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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:15

 

 
© Nathanaël Charbonnier

Longue d'à peu près deux cents mètres, la rue Beautreillis était une artère proprette bordée d'immeubles dépareillés. Sur les trottoirs, les soldats s'étiraient en deux files indiennes. Ils avançaient avec la prudence du grenadier-voltigeur. Au milieu de la chaussée, à égale distance des deux files, Duboïs était aux aguets. Il redoutait un piège et scrutait les fenêtres grandes ouvertes d'où s'échappait parfois un ronflement.

Plus détendus que leur chef et l'arme en bandoulière, les hommes du Colonel se contentaient de mimer la posture de la patrouille en milieu hostile. Aucun d'entre eux ne sentait dans cette voie étroite l'imminence d'un danger. Pas un ne craignait l'embuscade, tous s'employaient surtout à humer l'air de Paris. Ils marchaient le nez en l'air, cherchant du regard les détails qui conféreraient à ce lieu sans charme un semblant d'intérêt.

En regardant bien, ils trouvaient ce qu'ils cherchaient. De belles portes-cochères étaient surmontées de médaillons sculptés aux centres desquels souriaient pour l'éternité de rondes figures emperruquées. Au numéro 16, une façade lisse arborait une plaque en souvenir de Victorien Sardou, auteur dramatique «né dans cette maison le 5 septembre 1831». Au 9, un petit panonceau  annonçait: «Maison salubre. Tout à l'égout». De modestes bâtiments de ciment voisinaient avec la pierre, une grosse résidence hideuse faisait face à la construction de briques de «V. Tondu, architecte, 1906».

Toutes les époques semblaient s'être donné rendez-vous dans cet arrondissement de Paris.

Les deux colonnes de soldats arrivèrent ainsi rue des Lions Saint-Paul sans avoir jamais croisé âme qui vive. Il fallait se rendre à l'évidence: déjà peu fréquentée le jour, la rue Beautreillis était, la nuit, un désert. Par pure précaution, le Colonel Duboïs décida d'y faire un second passage en remontant jusqu'à la rue Saint-Antoine. A l'exception d'un rat, il ne vit rien de plus que la première fois.

A minuit, l'officier supérieur fit un point par radio avec les sections disséminées dans la capitale. A chaque fois, on lui répondit «R.A.S.», rien à signaler. La nuit était calme dans toute la ville que quadrillait l'armée. «R.A.S.» rue des Innocents, «R.A.S.» chaussée de la Muette. Duboïs décida de ne pas s'attarder dans le quartier des Célestins; il mit le cap avec ses hommes sur la deuxième étape de leur patrouille: l'impasse Caillard, près de La Bastille, à dix minutes de là.

 

***

 

Rive gauche, dans le treizième arrondissement, deux flambeaux plantés sur des tiges de bambou éclairaient joliment l'impasse du Petit-Modèle et ses occupants. Ils étaient dix ou douze assis-là sur des chaises de bois tropical et sur des tabourets. Non loin d'eux, les braises d'un barbecue neuf finissaient de griller les chairs de deux épaisses côtes de bœuf.

Un verre de vin rouge à la main, grappillant les amuse-gueule, les convives surveillaient à tour de rôle la cuisson de leur dîner. Par souci de ne pas réveiller les clients du petit hôtel voisin, ils parlaient à voix basse tout en sachant que les sons venus du fond de l'impasse n'allaient pas jusqu'à la rue; à moins d'un éclat de rire, les bruits déjà ouatés de la fête s'arrêtaient aux branches et aux énormes pots des végétaux qui décoraient le pavé de cette minuscule voie sans issue. L'entrée de l'impasse pentue  était barrée d'une chaîne d'où pendait un panneau destiné aux importuns: «Voie privée, défense d'entrer».

Les murs étaient encore tièdes du soleil de la journée. Le thermomètre posé sur une fenêtre du rez-de-chaussée indiquait vingt-deux degrés à minuit passé.

Sous la lumière ondulante des flambeaux, le groupe n'avait d'yeux que pour une jeune femme aux traits tirés.  Elle ne cessait pas de sourire en ayant l'air de quelqu'un qui redécouvre la vie dès sa sortie du bagne. Luisa Bajos de Villaluenga savourait ce moment. Ses amis étaient là, autour d'elle, dans ce décor de vieux-Paris, près de cette maison où elle avait vécu quelques-uns des plus beaux jours de son existence pendant ses études en Sorbonne. Une main était dans la sienne et ne la quittait pas, ne la lâchait plus. C'était celle d'Imogène, sa mère, rentrée quelques heures plus tôt de Hongrie.

