Ailleurs dans le monde

Lundi 17 novembre 2014 1 17 /11 /Nov /2014 19:26

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre

 

 

Le Burkina adopte la transition « apaisée » et « inclusive »

Encore une fois comment ne pas saluer l’étonnante capacité de ce pays, de ce peuple du Burkina Faso, à puiser en lui, dans son histoire, dans sa culture, et à déjouer les obstacles qui pouvaient sembler les plus insurmontables ?

La mise en place de la transition, une performance inégalée

En à peine plus de deux semaines, ce peuple s’est débarrassé de son dictateur en place depuis plus de 27 ans, a demandé aux militaires d’ « assumer leur responsabilité », a retrouvé son calme, la population de Ouagadougou se mettant dès le lendemain à nettoyer ses rues des séquelles des violences, s’est doté d’une charte de transition consensuelle (voir à http://www.blaisecompaore2015.info/La-charte-de-la-transition-adoptee) , a nommé une personnalité civile comme président de la transition et a rétabli sa constitution. Quel pays pourrait-il se vanter d’une telle performance ?

Ce que l’on appelle les « forces vives » de la nation ont toutes participé aux discussions. Les autorités religieuses, la chefferie traditionnelle, les partis politiques, y compris même ceux de l’ancienne majorité, les organisations de la société civile.  Si la représentativité des autres composantes n’est guère contestée, il a fallu attendre la fin des discussions pour que la liste de ses représentants ayant participé aux discussions soient publiées. Ce qui n’a pas été sans de nombreuses contestations. Car parmi de nombreuses associations représentatives ou personnalités reconnues pour leur compétence et leur engagement contre le régime précédent, on trouve aussi des ONG de quelques individus, « opportunistes » qui ont réussi à intégrer dès le départ les discussions. D’autres sont accusées d’être à la solde de partis politiques. Gageons que petit à petit les choses vont s’éclaircir.

Si la participation de l’ancienne majorité a été fortement contestée, elle a finalement été acceptée, mais sa représentation reste très limitée. Il faut ajouter que cette décision est accompagnée de restriction. Les représentants de l’ex majorité ne doivent pas avoir participé aux multiples provocations qui ont précédé l’insurrection populaire.

Le pays va se doter d’un conseil national de la transition, de 30 représentants des partis politiques de l’opposition, 25 représentants des organisations de la société civile, 25 représentants des forces de défense et de sécurité, et 10 représentants des autres partis. Les institutions de la transition, vont petit à petit se mettre en place, et se mettre au travail. Car l’objectif essentiel c’est de préparer les élections qui devront se tenir en novembre 2015.

Le président choisi, M. Michel Kafando, sans doute après de longues discussions, résulte d’un consensus. Il faisait partie des deux personnalités proposées par l’armée.  Il résulte d’un arbitrage probablement difficile. La société civile avait choisi deux journalistes, Cheriff Sy et Ahmed Newton Barry, connus pour leur engagement contre le pouvoir, et un archevêque. L’armée, en plus de Kafando, avait aussi proposé Joséphine Ouedraogo, une sociologue, ancienne ministre de Thomas Sankara, ancienne dirigeante d’ONG. Michel Kafando est plus représentatif de la génération qui a été balayée par la révolution de 1983 à 1987, même s'il n'a exercé pour l'essentiel que des postes techniques ou diplomatiques. Ce qui ne correspond probablement pas à l’attente de la jeunesse. Mais il ne s’est guère affiché aux côtés du régime de Blaise Compaoré, sauf comme diplomate aux Etats-Unis de 1998 à 2011, comme ambassadeur auprès des Nations Unies. Et surtout c’est un diplomate aguerri, c’est sans doute ce qui a présidé à ce choix, en plus de son apparente neutralité.

Et maintenant ?

Mais en réalité c’est maintenant que l’essentiel va se jouer. Durant ces deux dernières semaines, le peuple est resté observateur, sans trop être informé de l’avancement des discussions. La charte de la transition ne s’est intéressée qu’à son fonctionnement interne. Aucune ligne ne contient quelques éléments d’orientation de cette transition, par exemple les premières mesures sociales à prendre, pour lutte contre la pauvreté, créer des emplois, poursuivre les anciens dignitaires du régime en justice et récupérer ce qu’ils ont volé au peuple burkinabè. Certes le départ de Blaise Compaoré est une grande victoire, mais toute cette population, composée de jeunes pour l’essentiel, souhaite avant que tout que son sort s’améliore, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi, des infrastructures publiques en particulier la fourniture d’électricité très aléatoire.

Sans dirigeants politiques élus et représentatifs, il va être difficile de lancer une politique globale, mettre en place un modèle de développement tourné vers les besoins essentiels à satisfaire, qui correspondent à la volonté populaire. Sera-t-il possible de prendre des mesures fortes sans attendre ? Si rien ne va dans ce sens, le risque de voir le mécontentement renaitre rapidement n’est pas exclu.

La justice par exemple ne doit pas attendre. Ce serait le premier signe qu’il n’y aura pas de restauration, alors que l’on a accusé le lieutenant colonel Zida de manœuvrer pour ménager les personnalités de l’ancien régime. Que les juges se saisissent de tous les dossiers en suspens, qu’ils reprennent les poursuites de personnalités pour corruption, qu’ils acceptent de se pencher sur les nombreux assassinats non élucidés : celui de Thomas Sankara et de ses collaborateurs, celui du journaliste Norbert Zongo et celui du jeune étudiant Dabo Boukary qui sont devenus des symboles de la lutte pour la justice et contre l'impunité.

Et l’on reverra certainement le balai citoyen.

Cette association, si elle a été une des plus actives dans la conscientisation de la jeunesse, et pour la mobilisation lors de la l’insurrection, a évité de jeter de l’huile sur le feu lors des négociations de ces deux dernières semaines. Elle a été critiquée pour avoir demandé à l’armée de prendre ses responsabilités, et d’avoir « vendu la révolution ». Des critiques qui n’apparaissent guère fondées aujourd’hui, avec le recul, probablement en provenance d’ « opportunistes » cherchant à profiter de la situation pour trouver une notoriété qu’ils contestent au balai citoyen. Mais parmi les organisations de la « société civile », combien peuvent-elles se vanter d’avoir des antennes dans les quartiers ? Cette jeune association continue en effet de mettre en place des clubs décentralisés. Elle va continuer son rôle de veille citoyenne et de mobilisation si nécessaire. Peu d’associations peuvent se vanter d’une telle implantation, si ce n’est d’autres plus anciennes comme la CCVC (Coalition contre la vie chère), où le PCRV, le parti communiste révolutionnaire voltäique, qui a été quelque peu dépassé les journées des 30 et 31 octobre, qui rassemble plutôt les syndicats.

Les partis politiques, qui ont remarquablement conservé leur unité, tout au long des mobilisations depuis 2013, malgré les multiples manœuvres de Blaise Compaoré,  vont de nouveau se trouver en concurrence et vont lancer toutes leurs forces dans la préparation des élections. Et la compétition va être rude. La plupart des leaders de l’opposition ont collaboré avec Blaise Compaoré, et l‘ont quitté il y a plus ou moins longtemps, parfois très récemment. Reste à gauche, l’UNIR PS (Union pour la renaissance, parti sankariste) qui a clairement appelé à l’insurrection le 30 octobre et le PDS Metba qui vient malheureusement de perdre son très populaire leader M. Arba Diallo. Les sankaristes ont par ailleurs entamé un processus d’unification. S’ils arrivaient à le mener à bien, ils s’assureraient une nouvelle popularité. Car cette insurrection est aussi un peu la « résurrection de Thomas Sankara », comme l’a dit récemment un de ses frères. Ils ont, par ailleurs, acquis une riche expérience politique depuis leur création et on leur reprochait surtout de ne pas être capables de surmonter des querelles de personnes.

