Informations diverses

Vendredi 22 août 2014 5 22 /08 /Août /2014 18:31

 

Source : www.lemonde.fr

 

Les produits électroniques usagés désormais repris sans obligation d'achat

Le Monde.fr | 22.08.2014 à 16h55 • Mis à jour le 22.08.2014 à 18h06 | Par Laetitia Van Eeckhout

  
 
Chaque Français produit environ entre 16 et 20 kg de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) par an.

Les distributeurs de produits électroniques et électriques sont désormais obligés de reprendre « gratuitement et sans obligation d'achat » les équipements usagés des consommateurs, selon un décret publié vendredi 22 août au Journal officiel.

Gros et petits appareils électroménagers, équipements informatiques, outils électriques et électroniques, télévisions, tablettes, téléphones portables, jouets et équipements de sport... : tous les équipements fonctionnant à l'électricité ou avec des piles sont concernés.

Selon ce décret, qui modifie le code de l'environnement en transposant une directive européenne de 2012, l’obligation de reprise concerne « les magasins disposant d'une surface de plus de 400 m2 dédiée à la vente d'équipements électriques et électroniques », soit les magasins spécialisés et certaines enseignes de la grande distribution. Les conditions dans lesquelles se fera cette reprise gratuite seront précisées ultérieurement par un arrêté.

 

 AMÉLIORER LE RECYCLAGE

Globalement, le décret vise à mieux encadrer la gestion des déchets électriques et électroniques, et à en améliorer le traitement et le recyclage. Ces équipements, dont les ventes annuelles ne cessent d'augmenter, génèrent des déchets en quantité importante qui croît de près 3 % chaque année. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui enregistre les quantités d'équipements mises sur le marché, collectées et traitées chaque année, chaque Français produit entre 16 et 20 kg de déchets d’équipements électriques et électroniques par an.

Or ces produits contiennent souvent des substances ou des composants dangereux pour l’environnement (piles et accumulateurs, gaz à effet de serre, tubes cathodiques, composants contenant du mercure, condensateurs pouvant contenir des PCB…). Par ailleurs, ils présentent un fort potentiel de recyclage des matériaux qui les composent (métaux ferreux et non ferreux, métaux rares, verre, plastiques…).

 

 GISEMENT IMMENSE

Selon l'Union européenne, deux tiers des déchets électriques et électroniques n'arrivent pas dans les centres de recyclage agréés, alors que le gisement est immense. Il est évalué à 50 millions de tonnes par an au niveau mondial.

Le décret intègre dans le code de l'environnement les objectifs européens en matière de taux de collecte des déchets d'équipements électriques. A partir de 2016, ce taux de collecte est fixé à 45 % du poids moyen des produits mis sur le marché au cours des trois années précédentes. Puis il sera porté à 65 % à partir de 2019 (ou 85 % du poids des équipements produits).
Ce texte encadre aussi plus strictement le transfert à l'étranger des équipements électriques et électroniques, pour éviter que les déchets ne soient exportés avant traitement vers un pays tiers. Ce qui se produit régulièrement notamment vers l'Afrique et la Chine.

Laetitia Van Eeckhout
Journaliste au Monde

 

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 


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Vendredi 22 août 2014 5 22 /08 /Août /2014 18:15

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Daniel Mermet veut poursuivre « Là-bas si j'y suis » sur Internet

LE MONDE TELEVISION | 22.08.2014 à 16h32 • Mis à jour le 22.08.2014 à 17h14 | Par Daniel Psenny

 
 

 Supprimée de la nouvelle grille de France Inter qui démarre lundi 25 août, l'émission « Là-bas si j'y suis », animée depuis 1989 par Daniel Mermet, devrait connaître une nouvelle jeunesse dès le début 2015 sur Internet. En effet, le producteur a décidé de poursuivre l'aventure à travers un site « Là-bas si j'y suis », construit sur le modèle d'arretsurimages.net créé par le journaliste Daniel Schneidermann.

Dès septembre, Daniel Mermet lancera une souscription pour financer cette nouvelle structure. Ultime provocation : il devrait la détailler devant la presse et les internautes le mercredi 27 août, le même jour que la conférence de presse de Radio France où seront présentées en détail les grilles de toutes les radios du groupe public.

 

 UN MEMBRE DE L'ÉQUIPE SANS AFFECTATION

Après de longues négociations au cours de l'été entre Daniel Mermet et la nouvelle direction de France Inter, une partie de l'équipe de « Là-bas si j'y suis » a finalement été recasée sur d'autres émissions. Seul un des membres de l'ancienne équipe est resté sans affectation. Quant au contrat avec Daniel Mermet, il n'a pas été renouvelé.

Laurence Bloch, la directrice de France Inter, avait justifié l'arrêt de « Là-bas si j'y suis » par la perte de 100 000 auditeurs en deux ans. Cette décision avait été très contestée par Daniel Mermet, qui s'était déclaré « consterné » dans un entretien au Monde.

Dès lundi 25 août, entre 15 et 16 heures, à la place de « Là-bas si j'y suis », France Inter proposera une nouvelle émission intitulée « Affaires sensibles », animée par le journaliste Fabrice Drouelle. Celui-ci racontera aux auditeurs les grandes affaires, les aventures et les procès qui ont marqué ces cinquante dernières années : le détournement de l'Airbus d'Air France en décembre 1994 par le GIA, Romain Gary et Emile Ajar, l'affaire de Tarnac, AZF à Toulouse

Daniel Psenny
journaliste

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

 

 


 

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Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 19:21

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com


Cartouches 19/08/2014 à 12h25

A Ferguson comme en Egypte, vous êtes gazés par la même entreprise

Rémi Noyon | Journaliste Rue89

 

Depuis le début des émeutes à Ferguson, dans le Missouri, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans le cycle de l’information. Ces dernières heures, ce sont des photos de cartouches de gaz lacrymogène qui sont relayées par les internautes, comme le journaliste Robert Mackey, du New York Times, ou l’anthropologue anarchisant David Graeber. Ces derniers font le parallèle avec le matériel utilisé par l’armée israélienne.

A travers le fouillis des photos non-identifiées, on retrouve deux entreprises :

Voir l'image sur Twitter

Found what seems to be an undetonated "mini bang" cracker on W Florissant

 

  • le même a publié une photo d’un « magasin de balles en caoutchouc », qui semble venir de l’entreprise Safariland ;

 

Voir l'image sur Twitter

From same street: remains of "Triple Chaser" CS gas canister, "60 cal stinger" rubber bullet magazine; rubber bullets

  • un reporter du Saint Louis Magazine fait également état de cartouches de gaz lacrymogène visiblement produites par Combined Systems.
Voir l'image sur Twitter

Here's a shot of canister next to store sign, to prove I didn't fake it. Again, I'm told CS smoke is tear gas.

 

 

Ces deux sociétés sont spécialisées dans la fabrication d’équipements pour les forces de l’ordre et dominent le marché américain, avec une troisième baptisée NonLethal Technologies. En juin dernier, une étude estimait à 1,6 milliard de dollars (environ 1,20 milliard d’euros) le marché des « armes non-létales » en 2014.

« Ensemble, nous sauvons des vies »

Sur leurs sites respectifs, on retrouve les produits photographiés par les journalistes à Ferguson, accompagnés de slogans et de commentaires tels que « ensemble, nous sauvons des vies » ou « ces projectiles éviteront les violences ».


Le catalogue de Combined Systems (Capture)

Ces sociétés sont connues des manifestants partout sur la planète. Le groupe militant War Resisters League recense sur un site dédié les « preuves » de l’utilisation de leurs cartouches dans différents pays. Ainsi, le gaz lacrymogène de Safariland aurait été utilisé en Egypte, en Turquie et en Tunisie.

En 2011, Amnesty International expliquait que la société Combined Systems avait livré plusieurs tonnes de matériel au gouvernement égyptien alors secoué par le Printemps arabe. Ces livraisons massives avaient entraîné une attaque informatique du groupe Anonymous sur le site de la société. Les hackers affirmant avoir aspiré les adresses personnelles de clients et employés de l’entreprise.

Plus récemment, l’ONG israélienne B’Tselem a publié un rapport détaillé sur les munitions utilisées par Tsahal en Cisjordanie [PDF]. Combined Systems est là aussi amplement citée. Ce qui pousse une étudiante palestinienne à donner des conseils aux manifestants américains pour se protéger des gaz :

« La douleur va passer. Ne frottez pas vos yeux ! »

 

مريم البرغوثي @MariamBarghouti

Always make sure to run against the wind /to keep calm when you're teargassed, the pain will pass, don't rub your eyes! Solidarity

 

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Vendredi 15 août 2014 5 15 /08 /Août /2014 16:52

 

Source : www.lemonde.fr


 

Votre sèche-cheveux, prochaine cible des pirates informatiques

Le Monde.fr | 15.08.2014 à 15h10 • Mis à jour le 15.08.2014 à 16h46 | Par Yves Eudes

 


 
Avec l’avènement de « l’Internet des objets » et la prolifération des appareils émettant et recevant des signaux radio de toutes sortes, les interférences fortuites et imprévisibles pourraient devenir un nouveau problème de sécurité.

Depuis des décennies, les ingénieurs et les radioamateurs savent que certains coupe-circuits, installés par souci de sécurité dans les prises et les appareils électriques, sont sensibles aux ondes radio.

Si vous placez un émetteur près d’un grille-pain, et que vous diffusez un signal radio sur une fréquence précise, le coupe-circuit du grille-pain va réagir : soit il se déclenche, provoquant l’arrêt de l’appareil, soit au contraire il se met à chauffer, à siffler, à vibrer.

Si vous insistez assez longtemps, le fusible peut fondre. En théorie, avec une bonne antenne directionnelle et un émetteur puissant, vous pourriez donc éteindre les lumières chez votre voisin, ou faire fumer ses prises de courant, à travers les murs.

