Economie et social

Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 00:47

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

Les mots pour comprendre le discours de Manuel Valls

Le Monde.fr | 08.04.2014 à 12h48 • Mis à jour le 08.04.2014 à 16h20 | Par Mathilde Damgé, Jonathan Parienté et Maxime Vaudano

 
 
 A 15 heures mardi 8 avril, le nouveau chef du gouvernement doit prononcer un discours très attendu de politique générale devant l'Assemblée nationale.

Voici un éclairage sur les principaux termes et notions à comprendre pour suivre le discours de politique générale de Manuel Valls.

Le pacte de responsabilité

C’est le grand chantier de François Hollande pour 2014. Annoncé lors des voeux du 31 décembre, le pacte de responsabilité est présenté comme un donnant-donnant :

Un coup de pouce aux entreprises...

  • Suppression d’ici 2017 des cotisations familiales payées par les entreprises et les travailleurs indépendants pour financer la branche famille de la Sécurité sociale (elles représentent 5,25 % du salaire brut, soit 35 milliards d'euros par an).

  • Simplification des normes et des procédures administratives.

… censé inciter les entreprises à embaucher...

  • Plutôt qu’un objectif général d’un million ou de deux millions de créations d’emploi, le pacte prévoit des négociations branche par branche sur les contreparties que consentiront les entreprises.

… financé par une baisse drastique des dépenses

  • Si le pacte devrait coûter à l’Etat 10 à 15 milliards d’euros par an, François Hollande vise 50 milliards d'euros d'économies supplémentaires entre 2015 et 2017.

  • Nombre et rémunération des fonctionnaires, simplification du mille-feuille territorial, coupes budgétaites dans certains secteurs ? Les arbitrages ne sont pas encore rendus.

Chez les partenaires sociaux, le pacte de responsabilité est soutenu par les trois principales organisations patronales (Medef, CGPME, UPA), les syndicats CFDT, CFTC, mais plus par la CFE-CGC. S’il est officiellement soutenu par le PS, il est critiqué par l’aile gauche du PS et les écologistes.

Lire : Le mode d’emploi du pacte de responsabilité


Le pacte de solidarité

Le 31 mars, lors de l’allocution qui a suivi la cuisante défaite du PS aux élections municipales, François Hollande a annoncé que le pacte de responsabilité serait complété par un « pacte de solidarité ».

Très vague pour le moment, ce nouveau pacte. Tout juste sait-on, après le discours présidentiel, qu’il concernera l'« éducation », la « formation de la jeunesse » ; qu’il donnera la « priorité à la santé ». M. Hollande a également indiqué que ce pacte aurait pour but d’améliorer le « pouvoir d'achat », via des des réductions d’impôts pour les ménages « d'ici à 2017 » et « une baisse rapide des cotisations payées par les salariés ».

Lire : Ce que François Hollande a dit du pacte de solidarité


Les cotisations salariales

Le pacte de solidarité, annoncé fin mars par le président Hollande, prévoit notamment de baisser les cotisations payées par les salariés. Il s’agit de l’ensemble des contributions que doivent verser les salariés pour financer la sécurité sociale, l’assurance-chômage ou la retraite complémentaire. François Hollande souhaite réduire leur volume « d'ici à 2017 » mais, comme le rappelle La Tribune, l’Etat n’a son mot à dire que sur le volet sécurité sociale. Les marges de manœuvre du gouvernement sont donc très réduites.

Un rapport rendu début avril par un groupe de travail sur la fiscalité préconise de concentrer les baisses de cotisations sur les seuls bas salaires, et de financer cette mesure par une suppression de la prime pour l’emploi.

Lire (édition abonnés) : Un rapport prône la baisse des cotisations sur les bas salaires


Les cotisations ou charges patronales

Le 14 janvier, à l’occasion de sa troisième conférence de presse, le président de la République a annoncé son intention de mettre fin d'ici 2017 aux cotisations patronales pour les familles – une revendication de longue date des organisations patronales, Medef en tête.

Lire : Fin des cotisations patronales pour les familles, une victoire pour le Medef

Ces cotisations familiales payées par l’employeur représentent 5,25 % du salaire brut. Au total, ce sont 35 milliards d’euros qui abondent ainsi les caisses de la branche famille de la sécurité sociale, même si, en réalité, de nombreuses entreprise bénéficient déjà d'exonérations.

Lire : Mais au fait, c'est quoi, les cotisations familiales ?


La fiscalité des ménages

Les conclusions du groupe de travail sur la fiscalité des ménages, installé en fin janvier, n'encouragent ni le prélèvement à la source ni la fusion de l'impôt sur le revenu et de la Contribution sociale généralisée (CSG) mais recommandent un meilleur ciblage sur les bas salaires et un lissage des seuils pour améliorer la progressivité de l'impôt. En clair, la réforme de la fiscalité promise par Jean-Marc Ayrault à l'automne est réduite à sa portion congrue.

Dans ce rapport, dont des extraits ont été publiés par l'Agence France-Presse, le groupe de travail prévient dès l'introduction que « la remise à plat ne sera pas réalisée d'un coup » mais « par étapes », jugeant qu'elle doit « s'inscrire dans la durée en tenant compte de notre trajectoire de redressement des finances publiques et dans le cadre d'une baisse progressive des prélèvements obligatoires ».

Evoquant toutes les idées de réforme qui ont ponctué le débat, le groupe de travail en retient cependant très peu. En particulier, il n'exclut pas, mais ne recommande pas non plus, la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG.

Il reste également perplexe sur le prélèvement de l'impôt à la source, lui préférant la poursuite de « la modernisation et la simplification de la gestion de l'impôt ». Il recommande aussi « une plus grande synchronisation entre la perception du revenu et le paiement de l'impôt » qui est de plus d'un an actuellement.


La CSG

C'était l'engagement de campagne présidentielle n°14 de François Hollande : « La contribution de chacun sera rendue plus équitable par une grande réforme permettant la fusion à terme de l'impôt sur le revenu et de la CSG [contribution sociale généralisée] dans le cadre d'un prélèvement simplifié sur le revenu (PSR). » Las, difficultés techniques et risques budgétaires (l'arrivée d'un impôt devant compenser exactement la disparition d'un autre) semblent avoir eu raison de cette promesse.

Lire : Le rapport qui enterre la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG


Le RSA

Le revenu de solidarité active (RSA) dit d'activité (1,5 milliard d'euros en 2012 pour 700 000 bénéficiaires) pourrait être renforcé, si l'on en croit les propositions du groupe de travail sur la fiscalité des ménages. Le RSA activité est versé aujourd'hui entre 0 et 1,15 smic en complément du revenu d'activité et constitue une avance sur la PPE de l'année suivante.

Lire : La réforme de la fiscalité des ménages est réduite à la portion congrue


La prime pour l’emploi

La PPE est un crédit d’impôt dont peuvent bénéficier les travailleurs à bas revenus, qui travaillent généralement peu. Elle a pour but de les inciter à revenir sur le marché du travail. Selon le « pacte de solidarité » annnoncé par François Hollande au lendemain de la défaite du PS aux municipales, le gouvernement envisage de la supprimer et de la remplacer par une baisse des cotisations sur les bas salaires.


La fronde des « cent députés PS »

Pacte de solidarité, Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), suppression des cotisations patronales pour la famille, choix de Manuel Valls comme premier ministre : c’est à l’aile droite de sa majorité – voire à la droite tout court – que le président de la République a donné des gages ces derniers mois. Ce qui passe mal du côté des parlementaires PS.