La jeunesse reste méfiante des partis politiques. Une méfiance alimentée, à tort ou à raison, par le balai citoyen et d’autres organisations de la société civile. Seule, un peu plus de la moitié de la population en âge de voter était inscrite sur les listes électorales lors des dernières élections de 2012. Et, parmi les inscrits, à peine un peu plus de la moitié sont allés votés. C’est dire que tout est ouvert et rien n’est joué. Et il est bien possible que de nouveaux partis voient le jour. Mais pour que les élections soient transparentes, encore faudrait-il les débarrasser de l’influence des chefs traditionnels dans les campagnes et surtout de l’achat des votes par quelques billets. On ne peut que souhaiter que cette insurrection signe aussi un réveil de la conscience citoyenne, y compris dans les urnes, auquel cas les élections pourraient engager vraiment le pays vers une modèle de développement à même de satisfaire les aspirations du peuple burkinabè.

 Bruno Jaffré

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre

 

 


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Vendredi 14 novembre 2014 5 14 /11 /Nov /2014 18:28

 

Source : www.marianne.net

 

 

Mexique : regardons ce que révèlent les 43 disparus

Vendredi 14 Novembre 2014 à 05:00

 

Accattoli, Rudy Hiller, Goldin Marcovich et García de Teresa

 

Fin septembre, au Mexique, 43 étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa disparaissaient. Une affaire purement locale ? Certainement pas, répliquent quatre "normaliens" de France, dont trois d'entre eux sont mexicains. "Ce que ce massacre a encore une fois révélé, écrivent-ils, c'est que la question de l'Etat de droit reste posée". Et de regretter l'attitude des plus hautes autorités du pays, notamment le président Peña Nieto qui "semble se dérober à ses responsabilités".

 

Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Vendredi dernier, le procureur général de la justice du Mexique, Jesús Murillo Karam, a tenu une conférence de presse. Les 43 étudiants disparus le 26 septembre à Iguala, dans l’Etat de Guerrero, auraient été brûlés dans un bûcher alimenté pendant environ 15 heures dans une décharge municipale. Les corps, réduits en cendres, auraient été transportés dans des sacs plastique et jetés dans la rivière. Le maire d’Iguala, José Luis Abarca, et sa femme dont les liens avec l’organisation criminelle Guerreros unidos sont avérés, sont fortement soupçonnés d'être les instigateurs du massacre. Ceux qu’on surnomme le « couple impérial » auraient voulu empêcher les étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa, considérés comme étant des fauteurs de troubles, de nuire à un événement du DIF, l'institution chargée de la protection de l'enfance et la famille, à la tête de laquelle la femme d’Abarca comptait succéder à son mari. Selon l’enquête, la police municipale a tiré à plusieurs reprises sur les bus dans lesquels se déplaçaient les étudiants avant de les remettre, pour 43 d’entre eux, entre les mains des Guerreros unidos. Ces derniers se seraient chargés d’exécuter les étudiants et de se débarrasser de leurs corps.
 
Tous les éléments d'un feuilleton d'horreur sont présents : un maire corrompu marié à une femme liée aux cartels, une police municipale complice du crime organisé, des étudiants brûlés jusqu'aux cendres et jetés dans des sacs poubelle. En faisant connaître cette version des faits, le gouvernement fédéral veut faire porter l’entière responsabilité des faits au crime organisé et aux politiciens locaux corrompus. Pourtant, pour les Mexicains qui protestent dans les rues, des questions demeurent.
 
Si l'on suit la version du procureur, le climat d'impunité régnant au Mexique est le seul élément qui donne une certaine intelligibilité à la violence disproportionnée de l'attaque. S'il s'agissait simplement de garantir le bon déroulement de la soirée, pourquoi faire disparaître les étudiants dans de telles conditions ? Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas eu l’ordre d’intervenir pour aider les étudiants alors que la première attaque a eu lieu à quelques kilomètres d’une caserne ? Pourquoi les soldats, quand ils sont venus à l'encontre des étudiants qui avaient réussi à s'échapper, avec parmi eux des blessés graves, les ont-ils fichés plutôt que de les aider ?
 
Les autorités fédérales ont connaissance de l'implication du maire Abarca dans plusieurs homicides depuis une quinzaine de mois. Amnesty international l’a déjà souligné : « Ceux qui ont eu la négligence d’ignorer les signes avant-coureurs de la corruption et de la violence sont complices de la tragédie ». En limitant systématiquement le cadre de leur analyse à un niveau local, le président et le procureur n'assument aucune responsabilité face à la multiplication constante des assassinats et des disparitions dans tout le Mexique.
 
Si « Iguala n'est pas l'Etat mexicain », selon les mots du procureur, alors la question se pose : où est donc l'Etat mexicain ? Où est cet Etat avec lequel la France marche « cœur dans le cœur », comme l'a dit François Hollande lors de sa visite officielle au Mexique en avril 2014 ? Cet Etat dont les réformes et le potentiel économique sont célébrés partout dans le monde ? Cet Etat dont le président, Enrique Peña Nieto, est l'invité d'honneur des célébrations du 14 juillet 2015 ?
 
Le président Enrique Peña Nieto s’est montré extrêmement distant dans cette affaire qui indigne le monde entier. Il n'a reçu les familles des victimes qu'un mois après les faits et ce dimanche, avant même d’avoir mis les pieds dans l'Etat de Guerrero, il s'est envolé vers la Chine pour renforcer des partenariats économiques. En se contentant de manifester de l'indignation, le président se place davantage du côté de la société civile et semble se dérober à ses responsabilités.
 
Le gouvernement a désormais renoncé à rechercher des survivants tout en continuant à déclarer les étudiants légalement disparus, empêchant ainsi le deuil des familles des victimes. La façon dont l’enquête a été menée par le gouvernement et en particulier le format de la conférence de presse, vidéo à l’appui, ne sont pas sans rappeler des épisodes malheureux de « justice télévisée » au Mexique qui ne font que nuire au bon déroulement des enquêtes et à la crédibilité du système judiciaire dans son ensemble. Pourquoi, alors que l'affaire n'est pas officiellement close, publier des vidéos où trois sicarios (« tueurs ») témoignent et reconstituent les faits ? Que faire alors des premiers témoignages qui parlaient de 17 corps brûlés et enterrés dans des fosses clandestines ?
 
On a souvent recours, pour rendre compte de la violence qui ravage le Mexique, à des explications qui mettent l'accent sur la violence endémique et le trafic de drogues. Plutôt que d'en rester à une analyse limitée, il faut impérativement chercher à comprendre les mécanismes qui ont permis, et permettent quotidiennement, que de tels crimes contre les droits de l'Homme aient lieu : l'impunité, l'effacement de l'Etat, la corruption au plus haut niveau institutionnel. C'est pourquoi les arrestations ne doivent pas nous détourner du véritable problème ni ne peuvent suffire à clore le dossier et à tourner la page. Ce que le massacre d'Ayotzinapa a encore une fois révélé, c'est que la question de l'Etat de droit et de justice au Mexique reste posée, et ce de façon toujours plus urgente.
 
La réponse du gouvernement aux crimes d'Iguala n’épuise pas les questions. Lors de la conférence de presse, par une remarque malheureuse, le procureur général de la justice a mis fin aux questions de la presse en s'exclamant « Ya me cansé » (« J’en peux plus »). Devons-nous, nous aussi, fatigués par l'impuissance et l'horreur, cesser de regarder ce qui se passe au Mexique ? Cesser de poser les questions qui nous taraudent ? Sans doute beaucoup d’entre elles resteront sans réponse, mais nous nous devons de les poser pour ne pas être complices, par notre silence et notre crédulité, de la violence qui endeuille le Mexique.

 
* Matilde Accattoli est doctorante en Sciences du Langage à Paris 8 Vincennes - Saint-Denis | Daniel Rudy Hiller est doctorant en Littérature comparée à Paris 3 - Sorbonne Nouvelle | Gabriela Goldin Marcovich est élève en Histoire à l’Ecole normale supérieure de Paris | Marcos García de Teresa est doctorant en Sciences de la société à l'EHESS.



