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Vendredi 18 juillet 2014 5 18 /07 /Juil /2014 18:48

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/etape-libertaire

 

 

Désobéissance et démocratie radicale

Un des textes de la philosophe Sandra Laugier discutés lors de la séance du séminaire ETAPE (Explorations Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l’Emancipation) de juin 2014 consacrée à la désobéissance civile…

 

Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’Université de Paris 1. Elle est, entre autres, l’auteure de : Une autre pensée politique américaine. La démocratie radicale d’Emerson à Stanley Cavell (Michel Houdiard éditeur, 2004), Wittgenstein. Les sens de l’usage (Librairie philosophique J. Vrin, 2009) et, avec Albert Ogien, Pourquoi désobéir en démocratie ? (La Découverte, 2010).

 

 

Désobéissance et démocratie radicale

Par Sandra Laugier

Tokyo, 2011

 

 

Peut-on compter sur soi-même, et comment ? Le penseur américain Henry David Thoreau, le jour où il s’installe au bord du lac de Walden – un 4 juillet, anniversaire de l’Indépendance américaine – décide qu’il construira sa maison de ses mains, et vivra seul, au milieu des bois : « je gagnais ma vie grâce au seul travail de mes mains ». Utopie ? Au bout de deux ans, Thoreau retourne à la civilisation, mais l’esprit de Walden vit toujours. En témoignent, aux Etats-Unis dans les années 1960 au moment de la bataille des droits civiques, et aujourd’hui en France, les multiples actes de désobéissance civile, concept inventé aussi par Thoreau. Je peux et dois m’opposer à la loi commune, m’isoler de la société, si je ne m’y reconnais pas. La désobéissance se fonde que sur un principe moral, la confiance en soi, qui encourage l’individu à refuser la loi commune et acceptée des autres, en se fondant sur sa propre conviction qu’elle est injuste.

 

Tradition et actualité de la désobéissance

 

La désobéissance civile est le refus volontaire et ostensible d’appliquer un texte réglementaire. Il ne faut pas imaginer, donc, que désobéir est un acte qui recouvre toutes les résistances et toutes les révoltes. La désobéissance civile est une forme d’action qui répond à une définition précise : refuser, de façon non-violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire au motif qu’elle viole un « principe supérieur » afin de se faire sanctionner pour que la légitimité de cette obligation soit appréciée à l’occasion d’un appel en justice. La France d’aujourd’hui vit un moment marqué par la prolifération du nombre d’actes de désobéissance civile. Loin de marquer un rejet du politique, ces refus en appellent à une extension des droits et des libertés qu’une démocratie devrait assurer à ses citoyens. Ce qui est résumé par la question de notre livre : Pourquoi désobéir en démocratie ? (avec Albert Ogien, Paris, La Découverte, 2010). La désobéissance civile pourrait être tenue pour une forme d’action politique désuète, et inadéquate. C’est que, dans un régime démocratique, les libertés de vote, d’expression, de manifestation, de grève, de conscience et d’association sont apparemment garanties ; des mécanismes de « dialogue social » ont été institués, dans le travail parlementaire, le paritarisme ou les négociations collectives ; et la défense des droits fondamentaux est une réalité juridique qu’on peut faire jouer. Dans ces conditions, on ne voit plus pourquoi l’expression d’un mécontentement devrait prendre les allures de la désobéissance, et on peut même s’inquiéter d’un geste qui remet en cause le principe même de la démocratie, à savoir le fait que la minorité s’engage à accepter la légitimité de ce qu’une majorité décide, en attendant une éventuelle alternance. La désobéissance est une modalité de contestation dont le bien-fondé est mis en doute pour des raisons de légitimité (de quel droit se soustraire à la loi républicaine ?), pour des raisons politiques (pourquoi revendiquer les intérêts des individus contre ceux de la collectivité), ou pour des raisons d’efficacité (elle ne s’attaque pas aux racines de l’aliénation et de la domination).

 

Or la désobéissance s’impose quand on a épuisé l’expression du désaccord par les moyens politiques classiques, qui respectent les règles du dialogue : elle est une mise en cause certes non-violente, mais radicale, d’un pouvoir devenu sourd à la contestation. Nous souhaitons ici donner des éléments pour décrire ce phénomène, en prendre acte et montrer en définitive la justesse de ces gestes, qui sont conçus non pas comme une mise en cause, mais une réaffirmation des principes de la démocratie.

 

 

Le recours à la désobéissance fait en effet curieusement revivre une tradition née aux Etats-Unis, et semble s’écarter des modes d’action politique reconnus dans la France contemporaine. C’est que Henry David Thoreau (1817-1862) et Ralph Waldo Emerson (1803-1882), les promoteurs américains de la désobéissance civile, s’exprimaient en contexte démocratique – pas tyrannique à proprement parler – contre une trahison des idéaux de ma démocratie : c’est ce sentiment qui suscite la désobéissance, on ne se reconnaît pas dans l’Etat et sa parole, on ne veut plus parler en son nom (ni qu’il prétende nous exprimer). La désobéissance civile surgit quand un fonctionnement public apparemment démocratique suscite le dégoût, et le refus : notamment par sa forme d’expression, son langage. Les motifs des « grandes causes » qui lui ont donné ses lettres de noblesse (Gandhi, la Guerre d’Algérie, celle du Viet Nam, le combat contre la colonisation, la ségrégation raciale, ou les luttes pour le droit à l’avortement ou à la libre sexualité) se retrouvent dans la volonté de soutenir des illégaux et des clandestins, exprimée dans un certain nombre d’actions plus ou moins spectaculaires. Mais d’autres manières de désobéir existent aujourd’hui. La première consiste, pour un groupe de citoyens organisés, à se mettre délibérément en infraction tout en cherchant à articuler cette action à celle qu’une opposition politique livre dans le cadre du débat démocratique. La seconde suscite moins d’intérêt médiatique : elle consiste, pour une poignée de citoyens, à refuser ostensiblement d’appliquer une disposition légale ou réglementaire qu’ils sont chargés de mettre en œuvre mais dont ils estiment qu’elle est attentatoire à la justice ou à la démocratie. Ce qui est le cas lorsque des agents de l’Etat refusent de suivre des instructions dont ils pensent qu’elles font peser des menaces sur l’égal accès des citoyens à des besoins fondamentaux (santé, éducation, justice, etc.) ; ou nuisent aux libertés individuelles ; ou dégradent la qualité des prestations offertes aux usagers d’un service public. La désobéissance civile prend alors une allure inédite et plus discrète. Elle renvoie à un sentiment de dépossession de la voix.

 

La voix et la dissidence

 

Nous sommes partis, au plan philosophique, de l’importance chez Ludwig Wittgenstein (1889-1951), comme chez Emerson, de l’idée de voix et de revendication (claim). Lorsque Wittgenstein dit que les humains « s’accordent dans le langage qu’ils utilisent », il fait appel à un accord qui n’est fondé sur rien d’autre que la validité d’une voix. Dans son ouvrage Dire et vouloir dire (1969), Stanley Cavell, reprenant Kant, définissait la rationalité du recours au langage ordinaire, sur le modèle du jugement esthétique, comme revendication d’une « voix universelle » : se fonder sur moi pour dire ce que nous disons. Cette revendication est ce qui définit l’accord, et la communauté est donc, par définition, revendiquée, pas fondatrice. C’est moi – ma voix – qui réclame la communauté, pas l’inverse. Trouver ma voix consiste, non pas à trouver un accord avec tous, mais à faire une revendication. On peut ainsi dire que chez Cavell et Wittgenstein la communauté ne peut exister que dans sa constitution par la revendication individuelle et par la reconnaissance de celle d’autrui. Elle ne peut donc être présupposée, et il n’y a aucun sens à résoudre le désaccord moral ou le conflit politique par le recours à elle. Il ne s’agit pas d’une solution au problème de la moralité : bien plutôt d’un transfert de ce problème, et du fondement de l’accord communautaire, vers la connaissance et le revendication de soi.

