Economie et social

Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 22:28

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Sous-traitance

Un an après le drame du Rana Plaza, les grandes marques d’habillement ont-elles changé leurs pratiques ?

par Olivier Petitjean 22 avril 2014

 

 

 

 

 

Ils fabriquaient des tee-shirts, polos ou pantalons pour de grandes marques occidentales. 1138 ouvriers et ouvrières du textile ont été tués dans le drame du Rana Plaza, il y a un an au Bangladesh. Suite à l’indignation, un accord sur la sécurité des usines textiles a été signé, notamment par les Français Auchan, Carrefour, Camaïeu, Casino et Leclerc. Les grandes entreprises ont-elles respecté leurs engagements ? La situation des ouvrières du textile s’est-elle améliorée ? Les victimes du drame et leurs familles ont-elles été indemnisées ? Enquête.

Le 24 avril 2013, s’effondre à Dhaka, capitale du Bangladesh, l’immeuble du Rana Plaza. 5 000 ouvriers et ouvrières du textiles y travaillent. Bilan : 1 138 morts et plus de 2 000 blessés, dont certains resteront handicapés à vie. Le bâtiment de neuf étages – alors qu’il est conçu pour n’en posséder que cinq – comprend cinq ateliers de confection, travaillant pour des marques aussi diverses que Benetton, Walmart ou Mango. Mais probablement aussi pour Camaïeu et Auchan – qui ne reconnaît qu’une possible sous-traitance « sauvage » – et peut-être pour Carrefour, qui nie cependant tout lien avec le Rana Plaza. Le jour précédent, les ouvrières remarquent des fissures dans les murs. Les patrons les contraignent à reprendre leurs postes, en les menaçant de ne pas verser leurs salaires.

L’événement mobilise comme jamais les médias et l’opinion publique internationale, mettant en lumière les conditions de travail et de vie des ouvrières – majoritairement de très jeunes femmes – qui fabriquent les vêtements commercialisés en Europe et en Amérique du Nord. Au Bangladesh même, la catastrophe entraîne des manifestations de masse des travailleurs du textile, qui se sont poursuivies pendant plusieurs mois et n’ont pas encore vraiment cessé à ce jour (lire « Depuis la catastrophe du Rana Plaza, les ouvrières du textile se sont radicalisées. »). La pression conjuguée des ouvrières et de la communauté internationale a forcé les élites du Bangladesh et les multinationales du textile à des concessions. Les patrons des ateliers, malgré leur proximité avec les dirigeants du pays, sont aujourd’hui derrière les barreaux.

Du côté des donneurs d’ordres, plus de 150 marques ont signé un Accord sur la sécurité des usines textiles au Bangladesh, en association avec les syndicats nationaux et internationaux, et sous l’égide de l’Organisation internationale du travail (OIT). En France, Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino et Camaïeu en sont signataires. Cet accord social novateur prévoit notamment un programme d’inspection des usines et un suivi transparent de ces inspections. Sur le papier, le texte constitue une avancée significative, justifiant les espoirs de nombreux observateurs que le drame du Rana Plaza représentera un tournant décisif en matière de droits humains et de conditions de travail dans l’industrie textile au Bangladesh, voire dans d’autres pays.

« Nous avons tout fait pour que cet accord voit le jour », assurait, à l’époque, le négociateur de Carrefour, premier signataire français du texte. « Nous attendons des syndicats un échéancier de ce qu’il y a à faire, et nous sommes impatients ! ». Si elles affichent fièrement leur participation au processus, les marques françaises – à l’exception de Camaïeu – refusent cependant catégoriquement de participer à l’indemnisation des victimes.

« Pas de responsabilité dans l’effondrement du bâtiment »

Les organisations non gouvernementales françaises, emmenées par Peuples Solidaires et le collectif Éthique sur l’étiquette, ont lancé un appel (déjà signé par plus de 100 000 personnes) à Auchan et Carrefour, ainsi qu’à l’Italien Benetton, à contribuer au fonds d’indemnisation des victimes et à assumer effectivement leurs responsabilités vis-à-vis des conditions de travail des ouvrières de leurs sous-traitants. Les ONG espèrent profiter de l’anniversaire du Rana Plaza pour faire avancer la proposition de loi sur le « devoir de vigilance » des multinationales françaises vis-à-vis des atteintes aux droits de l’homme dans leurs filiales et leur chaîne d’approvisionnement à l’étranger. Déposée par trois députés socialistes et écologistes, la proposition est pour l’instant au point mort, confrontée à l’opposition des lobbies économiques et du gouvernement. Une pétition en ligne vient d’être lancée.

De son côté, Carrefour n’a pas reconnu de lien avec le Rana Plaza, bien que des syndicalistes bangladais aient retrouvé une étiquette de sa marque Tex dans les décombres de l’immeuble après la catastrophe. Des anciens ouvriers de l’immeuble affirment également avoir produit des T-shirts de marque Tex, mais il pourrait y avoir confusion avec une marque danoise [1]. Le cas Auchan est plus problématique. L’entreprise admet initialement que des pantalons de sa marque In Extenso sont fabriqués au Rana Plaza, mais explique qu’il s’agit d’une production sous-traitée « en cascade » par l’un de ses fournisseurs officiels, sans que l’enseigne n’en soit informé.

Accord international : Auchan tiendra-t-il ses engagements ?

Réponse des ONG : « Le fait qu’Auchan n’ait pas été capable de maîtriser sa production tout au long de sa chaîne d’approvisionnement ne la dédouane en aucun cas de sa responsabilité envers les victimes. » Le groupe semble avoir choisi de durcir le ton. Dans un communiqué récemment diffusé, Auchan affirme désormais que son enquête approfondie « n’a permis d’apporter aucune preuve formelle ». Ce qui n’a pas empêché Auchan de « mettre fin de manière unilatérale à [ses] relations commerciales avec [le fournisseur en question] ». Conclusion de la multinationale familiale : « Auchan (…) n’a pas de responsabilité dans l’effondrement du bâtiment. »

La responsabilité du groupe français est cependant bel et bien engagée dans la mise en œuvre de l’accord qu’il a paraphé. Le programme d’inspection prévu concerne environ 1 700 usines textiles sur les 4 500 que compte le Bangladesh [2]. Ces inspections ont commencé fin 2013. Les dix premiers rapports – qui relèvent des problèmes importants de sécurité – ont été rendus public. Selon les dispositions de l’accord, les donneurs d’ordre – Carrefour, Auchan et consorts – s’engagent à aider leurs fournisseurs à réaliser les travaux nécessaires, à maintenir des relations d’affaires pendant au moins deux ans, et à rémunérer pendant au moins six mois les ouvriers et ouvrières mis au chômage pendant la durée des travaux. Pourtant, au moins deux usines viennent d’être fermées suite aux inspections, dont un fournisseur d’Auchan employant 3 500 ouvrières, Softex. Les ouvrières ont été congédiées sans compensation, les patrons de l’usine se défaussant sur Auchan : « Nous fermons des usines à leur demande. Aussi c’est à eux de financer le chômage des ouvriers. » [3]. Dans son récent communiqué, le groupe français reconnaît les faits, mais garde le silence sur le sort réservé au fournisseur et aux ouvrières. Toujours pas responsable ?

200 ouvrières toujours portées disparues

Suite aux manifestationx et aux mouvements de grève, le gouvernement bangladais a été obligé d’augmenter le salaire minimal du secteur textile. Celui-ci a été porté à 50 dollars mensuels (36 euros), contre 28 dollars auparavant. Les ouvriers réclamaient cependant le double (100 dollars). Encore loin du salaire vital au Bangladesh [4], qui prend en compte le prix de besoins essentiels – logement, énergie, eau, habillement, protection sociale, alimentation, transport, éducation santé, petite épargne – et estimé à 260 euros au Bangladesh. H&M, principal donneur d’ordre au Bangladesh, a ainsi proposé de payer directement les ouvriers et de leur assurer un « salaire vital » - au moins, pour commencer, dans quelques usines pilotes. « Nous saluons ces annonces, mais nous n’avons pas connaissance d’initiatives concrètes à ce stade », nuance cependant un autre syndicaliste bangladais.

 

 

L’attitude d’Auchan et de Carrefour n’est certes pas exceptionnelle : seulement dix entreprises se sont engagées formellement dans le dispositif d’indemnisation (dit « Arrangement »), contre plus de 150 pour l’accord ! Les besoins financiers pour assurer une compensation « juste, complète et transparente » aux victimes du Rana Plaza – couvrant les frais médicaux et la perte de revenus, en conformité avec les conventions de l’OIT – ont été estimés à 40 millions de dollars (54 millions d’euros). Un peu moins de la moitié doit être abondée par les donneurs d’ordres internationaux. Une somme extrêmement modeste comparée aux bénéfices des entreprises concernées en 2013, comme le signalent Peuples solidaires et Éthique sur l’étiquette : « 2,4 milliards [d’euros] pour Inditex (Zara), 1,26 milliard pour Carrefour, 767 millions pour Auchan ». Pourtant, à ce jour, 7 millions de dollars ont été promis selon l’OIT

En attendant, grâce aux contributions d’ONG et de quelques entreprises comme l’irlandaise Primark, des aides d’urgences ont été versées, mais de manière aléatoire et insuffisante au regard des besoins. Pire : près de 200 ouvrières seraient encore portées disparues, leurs corps n’ayant pas été officiellement retrouvés dans les décombres [5]. Leurs familles n’ont donc pas droit à des indemnités.

Carrefour et Auchan, une « conduite exemplaire » ?

Pourquoi refuser de participer au fonds d’indemnisation, au risque de se donner une mauvaise image ? Probablement parce que ces entreprises considèrent un tel geste comme un aveu implicite de relation commerciale avec les entreprises du Rana Plaza, pouvant engager leur responsabilité juridique [6]. La mise en place du fonds d’indemnisation – fruit d’une laborieuse négociation entre entreprises et syndicats sous l’égide de l’OIT – s’est pourtant entourée de bien des précautions. Soin a été pris de dissocier contribution financière au fonds et responsabilité directe dans le drame, en précisant que les contributions pouvaient très bien être volontaires. Nombre d’entreprises y ont d’ailleurs participé par le biais d’organisations caritatives internes, comme la « Fondation C&A », ou externes, via des ONG.

