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Sortir du nucléaire et des energies polluantes

Mercredi 24 avril 2013 3 24 /04 /Avr /2013 16:19

 

 

 

Médiapart - Édition : Forum social mondial 2013

 

 

Espace Climat: Pour reprendre notre avenir en main, nous devons changer le présent!

Nos propositions pour « Changer le système, pas le climat »

 


 

Le système capitaliste a exploité et abusé la nature, poussant la planète à ses limites, tant est si bien que le climat est l'objet de fondamentales et dangereuses transformations.

Aujourd'hui, la gravité et la multiplicité des dérèglements climatiques – sécheresses, désertification, inondations, ouragans, typhons, feus de forêts, fonte des glaciers et de la banquise – indiquent que la planète brûle. Ces variations extrêmes ont des effets directs sur les humains, que ce soit à travers les décès, les pertes de moyens de subsistance, de cultures ou de maisons, conduisant à des déplacements de population sous la forme de migrations forcées ou de réfugiés climatiques, avec une ampleur sans précédent.

L'humanité et la nature sont au bord du précipice. Nous pouvons rester les bras croisés et poursuivre la marche vers un avenir catastrophique et si terrible qu'il ne peut-être imaginé, ou nous pouvons nous engager et recouvrer un futur que nous avons tou-te-s espéré.

Nous n'allons pas rester les bras croisés. Nous ne laisserons pas le système capitaliste nous brûler tou-te-s. Nous allons passer à l'action et nous attaquer aux causes profondes du changement climatique en changeant le système. Le temps est venu d'arrêter de parler, et celui d'agir.

Nous devons favoriser, soutenir, renforcer et accroître les mobilisations locales à tous les niveaux, mais plus particulièrement dans les batailles de première ligne où les enjeux sont les plus élevés.

 

Manifestation à Durban lors de la 17 
Manifestation à Durban lors de la 17© Crédit : Alter-Echos (www.alter-echos.org)

Changer le système signifie :

  • Laisser plus des deux tiers des réserves de combustibles fossiles dans le sol ou sous le plancher de l'océan, afin d'éviter des niveaux catastrophiques de dérèglements climatiques.

  • Interdire toute nouvelle exploration et exploitation de pétrole, sables bitumineux, schistes bitumineux, charbon, uranium et gaz.

  • Soutenir une transition juste pour les travailleurs et les communautés qui permette de sortir d'une économie basée sur l'usage des énergies fossiles vers des économies locales et résilientes basées sur la justice sociale, écologique et économique.

  • Décentraliser la production et la propriété de l'énergie sous le contrôle des communautés locales et en utilisant des sources d'énergie renouvelables.

  • Cesser de construire des grands projets d'infrastructures inutiles qui ne bénéficient pas à la population et qui sont des contributeurs nets en termes d'émissions de gaz à effets de serre, tels que les grands barrages, les autoroutes, les mega projets énergétiques, et les aéroports superflus.

  • Mettre fin à la domination des formes industrielles basées sur l'exportation de la production alimentaire (y compris dans le secteur de l'élevage), et promouvoir des agricultures paysannes et agroécologiques de petite échelle, un système agricole qui assure la souveraineté alimentaire et qui fasse en sorte que les productions locales respectent les besoins nutritionnels et culturels des populations locales. Ces mesures permettront de lutter contre le réchauffement climatique.

  • Adopter des approches Zéro Déchets à travers la promotion du recyclage complet et à travers des programmes de compostage qui mettent fin aux émissions de gaz à effets de serre provenant des incinérateurs – y compris les incinérateurs haute technologie de nouvelle génération – et des décharges.

  • Stopper l'accaparement des terres et respecter les droits des petits agriculteurs, des paysans et des femmes. Reconnaître les droits collectifs des populations indigènes conformément à la déclaration de l'ONU sur le droit des peuples indigènes, y compris leurs droits à leurs terres et territoires.

  • Développer des stratégies économiques qui créent des formes de « climate jobs » – des emplois décemment rémunérés qui contribuent directement à la réduction des émissions de gaz à effets de serre – dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, l'agriculture, les transports publics et la rénovation des bâtiments.

  • Récupérer le contrôle des fonds publics pour financer des projets allant dans l'intérêt des populations et de la nature, en matière de santé, d'éducation, d'alimentation, d'emploi, de logement, de restauration des bassins hydriques, de conservation et de restauration des forêts et des écosystèmes, le tout en arrêtant de subventionner les industries polluantes, l'agro-business et l'industrie militaire.

  • Retirer les voitures des routes par la construction d'infrastructures de transport public propres, adaptés aux sources d'énergies locales et renouvelables, tout en les rendant accessibles et abordables à tou-te-s.

  • Promouvoir la production et la consommation locales de biens durables permettant de satisfaire les besoins fondamentaux des populations et éviter le transport des biens qui peuvent être produits localement.

  • Mettre fin et inverser les accords de libre-échange et d'investissements négociés au profit du secteur privé qui promeuvent le commerce pour la recherche du profit, qui détruisent la force de travail, la nature et la capacité des nations à définir leurs propres politiques.

  • Mettre fin à la capture par le secteur privé de l'économie et des ressources naturelles au profit des entreprises multinationales.

  • Démanteler l'industrie et les infrastructures militaires dans le but de réduire les émissions de gaz à effets de serre, et de récupérer les budgets militaires pour promouvoir une paix véritable.

 

 

Avec ces mesures, nous serons en mesure d'obtenir le plein-emploi car, construit dans cette perspective de changement systémique, il y aura plus d'emplois de meilleure qualité pour tou-te-s que dans l'actuel système capitaliste. Avec ces mesures nous serons en mesure de bâtir une économie qui soit au service des populations et non des capitalistes. Nous mettrons ainsi fin à la dégradation sans fin de la terre, de l'air et de l'eau tout en préservant la santé des êtres humains et les cycles vitaux de la nature. Nous éviterons les migrations forcées et les millions de réfugiés climatiques.

Changer le système nécessite de mettre un terme à l'empire mondial qu'exercent les entreprises multinationales et les banques. Seule une société qui établit un modèle de contrôle démocratique sur les ressources, basé sur les droits des travailleurs (y compris migrants), des femmes et des populations indigènes, et qui respecte la souveraineté des populations, sera en mesure de garantir la justice économique, sociale et environnementale. Changer le système exige de briser le patriarcat dans le but de garantir les droits des femmes dans toutes les dimensions de l'existence. Le féminisme et l'écologie sont des éléments clefs de la nouvelle société pour laquelle nous nous battons.

