Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 16:10

 

 

Rue89 - Le « zbeul » 21/11/2012 à 11h55
Nolwenn Le Blevennec | Journaliste Rue89
Audrey Cerdan | Photographe Rue89


Son maire, Stéphane Gatignon, a fait une grève de la faim pour réclamer 5 millions d’euros : dans cette ville de Seine-Saint-Denis, des bâtiments sont trop petits ou délabrés, des chantiers sont en suspens.

 

 


Le buste de Marianne de la mairie de Sevran, le 16 novembre 2012 (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Mi-novembre, le maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon était en grève de la faim pour renflouer sa commune. Le mercredi soir – sixième jour de sa grève –, engourdi par la faim et le froid, il n’arrivait plus à réfléchir, il avait du mal à nous décrire comment la pauvreté se répercute dans les recoins de la ville.

Très vite, il a regardé son ami Morad. « Voyez avec lui, il est né à Sevran, il vous montrera. Morad, tu veux bien ? » Jeudi, à la fin de la grève, le responsable de la salle des fêtes de Sevran a démonté la tente de Gatignon devant les télés. Vendredi matin, il nous attendait à la mairie pour faire le guide.

 


Morad (« et pas Mourad ») (Audrey Cerdan/Rue89)

  1. La crèche : toujours en chantier
  2. Le gymnase Victor Hugo : délabré
  3. L’école Lamartine : beaucoup trop petite
  4. La salle des fêtes : décor immobile
  5. Les Beaudottes : peu d’animation
  6. L’association de Rougemont : en faillite
  7. La salle de mariage : minuscule

La crèche en cours de finition, à Sevran le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Un vieux pavillon en pierres, datant de 1900, a été racheté et agrandi. Dans le bâtiment, on trouvera bientôt une crèche et le service de l’enfance de la mairie (qui était avant dans un bâtiment où la peinture tombait dans les tasses).

Le chantier tarde parce que la mairie a eu du mal à payer les prestataires. Mercredi 14 novembre, les enfants de Sevran ont été accueillis quelques minutes dans des conditions de sécurité discutables. Des sorties ont été organisées toute la journée pour minimiser les risques. C’est Farid, 25 ans, responsable du centre de loisirs, qui s’en est chargé :

« Je flippais que les enfants soient ici. »

Farid touche un salaire d’animateur, 1 300 euros net par mois, il juge que ce n’est pas beaucoup pour le travail qu’il fait. Dans la ville d’à côté, il pense qu’il serait mieux payé, mais qu’il ne connaîtrait personne. Il cumule les boulots.

 


Depuis l’intérieur de la crèche, à Sevran le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Sur le chantier, on croise aussi Rodolphe, proche du maire, en charge de la sécurité. Il nous dit que Tremblay a construit, grâce à l’argent de l’aéroport, un « rond-point à fontaine [il mime la fontaine] de 5 millions d’euros », la subvention supplémentaire qu’a demandée Gatignon pour que sa ville survive.

« Là-bas, la crèche, elle serait déjà finie. Mais faut pas s’arrêter là, si ça se trouve, un jour Louis Vuitton viendra vivre à Sevran. »


Le gymnase Victor Hugo à Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

En s’approchant, on demande : « Il a cramé ? » Morad nous répond : « Non, il est naturel. »

Le gymnase Victor Hugo est dans un sale état. La tôle noircie qui l’entoure est criblée de gros trous, comme si elle était grignotée toutes les nuits par des dizaines d’oiseaux voraces. Le toit est taché par les infiltrations d’eau.

En face, sur les friches de l’entreprise Kodak qui a fermé dans les années 80, la mairie voulait construire un génial-centre-sportif, mais cela n’a jamais abouti, nous dit Morad.

 


A l’intérieur du gymnase Victor Hugo à Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

A l’intérieur, Nordine, le gardien de 49 ans, gèle. Depuis trois jours, le chauffage ne marche plus, c’est de l’air froid qui sort. Nordine semble agité et ailleurs. C’est l’ennui qui le met dans cet état. En attendant les élèves, entre deux classes, il n’y a rien à faire ici : ni télévision, ni Internet.

Il fait les « cent pas » à l’intérieur du bâtiment. Quand la motivation l’étreint, il sort et marche jusqu’au canal de l’Ourcq. Sa pièce de repos est bouffée par du matériel et un coffrage électrique, il n’y a ni douche, ni toilettes personnelles.