 

La voix est forcément dissidente, contre le conformisme. On préférera ici l’idée de désobéissance à celle d’émancipation. Le dissensus est propre à la démocratie et à ce type même de conformisme que suscite la démocratie, celui que déplore Emerson lorsqu’il revendique la « Self-Reliance » (ou « Confiance en soi », 1841). Penser la désobéissance en démocratie revient à penser le retournement du conformisme. Elle est liée à la définition même d’une démocratie, d’un gouvernement du peuple c’est-à-dire par le peuple, comme le disait très clairement la déclaration d’indépendance américaine (à laquelle Emerson et Thoreau veulent être fidèles contre les dérives de la Constitution puis de sa mise en œuvre jacksonienne) : un bon gouvernement démocratique est le gouvernement qui est le nôtre, le mien – qui m’exprime et que je puis exprimer. La question de la démocratie est bien celle de la voix. Je dois avoir une voix dans mon histoire, et me reconnaître dans ce qui est dit ou montré par ma société, et ainsi, en quelque sorte, lui donner ma voix, accepter qu’elle parle en mon nom. La désobéissance est la solution qui s’impose lorsqu’il y a dissonance : je ne m’entends plus, dans un discours qui sonne faux, dont chacun de nous peut faire l’expérience quotidienne (pour soi-même aussi, car pour Emerson le conformisme qu’on doit d’abord chasser est le sien propre).

 

Démocratie radicale : assentiment en conversation et dissentiment

 

Dans cette approche, la question de la démocratie est affaire de langage : elle devient celle de l’expression. L’illusion est que si ma société est raisonnablement libre et démocratique, mon dissentiment n’a pas à s’exprimer sous forme radicale : comme si j’avais minimalement consenti à la société, de façon que mon désaccord puisse être raisonnablement formulé dans ce cadre. Mais quel consentement ai-je donné ? La démocratie radicale veut continuer la conversation en ce qu’elle considère que non, je n’ai pas donné mon consentement : pas à tout. La critique est au fondement même de la démocratie, elle n’est pas sa dégénérescence ou une faiblesse interne. L’idée même de désobéissance civile est d’abord une approche américaine de la démocratie, à l’époque où elle essaie de se réinventer sur le sol américain, et dans le cadre d’une déception par la démocratie devenue conformiste et marchande. Elle est cependant caractéristique de ces moments où on désespère de la démocratie, où elle dégénère en conformité. Cette voie du dissentiment est particulièrement importante dans la tradition culturelle américaine, et on l’a retrouvée dans les mouvements minoritaires d’opposition à la guerre en Irak de G. W. Bush. On peut même imaginer que par un détour elle a mené au changement politique et au retour d’un pouvoir démocrate, assorti du signe important, au pays de l’esclavage, que fut l’élection d’un président à moitié noir.

 

Emerson et Thoreau refusaient la société de leur temps pour les mêmes raisons que l’Amérique avait voulu l’indépendance, et revendiqué les droits que sont la liberté, l’égalité, la recherche du bonheur. Ils prenaient à la lettre la Déclaration d’Indépendance : « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés ». C’est ici et maintenant, chaque jour, que se règle mon assentiment à ma société ; je le l’ai pas donné, en quelque sorte, une fois pour toutes. Non que mon assentiment soit mesuré ou conditionnel : mais il est, constamment, en discussion, ou en conversation – il est traversé par le dissentiment. Thoreau dans la Désobéissance civile (1849) déclare : « je souhaite refuser de faire allégeance à l’Etat, m’en retirer de manière effective ». Si l’Etat refuse de dissoudre son union avec le propriétaire d’esclaves, alors « que chaque habitant de l’Etat dissolve son union avec lui (l’Etat) ». «Je ne peux reconnaître ce gouvernement pour mien, puisque c’est aussi celui de l’esclave», dit Emerson. Nous sommes tous esclaves et notre parole sonne faux. Plutôt que de revendiquer à leur place, et de les maintenir ainsi dans le silence, ils préfèrent revendiquer les seuls droits qu’ils puissent défendre, les leurs. Leur droit d’avoir un gouvernement qui parle et agit en leur nom, qu’ils reconnaissent, à qui ils donnent leur voix.

 

Désobéissance civile et individualisme

 

On comprend alors quelle est l’actualité de la confiance en soi, et de la désobéissance contre le conformisme, et le désespoir démocratique. Le modèle de la désobéissance réapparaît comme manifestation non pas de révolte, mais d’espoir, contre tout ce désespoir.

 

La désobéissance oblige ainsi à revendiquer une forme d’individualisme – car ne faut pas laisser le monopole de l’individu, si l’on peut dire, au néolibéralisme et à certaines formes destructrices d’individualisme. Et la pensée de Cavell, celle de la tradition de pensée américaine du XIXe siècle, Emerson et Thoreau, théoriciens de la désobéissance civile et de la confiance en soi, ouvre sur la réhabilitation d’une forme radicale et critique d’individualisme. Ils montrent, comme Wittgenstein et la philosophie du langage ordinaire, que la réflexion sur l’individu passe par une redéfinition de ce qu’est une expression juste, une voix cohérente ; il ne suffit pas de s’exprimer pour avoir une voix. La voix est indissolublement personnelle et collective, et plus elle exprime le singulier, plus elle est propre à représenter le collectif. Une voix doit alors être revendicatrice, exprimer les autres : pas seulement parler au nom de ceux qui ne peuvent parler, idée condescendante et sans avenir. On ne parle pas à la place de quelqu’un, il faut déjà être capable de parler pour soi, d’assumer la responsabilité d’une prise de parole.

 

A la base de la question de la voix, il y a la question : qu’est-ce qui permet de dire nous ? JE (seul) puis dire ce que NOUS disons. L’usage commun du langage pose directement une question politique, qui est celle de la nécessité de la voix individuelle et du dissensus. C’est l’idée qu’il faut trouver sa voix en politique : cette thématisation de la voix se trouve chez Emerson et dans l’idée de confiance en soi (Self-Reliance). Emerson affirme que l’expression individuelle est légitimée comme publique quand elle est authentique.

 

Croire votre pensée, croire que ce qui est vrai pour vous dans l’intimité de votre cœur est vrai pour tous les hommes - c’est là le génie. Exprimez votre conviction latente, et elle sera le sentiment universel; car ce qui est le plus intime finit toujours par devenir le plus public.

 

Cela conduit Emerson à une critique du conformisme et du moralisme, conçus comme incapacité à prendre la parole, à vouloir dire soi-même ce qu’on dit, à être bien sujet de sa parole. La confiance n’est pas un fondement sur une individualité existante, elle la constitue : cette constitution de l’individu s’accomplit par la recherche par chacun de sa voix, du ton juste, de l’expression adéquate. Il s’agit à la fois de constitution individuelle  – « suivre sa constitution » dit Emerson –  et commune : trouver une constitution politique qui permette à chacun de trouver expression, d’être exprimé par le commun et d’accepter de l’exprimer.

 

L’individualisme devient alors principe démocratique, celui de la compétence politique et expressive de chacun. Il s’agit de savoir pour chacun ce qui lui convient, et à chaque fois de façon singulière. Le vrai individualisme, ce n’est pas l’égoïsme, c’est l’attention à l’autre en tant que singulier, et à l’expression spécifique de chacun ; c’est l’observation des situations ordinaires où sont pris les autres. C’est pour ces raisons qu’un enjeu de l’individualisme est aussi l’attention aux vulnérables. L’individualisme véritable devient attention concrète à chacun.

 

Désobéir pour la démocratie

 

Pour finir,la désobéissance en démocratie n’est pas un refus de la démocratie, au contraire. Elle est liée à la définition même d’une démocratie, d’un gouvernement du peuple, c’est-à-dire par le peuple, comme le disait la déclaration d’indépendance : un gouvernement démocratique est le gouvernement qui est le nôtre, le mien – qui m’exprime, où j’ai ma voix. Je dois avoir une voix dans mon histoire, et me reconnaître dans ce qui est dit ou montré par ma société, et ainsi, en quelque sorte, lui donner ma voix, accepter qu’elle parle en mon nom. La question politique première devient celle de l’expression. La position de Thoreau et d’Emerson est simple : on a non seulement le droit mais le devoir de résister, et donc de désobéir, lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Thoreau refuse de reconnaître le gouvernement comme sien, et refuse de lui donner sa voix, sa contribution financière ; il refuse qu’il parle en son nom – lorsqu’il promeut l’esclavage ou fait la guerre au Mexique. C’est là un affect politique fondamental, qu’on retrouvait dans les oppositions internes à la guerre en Irak : Not in our name. C’est aussi une reconception du contrat social. L’installation de Thoreau à Walden est une protestation contre la vie que mènent les autres hommes (« a life of quiet desperation »), contre sa société telle qu’elle existe. Emerson et Thoreau refusent la société de leur temps pour les mêmes raisons que l’Amérique a voulu l’indépendance, et revendiqué les droits que sont la liberté, l’égalité, et ne l’oublions pas, la recherche du bonheur. Ils prennent à la lettre la Déclaration d’Indépendance : « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer et de l’abolir, et d’établir un nouveau gouvernement. » Lorsque Emerson embrasse comme Thoreau la cause abolitionniste dans de célèbres discours (en 1844 et 1854), et dans sa défense de John Brown, il dénonce avec l’esclavage la corruption des principes mêmes de la constitution américaine, et la corruption des politiques, représentants de la nation – il  recommande alors de désobéir à la loi, dans sa dénonciation scandalisée de la loi inique sur les esclaves fugitifs.