Jusqu’à présent, cette menace était restée abstraite – une expérience de laboratoire amusante, peut-être une arme futuriste pour une armée high-tech… Mais désormais, n’importe qui peut acheter sur Internet un émetteur radio multifréquences et une antenne pour quelques centaines d’euros – voire quelques dizaines, si on se contente de matériel d’occasion trouvé sur eBay.

Une démonstration impressionnante au DEFCON

Lors du DEF CON 2014, la grande conférence des hackeurs américains qui a lieu chaque année en août à Las Vegas, une ingénieure travaillant chez Intel (leader mondial des microprocesseurs), a fait une démonstration spectaculaire. Avec un émetteur standard (réglé sur une fréquence non divulguée) et une antenne râteau de soixante centimètres, elle a grillé en quelques secondes le coupe-circuit d’un sèche-cheveux, qui a expiré dans une gerbe d’étincelles.

Voir notre portfolio : Las Vegas, capitale de la cybersécurité pour une semaine

Dans sa présentation, Maggie Jauregui affirme avoir redécouvert ce phénomène toute seule, par hasard, dans sa salle de bains, un jour qu’elle se séchait les cheveux tout en discutant avec son fiancé sur un talkie-walkie – un scénario un peu compliqué… Elle précise qu’il existe des nouveaux coupe-circuits haut de gamme moins vulnérables, mais qu'à ce jour la plupart des fabricants continuent à utiliser des modèles classiques bon marché, très sensibles aux ondes.

Une augmentation des accidents domestiques ?

Or, avec l’avènement de « l’Internet des objets » et la prolifération des appareils émettant et recevant des signaux radio de toutes sortes, les interférences fortuites et imprévisibles pourraient devenir un nouveau problème de sécurité. Les accidents domestiques risquent de se multiplier, et pas seulement chez les geeks qui discutent avec leurs proches par talkie-walkie depuis chez eux…

Lire : « L'Internet des objets », entre ouvertures et libertés ?

Par ailleurs, on peut imaginer l’apparition de bandes de « radio hackeurs », inspirés par la démonstration au DEF CON. Ces nouveaux pirates pourraient répéter l’expérience de l’ingénieur, améliorer son procédé, et bricoler des engins capables de provoquer à distance des pannes électriques chez des particuliers, des entreprises, des services publics… Ainsi, un ordinateur pourrait être mis hors service en attaquant son câble d’alimentation, comme un vulgaire sèche-cheveux.

Les ampoules électriques déjà piratables

Ce n’est pas tout à fait de la science-fiction, car l’intégration des réseaux électriques et informatiques ouvre déjà aux hackeurs des nouvelles perspectives. En juillet, des experts en sécurité britanniques ont montré que les nouvelles ampoules électriques connectées par Wi-Fi, qui permettent de commander l’éclairage d’une maison avec un smartphone, pouvaient être piratées à distance, en passant par le routeur.

Ainsi, le hackeur pourra contrôler l’éclairage de la maison à travers Internet, par exemple pour allumer toutes les lumières à trois heures du matin. L’exploit est complexe, mais pour le réaliser, les experts affirment avoir utilisé uniquement des composants électroniques bon marché, en vente libre.

Yves Eudes
Grand reporter

 

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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Mercredi 13 août 2014 3 13 /08 /Août /2014 13:28

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Qui sont les yézidis, cible des djihadistes en Irak ?

LE MONDE | 12.08.2014 à 13h03 • Mis à jour le 13.08.2014 à 07h20 | Par Sophie Gillig

 

 

Des yézidis dans la province de Dohouk en Irak le 7 août 2014.

 

 

C'est l'une des cibles des djihadistes de l'Etat islamique (EI) en Irak : la communauté kurdophone des yézidis. Avec la prise de leur bastion, Sinjar, le 3 août, 35 000 yézidis ont dû fuir dans les montagnes, sans eau ni nourriture, sous une chaleur pouvant atteindre les 50 °C. Adorateurs du diable pour certains, païens pour d'autres, les membres de cette communauté sont persécutés depuis longtemps.

Lire les dernières informations : La Syrie en guerre accueille 1 000 familles de réfugiés fuyant l'Irak

  • Qui sont les yézidis ?

Les yézidis sont une communauté kurdophone qui compte entre 100 000 et 600 000 personnes en Irak, selon les estimations. Ils font partie des populations les plus anciennes de la Mésopotamie, où leur croyance est apparue il y a plus de quatre mille ans. Leur principal lieu de culte est Lalech, dans le Kurdistan irakien, mais plusieurs milliers de yézidis habitent en Syrie, en Turquie, en Arménie et en Géorgie.

On compte d'importantes communautés en Europe, particulièrement en Allemagne, où vivent 40 000 yézidis.

  • Quelles sont leurs croyances ?

« Les yézidis ont enrichi leur religion par des apports coraniques et bibliques pour se camoufler des musulmans et des chrétiens afin de ne pas trop se faire remarquer », indique Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste du Proche-Orient à l'université François-Rabelais de Tours. Le yézidisme est une religion monothéiste qui puise une partie de ses croyances dans le zoroastrisme, la religion de la Perse antique. Leur culte et leurs rituels se transmettent oralement, c'est pourquoi on ne devient pas yézidi, on naît yézidi.

Les fidèles de cette religion croient en un dieu unique, Xwede, qui fut assisté par sept anges lorsqu'il créa le monde, dont le plus important est Malek Taous, souvent représenté par un paon, symbole de diversité, de beauté et de pouvoir.

Comme pour les musulmans et les chrétiens, le bien et le mal occupent une place importante chez les yézidis. Présents dans le cœur des hommes, il ne tient qu'à eux de faire le bon choix.

  • Pourquoi sont-ils persécutés ?

Si les yézidis sont persécutés depuis la nuit des temps, c'est parce que les autres religions, que ce soit l'islam ou le christianisme, ont une interprétation erronée de leur culte. « En Irak et en Syrie, on les a pris pour des adorateurs du diable parce qu'ils ont fait une espèce de bricolage entre les deux religions du Livre », précise Frédéric Pichon. L'archange Malek Taous a ainsi faussement été pris pour le diable par les musulmans. Certaines pratiques et restrictions des yézidis peuvent paraître farfelues. Par exemple, les yézidis ne peuvent manger de laitue ou porter des vêtements bleus.

Ces pratiques ont contribué à créer une forme de mépris chez leurs voisins musulmans. « Les yézidis sont des adorateurs du feu, ce qui les fait apparaître comme des païens aux yeux des Syriens, complète Frédéric Pichon. L'islam n'a pas de considération pour cette religion, contrairement au christianisme et au judaïsme, qui sont tolérés. »

La tribune : « Soutenons les yézidis d'Irak, il y a un risque de génocide »

  • Quelle est la situation actuelle des yézidis ?

« La situation des réfugiés yézidis est particulièrement dramatique. Des populations entières sont dans le plus grand dénuement, ceux du Sinjar risquent de disparaître. Certaines familles rencontrées à Zakho, près de la frontière turque, ont marché pendant trois ou quatre jours », raconte Sébastien de Courtois, journaliste indépendant et producteur à France Culture, qui se trouve actuellement à la frontière turco-syrienne. « La peur panique se lit encore dans leurs regards. Les scènes de carnage qu'ils racontent sont insoutenables. Les forces de l'EI s'acharnent contre eux. Ils veulent tous les assassiner », ajoute Sébastien de Courtois.

D'après Frédéric Pichon, l'Etat islamique applique à la lettre la doctrine de l'islam conquérant. « L'EI est dans une logique de régénération de l'islam, dans une volonté de purification de la religion comme l'étaient les “Born again Christian” , les atrocités en moins », précise-t-il.

« Le problème yézidi n'est pas un problème religieux, c'est une question de domination totalitaire, renchérit Jean-Pierre Filiu, professeur des universités à Sciences Po. Une fois que l'EI en aura fini avec les yézidis, il s'en prendra à une autre minorité. »

 


Ce n'est pas la première fois que les yézidis sont persécutés. En août 2007, quatre attentats-suicides simultanés coordonnés par Al-Qaida en Mésopotamie avaient causé la mort d'environ 400 personnes, représentant l'attentat le plus meurtrier depuis le 11 septembre 2001.

Le déclencheur d'un tel carnage ? Les terroristes n'avaient pas supporté qu'un jeune garçon yézidi tombe amoureux d'une jeune sunnite, selon M. Pichon.

En 2001, 900 Kurdes d'Irak, originaires des régions pétrolières de Mossoul et Kirkouk, alors sous le contrôle de Saddam Hussein, avaient fait naufrage à bord du navire East-Sea, au large de Fréjus, dans le Var : 70 % des naufragés étaient de confession yézidie et disaient subir des persécutions au quotidien à cause de leur religion.

PS : une précédente version faisait état de la fuite de 400 000 yézidis. Selon les sources recueillies sur place par l'envoyé spécial du Monde, Jacques Follorou, le chiffre est de 35 000.

  • Sophie Gillig

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

 

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Mercredi 13 août 2014 3 13 /08 /Août /2014 13:22

 

Source: blogs.mediapart.fr/blog/claude-hudelot


 

Simon Leys, pourfendeur clairvoyant de Mao et du maoïsme

Quand, en 1971, paraît sous l’impulsion de René Viénet Les habits neufs du Président Mao chez Champ Libre (*), que dirigent Gérard Guégan et Raphaël Sorin, ce livre-bombe signé « Simon Leys » se voit tout simplement boycotté par la presse française, à l'exception du Nouvel Obs et de dix lignes assassines signées A.B dans Le Monde, placé sous l’influence de deux maoïsants aveugles et redoutables, Alain Bouc et Patrice de Beer (1).   

Souvenons-nous camarades : toute l’intelligentsia « révolutionnaire » était alors fascinée par « le Président Mao » et par le Petit Livre rouge. Certains « maos » avaient même fait le voyage.

