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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 17:23

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com


 

 

Explicateur 30/11/2014 à 14h32

Taiwan, Hong Kong, Tibet... Révolte aux marches de l’empire chinois

Pierre Haski | Cofondateur  Rue89
 

 

 

 

La Chine a du mal avec les « marches » de l’empire. Hong Kong, Taiwan, Xinjiang, Tibet... Ces quatre territoires ont des statuts différents, sont tous les quatre perçus par Pékin comme parties inaliénables de la nation chinoise, mais tous les quatre ont des rapports tendus avec le pouvoir chinois.

Dernier signe de ces tensions, la victoire du parti indépendantiste aux élections locales à Taiwan, qui plonge le parti au pouvoir, le Kuomintang, favorable au rapprochement avec Pékin, dans la crise. Un vote-sanction qui fait aussi écho à la « révolution des parapluies » qui se poursuit à Hong Kong pour obtenir des droits démocratiques.

Passage en revue de ces quatre territoires aux histoires et aux destins différents, mais opposés, chacun à sa manière, à l’autoritarisme du pouvoir central.

1 Taiwan, promise mais toujours rebelle

 

 


Le président taiwanais Ma Ying-jeou samedi 29 novembre devant le portrait de Sun Yat-sen : le visage de la défaite (kyodowc123859.JPG k/NEWSCOM/SIPA)

 

Pendant longtemps, le pouvoir chinois a joué de la menace d’une action militaire pour amener la « province rebelle » de Taiwan et ses 23 millions d’habitants à la réunification avec la « mère patrie » chinoise.

Ces dernières années, Pékin a plutôt usé de son puissant pouvoir économique, et s’est réjoui de la victoire sur l’île du parti Kuomintang (KMT), favorable à un rapprochement par étapes avec Pékin.

 


Le candidat indépendant soutenu par le DPP, Ko Wen-je, élu maire de Taipei samedi (kyodowc123857.JPG k/NEWSCOM/SIPA)

 

Samedi, pourtant, le Kuomintang a subi une défaite retentissante aux élections locales, au profit du Parti démocratique progressiste (DPP), considéré comme favorable aux idées indépendantistes. Le KMT a notamment perdu la capitale, Taipei, qui a élu un candidat indépendant soutenu par le DPP. Taipei, un tremplin national dont l’ancien maire n’est nul autre que l’actuel Président, Ma Ying-jeou.

C’est un sévère revers pour le Kuomintang (le Premier ministre Jiang Yi-huah a aussitôt présenté sa démission et Ma Ying-jeou devrait abandonner la tête du parti), mais c’est aussi une mauvaise nouvelle pour Pékin, puisque l’opinion taiwanaise se détourne une nouvelle fois du courant pro-réunification. Le DPP avait pourtant été durablement discrédité par la condamnation à la prison de l’ancien Président Chen Shui-bian, le premier indépendantiste élu à la tête de l’île.

 


La carte électorale de Taiwan 2010-2014 : en bleu le Kuomintang, en vert le DPP (Via Taiwan Mag sur Twitter)

 

Les raisons de ce come-back ? En mars dernier, les étudiants taiwanais avaient pris d’assaut le Parlement, qu’ils avaient occupé pendant plusieurs semaines, pour protester contre l’adoption en catimini d’un accord commercial avec Pékin, en dépit des promesses de transparence du gouvernement. Ils s’opposaient à ce qu’ils considéraient comme une « réunification rampante ».

Quelques mois après cette poussée de fièvre, les événements de Hong Kong ont surgi, avec #OccupyCentral (voir le point 2), mouvement de la jeunesse hongkongaise en faveur de la démocratie dans le territoire, qui se heurte à une fin de non-recevoir à Pékin.

Ce climat a poussé les électeurs taiwanais, dans cette seule démocratie parlementaire du monde chinois, dans les bras du DPP qui retrouve des couleurs.

Si l’intérêt économique dicte à Taiwan d’avoir des bonnes relations avec Pékin, l’instinct de survie des acquis démocratiques d’une île qui fut, elle aussi, sous un régime dictatorial, a visiblement pénalisé le Kuomintang, héritier d’un courant toujours marqué par un « rêve chinois ».

2 Hong Kong, chinois, mais démocrates

 

 


La police hongkongaise tente de regagner du terrain face aux manifestants de la « révolution des papapluies », samedi 29 novembre (kyodowc123834.JPG k/NEWSCOM/SIPA)

 


L’ancienne colonie britannique de Hong Kong, au sud de la Chine (China_Hong_Kong.svg /Pethrus/WikimediaCommons)

 

Cela fait plus de deux mois que la jeunesse hongkongaise occupe une partie du centre de ce territoire autonome au sein de la République populaire de Chine, une « révolution des parapluies » largement pacifique malgré quelques débordements.

