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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 17:50

 

Rue89 - Actes de propriété 26/11/2012 à 10h28
Clémence Leveau | Journaliste

Marcel et Sylvie, agriculteurs, doivent quitter maison et exploitation à la fin de l’année. Ils racontent l’histoire de leur logement et leur lutte pour rester.

 


Marcel et Sylvie devant leur maison (Clémence Leveau)

Officiellement, Marcel et Sylvie doivent quitter maison et exploitation agricole le 31 décembre pour laisser place à l’aéroport du Grand-Ouest. Un accord politique, obtenu après une grève de la faim, leur donne un sursis. Jusqu’à quand ?

Leur maison jaune est en résistance. Aux alentours, d’autres ont eu un destin moins glorieux, on n’en aperçoit plus que les ruines. Marcel, Sylvie et leurs deux enfants sont arrivés à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) en 1999. Dans leurs bagages, il y avait un idéal, un projet de vie qu’ils osaient enfin réaliser : devenir agriculteurs.

Elle rêvait de se marier avec un agriculteur

Nouvelle rubrique

Dans « Actes de propriété », nouvelle rubrique sur Rue89, chaque semaine nous publions un portrait d’un propriétaire qui raconte l’histoire de son logement. Il ouvre ses portes et détaille son budget à Rue89.

Un projet lancé avec le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ). Contactez-nous si vous voulez participer.

Adieu donc la première maison achetée ensemble en Ille-et-Vilaine, un joli corps de ferme retapé à leur façon où ils s’étaient bien vus passer leur retraite.

Ils sont comme ça, Marcel et Sylvie. Ils se projettent, imaginent, concrétisent leurs idées. Ils avancent.

L’élevage laitier, ils ne s’y sont pas lancés à la légère : Marcel, fils d’ouvrier agricole est devenu conseiller à la chambre d’agriculture, comme Sylvie, qui a aussi donné des cours de maths en lycée agricole. Elle a grandi dans le « 9-3 » mais petite, elle rêvait de se « marier avec un agriculteur ».

Lui a acheté la maison, elle l’exploitation. Histoire de bien « dissocier le privé du professionnel ». A leur arrivée il y a treize ans, le crépi de la maison n’était pas jaune. Il était décrépi, comme le reste. « Ce n’était pas un coup de cœur, c’était plutôt déprimant ! », lâche Sylvie en rigolant.

« Pour nous, le risque était très mesuré »

Seules deux pièces de vie sont à peine entretenues par l’ancien propriétaire, la vitre cassée de sa chambre n’a pas été remplacée... Mais l’ensemble est financièrement accessible et surtout, le terrain, situé dans un bocage « extraordinaire », est intéressant du point de vue agricole.


Un autocollant contre l’aéroport (C.L.)

A cette époque, le projet de transfert de l’aéroport Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes est bien enfoui dans les cartons. Personne n’imagine qu’un jour il ressurgira, même s’il reste en bruit de fond.

« Nous avions considéré le risque. Pour nous il était très mesuré. »

Sauf qu’à peine un an après l’installation, le projet de construction de l’aéroport refait surface. C’est le choc. Les télés déboulent, les associations de défense reprennent du service. Malgré tout, à force de documentation et de discussions avec des voisins habitués aux péripéties sur le sujet, Sylvie et Marcel restent persuadés qu’aucun avion n’atterrira jamais sur leurs terres. Ce serait trop « scandaleux ».

« Pour nous comme pour tous les autres, c’était juste un épisode de plus dans cette saga », explique Marcel. Par petits bouts, ils poursuivent donc la rénovation de la maison, aménagent une chambre à leur fille dans une partie du grenier, rendent le tout plus vivable. Et continuent, surtout, de s’investir énormément dans l’exploitation.

« La moitié des propriétaires sont partis »

Peine perdue ? Non seulement ils sont persuadés du contraire, mais en plus ce n’est pas leur tempérament.

« Jusque-là, on a toujours vécu comme si l’aéroport ne se construirait jamais. »

Regarder droit devant, investir l’avenir, c’est un credo. Et c’est encore vrai quand en juillet 2005, un courrier du conseil général leur propose un dispositif d’achat à l’amiable. Sylvie l’a rangé précieusement, comme une amère pièce de collection. « C’était bien joué de leur part, la moitié des propriétaires ont pris les sous et sont partis, explique Marcel. Les “squatteurs” dont on parle aujourd’hui se sont installés dans certaines de ces maisons. »

Eux choisissent d’ignorer, très irrités par la certitude dont les autorités font preuve.