Nous avons besoin d'un nouveau système qui vise l'harmonie entre les êtres humains et la nature et non pas d'un modèle de croissance infinie promu par le système capitaliste cherchant à accroître encore et encore les profits. La Terre-Mère et les ressources naturelles ne peuvent pas subvenir aux besoins de consommation et de production de cette société industrielle moderne. Nous avons besoin d'une nouveau système qui réponde aux besoins de la majorité, pas à ceux de la minorité. Nous avons besoin de redistribuer la richesse qui est à ce jour contrôlée par les 1%. Nous avons également besoin d'une nouvelle définition de ce qu'est le bien-être et la prospérité pour toute vie sur la planète qui tienne compte des limites de la Terre-Mère.

Alors qu'il y aura encore des batailles à l'intérieur des négociations de l'ONU sur le climat, les principales batailles à mener seront à l'extérieur et seront ancrées dans les lieux où des luttes de première importance se déroulent contre l'industrie des énergies fossiles, l'agriculture industrielle, la déforestation, la pollution industrielle, les systèmes de compensation carbone et les projets de compensation de type REDD, le tout impliquant l'accaparement des terres et de l'eau et des migrations partout sur la planète.

Les Etats-Unis, l'Union Européenne, le Japon, la Russie et les autres pays industrialisés, en tant que principaux et émetteurs historiques de carbone, doivent mettre en œuvre les plus importantes réductions d'émissions. La Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et d'autres économies émergentes, devraient également avoir des objectifs de réduction d'émissions basées sur les principes de responsabilités communes mais différenciées. Nous n'acceptons pas qu'au nom du droit au développement, plusieurs projets poursuivant une consommation et exploitation de la nature insoutenables soient promus dans des pays en développement et ce alors qu'ils profitent seulement aux 1 %.

La bataille pour un nouveau système est aussi celle contre les fausses solutions au changement climatique. Si nous ne les arrêtons pas, ils vont perturber le système terrestre et affecter profondément la santé de la nature et de toute vie sur terre. C'est pourquoi nous rejetons les pseudo-solutions technologiques que sont la géo-ingéniérie, les organismes génétiquement modifiés, les agrocarburants, l'usage industriel de la biomasse, la biologie synthétique, les nanotechnologies, la fracturation hydraulique (fracking), les projets nucléaires, l'utilisation des déchets comme source d'énergie à travers l'incinération, etc.

Nous nous opposons également aux propositions visant à étendre la marchandisation, la financiarisation et la privatisation des fonctions de la nature à travers ce qu'ils appellent « l'économie verte » qui cherche à établir un prix sur la nature et créer de nouveaux marchés dérivés qui vont seulement accroître les inégalités et accélérer la destruction de la nature. Nous ne pouvons pas confier l'avenir de la nature et de l'humanité dans les mains des mécanismes financiers et spéculatifs tels que le commerce du carbone et REDD. Nous nous faisons l'écho et amplifions les nombreuses voix qui exigent que l'Union Européenne mette fin à son marché carbone (EU ETS).

Les dispositifs REDD (Réduire les émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts), comme les Mécanismes de développement propre, n'est pas une solution au changement climatique et c'est une nouvelle forme de colonialisme. En défense des populations indigènes, des communautés locales et de l'environnement, nous rejetons REDD+ et l'accaparement des forêts, des terres agricoles, des sols, des mangroves, des algues marines et des océans de la planète qui agissent comme des puits à carbone. REDD et son expansion constituent une contre-réforme agraire mondiale qui pervertit et détourne la production alimentaire dans un processus d'agriculture du carbone appelé « agriculture intelligente face au climat ».

Nous devons relier les luttes sociales et environnementales, rassembler les populations rurales et urbaines, combiner les initiatives locales et globales afin que nous puissions nous unir dans une lutte commune. Nous devons utiliser toutes les diverses formes de résistance. Nous devons construire un mouvement qui s'appuie sur la vie quotidienne des populations qui garantisse la démocratie à tous les niveaux de la société.

De nombreuses propositions contiennent déjà des éléments clefs nécessaires pour bâtir de nouvelles alternatives qui fassent système. En voici quelques exemples : le Buen-vivir (le vivre-bien), la défense des communs, le respect des territoires indigènes et des aires protégées, les droits de la Terre-Mère – droits de la nature, la souveraineté alimentaire, la prospérité sans croissance, la déglobalisation, l'indice de bonheur, les devoirs envers et les droits des générations futures, l'accord des peuples de Cochabamba, etc.

Cela fait longtemps que nous espérons un autre monde. Aujourd'hui, nous prenons cet espoir et le transformons en courage, force et action car ensemble, nous pouvons changer le système. S'il doit y avoir un futur pour l'humanité, nous devons nous battre pour le faire advenir tout de suite.

Avril 2013

Signé par les organisations facilitatrices de l'Espace Climat (http://climatespace2013.org)

Alliance of Progressive Labor, Philippines

Alternatives International

ATTAC France

Ecologistas en Acción

Environmental Rights Action, Nigeria

ETC Group

Fairwatch, Italy

Focus on the Global South

Global Campaign to Dismantle Corporate Power and end TNCs’ impunity

Global Forest Coalition

Grassroots Global Justice Alliance

Grupo de Reflexão e Apoio ao Processo do Fórum Social Mundial

Indigenous Environmental Network

La Via Campesina

No-REDD Africa Network

Migrants Rights International

OilWatch International

Polaris Institute

Transnational Institute

 

 

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Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 19:38

 

 

Le Monde.fr avec AFP | 23.04.2013 à 09h07 • Mis à jour le 23.04.2013 à 09h43

 


 

 
Le navire plate-forme "Stena-Icemax".
 
La compagnie pétrolière britannique Tullow Oil a annoncé, mardi 23 avril, l'échec du forage d'un troisième puits au large de la Guyane française, là où une première découverte de pétrole en 2011 avait fait miroiter d'énormes retombées potentielles.

"N'ayant rencontré aucun hydrocarbure dans le réservoir principal, le puits a été bouché et abandonné", écrit dans un communiqué Tullow, qui est l'un des partenaires de Shell, l'opérateur du permis d'exploration au large de la Guyane.

La compagnie a creusé à une profondeur totale de 6 318 mètres, à 1 750 mètres sous le niveau de la mer, avant d'abandonner. Le navire de forage Stena Ice Max sera déplacé dans les prochaines semaines vers un puits baptisé "Cebus", pour une nouvelle tentative. "Nous pouvons nous attendre à un résultat plus tard cette année" grâce ce forage du puits Cebus, a assuré Angus McCoss, responsable de l'exploration chez Tullow Oil, qui a précisé que l'entreprise avait renforcé ses connaissances de cette zone frontière d'exploration.

Les prospections au large de la Guyane, démarrées en juin dernier malgré les réticences de la ministre de l'écologie, Nicole Bricq, devaient permettre de trouver un gisement de 300 à 600 millions de barils de brut, selon les projections de Shell. Une découverte de pétrole prometteuse avait été faite en 2011 par Tullow Oil, mais les premiers forages effectués en décembre s'étaient déjà soldés par un échec.

