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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 16:08

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup

 

 

Sarkozy désigne les coupables

 

Lors de son discours à Lambersart, Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué les paradis fiscaux, la fraude fiscale, l’évasion fiscale, les fortunes démesurées qui s’engraissent chaque jour un peu plus, une politique de restriction du pouvoir d’achat, non, il a désigné les coupables : les victimes de la crise, leur contestant le droit à un minimum vital.

 

C’est dans le Nord qu’il a choisi de faire son discours de rentrée : la France entière le croit dans les corons, alors qu’il s’exprime dans une ville cossue, qui fait partie des « 20 communes de France qui comptent le plus grand nombre de foyers assujettis à l’ISF » (France 3). Cette ville bourgeoise, peu menacée par le FN, a pour maire Marc-Philippe Daubresse, UMP, qui fut le rapporteur de la loi sur le RSA en 2008 et successeur en quelque sorte de Martin Hirsch, en devenant, en mars 2010, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives (il prendra des mesures pour accélérer la mise en place du RSA).

 

 Sarkozy_3.jpg [LCP-Public Sénat, capture d'écran]


Et ainsi, avec tout le tact qu’on lui connaît, l’ancien chef de l’Etat proclame devant une foule toute acquise à sa cause et devant Daubresse ces paroles : « nous avons échoué dans notre volonté de faire du RSA un instrument de réinsertion par et dans le travail », et d’encenser Laurent Wauquiez qui qualifiait l’assistanat provoqué selon lui par le RSA de « cancer de la société » et qui prônait en contrepartie des travaux obligatoires. A l’époque, Daubresse avait vivement réagi à ces propos indignes du député-maire du Puy-en-Velay.

 

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy, qui a toujours su ne pas revendiquer trop cette mesure du RSA, mise en place par le Haut-commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, décrète qu’à l’avenir il n’y aura« pas de RSA aux allocations communales [sic] sans accomplir en contrepartie l’exercice d’une activité au service de la collectivité ». Il rejoint là non seulement ce que réclamait Laurent Wauquiez, mais ce que le futur candidat à la présidentielle de 2012, lui-même, avait exigé dans son discours de Bordeaux du 16 novembre 2011 : le doigt pointé, pesant ses mots, montrant ainsi toute son autorité, celui qui n’était encore « que » président de la République en avait appelé à une « obligation de travail de sept heures », signifiant bien par là que ceux qui touchent le RSA sont réfractaires au travail (ces propos avaient été accueillis par un tonnerre d'applaudissements). Bien sûr, il enrobait cet oukase d’une valeur morale : « on n’a pas de dignité quand on ne peut survivre qu’en tendant la main ». J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que jamais un chef d’Etat avait manifesté autant de mépris à l’encontre de ceux qui sont contraints de solliciter l’assistance pour survivre, face à une crise économique dont ils ne sont pas la cause.

 

Je ne m'attarde ni sur la formule prononcée à Lambersart « RSA aux allocations communales », formule qui ne veut rien dire (le RSA est versé sur les budgets des Départements, et l’accompagnement d’insertion assuré par les agents de cette même collectivité territoriale ou par Pôle emploi : étrangement aucun média n'a relevé cette anomalie), ni sur le fait que le principe d’une "contrepartie" (tant refusée par les employeurs en recevant les milliards du Pacte de responsabilité) existe depuis l’instauration même du RMI en 1988. Un contrat d’insertion est prévu, mais bien évidemment s’il n’existe aucun emploi, les  contreparties professionnelles sont rares (et toujours négociées, non pas obligatoires, on n’est pas en dictature). Quant aux chômeurs menacés de perdre leur indemnité de chômage s'ils refusent un emploi rémunéré, c'est accréditer l'idée (fausse) qu'il existerait des emplois que les chômeurs refusent (idée que le ministre du travail François Rebsamen a récemment reprise à son compte). Enfin, avec la remise en cause de l'AME (Aide médicale d'Etat) accordée aux étrangers qui, sans situation régulière, doivent pouvoir être soignés (par humanité et dans l'intérêt sanitaire du pays), Nicolas Sarkozy cherche à faire croire que les dépenses dites sociales sont menacées par ce qu'il appelle une "gabegie" (alors qu'elle ne représente qu'un pour 1000 des dépenses sanitaires et sociales de la France).

 

Principe abject de référendum

Enfin, Nicolas Sarkozy a poussé le bouchon plus loin, dans ce discours foncièrement de droite extrême : organiser un référendum car, selon lui, c’est aux Français de donner leur opinion sur ce sujet, car c’est grâce aux fruits de leur travail que cet argent (de l’assistance) est versé.

 

Il surfe ainsi sans vergogne sur l’état de l’opinion publique et sur l’étude du Crédoc qui montre qu’un nombre grandissant de Français s’opposent à ce qu’une propagande bien menée a qualifié d’assistanat.

 

L’idée d’un référendum pour savoir s’il faut venir en aide aux citoyens les plus démunis, n’ayant plus droit au chômage, parce que l’Etat français n’est pas en mesure d’assurer du travail à la totalité des adultes, parce que l’économie libérale assume sa cohorte d’éclopés, est infâme. Je ne sais si cet acte abject se réalisera, mais imaginons un instant ce que cela signifie. Les devoirs de l’Etat vont au-delà d’une pensée majoritaire. Permettre au plus grand nombre de refuser l’assistance à la partie la plus misérable de la population (car les victimes de la crise sont loin d’être majoritaires dans le pays) n’est ni démocratique, ni républicain. On n'est plus dans le débat d'idées, mais dans le refus de ce qui conditionne le "vivre ensemble". Demain, on votera pour savoir s’il faut réduire le montant des retraites, s’il faut rembourser les soins vitaux à l’hôpital, s’il faut rétablir la peine de mort (le Front national prône déjà de consulter les Français sur ce sujet)… Assistera-t-on à un sursaut face à cette propagande démagogue contre la solidarité ?

 

 

Propagande efficace contre la solidarité :

Dans un billet intitulé Propagande efficace contre la solidarité, mis en ligne la veille du discours de Lambersart, j’ai exposé les causes de l’évolution de l’opinion publique, dont une majorité semble désormais préférer à la lutte contre la pauvreté, la lutte contre les pauvres :

 http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/240914/propagande-efficace-contre-la-solidarite

 

Billet n°149

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question

 

 

Fichier attaché

Sarkozy.jpg

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup

 


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