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Vendredi 4 avril 2014 5 04 /04 /Avr /2014 19:32

 

 

Révolution agricole aux Etats-Unis : c’est la fête au bio, aux fruits et aux légumes

 

Hélène Crié-Wiesner - Binationale
Publié le 04/04/2014 à 12h07

Barack Obama s’apprête à prononcer un discours sur le Farm Bill, à l’université d’Etat du Michigan, le 7 février 2014 (Jacquelyn Martin/AP/SIPA)

 

L’agriculture américaine trimballe une exécrable réputation en Europe : industrialisée, OGMisée, subventionnée à mort… Et si tout cela n’était plus vrai ? Un autre plan agricole vient d’être voté : adieu la sainte trinité maïs-blé-soja ! Le bio, les fruits et des légumes sont enfin à la fête.

Tout est relatif, mais le nouveau Farm Bill, la loi quinquennale définissant la politique agricole et alimentaire du gouvernement fédéral, accorde enfin aux petits et moyens producteurs les mêmes droits qu’aux exploitants céréaliers géants. Mieux : les fermiers voulant se convertir au bio vont être solidement soutenus.

Je n’entre pas dans les détails de la remise à plat des subventions qui favorisaient les gros exploitants et les cultures polluantes, dévoreuses d’eau et d’énergie. Elles sont désormais remplacées par un système d’assurance sur les récoltes, dont – c’est une grande nouveauté – peuvent dorénavant bénéficier les producteurs de fruits et légumes.

Comme toutes les lois, celle-ci est très technique. Il suffit de savoir que plus rien ne sera comme avant. En fixant de nouvelles règles du jeu pour pouvoir accéder aux assurances, la loi régule par la même occasion l’usage des produits phytosanitaires et l’exploitation des terres, histoire de préserver l’environnement mis à mal par les changements climatiques.

Des étoiles dans les yeux des républicains !

Les cultures de fruits et de légumes, ainsi que le bio en général, sont les grands bénéficiaires de cette petite révolution américaine. Celle-ci est déjà bien visible dans les rayons des supermarchés, de mieux en mieux fournis avec des produits corrects. La multiplication fulgurante des marchés fermiers dans les villes est un autre signe de l’engouement des consommateurs pour le frais et le plus sain.

Inutile de préciser que, dans le climat délétère qui règne au Congrès, où les républicains ont pour règle de saboter la politique d’Obama, les élus ont eu du mal à accoucher de ce nouveau Farm Bill. Mais apparemment, quand il s’agit de nourriture, les haines et les clivages traditionnels s’estompent.

A vrai dire, les perspectives économiques du bio allument des étoiles jusque dans les yeux des républicains. On comprend pourquoi en écoutant ce que disait le 20 mars Tom Vilsack, le secrétaire d’Etat à l’Agriculture :

« La demande pour le bio a crû de façon exponentielle pendant la décennie écoulée. Avec des ventes au détail estimées à 35 milliards de dollars l’an dernier, l’industrie du bio représente une opportunité économique exceptionnelle pour les fermiers, les éleveurs et les communautés rurales. »

Même phénomène dans le renouvelable

Ce principe de réalité bouleverse les plus conservateurs des élus républicains, de ceux qui crachent depuis toujours sur les environnementalistes et « les hippies » amateurs de nourriture saine, et qui portent aux nues l’idée de « marché libre ».

Le New York Times rapporte ainsi les propos d’un député du Wisconsin, un des plus gros Etats agricole des Etats-Unis :

« Je pense qu’on doit laisser les consommateurs décider du genre d’aliments qu’ils veulent acheter. S’il y a un marché pour les produits bio, on doit le soutenir. »

Petite parenthèse : le même phénomène touche le secteur des énergies renouvelables. J’ai passé le début de l’année à enquêter sur la croissance folle de la production photovoltaïque en Caroline du Nord, Etat républicain, qui vient de se hisser à la deuxième place du marché solaire aux Etats-Unis.

Alors que le parti républicain, historiquement financé par la coalition des charbonniers-pétroliers-gaziers, s’oppose aux coups de pouce fiscaux accordés aux renouvelables, ses élus de terrain prônent le soutien au solaire et à l’éolien, générateur d’emplois et de richesses pour leurs électeurs.

La culture du chanvre, bannie depuis 75 ans

Revenons à nos moutons... En plus du soutien financier au bio, le Congrès est tombé d’accord pour relever le statut des producteurs de fruits et de légumes conventionnels – c’est-à-dire non bio. Jusque-là, ils étaient les parents pauvres de l’agriculture américaine. Pourquoi ce cadeau ? La demande des consommateurs, toujours, mais aussi le souci de combattre l’obésité qui affecte la population américaine.

Un détail amusant : les recherches scientifiques sur le chanvre, ainsi que sa culture, qui étaient bannies du pays depuis 75 ans, vont pouvoir reprendre, et permettre de développer une production nationale d’huile, cire, corde, vêtements et autres produits dérivés, qui étaient jusqu’ici totalement importés de l’étranger.

Finalement, il arrive que des hommes politiques tiennent leurs promesses, même quand celles-ci étaient tellement grosses qu’on ne donnait pas cher de leur réalisation.

Cette nouvelle loi agricole résulte certes de la ténacité de sa rapporteuse au Sénat, la démocrate Debbie Stabenow, mais l’idée générale en revient au secrétaire d’Etat Tom Vilsack.

Stupéfaite par l’audace du secrétaire d’Etat


Tom Vilsack, portrait officiel (Bob Nichols/Wikimedia Commons)

En mars 2009, Vilsack, nouveau secrétaire d’Etat à l’Agriculture nommé par un Obama tout frais élu, avait dit tout le mal qu’il pensait des pratiques agricoles de son pays. Sur la radio publique NPR, je l’avais entendu expliquer les réformes qu’il souhaitait, et j’avais alors été stupéfaite par son audace (dans le contexte américain).

J’avais traduit entièrement l’interview pour American Ecolo. En voici à nouveau quelques extraits, à mettre en perspective de ce qu’il vient d’accomplir par le biais du Farm Bill. Qui a dit que l’administration Obama n’avait rien fait de ce qu’elle avait promis ?

« C’est complexe, ces histoires de subvention ! Elles ont été créées pour garantir la survie des agriculteurs en des temps difficiles. Le défi est donc de trouver un moyen pour continuer à offrir aux consommateurs de la nourriture à un prix raisonnable, tout en assurant une certaine aisance aux producteurs.

C’est là qu’interviennent les contraintes climatiques : on doit anticiper un avenir dans lequel les fermiers seraient payés pour réduire leur empreinte carbone et la nôtre, pour préserver la nature. Nous nous préoccupons de la qualité de l’eau, de la préservation des sols, et nous sommes prêts à payer ces gens pour qu’ils travaillent leur terre d’une manière qui ne soit pas seulement bénéfique pour eux, mais aussi pour nous. [...]

Ce qu’on veut, c’est offrir une certaine sécurité aux agriculteurs qui en ont besoin. [...]

L’agriculture doit évoluer, et je pense que les changements climatiques et les impératifs énergétiques fournissent une opportunité idéale. [...] En ce moment, nous avons une occasion unique de nous attaquer aux réformes : les Américains n’ont jamais été aussi attentifs à ce qu’ils mangent.

Nous devons encourager nos enfants à devenir des consommateurs alimentaires avertis. Ils faut qu’ils aient envie de fruits et légumes variés dans leurs assiettes. Ils doivent être capables de réclamer ça. On doit les y encourager. Cette crise énergétique et climatique est une opportunité formidable. Mais le changement, c’est toujours difficile. »

Il aura fallu cinq ans à Tom Vilsack pour aboutir. J’imagine que ce Farm Bill tout neuf ne comble pas toutes ses attentes, mais la politique, c’est l’art des compromis, non ?

Evidemment, l’impact de cette loi sur l’économie mondiale ne va pas se faire sentir tout de suite. Le rouleau compresseur agricole américain va continuer à laminer les cultures des pays pauvres. Mais à l’échelle des Etats-Unis, le progrès est indéniable.

