratio capital / actifs (4/70) s’établit maintenant à 5,7% : c’est encore insuffisant.

Continuons le raisonnement. Sur les 70 restants, 30 sont constitués de créances |13| sur des banques ou à des entreprises notées entre AAA et AA-. Dans ce cas, puisque les règles de Bale 1 (et de Bâle 2) considèrent que ces prêts ne présentent que 20% de risque, la banque Banxia peut considérer que les 30 de créances ne comptent que 6 (20% de 30). Ce n’est donc plus pour des actifs équivalents à 70 que Banxia doit rassembler des fonds propres, mais des actifs de 70 moins 24, c’est-à-dire 46. Le ratio fonds propres / actifs s’améliore donc nettement, il atteint 8,7% (4 de fonds propres pour 46 d’actifs pondérés par le risque).

Admettons maintenant que sur les 40 d’autres actifs, 2 soient des prêts à des entreprises ou à des banques auxquelles les agences attribuent une mauvaise note, c’est à dire inférieure à B-. Dans ce cas, le risque s’établit à 150%. Ces 2 de créances comptent alors pour 3 (150% de 2). Il faudra calculer les fonds propres requis pour faire face au risque par rapport à 3 et non par rapport à 2.

Supposons que sur les 38 d’actifs restants, 10 représentent des prêts à des PME. Dans ce cas, 10 comptent pour 10 car les créances des banques sur les PME ne peuvent pas être allégées, elles sont considérées par les autorités de Bâle comme présentant un risque élevé. Le « risque » s’établit à 100%.

Les 28 d’actifs restants sont constitués de prêts aux particuliers. Le risque pour les prêts aux particuliers s’établit à 75%, donc ces 28 d’actifs pèsent 21 (75% de 28) .

Dans ce cas théorique, les actifs calculés en fonction du risque représentent finalement 40 (0+6+3+10+21) sur un actif total de 100. Le ratio fonds propres / actifs vaut 4/40, c’est-à-dire 10%.

 

 

Bingo ! La banque dont les fonds propres ne représentaient que 4% des actifs peut déclarer que son ratio atteint en réalité 10% . Elle sera félicitée par les autorités de contrôle.

Vous croyez que ce n’est que théorique ? Que ce qui vient d’être décrit ne correspond pas à ce que font les banques et les autorités de contrôle ? Détrompez-vous. Vous trouverez dans la partie suivante un exemple bien réel et des exemples comme celui-là, il y en a beaucoup. En attendant voici ci-dessous un tableau qui résume les taux applicables pour la pondération du risque tant dans le cadre de Bâle 1 que de Bâle 2.

Tableau récapitulatif de la pondération des risques |14|


 

Comme indiqué plus haut, le Comité de Bâle fait la part belle aux agences de notation. Or c’est établi, ces agences se sont trompées de manière répétée. Elles ont attribué des notes AAA jusqu’à AA- à des entreprises comme Enron, Lehman Brothers, AIG, RBS, Northern Rock… jusqu’à la veille de leur faillite. De même, les agences de notation ont attribué des notes AAA aux produits structurés toxiques comme les CDO jusqu’en 2007-2008 avant leur effondrement. Par ailleurs, les autorités de Bâle ont adopté des mesures discriminatoires à l’égard des prêts aux PME (qui bien sûr ne sont pas cotées par les agences de notation et donc présentent 100% de risque selon les normes établies) et aux ménages (75% de risque selon Bâle), ce qui a poussé les banques à réduire les crédits directs à ces acteurs de l’économie réelle. Une grande partie des prêts aux ménages ont été titrisés, c’est-à-dire sortis des bilans des banques et vendus à d’autres institutions financières. Si depuis 2008, les banques restreignent le crédit aux PME et aux ménages, c’est que les prêts qu’elles leur accordent pèsent beaucoup trop lourd en terme d’actifs pondérés. Les banques privées ont obtenu des autorités de Bâle qu’elles favorisent le développement des produits financiers titrisés plutôt que les prêts directs aux acteurs de l’économie productive.

 

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5
Partie 6
Partie 7
Partie 8


Notes

|1| L’auteur remercie Aline Fares pour les conseils qu’elle a prodigués et pour l’aide qu’elle a apportée à la recherche. Il remercie également Damien Millet pour la relecture et Pierre Gottiniaux pour l’infographie. L’auteur prend l’entière responsabilité des opinions exprimées dans ce texte.

|2| En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges et les dettes). Voir : http://www.banque-info.com/lexique-...

|3| Source : Banque de France.

|4| Ce sont les capitaux dont dispose une entreprise, autres que ceux qu’elle a empruntés. Les fonds propres sont repris au passif d’un bilan de société. Source : http://www.lesclesdelabanque.fr/Web.... Les fonds propres comprennent également les réserves, c’est-à-dire les bénéfices qui n’ont pas été redistribués et qui sont donc mis en réserve.

|5| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, octobre 2012, http://www.imf.org/External/Pubs/FT... , p. 82.

|6| Plus de la moitié des actifs bancaires mondiaux sont entre les mains des banques de l’UE. Bien sûr, si on y ajoute les banques suisses, la part des banques européennes augmente encore.

|7| Ces chiffres proviennent du Rapport Liikanen (voir plus loin). Voir également : Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, « Les chiffres de la dette 2012 », tableau 30, p. 23, qui donnent des données concordantes à partir d’une autre source.

|8| La situation peut varier d’un État à l’autre : dans certains pays, on constate une diminution des actifs des banques qui est contrebalancée par une augmentation dans d’autres.

|9| En Irlande, en 2011, les actifs des banques représentaient 8 fois le produit intérieur brut du pays. A Chypre, début 2013, les actifs représentaient 9 fois le PIB. Au Royaume-Uni, les actifs des banques s’élèvent à 11 fois le PIB. Au Grand Duché de Luxembourg, les actifs bancaires représentent 29 fois le PIB.

|10| Rapport Liikanen,. (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, octobre 2012, tableau 3.4.1., p. 39.
Le Rapport Liikanen doit son nom à Erkki Liikanen, gouverneur de la banque centrale de Finlande, qui a présidé en 2011-2012 un groupe de travail de onze experts créé par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme par une voie officielle les manipulations auxquelles se livrent les banques, les risques ahurissants pris pour faire un maximum de profit. Voir le texte complet du rapport : http://ec.europa.eu/internal_market...

|11| Petit rappel sur l’effet de levier dans la débâcle de Northern Rock au Royaume-Uni. Northern Rock était à l’origine une banque coopérative qui a changé de statut en 1997 et adopté une stratégie agressive dans le domaine immobilier. Entre 1997 et sa chute en 2007, elle a connu une croissance de 23% par an pour devenir la 5e banque hypothécaire britannique, dont 90% des prêts étaient concentrés dans le secteur immobilier. Pour financer son développement, elle a marginalisé les dépôts de clients comme moyen de financement et s’est mise à dépendre d’emprunts à court terme. Elle a joué à fond sur l’effet de levier qui a dépassé le ratio de 90 pour 1. La banque a été nationalisée en février 2008 aux frais du Trésor public et des contribuables.

|12| On verra plus loin qu’elles peuvent jouer sur le numérateur, à savoir les fonds propres.

|13| Il peut s’agit de prêts ou de titres financiers. Il peut s’agir aussi de produits structurés CDO cotés AAA à AA- avant la crise qui a éclaté en 2007-2008.

|14| Ce tableau est élaboré à partir des documents adoptés par le Comité de Bâle : voir version Bâle 2 de 2004 : http://www.bis.org/publ/bcbs107fre.... ; voir version Bâle 2 révisée en 2006 : http://www.bis.org/publ/bcbs128fre.pdf Concernant la pondération de risques, lire à partir de la page 20.