Après la défaite aux municipales, ces députés – qui représentent un tiers du groupe PS à l’Assemblée – ont enjoint l’exécutif à leur proposer un « contrat de majorité ». Parmi leurs conditions, figure la « réorientation » de l'Europe par « un plan de relance contre la déflation » et « une révision des trajectoires budgétaires insoutenables et ennemies de la croissance et de l'emploi ». Ces députés considèrent que la trajectoire budgétaire européenne n'est pas « tabou » et qu'« il y a urgence à [la] rediscuter ». Selon eux, l'Union européenne doit procéder à des « investissements massifs » dans « les énergies renouvelables, les transports, le numérique, la construction de logements, la recherche » qui sont le seul « échappatoire au déclin ».

Lire : Cent députés PS en colère réclament un « contrat de majorité »


La transition énergétique

La loi de programmation sur la transition énergétique, d’abord annoncée pour 2013, doit être présentée en juin et adoptée d’ici la fin de l’année. Elle doit mettre en œuvre plusieurs engagements de François Hollande : la réduction de la dépendance au nucléaire, la fermeture de la centrale de Fessenheim, la réduction de la facture énergétique, la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre et le soutien aux énergies renouvelables.


Le collectif budgétaire

A en croire les députés socialistes, Manuel Valls va annoncer pendant son discours un collectif budgétaire pour « la fin du mois de juin ». Il s'agit d'un mini-budget, voté en cours d'année pour rectifier certains aspects du budget initial, adopté à l'automne précédent. Selon le député Christian Eckert, le nouveau premier ministre souhaite faire « de nouvelles économies », pour aller au-delà des 15 milliards d'euros de dépenses déjà rabotées par les parlementaires dans le budget 2014. Cette solution lui permettra donc d'imprimer sa marque (et de rassurer l'Europe sur la trajectoire budgétaire française) sans devoir attendre les discussions sur le budget 2015, qui n'auront lieu qu'à l'automne.

 Maxime Vaudano
Journaliste au Monde.fr

 

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 

 

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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 00:29

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Un quart des SDF ont un travail

Le Monde.fr avec AFP | 08.04.2014 à 18h22 • Mis à jour le 08.04.2014 à 18h37

  
 
24 % des sans-domicile francophones travaillent, mais le plus souvent occupent des emplois « très précaires », relève l'Insee dans une étude publiée mardi.

Un quart des sans-domicile adultes francophones (24 %) travaillent, mais le plus souvent occupent des emplois « très précaires », relève l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans une étude publiée mardi 8 avril. 39 % des SDF étaient au chômage et 37 % étaient inactifs, un terme qui englobe les personnes élevant des enfants, les retraités, les invalides, les demandeurs d'asile ou les sans-papiers n'ayant pas le droit de travailler

  • Quels types de contrat de travail ont les actifs ?

Seuls 39 % des sans-domicile en emploi ont un CDI, 24 % bénéficient d'un CDD, 15 % d'un travail temporaire et 22 % travaillent sans aucun contrat. Près de la moitié des actifs sont à temps partiel, particulièrement chez les femmes (63 % contre 37 % pour les hommes).

  • Les Français plus avantagés

Parmi les SDF actifs, des disparités existent entre Français et étrangers, ces derniers occupant « un peu plus souvent un emploi régulier ou un “petit boulot” (27 %) que les Français (22 %) ». Mais, dans tous les cas, ces travailleurs occupent « presque exclusivement des emplois peu qualifiés », souligne l'Insee.

  • Dans quels secteurs sont-ils employés ?

Plus de neuf sur dix (93 %) sont employés ou ouvriers. Les hommes sont employés surtout dans le bâtiment (20 %), l'hôtellerie ou la restauration (22 %). Près de la moitié des femmes sont quant à elles employées dans les services aux particuliers, 15 % étant dans l'hôtellerie-restauration.

L'enquête note également que « le taux d'emploi des personnes sans domicile est d'autant plus élevé que leurs conditions d'hébergement sont stables ». Près d'un tiers (31 %) des personnes ayant un logement fourni par une association travaillent, un quart de ceux logés dans un centre où ils peuvent rester dans la journée, 21 % de ceux qui sont à l'hôtel et 13 % seulement des personnes en centre d'hébergement la nuit uniquement ou dans la rue.

  • Quelles sont leurs sources de revenus ?

Le revenu de solidarité active est le principal revenu déclaré des SDF (perçu par 30 % d'entre eux) devant les revenus du travail (25 %), les allocations chômage (8 %), l'allocation adulte handicapé (7 %) et autres prestations sociales.

Lire aussi : Le nombre de SDF a augmenté de 50 % en trois ans

Méthode

 

Cette enquête a été menée auprès des utilisateurs francophones des services d'hébergement et de distribution de repas, en janvier et février 2012, par l'Insee et l'Institut national d'études démographiques.

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

 

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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 23:32

 

Source : cadtm.org

 

 

Les enjeux de l’action de la Banque mondiale et du FMI de 1945 à 2014

Diaporama

7 avril par Eric Toussaint

 


Ce diaporama est le support du cours donné par Éric Toussaint, le 5 avril 2014 à l’Université de Liège.

 

1930-2014 cours 5avril2014 by CADTM

 

 

 

Source : cadtm.org

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Mardi 8 avril 2014 2 08 /04 /Avr /2014 22:49

 

Source : www.mediapart.fr

Economie : la politique néolibérale est confirmée

|  Par Laurent Mauduit

 

 

Avec le « pacte de responsabilité » et le plan d'austérité de 50 milliards d'euros, Manuel Valls accélère la politique économique néolibérale de son prédécesseur. Mais il s'expose à de nouvelles polémiques : sur la « trappe à bas salaires » que pourraient engendrer les allègements de cotisations sociales, ainsi que sur le tour de passe-passe concernant le pouvoir d'achat.

En annonçant qu’il avait choisi de nommer Manuel Valls à Matignon, en remplacement de Jean-Marc Ayrault, François Hollande avait clairement fait comprendre qu’il entendait ne tirer aucune leçon, ou presque, de la sanction sans précédent des élections municipales, et maintenir le cap de sa politique économique. Le discours de politique générale de Manuel Valls, ce mardi 8 avril, devant les députés, en apporte la confirmation. Bien que la majorité ait en partie implosé, que les Verts aient décidé de ne plus faire partie du nouveau gouvernement ou encore que le groupe des parlementaires socialistes soit entré en rébellion, l’orientation économique et sociale est quasi inchangée : plus que jamais, cap sur le néolibéralisme et sur l’austérité renforcée…

Dans leurs grands équilibres, les principales mesures annoncées par Manuel Valls se situent dans le strict prolongement de ce que Jean-Marc Ayrault avait déjà entrepris, et ne vont pas apaiser les critiques qui sont apparues jusque dans les rangs socialistes. Le nouveau premier ministre va mettre en œuvre le pacte de responsabilité qui était déjà annoncé, et qui va porter progressivement à 30 milliards d’euros le total des nouveaux allégements fiscaux et sociaux accordés aux entreprises. Il va aussi mettre en chantier les mesures de baisses d’impôt en faveur des contribuables les plus modestes que François Hollande avait fait miroiter en présentant ses vœux aux Français. Et il va enfin appliquer le plan d’austérité de 50 milliards d’euros d’économies déjà annoncé pour les trois prochaines années.

Effets d’aubaine pour les entreprises qui vont empocher les 30 milliards d’euros sans être astreintes à de véritables contreparties ; effets récessifs sur une économie anémiée d’un plan violent d’austérité : comme la politique économique et sociale de Manuel Valls n’a pas le charme de la nouveauté et n’est que la mise en œuvre d’une stratégie ancienne arrêtée à l’Élysée, les mêmes controverses vont reprendre.