                                                                                                                                                                              Source : blogs.rue89.nouvelobs.com


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Vendredi 7 mars 2014 5 07 /03 /Mars /2014 15:50

 

Source : rue89.nouvelobs.com


Explicateur 05/03/2014 à 18h11

Kiev : le nouveau pouvoir « sous influence néonazie » ? C’est n’importe quoi

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

Oui, la révolution ukrainienne a été soutenue par des partis d’extrême droite, issus ou proches du néonazisme. Mais les accusations de Mélenchon et Poutine sont ineptes. Voici pourquoi.

 


Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, le 19 février 2014 (Xavier Malafosse/SIPA)

 

En considérant que le nouveau pouvoir à Kiev, « putschiste » et « aventurier », est sous l’influence « détestable » de « néonazis », Jean-Luc Mélenchon a choqué.

Mardi matin, sur France Inter, Daniel Cohn-Bendit, vice-président des Verts européens, s’en est pris au leader du Front de Gauche :

« Il est dingue ! J’en ai marre de Jean-Luc Mélenchon ! [...] Et dans la Résistance, en France, il n’y avait pas des gens d’extrême droite ? Il faut arrêter [...]. Oui, il y a une extrême droite fasciste en Ukraine. Ils ont eu 10% aux dernières élections. Mais c’est pas le mouvement !

La Résistance en France, le génie c’est qu’il y avait des communistes et des ultranationalistes qui étaient d’extrême droite, mais contre les Allemands... Les Ukrainiens, ils se sont rassemblés contre les Russes [...]. Maïdan, c’est pas l’extrême droite ! »

Daniel Cohn-Bendit sur France Inter, le 4 mars 2014  (lien)

« Je ne comprends pas que Mélenchon dise de bêtises aussi incroyables »

L’accusation lancée par Mélenchon rejoint la rhétorique de Moscou, qui dénonce sans relâche une « révolution brune » de Kiev. Une façon de discréditer le mouvement de Maïdan, qui serait, dans l’esprit de ceux qui le déconsidèrent, un « coup » des pays de l’Otan pour affaiblir la Russie.

Quelle est la réalité sur laquelle elle s’appuie ?

                                                                                                                                                                                     

    1 D’où viennent les accusations visant des complicités « fascistes » ?


 


Oleg Tiagnibok, leader de Svoboda (ВО Свобода/Wikimedia Commons/CC)

 

Le mouvement de la place de Maïdan avait trois porte-parole :

  • le boxeur Vitali Klitschko ;
  • l’ancien ministre des Affaires étrangères Arseni Iatseniouk, devenu Premier ministre ;
  • le leader du parti Svoboda, Oleg Tiagnibok.

Svoboda (qui signifie liberté) est un parti ultranationaliste d’extrême droite. Créé en 1991, il s’appelait jusqu’en 2004 Parti social-national, référence explicite au national-socialisme. Le symbole du parti était une sorte de « Wolfsangel » (qui était utilisé par certaines divisions SS pendant la Seconde Guerre mondiale), mais inversé.

Le Wolfsangel représente un crochet dont on se servait pour chasser le loup. Le Parti social-national d’Ukraine l’a adopté, en lui donnant l’aspect d’un I barrant un N, pour « idée de la nation » (Ідеї Nації).

 


Un brassard place Maïdan (Capture d’écran de la BBC)

 

En 2004, le parti a été rebaptisé pour devenir Svoboda (Liberté). Il a également changé de symbole, pour adopter une main faisant un W, rappel des armoiries de l’Ukraine. Il rejette officiellement le nazisme, mais il continue à afficher des portraits du nationaliste devenu collaborateur Stepan Bandera (il y en avait même sur la place Maïdan). Oleg Tiagnibok a tenu à de nombreuses reprises des propos ouvertement antisémites. Il a ainsi qualifié il y a quelques années le pouvoir en place de « mafia juive-russe ».

Mais selon Alexandra Goujon, spécialiste de l’Ukraine, maître de conférences à l’université de Bourgogne (Dijon), il est clair que Svoboda est devenu au fil des ans « de moins en moins radical », et cherche aujourd’hui à adopter des positions respectables, « même si certains cadres, dans l’ouest du pays, restent très virulents ».

Les quatorze mots de David Lane

D’autres mouvements ultra-nationalistes et antisémites, comme le nouvellement créé Praviy Sektor (Secteur de droite) ou C14 (affilié à Slovoda), ont également été très actifs dans la révolution de Maïdan. Le chiffre de quatorze renvoie aux quatorze mots de David Lane et des tenants du White Power : « Nous devons préserver l’existence de notre peuple et l’avenir des enfants blancs. »

Donc, oui, la révolution de Kiev a été soutenue par des partis d’extrême droite issus ou proches du néonazisme. Mais ils étaient extrêmement minoritaires sur la place de Maïdan et ils ne pèsent pas lourd au sein du nouveau pouvoir.

                                                                                                                                                                                           

 2 Pourquoi ces références au nazisme ?

 


Stepan Bandera, héros nationaliste et ancien collabo (Wikimedia Commons)

 

Le nationalisme ukrainien n’a rien à voir avec le nationalisme en France ou dans d’autres pays occidentaux : il s’agit d’un nationalisme de libération, face à la menace bien concrète russe. « L’indépendance que les Ukrainiens cherchent à préserver est très récente », rappelle Alexandra Goujon : une vingtaine d’années.

On ne peut pas comprendre le nationalisme ukrainien et, de la part des plus radicaux, les références au nazisme, sans relire l’histoire de ce pays.

Ce qui n’a pas encore été réglé, constate Alexandra Goujon, c’est la question de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 30, l’Ukraine était sous le joug soviétique et a vécu durement la collectivisation forcée des terres et la terrible famine ( « holodomor ») de 1933, considéré comme un génocide en Ukraine (3 millions de morts). Puis, en septembre 1939, l’Ukraine occidentale (occupée par la Pologne) a été envahie par l’Armée rouge, et a subi une répression terrible. Dans ce contexte, les nazis, flattant le nationalisme ukrainien, ont été accueillis comme des libérateurs. Stepan Bandera s’est associé à eux et ses adeptes ont participé à des massacres de juifs dans le pays.

Bandera fait « héros de l’Ukraine » par Iouchtchenko

L’extrême droite n’est pas la seule à faire du collaborateur Stepan Bandera (qui finit tué en 1959 par un étudiant manipulé par les soviétiques) un héros et martyr.

En 2010, le président Iouchtchenko lui a attribué de façon posthume le titre de « héros de l’Ukraine », ce qui a choqué le Centre Simon-Wiesenthal.

Dans l’esprit d’une partie des Ukrainiens, Stepan Bandera s’était allié aux nazis pour des raisons tactiques, le but étant l’indépendance de l’Ukraine. D’ailleurs, il est entré en conflit contre les Allemands par la suite.

                                                                                                                                                                                    

        3 Quelle est l’influence de ces groupes sur le mouvement de Maïdan ?

 

Sur l’immense place de l’Indépendance, Maïdan, les groupes néonazis étaient très minoritaires.

Les journalistes internationaux qui ont suivi ces événements ont tous décrit un mouvement populaire et spontané. Par exemple, Eric Bouvet, photographe, qui a suivi l’insurrection de Kiev pour Paris-Match. Interrogé sur France Culture dimanche, il a catégoriquement récusé l’influence de l’extrême droite sur le mouvement : dans le chaos, les mouvements extrémistes ont surgi, se borne-t-il à constater :

« Les gens qui sont morts devant moi, c’était des gavroches, c’était des gens de 60 ans, des gens de tous les jours. Je suis très énervé contre les gens qui parlent sans savoir. »

Eric Bouvet sur France Culture, le 2 mars 2014

« Un mouvement du peuple »

Les manifestants qui ont renversé le pouvoir de Kiev étaient en quasi totalité des gens ordinaires, démocrates et pro-européens : des étudiants, des professions libérales, des retraités, des enseignants, des mères de famille... Des manifestants pacifiques bien loin des idées nationalistes et antisémites des partis d’extrême droite.