Cela n’a visiblement pas suffi à apaiser les craintes dans les directions de Carrefour et Auchan. Leur attitude contraste avec celle d’autres groupes européens, comme l’irlandaise Primark, qui a contribué au fonds en plus de mettre en place son propre programme d’indemnisation. Ou encore C&A ou Inditex (Zara), qui y ont abondé sans pour autant reconnaître avoir des sous-traitants dans le Rana Plaza. Même les géants américains Gap et Walmart – pourtant très critiqués par la société civile internationale pour avoir refusé de signer l’accord – ont participé à l’indemnisation ! Si le groupe Carrefour a pu se présenter comme un « artisan de l’Accord », et vante sa « conduite exemplaire », la réalité paraît donc beaucoup moins reluisante.

La mise en cause de la sous-traitance sauvage et le risque juridique paraissent des excuses bien commodes pour ne rien changer fondamentalement au système établi, et se défausser de toute responsabilité sur leurs fournisseurs. « Les grandes marques occidentales sont celles qui ont le plus profité de la sueur et du sang des ouvrières. Elles doivent donc prendre leurs responsabilités et s’occuper des victimes et des autres ouvrières, au même titre que les propriétaires bangladais des usines », estime Shahidul Islam Shahid, de l’un des principaux syndicats du secteur textile bangladais, le National Garment Worker’s Federation (lire notre entretien). Sera-t-il écouté ?

Ouvrière bangladeshie et new-yorkaise : un destin commun ?

Dans la foulée du Rana Plaza, Auchan s’est empressé d’annoncer un « plan de lutte contre la sous-traitance sauvage ». Pourtant, ce sont bien les pratiques d’achat des groupes de grande distribution et de leurs concurrents qui créent, en imposant des délais très courts pour des volumes excessifs à des coûts ultra compétitifs, le problème de la sous-traitance sauvage. « Auchan a bien entendu été bouleversé par cet événement, mais la responsabilité de la catastrophe est celle de ceux qui ont obligé les salariés à travailler dans un immeuble ne respectant pas les normes d’urbanisme locales et présentant des risques visibles d’effondrement », déclare aujourd’hui le groupe.

Qui a contribué à placer les ouvrières dans cette situation et quels sont les différents degrés de responsabilité ? Plutôt que de répondre à cette question, Auchan choisit d’adopter un ton martial : en cas de violation par les fournisseurs des « contrats commerciaux » et des « modes de relations habituels », la sanction sera immédiate et les sous-traitants ne seront plus référencés parmi les fournisseurs. Une logique similaire à celle de Disney, très critiqué pour avoir décidé unilatéralement de se retirer totalement du Bangladesh après le drame. Et laissant les ouvrières à leur sort après avoir exploité leur travail, en les privant, du même coup, des opportunités économiques et sociales offertes malgré tout par l’emploi textile [7].

Un précédent souvent invoqué à propos du Rana Plaza est celui de l’incendie de la Triangle Wistshirt Factory, une usine textile située en plein New York, en 1911. Cette catastrophe industrielle avait fait 146 victimes : des jeunes femmes qui n’avaient pu s’enfuir de l’immeuble parce que leurs patrons avaient fermé les portes à clé. Le scandale qui a suivi a entraîné la mise en place de régulations pionnières visant à améliorer la sécurité des usines et les conditions de travail des ouvriers aux États-Unis. L’une des artisans de ses réformes, Frances Perkins, est ensuite devenue secrétaire d’État sous Roosevelt, puis l’une des fondatrices de l’Organisation internationale du travail. Suite au Rana Plaza, nous en sommes encore loin.

Olivier Petitjean

Photo : CC rijans

 

Notes

[1Voir à ce sujet le film documentaire Les damnées du low-cost, diffusé par France 5 à l’occasion de l’anniversaire du Rana Plaza.

[2Les autres sont couvertes, soit par le programme parallèle mis en place par Gap et Walmart, soit, pour celles qui restent, par un programme spécifique mis en place par l’OIT et le gouvernement du Bangladesh.

[4Au sens de la campagne Asian Floor Wage.

[5Selon le Guardian.

[6Comme le rapporte cet article du New York Times, le groupe espagnol Mango avait lui aussi choisi un ligne similaire pour refuser toute participation à l’indemnisation. Mango est depuis revenu sur cette position.

[7Lire notamment à ce sujet cette enquête éclairante du Los Angeles Times.


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Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 14:43

 

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Européennes : de l’abstention pêche-à-la-ligne au « boycott citoyen »

 

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 22/04/2014 à 12h48

 

 

Le moins que l’on puisse dire est que ces prochaines européennes n’agitent pas les foules. Ni celle de plus en plus maigrelette des électeurs potentiels, ni celle des partis en lice dont le seul but semble être de fournir un poste bien juteux à leurs recalés des scrutins nationaux. Etonnez-vous après qu’une large majorité, moins silencieuse qu’il n’y paraît, s’en détourne.

Vous avez vu les sites de l’UMP et du PS ? Le minimum syndical. L’UMP demande de voter au nom du patriotisme franchouillard (« pour la France, agir en Europe »). Et la page d’accueil du PS, fatiguée en diable, semble datée d’il y a trente ans :

« Olivier Faure [porte-parole du PS, ndlr] : “L’Europe doit être un relai [sic] de croissance.” »

Finalement, les seuls à s’agiter semblent être les opposants à ce « rêve européen » bien frelaté. Mais qui n’ont aucune liste pour les représenter, pas plus celles du FN (berk !) que celles du FDG (bof !). Et qui vont donc devoir s’abstenir.

L’abstentionniste, cet empêcheur de démocratiser en rond

Justement, à part le démontage en règle de l’UE par ses opposants éclairés (Lordon, Sapir, Todd...), mollement et de plus en plus stupidement défendue par des eurobéats suffisants (Colombani) ou carrément phtisiques (les Verts), les seules discussions un tant soit peu argumentées tournent autour de la signification d’une abstention qui promet de battre de nouveau record.

« S’abstenir, c’est voter pour le camp d’en face ! C’est faire le lit du FN ! S’abstenir, c’est abdiquer un droit chèrement acquis par nos ancêtres ! C’est se priver du droit à la parole que le monde entier nous envie ! . L’abstention, c’est un déni de démocratie, ça sert à rien, etc. »

Moyennant quoi, les mêmes dépensent des efforts et des sommes astronomiques en « campagnes citoyennes » pour dissuader les inoffensifs pêcheurs à la ligne de s’abandonner à leur vice antidémocratique.

Rien de surprenant en fait dans cette répétitive logorrhée défensive : l’abstentionniste est un empêcheur de démocratiser en rond dans les isoloirs, ces ultimes paravents d’un semblant de démocratie de plus en plus dévoyée.

La signification très politique de l’abstention

Mais d’autres ne sont pas d’accord sur cette signification-épouvantail et le disent très haut. Vont même jusqu’à tenter de le démontrer comme vient de le faire le PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) dans son mensuel Initiative communiste.

L’abstention a une signification très politique affirme le PRCF. Et particulièrement dans le cas des élections européennes. A preuve, les différences marquées des taux d’abstention selon la nature des scrutins : de 19,1 % en moyenne pour une présidentielle à 50,1 % pour les européennes, en, passant par un 28,3 % pour une législative.

Plus significatif encore est la hausse constante de cette abstention aux européennes quand elle demeure plutôt stable lors des présidentielles ou même de législatives pourtant dénaturées par le passage au quinquennat.

 


Evolution de l’abstention aux élections européennes en France

 

Désintérêt citoyen pour la chose européenne ? Allons donc, lors du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne, le taux d’abstention ne fut que de 30,66 %, soit quasiment la moitié moins de ce qu’il sera probablement le 25 mai prochain, date du scrutin dans l’hexagone.

Une abstention​ revendiquée, ça s’appelle un boycott

De là à requalifier l’abstention en « boycott citoyen », il n’y a qu’un pas que le PRCF franchit allègrement. Et il n’est pas le seul. Car comment appeler autrement la décision d’un Emmanuel Todd de ne pas participer au scrutin ? Une abstention revendiquée, ni une ni deux, ça s’appelle un boycott.

Epargne-nous, ô « commentateur majoritaire », tes sarcasmes sur le coté groupusculaire du PRCF ou sur l’isolement supposé de quelques intellectuels. Quand on fait partie d’une majorité qui donne aux pays des Sarkozy ou des Hollande, on fait pas son fier.

Il est probable, comme l’indique certains sondages officiels, que l’abstention ne changera rien à l’affaire. Et que la social-démocratie continuera à trôner pépère (quoiqu’un brin plus morveuse) à Strasbourg. Forcément, il n’existe aucun parti crédible pour représenter la foule des vrais eurosceptiques (quoiqu’on ait largement dépassé le simple scepticisme dans ce cas d’espèce).

Et là, oui, notre côté pêcheur-à-la-ligne (avec peut-être, pour certains, un petit bonnet rouge en cas d’éventuels frimas) revient au naturel : on s’en fout, ce parlement et tous ceux qui s’y présentent aujourd’hui n’ont strictement aucun pouvoir, ni intérêt.

 

 

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Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 21:04

 

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SwissInfo 20/04/2014 à 11h02

Et si, en fin de compte, le smic était une bonne idée ? La Suisse va voter

 

 

SwissInfo"

Samuel Jaberg

 

 

 

Des travailleurs portugais couvrent un champ de fraises à Landquart, en Suisse, le 24 mars 2014 (Arno Balzarini/AP/SIPA)

 

Appelés aux urnes le 18 mai, les Suisses ne sont pas les seuls à se questionner sur l’opportunité de définir un salaire plancher pour tous les travailleurs ou de l’augmenter fortement lorsqu’il existe déjà. Le débat fait rage dans de nombreux pays occidentaux et émergents.