 

Lire : Comment le pétrole de la Guyane a eu raison de la ministre de l'écologie

Lire aussi en édition abonnés : La Guyane compte sur les revenus du pétrole


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Lundi 22 avril 2013 1 22 /04 /Avr /2013 23:28

 

 

 

Fini les échanges de politesse et les touches à fleuret moucheté : le débat national sur la transition énergétique est entré dans sa phase de confrontation. Autant dire qu’il a enfin démarré.

Jeudi 25 avril, le conseil national du débat, qui regroupe les collèges de participants (syndicats, ONG et associations, élus locaux, parlementaires, État), présentera l’état provisoire de ses travaux. Le groupe de contact des entreprises y exposera ses douze propositions regroupées sous le titre « investir et produire en France pour réussir la transition énergétique ». Mediapart s’est procuré ce document, déjà cité par Les Échos la semaine dernière, et le publie ci-dessous.

Ce « groupe de contact » des entreprises s’est créé l’automne dernier pour répondre à l’inquiétude des groupes industriels qui craignaient de ne pas être assez représentés dans le débat. On y trouve les grands énergéticiens français (Areva, EDF, GDF-Suez), General Electric, Poweo Direct énergie et des poids lourds industriels : Alstom, ArcelorMittal, Lafarge, SNCF, Bolloré, EADS, Peugeot, Shell, entre autres, ainsi que le producteur d’énergie verte Enercoop et des syndicats professionnels des renouvelables. 

En réalité, les grands énergéticiens siègent aussi au conseil national, le parlement du débat, par le biais du Medef. Six des sept représentants patronaux travaillent ou ont travaillé dans le secteur de l’énergie. On y trouve Robert Durdilly, président de l’Union française de l’électricité (UFE), le lobby des électrons, et Jean-Louis Schilansky, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Sur cinq groupes de travail thématiques, quatre ont pour rapporteur un délégué du Medef. « La sur-représentation des entreprises est énorme », décrit le coordinateur d’une ONG, qui témoigne d’appels directs du Medef au secrétariat général du débat pour se plaindre de la tournure prise par certaines séances de travail. « Ça s’agite beaucoup dans les couloirs », confirme un organisateur. Et les grands groupes savent trouver l’entrée de Matignon ou de l’Élysée sans passer par le bureau du secrétaire général du débat.

link 

Dans le document que nous publions, *(voir "link"ci-dessus) on découvre des positions dans l’ensemble conservatrices et des réticences affichées aux objectifs de la transition vers un système énergétique plus sobre, plus efficace et plus renouvelable. Les entreprises réclament « la prolongation durable » de la durée de vie des centrales nucléaires, car elles constituent « un véritable socle de compétitivité ». Raccordées au réseau à partir de 1977 (Fessenheim), les plus anciennes installations françaises dépassent la trentaine d’années,  alors qu’aux États-Unis leur durée de vie théorique s’étend jusqu’à soixante ans, un exemple souvent mis en avant par les pro-nucléaire. « Les filières matures de production d’énergie ne doivent pas être déstabilisées », affirment-elles encore, en opposition claire à l’objectif de campagne de François Hollande de réduire à 50 % la part du nucléaire d’ici 2025.


Autre chiffon rouge agité par les entreprises malgré la doctrine présidentielle, les gaz de schiste : « Il convient d’évaluer le potentiel national des gaz de schiste et les modalités possibles de leur exploitation dans des conditions respectueuses de l’environnement », écrivent-elles, insistant en particulier sur le « bénéfice » qu’ils représenteraient pour les industries énergivores.  

Les énergies renouvelables trouvent grâce à leurs yeux, mais seulement « en complémentarité des filières historiques ». Elles sont un facteur de diversification de l’offre, mais pas un objectif en soi. Les lobbies exigent encore « la simplification des procédures administratives », notamment pour les infrastructures de réseaux.

Avec une insistance révélatrice, les entreprises du groupe de contact veulent soumettre les éventuels changements dans le mix national au critère de la compétitivité économique : « La compétitivité doit être le critère prioritaire de choix », décrivent-elles dans leur première proposition. « Donner la priorité à la compétitivité de l’offre énergétique est indispensable pour notre industrie, pour l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages », détaillent-elles. En clair, elles veulent que les prix de l’énergie restent le plus bas possible, alors qu’« il y a un énorme consensus entre nous sur l’importance du signal prix pour enclencher la transition énergétique, décrit un membre du groupe des experts : hausse du prix unitaire de l’énergie, aides aux précaires et programmation d’investissements pour réduire les volumes consommés. C’est le sujet clé ».

 

Conférence de presse de lancement du débat, 24 janvier 2013 (Bernard Suard/MEDDE) 
Conférence de presse de lancement du débat, 24 janvier 2013 (Bernard Suard/MEDDE)

Défense des intérêts industriels immédiats contre investissements vers un nouveau modèle énergétique : dans ce bras de fer, la question des gaz de schiste occupe une place de choix. Elle est devenue symbolique du rapport de force que les industries cherchent à instaurer avec le pouvoir politique. Ancienne présidente d’Areva, et membre du comité de pilotage du débat, Anne Lauvergeon n’est pas étrangère à l’élaboration de cette position commune, d’après un organisateur.

 

« Un boxeur en panique qui tape dans le vide »

 

Bruno Rebelle (DR) 
Bruno Rebelle (DR)

En réalité, ce rapport de force est présent depuis le début. En octobre dernier, Bruno Rebelle, ancien directeur général de Greenpeace France et conseiller de Ségolène Royal pendant la campagne de 2007, s’apprête à prendre la tête de la cellule chargée d’organiser le débat sur la transition énergétique. Son équipe est déjà constituée quand il est brusquement écarté du poste, au profit d’un comité de pilotage où il siège au côté d’Anne Lauvergeon et de Pascal Colombani, ex-administrateur du commissariat à l’énergie atomique (CEA) – lequel s’effacera à son tour, sous le feu des critiques écologistes.

Questionnée sur cet épisode quelques semaines plus tard, l’ancienne présidente d’Areva répond que pour les partisans de l’atome, le débat ne pouvait pas être piloté par un anti-nucléaire, selon un témoin qui rapporte la scène à Mediapart. « Les entreprises sont globalement plus impliquées qu’au moment du Grenelle », analyse un responsable associatif. 

Parallèlement aux groupes de travail, le secrétariat général organise des auditions de personnalités : Henri Proglio le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix du conseil mondial de l’énergie, Gérard Mestrallet de GDF-Suez, Luc Oursel d’Areva... La liste a fait tousser les ONG qui ont obtenu d’y ajouter deux sociologues. Nicolas Hulot, envoyé spécial de l’Élysée pour la protection de la planète, est programmé mais pour l’instant sans date fixe.