« J’ai même vu Oleg Tiagnibok [le leader de Svoboda, ndlr] se faire siffler, comme d’autres politiciens, sur la place Maïdan », raconte Alexandra Goujon, qui a passé du temps avec les manifestants.

Mais des groupes extrémistes, mus par le rejet des Russes plus que par l’attrait de l’UE, se sont montrés très actifs et organisés, et prompts à se confronter à la police.

Le rempart qui protégeait les occupants de la place

C’est le cas des militants de Praviy Sektor, notamment, reconnaissables à leurs treillis militaires et leurs battes de base ball. Ils ont organisé la défense de la place lorsque la violence policière est devenue extrême. Ils sont devenus le rempart protégeant les occupants de la place, ce qui les a rendus populaires.

 

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Séance d'entraînement organisée par Praviy Sektor (ultra-nationalistes), principal groupe de défense de Maïdan

 

Aujourd’hui, même si aucun d’entre eux ne semble figurer parmi les morts de Maïdan, ils considèrent que la chute du gouvernement est un peu leur victoire. Et Secteur de droite en a tiré une certaine aura : « L’influence de l’extrême droite croît », juge Gabriel Gatehouse, journaliste de la BBC, qui a enquêté sur le sujet.

 

 

L’extrême droite et le mouvement de Maïdan

Reportage de la BBC (en anglais)

Dans le brouillard révolutionnaire, les choses sont toujours plus compliquées qu’on ne le pense. Ainsi le quotidien israélien Haaretz a publié le témoignage d’un ancien soldat de l’armée israélienne, trentenaire, juif orthodoxe, surnommé Delta, qui a pris la direction d’un groupe d’émeutiers baptisé Les Casques bleus de Maïdan. Or, il raconte à Haaretz qu’il prenait ses ordres de... Svoboda :

« Je ne suis pas membre, mais je prends mes ordres de leur équipe. Ils savent que je suis israélien et un ancien de Tsahal. Ils m’appellent “frère”. Ce qu’on dit de Svoboda est exagéré, je peux en témoigner. Je ne les aime pas parce qu’ils sont incohérents, mais pas à cause de la question de l’antisémitisme. »

L’antisémitisme existe en Ukraine, même s’il n’est pas le premier moteur des groupes néonazis ukrainiens. Ce mardi, à New York, le grand rabbin Yaacov Bleich a insisté : en dépit de ce que racontent les médias russes, les incidents antisémites en Ukraine sont « extrêmement peu fréquents ». Selon l’université de Tel-Aviv, la France est le pays qui a connu en 2012 le plus d’incidents antisémites (200), suivie par les Etats-Unis (99), la Grande-Bretagne (84) et le Canada (74).

                                                                                                                                                                                    

        4 Quelle place Svoboda a dans le nouveau pouvoir ?

 

Lors des dernières élections, en 2012, Svoboda a capté 10,45% des suffrages (mais 50% dans la ville de Lviv). Il a conquis 38 des 450 sièges du parlement. Dans les sondages, il est aujourd’hui en recul.

 


« Blague » de deux députés de Svoboda, Edouard Leonov et Ruslan Zellik, montrent des chiffres nazis (88 = HH = Heil Hitler et 14 = les 14 mots du suprémaciste blanc David Lane) (Capture d’écran de la BBC)

 

Le nouveau gouvernement, formé après la chute de Viktor Ianoukovitch, compte trois députés élus sur des listes Svoboda :

  • Alexander Sitch, vice-Premier ministre ;
  • Alexander Mirny, ministre de l’Agriculture ;
  • Andriy Mokhnik, ministre de l’Ecologie.

Le ministre de la défense, l’amiral Ihor Tenyukh, qui a dirigé les forces navales ukrainiennes, est aussi issu des rangs de Svoboda. Deux autres cadres d’extrême droite ont hérité de postes sensibles :

  • Dmitri Iarosh, leader de Secteur de droite, a été nommé secrétaire adjoint du Conseil national de sécurité et de défense. Il seconde Andriy Parubiy, député élu sur la liste Patrie de Ioulia Timochenko, mais qui a été le cofondateur du Parti social-national en 1991. Le Conseil national de sécurité et de défense supervise le ministère de la Défense, la police, le renseignement ;
  • Oleh Makhnitski, membre de Svoboda, a été nommé procureur général de l’Ukraine.

Commentaire d’Alexandra Goujon :

« Lors de tout changement de pouvoir, il faut évidemment rester vigilant. Ce qui est sûr, c’est que ceux qui dirigent l’Ukraine aujourd’hui ne sont pas des néonazis : ce sont des hommes et des femmes politiques tournés vers l’Europe et la démocratie. »

Tout cela ne fait pas un gouvernement « sous influence des néonazis », mais il est clair que la présence de ces radicaux au sein du nouveau pouvoir est « détestable ». Et que les Occidentaux doivent tout faire pour favoriser les composantes démocratiques de la coalition en place, et prendre leurs distance avec les autres.

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 


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Mardi 25 février 2014 2 25 /02 /Fév /2014 17:04

 

Source : www.mediapart.fr

 

Les manifestations au Venezuela, premier test pour Maduro

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Nicolas Maduro est confronté depuis 15 jours à de vastes manifestations dénonçant les difficultés économiques croissantes du pays et la criminalité persistante. Une mobilisation qui a conduit le gouvernement à réagir très violemment, soulignant la faiblesse de Maduro, qui ne possède ni le charisme ni le talent politique de son prédécesseur Hugo Chavez.

Après plus de deux semaines de manifestations et une douzaine de morts dans les rangs des contestataires, les protestations se sont poursuivies en ce début de semaine au Venezuela. Si plusieurs médias sud et nord-américains y ont vu des similarités avec ce qui se déroule en Ukraine, voire en Thaïlande, la comparaison semble plutôt hasardeuse. Tout d’abord parce que le Venezuela est familier des grands (et parfois violents) mouvements populaires. Ensuite parce que le pouvoir du président Nicolas Maduro, le successeur et héritier désigné d’Hugo Chavez, semble solidement assis grâce à un mélange de soutien populaire et de main de fer autoritaire. Mais il n’empêche : selon la plupart des analystes qui observent ce qui se passe ces jours-ci à Caracas et dans les régions de l’ouest, ces manifestations sont bien le symptôme des difficultés de Maduro à s’imposer dix mois après son élection, et de la crise que traverse le « chavisme » en raison de ses choix économiques.

Les manifestations ont démarré début février dans la ville de San Cristobal, à l’ouest du pays, un des bastions de l’opposition, suite à la tentative de viol d’une étudiante. Ses camarades sont descendus dans la rue afin de faire part de leur ras-le-bol du climat d’insécurité qui règne dans leur ville et dans l’ensemble du pays. Le Venezuela a beau avoir cessé de publier ses statistiques criminelles depuis dix ans, plusieurs ONG qui compilent les crimes estiment que le pays pointe en troisième position mondiale en matière de criminalité, juste derrière le Honduras et le Salvador, avec 79 meurtres par 100 000 habitants (les États-Unis, en comparaison, affichent 4,7 homicides par 100 000 habitants, et la France 1,4).

La réaction des autorités a été d’arrêter les étudiants et, selon les plaintes de plusieurs d’entre eux, de les violenter en détention. Au lieu de calmer les protestataires, cela n’a fait que les enflammer et les manifestations ont fait boule de neige dans d’autres villes du pays, jusqu’à parvenir à la capitale. Très vite, la lamentation sur les problèmes d’insécurité a cédé la place aux revendications économiques, principalement l’inflation et les pénuries de biens essentiels. Aujourd’hui, malgré les mesures drastiques de contrôle des prix et les admonestations du gouvernement à l’encontre des entreprises et des commerçants, le taux d’inflation est l’un des plus élevés au monde : 56 % l’an dernier. Quant aux carences en biens alimentaires essentiels comme la farine, l’huile, le café ou le riz, qui durent depuis plus d’un an, elles résultent de plusieurs facteurs : contrôle des prix, contrôle des changes et dépendance extrême des importations. Dans un pays qui est un des plus gros exportateurs de pétrole et qui possède les plus grosses réserves d’hydrocarbures de la planète, cela paraît incompréhensible à de nombreux Vénézuéliens.

