Sortir du nucléaire et des energies polluantes

Mercredi 17 décembre 2014 3 17 /12 /Déc /2014 21:53

 

 

Source : www.lemonde.fr


 

L'Europe abandonne ses projets visant à lutter contre la pollution

LE MONDE | 16.12.2014 à 11h27 • Mis à jour le 16.12.2014 à 19h55 | Par Laetitia Van Eeckhout

 
 
Paris sous son brouillard de pollution, le 14 mars 2014.

Les mises en garde des ONG, des eurodéputés et de onze ministres de l’environnement n’y auront rien fait. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et son vice-président, Frans Timmermans, ont confirmé, mardi 16 décembre après-midi, devant le Parlement européen, leur volonté de concentrer leur action en 2015 sur des propositions de lois relançant l'emploi au détriment de l’environnement. Conséquence : Bruxelles retire de son programme de travail 83 projets de règlements et de directives, hérités de la Commission Barroso, dont les paquets législatifs sur la qualité de l’air et l’économie circulaire, pourtant très attendus.

Le projet législatif sur l’économie circulaire avait pour objectif de rendre le recyclage plus systématique, de renforcer les règles sur l’incinération et les décharges afin d’atteindre d’ici à 2030 une réduction des déchets de 30 %.

Celui sur la qualité de l’air concerne quant à lui un projet de révision de la directive air de 1999, qui fixe les plafonds nationaux d’émissions pour les principales sources de pollution générées par l’industrie, les transports, l’énergie et l’agriculture. Présenté en décembre 2013 par Bruxelles, ce texte prévoyait des plafonds plus stricts et étendait la liste des polluants concernés, aux particules fines PM2,5 notamment – d’un diamètre inférieur à 2,5 microns particulièrement dangereuses pour la santé. A l’époque, ce durcissement des mesures antipollution était justifié par Bruxelles par une volonté d’en réduire l’impact sanitaire et d’éviter 58 000 décès prématurés.

« Stratégie de croissance pour les dix prochaines années »

Les ONG sont vent debout. Le WWF, la Fondation Nicolas Hulot, Réseau Action Climat, France Nature Environnement, Les Amis de la Terre, Respire, Zero Waste France et d’autres jugent « incompréhensible » le retrait du « paquet qualité de l'air ». Ce « premier "test" pour la nouvelle Commission Juncker (...) confirme le peu de cas qu'elle fait du développement durable et laisse craindre que cela ne soit que la première d'une série d'attaques à l'encontre des législations environnementales », déplorent-elles. A leurs yeux, la Commission « a choisi de privilégier les intérêts privés de la frange la plus libérale » des milieux d'affaires européens « au mépris du bien-être des citoyens européens ».

Dans une lettre ouverte adressée dès le 17 novembre à la présidence de la Commission, le Bureau européen de l’environnement (EEB) rappelait que « 400 000 citoyens européens meurent prématurément chaque année du fait de la pollution atmosphérique ». Selon ce groupe d’ONG influent, Bruxelles passerait à côté d’un « énorme bénéfice en termes de santé pour l’économie européenne ». La Commission avait elle-même évalué de 40 à 140 milliards d’euros les gains attendus de la nouvelle directive.

Le 1er décembre, onze ministres de l’environnement – dont Ségolène Royal pour la France, Céline Fremault pour la Belgique, Isabel Garcia Tejerina pour l’Espagne, Barbara Hendricks pour l’Allemagne – ont eux-mêmes écrit à Jean-Claude Junker pour s’alarmer de ces projets de suppression. Ils rappellent que « 79 % des Européens, selon un récent sondage, souhaitent que l’Union agisse » sur l’air.

« Une politique de l’air progressivement plus contraignante et une économie circulaire efficace sont fondamentales pour faire progresser l’Union vers une économie à faible teneur en carbone et économe en ressources et pour préserver les citoyens européens des risques sanitaires liés à l’environnement, soulignent ces ministres. Les bénéfices de ces deux paquets législatifs dépassent de loin la sphère environnementale. Ils sont aussi des éléments clés de la mise en œuvre de la stratégie de croissance et d’emploi de l’Union pour les dix prochaines années. » 180 000 nouveaux emplois pourraient être générés par les mesures en faveur de l’économie circulaire.

Intense lobbying du patronat

Depuis plusieurs semaines le patronat européen fait un intense lobbying auprès de Bruxelles pour demander l’abandon du paquet air et la réécriture du projet de directive sur l’économie circulaire d’un « point de vue économique, et non purement environnemental ».

La Commission se défend de vouloir abandonner toute ambition en matière environnementale et justifie l’allégement de son programme de travail par sa volonté de se concentrer sur les priorités que sont l’emploi, la croissance et l’investissement, de cesser de s’immiscer dans les problématiques de ressort national et d’« imposer de la paperasserie inutile ou des fardeaux réglementaires ». Elle estime en outre qu’« aucun accord n’est envisageable » dans un avenir proche, entre le Conseil et le Parlement sur l’air et l’économie ciculaire. Pour donner des gages, Bruxelles a proposé de réécrire ces deux projets législatifs. Autant de temps et d’ambition perdus pour les ONG.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

 

 
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Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 18:55

 

Source : www.mediapart.fr

 

A Lima, le spectre de la négociation éternelle sur le climat

|  Par Jade Lindgaard

 

 

 

La réalité physique de la crise climatique ne parvient pas à percer la bulle des négociations internationales qui depuis vingt ans cherchent à établir le cadre imposant aux États de réduire leurs rejets de gaz à effet de serre. La 20e conférence des parties (COP 20) qui s’est achevée dimanche 14 décembre au Pérou a achoppé sur l’essentiel.

Au lendemain de la clôture de la 20e conférence de l’ONU sur le climat, à Lima, l’agence internationale de l’énergie annonce que la consommation de charbon dans le monde continuera à augmenter les cinq prochaines années. En 2019, elle devrait dépasser les 9 milliards de tonnes. La baisse de la demande en Europe et aux États-Unis est plus que compensée par la hausse en Chine (responsable des trois cinquièmes de la poussée), en Inde et ailleurs en Asie. « Je dois insister encore une fois : le recours au charbon dans sa forme actuelle n’est pas soutenable », a déclaré la directrice exécutive de l’agence, Maria van der Hoeven.  

Plus de charbon consommé égale beaucoup plus d’émissions de gaz à effet de serre, et donc un climat toujours plus déréglé. L’année 2014 pourrait battre un triste record, selon l’organisation météorologique mondiale : devenir la plus chaude jamais observée.

 

Inauguration de la COP 20 par Manuel Pulgar, ministre péruvien de l'environnement, le 1er décembre 2014 (Wikicommons). 
Inauguration de la COP 20 par Manuel Pulgar, ministre péruvien de l'environnement, le 1er décembre 2014 (Wikicommons).

Cette réalité physique de la crise climatique ne parvient toujours pas à percer la bulle des négociations internationales qui, depuis vingt ans, cherchent à établir le cadre imposant aux États de réduire leurs rejets de gaz à effet de serre. La 20e conférence des parties (COP 20) qui s’est achevée dimanche 14 décembre au Pérou a pris la forme d’un théâtre des cruautés : malgré les heures de travail acharné, la bonne volonté de participants, y compris au plus haut niveau, la prise en compte du dernier rapport des scientifiques du GIEC, la déclaration commune des États-Unis et de la Chine, et les engagements financiers européens, notamment, pour abonder les 10 milliards de dollars du fonds vert, ça bloque toujours sur l’essentiel : comment réduire les rejets de gaz qui réchauffent l’atmosphère, comment se partager l’effort entre riches et pauvres, pollueurs historiques et nouveaux pollueurs, comment trouver l’argent pour financer les nouvelles infrastructures de transport, d’industrie, de logement nécessaires à la décarbonisation du monde.