Aux Etats-Unis, Barack Obama a annoncé son intention de relever le salaire minimum de près de 40% pour le fixer à 10,10 USD. Il n’est pas certain que la proposition obtienne une majorité au Congrès, mais le signal est clair : « Donnez une augmentation à l’Amérique », a martelé le président américain lors de son discours annuel sur l’état de l’Union, le 28 janvier dernier.

En novembre 2013, Angela Merkel a dû se résoudre à annoncer l’instauration d’un salaire minimum généralisé en Allemagne, concession faite à ses partenaires sociaux-démocrates du gouvernement.

Mi-janvier, au Royaume-Uni, le ministre du Budget, George Osborne, s’est quant à lui déclaré favorable à une hausse de 11% du salaire horaire minimum pour le rétablir à son niveau d’avant la crise. La Chine, enfin, a décidé l’an dernier de réévaluer le salaire minimum de 18%.

Ces annonces sont une conséquence directe de la crise financière qui a éclaté en 2008 puis de la crise économique globale, selon Sergio Rossi, professeur d’économie à l’université de Fribourg :

« Les dirigeants de nombreux pays commencent à réaliser que les bas salaires sont néfastes pour l’activité économique. C’est en effet le pouvoir d’achat des ménages qui détermine la croissance économique à long terme. »

Par ailleurs, face à des finances publiques qui plongent dans le rouge, deux choix s’offrent aux gouvernements, relève Sergio Rossi :

« Soit ils décident d’augmenter les impôts, une mesure qui n’est jamais populaire, soit de donner un coup de pouce aux bas salaires pour notamment réduire les dépenses publiques en matière de protection sociale. »

Réduire les inégalités

Les Suisses voteront le 18 mai
L’initiative populaire sur le salaire minimum a été déposée par l’Union syndicale suisse (USS) en 2012, munie de 112 301 signatures valables. Elle demande que la Confédération et les cantons protègent les salaires en Suisse et promeuvent des salaires minimums dans les conventions collectives de travail (CCT). D’autre part, elle exige l’introduction d’un salaire minimum national légal de 22 francs de l’heure. Le gouvernement et la majorité du Parlement, composée des partis de droite et du centre, recommandent de la rejeter. Pour être approuvée, elle devra obtenir la double majorité du peuple et des cantons le 18 mai.

Professeur à l’International Institute for Management Development (IMD) de Lausanne, Stéphane Garelli souligne pour sa part que ce regain d’intérêt politique pour le salaire minimum est « le résultat de la disparité croissante de la répartition des richesses et d’une sensibilité accrue à l’égard des nombreux “working poors” en bas de l’échelle ». Dans le monde, 1% des ménages possèdent ainsi 46% des richesses, soit 110 000 milliards de dollars, illustre Stéphane Garelli.

Au mois de février, des experts du Fonds monétaire international (FMI) ont estimé que les inégalités sociales risquaient d’« amputer la croissance », se démarquant ainsi des cures d’austérité que le FMI avaient prescrites en Grèce notamment.

Directeur général de l’organisation internationale du travail (OIT), Guy Ryder est allé plus loin encore à l’occasion d’un discours prononcé le 24 janvier dernier :

« Les inégalités engendrent des frustrations au sein de la population, augmentant le risque d’instabilité. Les troubles actuels dans de nombreux pays sont alimentés par un sentiment d’injustice. »

A l’origine, une idée libérale

Si le salaire minimum est un vieux cheval de bataille de l’OIT, le regain d’intérêt des gouvernements est, en revanche, relativement nouveau. Jusqu’au début des années 1990, le consensus prédominant voulait que le salaire minimum était néfaste pour l’emploi et représentait un frein à la compétitivité des entreprises.

En 1994, les économistes nord-américains David Card et Alan Krueger ont initié un changement de cap en publiant une étude mettant un évidence un lien positif entre la hausse du salaire minimum et l’augmentation de l’emploi. Mais pratiquement tous les spécialistes l’admettent aujourd’hui : ce lien, positif ou négatif, est très difficile à déterminer de manière univoque, tant les effets varient selon les pays, qui plus est dans un système économique de plus en plus ouvert.

Elément piquant : s’il est aujourd’hui porté par la gauche et les syndicats, le salaire minimum était au départ issu des rangs libéraux, souligne Jean Batou, professeur à l’Institut d’histoire économique et sociale de l’université de Lausanne :

« L’idée ne vient pas des socialistes, mais des économistes libéraux qui, au XIXe siècle, ont reconnu l’échec du marché à donner une valeur minimale au travail. Pour John Stuart Mill, dernier des grands économistes libéraux, l’instauration d’un salaire minimum dans la loi devait permettre de rendre le travail suffisamment attractif pour les salariés. »

L’exception suisse

En 1894, la Nouvelle-Zélande, pays de peuplement confronté à une forte immigration européenne, fut le premier Etat à instaurer un salaire minimum légal. Les salaires minimums se sont ensuite généralisés dans les pays développés après la crise des années 1930.

A l’heure actuelle, 21 des 28 pays de l’UE prévoient des salaires minimums fixés par la loi. Jean Batou relève :

« Pour les quelques pays qui n’ont pas encore de salaire minimum interprofessionnel légal, comme l’Allemagne, l’Italie ou les pays scandinaves, des conventions collectives de travail (CCT) couvrent la majorité des emplois. Elles contiennent aussi des dispositions précises en termes de salaires. »

Pourquoi la Suisse n’a-t-elle pas suivi ce mouvement ? Jean Batou explique :

« Durant les Trente Glorieuses [la période de forte croissance qui a suivi la Seconde guerre mondiale, ndlr], en raison de la pénurie de main-d’œuvre, les salaires augmentaient plus rapidement que les revendications des syndicats. La croyance en l’“exception suisse” était par ailleurs très ancrée : on pensait qu’il était possible d’obtenir des augmentations de salaires sans lutte syndicale. »

Le professeur lausannois note également que le mouvement syndical suisse s’est longtemps intéressé en priorité aux ressortissants nationaux, masculins et qualifiés. Mais ils représentent à l’heure actuelle une proportion décroissante du salariat, à l’inverse des femmes et des immigrés à faible qualification actifs dans la vente, les services personnels (coiffure, soins du corps,…), le nettoyage ou l’hôtellerie-restauration, des secteurs peu organisés syndicalement.

D’où la nécessité pour les syndicats de protéger ces nouveaux salariés précaires par la loi. Après plusieurs tentatives au niveau cantonal, dont deux couronnées de succès à Neuchâtel et dans le Jura, ils ont lancé une initiative pour l’introduction d’un salaire minimum au niveau national, qui sera soumise au peuple suisse le 18 mai.

Quel salaire minimum ?

Toute la question est de savoir à quel niveau doit être fixé ce salaire minimum. Trop bas, il ne permet pas de lutter contre le dumping salarial. Trop élevé, il empêche de nombreuses personnes d’entrer sur le marché du travail, car les entreprises préféreront alors externaliser ou automatiser leur production, affirme Stéphane Garelli.

Avec un salaire minimum de 22 CHF (18 euros) de l’heure, soit environ 4 000 CHF (3 280 euros) par mois, comme l’exige l’initiative, « on laissera beaucoup de gens derrière la porte », estime Stéphane Garelli.

Sergio Rossi se montre quant à lui favorable au principe de l’introduction d’un salaire minimum légal, notamment pour « protéger les plus de 50% de travailleurs qui ne sont pas couverts par des CCT en Suisse ». Il estime toutefois que l’initiative est trop rigide :

« Il faudrait différencier ce salaire minimum en fonction des branches économiques et des régions. Dans les secteurs d’activité à faible valeur ajoutée, où la masse salariale est souvent peu flexible, on risque sinon de tirer les autres salaires vers le bas. »

Pour Jean Batou, l’ouverture des frontières et la concurrence accrue entre travailleurs justifient l’introduction d’un tel salaire minimum légal. Soulignant la « croissance extraordinaire » de la productivité du travail en Suisse ces dix dernières années (près de 50%), il tord le cou à l’idée selon laquelle un salaire minimum de 22 francs de l’heure serait exagéré :

« Vu de l’étranger, cela peut paraître très élevé. Mais il n’est pas aisé de faire des comparaisons d’un pays à l’autre, les charges sociales et le coût de la vie étant extrêmement variables. Pour une majorité des travailleurs qui habitent dans les grandes villes suisses, 4 000 CHF par mois suffisent à peine pour vivre dignement. »

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Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 20:45

 

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Pour Lordon, sortir de l’euro, c’est recouvrer le droit fondamental à la démocratie

 

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 20/04/2014 à 18h52

 

 

Remarquable intervention de Frédéric Lordon sur France Inter le jeudi 17 avril à propos de l’Union européenne et de l’euro. Indispensable pour ceux qui veulent mieux peser les enjeux des prochaines européennes. Pour le chercheur du CNRS, l’enjeu d’une sortie de l’euro est ni plus ni moins que de recouvrer le droit fondamental à la démocratie.

La stratégie du choc

Sortir de l’euro, dit Lordon, c’est aussi faire sauter l’étouffant verrou allemand. Un verrou, précise-t-il en se défendant de toute germanophobie primaire, qui tient sans doute plus à une conception monétaire orthodoxe à l’extrême par les Allemands qu’à une pernicieuse volonté de puissance de leur part.

Mais qui impose bel et bien sa chape de plomb au fonctionnement de la zone euro. Et rend totalement illusoire toute volonté proclamée de refonder l’Union européenne en dehors de cette rigoureuse orthodoxie monétaire :

« L’ordre des institutions monétaires européennes n’est pas autre chose que le pur et simple décalque de l’ordre institutionnel allemand. »

Entraîné par Patrick Cohen sur le terrain de la dette, Lordon continue d’exposer sa stratégie du choc en prônant le défaut de paiement et la mise à bas radicale du système bancaire et financier privé responsable du marasme actuel. Le public, dit-il, n’a pas à payer le surplus extravagant d’une dette héritée de la crise financière privée survenue en 2007/2008.