 

Un manifestant défile devant la police anti-émeutes à Caracas, le 12 février 2014 
Un manifestant défile devant la police anti-émeutes à Caracas, le 12 février 2014 © Jorge Silva/Reuters

Le gouvernement, quand il n’accuse pas la CIA d’être à l’origine de ces pénuries, reconnaît qu’elles existent (de même que l’inflation), mais il souligne, à juste titre, que ces maux sont compensés par les bénéfices étatiques offerts à plusieurs millions de citoyens des classes populaires, notamment grâce à des prix réduits pour l’achat de denrées alimentaires. Cela explique aussi pourquoi les manifestants actuels sont principalement issus des classes moyennes et aisées, qui acceptent mal les restrictions et les prix galopants.

Un économiste de l’Université de Caracas, qui se réclame d’un soutien « raisonné » au chavisme mais préfère ne pas être cité dans la presse étrangère, avance les explications suivantes : « La faiblesse de l’économie vénézuélienne est le résultat du modèle pétro-étatique qui a été poussé à outrance. L’augmentation considérable des prix du pétrole dans les années 2000 nous a permis de créer un système de subventions sociales qui a sorti des millions de personnes de la misère. Mais dans le même temps, le gouvernement a également tenu à contrôler les prix, les importations, et la distribution de devises, ce qui aboutit à des pénuries et à des marchés noirs parallèles. Aujourd’hui, bien que le prix du pétrole reste élevé, le gouvernement a de moins en moins d’argent. »

Là encore, le gouvernement ne publie pas de statistiques fiables mais le déficit budgétaire en 2012 et 2013 se serait élevé à respectivement 12 % et 17 % du PIB. La Chine, qui finance ce déficit, aurait récemment demandé que ses prêts soient gérés directement par Pékin, afin de mieux contrôler leur allocation. Dans un rare accès de franchise, ou alors de dissension polie dans les rangs des « chavistas », le vice-président en charge de l’économie, Rafael Ramirez, a déclaré il y a quelques mois dans un entretien télévisé : « Nous savons combien de dollars nous avons (tirés des ressources pétrolières, ndlr), mais le problème est que nous n’avons aucune planification pour les utiliser. Environ 30 % des fonds dépensés par le gouvernement sont détournés de leur objectif premier. » Gabegie, inefficacité, corruption, il ne s’est pas étendu, mais son message était clair. « Le paradoxe du chavisme », poursuit l’économiste de l’Université de Caracas, « est qu’il prêche le socialisme en même temps qu’il encourage le consumérisme. Cette approche n’est tenable que tant que l’argent du pétrole coule à flot et qu’il est utilisé efficacement. » 

La répression violente découlerait d’un gouvernement moins assuré de sa position

Après le succès et la spontanéité des premières manifestations début février, l’opposition s’est réveillée et a commencé à appeler à la démission de Nicolas Maduro. Mais, comme souvent au Venezuela, c’est l’opposition la plus radicale qui a été la plus véhémente, alors même que l’opposant de Chavez puis de Maduro à la présidentielle, Henrique Carpiles, s’est d’abord montré assez réservé avant de finalement prendre le train en marche. Le souvenir de la tentative de coup d’État de 2002 (Chavez fut « démis » pendant 36 heures), puis des manifestations de 2007, a conduit le gouvernement à réagir très violemment, ce qui a surtout eu pour effet de souligner la faiblesse de Maduro, qui ne possède ni le charisme ni le talent politique de son mentor et prédécesseur. L’accusation de « fascisme » a été brandie en permanence et à toutes les sauces contre les manifestants, les éternels boucs émissaires ont été vilipendés (les États-Unis, les médias étrangers, les « contre-révolutionnaires »), mais des groupes paramilitaires à moto, les « colectivos » ont été toutefois envoyés à proximité des rassemblements pour ouvrir le feu, avec des tactiques ressemblant à celles des « bassidji » iraniens. Des contre-manifestations de soutien au gouvernement ont été organisées et, si elles ont été massives, elles ont paru manqué d’enthousiasme.

Car même si Maduro essaie d’imiter Chavez, voire de faire dans la surenchère (dans la rhétorique et la poigne de fer), il ne possède pas sa capacité de conviction ni d’entraînement. Pour Yon Goicoechea, un des leaders étudiants de 2007, la grande différence avec ce qui s’est passé il y a sept ans est que « Chavez est mort. Les manifestants se battent donc contre un gouvernement plus faible, ce qui augmente leur potentiel de réussite ». La répression violente découlerait donc d’un gouvernement moins assuré de sa position. Même s’il est difficile de savoir ce qui se passe réellement à l’intérieur des cercles dirigeants, il est également possible que certains « chavistes » cherchent à affaiblir Maduro, notamment celui qui fut son principal concurrent pour la succession du « commandante », le président de l’Assemblée Diosdado Cabello. Si ce dernier a affiché son soutien au gouvernement, c’est néanmoins lui qui s’est montré pour escorter un des leaders de l’opposition, Leopoldo Lopez, quand celui-ci s’est rendu aux autorités, alors qu’il ne possède aucune autorité policière ou judiciaire…

 

 

Une attaque de "colectivos" filmée par un témoin

Depuis son accession au pouvoir, Nicolas Maduro s’est également attaché à museler les médias locaux et à intimider les médias étrangers comme cela n'avait jamais été entrepris sous Chavez. Depuis un an, presque tout ce qui restait de journaux ou de chaînes de télévision indépendants a été racheté par des proches du pouvoir et c’est désormais l’autocensure qui règne. Au point que plusieurs groupes de journalistes se sont rassemblés dans des comptes Twitter collectifs et anonymes afin de pouvoir s’exprimer librement sur les événements dans leur pays (voir ici ou ). Du coup, alors que les chaînes de télévisions ne parlent quasiment pas des manifestations qui se déroulent depuis deux semaines, ce sont les réseaux sociaux qui ont pris le relais, contribuant à déborder le gouvernement. « L’absence de couverture des événements et de décryptage du comportement erratique du gouvernement ne fait qu’aggraver la situation », explique Daniel Lansberg-Rodriguez, un analyste politique plutôt hostile au chavisme. « En tentant d’étouffer toute critique domestique, le régime court le risque de s’exposer à une contestation de plus grande ampleur. »

Alors que l’opposition commence à présenter un front uni, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici, elle a finalement refusé de rencontrer Maduro lundi 24 février. Cela signifie qu’elle entend capitaliser sur les mouvements de rue qui se poursuivent, mais aussi que les manifestations sont en train de basculer sur le terrain politique. Or l’opposition vénézuélienne a toujours été son propre pire ennemi depuis vingt ans. Clanique et représentant les classes privilégiées du pays, elle n’a jamais su tendre la main aux « chavistes » modérés des classes moyennes et populaires. Du coup, elle contribue à cliver la nation autant que les harangues de Maduro, pour qui il est facile de mobiliser les classes populaires qui ont toujours défendu Chavez.

 

 

Lire aussi

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Lundi 24 février 2014 1 24 /02 /Fév /2014 19:01

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Ouganda : une loi antihomosexualité drastique entre en vigueur

Le Monde.fr avec AFP | 24.02.2014 à 15h56 • Mis à jour le 24.02.2014 à 18h51

 
 

 

Le président ougandais a changé d'avis après consultation d'un groupe de « scientifiques » qui lui ont assuré que l'homosexualité était « comportementale, pas génétique »

 

Malgré les tentatives de dissuasion des gouvernements occidentaux et des défenseurs des droits de l'homme, le président ougandais, Yoweri Museveni, a promulgué, lundi 24 février, une loi durcissant la répression de l'homosexualité, qu'il avait un temps refusé de signer. « La loi entre de ce fait en vigueur », a résumé Sarah Kagingo, une porte-parole de la présidence ougandaise.

Les relations homosexuelles sont déjà passibles de prison à vie en Ouganda, mais cette législation, adoptée à une écrasante majorité le 20 décembre par le Parlement, interdit notamment toute « promotion » de l'homosexualité et rend obligatoire la dénonciation de quiconque s'affichant homosexuel(le).