 

Action de Greenpeace pendant la campagne présidentielle en 2012. 
Action de Greenpeace pendant la campagne présidentielle en 2012.

Les lobbies sont-ils en train de noyer le débat sur l’énergie ? Ils sont en réalité plus désunis qu’ils n’en ont l’air. Le rapporteur d’un groupe de travail raconte : « GRDF nous a appelé pour savoir comment contribuer au débat avec leur scénario, ils n’arrivaient pas à le faire passer par le canal du Medef. »

En effet, le scénario de GRDF, le réseau de distribution de GDF-Suez, contient une petite bombe : à l’horizon 2050, il prévoit une baisse de la consommation d’énergie primaire de plus d’un tiers. C’est une version atténuée du scénario dit « facteur 4 », qui vise à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre, et par deux la consommation d’énergie d’ici 2050. Inscrit dans la loi française depuis 2005, il est repris par les scénarios de l’Ademe et de Négawatt, ce réseau d’experts en maîtrise de l’énergie. Mais est rejeté en bloc par l’UFE, qui prévoit une hausse continue de la demande. Le lobby des électriciens en a même fait une cause symbolique. Au sein des groupes de travail, cette position est relayée par les représentants d’EDF et certains délégués syndicaux de la CGT et de la CFE-CGC, selon le témoignage de participants. 

Sauf que la méthode du débat pose plusieurs conditions à la discussion : respecter le facteur 4 et l’objectif européen des « 3×20 » : 20 % de baisse des rejets de gaz à effet de serre, 20 % de renouvelables et 20 % d’efficacité énergétique en 2020. Si bien que la contribution de l’UFE a été retoquée par le comité de pilotage « Il ne passait pas la barre, on leur a demandé de le refaire », confirme un organisateur. Idem pour le scénario Negatep de l’association Sauvons le climat. « La question des scénarios, c’est le cœur de la bataille aujourd’hui », résume un organisateur. 

L’UFE n’a pas caché sa mauvaise humeur. Début avril, elle accusait Négawatt et Global Chance, une association d’experts critiques du nucléaire, de « mettre en danger la société » dans un billet au ton virulent (voir ici). Pour l’union des électriciens, réduire la demande d’énergie revient à promouvoir la décroissance. Depuis, elle a fait savoir aux intéressés qu’elle ne les prendrait plus à partie en public. Un expert proche des ONG compare le lobby électricien à « un boxeur en panique qui tape dans le vide ». Il conserve tout de même de bonnes cartes en main : le rapporteur du groupe de travail sur l’offre d’énergie, très stratégique, n’est autre que... Robert Durdilly, le président de l’UFE. 

« En réalité les positions des entreprises sont hétéroclites : les pétroliers, les gaziers et les électriciens disent des choses différentes », analyse un organisateur. L’objectif de réduction de la demande d’énergie ne menace pas les bénéfices de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), qui les réalise pour la plupart à l’étranger. Et ne part donc pas en bataille, jusqu’ici, contre la transition. Quant à GDF-Suez, sa vision du système énergétique du futur est compatible avec ce que prévoient l’Ademe, Négawatt, la direction générale de l’énergie et du climat. Au bout du compte, ce sont les acteurs du nucléaire qui risquent de se retrouver isolés. 

Le débat fera-t-il émerger une alliance inattendue entre gaziers, Schneider et Saint-Gobain, acteurs industriels importants de l’efficacité énergétique, réseaux d’énergie, collectivités territoriales, la CFDT et les ONG autour de la réduction de la demande ? C’est à cette condition que le débat national trouvera une utilité. C'est peut-être sa seule chance de réussite.

 

 

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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 19:11

 

 

Le Monde | 01.04.2013 à 10h05

 

 

 

 

Vendredi après-midi, une section du pipeline Pegasus a rompu près de la bourgade de Mayflower, en Arkansas, déversant plus de 2 000 barils de brut dans un quartier résidentiel. Vingt-deux habitations ont dû être évacuées.
Exxon Mobil a fermé l'oléoduc, qui transporte plus de 90 000 barils par jour de brut entre Pakota, dans l'Illinois, et Nederland, au Texas, et entamé des opérations de nettoyage.
L'incident donne du grain à moudre aux adversaires du projet d'oléoduc Keystone XL, d'une capacité de 800 000 barils par jour, destiné à transporter vers les raffineries du golfe du Mexique le pétrole brut extrait des sables bitumineux canadiens. Les écologistes soulignent notamment la nature plus corrosive de ce pétrole pour les oléoducs. "Qu'il s'agisse du projet Keystone XL ou [...] de ce problème en Arkansas, les Américains se rendent compte que transporter de grandes quantités de ce carburant corrosif et polluant n'est pas un bon pari pour les contribuables et pour notre environnement", a déclaré Ed Markey, un représentant démocrate du Massachusetts.

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Samedi 9 mars 2013 6 09 /03 /Mars /2013 20:01

 

LeParisien.fr


Julie Reynié | Publié le 09.03.2013, 15h28 | Mise à jour : 19h50

Deux ans après la catastrophe de Fukushima, des militants anti-nucléaires ont organisé une chaîne humaine géante dans plusieurs quartiers de Paris samedi pour réclamer l'arrêt du nucléaire civil et militaire en France.

Deux ans après la catastrophe de Fukushima, des militants anti-nucléaires ont organisé une chaîne humaine géante dans plusieurs quartiers de Paris samedi pour réclamer l'arrêt du nucléaire civil et militaire en France. | @ChaineHumaine

 

Deux ans après la catastrophe de Fukushima, plusieurs milliers de personnes (20.000 selon les organisateurs, 4.000 selon la police) se sont rassemblés samedi après-midi à Paris, formant une longue chaîne humaine afin de réclamer l'arrêt du nucléaire civil et militaire en France.


«Nous demandons la fin du nucléaire civil et militaire, et notamment l'arrêt de toutes les centrales nucléaires de plus de 30 ans», a lancé Pierric Duflos, porte-parole de Sortir du nucléaire. Une vingtaine des 58 réacteurs nucléaires français ont aujourd'hui plus de 30 ans.

Coordonnée par le réseau Sortir du nucléaire, la mobilisation s'est déroulée dans 18 points différents de la capitale. Les lieux choisis étaient tous symboliques : de la Défense au ministère de l'économie à Bercy  en passant par l'Autorité de Sûreté nucléaire (ASN), les sièges d'EDF et d'Areva, de la BNP et de la Société générale, l'Assemblée nationale et le Sénat. Des «lieux de pouvoir» qui contribuent à promouvoir l'énergie nucléaire, selon Pierric Duflos.