Lire aussi :
>>> Mexique : les 43 mystérieux disparus d'Iguala (Marianne.net)
>>> Le site Internet du Collectif de solidarité avec les étudiants d’Ayotzinapa lancé par des « normaliens » français.

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 23:12

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Burkina Faso: la chute de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Au pouvoir depuis 1987, le président burkinabé avait déclenché la colère de l'opposition en proposant un projet de référendum lui permettant de briguer un 5e mandat. Après des jours de manifestations, lâché par l'armée, Blaise Compaoré a accepté de quitter le pouvoir, vendredi 31 octobre, au profit du chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré.

Après plusieurs jours de manifestations et d’affrontements, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été poussé à la démission, vendredi 31 octobre, par l'armée qui a pris le pouvoir.

Quelques minutes auparavant, le colonel Boureima Farta, représentant de l’armée, avait pris la parole devant les dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient une nouvelle fois réunis dans le centre de la capitale Ouagadougou, non loin du quartier général des armées. « A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir », avait-il affirmé avant d’être acclamé par la foule.

 

Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou 
Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou © Joe Penney, journaliste pour Reuters, via Twitter

L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par un communiqué du désormais ex-président lu par plusieurs médias. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacances du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a écrit celui qui a dirigé le Burkina Faso durant 27 années.

Peu de temps après, le chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il assumerait lui même les fonctions de chef de l'Etat durant la prériode de transition. Dans un communiqué, le général a confirmé qu’il prenait « à compter de ce jour » les responsabilité de chef de l’Etat, « conformément aux dispositions constitutionnelles. Si les manifestants avaient salué l’annonce du départ de Blaise Compaoré, cette prise ce pouvoir par Honoré Traoré, considéré comme proche de l’ancien président, a une nouvelle fois provoqué la colère des manifestants qui, en fin de journée, scandaient déjà « Honoré Traoré démission » ainsi que « Kouamé Lougué au pouvoir ». Ce dernier est une générale à la retraite, ancien ministre de la défense, et apprécié par une grande partie de la population.

Isolé, encerclé par les manifestants, menacé par l’armée, Blaise Compaoré avait annoncé, jeudi dans la soirée, l’abandon de son projet de réforme constitutionnelle visant à lui permettre de briquer un cinquième mandat en 2015 et l’origine de la colère des manifestants.

Depuis mardi, la capitale Ouagadougou était le théâtre de défilés contre un projet de référendum constitutionnel visant à réviser l’article 37, afin de permettre au président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Jeudi 30 octobre, alors que ce projet de référendum devait être examiné par les députés, les manifestants avait pris d’assaut l’Assemblée nationale et la télévision publique et encerclé le palais présidentiel. En fin de journée, l’armée avait prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, décrété l’état d’urgence et annoncé la nomination d'un gouvernement de transition.

Blaise Compaoré étrait finalement réapparu, dans la soirée, sur la chaîne privée Canal 3, pour une courte allocution dans laquelle il a appelé au dialogue, confirmé la nomination d’un gouvernement de transition, et annoncé son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, renonçant ainsi au projet de réforme à l’origine des manifestations.

« Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le « pays des hommes intègres (NDLR. Traduction de « Burkina Faso »), mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement ».

 

 

Mais cette annonce n'avait pas suffit à calmer l'opposition qui exigeait le départ du président comme « préalable non négociable » à toutes discussion. « Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple », avait ainsi déclaré Bénéwendé Sankara, un des responsable de l’opposition.

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Les analogies sont troublantes. Même s’il n’est jamais bon de comparer des situations et des pays différents, on peut difficilement s’empêcher de penser que ce qui arrive ces jours-ci au Burkina Faso porte une franche ressemblance avec ce qui s’est déroulé ces dernières années en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Mali…

Des États jugés « solides » et « stables », relativement intégrés, ou en voie de l’être, dans ce club fourre-tout qui s’appelle la « communauté internationale » ; des pays dont les dirigeants font figure de vieux sages qui sont reconnus comme tels par leurs homologues, lesquels ont renoncé à leur chercher des noises sur leurs pratiques anti-démocratiques ; des gouvernements dont on dit : « Certes il y a des problèmes, mais ils font des efforts et ils remplissent un rôle régional non négligeable »… et qui s’effondrent. D’un seul coup, ou presque. Sous la poussée de cette donnée que les relations internationales peinent à prendre en compte : les populations.

On pourrait ajouter à cette liste d’autres pays qui se sont récemment délités ou dont le cours a été brutalement réorienté sous la pression populaire : Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Ukraine. Le Burkina Faso, dont il ne faut jamais oublier que le nom signifie « pays des hommes intègres », vient allonger cette liste, mais l’ère Blaise Compaoré vient de s'achever.

 

Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 
Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 © Présidence de la République

On aurait pu croire que les « dirigeants à vie » avait appris de ces dernières années que leurs fauteuils n’étaient pas aussi éternels qu’ils le croyaient. Blaise Compaoré ne l’avait apparemment pas compris, puisque l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans son pays a été précisément sa reconduction au pouvoir, par un biais certes légal, mais parfaitement insupportable aux yeux des Burkinabés : la modification, par l’Assemblée à sa botte, d’un article de la Constitution qui lui aurait permis de prolonger ses 27 années déjà passées à la tête du pays.

Le soutien de la France jusqu'au bout

Arrivé à la présidence du Burkina Faso par un coup d’État en 1987 – contre une icône du panafricanisme et de la fierté africaine, Thomas Sankara, dont la mort n’a jamais été élucidée mais dont tous les Burkinabés rendent Compaoré responsable – Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats et il s’apprêtait à conclure son deuxième quinquennat. Le tout en parfaite légalité, puisqu’à chaque fois il a modifié le fameux article 37 de la Constitution sur la durée et le nombre de mandats. Cette fois-ci, il s’apprêtait de nouveau à changer cette provision constitutionnelle, en s’octroyant le droit d’effectuer deux autres quinquennats ! Mais cela n’est pas passé…

Cela faisait pourtant des mois, voire des années, que Compaoré savait que ce tour de passe-passe risquait de s’avérer difficile. En février 2011, en pleine concomitance avec les « printemps arabes », des émeutes avaient déjà parcouru le pays. Le mouvement, issu de manifestations contre la hausse des prix, s’était renforcé après la mort d’un jeune homme sous les coups de la police, et avait fini par reprendre, à l’encontre de son président, le mot d’ordre alors scandé plus au nord : « Dégage ! » À coups de répression et d’un changement de gouvernement, Blaise Compaoré avait fini par regagner la main. Mais tout le monde – Burkinabés et observateurs étrangers – savait que l’échéance de la présidence de 2015 serait délicate à négocier. Cela faisait des mois que l’opposition s’organisait et que de nombreuses voix populaires s’élevaient pour demander au président de s’écarter et de laisser la place à un successeur.

Malgré cela, Compaoré a choisi d’ignorer ces alertes et de tenter de passer en force. Au lieu de regarder ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il a préféré se tourner du côté de l’Algérie, de l’Angola, du Tchad, de Djibouti, de l’Ouganda, du Cameroun, du Togo, du Gabon, de la Guinée équatoriale… Des pays qui, ces dernières années, ont tous procédé à une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat de leurs chefs d’État, au pouvoir depuis plusieurs décennies… Cette situation rappelle le fait que la fondation Mo Ibrahim, qui attribue chaque année depuis 2007 un prix (de 5 millions de dollars plus 200 000 dollars annuels à vie) à un dirigeant africain récompensé pour sa bonne gouvernance et sa transmission pacifique du pouvoir (!), n’a été en mesure de le décerner qu’une fois depuis 2009 (en faveur du président du Cap-Vert d'alors, Pedro Pires) !

Blaise Compaoré s’est sans doute aussi senti encouragé dans son obstination par le nouveau statut qu’il avait acquis ces derniers temps à la faveur de ses années au pouvoir, mais aussi d’un contexte régional très volatil. À 63 ans – bien moins que certains de ses homologues africains –, il avait su faire oublier son arrivée troublée pour devenir un médiateur recherché et un point d’appui pour les Occidentaux engagés dans une lutte contre le terrorisme sahélien.

