Ailleurs dans le monde

Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 19:07

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

La Belgique se met à l'arrêt contre un plan d'austérité

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Une grève générale contre l'austérité paralyse la Belgique lundi. Les mobilisations, qui sont aussi soutenues dans le Nord flamand que dans le Sud wallon et à Bruxelles, fragilisent le gouvernement de droite de Charles Michel, à peine investi. Au centre du conflit: un plan de 11 milliards d'euros d'économies sur cinq ans censé doper la compétitivité belge.

De notre envoyé spécial à Bruxelles.- Avions et trains à l'arrêt, barrages routiers, accès bloqués aux zones industrielles, des administrations et écoles fermées, le service minimum dans les hôpitaux… La Belgique est à l'arrêt lundi. Cette grève générale, qui s'annonce très suivie, est organisée par les trois syndicats du pays, tous opposés à la politique d'austérité du nouveau gouvernement de Charles Michel.

La journée du 15 décembre marque l'aboutissement – très provisoire – d'une mobilisation de fond, lancée le 6 novembre avec une manifestation monstre à Bruxelles (120 000 personnes dans la rue), poursuivie par des grèves tournantes à travers les dix provinces de la Belgique. Depuis plus d'un mois, le royaume de 11 millions d'habitants traverse une période mouvementée, marquée par un bras de fer à l'issue incertaine entre l'exécutif de droite, à peine investi mais déjà impopulaire, et les syndicats très remontés.

1 - Les raisons de la colère : 11 milliards d'économies


 

Les grévistes tempêtent contre plusieurs points de l'« accord de gouvernement » conclu cet été. Ils rejettent le « saut d'index » pour 2015 – c'est-à-dire la suspension de l'augmentation des salaires ajustés à l'inflation, comme c'est la règle chaque début d'année en Belgique –, ou encore le report de l'âge légal de la retraite (aujourd'hui à 65 ans, repoussé à 66 ans en 2025 et 67 ans pour 2030). Le secteur de la culture est également mobilisé contre des coupes sèches et massives, dès l'an prochain. En tout, un paquet de 11 milliards d'économies sur cinq ans, censé doper la compétitivité belge.

« L'assainissement de 11 milliards, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, on doit le faire. Le gouvernement "suédois" (le surnom de l'exécutif, ndlr) est une coalition de courage », se défend Bart De Wever, le patron des indépendantistes flamands (N-VA) membres de la coalition. Avec une dette qui frôle les 105 % du PIB, la Belgique fait l'objet d'intenses pressions de la part de la commission européenne, qui exige davantage d'efforts (l'Union exhorte notamment depuis des années la Belgique à en finir avec son système d'indexation des salaires à l'inflation – lire ses recommandations).

En novembre, la commission a d'ailleurs menacé la Belgique de sanctions – exactement comme la France et l'Italie – si le pays ne revoyait pas son projet de budget pour 2015, ou si des « réformes structurelles » n'étaient pas prises d'ici mars. L'exécutif de droite, investi en octobre, a donc peu de marges de manœuvre. Les centrales syndicales, elles, réclament toutes le retour au dialogue social, avant de prendre de telles décisions. « C'est peu de dire que le nouveau gouvernement fédéral n'aura connu aucun état de grâce », résume Pascal Delwit, de l'université libre de Bruxelles au quotidien économique francophone L'Écho.

L'une des surprises du mouvement social en cours est qu'il mobilise tout autant en Wallonie qu'en Flandre. Pourtant, le gouvernement de coalition investi en octobre au fédéral est ultra-dominé par les partis flamands (trois sur quatre). À commencer par les grands vainqueurs des élections générales de mai : les indépendantistes de la N-VA. On aurait donc pu s'attendre à ce que ce gouvernement soit davantage contesté au Sud du pays (Wallonie) et à Bruxelles, qu'au Nord (Flandre). C'était sans doute l'un des paris de l'exécutif, pour déminer la contestation. 

« Traditionnellement, les mouvements sociaux sont moins bien suivis en Flandre. Avec un gouvernement qui penche vers le Nord du pays (…), on pourrait s'attendre à ce que les syndicats flamands soient moins enclins à contester l'équipe Michel. Ce n'est manifestement pas le cas », constate L'Écho dans son édition de samedi. « Contrairement aux espoirs initiaux de la majorité, la mobilisation sociale ne s'est pas donnée à voir comme asymétrique. La contestation sociale est tout aussi vive en Flandre qu'en Wallonie ou à Bruxelles », renchérit l'universitaire Pascal Delwit.

 

Bart de Wever (N-VA, à gauche) et Charles Michel (MR) le 28 mai 2014.  
Bart de Wever (N-VA, à gauche) et Charles Michel (MR) le 28 mai 2014. © Reuters.

Autre spécificité de cette mobilisation, qui surprend les observateurs par son ampleur : le front uni des syndicats qui, depuis six semaines, tient sans accrocs. Aux côtés de la FGTB au discours musclé (les socialistes), figurent deux centrales à l'image d'ordinaire plus « responsable », preuve que le moment est particulier : les chrétiens de l'ACV-CSC et les libéraux de la CGSLB. Combien de temps ce front commun durera-t-il, après la journée du 15 décembre ?

2 - Une bataille à distance entre Bart De Wever et le PS francophone

Il n'est pas ministre au fédéral  mais il est celui qu'on entend le plus ces derniers jours dans les médias belges, francophones comme flamands : Bart De Wever, le maire d'Anvers et patron de la N-VA, intervient comme s'il était premier ministre, et laisse les miettes à Charles Michel. L'opposition accuse d'ailleurs déjà le second, isolé sur la scène francophone, d'être le pantin du premier, tout-puissant en Flandre.

Pour De Wever, l'affaire est simple : la Belgique n'a pas le choix, il n'y a pas d'alternatives à cette politique économique musclée, et c'est le PS (aujourd'hui le principal parti dans l'opposition) qui instrumentalise les syndicats. « Cette grève est purement politique, ce n'est pas du tout une grève sociale »juge De Wever« L'objectif de la FGTB est de faire tomber ce gouvernement. Et ça c'est une vocation politique », renchérit Olivier Chastel, le président du MR (allié de la N-VA au gouvernement) dans un entretien à La Libre Belgique.

Face à De Wever, le secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet, ex-ouvrier chauffagiste de 57 ans, socialiste plutôt bourru, en poste depuis septembre à peine, est devenu l'un des nouveaux visages de la contestation. « Nous ne sommes pas dans une grève politique : on est dans une grève syndicale organisée en front commun », répond Goblet à De Wever. Lui refuse de s'asseoir autour de la table avec l'exécutif, tant que le gouvernement n'aura pas formellement fait une croix sur le « saut d'index » – ce que l'exécutif exclut. Bref, c'est l'impasse. « Le gouvernement ne cédera pas aux syndicats », prévenait-on côté MR, vendredi, à l'approche de la mobilisation du 15. Goblet parle déjà d'un nouveau « plan d'actions » en janvier.

Sur le fond, la stratégie de De Wever – couper dans le budget fédéral, pour réduire le périmètre de l'État fédéral et regagner des marges à l'échelle régionale – est explosive pour l'avenir d'un pays exténué par des tensions communautaires croissantes. « C'était un coup de poker : introduire dans le gouvernement fédéral un parti comme la N-VA, qui prône la disparition de l'État belge. (…) C'était également devoir s'assurer que le parti nationaliste ne profiterait pas de sa position pour affaiblir cet État de toutes les manières et démontrer ainsi que la Belgique est décidément ingouvernable », écrit le correspondant du Monde à Bruxelles.

Dans un édito samedi, le quotidien Le Soir, un rien désabusé, résumait ainsi l'affaire : « On comprend les syndicats frappés d'un coup par une pluie de mesures honnies depuis des décennies. On comprend le gouvernement qui hésite à ouvrir l'accord de gouvernement, au risque d'y laisser entrer les démons communautaires. On comprend les patrons qui voient fondre leur position concurrentielle. Mais qu'auront gagné les uns et les autres, après six mois de grève ? » « Michel doit siffler la fin de la récréation », s'impatiente, de son côté, La Libre Belgique.

3 - Un débat de fond sur la fiscalité belge

C'est le débat décisif qui nourrit la mobilisation : les injustices de la fiscalité belge, cas très particulier en Europe. D'après une récente enquête de l'OCDE, la Belgique est le troisième pays membre de l'organisation où le poids de la fiscalité est le plus lourd, après le Danemark et la France. Mais c'est surtout l'un des systèmes de taxation les plus inégaux d'Europe : le travail y est très fortement taxé, à l'inverse du capital. Pour ne rien arranger, le pays, souvent considéré comme un paradis fiscal, est l'un des seuls à avoir mis au point un mécanisme fiscal très avantageux pour les entreprises, et qui coûte cher à l'État – le système des intérêts notionnels (médiatisés par l'« affaire » Bernard Arnault en 2012).