 

Le fondement de cette position est encore une fois la confiance en soi, qui loin d’être une assurance ou une prétention, se définit en opposition au conformisme. Pour Thoreau, ce n’est pas le silence qui guette d’abord l’intellectuel, mais en effet le conformisme. Contre la conformité, Emerson et Thoreau demandent donc une vie qui soit à nous, à laquelle nous ayons consenti, avec notre propre voix. Thoreau écrit : « Je réponds qu’il ne peut pas s’y associer sans se déshonorer. Je ne peux pas un seul instant reconnaître comme mon gouvernement une organisation politique qui est ainsi le gouvernement de l’esclave ». Si j’accepte la société, la reconnais comme mienne, JE suis esclave, nous le sommes tous. Thoreau et Emerson ne visent pas à parler pour les autres, les « sans-voix » – ils revendiquent leur droit d’avoir un gouvernement qui parle et agit en leur nom.

 

La question de la désobéissance ne concerne donc pas seulement ceux qui ne parlent pas, ceux qui, pour des raisons structurelles ne peuvent pas parler (qui ont définitivement été « exclus » de la conversation de la justice) : elle concerne également ceux qui pourraient parler, mais se heurtent à l’inadéquation de leur parole. Du coup, dans la société actuelle, paradoxalement, le problème ce ne sont pas seulement les exclus, au sens des exclus de la parole, mais aussi ceux dont la parole n’est pas écoutée à sa juste valeur, est dévalorisée. L’idéal d’une conversation politique - de la démocratie - serait celui d’une circulation de la parole où personne ne serait sans voix. Et c’est là qu’on retrouve l’égalité comme exigence politique, et sa revendication comme forme de la résistance.

 

 

Aujourd’hui la désobéissance civile pourrait être tenue pour une forme d’action politique désuète, et inadéquate – surtout en un temps de lutte pour la démocratie même dans des dictatures en cours d’effondrement. La relecture de Thoreau nous permet alors de comprendre le sens de la désobéissance civile aujourd’hui, et son essence démocratique. Le recours à la désobéissance, qui paraît s’écarter des modes d’action politique reconnus, exprime, comme autrefois chez Thoreau, le sentiment d’une perte de la voix, d’une trahison des idéaux de la démocratie : on ne se reconnaît pas dans l’Etat et sa parole, on ne veut plus parler en son nom (ni qu’il prétende nous exprimer). Pourquoi désobéir en démocratie ? Mais justement : on ne désobéit qu’en démocratie – quand on n’a plus dans la vie publique les conditions de la conversation où l’on pourrait raisonnablement exprimer son différend, quand on est dépossédé de sa voix, et du langage commun. La désobéissance est un rappel du fondement de la démocratie, qui est l’expression de chacun, la recherche d’une parole authentique et juste, contre une parole qui, pour reprendre le mot d’Emerson, « nous chagrine » ou est étouffée. Une manière de reprendre possession est la désobéissance, comme revendication personnalisée et publique, au nom de ce que la collectivité des citoyens réclame.

 

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* Ce texte a été discuté lors de la 9e séance du séminaire ETAPE (Explorations Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l’Emancipation) de 20 juin 2014 à Paris sur le thème « Ethique perfectionniste, individualisme démocratique et désobéissance civile ». On trouve l’ensemble textes discutés et issus de cette séance sur le site de réflexions libertaires Grand Angle : http://conversations.grand-angle-libertaire.net/etape-seminaire-9/. On peut aussi se reporter directement aux différents textes concernés :

 

- Sandra Laugier : « Ne pas laisser l’individualisme à la droite » (2007)

 

 

- Sandra Laugier : « Désobéissance et démocratie radicale » (2011)

 

- Sandra Laugier : « Romantisme et démocratie au cinéma : To the Wonder (A la merveille) de Terrence Malick » (2013)

 

- Didier Eckel : « Rapport "compréhensif" sur trois textes de Sandra Laugier » [onglet Rapport compréhensif]

 

- Manuel Cervera-Marzal : « Rapport "critique" sur trois textes de Sandra Laugier » [onglet Rapport critique] ; Manuel Cervera-Marzal est notamment l’auteur de Désobéir en démocratie. La pensée désobéissante de Thoreau à Martin Luther King (Aux forges de Vulcain, 2013)

 

 

- Philippe Corcuff : « Désobéissance, critique sociale, individualisme, émancipation et Révolution. Quelques notes à partir du séminaire ETAPE du 20 juin 2014 autour de Sandra Laugier » (29 juin 2014)

 

* L’ensemble des informations et des textes sur les séances du séminaire ETAPE se trouvent sur le site Grand Angle : http://www.grand-angle-libertaire.net/etape-explorations-theoriques-anarchistes-pragmatistes-pour-lemancipation/

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/etape-libertaire

 

 

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Jeudi 10 juillet 2014 4 10 /07 /Juil /2014 15:42

 

Infos envoyées par Philippe Corcuff :

 

 

Pour information :

 
* "Gauche de gauche : la tambouille ou la politique par le bas?" par Philippe Corcuff, Libération, 8 juillet 2014, http://www.liberation.fr/politiques/2014/07/07/gauche-de-gauche-la-tambouille-ou-la-politique-par-le-bas_1059156
 
Une réaction critique au récent appel de personnalités de la gauche de la gauche intitulé « Gauche : ne plus tarder » (Libération, 2 juillet 2014, http://www.liberation.fr/politiques/2014/07/01/gauche-ne-plus-tarder_1054620 ) : pourquoi pas, plutôt qu’un nouveau mécano trans-partisan, l’organisation locale et démocratique de Marches de la dignité et de la diversité du Peuple pour la justice sociale ?
 
* "L'avenir des gauches et les défis de l'extrême droite", vidéos d'un débat public entre Samuel Johsua et Philippe Corcuff, Mediapart, 7 juillet 2014, http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/070714/avenir-des-gauches-et-defis-de-l-extreme-droite-videos-debat-johsuacorcuff
 
Vidéos d’un débat ayant eu lieu à Marseille le 24 juin 2014, organisé par l’Université Populaire et Républicaine de Marseille, entre Samuel Johsua (militant dans Ensemble au sein du Front de gauche) et Philippe Corcuff (membre de la Fédération Anarchiste)
 
* La désobéissance civile lors de la 9° séance du séminaire ETAPE (Exploratons Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l'Emancipation) du 20 juin 2014, Paris : http://conversations.grand-angle-libertaire.net/etape-seminaire-9/
 
Trois textes de la philosophe Sandra Laugier, un "rapport compréhensif" de Didier Eckel, un "rapport critique" de Manuel Cervera-Marzal et une contribution de Philippe Corcuff
 

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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 23:05

 

Source : www.mediapart.fr

 

La demande d'asile d'Edward Snowden s'invite à l'Assemblée

|  Par Jérôme Hourdeaux

 

 

 

Les initiateurs de la pétition (165 000 signatures) demandant que l'asile soit accordé au lanceur d'alerte ont été reçus par des députés. « Les réponses apportées par la France ne sont pas à la hauteur », estime l'élu PS Christian Paul.

À moins d’un mois de l’expiration de l’autorisation de séjour d’Edward Snowden en Russie, le débat sur la protection que doit, ou non, accorder la France au lanceur d’alerte fait enfin son entrée à l’Assemblée nationale. Ce mercredi 9 juillet, les députés membres du groupe d’études « Internet et société numérique » organisaient une « réunion d’échange avec les signataires de l’appel demandant à la France d’accorder l’asile politique à l’ex-employé de la NSA ». Lancée le 2 juin dernier dans L’Express, cette pétition intitulée « François Hollande, accordez l’asile politique à Edward Snowden », et soutenue par Mediapart, avait recueilli, mardi 8 juillet au soir, plus de 165 700 signatures.