 

Message de solidarité au peuple japonais

Au-delà du «message d'indignation (envoyé) aux décideurs», il s'agissait pour les manifestants, dont beaucoup étaient venus de province, de faire passer un message de solidarité au peuple japonais. De nombreux Japonais participaient d'ailleurs à la chaîne humaine dans le quartier de l'Opéra. La manifestation s'est terminée par une minute de silence très émouvante, ponctuée à la Bastille par des tambours japonais.

Une dizaine de députés d'Europe Ecologie les Verts (EELV), dont Denis Baupin et Yves Cochet (député européen), mais également des représentants du Parti de Gauche, du NPA et de CAP 21 ont aussi participé à la mobilisation tout comme le syndicat SUD-rail qui s'oppose au transport des déchets nucléaires par le train.

Une première chaîne humaine pour sortir du nucléaire avait été organisée l'an dernier entre Lyon et Avignon, le long de la nationale 7, rassemblant 60.000 personnes selon les organisateurs et 31.000 selon la police.


Chaîne humaine de Neuilly à la Grande Arche de La Défense...
Rodéric Aarsse @R0deric

#chainehumaine à la Defense : de la Grande Arche jusqu'à #Neuilly ! Grosse mobilisation, bravo à tous @sdnfr #EELV pic.twitter.com/dzfKwFQ2iq

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...le long des quais...

Un cheval dans la #chainehumaine contre le #nucleaire à Paris ! pic.twitter.com/vSWIavFKW7

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...à travers le 8e arrondissement....
Greenpeace France         @greenpeacefr

RT @ChaineHumaine Une jolie #ChaineHumaine au 8eme arrondissement pic.twitter.com/wMLpA0BMxz

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...devant la gare St Lazare...
jyjyjie @jyjy

RT @ChaineHumaine: Une #ChaineHumaine qui se déploie Saint-Lazare - Rue de Rome pic.twitter.com/A5ZgOHaq1g

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...autour de l'Opéra...
Chaîne Humaine @ChaineHumaine

Place de l'Opera: @Sdn75 et Yosomono-net informent sur la situation au Japon: a #Fukushima, la catastrophe continue ! pic.twitter.com/18ntY4xB9f

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...autour l'Hôtel de Ville.
Chaîne Humaine @ChaineHumaine

Parvis de l'Hôtel de Ville pic.twitter.com/Kikh16Gygh

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...Place de la Bastille...

Chaîne Humaine @ChaineHumaine

Tronçon de la #ChaineHumaine a la Place de la Bastille pic.twitter.com/m2rGOZqZyW

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...devant l'Autorité de sureté nucléaire, vers Gare de Lyon...

Catherine Hervieu @CatHervieu

#sortirdunucleaire #ChaineHumaine #Paris autour de l'Autorité de Sûreté Nucléaire #EELV pic.twitter.com/rfOtMbEIgE

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...jusqu'à Bercy.

david gréau @davidgreau

Chaîne humaine contre le #nucleaire: de Gare de Lyon à Bercy #eelv pic.twitter.com/yYx8fD2zvV

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EELV Rouen @eelvrouen

"@DavidCormand: Chaîne humaine contre le nucléaire devant Bercy, le Nucléaire coûte cher. pic.twitter.com/fufIJRZx7F"

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VIDEO. Une chaîne humaine géante contre le nucléaire

"Sortir du nucléaire" organise une chaîne... par BFMTV

LeParisien.fr

 

 

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CHAINE HUMAINE pour l'arrêt du nucléaire civil et militaire

09-03-2013

 

 

 

 

Par jean jacques GAUMET

Des militants anti-nucleaire ont commencé à se rassembler samedi 9 mars 2013 dans plusieurs quartiers de Paris dans le but de former une chaine humaine pour l'interpellation de l'Etat Français et des hautes autoritées civiles et militaires de notre France...
  
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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 16:59

 

 

 

Quatre des principales compagnies pétrolières internationales font face à un déclin de leurs productions globales de brut, en dépit de profits sans précédent. Peuvent-elles inverser la tendance ?

 

 

La compagnie pétrolière américaine ExxonMobil, première entreprise de la planète selon le magazine Forbes, connaît depuis 2007 un net recul de sa production, après plus d'un siècle d'expansion ininterrompue.

En 2011, les extractions de pétrole d'ExxonMobil ont atteint 2,312 millions de barils par jour (Mb/j), en chute de 4,5 % par rapport à 2010 et de 11,6 % par rapport à 2007, d'après les données disponibles dans le dernier rapport annuel du groupe.

Résultat très médiocre pour la n°1 des majors, alors qu'entre-temps la consommation de brut s'est accrue, et que les prix du baril se maintiennent depuis 2007 à des niveaux jamais vus jusque-là.

Pourtant le nombre des forages entrepris par ExxonMobil de par le monde a augmenté très fortement, passant de 971 nouveaux puits en 2007 à 1 249 en 2010, puis 1 606 en 2011, soit une hausse de 65 % sur quatre ans. Même tendance pour ce qui concerne les coûts nets de production annuels : Exxon est passé de 78,6 milliards de dollars en 2007 à 152,5 milliards en 2010, puis à 166,7 milliards en 2011 (+ 112 % en quatre ans !).

97 % des nouveaux puits forés par Exxon l'ont été dans des champs connus et déjà exploités.

L'année 2007 restera-t-elle l'année du pic pétrolier pour la fille aînée de la Standard Oil, fondée en 1870 par John D. Rockefeller ? La réponse viendra. En attendant, Exxon a confirmé la poursuite de la chute de la production dans son dernier rapport trimestriel, paru en novembre ; maintenir la production devient "un challenge récurrent", rapporte l'agence Reuters.

Les baisses des extractions d'Exxon affectent en particulier l'Afrique (notamment le Nigéria et l'Angola) ainsi que la mer du Nord. Le Moyen-Orient, la Russie et la région de la Caspienne sont épargnés.

Le continent américain, base arrière de la firme, fait apparaître en 2011 une reprise relative de la production de pétrole brut et de ses substituts. Une reprise généreusement saluée dans les médias et remise en perspective sur ce blog, qui ne suffit pas pour l'heure à ramener les extractions d'Exxon sur l'ensemble du continent américain au niveau atteint en 2007, ni à enrayer (loin s'en faut) la chute de sa production globale.

La chute de la production d'Exxon se transforme en effondrement si l'on considère la seule production de brut conventionnel ― le pétrole liquide classique, qui constitue près des deux-tiers de l'offre du géant américain : 1,338 Mb/j atteints en 2011, après 1,496 Mb/en 2010 (-10,5 %) et 1,875 Mb/j en 2007 (- 27,5 % !)