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

 

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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 14:24

 

Rue89

 

Fjords 19/06/2013 à 13h09
Sophie Caillat | Journaliste Rue89

 

 


Du saumon grillé (Steven Depolo/Flickr/CC)

 

Femmes enceintes et jeunes, ne mangez pas de saumon plus de deux fois par semaine. Telle est la nouvelle recommandation du gouvernement norvégien, forcé de reconnaître – tardivement – que ce poisson gras est aussi bourré de produits toxiques.

Le gouvernement aimerait surtout que la nouvelle ne traverse pas la frontière. Pensez : la Norvège a été en 2012 à l’origine de 60% de la production mondiale de saumon atlantique, le pays a produit près d’1,2 million de tonne de ce poisson. Et les 29 milliards de dollars annuels générés par les exportations de ce secteur-clé de l’économie pourraient s’en trouver affectés.

France

Les Français consomment environ 2,3 kilos de saumon norvégien par personne et par an. La France a importé en 2012, environ 161 175 tonnes de saumon norvégien, soit environ 15% de la production du pays nordique. C’est le premier marché d’export, devant la Russie.

En 2011, Rue89 vous avait alerté sur ce sujet, et trouvé étonnant que le ministère de la Santé recommande de manger du poisson gras deux à trois fois par semaine au nom de ses nombreuses vertus supposées pour la santé (ils sont bons pour le cœur, la circulation et la lutte contre certaines maladies inflammatoires, voire contre certains cancers).

Est-il bien raisonnable de manger autant de poissons nourris aux farines animales, aux antibiotiques et même aux pesticides ? La pharmacologue Claudette Béthune, qui a travaillé pour l’organisme norvégien de sécurité alimentaire (le Nifes), avait clairement tranché :

« La présence de polluants tels que les dioxines et le PCB dans le saumon génère un risque de cancer, qui, pour les personnes jeunes, dépasse les bénéfices attendus du saumon sur la santé. »

Des polluants organiques persistants dans le saumon

Ce n’est qu’à la suite d’une grosse pression médiatique que les autorités sanitaires ont fini par reconnaître qu’elles avaient trop poussé à la consommation. L’alerte lancée par le journal VG est sans appel :

« Les médecins appellent à ne pas manger de saumon d’élevage. »

La journal fait parler une équipe indépendante du laboratoire de biochimie clinique de Bergen, qui estime que ce poisson est tout simplement dangereux pour les jeunes enfants, adolescents et femmes enceintes en raison des polluants organiques persistants qu’il contient.

En vertu du principe de précaution, ces groupes de populations ne devraient pas en consommer.

Le Dr Anne-Lise Bjorke Monsen, membre de ce labo, précise :

« Les polluants retrouvés dans le saumon d’élevage ont une mauvaise influence sur le développement du cerveau, et sont associé à l’autisme, à l’hyperactivité et à la baisse de QI.

On sait aussi qu’ils peuvent avoir un effet négatif sur les défenses immunitaires, le système hormonal et le métabolisme. Ils se transmettent aussi par allaitement. Si l’on a besoin d’oméga-3 provenant du poisson, le maquereau et le hareng sont très bien. »

De surcroît, le toxicologue Jérôme Ruzzin avait établi un lien, chez les souris entre une nourriture exclusive au saumon d’élevage pendant huit semaines, et le développement de l’obésité et du diabète de type 2.

Des avis pas écoutés

La recommandation
« Il est recommandé que les jeunes femmes et les femmes enceintes consomment deux à trois repas à base de poisson par semaine, dont la moitié de poissons gras. Nous précisons que la consommation de poissons gras, tels le saumon, la truite, le maquereau, le hareng, devrait rester inférieure à deux repas par semaine », recommande le gouvernement norvégien.

Face à ces révélations en série, les autorités ont été obligées de revoir leur discours en urgence. Quatre jours après les articles de VG, largement relayées par le reste de la presse, le ministre de la Santé a ordonné que soient revus les conseils de santé concernant le saumon d’élevage.

Il était temps. La Russie avait stoppé toute importation de saumon norvégien en 2006 et des chercheurs américains avaient déjà prévenu qu’il ne fallait pas manger de saumon norvégien d’élevage plus de trois fois par an.

En Norvège, déplore le journal Dagbladet, le Comité scientifique pour la sécurité alimentaire avait recommandé en 2006 de ne pas dépasser plus de deux repas par semaine contenant du poisson gras. Mais l’agence norvégienne de la Santé n’avait jamais suivi ces recommandations.

Les Norvégiens auraient pu éviter d’être abreuvés pendant toutes ces années d’un message erroné : « Il faut manger au moins deux repas par semaine contenant du poisson gras », leur dictait-on.

Et la France ?

Si ces nouvelles pouvaient ne pas traverser les frontières, cela ferait les affaires des autorités. L’organisme de promotion des produits de la mer de Norvège n’a toujours pas communiqué sur le changement de recommandation.

Dans un article intitulé « Vend du saumon norvégien comme si rien ne s’était passé », Dagbladet révèle que le Centre des produits de la mer de Norvège, et la ministre de la Pêche ne comptaient pas informer les consommateurs à l’étranger. « Ce sont les recommandations de chaque pays qui comptent », précise Christian Chramer, directeur de la communication.

Le site français des Produits de la mer de Norvège vient d’intégrer la nouvelle recommandation de consommation. Mais, jointe par Rue89, la directrice du Centre des produits de la mer de Norvège en France minimise totalement le changement de recommandation :

« La recommandation précédente est in fine la même qu’aujourd’hui, la version actualisée est seulement plus précise sur les jeunes femmes et les femmes enceintes.

La Direction norvégienne de la santé précise dans la même publication que le challenge le plus important reste le fait que la population, y compris les jeunes femmes et les femmes enceintes, ne consomme pas assez de poisson. Il est aussi clairement expliqué que pour les femmes enceintes, la vitamine D, la vitamine B12, les oméga-3, l’iode et le sélénium contenus dans les poissons gras sont particulièrement bénéfiques. »

L’industrie du saumon et les pouvoirs publics ont décidément du mal à se remettre en question et feront tout pour protéger leur business.

Avec Diane Berbain

 


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Lundi 17 juin 2013 1 17 /06 /Juin /2013 19:26

 

 

Le Monde - Blog

Comme souvent, une seule photo peut être plus parlante que de longs rapports. Dans une communication efficace, la chaîne de supermarchés américaine Whole Foods, spécialisée dans le bio et l’équitable, a imaginé à quoi ressembleraient nos étals si les abeilles venaient à s’éteindre. L'un de ses magasins, situé à Providence (Rhode Island), a temporairement enlevé tous les produits venant de plantes pollinisées par des abeilles et autres insectes pollinisateurs. Résultat : 237 des 453 produits proposés à l'accoutumée, soit 52 % des récoltes, ont disparu. Parmi eux : les pommes, oignons, carottes, citrons, brocolis, avocats ou encore concombres.