Le RAC, une association d’experts en négociation climatique proche des mouvements sociaux, et membre de la coalition climat 21 qui regroupe des associations, syndicats et ONG, s’emporte contre ce double discours permanent des gouvernements : « Les négociations de l’ONU demeurent importantes, mais insuffisantes pour répondre à la crise climatique. Ce sont les gouvernements, les collectivités locales et les citoyens qui doivent déployer les solutions. Encore faut-il que les gouvernements prennent les bonnes décisions. » Pour Alix Mazounie, responsable de la politique internationale : « Les États investissent de plus en plus dans les énergies renouvelables, tout en continuant de dépenser 600 milliards de subventions publiques dans les combustibles fossiles. Ce n’est qu’un exemple du double discours permanent des États qui affaiblit les négociations. Partout dans le monde, des projets inutiles et imposés continuent d’être envisagés et financés : nouvelles centrales au charbon, centrales nucléaires qui barrent la route aux renouvelables, nouvelles explorations pétrolières, nouveaux gazoducs ou oléoducs, aéroports, l’accord transatlantique qui ouvre les portes à l’importation en Europe de sables bitumineux. »

Un exemple ? Lors de sa visite officielle au Canada en novembre, un des plus gros pollueurs de la planète, François Hollande s’est rendu dans la province de l’Alberta qui a basé sa richesse sur l'exploitation des pétroles de schiste et sables bitumineux, au prix d’un désastre écologique. Qu’a déclaré le chef de l’État qui accueille le sommet de décembre 2015 censé déboucher sur un accord international sur le climat ? « Je souhaite que la France puisse continuer à mettre en valeur les immenses richesses du Nord-Ouest canadien, que ce soit dans les techniques d'exploitation, de transformation, d'acheminement des hydrocarbures, ou que ce soit dans la construction d'infrastructures. »


François Hollande et Stephen Harper à Banff, en Alberta (Reuters). 
François Hollande et Stephen Harper à Banff, en Alberta (Reuters).

Cette aporie vide les négociations onusiennes de leur substance au fil des ans. À quoi sert-il de négocier des textes aussi techniques que subtils, où chaque point-virgule est soupesé, s’ils n’empêchent aucune nouvelle mine de charbon ou de minerais, aucune nouvelle plateforme pétrolière offshore, aucun nouveau forage de gaz de schiste, aucun nouveau projet d’aéroport, de barrage destructeur de zone humide ni de centre de loisirs dévoreur de forêts ? Prenant acte de cette contradiction, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a exhorté les acteurs économiques (industries, banques, assurances…) à élaborer leurs propres programmes de réduction d'émissions.

Les campagnes de désinvestissement des industries fossiles se multiplient dans le monde (la Société générale vient de se retirer du financement de la giga-mine australienne Alpha Coal suite à la mobilisation des Amis de la Terre, de Bizi et d'Attac). Mais fondées sur le volontariat, ces actions atteindront-elles l’échelle nécessaire pour contenir l’ampleur du dérèglement climatique ? Rien ne l’assure, évidemment. Elles ne suffisent pas à offrir un cadre général de suivi et de contrôle des courbes d’émission, des décisions et politiques qui les causent, de l’adaptation des populations les plus vulnérables. Elles n’établissent aucun principe de juste partage des tâches, en prenant en compte l’ancienneté des rejets de dioxyde de carbone en Europe et aux États-Unis, la pollution extrême des modèles de développement chinois, indien, brésilien, des États pétroliers et extractivistes.

« Il faut agir tout de suite «

La nécessité d’un cadre international, multilatéral, régi par des principes d’efficacité, de solidarité et de justice reste donc entière. Ce devrait être celui des conférences de l’ONU. C’est pourquoi le processus de négociation se poursuit, et que le rendez-vous de Lima était important : devait s’y établir l’architecture du texte d’accord que la communauté internationale espère signer à Paris dans un an. Après deux semaines + deux jours de discussion, on est loin du compte. De retour de Lima, dimanche 14 décembre, le climatologue Jean Jouzel ne cachait pas son amertume : « On a un peu perdu notre optimisme, c’est vrai », ajoutant : « Ce qui me déçoit le plus si on veut être en mesure de limiter le réchauffement climatique à long terme à 2°, c'est qu'il faut agir tout de suite, d’ici à 2020. On a très peu parlé des mesures qui peuvent être prises entre maintenant et 2020, et qui sont indispensables. »


 

Concrètement, que ressort-il de Lima ? Un appel pour l’action sur le climat, reconnaissant la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre à partir de 2020. Et en annexe, le texte le plus désespérant que l’on puisse imaginer : l’esquisse d’un brouillon d’accord pour Paris Climat 2015 (à lire ici à partir de la page 6), essentiellement composé d’hypothèses de paragraphes alignant les options, a,b,c… les unes derrière les autres. La journaliste du Guardian, Suzanne Goldenberg, s’est fendue d’une remarque qui en dit long sur l’ambiance sur place : c’est en voyant les sourires sur les visages des délégués malgré la faiblesse du texte que l’on comprend l’ampleur de la catastrophe évitée de justesse à Lima. À savoir, même pas de texte commun ! 

L’appel de Lima pose des règles de base pour discuter en 2015 d’un accord sur le climat, sur la base d’engagements des pays développés et des pays en développement, une nouveauté dans l’histoire de ces négociations qui ne demandaient d’effort jusqu’ici qu’aux pays riches. Les États sont appelés à remettre leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre en mars « pour ceux qui sont prêts à le faire ». Mais ce n’est qu’en novembre que le secrétariat de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques publiera le bilan de ces engagements. Soit moins d’un mois avant la conférence de Paris.

Requête des pays les plus pauvres, l’adaptation à la crise climatique est reconnue comme une priorité aussi prégnante que la réduction des émissions. Le principe des « loss and damages » (« pertes et dommages ») réclamé par les États insulaires pour se garantir une aide supplémentaire face au risque de submersion est reconnu. Enfin, le fonds vert a atteint les 10 milliards de dollars de promesses (cinq ans après sa création à Copenhague).

« La plupart des décisions les plus difficiles sont renvoyées à Paris, constate l’avocat néo-zélandais David Tong, analyste sur le site Adopt a negociator. Nous n’avons tout simplement pas discuté de la forme légale de l’accord de 2015. Des idées essentielles sont reléguées dans des clauses préambulatoires sans aucune force juridique. Pour que Paris ne soit pas une autre conférence inutile, nous piégeant dans un cycle infini de conférences décidant de prolonger d’éternelles négociations, il faudra que les choses se passent différemment. »

Même sur les financements, la situation est loin d’être réglée. Si les discussions sur le fonds vert ont bien avancé (reste à verser l’argent maintenant), quels effets sur le reste de l’économie réelle ? L’économiste britannique Nicholas Stern, auteur du fameux rapport sur le coût de l’inaction face au dérèglement climatique en 2006, et coauteur du New climate economy report en 2014, alerte dans le Guardian : « Dans les 15 prochaines années, jusqu’à 4 milliards de milliards de dollars seront investis chaque année dans les pays émergents et en voie de développement pour les infrastructures de routes et de BTP. Ce sont ces investissements qu’il faut transformer. Si on y arrive, la croissance économique peut être forte, plus propre, plus efficace, plus respectueuse de la biodiversité, soutenable et bien plus souhaitable. Si ces investissements enferment les pays dans des économies très carbonées, avec de la croissance sale, générée par des carburants fossiles, le monde ne pourra pas atteindre son objectif de maintenir le réchauffement à moins de 2°. »

« Nous allons reprendre le pouvoir que nous ont confisqué ceux qui n'agissent pas dans notre intérêt. Nous résisterons aux velléités d'imposer un "accord mondial sur le climat" qui ne fasse rien pour le climat et encore moins pour les populations, déclarent plusieurs dizaines de mouvements de justice climatique. Ici à Lima, ils ont essayé de nous enterrer. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que nous sommes des graines qui écloront des sillons de la résistance. » Il leur reste moins d’un an pour sortir des déclarations incantatoires et trouver le moyen de se faire entendre des gouvernements.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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Dimanche 30 novembre 2014 7 30 /11 /Nov /2014 22:34

 

 

Source : www.leap2020.eu

 

 

Extrait GEAB 89 : La crise de l’industrie pétrolière

 

 


La baisse actuelle des prix du pétrole précisément causée par cette stratégie du désespoir est en train de casser l’industrie du pétrole/gaz dans son ensemble. La crise ukrainienne, loin de permettre à l’Occident de faire main basse sur la Russie, est en train de l’obliger à repenser sa dépendance à l’Europe comme client de son gaz .


Extrait GEAB 89 : La crise de l’industrie pétrolière
Figure 7 – Exportations du gaz russe, par origine, 2012. Source: EIA

Toutes ces transformations radicales de la géopolitique du pétrole sont à la fois cause et conséquence d’une crise qui est souvent ignorée : celle de l’industrie pétrolière. On l’avait crue sauvée grâce au schiste (71); elle se perd à cause du schiste.

