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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 17:28

 

Source : www.mediapart.fr

 

Serge Dassault souhaite la bonne année aux socialistes

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

Dans une tribune publiée par son journal, Le Figaro, le milliardaire Serge Dassault présente ses vœux pour 2014. Ils prennent des allures d'encouragements, à peine critiques, à destination des socialistes, pour la politique économique néolibérale qu'ils conduisent.

Au premier coup d’œil, on pourrait être enclin à ne pas prêter trop d’attention aux vœux de bonne année (ils sont ici) que Serge Dassault adresse ce jeudi 2 janvier aux lecteurs du Figaro. Simple tradition familiale, pensera-t-on. Marcel Dassault avait l’habitude de tenir son « café du commerce » – collection de fausses évidences réactionnaires écrites sur un ton bonhomme – dans les colonnes de Jours de France, qui était sa propriété et dont il était aussi le rédacteur en chef. Son fils, Serge, poursuit donc la même pratique, dans les colonnes du quotidien conservateur qu’il a racheté en 2004 aux héritiers de Robert Hersant, celui que la gauche avait baptisé le « papivore ».

Et pourtant, il faut prendre le temps de lire cette prose. Parce qu’elle lève un petit coin du voile sur ce que la presse française est devenue, au fil des ans. Et surtout parce qu’elle dit beaucoup de la dérive stupéfiante dans laquelle la gauche socialiste est emportée, suivant pour une bonne part, par avance, les recommandations du propriétaire et éditorialiste du Figaro.

Ainsi donc, en France, le propriétaire de l’un des principaux quotidiens d’information peut prendre la plume, et maître chez lui, à la manière d’un directeur de la rédaction, dialoguer avec ses lecteurs pour leur confier ce qu’il espère de l’année qui s’ouvre. Dans aucune autre grande démocratie moderne – l’Italie du temps de Silvio Berlusconi mise à part –, un tel mélange des genres entre le journalisme et les milieux d’affaires ne serait concevable. En France, si ! Un marchand d’armes et avionneur de son état, sénateur UMP de surcroît et mis en cause dans l’un des plus graves scandales de la République (lire ici toutes nos enquêtes et révélations sur l’affaire Dassault), peut ainsi, violant la muraille de Chine qui devrait exister entre une rédaction et les actionnaires d’un journal, jouer les éditorialistes sans que cela choque personne – ou presque personne.

On observera, certes, que les autres oligarques ayant racheté ces dernières années la presse française se comportent avec un peu plus de retenue. Xavier Niel n’ose pas (pas encore ?) prendre la plume dans les colonnes du Monde, ni Édouard de Rothschild dans celle de Libération, ni encore Bernard Arnault dans celle des Échos. Mais Serge Dassault, qui a fait du Figaro sa chose, qui peut réunir une fois par mois les éditorialistes de son journal au siège de son groupe pour leur suggérer ce qu’ils doivent écrire, ne constitue en rien une exception dans le paysage de la presse française. Il est juste le révélateur le plus caricatural de ce que la presse est devenue. Une presse, à la manière de celle du Second Empire ou de celle de l’entre-deux-guerres, qui est devenue la propriété – et le jouet – de colossales puissances d’argent. Sous la férule de Napoléon III, un avocat républicain, Jules Favre (1809-1880), avait eu ce mot, en 1862 : « En France, il n’y a qu’un seul journaliste ; et ce journaliste, c’est l’empereur ! » Nous voilà donc presque revenus à ces temps détestables...

Soit dit en passant, mais c’est évidemment tout sauf un détail, c’est précisément pour tourner le dos à cet asservissement de la presse que Mediapart s’est créé voilà six ans ; pour renouer avec les principes fondateurs du Conseil national de la résistance (on peut les consulter ici), dont celui-ci : « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères ». Soit dit en passant aussi, c’est sans doute également la raison pour laquelle notre journal dérange tant, et fait aujourd’hui l’objet d’attaques aussi graves, menaçant jusqu'à son existence.

Ainsi fonctionne la presse française d’aujourd’hui : Le Figaro de Serge Dassault a bénéficié en 2012 de 18,2 millions d’euros d’aides directes de l’État – tout juste devancé par Le Monde –, alors que Mediapart a refusé cet argent public et, comme pour nous punir de revendiquer le respect du principe de l’égalité fiscale face à la TVA, a recueilli un contrôle fiscal.

Mais, dans la prose de Serge Dassault, on peut aussi lire entre les lignes d’autres choses : on peut prendre le pouls des relations qui se sont nouées depuis 2012 entre le gouvernement socialiste et les milieux patronaux – y  compris les milieux les plus paternalistes ou conservateurs qu’incarne Serge Dassault.

Car, même si l’auteur de cette prose ne le dit pas, toutes les recommandations qu’il formule recoupent très précisément le plan de travail du gouvernement socialiste ; ce qu’il a déjà fait ou ce qu’il compte entreprendre dans l'année qui vient.

Ainsi Serge Dassault recommande-t-il que la puissance publique n’accable pas les Français « d’impôts et de prélèvements décourageants » et s’engage dans la voie d’une véritable « baisse des impôts pour tous ». Cela tombe bien : c’est exactement ce qu’a promis François Hollande lors de ses propres vœux, prononcés le 31 décembre au soir (lire Hollande prononce des vœux de social-libéral) : oubliant la promesse-phare de sa campagne présidentielle, celle d’une « révolution fiscale », et tournant même le dos à la plus modeste « remise à plat » annoncée par Jean-Marc Ayrault, il a fait comprendre désormais que le cap nouveau du gouvernement serait celui de la baisse des impôts, inspiré de la doctrine néolibérale. Par avance, donc, le chef de l’État a exaucé une première fois le vœu du sénateur UMP.