La FGTB plaide, avec d'autres, pour un « glissement fiscal ». En clair : durcir les taxes sur le capital, et alléger d'autant celles sur le travail. De ce point de vue, le gouvernement ménage le suspense. Bart De Wever, pour la N-VA, a déjà dit et répété son opposition à la taxation des grandes fortunes. Mais il est « ouvert au débat » sur la taxation des plus-values boursières.

« Le 'tax shift' (glissement fiscal, ndlr) se traduira par une diminution des charges sur le travail et par l'augmentation de quelque chose d'autre. Dans le cadre de la réflexion fiscale, il y aura la question de la taxation du capital qui se posera. Le MR réfléchit à ce qu'il mettra sur la table à ce sujet », déclarait Olivier Chastel, le nouveau patron du MR, en fin de semaine. C'est d'ores et déjà l'une des vertus de la mobilisation : acter l'urgence d'une réforme fiscale en Belgique.

Les socialistes, dans l'opposition, ont beau jeu de monter au créneau. Mais certains ne manquent pas de leur rappeler que le gouvernement de coalition droite-gauche du socialiste Elio Di Rupo (décembre 2011-octobre 2014) n'a rien modifié aux grands équilibres fiscaux du pays – et encore moins supprimé les « intérêts notionnels ». « Si (la taxation du capital, ndlr) est vraiment un moyen pour faire des miracles, pourquoi le PS ne l'a-t-il pas fait depuis 25 ans ? » ironise Bart De Wever.

 

 

Dans ce contexte de vives tensions et d'impopularité des partis au pouvoir, un « mouvement citoyen » vient de se former, qu'il faudra suivre dans les mois à venir. Après le G-1000 de l'historien David Van Reybrouck, « Tout autre chose », côté francophone, s'inspire du mouvement flamand « Hart Boven Hard » (« le cœur avant la rigueur »). Ancré à gauche, le collectif anti-austérité, qui rassemble environ soixante-dix personnalités de la société civile (activistes, comédiens, etc.), veut « construire un large mouvement citoyen proposant des alternatives au modèle de société dominant » et « faire converger l'énorme potentiel d'imagination et d'action citoyenne en faveur de tout autres horizons » (leur appel est ici).

« Si le blocage persiste entre gouvernement et organisations syndicales, si la concertation reste au point mort, et la tension monte, "Tout autre chose" aura un boulevard », croit savoir Le Soir.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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Mardi 2 décembre 2014 2 02 /12 /Déc /2014 19:14

 

Source : www.marianne.net

 

 

Les Etats-Unis interdisent tout, sauf les armes ?

Mardi 2 Décembre 2014 à 05:00

 

Loïc Le Clerc

 

 

 

Après que des policiers ont tué Michael Brown à Ferguson et Tamir Rice à Cleveland, ce gamin de 12 ans qui jouait avec un pistolet factice dans un parc, on pouvait penser que le débat sur les armes serait relancé aux Etats-Unis. Il n'en est rien. En revanche, les dirigeants américains sont forts pour interdire toute sorte de produits afin de "protéger" leurs concitoyens. D'ailleurs, selon vous, entre une arme de guerre et un Kinder surprise, lequel est considéré comme illégal outre-Atlantique ?

 

Illustration de l'organisation Mums demand action for gun sens in America

1907

L'absinthe

Douze ans avant la prohibition qui fera des ravages en Amérique, les Yankees avaient déjà interdit l’absinthe, car la boisson était jugée extrêmement psychoactive et hallucinogène. Ils l’ont même surnommé l’« alcool qui rend fou ».

Henri Privat-Livemont - Flickr

1938

Les Kinder surprise

Interdits car jugés dangereux pour la santé des enfants, ces derniers gobaient l’œuf en entier, sans prendre soin d'y ôter le jouet à l'intérieur… Aujourd'hui encore, le "trafic de Kinder surprise" peut côuter gros (voir lien ci-dessous).

2012

Les billes aimantées

Décidemment, les petits Américains aiment bien avalés toutes sortes de choses qui ne se mangent pas… Mais, malins qu’ils sont, l’interdiction est si précise concernant ces billes, qu’il n’est interdit de les vendre que sous la marque « Buckyballs magnet ».

Coyau - Wikipedia

2012

Le lait cru (et toutes ses déclinaisons)

Vingt deux Etats américains interdisent la consommation (et même l’exploitation) de lait non-pasteurisé, et bon nombre d’études dites scientifiques veulent étendre cette interdiction. Lait cru, fromages, yaourts pourraient causer de graves problèmes de santé (méningite, fausse couche, etc.). En France, on peut toujours se goinfrer de calendos, de toute façon, on a une bonne Sécu !

Lesyeuxpourvoir - Wikipedia

2013

Fromages, viandes et mirabelles

De la même manière, la mimolette et le roquefort ont été interdits, car « composés d'une substance dégoûtante, putride, ou décomposée », ainsi que la plupart des viandes ou des graines (ou nos mirabelles). Ces produits ne peuvent être importer aux Etats-Unis, car trop sujets aux transmissions de bactéries…

Caricato da Airunp - Wikipedia

2014

New Hampshire : Le dogdeball, ou « balle aux prisonniers »

Ce jeu a été interdit à cause de l’« intimidation » qui en résulterait. Comportement qui ne concerne aucun autre sport...

Benjamin Chun - Flickr
*Suite de l'article sur marianne
Source : www.marianne.net

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Mercredi 26 novembre 2014 3 26 /11 /Nov /2014 16:42

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Aux Etats-Unis, Ferguson s’enflamme et le débat sur la police raciste reprend

|  Par Iris Deroeux

 

 

Le policier, blanc, qui a tué le jeune Afro-Américain Mike Brown en août dernier, à Ferguson dans le Missouri, ne sera poursuivi. Des manifestations ont aussitôt éclaté à Ferguson mais aussi à travers le pays.

 

De notre correspondante aux Etats-Unis.- La décision était attendue depuis plus de trois mois et elle a enfin été rendue la nuit dernière : l’officier Darren Wilson, qui a abattu le jeune Afro-Américain Mike Brown en août dernier à Ferguson, dans le Missouri, n’aura pas à répondre de ses actes devant la justice. Le jury, qui était réuni depuis le 20 août afin de décider si celui-ci devait être poursuivi, a estimé « qu'il n'y avait pas de raison suffisante d'intenter des poursuites contre l'officier Wilson », selon les termes du procureur, Robert McCulloch. Les douze jurés, neuf Blancs et trois Noirs, ont basé leur décision sur une série de témoignages contradictoires et de documents tels que les rapports médicaux, le rapport d’autopsie pratiqué sur Michael Brown, ou encore l’examen des photos des blessures infligées à l’officier. Des photos peuvent être consultées ici. La transcription de la décision des jurés est ici.

Cette décision a immédiatement déclenché de violentes manifestations dans cette petite ville de banlieue de Saint Louis, dans le Missouri, ainsi que des marches dans plusieurs villes du pays, à Washington, New York, Los Angeles, Chicago ou Seattle. Sur les pancartes brandies par les manifestants, on a pu lire des messages comme : « Justice pour Mike Brown », « Cessez de tuer nos enfants », « Stoppez la terreur policière » ou encore « La vie des Noirs compte ».

 


 

Si l’affaire Ferguson a pris aujourd’hui une telle ampleur, c’est qu’elle est devenue un sujet d’attention nationale dès août dernier, en relançant le débat sur les brutalités policières, un système judiciaire jugé discriminant à l’égard des Afro-Américains et plus généralement sur le racisme (nous l’expliquions ici). Car le déroulé de cette affaire est considéré par beaucoup comme tristement classique : un jeune homme noir non armé abattu par un policier blanc dans des circonstances floues, suivi d’une réaction lente et jugée insuffisante de la part des autorités, puis d’une libération du policier.

Une série de tweets dans la nuit de Deray Mckesson (@deray) présent sur place et membre du site noindictment.org 
Une série de tweets dans la nuit de Deray Mckesson (@deray) présent sur place et membre du site noindictment.org

L’affaire de Ferguson a précisément commencé le 9 août 2014, lorsque Mike Brown a été tué par arme à feu dans des circonstances sur lesquelles deux versions contradictoires n’ont cessé de s’affronter. Le jeune homme et l'un de ses amis se dirigeaient à pied vers leur domicile quand ils ont croisé la route d’un policier, peu de temps après le signalement d’un larcin dans une épicerie du quartier. Il s'est alors produit une altercation qui a dégénéré. La police dit que l’officier a été attaqué, que Michael Brown a tenté de lui prendre son arme et que l'officier s’est donc légitimement défendu ; tandis que l’un des témoins de la scène affirme que le jeune homme n’était pas armé, qu’il a couru pour s’éloigner de la voiture de police, et qu’il levait les bras, mains en l’air, quand l’officier a tiré plus de dix fois. Le policier a ensuite quitté les lieux et le corps du jeune homme est resté au milieu de la chaussée pendant plusieurs heures, nourrissant la colère des habitants, ne tardant pas à exploser. 