 

En réalité, un tiers de notre nourriture fruits, – légumes et boissons (café, cacao) – dépend des abeilles, rappelle l'enseigne de distribution.

"Les pollinisateurs naturels sont un maillon essentiel de notre chaîne alimentaire. Plus de 85 % des espèces végétales de la terre, dont beaucoup composent les aliments les plus nutritionnels de notre alimentation, exigent des pollinisateurs pour exister. Pourtant, nous continuons à assister à un déclin alarmant de ces populations, regrette Eric Mader, directeur adjoint de la Xerces Society, une ONG qui protège les abeilles. Notre organisation travaille avec des agriculteurs pour les aider à recréer un habitat sauvage et adopter des pratiques moins intensives en pesticides. Ces stratégies simples peuvent faire pencher la balance en faveur de retour des abeilles."

Près d'un tiers des colonies d'abeilles aux Etats-Unis ont été décimées au cours de l'hiver 2012-2013, selon une étude réalisée par le ministère de l'agriculture américain et des associations professionnelles, publiée le 7 mai, qui souligne aussi les conséquences "désastreuses" pour une économie du miel qui pèse 30 millions de dollars outre-Atlantique.

Si les autorités américaines évoquent des raisons multiples, comme "les parasites, les maladies, les facteurs génétiques, une mauvaise nutrition et l'exposition aux pesticides", cette dernière est majoritairement citée par les scientifiques pour expliquer la surmortalité des pollinisateurs domestiques et sauvages (bourdons, papillons, abeilles sauvages, etc.).

L'Union européenne a ainsi annoncé, le 29 avril, la suspension pour deux ans, à compter du 1er décembre, de l'utilisation de trois insecticides impliqués dans ce déclin. Ces molécules, l'imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine appartiennent à la famille des néonicotinoïdes, insecticides parmi les plus utilisés au monde en agriculture et que l'on retrouve dans des dizaines de produits tels le Cruiser, le Gaucho, le Poncho ou le Cheyenne.

L'application de cette interdiction ne sera pas évidente tant ces substances persistent dans l'environnement, comme je l'avais expliqué dans un précédent papier. Mais elle est essentielle si l'on veut éviter de connaître la même réalité qu'en Chine, abordée par l'excellent documentaire Des abeilles et des hommes, où des milliers de paysans pollinisent les fleurs à la main, à partir de pollen qui leur est envoyé d'autres régions où les butineuses vivent encore.

Audrey Garric

Suivez-moi sur Twitter : @audreygarric et Facebook : Eco(lo)

Photo : PRNewsFoto/Whole Foods Market

 

 

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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 19:23

 

 

slate.fr

Publié le 10/06/2013
Mis à jour le 10/06/2013 à 9h19

 

Depuis 2012, Interpol est sponsorisé par le premier fabricant de cigarettes au monde, Philip Morris. Un conflit d’intérêts qui enfreint la Convention-cadre antitabac de l’OMS, alors que l’industrie continue d’alimenter la contrebande mondiale de cigarettes.

 

 

REUTERS 

 

Début avril, un courrier confidentiel arrive au siège mondial d’Interpol, à Lyon. L’expéditeur: un bureau attaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’objet: comment Interpol, l’organisation internationale de police, gère ses conflits d’intérêts avec l’industrie du tabac. «Nous avons alerté Interpol. Pour qu’une collaboration avec l’OMS soit possible, il fallait qu’ils renoncent à leur lien avec l’industrie du tabac. Ils n’étaient pas très informés sur le sujet, et très étonnés par notre critique», révèle le Dr Armando Peruga, haut fonctionnaire à l’OMS.

Le premier affront est intervenu le 12 novembre 2012, à Séoul, en Corée du Sud. Selon nos informations, parues dans Lyon Capitale et Die Zeit, plus de 140 Etats, signataires de la Convention-cadre antitabac de l’OMS, découvrent avec stupeur un accord financier entre Interpol et Philip Morris, numéro un mondial du tabac. Un don de 15 millions d’euros sur 3 ans pour lutter contre le trafic illégal de cigarettes. La demande d’Interpol pour accéder au statut d’observateur à la Convention de l’OMS est alors reportée en 2014.

«J’ai appris pour le financement le matin même des discussions», confie Thor Erik Lindgren, membre de la délégation norvégienne. «Il y avait une opinion unique. C’était très clair. Pour tous les Etats, ce partenariat n’était pas compatible avec la Convention», se souvient Franz Pietsch, chef de la délégation autrichienne. «Surtout qu’il a été prouvé que l’industrie du tabac participe au trafic illégal de cigarettes», ajoute le responsable d’une délégation de l’Union européenne.

Dans son article 5.3, la Convention antitabac de l’OMS exige en effet que «les politiques ne soient pas influencées par les intérêts commerciaux et autres de l’industrie du tabac». Thomas Zeltner, à l’origine de la Convention-cadre et consultant à l’OMS, alerte:

«Si j’étais responsable d’Interpol, j’aurais beaucoup de questions sur cette collaboration. C’est quelque chose de très délicat, un partenariat avec l’industrie du tabac. Je ne sais pas pourquoi Interpol va dans cette direction, car il y a des doutes de conflits d’intérêts et d’indépendance

Codentify, le coup de pub d’Interpol pour Philip Morris

Mais la collaboration avec Philip Morris va plus loin qu’une «simple» atteinte à la Convention de l’OMS.

Dans sa lutte contre le trafic illicite de cigarettes, Interpol a décidé d’utiliser un système de détection des contrefaçons: Codentify. Un code électronique d’authentification à douze chiffres, breveté par le «Big Four» de l’industrie du tabac: Philip Morris International (PMI), British American Tobacco (BAT), Japan Tobacco International (JTI), et Imperial Tobacco Group (ITG).

«Le but de la traçabilité est de contrôler l’exportation des produits de l’industrie du tabac», explique Luk Joossens, expert belge du trafic illégal de cigarettes.

«Les autorités doivent mettre en place le système de traçabilité et vérifier la production. Mais avec Codentify, c’est l’industrie qui va pouvoir contrôler elle-même la traçabilité auprès des autorités.»

Il ajoute:

«Dans la traçabilité, il y a forcément des contacts avec l’industrie. Mais ce n’est pas à l’industrie de proposer le système. Au Brésil, par exemple, il y a un système de traçabilité qui est indépendant de l’industrie, avec lequel les autorités peuvent contrôler la taxation et les produits exportés

Dans les conférences internationales, Ronald Noble, le secrétaire général américain d’Interpol, fait la promotion de Codentify. Les concurrents, des indépendants du tabac comme l’entreprise Sicpa en Suisse, n’ont pas été approchés.

Du côté de l’industrie, Interpol, et ses 190 Etats signataires, apparaît comme une redoutable opportunité pour vendre Codentify. Car le système est encore dans sa phase de lancement. Le 8 mai 2013, a été inaugurée l’association qui administre Codentify, la DCTA. L’adresse de l’association est une boîte aux lettres à Zurich (Suisse), qui renvoie directement au siège de Philip Morris International, basé à Lausanne. Le numéro un du tabac légitime ainsi son image et sa marque sur le plan international, en s’associant avec les polices du monde entier.

Depuis des années, l’industrie du tabac cherche à collaborer avec Interpol. Ce partenariat a été facilité par une Australienne, dont le nom revient dans toutes les conférences internationales: Jeannie Cameron. Basée à Londres, la directrice de l’entreprise de conseil JCIC International a été pendant 10 ans cadre chez British American Tobacco.