Exxon mange son pain noir : "what else ?" Ses principales perspectives de développement se situent en Irak (où Exxon est plus que jamais en délicatesse avec le gouvernement de Bagdad, et prend le risque de se voir fermer l'accès aux projets les plus massifs), dans l'Arctique russe (où l'immixtion réussie par le pétrolier yankee pourrait rester un vain tour de force, si l'on se fie aux derniers pronostics ― pessimistes ― publiés par l'Agence internationale de l'énergie) et enfin en Amérique du Nord, où les incertitudes demeurent... nombreuses.

En somme, c'est pas gagné.

La plateforme de forage Kulluk de la Royal Dutch Shell, échouée au sud de l'Alaska après une tempête, a pu être remorquée hier en eaux sûres. AP.

 

La Royal Dutch Shell, n°2 parmi les grandes compagnies pétrolières internationales, n'est pas devant une situation aussi manifestement délicate que celle d'Exxon.

Néanmoins, ses extractions de pétrole brut et de gaz naturel liquide ont enregistré un recul de pas moins de 9,5 % entre 2010 et 2011, pour s'établir à 1,536 Mb/j, selon le dernier rapport annuel. Une tendance erratique dans le meilleur des cas, puisque l'année précédente, la production de Shell avait au contraire connu une hausse d'une ampleur similaire. (Shell ne fournit hélas pas de données distinctes concernant le pétrole brut d'une part et le gaz naturel liquide d'autre part, bien que les fonctions de ces deux produits soient loin d'être interchangeables, notamment pour la fabrication de carburant).

Le patron de Shell, Peter Voser, a reconnu l'an dernier que compte tenu du rythme actuel de déclin de la production mondiale existante, il faudrait que l'industrie pétrolière dans son ensemble soit capable de développer au cours de cette décennie "l'équivalent de quatre Arabie saoudite ou de dix mers du Nord (...) rien que pour maintenir l'offre à son niveau actuel"...

Symbolique ? Shell a vu la semaine dernière l'une de ses plateformes de forage s'échouer en l'Alaska, suite à une tempête. Le site du magazine Forbes évoque un pur et simple "fiasco" de la Royal Dutch Shell en Arctique. Le Financial Times soulignait hier à quel point il sera délicat de développer les ressources offshore du grand Nord, ultime grande zone géographique encore largement inexplorée sur Terre.

 

BP elle aussi a dû interrompre en 2012 ses efforts pour forer au large de l'Alaska.

Mais les déboires de la troisième grande major historique sont loin de s'arrêter là.

L'ex-British Petroleum voit aussi sa production globale de brut décliner très fortement. En 2011, celle-ci a atteint 2,157 Mb/j, en recul de 9,1 % par rapport à 2010, et de 15 % par rapport à 2009, d'après le dernier rapport annuel.

BP a dû se résoudre l'an dernier à engager une sévère cure d'amaigrissement en se dessaisissant notamment de pas moins d'un tiers de ses puits, suite à la marée noire du golfe du Mexique en 2010, terriblement coûteuse pour la compagnie. Une stratégie radicale, qui devrait à elle seule en 2013 entraîner mécaniquement une diminution de la production de 150 000 barils par jour, prévient d'ores et déjà BP.

La production de BP est en recul à peu près partout, notamment en mer du Nord, en Amérique et en Afrique. Très loin de suffire à compenser ces déclins multiples, le retour en Irak en 2011 de l'ex-compagnie nationale britannique confirme à nouveau la position clé désormais occupée par Bagdad sur l'échiquier de l'or noir.

Nulle part ailleurs qu'en Azerbaïdjan, ex-république soviétique située entre le Caucase et la mer Caspienne, les difficultés de BP n'apparaissent plus criantes. De façon très sonore, le potentat local, Ilham Aliyev, a en effet fait part en octobre de sa colère :

"C'est absolument inacceptable (...) Les investisseurs qui ne sont pas capables de tenir leurs obligations et de respecter les contrats doivent apprendre la leçon. Des mesures sévères doivent être prises, et seront prises."

La cause de la soufflante poussée par le président de l'Azerbaïdjan (pays pétrolier souvent surnommé 'BP Land', tant la position de la major londonienne y est aujourd'hui archi-dominante) ?

Après avoir atteint une production record en 2010, le vaste ensemble de champs pétroliers offshore dénommé Azeri-Chirag-Guneshli, lancé en 1997 par BP, connaît depuis un sacré trou d'air, avec une chute de près de 12,7 % au cours de la seule année 2011. Une chute qui s'est poursuivie au cours de l'année 2012, relève l'agence spécialisée Platts.

Les extractions de l'Azerbaïdjan ont au total décliné de 11,4 % entre 2010 et 2011.

La production azéri est qualifiée de "mature", entendez que la plupart des champs pétroliers les plus anciens du pays sont aujourd'hui à peu près épuisés, et ne fournissent presque plus de brut. L'Azerbaïdjan (en particulier sa capitale, Bakou) fut avec l'Etat américain de Pennsylvanie l'un des deux berceaux de l'industrie pétrolière, à la fin du XIXe siècle.

Espoir crucial pour maintenir les extractions de ce pays pétrolier très ancien et jusqu'ici très prolifique, le complexe offshore Azeri-Chirag-Guneshli possède une géologie très complexe, justement. BP a besoin de forer de nombreux nouveaux puits pour arrêter l'hémorragie, comme elle s'y est engagée. Pour ce faire, elle semble manquer toutefois de plateformes de forages, ou bien renâcle à investir face à un risque élevé de forer de nouveaux puits 'secs', suggère l'agence Platts.

Déclin du pétrole conventionnel, en particulier dans les pays producteurs les plus anciens extérieurs à l'Opep, capacité incertaine des pétroles non-conventionnels et de la production offshore à compenser ce déclin : autant de symptômes familiers déjà souvent rencontrés dans le dossier du pic pétrolier.

 

Et Total ? Notre major à nous (pour ainsi dire) fait état de perspectives optimistes concernant l'avenir de sa propre production. Ces perspectives reposent pour une part essentielle sur une poursuite très plausible du développement de l'exploitation des sables bitumineux au Canada.

Mais là encore, l'évolution récente de la production semble raconter une autre histoire.

Les extractions de pétrole brut de Total sont en recul continu depuis 2007, d'après les chiffres fournis par le groupe français en 2012 :

2007 : 1,509 Mb/j ; 2008 : 1,456 ; 2009 : 1,381 Mb/j ; 2010 : 1,340 Mb/j ;

2011 : 1,226 Mb/j.