Dorénavant, de nombreuses entreprises fuient en effet l’extraction du pétrole de schiste : que ce soit à cause d’une rentabilité trop faible, comme au Texas (72), dans le nord-est des États-Unis (73), ou encore en Pologne (74) ; à cause de protestations contre son exploitation en Angleterre (75) et en Roumanie (76); ou à cause des sanctions contre la Russie (77)… Les victimes sont innombrables. Le pétrole à 80$ commence à semer la panique, et un article annonce déjà les premiers signes d'un ralentissement des forages (78).

Les plus grandes compagnies elles-mêmes sont obligées de vendre de nombreuses activités pour se renflouer (79) ; leur production baisse drastiquement alors que les investissements nécessaires sont de plus en plus importants (cf. figure ci-dessous) ; les entreprises sont toutes de plus en plus endettées (80); l’exploitation de pétrole (de schiste, notamment) risque à tout moment de n’être plus rentable si le baril s’installe durablement sous les 80$ ; les financements sont de plus en plus difficiles en ces temps de disette économique, etc.



Extrait GEAB 89 : La crise de l’industrie pétrolière
Figure 8 - Dépenses d'investissement de capital (rouge) et production (gris) des 11 plus grandes compagnies pétrolières. Source : Bloomberg


2015 : risque majeur sur les marchés pétroliers

L’industrie pétrolière est bien mal en point. La crise systémique mondiale, touchant le pays au cœur du système – les États-Unis –, touche évidemment l’ingrédient principal de leur domination des 40 dernières années : le pétrodollar. Il n’est donc guère surprenant que l’instabilité frappe l’économie du pétrole de plein fouet.

Le mirage du schiste est de plus en plus documenté. Les estimations optimistes prévoient une production en hausse ou constante jusqu’en 2020 environ (seulement), les autres considèrent qu’un déclin est probable dès 2016. Le prix du pétrole, qui a baissé jusqu’à tutoyer les 80$/baril depuis quelque temps déjà, va précipiter les pertes des compagnies pétrolières... et les mêmes acteurs qui ont eu intérêt à participer à la grande escroquerie du schiste dans la décennie 2000 vont désormais avoir intérêt à s’en retirer, et même à la révéler pour permettre aux prix de remonter et leur permettre de survivre.

Il est probable que l’Arabie Saoudite, première perdante de la stratégie américaine, ait décidé d’arrêter le jeu en précipitant les cours à la baisse, obligeant l’escroquerie à être révélée et un marché d’offre et de la demande à se remettre en place.
Cela dit les dégâts sont immenses, une fois de plus. Le système antérieur de gouvernance mondiale de l’énergie est définitivement cassé. Et si un nouveau système n’est pas inventé dans les plus brefs délais, l’Europe est bien placée pour savoir à quoi s’attendre dans un système dérégulé d’accès aux ressources énergétiques où la loi des plus forts domine.

Le pétrodollar s’effrite en outre à grande vitesse. Tous ces facteurs convergent vers un choc sur le marché du pétrole dans les deux ans qui viennent. Les temps vont être durs pour les compagnies pétrolières. Puisque celles-ci représentent une part importante des capitalisations boursières mondiales, l’effet domino sur les bourses et sur l’économie ne tardera pas. Un énorme choc sur les marchés financiers pourrait survenir en 2015 qui ne soit pas le fait d’une banque cette fois, mais d’un maillon de l’industrie pétrolière.

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Notes:
(71) On parle beaucoup de la dépendance énergétique de l’Europe à la Russie. Non seulement le gaz russe fait partie de la stratégie d’indépendance énergétique de l’UE, qui a besoin du maximum de fournisseurs pour l’assurer (Norvège, Algérie, Canada… et Russie), mais, en réalité, s’il y a(vait) dépendance, c’était bien plus du côté de la Russie qu’elle était, dont 80% de la production gazière part vers l’UE et l’Ukraine (les 20% restants allant vers la Turquie –voir graphique). L’UE a certainement compté sur cette dépendance pour faire plier la Russie et l’obliger à négocier à ses conditions. Mais le monde a changé… C’est ce que les idéologues oublient par nature toujours.
(72) Source: MA&H, 19/12/2013.
(73) Sources : Shale Markets (17/07/2013) ; Shale Energy Insider (16/04/2013).
(74) Source: Sofia Globe, 10/05/2013.
(75) Source: C2ST, 16/08/2013.
(76) Source: AP, 07/12/2013.
(77) Source: PetroGlobalNews, 24/09/2014.
(78) Source: OilPrice, 10/11/2014.
(79) Sources : New York Times (20/01/2014) ; Oil Man (17/03/2014).
(80) Source: Houston Public Media, 07/07/2014.

 

Jeudi 27 Novembre 2014

 

Source : www.leap2020.eu

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Lundi 20 octobre 2014 1 20 /10 /Oct /2014 18:30

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

 

Greenwashing

Comment EDF prétend lutter contre le réchauffement climatique… en délocalisant sa pollution en Europe de l’Est

par Rachel Knaebel 20 octobre 2014

 

 

 

EDF n’est pas avare de louanges sur ses efforts pour lutter contre le réchauffement climatique. Problème : ses discours collent mal avec la réalité. Car si l’entreprise réduit ses émissions de CO2 en France, elle les augmente en Europe de l’Est où elle investit largement dans des centrales à charbon, très polluantes, en Pologne ou dans l’ex-Yougoslavie. Une stratégie qui pose également la question du rôle de l’Etat français, son actionnaire à 84%, alors qu’une loi sur la transition énergétique vient d’être votée. Une transition énergétique qui ne semble pas s’appliquer à l’entreprise publique en dehors des frontières de l’Hexagone.

Le communiqué est presque triomphant : « Dans sa lutte contre le changement climatique, EDF franchit une étape majeure dans la maîtrise de son empreinte carbone, en divisant par deux ses émissions de CO2 en France à horizon 2016 » [1]. L’entreprise, dont l’État français est actionnaire à 84%, aurait-elle enfin lancé sa transition énergétique, délaissant les énergies nocives pour le climat au profit des énergies renouvelables ? EDF demeure le premier producteur d’électricité nucléaire au monde, défendant l’énergie atomique comme le « pivot d’une production d’électricité compétitive, sûre et sans CO2. » Pour ce qui est de la sûreté, chacun appréciera (voir notre dossier sur le sujet).

Ce que le groupe se garde bien de souligner, c’est qu’il investit dans le charbon, en particulier en Europe de l’Est. Or, ce combustible est un gros émetteur de CO2. Dans ses communiqués et ses rapports annuels, l’entreprise range la plupart du temps ses centrales à charbon sous l’appellation générale de « centrales thermique », qui englobe aussi les installations qui fonctionnent au fioul ou au gaz naturel. En France, EDF gère encore six centrales à charbon [2]. Plusieurs fermeront dans les prochaines années parce qu’elles ne respectent pas les nouvelles normes européennes en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Les autres seront modernisées. À l’étranger en revanche, le groupe français continue de promouvoir cette énergie particulièrement polluante. Via des rachats d’entreprises ou des partenariats, EDF exploite des centrales au charbon au Royaume Uni, en Pologne, et prévoit d’en construire de nouvelles en Serbie, voire en Croatie. En Grèce, l’énergéticien français convoiterait des mines de lignite en cours de privatisation.

EDF augmente ses émission de CO2

Résultat : même si en France, EDF se prévaut d’avoir divisé ses émissions de CO2 par deux depuis 1990, à l’étranger, elles augmentent. Pire, EDF consomme même de plus en plus de charbon : 25 millions de tonnes en 2013, quatre millions de tonnes de plus qu’en 2011 [3]. Conséquence logique, l’entreprise publique relâche de plus en plus de CO2 dans l’atmosphère : 80 millions de tonnes de CO2 émises en 2013, soit dix millions de tonnes de plus qu’en 2011. Seule différence : ces émissions supplémentaires, EDF les transfèrent à l’est. Pas sûr que la ministre de l’Écologie Ségolène Royal apprécie.