 

 
© Reuters

« Les révélations d’Edward Snowden ont montré que les collectes massives d’informations par la NSA, concernant les citoyens du monde entier, dépassaient le cadre de la lutte contre le terrorisme ou les autres grands risques géopolitiques », affirment les initiateurs de ce texte parmi lesquels figurent le sociologue Michel Wieviorka, l’historien Patrick Weil, Daniel Cohn-Bendit, le sociologue Edgar Morin, l’ex-premier ministre Michel Rocard ou encore le philosophe Marcel Gauchet. « Lanceur d’alerte, Snowden a permis d’informer le grand public de ces dérives, en plaçant l’intérêt général et l’éthique au dessus de la raison d’État. » « Pour toutes ces raisons, poursuit l'appel, il est indispensable d’accueillir Edward Snowden dans un véritable État de droit, afin qu’il puisse se défendre et participer au débat sur le renforcement des libertés publiques. »

L’organisation de cette rencontre entre signataires et élus est un signal fort vis-à-vis de l’exécutif, qui s’est jusqu’à présent montré solidaire de son allié américain. Ainsi, au mois de juillet 2013, la France a fait partie des pays ayant refusé leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales, suspecté de transporter le lanceur d’alerte. Depuis, l’État français a fait constamment savoir qu’il ne souhaitait pas accorder l’asile à Edward Snowden.

Il s’agit « d’un dossier compliqué », estimait ainsi en juillet 2013 Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur. « Cette demande, si elle est déposée, pose de nombreux problèmes juridiques. Pour ce qui me concerne, je n’y suis pas favorable. » Interrogé à nouveau sur le sujet le 3 juin 2014, au lendemain de la publication de la pétition, le nouveau premier ministre a réaffirmé son opposition. « Je n’y suis pas favorable mais si la question se pose, elle sera bien sûr examinée », a-t-il déclaré avant de préciser que la question n’était « pas d’actualité ».

Car officiellement, la France n’a reçu aucune demande d’asile de la part d’Edward Snowden. Or, pour qu’une demande d’asile soit valide, il faudrait que celle-ci soit déposée sur le sol français, chose quasi impossible pour Edward Snowden qui risquerait d’être immédiatement intercepté et extradé vers les États-Unis. « Le problème est que la France est tenue par un accord d’extradition avec les États-Unis », rappelle le député UMP Patrice Martin-Lalande, co-organisateur de la réunion. « Aujourd’hui, le droit international est dangereux pour Edward Snowden », estime-t-il. « S’il venait en France, il n’est pas sûr que nous puissions lui accorder légalement l’asile politique car nous sommes engagés vis-à-vis des États-Unis, même si cela peut paraître un peu brutal ou rustique. Mais le non-respect de ses engagements pourrait avoir des conséquences pour la France. Il y a une forte probabilité pour que, une fois sur le sol français, joue l’accord d’extradition. »

Dans une tribune publiée le 3 juin dernier dans Le Monde, Patrick Weil a cependant souligné l’existence d’une solution juridique : l’asile dit « constitutionnel ». Prévue par l’article L 711-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, cette disposition permet d’accorder l’asile politique « à toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté » sans avoir besoin de pénétrer sur le sol français.

« Je dois dire que j’étais un peu frustré par le titre de l’appel qui semble demander à François Hollande d’accorder l’asile à Edward Snowden. Edward Snowden n’a pas à demander l’asile. Il y a droit », a réaffirmé Patrick Weil devant les députés. L’historien a cependant reconnu que le recours à l’asile constitutionnel comportait certains risques juridiques. Mais, estime-t-il, « aujourd’hui, il n’y a pas de jurisprudence correspondant à la situation de Snowden. S’il dépose une demande, et qu’elle est rejetée, ça ira forcément devant le Conseil d’Etat. Et là, ça prendrait des mois durant lesquels il pourrait y avoir une mobilisation médiatique et politique ».

« Le droit d’asile constitutionnel défendu par Patrick Weil ne permettrait pas l’extradition d’Edward Snowden », estime également, interrogé par Mediapart, le député PS Christian Paul, autre co-organisateur de la réunion. « C’est une question d’ordre juridique : Peut-il demander l’asile depuis l’étranger ? Oui, s’il peut avoir le statut de combattant de la liberté. Après, s'il en fait la demande, il faudra que ça lui soit accordé. Mais la question qui se profile derrière est celle de l’asile constitutionnel. Comment la France accueille-t-elle les combattants de la liberté ? »

Concernant les éventuelles représailles américaines à un asile accordé à Edward Snowden, Christian Paul estime que « de l’eau a coulé sous les ponts. Le temps a fait son œuvre et aujourd’hui plusieurs responsables américains, comme Hillary Clinton ou Al Gore, se sont exprimés pour reconnaître que ses révélations n’avaient pas eu que des effets négatifs. Je ne pense pas qu’une telle décision de la France aurait pour conséquence de vitrifier les relations franco-américaines ».

On peut malgré tout s’interroger sur ce que serait la réaction américaine à une telle décision de la France. Depuis qu’Edward Snowden a déclaré, le 9 juin 2013, être l’auteur des révélations sur le dispositif d’espionnage mondial mis en place par la NSA, Washington s’est en effet lancé dans une traque sans pitié, coupant systématiquement toute voie de sortie au lanceur d’alerte.

Dès le 14 juin, il est inculpé par la justice américaine pour espionnage et vol d’un bien du gouvernement, deux charges punissables d’une peine de 30 années d’emprisonnement. Edward Snowden reçoit alors l’aide juridique de Sarah Harrison, envoyée spéciale à Hong Kong de l’organisation de Julian Assange, Wikileaks. Ne pouvant rester en Chine, l’informaticien espère rejoindre l’Amérique latine via Moscou puis La Havane. Le départ est prévu pour le 23 juin. Mais la veille du départ, les autorités américaines révoquent son passeport. Le lendemain, Edward Snowden prend l’avion pour la Russie. Mais sans passeport valable, le jeune homme se retrouve coincé dans la zone de transit de l’aéroport Cheremetievo, à Moscou.

« Les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des enjeux historiques »

Durant 39 jours, le sort du jeune homme fera l’objet d’intenses tractations diplomatiques. Le premier pays à subir les pressions diplomatiques américaines est l’Équateur, qui abrite déjà Julian Assange dans son ambassade à Londres. Le 25 juin, Edward Snowden annonce en effet avoir déposé une demande officielle d’asile auprès des autorités équatoriennes. Mais dès le lendemain, le président du comité des relations internationales du Sénat américain, le démocrate Bob Menedez, menace l’Équateur de remettre en cause des accords économiques.

Le samedi 29 juin, le président équatorien Rafael Correa révèle que le vice-président américain Joe Biden l’a personnellement appelé pour lui « exprimer de manière très courtoise le souhait des États-Unis que nous rejetions la demande d’asile ». Et, contrairement à Julian Assange, l’Équateur ne compte pas cette fois défier Washington. « Quand il arrivera sur le sol équatorien », assure Rafael Correa, « le premier avis que nous solliciterons sera évidemment celui des États-Unis. » Le président équatorien va même jusqu’à désavouer son consul à Londres qui, à la demande de Julian Assange, avait délivré un sauf-conduit pour Edward Snowden. « La vérité est que le consul a outrepassé son rôle et sera sanctionné. »

Edward Snowden, au centre, et Sarah Harrison, à gauche, lors d'une conférence de presse, à Moscou le 12/07/2013 
Edward Snowden, au centre, et Sarah Harrison, à gauche, lors d'une conférence de presse, à Moscou le 12/07/2013 © Reuters

Le 2 juillet, Wikileaks annonce que Snowden a déposé des demandes d’asile auprès de 21 gouvernements dont ceux de la France, de l’Islande, de l’Allemagne, de l’Inde, de la Chine, de Cuba, de l’Équateur et du Brésil. Parallèlement, le président bolivien Evo Morales, qui se trouve justement en Russie pour une conférence des pays exportateurs de gaz, se dit prêt à étudier une éventuelle demande d’asile du lanceur d’alerte. La concomitance entre le dépôt des demandes d’asile et les propos d’Evo Morales, qui doit de plus quitter la Russie dès le lendemain, provoque un emballement diplomatique.