« Le seul truc à faire, c’est le ménage. Je le fais [il montre le sol], et quand il est fait, vous voyez, on a l’impression que c’est encore sale tellement tout est vieux. »

La ville a calculé qu’il faudrait 500 000 euros pour rénover le gymnase. Aucune date n’est avancée. Nordine nous dit que le gymnase du centre-ville, dans lequel il travaille plus régulièrement, est pire. Le sol se lève et boursoufle.

 

 

 


A l’intérieur de l’école Lamartine à Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

L’intérieur de l’école est vieillot avec des tableaux aux couleurs passées répertoriant les espèces d’oiseaux accrochés aux murs. Dans les classes, des estrades en carrelage font la fierté du directeur.

L’établissement n’a pas bougé depuis des années. Seule la cour a changé. Il y a un « Algeco », préfabriqué blanc, au milieu. Une classe étudie à l’intérieur. Dans la ville, ce mot fait partie du vocabulaire courant du monde de l’éducation. « Et toi, dans la cour, y a combien d’Algeco ? »

Au rez-de-chaussée, à gauche en entrant, dans un petit bureau sans intimité, le directeur répond au téléphone (pas de secrétaire). Il accepte de nous parler « sous l’étiquette du syndicaliste SNUipp ».

Robert Dellerue nous dit en préambule que son école n’est pas si mal servie : par exemple, elle a obtenu dix journées de sorties en car pour aller dans un musée ou dans un château.

Mais ce qu’il manque, globalement, c’est de la place. Il y a l’Algeco dehors dont on a déjà parlé, et la salle des maîtres fait la taille d’un grand cagibi. On tient à cinq autour d’une table. Les réunions ont lieu dans la salle informatique, où toutes les chaises sont à des niveaux différents :

« L’école est au bout de son chemin, il en faut une nouvelle. »

Une nouvelle école était prévue pour 2013, elle doit désormais être construite en 2015 – la première tentative de financement en partenariat public-privé n’a pas abouti.

 


La salle des fêtes de Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Elle se trouve dans l’ancien cinéma. A l’intérieur, les murs sont peints en bleu et violet disco, ce qui peut rendre dingues les artistes, nous dit Morad, responsable de la salle.

La devanture ne se voit pas la nuit, parce que les lettres ne brillent pas : les spectateurs passent devant en voiture sans jamais la trouver.

Les arcs de fer qui soutiennent le toit sont rongés par l’humidité, ils ont la maladie d’ « Elephant Man » (boursouflés de partout). Les travaux qui vont permettre d’ouvrir une porte près de la scène pour amener le matériel et les décors sont arrêtés. Le chantier est caché par un épais rideau de velours.

 


Dans la salle des fêtes de Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Et là-haut, dans la salle des machines, il fait chaud comme aux Bermudes. Les régisseurs sont tous en T-shirt et seraient encore mieux tout nus.

Ici, on croise Nordine, 25 ans, en salopette stylée et lunettes fumées, qui dit que la salle n’a pas bougé depuis qu’il est « haut comme ça » (il montre un point très près du sol). Méfiant, n’aime pas les médias. Mais en colère quand même, donc envie de parler :

« Le truc qui va pas dans cette ville, c’est qu’on ne bouge plus. Morad, c’était mon animateur quand j’étais petit. A l’époque, on faisait des trucs, la mairie nous emmenait au ski. Là, les petits gars, ils ne sortent jamais, il sont même jamais allés à Paris, madame. Vous comprenez ? Ils voient rien, alors ils font de la dealette. Si on veut que ça s’arrête, faut les faire changer d’air, c’est le mot d’ordre. On demande pas la Lune, mais un voyage par an.

Avant, on allait à Eurodisney ou au parc Astérix. L’année d’après, ils ont arrêté en disant que ça n’avait pas marché, mais ça avait marché, bien sûr que ça a marché. Ça fout le “zbeul” [bordel, ndlr]. »



Dans le quartier des Beaudottes à Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Aux Beaudottes (prononcer « Bedottes »), la cité de Nordine, il n’y a pas grand-chose à faire. A Rougemont, l’autre quartier avec des barres, les immeubles ont été refaits et il y a une médiathèque imitation chalet où on peut prendre des DVD et lire la presse.

Mais ici, la seule initiative notable de la mairie, ce sont les jardins partagés.