D’autres grands philosophes, et non des moindres, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, s’étaient faits piégés bien avant.

Après un voyage de ceux-ci en 1955, à l’invitation il est vrai du gouvernement chinois, celle-ci avait publié La Longue Marche (2), long témoignage se voulant sans « a priori » bourré d’inepties et de mensonges.

« Aucune démocratie populaire n’a jamais poussé  si loin le libéralisme. (…) En théorie du moins, il n’existe plus aucune restriction de penser. (…) Les intellectuels chinois se trouvent désormais en mesure d’inventer à neuf une idéologie exprimant adéquatement le monde nouveau ».

Plus graves, certaines affirmations sur les condamnations à mort – qui sont « rares » - ou sur les prisons – où « on travaille d’une manière productive » - en disent long sur l’aveuglement de Beauvoir, qui s’en prend à des deux rares intellectuels français ayant vu clairement le devenir réel de la Chine : René Etiemble et David Rousset.

Encore ceci : « On reproche à la Chine un trait qui lui serait particulier : elle incite les citoyens à la délation. Il a bien du pharisaïsme dans cette critique ». Simplement, plusieurs millions de Chinois en mourront. 

Mais le sommet est atteint avec Mao : « L’extrême simplicité de Mao Zedong, la tranquille confiance avec laquelle il va et vient, sans aucune protection policière, l’apparentent, non à Staline, mais à Lénine. Il y a d’assez nombreux portraits de lui en Chine, et on y chante volontiers une ou deux chansons en son honneur : sans aucune doute il est populaire et aimé. Est-ce le lot des seuls tyrans ? »

Dix ans plus tard, c’est la rencontre mythique entre Mao et Malraux. Trois heures selon notre grand écrivain ministre. En fait une petite heure, traduction comprise, comme le démontre preuves à l’appui Jacques Andrieu dans Perspectives chinoises N°37.

Simon Leys, qui mentionne l’article, épingle le grand écrivain dans L’Ange et le Cachalot (3) : « Il en ressort que ce fameux dialogue cosmique de trois heures, qui aurait confronté deux géants de la pensée, s’était réduit en fait à un fort modeste échange de platitudes diplomatiques et routinières (…). A un moment cependant, Mao, qui mijotait la Révolution culturelle, entrouvrit soudain une perspective singulièrement provocante : il évoqua l’état de corruption « révisionniste » dans lequel étaient tombés les milieux intellectuels et culturels, mais il suggéra qu’il serait possible de mobiliser la jeunesse pour purger la Chine de cette pourriture. En quelques mots, il y avait là le programme de la gigantesque explosion qui devait bientôt ébranler la Chine entière. N’importe quel interlocuteur un tant soit peu lucide et informé eût aussitôt saisi au vol cette invitation inespérée à sonder plus avant les desseins du Grand Timonier ; mais naturellement Malraux n’y vit que du feu, et Mao, avec une exaspération qu’il ne se donnait plus la peine de dissimuler, abrégea ce bavardage oiseux ».

Puis  vient donc la déferlante de la « Révolution culturelle ».

« Le fond de l’air est rouge » disait-on.

L’imposture chinoise, soutenue par de grands intellectuels, de grandes « consciences » et de nombreux politiciens qui se bousculent au portillon (de Mitterrand à Peyrefitte), fonctionne à l’échelle de la planète.

Les uns retiennent les leçons de stratégie de la « guerre révolutionnaire » ; les autres mettent l’accent sur le potentiel paysan ; d’autres encore sont séduits par le jusqu’au boutisme maoïste incarné par son fameux slogan « on a raison de se révolter », sa volonté de lutter encore et toujours contre la bureaucratie et d’établir une société égalitaire et idéale. Vision idyllique donnée non seulement par la propagande maoïste, mais aussi par ses zélés petits télégraphistes, de Simone de Beauvoir à Maria-Antonietta Macchiochi (4), en passant par Han Suyin et Philippe Sollers…

C’est l’époque de la Gauche Prolétarienne (GP), de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (PCMLF) et autres mouvements européens, du « Nous voulons tout, tout de suite » lancés par les maos italiens mais aussi des « maos-Spontex » et du mouvement Vive la Révolution !

Sous les apparences d’une révolution exemplaire se cachent en Chine la face noire du maoïsme et la vérité tragique des faits, que personne, ou presque ne veut voir.

Après René Etiemble et David Rousset – il faut relire certaines pages de Socialisme ou Barbarie – le flambeau hyper minoritaire de la critique est relevé dès 1967 par les situationnistes dans « Le point d’explosion de l’idéologie en Chine », signé par René Viénet (5). Comment ne pas citer ici un extrait de ce texte lumineux ?

« Les plus stupides (des débris gauchistes des pays occidentaux, toujours volontaires pour être dupes de toutes les propagandes à relents sous-léninistes) ont cru qu’il y aurait quelque chose de « culturel » où la presse maoïste leur a joué le mauvais tour d’avouer que c’était « depuis le début une lutte pour le pouvoir ». (…) Il est sûr que l’effondrement des politiques successives de la bureaucratie est la cause de l’acuité extrême du conflit. L’échec de la politique dite du Grand Bond en avant – principalement du faite de la résistance de la paysannerie – non seulement a fermé la perspective d’un décollage ultravolontariste de la production industrielle, mais encore a forcément entraîné une désorganisation désastreuse, sensibles plusieurs années (…). Quand la tendance de Mao a commencé son offensive publique contre le spotitions solides de ses adversaires, en faisant marcher les étudiants et les enfants des écoles embrigadés, elle ne visait dans l’immédiat aucune sorte de refonte « culturelle » ou « civilisatrice » des masses de travailleurs, déjà serrées au plus fort degré dans le carcan idéologique dans la rue, au service de cette tendance, l’idéologie du régime, qui est, par définition, maoïste ».

1967 : c’est très précisément cette année-là que Simon Leys commence à rédiger une chronique de la Révolution culturelle, qui sévit en Chine depuis un an, chronique qu’il poursuivra jusqu’en octobre 1969 et deviendra, en 1971 Les habits neufs du Président Mao. ( « Mais Papa, l’Empereur est tout nu », s’cria l’enfant. Hans-Christian Andersen Les Habits neufs de l’Empereur.)

Précisons ici que Viénet et Leys, à la différence de leurs courageux devanciers, lisent le chinois et peuvent éplucher toute la presse chinoise, qu'elle soit officielle, officieuse ou underground. Simon Leys, conscient de l'importance de ce travail, en a d'ailleurs dressé la liste à la fin des habits neufs. 

Un livre-bombe, malheureusement ignoré et passé sous silence. Seules quelques voix s’élèvent pour souligner la pertinence de l’analyse démontrant par a + b la seconde grande tragédie du régime maoïste.

Une de ces voix : celle de Jean-François Revel, qui préfacera plus tard les trois œuvres majeures que sont Les habits neufs du Président Mao, Ombres chinoises et Images brisées (6).

La première tragédie se nomme « Grand Bond en avant ». On sait aujourd’hui que cette « grande famine » provoquera la mort de 36 à 40 millions de morts. La « Révolution culturelle » sera à l’origine d’une centaine de millions de victimes : assassinats, suicides, mais aussi invalides, déportés et autres vies cassées, familles séparées, études et carrières brisées…

Non seulement Simon Leys décrit, avec une précision effroyable, la grande manipulation maoïste, grâce aux nombreuses sources auxquelles ce grand sinologue a accès à Hong-Kong, - qui tient à préciser ( Essais sur la Chine, p 228) « Tous les textes cités dans mon livre ont été directement traduits par moi-même » - mais il le fait avec un vrai talent d’écrivain. C’est une « plume ».

Un seul exemple : dans un de ses textes décapants, extraits de L’humeur, l’honneur, l’horreur  (7), dans le chapitre L’art d’interpréter des inscriptions inexistantes écrites à l’encre invisible sure une page blanche, il évoque les obstacles qu’un analyste de la Chine doit franchir : « Il doit interpréter le jargon communiste et traduire en langage ordinaire ces messages codés, cette langue hérissée de devinettes, symboles, rébus, cryptogrammes, allusions pièges et autres farces et attrapes. Comme ces vieillards sagaces, à la campagne, qui peuvent prédire le temps qu’il fera rien qu’en observant à quelle profondeur creusent les taupes et à quelle hauteur volent les hirondelles, il doit lire les signes annonciateurs des tempêtes et des dégels politiques, et déchiffrer un vaste assortiment de signaux bizarres : ainsi, tantôt le Leader suprême va prendre un bain dans le fleuve Bleu, ou bien, tout à coup, il écrit un nouveau poème, ou il organise un tournoi de ping-pong – pareils événements ont chaque fois des implications cruciales qu’il s’agit de mesurer et de soupeser. Il doit soigneusement noter toutes les célébrations de non-anniversaire ; dans les cérémonies officielles, il doit vérifier la liste des participants et observer l’ordre dans lequel leurs noms apparaissent. Dans les journaux, les dimensions, les caractères d’impression et la couleur des titres, aussi bien que l’emplacement et la composition des photos et des illustrations peuvent fournir des indications d’une importance décisive. Tous ces éléments obéissent, en effet, à des lois complexes aussi strictes et précises que les règles iconographiques qui gouvernent l’emplacement, le vêtement, la couleur et les attributs symboliques des figures d’anges, d’archanges, de patriarches et de saints dans une basilique byzantine ».

Tout Leys est là !

Je ne reviendrai pas sur cette critique acide et talentueuse, richement documentée, qui allait à l’époque contre tous le « main stream » ambiant. Notons d’ailleurs que Gérard Guégan et Raphaël Sorin, pour enfoncer le clou, rééditèrent l’ouvrage trois fois, - en 1972, 75, 77- avant que Gérard Lebovici ne poursuive ce qui s’apparentait encore à un combat contre la bêtise, la mauvaise foi et la cécité.