Voir la carte : L'homosexualité, un crime dans de nombreux pays d'Afrique et du Moyen-Orient

 

L'Ouganda et le Nigeria viennent d'adopter une loi condamnant l'homosexualité, qui est toujours réprimée dans plus de 80 pays.

 

En conséquence, les Pays-Bas ont décidé de suspendre une aide à l'Ouganda. Premier pays au monde à légaliser le mariage homosexuel, en 2001, les Pays-Bas ont gelé le versement d'une aide annuelle de 7 millions d'euros destinée au renforcement du système judiciaire ougandais.

 

 L'OUGANDA REJETTE « L'IMPÉRIALISME » OCCIDENTAL

Les dispositions les plus controversées, prévoyant la peine de mort en cas de récidive, de rapport avec un mineur ou de rapport en se sachant porteur du virus du sida, ont été abandonnées, mais la loi reste très critiquée.

Elle a suscité des critiques virulentes, notamment de la part des Etats-Unis, allié-clé de Kampala, qui avaient récemment averti que l'entrée en vigueur de cette loi « compliquerait [ses] relations » avec Kampala. « Le projet de loi antihomosexualité en Ouganda, une fois promulgué, sera plus qu'un affront et un danger pour la communauté gay d'Ouganda. Ce sera un pas en arrière pour tous les Ougandais », avait souligné le président Barack Obama.  « Personne ne devrait subir des discriminations, ou être puni pour qui on est ou qui on aime », a aujourd'hui déploré la conseillère de sécurité nationale du président américain, Susan Rice, sur son compte Twitter, ajoutant qu'il s'agit d'un « triste jour » pour ce pays et le monde entier.

Mais le président ougandais a assuré ne pas se laisser impressionner. « Les étrangers ne peuvent pas nous donner des ordres. C'est notre pays. [...] Ils doivent être avec nous, s'ils ne le veulent pas qu'ils gardent leur aide », a-t-il martelé après avoir paraphé la loi : « Je conseille aux amis occidentaux de ne pas faire [du sujet] un problème » car « ils ont beaucoup à perdre ».

« Imposer des valeurs sociales d'un groupe à notre société, c'est de l'impérialisme social. Maintenant, vous nous dites que nous devrions vivre comme vous. Pas du tout ! » a poursuivi M. Museveni, dont le gouvernement fait déjà l'objet de sévères critiques occidentales pour sa corruption endémique et le sort réservé aux homosexuels.

Lire aussi notre analyse : En Afrique, l’homosexualité hors la loi

 

Barack Obama avait exprimé son inquiétude, le 16 février, face à la promulgation attendue de la loi controversée de répression de l'homosexualité en Ouganda.

 

HOMOSEXUALITÉ « COMPORTEMENTALE, PAS GÉNÉTIQUE »

Le président ougandais, un chrétien évangélique au pouvoir depuis 1986, avait initialement indiqué qu'il ne promulguerait pas la loi antihomosexualité car il est « mal de punir une personne parce qu'elle est anormale », qualifiant les homosexuels de « malades ».

Il avait ensuite annoncé avoir changé d'avis après consultation d'un groupe de « scientifiques » qui lui ont assuré que l'homosexualité était « comportementale, pas génétique ». Lundi, il a également fustigé le sexe oral, pratique selon lui encouragée par le monde occidental. « La bouche sert à manger, elle n'est pas faite pour le sexe. Je veux mettre en garde nos enfants », a-t-il lancé.

M. Museveni avait déjà, au début de février, promulgué une loi antipornographie, interdisant notamment certaines manières de s'habiller « provocatrices », bannissant les artistes légèrement vêtus de la télévision ougandaise et surveillant de près les sites consultés par les internautes.

Les homosexuels sont l'objet de persécutions et de violences pouvant aller jusqu'au meurtre en Ouganda, pays où l'homophobie est largement propagée par les très influentes Eglises évangéliques.  Le Prix Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu a jugé que cette loi rappelait les tentatives des nazis et du régime d'apartheid de « légiférer contre l'amour ».

Lire aussi notre récit : Au Cameroun, Roger Mbédé, mort pour avoir été homosexuel

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

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Samedi 22 février 2014 6 22 /02 /Fév /2014 20:29

 

Source : mondeacinter.blog.lemonde.fr

 

La Bosnie s’essaye à la démocratie directe

 
in Share3

Après avoir poussé leurs dirigeants locaux vers la sortie, plusieurs villes de Bosnie expérimentent depuis plus d’une semaine une nouvelle forme d’organisation citoyenne, le « plénum ».


Manifestants antigouvernementaux, le 9 février à Sarajevo. Antonio Bronic/Reuters

Manifestants antigouvernementaux,
le 9 février à Sarajevo. Antonio Bronic/Reuters

 

 Difficile de comprendre de prime abord ce qu'est un « plénum », l'une des expressions les plus caractéristiques du mouvement de protestation bosnien. Le terme a des consonances antiques, mais évoque surtout les réunions plénières du Parti dans les ex-pays communistes et socialistes. En Bosnie, c’est à Tuzla que les premières assemblées citoyennes plénières ont été organisées, trois jours après les émeutes qui constituèrent le point de départ du mouvement de contestation, le 5 février. S’inspirant des mouvements étudiants qui agitèrent la faculté de philosophie de Zagreb en 2009, ces assemblées ouvertes à tous ont pour but de transcrire un ensemble diffus de revendications en actions concrètes.

A Sarajevo, vendredi 14 février, près de 900 personnes se sont ainsi réunies à quelques mètres du siège de la présidence bosnienne, devant lequel les manifestants se rassemblent quotidiennement. Les organisateurs ont affiché leur satisfaction devant le déroulement sans anicroche de cet exercice grandeur nature de démocratie directe : « Je suis très fière, a déclaré Valentina Pellizzer, membre du comité d’organisation. Les citoyens ont prouvé qu’ils peuvent se réunir sans violence ». Deux jours plus tôt, dans une salle plus petite de l’université de Sarajevo, un premier plénum s’était tenu de manière assez chaotique, obligeant la plupart des citoyens à écouter les interventions sous la pluie.

Cette fois, le canton de Sarajevo avait mis à disposition, vendredi, l’amphithéâtre du centre culturel et sportif de Skenderija, un complexe qui autrefois accueillait des compétitions olympiques. Le dispositif de sécurité, privé, a été renforcé par un détecteur de métaux et une fouille au corps à l’entrée. « Les méchants hooligans, c’est nous ! » a plaisanté Sanja Dervisevic, étudiante en médecine de 31 ans. Assurer la sécurité est effectivement le principal enjeu du comité d’organisation, qui cherche à contrecarrer l’image de casseurs qu’il reproche aux médias de véhiculer.

 

Sit-in devant un bâtiment public, le 8 février à Sarajevo. Antonio Bronic/Reuters

Sit-in devant un batiment public, le 8 février à Sarajevo. Antonio Bronic/Reuters

 

Espace de parole, le plénum se déroule selon des consignes très strictes. Deux minutes par intervention, un vote à main levée pour chaque décision, pas de leaders mais des modérateurs. « Il s’agit d’un mouvement sans représentant, explique Valentina Pellizzer, qui tient à être citée comme citoyenne, et non comme porte-parole. C’est ce qui choque le plus les politiciens, qui n’ont personne à qui s’adresser. »

Conséquence directe du ras-le-bol des protestataires face à une élite jugée corrompue et "kleptocratique", les politiques sont honnis. Seul le « citoyen » prévaut lors de ces plénums, où tous sont admis à s'exprimer, sauf les représentants de partis politiques. Ce soir là à Sarajevo, après une présentation très solennelle des règles par Nermin Tulic, un comédien populaire qui a perdu ses jambes pendant la guerre, les médias sont invités à éteindre téléphones et ordinateurs et à s'exprimer, eux aussi, en tant que simples citoyens.