Car ce ne sont pas les nouveaux projets polluants qui manquent. En 2012, EDF rachetait le groupe énergétique italien Edison. Et avec lui son projet de construction d’une nouvelle centrale à charbon sur le site minier de Kolubara, à une soixantaine de kilomètres au sud de Belgrade, en partenariat avec le groupe serbe EPS. La nouvelle centrale, appelée Kolubara B, fonctionnera au lignite, la forme la plus polluante du combustible fossile, et sera alimentée par les mines de charbon à proximité. De nouveaux puits sont donc en train d’être forés. Une calamité pour les habitants des villages environnants.

Un millier de foyers pourrait être déplacé pour agrandir la mine. La qualité de l’air est déjà affectée par les rejets de la centrale existante. Les eaux et les sols sont contaminés par des métaux lourds. Et l’approvisionnement en eau est altéré par les activités de la mine et de la centrale. « Il y a encore trois jours, la consommation de l’eau du robinet était restreinte dans la zone autour de la mine, témoigne Zvezdan Kalmar, de l’association environnementale serbe Centre pour l’écologie et le développement durable (Cekor). Ce genre de restriction est régulier. Et quand ça arrive, ça ne dure pas quelques heures, mais plusieurs jours. Il n’y a pas de système d’épuration des eaux usées de la centrale. Elles sont simplement pompées puis jetées dans la rivière. »

En Serbie, un projet entaché de pollution et de corruption

Le conseil municipal de Vreoci, le village qui doit être déplacé et démoli pour agrandir la mine, avait déposé une plainte en août 2012, auprès de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). En cause : le soutien financier de l’institution à un projet d’aménagement de la mine. Dans le document, les élus de Vreoci signalaient une pollution persistante des nappes phréatiques de la commune et une diminution « sévère » des ressources en eau. « Le réseau d’approvisionnement en eau est médiocre sur toute la zone d’exploitation du bassin de lignite de Kolubara, particulièrement à Vreoci. (…) Les jardins d’enfants, les écoles et les cliniques n’ont pas d’approvisionnement régulier en eau potable [4]. », ajoutait le conseil municipal. L’arrivée d’EDF, si soucieuse de son « empreinte carbone » et du développement durable, va-t-elle changé les choses ?

« La gestion des résidus miniers de Kolubara n’est pas satisfaisante », constate Malika Peyraut, chargée de campagne aux Amis de la Terre, qui s’est rendue sur place en 2013. Cette année-là, plusieurs habitations du village de Junkovac, au nord de la mine,ont été ensevelies par des éboulements causés par l’activité minière. En mai dernier, les inondations qui ont touché les Balkans n’ont pas épargné le bassin de Kolubara. Les mines se sont retrouvées immergées. « Quand les inondations ont touché la zone et que les rives ont cédé, elles ont emportée avec elle un amas de résidus de la centrale à charbon et ont dispersé la boue noire autour du village. Les habitants sont maintenant inquiets, ils ne savent pas ce que contiennent ces résidus et demandent au gouvernement de procéder à des tests », signale en juillet 2014 l’association serbe Cekor.

Pendant ce temps, la France accueille la Conférence internationale sur le climat...

Il n’y a pas que l’environnement et la santé des habitants. Kolubara a aussi fait les gros titres de la presse serbe pour des affaires de corruption. En 2011, l’ancien directeur de la mine est arrêté aux côtés de 16 autres responsables du groupe énergétique EPS ou de fournisseurs dans le cadre d’une enquête autour d’irrégularités [5]. Une nouvelle vague d’arrestations s’est déroulée en septembre 2013. A cause, cette fois, d’irrégularités autour des expropriations des habitants touchés par les projets d’extensions des mines.

Que vient faire EDF dans cette galère ? Qu’en est-il donc de la stratégie d’« économie décarbonné », prônée par l’entreprise publique ? Ne vaut-elle pas dans cette partie de l’Europe ? « Il y a un double discours de l’État français », accuse Malika Peyraut, des Amis de la terre. « D’un côté, la France accueille la Conférence internationale sur le climat (Cop 21) en 2015, mais de l’autre, EDF, dont l’État est actionnaire à 84 %, investit dans des projets polluants comme le charbon. Nous demandons que les investissements d’entreprises dont l’État est actionnaire n’enferment pas des pays dans des stratégies de dépendance au carbone. En Serbie, il y a un potentiel pour développer l’hydraulique et l’éolien. Si EDF veut vraiment exporter ses installations, elle pourrait au moins apporter ses technologies en matière d’énergies renouvelables ! »

En Croatie, le charbon plutôt que le soleil

La question se pose aussi en Croatie. EDF, toujours à travers sa filiale Edison, y est candidate pour construire une nouvelle centrale à charbon, Plomin C. L’entreprise publique d’énergie croate décide finalement de donner le marché au conglomérat formé par Alstom et l’entreprise japonaise Marubeni. Edison est arrivé troisième. « Mais rien n’est définitivement décidé pour l’instant », précise Pippa Gallop, de l’ONG néerlandaise Bankwatch, qui suit de près les investissements dans le charbon en Europe de l’est.

Là encore, la nouvelle centrale doit en remplacer une plus ancienne. Elle devra doubler la production électrique issue du charbon dans le pays, plutôt que de développer le potentiel en énergie renouvelables de la Croatie, en particulier le solaire. « La Croatie ne dispose pas de charbon en propre. Ce qui devrait déjà être une raison suffisante pour arrêter d’utiliser ce combustible et se tourner plutôt vers les énergies renouvelables, pour lesquelles nous disposons d’un potentiel énorme », souligne Zoran Tomic, de Greenpeace Croatie. « En plus du projet de Plomin C, il y aussi des plans pour construire une autre centrale à charbon dans la ville de Ploce », dans l’extrême sud du pays. « Dans le même temps, la Croatie, l’un des pays les plus ensoleillé d’Europe, a moins de capacité installée en énergie solaire que la ville slovène de Maribor, qui est une station de ski », regrette le militant.

De gros investisseurs se retirent du charbon

Mais c’est surtout en Pologne qu’EDF mise à fond sur le charbon. Le groupe français y exploite notamment la centrale de Rybnik, qui fonctionne intégralement au charbon avec une puissance équivalente à la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim. EDF la modernise pour la faire fonctionner jusqu’en 2030. La réduction des émissions de CO2 n’y est pas d’actualité : seuls 4% de la production d’électricité polonaise d’EDF provient des énergies renouvelables, contre 90% pour le charbon (et 4% pour le gaz). Et la transition énergétique ? Les entreprises dont l’Etat française est actionnaire semble l’ignorer au-delà des frontières orientales. EDF n’est pas la seule : GDF Suez, dont la France est actionnaire à 36,7%, exploite également une centrale au charbon en Pologne et prévoit d’en ériger une près de la frontière Ukrainienne.

En investissant tous azimuts dans le combustible très polluant, EDF, et donc l’État français, vont à l’encontre d’une tendance internationale. « Plusieurs banques multilatérales d’investissement ont récemment émis des critères pour leurs soutiens aux projets énergétiques qui excluent la plupart des installations au charbon. Des pays du Nord de l’Europe ont également décidé d’arrêter de soutenir des projets dans le charbon à l’étranger », indique Malika Peyraut. Depuis 2013, les États-Unis, le Royaume Uni, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, l’Islande, et la Suède ont annoncé cessé ou limiter leurs soutiens à de nouvelles centrales à charbon à l’étranger. Le tout nouveau gouvernement suédois, composé de sociaux-démocrates et d’écologistes, pourrait même pousser le groupe énergétique Vattenfall à abandonner ses projets de nouvelles mines de lignite en Allemagne. Une posture similaire est adoptée par des banques multilatérales de développement, comme la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd).

« EDF sera demain l’entreprise la plus responsable »

En Serbie, la Berd, qui avait annoncé une aide de 400 millions d’euros pour la centrale Kolubara B, s’est retirée du projet en 2013. « EDF au contraire a plutôt pris le parti de participer aux côtés d’autres grandes groupes énergétiques à l’initiative Better coal (meilleur charbon), qui vise à redorer l’image du charbon, constate Malika Peyraut. L’idée est qu’il est possible de faire du charbon propre et équitable. Mais les critères définis sont flous et non contraignants. C’est du maquillage. » EDF vend par exemple ses nouvelles centrales à charbon comme plus propres. Elles produisent certes plus d’électricité avec moins de charbon, mais continuent d’émettre de grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère.