« Après bravo Manuel », « bravo François » ?

Ainsi Serge Dassault recommande-t-il encore que le gouvernement allège « fortement le poids de la dépense budgétaire ». Cela tombe toujours bien : c’est très exactement la promesse que réitère François Hollande à chaque fois, ou presque, qu’il prend la parole. C’est le refrain aussi du gouvernement : l’austérité se poursuivra jusqu’à la fin du quinquennat. Par avance, le chef de l’État a donc exaucé une deuxième fois les vœux du sénateur UMP.

Ainsi le propriétaire et éditorialiste du Figaro enjoint-il le pouvoir socialiste, « pour faire reculer le chômage », de faire « le choix de la flexibilité du travail en généralisant les CDD non limités ou le contrat de projet, avec embauche pour la durée du contrat ». Cela tombe toujours bien puisque c’est également dans cette voie que s’est engagé le gouvernement, en faisant en sorte que quelques syndicats signent l’an passé avec le patronat un projet de flexi-sécurité qui a démantelé des pans entiers du Code du travail et notamment du droit du licenciement.

Ainsi le milliardaire presse-t-il encore le gouvernement de suivre l’exemple allemand. « En Allemagne, grâce au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder et à son plan global d'amélioration de compétitivité des entreprises lancé il y a dix ans, le redressement est tel que le pays bénéficie aujourd'hui d'une situation économique cumulant excédent commercial et excédent budgétaire », explique-t-il. Or là encore, les dignitaires socialistes partagent le même point de vue. Le cap de François Hollande aujourd’hui, c’est en effet très exactement celui que suivait hier Gerhard Schröder : c’est celui de la « politique de l’offre », c’est celui de la marche forcée pour stimuler la compétitivité des entreprises.

Cela tombe donc toujours bien puisque ce vœu-là, François Hollande a dit, pas plus tard que le 31 décembre, qu’il allait encore s’employer à l’exaucer. On sait donc que, non content d’avoir offert 20 milliards d’euros aux entreprises sous la forme d’un crédit d’impôt – sans contrepartie ni contrôle –, financé sur le dos des consommateurs par le biais des hausses de TVA, le chef de l’État a proposé aux entreprises un nouveau « pacte de responsabilité », qui leur apportera des allègements complémentaires de charges sociales, financés encore et toujours par le biais de l’impôt. C’est-à-dire par les salariés. Des cadeaux en veux-tu, en voilà ; des cadeaux à n'en plus finir...

En bref, avant même que Serge Dassault ne prenne la plume, François Hollande avait déjà fait comprendre qu’il suivrait pas à pas ses souhaits. Jusqu’aux plus droitiers, jusqu’aux plus conservateurs.

Et tout cela, pour quels résultats ? La tribune de Serge Dassault apporte aussi une réponse à cette ultime interrogation. Car dans cette course folle qui conduit le pouvoir socialiste à désespérer chaque jour davantage son électorat et à essayer de devancer les moindres désirs des milieux d’affaires, il n’aura pas même la satisfaction de recevoir, en retour, la gratitude de ces puissances d’argent. À sa manière, qui est caricaturale, le patron-propriétaire du Figaro le montre bien. Jouant de la surenchère, il ne salue pas même le gouvernement pour avoir suivi à l’avance ses conseils mais le presse au contraire d’en faire plus, toujours plus. Jusqu’à suivre l’exemple de la Russie qui est « devenue libérale » (sic !) « après soixante-dix ans de communisme désastreux (et où) a été institué un impôt sur le revenu à taux unique ». Ou alors jusqu’à suivre celui de la Chine – « eh oui, même en Chine ! – Deng Xiaoping a remis au goût du jour le slogan inventé cent cinquante ans plus tôt par Guizot : "Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne." En 1992, il lance : "Plus il y aura de riches, plus le pays s'enrichira." »

Paroles outrancières d’un vieux milliardaire qui ratiocine à l’envi ses obsessions personnelles, jusqu’à celles marquées par l’égoïsme social le plus outrancier ? On aimerait le croire. On aimerait penser que ses tristes rêveries pour 2014 n’engagent qu’un sénateur de l’UMP isolé parmi ses pairs, visé de surcroît par une demande de levée de son immunité parlementaire. Et pourtant non ! Les socialistes aujourd’hui au pouvoir nous ont appris qu’avec eux, il ne fallait jamais exclure le pire. 

Déjà, lors de l’inauguration de la 64e foire de Corbeil-Essonnes, au début du mois de septembre 2012, Serge Dassault avait chaleureusement applaudi la campagne xénophobe contre les Roms que le ministre socialiste de l’intérieur, Manuel Valls, avait entreprise : « Je veux dire un mot à Manuel. Pour moi, pour nous, la sécurité n'est ni de gauche ni de droite. Et je dois vous dire que nous sommes très heureux de son action (…) C'est pour ça qu'il a l'appui d'un journal bien connu (…) Mais, s'il fait des bêtises, on en reparle. Actuellement, c'est très bien. Pour les Roms et tous les autres, c'est formidable. Donc, bravo, Manuel, et continue ! »

Aujourd’hui, c’est aussi ce que suggère la tribune de Serge Dassault. Pour la politique économique et sociale néolibérale qu’il conduit, le gouvernement a l’appui vigilant (et s'il le faut critique)… « d’un journal bien connu ».

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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