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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 15:57

 

rue89.com

 

Témoignage 14/09/2013 à 18h38

Mon été dans un village roumain plein d’or qui dit non aux dollars

 

Maïa Bronlet | Volontaire en chantier

 


Le village de Rosia Montana (Petru Mortu)

 

J’étais cet été à Rosia Montana pour participer à un projet de chantier de restauration de maisons, le programme Adopt a house. Avec juste une envie de découverte et de nouveauté, j’ai donc décidé de partir en Roumanie.

La mine de Rosia Montana

Depuis le 1er septembre, les Roumains défilent par milliers dans les rues des plus grandes villes de Roumanie contre un texte de loi qui déclare un projet minier canadien « d’utilité publique et d’intérêt exceptionnel » à Rosia Montana.

Malgré l’annonce lundi par le Premier ministre Victor Ponta que le Parlement allait « rejeter » un projet de loi présenté par son gouvernement pour accélerer l’ouverture de la mine, les manifestants n’ont pas baissé la garde et réclament dorénavant l’interdiction de toute exploitation minière à base de cyanure en Roumanie.

Si le texte était accepté ce projet conduirait à la destruction de la moitié d’un village et demanderait l’utilisation de grandes quantités de cyanure.

 

J’avais lu dans la description d’une dizaine de lignes fournie par cet organisme qu’une partie du village concerné, Rosia Montana, était menacée de destruction : une compagnie minière canadienne a trouvé un moyen d’extraire l’or présent dans le sous-sol en grande quantité, ce qui impliquait de raser la moitié du village et les quatre collines alentours.

J’avais aussi lu qu’un des organismes de l’Unesco s’inquiétait du sort réservé à ce village, dont le patrimoine culturel semblait inestimable.

C’était l’une des priorités du programme de restauration : protéger ce qui peut l’être, en espérant parvenir un jour à le faire entrer au Patrimoine mondial de l’humanité, sésame pour une éternité sereine.

Je suis donc partie pour ce petit village accroché aux montagnes des Carpates, en Transylvanie, sans vraiment réaliser où j’allais ni dans quoi je m’engageais.

 

Une mine, mais sans se compliquer la vie

Petit à petit, je découvre le coin, je commence à comprendre ce qui se passe. Le sous-sol regorge d’or – les Romains s’en étant déjà rendu compte il y a deux mille ans – et pourtant la région est pauvre.

Une compagnie canadienne offre un moyen radical d’extraire les richesses qui se trouvent sous terre, tout en promettant un millier d’emplois, ce qui sonne agréablement aux oreilles d’une population fortement touchée par le chômage.

Et ce moyen ? Creuser, tout simplement. Mais sans se compliquer la tâche : au lieu de réaliser des galeries, comme l’ont fait les exploitants des mines depuis l’époque romaine et jusqu’au siècle dernier, il suffit de créer une mine à ciel ouvert.

 


Mine de cuivre à ciel ouvert à Roșia Poieni (Stefan Balici)

 

Seul bémol, cela implique la destruction d’une partie du village et des quatre collines environnantes, chacune transformée en un cratère de 2 kilomètres de diamètre. En plus d’utiliser la vallée de Corna toute proche comme réservoir des déchets de cyanure – jusqu’à 40 tonnes par jour sont nécessaires à l’extraction de l’or !

 

Pourquoi partiraient-ils ?

Plusieurs habitants ont déjà accepté de revendre leur lopin de terre et sont allés s’installer en ville, avec plus ou moins de bonheur. D’autres n’en ont tout simplement pas envie. Ils ont leur vie là, leur ferme, leurs habitudes : pourquoi partiraient-ils ? Et pourquoi quelqu’un d’autre déciderait pour eux où ils doivent vivre ?

La compagnie canadienne, la RMGC, n’y va pourtant pas de main morte pour les intimider : depuis près de treize ans maintenant, c’est une guerre des nerfs que se livrent la firme et Alburnus Maior, l’association des opposants au projet.

Un exemple ? Au début des années 2000, la municipalité autorise un plan d’urbanisme permettant l’utilisation minière de tous les territoires envisagés par la compagnie. Cela s’apparente à une forme d’expropriation, et Alburnus Maior intente une action en justice, qu’elle remporte.

Peu de temps après, rebelote : un nouveau plan d’urbanisme, portant le même contenu, est à nouveau proposé, ce qui est illégal en Roumanie. Alburnus Maior va de nouveau en justice, gagne à nouveau. Et cette bataille dure maintenant depuis des années.

 

Une galerie romaine sous le village

En parlant avec deux des initiateurs du projet Adopt a house, tous deux architectes, je découvre d’autres risques liés au projet minier. Ils m’expliquent que sous la surface du village se trouve le système de galeries romaines le plus vaste et le plus complexe jamais découvert à ce jour.