Jointe au téléphone, elle confirme qu’elle a «mis autour d’une table le président de Philip Morris International, Louis C. Camilleri, et le secrétaire général d’Interpol, Ronald Noble». A Lyon, au siège d’Interpol, le Secrétariat général nie le rôle de cette lobbyiste de l’industrie du tabac:

«Si Jeannie Cameron est une experte mondialement reconnue du commerce illicite des produits du tabac, elle n’est pas une intermédiaire entre Interpol et l’industrie.»

Pourtant, Interpol reste bel et bien un client de JCIC International. Jeannie Cameron est également intervenue dans plusieurs conférences internationales, en 2011 et 2012, où était présent Ronald Noble. Très récemment, du 3 au 5 juin 2013, lors d’un forum international sur les contrefaçons à Vienne (Autriche), la lobbyiste vantait le système de contrôle des contrefaçons d’Interpol.

Pour Thomas Zeltner, surnommé le «Tobacco Taliban» par les lobbyistes du tabac, l’influence de l’industrie sur la chaîne de contrôle, sur le travail de police d’Interpol, reste très dangereuse:

«L’un des buts de l’industrie du tabac est l’information gathering, pouvoir “rassembler des informations”. Tu prends vingt cafés, et à la fin, c’est comme un puzzle. On l’a vu avec les Tobacco Documents. Chaque mini-entretien provoque une note qui part directement à la centrale

L’UE, premier partenaire de l’industrie du tabac

En 2011, à Lyon, Ronald Noble, le secrétaire général d’Interpol, reçoit des journalistes de CNN, l’un des rares médias qui a pu franchir les grilles du cube en verre et béton de 10 étages. 

«Nous voulons au moins 1 milliard de dollars car le monde n’est pas sécurisé comme il devrait l’être

Depuis son élection en 2000, l’Américain tente de donner un second souffle à l’organisation mondiale de police. Car le budget d’Interpol reste très limité. Il n’était que de 70 millions d’euros en 2012, inférieur aux 84 millions de l’organisation régionale, Europol.

Ronald Noble multiplie alors les partenariats public-privé: la Fifa (10 millions d’euros en 2011), le comité de la Coupe du monde 2022 au Qatar (10 millions de dollars en 2012) ou l’industrie pharmaceutique (4,5 millions d’euros en 2013). En 2011, les financements externes représentaient 13% du budget d’Interpol, le reste étant assuré par les contributions des Etats (3,2 millions d’euros pour la France en 2013, l’un des plus gros donateurs). En 2012, la part externe grimpait à 20,7% du budget, une augmentation de près de 85% en seulement un an.

Au sein d’Interpol, les polices nationales commencent sérieusement à se poser des questions. Selon nos informations, la Suisse a demandé plus de transparence fin 2011. Plus récemment, après le don de Philip Morris, c’est l’Allemagne, à l’Assemblée générale d’Interpol de Rome en novembre 2012, qui a critiqué la gestion des dons. Jürgen Stock, vice-président de l’Office fédérale de police criminelle en Allemagne, a estimé que «la neutralité et la réputation d’Interpol ne doivent jamais être remises en question par des intérêts économiques».

Des dons du privé qui, dans le règlement d’Interpol, ne requièrent ni le vote des Etats en assemblée générale, ni l’approbation de la Commission de contrôle. Les 15 millions d’euros de Philip Morris n’ont été approuvés que par le Comité exécutif d’Interpol.

A Lyon, le Secrétariat général se défend d’être le premier à collaborer avec l’industrie du tabac:

«La capacité de l’Union européenne à combattre en toute indépendance le trafic de produits illicites a-t-elle été mise en doute par qui que ce soit après la signature de quatre accords avec l’industrie du tabac, totalisant près de 2 milliards de dollars?»

Dès 2004, les dons du «Big Four» à l’UE pour lutter contre la contrebande crédibilisent l’industrie après une décennie de scandales, de lobbyisme et de rapports scientifiques biaisés, révélés par les «Tobacco Documents».

Si ce partenariat a pu faire ses preuves (70 millions de cigarettes de contrebande saisies en Espagne en 2010), il a ouvert la porte aux lobbyistes à Bruxelles. Ainsi, en 2004, le don de Philip Morris d’1 milliard d’euros, n’était en réalité qu’un compromis visant à retirer la plainte de l’UE pour contrebande contre le cigarettier américain.

«L'Europe avait préparé un dossier pour déposer plainte, et c'est sous cette pression que Philip Morris a voulu rembourser ce qu'il avait volé en taxes à l’Europe, sans procès désagréable pour la compagnie. L'argent est d'ailleurs revenu en partie directement aux Etats spoliés», explique Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention contre le tabagisme.

En Ukraine, les cigarettes «perdues» de l’industrie du tabac

Si l’industrie du tabac s’inscrit logiquement dans une lutte contre le trafic illégal d’un côté, elle continue à organiser la contrebande de cigarettes détaxées de l’autre.

Dans une enquête titrée «Tobacco Underground», le consortium international de journalistes d’investigations (ICIJ, que le grand public a découvert avec les Offshore Leaks), a mis en lumière la responsabilité de l’industrie dans le trafic illicite, notamment en Ukraine.

Entre 2003 et 2008, la production de cigarettes a augmenté de 30% en Ukraine, alors que la consommation se stabilisait. Près de 30 milliards de cigarettes étaient «perdues» en 2008 par une industrie contrôlée à 99% par le «Big Four». Selon un expert du ministère de la Santé ukrainien cité par l’ICIJ, «les compagnies de tabac tirent des bénéfices en vendant aux trafiquants». Il ajoute:

«Ils leur vendent les cigarettes au même prix qu’aux revendeurs légaux

Des cigarettes détaxées qui alimentent le marché noir dans l’Union européenne. En 2004, au moment même où Philip Morris octroyait un don d’1 milliard d’euros à l’UE, 470.000 paquets de Marlboro et L&M, deux des plus grandes marques du fabriquant, étaient saisies à la frontière polonaise. Dans un rapport sur le tabac en Ukraine (2009), l’OMS écrit:

«Seuls les grossistes ont pu acheter un nombre si important de cigarettes, et les producteurs de tabac pouvaient facilement trouver qui parmi ces revendeurs partenaires étaient en train de vendre des cigarettes aux trafiquants.»

Pas vu, pas pris, en clair.  En Syrie, c’est le numéro 3 mondial, Japan Tobacco International, qui est actuellement sous investigation de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), soupçonnée d’alimenter la contrebande dans le pays de Bachar-el-Assad.

Lanceur d’alertes, Luk Joossens, expert belge sur le trafic illicite, dénonce depuis des semaines le partenariat de l’industrie du tabac avec Interpol. Il soupire:

«C’est incompréhensible qu’Interpol reçoive de l’argent de Philip Morris. Incompréhensible qu’ils travaillent avec les quatre multinationales qui réalisent un système de traçabilité des cigarettes, Codentify, et que l’une de ces compagnies soit Japan Tobacco International. Un organisme de police ne peut pas travailler avec une entreprise soupçonnée d’organiser de la contrebande. C’est inacceptable.»