Leur revendication : le droit d’élire librement le chef de l’exécutif hongkongais, aujourd’hui nommé par un collège électoral contrôlé par Pékin. La Chine accepte le suffrage universel, mais seulement pour choisir parmi des candidats ayant l’imprimatur de Pékin, ce qui limite la portée démocratique de l’exercice.

Le gouvernement central chinois s’agace de cette situation qui dure depuis des semaines, mais ne peut faire un usage trop voyant de la force comme en 1989 sur la place Tiananmen à Pékin. Il tente un mélange de pressions policières qui regagne peu à peu le terrain occupé par les manifestants et leurs campements, et joue de la provocation pour discréditer le mouvement auprès des Hongkongais légitimistes.

La Chine a « perdu » cette génération

Mais quelle que soit la suite du mouvement, qui montre des signes de fatigue et même de division sur la suite des événements, une victoire de Pékin ne serait qu’un répit : la Chine a « perdu » cette génération hyperconnectée qui était pourtant la première à n’avoir connu que la présence chinoise après le départ de la puissance coloniale britannique en 1997.

Hong Kong et ses six millions d’habitants ne laisseront pas faire une « normalisation » rampante comme certains le redoutaient : ils entendent bien conserver un mode de vie, un climat de liberté et de tolérance exceptionnels, tout en restant citoyens chinois.

En 1997, certains se demandaient si c’est le modèle chinois de Pékin qui s’imposerait à Hong Kong, avec le pouvoir du Parti et un contrôle des médias et de la parole, ou si c’est au contraire le modèle hongkongais, de société ouverte et efficace, qui s’immiscerait dans le reste de l’« empire ». La question reste posée dix-sept ans plus tard.

Hymne cantopop de la révolution des parapluies

3 Xinjiang, pris entre djihad et répression

 

 


Patrouille militaire chinoise sur les lieux d’un attentat à Urumqi, la capitale du Xinjiang, en mai 2014 (Ng Han Guan/AP/SIPA)

 


Le Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, aux confins de l’Asie centrale (TUBS/WikimediaCommons)

 

Nouvel attentat, samedi au Xinjiang, cette province de l’ouest de la Chine, où la population ouïgour vit de plus en plus mal le peuplement croissant venu du reste de la Chine et de sa majorité Han. Selon les médias officiels, il y a eu quinze morts, dont onze assaillants, dans le district de Shache, dans l’ouest de la province.

Depuis le début de l’année, il y eu au moins 200 morts dans cette montée en puissance de la violence qui a commencé à faible intensité l’an dernier, avant de se développer, avec des incursions hors du Xinjiang, sur la place Tiananmen il y a un an, et, de manière sanglante, à Kunming, la capitale du Yunnan, en mars dernier.

L’équation du Xinjiang est simple : les Ouïgours, peuple d’Asie centrale, musulman, dont la langue et la culture se rattachent à l’héritage ottoman, vivent de plus en plus mal l’arrivée de migrants Han venus du reste de la Chine, et qui, vraisemblablement, constituent déjà la majorité de la population de la région.

Les frictions autour de la terre, de la religion (les restrictions à la pratique de l’Islam ont repris avec la montée de violence), de l’emploi ou du logement, ont creusé un profond fossé entre les deux communautés, Ouïgour et Han.

La radicalisation d’une frange du mouvement ouïgour favorable à un Turkestan oriental indépendant, s’est faite au travers des contacts avec la nébuleuse djihadiste d’Asie centrale, que ce soit en Afghanistan avec les talibans, ou dans la vallée de la Ferghana, dans l’Ouzbekistan voisin.

Plusieurs Ouïgour séjournant dans des camps d’Al Qaeda s’étaient d’ailleurs retrouvés à Guantanamo après l’invasion de l’Afghanistan par l’armée américaine en 2001.

Mais cette radicalisation est aussi générée par l’absence d’autre perspective politique, comme l’a montrée la sévère condamnation à la prison à vie de l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti, en septembre dernier, sans la moindre preuve d’un quelconque soutien de ce professeur d’université à l’action violente.

Cette lourde peine a été confirmée en appel la semaine dernière, sans que les nombreux appels à la révision du jugement n’aient été entendus.

 


Guzel Nur Ali, épouse de l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti dont la condamnation à la prison à vie vient d’être confirmée en appel (Ng Han Guan/AP/SIPA)

 

En choisissant la voie dure pour répondre à la montée d’une violence prévisible, le gouvernement central prend le risque de se retrouver avec un foyer d’hostilité et de résistance plus déterminé encore, et pour longtemps.

Comme d’autres pouvoirs, avant lui, placés dans des situations similaires de type colonial (même si Pékin récuse ce mot s’agissant du Xinjiang).