Le 2 juillet, lorsque l’avion du président bolivien décolle, plusieurs sources affirment qu’Edward Snowden se trouve à bord. Sous pression des autorités américaines, la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie lui interdisent le survol de leur espace aérien. L’avion présidentiel est contrait de se dérouter et d’atterrir en Autriche pour être inspecté. À son arrivée en Bolivie, Evo Morales dénoncera « l’impérialisme américain » et menacera même de faire fermer l’ambassade des États-Unis dans son pays.

Parallèlement, durant les premiers jours du mois de juillet, ses demandes sont officiellement rejetées par la France, la Finlande, l’Allemagne, l’Inde, la Pologne, la Norvège, l’Autriche, l’Italie et les Pays-Bas. Le 16 juillet, l’avocat d’Edward Snowden, Anatoly Kucherena, annonce que celui-ci a décidé de rester en Russie et a rempli une demande officielle d’asile. Dans celle-ci, l’informaticien explique avoir « peur pour sa vie et sa sécurité, peur qu’il puisse être soumis à la torture et à la peine capitale ». Le 31 juillet, Moscou lui accorde finalement un asile temporaire d’un an renouvelable, à la condition qu’il ne se livre pas à des « activités visant à faire du tort » aux États-Unis. En clair, il ne doit plus fournir aucun nouveau document.

Depuis, Edward Snowden vit reclus et sous surveillance dans un endroit tenu secret. Aucune de ses demandes d’asile n’a pour l’instant obtenu de réponse positive, même de la part des pays les plus touchés par les activités de la NSA. Le 17 décembre 2013, il a par exemple écrit une « lettre ouverte au peuple brésilien » dans laquelle il offrait son aide dans l’enquête en cours sur l’espionnage pratiqué dans le pays par la NSA et demandait la protection du Brésil. Comme l’ont révélé de nombreux documents fournis par le lanceur d’alerte, les États-Unis ont mené des opérations de surveillance particulièrement agressives contre l’État et certaines entreprises publiques brésiliennes, allant même jusqu’à écouter le téléphone personnel de la présidente Dilma Rousseff.

Mais dès le lendemain de l’appel d’Edward Snowden, les autorités brésiliennes ont fait savoir qu’elles ne lui accorderaient pas l’asile, expliquant n’avoir reçu aucune demande officielle, juste un fax non signé ne permettant pas de l’identifier…

Au mois de mars, dans un témoignage écrit transmis au parlement européen, le lanceur d’alerte réaffirmait vouloir quitter la Russie pour trouver refuge dans un État démocratique, mais indiquait n’avoir reçu aucune « réponse positive aux demandes envoyées à divers États membres de l’UE ». « Des parlementaires dans des gouvernements nationaux m’ont dit que les États-Unis ne, et je cite, "permettraient pas" à leurs partenaires européens de m’offrir un asile politique », affirmait-il. « J’accueillerais toute offre de sauf-conduit ou d’asile permanent, mais je reconnais que cela requerrait un courage politique extraordinaire. »

« On se demande pourquoi l’Union européenne n’arrive pas à trouver une solution pour une sortie de Russie dans des conditions décentes et acceptables pour tout le monde, s’interroge Christian Paul. Cela serait totalement conforme aux valeurs européennes car il est maintenant certain que Snowden restera dans l’histoire comme un combattant des libertés. » « Concernant l’attitude de la France, poursuit le député, je suis d’une grande perplexité, pour ne pas dire plus… Les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des enjeux historiques de la situation. Edward Snowden a tout de même dévoilé l’existence d’un dispositif d’espionnage mondial déployé par la NSA d’une ampleur historique. Je pense que certains n’ont pas encore pris assez conscience de l’importance de ces révélations et du fait qu’il faut mettre un coup d’arrêt à ces pratiques. »

En attendant, face à l’absence de réponse des démocraties occidentales, Edward Snowden a rempli, au début du mois, une demande de renouvellement de son asile temporaire qui arrive à terme au 31 juillet. « Il est assez incroyable et paradoxal que soit la Russie, pays autoritaire et violant régulièrement les droits de l’Homme, qui héberge et protège Edward Snowden et en tire un argument de marketing diplomatique », souligne Christian Paul. « Je serais par contre très heureux de l’entendre, dans le cadre d’une tournée française ou européenne »

En conclusion de la réunion de mercredi, les députés présents ont de leur côté évoqué leurs moyens d'actions à court terme et se sont mis d'accord sur une « initiative transpartisane ». Une question parlementaire devrait tout d'abord être posée lors d'une séance publique avant la fin du mois de juillet. Elle pourrait être suivie par une proposition de résolution. Christian Paul a également évoqué la création d'un d’un « dispositif de soutien » si Edward Snowden décidait de déposer une demande d’asile constitutionnel en France.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Jeudi 17 avril 2014 4 17 /04 /Avr /2014 22:49

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Moins pire 17/04/2014 à 15h52

Mozilla Firefox aussi vendu que les autres ? 3 raisons de penser le contraire

Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

 

Un matin, à Rue89, ma réd’ chef m’a lancé un défi : lui prouver que, contrairement à Google, Microsoft et consorts, Mozilla n’était pas du genre à fouiller dans nos données ou à nous surveiller. Voici ma réponse.

Un matin en conférence de rédaction, nous discutions du sort du patron de Mozilla, la fondation derrière le navigateur Firefox, poussé à la démission pour avoir soutenu une proposition de loi contre le mariage gay en Californie en 2008. Une position que ses employés ont jugé non conforme aux valeurs de Mozilla.

Ma rédactrice en chef a alors lâché :

« De toute manière, Mozilla ou les autres [Google, Microsoft, ndlr], ils sont tous pareils. »

Et moi de nier tout en bloc, une expression outrée figeant mon visage.


Un panda roux, symbole de Mozilla Firefox (NICOLAS ARMER/DPA/AFP)

C’est à ce moment là qu’elle m’a mis au défi de prouver que la fondation ne participait pas de ce système de surveillance généralisée.

                                                                                                                                                                                                                             1 Mozilla est indépendant

Même si sa survie dépend de Google

 

Pour commencer, Mozilla n’est pas une entreprise. La « Mozilla Foundation » est un organisme à but non lucratif, née en 2003 après la disparition de Netscape, premier navigateur internet grand public (taillé en pièces par Microsoft et son Internet Explorer).

La mission que Mozilla s’est donnée face aux pratiques du géant de Redmond : « Préserver le choix et l’innovation sur l’Internet. » Mozilla Foundation a donc créé « Mozilla Corporation », et plus tard « Mozilla Messaging ». Deux entreprises qu’elle détient à 100%, et qui sont chargées de développer, vendre et marketer les produits.

Les rentrées d’argent sont très minces ; pour compenser, Mozilla fonctionne grâce à des dons.

Mozilla « We’re building a better Internet » (en anglais)

La main invisible de Google

Les dons viennent de particuliers soutenant l’initiative, et – bien entendu –, d’entreprises. Je vous le donne en mille : Google est aux avant-postes des donateurs.

La firme de Mountain View a passé un accord en 2011 et s’est engagée à verser 300 millions de dollars (soit plus de 216 millions d’euros) annuels, pendant trois ans. Il y a une contrepartie : faire du moteur de recherche de Google le moteur par défaut du navigateur Firefox.

Libre à l’utilisateur d’en changer ensuite, mais on imagine l’avantage compétitif gagné face aux concurrents dans des pays comme l’Allemagne, où le navigateur au panda roux [non, ce n’est pas un renard mais bien une espèce de panda, information officielle après débat de plusieurs années] est numéro 1, avec plus d’un tiers du marché.

Pour autant, même si les royalties versées par Google représentent 90% du chiffre d’affaires de Mozilla, cela ne doit pas être interprété comme une prise de contrôle. (OK, on frise ici la mauvaise foi.)

Une dépendance relative

Goliath a tout à gagner à entretenir David :

  • le deal aurait pu être passé avec un concurrent (Microsoft et son moteur Bing, au hasard) ;
  • Firefox ne menace pas tant que ça l’hégémonie du navigateur maison Google Chrome ;
  • ce « partenariat » entretient une image de jeunesse, d’innovation et de proximité avec le petit univers des développeurs indépendants, à laquelle Google a toujours tenu.

Cette situation délicate n’est pourtant pas nécessairement éternelle, comme l’explique Philippe Scoffoni, cofondateur d’Open-Dsi, une entreprise de logiciels libres :

« Trouver un jour un autre modèle de financement reste la priorité pour Mozilla. Cela peut passer par exemple par le succès d’un Firefox OS sur smartphone, qu’ils développent actuellement, et des accords avec des constructeurs qui généreraient de nouvelles sources de revenus. »

                                                                                                                                                                                                                             2 Mozilla est votre ami

Même s’il s’est laissé intimider par le lobby de la pub

 

Dès le début, Mozilla a choisi le camp des internautes. Les dix points de son manifeste soulignent l’importance d’un Internet enrichissant, libre, ouvert, sûr et respectueux de la vie privée.