Ceci donne un recul de 8,5 % entre 2011 et 2010 et de 18,8 % entre 2011 et 2007. Le tout dans un contexte de profits records et d'envolée des dépenses dans l'exploration et le développement de la production. Ces dernières ont atteint 30,2 milliards de dollars en 2011, en hausse de 72 % sur un an, et de quasiment 250 % sur quatre ans. Pour l'heure, tout se passe comme si forer de nouveaux puits dans des champs matures ne suffisait en rien à enrayer le déclin de ces mêmes champs, quels que soient les projets nouveaux initiés par ailleurs.

Total est impliqué dans bon nombre de pays pour lesquels l'Agence internationale de l'énergie prévoit désormais une baisse de la production future, que ce soit en Afrique, en mer du Nord ou encore en Amérique.

(Les pronostics du groupe Total concernant l'avenir de l'ensemble de la production mondiale de pétrole ont été révélés et critiqués sur ce blog.)

L'information n'est pas gratuite, je suis journaliste indépendant. Si vous souhaitez soutenir mon travail, cliquez ici :link


 

 

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Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 19:19

 

Le Monde.fr | 02.01.2013 à 17h19 • Mis à jour le 02.01.2013 à 17h37 Par Audrey Garric


 

 
Le navire de forage "Kulluk", de la compagnie anglo-néerlandaise, s'est échoué, mardi 1er janvier, au large des côtes de l'Alaska.

C'est un nouveau contretemps pour Shell dans sa tentative de forer les immenses réserves en hydrocarbures de l'océan Arctique. Un navire de forage de la compagnie anglo-hollandaise s'est échoué, mardi 1er janvier, au large des côtes de l'Alaska, selon une déclaration conjointe du pétrolier et des garde-côtes américains, retransmise par l'Associated Press.

Le Kulluk, qui transporte 600 000 litres de diesel et environ 50 000 litres d'huile de graissage et de liquide hydraulique, était en difficulté depuis jeudi. L'amarre de l'un des deux remorqueurs qui devaient l'emmener à Seattle pour des opérations de maintenance avait en effet rompu, en pleine tempête, au sud des îles Kodiak, dans le golfe d'Alaska. Les tentatives répétées pour le contrôler étaient alors restées infructueuses. Samedi, les 17 membres d'équipage avaient été évacués en prévision d'un renforcement de la tempête.

Le "Kulluk" alors qu'il était remorqué vers Seattle par deux navires pour des opérations de maintenance. Une des deux amarres avait ensuite rompu.

Deux jours plus tard, alors que les vents atteignaient 120 km/h et les vagues 15 mètres de haut, le second remorqueur a dû se séparer du Kulluk pour se mettre à l'abri, laissant le navire de forage s'échouer vers 21 heures locales sur une plage de sable et de gravier de l'île inhabitée Sitkalidak, près de l'archipel Kodiak.

 PAS DE MARÉE NOIRE

Aucun dégât ni marée noire n'ont été signalés par les deux avions des garde-côtes qui ont survolé, mardi, la plate-forme, pilonnée par une mer déchaînée. "Il n'y a aucun signe d'une violation de la coque ni de fuite de pétrole", a assuré le capitaine Paul Mehler, le coordinateur fédéral en charge de l'accident. Quand la météo le permettra, Shell, qui a mobilisé 250 personnes pour mettre fin à cet échouement, a prévu de faire monter des experts maritimes à bord du navire afin d'élaborer un plan de sauvetage. Une enquête sur les causes de l'accident sera ensuite menée.

Les faibles quantités de pétrole ainsi que la technologie du navire, équipé d'une double coque en acier renforcé de 8 centimètres d'épaisseur, laissent les experts penser que la précédente catastrophe environnementale au large de l'Alaska – le déversement de 39 000 tonnes de brut du pétrolier Exxon-Valdez en 1989 – ne se reproduira pas.

Les opérations de sauvetage sont rendues difficiles par la tempête qui touche les côtes du golfe de l'Alaska.

Toutefois, Ed Markey, représentant du Massachusetts, et démocrate le plus haut placé au sein du comité des ressources naturelles de la Chambre, s'est dit préoccupé par la situation du Kulluk. "Les compagnies pétrolières continuent d'affirmer qu'elles peuvent conquérir l'Arctique, mais l'Arctique reste en désaccord avec elles, a-t-il déploré dans un communiqué mardi. L'expansion des forages pourrait s'avérer désastreuse pour cet environnement sensible."

Lire : L'Arctique, terre promise pour les compagnies pétrolières ?

"Shell et ses sous-traitants ne sont pas à la hauteur des conditions météorologiques extrêmes de l'Alaska, pour les opérations de forage comme de transport, a renchéri Lois Epstein, directrice du programme arctique de la Wilderness Society, une ONG environnementale. La très coûteuse expérience de forage de Shell dans l'océan Arctique doit être arrêtée par le gouvernement fédéral ou par Shell elle-même compte tenu des risques inacceptables qu'elle pose pour les humains et l'environnement."

 SÉRIE DE PROBLÈMES TECHNIQUES

La plate-forme Kulluk, ainsi qu'une autre, Discoverer-Noble, a été mise en service à l'été 2012 pendant quelques mois afin de forer des puits d'exploration dans la mer de Beaufort et la mer des Tchouktches, au large des côtes nord de l'Alaska. Une première dans les eaux arctiques américaines depuis plus de deux décennies. Mais cette opération ambitieuse – contrôlée par les autorités américaines et des ONG de défense de l'environnement – a rencontré des problèmes techniques dès le départ, raconte le Wall Street Journal

Icebergs au Groenland en juillet 2007.

En juillet, le Discoverer-Noble a failli s'échouer sur les côtes de la ville d'Unalaska lorsque son ancre s'est détachée, avant d'être finalement remorqué. En septembre, Shell s'est aperçu que l'un de ses navires, Artic-Challenger, doté d'un système censé éviter tout risque de marée noire, avait été endommagé, ce qui l'a conduit à repousser le début des opérations de forage à 2013. Enfin, la semaine dernière, une inspection des garde-côtes américains sur le Discoverer-Noble a mis en évidence des défaillances de la propulsion du navire et des systèmes de sécurité. Il devra être remorqué à Seattle pour des réparations.

Lancée dans le forage en Arctique depuis les années 2000, Shell a dépensé plus de 4,5 milliards de dollars (3,4 milliards d'euros) sur six ans en permis d'exploration, matériel et personnel pour garantir aux autorités américaines et aux populations autochtones que son activité serait sans risque pour l'environnement. Elle a aussi dû faire face à 50 procès de groupes écologistes. La compagnie pétrolière a déclaré qu'elle envisageait de revenir dans l'océan Arctique cette année, malgré ces revers.