 

***

Il allait être 1 heure du matin. Un plan de Paris en main,  le Colonel Maxence Duboïs commençait à perdre patience. Il avait beau sillonner le quartier en tous sens, l'impasse Caillard restait introuvable.

Toujours en formation patrouille, la section commandée cette nuit-là par Duboïs n'en finissait pas d'arpenter les rues du onzième arrondissement. Rue des Taillandiers, rue de Charonne, passage Thiéré, rue de la Roquette et retour... Rue de la Roquette, passage Thiéré, rue de Charonne, rue des Taillandiers... Les deux colonnes de militaires tournaient en rond sans résultat ni personne à qui demander son chemin. Le cercle pouvait s'élargir à la rue Keller, à la rue de Lappe et au-delà, il n'y avait rien. «Impasse Caillard» rimait avec «cauchemar». C'était même à se demander si cette voie sans issue avait un jour existé.

A cette pensée, le Colonel s'empressa de chasser de son esprit l'ombre du doute qui s'y installait. C'était  insidieux. Tout comme sur son plan,  le nom de l'impasse s'inscrivait en toutes lettres sur l'ordre de route que lui avait fait parvenir la vice-Présidente en personne (« en personne »). Il lui était donc interdit de douter. Ce foutu cul-de-sac devait se trouver quelque part et il s'y essuierait les pieds après avoir constaté qu'aucun noctambule n'y promènerait ses fesses. Une fois sa mission accomplie, il effacerait cet épisode de sa mémoire, à tout jamais.

Alors qu'il se faisait cette promesse, Duboïs entendit dans son dos le grincement d'un gond mal huilé. Il se retourna en même temps que ses soldats, tous rendus très nerveux à force de tourner en rond. Il y eut un cliquetis d'armes, les canons des pistolets-mitrailleurs désignèrent un point dans l'angle mort des lampadaires. On entendit claquer la question d'usage: «Qui va là?»... Puis une injonction: «Avancez dans la lumière, les mains ouvertes. Pas de geste brusque».

Les bras en l'air, un petit vieux en pyjama, peignoir et pantoufles roses à claquettes, apparut dans le halo d'un réverbère. Il tenait haut une laisse à l'extrémité de laquelle pendait un chien minuscule. La gueule grande ouverte, l'animal ne tenait plus sa langue, ses yeux sortaient de leurs orbites, il était agité de soubresauts et ses pattes antérieures battaient l'air. On eut dit qu'il nageait verticalement.

Face à cet homme terrorisé devant la troupe armée, le Colonel se remémora opportunément les cours d'action psychologique de sa jeunesse et se rappela le chapitre intitulé «Comment gagner la confiance des populations autochtones». Il fit un pas en avant, salua militairement de la main gauche, se présenta et invita l'inconnu à poser son chien sur le sol. Tandis que le microscopique bâtard de Cairn-terrier et de Carlin, tremblant et haletant de tout son être, se libérait d'un pâté chiasseux presque aussi gros que lui, le militaire demanda au maître du chien de lui indiquer le trajet le plus court pour l'impasse Caillard.

Le petit monsieur eut l'air sincèrement surpris, mais pas autant que l'officier supérieur quand vint la réponse à sa question... car l'impasse Caillard avait disparu sous les fondations d'une résidence, elle n'existait plus depuis belle lurette. Et si le nom de cette voie figurait bien sur le répertoire des rues qu'utilisait Duboïs, c'était pour une raison très simple: ce guide de Paris aux pages écornées datait du voyage de noces du Colonel. Il était périmé.

-  Maintenant, montrez-moi votre dérogation.

Rompu à toutes les situations, passé maître dans l'art de s'adapter instantanément à toutes les circonstances, le militaire venait de faire passer à ses hommes l'envie de se ficher de lui.

-  Euh... Oui mais de quelle dérogation me parlez-vous, Monsieur?

-  Mon Colonel.

-  ...Oui... Quelle dérogation, mon Colonel?

Le vieil homme n'avait pas de dérogation. Comme ses compatriotes, il vivait en état d'urgence sur un territoire soumis au couvre-feu... Devait-il pour autant rester sourd aux aboiements de son compagnon ? Il est si douloureux de résister à une envie pressante que, l'âge venant, on compatit sans peine à l'incontinence d'un bâtard lilliputien de quatorze ans - presque un octogénaire selon les critères humains!