 

Ecouter ici

 

Reconquérir le droit de décider nous-mêmes de tout et tout le temps

Lordon ne cache pas la gravité des mesures prônées par sa stratégie du choc. Mais les conséquences douloureuses qui en découleraient incomberaient aux responsables inconséquents qui s’accrochent à un système failli. Des conséquences douloureuses, « il y en aura de toute manière », déclare-t-il, surtout en restant dans l’euro.

Ce scénario extrême, continue Lordon, ne doit pas évincer le scénario central qui a à voir avec le retour à une souveraineté politique confisquée à tous les niveaux territoriaux par des traités sanctuarisés et leurs envoyés spéciaux de mauvais augures comme l’insupportable Troïka.

« Le principe de la souveraineté, ce n’est pas autre chose que le principe démocratique lui-même. Le droit de décider nous-mêmes, de discuter de tout et tout le temps. »

Lordon renvoie d’un revers de main méprisant l’amalgame insidieux avec la politique de repli nationaliste prônée par le Front national :

« Dans un monde discursif bien ordonné, cette question ne devrait pas être posée. Elle conduit à des dégradations regrettables et honteuses du débat public. La variante d’extrême-droite du souverainisme rend les instruments de la délibération et surtout de la décision à des gouvernants autoritaires. La souveraineté de gauche consiste à rendre la décision aux intéressés pour toutes les matières qui les intéressent, c’est-à-dire à pousser le plus loin possible le principe démocratique. »

 

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

 

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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 23:58

 

Source : lesmoutonsenrages.fr

 

 

Manipulation du cours des devises : la guerre monétaire mondiale est à un tournant

 

 

5 avril, 2014

Posté par Ender

 

 

Eric Toussaint, du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, affirme dans Le Monde que 95% des échanges de devises sur le marché des changes sont de type spéculatif. De quoi, par exemple, comprendre la récente chute du Rouble ou encore celles des monnaies des pays émergents, comme le Peso argentin.

Les banques sont les principaux acteurs sur le marché des devises et elles entretiennent une instabilité permanente des taux de change. Plus de 95 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Une infime partie des transactions quotidiennes en devises concerne des investissements, du commerce de biens et de services liés à l’économie réelle, des envois de migrants.

Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises tournait, en 2013, autour de 5 300 milliards de dollars (3799 milliards d’euros) ! Les banques qui disposent, comme les fonds de placement mutuel, de très importantes liquidités en usent et en abusent en poussant des monnaies à la baisse ou à la hausse afin d’obtenir des gains sur les différentiels de taux de change.

Les banques jouent également de manière déterminante sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables, sans compter les méfaits de l’instabilité des monnaies pour l’ensemble de la société. A partir de mai 2013, les monnaies de grands pays dits émergents (Inde, Brésil, Afrique du Sud, Russie, Turquie, Argentine…) ont été soumises à des attaques spéculatives et ont perdu dans certains cas jusqu’à 20% de leur valeur.

Source : Le Monde

Les grands banques mondiales, et principalement anglo-saxonnes, sont donc parfaitement en capacité de livrer une véritable guerre monétaire suivant les intérêts géopolitiques. Guerre malheureusement déjà perdue par l’Europe (mais est-ce vraiment une surprise tant que l’UE reste le cheval de Troie des intérêts états-uniens sur le continent ?) mais qui fait rage actuellement entre le roi dollar et le Yuan, et accessoirement le Rouble.

 

Ce jeu de stratégie militaire financière a pris une intensité particulière du fait qu’il a eu lieu au beau milieu de la panique boursière fin 2008-début 2009. Sans rentrer dans les détails, je dirais juste que l’Equipe Russie a annoncé qu’elle accepterait uniquement de l’or en échange de son pétrole et de son gaz — pas de dollars. Puis l’Equipe Chine a elle aussi tenté de son côté de « resserrer le noeud autour du cou du dollar américain ».

Lors du second et dernier jour du jeu de stratégie, la Russie de Vladimir Poutine a déclaré à propos du dollar, « l’unique monnaie de réserve est devenue un danger pour l’économie mondiale : c’est à présent évident pour tout le monde ».

Selon Rickards, la véritable guerre monétaire présagée par Poutine a commencé début 2010. Il l’a nommée la Guerre monétaire III

Source : La Chronique Agora

C’est dans cette perspective qu’il faut lire certaines décisions récentes d’importance, comme le rachat massif par Pékin d’or physique de manière à asseoir le Yuan comme monnaie de réserve internationale de substitution au dollar.

A ce train-là, la Chine devrait devenir, d’ici 2017, le pays ayant les premières réserves au monde, devant les Etats-Unis. Cela fait sens, affirment plusieurs économistes : les dirigeants chinois sont à la manœuvres pour préparer l’après-règne du dollar. La Chine possède en effet plus de 5.000 milliards de dollars, dont la valeur ne cesse depuis cinq ans, de baisser, suite aux opérations d’émissions massives (le « Quantitative Easing ») lancées par la Réserve fédérale.

Elle remplace donc petit à petit ses réserves de dollars par des réserves d’or, plus stables, et plus aptes, le jour où sa monnaie, le Yuan (appelé aussi Renminbi), sera convertible… et donc en mesure de faire concurrence à la devise de son principal rival économique. Récemment, l’agence de presse officielle Xinhua, appelait d’ailleurs à une « désaméricanisation du monde ». Elle prévoit d’ailleurs que le Yuan remplacera à terme le dollar dans les transactions sur les matières premières.

Source : Challenges

Dans le même temps, l’Allemagne a bien du mal à récupérer le stock d’or qu’elle avait confié à la Fédéral Réserve, comme si le stock annoncé par les autorités US ne correspondait pas à l’état des réserves réelles…

Le dernier round de cette guerre monétaire pourrait se jouer actuellement. Le président Russe Vladimir Poutine vient en effet de déclarer que la Russie pourrait sortir du système monétaire basé sur le dollar en imposant le Rouble pour toutes ses transactions internationales !

La Russie, « contrainte et forcée » par les sanctions internationales, crée un système indépendant du dollar. Moscou annonce qu’elle vendra (et achètera) ses produits et matières premières, comme le pétrole, en roubles et non plus en dollars. Cela fait un certain temps que Poutine prépare cette transition, avec la création d’un système de paiement en roubles complètement indépendant et protégé du dollar et des spéculations meurtrières des grandes institutions financières occidentales.

Source : mondialisation.ca

Pour compléter le tableau, il faut signaler l’accord intervenu la semaine dernière entre la bourse de Francfort et Pékin afin de constituer une chambre de compensation euro/Yuan pour tous les échanges entre la Chine et la zone euro.

Après son séjour en France et avant sa visite à Bruxelles, à partir du dimanche 30 mars, le président chinois, Xi Jinping, s’est rendu durant quarante-huit heures en Allemagne, vendredi et samedi : à Berlin pour des entretiens politiques, puis en Rhénanie-du-Nord – Westphalie, où 800 entreprises chinoises seraient installées.

L’annonce économique la plus importante est sans doute le choix de Francfort pour créer une chambre de compensation de la devise chinoise, le yuan. Deux accords, l’un entre les banques centrales allemande (Bundesbank) et chinoise, l’autre entre la Bourse de Francfort et la Bank of China, ont rendu possible cette création, qui devrait faciliter les transactions en yuans effectuées à partir de la zone euro.

Actuellement, les conversions entre le yuan et l’euro ne peuvent se faire qu’à Shanghaï ou Hongkong. Et nombre de transactions s’effectuent en dollars avec un double taux de change.

Source : Le Monde

Tous ces éléments convergeant montrent que la chute du « roi » dollar pourrait s’accélérer…

 

 

Source : lesmoutonsenrages.fr

 

 

 


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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 23:28

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Condamnés et réélus : après Balkany, revoici Bédier !

|  Par Mathilde Mathieu

 

 

Condamné pour corruption passive, Pierre Bédier a fait son retour vendredi à la présidence du conseil général des Yvelines. Un come-back silencieux, après moult tours de passe-passe en coulisse. Le PS dénonce « un sale coup fait à la démocratie ». Son cas repose la question de la réhabilitation en politique.

C’est l’incroyable come-back d’un élu condamné pour corruption à la tête du quatrième département le plus riche de France. Vendredi 11 avril, Pierre Bédier (UMP), ex-secrétaire d’État du gouvernement Raffarin (2002-2004), est redevenu président du conseil général des Yvelines (1,2 milliard d’euros de budget par an), cinq ans après que la justice l’a contraint à lâcher son siège.

 

Pierre Bédier, lors de son discours d'investiture vendredi 11 avril 2014 
Pierre Bédier, lors de son discours d'investiture vendredi 11 avril 2014 © DR

Son cas pose, une fois de plus, la question de la réhabilitation politique d’anciens édiles pris la main dans le sac et de leur « blanchiment » par les urnes – après la réélection d’un Patrick Balkany (UMP) ou d’un Xavier Dugoin aux municipales de mars (voir notre émission vidéo : Corruption, condamnations, réélections).

En 2009, ce chiraquien avait été condamné pour « corruption passive » et « abus de biens sociaux » à 18 mois de prison avec sursis et six ans d’inéligibilité – une peine réduite après une modification du code électoral en 2011. Si Pierre Bédier a toujours crié son innocence, le juge d’instruction de l’époque (Philippe Courroye), le tribunal de grande instance de Paris, puis la cour d’appel de Paris n’avaient exprimé aucun doute : en tant que maire de Mantes-la-Jolie (1995-2005), Pierre Bédier avait touché des pots-de-vin en espèces d’un entrepreneur local spécialisé dans le nettoyage, en échange de marchés municipaux.