Ces dernières années, c’est lui qui a été chargé de négocier la crise malienne, ce dont il s’est assez mal acquitté selon des diplomates européens, puisque c’est désormais l’Algérie qui a repris les rênes des pourparlers entre le gouvernement de Bamako, les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes. Le Burkina Faso est également devenu la principale base d’opérations des forces spéciales françaises et américaines au Sahel.

Récemment interrogés par Mediapart sur la question du maintien de Compaoré à la tête de son pays, plusieurs diplomates français ont eu la même réaction : ils ont haussé les épaules. Manière de dire « cela ne nous regarde pas », mais aussi « ça nous arrange bien ». Et, dans un récent article de Jeune Afrique consacré au président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, qui envisage lui aussi de modifier la Constitution pour rester au pouvoir, on pouvait lire : « "Le président Hollande n'évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l'abordent en premier", confie-t-on à l'Élysée. » Les pays occidentaux, la France en premier lieu, se retrouvent pris en tenaille entre leur désir de stabilité et d’avoir affaire « au Diable qu’ils connaissent plutôt qu’à celui qu’ils ne connaissent pas », et les accusations d’ingérence dont ils seraient inévitablement victimes s’ils s’exprimaient trop ouvertement en faveur d’un changement de dirigeant.

Le caractère massif des manifestations à Ouagadougou et dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso, a réglé le sort de Compaoré. Il reste désormais à savoir ce que fera l'armée. La réapparition du général en retraite Kouamé Lougué, ancien compagnon d’armes de Thomas Sankara, qui s’est propulsé à la tête des manifestants, ressemble étonnamment à un début de transition appuyée par les militaires.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 23:12

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Burkina Faso: la chute de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Au pouvoir depuis 1987, le président burkinabé avait déclenché la colère de l'opposition en proposant un projet de référendum lui permettant de briguer un 5e mandat. Après des jours de manifestations, lâché par l'armée, Blaise Compaoré a accepté de quitter le pouvoir, vendredi 31 octobre, au profit du chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré.

Après plusieurs jours de manifestations et d’affrontements, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été poussé à la démission, vendredi 31 octobre, par l'armée qui a pris le pouvoir.

Quelques minutes auparavant, le colonel Boureima Farta, représentant de l’armée, avait pris la parole devant les dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient une nouvelle fois réunis dans le centre de la capitale Ouagadougou, non loin du quartier général des armées. « A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir », avait-il affirmé avant d’être acclamé par la foule.

 

Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou 
Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou © Joe Penney, journaliste pour Reuters, via Twitter

L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par un communiqué du désormais ex-président lu par plusieurs médias. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacances du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a écrit celui qui a dirigé le Burkina Faso durant 27 années.

Peu de temps après, le chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il assumerait lui même les fonctions de chef de l'Etat durant la prériode de transition. Dans un communiqué, le général a confirmé qu’il prenait « à compter de ce jour » les responsabilité de chef de l’Etat, « conformément aux dispositions constitutionnelles. Si les manifestants avaient salué l’annonce du départ de Blaise Compaoré, cette prise ce pouvoir par Honoré Traoré, considéré comme proche de l’ancien président, a une nouvelle fois provoqué la colère des manifestants qui, en fin de journée, scandaient déjà « Honoré Traoré démission » ainsi que « Kouamé Lougué au pouvoir ». Ce dernier est une générale à la retraite, ancien ministre de la défense, et apprécié par une grande partie de la population.

Isolé, encerclé par les manifestants, menacé par l’armée, Blaise Compaoré avait annoncé, jeudi dans la soirée, l’abandon de son projet de réforme constitutionnelle visant à lui permettre de briquer un cinquième mandat en 2015 et l’origine de la colère des manifestants.

Depuis mardi, la capitale Ouagadougou était le théâtre de défilés contre un projet de référendum constitutionnel visant à réviser l’article 37, afin de permettre au président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Jeudi 30 octobre, alors que ce projet de référendum devait être examiné par les députés, les manifestants avait pris d’assaut l’Assemblée nationale et la télévision publique et encerclé le palais présidentiel. En fin de journée, l’armée avait prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, décrété l’état d’urgence et annoncé la nomination d'un gouvernement de transition.

Blaise Compaoré étrait finalement réapparu, dans la soirée, sur la chaîne privée Canal 3, pour une courte allocution dans laquelle il a appelé au dialogue, confirmé la nomination d’un gouvernement de transition, et annoncé son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, renonçant ainsi au projet de réforme à l’origine des manifestations.

« Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le « pays des hommes intègres (NDLR. Traduction de « Burkina Faso »), mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement ».

Mais cette annonce n'avait pas suffit à calmer l'opposition qui exigeait le départ du président comme « préalable non négociable » à toutes discussion. « Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple », avait ainsi déclaré Bénéwendé Sankara, un des responsable de l’opposition.

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Les analogies sont troublantes. Même s’il n’est jamais bon de comparer des situations et des pays différents, on peut difficilement s’empêcher de penser que ce qui arrive ces jours-ci au Burkina Faso porte une franche ressemblance avec ce qui s’est déroulé ces dernières années en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Mali…

Des États jugés « solides » et « stables », relativement intégrés, ou en voie de l’être, dans ce club fourre-tout qui s’appelle la « communauté internationale » ; des pays dont les dirigeants font figure de vieux sages qui sont reconnus comme tels par leurs homologues, lesquels ont renoncé à leur chercher des noises sur leurs pratiques anti-démocratiques ; des gouvernements dont on dit : « Certes il y a des problèmes, mais ils font des efforts et ils remplissent un rôle régional non négligeable »… et qui s’effondrent. D’un seul coup, ou presque. Sous la poussée de cette donnée que les relations internationales peinent à prendre en compte : les populations.

On pourrait ajouter à cette liste d’autres pays qui se sont récemment délités ou dont le cours a été brutalement réorienté sous la pression populaire : Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Ukraine. Le Burkina Faso, dont il ne faut jamais oublier que le nom signifie « pays des hommes intègres », vient allonger cette liste, mais l’ère Blaise Compaoré vient de s'achever.

 

Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 
Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 © Présidence de la République

On aurait pu croire que les « dirigeants à vie » avait appris de ces dernières années que leurs fauteuils n’étaient pas aussi éternels qu’ils le croyaient. Blaise Compaoré ne l’avait apparemment pas compris, puisque l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans son pays a été précisément sa reconduction au pouvoir, par un biais certes légal, mais parfaitement insupportable aux yeux des Burkinabés : la modification, par l’Assemblée à sa botte, d’un article de la Constitution qui lui aurait permis de prolonger ses 27 années déjà passées à la tête du pays.

Le soutien de la France jusqu'au bout

Arrivé à la présidence du Burkina Faso par un coup d’État en 1987 – contre une icône du panafricanisme et de la fierté africaine, Thomas Sankara, dont la mort n’a jamais été élucidée mais dont tous les Burkinabés rendent Compaoré responsable – Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats et il s’apprêtait à conclure son deuxième quinquennat. Le tout en parfaite légalité, puisqu’à chaque fois il a modifié le fameux article 37 de la Constitution sur la durée et le nombre de mandats. Cette fois-ci, il s’apprêtait de nouveau à changer cette provision constitutionnelle, en s’octroyant le droit d’effectuer deux autres quinquennats ! Mais cela n’est pas passé…

Cela faisait pourtant des mois, voire des années, que Compaoré savait que ce tour de passe-passe risquait de s’avérer difficile. En février 2011, en pleine concomitance avec les « printemps arabes », des émeutes avaient déjà parcouru le pays. Le mouvement, issu de manifestations contre la hausse des prix, s’était renforcé après la mort d’un jeune homme sous les coups de la police, et avait fini par reprendre, à l’encontre de son président, le mot d’ordre alors scandé plus au nord : « Dégage ! » À coups de répression et d’un changement de gouvernement, Blaise Compaoré avait fini par regagner la main. Mais tout le monde – Burkinabés et observateurs étrangers – savait que l’échéance de la présidence de 2015 serait délicate à négocier. Cela faisait des mois que l’opposition s’organisait et que de nombreuses voix populaires s’élevaient pour demander au président de s’écarter et de laisser la place à un successeur.