Depuis lors, le talent de Simon Leys s’est exercé avec bonheur dans bien d’autres domaines que la Chine.

Personnellement, sa disparition m’attriste d’autant plus que j’aurais beaucoup, beaucoup aimé réentendre sa voix cinquante ans après l’éclatement de la « Révolution culturelle ». (Lui-même tenait beaucoup à ces guillemets). Une voix douce, teintée d’un délicieux accent belge.

Nous nous connaissions depuis 1964.

Comme chacun sait, Simon Leys est un pseudonyme, « Leys » étant le patronyme du héros du roman René Leys écrit par Victor Segalen, , auquel il a d’ailleurs consacré un essai remarquable, L’ « exotisme » de Segalen (8).

Il se nommait Pierre Ryckmans et enseignait le français à l’Alliance Française de Hong-Kong dont mon père, Roger Hudelot, était le directeur.

Je me souviens d’un jeune homme maigre et barbichu, portant chemise de nylon blanche flottant sur son pantalon, sandales de cuir et lunettes d’intello.

Je me souviens aussi que mon père, qui appréciait tant son érudition et sa politesse, le grondait régulièrement car il lui arrivait parfois de débarquer  en retard dans les locaux de l’Alliance, qui donnaient sur Des Vœux Road, à Central.

Notre seconde rencontre date des années 74-78, dans l’un des studios de France-Culture.

En 1974, j’avais déjà réussi à convaincre Yves Jaigu, directeur de la chaîne, de consacrer un « après-midi » à l’ouvrage Révo.cul.dans.la.Chin.pop publié par René Viénet et sa bande en 10/18, sous la houlette de Christian Bourgois. (Seul le titre de l’émission avait posé problème. Pensez donc : prononcer un tel intitulé sur les ondes de France-Culture…)

Dans la foulée, j’ai proposé le nom de Simon Leys et effectué un premier très long entretien pour l’émission phare de l’époque, L’invité du lundi, puis un second.

De larges extraits de ces deux émissions ont été rediffusées l’été dernier par un producteur indélicat qui a réussi le tour de force de rendre un hommage ô combien mérité à ce grand pourfendeur….sans nommer une seul fois en ouverture ou à la fin de l’émission le producteur et intervieweur que j’étais, passons. (9)

J’espère d’ailleurs que France-Culture rediffusera bientôt ces deux émissions dans leur intégralité.

Simon Leys évoque non seulement le maoïsme, la révolution culturelle, la « bande des cinq » car il estimait à juste titre que Mao appartenait à ce funeste clan, mais aussi son amour immense d’un pays dont il connaissait l’histoire, la littérature, les arts comme personne.

Un seul autre sinologue de cette envergure, de cette ouverture, de cette culture, peut lui être comparé : c’est Jacques Pimpaneau, qui fut, pour beaucoup d’entre nous un maître, et partageait avec Ryckmans ce regard critique et lucide sur la Chine.

Ce dernier y débarqua très jeune – il avait, de mémoire, dix-neuf ans – lors d’un bref séjour avec d’autres étudiants belges au cours duquel ils rencontrèrent le Premier Ministre Zhou Enlaï. C’est ainsi que sa vie a basculé.

Les scoop médiatique qui fit sensation un peu plus tard, en 1983, c’est le face à face avec Maria-Antonietta Macchiochi chez Bernard Pivot, dans un Apostrophes d’anthologie (10). Ecrasant, magistral. France-Inter vient d’en rediffuser un court extrait au 13h. J’entends encore le rire gourmand de Pivot…

A vrai dire, Pierre Ryckmans, immense lettré auquel on doit par exemple la traduction de l’ouvrage culte du peintre Shi Tao, três tôt publié par les éditions Hermann, (11), petit livre allant curieusement de pair avec Eloge de l’ombre de Tanizaki,  Ryckmans était un grand timide. Sa courtoisie était légendaire.

Pour revenir aux années 1970, je crois me souvenir qu’il avait alors, muni d’un bagage universitaire très conséquent, espéré obtenir un poste dans une université française. Ce qui lui fut refusé, tant l’influence des « maos » et sympathisants était grande. D’où son installation dans cette lointaine Australie où il a vécu depuis et où il vient de mourir.

Déjà, en 1964, Pierre Ryckmans était marié à une jeune Chinoise tout aussi discrête et aimable que lui. Elle se nomme Hanfang. Le livre « Essais sur la Chine » de la collection Bouquins, si précieux, lui est dédié.

Comme ce modeste hommage à un immense démystificateur à qui je dois d’avoir, littéralement,  changé ma vie (12).

(*) J'ai oublié de signaler que l'image culte de la couverture était celle  du "Président Mao avec son grand manteau", image prise par Madame Hou Bo sur la plage de Beidaihe, lieu de villégiature de la nomemklatura chinoise, en 1954. Hou Bo fut "la" photographe officielle de Mao Zedong de 1949 à 1962 avant d'être évincée par Jiang Qing et de passer trois ans dans un laogaï.

PS. Je découvre à l'instant que l'ami Pierre Haski vient de rédiger un texte intitulé  Mort de Simon Leys, pourfendeur des intellectuels maoïstes français, fort bien tourné et juste. Je crois cependant que S.L avait d'abord et surtout voulu pourfendre Mao et tout ce qu'il incarnait. Qu'il ait éreinté - avec quelle verve! - les intellos maos français n'était, de mon point de vue, qu'un effet colatéral au demeurant réjouissant, tant la superbe de ceux-ci était méprisante. Il me revient un souvenir: lors d'un Salon de Mai, grand rendez-vous annuel de l'art contemporain, la bande à Tel Quel, au sein de laquelle sévissait l'artiste Louis Cane, vieille connaissance, avait choisi, au lieu d'exposer des peintures ou des sculptures, de présenter sur une très longue table à traiteaux, alignés comme à la parade, des dizaines d'exemplaires de "De la Chine", de l'innénarable Maria-Antonietta...J'ai osé dire à ce vieux ami tout le mal que je pensais de cet ouvrage inepte....avant de me faire agonir par "Loulou" et ses potes de l'époque... 

PPS. L'article de Philippe Lançon dans Libé de ce jour (12 août 2014) intitulé "Leys, mort d'un bookmaker chinois" (bon, je ne vais pas vous dire à quel film il est fait allusion tout de même, au risque sinon de me faire encore taxer de nombrilisme!) qui met l'accent à juste titre sur les immenses qualités littéraires de celui-ci enrichit notre vision. Il cite le dernier écrit de celui-ci, Studio de l'inutilité (Flammarion 2012) et rappelle aussi que le 11 décembre 1974, lors de la parution d'Ombres chinoises (d'abord en 10/18), "Libération, alors maoïste, n'en rend compte qu'en citant ces lignes de l'avant-proposn sans commentaire, dans la rubrique "A livre ouvert": "je n'ai nullement l'intention de mettre en question les accomplissements du régime mao-liuiste (la politique de Liu Shaoqi se trouve à nouveau appliquée dans tous les domaines) qui, mêm si elles n'ont pas toujours le caractère révolutionnaire que lui prêtent ses thuréféraires occidentaux, n'en sont pas moins considérables dans bien des domaines...Mon petit livre, loin de nourrir l'impudent ambition de rivaliser avec ces écrits...voudrait simplement leur servir de modeste complément..." 

La suite indique que ces phrases, ironiques, ne sont destinées qu'à parodier le style des suppôts du maoïsme, que l'auteur va ridiculiser. Mais le journal n'en dit rien." Fin de citation.

Je note que nos deux grands quotidiens, Libé et Le Monde, reviennent sur leurs propres errements à l'époque sur la question maoïste, que celle-ci soit chinoise - ici donc à propos de Simon Leys - ou cambodgienne ( voir ma note 1).

PPS. Je prends connaissance à l'instant de la nécro du Monde signée François Bougon. Classique. Ironie du sort, la mort de Robin Williams, plus "vendeuse", fait que celle de Simon Leys passe quelque peu à la trappe. Je relève ce passage: Dans la colonie britannique, il épluche, de 1967 à 1969, la presse chinoise pour la représentation belge afin de compléter son salaire d'enseignant et nourrir sa famille – son épouse est chinoise. A l'invitation du sinologue et éditeur René Viénet, proche de la mouvance situationniste, il rassemble ses observations sur la Révolution culturelle. " Une chose est certaine : sans lui, je n'aurais sans doute jamais rien publié – on pourrait dire assez littéralement que c'est Viénet qui m'a inventé ", écrit-il en 2003."

Contrairement à ce que j'ai écrit hier, Le Monde, comme Libé, fait amende honorable avec un article de Thomas Wieder.

 

                                                                        ***

 

(1)  Cf l'article de Thomas Wieder dans le Monde daté du 13.08.2014.

Cf aussi l’article  récent, édifiant, de Raphaëlle Bacqué in Le Monde : http://abonnes.lemonde.fr/festival/article/2014/07/24/le-jour-ou-le-monde-salue-l-arrivee-des-khmers-rouges_4461932_4415198.html

 Pierre Ryckmans / Simon Leys: « Le Monde m'accusa de répandre des mensonges fabriqués par la CIA » 

 (2)  La Longue Marche, Gallimard, Paris, 1957. Si je donne tant d'importance à ce livre hagiographique, c'est qu'il explique pour une part la formidable entreprise de mystification, nous dirions aujourd'hui d'enfumage, mise au point par un régime passé maître dans l'art de la propagande...(Voir à ce propos notre propre livre, Le Mao, co-signé avec le photographe Guy Gallice, Le Rouergue, 2009). 

 (3)  L’Ange et le Cachalot, Seuil, Paris, 1998.

 (4)  De La Chine, Seuil, Paris, 1971

(5)  Internationale Situationniste, (12 numéros), Librairie Arhème Fayard, Paris.

(6)  Préface écrite à l’origine pour la réédition d’Ombres Chinoises, Paris, Robert Laffont, 1978.