« Quelqu’un condamné pour corruption ne devrait plus pouvoir se présenter à aucun scrutin, réagit le président du groupe de gauche au conseil général, André Sylvestre, dépité. Je regrette qu’une telle interdiction n’ait pas été votée avec les lois sur la transparence, au lendemain de l’affaire Cahuzac. » Cette mesure, François Hollande l’avait pourtant annoncée à la télé le 3 avril 2013, sabre au clair. « L’exemplarité des responsables publics sera totale, avait-il insisté. C’est mon engagement, je n’en dévierai pas. » Deux mois plus tard, les députés PS enterraient ses velléités, en agitant une possible « inconstitutionnalité ».

Côté UMP, presque personne n’aura pipé mot, Pierre Bédier arborant le soutien de Jean-François Copé (autre chiraquien de souche). « Je me réjouis de le voir revenir, a ainsi déclaré Henri Guaino, député du cru. J’ai la conviction que c’est quelqu’un d’honnête. » L’honnêteté étant visiblement affaire de conviction, la patronne de la fédération des Yvelines, la filloniste Valérie Pécresse, s’est convaincue qu’il valait mieux se taire – pourquoi se faire des ennemis alors qu’elle vise la tête de liste aux régionales de 2015 ? Jadis surnommé « le patron », Pierre Bédier avait aussi su entretenir une pépinière de jeunes élus qui misent désormais sur lui.

Au fond, seul un "poids-léger" de l’UMP locale, le président de l’agglomération de Mantes-la-Jolie Dominique Braye, s’est dressé publiquement contre le retour du condamné. « Tous les républicains honnêtes auraient dû s’y opposer, gronde ce vieil ami de Gérard Larcher (sénateur des Yvelines). Mais une chape de plomb s’est abattue sur nous, à coups de pressions et menaces. » Dominique Braye a été exclu du parti en février, enfoncé par Jean-François Copé. « Larcher a vaguement essayé de rattraper le coup, mais le courage n’a jamais été sa qualité principale, souffle ce déçu. De toutes façons, un parti qui défend Bédier, Balkany et Dassault, c’est plus mon truc ! »


Gérard Larcher, sénateur UMP des Yvelines et ancien président du Sénat 
Gérard Larcher, sénateur UMP des Yvelines et ancien président du Sénat © Reuters

La voie était libre pour Pierre Bédier, qui a mijoté son couronnement de vendredi pendant des mois, multipliant les arrangements de coulisse, éconduisant les médias nationaux pour mieux prévenir toute polémique. « Il n’a pas dit un mot, s’agace le socialiste André Sylvestre. Je ne sais même pas quel est son programme ! »

Ses manœuvres sont apparues au grand jour en mars 2013. Il lui fallait, avant toute chose, retrouver un simple siège de conseiller général. L’élu de Mantes-la-Jolie, son ami Michel Vialay (UMP), a ainsi décidé, tout à trac, de rendre son tablier. Pour provoquer une élection partielle, encore fallait-il que la suppléante de Michel Vialay accepte, elle aussi, de démissionner. Pas de problème, puisqu’il s’agissait de… Madame Bédier.

À l'issue d'un scrutin déclenché à une date "idéale" , le 7 juillet dernier c'est-à-dire en pleines vacances d’été, Pierre Bédier a ainsi recouvré un mandat (en rassemblant 60,2 % des bulletins, mais à peine 16 % des inscrits). « C’est incroyable, se désespère Françoise Descamps-Crosnier, députée socialiste de Mantes-la-Jolie qui qualifie Pierre Bédier de "voyou clientéliste". Les citoyens réclament des élus exemplaires mais ne mettent pas leurs idées en pratique. »

À l’époque, tous les socialistes n’étaient cependant pas au clair sur l'opportunité de mener campagne sur le thème de la probité. Lors du grand meeting local, Benoît Hamon avait choqué nombre de militants en passant sous silence la condamnation de Pierre Bédier. « J’avais failli quitter la salle ! » se souvient un cadre du PS des Yvelines.

Après son succès dans les urnes, Pierre Bédier devait ensuite trouver le moyen d’« exfiltrer » le président du conseil général en place, Alain Schmitz (UMP). Sa première idée ? Le recaser au Sénat, où une élue des Yvelines, Marie-Annick Duchêne (apparentée UMP), s’est vu suggérer de démissionner. À 73 ans, celle-ci a fait de la résistance. « Je suis contre tous les arrangements de coulisse », confiait-elle à Mediapart en juillet dernier, éreintant Pierre Bédier au passage : « Pour moi, quand un élu a été condamné pour corruption, la politique c’est fini. La dignité qu’on doit aux électeurs, c’est de ne pas se représenter. » Ce jeu de bonneteau ayant échoué, Pierre Bédier en a imaginé un autre.

Jusqu’à vendredi, l’opposition socialiste se demandait ce qu’il avait bien pu promettre à Alain Schmitz pour que celui-ci annonce, le 1er avril, sa démission de la présidence du conseil général. La réponse est tombée dans son discours d’investiture : Pierre Bédier va créer une « Agence départementale de soutien aux communes rurales », avec Alain Schmitz aux manettes (un beau tremplin pour les prochaines sénatoriales). Et avec quelles indemnités ? Ni ce dernier, ni Pierre Bédier n’ont retourné nos appels.

Vendredi, le socialiste André Sylvestre a ainsi dénoncé une « révolution de palais », la fédération PS des Yvelines un « sale coup fait à la démocratie ». Dans l’indifférence générale.

 

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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 23:20

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-legalery

 

 

Royaume-Uni : les écarts continuent

Dans le gouvernement britannique de coalition Tory/LibDem, les semaines se suivent et se ressemblent fâcheusement. A la suite de la démission de la secrétaire d’état à la culture, Maria Miller — voir ici un précédent billet explicatif —, David Cameron a procédé à un mini remaniement, mais le moins que l’on puisse dire est qu’une fois encore il n’a pas brillé par son bon goût et son sens de l’éthique. 

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Andrea Leadsom, la nouvelle secrétaire d'état au Trésor  © Richard Gardner / Rex

 

En effet, à la fonction de secrétaire d’état au Trésor a été nommée Andrea Leadsom, qui est, depuis 2010, députée de la circonscription de South Northamptonshire, à l’est des Midlands, et membre de la commission parlementaire chargée du budget. Elle était auparavant, et l’information n’est pas sans importance en l’occurrence, cadre supérieur à la banque Barclays, où elle a été directrice des institutions financières.

 

Jusque là tout semblait aller bien, mais, comme le rapporte le Guardian de ce jour, en 2003 Andrea Leadsom et son mari avaient créé une société nommée Bandal et chargée de gérer les biens immobiliers du couple. Or Bandal a été enregistrée à Jersey, et chacun sait que l’île la plus importante de l’archipel anglo-normand fait partie des paradis fiscaux de la planète, havre de paix financier qui n’est qu’à une heure d’avion de Heathrow, l’aéroport de Londres. Le but était bien évidemment, à moins de nourrir une folle passion pour les paysages bucoliques de Jersey, de payer moins d’impôts dans le royaume. Un porte-parole du Trésor Royal a volé au secours de la toute nouvelle secrétaire d’état pour déclarer qu’il s’agit d’une situation claire et que tout ce qui est dû à l’impôt a été payé, ce qui reste à démontrer. Certes elle a pris la précaution — mais quelle précaution révélatrice ! puisqu’elle permet de contourner l’impôt sur les successions voté pendant le mandat de Gordon Brown — de laisser la direction de la société à son fils de 18 ans, lorsqu’elle a été élue à la chambre des communes en 2010. 

 

Hélas pour la nouvelle venue, cette révélation arrive une semaine après une déclaration ferme de George Osborne, chancelier de l’échiquier, donc ministre des finances du royaume, dans laquelle il a affirmé que les mesures pour éviter l’impôt sont moralement inacceptables, tax avoidance measures are morally unacceptable. Et il a conclu on ne peut plus clairement : The message is very simple – if you're hiding your money offshore, we are coming to get you, lisez : le message est simple, si vous cachez votre argent dans un paradis fiscal, nous vous retrouverons. On ne sait pas si Andrea Leadson tremble et évite son ministre de tutelle, mais ce que l’on sait de façon sûre, c’est que depuis l’arrivée au pouvoir des Tories et de leurs fantomatiques alliés, les familles britanniques ont perdu, en moyenne, 1.600 livres sterling par an, soit 1.950 €. Pendant ce temps-là les réformes fiscales ont permis aux millionnaires britanniques d’augmenter leurs revenus annuels de 100.000 livres sterling, soit 122.000 €. Quant à l’impôt non collecté pour cause de fraude fiscale il a représenté 1 milliard de livres sterling en 2013, soit 1 milliard 220 millions d’euros. Décidément « l’exemplarité » n’a pas de frontières…

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-legalery

 

 

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Vendredi 18 avril 2014 5 18 /04 /Avr /2014 00:53

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

Banques : le salaire des patrons évolue parfois... en sens inverse aux résultats

Le Monde.fr | 17.04.2014 à 18h05 • Mis à jour le 17.04.2014 à 21h04 | Par Mathilde Damgé

 
 

107,3 millions de dollars

Les banques américaines publient ces derniers jours des résultats relativement anémiques pour le premier trimestre. Les patrons de ces établissements sont-ils incités à redresser la barre, comme tout chef d'entreprise ? Pas sûr... Les émoluements des patrons des six plus grosses banques (Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Wells Fargo) ont atteint un record en 2013, équivalent à 77,7 millions d'euros (107,3 millions de dollars).

Lire aussi : Arnaud Montebourg veut parler avec les dirigeants des banques de leurs rémunérations « indécentes »

 

Leurs salaires ont augmenté de 24 % en moyenne par rapport à 2012. Problème, cette hausse n'est pas proportionnelle avec le chiffre d'affaires, ni même avec les bénéfices (le résultat net). Loin s'en faut dans certains cas.