 

Après le verdict à Ferguson 
Après le verdict à Ferguson © Reuters

Dix jours de manifestations et d’émeutes s’en sont suivis. Et les tensions ne sont jamais vraiment retombées, alimentées jusqu’à la veille de ce verdict par les décisions et méthodes de communication hasardeuses des autorités locales. Elles ont choisi de ne pas révéler le nom de l’officier, refusant de publier le rapport d’autopsie, de dire combien de balles avaient été tirées sur Mike Brown, puis ont fait appel à plusieurs reprises à la garde nationale, à des renforts équipés de matériel militaire lourd pour disperser les manifestants… Pendant ce temps, des leaders religieux tel que le New-Yorkais Al Sharpton, des associations nationales de lutte pour les droits civiques telle que le NAACP, ainsi qu’une myriade d’associations locales, se sont saisis du problème, lui donnant une visibilité nationale, et entamant un débat sur les réformes à mener, à la fois localement et nationalement (nous avons parlé de ce militantisme ici).

C’est sur ce travail de réflexion qu’a insisté Barack Obama, prenant brièvement la parole immédiatement après le verdict lundi soir. Le président a d’abord appelé à manifester dans le calme et il a repris les mots du père de Mike Brown, déclarant que « la solution n’était pas de s’en prendre aux autres ou de détruire des biens matériels ».

Il a aussi jugé les débordements « inévitables », glissé avec une pointe de cynisme qu’ils feraient de « bonnes images pour la télévision ». Puis il a estimé que le pays, tout en ayant « beaucoup progressé » sur les problèmes raciaux, avait encore du chemin à parcourir, qu’il fallait améliorer les relations « entre la police et les communautés de couleur ».  Et il a appelé, sans donner de détails, à agir de manière « constructive ».

 

 

Ce discours, il l’a déjà tenu à de nombreuses reprises, notamment fin août lorsqu’il a pris la parole pour commenter les premières émeutes à Ferguson, ou encore après l’acquittement de Georges Zimmerman dans l’affaire Trayvon Martin. Au point de ne plus vraiment être entendu, puisque des affaires de ce type continuent de se produire régulièrement, en faisant l’objet de plus ou moins d’attention médiatique, et sans que des réformes d’ampleur ne soient entamées.

Ne serait-ce qu’au cours des derniers jours, deux autres faits divers sont venus nourrir ce débat. Il y a eu la mort d’Akai Gurley, 28 ans, non armé, abattu dans un hall d’immeuble à Brooklyn par un jeune officier (lire ici). Une affaire dans laquelle le département de la police new-yorkaise a concédé avoir commis une erreur, mais qui continue de mobiliser à New York. Puis le jeune Tamor Rice, 12 ans, a été abattu sur une aire de jeux de Cleveland, dans l’Ohio, par un policier craignant que son faux pistolet, attaché à sa ceinture, ne soit une arme létale (ici).

 

Rassemblement devant la Maison Blanche après le verdict 
Rassemblement devant la Maison Blanche après le verdict © Reuters

Quelques statistiques, quoique insuffisantes, permettent encore de mieux cerner le problème. Ce sont par exemple celles du Center for Disease Control qui compile des données par État. Nationalement, le Centre arrive à la conclusion que les Noirs ont trois fois plus de chances d’être tués par les forces de l’ordre que les Blancs. (Ici, une compilation de statistiques sur le sujet.)

Face à cette réalité, et face à la méfiance de la communauté afro-américaine envers les forces de police, de nombreuses pistes de réformes existent bien sûr, tant au niveau local que national. Il s’agit par exemple d’instaurer des mécanismes de surveillance et de responsabilisation de la police plus efficaces (un article d'opinion ici dans le New York Times, intitulé « Comment la cour suprême protège les mauvais policiers »), de revoir les règles du port d’armes (comme l’explorait cet article fouillé du site Think Progress en août, comparant l’Angleterre et les États-Unis), de réintroduire une police de proximité. Une loi a encore été proposée, surnommée « loi Mike Brown », qui obligerait tous les officiers du pays à être munis d’une caméra, fournissant des preuves par l’image bien moins discutables que des témoignages.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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Lundi 17 novembre 2014 1 17 /11 /Nov /2014 19:26

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre

 

 

Le Burkina adopte la transition « apaisée » et « inclusive »

Encore une fois comment ne pas saluer l’étonnante capacité de ce pays, de ce peuple du Burkina Faso, à puiser en lui, dans son histoire, dans sa culture, et à déjouer les obstacles qui pouvaient sembler les plus insurmontables ?

La mise en place de la transition, une performance inégalée

En à peine plus de deux semaines, ce peuple s’est débarrassé de son dictateur en place depuis plus de 27 ans, a demandé aux militaires d’ « assumer leur responsabilité », a retrouvé son calme, la population de Ouagadougou se mettant dès le lendemain à nettoyer ses rues des séquelles des violences, s’est doté d’une charte de transition consensuelle (voir à http://www.blaisecompaore2015.info/La-charte-de-la-transition-adoptee) , a nommé une personnalité civile comme président de la transition et a rétabli sa constitution. Quel pays pourrait-il se vanter d’une telle performance ?

Ce que l’on appelle les « forces vives » de la nation ont toutes participé aux discussions. Les autorités religieuses, la chefferie traditionnelle, les partis politiques, y compris même ceux de l’ancienne majorité, les organisations de la société civile.  Si la représentativité des autres composantes n’est guère contestée, il a fallu attendre la fin des discussions pour que la liste de ses représentants ayant participé aux discussions soient publiées. Ce qui n’a pas été sans de nombreuses contestations. Car parmi de nombreuses associations représentatives ou personnalités reconnues pour leur compétence et leur engagement contre le régime précédent, on trouve aussi des ONG de quelques individus, « opportunistes » qui ont réussi à intégrer dès le départ les discussions. D’autres sont accusées d’être à la solde de partis politiques. Gageons que petit à petit les choses vont s’éclaircir.

Si la participation de l’ancienne majorité a été fortement contestée, elle a finalement été acceptée, mais sa représentation reste très limitée. Il faut ajouter que cette décision est accompagnée de restriction. Les représentants de l’ex majorité ne doivent pas avoir participé aux multiples provocations qui ont précédé l’insurrection populaire.

Le pays va se doter d’un conseil national de la transition, de 30 représentants des partis politiques de l’opposition, 25 représentants des organisations de la société civile, 25 représentants des forces de défense et de sécurité, et 10 représentants des autres partis. Les institutions de la transition, vont petit à petit se mettre en place, et se mettre au travail. Car l’objectif essentiel c’est de préparer les élections qui devront se tenir en novembre 2015.

Le président choisi, M. Michel Kafando, sans doute après de longues discussions, résulte d’un consensus. Il faisait partie des deux personnalités proposées par l’armée.  Il résulte d’un arbitrage probablement difficile. La société civile avait choisi deux journalistes, Cheriff Sy et Ahmed Newton Barry, connus pour leur engagement contre le pouvoir, et un archevêque. L’armée, en plus de Kafando, avait aussi proposé Joséphine Ouedraogo, une sociologue, ancienne ministre de Thomas Sankara, ancienne dirigeante d’ONG. Michel Kafando est plus représentatif de la génération qui a été balayée par la révolution de 1983 à 1987, même s'il n'a exercé pour l'essentiel que des postes techniques ou diplomatiques. Ce qui ne correspond probablement pas à l’attente de la jeunesse. Mais il ne s’est guère affiché aux côtés du régime de Blaise Compaoré, sauf comme diplomate aux Etats-Unis de 1998 à 2011, comme ambassadeur auprès des Nations Unies. Et surtout c’est un diplomate aguerri, c’est sans doute ce qui a présidé à ce choix, en plus de son apparente neutralité.

Et maintenant ?

Mais en réalité c’est maintenant que l’essentiel va se jouer. Durant ces deux dernières semaines, le peuple est resté observateur, sans trop être informé de l’avancement des discussions. La charte de la transition ne s’est intéressée qu’à son fonctionnement interne. Aucune ligne ne contient quelques éléments d’orientation de cette transition, par exemple les premières mesures sociales à prendre, pour lutte contre la pauvreté, créer des emplois, poursuivre les anciens dignitaires du régime en justice et récupérer ce qu’ils ont volé au peuple burkinabè. Certes le départ de Blaise Compaoré est une grande victoire, mais toute cette population, composée de jeunes pour l’essentiel, souhaite avant que tout que son sort s’améliore, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi, des infrastructures publiques en particulier la fourniture d’électricité très aléatoire.

Sans dirigeants politiques élus et représentatifs, il va être difficile de lancer une politique globale, mettre en place un modèle de développement tourné vers les besoins essentiels à satisfaire, qui correspondent à la volonté populaire. Sera-t-il possible de prendre des mesures fortes sans attendre ? Si rien ne va dans ce sens, le risque de voir le mécontentement renaitre rapidement n’est pas exclu.