(7)  In L’humeur, l’honneur, l’horreur, Essais sur la culture et la politique chinoises, Editions Robert Laffont, Paris, 1991.

(8)  In L’humeur, l’honneur, l’horreur, Essais sur la culture et la politique chinoises, Editions Robert Laffont, Paris, 1991.

(9)  http://www.franceculture.fr/emission-grande-traversee-l-ombre-de-mao-archives-hommage-a-simon-leys-2013-08-30

Quel culot tout de même : s’approprier les deux seules grandes émissions jamais consacrées à Simon Leys, titrer « Hommage à Simon Leys », les signer avec « chapeau » plein d’émotions, de trémolos, et les diffuser…

(10) http://www.ina.fr/video/CPB83052216/les-intellectuels-face-a-l-histoire-du-communisme-video.html

(11) Les Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère (traduction et commentaire sous le nom de Pierre Ryckmans), IBHEC Bruxelles 1970, Hermann, 1984

(12) Ma reconnaissance et ma dette sont  telles que je lui ai dédicacé mes deux derniers livres: Mao, la vie, la légende (Larousse, 2001), "A la mémoire du docteur Li Zhisui. En hommage à Simon Leys et Jasper Becker" (auteur de "La Grande famine de Mao"), puis, en 2012, MAO, Horizons Editions, Londres: "In tribute to Simon Leys who opened our eyes to Mao's China". 

 

 

 


 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Informations diverses
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Vendredi 18 juillet 2014 5 18 /07 /Juil /2014 18:48

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/etape-libertaire

 

 

Désobéissance et démocratie radicale

Un des textes de la philosophe Sandra Laugier discutés lors de la séance du séminaire ETAPE (Explorations Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l’Emancipation) de juin 2014 consacrée à la désobéissance civile…

 

Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’Université de Paris 1. Elle est, entre autres, l’auteure de : Une autre pensée politique américaine. La démocratie radicale d’Emerson à Stanley Cavell (Michel Houdiard éditeur, 2004), Wittgenstein. Les sens de l’usage (Librairie philosophique J. Vrin, 2009) et, avec Albert Ogien, Pourquoi désobéir en démocratie ? (La Découverte, 2010).

 

 

Désobéissance et démocratie radicale

Par Sandra Laugier

Tokyo, 2011

 

 

Peut-on compter sur soi-même, et comment ? Le penseur américain Henry David Thoreau, le jour où il s’installe au bord du lac de Walden – un 4 juillet, anniversaire de l’Indépendance américaine – décide qu’il construira sa maison de ses mains, et vivra seul, au milieu des bois : « je gagnais ma vie grâce au seul travail de mes mains ». Utopie ? Au bout de deux ans, Thoreau retourne à la civilisation, mais l’esprit de Walden vit toujours. En témoignent, aux Etats-Unis dans les années 1960 au moment de la bataille des droits civiques, et aujourd’hui en France, les multiples actes de désobéissance civile, concept inventé aussi par Thoreau. Je peux et dois m’opposer à la loi commune, m’isoler de la société, si je ne m’y reconnais pas. La désobéissance se fonde que sur un principe moral, la confiance en soi, qui encourage l’individu à refuser la loi commune et acceptée des autres, en se fondant sur sa propre conviction qu’elle est injuste.

 

Tradition et actualité de la désobéissance

 

La désobéissance civile est le refus volontaire et ostensible d’appliquer un texte réglementaire. Il ne faut pas imaginer, donc, que désobéir est un acte qui recouvre toutes les résistances et toutes les révoltes. La désobéissance civile est une forme d’action qui répond à une définition précise : refuser, de façon non-violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire au motif qu’elle viole un « principe supérieur » afin de se faire sanctionner pour que la légitimité de cette obligation soit appréciée à l’occasion d’un appel en justice. La France d’aujourd’hui vit un moment marqué par la prolifération du nombre d’actes de désobéissance civile. Loin de marquer un rejet du politique, ces refus en appellent à une extension des droits et des libertés qu’une démocratie devrait assurer à ses citoyens. Ce qui est résumé par la question de notre livre : Pourquoi désobéir en démocratie ? (avec Albert Ogien, Paris, La Découverte, 2010). La désobéissance civile pourrait être tenue pour une forme d’action politique désuète, et inadéquate. C’est que, dans un régime démocratique, les libertés de vote, d’expression, de manifestation, de grève, de conscience et d’association sont apparemment garanties ; des mécanismes de « dialogue social » ont été institués, dans le travail parlementaire, le paritarisme ou les négociations collectives ; et la défense des droits fondamentaux est une réalité juridique qu’on peut faire jouer. Dans ces conditions, on ne voit plus pourquoi l’expression d’un mécontentement devrait prendre les allures de la désobéissance, et on peut même s’inquiéter d’un geste qui remet en cause le principe même de la démocratie, à savoir le fait que la minorité s’engage à accepter la légitimité de ce qu’une majorité décide, en attendant une éventuelle alternance. La désobéissance est une modalité de contestation dont le bien-fondé est mis en doute pour des raisons de légitimité (de quel droit se soustraire à la loi républicaine ?), pour des raisons politiques (pourquoi revendiquer les intérêts des individus contre ceux de la collectivité), ou pour des raisons d’efficacité (elle ne s’attaque pas aux racines de l’aliénation et de la domination).

 

Or la désobéissance s’impose quand on a épuisé l’expression du désaccord par les moyens politiques classiques, qui respectent les règles du dialogue : elle est une mise en cause certes non-violente, mais radicale, d’un pouvoir devenu sourd à la contestation. Nous souhaitons ici donner des éléments pour décrire ce phénomène, en prendre acte et montrer en définitive la justesse de ces gestes, qui sont conçus non pas comme une mise en cause, mais une réaffirmation des principes de la démocratie.

 

 

Le recours à la désobéissance fait en effet curieusement revivre une tradition née aux Etats-Unis, et semble s’écarter des modes d’action politique reconnus dans la France contemporaine. C’est que Henry David Thoreau (1817-1862) et Ralph Waldo Emerson (1803-1882), les promoteurs américains de la désobéissance civile, s’exprimaient en contexte démocratique – pas tyrannique à proprement parler – contre une trahison des idéaux de ma démocratie : c’est ce sentiment qui suscite la désobéissance, on ne se reconnaît pas dans l’Etat et sa parole, on ne veut plus parler en son nom (ni qu’il prétende nous exprimer). La désobéissance civile surgit quand un fonctionnement public apparemment démocratique suscite le dégoût, et le refus : notamment par sa forme d’expression, son langage. Les motifs des « grandes causes » qui lui ont donné ses lettres de noblesse (Gandhi, la Guerre d’Algérie, celle du Viet Nam, le combat contre la colonisation, la ségrégation raciale, ou les luttes pour le droit à l’avortement ou à la libre sexualité) se retrouvent dans la volonté de soutenir des illégaux et des clandestins, exprimée dans un certain nombre d’actions plus ou moins spectaculaires. Mais d’autres manières de désobéir existent aujourd’hui. La première consiste, pour un groupe de citoyens organisés, à se mettre délibérément en infraction tout en cherchant à articuler cette action à celle qu’une opposition politique livre dans le cadre du débat démocratique. La seconde suscite moins d’intérêt médiatique : elle consiste, pour une poignée de citoyens, à refuser ostensiblement d’appliquer une disposition légale ou réglementaire qu’ils sont chargés de mettre en œuvre mais dont ils estiment qu’elle est attentatoire à la justice ou à la démocratie. Ce qui est le cas lorsque des agents de l’Etat refusent de suivre des instructions dont ils pensent qu’elles font peser des menaces sur l’égal accès des citoyens à des besoins fondamentaux (santé, éducation, justice, etc.) ; ou nuisent aux libertés individuelles ; ou dégradent la qualité des prestations offertes aux usagers d’un service public. La désobéissance civile prend alors une allure inédite et plus discrète. Elle renvoie à un sentiment de dépossession de la voix.

 

La voix et la dissidence

 

Nous sommes partis, au plan philosophique, de l’importance chez Ludwig Wittgenstein (1889-1951), comme chez Emerson, de l’idée de voix et de revendication (claim). Lorsque Wittgenstein dit que les humains « s’accordent dans le langage qu’ils utilisent », il fait appel à un accord qui n’est fondé sur rien d’autre que la validité d’une voix. Dans son ouvrage Dire et vouloir dire (1969), Stanley Cavell, reprenant Kant, définissait la rationalité du recours au langage ordinaire, sur le modèle du jugement esthétique, comme revendication d’une « voix universelle » : se fonder sur moi pour dire ce que nous disons. Cette revendication est ce qui définit l’accord, et la communauté est donc, par définition, revendiquée, pas fondatrice. C’est moi – ma voix – qui réclame la communauté, pas l’inverse. Trouver ma voix consiste, non pas à trouver un accord avec tous, mais à faire une revendication. On peut ainsi dire que chez Cavell et Wittgenstein la communauté ne peut exister que dans sa constitution par la revendication individuelle et par la reconnaissance de celle d’autrui. Elle ne peut donc être présupposée, et il n’y a aucun sens à résoudre le désaccord moral ou le conflit politique par le recours à elle. Il ne s’agit pas d’une solution au problème de la moralité : bien plutôt d’un transfert de ce problème, et du fondement de l’accord communautaire, vers la connaissance et le revendication de soi.