Au micro, les interventions chronométrées se succèdent. Certains, par timidité, n'y restent que quelques secondes. D’autres démontrent de véritables talents d’orateur, haranguent la foule et suscitent des salves d’applaudissements comme dans les meilleurs meetings. Beaucoup expriment leurs doléances et leurs difficultés personnelles, reflet de la débâcle économique à l’origine des contestations, d'autres présentent des listes de propositions dans leur domaine d’activité. « C’est comme une thérapie collective citoyenne », commente Mladen Jelicic, un humoriste bosnien réputé. De fait, l’ambiance est bon enfant, et l'assemblée très hétéroclite : des étudiants, des chômeurs, certes, mais aussi des universitaires, des employés, et une ancienne championne olympique.

Puisque le premier ministre du canton de Sarajevo a démissionné, il s’agit de formuler des revendications qui seront présentées à l’Assemblée cantonale. « Toute la spontanéité des manifestations doit maintenant être organisée dans un programme », explique Marina Antic, du Mediacentar. Parmi les « demandes » votées ce vendredi 14 février figurent ainsi la nomination d’un gouvernement d’experts composé de membres non politiques, et une baisse des salaires des fonctionnaires du canton.

Sanja Dervisevic, qui assiste aux manifestations depuis le premier jour, se veut optimiste quant à l’efficacité de ce mode d’organisation : « Ça ne peut de toute façon pas être pire que le gouvernement qu’on a eu pendant vingt ans. » Egalement étudiante en médecine, sa voisine, qui se méfie des médias et veut garder l'anonymat, est plus sceptique : « La Constitution ne permet pas d’organiser des élections anticipées ; le gouvernement fédéral est déjà un gouvernement technique, et ça n’a rien changé. »

Des groupes de travail ont été formés dès dimanche afin d’approfondir ces demandes et de vérifier qu’elles entrent dans le cadre de la loi.  Le travail ne fait donc que commencer : « Nous avons la salle jusqu’à la fin du mois ! » peut-on lire sur la page Facebook du Plénum de Sarajevo, moyen de communication privilégié par le comité d’organisation.

 Adrien Barbier (à Sarajevo – Monde Académie)

 


Source : mondeacinter.blog.lemonde.fr

 


 

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Vendredi 21 février 2014 5 21 /02 /Fév /2014 20:04

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

Au Venezuela, la bataille fait rage sur Internet

Le Monde.fr avec AP | 21.02.2014 à 18h22

 

 

 

INTER - VENEZUELA - Venezuelan opposition leader Leopoldo Lopez gets into a National Guard armored vehicle in Caracas February 18, 2014.

 

Le bras de fer qui s'est engagé entre le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et des milliers de contestataires descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol face à la situation sociale et politique, début février, a gagné la Toile. Dans un pays où les médias sont étroitement contrôlés par les autorités, héritage de quatorze ans de présidence de Hugo Chavez, Internet représente pour la moitié des 28 millions d'habitants qui y ont accès le seul moyen d'obtenir une information indépendante. Dans les médias gouvernementaux, les manifestations et affrontements avec les forces de l'ordre sont occultés. Le président Maduro a décidé l'arrêt de la diffusion dans le pays de certaines chaînes étrangères couvrant ces événements, à l'instar de la chaîne colombienne NTN24 et de la chaîne en espagnol du réseau américain CNN.

Les réseaux sociaux sont devenus incontournables pour les jeunes militants de l'opposition qui veulent s'organiser et échanger des informations sur les morts, les blessés et les arrestations. Tous types d'informations s'y échangent jusqu'aux rumeurs les plus folles. Sur YouTube, des militants des quatre coins du pays publient ainsi en ligne des vidéos de la répression policière. Parfois, les forces de sécurité apparaissent aux côtés de gangs motorisés de fidèles chavistes, à qui l'opposition impute certains des meurtres et abus.

Lire : Les médias au cœur de la crise politique au Venezuela

 

 INTERNET, CIBLE DES AUTORITÉS

Relais incontournable de la mobilisation, Internet est devenu la nouvelle cible des autorités. Sur Twitter, William Castillo, le directeur de Conatel, le régulateur gouvernemental des télécommunications, a estimé, dans un tweet publié le 20 février, que les réseaux sociaux sont « envahis par les cybercriminels qui attaquent des comptes et manipulent l'information ». Le ministre de l'information, Delcy Rodriguez, a dit que Twitter était utilisé pour « susciter l'angoisse et des violences visant à renverser le pouvoir ». Un groupe de hackers pro-gouvernementaux, appelé N33, a attaqué des comptes Twitter de plusieurs journalistes.

La guerre des réseaux a franchi la semaine dernière une nouvelle étape. Après la mort de trois personnes lors d'affrontements en marge des manifestations à Caracas, le 12 février, le gouvernement a bloqué le réseau de microblogging. Une sélection de sites Internet et l'application pour smartphones « Walkie-Talkie », populaire auprès des contestataires, ont été suspendus. La compagnie américaine Zello a indiqué que la compagnie nationale des télécommunications et fournisseur d'accès internet, CANTV, avait bloqué l'accès à son application jeudi soir. « Walkie-Talkie » avait été téléchargée plus de 150 000 fois en une semaine au Venezuela, a indiqué Zello.

 

DES SITES RENDUS INACCESSIBLES

Des militants pour la liberté d'Internet ont fait état, jeudi, de sérieuses entraves au service Internet fourni par CANTV, qui contrôle près de 90 % du trafic national, soit un quasi-monopole. Ils ont indiqué que des sites du type de NTN24.com, géré par le réseau d'information régional éponyme basé en Colombie, et pastebin.com, des forums utilisés par les cybermilitants pour partager anonymement les informations, ont été bloqués. Pour le directeur international de la fondation Frontière électronique, Danny O'Brien, la censure a été opérée « au hasard et de façon arbitraire ».

La société américaine Renesys, qui analyse le trafic Internet mondial, a confirmé le blocage de sites et la limitation de l'accès à Internet, sans être en mesure de préciser si cela était une opération délibérée de la part de CANTV. Le gouvernement a le pouvoir légal de bloquer les sites qui constituent, selon lui, une menace pour la sécurité nationale, ou qui offrent un point de vue indépendant ou contestataire, selon le rapport 2013 sur la liberté d'Internet dans le monde de l'organisation Freedom House. Ces pouvoirs discrétionnaires ont été rarement utilisés, sauf lors de grands événements politiques comme l'élection présidentielle d'avril 2013.

Par ailleurs, l'accès au Net a été totalement coupé, depuis mercredi soir, dans la ville universitaire de San Cristobal, la capitale de l'Etat de Tachira, proche de la frontière colombienne. Cette ville de 600 000 habitants, qui abrite une université privée et trois universités publiques, a vu naître la contestation sociale et politique, le 2 février. Selon un activiste local, le Réseau a été coupé alors que des utilisateurs postaient en ligne des vidéos de la répression policière dans la ville. « Nous sommes toujours sans accès à Internet », rapportait la journaliste Beatriz Font, présente sur place, jeudi soir.

 

 DES SOLUTIONS DE CONTOURNEMENT

Les images sont à nouveau accessibles sur Twitter. Le porte-parole de la société, Nu Wexler, a indiqué que des mesures avaient été prises pour « assurer la continuité du service ». Twitter a également mis en place une solution de contournement pour que les utilisateurs résidant au Venezuela continuent à recevoir les tweets sur leurs smartphones par messagerie.

Certains militants vénézuéliens comme Diaz Hernandez essaient de lutter contre la censure en diffusant des solutions de contournement, comme les réseaux privés virtuels (VPN). Certaines sociétés privées, fournissant des VPN, ont proposé leurs services gratuitement aux Vénézuéliens. En représailles, des sites gouvernementaux ont été la cible de hackers depuis l'étranger.

Lire le post de blog : Pourquoi le Venezuela explose-t-il maintenant ?