Les patrons de JPMorgan (Jamie Dimon, qui était à la manœuvre au moment de l'affaire de la Baleine de Londres) et de Bank of America (Brian Moynihan) ne brillent pas par leur vertu et s'attribuent une augmentation nettement plus forte que leurs performances. M. Moynihan a vu son salaire augmenter de 58 % alors que le chiffre d'affaires de BofA n'augmentait que de 7 %. Chez JPMorgan, le résultat net a reculé de 16 % tandis que le salaire du dirigeant était en hausse, lui, de 74 % !

Quant au nouveau patron de Citigroup Michael Corbat, il a été gratifié d'une amélioration de 42 % de sa fiche de paie, pour un chiffre d'affaires en baisse de 11 %. En fait, seule la Bourse semble y croire encore : le cours des actions des six groupes bancaires a grimpé de 39 % en un an.

 

En montant absolu, c'est Lloyd Blankfein, à la tête de Goldman Sachs, qui empoche la plus grosse enveloppe, avec 23 millions de dollars. Cependant, l'évolution de son salaire est moins éloignée de celle des bénéfices de la « pieuvre » (surnom de la banque) – une mesure prudente, puisque les chiffres du premier trimestre de l'année ont fait état, jeudi 17 avril, d'un effritement des résultats par rapport à l'an passé.

John Stumpf, chez Wells Fargo, suit non loin avec 19,3 millions de dollars, accusant toutefois une sérieuse reculade sur sa fiche de paie par rapport à l'an passé, alors que l'activité du géant bancaire de San Francisco a été fructueuse, tant au niveau du chiffre d'affaires, des bénéfices, que du cours de Bourse.

En matière de rémunération, les actionnaires ont leur mot à dire. Ils peuvent s'opposer à un aspect de la gouvernance de leur entreprise qu'ils désapprouvent. Ce qu'ils ne se sont pas privés de faire chez Citigroup : en 2010, le dirigeant de Citigroup a été rémunéré 1 dollar pour sa mauvaise gestion pendant la crise, alors que ses adjoints touchaient entre 5 et 8 millions d'euros. En 2012, après deux ans de salaire « punitif », le patron de la banque en grande difficulté financière, Vikram Pandit, n'a pas réussi à obtenir les 15 millions de dollars qu'il convoitait et a été remplacé.

Lire :  Les frondes contre les rémunérations des dirigeants se multiplient

Un ratio de 1 à... 473

Le PDG n'est donc pas toujours le mieux payé de son entreprise. A cet égard, le gendarme boursier américain, la Securities and exchange commission (SEC), a proposé l'an dernier que soit rendue publique la différence entre le salaire médian de l'entreprise et celui du dirigeant le mieux payé.

Si l'on regarde le classement réalisé par l'agence Bloomberg, les banques ne sont pas les plus injustes par rapport aux autres entreprises américaines : Wells Fargo est la première banque citée et n'arrive qu'en 33e position, derrière Abercrombie & Fitch, Starbucks ou encore Ralph Lauren.

Au sein de cet établissement bancaire, le ratio entre le salaire médian et celui de son patron atteint 473 ; c'est-à-dire qu'il faut 473 salaires médians pour atteindre l'équivalent de la fiche du paie du mieux payé de l'entreprise.

Des chiffres impressionnants quand on les compare avec d'autres industries, mais encore inférieurs à leurs confrères des fonds spéculatifs (hedge funds). James Levin, jeune patron de 31 ans du fonds Och-Ziff Capital Management, s'est ainsi vu attribuer cette année un salaire de 119 millions de dollars. Soit 2 300 fois le salaire médian de son entreprise.

 Mathilde Damgé
De l'éco, du décryptage et une pincée de data

 

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 


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Jeudi 17 avril 2014 4 17 /04 /Avr /2014 23:48

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Elysée: les folies du conseiller de François Hollande

|  Par Michaël Hajdenberg

 

 

 

A-t-il l’image d’un médecin intègre, adversaire de l’industrie pharmaceutique depuis son rapport sur le Mediator ? Mediapart a découvert qu’il avait travaillé en cachette pour des laboratoires pharmaceutiques, y compris à une époque où il était censé les contrôler. A-t-il la réputation d’être solidement ancré à gauche ? Il se comporte comme un « petit marquis » au Palais où il abuse des privilèges de la République. Est-il connu pour sa plume aiguisée ? Il a longtemps fait écrire ses discours par d’autres. Aquilino Morelle, conseiller politique du président et nouvel homme fort de l'Élysée, a beaucoup menti.

La première fois que David Ysebaert a ciré les chaussures d’Aquilino Morelle, c’était au Bon marché, dans le VIIe arrondissement de Paris. Il lui a laissé sa carte. Et quelques semaines plus tard, raconte le cireur, « une femme, probablement sa secrétaire, m’a appelé pour prendre rendez-vous ». Au Palais même. Depuis, tous les deux mois environ, « le temps de garantie pour un glaçage », il revient à l’Élysée s’occuper des souliers du conseiller politique de François Hollande, également directeur de sa communication. « Aquilino Morelle a 30 paires de souliers de luxe faites sur-mesure, pour son pied qui a une forme particulière. Des Davison, des Weston… Des chaussures de plein cuir toujours du même style. »

À deux reprises, explique le cireur, confirmant des informations que nous tenions de bonne source à l’Élysée, Aquilino Morelle a même fait privatiser un salon de l’hôtel Marigny afin de se faire cirer les chaussures seul au milieu de cette pièce toute en dorures. « Il y avait une urgence apparemment. Il était au téléphone, en chaussettes, au milieu de cette salle immense. Et moi j’étais face à lui en train de lui cirer ses souliers. »


 

Aquilino Morelle. 
Aquilino Morelle. © Reuters

L’épisode, qui date de mars 2013, a alimenté bon nombre de conversations dans les couloirs de l’Élysée. Il tranche quelque peu avec l’image de modestie et de normalité que souhaitait imprimer François Hollande. Mais au Palais, plus rien n’étonne dans le comportement de celui qui est devenu l’homme fort du cabinet présidentiel, depuis que son ami Manuel Valls a été nommé premier ministre, et que son ennemi, le secrétaire général de l’Élysée Pierre-René Lemas, a été remercié.

Intrigué par le comportement de ce médecin, énarque, qui fut la plume de Lionel Jospin à Matignon, puis le directeur de campagne d’Arnaud Montebourg pendant la primaire socialiste, Mediapart a enquêté pendant six semaines sur l’itinéraire de ce fils d’immigrés espagnols, présenté à longueur de portraits comme « un fils du peuple » incarnant l’aile gauche au pouvoir.

Or ce que nous avons découvert est bien plus grave qu’un comportement mégalomane ou un goût prononcé pour la transgression. Aquilino Morelle, ce conseiller de l’ombre qui n’a pris qu’une fois la lumière, lorsqu’il a signé, en tant qu’inspecteur de l’IGAS (Inspection générale des affaires sanitaires), un rapport très médiatisé sur le scandale sanitaire du Mediator, a beaucoup menti, et a beaucoup omis.

Il a l’image d’un médecin parfaitement intègre, farouche adversaire de l’industrie pharmaceutique et des conflits d’intérêts depuis ce rapport ? Mediapart a découvert qu’il avait travaillé en cachette pour des laboratoires pharmaceutiques, y compris à une époque où il était censé les contrôler, au mépris de la loi. Il a la réputation d’être un homme aux idées bien ancrées à gauche ? Il se comporte comme un « petit marquis » au Palais où il abuse des privilèges de la République. Il est connu pour sa plume aiguisée ? Il a longtemps fait écrire ses discours par d’autres, notamment à l’Élysée, où son manque de travail fait jaser.

Depuis qu’il est sorti de l’ENA en 1992, Aquilino Morelle est rattaché à l’IGAS, ce grand corps de l’État en charge des affaires sociales et sanitaires. Il a fait, depuis lors, des passages par des cabinets ministériels et par le privé, mais en 2007, il réintègre son corps d’origine. Il est, cette année-là, le rédacteur d’un rapport sur « l’encadrement des programmes d’accompagnement des patients associés à un traitement médicamenteux, financés par les entreprises pharmaceutiques ».

Au même moment, Aquilino Morelle travaille pour un laboratoire danois, Lundbeck. Un dirigeant du laboratoire de l’époque raconte : « Il nous avait été recommandé par un professeur de l’AP-HP (Assistance publique hôpitaux de Paris). Son profil était séduisant. On s’est rencontrés. Il m’a dit qu’il cherchait à travailler pour l’industrie pharmaceutique, qu’il avait du temps libre, que son travail à l’IGAS ne lui prenait que deux jours sur cinq, ce qui m’a semblé bizarre. Mais son profil et son carnet d’adresses nous intéressaient. »

Pour le compte du laboratoire, l’inspecteur de l’IGAS organise deux rendez-vous avec des membres du CEPS (comité économique des produits de santé), cet organisme chargé de fixer le prix des médicaments et les taux de remboursement. « Il nous a ouvert des portes, raconte le dirigeant. Et c’est un enjeu majeur : nous permettre d’aller défendre notre dossier auprès de la bonne personne. On cherchait à stabiliser le prix du seroplex, un anti-dépresseur. »

Ce dirigeant n’a cependant pas demandé à Aquilino Morelle de l’accompagner lors des rendez-vous. « J’ai pensé que ça pouvait être contre-productif. Il était dans une position tellement compliquée, si peu éthique, que ça pouvait être à double tranchant. D’habitude, ce sont plutôt des gens à la retraite qui ont ce type d’activité. »

Interrogé par Mediapart, Aquilino Morelle, n’a envoyé que des réponses par e-mail (voir la boîte noire), repoussant sans cesse le rendez-vous dont il avait convenu. Rémunéré 12 500 euros (hors taxe) pour cette prestation, il assure que tout a été fait dans les règles en vertu du fait qu’« en tant que fonctionnaire, un certain nombre d’activités annexes sont autorisées, dont l’enseignement et le conseil ».