Lors de la dernière assemblée générale d’EDF, en mai, les Amis de la terre ont interrogé Henri Proglio, PDG d’EDF, sur les intentions du groupe en Serbie. « Je ne voudrais pas qu’on s’appesantisse sur tel ou tel projet qui n’ont pas encore vu le jour », a-t-il répondu [6]. Avant d’ajouter : « EDF est et sera demain l’entreprise la plus responsable en matière de protection contre les gaz à effet de serre. » Il serait temps de se mettre au boulot. En attendant, EDF est nominé cette année au Prix Pinnochio, un palmarès des entreprises très polluantes ouvert au vote des internautes, dans la catégorie « plus vert que vert ».

Rachel Knaebel

CC : Meriol Lehmann

 

Notes

[1Voir le communiqué d’EDF du mois de juin 2014.

[2Au Havre, à Cordemais (Loire-Atlantique), Bouchain (Nord), La Maxe (Moselle), Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Blénod-lès-Ponts-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).

[3Rapport annuel 2013, p 59.

[4Voir le texte de la plainte ici, p 18.

[5Voir le rapport "Winners and loser. Who benefits from high level corruption in the South East Europe energy sector ?” publié en juin 2014.

[6À écouter ici, à 2 heure 21 minutes.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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Lundi 6 octobre 2014 1 06 /10 /Oct /2014 20:03

 

 

Source : www.reporterre.net


 

Ecologie

Auto électrique : la grande arnaque

Barnabé Binctin (Reporterre)

samedi 4 octobre 2014

 

 

 

Alors qu’on appelle le contribuable à se serrer la ceinture pour combler les déficits publics, l’Etat va dépenser des dizaines de milliards d’euros pour développer la voiture électrique. Une obsession estampillée « transition énergétique » qui oublie totalement le coût financier et environnemental exorbitant de la voiture électrique, et qui vise simplement à maintenir le nucléaire.


« La Zoé coûte 21 000 euros, mais avec le bonus à l’achat, elle baisse à 15 000 euros, soit le prix d’une Clio ». L’argument est huilé, le calcul prêt à l’emploi. Vincent Carré, directeur commercial de la gamme électrique de Renault, qui l’expose à Reporterre, le répètera maintes fois lors du Mondial de l’automobile qui s’ouvre aujourd’hui à Paris. Zoé ? Le modèle électrique phare du groupe automobile.

Avec l’appui massif du gouvernement et du lobby nucléariste : la voiture électrique sera « La voiture de demain en France » selon le ministre de l’économie Emmanuel Macron.

Le ministre de l’économie a donné un nouveau coup d’accélérateur au dispositif : une prime de reconversion de 3.700 euros peut s’ajouter à la subvention existante de 6.300 euros, portant ainsi le total du bonus à 10.000 Euros. Et l’augmentation sensible des bornes de recharge électrique, avec un objectif de 16.000 en France d’ici la fin de l’année 2014, en vue d’atteindre les sept millions d’ici 2030. Aux frais de l’Etat, donc du contribuable, appelé par ailleurs à se serrer la ceinture pour combler les déficits publics.

La loi de transition énergétique : dites plutôt, la loi de l’auto électrique

Le projet est au cœur de la loi sur la transition énergétique, soumis actuellement au vote des députés, qui réjouit l’entreprise Renault, dont l’électrique est un pilier de la stratégie : « La confirmation des aides d’Etat et le niveau d’infrastructures appelées à être développées doivent nous permettre de sortir du marché de niche », dit Vincent Carré. Alors que le parc électrique français représente aujourd’hui 20 000 véhicules, Renault espère franchir rapidement le palier des 100 000 véhicules électriques par an.

Mais pour Lorelei Limousin, chargée de mission au Réseau Action Climat (RAC), « il y a une focalisation excessive sur la voiture électrique, alors même que le sujet n’a pas émergé dans le Débat National sur la Transition Energétique. Il n’était pas question de la voiture électrique dans les recommandations qui en sont issues ».

L’attention portée aux véhicules électriques tranche d’autant plus que le transport est totalement oublié par la loi, qui est muette sur le report modal ou les transports en commun.

En réalité, une première loi est passée dans le silence de l’été, le 4 août dernier : elle vise à faciliter « le déploiement d’un réseau d’infrastructures de recharge de véhicules électriques sur l’espace public » (Voir ici le texte de la loi n°2014-877). Celle-ci exempte de toute redevance l’Etat lors de l’installation des bornes. « C’est une loi d’exception pour favoriser au plus vite le développement de la voiture électrique » dénonce Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire.

Un empressement qui fait d’ailleurs l’impasse sur les études d’impact : « Un amendement a été déposé pour demander l’évaluation des impacts de la voiture électrique, mais il a été refusé par Mme Royal au motif que le réseau n’était pas assez développé pour qu’on puisse les mesurer… On fonctionne complètement à l’envers », constate Lorelei Limousin.

« Un gouffre financier »

Il s’agit en fait d’un passage en force, juge Stéphane Lhomme : « Avec les sommes astronomiques mises en jeu, cela mériterait un grand débat de société ». Car le dispositif coûte cher : 42 milliards a minima. En juillet, Reporterre avait révélé les hésitations troublantes de la ministre de l’Écologie sur le coût de la mesure et son financement, en particulier celui de l’installation des bornes de recharge. Si la fourchette d’estimation reste large à défaut de clarification depuis – entre 5 000 et 20 000 euros la borne – le coût global pourrait s’alourdir au gré des évolutions techniques dans les prochaines années : « Le risque d’obsolescence est important sur ce genre de technologie », note M. Lhomme.

Rien ne semble par ailleurs garantir l’amortissement des investissements. Au début de l’été, un rapport de la Chambre régionale des Comptes d’Aquitaine révélait la mauvaise expérience du véhicule électrique en Poitou-Charente à la fin des années 2000, au moment où Ségolène Royale présidait le Conseil Régional.

Outre les critiques quant à une gestion opaque des aides, le rapport mettait en relief le « gouffre financier qu’a creusé le soutien ‘‘important et inconditionnel’’ de l’ancienne présidente du Poitou-Charentes », alors que son projet s’est soldé par la liquidation de la PME en mai 2012…

PDF - 574.7 ko

- Le rapport -

Mais côté constructeur, on défend le soutien de l’Etat dans une filière qui représente quatre milliards d’euros d’investissement au total, chez Renault : « C’est une technologie produite en France, qui sert donc l’économie nationale. Les aides publiques vont relancer le secteur industriel et créer de l’emploi », assure Vincent Carré.

L’augmentation de la consommation d’électricité ?

La facture pourrait encore s’alourdir si l’on en croit les derniers travaux sur le coût du nucléaire qui annoncent la hausse du prix de l’électricité : « Que ce soit à travers le grand carénage des centrales ou par l’introduction de l’EPR, il y aura un renchérissement du prix de l’électricité dans les prochaines années », estime Benjamin Dessus, ingénieur et économiste président de Global Chance.

Le développement du parc automobile électrique n’implique-t-il pas, à terme, une augmentation de la consommation d’électricité ? Chercheur à l’IDDRI, Andreas Rüdinger tempère : « Développer la voiture électrique ne va pas forcément mener à une électrification à outrance. En partant de la consommation actuelle d’une Renault Zoé (12 kWh/100km) et à raison d’une distance moyenne de 15 000 km par an, mettre dix millions de véhicules électriques sur les routes en France [soit environ un tiers de l’ensemble du parc automobile estimé à 35 millions de véhicules, ndlr] à l’horizon 2030, cela représenterait une consommation d’électricité de 18 TWh sur l’année. Soit, en volume, moins de 4 % de notre consommation totale d’électricité actuelle (500 TWh) ».

L’objectif politique affiché étant de deux millions de véhicules électriques d’ici 2020, l’effet reste donc marginal en termes de consommation d’électricité. L’impact, toutefois, serait beaucoup plus conséquent sur le réseau de distribution, « avec des risques de pointe qui pourraient considérablement perturber le réseau », selon Benjamin Dessus.

Le constructeur dénonce cette approche : « On joue souvent sur la sidération en imaginant des scénarios anxiogènes où toutes les voitures se brancheraient au même moment. L’enjeu, c’est la recharge nocturne, car la nuit, nous avons une disponibilité d’électricité colossale et le réseau électrique est largement capable de supporter la demande, affirme Vincent Carré. Et avec une autonomie d’au moins 150 kilomètres alors que 40 % des voitures en Europe font moins de 100 kilomètres par jour, on ne rechargera pas quotidiennement ».