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

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Mardi 18 février 2014 2 18 /02 /Fév /2014 19:00

 

 

Source : www.mediapart.fr

Au Maroc, le sit-in des habitants d'Imider contre l'exploitation de la mine

|  Par Ilhem Rachidi

 

 


Depuis deux ans et demi, les habitants de la commune d’Imider, au sud-est du Maroc, observent un sit-in permanent contre l’exploitation d’une mine d’argent appartenant au holding de la famille royale. Aujourd'hui mardi, deux jeunes militants, arrêtés dans des circonstances obscures fin décembre, ont été condamnés à 10 et 18 mois de prison ferme. Correspondance du Maroc.


 Maroc, correspondance

Depuis deux ans et demi, les habitants d’Imider, au sud-est du Maroc, observent un sit-in permanent contre l’exploitation d’une mine d’argent, située à deux kilomètres de la commune, par la Société métallurgique d’Imider (SMI), une filiale du groupe minier Managem, du holding royal SNI. À 1 400 m d’altitude, au sommet du mont Alebban dans le Haut-Atlas, ils se relaient pour surveiller la vanne qu’ils ont fermée le 23 août 2011 pour couper l’alimentation en eau du principal forage vers la mine, après avoir constaté une baisse considérable du débit en eau dans les villages. Depuis, les niveaux d’eau sont remontés, d'après les habitants.

 

En août 2013, à Imider 
En août 2013, à Imider

Les habitants accusent la société métallurgique de pomper leurs réserves d’eau et de polluer la nappe phréatique. Ils estiment aussi que leur commune doit bénéficier de ses ressources naturelles et que la SMI doit employer davantage de population locale dans la mine. Cette mine est le septième producteur mondial d’argent. Son chiffre d’affaires, en hausse l’année dernière, s’élevait en 2011 à 75 millions d’euros et ses bénéfices à 32 millions d’euros.

En face, la population locale vit dans la pauvreté, dans une région où les infrastructures sont quasi inexistantes, l’État y étant totalement absent. Les dirigeants de la SMI soutiennent ne pas être responsables de cette situation et qu’au contraire, ils compensent autant que possible ce retard de développement de la commune (fournitures et transport scolaire, médecin pour le dispensaire, systèmes d'irrigation).

Mais les militants du mouvement n’en démordent pas. Ils continent à s’opposer non seulement à la SMI, mais aussi à une politique d’État qui, d'après eux, a laissé cette région à l’abandon. Depuis le début de ce mouvement, troisième du genre, baptisé le Mouvement sur la voie de 96 – en référence à un mouvement de 48 jours dispersé par la force en 1996 –, plus d’une douzaine de militants ont été incarcérés. Le plus connu, Mustapha Ouchtoubane, qui travaillait dans une des usines sous-traitantes de la SMI, a été arrêté le 5 octobre 2011 puis condamné à quatre ans de prison pour vol : 18 g d’argent avaient été retrouvés dans son véhicule de fonction. Mardi 13 février, Ichou Hamdane et Hamid Berka, arrêtés dans des circonstances obscures fin décembre, ont été condamnés à 10 et 18 mois de prison ferme pour « coups et blessures ». 

 

Hamid Berka et Mustupha Ouchtoubane 
Hamid Berka et Mustupha Ouchtoubane © DR

Brahim Udawd a rejoint ce qui deviendra un mouvement de contestation unique dès août 2011, alors que son village natal est en proie aux manifestations. À 27 ans, cet aide-mécanicien, qui n’a aucune expérience militante, décide de se consacrer pleinement à la lutte pour les droits économiques et sociaux des habitants d’une région pourtant riche en ressources naturelles. Pour lui, ces « procès fabriqués », ces arrestations et les pressions des autorités pour mettre un terme au sit-in n’ont pas affaibli la mobilisation des habitants, déterminés à arracher leurs droits malgré l’échec des négociations avec la SMI. 

Cela fait maintenant plus de deux ans et demi que vous observez un sit-in permanent au mont Alebban. Comment cela a-t-il commencé ?


1er août 2011. Sur les bidons, des slogans font référence à la pénurie d'eau potable. 
1er août 2011. Sur les bidons, des slogans font référence à la pénurie d'eau potable. © DR

Le mouvement a commencé à la fin de la période de travail saisonnier. Seule la moitié des étudiants (35 sur 70) a été recrutée. À chaque fin de saison, les élus promettent pourtant des postes chez les sous-traitants mais ils embauchent uniquement leurs proches. Les étudiants, ignorés par les responsables de la commune rurale, ont décidé de protester pour attirer l'attention sur leur problème. Après l’absence de réaction des responsables de la commune à une première manifestation, une marche a eu lieu le 1er août 2011. Les chômeurs se sont rendus au siège de la commune dans la matinée pour faire pression. Les femmes, de leur côté, ont préparé des bidons sur lesquels étaient inscrits des slogans faisant référence à la pénurie d'eau potable dans les villages depuis le printemps. On a organisé des manifestations de sensibilisation dans tous les villages alentour pour faire comprendre aux gens ce que nous revendiquons. Et le mouvement a commencé à prendre de l’ampleur.

Comment êtes-vous passés de ces manifestations au sit-in permanent ?

Les femmes, les vieux et même les enfants ont rejoint le mouvement. Ce n'était plus uniquement les étudiants et les chômeurs qui protestaient. On a tenu un sit-in devant le siège de la commune pendant dix-neuf jours, avec des marches vers la mine et tous les villages. Le 19 août 2011, pour réagir au silence des responsables locaux et provinciaux, la population a décidé au terme d'une discussion collective de porter la lutte à un autre niveau : c'était la naissance du sit-in permanent au sommet d'Alebban.

Dans la commune, qui participe à ce sit-in permanent ? Comment vous organisez-vous ?

La majorité de la population de la commune participe au sit-in pendant la journée. Le soir, les femmes, les vieux et les enfants rentrent dans leurs villages et les jeunes restent la nuit pour surveiller la vanne. Nous avons construit des cabanes en terre, en pierre, sur le mont Alebban pour nous protéger des conditions climatiques difficiles. La nuit, un service de sécurité surveille. Comme le sit-in se maintient depuis longtemps maintenant, nous ne pouvons pas tous être présents sur le mont. Il y a un membre de chaque famille qui est là. Moi, je reste à Alebban 14 jours sur 15. Je suis célibataire, je vis chez ma mère et j'y retourne une fois tous les 15 jours. Ma mère aussi vient 6 jours sur 7 à Alebban.

Pourquoi avez-vous décidé de vous impliquer dans ce mouvement ?


Brahim Udawd 
Brahim Udawd © RI

Avant la reprise de la lutte Occupy Imider (la région a connu d’autres mouvements, en 1996, notamment - ndlr), je travaillais comme aide-mécanicien dans un garage à Boumalne Dadès. Mais après avoir appris ce qui se passait dans mon village natal, je n'ai pas hésité à rejoindre le mouvement le 3 août 2011. J’ai laissé tomber mon travail – qui ne répondait pas non plus à mes qualifications, car j’ai un diplôme de technicien. La commune doit en passer par ce genre de manifestations. Les habitants souffrent. Ce jour-là, nous avons constitué le comité d'organisation et le comité de dialogue. Je me suis présenté avec mes amis devant les gens dans l'Agraw (l’assemblée générale). Ce mouvement est important pour moi car les responsables politiques et industriels, à travers une politique systématique de discrimination et de marginalisation, ont retardé le développement de cette commune, qui est l'une des plus anciennes. Je veux que cela s'arrête et que l'on corrige toutes ces erreurs commises dans cette région.

Le sit-in a lieu depuis plus de deux ans et demi. La mobilisation a-t-elle baissé ?

Nous sommes toujours en sit-in, et malgré les arrestations, la désinformation et le black-out médiatique, nous résistons. Nous maintenons en permanence la surveillance sur le mot Alebban et nous organisons des marches avec le même nombre de personnes qu'au début.

Quelle a été la réaction des autorités lorsque vous vous êtes installés au mont Alebban ? Ont-elles tenté de vous déloger ?

Des représentants des autorités viennent souvent sur le mont. En septembre 2011, la SMI a déposé une plainte contre les membres du comité de dialogue qu’elle accuse d'entraver son travail par la fermeture de la vanne. On a reçu des convocations mais on ne s'est pas rendus au poste de la gendarmerie de Tinghir. Du coup, le 20 septembre 2011, quatre jeunes et moi avons été arrêtés puis libérés le jour même, après une marche gigantesque. En novembre, les autorités ont essayé de disperser une assemblée générale en faisant survoler le mont par un hélicoptère.