En certains domaines, Manuel Valls a apporté des précisions sur des modalités du plan d’austérité ou sur celles du pacte de responsabilité. Et il a aussi annoncé quelques cadeaux en plus, toujours en faveur des entreprises. D’autres controverses vont s’ouvrir : parce que les mesures en faveur des ménages sont encore trop floues pour que l’on soit assuré de leur effet réel sur le pouvoir d’achat ; parce que les mesures annoncées d’exonération des charges sociales sur les salaires au niveau du Smic risquent d’avoir un effet pervers gravissime, en créant ce que les experts appellent une « trappe à bas salaires » ; ou encore parce Manuel Valls s’est bien gardé d’apporter des précisions sur le détail des 50 milliards d’économies…

Il faut donc procéder à un décryptage détaillé de cette déclaration de politique générale.

D’abord, voici cette déclaration de politique générale :

* Les mesures en faveur des entreprises

Ce qui a été annoncé – L’ancien premier ministre, sur instruction de François Hollande, avait déjà mis en œuvre le « choc de compétitivité » de 20 milliards d’euros, qui avait pris la forme d’un crédit d’impôt (baptisé Crédit d’impôt compétitivité emploi - CICE). Et François Hollande avait ensuite annoncé qu’au travers d’un « pacte de responsabilité », le total des allègements sociaux et fiscaux offert aux entreprises allait être progressivement porté à 30 milliards d’euros. Mais on ignorait encore si ces 10 milliards d’euros complémentaires d’allègement viendraient d’une suppression progressive des cotisations familiales, qui sont à la charge des employeurs, ou alors d’un recalibrage et d’une montée en puissance du CICE.

C’est donc sur les 10 milliards d’euros complémentaires que Valls a apporté des précisions nouvelles. Première précision : « Au niveau du SMIC, les cotisations patronales à l’URSSAF seront entièrement supprimées au 1er janvier 2015. »

Cette première annonce est très importante car l’URSSAF (Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales) est un organisme de service public qui recouvre l’ensemble des cotisations de protection sociale versées par les entreprises. La mesure annoncée par Manuel Valls signifie donc que les employeurs ne paieront plus aucune cotisation sociale, de quelque nature que ce soit (santé, retraite, chômage, famille…) pour les salariés au niveau du Smic.

Du même coup, Manuel Valls a donc fait cette annonce complémentaire : « Le barème des allégements existant entre le SMIC et 1,6 fois le SMIC sera modifié en conséquence. Nous y consacrerons 4,5 milliards d’euros. »

Continuant à détailler la répartition de ces 10 milliards d’euros de cadeau supplémentaire en faveur des entreprises, Manuel Valls a fait cette autre précision : « Pour les salaires jusqu’à 3 fois et demi le SMIC, c’est-à-dire plus de 90 % des salariés, les cotisations famille seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016. Cela représente un allégement supplémentaire de près de 4,5 milliards d’euros. » Enfin, « les travailleurs indépendants et artisans, qui représentent des gisements de créations d’emplois, bénéficieront d’une baisse de plus de trois points de leurs cotisations famille dès 2015 (soit 1 milliard d’euros). »

Le nouveau premier ministre apporte ainsi sa patte personnelle, en gonflant encore un peu davantage les cadeaux offerts aux entreprises. C’est-à-dire en portant les allègements au-delà des 30 milliards d’euros déjà annoncés par François Hollande.

Ces mesures complémentaires sont les suivantes. « Pour relever l’investissement, le gouvernement agira aussi par la fiscalité. D’abord, en réduisant les impôts de production, comme la "C3S" – contribution sociale de solidarité des sociétés – payée par 300 000 entreprises. Elle sera entièrement supprimée en trois ans. Cela représente environ 6 milliards d’euros de marges supplémentaires, dont 1 milliard dès 2015 », a ainsi expliqué Manuel Valls, avant d’ajouter : « Concernant l’impôt sur le résultat des sociétés, la "surtaxe" instaurée sous la mandature précédente sera supprimée en 2016. Le taux normal de cet impôt sera par ailleurs abaissé à 28 % en 2020, avec une première étape intermédiaire en 2017. »

Ce qui va faire polémique – La première polémique sera celle que nous avons déjà évoquée : beaucoup observeront que François Hollande n’a tenu aucun compte de la sanction des municipales. Pis que cela ! On pourra lui faire grief au contraire d’aggraver cette politique, puisque les cadeaux aux entreprises vont dépasser les 30 milliards d’euros annoncés, pour atteindre plus de 36 milliards d’euros.

La deuxième critique est récurrente : il a beaucoup été reproché au gouvernement précédent d’offrir ces allègements aux entreprises, sans exiger d’elles des contreparties en termes d’emploi ou d’investissement. Et l’Insee a récemment confirmé que du même coup le pacte de responsabilité risquait surtout de gonfler… les profits (lire Le choc de compétitivité stimulera d’abord… les profits !).

Or, Manuel Valls n’a rien dit qui vienne apaiser ces craintes. La controverse sur les effets d’aubaine de ce plan va donc reprendre de plus belle : le nouveau gouvernement ne va-t-il pas ruiner les finances publiques seulement pour consolider les marges des entreprises ? En somme pour consolider ce capitalisme d’actionnaires ?

Une troisième critique coule de source. Pour la mesure d’allègement de 4,5 milliards d’euros qui concerne les cotisations familiales employeurs, Manuel Valls a fait une pirouette, en évoquant son financement : « Cela ne pénalisera en rien le financement de la politique familiale, qui se verra affecter d’autres recettes pérennes. » Ah bon ! Lesquelles ?... La formule est évidemment inquiétante. Car ces 4,5 milliards d’euros, il faudra bien les trouver. Alors, le gouvernement sera-t-il tenté de les trouver… dans la poche des familles, via par exemple un relèvement de la CSG ? Ou alors les prestations familiales seront-elles réduites ?

Mais à toutes ces polémiques qui vont repartir, il faut encore en ajouter une autre. Elle a trait à l’annonce de la suppression totale de toute cotisation sociale au niveau du Smic. Une telle disposition incitera très fortement les employeurs à n’embaucher qu’au niveau du Smic, et le moins possible au-dessus. Ces effets sont très connus des économistes, qui ont un vocable très précis pour définir ce processus vicieux : on parle d’une « trappe à bas salaires ».

Or, ce qu’il y a de particulièrement important, c’est que la France est bien placée pour connaître les effets pernicieux de cette trappe, car tout au long des années 1990, la gauche comme la droite, ont multiplié au gré des alternances ces politiques d’allègements des charges sociales pour le travail non qualifié. C’est Martine Aubry, à l’époque ministre du travail, qui en a donné le coup d’envoi en 1992 en ciblant ces allègements sur le travail féminin ; et ses successeurs de droite ont suivi son exemple. Et, en France sans doute plus qu’ailleurs, la fameuse « trappe » a montré ses effets pervers : les petits boulots ou en tout cas ceux au niveau du Smic ont prospéré, contribuant à un écrasement des hiérarchies salariales.

Cette politique est d’ailleurs en ligne avec la doctrine néolibérale. Dans le prolongement de la « politique de l’offre », ses zélateurs recommandent d’alléger le coût du travail, surtout pour les basses qualifications. Et le résultat de cette politique est celle que l’on a pu enregistrer en France depuis vingt ans : une explosion du nombre des « working poors » – des travailleurs pauvres.

* Les mesures en faveur des ménages

Ce qui a été annoncé – Faisant mine de tirer les enseignements des municipales, François Hollande avait annoncé que le « pacte de responsabilité » serait complété par un « pacte de solidarité ». C’est donc ce volet complémentaire que Manuel Valls a annoncé.