Le Colonel ne voulut rien entendre. Le maître et son chien avaient violé le couvre-feu, ils furent interpellés.

A l'instant où deux des soldats de la section reçurent l'ordre d'encadrer et d'emmener le contrevenant et son compagnon, une clameur monta de la place de la Bastille toute proche. Un doigt sur la bouche, Duboïs fit aussitôt signe à ses hommes de se taire ; ils prirent tous l'air ébahi car à cet instant précis aucun d'entre eux ne parlait.

L'officier prêta l'oreille en observant les façades. Il pensait apercevoir dans l'encadrement d'une fenêtre la lueur changeante d'un poste de télévision allumé. Il voulait se persuader que la clameur provenait d'un film, un péplum peut-être, avec les cris d'effroi et de plaisir que poussent les spectateurs de l'arène quand le rétiaire terrasse son adversaire et attend la décision de l'Empereur.

Mais la rue semblait dormir et la clameur retentit une fois encore, plus forte que la précédente. Elle provenait de La Bastille, c'était indéniable, et sur un signe de son chef la section prit rapidement la direction de la place.

Le spectacle était hallucinant. Des milliers de noctambules silencieux convergeaient de partout vers la Colonne de Juillet, des centaines d'autres les y accueillaient en piaillant, libérant les nouveaux-venus de leur mutisme par des cris qui déchiraient l'air de la Bastille et qui enflaient, enflaient...

Des boulevards confluents, du Faubourg Saint-Antoine, des rues de Rivoli et de Lyon, ils arrivaient par groupes (faudrait-il plutôt dire par tribus d'internautes?), souriants, forts de leur nombre, prêts -enfin !- à faire entendre leurs voix dans la nuit jusqu'au lever du jour.

Face à cette houle humaine dont il pressentit l'existence en débouchant de la rue de la Roquette sur la place immense, le Colonel Maxence Duboïs ne prononça que deux mots :

-  Embarquez-les.

 

***

 A leur tour, Imogène et sa fille unique s'affairaient auprès du barbecue. A l'aide d'une longue fourchette à deux pics, Luisa éprouvait la tendreté de la viande. Presque cramées en surface, les côtes de bœuf laissaient juter leur sang quand on les piquait. Elles étaient cuites comme il faut, prêtes à être découpées, dégustées, juste habillées d'une pincée de gros sel, aussi fondantes que les pommes de terre en robe des champs qui les attendaient sur la table dans leur cocotte en fonte.

Quand elles se retournèrent vers les autres convives pour dire «c'est prêt!», elles comprirent tout de suite que leur dîner de retrouvailles n'irait pas à son terme. Slalomant entre les bacs des arbrisseaux et les plantes, des soldats armés s'avançaient dans l'impasse privée. Ils étaient précédés d'une jeune Capitaine à queue de cheval, elle aussi en treillis. Elle s'arrêta à un mètre des premiers dîneurs, droite comme un i, pieds écartés, une main sur la gaine de son révolver. De ses yeux clairs, elle les regarda l'un après l'autre d'un air soupçonneux. Son regard finit par s'accrocher à celui d'Imogène ; La mère de Luisa tenait encore entre ses mains la planche de bois à gouttière sur laquelle était savamment disposée la bonne et belle viande fraîchement tranchée. Luisa passa un bras autour des épaules de sa mère. La militaire toisa longuement les deux femmes d'un air dédaigneux... et enfin, elle leur dit :

-  Mesdames et Messieurs, vous enfreignez  la loi.

 

***

 

Par transmission radio, l'ordre donné par Duboïs ricocha de quartier à quartier dans toute la capitale. Car la scène à laquelle il venait d'assister à La Bastille se propageait dans Paris, arrondissement par arrondissement, avec l'effet d'une torche jetée sur un toit de chaume.

L'un après l'autre puis tous en même temps, les chefs de section demandèrent ce qu'ils devaient faire d'une telle quantité de contrevenants. Chaque officier, de son côté, poussait les noctambules vers un coin sans échappatoire; on les y pressait, on les y bouclait comme des moutons dans un enclos. Et pendant la manœuvre d'encerclement de ces masses, d'autres protestataires affluaient sans se soucier de la présence des treillis. Toujours accueillis par la clameur de leurs camarades contraints par les soldats à l'immobilité, ils semblaient s'extirper d'une longue nuit de silence.

-  Qu'est-ce qu'on fait, Mon Colonel?

-  Il en vient de partout!... Quels sont les ordres, mon Colonel?