Mathieu Martiniere et Robert Schmidt

 


Mathieu Martinière est un journaliste indépendant basé à Lyon. Vous pouvez le suivre sur Twitter @Mat_Marty. Robert Schmidt est également un journaliste indépendant allemand, basé à Lyon. Collabore avec Die Zeit, Spiegel Online (Allemagne) ou NZZ (Suisse).

 


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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 17:33

 

LE MONDE

13.06.2013 à 11h27 • Mis à jour le 14.06.2013 à 10h01

 

Par Paul Benkimoun et Stéphane Foucart

 
 
En dépit des dénégations des industriels du secteur, les pesticides sont bel et bien impliqués dans un grand nombre de pathologies lourdes.

En dépit des dénégations des industriels du secteur, les pesticides sont bel et bien impliqués dans un grand nombre de pathologies lourdes – cancers, maladies du sang, troubles neurologiques, malformations, etc. – dont l'incidence tend à augmenter dans le monde. C'est l'idée-force d'une impressionnante expertise collective menée sur l'ensemble des connaissances internationales actuelles, et pilotée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui l'a rendue publique jeudi 13 juin.

Cette synthèse rassemble les données épidémiologiques issues de nombreux pays (Etats-Unis, Canada, Australie, Finlande, Danemark, etc.), qui précisent les effets sanitaires des principaux produits phytosanitaires : insecticides, herbicides et fongicides. Une grande part du rapport concerne les expositions professionnelles (agriculteurs, ouvriers du secteur agrochimique, etc.), mais aussi les personnes vivant ou travaillant dans ou à proximité de zones agricoles. En France, terre d'agriculture, 15 % de la population sont ainsi concernés.

 

"AUGMENTATIONS DE RISQUES SIGNIFICATIVES"

Après avoir passé au crible la littérature scientifique internationale, les experts concluent que l'exposition à des pesticides conduit à "des augmentations de risques significatives pour plusieurs pathologies".

C'est ainsi que chez les agriculteurs, les ouvriers de l'industrie qui fabriquent ces produits ou ceux qui les appliquent, il y a une "présomption forte" d'association entre une exposition professionnelle aux pesticides et la survenue de certaines proliférations malignes de cellules lymphoïdes (lymphomes non hodgkiniens) et de cancers de la prostate. Les agriculteurs et les applicateurs de pesticides sont également exposés à un risque accru de myélome multiple, une autre prolifération maligne dans la moelle osseuse. Et ce n'est pas tout. Que ce soit dans le cadre d'expositions professionnelles ou non, les adultes présentent un plus grand risque à développer une maladie de Parkinson.

Un lien avec d'autres pathologies comme les tumeurs du système nerveux central est aussi suspecté. En Gironde, par exemple, région viticole très consommatrice de pesticides, l'incidence de ces maladies est trois fois supérieure au niveau national. Entre 2000 et 2007, elle a augmenté de 17 %.

 

"ATTENTION AU SYNDROME DU RÉVERBÈRE"

Les travaux internationaux examinés mettent en lumière un autre fait majeur : la période de vulnérabilité que représente la grossesse. "Il y a une présomption forte d'un lien entre une exposition professionnelle de la femme enceinte à certains pesticides et un risque accru pour l'enfant de présenter un hypospadias ou de développer, plus tard, un cancer cérébral ou une leucémie", constate l'épidémiologiste Sylvaine Cordier (Inserm, université Rennes-I) et coauteure du rapport. Selon des données internationales, l'exposition professionnelle du père ou de la mère augmente de 30 % à 53 % le risque de tumeurs cérébrales de l'enfant à naître.

Les agricultrices enceintes ne sont pas les seules concernées. Celles qui habitent dans des zones agricoles d'épandage ou celles qui utilisent les pesticides à des fins domestiques le sont également : "Des études montrent un risque augmenté, pour l'enfant à naître, de leucémies, de troubles de la motricité fine, de déficit cognitif, de troubles du comportement comme l'hyperactivité", ajoute Mme Cordier.

Si les preuves sont suffisantes pour agir vis-à-vis de certains produits – les organochlorés et les organophosphorés –, Jean-Paul Moatti, directeur de l'Institut thématique "Santé publique" commun aux organismes de recherche publics français met en garde : "Attention au syndrome du réverbère où l'on ne regarde que ce qui est éclairé. Notre expertise collective pointe le développement de nombreuses pathologies, mais de futurs travaux pourraient découvrir des effets insoupçonnés des pesticides analysés, ou mettre en évidence la toxicité d'autres substances."


DES DÉCISIONS POLITIQUES ATTENDUES
 

Les auteurs recommandent donc d'"améliorer les connaissances sur l'exposition des populations" et d'obtenir la composition complète des produits mis sur le marché, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, les formules commerciales restant protégées par le secret industriel. En Europe, ces données ne peuvent être réclamées par un seul pays – comme aux Etats-Unis –, car elles relèvent de la règlementation communautaire.

"Si les auteurs de cette large expertise réclament surtout que l'on fasse plus de recherche, dit de son côté François Veillerette, porte-parole de l'association Générations futures, ils n'en tirent pas moins des conclusions très fortes, qui doivent mener à des décisions politiques : vente des pesticides interdites à des utilisateurs non professionnels ou interdiction pour les collectivités publiques d'y avoir recours..."

Retirer du marché les produits est parfois nécessaire mais pas toujours suffisant. Les scientifiques le savent bien. "De nombreux produits ont été interdits mais les plus persistants demeurent présents dans l'environnement ou s'accumulent dans la chaîne alimentaire, dont l'homme constitue le dernier maillon." Pour le député socialiste Gérard Bapt, qui avait déjà lancé l'alerte sur les dangers sanitaires du bisphénol A, et qui a organisé la présentation des résultats de l'expertise à l'Assemblée nationale, "ce travail montre l'ampleur du problème en matière de santé publique. La question est de savoir si, comme dans le cas du chlordécone aux Antilles, nous n'avons pas dépassé le point de non-retour".

Paul Benkimoun et Stéphane Foucart

 

 

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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 17:21

 

 

bastamag.net

Par Sophie Chapelle (5 juin 2013)

 


« Légumes clandestins » ! L’inscription ironique figure sur les pancartes que des jardiniers et des consommateurs brandissent ce 4 juin sous les fenêtres de la direction régionale de la concurrence et de la consommation à Toulouse. Ils dénoncent la pression sur les petits producteurs qui commercialisent des variétés de légumes non inscrits au catalogue officiel (lire nos précédents articles). Quinze jours plus tôt, le 17 mai, des petits maraîchers ont reçu la visite d’un agent de la répression des fraudes, sur le marché de Lavelanet, en Ariège. Leur délit : vendre des plants de tomates non inscrites au catalogue officiel et ne pas disposer de la carte du GNIS, l’interprofession nationale des semences et des plants. Ils encourent une amende potentielle de 450 euros...

« Bien que pour eux qui vendent moins de 10 000 plants par an, cette carte soit gratuite, pour le moment du moins, cette visite a causé un certain émoi, d’autant plus que jusqu’ici cette activité annexe était tolérée et que ces maraîchers ignoraient même que cette carte était obligatoire », réagissent plusieurs organisations [1] dans une lettre commune. Ces dernières voient dans ce contrôle « un abus s’inscrivant complètement dans une logique de généralisation du fichage de toutes les activités et de toutes les personnes qui échappent au contrôle des multinationales ». L’élu écologiste François Calvet, Vice-Président de la commission agriculture du Conseil régional Midi-Pyrénées, considère également ce contrôle comme « inopportun ». « La vente de plants par les maraîchers peut-être un revenu complémentaire non négligeable, écrit-il. Au moment où l’économie agricole est en crise, il n’est pas acceptable que ces paysans soient mis en difficulté par une application zélée de la réglementation sur la propriété intellectuelle ».

