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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 21:16

 

Médiapart

|  Par Martine Orange

 

 

En quelques mots, Pierre Moscovici a réduit à néant des semaines de communication présidentielle sur la fin de la crise. Cette controverse politique masque le vrai sujet : si l’économie française, comme le reste de l’Europe, cesse de baisser, rien n'assure qu'elle puisse rebondir.

En dépit de tous les contre-feux et circonlocutions des services de communication, cela ne peut s’appeler autrement qu’un sérieux couac politique. En une déclaration, le ministre des finances, Pierre Moscovici, est parvenu à ruiner plusieurs semaines de communication de François Hollande. Depuis mai, le président de la République va répétant que « la crise est derrière nous ». « Quelque chose se passe », assurait-il encore dernièrement. « Il faut tout faire pour accompagner le mouvement. »

Pour prendre le pouls du pays, et redonner un peu de confiance, il avait même décidé de sacrifier une partie de ses vacances pour faire son tour de France. Début août, on le vit donc à Arles, en Dordogne, à Marly-le-Roi, à La Roche-sur-Yon, multipliant les messages de confiance et d’encouragement, parlant de la reprise au coin de la rue, des efforts du gouvernement pour la soutenir, ici avec des mesures en faveur de l’innovation, là avec tout un arsenal de plans de lutte contre le chômage.

 

© Reuters

En quelques m

ots, tous les efforts du président de la République ont été réduits en cendres. Dans un entretien à Nice-Matin, Pierre Moscovici annonçait une révision à la baisse de la croissance, officiellement fixée jusqu’alors à 0,1 % : « Nous connaissons les tendances et cette année, la croissance sera faible voire étale, entre moins 0,1 et plus 0,1. » Il poursuivait en annonçant de nouvelles hausses des prélèvements obligatoires, afin de reprendre en main un déficit budgétaire, qui devrait aller bien au-delà de 3,7 % du PIB, comme espéré : « Nous devons réduire les déficits légués par la droite, mais le faire à un rythme qui ne contrarie pas la croissance. Nous le ferons d’abord, comme le recommande le Fonds monétaire international, par des économies sur les dépenses publiques et, ensuite, par une hausse limitée des prélèvements obligatoires, de 0,3 % du PIB, toujours dans la justice sociale », expliquait-il.

Le décor pour septembre était planté. Les prévisions de croissance allaient être révisées à la baisse lors de l’élaboration de la loi de finances 2014, qui doit être arbitrée d’ici à la fin septembre : les Français devaient s’attendre encore à la poursuite de la stagnation économique et à de nouvelles hausses d’impôt. Des propos en totale contradiction avec le message d’optimisme que s’efforce de faire passer l’Élysée.

Pendant tout le week-end, Pierre Moscovici s’est efforcé de rattraper sa bourde : on ne l’avait pas compris, il était en parfait accord avec l’analyse du président de la République. La révision à la baisse de la conjoncture ? « Je n’ai fait aucune révision de la prévision de croissance de la France », a assuré le ministre des finances, dimanche, lors d’une visite à Roissy. Il eut ce lapsus révélateur : « C’est une simplification qui ne trahit pas… qui ne traduit pas ma propre pensée. »

Pour se défendre, le ministre des finances a expliqué qu’il n’avait fait que reprendre les principales études de conjoncture publiées ces dernières semaines. Dans sa note de juin, l’Insee table sur une croissance entre 0,1 % et –0,1 % sur l’ensemble de l’année. Pour leur part, l’OCDE prévoit une chute de 0,3 % et le FMI de 0,2 %.

Même marche arrière sur les prélèvements sociaux : « Il n’y a pas eu d’annonce de nouveaux impôts, nous sommes en phase de redressement. Il n’y a eu aucun chiffre nouveau qui a été annoncé », a-t-il insisté. « Là encore, on se sert de chiffres qui sont dans le domaine public pour assimiler prélèvements obligatoires et impôts, ce qui n’est pas la même chose », a-t-il expliqué avant d’annoncer que « les arbitrages fiscaux seraient rendus fin août ». Mais déjà, des projets circulent faisant état d’une hausse de la CSG de 0,3 % pour les retraités dans le cadre de la réforme des retraites, de la suppression ou de l’encadrement de niches fiscales, de la hausse de la taxe sur les dividendes. Le gel du point d’indice en 2014 pour le calcul des salaires de la fonction publique, lui, est acté. Il n’a pas été revalorisé depuis 2010.

Interrogé sur ce nouvel accroc, Matignon se refuse à tout commentaire tant politique qu’économique et donne rendez-vous à la fin septembre, au moment de l’établissement de la loi de finances de 2014. « Ce sera à ce moment là que les arbitrages seront rendus », explique-t-on chez le premier ministre.

