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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 14:41

 

marianne.net

 

"Rompre avec la cupidité sans bornes"

Samedi 5 Octobre 2013 à 10:00

 

par Axel Kahn

 

Dans son nouveau livre, "l'Homme, le libéralisme et le bien commun", le généticien retrace l'histoire de notre système économique et parie sur sa faillite à venir s'il ne rompt pas avec ses démons.

 

BALTEL/SIPA
BALTEL/SIPA
Le titre du livre d'Axel Kahn dont nous publions des extraits n'est pas choisi au hasard. Le bien commun n'est pas seulement la volonté générale. Il est ce qui soutient la coexistence de tous et améliore la vie de chacun. C'est une notion que l'on trouve déjà chez Aristote et saint Thomas d'Aquin et que l'on retrouve au cœur des grands courants du libéralisme. Atterré par son dévoiement actuel, Axel Kahn en dresse une généalogie exemplaire dans un style enlevé et efficace. La crise actuelle du capitalisme trouve ses racines aux origines de l'économie marchande. Et il n'est pas de meilleur chemin pour l'appréhender que de retracer son histoire, des temps préhistoriques à l'essor du néolibéralisme.

Car ce chemin est une route à deux voies. La première privilégie le laissez-faire, il trouva en la personne de Mandeville (1660-1733) son expression la plus pure en affirmant que les vices privés font les vertus publiques, et qu'il n'est de meilleure harmonie sociale que celle qui permet à chacun de réaliser ses désirs. La seconde au contraire insiste sur l'intolérance humaine à l'injustice. Ces deux courants se retrouvent au XIXe et au XXe siècle sous des formes variées, le premier puisant chez un Darwin mal compris de quoi alimenter sa caution naturaliste, le second, en France en tout cas, accouchant de la doctrine solidariste, chère à Léon Bourgeois (1851-1925). Pour finir, avec Reagan et Thatcher, et la chute du communisme, par la victoire du premier courant, sous l'impulsion des néoconservateurs Hayek et Friedman. D'où cette question : comment réconcilier aujourd'hui le libéralisme et le bien commun ? Il faut d'abord se repasser le film à l'envers. Ne rien perdre de cette histoire à double voie. Et se rappeler le mot de Goethe : «Au fond, nous avons beau faire, nous sommes tous des êtres collectifs.»


EXTRAITS

Aux origines de la révolution conservatrice

La décennie qui commence avec l'apparition de la stagflation (contraction de «stagnation» et «inflation») au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis à la fin des années 70 peut-être considérée comme une période de transition entre les Trente Glorieuses, qui appartiennent déjà au passé, et la contre-révolution libérale néoclassique des années 80. L'inflation et le chômage restent élevés, la croissance est molle, le système financier et monétaire hérité de la Seconde Guerre mondiale s'effondre, les principes du New Deal et de la «théorie générale» de Keynes sont de plus en plus vivement contestés par les économistes néoclassiques, monétaristes, nouveaux classiques, etc. Cependant, en Europe et aux Etats-Unis, les politiques restent conjoncturelles, dans l'ensemble assez interventionnistes (le républicain Nixon bloque temporairement les prix et les salaires, une première fois en août 1971, puis en 1973), et conservent les réflexes hérités de la phase précédente. En revanche, l'arrivée au pouvoir de la conservatrice Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et la victoire du républicain Ronald Reagan à l'élection présidentielle américaine de 1980 marquent le début de la mise en application systématique de politiques directement inspirées par des figures dominantes des nouveaux libéraux, respectivement Friedrich Hayek et Milton Friedman. C'est ce que l'histoire retient sous le nom de révolution conservatrice.

Milton Friedman et les Chicago Boys

Milton Friedman appartient à une famille juive de Brooklyn originaire de Transcarpathie, alors hongroise. Il est un élève doué, en particulier pour les mathématiques. L'essentiel de ses études d'économie se déroule à l'université de Chicago où il revient de façon définitive en 1946. Entre-temps, il occupe différents postes dans l'administration de Roosevelt, au temps du New Deal puis pendant la guerre : entre autres, il est en charge de son financement par les taxes, mission qui rappelle celle attribuée à Keynes durant les deux guerres mondiales. Membre du National Bureau Of Economic Research, il fonde le Workshop In Money And Banking en 1951, cadre du développement des idées monétaristes qu'il va plus que d'autres populariser, et autour desquelles se constituera l'école monétariste d'économie de Chicago. Les cinq prix Nobel d'économie - dont celui de Friedman lui-même - obtenus par ses membres illustrent l'influence de cette école. Les ouvrages de Friedman, auteur prolifique et populaire, traitent bien sûr de ses thèses économiques mais aussi de sa vision générale de la société libérale. Capitalisme et liberté, publié en 1962, se livre à une attaque en règle du New Deal et de l'Etat-providence ; il devient l'un des ouvrages de référence des républicains américains. Dès 1964, Milton Friedman est le conseiller du très réactionnaire Barry Goldwater, adversaire - malheureux de Lyndon Johnson à l'élection présidentielle. Il reprend ensuite du service, sous Richard Nixon, puis sous Ronald Reagan dans les années 80.

L'école de Chicago - ses élèves aussi bien que son maître lui-même - aura une influence internationale considérable. Elle formera l'épine dorsale de la politique économique du général Pinochet, qui lancera en effet, dès son accession à la tête du Chili, un programme de dénationalisations massives, déréglementations tous azimuts, coupes dans les budgets sociaux, diminution drastique du nombre de fonctionnaires. L'influence directe ou indirecte des Chicago Boys se manifestera dans tous les pays d'Amérique latine. Ailleurs dans le monde, on peut citer comme exemple de l'influence de Friedman et de son école, sans être exhaustifs : le Canada de Brian Mulroney, l'Islande de David Oddsson, l'Estonie de Mart Laar...