La justice par exemple ne doit pas attendre. Ce serait le premier signe qu’il n’y aura pas de restauration, alors que l’on a accusé le lieutenant colonel Zida de manœuvrer pour ménager les personnalités de l’ancien régime. Que les juges se saisissent de tous les dossiers en suspens, qu’ils reprennent les poursuites de personnalités pour corruption, qu’ils acceptent de se pencher sur les nombreux assassinats non élucidés : celui de Thomas Sankara et de ses collaborateurs, celui du journaliste Norbert Zongo et celui du jeune étudiant Dabo Boukary qui sont devenus des symboles de la lutte pour la justice et contre l'impunité.

Et l’on reverra certainement le balai citoyen.

Cette association, si elle a été une des plus actives dans la conscientisation de la jeunesse, et pour la mobilisation lors de la l’insurrection, a évité de jeter de l’huile sur le feu lors des négociations de ces deux dernières semaines. Elle a été critiquée pour avoir demandé à l’armée de prendre ses responsabilités, et d’avoir « vendu la révolution ». Des critiques qui n’apparaissent guère fondées aujourd’hui, avec le recul, probablement en provenance d’ « opportunistes » cherchant à profiter de la situation pour trouver une notoriété qu’ils contestent au balai citoyen. Mais parmi les organisations de la « société civile », combien peuvent-elles se vanter d’avoir des antennes dans les quartiers ? Cette jeune association continue en effet de mettre en place des clubs décentralisés. Elle va continuer son rôle de veille citoyenne et de mobilisation si nécessaire. Peu d’associations peuvent se vanter d’une telle implantation, si ce n’est d’autres plus anciennes comme la CCVC (Coalition contre la vie chère), où le PCRV, le parti communiste révolutionnaire voltäique, qui a été quelque peu dépassé les journées des 30 et 31 octobre, qui rassemble plutôt les syndicats.

Les partis politiques, qui ont remarquablement conservé leur unité, tout au long des mobilisations depuis 2013, malgré les multiples manœuvres de Blaise Compaoré,  vont de nouveau se trouver en concurrence et vont lancer toutes leurs forces dans la préparation des élections. Et la compétition va être rude. La plupart des leaders de l’opposition ont collaboré avec Blaise Compaoré, et l‘ont quitté il y a plus ou moins longtemps, parfois très récemment. Reste à gauche, l’UNIR PS (Union pour la renaissance, parti sankariste) qui a clairement appelé à l’insurrection le 30 octobre et le PDS Metba qui vient malheureusement de perdre son très populaire leader M. Arba Diallo. Les sankaristes ont par ailleurs entamé un processus d’unification. S’ils arrivaient à le mener à bien, ils s’assureraient une nouvelle popularité. Car cette insurrection est aussi un peu la « résurrection de Thomas Sankara », comme l’a dit récemment un de ses frères. Ils ont, par ailleurs, acquis une riche expérience politique depuis leur création et on leur reprochait surtout de ne pas être capables de surmonter des querelles de personnes.

La jeunesse reste méfiante des partis politiques. Une méfiance alimentée, à tort ou à raison, par le balai citoyen et d’autres organisations de la société civile. Seule, un peu plus de la moitié de la population en âge de voter était inscrite sur les listes électorales lors des dernières élections de 2012. Et, parmi les inscrits, à peine un peu plus de la moitié sont allés votés. C’est dire que tout est ouvert et rien n’est joué. Et il est bien possible que de nouveaux partis voient le jour. Mais pour que les élections soient transparentes, encore faudrait-il les débarrasser de l’influence des chefs traditionnels dans les campagnes et surtout de l’achat des votes par quelques billets. On ne peut que souhaiter que cette insurrection signe aussi un réveil de la conscience citoyenne, y compris dans les urnes, auquel cas les élections pourraient engager vraiment le pays vers une modèle de développement à même de satisfaire les aspirations du peuple burkinabè.

 Bruno Jaffré

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre

 

 


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Vendredi 14 novembre 2014 5 14 /11 /Nov /2014 18:28

 

Source : www.marianne.net

 

 

Mexique : regardons ce que révèlent les 43 disparus

Vendredi 14 Novembre 2014 à 05:00

 

Accattoli, Rudy Hiller, Goldin Marcovich et García de Teresa

 

Fin septembre, au Mexique, 43 étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa disparaissaient. Une affaire purement locale ? Certainement pas, répliquent quatre "normaliens" de France, dont trois d'entre eux sont mexicains. "Ce que ce massacre a encore une fois révélé, écrivent-ils, c'est que la question de l'Etat de droit reste posée". Et de regretter l'attitude des plus hautes autorités du pays, notamment le président Peña Nieto qui "semble se dérober à ses responsabilités".

 

Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Vendredi dernier, le procureur général de la justice du Mexique, Jesús Murillo Karam, a tenu une conférence de presse. Les 43 étudiants disparus le 26 septembre à Iguala, dans l’Etat de Guerrero, auraient été brûlés dans un bûcher alimenté pendant environ 15 heures dans une décharge municipale. Les corps, réduits en cendres, auraient été transportés dans des sacs plastique et jetés dans la rivière. Le maire d’Iguala, José Luis Abarca, et sa femme dont les liens avec l’organisation criminelle Guerreros unidos sont avérés, sont fortement soupçonnés d'être les instigateurs du massacre. Ceux qu’on surnomme le « couple impérial » auraient voulu empêcher les étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa, considérés comme étant des fauteurs de troubles, de nuire à un événement du DIF, l'institution chargée de la protection de l'enfance et la famille, à la tête de laquelle la femme d’Abarca comptait succéder à son mari. Selon l’enquête, la police municipale a tiré à plusieurs reprises sur les bus dans lesquels se déplaçaient les étudiants avant de les remettre, pour 43 d’entre eux, entre les mains des Guerreros unidos. Ces derniers se seraient chargés d’exécuter les étudiants et de se débarrasser de leurs corps.
 
Tous les éléments d'un feuilleton d'horreur sont présents : un maire corrompu marié à une femme liée aux cartels, une police municipale complice du crime organisé, des étudiants brûlés jusqu'aux cendres et jetés dans des sacs poubelle. En faisant connaître cette version des faits, le gouvernement fédéral veut faire porter l’entière responsabilité des faits au crime organisé et aux politiciens locaux corrompus. Pourtant, pour les Mexicains qui protestent dans les rues, des questions demeurent.
 
Si l'on suit la version du procureur, le climat d'impunité régnant au Mexique est le seul élément qui donne une certaine intelligibilité à la violence disproportionnée de l'attaque. S'il s'agissait simplement de garantir le bon déroulement de la soirée, pourquoi faire disparaître les étudiants dans de telles conditions ? Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas eu l’ordre d’intervenir pour aider les étudiants alors que la première attaque a eu lieu à quelques kilomètres d’une caserne ? Pourquoi les soldats, quand ils sont venus à l'encontre des étudiants qui avaient réussi à s'échapper, avec parmi eux des blessés graves, les ont-ils fichés plutôt que de les aider ?
 
Les autorités fédérales ont connaissance de l'implication du maire Abarca dans plusieurs homicides depuis une quinzaine de mois. Amnesty international l’a déjà souligné : « Ceux qui ont eu la négligence d’ignorer les signes avant-coureurs de la corruption et de la violence sont complices de la tragédie ». En limitant systématiquement le cadre de leur analyse à un niveau local, le président et le procureur n'assument aucune responsabilité face à la multiplication constante des assassinats et des disparitions dans tout le Mexique.
 
Si « Iguala n'est pas l'Etat mexicain », selon les mots du procureur, alors la question se pose : où est donc l'Etat mexicain ? Où est cet Etat avec lequel la France marche « cœur dans le cœur », comme l'a dit François Hollande lors de sa visite officielle au Mexique en avril 2014 ? Cet Etat dont les réformes et le potentiel économique sont célébrés partout dans le monde ? Cet Etat dont le président, Enrique Peña Nieto, est l'invité d'honneur des célébrations du 14 juillet 2015 ?
 
Le président Enrique Peña Nieto s’est montré extrêmement distant dans cette affaire qui indigne le monde entier. Il n'a reçu les familles des victimes qu'un mois après les faits et ce dimanche, avant même d’avoir mis les pieds dans l'Etat de Guerrero, il s'est envolé vers la Chine pour renforcer des partenariats économiques. En se contentant de manifester de l'indignation, le président se place davantage du côté de la société civile et semble se dérober à ses responsabilités.
 
Le gouvernement a désormais renoncé à rechercher des survivants tout en continuant à déclarer les étudiants légalement disparus, empêchant ainsi le deuil des familles des victimes. La façon dont l’enquête a été menée par le gouvernement et en particulier le format de la conférence de presse, vidéo à l’appui, ne sont pas sans rappeler des épisodes malheureux de « justice télévisée » au Mexique qui ne font que nuire au bon déroulement des enquêtes et à la crédibilité du système judiciaire dans son ensemble. Pourquoi, alors que l'affaire n'est pas officiellement close, publier des vidéos où trois sicarios (« tueurs ») témoignent et reconstituent les faits ? Que faire alors des premiers témoignages qui parlaient de 17 corps brûlés et enterrés dans des fosses clandestines ?
 