Ce réseau de plus de 7 kilomètres de galeries, ainsi que des traces d’extraction d’or datant du Moyen-Age, ont d’ailleurs fait l’objet de plusieurs recommandations de la part de l’International Council on Monuments and Sites (Icomos), l’une des trois organisations qui conseillent l’Unesco pour la préservation du patrimoine mondial de l’humanité.

 


Galerie minière datant de l’époque romaine sur le mont Orlea, en Roumanie (Ivan Rous)

 

J’apprends qu’Icomos, fort de 10 000 experts à travers le monde, a d’ailleurs déjà lancé plusieurs appels au gouvernement roumain depuis 2004, lui recommandant lors de sa dernière assemblée générale de « réaffirmer son engagement et de s’assurer que la priorité est donnée à la protection, à la conservation et à la promotion de l’héritage culturel et de mettre en œuvre les mesures nécessaires en conséquence ». A ce jour, le gouvernement n’a encore pris aucune décision dans ce sens.

 

Restaurer trois maisons et une église

Ma tâche et celle des autres participants du programme Adopt a House pendant cet été a consisté à restaurer trois maisons et une église. Nous avons toutes sortes de choses à faire : mettre en place un système de canalisation, restaurer convenablement les façades ou encore remettre en état fenêtres, châssis et même les chaises.

Matin et soir, nous suivons la route de terre battue qui sépare la ferme où l’on campe des maisons que nous restaurons. Ce petit kilomètre de chemin bordé d’arbres fruitiers est emprunté quotidiennement par les vaches qui vont paître.

Elles mettent le monde qui les entoure au rythme de leur marche : une voiture coincée derrière le petit troupeau n’a d’autre choix que de prendre son mal en patience.

Plusieurs jours d’affilée, mon travail consiste à détruire une couche de ciment mal appliquée il y a quelques années sur l’épicerie du village, qui s’est révélée être à l’origine deux maisons transformées en une.

 

« Multumesc pentru tot », merci pour tout...

J’ai, pendant ces journées, l’occasion de parler avec Gaby et Sorin (prononcer « Sorine »), le couple d’épiciers. « Vous êtes un souffle d’air frais », nous dit Sorin, qui ressent la pression de la RMGC de plus en plus fortement depuis qu’on voit les ouvriers en chemise jaune parcourir le village en tout sens.

Du sponsor du club de sport régional aux livres offerts aux écoles des communes voisines, la RMGC occupe le terrain. En reconnaissance du travail accompli, Sorin et Gaby nous offrent chaque jour un véritable festin, des plateaux regorgeant de pastèques fraîches et juteuses et de pâtisseries de toutes sortes, faites maison bien entendu.

Le dernier jour, alors que je vais faire quelques achats à l’épicerie en prévision de mon voyage et que j’annonce à Gaby mon retour en Belgique, elle contourne son comptoir et me prend dans ses bras. « Multumesc pentru tot », me dit-elle (« merci pour tout »).

 

Rosia Montana préfère le « slow »

La plupart des habitants ne sont pas opposés à l’exploitation de l’or qui se trouve sous leurs pieds, mais ils plaident pour que cette activité les laisse vivre là où ils l’entendent, comme le ferait une exploitation plus traditionnelle. L’artisanat n’est pas ici le parent pauvre de l’industrie, il est revendiqué.

Niki, un Roumain de 21 ans, clope au bec et perpétuel sourire en coin, m’expliquait un soir qu’il est important de perpétuer le savoir-faire artisanal qui commence déjà à disparaître et qui risque de s’éteindre si l’on ne le transmet pas.

C’est un peu comme si les gens de la région avaient vu les ravages de l’industrie sauvage ailleurs et voulaient se l’éviter pour eux-mêmes.

Rosia Montana, c’est un peu tous les mouvements « slow » à la fois, sans être passé par la case « accélération » avant.

 


Un réservoir d’eau près de Rosia Montana (Sebastian Florian)

 

Avant d’entreprendre mon voyage, je me disais souvent qu’il y avait beaucoup de choses qui ne tournaient pas rond dans ce monde, mais je n’avais jamais rien fait.

Comme si j’avais toujours été entre deux chemins, sans me décider à en suivre un : je ne me retrouvais pas dans les modèles de réussite que la société me donnait, mais je ne me suis jamais retrouvée non plus dans le modèle « alternatif », plus critique, de ceux qui descendent dans la rue pour crier leur désaccord quand ils estime que c’est nécessaire.

Ça prend du temps, mais peu importe. Ce qui compte, c’est de voir les victoires : par exemple, se rappeler qu’en treize ans de bataille juridique contre la compagnie minière, Alburnus Maior, l’association de défense de Rosia Montana, a gagné tous les procès.

Alors que je quittais cet endroit, les Roumains descendaient par milliers dans les rues pour exprimer leur désaccord avec le projet de loi. Et à l’heure où j’écris ces lignes, après huit jours de manifestation, ils sont encore plus de 15 000 à battre le pavé.

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Ailleurs dans le monde
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