4 Tibet, résistance spirituelle

 

 


Le Potala, palais des dalaï lama à Lhassa, la capitale tibétaine, lieu symbolique pour tous les Tibétains (SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA)

 


La région autonome du Tibet, en jaune, fait plus de deux fois la superficie de la France pour 2,5 millions d’habitants (via Wikipédia)

 

Au cours des deux dernières années, 132 Tibétains se sont immolés, dont 113 sont morts. Les autres ont gardé des séquelles, comme cet homme de 31 ans qui vient de rentrer chez lui amputé des deux jambes après une tentative d’immolation près d’un monastère.

Ces immolations ont certes montré le niveau de désespoir d’une partie de la population tibétaine face au sort de leur région sous domination absolue de la Chine, mais ont aussi créé un malaise.

Les autorités de Pékin ont accusé le dalaï lama et le gouvernement tibétain en exil d’avoir poussé les Tibétains à ce suicide de masse, ce que les exilés démentent ; mais la passivité de ceux qui assistent à ces suicides par immolation, comme le montrent les photos et vidéos qui circulent, pose question.

Cette vague d’imolations, qui se poursuit épisodiquement, est là aussi le signe d’une absence d’alternative politique.

Sus aux « séparatistes »

Le gouvernement chinois maintient une main de fer sur le Tibet, combattant énergiquement toute velléité « séparatiste », comme il les nomme, tout en encourageant le peuplement Han. Et les quelques séances de négociation qui ont eu lieu ces dernières années entre Pékin et l’entourage du dalaï lama n’ont jamais permis la moindre avancée.

 


Que se passera-t-il après la disparition du dalai lama, ici à Francfort en mai 2014 ? (Topphotos/Unimedia Images/SIPA)

 

Tout se passe comme si le gouvernement chinois attendait patiemment la disparition de l’actuel dalaï lama, Tenzin Gyatso, XIVe du nom, qui est âgé de 79 ans.

Le dalaï lama a renoncé à toute responsabilité politique, laissant un gouvernement en exil à Dharamsala, en Inde, jouer ce rôle. Mais il reste une figure centrale du monde tibétain, tant religieux que politique au sens le plus large du terme. Et il est un atout de relations publiques exceptionnel pour la cause tibétaine, en raison de son aura, notamment en Occident.

Sa disparition risque d’entraîner une période de grande confusion, car sa succession répond à des règles très précises liées à la réincarnation à laquelle croient les bouddhistes tibétains. Et Pékin entend bien se mêler de ce processus et l’influencer, comme cela fut fait pour le panchen lama, le second personnage du bouddhisme tibétain, mort en 1989 : l’enfant désigné comme réincarnation du défunt par les autorités religieuses a disparu depuis près de vingt ans, remplacé par un autre, choix de Pékin et des religieux qui jouent le jeu du pouvoir chinois.

Deux dalaï lama ?

Le risque est grand de voir deux dalaï lama dans l’avenir, l’un au Tibet avec l’aval de Pékin, et l’autre en exil en Inde. Cette confusion permettrait à la Chine d’affaiblir la résistance spirituelle des Tibétains au rouleau compresseur chinois qui s’appuie sur la figure tutélaire du dalaï lama.

 


Orgyèn Trinley Dorjé, XVIIe Karmapa à New Delhi en juin 2013 (Tsering Topgyal/AP/SIPA)

 

Un troisième personnage fait son chemin pour incarner cette résistance, le karmapa lama, XVIIe du nom, aujourd’hui âgé de 28 ans, et qui s’est enfui du Tibet il y a quatorze ans dans des conditions épiques, traversant l’Himalaya à pied en plein hiver pour passer en Inde.

Ce troisième personnage du bouddhisme tibétain, qui vit lui aussi à Dharramsala, en Inde, pourrait assurer la continuité et incarner à son tour le « front du refus spirituel » à Pékin (voir sa tribune sur Rue89 en juin dernier).

Résistance multiple

Les voies de la révolte face à l’autoritarisme du pouvoir central chinois sont multiples et contradictoires.

  • A Taïwan et à Hong Kong, c’est l’option démocratique d’une génération hyperconnectée et informée qui offre un défi insurmontable à un pouvoir chinois peu habitué à faire des compromis ;
  • Au Xinjiang et au Tibet, la dimension religieuse est forte, musulmane d’un côté, bouddhiste de l’autre, avec un élément de violence croissant dans le premier qui ne se retrouve dans le second que sous la forme du suicide par immolation.

Le point commun est effectivement le refus d’un pouvoir central autoritaire, « jacobin » dirait-on dans le contexte français, qui, au nom d’une puissance économique retrouvée, et d’une ambition stratégique croissante, n’entend pas permettre l’expression des particularismes au sein de l’« empire ». Au risque de générer conflits et révoltes, et donc cette instabilité que Pékin redoute par-dessus tout.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

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