On a souvent recours, pour rendre compte de la violence qui ravage le Mexique, à des explications qui mettent l'accent sur la violence endémique et le trafic de drogues. Plutôt que d'en rester à une analyse limitée, il faut impérativement chercher à comprendre les mécanismes qui ont permis, et permettent quotidiennement, que de tels crimes contre les droits de l'Homme aient lieu : l'impunité, l'effacement de l'Etat, la corruption au plus haut niveau institutionnel. C'est pourquoi les arrestations ne doivent pas nous détourner du véritable problème ni ne peuvent suffire à clore le dossier et à tourner la page. Ce que le massacre d'Ayotzinapa a encore une fois révélé, c'est que la question de l'Etat de droit et de justice au Mexique reste posée, et ce de façon toujours plus urgente.
 
La réponse du gouvernement aux crimes d'Iguala n’épuise pas les questions. Lors de la conférence de presse, par une remarque malheureuse, le procureur général de la justice a mis fin aux questions de la presse en s'exclamant « Ya me cansé » (« J’en peux plus »). Devons-nous, nous aussi, fatigués par l'impuissance et l'horreur, cesser de regarder ce qui se passe au Mexique ? Cesser de poser les questions qui nous taraudent ? Sans doute beaucoup d’entre elles resteront sans réponse, mais nous nous devons de les poser pour ne pas être complices, par notre silence et notre crédulité, de la violence qui endeuille le Mexique.

 
* Matilde Accattoli est doctorante en Sciences du Langage à Paris 8 Vincennes - Saint-Denis | Daniel Rudy Hiller est doctorant en Littérature comparée à Paris 3 - Sorbonne Nouvelle | Gabriela Goldin Marcovich est élève en Histoire à l’Ecole normale supérieure de Paris | Marcos García de Teresa est doctorant en Sciences de la société à l'EHESS.



Lire aussi :
>>> Mexique : les 43 mystérieux disparus d'Iguala (Marianne.net)
>>> Le site Internet du Collectif de solidarité avec les étudiants d’Ayotzinapa lancé par des « normaliens » français.

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 23:12

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Burkina Faso: la chute de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Au pouvoir depuis 1987, le président burkinabé avait déclenché la colère de l'opposition en proposant un projet de référendum lui permettant de briguer un 5e mandat. Après des jours de manifestations, lâché par l'armée, Blaise Compaoré a accepté de quitter le pouvoir, vendredi 31 octobre, au profit du chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré.

Après plusieurs jours de manifestations et d’affrontements, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été poussé à la démission, vendredi 31 octobre, par l'armée qui a pris le pouvoir.

Quelques minutes auparavant, le colonel Boureima Farta, représentant de l’armée, avait pris la parole devant les dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient une nouvelle fois réunis dans le centre de la capitale Ouagadougou, non loin du quartier général des armées. « A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir », avait-il affirmé avant d’être acclamé par la foule.

 

Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou 
Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou © Joe Penney, journaliste pour Reuters, via Twitter

L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par un communiqué du désormais ex-président lu par plusieurs médias. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacances du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a écrit celui qui a dirigé le Burkina Faso durant 27 années.

Peu de temps après, le chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il assumerait lui même les fonctions de chef de l'Etat durant la prériode de transition. Dans un communiqué, le général a confirmé qu’il prenait « à compter de ce jour » les responsabilité de chef de l’Etat, « conformément aux dispositions constitutionnelles. Si les manifestants avaient salué l’annonce du départ de Blaise Compaoré, cette prise ce pouvoir par Honoré Traoré, considéré comme proche de l’ancien président, a une nouvelle fois provoqué la colère des manifestants qui, en fin de journée, scandaient déjà « Honoré Traoré démission » ainsi que « Kouamé Lougué au pouvoir ». Ce dernier est une générale à la retraite, ancien ministre de la défense, et apprécié par une grande partie de la population.

Isolé, encerclé par les manifestants, menacé par l’armée, Blaise Compaoré avait annoncé, jeudi dans la soirée, l’abandon de son projet de réforme constitutionnelle visant à lui permettre de briquer un cinquième mandat en 2015 et l’origine de la colère des manifestants.

Depuis mardi, la capitale Ouagadougou était le théâtre de défilés contre un projet de référendum constitutionnel visant à réviser l’article 37, afin de permettre au président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Jeudi 30 octobre, alors que ce projet de référendum devait être examiné par les députés, les manifestants avait pris d’assaut l’Assemblée nationale et la télévision publique et encerclé le palais présidentiel. En fin de journée, l’armée avait prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, décrété l’état d’urgence et annoncé la nomination d'un gouvernement de transition.

Blaise Compaoré étrait finalement réapparu, dans la soirée, sur la chaîne privée Canal 3, pour une courte allocution dans laquelle il a appelé au dialogue, confirmé la nomination d’un gouvernement de transition, et annoncé son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, renonçant ainsi au projet de réforme à l’origine des manifestations.

« Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le « pays des hommes intègres (NDLR. Traduction de « Burkina Faso »), mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement ».

 

 

Mais cette annonce n'avait pas suffit à calmer l'opposition qui exigeait le départ du président comme « préalable non négociable » à toutes discussion. « Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple », avait ainsi déclaré Bénéwendé Sankara, un des responsable de l’opposition.

------------------------

Les analogies sont troublantes. Même s’il n’est jamais bon de comparer des situations et des pays différents, on peut difficilement s’empêcher de penser que ce qui arrive ces jours-ci au Burkina Faso porte une franche ressemblance avec ce qui s’est déroulé ces dernières années en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Mali…

Des États jugés « solides » et « stables », relativement intégrés, ou en voie de l’être, dans ce club fourre-tout qui s’appelle la « communauté internationale » ; des pays dont les dirigeants font figure de vieux sages qui sont reconnus comme tels par leurs homologues, lesquels ont renoncé à leur chercher des noises sur leurs pratiques anti-démocratiques ; des gouvernements dont on dit : « Certes il y a des problèmes, mais ils font des efforts et ils remplissent un rôle régional non négligeable »… et qui s’effondrent. D’un seul coup, ou presque. Sous la poussée de cette donnée que les relations internationales peinent à prendre en compte : les populations.

On pourrait ajouter à cette liste d’autres pays qui se sont récemment délités ou dont le cours a été brutalement réorienté sous la pression populaire : Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Ukraine. Le Burkina Faso, dont il ne faut jamais oublier que le nom signifie « pays des hommes intègres », vient allonger cette liste, mais l’ère Blaise Compaoré vient de s'achever.

 

Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 
Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 © Présidence de la République

On aurait pu croire que les « dirigeants à vie » avait appris de ces dernières années que leurs fauteuils n’étaient pas aussi éternels qu’ils le croyaient. Blaise Compaoré ne l’avait apparemment pas compris, puisque l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans son pays a été précisément sa reconduction au pouvoir, par un biais certes légal, mais parfaitement insupportable aux yeux des Burkinabés : la modification, par l’Assemblée à sa botte, d’un article de la Constitution qui lui aurait permis de prolonger ses 27 années déjà passées à la tête du pays.

Le soutien de la France jusqu'au bout

Arrivé à la présidence du Burkina Faso par un coup d’État en 1987 – contre une icône du panafricanisme et de la fierté africaine, Thomas Sankara, dont la mort n’a jamais été élucidée mais dont tous les Burkinabés rendent Compaoré responsable – Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats et il s’apprêtait à conclure son deuxième quinquennat. Le tout en parfaite légalité, puisqu’à chaque fois il a modifié le fameux article 37 de la Constitution sur la durée et le nombre de mandats. Cette fois-ci, il s’apprêtait de nouveau à changer cette provision constitutionnelle, en s’octroyant le droit d’effectuer deux autres quinquennats ! Mais cela n’est pas passé…

Cela faisait pourtant des mois, voire des années, que Compaoré savait que ce tour de passe-passe risquait de s’avérer difficile. En février 2011, en pleine concomitance avec les « printemps arabes », des émeutes avaient déjà parcouru le pays. Le mouvement, issu de manifestations contre la hausse des prix, s’était renforcé après la mort d’un jeune homme sous les coups de la police, et avait fini par reprendre, à l’encontre de son président, le mot d’ordre alors scandé plus au nord : « Dégage ! » À coups de répression et d’un changement de gouvernement, Blaise Compaoré avait fini par regagner la main. Mais tout le monde – Burkinabés et observateurs étrangers – savait que l’échéance de la présidence de 2015 serait délicate à négocier. Cela faisait des mois que l’opposition s’organisait et que de nombreuses voix populaires s’élevaient pour demander au président de s’écarter et de laisser la place à un successeur.