La controverse reste ouverte. Avec des durées de rechargement à domicile de huit à dix heures, d’aucuns craignent des moments de pointe sur le réseau, à l’heure du retour du bureau ou le week-end. « A l’image de ce qui se passe déjà l’hiver avec le chauffage, compare Stéphane Lhomme. La solution serait alors la même : on rechargerait alors avec de l’électricité venue d’Allemagne et produite par… du charbon ».

Le mythe de la voiture propre

En plus d’alourdir la balance commerciale française, l’argument remet en cause celui que ressassent les industriels : « La voiture électrique est la seule solution en main pour réduire les émissions de CO2. Elle est rapide à mettre en œuvre, et même en période d’austérité, ce n’est pas à vous que je vais apprendre qu’il ne faut pas attendre pour s’attaquer à ce problème ! », nous assure à nouveau Vincent Carré.

L’idée d’une voiture neutre en CO2 a pourtant été battue en brèche. En novembre 2013, une étude de l’ADEME analyse les émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du cycle de vie de la voiture électrique. Le résultat est marquant : une voiture électrique « rentabilise » son impact CO2 à partir de 50 000 km en France, et de 100 000 en Allemagne – une différence qui s’explique par l’alimentation électrique au charbon, à hauteur de 44 % outre-Rhin.

Nouveau calcul : « Cela revient à une moyenne de 15 kilomètre par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans. En dessous, la voiture électrique est moins efficiente en CO2 qu’une voiture thermique », dit Stéphane Lhomme. Avec l’Observatoire du nucléaire, il a récemment obtenu du Jury de déontologie publicitaire le retrait des adjectifs « propres », « vert » ou « écologique » qu’utilisaient les constructeurs automobiles pour qualifier la voiture électrique...

 

*Suite de l'aricle sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

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Mardi 9 septembre 2014 2 09 /09 /Sep /2014 17:16

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

En Bretagne, l’Etat fait du zèle pour sauver une centrale à gaz controversée

|  Par Jade Lindgaard

 

 

 

Brancher la Bretagne sur les éoliennes irlandaises ? Le projet est à l'étude. Malgré l'opposition du préfet de région, qui milite, lui, pour l'installation d'une centrale thermique fossile à Landivisiau.

C’est une procédure de consultation citoyenne comme il en existe des milliers en France : le 15 septembre, s’ouvre en Bretagne une enquête publique concernant un projet de centrale à gaz à cycle combiné à Landivisiau (Finistère), développé par la Compagnie électrique de Bretagne (CEB), une société créée par Poweo-Direct Energie et Siemens. Jusqu’à la fin du mois d’octobre, les habitants sont invités à consulter le dossier du futur site de production d’électricité et à faire connaître leur avis. 


Aire d'étude de la centrale à gaz de Landivisiau (extrait de l'avis de l' Autorité environnementale) 
Aire d'étude de la centrale à gaz de Landivisiau (extrait de l'avis de l' Autorité environnementale)

Ce qu’ils ignorent, c’est que l’État a suivi de très, très près les conditions de déroulement de cette opération. Au point de demander à RTE, la filiale d’EDF chargée de transporter l’électricité, de reporter ses études sur une éventuelle interconnexion sous-marine avec le réseau irlandais. Motif : « Le lancement de telles études risque d’être perçu comme un mauvais signal pour l’avenir de la centrale de Landivisiau. » En effet, s’il semble possible de brancher les consommateurs bretons sur le courant électrique issu des éoliennes irlandaises, l’utilité d’une nouvelle centrale électrique sur place pourrait se réduire. C’est pourquoi le préfet de région, Patrick Strzoda, écrit à la présidence du directoire de RTE, en avril dernier : « Je souhaiterais a minima qu’aucune étude ne soit menée près des côtes avant les élections régionales. Un tel calendrier éviterait un télescopage avec l’enquête publique de la centrale. » C’est ce qu’il écrit noir sur blanc dans un courrier que Mediapart s’est procuré, et que nous reproduisons ci-dessous.


Copie de la lettre du préfet de Bretagne (1/2). 
Copie de la lettre du préfet de Bretagne (1/2).

Suite de la lettre du préfet de Bretagne (2/2). 
Suite de la lettre du préfet de Bretagne (2/2).

On y découvre les préoccupations très politiques du préfet qui répercute « les fortes inquiétudes » du conseil régional, « à une échéance proche des élections régionales », qui « craint » que ces études « ne soient perçues comme un mauvais signal pour le développement des projets énergétiques renouvelables en Bretagne ». Terre socialiste, la région Bretagne était présidée jusqu’en 2012 par Jean-Yves Le Drian, actuel ministre de la défense, et très proche de François Hollande.  

On y lit encore sa suggestion de « recours rémunéré » aux navires pêcheurs bretons pour les repérages en haute mer de ces mêmes études, pour en « faciliter l’acceptation sociale ». Une manière d’huiler les rouages de l’opinion publique. 

Interrogée par Mediapart au sujet de ce courrier, la préfecture de Bretagne répond que « c’est pour éviter tout risque de confusion que le Préfet de la Région Bretagne avait demandé à RTE de tenir compte du déroulement de l'enquête publique dans le calendrier des études du projet d'interconnexion », car « la concomitance des calendriers aurait pu générer un risque important de confusion dans l’esprit des citoyens ».

Pour Alain Le Suavet de l’association Gaspare qui regroupe des opposants à la centrale, « le courrier du préfet est une forme de barrage à l’enquête publique, elle ne peut plus se dérouler comme prévu ». Son association demande l'arrêt du projet, ainsi que la remise à plat du Pacte électrique breton, le document de planification de l’offre énergétique en Bretagne jusqu’en 2020. Préparé par l’État, la région et RTE en 2010, c’est lui qui donne le top départ au projet de centrale à gaz : « L’implantation d’un nouveau moyen de production classique au nord-ouest de la Bretagne s’avère indispensable, et ce le plus rapidement possible », explique le document, car « le déséquilibre structurel entre la production et la consommation bretonne expose l’ensemble de la Bretagne à un risque généralisé d’écoulement de tension ». Cette centrale doit servir d’appoint au réseau en période de pointe, ce pic de consommation d’électricité en fin de journée, alors que chacun rentre chez soi. Les logements bretons sont souvent équipés de chauffage électrique, très énergivore.

Selon les estimations du « pacte » d'après leur scénario de référence, la consommation d’électricité devait atteindre autour de 22,5 térawattheures (TW-h) en 2013 en Bretagne, alors qu’en réalité, elle a plafonné à 21,7 TW-h, soit bien en deçà de ce qu’ils craignaient. Pour Gaspare, la centrale est désormais inutile. Les opposants ont publié leur propre scénario d’évolution du système énergétique, beaucoup plus complet et précis que celui de l’État. Ils s’appuient notamment à moyen terme sur des interconnexions avec les réseaux européens d’énergies renouvelables, notamment éolienne. 

Pour Michel Rolland, militant EELV, « la centrale de Landivisiau est devenue un grand projet inutile ».

« Une énorme diversion d’argent public »

En réalité, les études de faisabilité ont tout de même eu lieu l’été dernier, explique Didier Beny, délégué RTE Ouest : au mois d’août, pendant une dizaine de jours, pour cartographier les fonds marins. Malgré la demande de la préfecture. « On leur a expliqué qu’on n’avait pas le choix », explique-t-il : les conditions météo limitent la fenêtre d’intervention et les navires nécessaires à l’opération sont très demandés et donc peu disponibles. Les études doivent se prolonger l’année prochaine, une décision pourrait être prise au plus tôt fin 2016. Soit après les futures élections régionales (prévues fin 2015). 


Vue du projet de centrale de Landivisiau (extrait de l'avis de l'Autorité environnementale). 
Vue du projet de centrale de Landivisiau (extrait de l'avis de l'Autorité environnementale).

Mais selon la filiale d’EDF, ce projet d’interconnexion sous-marine n’a rien avoir avec la centrale à gaz de Landivisiau : « Ce ne sont pas du tout les mêmes échéances de temps. Si l’interconnexion avec le réseau d’EirGrid, l’opérateur irlandais, se fait un jour, ce sera à l’horizon 2025/2030 ». Selon le pacte électrique breton, les 450 Mégawatts (MW) de la centrale de CEB sont indispensables à l’horizon 2020. Elle devrait bénéficier d’un tarif d’achat (financé par la contribution au service public de l’électricité, la CSPE, prélevée sur la facture des clients) de 94 euros par megwatt-heure (MW-h) pendant vingt ans. 

