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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 18:49

 

Rue89 - Témoignage 27/11/2012 à 15h15

Laure C. | Enervée chronique

 

Certains m’ont dit que c’était du courage. Je ne suis pas sûre que ce soit le bon mot. Signer ce manifeste « Je déclare avoir été violée » n’est qu’une péripétie dans mon parcours.

 

 

 

« Je déclare avoir été violée » : le manifeste des 313

J’ai contacté Rue89, non pas pour parler de mon viol, mais plutôt pour parler de ce qu’il y a après, ce qui me constitue aujourd’hui, et qui fait que je ne pouvais que signer.

Making of

Laure C. est un pseudo : la jeune femme a signé le manifeste des 313 de son nom et prénom mais elle n’est pas prête, explique-t-elle, à développer son histoire sans l’anonymiser. « Ça attendra quelques années avant que je signe ce genre de texte de mon nom, ça touche quand même à l’intime. » Rue89

Je vais tâcher d’être honnête, de dire les choses telles que je les ressens, dans mon parcours personnel, ce qui me reste de ce viol m’est propre et n’est en aucun cas à prendre pour une généralité. Chaque histoire est différente.

Il y a des conséquences directes, assez facilement raccordées au viol. D’autres moins évidentes, dont je suis quand même convaincue qu’elles ne sont pas sans lien.

Devenir un jouet cassé

Sur mon viol d’abord, quelques mots. J’étais enfant, l’agresseur, de ma famille. Plusieurs années, jusqu’à la préadolescence, plus souvent des attouchements, parfois plus. Dans le même temps, petit à petit, la compréhension, la culpabilité, le début d’un long hurlement intérieur.

Avoir été un objet dans les mains d’un autre, et ne sachant que faire, devenir un jouet cassé. Pour ne pas briser autre chose que soi-même, parce que pour moi-même j’avais l’impression que c’était trop tard. Un jour on se retrouve enfermé dans un corps traître, un corps avec ses réactions physiologiques naturelles, qui a réagi sans que la tête soit d’accord.

En quoi aurais-je pu être consentante à l’âge où dans les classes de l’école primaire, on diffusait dans un but de sensibilisation un documentaire au refrain entêtant : « Mon corps, c’est mon corps, ce n’est pas le tien, tu as ton corps à toi, laisse-moi le mien. » La loyauté envers mon bourreau en qui j’avais, à l’époque, confiance, ou la loyauté pour moi-même qu’il avait déjà irrémédiablement abîmée ?

Quelque part encore aujourd’hui, je hais désespérément le corps qui pouvait transmettre des stimulis douloureux mais d’autres agréables, quand j’aurais voulu n’être qu’un cri. Je crois que, pour moi, c’est cette sensation qui m’a été la plus dure à identifier, à reconnaître, et à verbaliser. Celle qui me fait le plus mal.

Mon corps, l’objet de mon agresseur

A propos de mon corps, c’est le plus évident : je me suis scarifiée pendant une dizaine d’années, bras, jambes, ventre, poitrine. La scarification me donnait un contrôle sur un corps que je n’étais plus capable de m’approprier. Je suis en surpoids, j’ai même développé un diabète de type 2.

J’ai des problèmes cutanés lié au stress et à l’angoisse. Avec mon corps, nous nous sommes un peu réconciliés, mais pas encore assez. Mon corps est toujours un peu le jouet, l’objet, qu’il a été pour mon agresseur.

A propos de la vie professionnelle : J’ai planté mes études, je me suis mise en situation d’échec systématiquement. Idem quand je suis passée dans le monde du travail ; mes principales compétences, manquer de confiance en moi et me saboter. Du coup, à force de cours du soir et de formation courtes, j’ai fini par être qualifiée dans quelque chose, et je me suis mise à mon compte. C’est plus facile pour gérer les phases de dépression où je reste cloitrée plusieurs jours d’affilée sans mettre le nez dehors.

Parfois, je ne suis même pas capable de répondre au téléphone, ni même d’ouvrir mes e-mails. Et non, je ne gagne pas bien ma vie, trop de phases dépressives, ces temps-ci.