Malgré cela, Compaoré a choisi d’ignorer ces alertes et de tenter de passer en force. Au lieu de regarder ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il a préféré se tourner du côté de l’Algérie, de l’Angola, du Tchad, de Djibouti, de l’Ouganda, du Cameroun, du Togo, du Gabon, de la Guinée équatoriale… Des pays qui, ces dernières années, ont tous procédé à une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat de leurs chefs d’État, au pouvoir depuis plusieurs décennies… Cette situation rappelle le fait que la fondation Mo Ibrahim, qui attribue chaque année depuis 2007 un prix (de 5 millions de dollars plus 200 000 dollars annuels à vie) à un dirigeant africain récompensé pour sa bonne gouvernance et sa transmission pacifique du pouvoir (!), n’a été en mesure de le décerner qu’une fois depuis 2009 (en faveur du président du Cap-Vert d'alors, Pedro Pires) !

Blaise Compaoré s’est sans doute aussi senti encouragé dans son obstination par le nouveau statut qu’il avait acquis ces derniers temps à la faveur de ses années au pouvoir, mais aussi d’un contexte régional très volatil. À 63 ans – bien moins que certains de ses homologues africains –, il avait su faire oublier son arrivée troublée pour devenir un médiateur recherché et un point d’appui pour les Occidentaux engagés dans une lutte contre le terrorisme sahélien.

Ces dernières années, c’est lui qui a été chargé de négocier la crise malienne, ce dont il s’est assez mal acquitté selon des diplomates européens, puisque c’est désormais l’Algérie qui a repris les rênes des pourparlers entre le gouvernement de Bamako, les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes. Le Burkina Faso est également devenu la principale base d’opérations des forces spéciales françaises et américaines au Sahel.

Récemment interrogés par Mediapart sur la question du maintien de Compaoré à la tête de son pays, plusieurs diplomates français ont eu la même réaction : ils ont haussé les épaules. Manière de dire « cela ne nous regarde pas », mais aussi « ça nous arrange bien ». Et, dans un récent article de Jeune Afrique consacré au président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, qui envisage lui aussi de modifier la Constitution pour rester au pouvoir, on pouvait lire : « "Le président Hollande n'évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l'abordent en premier", confie-t-on à l'Élysée. » Les pays occidentaux, la France en premier lieu, se retrouvent pris en tenaille entre leur désir de stabilité et d’avoir affaire « au Diable qu’ils connaissent plutôt qu’à celui qu’ils ne connaissent pas », et les accusations d’ingérence dont ils seraient inévitablement victimes s’ils s’exprimaient trop ouvertement en faveur d’un changement de dirigeant.

Le caractère massif des manifestations à Ouagadougou et dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso, a réglé le sort de Compaoré. Il reste désormais à savoir ce que fera l'armée. La réapparition du général en retraite Kouamé Lougué, ancien compagnon d’armes de Thomas Sankara, qui s’est propulsé à la tête des manifestants, ressemble étonnamment à un début de transition appuyée par les militaires.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 23:12

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Burkina Faso: la chute de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Au pouvoir depuis 1987, le président burkinabé avait déclenché la colère de l'opposition en proposant un projet de référendum lui permettant de briguer un 5e mandat. Après des jours de manifestations, lâché par l'armée, Blaise Compaoré a accepté de quitter le pouvoir, vendredi 31 octobre, au profit du chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré.

Après plusieurs jours de manifestations et d’affrontements, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été poussé à la démission, vendredi 31 octobre, par l'armée qui a pris le pouvoir.

Quelques minutes auparavant, le colonel Boureima Farta, représentant de l’armée, avait pris la parole devant les dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient une nouvelle fois réunis dans le centre de la capitale Ouagadougou, non loin du quartier général des armées. « A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir », avait-il affirmé avant d’être acclamé par la foule.

 

Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou 
Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou © Joe Penney, journaliste pour Reuters, via Twitter

L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par un communiqué du désormais ex-président lu par plusieurs médias. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacances du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a écrit celui qui a dirigé le Burkina Faso durant 27 années.

Peu de temps après, le chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il assumerait lui même les fonctions de chef de l'Etat durant la prériode de transition. Dans un communiqué, le général a confirmé qu’il prenait « à compter de ce jour » les responsabilité de chef de l’Etat, « conformément aux dispositions constitutionnelles. Si les manifestants avaient salué l’annonce du départ de Blaise Compaoré, cette prise ce pouvoir par Honoré Traoré, considéré comme proche de l’ancien président, a une nouvelle fois provoqué la colère des manifestants qui, en fin de journée, scandaient déjà « Honoré Traoré démission » ainsi que « Kouamé Lougué au pouvoir ». Ce dernier est une générale à la retraite, ancien ministre de la défense, et apprécié par une grande partie de la population.

Isolé, encerclé par les manifestants, menacé par l’armée, Blaise Compaoré avait annoncé, jeudi dans la soirée, l’abandon de son projet de réforme constitutionnelle visant à lui permettre de briquer un cinquième mandat en 2015 et l’origine de la colère des manifestants.

Depuis mardi, la capitale Ouagadougou était le théâtre de défilés contre un projet de référendum constitutionnel visant à réviser l’article 37, afin de permettre au président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Jeudi 30 octobre, alors que ce projet de référendum devait être examiné par les députés, les manifestants avait pris d’assaut l’Assemblée nationale et la télévision publique et encerclé le palais présidentiel. En fin de journée, l’armée avait prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, décrété l’état d’urgence et annoncé la nomination d'un gouvernement de transition.

Blaise Compaoré étrait finalement réapparu, dans la soirée, sur la chaîne privée Canal 3, pour une courte allocution dans laquelle il a appelé au dialogue, confirmé la nomination d’un gouvernement de transition, et annoncé son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, renonçant ainsi au projet de réforme à l’origine des manifestations.

« Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le « pays des hommes intègres (NDLR. Traduction de « Burkina Faso »), mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement ».

Mais cette annonce n'avait pas suffit à calmer l'opposition qui exigeait le départ du président comme « préalable non négociable » à toutes discussion. « Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple », avait ainsi déclaré Bénéwendé Sankara, un des responsable de l’opposition.

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Les analogies sont troublantes. Même s’il n’est jamais bon de comparer des situations et des pays différents, on peut difficilement s’empêcher de penser que ce qui arrive ces jours-ci au Burkina Faso porte une franche ressemblance avec ce qui s’est déroulé ces dernières années en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Mali…

Des États jugés « solides » et « stables », relativement intégrés, ou en voie de l’être, dans ce club fourre-tout qui s’appelle la « communauté internationale » ; des pays dont les dirigeants font figure de vieux sages qui sont reconnus comme tels par leurs homologues, lesquels ont renoncé à leur chercher des noises sur leurs pratiques anti-démocratiques ; des gouvernements dont on dit : « Certes il y a des problèmes, mais ils font des efforts et ils remplissent un rôle régional non négligeable »… et qui s’effondrent. D’un seul coup, ou presque. Sous la poussée de cette donnée que les relations internationales peinent à prendre en compte : les populations.

On pourrait ajouter à cette liste d’autres pays qui se sont récemment délités ou dont le cours a été brutalement réorienté sous la pression populaire : Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Ukraine. Le Burkina Faso, dont il ne faut jamais oublier que le nom signifie « pays des hommes intègres », vient allonger cette liste, mais l’ère Blaise Compaoré vient de s'achever.

 

Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 
Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 © Présidence de la République

On aurait pu croire que les « dirigeants à vie » avait appris de ces dernières années que leurs fauteuils n’étaient pas aussi éternels qu’ils le croyaient. Blaise Compaoré ne l’avait apparemment pas compris, puisque l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans son pays a été précisément sa reconduction au pouvoir, par un biais certes légal, mais parfaitement insupportable aux yeux des Burkinabés : la modification, par l’Assemblée à sa botte, d’un article de la Constitution qui lui aurait permis de prolonger ses 27 années déjà passées à la tête du pays.

Le soutien de la France jusqu'au bout

Arrivé à la présidence du Burkina Faso par un coup d’État en 1987 – contre une icône du panafricanisme et de la fierté africaine, Thomas Sankara, dont la mort n’a jamais été élucidée mais dont tous les Burkinabés rendent Compaoré responsable – Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats et il s’apprêtait à conclure son deuxième quinquennat. Le tout en parfaite légalité, puisqu’à chaque fois il a modifié le fameux article 37 de la Constitution sur la durée et le nombre de mandats. Cette fois-ci, il s’apprêtait de nouveau à changer cette provision constitutionnelle, en s’octroyant le droit d’effectuer deux autres quinquennats ! Mais cela n’est pas passé…

Cela faisait pourtant des mois, voire des années, que Compaoré savait que ce tour de passe-passe risquait de s’avérer difficile. En février 2011, en pleine concomitance avec les « printemps arabes », des émeutes avaient déjà parcouru le pays. Le mouvement, issu de manifestations contre la hausse des prix, s’était renforcé après la mort d’un jeune homme sous les coups de la police, et avait fini par reprendre, à l’encontre de son président, le mot d’ordre alors scandé plus au nord : « Dégage ! » À coups de répression et d’un changement de gouvernement, Blaise Compaoré avait fini par regagner la main. Mais tout le monde – Burkinabés et observateurs étrangers – savait que l’échéance de la présidence de 2015 serait délicate à négocier. Cela faisait des mois que l’opposition s’organisait et que de nombreuses voix populaires s’élevaient pour demander au président de s’écarter et de laisser la place à un successeur.