-  Bon Dieu ! Ils sont trop nombreux...

-  Mon Colonel? Ici, nous sommes débordés... Attendons vos instructions.

La forme variait un peu, mais la question était la même pour tous. Elle retentissait dans le casque de l'opérateur radio qui ne distinguait aucune sérénité dans la voix de ses interlocuteurs. D'ailleurs, lui-même commençait à se sentir gagné par la panique à mesure que les chefs de section l'appelaient pour clamer leur désarroi et mendier une solution.

Duboïs ôta son petit béret et s'essuya le crâne à l'aide d'un mouchoir blanc aux dimensions réglementaires. Il lui fallait encore une fois décider au plus vite. Mentalement, il chercha dans les souvenirs de ses manuels de guerre la stratégie payante, la tactique la mieux adaptée à la situation.

Le visage de l'officier supérieur s'éclaira tout-à-coup d'une idée. Ce qui risquait de les perdre, ses hommes et lui, c'était la dispersion. Il fallait au plus vite réunir les noctambules interpellés dans un endroit sûr et excentré d'où ils ne pourraient s'échapper, où ils ne pourraient être rejoints. Le plan s'élaborait dans sa tête avec une grisante célérité. Il voyait déjà le lieu ; il trouva le moyen d'y acheminer ses prisonniers en invoquant les mânes de Galliéni. Il fit réveiller le directeur général de la COPATRA, la Compagnie Parisienne des Transports.

Vers 2 heures 30 du matin, les autobus à soufflet conduits par les soldats d'un régiment du train sortirent des dépôts d'arrondissement. Les premières rotations s'exécutèrent comme à la parade, sans fioritures, comme un numéro bien rôdé. Les bus prenaient position entre les noctambules appréhendés et les cordons de militaires.  La troupe maintenait à distance les nouveaux arrivants. Les contrevenants étaient dirigés vers l'entrée des véhicules dans lesquels ils s'entassaient; dès que le plein de passagers était fait, les autobus de la COPATRA partaient pour une destination inconnue... qui ne le resta pas très longtemps.

Vers 4h30, les travées du Stade de France bruissaient de la présence d'un public inhabituel à une heure pareille. Spectateurs d'une pelouse sans joueurs, sans match et  sans enjeu, ceux que l'on avait conduits là finirent par investir le gazon pour y dormir, y discuter, y chanter, et même y danser au son d'une guimbarde, d'un ukulélé ou d'une paire de djembés. A 5h00, il n'y avait plus un brin d'herbe à fouler. Le rectangle vert n'était plus que le théâtre d'une grande kermesse libertaire, la plus belle fête que l'on ait vue à Paris depuis bien longtemps. Dehors cependant, entre les boulevards des Maréchaux et le Stade, il se préparait un évènement que le Colonel Maxence Duboïs n'aurait pu imaginer.

Les premières rotations d'autobus se firent sans incident. Après une heure d'allers-retours, des mottes de terre atteignirent les carrosseries des véhicules réquisitionnés par l'armée. Puis des pierres. Puis des objets d'acier. Dans un vacarme effrayant, une barre à mine perça et fendilla en étoile un pare-brise; le bus fit une embardée et il faillit verser. Il s'immobilisa un moment avant de reprendre sa route, heureusement sans blessé.

Dès qu'il apprit l'incident, le Colonel exigea un rapport. Il l'obtint rapidement d'un homme du rang. Comme beaucoup de ses semblables, ce soldat avait grandi aux marches de la capitale. Le jeune banlieusard expliqua à son chef que le va-et-vient nocturne des cars de la COPATRA avait certainement eu raison de la patience des riverains. Sans doute aussi la colère de ces habitants que l'on avait dérangés dans leur sommeil s'était-elle doublée d'une intense curiosité lors de la mise en marche des projecteurs du Stade.

Les cités qui entouraient l'arène sportive faisaient partie des ZATHRA, les «Zones A Très Hauts Risques Avérés». L'acronyme sonnait comme un méchant avertissement adressé à quiconque souhaitait s'y aventurer. Les risques en question englobaient autant l'investissement industriel que la sécurité des visiteurs. Les dirigeants politiques  avaient fini par renoncer à y mettre les pieds, les administrations ne s'y installaient plus. La plupart des résidents de ces ZATHRA étant insolvables, la puissance publique n'exigeait plus le recouvrement des loyers. Il n'y avait plus d'écoles, plus de dispensaires, plus de grandes enseignes commerciales, plus de subventions, pas d'aides sociales, pas de recensement. Combien de femmes, d'hommes et d'enfants ces ghettos renfermaient-ils? Personne ne savait le dire précisément.