« On a eu tort. On a fait blocage mais à l’époque, ils rachetaient les biens 25% de plus qu’aujourd’hui. Entamer des négociations à ce moment-là nous aurait peut-être aidé à tirer un meilleur prix aujourd’hui. »

Trop tard. C’est sans regret : à quoi bon, de toute façon ? « Le combat est juste », c’est ce qui compte. Et pourtant, petit à petit, eux qui ont tant l’habitude de regarder loin devant freinent leurs ambitions. Surtout pour l’exploitation dans un premier temps. Agrandir les bâtiments ? Oublié. Accueillir plus d’animaux ? Oublié. Passer en bio ? Oublié. « C’est un gros défi technique, s’il faut s’arrêter au bout de trois ans… »


La ferme de Marcel et Sylvie (Clémence Leveau)

« Tout est figé, c’est dur »

L’habitation continue d’évoluer au fil de travaux réalisés régulièrement, jusqu’en 2010. Et puis plus rien. Ils ont pourtant pensé aménager la buanderie, cette pièce de « transition avec la ferme », dont ils ne sont pas très fiers. Sylvie a déjà imaginé de gros fauteuils installés devant la cheminée, où elle et son mari pourraient bouquiner tranquillement les soirs d’hiver. Mais à quoi bon lancer quoi que ce soit, si tout doit finalement être détruit ? « L’incertitude commence vraiment à me miner », lâche finalement Sylvie.

« Tout est figé, c’est dur. »

« No future », ponctue Marcel avec le sourire. Fin novembre, un juge des expropriations donnera un prix de rachat à leur maison.

« Ce sera sous-estimé. Le problème c’est qu’on ne choisit pas de s’en aller ! On est mis dehors et on ne sait pas si on retrouvera un bien équivalent ou si on devra recommencer à zéro en achetant un terrain… »

Ils expliquent qu’ils se mettront peut-être à chercher autre chose, en janvier. Peut-être… Depuis mai, un accord politique protège les habitants tant que certains recours juridiques contre le projet n’auront pas abouti. Un sursis obtenu au forceps, après la grève de la faim d’avril à laquelle Marcel a participé seize jours.

Mais il faut faire vite. Or, s’ils doivent partir précipitamment et n’ont pas de lieu pour accueillir leur trentaine de vaches, ce sera l’abattoir. Trop douloureux. Si Marcel et Sylvie se battent jusqu’au dernier moment, ils prennent ce risque. S’ils partent, ils abandonnent.


Marcel et Sylvie (Clémence Leveau)

Acte de propriété

Bâtisse de 200 m2 dont 130 m2 habitables et 65 hectares d’exploitation au Liminbout, lieu-dit de Notre-Dame-des-Landes.

Valeur estimée du bien (maison et exploitation) : 190 000 euros.

L’achat puis les travaux

  • Achat en 1999

– Prix d’achat : environ 40 000 euros (270 000 F) ;

– Travaux : 10 000 euros ;

– Apport personnel : environ 40 000 euros (270 000 F).

  • Travaux ultérieurs

– Aménagement d’une partie du grenier en chambre et isolation, drainage autour de la maison (2003), aménagement de la salle de bains (2007) et amélioration du chauffage, ravalement extérieur, installation d’un double vitrage… : 26 500 euros ;

– Apport pour les travaux : 8 000 euros.

Charges : environ 420 euros par mois

  • En tant que propriétaire : environ 330 euros par mois

– Taxe foncière : 367 euros par an soit en moyenne environ 30 euros par mois ;

– Prêt pour les travaux : 10 000 euros de compte épargne logement sur trois ans (2010-2013) soit 302 euros par mois à rembourser.

  • Autres frais : environ 90 euros par mois

– Eau : 235 euros soit environ 20 euros par mois ;

– Electricité : environ 600 euros par an soit 50 euros par mois ;

– Taxe d’habitation : 268 euros par an soit en moyenne environ 20 euros par mois.

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Notre Dame des Landes
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