A-t-il déclaré ce contrat auprès de son administration ? « Ces activités ont dû être déclarées à l’IGAS. Je n’en ai pas retrouvé la trace en dépit de mes recherches, nous écrit-il. Ce sont des faits anciens – sept ans – et banals. »

Sollicitée sur ce ménage auprès d’un laboratoire, l’IGAS nous a d’abord répondu que « l’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 permet aux fonctionnaires d'exercer certaines activités annexes. À ce titre l'expertise, la consultation, les activités littéraires et scientifiques, les enseignements peuvent être autorisés par le chef de service. C'est ce qui a été fait en 2007. »

Nous avons donc retrouvé le chef de service (c’est-à-dire le directeur) de l’IGAS à l’époque, André Nutte, aujourd’hui en retraite. « J’ai franchement une bonne mémoire, explique-t-il après avoir cité dans l’instant les différents rapports écrits par Morelle à l’époque. Mais je ne me souviens pas avoir signé une telle autorisation. Si l’IGAS a une pièce, qu’ils la sortent. On verra bien qui a signé. Car ça n’a pas de sens. C’est comme si on accordait le droit à un directeur d’hôpital entré à l’IGAS d’aller travailler parallèlement dans une clinique privée. Ou à un inspecteur du travail de conseiller une entreprise. »

Nous avons rapporté l’échange à l’IGAS, qui a du coup changé de discours ce 16 avril. En réalité, explique l’institution, une autorisation n’a été donnée en 2007 que pour donner des cours à l’université Paris 1. Aucune autre autorisation n’a été retrouvée.

Il faut dire que permettre un tel cumul aurait été une aberration selon Michel Lucas, directeur de l’IGAS de 1982 à 1993, à l’origine des révélations sur les millions de francs détournés à l’ARC (association pour la recherche sur le cancer) : « Ces deux fonctions sont incompatibles. On n’autorise jamais un inspecteur à travailler pour une entreprise privée. Alors un laboratoire pharmaceutique… »

L’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 est d’ailleurs clair : « Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public consacrent l'intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Ils ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative, de quelque nature que ce soit. » À défaut de dérogation spécifique, « la violation (de cette règle) donne lieu au reversement des sommes indûment perçues, par voie de retenue sur le traitement ».

Pis, au vu de l’article 432-12 du code pénal, cette double activité pourrait être considérée comme une prise illégale d’intérêts. En 2007, au moment des faits, le délit était puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Chantre de la transparence… pour les autres

Aquilino Morelle a visiblement tout tenté pour dissimuler ces faits. L’argent qu’il a gagné pour ces activités a été encaissé via une société, l'EURL Morelle, qu’il a créée en 2006, et qui a été radiée par le tribunal de commerce en mars 2013. Mais les comptes n’ont jamais été déposés à ce même greffe en dépit des obligations légales.

Le 28 février 2007, le jour même où il réintègre l’IGAS, Aquilino Morelle, unique actionnaire de son entreprise, se démet de son rôle de gérant et y place son frère cadet Paul. Le profil de Paul Morelle, qui ouvrira deux ans plus tard, en 2009, un magasin de fleurs, vins et chocolats dans le XVe arrondissement de Paris, ne semble pas coller avec celui d’un expert en médicaments. Mais la démarche est utile : dès lors, plus aucune société n’est directement associée au nom d’Aquilino Morelle lors d’une recherche au greffe.

Jamais dans son histoire, Aquilino Morelle n’a fait référence à son travail pour l’industrie pharmaceutique. « Aucune règle ne disposait que je doive “faire état” de ces contrats », nous répond-il aujourd’hui.

C’est pourtant lui, qui, sur les plateaux de télévision, et lors de multiples émissions de radio, claironnait partout, au moment de son rapport sur le Mediator, que la transparence était nécessaire, comme ici lors d’un passage à France Info le 24 juin 2011 :

 


 

 

« (Il faut) que chacun soit au clair avec lui-même et avec les autres. Il n’y a pas d’interdiction d’avoir un rapport avec l’industrie pharmaceutique pour un médecin. Ça peut se comprendre. Ce qui est obligatoire, c’est de rendre public cela. Il faut que ces contacts soient publics. Quand vous publiez vos relations, vous êtes transparent et chacun peut regarder si (…) il n’y a pas quelque chose qui peut poser un problème en termes d’indépendance. C’est juste ça. Mais c’est énorme. (Si) on a un rapport avec l’industrie pharmaceutique, il faut que tout le monde le sache. On aboutit à des situations où les experts sont parties prenantes. Juge et partie. Il faut en finir avec ça. »

Lors d’un chat à Metronews, il synthétise assez bien ce qu’il martèle partout à l’époque : « Oui, il est exact que l'industrie pharmaceutique a une forte influence sur la politique actuelle du médicament. (…) La culture dominante considère que les laboratoires pharmaceutiques auraient une sorte de "droit" à commercialiser leurs produits, comme s'il s'agissait d'une "marchandise" comme les autres... Il faut changer cet état des choses. »

À la question d’un internaute : « Pouvez-vous citer les noms des laboratoires qui font le plus de lobbying auprès des hommes/femmes politiques? », il répond : « Toute l'industrie pharmaceutique est concernée. » L’internaute est probablement loin de s’imaginer qu’il parle en toute connaissance de cause.

Aquilino Morelle s’interroge-t-il sur le bien-fondé de la démarche après que Lundbeck a choisi de mettre fin à leur relation commerciale en décembre 2007 ? Aucunement. En 2008 et 2009, il continue de vouloir travailler pour l’industrie pharmaceutique. Chez Sanofi, un haut dirigeant nous raconte l’avoir reçu. Et chez Servier, le laboratoire qu’il a démoli dans son rapport sur le Mediator et dont le patron Jacques Servier est mort ce 16 avril, on nous explique avoir également reçu sa candidature à cette époque. Il est vrai que le scandale sanitaire n’avait pas encore éclaté. Mais dans le milieu, la réputation de Servier, son recours systématique à de jeunes visiteuses médicales ou encore ses recherches approfondies sur les appartenances politiques de ses futurs salariés, sont déjà archi-connus.

À l’époque, de l’avis de différents laboratoires qui ont reçu sa candidature, Aquilino Morelle cherche un emploi à plein temps. Ou plus exactement une rémunération, pour accompagner son parcours politique, plutôt qu’une réelle activité. Ce qui n’intéresse pas les laboratoires. Il fait chou blanc.

 

 

Aquilino Morelle n’a cependant pas attendu la fin des années 2000 pour bien connaître l’industrie pharmaceutique. En 1992, il sort de l’ENA. Non pas à la 2e place comme il le raconte à Laurent Binet en 2012 dans le livre Rien ne se passe comme prévu. Mais à la 26e. Lors du grand Oral, il est repéré par Pierre Moscovici, et, assez vite, il intègre le cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la santé.

Là non plus, nous n’en avons pas retrouvé trace dans ses biographies, mais Aquilino Morelle occupe un poste bien spécifique : conseiller technique en charge du médicament. La même fonction que celle occupée par Jérôme Cahuzac deux ans auparavant (voir notre article sur la corruption à ce poste à cette époque). Le rôle est si central qu’il permet de se faire en quelques mois un carnet d’adresses fourni dans le milieu pharmaceutique.    

Après la défaite de la gauche aux législatives de 1993, Aquilino Morelle réintègre l’IGAS, où il laisse un souvenir très mitigé. Vingt ans plus tard, des inspecteurs parlent encore de la façon dont il s’est servi d’une mission et d’un rapport collectif sur le don du sang en milieu pénitentiaire pour nourrir abondamment un livre personnel sur l’affaire du sang contaminé, La Défaite de la santé publique, qui lui vaudra un début de notoriété. À l’époque, il n’est pas vu comme tire-au-flanc. Mais comme un touche-à-tout, qui, du coup, a tendance à bâcler son travail d’inspecteur.

En 2002, après cinq années à Matignon auprès de Lionel Jospin, il est d’office réintégré à son corps d’origine. Il a perdu aux municipales de 2001 (Nontron), aux législatives de 2002 (Vosges), comme il perdra en 2007 (Seine-Maritime) : sa carrière politique est au point mort, et il veut gagner de l’argent. Euro RSCG, via Stéphane Fouks, qui a participé à l’échec de la campagne de Lionel Jospin, lui offre une porte de sortie, avec la bénédiction de la commission de déontologie.

À Euro RSCG, pourtant, il s’occupe très vite de l’industrie pharmaceutique. Du côté marketing dans la branche Healthcare. Et du côté Corporate, on lui demande de travailler sur l’image des laboratoires, de conseiller sur les stratégies de communication, de réfléchir à la façon d’améliorer l’image des médicaments auprès des consommateurs et des médecins. À l’époque, les principaux clients d’Euro RSCG dans ce secteur s’appellent Pfizer, Lilly, Aventis, Sanofi. Mais il ne donne pas satisfaction, visiblement jaloux de son carnet d’adresses, peu travailleur et pas bien doué pour les relations commerciales selon ses anciens collègues.

L’inspecteur en disponibilité décide alors de faire fructifier son carnet d’adresses pour son propre compte. Parallèlement à sa campagne pour le non au référendum européen aux côtés de Laurent Fabius en 2005, à des fonctions peu prenantes au Génopôle d’Évry puis au Pôle de compétitivité de Medicen, il met en place l’EURL Morelle. Le laboratoire américain Lilly le rémunère 50 000 euros (3 fois 12 500 euros hors taxe), essentiellement pour organiser des déjeuners dans de très bons restaurants du VIIIe arrondissement.