Malgré cela, Compaoré a choisi d’ignorer ces alertes et de tenter de passer en force. Au lieu de regarder ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il a préféré se tourner du côté de l’Algérie, de l’Angola, du Tchad, de Djibouti, de l’Ouganda, du Cameroun, du Togo, du Gabon, de la Guinée équatoriale… Des pays qui, ces dernières années, ont tous procédé à une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat de leurs chefs d’État, au pouvoir depuis plusieurs décennies… Cette situation rappelle le fait que la fondation Mo Ibrahim, qui attribue chaque année depuis 2007 un prix (de 5 millions de dollars plus 200 000 dollars annuels à vie) à un dirigeant africain récompensé pour sa bonne gouvernance et sa transmission pacifique du pouvoir (!), n’a été en mesure de le décerner qu’une fois depuis 2009 (en faveur du président du Cap-Vert d'alors, Pedro Pires) !

Blaise Compaoré s’est sans doute aussi senti encouragé dans son obstination par le nouveau statut qu’il avait acquis ces derniers temps à la faveur de ses années au pouvoir, mais aussi d’un contexte régional très volatil. À 63 ans – bien moins que certains de ses homologues africains –, il avait su faire oublier son arrivée troublée pour devenir un médiateur recherché et un point d’appui pour les Occidentaux engagés dans une lutte contre le terrorisme sahélien.

Ces dernières années, c’est lui qui a été chargé de négocier la crise malienne, ce dont il s’est assez mal acquitté selon des diplomates européens, puisque c’est désormais l’Algérie qui a repris les rênes des pourparlers entre le gouvernement de Bamako, les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes. Le Burkina Faso est également devenu la principale base d’opérations des forces spéciales françaises et américaines au Sahel.

Récemment interrogés par Mediapart sur la question du maintien de Compaoré à la tête de son pays, plusieurs diplomates français ont eu la même réaction : ils ont haussé les épaules. Manière de dire « cela ne nous regarde pas », mais aussi « ça nous arrange bien ». Et, dans un récent article de Jeune Afrique consacré au président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, qui envisage lui aussi de modifier la Constitution pour rester au pouvoir, on pouvait lire : « "Le président Hollande n'évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l'abordent en premier", confie-t-on à l'Élysée. » Les pays occidentaux, la France en premier lieu, se retrouvent pris en tenaille entre leur désir de stabilité et d’avoir affaire « au Diable qu’ils connaissent plutôt qu’à celui qu’ils ne connaissent pas », et les accusations d’ingérence dont ils seraient inévitablement victimes s’ils s’exprimaient trop ouvertement en faveur d’un changement de dirigeant.

Le caractère massif des manifestations à Ouagadougou et dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso, a réglé le sort de Compaoré. Il reste désormais à savoir ce que fera l'armée. La réapparition du général en retraite Kouamé Lougué, ancien compagnon d’armes de Thomas Sankara, qui s’est propulsé à la tête des manifestants, ressemble étonnamment à un début de transition appuyée par les militaires.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 18:53

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Burkina Faso : la journée où la rue a fait reculer Compaoré

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 30.10.2014 à 11h06 • Mis à jour le 31.10.2014 à 08h50

 

Alors que les manifestants hostiles au pouvoir faisaient le siège du palais présidentiel depuis la matinée à Ouagadougou, l'armée a annoncé, dans la soirée de jeudi 30 octobre, la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale. Le chef de l'armée, Honoré Traoré, a précisé lors d'une conférence de presse qu'un gouvernement de transition serait mis en place pour une durée de douze mois – d'ici à l'élection présidentielle – sans toutefois préciser qui en prendrait la tête.

L'armée a également déclaré un couvre-feu sur l'ensemble du territoire, alors qu'au moins trois personnes ont été tuées jeudi dans des affrontements avec la police, selon l'agence Reuters. Le couvre-feu sera imposé « de 19 heures à 6 heures » pour « préserver la sécurité des personnes et des biens », a précisé M. Traoré. Dans une allocution télévisée, le président Blaise Compaoré a annoncé la levée de ce dernier., mais a refusé de quitter la présidence.

Quelques heures plus tôt, plusieurs radios locales avaient reçu un texte présenté comme un communiqué de la présidence. Le chef de l'Etat, Blaise Compaoré y appelait « les dirigeants de l'opposition politique à mettre fin aux manifestations », promettant d'« ouvrir le dialogue avec tous les acteurs pour mettre fin à la crise ». Mais selon l'Agence France-Presse, qui s'était procurée le document, le communiqué était sans en-tête officiel, dépourvu de date et portait une signature de Blaise Compaoré différente de son paraphe habituel.

La situation dans le pays a dégénéré alors que les députés devaient examiner dans la journée un projet de révision constitutionnelle permettant à Blaise Compaoré de briguer un cinquième mandat. Un projet largement contesté par les manifestants, qui défilaient depuis plusieurs jours dans la capitale pour marquer leur opposition à ce qu'ils considèrent comme un « coup d'Etat constitutionnel ». Les manifestants ont été rejoints jeudi par des militaires, qui ont quitté leur caserne. Face à l'ampleur de la mobilisation, l'examen du texte de révision a été suspendu.

 

KOUAMÉ LOUGUÉ, FIGURE POTENTIELLE DE LA TRANSITION

 

 

 

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    La capitale du pays, Ouagadougou, a sombré dans le chaos, jeudi 30 octobre. Ici, une image prise près de l'Assemblée nationale.

    Crédits : SOPHIE GARCIA POUR "LE MONDE"
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    Dans la matinée, près de 1 500 manifestants sont parvenus à franchir les cordons de sécurité installés à l'entrée de l'Assemblée nationale par les forces de l'ordre, avant de pénétrer dans le bâtiment.

    Crédits : AFP/ISSOUF SANOGO
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    Avenue des Nations-Unies à Ouagadougou.

    Crédits : SOPHIE GARCIA POUR "LE MONDE"
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Tout l'après-midi, des négociations rassemblant les autorités et des représentants de l'opposition se sont tenues dans le palais présidentiel. Au fil des heures, le général en retraite Kouamé Lougué a émergé comme une figure potentielle de la transition. Le nom de cet ancien ministre de la défense, limogé en 2003, a été scandé par les manifestants à plusieurs reprises dans l'après-midi, et l'homme a rencontré l'état-major des armées dans l'après-midi.

Malgré la tenue de ces négociations, des scènes de violences ont été observées toute la journée dans la capitale, Ouagadougou. Des protestataires ont incendié l'Assemblée nationale et pris d'assaut la télévision publique, laquelle a cessé d'émettre.

La foule s'est aussi dirigée vers d'autres secteurs du quartier présidentiel. C'est là que des gardes de la maison du frère du président, François Compaoré, ont ouvert le feu sur la foule, faisant plusieurs victimes, selon l'agence de presse Reuters. Des maisons de proches du gouvernement et des symboles du pouvoir ont également été ciblés par la foule. Des violences ont aussi eu lieu en province, notamment dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso.

 

« COUP D'ÉTAT CONSTITUTIONNEL »

Blaise Compaoré dirige ce pays pauvre du Sahel depuis 1987 et l'assassinat du capitaine Thomas Sankara, avec qui il avait pris le pouvoir quelques années auparavant. Il a déjà fait modifier par deux fois la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Depuis des mois, son gouvernement laissait croire qu'une nouvelle révision ferait l'objet d'un référendum. Depuis l'annonce d'un passage par la voie parlementaire, il y a une semaine, la mobilisation populaire ne faiblit pas. Mardi, des centaines de milliers de personnes – un million, selon l'opposition – étaient descendues dans la rue à Ouagadougou . Le gouvernement avait, jusqu'ici, autorisé les manifestations et s'était abstenu de les réprimer.  

Lire le portrait : Blaise Compaoré, président burkinabé contesté après vingt-sept ans de règne

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 20:00

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

Argentine : Succès de l’Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette

25 octobre par Maria Elena Saludas

 

 


C’est dans l’après-midi du 14 octobre 2014 et devant plus de 70 représentants d’un large éventail d’organisations sociales, syndicales, politiques, religieuses, environnementales, de défense des droits humains… que s’est déroulée avec succès l’audience publique sur la suspension du paiement et l’audit de la dette. Cette activité s’est tenue à la Chambre des députés de la nation (le parlement argentin) suite à l’invitation lancée par des membres de l’ « Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette en défense du patrimoine national et des biens communs » et des parlementaires de divers partis qui ont débattu pendant plus de trois heures sur la problématique de la dette publique en Argentine, revenue au devant de la scène suite à la résolution du juge Griesa en faveur des « fonds vautours » |1|.

Parmi les invités spéciaux, en plus d’Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international, le Prix Nobel de la Paix, Adolfo Pérez Esquivel, a souligné la nécessité de passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative avant d’expliquer qu’un audit intégral citoyen nous mettrait sur cette voie. Il a aussi posé la question du coût humain du paiement de la dette. La parole a ensuite été donnée à Nora de Cortiñas, Mère de la Plaza de Mayo – ligne fondatrice et membre de Jubilé Sud Amériques, qui a déclaré avec émotion que « les 30 000 disparus méritent que la lumière soit faite sur l’infamie de la dette ».