Malgré cela, Compaoré a choisi d’ignorer ces alertes et de tenter de passer en force. Au lieu de regarder ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il a préféré se tourner du côté de l’Algérie, de l’Angola, du Tchad, de Djibouti, de l’Ouganda, du Cameroun, du Togo, du Gabon, de la Guinée équatoriale… Des pays qui, ces dernières années, ont tous procédé à une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat de leurs chefs d’État, au pouvoir depuis plusieurs décennies… Cette situation rappelle le fait que la fondation Mo Ibrahim, qui attribue chaque année depuis 2007 un prix (de 5 millions de dollars plus 200 000 dollars annuels à vie) à un dirigeant africain récompensé pour sa bonne gouvernance et sa transmission pacifique du pouvoir (!), n’a été en mesure de le décerner qu’une fois depuis 2009 (en faveur du président du Cap-Vert d'alors, Pedro Pires) !

Blaise Compaoré s’est sans doute aussi senti encouragé dans son obstination par le nouveau statut qu’il avait acquis ces derniers temps à la faveur de ses années au pouvoir, mais aussi d’un contexte régional très volatil. À 63 ans – bien moins que certains de ses homologues africains –, il avait su faire oublier son arrivée troublée pour devenir un médiateur recherché et un point d’appui pour les Occidentaux engagés dans une lutte contre le terrorisme sahélien.

Ces dernières années, c’est lui qui a été chargé de négocier la crise malienne, ce dont il s’est assez mal acquitté selon des diplomates européens, puisque c’est désormais l’Algérie qui a repris les rênes des pourparlers entre le gouvernement de Bamako, les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes. Le Burkina Faso est également devenu la principale base d’opérations des forces spéciales françaises et américaines au Sahel.

Récemment interrogés par Mediapart sur la question du maintien de Compaoré à la tête de son pays, plusieurs diplomates français ont eu la même réaction : ils ont haussé les épaules. Manière de dire « cela ne nous regarde pas », mais aussi « ça nous arrange bien ». Et, dans un récent article de Jeune Afrique consacré au président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, qui envisage lui aussi de modifier la Constitution pour rester au pouvoir, on pouvait lire : « "Le président Hollande n'évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l'abordent en premier", confie-t-on à l'Élysée. » Les pays occidentaux, la France en premier lieu, se retrouvent pris en tenaille entre leur désir de stabilité et d’avoir affaire « au Diable qu’ils connaissent plutôt qu’à celui qu’ils ne connaissent pas », et les accusations d’ingérence dont ils seraient inévitablement victimes s’ils s’exprimaient trop ouvertement en faveur d’un changement de dirigeant.

Le caractère massif des manifestations à Ouagadougou et dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso, a réglé le sort de Compaoré. Il reste désormais à savoir ce que fera l'armée. La réapparition du général en retraite Kouamé Lougué, ancien compagnon d’armes de Thomas Sankara, qui s’est propulsé à la tête des manifestants, ressemble étonnamment à un début de transition appuyée par les militaires.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 18:53

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Burkina Faso : la journée où la rue a fait reculer Compaoré

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 30.10.2014 à 11h06 • Mis à jour le 31.10.2014 à 08h50

 

Alors que les manifestants hostiles au pouvoir faisaient le siège du palais présidentiel depuis la matinée à Ouagadougou, l'armée a annoncé, dans la soirée de jeudi 30 octobre, la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale. Le chef de l'armée, Honoré Traoré, a précisé lors d'une conférence de presse qu'un gouvernement de transition serait mis en place pour une durée de douze mois – d'ici à l'élection présidentielle – sans toutefois préciser qui en prendrait la tête.

L'armée a également déclaré un couvre-feu sur l'ensemble du territoire, alors qu'au moins trois personnes ont été tuées jeudi dans des affrontements avec la police, selon l'agence Reuters. Le couvre-feu sera imposé « de 19 heures à 6 heures » pour « préserver la sécurité des personnes et des biens », a précisé M. Traoré. Dans une allocution télévisée, le président Blaise Compaoré a annoncé la levée de ce dernier., mais a refusé de quitter la présidence.

Quelques heures plus tôt, plusieurs radios locales avaient reçu un texte présenté comme un communiqué de la présidence. Le chef de l'Etat, Blaise Compaoré y appelait « les dirigeants de l'opposition politique à mettre fin aux manifestations », promettant d'« ouvrir le dialogue avec tous les acteurs pour mettre fin à la crise ». Mais selon l'Agence France-Presse, qui s'était procurée le document, le communiqué était sans en-tête officiel, dépourvu de date et portait une signature de Blaise Compaoré différente de son paraphe habituel.

La situation dans le pays a dégénéré alors que les députés devaient examiner dans la journée un projet de révision constitutionnelle permettant à Blaise Compaoré de briguer un cinquième mandat. Un projet largement contesté par les manifestants, qui défilaient depuis plusieurs jours dans la capitale pour marquer leur opposition à ce qu'ils considèrent comme un « coup d'Etat constitutionnel ». Les manifestants ont été rejoints jeudi par des militaires, qui ont quitté leur caserne. Face à l'ampleur de la mobilisation, l'examen du texte de révision a été suspendu.

 

KOUAMÉ LOUGUÉ, FIGURE POTENTIELLE DE LA TRANSITION

 

 

 

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    La capitale du pays, Ouagadougou, a sombré dans le chaos, jeudi 30 octobre. Ici, une image prise près de l'Assemblée nationale.

    Crédits : SOPHIE GARCIA POUR "LE MONDE"
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    Dans la matinée, près de 1 500 manifestants sont parvenus à franchir les cordons de sécurité installés à l'entrée de l'Assemblée nationale par les forces de l'ordre, avant de pénétrer dans le bâtiment.

    Crédits : AFP/ISSOUF SANOGO
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    Avenue des Nations-Unies à Ouagadougou.

    Crédits : SOPHIE GARCIA POUR "LE MONDE"
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Tout l'après-midi, des négociations rassemblant les autorités et des représentants de l'opposition se sont tenues dans le palais présidentiel. Au fil des heures, le général en retraite Kouamé Lougué a émergé comme une figure potentielle de la transition. Le nom de cet ancien ministre de la défense, limogé en 2003, a été scandé par les manifestants à plusieurs reprises dans l'après-midi, et l'homme a rencontré l'état-major des armées dans l'après-midi.

Malgré la tenue de ces négociations, des scènes de violences ont été observées toute la journée dans la capitale, Ouagadougou. Des protestataires ont incendié l'Assemblée nationale et pris d'assaut la télévision publique, laquelle a cessé d'émettre.

La foule s'est aussi dirigée vers d'autres secteurs du quartier présidentiel. C'est là que des gardes de la maison du frère du président, François Compaoré, ont ouvert le feu sur la foule, faisant plusieurs victimes, selon l'agence de presse Reuters. Des maisons de proches du gouvernement et des symboles du pouvoir ont également été ciblés par la foule. Des violences ont aussi eu lieu en province, notamment dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso.

 

« COUP D'ÉTAT CONSTITUTIONNEL »

Blaise Compaoré dirige ce pays pauvre du Sahel depuis 1987 et l'assassinat du capitaine Thomas Sankara, avec qui il avait pris le pouvoir quelques années auparavant. Il a déjà fait modifier par deux fois la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Depuis des mois, son gouvernement laissait croire qu'une nouvelle révision ferait l'objet d'un référendum. Depuis l'annonce d'un passage par la voie parlementaire, il y a une semaine, la mobilisation populaire ne faiblit pas. Mardi, des centaines de milliers de personnes – un million, selon l'opposition – étaient descendues dans la rue à Ouagadougou . Le gouvernement avait, jusqu'ici, autorisé les manifestations et s'était abstenu de les réprimer.  