« Le meilleur moyen, c’est d’agir sur les cotisations salariales pour augmenter le salaire net, celui que l’on touche à la fin du mois. Dès le 1er janvier 2015, elles seront diminuées pour les salaires au niveau du SMIC pour procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire. C’est presque la moitié d’un 13e mois pour un salarié payé au SMIC. Ce gain sera dégressif entre le SMIC et 1,3 fois le SMIC », a ainsi annoncé le nouveau premier ministre.

Par ailleurs, a-t-il ajouté, « mon gouvernement proposera d’alléger la fiscalité pesant sur les ménages modestes, en particulier ceux qui sont entrés dans le champ de l’impôt sur le revenu ces dernières années alors même que leur situation ne s’était pas améliorée. L’ensemble de ces mesures en faveur des ménages modestes représentera 5 milliards d’euros à l’horizon 2017 ».

Ce qui va faire polémique – La première mesure a une faille que l’on devine facilement : Manuel Valls n’a pas évoqué son financement. Mais c’est peut-être... plus qu’une faille : il se pourrait que ce soit un pur et simple tour de bonneteau. En clair, cette disposition présentée comme une mesure en faveur des salariés modestes pourrait être financée… par les salariés modestes eux-mêmes.

Avant même les élections municipales, l’Élysée et Bercy travaillaient en effet à une mesure de financement qui pouvait prendre la forme d’une suppression, au moins partielle, de la Prime pour l’emploi (PPE) qui avait été créée sous Lionel Jospin pour veiller à ce qu’un chômeur puisse reprendre une activité sans que son nouveau salaire soit… inférieur à ses indemnités chômage. Il s’agissait en somme d’une prime pour inciter les salariés modestes à revenir sur le marché du travail.

Il serait donc stupéfiant que Manuel Valls ose présenter comme une aide au pouvoir d’achat des salariés modestes une mesure qui serait… à leur charge ! Conscient que la pilule serait difficile à faire passer, les « technos » de Bercy ont, semble-t-il, amendé en dernière minute le dispositif, pour que le financement de la mesure ne pèse pas tout de suite, ou pas totalement, sur les salariés les plus modestes, et que ce financement n’intervienne que progressivement.

Il n’empêche ! Le simple fait que Manuel Valls n’ait pas précisé le financement de la mesure en dit long : il s’agit d’une mesure en forme de bout de ficelle. Juste pour faire semblant ; juste pour faire croire que la politique économique du gouvernement n'est pas au bénéfice exclusif des entreprises et surtout de leurs actionnaires…

La seconde disposition sur la fiscalité appelle les mêmes réserves. Car, faute de précision de Manuel Valls, deux cas de figure sont possibles. Premier cas de figure : comme Mediapart l’avait révélé en début d’année, des décisions fiscales prises ces derniers mois vont conduire à de violentes hausses d’impôt à l’automne prochain, dont l’opinion n’a pas encore pris la mesure (lire Vers un nouveau choc fiscal pour les ménages). Le gouvernement pourrait avoir l’ambition de seulement freiner ou annuler des hausses, dont les contribuables n’ont pas encore pris la mesure. En quelque sorte, il n’y aurait donc pas de baisses d’impôt mais seulement… une annulation des hausses prévisibles ! Dans cette hypothèse, il s’agirait donc aussi d’un tour de bonneteau.

Seconde hypothèse : le gouvernement pourrait envisager une baisse de l’impôt, en la présentant comme une mesure pour les foyers modestes. Au début de son discours, d’une formule, Manuel Valls a fait cette allusion : « Il y aussi cette exaspération quand, à la feuille de paie déjà trop faible, s’ajoute la feuille d’impôt trop lourde. »

Mais là encore, cette orientation pourrait susciter la polémique, en tout cas à gauche. Car les socialistes avaient promis non pas de conduire une politique néolibérale de baisse des impôts, mais de refonder un impôt citoyen et progressif, ce qui n’a rien à voir. En somme, ils avaient promis non pas de démanteler encore un peu plus l’impôt sur le revenu mais de le refonder, en le fusionnant avec la CSG. De surcroît, on sait l’hypocrisie d’une baisse des tranches basses de l’impôt sur le revenu. Comme il s’agit d’un prélèvement progressif, toute mesure de ce type profite aussi… aux plus hauts revenus.

* Le plan d’austérité

Ce qui a été annoncé – Le volet sur le plan d’austérité et sur les 50 milliards d’euros d’économie était sans doute celui qui était le plus attendu. Mais c’est aussi celui sur lequel Manuel Valls a été le moins explicite.

Il s’est borné à quelques indications. D’abord sur le calendrier : « Fin avril, l’Assemblée nationale sera saisie du programme de stabilité et de la trajectoire des finances publiques. Au début de l’été, un projet de loi de finances rectificative traduira les économies nouvelles que nous aurons proposées. Et il y aura évidemment le rendez-vous crucial de la loi de finances initiale. »

Et ensuite, il a juste apporté ces précisions : « Je vous propose un changement de rythme pour éviter tout recours à l’impôt et financer le redressement de notre économie : 50 milliards d’euros d’économies sur trois ans de 2015 à 2017. L’effort sera partagé par tous. L’État et ses agences en prendront la plus grande part, 19 milliards d’euros. 10 milliards proviendront de l’assurance maladie et 10 milliards supplémentaires des collectivités locales. Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations. »

Tout en récusant le terme d’austérité, le nouveau premier ministre n’a pas été plus disert. Il a seulement indiqué qu’il fallait trouver un juste équilibre entre le besoin impérieux de redresser les comptes publics, mais sans casser la reprise de la croissance.

Ce qui va faire polémique – Le grief essentiel auquel Manuel Valls va devoir faire face au cours des prochains jours est celui de ne pas avoir joué cartes sur table et de n’avoir pas dit la gravité des mesures d’austérité qui sont déjà dans les tuyaux.

On sait en effet que François Hollande a lui-même organisé à l’Élysée ces derniers mois des réunions de travail pour préparer des coupes claires violentes (lire Et revoici la RGPP !). Et c’est ce plan d’austérité, qu’il n’a pas élaboré, que Manuel Valls va devoir appliquer. Bercy a même bien fait les choses. Comme pour forcer la décision, les principales pistes ont fait l’objet de fuites savamment calculées, notamment, lundi, à destination des Échos.

On a ainsi appris que l’Élysée réfléchissait à une véritable purge. Pour parvenir aux 19 milliards d’économies sur l’État et les principaux opérateurs publics, des pistes explosives seraient à l’étude comme le maintien du gel des salaires des fonctionnaires jusqu’en 2016 (il est déjà en vigueur depuis 2011) ; la remise en cause de 10 000 à 15 000 des 60 000 créations de postes dans l’éducation nationale, qui étaient pourtant la promesse phare du candidat Hollande ; la réduction d’au moins 3 milliards des dotations aux opérateurs publics ; la réduction des contrats aidés et le durcissement des critères de l'allocation de solidarité spécifique pour les chômeurs en fin de droits ; la limitation drastique des dépenses de santé ; la limitation de certaines prestations familiales…

En résumé, les cadeaux aux entreprises ont même été renforcés tandis que la violence du plan d’austérité s’est précisée. Voilà donc la tâche qui attend Manuel Valls : il va devoir imposer au pays une politique économique qui vient tout juste d’être… censurée, sinon par le Parlement, du moins par les électeurs lors des municipales.