Hayek, le père spirituel de Thatcher

Friedrich Hayek, auteur favori de la Dame de fer, est, au même titre que Milton Friedman, l'un des économistes les plus emblématiques de la pensée économique postkeynésienne, dont il est en fait un adversaire plus radical encore que l'Américain. Cet esprit brillant aux centres d'intérêt multidisciplinaires naît en 1899 dans une famille intellectuelle à Vienne. Diplômé de droit et de science politique, il fait la connaissance de Ludwig von Mises, tête de file de l'école autrichienne d'économie et, par son intermédiaire, des autres membres de cette école, en particulier Carl Menger, l'un des cofondateurs de la pensée libérale néoclassique. Après un séjour d'études à New York en 1923-1924 et avoir exercé ses talents dans l'administration de la jeune République autrichienne, il est invité en 1931 comme conférencier puis professeur par la prestigieuse London School Of Economics (LSE). Refusant l'Anschluss, il obtient la nationalité britannique en 1938. En 1944 paraît son premier best-seller international, la Route de la servitude, l'un des livres de chevet de Margaret Thatcher. Il y dénonce les totalitarismes. En 1947, il fonde la Société du Mont-Pèlerin, qui réunit des libéraux du monde entier opposés au communisme, au socialisme et au keynésianisme. Après une dizaine d'années passées à l'université de Chicago à partir de 1950, il termine sa carrière d'enseignant en Europe, à Fribourg-en-Brisgau et à Salzbourg. En 1960, il publie son second best-seller, la Constitution de la liberté. Brandissant cet ouvrage pendant une réunion du Parti conservateur britannique, Margaret Thatcher se serait écriée : «Voilà ce que nous croyons !»

Une mécanique implacable

La disparition de l'URSS et la conversion de tous les pays du monde, Corée du Nord et, peut-être, Cuba exceptés, à la logique libérale constituent en première analyse une éclatante victoire du libéralisme. Enthousiasmé par ce triomphe, Francis Fukuyama pouvait annoncer urbi et orbi la fin de l'histoire en 1989, dans la revue américaine The National Interest ; le critère que lui assignait Hegel, un consensus démocratique universel, lui semblait en effet rempli. La chute du concurrent honni et, un temps, redouté a d'un autre côté sans doute fragilisé le système libéral en lui faisant perdre toute mesure et toute prudence dans l'application dogmatique de ses principes idéologiques. En 2006, soit deux ans avant l'effondrement de la banque Lehman Brothers, Milton Friedman était ainsi fort satisfait de la situation à laquelle avait abouti la révolution conservatrice des années Thatcher et Reagan, dont il était l'un des artisans majeurs. Dans une interview à Politique internationale, il répond à Henri Lepage, qui l'interroge sur la conjoncture après la récession des années 2001-2002 : «Pour l'instant les fondamentaux sont plutôt bien orientés. Il n'y a pas de crise financière, les banques ne sont pas en difficulté. Notre situation est plutôt bonne. L'Europe est loin de présenter un bilan aussi positif, en particulier l'Allemagne.» Le vieil économiste oppose à ce dernier pays l'exemple selon lui bien plus favorable de l'Irlande. En cette même année 2006, je présidais le conseil scientifique d'un fonds d'investissement dans des sociétés émergentes en biotechnologies d'une des principales banques européennes et en côtoyais les hauts dirigeants et leur milieu. Là, le son de cloche était tout différent. Tous me faisaient part de leur certitude d'une catastrophe inéluctable ; le système financier, découlant de l'application des 3D, de la globalisation associée et du nouveau partage des activités économiques entre les différentes régions du monde, leur apparaissait intrinsèquement instable. Ils avaient à l'évidence raison, Friedman se trompait, une fois de plus.

Le règne de la cupidité

Les nouvelles règles imposées dans les années 80, la promotion de la cupidité sans bornes au rang de seul moteur crédible d'une croissance aux bienfaits universels, la dénonciation virulente de tout régulateur public capable de poser la question de l'intérêt général, devaient aboutir aux déséquilibres schématisés ci-dessus, qui condamnaient à terme l'ensemble du système. Même après les rafistolages des années 2008-2010, la situation est loin d'être durablement stabilisée, les déséquilibres restent gigantesques, les dettes publiques des anciennes puissances dominantes ont atteint des niveaux insupportables à terme.

Pour ne prendre que l'exemple de la Chine et des Etats-Unis, la première, véritable manufacture à l'échelle du monde, a pour l'instant un intérêt évident à ce que les seconds continuent de consommer ses produits. Elle se sert par conséquent de ses gigantesques réserves de devises pour acheter les bons du Trésor par lesquels la dette américaine est financée. Si jamais la crise s'aggravait encore au point que la solvabilité à terme des Etats-Unis devienne si douteuse que la Chine stoppe la perfusion qui les maintient à flot, le désastre d'une intensité encore inconnue serait planétaire.

Voilà où nous conduit l'abandon explicite de toute finalité à l'économie autre que son propre dynamisme fondé sur la promotion par les individus de leurs intérêts personnels. Or l'évolution darwinienne a doté l'homme de traits particuliers changeant la nature et la manifestation des passions. La lutte pour la vie dans le monde de nature est ainsi marquée chez Homo sapiens par la volonté de puissance, par la capacité de sympathie et d'empathie constitutive du désir de justice et du sentiment de solidarité. Limiter les conséquences de la volonté de puissance et de la gloutonnerie afin de respecter la justice et la solidarité, ce sont des desseins dénués de sens au sein de la nature non humaine, mais à l'évidence essentiels chez nos semblables. n Copyright Stock

L'Homme, le libéralisme et le bien commun, d'Axel Kahn, Stock, 18 €.

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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