Plus largement, les organisations associatives et paysannes demandent à « répondre à la forte demande des jardiniers de pouvoir trouver sur le marché des plants leur permettant de cultiver toute la diversité des variétés paysannes, locales ou exotiques qui ne pourront jamais être toutes inscrites au catalogue. » Entre 1954 et 2002, 80 % des variétés potagères auraient été radiées du catalogue selon le Réseau semences paysannes. Des 876 variétés potagères inscrites en 1954, il n’en restait plus que 182 au catalogue officiel français en 2002. La raison de ces radiations ? Le poids de l’industrie semencière, qui, depuis cinquante ans, cherche « à standardiser les semences pour les adapter partout aux mêmes engrais et pesticides chimiques », estime le Réseau semences paysannes. « Ces contrôles sont effectués avec pédagogie pour protéger les consommateurs mais aussi les producteurs », assure pour sa part la directrice régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, Catherine d’Hervé. Cette action intervient alors que la législation sur la commercialisation des semences et des plants est en cours de révision à l’échelle européenne.

Notes

[1Confédération Paysanne Midi Pyrénées et de tous les départements de la région, Réseau Semences Paysannes, Amis de la Terre Midi-Pyrénées, Amis de la Terre Périgord, Nature & Progrès Ariège, Nature & Progrès Hautes Pyrénées, Nature & Progrès Quercy Gascogne, Nature & Progrès Haute Garonne, Nature et Progrès Aveyron, Croqueurs de carottes, Collectif anti-OGM31, Pétanielle, Terre en vie 65, ATTAC Toulouse, Toulouse en transition, Collectif des Semeurs du Lodévois-Larzac, Kokopelli, collectif des Faucheurs Volontaires, les herbes folles de Saverdun,...

 

 

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Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 18:05

 

 

Rue89

StreetPress 13/06/2013 à 11h24
Mathieu Molard | Journaliste à StreetPress

 

Info StreetPress) Branle-bas de combat chez les mormons. Après de nombreux mois de discussions, FamilySearch International, l’entreprise généalogique des mormons, a obtenu le feu vert de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) pour numériser et mettre en ligne une bonne partie des documents d’archive d’état civil français.

Alors que 70% de l’état civil français serait déjà dans le bunker de l’Eglise à Salt Lake City, suite à un accord conclu dans les années 60 entre les mormons et les archives nationales, l’accord de la Cnil ouvre un boulevard aux religieux en costard qui négocient en ce moment avec les archives départementales.

Objectif pour l’Eglise : obtenir les 30% d’états civils manquants, avoir le droit de les numériser et de les mettre en ligne… pour pouvoir baptiser ta grand-mère décédée. Le 25 avril dernier, la décision convoitée de longue date tombe enfin.

Gigantesque base de données numérique

 


Jeunes mormones (StreetPress)

 

La très sérieuse Cnil autorise l’Eglise à numériser les actes d’état civil (naissances, mariages et décès), les tables décennales et les cahiers de recensement.

Une gigantesque base de données numérique, qui sera conservée dans le bunker souterrain de l’Eglise à Salt Lake City, aux Etats-Unis, et qui à terme devrait être consultable par les internautes.

Pour les mormons, la Cnil impose quelques règles à respecter :

  • un dispositif ultra sécurisé ;
  • toutes les informations d’ordre privé, comme la religion, la santé ou d’éventuelles condamnations, devront être masquées, et ce pendant les 150 ans suivant le décès de la personne.

Des moyens financiers quasi illimités

Cet agrément n’est en fait qu’une première étape pour l’Eglise. En effet, la Cnil ne donne son avis que sur la partie technique du dossier. En clair, elle se charge seulement de vérifier que les données seront bien protégées et ne contiendront aucune information d’ordre privé. Delphine Carnel, en charge du dossier à la Cnil, explique :

« Nous ne pouvons pas leur interdire l’accès parce que c’est un organisme religieux, ce n’est pas de notre compétence. Ça, c’est du ressort des archives de France. »

Prochaine étape, donc, pour les mormons : convaincre les organismes publics de leur donner l’aval. Et pour ça, ils ont un argument de taille : des moyens financiers quasi illimités. Un fond alimenté par les 14 millions de croyants qui reversent à l’Eglise 10% de leurs revenus. Au total, un joli pactole estimé en 1997 par le Time Magazine à plus de trente milliards de dollars.

Entendons-nous bien, il n’est pas question pour l’Eglise de soudoyer les archives nationales mais plutôt de mettre à disposition des moyens techniques. Par le passé, l’argument a su convaincre. En 1960, la société généalogique d’Utah (devenue depuis FamilySearch) avait conclu un deal avec la direction des archives de France.

70% de l’état civil français à Salt Lake City

L’organisme public ouvre aux mormons les portes de ses archives, qui microfilment les documents, et chacun repart avec une copie. 70% de l’état civil français serait déjà enterré dans les bunkers de Salt Lake City.

La méthode a donc fait ses preuves, et FamilySearch retente le coup. M. Massela, représentant français de la compagnie mormone, explique franco :

« On cherche à connaître les besoins des archives, pour leur proposer nos services. »

Sauf qu’en un demi-siècle, la technologie a évolué. Les accords des années 60 ne prévoyaient pas la mise en ligne des documents, et pour cause : Internet ne s’est ouvert au grand public que trente ans plus tard.

Quant au coût de reproduction, il a très largement diminué avec l’arrivée des outils de copie numérique. Pas de bol pour les mormons, il faut renégocier, et ils ont moins d’arguments à mettre dans la balance !

Concurrence déloyale

« Nous avons eu de très nombreux échanges avec les archives de France, mais impossible d’arriver à un contrat national », raconte M. Massela. Raison invoquée par le service public : concurrence déloyale. Les services proposés par les mormons sont gratuits, « et aujourd’hui il y a d’autres acteurs privés sur le marché ».

Etonnant, en période de restrictions budgétaires, de voir à quel point les archives nationales tiennent à dépenser nos impôts ! Peut-être que l’actuel directeur, Hervé Lemoine, a plus de scrupules que ses prédécesseurs à signer un accord avec une organisation religieuse controversée. Malgré les nombreux coups de fil de StreetPress, il n’a pas trouvé le temps de nous répondre.

Les archives nationales refusent de s’engager avec les mormons. Qu’importe, ils tentent leur chance à l’étage d’en dessous : les archives départementales. « Nous sommes effectivement en discussion avancée avec plusieurs départements », explique le représentant de FamilySearch, « plutôt optimiste » ; mais impossible de savoir lesquels.

« Nous préférons rester discrets avant que les négociations n’aboutissent », explique M. Massela. L’Eglise de Jésus Christ des saints du dernier jour n’a pas toujours bonne presse, et une indiscrétion pourrait faire capoter l’accord.

