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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 14:21

International | LEMONDE | 01.03.12 | 14h34   •  Mis à jour le 01.03.12 | 14h34

par Natalie Nougayrède (International)

 
 

La Russie et la Chine ne veulent pas d'ingérence armée en Syrie ? La bonne affaire ! Il n'a jamais été question, côté occidental, de répéter l'épisode libyen de 2011. Ce qui provoque le blocage de la Russie et de la Chine à l'ONU, ce n'est pas seulement la hantise d'un renversement de régime à Damas par une intervention armée internationale dont personne ne veut. C'est la hantise d'un renversement de régime sous la pression extérieure, quelle qu'elle soit, qu'il s'agisse de pressions diplomatiques, de menaces financières ou de sanctions énergétiques.

Tout ce que les Occidentaux et leurs partenaires arabes peuvent concocter de "paralysant" pour le pouvoir de Damas est perçu côtés russe et chinois comme un illégitime travail de sape. La réaction est identique face aux sanctions pétrolières et autres, prises hors du cadre de l'ONU contre l'Iran.

Tout se passe comme si l'interventionnisme "soft", celui qui frappe au porte-monnaie plutôt qu'en larguant des bombes, avait fini par horripiler la Russie et la Chine, ces pays souverainistes tatillons, au même degré qu'une coalition internationale (totalement imaginaire, répétons-le) qui se masserait aux frontières de la Syrie. Le recours croissant aux sanctions, et leur sophistication accrue, est devenu un des faits majeurs du traitement des grandes questions de paix et de sécurité.

Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, joue le vieux briscard de la diplomatie lorsqu'il fait la leçon aux Occidentaux sur le thème : vous nous avez piégés en Libye avec vos bombardements au nom de la "protection des civils", alors, plus jamais ça, bas les pattes sur la Syrie ! La légalité internationale a bon dos. La Russie ne s'en est jamais beaucoup préoccupée dans le Caucase. Comme presque tout le monde, au printemps 2011, elle avait passé Kadhafi par pertes et profits.

La Russie, suivie par la Chine, a pourtant récemment fait savoir qu'elle était d'accord pour de l'aide humanitaire aux civils syriens de Homs. Est-ce un tournant ? Humanitaire et ingérence ne sont pas synonymes. Il faut rappeler que la Russie n'avait jamais dit non à "l'humanitaire" au Darfour, tout en poursuivant ses livraisons d'armes au Soudan qui bombardait des villageois...

L'important, du point de vue russe, sera que les autorités syriennes gardent la haute main sur les acheminements de médicaments, et qu'aucune attaque visant des convois humanitaires ne puisse servir de prétexte à une action militaire étrangère. D'où le refus russe, peu étonnant, des "couloirs humanitaires" mentionnés par la France.

La Russie et la Chine ne s'aiment guère, mais elles travaillent ensemble. Chacune se fait aider par l'autre sur les grands dossiers de sécurité internationale qui lui importent. Par exemple, la Russie colle plutôt à la Chine sur la question nord-coréenne. Et la Chine a tendance à suivre la Russie sur la Syrie et l'Iran. Les Occidentaux ont essayé, au besoin, d'enfoncer des coins entre les deux membres permanents "problématiques" du Conseil de sécurité.

Il sera intéressant de voir si le dialogue entre les Etats-Unis et la Corée du Nord - auquel la Chine semble avoir donné son imprimatur, et qui vient de déboucher sur d'intéressantes annonces de suspension de travaux nucléaire à Yongbyong - influencera les événements autour du nucléaire iranien.

Beaucoup a déjà été dit sur les raisons du soutien russe à Bachar Al-Assad. Un soutien qui, outre la "couverture" diplomatique à l'ONU (veto successifs), prendrait la forme d'importants versements d'argent russes aux forces de l'ordre syriennes, que des officiels occidentaux décrivent comme "n'en pouvant plus, à bout de nerfs".

Le Kremlin ne voit pas la crise syrienne en termes de droits de l'homme mais en rapport de forces géopolitique. La preuve, il n'a jamais cessé les livraisons d'armes à Damas depuis le début de la répression. Human Rights Watch a même analysé des images vidéo montrant l'emploi à Homs d'un obus de 220 mm conçu pour détruire des positions enterrées à grande distance, un engin de fabrication russe auparavant utilisé pour pilonner Grozny...

En se montrant si diligente auprès de son protégé syrien, la Russie pense accroître sa marge de manoeuvre face aux Occidentaux. L'élection présidentielle russe n'est pas la seule date en vue. Au sommet de l'OTAN à Chicago, il sera question du bouclier antimissile, que Vladimir Poutine a encore critiqué de façon virulente. Celui qui prépare son retour au Kremlin n'aime rien tant que de placer ses interlocuteurs américains et européens en position de demandeurs, au coeur d'une crise.

Mieux, la Russie fait coup double en envoyant parallèlement un message à l'Iran : en ne lâchant pas Al-Assad, elle démontre sa fiabilité devant un acteur peut-être affaibli, mais stratégique. Le récit russe est le suivant : nous n'abandonnons pas nos vieux alliés, contrairement à l'administration Obama, qui a trahi Moubarak. Il sera toujours temps, plus tard, d'ajuster.

Les Russes aimeraient tirer le meilleur bénéfice de leur offre de compromis s'agissant du nucléaire iranien. Présentée aux Américains à l'été 2011, celle-ci est restée sans résultats probants. Vladimir Poutine se verrait bien en inspirateur d'un processus de négociations. Or l'équipe Obama, en campagne électorale et soucieuse de relancer les pourparlers entre l'Iran et les grandes puissances pour réduire le danger de scénario militaire, multiplie les consultations.

La Russie sait aussi, au besoin, conforter l'Iran dans son opposition frontale aux Occidentaux : elle en retire le bénéfice immédiat de prix du pétrole élevés, et entretient, du fait de l'ostracisme économique de l'Iran, sa position prépondérante pour l'approvisionnement de l'Europe en gaz. Un jeu qui ne convient pas forcément à la Chine, par ailleurs engagée dans un processus de succession politique cette année. Quels dosages et calculs vont s'opérer ?

L'Iran, on le sait, parle à la Corée du Nord. Alors que le pays ermite annonçait, mercredi, un accord avec les Etats-Unis, la Chine donnait soudain son feu vert à une aide "humanitaire" à la Syrie. Les crises paraissent inexorablement imbriquées.


nougayrède@lemonde.fr

 

 

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