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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 19:44
| Par Laurent Mauduit

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C'est une sorte de piège qui se referme sur la France, comme sur nombre de ses voisins. Comme l'Europe se refuse à prendre la moindre mesure contre la spéculation, celle-ci continue de se déchaîner, mettant à genoux les pays les uns après les autres. Et à chaque fois, c'est la même spirale qui s'enclenche : la spéculation renforce le coût du refinancement de la dette ; ce qui gonfle encore la dette elle-même; ce qui conduit à des nouvelles mesures d'austérité ; ce qui fait le lit de la récession et du chômage ; ce qui tarit encore davantage les recettes fiscales et sociales ; ce qui gonfle les déficits et la dette. Et ainsi de suite, jusqu'à la victoire définitive des marchés ; et l'asphyxie du pays auquel ils se sont attaqués...

La France est le nouveau pays à en faire aujourd'hui l'amère expérience. Tous les indicateurs économiques et sociaux disponibles l'attestent. Celui de la croissance : selon les statistiques publiées lundi par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'activité économique est dans une phase de brutal ralentissement, à tel point que la France est même « peut-être entrée dans une courte et légère récession ». Et celui du chômage : selon les chiffres publiés ce même lundi, le nombre des demandeurs d'emplois a progressé de 34.400 au cours du seul mois d'octobre, soit au total 2,814 millions de personnes sans emploi, un niveau jamais atteint depuis décembre 1999.

 

En quelques semaines, sous les effets de la crise de la dette qui s'est propagée à toute l'Europe, mettant d'abord la Grèce à terre, puis menaçant l'Italie, et maintenant l'Allemagne et la France, c'est tout l'environnement économique de notre pays qui s'est retourné. Jusqu'à la fin de l'été, Nicolas Sarkozy suggérait que la France était à l'abri des turbulences de la crise et que, moyennant quelques mesures d'économies budgétaires, elle ne perdrait jamais le fameux « AAA » que lui attribuaient les agences de notation.

 

Minimisant perpétuellement le danger, le gouvernement a donc préparé un projet de loi de finances pour 2012 sur des bases totalement irréalistes, adossé à une hypothèse de croissance de 1,75%. On sait la suite: en catastrophe, début novembre, le ministère des finances a dû admettre que cette prévision était exagérément optimiste. La prévision a donc été abaissée à seulement 1% de croissance pour 2012. Et dans la foulée, le gouvernement a dû prendre des mesures correctrices. Le 7 novembre, un deuxième plan d'austérité (intervenant pas même deux mois et demi, après un premier, révélé le 24 août) a été annoncé, portant sur 18,6 milliards d'euros, dont des mesures très impopulaires de relèvement des impôts et d'anticipation de la réforme des retraites (lire Plan d'austérité : travailler plus pour gagner moins). Avec ce plan, l'ambition du gouvernement était de garantir les engagements qu'il avait pris en matière de déficits publics, pour les ramener à 4,5% du produit intérieur brut en 2012, 3% en 2013, et à 0% en 2016).

Mais c'est le propre d'une spirale : elle fonctionne sans fin. Ce deuxième plan d'austérité n'est donc pas même entré en vigueur que l'OCDE jette un pavé dans la marre, en disant que cette nouvelle prévision de croissance de la France, même révisée à la baisse, ne tient toujours pas debout – ce qui est aussi l'opinion de la plupart des instituts de conjoncture économique.

10,4% de chômeurs fin 2012

C'est donc une très mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy car l'OCDE dit tout haut ce que tout le monde sait : à poursuivre dans la voie de cette politique économique, il faudra que la France prenne sans cesse de nouvelles mesures d'économies, qui à chaque fois vont peser encore un peu plus sur l'activité.

Concrètement, les experts de l'OCDE estiment que l'économie française ne croîtra que de 0,3% en 2012, soit bien moins que le 1% escompté désormais par le gouvernement. Ils vont même jusqu'à lâcher le mot qui fait peur, celui de récession. « Etant donné le net ralentissement déclenché par les problèmes non résolus de dette souveraine en Europe, la France est peut-être entrée dans une courte et légère récession », affirme ainsi l'OCDE.