10 000 bénévoles pour l’Eglise

Elle prépare d’ores et déjà la suite des événements. Dans chacun de leur « pieu » – diocèse mormon – un directeur d’indexation va être nommé. Quinze responsables au total, pour coordonner le travail des 10 000 bénévoles que l’Eglise affirme pouvoir mobiliser pour réaliser l’indexation des un à trois millions d’images que représente l’état civil d’un département.

Parmi les bénévoles, sans doute une partie des 36 000 membres français revendiqués par l’Eglise, mais aussi de très nombreux passionnés de généalogie.

Pourquoi L’Eglise de Jésus Christ des saints du dernier jour dépense-t-elle tant d’énergie pour connaître le petit nom de ton arrière-arrière-grand-oncle ? Auprès de la Cnil, FamilySearch a déclaré vouloir protéger un patrimoine en péril. Les documents, comme les microfilms, sont victimes des attaques du temps.

Autre argument invoqué : les rendre plus facilement accessibles au grand public. « C’est vrai qu’ils n’évoquaient pas leurs motivations religieuses, même si elles sont évidentes pour tout le monde », confirme Delphine Carnel.

Anne Frank baptisée

Si les mormons s’intéressent tant à la généalogie, c’est en fait parce qu’ils considèrent que leur première obligation est d’accomplir certains sacrements religieux pour tous leurs ancêtres. Et en gros, comme de près ou de loin nous sommes tous cousins, ils tentent en quelque sorte de reconstituer l’arbre généalogique de l’humanité.

« Notre philosophie, c’est de donner l’occasion à nos ancêtres de recevoir les sacrements » explique M. Massela : baptême, mariage, scellement aux parents et aux enfants… Toujours en présence d’un membre de l’Eglise qui aura pu établir un lien de parenté, même lointain, avec le défunt.

Lire l’intégralité de l’article sur StreetPress

Street Press
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Mercredi 12 juin 2013 3 12 /06 /Juin /2013 16:57

 

 

Médiapart

 

 

 

New York, correspondance

Le scandale des programmes américains de surveillance à grande échelle, dont l’existence fut révélée la semaine dernière par le Washington Post et le Guardian, a désormais des répercussions dans le monde entier. En Europe, la réaction de Bruxelles est venue de Tonio Borg, commissaire à la santé, déclarant mardi que « la commission européenne demandait un engagement clair de la part des États-Unis quant au respect du droit fondamental de tous les citoyens européens à la protection de leurs données personnelles ». Une discussion doit avoir lieu « avec fermeté et détermination », vendredi, entre la commissaire chargée de la justice, Viviane Reding, et des représentants américains.

L’objectif est notamment de comprendre, selon Tonio Borg, « si l’accès à des données personnelles dans le cadre du programme Prism (permettant à l’Agence pour la sécurité nationale, la NSA, de surveiller l’activité d’étrangers sur Internet grâce à la collaboration de neuf géants du web basés aux États-Unis) se limite à des cas individuels reposant sur des soupçons fondés et spécifiques ou s’il s’agit d’un transfert en vrac ».

Aux États-Unis, les débats sur le programme Prism enflamment les médias et les défenseurs des libertés civiques, puisqu’il est difficile d’imaginer que ce programme n’ait été cantonné qu’aux « étrangers ». Selon le document secret sur le fonctionnement de Prism publié jeudi dernier par le Washington Post, le programme utilise une recherche par « mots-clés » devant lui assurer « à 51 % » que seuls des étrangers sont visés… Les inquiétudes sont encore plus vives sur le programme de surveillance téléphonique dont l’existence a été révélée par le Guardian : il aurait permis à l’agence entourée de secret qu’est la NSA de récupérer quotidiennement les relevés téléphoniques de tous les clients américains de l’opérateur mobile Verizon, à savoir de 98,9 millions de personnes, depuis au moins six ans.

Le Wall Street Journal avance en outre que Verizon n’est pas la seule entreprise concernée. Selon le quotidien, citant des sources anonymes, l’opérateur mobile AT&T, comptant 107,3 millions d’abonnés, et Sprint, 55 millions, auraient également été ciblés.

Mardi, huit sénateurs consternés par l’ampleur de ce système de surveillance, que l’administration américaine continue de présenter comme légal et efficace, ont donc introduit un texte de loi pour y voir plus clair. Cette proposition de loi veut obliger le gouvernement à rendre publics des documents actuellement classés secrets et qui permettraient de comprendre comment la loi a été interprétée pour justifier une opération de surveillance de cette ampleur. « Que les Américains comprennent comment notre gouvernement interprète le Patriot Act et le FISA Act », a ainsi déclaré Jamal Raad, le porte-parole du sénateur démocrate à l’origine de cette loi, Jeff Merkley. Ces deux textes ont servi de cadre légal aux systèmes de surveillance, selon le gouvernement.

Plus radicale est l’initiative de l’organisation américaine historique de défense des droits civiques, l’ACLU. La grande association vient de porter plainte contre le gouvernement qu’elle accuse de collecter abusivement des métadonnées (non pas le contenu des appels, mais les numéros appelés, les heures, les lieux et la durée des appels) dans le cas Verizon, et ainsi de violer des droits constitutionnels des Américains, de la liberté d’expression au droit à la vie privée.

Elle espère également obtenir la publication de documents jusque-là gardés secrets afin de comprendre comment le Patriot Act a été interprété pour permettre l’obtention de « données commerciales (celles des entreprises du web) en vrac », sans faire état de soupçon préalable comme c’est normalement requis.

 

Edward Snowden, le "lanceur d'alerte". 

Edward Snowden, le "lanceur d'alerte".© (dr)

 

Pendant ce temps, à Hong Kong, le lanceur d'alerte Edward Snowden se cache. L’Américain de 29 ans par qui tout est arrivé, un ancien employé de la CIA et ancien consultant pour la société Booz Allen Hamilton, à laquelle la NSA sous-traite des missions d’analyse de données, a dévoilé son identité dimanche et expliqué pourquoi il avait tenu à révéler l’existence de Prism dans un entretien filmé et disponible sur le site de The Guardian.

Il n’a pas fallu plus de quelques heures à l’administration américaine pour commencer à engager des poursuites contre lui, et préciser qu’une demande d’extradition serait ensuite transmise à Hong Kong. Depuis, Edward Snowden a disparu de son hôtel chinois… Il a peut-être déjà quitté Hong Kong, où il s’était réfugié depuis le 20 mai, et a dit penser à demander l’asile politique à l’Islande.

Le cas d’Edward Snowden fait bien sûr couler beaucoup d’encre aux États-Unis. Héros ou traître ? La question n’est pas là, tranche l’éditorialiste du Washington Post, Eugène Robinson. Soulignant la position paradoxale du jeune homme, qui prône la désobéissance civile mais choisit l’exil pour éviter de faire face aux conséquences, M. Robinson résume l’affaire ainsi : « C’est un messager imparfait. Mais son message ne doit pas être ignoré. »

Pour le moment, son message semble loin d’être ignoré, à en juger par la somme d’articles et de prises de position, demandant à Washington d’éclaircir le mystère de ce gigantesque système de surveillance américain, dont on a du mal à cerner le fonctionnement, et surtout, les buts.

 

Trop de secret tue le secret ?

En effet, les questions qui se posent désormais ne portent pas seulement sur la légalité des programmes révélés (surtout que sous le Patriot Act, l’impression dominante est que tout et n’importe quoi peut être déclaré légal), mais aussi sur leur intérêt, leur efficacité et leurs limites. Des questions d’autant plus prégnantes que les sondages montrent qu’aux États-Unis, l’opinion reste partagée vis-à-vis de la surveillance à grande échelle, qu’une majorité accepte.