 

La voix est forcément dissidente, contre le conformisme. On préférera ici l’idée de désobéissance à celle d’émancipation. Le dissensus est propre à la démocratie et à ce type même de conformisme que suscite la démocratie, celui que déplore Emerson lorsqu’il revendique la « Self-Reliance » (ou « Confiance en soi », 1841). Penser la désobéissance en démocratie revient à penser le retournement du conformisme. Elle est liée à la définition même d’une démocratie, d’un gouvernement du peuple c’est-à-dire par le peuple, comme le disait très clairement la déclaration d’indépendance américaine (à laquelle Emerson et Thoreau veulent être fidèles contre les dérives de la Constitution puis de sa mise en œuvre jacksonienne) : un bon gouvernement démocratique est le gouvernement qui est le nôtre, le mien – qui m’exprime et que je puis exprimer. La question de la démocratie est bien celle de la voix. Je dois avoir une voix dans mon histoire, et me reconnaître dans ce qui est dit ou montré par ma société, et ainsi, en quelque sorte, lui donner ma voix, accepter qu’elle parle en mon nom. La désobéissance est la solution qui s’impose lorsqu’il y a dissonance : je ne m’entends plus, dans un discours qui sonne faux, dont chacun de nous peut faire l’expérience quotidienne (pour soi-même aussi, car pour Emerson le conformisme qu’on doit d’abord chasser est le sien propre).

 

Démocratie radicale : assentiment en conversation et dissentiment

 

Dans cette approche, la question de la démocratie est affaire de langage : elle devient celle de l’expression. L’illusion est que si ma société est raisonnablement libre et démocratique, mon dissentiment n’a pas à s’exprimer sous forme radicale : comme si j’avais minimalement consenti à la société, de façon que mon désaccord puisse être raisonnablement formulé dans ce cadre. Mais quel consentement ai-je donné ? La démocratie radicale veut continuer la conversation en ce qu’elle considère que non, je n’ai pas donné mon consentement : pas à tout. La critique est au fondement même de la démocratie, elle n’est pas sa dégénérescence ou une faiblesse interne. L’idée même de désobéissance civile est d’abord une approche américaine de la démocratie, à l’époque où elle essaie de se réinventer sur le sol américain, et dans le cadre d’une déception par la démocratie devenue conformiste et marchande. Elle est cependant caractéristique de ces moments où on désespère de la démocratie, où elle dégénère en conformité. Cette voie du dissentiment est particulièrement importante dans la tradition culturelle américaine, et on l’a retrouvée dans les mouvements minoritaires d’opposition à la guerre en Irak de G. W. Bush. On peut même imaginer que par un détour elle a mené au changement politique et au retour d’un pouvoir démocrate, assorti du signe important, au pays de l’esclavage, que fut l’élection d’un président à moitié noir.

 

Emerson et Thoreau refusaient la société de leur temps pour les mêmes raisons que l’Amérique avait voulu l’indépendance, et revendiqué les droits que sont la liberté, l’égalité, la recherche du bonheur. Ils prenaient à la lettre la Déclaration d’Indépendance : « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés ». C’est ici et maintenant, chaque jour, que se règle mon assentiment à ma société ; je le l’ai pas donné, en quelque sorte, une fois pour toutes. Non que mon assentiment soit mesuré ou conditionnel : mais il est, constamment, en discussion, ou en conversation – il est traversé par le dissentiment. Thoreau dans la Désobéissance civile (1849) déclare : « je souhaite refuser de faire allégeance à l’Etat, m’en retirer de manière effective ». Si l’Etat refuse de dissoudre son union avec le propriétaire d’esclaves, alors « que chaque habitant de l’Etat dissolve son union avec lui (l’Etat) ». «Je ne peux reconnaître ce gouvernement pour mien, puisque c’est aussi celui de l’esclave», dit Emerson. Nous sommes tous esclaves et notre parole sonne faux. Plutôt que de revendiquer à leur place, et de les maintenir ainsi dans le silence, ils préfèrent revendiquer les seuls droits qu’ils puissent défendre, les leurs. Leur droit d’avoir un gouvernement qui parle et agit en leur nom, qu’ils reconnaissent, à qui ils donnent leur voix.

 

Désobéissance civile et individualisme

 

On comprend alors quelle est l’actualité de la confiance en soi, et de la désobéissance contre le conformisme, et le désespoir démocratique. Le modèle de la désobéissance réapparaît comme manifestation non pas de révolte, mais d’espoir, contre tout ce désespoir.

 

La désobéissance oblige ainsi à revendiquer une forme d’individualisme – car ne faut pas laisser le monopole de l’individu, si l’on peut dire, au néolibéralisme et à certaines formes destructrices d’individualisme. Et la pensée de Cavell, celle de la tradition de pensée américaine du XIXe siècle, Emerson et Thoreau, théoriciens de la désobéissance civile et de la confiance en soi, ouvre sur la réhabilitation d’une forme radicale et critique d’individualisme. Ils montrent, comme Wittgenstein et la philosophie du langage ordinaire, que la réflexion sur l’individu passe par une redéfinition de ce qu’est une expression juste, une voix cohérente ; il ne suffit pas de s’exprimer pour avoir une voix. La voix est indissolublement personnelle et collective, et plus elle exprime le singulier, plus elle est propre à représenter le collectif. Une voix doit alors être revendicatrice, exprimer les autres : pas seulement parler au nom de ceux qui ne peuvent parler, idée condescendante et sans avenir. On ne parle pas à la place de quelqu’un, il faut déjà être capable de parler pour soi, d’assumer la responsabilité d’une prise de parole.

 

A la base de la question de la voix, il y a la question : qu’est-ce qui permet de dire nous ? JE (seul) puis dire ce que NOUS disons. L’usage commun du langage pose directement une question politique, qui est celle de la nécessité de la voix individuelle et du dissensus. C’est l’idée qu’il faut trouver sa voix en politique : cette thématisation de la voix se trouve chez Emerson et dans l’idée de confiance en soi (Self-Reliance). Emerson affirme que l’expression individuelle est légitimée comme publique quand elle est authentique.

 

Croire votre pensée, croire que ce qui est vrai pour vous dans l’intimité de votre cœur est vrai pour tous les hommes - c’est là le génie. Exprimez votre conviction latente, et elle sera le sentiment universel; car ce qui est le plus intime finit toujours par devenir le plus public.

 

Cela conduit Emerson à une critique du conformisme et du moralisme, conçus comme incapacité à prendre la parole, à vouloir dire soi-même ce qu’on dit, à être bien sujet de sa parole. La confiance n’est pas un fondement sur une individualité existante, elle la constitue : cette constitution de l’individu s’accomplit par la recherche par chacun de sa voix, du ton juste, de l’expression adéquate. Il s’agit à la fois de constitution individuelle  – « suivre sa constitution » dit Emerson –  et commune : trouver une constitution politique qui permette à chacun de trouver expression, d’être exprimé par le commun et d’accepter de l’exprimer.

 

L’individualisme devient alors principe démocratique, celui de la compétence politique et expressive de chacun. Il s’agit de savoir pour chacun ce qui lui convient, et à chaque fois de façon singulière. Le vrai individualisme, ce n’est pas l’égoïsme, c’est l’attention à l’autre en tant que singulier, et à l’expression spécifique de chacun ; c’est l’observation des situations ordinaires où sont pris les autres. C’est pour ces raisons qu’un enjeu de l’individualisme est aussi l’attention aux vulnérables. L’individualisme véritable devient attention concrète à chacun.

 

Désobéir pour la démocratie

 

Pour finir,la désobéissance en démocratie n’est pas un refus de la démocratie, au contraire. Elle est liée à la définition même d’une démocratie, d’un gouvernement du peuple, c’est-à-dire par le peuple, comme le disait la déclaration d’indépendance : un gouvernement démocratique est le gouvernement qui est le nôtre, le mien – qui m’exprime, où j’ai ma voix. Je dois avoir une voix dans mon histoire, et me reconnaître dans ce qui est dit ou montré par ma société, et ainsi, en quelque sorte, lui donner ma voix, accepter qu’elle parle en mon nom. La question politique première devient celle de l’expression. La position de Thoreau et d’Emerson est simple : on a non seulement le droit mais le devoir de résister, et donc de désobéir, lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Thoreau refuse de reconnaître le gouvernement comme sien, et refuse de lui donner sa voix, sa contribution financière ; il refuse qu’il parle en son nom – lorsqu’il promeut l’esclavage ou fait la guerre au Mexique. C’est là un affect politique fondamental, qu’on retrouvait dans les oppositions internes à la guerre en Irak : Not in our name. C’est aussi une reconception du contrat social. L’installation de Thoreau à Walden est une protestation contre la vie que mènent les autres hommes (« a life of quiet desperation »), contre sa société telle qu’elle existe. Emerson et Thoreau refusent la société de leur temps pour les mêmes raisons que l’Amérique a voulu l’indépendance, et revendiqué les droits que sont la liberté, l’égalité, et ne l’oublions pas, la recherche du bonheur. Ils prennent à la lettre la Déclaration d’Indépendance : « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer et de l’abolir, et d’établir un nouveau gouvernement. » Lorsque Emerson embrasse comme Thoreau la cause abolitionniste dans de célèbres discours (en 1844 et 1854), et dans sa défense de John Brown, il dénonce avec l’esclavage la corruption des principes mêmes de la constitution américaine, et la corruption des politiques, représentants de la nation – il  recommande alors de désobéir à la loi, dans sa dénonciation scandalisée de la loi inique sur les esclaves fugitifs.

 

Le fondement de cette position est encore une fois la confiance en soi, qui loin d’être une assurance ou une prétention, se définit en opposition au conformisme. Pour Thoreau, ce n’est pas le silence qui guette d’abord l’intellectuel, mais en effet le conformisme. Contre la conformité, Emerson et Thoreau demandent donc une vie qui soit à nous, à laquelle nous ayons consenti, avec notre propre voix. Thoreau écrit : « Je réponds qu’il ne peut pas s’y associer sans se déshonorer. Je ne peux pas un seul instant reconnaître comme mon gouvernement une organisation politique qui est ainsi le gouvernement de l’esclave ». Si j’accepte la société, la reconnais comme mienne, JE suis esclave, nous le sommes tous. Thoreau et Emerson ne visent pas à parler pour les autres, les « sans-voix » – ils revendiquent leur droit d’avoir un gouvernement qui parle et agit en leur nom.