 

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Source : www.mediapart.fr
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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 23:57

 

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Windows programme l’obsolescence de 500 millions de PC dans le monde et un immense gaspillage écologique

Le géant Microsoft met fin au support Windows XP, entraînant la mort artificielle de millions d’ordinateurs à travers le monde. Spot TV, message d’alerte au démarrage de l’ordinateur, pages Internet dédiées, Microsoft ne lésine pas sur la communication pour inciter ses clients à passer à la technologie supérieure, en jouant sur la peur des virus [1] et en vantant les mérites des nouveaux PC [2], aujourd’hui « élégants » et « puissants », mais demain obsolètes.

 Pour les éco-consommateurs, l’annonce de Microsoft est peut être l’occasion de sortir de la consommation imposée et d’opter pour les logiciels libres, ainsi que pour du matériel durable et réparable…

Le support Windows XP aura donc duré 12 ans. C’est déjà 2 ans de plus que ne le souhaitait Microsoft, c’est également plus long que certains de ses concurrents [3]. Mais étant donné le succès planétaire de Windows XP, cela reste un gaspillage sans précédent.

500 millions de PC dans le monde sont toujours équipés de Windows XP [4]. En France, 9 millions d’ordinateurs personnels seraient concernés [5] et bien plus d’équipements professionnels.

Est-ce que ces millions d’ordinateurs vont s’éteindre le 8 avril à minuit ? La réponse est non, surtout si les utilisateurs ont pris leurs précautions en installant les dernières mises à jour et un bon antivirus. Cependant, petit à petit, l’usage au quotidien sera plus complexe et donc le renouvellement s’imposera comme la solution.

Va-t-il y avoir un pic de déchets électriques et électroniques (DEEE) en 2014 ? Un ordinateur contient du plomb et du mercure, des substances qui présentent un risque sanitaire si elles ne sont pas dépolluées correctement. De plus, un ordinateur est composé de plusieurs dizaines de métaux dont du fer, de l’étain, de l’argent ou du ruthénium. Sans recyclage adapté, ce sont de nouvelles ressources qu’il faut aller prélever. Car un PC nécessite pour sa production, 100 fois son poids en matières premières. 500 millions de PC à renouveler, ce sont donc des milliers de tonnes de matières premières à extraire.

Or, l’exploitation minière est celle « qui occasionne le plus de dégâts environnementaux » comme le rappelle un rapport de l’Assemblée nationale [6]. L’Organisation internationale du travail rappelle également qu’au regard des taux de décès, de lésions et de maladies parmi les mineurs, « l’industrie minière demeure la profession la plus dangereuse ». [9]

Camille Lecomte, chargée de campagne Modes de production et de consommation responsables : « L’illusion des TIC vertes a suffisamment duré. Les impacts de cette industrie doivent être mieux pris en compte. L’obsolescence logicielle est une forme d’obsolescence programmée qui tend à se généraliser, c’est aussi la plus trompeuse car techniquement l’appareil fonctionne, il n’y a pas de panne mais il devient inutilisable. Avec le boom des produits connectés, ordinateurs, tablettes et smartphones, elle est aussi l’avenir d’une industrie dont le moteur ne peut pas toujours être l’innovation technique. La fin de Windows XP, entre le rachat de licences et le renouvellement du matériel, pourrait ainsi rapporter 32 milliards de dollars à cette industrie [7]. »

Alors qu’elle en avait l’opportunité via la loi consommation, la France n’a pas osé légiférer et créer un délit d’obsolescence programmée. Adoptées en mars 2014, les actions de groupe ont été présentées par l’ancien ministre Benoît Hamon comme une « arme de dissuasion massive ». C’est donc désormais aux citoyens de dire non à cette consommation imposée, en refusant les bons d’achat offerts par Microsoft et en abandonnant Windows, sans abandonner son matériel. En effet, quitte à changer de système d’exploitation, autant faire le choix d’un système gratuit et durable, comme le propose Linux. Selon vos besoins et votre matériel, un logiciel libre correspond à vos attentes, de plus en plus d’associations proposent des formations, pensez à les solliciter [8].

Notes :

[1] « Une version de Windows non prise en charge ne recevra plus de mises à jour logicielles de Windows Update. Celles-ci incluent des mises à jour de sécurité qui permettent de protéger votre ordinateur contre les virus dangereux, les logiciels espions et autres programmes malveillants susceptibles de voler vos informations personnelles. »

http://windows.microsoft.com/fr-fr/windows/help/what-does-end-of-support-mean

[2] Le site web de Microsoft annonce également : « Si votre PC actuel ne peut pas exécuter Windows 8.1, le moment est peut-être venu d’en acheter un nouveau. Découvrez notre magnifique sélection de nouveaux PC. Ils n’ont jamais été aussi puissants, légers et élégants et proposés dans une gamme de prix considérablement moins onéreuse qu’il y a 10 ans. » [3] Apple ne propose des mises à jour que pour les trois dernières versions de ses appareils. [4] Enquête de 01.net du 2 avril 2014 http://www.01net.com/editorial/617282/pres-de-28-pour-cent-des-pc-tournent-encore-sous-windows-xp/ [5] Selon GfK/Médiamétrie, 21,4 millions de foyers (77 %) étaient équipés d’un ordinateur au 1er trimestre 2013 et plus de 2 foyers équipés sur 5, soit 8,8 millions, ont au moins deux ordinateurs à la maison.

En Europe, en février 2012, Windows XP continue de représenter 32 % des parts de marché.

http://www.01net.com/editorial/563038/forte-progression-des-os-dapple-en-europe/

[6] « Rapport d’information sur la gestion durable des matières premières minérale », par Christophe Bouillon et Michel Havard, 26 octobre 2011. [7] 32 milliards est le chiffre annoncé par la firme de Redmond. [8] Coagul ou Le logiciel libre. [9] Voir la rubrique « Industrie minière » sur le site de l’OIT

http://www.ilo.org/global/industries-and-sectors/mining/lang–fr/index.htm

 

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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 22:47

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/pierre-khalfa

 

Menaces sur le smic !

 Le Smic est régulièrement la cible d’attaque de la part des économistes néolibéraux. Fin 2012 déjà, un rapport du groupe d’experts chargés de faire des recommandations au gouvernement sur le sujet proposait une remise en cause de son indexation actuelle et avançait comme pistes possibles d’évolution une régionalisation ou la création d’un « Smic jeune »[1]. Un de ces « experts », Gilbert Cette sort aujourd’hui un livre, « Changer de modèle »,  avec deux autres économistes, Philippe Aghion et Elie Cohen, dans lequel il reprend ce type de préconisation avec pour argumentation qu’un salaire minimum trop élevé peut nuire à l’emploi. Mais ce sont les déclarations le 2 avril sur LCP de Pascal Lamy, ex directeur de l’Organisation mondiale du commerce et adhérent de longue date du Parti socialiste, qui ont fait le plus sensation. Que nous dit-il ? Qu’à ce « niveau de chômage, il faut aller vers plus de flexibilité, et vers des boulots qui ne sont pas forcément payés au Smic (…) un petit boulot, c’est mieux que pas de boulot ». Certes le nouveau ministre des finances Michel Sapin a déclaré n’être pas favorable à cette proposition, mais combien de temps cette position sera-t-elle tenue dans un contexte où le président de la République s’est totalement converti au dogme de la compétitivité.

Le débat sur le Smic est donc relancé et il faut une fois de plus reprendre l’argumentation face aux contrevérités qui nous sont régulièrement assénées[2]. Le Smic remplit trois fonctions : limiter la grande pauvreté salariale, garantir le pouvoir d’achat et lutter contre les inégalités salariales. Toute augmentation du Smic permet à la fois une diminution de l’éventail des salaires et une réduction des inégalités salariales entre les femmes et les hommes car les femmes sont près de deux fois plus souvent au SMIC que les hommes. S’attaquer au Smic, c’est donc s’attaquer aux femmes. Alors que le gouvernement affiche l’ambition de réduire les inégalités salariales entre les sexes, et alors qu’elles ne diminuent plus depuis le milieu des années 1990, c’est au contraire une nette revalorisation du Smic qui serait indispensable pour réduire ces inégalités.