La fondation a aussi pris des engagements stricts en matière de respect de la vie privée. Par exemple, elle demande généralement l’accord pour accéder à vos données, les anonymisant lorsqu’elle le peut avant de les utiliser.

Une protection des données efficace

En somme, Firefox vous observe, au même titre que les autres navigateurs, mais toujours avec le souci de ne prendre que ce qui est nécessaire pour développer ses produits, et sans faire un usage commercial de ces données.

Philippe Scoffoni confirme :

« Utiliser Firefox, c’est une bonne base de départ pour être tranquille sur le pistage. Ce n’est pas le cas de Chrome, par exemple, qui vous trace dans votre activité, permet de vous identifier, et ajoute ces données à celles obtenues par Google, via les cookies et l’historique de recherche. »

A cela s’ajoute une myriade de modules développés souvent bénévolement pour aider les individus à effacer leurs traces (on peut citer ici Ghostery, Cryptocat, DoNotTrackMe, Disconnect, HTTPS EveryWhere, Self-Destructing Cookies...). Mozilla en a même développé un lui-même : Lightbeam.

L’outil identifie les « cookies tiers ». Un cookie est un petit fichier placé dans votre ordinateur par le site que vous visitez, et qui retient une information sur vous : mot de passe, identifiant, recherches, produits dans votre panier... Le cookie tiers, lui, est placé sur votre ordinateur lorsque vous visitez un site A, mais collecte des infos pour un site tiers B : c’est l’arme et l’outil de pistage des publicitaires par exemple.

Une hostilité marquée envers les cookies tiers

En 2013, Mozilla a fait une annonce fracassante : le réglage sur le navigateur permettant de bloquer ces cookies de manière assez efficace serait activé par défaut, à l’installation de Firefox.

Une démarche « opt-in », où l’internaute est supposé refuser par défaut, autoriser s’il le désire, s’opposant à la démarche très répandue du « opt-out », où l’internaute accepte les règles imposées par les entreprises, et peut y déroger en réglant ses paramètres par la suite.

Hélas, cette fonction est aujourd’hui encore dans les cartons.

Entre-temps, l’industrie est montée sur ses grands chevaux, qualifiant l’annonce de « frappe nucléaire » qui allait ruiner l’économie du Web et les emplois qui lui sont liés. L’intense lobbying des publicitaires a porté ses fruits et Mozilla a finalement cédé sur ce point, révélant à la fois la noblesse de ses intentions et les limites de son pouvoir.

Mais cette annonce et la multiplication des modules permettant de bloquer plus efficacement ces petits espions ont fait mouche : les géants du Net, Google en tête, réfléchissent déjà à « l’après-cookie tiers », envisageant par exemple d’attribuer une « identité publicitaire » à chaque internaute...

                                                                                                                                                                                                                             3 Mozilla est transparent

Sauf si les autorités américaines le lui demandent

 

Dernier avantage et pas des moindres : les produits de Mozilla sont des logiciels libres, « open source » en anglais. Le code de Firefox est ouvert : ceux qui ont les compétences nécessaires peuvent l’éditer, ou du moins vérifier ce qu’il fait. Chose impossible avec Chrome.

Puisqu’il est possible de repérer toutes les modifications du code des logiciels libres, la probabilité que des « backdoors » y soient insérées est faible.

Ces portes permettent à une entreprise ou des services de renseignement qui en connaissent l’existence de pénétrer votre machine sans laisser de traces, une discipline dans laquelle la NSA n’a pas son pareil.

Malgré les nombreux avantages du logiciel libre, Mozilla reste une entreprise américaine, répondant au droit américain :

« Nous respectons la loi chaque fois que nous recevons une requête sur vous d’un gouvernement ou liée à des poursuites judiciaires. Nous vous notifierons lorsqu’il nous est demandé de transmettre vos données personnelles, à moins qu’il nous soit légalement interdit de le faire. »

La mauvaise nouvelle, c’est que la loi américaine est très lâche à ce sujet, et que les services de renseignement sont très intéressés par ces informations. La bonne nouvelle, c’est que Mozilla récolte le moins possible de données sur vous.

Mozilla n’est pas parfait. Mais comme le résume bien Philippe Scoffoni, la fondation est « moins pire que les autres ».

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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Jeudi 10 avril 2014 4 10 /04 /Avr /2014 23:05

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

Hénin-Beaumont : Briois se paye les «cloportes» de la Ligue des droits de l'homme

Mardi 8 Avril 2014 à 16:40

 

 

Tout juste installé dans son fauteuil de maire, le FN Steeve Briois a pris une mesure jugée essentielle : couper les vivres à la section locale de la Ligue des droits de l'homme. Selon l'élu, il s'agit officiellement de faire le ménage dans les subventions municipales d'Hénin-Beaumont. Cela ressemble en fait à une froide vengeance contre « la ligue des cloportes », la LDH dans le jargon de Briois.

 

Steeve Briois et ses colistiers le jour de son intronisation à la mairie d'Hénin-Beaumont, dimanche 30 mars. Marine Le Pen, 34ème de liste, est venue poser pour la photo - Michel Spingler/AP/SIPA
Steeve Briois et ses colistiers le jour de son intronisation à la mairie d'Hénin-Beaumont, dimanche 30 mars. Marine Le Pen, 34ème de liste, est venue poser pour la photo - Michel Spingler/AP/SIPA
Dans la foulée de son élection au 1er tour des municipales, Steeve Briois avait prévenu les électeurs héninois : « priorité à la sécurité ». Quoi de plus naturel alors que de s’attaquer avant toute autre chose à cette dangereuse officine « gauchiste » qu’est la Ligue des droits de l’homme ? C’est chose faite ce mardi 8 avril : le maire d’Hénin-Beaumont a annoncé qu’il coupait le robinet. Fini la subvention de 300 euros. Bye bye le local prêté à la section d’Hénin - Carvin depuis une dizaine d’années, d'abord par Gérard Dalongeville puis par les municipalités successives. Steeve Briois a affirmé que sa décision était une mesure de justice et de bonne gestion« Depuis des années, la Ligue des droits de l’Homme bénéficiait de subventions municipales et d’un local municipal en toute illégalité », a-t-il affirmé. 
 

Si cette mesure intervient aussi rapidement, l’explication est d’abord à chercher dans le combat politique et idéologique auquel se livre le FN et la LDH à Hénin-Beaumont. En 2005, lorsque la Ligue s’installe dans cette commune de 25 000 habitants l’objectif avoué était de lutter « contre les thèses du Front national », comme l’explique le président de la section, Alain Pruvot. « Nous ne nous en sommes jamais cachés : aux élections, nous avons toujours choisi de prendre position en fonction de nos valeurs et de la lutte contre les discriminations de tout ordre. C’est ce que nous avons encore fait à la veille des élections municipales (la LDH a distribué un tract appelant à faire « barrage au FN », ndlr). Nous connaissions le risque que Briois l’emporte dès le premier tour », poursuit celui qui est aussi responsable de la Ligue au niveau fédéral.

 

Les locaux de la Ligue des droits de l'homme sont installés rue Pasteur, à quelques foulées de l'hôtel de ville.
Les locaux de la Ligue des droits de l'homme sont installés rue Pasteur, à quelques foulées de l'hôtel de ville.
Installé dans le fauteuil de maire, l'ancien mégrétiste, qui ne cache pas son hostilité à l’égard de la LDH, cette « association politisée et partisane », n’avait plus qu’à appuyer sur le bouton pour éjecter ce voisin gênant. « Nous ne sommes pas naïfs, nous savions qu’il nous avait dans le collimateur », souligne Pruvot. Et pour cause, en 2007 déjà, Steeve Briois, alors conseiller municipal d’opposition, n’y allait pas de main morte. « Depuis quelques années, un certain nombre de groupuscules avaient bombé le torse dans la presse pour annoncer qu’ils s’investissaient sur Hénin-Beaumont dans la lutte anti-FN »écrivait-il sur son blog, présentant la LDH, cette « coquille vide », comme « la ligue des cloportes ». Alain Pruvot, alors récemment nommé à la tête de la section d’Hénin-Carvin, était, lui, dépeint en « gauchiste notoire ».