Sans dynamique

Ce nouvel impair du ministre des finances, en tout cas, ne peut que relancer le débat entre ceux qui, comme François Hollande, pensent que le rebond de l’économie se dessine, et ceux qui n’y croient pas du tout.

Ces derniers pointent les chiffres de la production industrielle en baisse de 1,4 % en juin, après un recul de 0,6 % en mai ; le nombre de faillites d’entreprises – 61 544 entre juin 2012 et juin 2013, en hausse de 4 % ; la montée inexorable du chômage – 3,5 millions de demandeurs d’emploi à plein temps, plus de 5 millions toutes catégories confondues en dépit des radiations et de l’augmentation inquiétante des personnes qui renoncent à chercher ; la baisse de la consommation.

Les tenants de la fin de la crise, eux, mettent en avant la remontée des indices de confiance tant chez les industriels que dans les services, les taux d’activité qui augmentent notamment dans la construction et les travaux publics, la légère montée des contrats à l’exportation, le déficit commercial qui baisse très légèrement, une stabilisation de la crise dans toute l’Europe. Venant à l’appui de la thèse présidentielle sur les “frémissements”, l’Insee devrait publier mercredi 14 août sa première estimation de la croissance française au deuxième trimestre faisant état d’un chiffre légèrement positif, de l’ordre de 0,2 %, en dépit de la chute de la production industrielle.

L’annonce de la fin de la récession ne peut provoquer qu’un soulagement au gouvernement. Après vingt-six mois de dégradation continue de l’activité et une récession sur deux trimestres, le pire semble être passé en France, comme dans toute l’Europe. « La fin de la chute ne signifie pas une reprise », avertissent cependant de nombreux économistes.

Le débat sur l’ampleur de l’activité est là pour le prouver. Tout est dans l’effet d’annonce politique : entre 0,1 % de baisse et 0,1 % de hausse du PIB, il n’y a que l’épaisseur du trait, évoluant selon la comptabilisation ou non de certaines données. Ce qui n’empêchera pas une réalité gênante : si l’économie française termine à zéro, le PIB français se retrouvera à son niveau de 2007. Depuis six ans, la France fait du surplace.

Plus grave, ces six années de crise ont abouti à une destruction et à un appauvrissement de l’économie. Des entreprises ont fermé qui ne rouvriront plus. Les dépenses d’investissement et d’innovation n’ont cessé de reculer. Des centaines de milliers d’emplois ont été détruits, laissant sur le carreau les anciens salariés, comme l'a rappelé une chômeuse au président de la République à La Roche-sur-Yon. Toute une jeunesse formée arrive sur le marché du travail avec pour seule perspective d’avoir des petits boulots ou des CDD.

 

 

Dès lors, compter sur les exportations pour repartir risque d’être illusoire. L’offre française, déjà très handicapée avant la crise, ne s’est pas modernisée. Elle reste totalement dépendante des coûts – ce qui n’a pas changé depuis plus de trente ans – et des niveaux de l’euro face aux autres monnaies. Alors que la zone euro, même s’il n’y a pas de nouvel accident, reste promise au marasme, que les pays en développement comme le Brésil ou la Chine ralentissent à leur tour, la fragilité de la situation française est patente.

Parier sur une reprise de la consommation interne est tout aussi factice. La baisse continue du pouvoir d’achat des salariés depuis dix ans, les effets conjugués du chômage et de la crise, l’augmentation incessante des charges et des impôts ont fini par avoir raison du dernier moteur de l’économie. Les Français consomment de moins en moins. Le marché de l’automobile en est une illustration : il a encore chuté de 11,3 % au premier semestre 2013. Les ventes sont revenues au niveau de 1997, la production en France au niveau de 1965. Ce qui est vrai dans l’automobile se vérifie partout ailleurs, dans le textile, le tourisme, la restauration, l’équipement de la maison. Cette inversion historique a toutes les chances de se prolonger.

Si l’économie arrête de chuter, elle ne recèle donc en elle-même aucune dynamique. Le FMI prévoit une augmentation du chômage au moins jusqu’en 2016, touchant alors plus de 12,5 % de la population active. Les nombreux projets évoqués – retraite, flexibilité salariale, impôts, réduction des investissements publics –, pour arriver à un mythique 3 % du déficit, pourraient encore détériorer la situation.

Pour l’instant, le gouvernement reste dans un schéma ancien : le cycle classique récession-reprise. Une erreur qui lui a déjà joué des tours en 2012 où il pariait sur un rebond qui n’est pas arrivé. Plutôt que changer d’approche, il préfère s’en tenir là et aux messages d’optimisme. Mais cela risque de ne pas suffire. La crise a modifié profondément et durablement les mécanismes économiques. La France, comme le reste de l’Europe – à l’exception de l’Allemagne peut-être –  paraît promise à une croissance zéro pendant encore de longs mois.

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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