Depuis le début du sit-in qu’avez-vous obtenu ? Où en est le dialogue avec la SMI ?


 

On a eu 16 rounds de dialogue mais, visiblement, il y a un manque de responsabilité et de sérieux de la part des représentants de la mine et une claire absence de neutralité du gouverneur, qui est en faveur de la SMI. Ils ne veulent pas réellement résoudre le problème. La situation à Imider est le résultat d'une politique d’État visant à dépouiller l'être humain de sa dignité. La SMI, quant à elle, mène une guerre chimique contre la population, à travers la pollution de l'air avec des produits hautement toxiques (cyanure, mercure) et l’assèchement des nappes phréatiques d'une commune rurale déjà connue pour son climat aride.

Les responsables de la SMI affirment que des études environnementales ont démontré qu’il n’y a aucun danger résultant directement de l’exploitation de la mine. Ils disent aussi que la SMI n’est pas responsable de la baisse du débit d’eau et qu’il n’y a aucun lien entre la nappe qui alimente la mine et les réseaux d’irrigation utilisés par les habitants.

Ce n'est pas crédible. Dans un pays comme le nôtre, tout se marchande. Je vis près de l'usine, je vois des fumées multicolores chaque matin. L'usine est entourée de montagnes de déchets. Des métaux lourds sont aussi utilisés pour le traitement de l'argent. Les surfaces irriguées ont dangereusement chuté. Les vents emportent toutes sortes de substances toxiques en direction des terres agricoles. Ajoutons à cela l'infiltration d’une quantité considérable d'eau polluée dans les nappes souterraines en l'absence d'une gestion stricte de ces déchets dangereux.

Pour la SMI, vos revendications en termes d’emploi sont irréalisables. 

Premièrement, concernant l’emploi chez les sous-traitants, ce n'est pas nous qui disons cela mais le cahier des charges des sous-traitants qui octroie la priorité à la population locale. Concernant l'embauche dans la société mère, la population locale, ce sont les sept villages d’Imider. Actuellement, 14 % de la main-d’œuvre affectée à la mine vient de la commune d'Imider. Le reste, de partout au Maroc. Nous demandons que 75 % des postes de travail à venir à la SMI soient accordés à la population locale. La SMI est d’accord uniquement pour 20 %. Les dernières négociations ont eu lieu le 22 novembre 2013 mais il n'y a pas de progrès.

Avez-vous des revendications politiques ? 

Notre mouvement sest constitué pour défendre des droits socio-économiques. C’est un mouvement apolitique, indépendant de toute institution politique. Il a comme référence la loi nationale et internationale.

Ci-dessous, les manifestations au fil des mois


Source : www.mediapart.fr

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Jeudi 13 février 2014 4 13 /02 /Fév /2014 23:13

 

 

Source : www.mediapart.fr


Trois morts dans des manifestations au Venezuela

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Des milliers d'étudiants et de chômeurs ont défilé dans les rues de plusieurs villes du pays pour protester contre l'inflation et l'insécurité. Dénonçant « des tentatives de coup d'État », le président Nicolas Maduro a déclaré que le gouvernement ne reculerait pas face aux protestations « fascistes ».

Des manifestations contre l'insécurité, l'inflation et les pénuries alimentaires, qui ont réuni plusieurs milliers d'opposants au gouvernement vénézuélien, ont fait trois morts et des dizaines de blessés dans plusieurs villes du pays.

Un militant pro-gouvernemental et un étudiant ont été tués par balles à Caracas. Un autre manifestant étudiant a été tué par balles à Chacao dans la banlieue populaire de la capitale vénézuélienne. Une trentaine de manifestants ont été arrêtés par la police anti-émeute, selon le ministre de l'intérieur, Miguel Rodriguez, cité par l'AFP. Deux journalistes, dont l'identité n'a pas été révélée, ont été arrêtés, a également indiqué le secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de presse, toujours selon l'AFP.

« Ils avaient tous des capuches, des radios et avaient dans leurs sacs des cocktails Molotov, des pierres, tous types d'objets visant à agresser les policiers », a-t-il affirmé. « Il n'y aura pas de coup d'État au Venezuela, ayez-en la certitude absolue. La démocratie continuera, la révolution continuera », a affirmé M. Maduro lors d'une allocution aux radios et télévisions du pays.

Les manifestants protestent depuis plusieurs semaines dans des villes de province. La contestation s'est propagée aux grandes villes du pays après l'arrestation, la semaine dernière, de plusieurs étudiants.

NOTRE DOSSIER : HUGO CHÁVEZ ET LE CHAVISME

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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Lundi 10 février 2014 1 10 /02 /Fév /2014 21:26

 

Source : www.reporterre.net

 

Un barrage au Panama - contre les Indiens et pour le profit

Cécile Raimbeau (Reporterre)

lundi 10 février 2014

 

 

 

A Kiad, au Panama, les Indiens Ngäbe se battent contre un projet de barrage destructeur. Il vise à s’intégrer dans un complexe international de production d’énergie au profit d’intérêts privés.

 


 

- Kiad (Panama), reportage

Suite de notre reportage. Premier volet : Les Indiens du Panama luttent contre un projet de barrage "écologique".

Manolo et les siens veulent préserver leur petite église où la religion Mama Tata est pratiquée depuis qu’une Indienne a reçu une révélation divine en 1962, rénovant la pratique d’un culte autochtone.

Pour la communauté de Kiad, l’école est tout pareillement sacrée : bien qu’il n’ait jamais été scolarisé, le vieux Manolo y enseigne l’écriture de la langue Ngäbe qu’il a inventée après la prophétie, en utilisant des signes semblables à des hiéroglyphes apparus cette année-là mystérieusement dans la terre.

Ces caractères ressemblent à certains des dessins gravés dans des pierres par les ancêtres. Plusieurs pétroglyphes importants pour transmettre la culture Ngäbe vont ainsi être immergés si le barrage est terminé.

Depuis l’école de Kiad, une longue file indienne s’est constituée en direction du Tabasara. La foule se tient face à un pétroglyphe sacré gravé sur un rocher au milieu du courant. La cérémonie rituelle qu’initie la cacique se déroule dans la fumée : les Ngäbes boivent à tour de rôle une tasse de cacao puisée dans une marmite cuisant au feu de bois sur la berge.

 

 

Puis ils éclaboussent de leurs mains la roche sacrée, et marchent dans la rivière pour laver leur corps et leur esprit et contempler l’art symbolique ancestral. Malgré l’intensité de leurs prières, ce pourrait bien être le dernier de ces pèlerinages.

Puisque la firme Genisa a gagné l’appel d’offre, bloquer maintenant le projet mettrait en doute la crédibilité du Panama vis-à-vis des investisseurs, selon Jorge Ricardo Fábrega, le premier ministre panaméen. Pour son gouvernement, le barrage Barro Blanco se situe en-dehors de la réserve et respecte les lois du pays.

Paradis fiscal présidé par le richissime homme d’affaires Ricardo Martinelli, le Panama, il est vrai, a mené une politique particulièrement hospitalière à l’égard des capitaux privés étrangers, souvent aux dépens de sa population. Les manifestations pour défendre le fleuve Tabasara ont systématiquement été réprimées par les forces anti-émeute qui ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur de maigres foules d’Indiens armés de banderoles. « Deux manifestants ont été tués », dénonce la cacique.

Certes, au sein de la communauté Ngäbe, les jeux de pouvoir politique entre les différentes autorités indigènes sont complexes et les voix n’ont pas toujours été unanimes : un débat existe entre ceux qui prônent un développement économique qui profite aussi aux Indiens et ceux qui privilégient la défense de la nature, l’autonomie et la culture. Clementina Perez est de ces derniers : « Le développement, c’est notre dieu Mama Tata qui le construit et nous invite à le protéger, non pas de le détruire ».

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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