Lire le portrait : Blaise Compaoré, président burkinabé contesté après vingt-sept ans de règne

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 20:00

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

Argentine : Succès de l’Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette

25 octobre par Maria Elena Saludas

 

 


C’est dans l’après-midi du 14 octobre 2014 et devant plus de 70 représentants d’un large éventail d’organisations sociales, syndicales, politiques, religieuses, environnementales, de défense des droits humains… que s’est déroulée avec succès l’audience publique sur la suspension du paiement et l’audit de la dette. Cette activité s’est tenue à la Chambre des députés de la nation (le parlement argentin) suite à l’invitation lancée par des membres de l’ « Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette en défense du patrimoine national et des biens communs » et des parlementaires de divers partis qui ont débattu pendant plus de trois heures sur la problématique de la dette publique en Argentine, revenue au devant de la scène suite à la résolution du juge Griesa en faveur des « fonds vautours » |1|.

Parmi les invités spéciaux, en plus d’Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international, le Prix Nobel de la Paix, Adolfo Pérez Esquivel, a souligné la nécessité de passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative avant d’expliquer qu’un audit intégral citoyen nous mettrait sur cette voie. Il a aussi posé la question du coût humain du paiement de la dette. La parole a ensuite été donnée à Nora de Cortiñas, Mère de la Plaza de Mayo – ligne fondatrice et membre de Jubilé Sud Amériques, qui a déclaré avec émotion que « les 30 000 disparus méritent que la lumière soit faite sur l’infamie de la dette ».

Le député du parti Unidad Popular (UP, Unité populaire) en charge de la présentation et de la modération de l’audience, Víctor De Gennaro, a remarqué que « beaucoup de gamins ont perdu la vie » et qu’il est nécessaire de prendre connaissance des faits, d’enquêter avant de continuer à rembourser une dette majoritairement illégitime et illégale. Aussi présents, les parlementaires du FIT (Front de Gauche et des Travailleurs) Néstor Pitrola et Pablo López ainsi que les députés de Buenos Aires, Pablo Bergel et Gustavo Vera, ont contribué au débat au travers de réflexions intéressantes.

Julio Gambina, directeur de institut de formation de la CTA et membre d’ATTAC-CADTM Argentine) avait pour mission de lire la Déclaration de l’Assemblée, « Patrie ou dette : le seul créancier est le peuple ! » (voir texte complet en espagnol) réclamant le lancement immédiat des activités de la Commission bicamérale permanente d’enquête sur l’origine et le suivi de la gestion du paiement de la dette extérieure de la nation instituée par la loi 26.984. Cette loi, adoptée le 10 septembre 2014, n’a toujours pas été mise en œuvre complètement. La déclaration lue par Julio Gambina critique par ailleurs la flagrante contradiction contenue dans les premiers articles de la loi hypocritement dite « de paiement souverain » car elle commence par déclarer comme d’« intérêt public » le paiement de la dette. Or une grande partie de cette dette a été condamnée par la justice argentine |2|.

Par ailleurs, la loi établit de nouvelles modalités pour le paiement de la dette. Enfin, elle prévoit la création d’une commission parlementaire visant à auditer les éventuelles irrégularités ayant marqué la dette argentine pendant la période 1976-2014.

Ces critiques étant faites, la décision de créer une Commission d’enquête parlementaire est considérée comme une reconnaissance dans le chef du pouvoir politique de l’impossibilité de continuer à nier et dissimuler le caractère illégitime et illégal de la dette. On ne peut continuer à berner constamment la population sur des questions évidentes et centrales pour la défense de la patrie, la récupération de notre souveraineté et le respect des droits des êtres humains et de la nature.

L’Assemblée réclame donc la création en bonne et due forme de la Commission qui devrait prendre pour point de départ la sentence Olmos (voir note 2), ainsi que les preuves accumulées lors des nombreuses enquêtes judiciaires argentines postérieures.

L’Assemblée réclame également la participation sociale et citoyenne nécessaire à l’enquête de la Commission et à l’élaboration de ses conclusions. Pour garantir sa légitimité et la force de ses résultats, la Commission devra chercher, recevoir et écouter les témoignages et contributions des divers secteurs de la population et des différentes régions du pays dont les droits ont été violés des suites du système d’endettement.

L’Assemblée s’engage à contribuer au travail de la Commission d’enquête parlementaire en partageant les résultats d’années de recherche, d’analyse, de dénonciation et de mobilisation découlant toujours des coûts énormes que l’endettement public continue de générer pour le peuple argentin, son patrimoine et ses biens naturels. Elle suivra l’action de la Commission, se réservant le droit d’adopter les stratégies pertinentes afin que cette opportunité historique ne soit ni manquée, ni manipulée. Elle s’engage à débattre largement des causes, conséquences et alternatives à ce véritable système de domination et de pillage à perpétuité, à se mobiliser en vue de ne pas payer les sommes indues, de sanctionner les responsables des crimes et violations commis au travers du système d’endettement et de pouvoir récupérer et compenser les sommes payées indûment.

Une fois cette déclaration partagée avec les tou-te-s les participant-e-s, Éric Toussaint (porte-parole du CADTM international), qui était le principal conférencier, a pris la parole sur la crise de la dette affectant la majorité des pays d’Europe et du monde. Il a déclaré qu’en Argentine, le thème de l’endettement revient aujourd’hui sur le devant de la scène suite au conflit avec les « fonds vautours ». D’après lui, cette crise de la dette au niveau mondial nous permet d’essayer d’organiser ensemble des actions de soutien aux mouvements sociaux qui luttent contre le fléau de la dette tant au Nord qu’au Sud. « Les actes souverains unilatéraux d’un gouvernement sous la pression (ou avec le soutien) populaire » constituent un axe fondamental. Dans le monde réel actuel, seul un tel acte souverain de l’État peut mener à une solution. Il a cité divers exemples parmi lesquels le cas de l’Équateur où le président Correa a créé en 2007 la Commission d’audit de la dette publique (CAIC) qui a identifié les parts illégales et illégitimes de la dette, parvenant à racheter 91% des titres avec une réduction de 70% |3|. Cet acte unilatéral à permis d’augmenter les dépenses publiques consacrées à la santé, à l’enseignement, au logement, c.-à-d. à la dette sociale vis-à-vis du peuple. Le cas de l’Islande, lors de l’effondrement du système bancaire privatisé, en 2008, a aussi été évoqué |4|. Sous la pression de la rue et après 2 référendums, le gouvernement avait refusé de payer au Royaume-Uni et aux Pays-Bas la dette injuste réclamée, prouvant qu’il est possible de désobéir aux créanciers. Éric Toussaint a, pour finir, manifesté son grand enthousiasme d’être entouré des forces sociales ainsi réunies et les a encouragées à exercer la pression nécessaire pour que le gouvernement cesse de payer religieusement les créanciers et restaure la souveraineté et la dignité nationales. Il a aussi insisté pour que ne soit plus jamais déléguée à l’étranger la juridiction liée à la résolution des conflits en revenant à la Doctrine Calvo |5|.

Pas moins de 25 interventions sont venues enrichir cette audience avec des arguments importants d’Espeche Gil (juriste et ancien diplomate) à Ricardo Peidro (de la CTA), de Beverly Keene (Dialogue 2000 / Jubilé Sud) à Moira Millán (Pueblos Originarios). La majorité des participants a exprimé la nécessité de suspendre immédiatement le paiement de la dette et d’auditer cette dernière, la dette étant une excroissance du capitalisme actuel, impayable (pas seulement en Argentine) et à l’origine de cette crise capitaliste.

Le thème de l’unité au sein du camp populaire a aussi été abordé, tout comme la nécessité de lier à la problématique de la dette les dénonciations concernant la loi sur les semences et la loi sur les hydrocarbures, passant bientôt devant les deux chambres. Cela revient à remettre en cause le modèle de développement actuel et le modèle d’insertion globale des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe comme producteurs de matières premières dans le cadre de l’approfondissement de l’ « extractivisme ».