 

Et pour justifier leur prévision, les experts mettent bien en évidence cette spirale qui est en train de happer la France. Ils soulignent que la forte exposition des banques françaises aux pays en difficulté financière « est devenue une source d'incertitude croissante » et a contribué à la hausse de l'écart de rendement entre les dettes souveraines française et allemande. Ce « spread » entre les dettes française et allemande à 10 ans a bondi ces dernières semaines, passant d'environ 40 points de base fin juin à environ 80 début octobre et plus de 150 désormais, après avoir dépassé 200 points de base.

 

Conclusion de l'OCDE : « La contagion ayant atteint la France, les coûts d'emprunt plus élevés affecteront l'ensemble de l'économie. » Les experts ne contestent pas les engagements français de réduction du déficit public. Mais pour atteindre 4,5% en 2012 un effort supplémentaire équivalent à 0,4% du PIB, soit environ 8 milliards d'euros, est nécessaire, font-ils valoir. En clair, il faut toujours plus d'austérité : « Il n'est pas possible de compenser la faiblesse économique actuelle par de simples mesures discrétionnaires sans mettre en danger la note souveraine », conclut l'OCDE.

 

Cette brutale dégradation de l'environnement économique de la France va donc avoir une conséquence prévisible : une nouvelle envolée du nombre des demandeurs d'emplois. Dans sa note, l'OCDE elle-même le signale, suggérant que le taux de chômage pourrait atteindre en France un sommet historique à 10,4% fin 2012.

 

Les dernières statistiques des demandeurs d'emplois, publiées également ce lundi, par Pôle emploi, viennent confirmer cette probable entrée en récession de France.

Sarkozy sur les traces de Pierre Laval

 

Si l'on prend seulement la catégorie A (la catégorie la plus restrictive, celle qui exclut des statistiques ceux qui ont une activité très réduite), on se rend donc compte que le nombre des demandeurs d'emplois est en phase d'accélération: 34.400 au cours du seul mois d'octobre, cela correspond en effet à une hausse de 1,2%. Et sur un an, la progression atteint +4,9%.

Mais si l'on prend en compte la totalité des demandeurs d'emploi (catégories A, B, C, D et E), on s'aperçoit que le nombre des demandeurs d'emploi progresse tout aussi rapidement. Dans ce cas-là, le nombre des demandeurs d'emploi s'établit en effet à 4.775.400, en hausse de 3,9% sur un an. Soit plus très loin de la barre des 5 millions de demandeurs d'emplois. Et encore, il faut avoir à l'esprit que ces chiffres sont ceux de la France... métropolitaine. Autrement dit, ils donnent une vision minorée de l'état réel du chômage dans la France entière.

 

Et il faut bien mesurer que ces indicateurs n'offrent qu'un petit aperçu des souffrances sociales que génère le ralentissement de l'économie. Car du même coup, c'est la misère, elle-même, qui gagne du terrain. Au dernier recensement par l'Insee, on décomptait ainsi plus de 8,2 millions de pauvres en France en 2010. Ce chiffre s'inscrira nécessairement en forte hausse en 2011. C'est ce que suggèrent toutes les associations. Les Restos du cœur, pour ne parler que d'eux, estiment que leurs besoins pour l'hiver qui vient seront en hausse de 15%.

 

Ces chiffres vont tous dans le même sens. En refusant de prendre des mesures pour encadrer et faire reculer la spéculation, tous les gouvernements sont pris dans le même étau. Et la France la première, qui en est déjà à son deuxième plan d'austérité, mais qui ne parviendra pas, malgré tout, à tenir ses engagements en matière de réduction des déficits. Alors, faudra-t-il un troisième plan d'austérité?

 

En fait, cette spirale a un nom : c'est la spirale Laval. La politique récessive conduite à marche forcée par Nicolas Sarkozy présente en effet quelques points communs avec la politique déflationniste conduite en 1935 par le gouvernement de Pierre Laval, au nom déjà du retour... à l'équilibre budgétaire (lire L'Europe de la déflation sociale).

 

C'est ce qu'il y a de pathétique dans le cours de la politique économique voulue par Nicolas Sarkozy : le pire est le plus probable. La France atteindra-t-elle donc les 5 millions de chômeurs ? Elle y chemine...

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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