Audrey Garric

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Mercredi 10 octobre 2012 3 10 /10 /Oct /2012 17:11

 

Le Monde.fr | 10.10.2012 à 16h14 • Mis à jour le 10.10.2012 à 16h23

 

 

 

L'investissement mondial dans les énergies renouvelables est tombé à 56,6 milliards de dollars (44 milliards d'euros) au troisième trimestre, une baisse de 20% par rapport à la même période en 2011. Cette chute laisse présager un déclin global des investissements dans les énergies propres en 2012, une première après huit ans de hausse, selon un rapport de Bloomberg New Energy Finance publié mardi 9 octobre.

"Ces chiffres suggèrent que l'investissement dans l'énergie propre pour toute l'année 2012 va tomber juste en deçà des 280 milliards de dollars de l'année dernière", selon Bloomberg. 

Malgré les discours de nombreux dirigeants sur le potentiel de croissance de l'économie verte et sa capacité à sortir leur pays de la récession, l'incertitude politique sur le soutien à de nouvelles infrastructures solaires ou éoliennes a ralentit l'investissement dans des pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Italie, estime le rapport. 

 

 

Le Brésil fait figure d'exception dans ce paysage. Le pays a enregistré une hausse des investissements de 24% d'une année sur l'autre. Cela "illustre le changement géographique qui intervient sur les énergies propres, avec des marchés établis comme les Etats-Unis, l'Europe et la Chine qui perdent de leur élan, pendant que de nouveaux marchés en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique sont en phase d'accélération", analyse Michael Liebreich, directeur de Bloomberg New Energy Finance.

Deux des plus gros projets d'énergies renouvelables lancés entre juillet et septembre étaient situés au Maroc. Le troisième se trouve au Brésil.

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Lundi 27 août 2012 1 27 /08 /Août /2012 19:13

Rue 89 -

Corinne Lepage - Présidente de Cap21
Publié le 27/08/2012 à 08h23

 

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, est en train de se faire le plus ardent défenseur du nucléaire au sein du gouvernement. Ce dimanche, sur BFM-TV, il l’a qualifié de « filière d’avenir », semant le trouble chez ses alliés d’EELV.

Une semaine plus tôt, lors de la fête de la rose à Frangy-en-Bresse, le même ministre déclarait que son gouvernement voulait conduire la France sur la voie de la « troisième révolution industrielle », qui lie énergie et nouvelles technologies de l’information.

 


Essai de Jeremy Rifkin (DR)

 

Il fallait y voir une référence à l’essai de Jeremy Rifkin, dont le sous-titre est « comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie, le monde ».

Nombreux sont ceux qui se réjouissent d’une telle perspective, à commencer par l’auteur de ces lignes qui en avait fait le cœur de son programme.

Sauf que la troisième révolution industrielle est incompatible avec la politique actuelle, qui continue à faire du nucléaire le pilier de l’électricité française et rend impossible la mise en place des outils de la troisième révolution industrielle.

 

1 L’efficacité énergétique

 

Commençons par l’efficacité et la sobriété énergétique dont l’Etat parle d’autant plus qu’il les combat dans les faits. Le chauffage électrique continue à être favorisé alors qu’il est l’ennemi de l’efficacité pour la bonne et simple raison qu’il est indispensable à la vente de la production d’électricité de base.

Dans ces conditions, les objectifs d’isolation et de très basse consommation ne peuvent être tenus. De plus, le bas coût relatif du prix de l’électricité n’encourage pas à l’économie d’énergie.

La logique voudrait donc que soit abandonné le chauffage électrique de bâtiments, ce qui n’apparaît pas vraiment à l’ordre du jour… De la même manière, le prix de l’électricité devrait être revisité de manière à ce que les besoins de base puissent être satisfaits à des tarifs très faibles, qui augmenteraient en fonction de l’importance de la consommation. Sauf qu’une telle politique est impossible dans un pays qui a dopé et continue à doper le chauffage électrique.

Or, la base de la troisième révolution industrielle et de la ville durable s’appuie sur des habitats a minima peu consommateurs d’énergie, puis producteur, voire exportateurs de l’énergie produite.

 

2 Les compteurs intelligents

 

Continuons avec les réseaux. Les « smarts grids » sont à la mode… sauf que les seuls compteurs aujourd’hui proposés aux Français, à savoir le compteur Linky, sont une escroquerie dans la mesure où leur objectif n’est pas du tout de réduire la consommation énergétique des usagers mais de faciliter la gestion de pointe d’EDF.

De plus, ces compteurs, qui devaient être pris en charge par EDF à l’origine, seront en réalité payés par les usagers. Les compteurs intelligents reliés à des réseaux qui le sont également ne sont pas pour demain en France. En effet, ils nécessitent des investissements très importants qui ne sont pas programmés et surtout ne sont pas souhaités car ils s’inscrivent dans la décentralisation énergétique que l’Etat jacobin rejette.

 

3 Le nucléaire ou les renouvelables

 

Poursuivons avec la source de la production électrique. Même si le président Hollande s’est engagé à réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique à 50% d’ici 2025, à l’horizon 2017, il n’y a en réalité aucun changement d’orientation. En effet, la fermeture de Fessenheim promise par le Président apparaît davantage comme un symbole fort que comme un changement d’orientation.

L’abandon de Plogoff n’a-t-il pas été la contrepartie de la réalisation de la totalité du programme nucléaire prévu en 1973 ? Il en est d’autant plus ainsi que la poursuite d’Astrid démontre à l’évidence la volonté du gouvernement de s’engager dans la voie du quatrième générateur et donc de continuer le programme nucléaire, cependant que la poursuite de Flamanville lance l’EPR en France alors même qu’un seul EPR n’a aucun sens sur le plan industriel et économique.

Dès lors, même si le gouvernement semble vouloir se montrer plus favorable aux énergies renouvelables, il reste largement improbable que l’engagement de la France de produire 23% de son énergie à partir des renouvelables en 2020 puisse être tenu.

Dans le même temps, l’Allemagne vise 40% avec le développement industriel y afférent. Or, la troisième révolution industrielle repose sur l’envol de l’industrie des renouvelables et le stockage de l’électricité notamment produite de manière intermittente.

 

4 Et les gaz de schiste ?

 

Finissons ce rapide panorama avec les énergies productrices de gaz à effet de serre. Le fait que la question des gaz de schiste, malgré les engagements courageux de madame Batho, reste ouverte après les déclarations du ministre Montebourg est symptomatique d’une croyance dans une croissance fondée sur les gaz de schiste comme dans le modèle américain. Il est évident que cette orientation tourne le dos à la troisième révolution industrielle qui permet de sortir de la dépendance pétrolière comme de la dépendance nucléaire.

Alors, monsieur le ministre, chiche pour la troisième révolution industrielle ! Mais dans la vraie vie. Pas dans l’incantation. Dans la cohérence. Pas dans les choix contreproductifs.

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