Cette rencontre s’est terminée sur l’engagement de tou-te-s les participant-e-s d’élargir l’espace de l’Assemblée pour la suspension du paiement et l’audit de la dette en défense du patrimoine national et des biens communs, de fédérer leurs luttes, de travailler sur la sensibilisation de la population pour parvenir, à partir de la mobilisation, à des décisions similaires à celles prises par le gouvernement équatorien (2007), qui en conséquence d’un audit intégral et participatif a pu prendre une « décision souveraine unilatérale » lui permettant de rejeter des portions importantes de dette illégale et illégitime et de canaliser ensuite ces ressources pour le bien-être de la population.

Traduction de l’espagnol par Sarah Weber.

Notes

|1| Voir à ce propos : Éric Toussaint, « Comment lutter contre les fonds vautours et l’impérialisme financier ? », publié le 22 septembre 2014.

|2| Voir le jugement dit « Sentencia Olmos » du nom du journaliste argentin qui a porté plainte contre l’accroissement considérable de la dette pendant la période de la dernière dictature militaire (1976-1983). Ce jugement du 13 juillet 2000 démontre clairement le caractère illégal de la dette argentine.

|3| Voir Éric Toussaint, "An III de la révolution citoyenne en Équateur", publié le 22 octobre 2009. Voir également : Éric Toussaint, "Les leçons de l’Équateur pour l’annulation de la dette illégitime", publié le 29 mai 2013. Voir aussi la version vidéo.

|4| Voir Éric Toussaint, « Argentine, Équateur et Islande : des solutions à la crise de la dette pour l’Union européenne ? », Vidéo : http://w41k.com/80011

|5| La Doctrine Calvo, du nom de son auteur Carlos Calvo (1824-1906), est une doctrine du droit international qui stipule que les personnes vivant dans un pays étranger doivent faire leurs demandes, plaintes et griefs dans le cadre de la compétence des tribunaux locaux, sans recourir à la pression diplomatique ou à l’intervention militaire. Toutes les voies juridiques locales doivent être épuisées avant d’envisager de saisir les voies diplomatiques internationales. Cette doctrine a été transposée dans plusieurs constitutions de pays de l’Amérique latine. Voir à ce propos : Éric Toussaint, « Comment lutter contre les fonds vautours et l’impérialisme financier ? », publié le 22 septembre 2014.

 

 

 

Source : cadtm.org

 

 

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Vendredi 24 octobre 2014 5 24 /10 /Oct /2014 16:05

 

Source : www.acatfrance.fr

 

 

Deux ans de prison pour avoir dénoncé sa torture

 

 

Lundi 20 octobre, la cour d’appel de Tanger a condamné à deux ans de prison ferme Wafaa Charaf, une militante du mouvement du 20 février et de l’AMDH accusée d’allégation mensongère de torture. Une façon d'imposer la loi du silence.
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Le 22 / 10 / 2014

Lundi 20 octobre, la cour d’appel de Tanger a condamné à deux ans de prison ferme Wafaa Charaf, une militante du mouvement du 20 février [1] et de l’AMDH [2] accusée d’allégation mensongère de torture. Selon l’ACAT, les autorités marocaines, qui affirment qu’elles luttent activement contre la torture, tentent dans les faits d’imposer la loi du silence en poursuivant les victimes.

Selon Hélène Legeay, responsable Maghreb et Moyen-Orient à l’ACAT, « Le Maroc fait preuve d’une hypocrisie effarante. En façade, il communique sur l’organisation, le mois prochain, du Forum mondial des droits de l’homme avec une place importante réservée aux problématiques de torture et de justice. Dans l’arrière-scène, il poursuit les personnes qui disent avoir été victimes de torture. Sous couvert de lutte contre l’impunité, Rabat entend perpétuer l’omerta. »

Le 27 avril 2014, Wafaa Charaf a participé à Tanger à une manifestation de soutien à des syndicalistes licenciés. En rentrant chez elle, elle a été enlevée par deux hommes qui lui ont bandé les yeux et l’ont embarquée de force dans une voiture et conduite en dehors de la ville. Pendant plusieurs heures, ils l’ont frappée, insultée et menacée en évoquant ses engagements politiques. Puis ils l’ont abandonnée sur place. Elle est allée faire constater ses blessures par un médecin et, le 30 avril, a porté plainte contre X pour torture et enlèvement auprès du procureur de Tanger. Cela lui a valu d’être arrêtée le 8 juillet dernier, placée en détention provisoire et poursuivie pour dénonciation calomnieuse et outrage à agent.

En dissuadant ainsi les victimes de porter plainte, le Maroc se rend coupable d’une violation flagrante de l’article 13 de la Convention contre la torture, selon lequel l’Etat doit garantir aux victimes le droit de porter plainte [3].

L’ACAT est aussi poursuivie devant la justice marocaine pour dénonciation calomnieuse alors que les plaintes pour torture qu’elle a déposées aux côtés de plusieurs victimes sont sérieuses et circonstanciées.

Le 4 mars 2014, le Maroc s’est joint au Chili, au Danemark, au Ghana et à l’Indonésie pour lancer l’initiative mondiale pour la ratification de la Convention contre la torture. Cette initiative, saluée par l’ACAT, doit se traduire par des actes. Au même moment, le royaume chérifien multipliait les mesures de rétorsion à la suite de la convocation par la justice française du patron de la DST marocaine concernant des plaintes pour torture déposées par l’ACAT et plusieurs victimes.

Selon Hélène Legeay, « Avant d’appeler les autres pays à ratifier la Convention contre la torture, le Maroc devrait balayer devant sa porte, en s’assurant que ce texte, ratifiée par le pays en 1993, soit appliquée. »

Le 23 juillet, Oussama Hassan, autre militant de l’AMDH et du mouvement du 20 février, a été condamné à trois ans d’emprisonnement et 10 000 dirhams d’amende lui aussi pour dénonciation calomnieuse pour avoir dénoncé les tortures qui lui ont été infligées par des inconnus à l’issue d’une manifestation à laquelle il venait de participer, le 2 mai dernier.

Contact presse :

Pierre Motin, 01 40 40 40 24 / 06 12 12 63 94 pierre.motin@acatfrance.fr  

Notes aux rédactions :

  • [1] Dans le sillage des mouvements sociaux nés du Printemps arabe, des protestataires marocains venant de différentes tendances idéologiques, mais partageant les revendications pour plus de démocratie et la fin de la corruption se sont fédérés au sein du « Mouvement du 20 février » et ont organisé à partir de cette date une série de manifestations pacifiques dans plusieurs villes du pays.
  • [2] Association marocaine des droits humains
  • [3] Selon l’article 13 de la Convention contre la torture, « Tout Etat partie assure à toute personne qui prétend avoir été soumise à la torture sur tout territoire sous sa juridiction le droit de porter plainte devant les autorités compétentes dudit Etat qui procéderont immédiatement et impartialement à l'examen de sa cause. Des mesures seront prises pour assurer la protection du plaignant et des témoins contre tout mauvais traitement ou toute intimidation en raison de la plainte déposée ou de toute déposition faite. »

 

 

Source : www.acatfrance.fr

 

 

 

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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 19:43

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Arrêt sur images 13/10/2014 à 10h05

Chut ! Le président de gauche a été réélu

Arretsurimages.net"
Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images

 

 

 

C’est dès le premier tour que le président de gauche a été réélu, avec 61% des voix. Le candidat de l’opposition de droite n’en a recueilli que quelque 21%, lors d’une élection qui s’est déroulée dans une parfaite régularité (il est vrai que le vote est obligatoire dans le pays).

Comment expliquer cet exploit ? Par la croissance du pays, 5,2%, la plus élevée du continent, et dont les effets se font sentir dans la population : le gaz arrive progressivement dans les logements des plus pauvres, des routes, des hôpitaux, des stades, des usines, ne cessent de sortir de terre.