Un emploi à bas salaire est défini comme un emploi dont le salaire inférieur aux 2/3 du salaire médian[3]. L’augmentation relative du Smic par rapport au salaire médian a incontestablement permis que la proportion de bas salaires baisse dans les deux dernières décennies. Elle est passée de près de 19 % en 1995 à 16 % en 2009. Parmi ces salariés, les trois quarts sont des femmes. Jusqu’en 2009, le Smic a rempli à peu près sa fonction de garantie du pouvoir d’achat. Le Smic et le Salaire horaire de base ouvrier (SHBO) ont évolué de façon similaire. Cependant, le pouvoir d’achat du Smic a décroché à partir de 2009, décrochage rattrapé par l’augmentation du 1er juillet 2012 (a postériori donc). Enfin, le Smic, en augmentant plus vite que le salaire médian et que le salaire moyen, a permis de réduire un peu les inégalités salariales entre 1990 et 2003. Cependant, à partir de 2003, la tendance s’inverse et les hauts salaires ont augmenté rapidement dans la période récente. Ainsi les 10 % de salariés les mieux payés reçoivent 24 % du total des salaires contre 5 % pour les 10 % les moins biens payés. L’Insee indique que 10% des salariés les moins bien payés touchent un salaire net mensuel de 1 142 euros alors que 1% les mieux payés touchent plus de 7 654 euros nets mensuels.

Malgré donc le fait que le Smic ait été fort malmené ces dernières années, notamment en l’absence de coup de pouce sous le quinquennat précédent et malgré le coup de pouce dérisoire (0,6 %) accordé en 2012 par François Hollande, il reste une garantie essentielle au vu de son mode automatique de revalorisation chaque année : revalorisation du montant de l’inflation[4] majoré de la moitié des gains du pouvoir d’achat ouvrier. Par ailleurs, il faut remarquer que la garantie de progression du Smic protège aussi les salariés des branches professionnelles à bas salaires, qui sont des branches où prédominent les femmes, en bloquant la baisse éventuelle des minimas conventionnels.

Le mode actuel de revalorisation date de 1970 quand le Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti) a été remplacé par le Smic (Salaire minimum interprofessionnel de croissance). Le Smig, indexé simplement sur l’inflation, progressait moins vite que la moyenne des salaires, ce qui augmentait les inégalités salariales. De plus, le Smig renvoyait à la notion de minimum vital, ce qui avait amené à le régionaliser sous le prétexte que le coût de la vie est différent suivant les régions. Il avait fallu attendre Mai 1968 pour avoir le même salaire minimum sur tout le territoire national. On voit que les projets de régionalisation du Smic et la remise en cause de son mode d’indexation nous font reculer de plusieurs décennies.

Un des arguments avancés pour s’attaquer au Smic est que son montant trop élevé serait contraire à l’emploi. Il faut déjà avoir une bonne dose de cynisme pour affirmer qu’un salaire  net de 1 128 euros par mois serait trop élevé. Au-delà, cet argument reprend, pour le Smic, la rengaine d’un coût du travail qui pénaliserait l’emploi, en particulier pour les salariés non qualifiés. D’où la mise en œuvre d’exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires. Le bilan plus que mitigé de ces dernières devrait rendre prudents ceux qui prônent une baisse du coût du travail. Il diffère suivant les hypothèses retenues pour le réaliser, les méthodes employées… et le parti-pris idéologique des auteurs. La Cour des comptes, peu connue pour son gauchisme échevelé, indiquait en 2009 que « S’agissant des allègements généraux sur les bas salaires, leur efficacité sur l’emploi était trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité. ».

Mais surtout, comme le faisait remarquer à juste titre le président de la CGPME à propos du Pacte de responsabilité, pour créer des emplois « encore faut-il que les carnets de commande se remplissent ». Car ce qui incite les employeurs à embaucher, c’est d’avoir une demande assurée pour leurs produits. Or s’attaquer au Smic, c’est s’attaquer aux ménages qui consomment l’entièreté de leur revenus, c’est donc faire baisser la demande adressée aux entreprises. Ce type de mesure aura un effet récessif qui aggravera davantage la situation économique alors même que des politiques d’austérité massive sont mises en œuvre. Non seulement cela ne créera pas d’emplois, mais risque même d’en détruire. La raison essentielle de l’augmentation du chômage n’est pas le coût du travail, mais les politiques d’austérité qui aggravent la crise.

Il est d’ailleurs assez paradoxal que Pascal Lamy propose d’instaurer en France des « petits boulots », suivant en cela la politique menée en son temps par Gerhard Schröder qui a abouti à une augmentation considérable de la pauvreté, au moment même où l’Allemagne vient d’instaurer un salaire minimum pour justement lutter contre les petits boulots.

 


[1] Voir Laurent Mauduit, http://www.mediapart.fr/journal/economie/111212/le-smic-est-en-danger-de-mort.

[2] Sur ces points, voir la note de Michel Husson auquel cet article emprunte un certain nombre d’analyses, http://hussonet.free.fr/smic12w.pdf.

[3] Le salaire médian est tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l'autre moitié gagne plus. Il se différencie du salaire moyen qui est la moyenne de l'ensemble des salaires de la population considérée (définition Insee). En 2013, il s’élevait à 1 675 euros bruts mensuels, contre 1 430,22 euros bruts pour le Smic.

[4] Il s’agit en fait de l'Indice des prix à la consommation des ménages du 1er quintile de la distribution des niveaux de vie (IPCMPQ). Cet indice vise à mieux prendre en compte l'évolution des dépenses contraintes (loyer, énergie) des salariés à faible revenu.

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/pierre-khalfa

 

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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 22:40

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

Pascal Lamy et les bienfaits (involontaires) de la mondialisation

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 07/04/2014 à 10h28

 

 

Se doutait-il, le « socialiste » Pascal Lamy, qu’en appelant avec une rare impudence à la transgression du Smic, il accélérait – oh, bien involontairement ! – un des rares possibles bienfaits sociaux – tout aussi involontaires – de la mondialisation ?

– Des bienfaits sociaux grâce... grâce à la mondialisation ? ! Non mais ho, Yéti, t’es dingue, t’as fumé quoi ?

Ne t’étrangle pas, rouge-gorge furibard. Je t’explique.

Le nivellement de l’échelle des revenus à l’échelle planétaire

Ce qui se passe, c’est qu’en bousillant les frontières et les protections sociales dans les pays dits développés, en transbahutant leurs unités de production dans des régions où les gens sont payés au lance-pierre, les gens de la bande à ce Lamy ont déclenché à l’insu de leur plein gré une véritable révolution sociale : le nivellement aux forceps de l’échelle des revenus à l’échelle planétaire.

– Nivellement par le bas ! Tu veux qu’on gagne tous des clopinettes comme de vulgaires esclaves bangladais, c’est ça que tu veux ?

Hum, pas très gentil pour les Bangladais et assimilés. Mais passons. Regarde bien ce qui se passe dans les pays émergents, en Asie, dans les ex-pays de l’Est. Les prolos commencent à ruer dans le brancards, à réclamer – et souvent à obtenir – des augmentations substantielles de salaires. On les fait saliver à produire nos richesses, alors forcément, un jour...

– Et pendant ce temps-là, y a des Lamy qui baissent les nôtres, de salaires, au nom de la compète et autres charlataneries, tu parles d’un progrès !