Le lendemain de la victoire, le secrétaire général du FN devenu premier magistrat de la commune avait promis  : « Il n'y aura pas de gouvernance idéologique, mais une gouvernance pragmatique » à Hénin-BeaumontVoilà un bel aperçu de ce à quoi pourrait ressembler le pragmatisme bleu marine.

>>> Lire aussi : « Hénin-Beaumont: la méthodes Briois en images »

                                                                                                                                                                                                                    Source : www.marianne.net


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Mercredi 26 mars 2014 3 26 /03 /Mars /2014 14:49

 

 

Info reçue par mail de "Solidaires 30"

 

Salut camarades,

Ci dessous en lien le numéro 4 de la revue de Solidaires 30, Solidaritat :
Le sommaire est riche comme vous le verrez (64 pages), mêlant articles de lutte et de réflexion sans oublier la rubrique qui fait la renommée internationale de notre revue : Les recettes radicales
Une place importante est aussi consacrée à un dossier central sur l'autogestion. Dossier que nous poursuivrons dans le numéro suivant tant cette réalité relève pour nous d'une importance capitale en ces temps de doute et de perte de repère du syndicalisme tel que l'on le conçoit à savoir un syndicalisme de lutte de classe portant en soi un projet émancipateur. 
La vocation de notre revue étant une ouverture sur le mouvement social gardois et hexagonal, nous avons ouvert nos colonnes à des plumes extérieures (Jean Marc Rouillan, Charles Piaget, Bernard Vire (CGT Alès), Laurent Pinatel (Conf paysanne), Philippe Gasser (USP)). Nous profitons de cette occasion pour cette collaboration active et riche à notre revue comme nous remercions Bernard Noel, Christian Mahieux, Eric Fournier et Nicolas Norrito pour avoir répondu à nos questions. 
Nous remercions par la même occasion le dessinateur Mathieu Colloghan pour nous avoir autorisé à faire figurer plusieurs de ses excellents dessins. 
Nous remercions, enfin, Catherine, Lebrun, Christian Mahieux, Gérard Gourguechon de Solidaires national et la fédération SUD éducation  pour leurs articles. 
Comme vous le lirez, page 17,  notre revue comme toute revue militante pour vivre a besoin d'un soutien actif de la part de ses lecteurs et lectrices. Nous vous invitons donc à participer à son soutien en envoyant des chèques.
Nous sommes, en outre, demandeurs et demandeuses, de retour critique sur le contenu de notre revue. De même, si vous avez des idées d'articles, dessins ou illustrations, n'hésitez pas à nous contacter à notre mail : solidaritat@outlook.fr
Nous envoyons des versions de la revue sur demande. 
Dernière chose : détail important qui a du sens pour nous, la réalisation de notre revue (écriture des articles, corrections, maquettage) est réalisée par des militant-e-s sur la base du bénévolat. 
Bonne lecture.
Jérémie pour le Comité de rédaction de Solidaritat.


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Vendredi 21 mars 2014 5 21 /03 /Mars /2014 18:01

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Point Godwin bis 20/03/2014 à 22h37

Pense-bête pour Nicolas Sarkozy : voici ce qu’était la Stasi

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 


Maîtriser un adversaire, image trouvée dans les archives de la Stasi (Top Secret, par Simon Menner)

Nicolas Sarkozy donne rarement des leçons de libertés publiques, ce qu’on peut aisément comprendre. Pas besoin de réveiller le souvenirs des peines planchers, de l’extension de la rétention de sûreté, de la loi sur l’audiovisuel public, du fichier Edvige, des test ADN, de l’exploitation des fadettes de journalistes par la DCRI, de la chute de la France dans le classement de la liberté de la presse.

Dans le Figaro pourtant, non sans une certaine hardiesse, l’ex-Président s’est fendu d’un article véhément pour protester contre les écoutes judiciaires dont il a fait l’objet.

En soi, le débat sur l’abus des écoutes en France est légitime. On constate une dérive certaine, facilitée par les progrès technologiques. S’il faut une nouvelle loi pour mieux encadrer ces méthodes d’enquête, l’idée n’a jamais traversé l’esprit de Nicolas Sarkozy quand il était au pouvoir. Sous la droite, le nombre d’interceptions judiciaires a d’ailleurs explosé.

Les seules écoutes qui, depuis dix ans, ont scandalisé l’ancien Président de la République et ancien ministre de l’Intérieur, sont celles qui l’ont personnellement visé ces dernières semaines. Et pour les dénoncer dans le Figaro, il a recours à une comparaison bien surprenante de la part d’un ancien chef d’Etat normalement au fait de l’histoire contemporaine :

« Aujourd’hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu’elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France ».

De même qu’il existe un point Godwin (lorsque le débat se termine par une référence à Hitler), Sarkozy invente ici le point Stasi. Il faut rappeler quand même, pour rester sur terre, ce qu’était cette sinistre administration.

Ecoutes, filatures, décomposition, liquidations

La Stasi n’a rien à voir avec le travail des juges français. C’est le diminutif du ministère de la Sécurité d’État (Ministerium für Staatssicherheit, MfS), chargé de la police politique et de l’espionnage en Allemagne de l’Est.

Ce n’était pas un petit ministère : en 1989, lorsque le Mur était encore debout, elle comptait environ 266 000 agents, soit 1% de la population : 91 000 fonctionnaires et 175 000 informateurs. On a aussi estimé à 190 000 le nombre d’agents informels basés en RFA.


Le blason de la Stasi

La Stasi écoutait beaucoup : toutes les communications passant par satellites étaient contrôlées ainsi que 30 000 téléphones en Allemagne de l’Ouest.

La Stasi lisait aussi beaucoup. Elle disposait d’une pièce dans chaque bureau de poste du pays dans lesquelles des agents ouvraient les lettres et colis pour les inspecter.

La Stasi suivait. Elle filait des suspects dans la rue. Elle était inventive : elle avait même imaginé d’utiliser des isotopes radioactifs pour garder la trace de suspects, et les repérer grâce à des compteurs Geiger.

La Stasi emprisonnait  : entre sa création en 1950 et sa dissolution en 1989, la Stasi comptait dix-sept prisons, où l’on pouvait atterrir sans autre forme de procès.


Une prison de la Stasi (Wikimedia Commons/CC)

La Stasi « décomposait ». Ah, la décomposition, Zersetzung, ça c’est un truc que Nicolas Sarkozy n’a pas encore connu dans la France de François Hollande. C’est une technique extraordinaire inventée par la Stasi pour éviter de torturer, ce qui est trop voyant. Il s’agit de dissoudre psychologiquement les dissidents, les casser, leur tordre l’esprit. Les « éteindre » avant qu’ils ne nuisent. Cela passait par des actions anodines (vous rentrez chez vous, votre meuble a changé de place, votre réveil ne réveille plus, votre thé a changé de marque...) à des actions plus radicale (votre femme perd son emploi, votre fils rate ses études...)

Voici la définition que la Stasi en donnait dans son manuel :

« Décomposition. Méthode opérationnelle du Ministère de la sécurité d’État pour une lutte efficace contre les agissements subversifs, en particulier dans le traitement des opérations. Avec la décomposition, au travers de différentes activités politiques opérationnelles, on prend de l’influence sur les personnes hostiles et négatives, en particulier sur ce qu’il y a d’hostile et de négatif dans leurs dispositions et leurs convictions, de sorte qu’elles soient secouées et peu à peu changées, et le cas échéant que les contradictions ainsi que les différences entre les forces hostiles et négatives soient provoquées, exploitées ou renforcées.
Le but de la décomposition est la fragmentation, la paralysie, la désorganisation et l’isolement des forces hostiles et négatives, etc. »

La suite est ici, c’est assez long.

Une directive de 1976 donnait des exemples de techniques de décomposition :

« dégradation systématique de la réputation, de l’image et du prestige sur la base de données d’une part vraies, vérifiables et dégradantes, et d’autre part fausses, vraisemblables, irréfutables et toujours dégradantes ; organisation systématique d’échecs professionnels et sociaux pour démolir la confiance en soi de l’individu ; […] stimulation des doutes relatifs aux perspectives d’avenir ; stimulation de la méfiance et du soupçon mutuel au sein des groupes […] ; mise en place d’obstacles spatiaux et temporels rendant impossibles, ou du moins entravant les relations réciproques des membres d’un groupe […], par exemple par […] l’attribution de lieux de travail éloignés. »


Appareil photo espion utilisé par la Stasi (Roi Boshi/Wikipedia Commons/CC)

La Stasi terrorisait. Il a été découvert qu’elle finançait à l’Ouest la Fraction Armée Rouge, la bande à Baader.