Contrairement à ce que prédisaient certains, la nationalisation de l’énergie par rachat d’actions aux industriels, voici deux ans, n’a pas conduit le pays au bord du gouffre, au contraire. Le Président a pu aussi compter sur le soutien des classes moyennes, qui se sont massivement portées sur son nom. Et même le patronat lui est reconnaissant de la stabilité du pays.

Une brève dans les journaux du matin

Une telle nouvelle, un matin, devrait logiquement occuper une bonne partie des journaux d’information. Haletants, les présentateurs devraient interroger leurs envoyés spéciaux : expliquez-nous !

Un président de gauche réélu ? En tenant ses promesses, et au-delà ? Des nationalisations bénéfiques pour tout le monde ? Quelles sont les recettes ? Quelques-unes d’entre elles seraient-elles, par miracle, transposables ?

Mais non. Dans le meilleur des cas, la réélection d’Evo Morales en Bolivie est traitée en brève dans les journaux du matin. Le plus souvent, elle passe à l’as.


Le regard d’Evo Morales, dans le rétroviseur de la voiture qu’il conduit, le 11 octobre 2014 à Chapare (Bolivie) (Juan Karita/AP/SIPA)

Du côté de la presse libérale, ce silence se comprend. Voici deux ans, Le Figaro soulignait le risque des nationalisations : l’effondrement de la production pétrolière. Celle-ci ne s’étant apparemment pas produite, Le Figaro reconnaît, sportivement quoique brièvement, le succès de la politique Morales.

Même Mélenchon...

Quant au Monde, sa correspondante à Lima, même si elle a constaté la prospérité économique bolivienne, l’attribue à... la croissance chinoise, qui a dopé ses exportations de minerais et d’hydrocarbures. L’explication par les nationalisations est simplement suggérée en seconde place, au conditionnel, et prudemment placée dans la bouche de Morales lui-même.

A gauche aussi, il n’est pas impossible que le cas Morales dérange : pensez, un président de gauche qui a légalisé le travail des enfants à partir de 10 ans, et apparemment à la demande des enfants eux-mêmes : qu’en penser ? Voilà qui bouscule toutes les catégories. Les débats se poursuivent jusque dans nos forums. Même Mélenchon, pourtant doté d’antennes surpuissantes en Amérique latine, semble l’avoir perdu de vue sur son blog. Le miracle bolivien n’aura pas de savants docteurs.

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Mercredi 17 septembre 2014 3 17 /09 /Sep /2014 20:25

 

Source : www.marianne.net

 

 

L'Equateur sur le chemin d'un salaire maximum !

Mercredi 17 Septembre 2014 à 19:00

 

Patricia Neves

 

Rafael Correa, le président équatorien, l'a annoncé ce week-end : il envisage d'instaurer un salaire maximum dans les entreprises privées. Le rapport entre le plus bas et le plus haut salaire pourrait être fixé de 1 à 20. Des manifestations en réponse à cette mesure sont prévues cette nuit dans le pays.

 


Moises Castillo/AP/SIPA
Moises Castillo/AP/SIPA
«Si le directeur d'une banque veut gagner 60 000 dollars (près de 46 000 euros), parfait, mais ça n’excédera pas vingt fois le salaire de son travailleur le plus pauvre » a annoncé ce week-end le président équatorien, Rafael Correa, sans toutefois préciser s'il évoquait un revenu mensuel ou annuel... Sans doute, notre homme a-t-il avancé ce montant par pure provocation. Car l'important est ailleurs, dans le rapport de 1 à 20 retenu par le chef de l'Etat. Car c'est contre les « inégalités » que s'est érigé Rafael Correa, en faisant cette sortie dans son habituel espace de parole hebdomadaire, « Enlace Ciudadano », diffusé à la radio, sur les écrans de la télévision via les dizaines de chaînes pro-gouvernementales. Ainsi, si cette réforme voyait le jour, les salaires les plus élevés pourraient donc, selon nos calculs, ne pas dépasser 6 800 dollars (5 300 euros) par mois, soit vingt fois 340 dollars, le montant du Smic équatorien (262 euros), qui a plus que doublé sous la présidence Correa.
 
Calquée sur « Aló presidente », l’émission à succès de son ancien homologue vénézuelien et grand orateur Hugo Chavez, « Enlace Ciudadano » est diffusée depuis 2007, date de l’élection du président Correa, et ne vise pas seulement à tenir informés les électeurs des projets en cours ou en devenir mais à maintenir un lien direct avec la population. Qui d’ailleurs le lui rend bien. Avec 75 % de taux de popularité, Rafael Correa est en effet le dirigeant sud-américain le plus populaire.
 
Ce week-end cependant, l’annonce de l’instauration d’un salaire maximum tant dans le public qu’au sein des entreprises privées, a surpris. Elle intervenait de fait à quelques jours seulement d’une grande manifestation organisée à l’appel de plusieurs organisations syndicales, tous secteurs confondus, allant de la fonction publique aux peuples indigènes. Tous se réunissent aujourd'hui (cette nuit en France, ndlr) pour une « grande marche » contre la réforme du Code du travail, actuellement en préparation, qui inclura donc désormais le plafonnement des plus hauts salaires.
 
Un mécontentement auquel n’a pas tardé de réagir le chef de l’Etat. Sur Twitter, Correa a en effet anticipé cette semaine « difficile » et appelé ses sympathisants à se mobiliser eux-aussi, à Quito, la capitale. « S’ils sont 3 000 nous serons 30 000 » prévient-il. En face, les opposants déclarent ne pas vouloir « mesurer » leurs « forces » respectives. Ce sera pourtant l’occasion de le faire...
 
Car plusieurs autres mesures phares s’annoncent dans les prochains mois, comme l’augmentation possible du prix des transports publics dont les conséquences au Brésil, l'année dernière, ont été dévastatrices pour le parti des travailleurs (PT) de la présidente Dilma Rousseff. Jamais les Brésiliens n'avaient autant manifesté, par millions, dans les rues, sur les réseaux sociaux, poussant même le gouvernement à reculer. Mais un autre sujet inquiète : un amendement de la Constitution équatorienne est à l'étude. Celui-ci permettrait aux autorités en place, en particulier au président, de se représenter sans limite de mandats successifs. L'exemple du voisin vénézuelien, cette fois, est aussi éloquent. La mesure, soumise par référendum une première fois en 2007 puis en 2009 par Caracas est aujourd'hui encore et toujours contestée. 

Demain, la mobilisation à Quito sera donc un test. Alors que la tension sociale est palpable depuis plusieurs mois. En témoignent les dernières municipales, tenues en février dernier et à l’issue desquelles les trois plus grandes villes du pays, Quito, Guayaquil et Cuenca ont toutes échappé à Alianza País, le parti au pouvoir. 

En France, la question du salaire maximum n'est pas passée inaperçue. Sur le site internet du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon rappelle en effet qu'il en avait fait l'une de ses principales propositions de campagne, lors de la présidentielle de 2012. François Hollande, lui, promettait alors d'imposer un « écart maximal de rémunérations de 1 à 20 » aux « dirigeants des entreprises publiques ». Un décret de juillet 2012 fixe bien un « plafond brut annuel », mais à 450 000 euros, soit en fait un écart de 1 à 26 si l'on se réfère au Smic comme salaire le plus bas.

Mais quid d'un tel dispositif dans les entreprises privées ? En mars 2013, le Figaro rapporte un sondage selon lequel 83 % des Français se déclarent favorables à une « loi instaurant un "salaire maximum " pour les dirigeants d'entreprises privées» Proposition rejetée en Suisse huit mois plus tard à 65 % quand bien même le pays possède l'un des plus grands écarts de revenus, derrière les Etats-Unis et le Canada. « En moyenne, écrit à l'époque France 24, un dirigeant helvète gagnait en 2012, 148 fois plus que son employé lambda. » C'est 108 fois pour la France...

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Ailleurs dans le monde
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