Sans craindre de se contredire, la préfecture de Bretagne précise encore à Mediapart que « les deux projets d'interconnexion France Irlande et de la centrale à gaz de Landivisiau sont des projets totalement différents », à la fois « dans leurs enjeux, leur périmètre et les délais de mise en œuvre ainsi que leur degré de maturité ». Sans expliquer alors pourquoi deux projets si radicalement différents risquaient de créer la confusion dans l’esprit des Bretons. 

« La construction de cette centrale n’est pas souhaitable en l’état du système énergétique breton, surtout qu’il existe un fort potentiel éolien en Bretagne », considère Cyrille Cormier, de Greenpeace France : « On met la charrue avant les bœufs en essayant de répondre à la stabilité d’un territoire en augmentant la capacité de sa production d’énergie. »
 
Pour Yannick Jadot, eurodéputé EELV pour l’ouest de la France, « on est dans un projet totalement délirant, avec une triple incohérence : par rapport aux enjeux de la transition énergétique en Bretagne, par rapport au projet européen d’interconnexion des réseaux électriques et c’est aussi une énorme diversion d’argent public ».

Si elle est confirmée, la centrale de Landivisiau nécessiterait la construction d’un gazoduc de 111 km de long, qui traverserait plusieurs zones humides, alerte l’Autorité environnementale. Ses impacts environnementaux ne seraient donc pas uniquement climatiques.

Sur place, la mobilisation contre la centrale de Landivisiau est forte. Des réunions d'opposants ont rassemblé plusieurs centaines de personnes. À Landivisiau, ils ont été à deux doigts d’emporter les dernières élections municipales.

En Europe, le secteur du gaz est en pleine crise, suscitant la montée au créneau de Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, contre le système de tarif d’achat dont bénéficient les énergies renouvelables. Le gaz est délaissé, devenu plus cher que le charbon. L’hiver dernier en France, les centrales thermiques (fioul, gaz, charbon), qui assurent notamment les pics de demande, ont peu tourné, du fait en partie d’un hiver doux. Direct Energie a dû renoncer à son projet de centrale à gaz à Verberie (Oise), très contesté sur place. Son autre projet de centrale à Hambach (Moselle) vient d’être retoqué par la justice. Et l’ex-centrale thermique de  Poweo à Pont-sur-Sambre (Nord), revendue en 2010 au groupe autrichien Verbund, cherche un nouvel opérateur.

Ouvrir une centrale à Landivisiau est donc un objectif stratégique important pour Poweo-Direct Energie, entré sur le marché de l’électricité en France à la faveur de la libéralisation exigée par la Commission européenne, mais dépourvu de moyens de production, à part de petits barrages hydrauliques. Pourtant, dans ce contexte, la viabilité économique du site de Landivisiau semble fragile, et son activité promet d’être coûteuse en argent public : jusqu’à 40 millions d’euros par an pendant vingt ans, soit 800 millions d’euros.

L’ouverture d’une centrale de production d’électricité au gaz est-elle compatible avec la transition énergétique dont le projet de loi sera discuté par les députés à partir du 1er octobre ? Sollicité par Mediapart, le ministère de Ségolène Royal n’a pas répondu à nos questions.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Dimanche 9 mars 2014 7 09 /03 /Mars /2014 22:30

 

Source : www.reporterre.net

 

Ukraine, Thaïlande : derrière les révoltes, la crise de la civilisation fossile

Nafeez Ahmed (The Guardian)

vendredi 7 mars 2014

 

 

 

De l’Ukraine au Venezuela et à la Thaïlande, les révoltes se multiplient. Leur vrai cause : la triple crise alimentaire, énergétique et climatique. Ce que dit la rue, c’est que la civilisation a atteint sa limite de validité.

 


 

L’ère post-crise de 2008, y compris 2013 et début 2014, a vu la persistance et la prolifération des troubles civils sur une échelle jamais été vue auparavant dans l’histoire humaine. Rien que le mois dernier, nous avons assisté à des émeutes au Venezuela, en Bosnie, en Ukraine, en Islande et en Thaïlande.

Ce n’est pas une coïncidence. Les émeutes ont leurs racines dans l’effet des mêmes forces économiques régressives sur tous les continents de la planète. Ces forces elles-mêmes sont symptomatiques d’un processus plus profond, alors que nous passons de l’ancienne ère industrielle à base de combustibles fossiles vers autre chose.

Même avant que le printemps arabe ait éclaté en Tunisie en décembre 2010, les analystes de l’Institut des systèmes complexes de Nouvelle-Angleterre avait averti du danger de troubles civils liés à l’escalade des prix des denrées alimentaires : « Si l’indice des prix de la nourriture établi par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’élève au-dessus de 210, cela pourrait déclencher des émeutes dans de nombreuses régions du monde. »

Les jeux de la faim

Le scénario est connu. La flambée des prix alimentaires en 2008 a coïncidé avec l’éruption de l’agitation sociale en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Somalie, au Cameroun, au Mozambique, au Soudan , à Haïti, en Inde, entre autres.

En 2011, les hausses de prix ont précédé les troubles sociaux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord - Égypte, Syrie, Irak, Oman, Arabie saoudite, Bahreïn, Libye, Ouganda, Mauritanie, Algérie.

L’année dernière a vu les prix alimentaires atteindre pour la troisième année consécutive les niveaux les plus élevés jamais enregistrés depuis la création de l’indice, avec les flambées de violences correspondantes en Argentine, au Brésil, au Bangladesh, en Chine, au Kirghizistan, en Turquie et ailleurs.

 

 

En une dizaine d’années, l’indice des prix alimentaires de la FAO a plus que doublé, passant de 91,1 en 2000 à une moyenne de 209,8 en 2013. Comme le professeur Yaneer Bar-Yam, président fondateur de l’Institut des Systèmes Complexes, l’a déclaré récemment au magazine Vice :

« 210 sur l’indice de la FAO est le point d’ébullition et nous y sommes depuis dix-huit mois... Dans certains cas, le lien causal est évident, dans d’autres, étant donné que nous sommes sur le point d’ébullition, quelque chose d’autre déclenche les troubles. »

Mais l’analyse par Bar-Yam des causes de la crise alimentaire mondiale ne va pas assez loin pas. Elle se concentre sur l’impact de l’utilisation des terres agricoles pour les agro-carburants et la spéculation financière excessive sur les denrées alimentaires. Ces facteurs ne font qu’effleurer le problème.

La dangereuse dépendance au fossile



- Oléoduc en Ukraine -

 

Les cas récents de révoltes montrent le lien entre les troubles civils et un système alimentaire mondial de plus en plus volatil, mais aussi que la racine de ce problème se trouve dans la non-viabilité croissante de la dépendance chronique de notre civilisation aux combustibles fossiles.

En Ukraine, les chocs précédents des prix alimentaires ont eu un impact négatif sur les exportations de céréales, contribuant à l’intensification de la pauvreté urbaine en particulier. Les niveaux de l’inflation domestique sont sous-estimés dans les statistiques officielles : les Ukrainiens dépensent en moyenne près de 75 % de leurs revenus pour les factures domestiques.

De même, pour la majeure partie de l’année dernière, le Venezuela a souffert de pénuries alimentaires continuelles venant des dysfonctionnements de gestion, avec une inflation record sur dix-sept ans due surtout à la hausse des prix des denrées alimentaires.

Alors qu’ils sont dépendants d’importations alimentaires de plus en plus coûteuses, ces deux pays vivent une grave crise énergétique qui va s’approfondissant. L’Ukraine est un importateur net d’énergie, après avoir atteint un pic de sa production pétrolière et gazière en 1976. Malgré l’excitation sur ses potentiels de schiste, la production de pétrole de l’Ukraine a diminué de plus de 60 % au cours des vingt dernières années, à cause de problèmes géologiques et d’un manque d’ investissements.

Actuellement, environ 80 % du pétrole de l’Ukraine, et 80 % de son gaz sont importés de Russie. Les prix du gaz naturel russe ont presque quadruplé depuis 2004. Les prix de l’énergie sous-tendent la flambée de l’inflation qui entraine des taux de pauvreté terribles pour les Ukrainiens moyens, exacerbant les divisions sociales, ethniques, politiques et sociales.