Le député du parti Unidad Popular (UP, Unité populaire) en charge de la présentation et de la modération de l’audience, Víctor De Gennaro, a remarqué que « beaucoup de gamins ont perdu la vie » et qu’il est nécessaire de prendre connaissance des faits, d’enquêter avant de continuer à rembourser une dette majoritairement illégitime et illégale. Aussi présents, les parlementaires du FIT (Front de Gauche et des Travailleurs) Néstor Pitrola et Pablo López ainsi que les députés de Buenos Aires, Pablo Bergel et Gustavo Vera, ont contribué au débat au travers de réflexions intéressantes.

Julio Gambina, directeur de institut de formation de la CTA et membre d’ATTAC-CADTM Argentine) avait pour mission de lire la Déclaration de l’Assemblée, « Patrie ou dette : le seul créancier est le peuple ! » (voir texte complet en espagnol) réclamant le lancement immédiat des activités de la Commission bicamérale permanente d’enquête sur l’origine et le suivi de la gestion du paiement de la dette extérieure de la nation instituée par la loi 26.984. Cette loi, adoptée le 10 septembre 2014, n’a toujours pas été mise en œuvre complètement. La déclaration lue par Julio Gambina critique par ailleurs la flagrante contradiction contenue dans les premiers articles de la loi hypocritement dite « de paiement souverain » car elle commence par déclarer comme d’« intérêt public » le paiement de la dette. Or une grande partie de cette dette a été condamnée par la justice argentine |2|.

Par ailleurs, la loi établit de nouvelles modalités pour le paiement de la dette. Enfin, elle prévoit la création d’une commission parlementaire visant à auditer les éventuelles irrégularités ayant marqué la dette argentine pendant la période 1976-2014.

Ces critiques étant faites, la décision de créer une Commission d’enquête parlementaire est considérée comme une reconnaissance dans le chef du pouvoir politique de l’impossibilité de continuer à nier et dissimuler le caractère illégitime et illégal de la dette. On ne peut continuer à berner constamment la population sur des questions évidentes et centrales pour la défense de la patrie, la récupération de notre souveraineté et le respect des droits des êtres humains et de la nature.

L’Assemblée réclame donc la création en bonne et due forme de la Commission qui devrait prendre pour point de départ la sentence Olmos (voir note 2), ainsi que les preuves accumulées lors des nombreuses enquêtes judiciaires argentines postérieures.

L’Assemblée réclame également la participation sociale et citoyenne nécessaire à l’enquête de la Commission et à l’élaboration de ses conclusions. Pour garantir sa légitimité et la force de ses résultats, la Commission devra chercher, recevoir et écouter les témoignages et contributions des divers secteurs de la population et des différentes régions du pays dont les droits ont été violés des suites du système d’endettement.

L’Assemblée s’engage à contribuer au travail de la Commission d’enquête parlementaire en partageant les résultats d’années de recherche, d’analyse, de dénonciation et de mobilisation découlant toujours des coûts énormes que l’endettement public continue de générer pour le peuple argentin, son patrimoine et ses biens naturels. Elle suivra l’action de la Commission, se réservant le droit d’adopter les stratégies pertinentes afin que cette opportunité historique ne soit ni manquée, ni manipulée. Elle s’engage à débattre largement des causes, conséquences et alternatives à ce véritable système de domination et de pillage à perpétuité, à se mobiliser en vue de ne pas payer les sommes indues, de sanctionner les responsables des crimes et violations commis au travers du système d’endettement et de pouvoir récupérer et compenser les sommes payées indûment.

Une fois cette déclaration partagée avec les tou-te-s les participant-e-s, Éric Toussaint (porte-parole du CADTM international), qui était le principal conférencier, a pris la parole sur la crise de la dette affectant la majorité des pays d’Europe et du monde. Il a déclaré qu’en Argentine, le thème de l’endettement revient aujourd’hui sur le devant de la scène suite au conflit avec les « fonds vautours ». D’après lui, cette crise de la dette au niveau mondial nous permet d’essayer d’organiser ensemble des actions de soutien aux mouvements sociaux qui luttent contre le fléau de la dette tant au Nord qu’au Sud. « Les actes souverains unilatéraux d’un gouvernement sous la pression (ou avec le soutien) populaire » constituent un axe fondamental. Dans le monde réel actuel, seul un tel acte souverain de l’État peut mener à une solution. Il a cité divers exemples parmi lesquels le cas de l’Équateur où le président Correa a créé en 2007 la Commission d’audit de la dette publique (CAIC) qui a identifié les parts illégales et illégitimes de la dette, parvenant à racheter 91% des titres avec une réduction de 70% |3|. Cet acte unilatéral à permis d’augmenter les dépenses publiques consacrées à la santé, à l’enseignement, au logement, c.-à-d. à la dette sociale vis-à-vis du peuple. Le cas de l’Islande, lors de l’effondrement du système bancaire privatisé, en 2008, a aussi été évoqué |4|. Sous la pression de la rue et après 2 référendums, le gouvernement avait refusé de payer au Royaume-Uni et aux Pays-Bas la dette injuste réclamée, prouvant qu’il est possible de désobéir aux créanciers. Éric Toussaint a, pour finir, manifesté son grand enthousiasme d’être entouré des forces sociales ainsi réunies et les a encouragées à exercer la pression nécessaire pour que le gouvernement cesse de payer religieusement les créanciers et restaure la souveraineté et la dignité nationales. Il a aussi insisté pour que ne soit plus jamais déléguée à l’étranger la juridiction liée à la résolution des conflits en revenant à la Doctrine Calvo |5|.

Pas moins de 25 interventions sont venues enrichir cette audience avec des arguments importants d’Espeche Gil (juriste et ancien diplomate) à Ricardo Peidro (de la CTA), de Beverly Keene (Dialogue 2000 / Jubilé Sud) à Moira Millán (Pueblos Originarios). La majorité des participants a exprimé la nécessité de suspendre immédiatement le paiement de la dette et d’auditer cette dernière, la dette étant une excroissance du capitalisme actuel, impayable (pas seulement en Argentine) et à l’origine de cette crise capitaliste.

Le thème de l’unité au sein du camp populaire a aussi été abordé, tout comme la nécessité de lier à la problématique de la dette les dénonciations concernant la loi sur les semences et la loi sur les hydrocarbures, passant bientôt devant les deux chambres. Cela revient à remettre en cause le modèle de développement actuel et le modèle d’insertion globale des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe comme producteurs de matières premières dans le cadre de l’approfondissement de l’ « extractivisme ».

Cette rencontre s’est terminée sur l’engagement de tou-te-s les participant-e-s d’élargir l’espace de l’Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette en défense du patrimoine national et des biens communs, de fédérer leurs luttes, de travailler sur la sensibilisation de la population pour parvenir, à partir de la mobilisation, à des décisions similaires à celles prises par le gouvernement équatorien (2007), qui en conséquence d’un audit intégral et participatif a pu prendre une « décision souveraine unilatérale » lui permettant de rejeter des portions importantes de dette illégale et illégitime et de canaliser ensuite ces ressources pour le bien-être de la population.

Traduction de l’espagnol par Sarah Weber.

Notes

|1| Voir à ce propos : Éric Toussaint, « Comment lutter contre les fonds vautours et l’impérialisme financier ? », publié le 22 septembre 2014.

|2| Voir le jugement dit « Sentencia Olmos » du nom du journaliste argentin qui a porté plainte contre l’accroissement considérable de la dette pendant la période de la dernière dictature militaire (1976-1983). Ce jugement du 13 juillet 2000 démontre clairement le caractère illégal de la dette argentine.

|3| Voir Éric Toussaint, "An III de la révolution citoyenne en Équateur", publié le 22 octobre 2009. Voir également : Éric Toussaint, "Les leçons de l’Équateur pour l’annulation de la dette illégitime", publié le 29 mai 2013. Voir aussi la version vidéo.

|4| Voir Éric Toussaint, « Argentine, Équateur et Islande : des solutions à la crise de la dette pour l’Union européenne ? », Vidéo : http://w41k.com/80011

|5| La Doctrine Calvo, du nom de son auteur Carlos Calvo (1824-1906), est une doctrine du droit international qui stipule que les personnes vivant dans un pays étranger doivent faire leurs demandes, plaintes et griefs dans le cadre de la compétence des tribunaux locaux, sans recourir à la pression diplomatique ou à l’intervention militaire. Toutes les voies juridiques locales doivent être épuisées avant d’envisager de saisir les voies diplomatiques internationales. Cette doctrine a été transposée dans plusieurs constitutions de pays de l’Amérique latine. Voir à ce propos : Éric Toussaint, « Comment lutter contre les fonds vautours et l’impérialisme financier ? », publié le 22 septembre 2014.

 

 

 

Source : cadtm.org

 

 

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