Un haut dirigeant de l’époque se souvient : « Il m’a fait rencontrer des parlementaires de gauche comme Marisol Touraine (aujourd'hui ministre des affaires sociales), Jean-Marie Le Guen (aujourd'hui secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement) ou Jérôme Cahuzac. Ainsi que des journalistes. » Autant de personnes qui savent donc pertinemment qu’Aquilino Morelle a travaillé pour l’industrie pharmaceutique… 

« Il participait au travail de lobbying habituel, raconte ce dirigeant. Il appuyait mon discours – forcément, on le payait pour – sur la place des génériques, sur l’emploi, sur la place à faire à de nouveaux médicaments innovants. En tant qu’administrateur du LEEM (syndicat des entreprises du médicament), je tenais un discours classique. Et lui, intellectuel, cultivé, agréable dans le contact, savait y faire pour appuyer. » À notre demande, Lilly a retrouvé dans ses archives l’intitulé du contrat : « mission d’analyse et de conseil sur l’image de Lilly, et préparation à la communication de crise ». À cette époque, Lilly doit d’ailleurs gérer une crise importante avec le scandale du Zyprexa, ce médicament pour les psychotiques qui génère des milliers de plaintes dans le monde en raison de risques connus du laboratoire mais cachés au public.

Abus en tous genres

Au vu de nos découvertes sur son parcours, cette expertise supposée en communication de crise pourrait lui être bien utile. D’autant qu’à l’Élysée, les langues se délient. Au cours de notre enquête, nous avons rencontré de très nombreuses personnes officiant au Palais. Nous avons pris soin de recouper et vérifier chaque information, surtout en raison des bouleversements actuels au cabinet, susceptibles d’attiser les règlements de comptes. D’ailleurs, le service communication a déjà commencé à faire passer le message qu’il « ne s’agit que de rumeurs malveillantes ». Nous n’avons pas pu poser de questions précises à Aquilino Morelle sur ces sujets, mais alerté du fait que nous souhaitions parler de ses abus, il évoque lui aussi des « affirmations dénuées de tout fondement, qui visent uniquement à me salir. Il arrive dans la vie politique que certaines personnes aient intérêt à jeter la suspicion sur une autre ».

Bien sûr, dans un univers compassé, le goût du luxe très assumé d’Aquilino Morelle surprend. Mais où est le mal ? D’autant qu’Aquilino Morelle ne manque jamais de rappeler ses origines modestes, sa famille nombreuse immigrée espagnole, sa mère parlant mal le français, son père ouvrier affûteur chez Citroën. On peut être riche, de gauche, « foncièrement de gauche » selon Les Échos, passer beaucoup de temps au Flore, et trouver que « ce qui est dur, c'est de voir les ouvriers pleurer », ainsi qu’il le déclarait au quotidien.

Suite à l’affaire Cahuzac, les ministres ont dû remplir une déclaration de patrimoine. « Le fils du peuple qui n’oubliera jamais d’où il vient » (dixit le JDD) leur envoie alors une tribune qu’il avait publiée en juillet 2010 dans Libération, titrée « Un homme de gauche peut-il être riche ? ». Il y développe l’idée que « la sincérité d’un engagement ou la force d’une conviction ne peuvent se mesurer à la seule aune d’un compte en banque ». Ce que personne ne dément, ni au Palais ni ailleurs.

Mais à l’Élysée, ce sont les manières qui choquent. La façon dont il s’adresse au petit personnel, l’utilise, le terrorise. Et les abus multiples. Aquilino a obtenu que ses deux chauffeurs ne soient pas versés au pool commun. Ils sont donc à sa disposition… et à celle de ses proches. Par exemple, le mardi en fin d’après-midi, comme nous avons pu le vérifier, un des deux chauffeurs véhicule son fils pour des activités personnelles dans le XVe arrondissement.

Au su de tous, Aquilino Morelle n’hésite pas non plus à demander à ses secrétaires de s’occuper de ses affaires personnelles, par exemple quand il a un souci avec un de ses nombreux locataires. D’après nos recherches dans différents cadastres de France, Aquilino Morelle, qui vit dans le Ve arrondissement à Paris, possède en effet des biens immobiliers à Paris, Saint-Denis, Sarlat, Périgueux ou encore Perpignan, la plupart acquis en indivision avec sa femme, elle-même directrice de cabinet de la ministre de la culture.

Depuis janvier, le conseiller politique se serait mis à travailler. Car jusque-là, Aquilino Morelle était parfois présenté comme un bourreau, mais jamais de travail. En mai 2013, lors de la projection à l’Élysée du documentaire « Le Pouvoir », de Patrick Rotman, une bonne partie du cabinet est présente pour se voir à l’écran. Au milieu du film, une scène montre Aquilino Morelle qui arrive à l’Élysée et monte l’escalier qui mène à son bureau. Dans la salle de projection, une voix s’élève : « Tiens, il est 11 heures ! » Éclat de rire général.

Toute l’année 2012, Aquilino Morelle s’est ainsi attribué auprès du président les discours écrits par l’ancienne plume Paul Bernard, avec qui les relations s’étaient rapidement tendues. Alerté, le président a fini par sortir le nègre des griffes du conseiller en décembre 2012.

Très souvent, le conseiller spécial s’absente. Et personne ne sait où il disparaît. Aux bains du Marais, il nous a été confirmé qu’il venait, à une époque, « pas tous les vendredis, mais très souvent en effet, au milieu de l’après-midi. Pour le sauna, le hammam, un gommage, parfois un massage ». À d’autres moments, il s’adonne aux sports de combat, avec un certain talent paraît-il, qu’il ne faut cependant pas exagérer : Aquilino Morelle est parfois présenté comme multi-champion de France de karaté. Vérification faite auprès de la fédération française, il ne l’a jamais été. Ni même finaliste. Ni même champion dans les catégories jeunes (consulter ici les palmarès complets).

Le poste de conseiller spécial du président laisserait-il tant de temps pour les activités parallèles ? Il faut le croire puisque Aquilino Morelle occupe par ailleurs un poste de professeur à mi-temps à la Sorbonne, soit « 96 heures équivalent TD par an », explique l’université. Nommé pour la première fois en 2003, il a été renouvelé pour la deuxième fois en 2012 comme l’a déjà écrit le Lab Europe1. Il dispense trois enseignements : Régulation du système de santé en Master 2, Grands problèmes contemporains en Master 1 et un cours de culture générale préparant les étudiants au concours de l'ENA. Ce qui lui procure un petit complément de salaire, de l’ordre de 2 000 euros par mois.

Le président de la République a été alerté de certains écarts de son conseiller. Pendant la première année de mandat, message a ainsi été transmis à Aquilino Morelle d’arrêter de faire monter de la cave de l’Élysée des crus haut de gamme pour de simples déjeuners ou des réunions de travail, parfois avec des journalistes. Une pratique qui passe mal quand d’autres membres de cabinet disent rembourser leurs plateaux-repas à 8 euros. Quelques semaines plus tard, François Hollande décidera d’ailleurs de limiter la consommation de bons crus, et de vendre une partie de la cave de l’Élysée.

Lors des voyages officiels de début de quinquennat, certains se plaignent aussi de son goût peu modéré pour la piscine en journée et les chambres de luxe en soirée.

Rien ne semble trop beau, trop grand pour le conseiller du président. Dans son bureau – celui qu’occupait Henri Guaino sous la présidence Sarkozy – juste à côté de celui de François Hollande, il a demandé quelques menus travaux lors de son arrivée. Puis a fait changer des meubles plusieurs fois.

En avril 2013, alors que se solde l'affaire Cahuzac et qu'apparaissent au grand jour ses relations avec l'industrie pharmaceutique, une succession d’incidents au Palais semblent sonner son heure. Il est mis en retrait pendant plusieurs mois, ne participe plus aux déplacements à l’étranger ni à certaines réunions décisives. Mais François Hollande ne prend pas la décision de s’en débarrasser.

 

 
© Reuters

Et c’est même l’inverse qui se produit, à l’automne 2013, après plusieurs ratés dans la communication présidentielle. Il revient particulièrement en grâce au moment de l’affaire Julie Gayet. Puis il est carrément promu. Artisan du rapprochement Montebourg/Valls, il n’a de cesse de militer pour que Manuel Valls remplace Jean-Marc Ayrault. Ce qui advient le 31 mars 2014. Quinze jours plus tard, plus que jamais, il est parvenu à se placer au centre du dispositif et règne en maître à l’Élysée.

 

 

Boîte noire

À l’issue de cette longue enquête de six semaines, à plein temps, j’ai sollicité Aquilino Morelle le vendredi 11 avril, afin qu’il puisse répondre à mes nombreuses questions. Il rentrait d’un voyage officiel au Mexique le samedi 12 avril. Il m’a appelé dès son retour. Mais il a rapidement voulu que l’entretien se fasse par écrit, ce qui est contraire aux règles de Mediapart. Il a alors souhaité que je lui adresse les questions à l’avance. Nouveau refus, bien évidemment.

Il a alors exigé les thématiques, de la façon la plus détaillée possible. Ce que j’ai accepté de faire, en partie. Il a alors renvoyé un e-mail avec des éléments de réponse, forcément partiels. Nous avons fixé un rendez-vous, de façon que je puisse lui poser des questions complémentaires, insister, relancer, pointer les incohérences : autant de choses impossibles par écrit, ce que sait parfaitement un directeur de communication rodé.

Mais le rendez-vous a été repoussé plusieurs fois à sa demande, au vu de sa « lourde charge de travail ». Alors que nous devions nous voir mercredi 16 avril, il m’a de nouveau fait savoir qu’il ne pourrait honorer ce rendez-vous, me proposant d'envoyer de nouvelles questions par mail. Il n'y a pas répondu.

AJOUT: Ce jeudi 17 avril après-midi, Aquilino Morelle a publié un droit de réponse à Mediapart sur sa page Facebook. Il ne nous l'a pas spécifiquement adressé, mais comme ce message est public, nous le reproduisons en intégralité sous l'onglet Prolonger.Vous pouvez lire également en cliquant ici notre billet de blog qui répond à ce texte.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Economie et social
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