La récente décision du gouvernement ukrainien de réduire considérablement les importations de gaz russe aggravera la situation, car les sources d’énergie alternatives moins chères sont rares. L’espoir que les sources d’énergie domestique pourraient sauver la situation sont minces, et ni le schiste, ni le nucléaire ne sont des solutions viables.

Un rapport fuité de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) révèle que les propositions de prêt de 300 millions d’euros pour rénover les 15 réacteurs nucléaires vieillissants appartenant à l’État vont doubler le prix de l’électricité d’ici 2020.

Le Venezuela malade de son cher pétrole

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 


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Mardi 25 février 2014 2 25 /02 /Fév /2014 18:26

 

Source : www.reporterre.net

 

Ecologie

Transparent, Internet ? Les statistiques sur la pollution industrielle sont devenues très opaques

Marie-Paule Nougaret (Reporterre)

mardi 25 février 2014

 

 

 

 

Naguère, le ministère de l’Environnement publiait des annuaires de la pollution industrielle, qui permettaient d’évaluer d’un coup d’oeil le hit-parade des pollueurs et leur identité. Aujourd’hui, tout est sur internet - mais c’est beaucoup moins clair et les plus gros pollueurs sont noyés dans le flou. Enquête.

 


 

Le ministère de l’Ecologie, qui s’appelait jadis ministère de l’Environnement, publie sur internet les statistiques officielles de pollutions industrielles. Il s’agit des pollutions dépassant les limites fixées par des autorisations de rejet dans l’air ou dans l’eau, parfois les deux.

La publication de ces données est prévue par un accord international, le Protocole de Kiev, conclu en 2003, et qui prévoit que chaque Etat signataire doit tenir un Registre des Rejets et Transferts de Polluants (sigle anglais PRTR) consultable électroniquement. C’est consultable, mais peu clair, comme on va le voir, et beaucoup moins que les brochures du ministère d’autrefois.

Léger retour en arrière : en 1976, l’Assemblée Nationale vote, à l’unanimité, la loi de protection de la nature. A l’unanimité, oui, on a peine à le croire, mais l’esprit de liberté de 1968 soufflait encore dans le cœur des députés. Le Concombre masqué, personnage de Mandryka, pouvait utiliser le nom d’un groupe industriel comme juron, tout le monde trouvait ça délicieux, nul ne songeait à lui chercher procès.

 


- Les aventures potagères du concombre masqué 1974 -

 

En 1978, nouvelle avancée : la loi sur l’accès des citoyens aux documents administratifs. Le ministère de l’Environnement, né en 1974, fournira désormais les statistiques de pollution à qui les demandera. Année après année, la présentation s’améliore, devient une Cartographie de la Pollution Industrielle, brochure sur papier recyclé. On y situe sur une carte les gros pollueurs d’un seul coup d’œil ; et leur nom figure en regard. Voici par exemple les rejets dans l’air de dioxyde de soufre, alias SO2, pour 1990 :

 

 

On voit que les plus grosses saletés sortaient des cheminées de Gardanne, près de Marseille, qui crachaient joyeusement 52 924 t de SO2 par an, issues de la combustion d’un charbon local, le lignite, très soufré. La même centrale de Gardanne que l’on veut aujourd’hui reconvertir en centrale à bois, quitte à tondre les Cévennes, la Provence et un morceau du Canada.

Le dioxyde de soufre, en présence d’eau dans l’air, donne des pluies acides. Ces retombées attaquent le nez des bébés, les bronches des enfants, les poumons des parents. Sans parler de la peau, des cheveux, du squelette, du fer, des pierres, des feuillages et des écorces, déminéralisés.

Les cartes des autres pages montraient les déversements autorisés dans l’eau d’aluminium, arsenic, azote, cadmium, chlorures, chrome, cuivre, cyanure, demande en oxygène, étain, fer, fluor, hydrocarbures, manganèse, mercure, matières en suspension, nickel, phosphates, plomb, sulfates, titane et zinc ; ainsi que les émissions dans l’air de cadmium, composés organiques volatils, chlore, fluor, mercure, oxydes d’azote, monochlorure de vinyle, phénols, poussières, thallium et zinc.

C’était du beau travail. Ca ne pouvait pas durer. En 1993, les cartes publiées ne montraient plus le hit parade des pollueurs, mais la pollution par département. On sait ce qui nous tombe dessus, mais il n’y a pas de fautif à incriminer. Leurs noms se trouvaient trois pages plus haut, il fallait chercher.

 

 

On y découvrait que Gardanne avait reculé de la 1ère à la 3ème place, pour la pollution soufrée, derrière la centrale EDF Cordemais en Normandie et la raffinerie Total de Gonfreville, près du Havre.

 


- La vie quotidienne du concombre masqué, 1981 -

 

En 2001, pour le tournant écologiste du millénaire, on atteint un nouveau sommet : brochure de luxe, format in octavo, couverture glacée, couleurs. Gardanne s’appelle désormais SETCM. Divers pollueurs se sont trouvé un nouveau nom. Après sa digestion par Aventis, Rhône Poulenc n’évoque plus grand chose chez les nouvelles générations.

 

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Jeudi 30 janvier 2014 4 30 /01 /Jan /2014 17:43

 

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Alternatives

Cette commune n’utilise plus d’énergie fossile pour se chauffer

Enerzine

jeudi 30 janvier 2014

 

 

 

 

Foussemagne, commune comptant 984 habitants dans le Territoire de Belfort, a déjà atteint les objectifs de 23% du Grenelle de l’environnement en termes de production d’énergie de source renouvelable. En conséquence, la commune n’utilise plus d’énergie fossile pour le chauffage - et ne paiera pas la taxe carbone.

 


 

Avant d’arriver à ce stade, la petite bourgade de Foussemagne a depuis 2004 présenté et mis en oeuvre des projets diversifiés dans le renouvable et l’efficacité énergétique. Voici le détail avec des chiffres à l’appui.

En 2004 :

Foussemagne devient la première commune de Franche-Comté à octroyer des aides à ses habitants lorsqu’ils s’équipent en énergie renouvelable (chauffage bois, eau chaude solaire, chauffage solaire, photovoltaïque, géothermie). Car d’après la municipalité, les économies d’énergie passent d’abord par une meilleure isolation, une sensibilisation aux économies et apprendre à consommer autrement.

En 2005 :

La Commune remplace tout d’abord la vieille chaudière au fioul de la Mairie par une chaufferie aux granulés de bois de 60 kW. Cette dernière chauffe le secrétariat de la Mairie, la salle du Conseil, les archives, la salle des associations et trois logements.

La consommation de bois en 2009 s’établit à 25,76 tonnes (coût financier : 3 939 euros). La réduction des émissions de CO2 est évaluée à 36 tonnes.

En 2006 :

La Commune souscrit avec EDF un contrat de fourniture d’électricité 100% d’origine renouvelable (contrat Equilibre +) pour La Maison des Arches et la médiathèque. Selon le maire, "en exigeant de s’alimenter en électricité renouvelable, vous faites croître la demande et favorisez ainsi le développement des énergies renouvelables et les investissements dans de nouveaux moyens de production".

Par ailleurs, depuis 2006, la Commune participe aussi au financement du programme CISEL qui s’active à faire baisser le coût de fabrication des panneaux photovoltaïques.

En 2007 :

En même temps que les travaux d’extension de l’école, la Commune installe une chaudière aux plaquettes de bois de 80 KW avec réseau de chaleur. Elle chauffe le groupe scolaire de 1.000 m² (maternelle et élémentaire) et l’atelier municipal.

La consommation de bois en 2009 s’établit à 38,75 tonnes (coût financier : 3 827 euros). La réduction des émissions de CO2 est évaluée à 41 tonnes.

Mais ce n’est pas tout. La municipalité de Foussemagne décide aussi de renforcer l’isolation de l’école maternelle construite en 1992, de remplacer les convecteurs électriques de l’école maternelle par un chauffage central alimenté par la chaudière au bois. L’eau de pluie est récupérée pour les sanitaires de l’école dans une citerne de 20 m3. Enfin, un chauffe eau solaire est installé sur le toit.

En 2009 :

La Commune installe une centrale photovoltaïque d’une puissance de 32 KWc sur le toit du groupe scolaire qui fournira 30 000 KWh/an d’électricité revendus à EDF. L’installation permet d’éviter le rejet de 4700 Kg/an de CO2.

 

*Suite de l'article sur

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

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