Comment quelqu’un peut m’aimer ?

A propos de ma vie amoureuse et sexuelle. Parce que j’ai fini par avoir les deux, un peu avant mes 30 ans, quand j’ai ai été capable de faire un minimum confiance. Je ne comprends toujours pas pourquoi et comment quelqu’un peut m’aimer. Je n’ai jamais été et ne serais jamais quelqu’un de bien et de normal, en tous les cas c’est encore ce que je ressens.

Et pourtant je sais bien que ce n’est pas rationnel de ressentir ça. J’ai traversé des périodes de plusieurs mois sans désir, et parfois, pendant des préliminaires, je bloque complètement. Je voudrais juste faire l’amour et mon viol parfois s’interpose, et je ne supporte plus que mon ami me touche. En dehors de ces épisodes, j’ai une sexualité plutôt normale aujourd’hui, merci.

Ce que je viens d’écrire pourrait paraître dur à exprimer car c’est du domaine de la vie intime, si je n’avais dû verbaliser bien pire quand j’ai mis le doigt dans la machine judiciaire. Et encore j’ai eu de la chance, j’ai été considérée humainement, une de mes amies est tombée sur un policier si peu psychologue pour qu’elle n’insiste pas. Elle n’a jamais porté plainte.

Porter plainte sans preuve

Pour vouloir porter plainte, dans mon cas sans preuve matérielle, ma dignité a morflé. Il m’a fallu dénuder absolument, exposer toute mon intimité blessée, le plus actuellement possible, le plus clairement possible. Ça m’a appris à penser qu’exposer mes petites misères sur Rue89, comme signer le manifeste, ne coûte rien d’autre qu’un peu d’angoisse. Le parcours en justice, seule, avec ma famille proche aussi démunie que moi, est une vraie épreuve.

Fouiller dans les recoins les plus glauques de sa mémoire, ça n’a amené ma plainte qu’à un classement sans suite. Vu le nombre d’années depuis les agressions, évidemment, aucune preuve matérielle. Et pourtant, mon agresseur, sur le procès-verbal de son audition, sous-entend à plusieurs reprises que si, il s’est passé des choses. Il va jusqu’à reconnaître certains faits. Ceux qui sont prescrits, de préférence.

Alors, quand j’ai eu assez de forces pour me frotter à la justice à nouveau, j’ai tenté de relancer la machine. C’est toujours en cours. Ça fait plus de six ans que ça dure. Six ans que c’est dur.

Mon agresseur vit le plus normalement du monde

A propos de ma tête enfin : il n’y a pas que le suivi psychiatrique. Il y a eu l’hôpital psychiatrique aussi, pendant de longs mois, qui m’a permis de sortir de l’excommunication à laquelle je m’étais condamnée seule. Il m’a fallu près de dix ans pour enfin avouer, à infirmière d’abord, puis à ma famille, encore trois ans pour parler à la justice qui ne m’entend pas, encore six ans jusqu’au manifeste. En tout dix-neuf ans.

Je n’ai pas tellement plus de 30 ans, et rien n’est fini. Les groupes de parole ne sont pas pour moi, j’ai besoin de m’engager pour essayer de faire évoluer notre société.

J’ai signé car je suis capable de verbaliser, d’exprimer un peu la lutte qui est la mienne pour sortir de mon gouffre intérieur, progresser et aller mieux. Et je sais aussi que d’autres, femmes et hommes, enfants et adultes, n’en sont pas encore là.

Je signe car je me serais laissée mourir à force d’être incommunicante (faute de meilleur terme), quand mon agresseur a un corps normal, un bon travail, une femme et des enfants et vit le plus normalement du monde, comme s’il n’était en rien responsable d’un viol.

Je signerai des manifestes et je déclarerai avoir été violée autant de fois que j’en serais capable.

La culpabilité que je ressens encore n’aurait jamais dû être mienne : c’est celle de l’agresseur, il n’y a que lui qui mérite de la porter.

Oui, les regards doivent changer, des personnels formés afin d’accompagner les victimes dans la guérison et dans la justice.

Oui, la honte doit changer de camp.

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent
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