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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 16:53

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/frederic-denhez


 

Sivens, la double révolution

On peut emmerder le monde, en France, mais de façon officielle, c’est-à-dire avec des tracteurs. Couvrir la cité administrative d’Albi de lisier et de fumier, en septembre dernier. Et, à Morlaix, allumer le feu aux Impôts et à la Mutuelle sociale agricole. Les autorités, se disant compréhensives, avaient excusé ces débordements. Mais pas ceux des « Djihadistes verts » de Sivens, pour reprendre le doux mot de Xavier Beulin, accessoirement président de la FNSEA et surtout président-à-jet-privé du groupe financier milliardaire Sofiprotéol. La comparaison vaut explication : il y a un deux poids deux mesures qui est révélateur d’une société à l’agonie. D’une République qui, sans cesse en train de recoller la tête du Roi, n’a plus les pieds sur le sol.

Sivens, c’est la révélation de l’abyssal déni par les élus de la nature profonde de leur fonction. La glaçante déclaration du président du Conseil général du Tarn - « Mourir pour des idées, c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête » - en constitue l'éclatante démonstration. Certes, le seul fait qu’un notable professionnel puisse insulter en direct tous les combattants de la République, sans lesquels cet écœurant hiérarque n’aurait jamais été fait roitelet du Tarn, n’aurait pas dû surprendre. Car chez ces élus-là, presque tous vieux, mâles, socialistes, CSP + et multirécidivistes des mandats électifs fruits de tractations misérables entre partis, seule la contestation de leur légitimité parvient encore à susciter une réponse nerveuse. Quand on tance un mort à la façon de M. Carcenac, comme un oncle déplore, le dimanche midi en découpant le rôti, la chevelure trop longue du neveu qui n’a pas réussi son droit, en vérité on ne dit rien. On ne fait qu’avouer sa peur.

Certes, le projet de Sivens a été approuvé et voté par les voies légales. Mais le vote, Messieurs, n'a rien d'une onction. L’écharpe tricolore n’est pas le Saint Chrême, pas plus que la circonscription n’est un fief. Un vote n’offre que la légalité. La légitimité, c’est autre chose. Il s’agit de la mériter, par la justesse et l’équité de l’exercice du mandat. La légalité passe, la légitimité demeure : elles ne sauraient être synonymes.

C’est bien cela que reprochent les « anti » à ce genre de projet qui ici et ailleurs, est décidé en vase clôt, entre amis du même monde d’élus professionnels. Avant Sivens, le Tarn avait déjà eu droit au barrage surdimensionné de Fourogue. Un même organisme chargé de la « maîtrise d'ouvrage déléguée » et de la concession d'aménagement, la CACG (compagnie d'aménagement des coteaux de Gascogne), était déjà responsable de la construction, de l’exploitation et… de l'étude d'impact ! Pas de mise en concurrence, on reste entre soi. On rejette les objections et on se dépêche de faire les travaux avant que la Justice ne constate l’illégalité de la procédure. Un grand classique. Malheureusement, cela n’a pas fonctionné à Sivens : fort du fait déjà accompli de Fourogue, des citoyens ont contesté, légalement. Les élus leur ont répondu « légalité ». Ils en ont perdu leur légitimité : ce barrage, pas plus que celui de Fourogue, n’est légitime, car il n’a pas été pensé de façon légitime dans un but légitime. Il n’est qu’une routine de la technique et de la féodalité que l’évolution de la société, du monde agricole (eh oui !) et des contraintes environnementales condamnent à mort.

 

Une double révolution, sympathique et calme, est en cours, agricole et politique. Celle de la légitimité

L’autre grande révélation de Sivens est précisément là. Pour justifier qu’in fine, une vingtaine de céréaliculteurs – déjà largement bénéficiaires des aides publiques – touchent chacun une subvention de 400 000 euros (le projet coûte environ 8 millions d’euros) accompagnée d'une aide annuelle de 30 000 euros (le budget de fonctionnement tournerait autour de 600 000 euros), les promoteurs de ce projet ont évoqué le « changement climatique ». Certes l’eau sera de moins en moins disponible en été alors que les besoins augmentent. En particulier ceux du maïs, qui ne boit pas plus que le blé, mais n’a soif qu’en juillet-août. Donc, la solution pour venir en aide aux maïsiculteurs nécessiteux - et, vernis social, afin que l’on ait encore à boire et de quoi se baigner - serait de creuser une grande retenue d’eau. Face à une question difficile, en France, l’élu convoque l’ingénieur qui pense toujours gros. Une multitude de petites retenues collinaires ? Non ! Il faut être plus ambitieux, bâtisseur, il faut donc un bon gros barrage.

L’agronome, l’agriculteur pas trop perfusé par la PAC, le pédologue et, depuis peu l’Inra qui redécouvre l’eau tiède auraient pu suggérer une idée à ces élus soi-disant terriens, faussement ruraux : quid du sol ! ?

Cet impensé français est pourtant la clé. La France est un pays dont la richesse vient de son agriculture et de ses paysages - forgés par l’agriculture - mais qui méprise tout autant ses agriculteurs (sauf ceux qui cassent) que sa terre. Or, un sol bien travaillé, bien couvert, pas trop gavé, est un sol qui absorbe beaucoup d’eau et la conserve longtemps. C’est un sol qui fabrique lui-même sa fertilité, ne tombe pas sur la route à la première pluie et fixe du carbone. Un sol pas ou délicatement labouré – pas trop profond. Un sol couvert de plantes en permanence, pour que l’eau s’évapore le moins possible, et qu’il ne reste pas, tout nu, en hiver, face aux intempéries. Un sol sans engrais, de manière à ce que les plantes puissent continuer leur fascinant dialogue avec les champignons, dont la présence multiplie par dix la surface d’absorption de l’eau par les racines.

Mais le sol, tout le monde s’en moque. Il n’est que le réservoir de l’étalement urbain, nourri chaque année par la pathologie française de la propriété, l’absence de régulation et de planification foncière, doublée de ce pouvoir aristocratique de dire l’usage du sol conféré au maire par le permis de construire. Un terrain de foot perdu toutes les cinq minutes…


Élus du Tarn, vous souhaitez économiser l’eau ? Alors soutenez les agriculteurs qui, tout conventionnels qu’ils sont, ont décidé de faire autrement par mesure d’économie, ont redécouvert que le sol n’est pas qu’un support de culture. Sans perdre de rendement en été. En augmentant leur niveau de vie. Ainsi, le barrage de Sivens n’est-il que l’enfant ultime d’une féodalité élective et d’une féodalité productiviste qui ne représentent qu’elles-mêmes. Il sera le dernier. Car une double révolution, sympathique et calme, est en cours, agricole et politique. Celle de la légitimité. Qu'a-t-on le droit de faire, en définitive ? Ce qui est juste pour demain.

 (version légèrement allongée de la Tribune parue dans Libération le 4 novembre, page 25

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/frederic-denhez

 

 

 

 

 

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