 

La question de la désobéissance ne concerne donc pas seulement ceux qui ne parlent pas, ceux qui, pour des raisons structurelles ne peuvent pas parler (qui ont définitivement été « exclus » de la conversation de la justice) : elle concerne également ceux qui pourraient parler, mais se heurtent à l’inadéquation de leur parole. Du coup, dans la société actuelle, paradoxalement, le problème ce ne sont pas seulement les exclus, au sens des exclus de la parole, mais aussi ceux dont la parole n’est pas écoutée à sa juste valeur, est dévalorisée. L’idéal d’une conversation politique - de la démocratie - serait celui d’une circulation de la parole où personne ne serait sans voix. Et c’est là qu’on retrouve l’égalité comme exigence politique, et sa revendication comme forme de la résistance.

 

 

Aujourd’hui la désobéissance civile pourrait être tenue pour une forme d’action politique désuète, et inadéquate – surtout en un temps de lutte pour la démocratie même dans des dictatures en cours d’effondrement. La relecture de Thoreau nous permet alors de comprendre le sens de la désobéissance civile aujourd’hui, et son essence démocratique. Le recours à la désobéissance, qui paraît s’écarter des modes d’action politique reconnus, exprime, comme autrefois chez Thoreau, le sentiment d’une perte de la voix, d’une trahison des idéaux de la démocratie : on ne se reconnaît pas dans l’Etat et sa parole, on ne veut plus parler en son nom (ni qu’il prétende nous exprimer). Pourquoi désobéir en démocratie ? Mais justement : on ne désobéit qu’en démocratie – quand on n’a plus dans la vie publique les conditions de la conversation où l’on pourrait raisonnablement exprimer son différend, quand on est dépossédé de sa voix, et du langage commun. La désobéissance est un rappel du fondement de la démocratie, qui est l’expression de chacun, la recherche d’une parole authentique et juste, contre une parole qui, pour reprendre le mot d’Emerson, « nous chagrine » ou est étouffée. Une manière de reprendre possession est la désobéissance, comme revendication personnalisée et publique, au nom de ce que la collectivité des citoyens réclame.

 

***********************************************

 

* Ce texte a été discuté lors de la 9e séance du séminaire ETAPE (Explorations Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l’Emancipation) de 20 juin 2014 à Paris sur le thème « Ethique perfectionniste, individualisme démocratique et désobéissance civile ». On trouve l’ensemble textes discutés et issus de cette séance sur le site de réflexions libertaires Grand Angle : http://conversations.grand-angle-libertaire.net/etape-seminaire-9/. On peut aussi se reporter directement aux différents textes concernés :

 

- Sandra Laugier : « Ne pas laisser l’individualisme à la droite » (2007)

 

 

- Sandra Laugier : « Désobéissance et démocratie radicale » (2011)

 

- Sandra Laugier : « Romantisme et démocratie au cinéma : To the Wonder (A la merveille) de Terrence Malick » (2013)

 

- Didier Eckel : « Rapport "compréhensif" sur trois textes de Sandra Laugier » [onglet Rapport compréhensif]

 

- Manuel Cervera-Marzal : « Rapport "critique" sur trois textes de Sandra Laugier » [onglet Rapport critique] ; Manuel Cervera-Marzal est notamment l’auteur de Désobéir en démocratie. La pensée désobéissante de Thoreau à Martin Luther King (Aux forges de Vulcain, 2013)

 

 

- Philippe Corcuff : « Désobéissance, critique sociale, individualisme, émancipation et Révolution. Quelques notes à partir du séminaire ETAPE du 20 juin 2014 autour de Sandra Laugier » (29 juin 2014)

 

* L’ensemble des informations et des textes sur les séances du séminaire ETAPE se trouvent sur le site Grand Angle : http://www.grand-angle-libertaire.net/etape-explorations-theoriques-anarchistes-pragmatistes-pour-lemancipation/

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/etape-libertaire

 

 

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Jeudi 10 juillet 2014 4 10 /07 /Juil /2014 15:42

 

Infos envoyées par Philippe Corcuff :

 

 

Pour information :

 
* "Gauche de gauche : la tambouille ou la politique par le bas?" par Philippe Corcuff, Libération, 8 juillet 2014, http://www.liberation.fr/politiques/2014/07/07/gauche-de-gauche-la-tambouille-ou-la-politique-par-le-bas_1059156
 
Une réaction critique au récent appel de personnalités de la gauche de la gauche intitulé « Gauche : ne plus tarder » (Libération, 2 juillet 2014, http://www.liberation.fr/politiques/2014/07/01/gauche-ne-plus-tarder_1054620 ) : pourquoi pas, plutôt qu’un nouveau mécano trans-partisan, l’organisation locale et démocratique de Marches de la dignité et de la diversité du Peuple pour la justice sociale ?
 
* "L'avenir des gauches et les défis de l'extrême droite", vidéos d'un débat public entre Samuel Johsua et Philippe Corcuff, Mediapart, 7 juillet 2014, http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/070714/avenir-des-gauches-et-defis-de-l-extreme-droite-videos-debat-johsuacorcuff
 
Vidéos d’un débat ayant eu lieu à Marseille le 24 juin 2014, organisé par l’Université Populaire et Républicaine de Marseille, entre Samuel Johsua (militant dans Ensemble au sein du Front de gauche) et Philippe Corcuff (membre de la Fédération Anarchiste)
 
* La désobéissance civile lors de la 9° séance du séminaire ETAPE (Exploratons Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l'Emancipation) du 20 juin 2014, Paris : http://conversations.grand-angle-libertaire.net/etape-seminaire-9/
 
Trois textes de la philosophe Sandra Laugier, un "rapport compréhensif" de Didier Eckel, un "rapport critique" de Manuel Cervera-Marzal et une contribution de Philippe Corcuff
 

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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 23:05

 

Source : www.mediapart.fr

 

La demande d'asile d'Edward Snowden s'invite à l'Assemblée

|  Par Jérôme Hourdeaux

 

 

 

Les initiateurs de la pétition (165 000 signatures) demandant que l'asile soit accordé au lanceur d'alerte ont été reçus par des députés. « Les réponses apportées par la France ne sont pas à la hauteur », estime l'élu PS Christian Paul.

À moins d’un mois de l’expiration de l’autorisation de séjour d’Edward Snowden en Russie, le débat sur la protection que doit, ou non, accorder la France au lanceur d’alerte fait enfin son entrée à l’Assemblée nationale. Ce mercredi 9 juillet, les députés membres du groupe d’études « Internet et société numérique » organisaient une « réunion d’échange avec les signataires de l’appel demandant à la France d’accorder l’asile politique à l’ex-employé de la NSA ». Lancée le 2 juin dernier dans L’Express, cette pétition intitulée « François Hollande, accordez l’asile politique à Edward Snowden », et soutenue par Mediapart, avait recueilli, mardi 8 juillet au soir, plus de 165 700 signatures.

 

 
© Reuters

« Les révélations d’Edward Snowden ont montré que les collectes massives d’informations par la NSA, concernant les citoyens du monde entier, dépassaient le cadre de la lutte contre le terrorisme ou les autres grands risques géopolitiques », affirment les initiateurs de ce texte parmi lesquels figurent le sociologue Michel Wieviorka, l’historien Patrick Weil, Daniel Cohn-Bendit, le sociologue Edgar Morin, l’ex-premier ministre Michel Rocard ou encore le philosophe Marcel Gauchet. « Lanceur d’alerte, Snowden a permis d’informer le grand public de ces dérives, en plaçant l’intérêt général et l’éthique au dessus de la raison d’État. » « Pour toutes ces raisons, poursuit l'appel, il est indispensable d’accueillir Edward Snowden dans un véritable État de droit, afin qu’il puisse se défendre et participer au débat sur le renforcement des libertés publiques. »

L’organisation de cette rencontre entre signataires et élus est un signal fort vis-à-vis de l’exécutif, qui s’est jusqu’à présent montré solidaire de son allié américain. Ainsi, au mois de juillet 2013, la France a fait partie des pays ayant refusé leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales, suspecté de transporter le lanceur d’alerte. Depuis, l’État français a fait constamment savoir qu’il ne souhaitait pas accorder l’asile à Edward Snowden.

Il s’agit « d’un dossier compliqué », estimait ainsi en juillet 2013 Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur. « Cette demande, si elle est déposée, pose de nombreux problèmes juridiques. Pour ce qui me concerne, je n’y suis pas favorable. » Interrogé à nouveau sur le sujet le 3 juin 2014, au lendemain de la publication de la pétition, le nouveau premier ministre a réaffirmé son opposition. « Je n’y suis pas favorable mais si la question se pose, elle sera bien sûr examinée », a-t-il déclaré avant de préciser que la question n’était « pas d’actualité ».

Car officiellement, la France n’a reçu aucune demande d’asile de la part d’Edward Snowden. Or, pour qu’une demande d’asile soit valide, il faudrait que celle-ci soit déposée sur le sol français, chose quasi impossible pour Edward Snowden qui risquerait d’être immédiatement intercepté et extradé vers les États-Unis. « Le problème est que la France est tenue par un accord d’extradition avec les États-Unis », rappelle le député UMP Patrice Martin-Lalande, co-organisateur de la réunion. « Aujourd’hui, le droit international est dangereux pour Edward Snowden », estime-t-il. « S’il venait en France, il n’est pas sûr que nous puissions lui accorder légalement l’asile politique car nous sommes engagés vis-à-vis des États-Unis, même si cela peut paraître un peu brutal ou rustique. Mais le non-respect de ses engagements pourrait avoir des conséquences pour la France. Il y a une forte probabilité pour que, une fois sur le sol français, joue l’accord d’extradition. »

Dans une tribune publiée le 3 juin dernier dans Le Monde, Patrick Weil a cependant souligné l’existence d’une solution juridique : l’asile dit « constitutionnel ». Prévue par l’article L 711-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, cette disposition permet d’accorder l’asile politique « à toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté » sans avoir besoin de pénétrer sur le sol français.