 

Le mode d'emploi de la NSA pour expliquer le programme Prism à ses agents. 
Le mode d'emploi de la NSA pour expliquer le programme Prism à ses agents.

Une étude du Pew Center réalisée après les révélations du Washington Post et du Guardian indique que 56 % des Américains trouvent acceptable que la NSA obtienne secrètement une ordonnance d’un tribunal lui donnant le droit de traquer les appels de millions d’Américains, contre 41 % trouvant cela inacceptable. Cette étude montre encore que les Américains sont très partagés quand on leur demande si le gouvernement doit pouvoir surveiller les emails de tout un chacun pour prévenir une quelconque menace terroriste : 47 % se disent contre, 45 % pour. Cette étude nous montre enfin que l’opinion a très peu changé depuis 2002, aux lendemains des attaques du 11 Septembre.

« L’opinion reste fragmentée. Nous avons finalement du mal à identifier une tendance dominante, certains trouvent ce système de surveillance essentiel, d’autres abusif et il y a aussi des gens qui s’en fichent », résume Steven Aftergood, interrogé par Mediapart, expert en surveillance à la Federation of American Scientists (FAS), un think tank de Washington centré sur les questions de sécurité.

Le chercheur, qui ne cache pas sa surprise face à l’ampleur de ces révélations « indiquant l’existence d’un système de surveillance allant bien plus loin que ce qu’on pensait », estime en fait que le problème central est celui de la classification du secret, qui ne se justifie pas assez selon lui« Si le Congrès, dont le gouvernement prétend qu’il était au courant, faisait un meilleur travail d’information du public, ces fuites n’auraient pas de raison d’être », explique-t-il.

Cet avis est partagé par Shane Harris, auteur d’un ouvrage important sur la construction du système de surveillance américain ces vingt-cinq dernières années, intitulé The Watchers : The rise of America’s surveillance state (Ceux qui nous observent : l’expansion de l’État-surveillance américain). « Plus le fonctionnement étatique est entouré de secret, plus les attentes voire la paranoïa sont grandes et plus il y a de chances de susciter des vocations de lanceurs d’alerte », analyse-t-il.

Shane Harris cite l’exemple de Daniel Ellsberg, l’expert militaire à l’origine de la fuite des « Pentagon papers » (les papiers du Pentagone), révélés en 1971 par le New York Times, montrant que le gouvernement américain mentait au public au sujet des avancées de la guerre du Viêtnam. Cela avait valu à M. Ellsberg d’être considéré à l’époque comme « l’homme le plus dangereux des États-Unis » par le secrétaire d’État, Henry Kissinger. Il cite encore Bradley Manning, le jeune soldat en procès depuis le 3 juin, accusé de « collusion avec l’ennemi » et risquant la prison à perpétuité pour avoir transmis des documents secrets de l’armée américaine à Wikileaks.

« Ils ont agi à partir du moment où ils n’ont plus supporté le secret et le mensonge, la dichotomie entre la réalité et ce qui est raconté. Un certain niveau de secret est bien sûr nécessaire, mais la question est : dans ce pays, trop d’informations ne sont-elles pas classées secrètes ? » poursuit l’écrivain et journaliste du magazine politique National Journal. Selon lui, cela s’explique entre autres par la culture et le fonctionnement bureaucratique des agences de surveillance américaine : « Elles sont une douzaine liées au renseignement, dont la NSA, c’est énorme ! Et elles protègent jalousement leurs méthodes, leurs données… Trop de documents sont classés secrets sans que cela soit nécessaire, de l’aveu même de ceux qui y travaillent. »

Cela ne va pas en s’arrangeant, le système de surveillance américain n’en finissant pas de grossir et de se complexifier. « Il y a tant de gens impliqués que n’importe qui peut devenir l’un des “maillons faibles” de cette chaîne, sans compter la prolifération des consultants et des sous-traitants », note Shane Harris. La masse d’informations collectées croît en conséquence…

Dans quel but ? Autre chose que de l’antiterrorisme ? Cette question-là reste pour le moment sans réponse. Le doute est de rigueur. « Il y a toujours un risque d’utilisation des données à mauvais escient. Et les agences de surveillance de ce pays ont un passif, elles ont déjà abusé de leur pouvoir. La confiance n’est pas au rendez-vous », conclut Shane Harris.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Alertes- Ce que vous devriez savoir
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Mercredi 12 juin 2013 3 12 /06 /Juin /2013 16:49

 

Marianne

  Mercredi 12 Juin 2013 à 11:56

 

Alexandre Coste
Journaliste à Marianne chargé de l'animation de la communauté des Mariannautes En savoir plus sur cet auteur

 

Quel sens du timing ! Alors que Microsoft est accusé de jouer les « Big Brother », le dernier spot TV de la firme de Redmond apparaît en total décalage avec l’actualité. Ironie garantie.

 

Chez Microsoft, vous prendre pour des buses est notre priorité !
« Chez Microsoft, votre vie privée est notre priorité. » Ce slogan est le point d’orgue de la dernière publicité de Microsoft, qui prête à rire tant la firme à mauvaise presse en ce moment entre les révélations du programme  PRISM, qui permet à la NSA d’avoir accès librement aux données des géants du web, et la levée de boucliers face à la prochaine X-Box One qui s’annonce des plus intrusives dans la vie des joueurs, la faute à une caméra et un micro branchés en permanence dans votre salon.
 
« Il y a des informations personnelles que vous acceptez volontiers de partager sur Internet. Mais pas toutes. Chez Microsoft, nous cherchons des solutions pour vous donner plus de contrôle sur vos données personnelles. Car, même dans un monde interconnecté, certaines choses doivent rester privées. » Vous la sentez l’hypocrisie là ?

La publicité nous présente la vie de la petite Adèle, de sa naissance à son adolescence. Une vie idéale, entre grands moments conviviaux à partager et petits secrets à garder pour elle tels que sa « nuit dernière », évoquée alors que sa mère jette un regard réprobateur à la caméra (à la voix off ?), mais sans méchanceté. Un clin d’œil au public adolescent friand de réseaux sociaux et que Microsoft, n’en doutons point, cherche à accompagner dans leur désir de faire la part des choses entre ce qui peut être partagé et ce qui doit rester secret.
 

 

Chez Microsoft, vous prendre pour des buses est notre priorité !
Les avertissements reçus en cours ? :D
 
La nuit dernière avec ce mec si mignon ? Chuuuut ;)
 
On nous encourage dans cette publicité à adopter le logiciel «Do not track». Le principe du logiciel, c’est d’indiquer aux sites sur lesquels vous naviguez si vous voulez que vos données ne navigation soient collectées ou non. Mais libre à ces sites d’accepter ou de refuser ! Pour paraphraser un article de ZDNet, Do Not Track fait un peu office de simple autocollant «pas de publicité» collé sur une boîte aux lettres. Ne me suivez pas: une formule choc pour une efficacité toute relative…
 
Donc malgré ces promesses merveilleuses de la part de Microsoft, il y a tout de même fort à parier que la prochaine Window soit celle qui s’ouvre sur votre vie privée…
   
Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Alertes- Ce que vous devriez savoir
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