Depuis des années, les médias ne fréquentaient plus ces cités interdites. On les avait abandonnées. La police, elle, avait pour mission d'en surveiller les contours et contrôlait systématiquement ceux de ses occupants qui cherchaient à s'en échapper. Pour s'élargir de ces quartiers, il fallait posséder des papiers en règles. Pour avoir des papiers en règle, il n'y avait pas d'autre hypothèse que celle qui consistait à quitter sa ZATHRA. C'était absurde. L'unique espoir pour les jeunes adultes consistait à aborder un policier afin de solliciter un engagement dans l'armée.

Les soirs de match ou de concert, un périmètre  terrestre et aérien permettait de sécuriser les abords du Stade de France. L'important cordon d'uniformes et le ballet des hélicoptères tenaient à distance toute velléité d'assaut de la part de ceux que les beaux parleurs des quartiers gras surnommaient en ricanant avec mépris les « Zathrabilaires » ou plus simplement: les «Zautres».

En ordonnant les va-et-vient d'autobus chargés d'éloigner du cœur de Paris les contrevenants au couvre-feu, Duboïs n'avait pas songé à sécuriser les voies routières qui traversaient Saint-Denis.

 

L'une de ses paupières se mit à trembler nerveusement quand il entendit le récit de l'homme du rang. Elle s'agita plus encore quand lui parvint l'écho d'un appel lancé vers l'opérateur radio, comme un cri d'alarme en provenance du Stade. L'édifice était attaqué par des milliers de types que les sommations n'intimidaient pas le moins du monde. Les voies d'accès étaient coupées, plus aucun bus ne passait, et... et les sentinelles postées devant les grilles extérieures désormais closes paraissaient vouloir fraterniser avec les assaillants...

 

***

 

Au lever du soleil, la pelouse du Stade de France offrait l'image d'un champ labouré par les piétinements et les jeux de ceux qui venaient d'y vivre sans doute la plus belle de leurs nuits.

Survolés par des escouades de drones et d'hélicos, les reliefs de l'immense fête tourbillonnaient d'une extrémité du terrain à l'autre. Les filets de buts n'étaient plus que le réceptacle de vêtements oubliés, de bouteilles de plastique, d'objets témoins de l'évènement. Sereins et radieux en dépit de l'absence de sommeil, les derniers noctambules passaient la grille de sortie, bras-dessus-bras-dessous avec les habitants des ZATHRA environnantes, leurs libérateurs.

Dans les heures qui suivirent, tous les internautes de France purent se repaître de ces incroyables scènes filmées par des smartphones.

Sur la vidéo la plus vue, un petit homme débonnaire en robe de chambre et en pantoufles à claquettes sortait du Stade en faisant le V de la Victoire. Il tenait au bout d'une laisse un chien minuscule qui frétillait sous les caresses des passants. A deux ou trois mètres de là, derrière l'homme et son chien, apparaissait la jeune Espagnole que l'on avait interpellée quelque temps plus tôt à l'aéroport d'Orly. La tête relevée, les épaules droites, elle se dirigeait fièrement vers celle ou celui qui la filmait et qu'elle fixait du regard avec morgue.

Elle n'était pas seule. Une femme plus mûre qu'elle mais d'un maintien encore jeune la tenait par la main. A mesure qu'avançait cette femme s'esquissait un visage connu, celui de l'épouse du Président. Oui, braves gens. Collagène était là!

Belles et sveltes, d'un pas ferme mais gracieux, elles progressaient ensemble vers le vidéaste. Elles rayonnaient dans le petit matin, marchant comme deux ballerines qui viendraient à l'avant-scène s'incliner devant leur public en ouvrant l'air d'un ample mouvement du bras. Au lieu de cela, elles stoppaient net devant l'œil numérique du téléphone portable à fonctions multiples. Elles en approchaient leurs visages devant lesquels s'érigeaient dans la foulée deux majeurs pointés raides vers le ciel. Enfin, sans un son, comme au temps du cinéma muet, elles articulaient en chœur une rime pauvre, le clou de leur spectacle.

Sur les écrans des ordinateurs, leurs lèvres pourpres prises en gros plan dessinaient très distinctement deux mots. Deux mots formés de quatre syllabes, dix consonnes et cinq voyelles. Et ça disait: «Caillard... Connard...».

 

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