La Stasi, enfin, liquidait. Les opposants potentiels, mais pas seulement. Sa direction avait même donné ordre de tirer sur les familles qui tentaient de passer à l’Ouest :

« N’hésitez pas à faire usage de votre arme à feu, pas même en cas de violation des frontières par des femmes et des enfants, souvent utilisés par les traitres ».

Voilà ce qu’était la Stasi. Maintenant, relisons la phrase de Nicolas Sarkozy, placé sous écoute, en France, dans le cadre d’une enquête judiciaire :

« Aujourd’hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu’elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France ».

A tout prendre, le « ces bâtards de Bordeaux ! » de son avocat Me Thierry Herzog, était plus digne.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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Lundi 10 mars 2014 1 10 /03 /Mars /2014 22:29

 

 

 GRANDE FETE A UZES (30) LE DIMANCHE 16 MARS, QU'ON SE LE DISE......

Bonjour à toutes et à tous.
L'association "ensemble pour les autres" organise une fête de solidarité avec le camp d'humain venu de Roumanie et installé à Uzes depuis plus de deux ans, ce dimanche 16 mars de 12h à 17h30 (faute de lumière).
Nous aurions aimé, apprécier, voulu,... sans vouloir vous implorez que vous soyez de la fête et que vous participiez à votre façon à faire prendre conscience aux peuple d'ici et d'ailleurs, que le peuple Rome n'est pas synonyme de voleur de poules mais biens des gens humains comme nous tous(ou presque) et que s'ils ont choisi de fuir légitimement leur pays d'origine comme beaucoup de citoyens vivant en France, pour se donner une chance de vivre en paix et dans le respect , tout en s'intégrant et participant activement à la vie de la cité et non pas en vivant comme des parias dans l'indifférence et la peur.
Merci pour eux, Djamel.


C'est une grosse fête de solidarité en plein camp !
ZI DU MAS DE MEZE Ancienne briqueterie, prés de la foire fouille (route de Montaren, direction Ales au départ d’Uzes)

Le programme de la journée doit paraitre dans le midi libre et le républicain cette semaine:

10H atelier cuisine de « Gard Y Goût » gastronomie roumaine avec Mimi et Djamel
Henry le paysan boulanger fera atelier pain.

12h Repas Roumain (fait par la famille).
Buvette bio : Eau, jus, vin de grappe et d’O, Bière bio locale, café, thé,….

14H00 Concerts « Normalement Votre,  notre accordéoniste Rome Florain du camp d’Arles, la compagnie Beau Parleur (humoriste), des clowns & des surprises.
Toute la journée, expositions de photos de Fati et dessins d'Henry le boulanger.

L'ensemble des bénéfices sera reversé à la famille.
Qu’on se le dise, à dimanche.
Djamel pour « Ensemble pour les autres ».
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Vendredi 7 mars 2014 5 07 /03 /Mars /2014 15:33

 

 

 

Ce qui nous arrive sur la Toile 06/03/2014 à 12h38

Ce qui trahit le pouvoir, ce n’est pas la technologie, ce sont les gens

Xavier de La Porte | France Culture

 


Un homme utilisant un téléphone et un dictaphone, en 1940 (Sickles Peter/SUPERSTOCK/SIPA)

Depuis quelques mois que je tiens chronique ici, je vous ai parlé de machines, d’ordinateurs, de fermes de serveurs, d’amoncellement de données. Je vous ai parlé des robots qui menacent de nous remplacer dans un nombre croissant de nos activités – jusqu’à la conduite des voitures.

Je vous ai parlé des programmes qui collectent des données sur nos comportements en ligne, à la moindre de nos activités sur Intenet. Je vous ai parlé des systèmes de surveillance mis en place par les services de renseignements. De l’affaire Snowden aux Etats-Unis, les presque 150 programmes qui permettent à la NSA de surveiller les communications d’une bonne partie du monde – jusqu’au téléphone portable d’Angela Merkel.

Je vous ai décrit les gigantesques centres de données que les services américains ont dû construire dans le désert de l’Utah pour accueillir les données récoltées, des hangars remplis de serveurs qui tournent sans cesse. Tout ça coûtant des milliards de dollars, mobilisant un nombre considérable de gens, consommant une énergie inimaginable.

Je vous ai parlé des moyens dont disposent les services français pour surveiller les communications : les valises qui captent tous les échanges téléphoniques sur un périmètre de plusieurs dizaines de mètres, les programmes qui permettent d’utiliser Internet pour siphonner un disque dur à distance ou de prendre le contrôle d’un ordinateur ou d’une webcam à distance. Du fait, aussi, qu’il existerait peut-être un Prism à la française.

Je vous ai parlé des dangers que tout cela faisait peser sur notre vie, sur notre vie privée, du fait de notre dépendance croissante aux technologies. Depuis des mois, je vous parle d’algorithmes, de hacking, de manipulations techniques complexes, de câbles, de routeurs… Je vous parle d’un monde qui est de plus en plus un monde de machines, de programmes, de données. Puis vint l’affaire Buisson.

C’est l’histoire d’un type qui surgit

C’est l’histoire d’un type, conseiller d’un Président de la République, qui pendant des mois, enregistre des réunions à l’Elysée, des apartés dans les couloirs, des conversations dans les voitures. Un type qui fait tout ça avec un dictaphone…

Un type qui met un dictaphone dans sa poche et qui, le soir, charge tout ça dans le disque dur de son ordinateur. Et là, dans ce monde de cyber-espionnage, de cyber-contre-espionnage, de systèmes qui fonctionnent à l’échelle du monde, surgit l’être humain.

L’être humain dans toute sa petitesse, dans toute sa folie, dans ses mobiles les plus inextricables (pourra-t-on comprendre un jour pourquoi Patrick Buisson faisait-il cela ? Car c’est fou quand on y réfléchit, si le but était vraiment un verbatim des années Sarkozy comme le disent les amis de Buisson, quelques notes griffonnées chaque soir dans un carnet auraient suffi. Bref). Surgit l’être humain dans toute sa nudité technologique.

Du même coup, cette affaire Buisson nous invite à relire les grandes affaires d’espionnage qui ont marqué ces dernières années. Y aurait-il eu une affaire Snowden sans Snowden ? Sans ce jeune informaticien qui décide d’accumuler pendant des mois les preuves que les Etats-Unis ont mis en place un système de surveillance mondial ? Quelles sont pour ce jeune homme les raisons qui justifient de sacrifier sa vie et ses amours ?

Et le cablegate, ces centaines de milliers de câbles diplomatiques américains que Wikileaks a publiés fin 2010, aurait-on pu les lire sans Bradley Manning, qui croupit aujourd’hui dans une prison américaine ? Sans ce jeune soldat – devenu depuis Chelsea Manning – qui, avec des mobiles complexes et contradictoires, se met à copier sur un disque de Lady Gaga des centaines de milliers de documents classés ?

Les bruits des petites cuillères d’argent

Ce qui trahit le pouvoir, ce n’est pas la technologie, ce n’est jamais la technologie, ce qui trahit le pouvoir ce sont des gens. Et la trahison est d’autant plus grande – et d’autant moins technologique – que celui qui trahit est proche du pouvoir.

Et même, n’est-ce pas quand la proximité est la plus grande – une proximité a-technologique, low-tech – que la trahison est la plus cruelle ? Cruelle dans ce qu’elle dit de ce pouvoir ?

Rappelons-nous les enregistrements du maître d’hôtel de la maison Bettancourt.Car ces magnétophones ou ces dictaphones, glissés sous une table ou dans une poche, ils saisissent peut-être ce que ne saisissent pas des échanges de mail, ou même des échanges téléphoniques, qui sont captés par les systèmes de surveillance algorithmiques.

Ces objets de rien, ils saisissent les bruits de petites cuillères d’argent, ils saisissent le crissement des pas sur les graviers de l’Elysée, ils saisissent la petitesse dans les intonations, la cupidité dans le mouvement des phrases, la bassesse des manœuvres dans les silences, les soupirs ou les pouffements de rire étouffés. Bref, ils font littérature.

 

Publié initialement sur
France Culture lien
                                                                                                                                                                                  Source : rue89.nouvelobs.com

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