D’abord, je te ferai remarquer en passant qu’il n’est pas trop logique, pour un écolo proclamé comme toi, de pester d’un côté contre la baisse du niveau de vie et de crier à tout-va de l’autre que la poursuite d’un tel train de vie conduit directement la planète à la catastrophe.

Je vais même te dire autre chose qui va te faire bondir : si aujourd’hui, par je ne sais quel miracle, les gouvernants des pays riches décidaient une augmentation massive et généralisée de tous les revenus de tous leurs citoyens, ce serait une calamité pour l’avenir de l’humanité.

Salut à toi, dame Bêtise

Ensuite, les Lamy en question sont des nunuches à courte-vue. Baisser les revenus, c’est faire baisser la consommation et c’est à terme les contraindre aussi à baisser leur prix. Sinon, leurs marchandises, ils se les gardent. Un nivellement des prix lié au nivellement des revenus.

– On appelle ça la déflation. Et la déflation, ça te fout en l’air un système !

Exactement ! Et c’est une bonne chose. De toute façon, leur système est mort de chez mort. Un moribond branché de partout pour ne pas claquer dans l’instantané.

– Ça n’empêche pas les Lamy and co de se goinfrer sur le dos du peuple !

Se goinfrer de quoi ? D’encore plus de pognon ? Ce qui les intéresse n’est pas l’argent dont ils n’ont nul besoin et qu’ils enterrent dans des paradis fiscaux, mais le pouvoir qu’il donne. Et le pouvoir de ces gens sur leurs ouailles ne tient souvent qu’à la crédulité soumise de ces dernières.

Les Lamy and co sont non seulement des types peu recommandables, mais aussi d’assez insipides crétins en train de précipiter eux-mêmes leur perte par pure bêtise.

Ce qu’il faudrait faire et que nous ne ferons pas

– J’y crois pas ! Et toi qui défendais mordicus la nécessité d’établir une nécessaire protection sociale contre la dérégulation mondialisée !

C’est qu’il y a deux niveaux de compréhension des affaires de notre bas-monde :

  • Un, ce qu’il faudrait faire. Et là, oui, un certain protectionnisme social s’imposerait. Au moins pour adoucir la période transitoire vers le nouveau monde. Rien à voir avec le désir de régression infantile dans le ventre de la mère-Nation chère aux suppôts de la mère Le Pen. Pour ceux-là, le protectionnisme social ne s’apparente qu’aux grilles de Ceuta et de Melilla, où les repus cherchent à bloquer – vainement – le flot des crève-la-faim immigrés.
  • Deux, ce qui se passe vraiment, ce que nous ne faisons jamais, ce qui échappera toujours au contrôle des Lamy and co. L’intelligence des humains et leurs capacités d’affronter les obstacles (dont ils sont souvent cause) a des limites assez humiliantes pour les « élites ».

C’est toujours comme ça, les vraies révolutions se déroulent en dehors de nous, dans la douleur. Les grandes phases de transition s’étendent sur une durée qui excède largement la demie-heure de nos journaux télévisés, donc hors de portée de nos capacités de compréhension, d’acceptation et de réaction.

In fine, la Nature elle-même, par le déferlement de ses colères climatiques, l’appauvrissement de ses ressources, le déchaînement des rages humaines qu’elle déclenche, se charge toujours de nous doucher l’ambition et de remettre de l’ordre dans les chaos que nous avons laissés. Avec la complicité imbécile des Lamy and co.

– Purée, ça fait peur et ça incite à la modestie ! Sers-moi un petit coup à boire.

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

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Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 22:10

 

Source : www.courrierinternational.com

 

ALLEMAGNE Un salaire minimum de dilettante

Les restrictions à l'instauration des 8,50 euros brut de l'heure dans le monde du travail suscitent de vives critiques. Certains secteurs échapperont à la nouvelle réglementation et les employeurs seront tentés d'utiliser un réservoir de main-d'œuvre low cost.
Dessin de Cost  
Dessin de Cost
La droite chrétienne-démocrate (CDU-CSU) et les organisations patronales ont atteint leur objectif : détricoter le salaire minimum légal [qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2015]. Voilà que les chômeurs de longue durée sont à leur tour [à l'instar des jeunes sans qualification de moins de 18 ans et des stagiaires préparant leur entrée dans le monde du travail] exclus du salaire horaire à 8,50 euros. Une preuve d'amateurisme sur le front de la politique du marché du travail. 


Un allongement artificiel des périodes de chômage

En effet, les entreprises seront tentées de limiter l'embauche d'un chômeur à six mois seulement : si celui-ci fait valoir ses droits au salaire horaire de 8,50 euros passé ce délai, il pourra être remercié le plus simplement du monde pour être remplacé par un autre chômeur. Et ce n'est pas noircir le tableau.

Dès qu'il y a une faille, celle-ci est exploitée, l'expérience le montre. Par ailleurs, cette nouvelle réglementation risque d'induire un allongement artificiel des périodes de chômage : car les futurs chefs d'entreprise sauront désormais qu'ils pourront embaucher un nouveau collaborateur à très bas salaire au bout d'un an. Ce faisant, la grande coalition pérennise la précarité liée au chômage qu'elle prétend combattre.

L'argument selon lequel il est ici question de chômeurs difficiles à caser, qui ne seraient jamais embauchés à 8,50 euros de l'heure, est cousu de fil blanc. Est chômeur de longue durée quiconque est en recherche d'emploi depuis plus d'un an. Parmi eux, on trouve des personnes diplômées et qualifiées, qui n'ont tout simplement pas eu de chance dans leurs démarches professionnelles. 

 

Un vivier de chômeurs low cost à leur disposition

Ces nouvelles dérogations au salaire minimum maintiennent ces gens-là et tous les autres chômeurs de longue durée dans la spirale de précarité déclenchée par les réformes Hartz du marché du travail du gouvernement rouge-vert [du chancelier Gerhard Schröder]. Mais si ce nouveau compromis est un aveu d'impuissance de la part de la ministre du Travail, Andrea Nahles (SPD), c'est aussi pour une autre raison.

Celle-ci a toujours clamé fièrement qu'elle ne souffrirait aucune exception à la loi sur le salaire minimum, dans quelque secteur professionnel que ce soit. Or voilà que ces dérogations deviennent partiellement réalité par des voies détournées : dans les secteurs tels que l'hôtellerie-restauration ou l'agriculture, la main-d'œuvre saisonnière ne travaille généralement que le temps des vacances ou des récoltes, c'est-à-dire quelques mois. Là aussi, les entreprises auront à l'avenir un vivier de chômeurs de longue durée low cost à leur disposition – car ces derniers ne valent même pas 8,50 euros de l'heure aux yeux de la grande coalition.

 

Source : www.courrierinternational.com

 

 

 

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Vendredi 4 avril 2014 5 04 /04 /Avr /2014 20:55

 

Source : www.mediapart.fr

 

Le « choc de compétitivité » stimulera d’abord… les profits !

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

Croissance faible, pouvoir d'achat déprimé, chômage à un niveau record : l'Insee ne voit pas venir l'embellie que devait susciter la politique économique néolibérale de Hollande. Et les cadeaux aux entreprises seront utilisés à 50 % « pour accroître ou préserver leurs marges ».

Pour justifier la politique néolibérale qu’il conduit en faveur des entreprises, et les immenses cadeaux financiers qu’il leur a accordés, François Hollande prétend que ces immenses allégements d'impôt contribueront à améliorer la situation financière des entreprises et que celles-ci finiront par investir et embaucher. Et il nie farouchement que cette politique de l’offre ne génère que des effets d’aubaine, les entreprises se bornant à encaisser ces cadeaux, pour gonfler leurs profits voire les dividendes servis à leurs actionnaires.