 


Des jardins partagés aux Beaudottes, à Sevran (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Sous un immense panneau publicitaire Office dépôt, des dizaines de parcelles à cultiver. « C’est un bon truc pour les anciens », disent les jeunes. Ce vendredi, dans le froid, seule Colette, 70 ans, retourne sa terre pour l’hiver. La plupart des parcelles sont laissées à l’abandon.

Coquette, Colette porte des boucles d’oreilles et des petites bottes en plastique à fleurs pour jardiner. Sa voix est fluette et ironique. Ça la fait rire toutes ces questions bizarres qu’on lui pose. Elle nous dit que la terre est remplie de béton et de cailloux, mais que jardiner l’occupe.

 


Colette dans sa parcelle, aux Beaudottes (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Elle admet qu’il n’y a pas grand-chose à faire pour les jeunes ici (elle leur donne des framboises quand ils passent). Quand ses petits-enfants viennent chez elle – c’est rare –, elle les sort au centre commercial :

« Sans voiture, qu’est-ce que vous voulez faire ici ? Je ne sais pas moi ce qu’on pourrait inventer, je ne sais pas. Ils pourraient faire quelque chose à la place de ce parking moche qui est une décharge. »



Dans le quartier des Rougemont à Sevran, le 16 novembre (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Rougemont, c’est la cité réhabilitée, avec médiathèque et devantures d’immeuble toutes propres. Et l’association Rougemont Solidarité qui rend, depuis toujours, le quartier vivant.

Une quinzaine de femmes autour de la table, toutes très investies dans l’association. Elles ont préparé, avec le four de la pièce d’à côté, des boulettes de semoule encore chaudes.

Elles parlent toutes en même temps et cela donne mal à la tête. Elles racontent. L’association organise des milliards de choses ici :

  • des projets culturels ;

 

  • de l’alphabétisation ;

 

  • des séances d’écrivain public ;

 

  • des interventions en maison de retraite.

Il y a quelques années, la mairie les aidait beaucoup (35 000 euros de subventions). Depuis 2009, c’est en diminution. Cette année, le budget a été diminué de moitié. « On ne peut pas payer les charges Urssaf. »

 


Un rassemblement de l’association Rougemont Solidarité, à Sevran (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Quand on leur demande ce qui arriverait si l’association disparaissait, l’une d’elles fait « non » de la main d’un air affolé. Cherifa, l’une des fondatrices, pourrait tomber en dépression.

Quelques-unes sont fâchées contre le maire : elles pensent que le manque d’argent de la mairie est dû à une mauvaise gestion de Gatignon. Myriam, l’autre fondatrice :

« Repeindre la mairie alors qu’une nouvelle vient d’être construite, c’est complètement ridicule. »

Morad répond que rien n’a été déboursé dans ce projet. Cherifa et Myriam disent qu’elle vont laisser à Stéphane Gatignon quelques jours pour se reposer, avant de toquer à nouveau à la porte pour plus d’argent.

 


La salle de mariage de la mairie de Sevran (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Elle est très mignonne, toute rose parme. Comme l’intérieur en soie d’une boîte à musique. C’est un ancien jardin d’hiver.

La salle de mariage de la mairie de Sevran ne peut accueillir qu’une quarantaine de personnes assises (pour une ville de 50 000 habitants). Quand il y a des grands mariages, ce qui est souvent le cas à Sevran, les invités regardent de l’extérieur, par les fenêtres latérales.

Une nouvelle salle de mariage était prévue dans la future mairie de Sevran – grande, toute blanche. Cela devait être dans une grande pièce donnant sur un jardin. Mais finalement, ce n’est pas faisable (« trop cher »). Les mariages se feront peut-être, d’ici deux, trois ans, au centre de loisirs.

Ce vendredi, la tête de Marianne était absente de la salle de mariage, parce qu’elle était invitée au conseil municipal extraordinaire de fin de grève et qu’on ne peut pas être partout en même temps.

La réunion des élus a eu lieu dans la salle des fêtes. L’actuelle mairie, celle en préfabriqué destinée à disparaître, ne permet pas d’accueillir l’ensemble des conseillers municipaux. Elle ressemble à une grosse boîte de chaussures en plastique, et les bureaux font la taille de cabines de bateau.

 


Une partie de l’actuelle mairie de Sevran est faite de préfabriqué (Audrey Cerdan/Rue89)

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22