« Je dois dire que j’étais un peu frustré par le titre de l’appel qui semble demander à François Hollande d’accorder l’asile à Edward Snowden. Edward Snowden n’a pas à demander l’asile. Il y a droit », a réaffirmé Patrick Weil devant les députés. L’historien a cependant reconnu que le recours à l’asile constitutionnel comportait certains risques juridiques. Mais, estime-t-il, « aujourd’hui, il n’y a pas de jurisprudence correspondant à la situation de Snowden. S’il dépose une demande, et qu’elle est rejetée, ça ira forcément devant le Conseil d’Etat. Et là, ça prendrait des mois durant lesquels il pourrait y avoir une mobilisation médiatique et politique ».

« Le droit d’asile constitutionnel défendu par Patrick Weil ne permettrait pas l’extradition d’Edward Snowden », estime également, interrogé par Mediapart, le député PS Christian Paul, autre co-organisateur de la réunion. « C’est une question d’ordre juridique : Peut-il demander l’asile depuis l’étranger ? Oui, s’il peut avoir le statut de combattant de la liberté. Après, s'il en fait la demande, il faudra que ça lui soit accordé. Mais la question qui se profile derrière est celle de l’asile constitutionnel. Comment la France accueille-t-elle les combattants de la liberté ? »

Concernant les éventuelles représailles américaines à un asile accordé à Edward Snowden, Christian Paul estime que « de l’eau a coulé sous les ponts. Le temps a fait son œuvre et aujourd’hui plusieurs responsables américains, comme Hillary Clinton ou Al Gore, se sont exprimés pour reconnaître que ses révélations n’avaient pas eu que des effets négatifs. Je ne pense pas qu’une telle décision de la France aurait pour conséquence de vitrifier les relations franco-américaines ».

On peut malgré tout s’interroger sur ce que serait la réaction américaine à une telle décision de la France. Depuis qu’Edward Snowden a déclaré, le 9 juin 2013, être l’auteur des révélations sur le dispositif d’espionnage mondial mis en place par la NSA, Washington s’est en effet lancé dans une traque sans pitié, coupant systématiquement toute voie de sortie au lanceur d’alerte.

Dès le 14 juin, il est inculpé par la justice américaine pour espionnage et vol d’un bien du gouvernement, deux charges punissables d’une peine de 30 années d’emprisonnement. Edward Snowden reçoit alors l’aide juridique de Sarah Harrison, envoyée spéciale à Hong Kong de l’organisation de Julian Assange, Wikileaks. Ne pouvant rester en Chine, l’informaticien espère rejoindre l’Amérique latine via Moscou puis La Havane. Le départ est prévu pour le 23 juin. Mais la veille du départ, les autorités américaines révoquent son passeport. Le lendemain, Edward Snowden prend l’avion pour la Russie. Mais sans passeport valable, le jeune homme se retrouve coincé dans la zone de transit de l’aéroport Cheremetievo, à Moscou.

« Les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des enjeux historiques »

Durant 39 jours, le sort du jeune homme fera l’objet d’intenses tractations diplomatiques. Le premier pays à subir les pressions diplomatiques américaines est l’Équateur, qui abrite déjà Julian Assange dans son ambassade à Londres. Le 25 juin, Edward Snowden annonce en effet avoir déposé une demande officielle d’asile auprès des autorités équatoriennes. Mais dès le lendemain, le président du comité des relations internationales du Sénat américain, le démocrate Bob Menedez, menace l’Équateur de remettre en cause des accords économiques.

Le samedi 29 juin, le président équatorien Rafael Correa révèle que le vice-président américain Joe Biden l’a personnellement appelé pour lui « exprimer de manière très courtoise le souhait des États-Unis que nous rejetions la demande d’asile ». Et, contrairement à Julian Assange, l’Équateur ne compte pas cette fois défier Washington. « Quand il arrivera sur le sol équatorien », assure Rafael Correa, « le premier avis que nous solliciterons sera évidemment celui des États-Unis. » Le président équatorien va même jusqu’à désavouer son consul à Londres qui, à la demande de Julian Assange, avait délivré un sauf-conduit pour Edward Snowden. « La vérité est que le consul a outrepassé son rôle et sera sanctionné. »

Edward Snowden, au centre, et Sarah Harrison, à gauche, lors d'une conférence de presse, à Moscou le 12/07/2013 
Edward Snowden, au centre, et Sarah Harrison, à gauche, lors d'une conférence de presse, à Moscou le 12/07/2013 © Reuters

Le 2 juillet, Wikileaks annonce que Snowden a déposé des demandes d’asile auprès de 21 gouvernements dont ceux de la France, de l’Islande, de l’Allemagne, de l’Inde, de la Chine, de Cuba, de l’Équateur et du Brésil. Parallèlement, le président bolivien Evo Morales, qui se trouve justement en Russie pour une conférence des pays exportateurs de gaz, se dit prêt à étudier une éventuelle demande d’asile du lanceur d’alerte. La concomitance entre le dépôt des demandes d’asile et les propos d’Evo Morales, qui doit de plus quitter la Russie dès le lendemain, provoque un emballement diplomatique.

Le 2 juillet, lorsque l’avion du président bolivien décolle, plusieurs sources affirment qu’Edward Snowden se trouve à bord. Sous pression des autorités américaines, la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie lui interdisent le survol de leur espace aérien. L’avion présidentiel est contrait de se dérouter et d’atterrir en Autriche pour être inspecté. À son arrivée en Bolivie, Evo Morales dénoncera « l’impérialisme américain » et menacera même de faire fermer l’ambassade des États-Unis dans son pays.

Parallèlement, durant les premiers jours du mois de juillet, ses demandes sont officiellement rejetées par la France, la Finlande, l’Allemagne, l’Inde, la Pologne, la Norvège, l’Autriche, l’Italie et les Pays-Bas. Le 16 juillet, l’avocat d’Edward Snowden, Anatoly Kucherena, annonce que celui-ci a décidé de rester en Russie et a rempli une demande officielle d’asile. Dans celle-ci, l’informaticien explique avoir « peur pour sa vie et sa sécurité, peur qu’il puisse être soumis à la torture et à la peine capitale ». Le 31 juillet, Moscou lui accorde finalement un asile temporaire d’un an renouvelable, à la condition qu’il ne se livre pas à des « activités visant à faire du tort » aux États-Unis. En clair, il ne doit plus fournir aucun nouveau document.

Depuis, Edward Snowden vit reclus et sous surveillance dans un endroit tenu secret. Aucune de ses demandes d’asile n’a pour l’instant obtenu de réponse positive, même de la part des pays les plus touchés par les activités de la NSA. Le 17 décembre 2013, il a par exemple écrit une « lettre ouverte au peuple brésilien » dans laquelle il offrait son aide dans l’enquête en cours sur l’espionnage pratiqué dans le pays par la NSA et demandait la protection du Brésil. Comme l’ont révélé de nombreux documents fournis par le lanceur d’alerte, les États-Unis ont mené des opérations de surveillance particulièrement agressives contre l’État et certaines entreprises publiques brésiliennes, allant même jusqu’à écouter le téléphone personnel de la présidente Dilma Rousseff.

Mais dès le lendemain de l’appel d’Edward Snowden, les autorités brésiliennes ont fait savoir qu’elles ne lui accorderaient pas l’asile, expliquant n’avoir reçu aucune demande officielle, juste un fax non signé ne permettant pas de l’identifier…

Au mois de mars, dans un témoignage écrit transmis au parlement européen, le lanceur d’alerte réaffirmait vouloir quitter la Russie pour trouver refuge dans un État démocratique, mais indiquait n’avoir reçu aucune « réponse positive aux demandes envoyées à divers États membres de l’UE ». « Des parlementaires dans des gouvernements nationaux m’ont dit que les États-Unis ne, et je cite, "permettraient pas" à leurs partenaires européens de m’offrir un asile politique », affirmait-il. « J’accueillerais toute offre de sauf-conduit ou d’asile permanent, mais je reconnais que cela requerrait un courage politique extraordinaire. »

« On se demande pourquoi l’Union européenne n’arrive pas à trouver une solution pour une sortie de Russie dans des conditions décentes et acceptables pour tout le monde, s’interroge Christian Paul. Cela serait totalement conforme aux valeurs européennes car il est maintenant certain que Snowden restera dans l’histoire comme un combattant des libertés. » « Concernant l’attitude de la France, poursuit le député, je suis d’une grande perplexité, pour ne pas dire plus… Les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des enjeux historiques de la situation. Edward Snowden a tout de même dévoilé l’existence d’un dispositif d’espionnage mondial déployé par la NSA d’une ampleur historique. Je pense que certains n’ont pas encore pris assez conscience de l’importance de ces révélations et du fait qu’il faut mettre un coup d’arrêt à ces pratiques. »

En attendant, face à l’absence de réponse des démocraties occidentales, Edward Snowden a rempli, au début du mois, une demande de renouvellement de son asile temporaire qui arrive à terme au 31 juillet. « Il est assez incroyable et paradoxal que soit la Russie, pays autoritaire et violant régulièrement les droits de l’Homme, qui héberge et protège Edward Snowden et en tire un argument de marketing diplomatique », souligne Christian Paul. « Je serais par contre très heureux de l’entendre, dans le cadre d’une tournée française ou européenne »

En conclusion de la réunion de mercredi, les députés présents ont de leur côté évoqué leurs moyens d'actions à court terme et se sont mis d'accord sur une « initiative transpartisane ». Une question parlementaire devrait tout d'abord être posée lors d'une séance publique avant la fin du mois de juillet. Elle pourrait être suivie par une proposition de résolution. Christian Paul a également évoqué la création d'un d’un « dispositif de soutien » si Edward Snowden décidait de déposer une demande d’asile constitutionnel en France.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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