Si, à l’occasion des élections municipales, les citoyens ont déjà dit avec colère ce qu’ils pensaient de ce pronostic, en infligeant une sanction historique aux socialistes, on ne savait pas encore ce qu’en dirait l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui fait souvent office de juge de paix dans le débat public. Mais avec la nouvelle « Note de conjoncture » que l’Institut a publiée ce 3 avril en milieu de soirée, nous voilà fixés : même s’ils disent les choses avec plus de modération que les électeurs, les statisticiens ne sont pas loin de penser comme eux. Croissance très faible, chômage toujours à un niveau record, pouvoir d’achat en stagnation : la prévision est plutôt pessimiste et ne suggère pas que la politique de l’offre chère à François Hollande puisse contribuer à une véritable relance de l’activité. Elle valide même plutôt l’hypothèse selon laquelle le « choc de compétitivité » générerait surtout des effets d’aubaine.

Voici cette « Note de conjoncture » :

Aucune évaluation précise n’est certes encore possible du « choc de compétitivité » d’inspiration néolibérale que le gouvernement a mis en œuvre au profit des entreprises, avec à la clef les 20 milliards d’euros de crédit d’impôt que le gouvernement a décidé, sans la moindre contrepartie et le moindre contrôle. Le dispositif est trop récent pour que ses effets puissent être quantifiés. La prudence s’impose d’autant plus que le gouvernement a l’intention de prolonger ce premier dispositif soit par une suppression des cotisations familiales à la charge des employeurs, soit par un recalibrage et une montée en puissance de ce crédit d’impôt (baptisé CICE), de sorte que le total des allègements fiscaux et/ou sociaux alloués aux entreprises atteigne en régime de croisière 30 milliards d’euros.

Mais le fait est que, dans l’immédiat, la « note de conjoncture » ne détecte aucun électrochoc ni aucune reprise véritable de l’économie. La conjoncture s’est très légèrement améliorée après plus de deux ans de quasi-croissance zéro, mais l’amélioration est tellement faible qu’il serait bien imprudent d’y voir l’effet de la politique économique socialiste. Bien au contraire ! Alors que la politique d’austérité contribue à déprimer l’activité, la seule bouffée d’air dont profite l’économie française provient de l’amélioration timide de son environnement international.

Le chômage toujours à un niveau record

Comme le résume le tableau ci-dessous, l’économie française vit en effet toujours au ralenti, avec une croissance infime qui devrait plafonner à +0,1 % au premier trimestre de cette année 2014, puis +0,3 % au second semestre. Au total, la conjoncture s’est à peine améliorée, puisque l’on devrait constater à la fin du mois de juin un acquis de croissance (lire ici ce qu’est un acquis de croissance) de +0,7 % pour 2014, alors que sur l’ensemble de l’année la croissance a été nulle (0 %) en 2012 et de seulement +0,3 % en 2013. Mais enfin ! Avec une croissance sur l’ensemble de l’année 2014 qui ne devrait donc guère dépasser 1 %, il n’y a pas de miracle à attendre : pour l’immense majorité des Français, ce sera encore une année détestable.

(Cliquer sur le tableau pour l'agrandir)

Et c’est bien, en effet, le pronostic qui semble, pour l’Insee, le plus probable.

 

Ainsi, malgré les effets soi-disant favorables du CICE, l’emploi marchand serait quasi stable au cours du premier semestre de 2014 : l’Insee n’envisage en effet qu’à peine +2 000 créations d’emploi au cours de chacun des deux trimestres. Autant dire… presque rien, compte tenu de l’ampleur des cadeaux qui ont été offerts aux entreprises via ce dispositif de crédit d’impôt. En réalité, seuls les emplois non marchands progresseraient donc au premier semestre 2014 (+42 000), sous l’effet de la hausse du nombre des bénéficiaires des emplois dits « emplois d’avenir ».

Du même coup, la croissance de l’économie et la hausse de l’emploi seraient trop faibles pour contrebalancer les évolutions démographiques et les arrivées sur le marché du travail qu’elles entraînent. Résultat implacable : la promesse faite par François Hollande d’une inversion de la courbe du chômage avant la fin de 2013 ne serait toujours pas honorée… d’ici juin 2014 ! L’Insee estime en effet que le taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) devrait rester jusqu’à cette échéance à son niveau record de 10,2 %, qu’il connaît presque sans aucune interruption depuis le dernier trimestre de 2012.

 

(Cliquer sur le tableau pour l'agrandir)

Deux ans de baisse historique du pouvoir d'achat

 

Pour les ménages, l’avenir est donc, à court terme, toujours aussi préoccupant. Et ce qui est vrai du chômage l’est tout autant du pouvoir d’achat, comme le montre le tableau ci-dessous :

 

(Cliquer sur le tableau pour l'agrandir)

 

Après deux années de chute historique, sans précédent depuis 1984 (l’année consécutive au deuxième plan de rigueur), au cours desquelles le pouvoir d’achat (par unité de consommation) s’est établi respectivement à -1,5 % en 2012 puis -0,3 % en 2013, le pouvoir d’achat devrait à peine se redresser au début de 2014, à +0,3 % seulement à la fin du premier semestre. Ce qui entraînerait, sans grande surprise, une croissance très mollassonne de la consommation des ménages.

CQFD ! François Hollande a décidé un transfert absolument sans précédent au détriment des ménages et en faveur des entreprises, en prétextant que cette politique néolibérale était le gage d’un retour de la croissance. Mais ce retour, on n’en trouve nulle trace véritable dans les analyses des statisticiens.

Dans cette étude (en particulier à partir de la page 62), on trouve même des indications qui sont pour le moins préoccupantes. Car l’Insee a introduit en janvier 2014 de nouvelles questions dans ses enquêtes de conjoncture. Plus de 8 000 entreprises du secteur des services et de l’industrie, éligibles au CICE, ont été interrogées sur l’utilisation qu’elles comptent faire de ce crédit d’impôt.

Or, les réponses (moins nombreuses que pour les enquêtes traditionnelles de l’Insee) font apparaître de possibles et forts effets d’aubaine. Car, certes, 46 % des entreprises dans l’industrie et 53 % dans les services assurent que le CICE leur permettra d’investir davantage. Et 43 % des entreprises dans les services et 31 % dans l’industrie disent que le même CICE aura un effet sur l’emploi.

Mais il faut admettre que ces taux sont très faibles. Ils laissent même songeurs. Alors que les dirigeants socialistes veulent mobiliser une somme de 20 milliards d’euros, financée notamment par le plus injuste des impôts, la TVA, deux entreprises sur trois ne comptent pas embaucher : cela vient donc confirmer que le soi-disant « choc de compétitivité » va d’abord se traduire par… un choc de profits. En clair, il va susciter d’énormes effets d’aubaine : de nombreuses entreprises vont empocher les crédits d’impôt et ne rien faire d’autre qu’arrondir leurs marges. C’est ce que confirme la note de l’Insee : « En moyenne, les entreprises disent utiliser 50 % du CICE pour accroître ou préserver leurs marges. Cette moyenne cache une grande disparité : 32 % des entreprises répondent qu’elles emploieraient exclusivement le CICE pour améliorer leurs marges, et 29 % affirment que cette mesure ne serait pas du tout utilisée dans ce but. »

Quelle que soit la fragilité de ces réponses, elles ont au moins un mérite : elles montrent que le gouvernement a commis une erreur gravissime en piochant dans les finances publiques pour une telle mesure, sans même exiger une quelconque contrepartie de la part des entreprises ni le moindre engagement. C’est même la pertinence de cette politique de l’offre qu’en termes feutrés cette note vient ébranler…

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
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